"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 4 octobre 2017

Le suicide terroriste : mal absolu ou effet Werther ?

"J'étais en face du versant déchu de l'homme. La méchanceté gratuite, la cruauté, la lâcheté, la force profitant de la faiblesse, le nombre écrasant la personne, leur réunion isolant la victime, bref tout ce qui donne envie de charger sa carabine 22 long rifle et de tirer dans le tas".

Paul Yonnet (Zone de mort, ed Stock 2017)

 
Entretien avec Pierre Hempel1

Vous savez comment reconnaître un bigot musulman ordinaire, barbe jusqu'au nombril et pantalon relevé aux chevilles comme le futal de golf de nos grands-pères, mais savez-vous reconnaître un bourgeois ? Rien de plus simple pourtant. Un bourgeois, journaliste ou député, porte le signe de l'oppression séculaire du repassage féminin, la chemise empesée et la cravate. C'est même la tenue ringarde par excellence. Le pauvre type, cadre, chef de service ou banal ministre, doit lui-même chaque matin avant de prendre ses fonctions masturbatoires autoritaires, confectionner cette cravate ridicule, s'il y parvient, qui symbolise sa bite hiérarchique et son impuissance relationnelle humaine. Dès que je vois, en conférence ou à la télé, se pointer un encravaté, je me dis : « tiens voilà un con professionnel ». Nous n'allons pas rester néanmoins à la surface du ridicule vestimentaire de la bourgeoisie ici ni sur les accoutrements du mâle musulmaniaque mais aller au fond des choses avec notre ami le célèbre et si méconnu Dr Pierre Hempel.

Jean-Louis Roche : On peut considérer que la boucherie des attentats a atteint son rythme de croisière, et que le sinistre Valls avait raison de nous dire qu'il fallait s'attendre à ce que ce soit éternel, non ?

Dr Pierre Hempel : Pas vraiment. Il y a toujours l'aspect effroyablement inattendu. L'attentat de Las Vegas est venu crasher provisoirement une question qui va prendre de l'ampleur, le sort de la Catalogne individualiste. Tout de suite l'info bourgeoise universelle a témoigné de « l'effroi mondial ». Je pense au contraire que la diversité des auteurs des attentats vient mettre à mal l'histoire de complot permanent de daesch et des officines américaines et saoudiennes. C'est d'ailleurs dans la théorie du complot la plus bête que se fige Trump en déplorant un « mal absolu », où on voudrait nous faire avaler que c'est l'islam qui inspirerait tous les attentats des ratés aux plus sanglantes réussites. Le djihadisme créerait l'ambiance pour que désormais tout aspirant à la gloire posthume affublé d'un nom musulmanisé s'autorise de tuer n'importe qui sans demander la permission et sans en rendre compte, assuré qu'il est de l'application de la peine de mort immédiate sous les balles des « défenseurs de la démocratie ». Ils savent qu'ils vont y passer la plupart du temps sans possibilité de s'échapper ; il s'agit donc d'un suicide volontaire et qu'on ne me raconte pas des salades sur la réincarnation chez Allah. C'est d'ailleurs une chose qui m'étonne toujours, le fait que personne ne conteste cette application sans jurisprudence de la peine de mort contre les soldats d'Allah... Leur famille pourrait exiger un avocat impartial...

JLR : Tu plaisantes ou quoi ? Tu voudrais aussi comme les islamo-gauchistes qu'on leur réserve un bon petit procès au chaud et le couvert et canal + FOOTBALL en prison ? Ou les féliciter, comme l'employée tarée du PCF à  La Courneuve qui a applaudi le "martyr" tunisien, ce lâche qui a égorgé par derrière les deux gamines de Marseille? Parce que cela faisait deux "blanches" de moins?

