"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

jeudi 12 janvier 2012

AU PAYS DE LA HIERARCHIE ETATIQUE CRIMINELLE ET DES CRIMINELS LEGAUX DE BASE



Avec le deuxième meurtre policier, après l’Auvergne, à Aulnay, la référence à une soit disant « faiblesse cardiaque » de la victime a été aussitôt jetée en pâture par les journalistes serviles, pour couvrir une nouvelle « bavure », néanmoins dégoulinante de sang et puante de mauvaise foi. La répétition du meurtre par policier impuni fait partie de la campagne électorale du tueur en chef de l’Etat. Je ne suis pas anti-flic par principe, des flics sont tués parfois lâchement par des tarés de malfrats, heureusement que nombre de meurtriers sont alpagués. C’est pourquoi je n’aime pas trop la tonalité du livre de frère Fassin, un intello professionnel installé et bardé de présidences – « La force de l’ordre » - enquête de terrain où il s’aligne sur la position gauchiste simpliste (= police caca). Ce n’est pas si simple, supprimez la police et vous aurez mille fois plus d’agressions et de salopards. Mais dire cela est aussi très relatif, les riches sont mieux protégés que les pauvres, aucune autre ville que Paris ne possède une densité policière comparable au mètre carré. Objection : comment ne pas comprendre vol et agressions délictueuses quand les principaux truands au pouvoir, ministres et banquiers « montrent l’exemple » à une population paupérisée… Abjection : le rôle, dit de « protection du citoyen », encore nécessaire de la police dans une société de guerre des classes dominées encore par la guerre des bandes marginales et mafieuses, est SECONDAIRE. Le rôle des mercenaires d’Etat en armes, cagoules et habits de Robocop reste toujours D’ABORD la défense de la bourgeoisie et de l’ordre social : en clair filmer, ficher, taper sur tout ce qui bouge dans les manifestations, les grèves et actions diverses du prolétariat. C’est pourquoi si vous pauvre prolétaires lambda allez vous « plaindre » de vol ou viol, vous serez toujours considéré non pas comme victime (car vous avez le culot de demander justice aux valets des riches et de … travailler) mais coupable, et si coupable que vous en viendrez à retirer votre plainte pour que cela cesse « de se retourner contre vous ». La police est bien le fleuron de la « démocratie représentative », cette dictature truquée des riches.
Ne rêvez pas à une police propre, même dans le plus petit fait divers où l’action des pandores est peu reluisante sous couleur de « protection de la population » mais si minable en regard du respect humain, ils sont toujours excusés, couverts par les veules corbeaux noirs de la « justice de classe » aux salaires mirifiques et au dos si voûté de tant de courbatures face aux puissants du sommet de l’appareil d’Etat des voleurs et tueurs en chef. Il faudrait cesser de considérer la police comme une unité cynique et inhumaine, la police est avant tout un système hiérarchique impitoyable où :il faut obéir aux ordres d’en haut ; c’est du chiffre qu’exigent les trous du cul chefs à tous les niveaux ; c’est des peines de mort de rue qu’exige le kärchériseur en chef à condition qu’elles soient déguisées en « bavures ». Donc ce n’est même pas le premier exécutant criminel, galonné ou pas, qui est à mettre en cause, mais le sommet de la hiérarchie. Le discours sécuritaire de Foutriquet est mis à nu : la population n’a pas peur en priorité des bandes de voyous mais d’une police conditionnée à être arrogante, vindicative, préformatée à rouler des mécaniques (les flicardes, sensées humaniser ces bandes armées du capital, sont plus violentes et salopes que les mecs, promotion féministe d’usage).
Raisonnons. On ne peut pas vraisemblablement opposer à des flics « tous pourris » une population « toute innocente ». Des immigrés, récemment venus de leur campagne et aliéné par leur fétichisme religieux, peu civilisés (au sens du respect de soi et de l’autre) se livrent à des violences inconsidérées contre des passants ou leurs femmes, tout autant que certains pauvres types métropolitains – et sont autant inexcusables. Nombre de ces Roms, si vertueusement défendus par nos anars douillets, n’ont pour ressource que le grand banditisme et la prostitution qui arrose les campements de fortune comme la mafia sicilienne arrose ses pauvres complices… Baraqués, super armés, ou super-excités par leur propre rage ou la vinasse, il faut vous représenter la difficulté pour les maîtriser. J’ai assisté plusieurs fois à des scènes de violence ou de menaces disproportionnées face à des policiers isolés. Un jour, je vis à Malakoff une famille arabe, qui barrait la rue centrale, contre trois policiers qui venaient les calmer parce que leur papy s’était fait renverser, du fait de sa propre négligence, par une voiture, insultant, bousculant ; je vous assure que je suis resté prêt à me solidariser des policiers en faible nombre. Certaines bavures sont excusables dans des situations de violences disproportionnées de part et d’autre ; des policiers sont victimes parfois eux-mêmes (mais on en parle peu, et la lumière ne sera jamais faite sur l’assassinat de la jeune policière municipale parce que les gangs concernés sont plus proches des milieux sarkoziens que de l’honneur de la fonctionnaire assassinée ; chacun sait que les sales flics de la mondaine couvrent chacun tel ou tel gang, comme DSK frayait avec Dodo la saumure, si tôt relâché). En fait le flic de base est plus souvent qu’on ne croit proche du prolétaire, mais muselé et dépressif, et n’a rien à voir avec ces petits mecs en civil, revolver qui dépasse de la sacoche et qui déambule ostensiblement en mâchant leur chewing gum dans les commissariats, se rêvant nouveau Gary Cooper, même s’ils n’en ont pas la taille, et dont le poster de John Wayne décore leur bureau exigu et crade. En résumé, la police est une cascade d’ordre ; comme chez les nazis, que cela lui plaise ou non, le dernier maillon de la chaîne ne peut s’indigner, à moins de choisir la direction de Pole emploi.
Tous les régimes sous domination bourgeoise, de Thiers à Mitterrand, ont toujours couvert les bavures policières ; il est donc mensonger d’en accuser le seul Sarkozy, même s’il y apporte une contribution notablement efficace au niveau médiatique quand sur le terrain la petite mémé de Bagneux se fait toujours frapper et arracher sa carte bleue, où le concierge casser la gueule s’il ne laisse pas accès aux caves par la bande de noirs et d’arabes en âge lycéen qui règne sur le quartier… où les couloirs des barres sont ornées du slogan « mort aux juifs » sans que les cow-boys inspecteurs ni la municipalité « communiste » ne les fasse effacer.
L’appréciation de la violence policière est très complexe (et très « partagée », suffit de lire les cris de joie des beaufs dans leurs commentaires sur le web si la victime de la bavure est arabe !), et il faut regretter que la presse vénale comme ses lecteurs naïfs gauchistes et anarchistes, ne se livrent qu’à la dénonciation des « flics », sans décrypter les mécanismes de manipulation hiérarchique de l’Etat : quel est le moment de la bavure, à quoi correspond-elle, était-