PH : Pas d'amalgame. Il n'y a pas de martyrs, il n'y a que des trous du cul. Je plaisantais bien sûr. Moi-même si j'étais là avec un pétard je les flinguerais illico sans état d'âme avant qu'ils ne commettent d'autres meurtres. Ne nous égarons pas dans les redites journalistiques et leur trilogie émotion-compassion-bénédiction. Quitte à te choquer - et sachant combien je déplore ce massacre de deux jeunes filles à Marseille et des dizaines de jeunes américains venus assister à un concert bourrin country – je veux qu'on se place du côté des assassins pour comprendre qui ils sont vraiment, ce qui les motive et la manière dont le système leur prête des intentions qu'ils n'ont pas, en particulier cette histoire de remettre en cause « notre » civilisation occidentale et de glorifier un tout puissant imaginaire. Ce sont toujours les mêmes spécialistes avec leur gueule enfarinée qui font écran à une vraie compréhension chez le bestiau malade de l'histoire, le capitalisme. Certains, comme l'ex-maoïste poseur Chaliand montrent du doigt le « terrorisme publicitaire » visant à « réveiller l'opinion publique » plus qu'à causer des dommages à l'ennemi ; ce ne sont pourtant pas de simples dommages mais ponctuellement des massacres de masse ! L'opinion y est endormie plus encore. Nos bavards de plateaux télé dirent un peu n'importe quoi post sidération événementielle et démentielle, dramatisant le cas Las Vegas comme plus grande fusillade de l'histoire américaine, oublié le 11 septembre 2001 ? Ah certes les boeings n'étaient des armes (en vente libre) par destination. Et le Bataclan et Nice, deux fois plus de zigouillés ! Ah mais ils n'étaient pas amerloques. Bon j'en viens aux faits qui déroutent même tous ces officiels qui sont incapables de nous protéger : les deux tueurs n'ont rien des soldats du djihadisme fou, l'un était un vagabond maghrébin sans papier, petit voleur à la tire et certainement à la limite du désespoir dans un monde indifférent ; l'autre était un riche retraité, « un mec normal sans histoire » comme c'est le cas de la plupart d'entre nous. Les criminologues savent bien des choses que nous ignorons et ne sont jamais autant invités en prime time que les facétieux spés du renseignement, du terrorisme, du djihadisme et du jemenfoutisme. Nombre de crimes ou de provocation aux crimes ne sont que des suicides déguisés. On utilise la formule pousse au crime mais on pourrait plutôt utiliser celle-ci : pousse au suicide. Hé hé, et qui pousse au suicide selon toi ?

JLR : Ne me prends pas pour un âne ou un beauf goinfré de faits divers à répétition. Et moi aussi je peux me permettre des blagues borderlines : les islamistes suicidaires qui ont préparé un attentat du côté des riches de Neuilly-Passy se rapprocheraient-ils du camp marxiste ?

PH : ah bon ? De l'obsession des idiots anti-marxistes à la LO ?

JLR : ouais il paraît qu'ils commencent enfin à viser le seizième... Bon, soyons sérieux. Le capitalisme n'est pas responsable de toutes les tares génétiques héritées de notre lointain passé. Fin 2015 j'avais commencé une série d'articles « Dans la peau d'un égorgeur islamique » où je me démarquais des équivalences simplistes avec le nazisme, en addendum j'ai même ajouté un fameux texte de Stephan Zweig analysant le nihilisme dans l'oeuvre de Dostoïevsky et le suicide des petits beurgeois, un sujet que Zweig a bien maîtrisé puisqu'il s'est suicidé lui-même, et sans avoir commis de crime de la catégorie islaminguante2. Je crois bien que je portais l'insistance au contraire du CCI non sur la décomposition comme phénomène qui échapperait à toutes les classes, mais sur l'utilisation de la décomposition de sa société par la bourgeoisie elle-même.

PH : Et j'espère que tu as lu aussi « Amok » de Zweig, dont un lecteur superficiel te dira qu'il ne traite que de la folie, alors qu'il s'agit d'une rare analyse de « la rage subite et incontrôlable » produite par
l'environnement social. C'est aussi ce qu'on appelle l'effet Werther : je m'expose violemment pour être suicidé par une société qui me méprise.

JLR : ? l'effet Werther ?

PH : Oui c'est bien connu, tu n'as qu'à regarder sur wikipédia ils t'expliquent très bien que c'est la propagation du suicide, comme cela avait été le cas après la publication des Souffrances du jeune Werther par le géant de la littérature allemande Goethe. A ce niveau on n'est pas dans les délires journalistiques sur un soit disant stade ultime du terrorisme, des supputations complotistes, une armée des ombres islamistes prête à déferler sur notre Europe. On va donc réfléchir ensemble sur le suicide par imitation, qui me semble plus éclairant pour comprendre non pas la barbarie islamiste (qui est incontestable surtout dans les monarchies pétrolières) mais la fuite en avant de candidats à la mort brutale de plus en plus nombreux. On verra que la conception du loup solitaire n'est pas si caduque qu'on veut bien nous le chanter, que l'homme peut être une hyène pour l'homme, que le terrorisme et la persécution au travail et aux bureaux de chômage, l'ostracisme et le racisme à tous les étages de la société, n'ont rien à voir avec la génétique ni les méandres antédiluviens de notre cerveau rachidien.
Si on traite l'homme comme un chien, il peut devenir un loup (c'est de moi ah ah). Restons sérieux. En criminologie est bien connu ce qu'on appelle « le suicide par police interposée », lorsque une personne agit délibérément d'une manière menaçante vis à vis des flics pour se faire tirer dessus. C'est une forme moderne d'amok. Le phénomène des grappes de suicides est largement étudié et discuté dans la littérature en suicidologie au Canada. Bien qu'il n'y ait pas de définition des grappes qui fasse consensus, la définition qui est proposée par le Center for Disease Control and Prevention (Etats-Unis), est celle qui est la plus souvent utilisée pour désigner ce phénomène (remplace suicides par attentats ou attentats-suicides). 
« Une grappe de suicides peut se définir comme un groupe de suicides et/ou de tentatives de suicide se produisant de manière proximale dans le temps et l’espace, et dont l’occurrence dans une communauté excède les probabilités. » 
On distingue alors deux types de grappes de suicides, les grappes localisées et les grappes de masse.
  • Les grappes localiséesréfèrent à une vague de suicides se manifestant de façon localisée dans le temps, l'espace et/ou  au sein d’un groupe de personnes, comme par exemple les suicides qui surviennent à l'intérieur d'une même école ou communauté.
  •  Les grappes de masse : correspondent à une série de suicides associés à l’effet des médias de  masse (presse écrite, livres, télévision), et qui s’observent suite à la présentation dans les médias de l'histoire d’un cas de suicide. Ces suicides sont rapprochés dans le temps. Généralement, une grappe se manifeste dans les 7 jours suivant la présentation de l’histoire dans les médias. Bien souvent les suicides se concentrent dans la zone géographique qui est couverte par les médias qui ont diffusé l’histoire d’un cas de suicide (ville, province, pays). Plusieurs études effectuées dans différents pays ont en effet démontré qu’une série de suicides étaient associés à l’effet des médias de masse
Je te lis maintenant la description de l'Amok dite rage incontrôlable :
« L'amok est le fait d'une personne agissant seule. C'est un accès subit de violence meurtrière qui prend fin par la mise à mort de l'individu après que ce dernier a lui-même atteint un nombre plus ou moins considérable de personnes. Cette forme de l'amok observée par des voyageurs et des ethnologues notamment en Malaisie (d'où vient le mot), Inde, Philippines, Polynésie, Terre de Feu, Caraïbes, Région arctique ou Sibérie est un comportement majoritairement masculin1. Si les causes du déclenchement sont socialement déterminées et de l'ordre des frustrations importantes (humiliations, échecs en public) induisant un désir de vengeance, le mécanisme est celui de la décompensation brutale. Parfois simplement qualifiée de « folie meurtrière », la course d'amok est assimilée à une forme de suicide. Bien qu'elle soit ordinairement perpétrée à l'arme blanche dans les sociétés traditionnelles, on peut en trouver un équivalent dans le monde contemporain avec certaines des tueries massives par arme à feu perpétrées par un individu seul, s'achevant par sa capture ou sa mort concrète parfois même auto-administrée, ou bien par sa mort sociale volontaire quand l'auteur de la tuerie se rend à la justice pour y être condamné ce qui dans certains cas le conduit à l'exécution. Le schéma central est alors similaire : forme de suicide accompagnée d'une libération des pulsions homicides.
On trouve également le récit de décompensations correspondant à cette définition, dans des journaux personnels rédigés par des soldats dans les tranchées lors de la Grande Guerre. Dans de telles scènes l'auteur raconte comment un de ses camarades, de façon imprévisible, se dirige seul spontanément jusqu'à la tranchée ennemie dans l'intention d'en finir lui-même tout en supprimant autant d'ennemis qu'il lui sera possible. En correspondance avec la typologie des suicides établie par Durkheim, cette forme de la décompensation sous contrainte d'engagement patriotique est au comportement criminel ce que le suicide altruiste ou fataliste est au suicide égoïste.

JLR : C'est des originaux ces canadiens, on ne peut pas comparer un individu isolé qui veut se flinguer à travers la société et un groupe d'individus qui prépare un massacre au nom d'Allah !

PH : Détrompe toi, ce n'est pas de nature différente. Les pingouins sont capables de se suicider en masse au-dessus de la banquise. En 1974, David Philipps, un sociologue américain, a mis en évidence que les suicides fortement médiatisés peuvent entraîner un rebond des suicides dans la population générale. Il s’agit le plus souvent de suicide de stars, mais parfois aussi de suicides d’anonymes, le facteur déterminant étant leur médiatisation. Si cette théorie a été contestée, de nombreuses études réalisées dans des pays différents l'ont validée. Le suicide n’est jamais simple: il souvent multicausal et est affecté par de nombreux facteurs aussi bien propres à la personne qu'extérieurs. Le taux de suicide varie ainsi en fonction de l’état de l’économie, des grands événements et même des saisons. Mais la forte médiatisation d’un suicide a une répercussion qui peut être importante. Le suicide de Marylin Monroe aurait ainsi entraîné une augmentation de presque 40% des suicides à Los Angeles le mois suivant sa mort, selon une étude publiée par JA Motto en 1967. Philipps nomme alors sa découverte du nom du héros du roman de Goethe Les souffrances du jeune Werther. Paru en 1774, ce livre –le média le plus développé à l’époque– est le premier roman épistolaire allemand, un genre qui plonge le lecteur au plus profond de la psychologie des personnages. Il est à l’origine de l’imitation du héros par ses lecteurs qui reprirent son habillement, ses goûts esthétiques mais aussi, pour certains, sa méthode de suicide au pistolet.


IL FAUT PROTEGER NOTRE CIVILISATION MERDE!


JLR : Non vraiment je crois que tu es à côté de la plaque comme tous ces angéliques de gauchistes qui criminalisent la race blanche et veulent débaptiser nos rues de nos grands hommes ! Nom de dieu, ne fait pas semblant d'ignorer que les pires prêcheurs du djihadisme ou de l'islamisme fou veulent détruire notre civilisation d'infidèles, de mécréants « impurs », kouffars que nous sommes tous. Non Pierre, tu déconnes, ces salauds de tueurs suivent, d'une manière ou d'une autre, les mots d'ordre de l'Etat islamique avec, souvent, des «cellules-souches» animées par un imam salafiste qui prêche la haine et finit par convaincre certains de ses fidèles qu'il faut tuer «des mécréants». Et comme on pouvait s'en douter, dimanche soir, l'Etat islamique a revendiqué l'attentat. Tout cela renforce l'évidence, les assassins islamistes sont toujours radioguidés. Certains, ici, nous détestent et feront tout pour détruire ce tissu national qui tient ensemble tout le monde et défend une certaine manière de vivre «à la française». L'immigration n'est plus contrairement au leitmotiv proclamé par tout le monde, seulement «une chance pour la France», les sans-papiers qui débarquent n'importe comment constituent une «insécurité culturelle». D'autre part les gens ont peur d'être suspecté «d'islamophobie». Aucune discussion n'est possible à part l'échange d'insultes !Que va-t-il se passer après Marseille et Las Vegas? On aimerait penser à un sursaut. Mais, l'étouffement sous les ours en peluche et les larmes de crocodile est plus probable. Nous allons attendre une nouvelle manifestation de «folie meurtrière» sans tout mettre sur la table et s'en prendre aux complicités idéologiques musulmanes.

PH : Du calme Jean-Louis ! Peace and love merde ! Il ne faudrait pas nous exposer à passer tous les deux pour deux islomophobes primaires! L'islam est une chose un peu trop instrumentalisée à mon goût et son exposition ambiguë (on loue autant cette religion qu'on la dénigre) fait appel à cette impossible complicité entre exploiteurs et exploités. Revenons à ces deux malheureux drames qui dérangent au sommet des Etats. Deux types de revenus différents des deux côtés de l'Atlantique (certains pitres imaginèrent qu'ils auraient pu se concerter!). Deux types sont soudain saisis d'amok, l'un avec des couteaux, l'autre avec un arsenal de fusils ont concrétisé leurs pulsions meurtrières. Cela a tout pour complaire à tes clichés génétiques, n'est-ce pas Jean-Louis ? Les profils de ces jihadistes de dernière minute ont tout pour surprendre cependant. À Marseille, c'est un toxicomane sans-domicile fixe, âgé de 30 ans, qui a tué deux étudiantes avec son couteau. Stephen Paddock est lui le sexagénaire armé jusqu'aux dents qui, depuis sa chambre d'hôtel, a ouvert le feu sur la foule qui assistait à un concert de country à Las Vegas.
On n'est pas prêt de savoir les motivations de ces deux « assassins de masse », mais cela ne nous empêche pas d'y réfléchir ni de nous laisser détourner du fond par le feuilleton complotiste qu'on va nous servir et les « relations » louches que la police impuissante va soudain inventer avec leurs amis journalistes.
Il y a quarante ans, en même temps j'ai découvert Goffmann, Milgram, Laing, Foucault, Henry V.Dick, j'ai lu  Paul Watzlawick

JLR : Ouah ! Watzlawick, l'auteur humoristique de « Faites votre malheur vous-mêmes » ! auquel Searles rend un hommage si appuyé !

PH : ouais mon pote ! Ça t'épate ? J'avais lu avec intérêt un ouvrage d'un autre zigoto de l'intercommunication moderne, surtout intéressant pourr un seul chapitre, le reste baignant dans la jargon de la psychiatrie, portant le même titre : « L'effort pour rendre l'autre fou » de Harold Searles. Depuis on a mieux compris le phénomène psychopathe, qu'on nomme pervers narcissique, et je sais que tu as écrit un petit livre sur le sujet. Searles est très novateur mais reste enfermé (sic) dans sa discipline, nous pouvons cependant étendre son propos concernant « l'entourage familial » classique, en général pourri et réac, plus largement à l'environnement social, et alors cela nous éclaire sur la dépersonnalisation terroriste :
« D'après mon expérience clinique, l'individu devient schizophrène, en partie, à cause d'un effort continu – largement ou totalement inconscient – de la ou des personnes importantes de son entourage, pour le rendre fou »3. Il faut lire l'article en entier, mais je ne résiste pas à te citer un de ses développements au niveau politique :
« D'après Meerloo, le lavage de cerveau et les techniques avoisinantes se rencontrent sous la forme a) d'expériences délibérées au service d'idéologies politiques totalitaires ; et b) de courants culturels profonds agissant dans notre société actuelle, et aussi bien dans les pays démocratiques. Ce sont à peu près les mêmes techniques que je décris, mais se rapportant ici à une troisième aire : la vie des schizophrènes »4.
Et encore :
« Notons à ce propos que notre système juridique réserve son plus sévère châtiment à celui qui commet un meurtre physique, alors qu'il ne prévoit aucun châtiment – ou un châtiment minime – pour le « meurtre » psychologique, pour celui qui détruit psychologiquement l'autre en le rendant « fou »5.

LE PRESTIGE DE L'UNIFORME

JLR : J'ai eu l'occasion sur ce blog d'expliquer que le prestige de l'uniforme (même mental) du combattant de daesch était vécu comme une promotion sociale par le pauvre immigré de la quatrième génération en opposition avec un boulot de robot de merde chez Lidl. Tu as vu que je me suis moqué aussi tant du musulmaniaque en tenue d'époque coloniale que du bourgeois macroniste en costard cravate.

PH : sur ce point il y a des similarités indéniables entre l'époque capitaliste-fasciste et notre époque capitaliste-démocratique. L'uniforme des classes ridiculisées (la casquette de la racaille comme le costard du PDG) ont une fonction sociale dominatrice comme l'uniforme nazi, je cite encore :
« RW ne peut s'affilier et se soumettre à un groupe que dans la mesure où cela lui permet de satisfaire son désir de se pavaner dans un bel uniforme, « d'être quelqu'un » d'un peu plus important et de plus proche de l'élite de l'Allemagne nouvelle que les jeunes chômeurs sans le sou de sa jeunesse. Essentiellement, il était de façon évidente un « solitaire » que l'enrégimentement irritait. Cela s'applique autant à son désir d'avoir de l'argent pour « faire la vie », sans que la façon dont il l'a obtenu entre en ligne de compte, qu'à ses méthodes indépendantes d'extermination des juifs pour faire montre de son pouvoir et de sa position extra-légale, couverte par les doctrines SS sur le zèle. L'autre séduction, plus commune celle-là, qu'exerçaient les emplois en uniforme qui proliféraient dans le IIIe Reich, était la facilité matérielle qui en découlait, salaire, logement et nourriture, grâce à quoi Hitler gagna à sa cause toute une jeunesse affamée et au chômage »6.

LA DEPERSONNALISATION

JLR : Aujourd'hui la jeunesse affamée et au chômage est à la fois autochtone et migrante, et il y a une chose qui m'interroge depuis longtemps c'est la domination du sentiment de solitude qui confine souvent à la maladie mentale, pas seulement dans la masse des personnes âgées et abandonnées. Sujet indifférent aux médias dans les années 1970, mais la maladie mentale en milieu immigré était prégnante (et compréhensible, éloignement sans famille, racisme, persécutions des petits chefs pieds noirs, etc.). Comment sortir de la dépersonnalisation induite par le système qui ne reconnaît pas ni la personnalité ni l'intégrité de la personne ? Cette question m'intéresse plus pour comprendre la dérive criminelle que les radotages sur la "radicalisation" qui est un déversoir à âneries avec lequel les journalistes font du remplissage. Le tueur de Nice comme l'aviateur allemand Lubitz, comme le tueur (alcoolique) de Las Vegas et celui de Marseille ne révèlent pas des types en pleine possession d'une joie de vivre. On m'a reproché dans les commentaires de ce blog de minimiser daech en insistant sur l'aspect dépressif des tueurs. Ce n'est ni contradictoire ni incompatible. Voyez au Bataclan comme au concert de Las Vegas, ils s'en prennent - non pas à la civilisation en général - mais à des gens qui, EUX, SONT EN TRAIN DE S'AMUSER! Le pilote de Germanwing savait lui aussi que les jeunes qui emplissaient l'avion avaient envie de continuer à s'amuser, à vivre... mais il ne voulait pas mourir SEUL et se sentait étranger à cette vie bruissante.

PH : Tu as raison sur ce point. La "radicalisation" ne veut plus rien dire. La hiérarchie a besoin de la dépersonnalisation. Le paumé, le dépressif, le vaincu ne peut être guéri ou au moins manipulé que s'il est bien « encadré », il y a d'ailleurs toutes sortes d'assocs qui vivent désormais de l'assistance psychologique. Les faiblesses mentales des "décrochés" ou divers exclus permettent  une reproduction de la discipline nazie sous les auspices de la hiérarchie démocratique occidentale comme dans les bandes de daesch. Un fanatisme (protecteur) est généralement attribué aux seuls gangs terroristes mais il est du même ordre que la haine de tous contre tous qui régit le système tout entier :
« Le fait de persévérer dans l'acceptation zélée et aveugle de toute tâche proposée par le Parti, malgré les doutes et les critiques intérieurs, ou même le mépris, me semble la marque caractéristique du dévouement nazi. Quelque humiliation, ou preuve de corruption et d'intrigue qu'il ait pu subir ou dont il ait pu être témoin dans l'Ordre, son engagement était tel qu'il était prêt à vendre sa conscience pour rester en grâce, et pour prouver sa loyauté et sa virilité à toutes épreuves (…) C'est exactement cela que Himmler recherchait pour son « Ordre ». Il voulait annihiler chez ses hommes toute volonté personnelle, et attendait d'eux une obéissance sans fléchissement malgré les affronts personnels ou les critiques intérieures. C'est justement cette qualité qui distinguait la SS à son apogée de la révolte romantique et du sentimentalisme du vétéran »7.
« … nous pouvons rappeler des thèmes « collectifs » partagés par de nombreux allemands de cette époque, dont certains étaient réels et d'autres les produits des mythes culturels largement répandus, comme le « coup de poignard dans le dos » de 1918 ou la mission privilégiée des porteurs de kultur allemande (…) Cette attitude essentiellement paranoïde ne se limitait pas aux juifs, mais s'étendait à la classe ouvrière, aux puissances de Versailles, aux communistes de Pologne et de Russie (…) Comme le capitaine A., il se croyait l'objet d'un traitement particulier. Autrement dit, plus ses tentatives pour préserver de lui une « bonne » image étaient désespérées , plus il lui fallait étendre à autrui les attributs de la méchanceté et de la persécution »8.

Henry V.Dicks est ironique lorsqu'il remarque que les massacres collectifs des vaincus étaient jadis, de tout temps, une « pratique politique normale » et que ce n'est que depuis notre époque qu'on la définit comme « crime international ». Et il relève deux clichés : « Le premier est que ces tueurs SS étaient « fous » ou incontrôlables au sens clinique habituel. Cela rend leur activité meurtrière systématique (et « temporaire ») d'autant plus déconcertante et psychologiquement importante). La seconde idée qui a souvent cours, que la terreur et les activités d'extermination de Hitler étaient exclusivement et étroitement centrées sur les juifs et n'étaient donc qu'une exagération criminelle de l'antisémitisme, s'avère également insoutenable. (…) S'il y a une « folie » clinique décelable comme telle, il faut la chercher dans la prolifération désordonnée de ce système de fantasmes, mégalomanes et dans sa traduction en politique intérieure par l'élite dirigeante du parti »9.
Dicks explique très bien ensuite que les propensions à l'agression et au meurtre expriment un désir de domination primitif et infantile, qu'on peut retrouver de la même manière chez le paumé qui tue au coin de la rue ou chez le quidam au cri de guerre islamiste. Privé de son pouvoir sadique, le SS en prison était « le détenu le plus facile qui soit », comme l'islamiste lambda dépersonnalisé. C'est une caractéristique du psychopathe produit par le monde capitaliste, il apparaît gentil au premier abord, et Dicks de citer un autre observateur : « … en général le meurtrier reconnu coupable ets d'un abord plaisant et mène une vie paisible... Il apparaît clairement, après l'établissement de relations plus intimes..., qu'il existe quelque part dans la psyché du meurtrier une enclave, une zone clivée et retranchée d'une nature impitoyable et mortelle... »10.
On voit nos encravatés spécialistes et journalistes se plaindre que le type de Las Vegas était d'apparence normale comme nombre de tueurs dits islamistes, mais le psychoptahe est vieux comme le capitalisme :
« Les meurtriers (…) de Broadmoor, étaient les personnalités introverties les moins impulsives, les lus contrôlées, chargées d'une hostilité moins évidente, d'un fort conformisme social, et de moins de condamnations antécédentes. Leurs victimes étaient souvent des membres de leur famille ou des personnes qu'ils connaissaient bien (…) Un quart de tous les meurtriers en Grande Bretagne prolongent leur acte par un suicide »11.
Dicks en conclut, comme nous pouvons le conclure pour nos tueurs islamistes, que les huit tueurs SS qu'il a étudié et fait parler n'étaient pas de simples psychopathes primaires et impulsifs, mais étaient animés par un des sentiments humains des plus abjects, la jalousie, qui trouve sa satisfaction dans la desttruction chez autrui des choses bonnes qu'on ne peut avoir soi-même, et les « croyants » nazis comme musulmans n'ont qu'un fondement : le prestige de l'uniforme, même le plus ridicule, en bottes ou baskets. Le culte de la mort musulmaniaque, comparable à n'importe quel culte antique de la guerre, n'est qu'un succédané de la mystique nazie, l'islamisme est devenu une colonie du nazisme disparu :
« Le fait que la constellation de mort ait été fortement activée dans le mouvement nazi, dans son idéologie et sa symbolique pseudo-mystique, apparaît clairement dans la volumineuse littérature de l'époque, qui mettait au pinacle les concepts de mort glorieuse et qui se refléta dans les atours macabres des SS et dans la ferveur masochiste des troupes d'assaut et des SS eux-mêmes »12.

JLR : mais ils vont revenir nous tuer ici nos jeunes nanas qui vont acheter leur baguette de pain au coin de la rue, après la fin définitive des bandes de daesch, et il faudra soit les interner soit les refouler ? Ou même, ce que je souhaite, les « neutraliser » définitivement pour éradiquer des tueurs inhumains.

PH : Du tout. Il se passera la même chose que pour les anciens SS. Je te lis, même si cela t'ennuie : « La direction de la haine et du ressentiment chez les terroristes subalternes se retourna alors en une exécration des mêmes personnages qui avaient été déifiés lors de leurs succès. Ces chefs ne purent alors que retourner leur propre haine contre eux-mêmes par l'intermédiaire de leur boule de cyanure (Hitler, Goering, Himmler, Goebbels et bien d'autres), ou redevenir les « pauvres petits rouages », comme ils l'affirmèrent lors de leur procès »13.


BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE DU DR PIERRE HEMPEL

  • Les meurtres collectifs de Henry V.Dicks (Calmann-Lévy 1973)
  • L'effort pour rendre l'autre fou de Harold Searles (Gallimard 1977)
  • La nouvelle communication (Seuil 1981)
  • Dans l'esprit des psychopathes de John Marlowe (Obscuria 2011)
  • Tout tout de suite (le meurtre d'Ilan Halimi) par Morgan Sportès (Fayard 2011)
  • Gouverner au nom d'Allah de Boualem Sansal (Gallimard 2013)
  • Comprendre l'islam de Adrien Candiard (Flammarion 2016)

    NOTES
1Le dialogue imaginaire n'a rien à voir avec le soliloque, c'est un art. Merci Diderot. Un art qui permet, en public, de se passer du ton didactique, de dire des choses que le principal rédacteur ne pourrait dire sans offusquer, et de dépersonnaliser le débat. Jadis dans le bulletin international du CCI j'avais une paire de fois usé de cette technique lorsqu'un débat prenait un tour trop passionnel. Ainsi lors du fameux dénat sur les questions d'opportunisme et de centrisme, j'avais mis en présence deux personnages imaginaires Conservatus et Majorinus, avec une dénomination qui caricaturait les deux versants opposés de la polémique mais résumait leurs arguments et me permettait de rappeler qu'en politique, même maximaliste, tout n'est pas noir ou blanc, que par exemple les PC et les trotskistes dans les années 20 et 30 qui n'étaient pas encore devenus bourgeois avec leurs positions erronées. Ce que certains de nos plus brillants intellectuels ne pigeaient mais alors pas du tout (vieux résidu d'anarchisme). Le plus drôle fût que certains vinrent me demander à quel camrade j'avais pensé en figurant Conservatus, évidemment celui qui défendait les positions les plus ignares et scolastiques. - mais à toi, bien sûr ! Disais-je en riant. Marc Chirik se poilait aussi : « ils ne sont pas capables de comprendre ce que le moindre ouvrier de la gauche italienne pigeait dans les années 30. C'est invraisemblable !
2 https://proletariatuniversel.blogspot.fr/search?q=Dans+la+peau+d%27un
3p.155, ed Gallimard 1964.
4Ibid, p.162.
5Ibid, p.163. A l'époque la seule accusation, gentillette, reconnue était celle de « cruauté mentale », par ex lors des divorces de stars à Hollywood. Le plus fol n'est pas celui qu'on croit ajoute plus loin Searles : « Leffort pour rendre l'autre fou peut être motivé par un désir d'extérioriser – et ainsi d'éliminer – la folie que l'on sent menaçante en soi » (p.166).
6Les meurtres collectifs, Henry V.Dicks, une analyse psychosociologique de criminels SS, ed Calmann-Lévy 1973.
7Ibid p. 275.
8Ibid p.277.
9p.286. Dicks ajoute en note : « Même en admettant que l'Allemagne ait régressé vers l'assassinat d'étrangers conquis, les polonais par exemple, selon ces critères « normaux », nous n'en restons pas moins effarés d'apprendre que les attentats de masse débutèrent sur leurs propres concitoyens durant la phase d' « euthanasie », à l'instar de Staline qui « liquida » les millions de paysans russes qui faisaient obstacle à ses projets ».
10Ibid p.292.
11p.294.
12p.306.
13p.331.

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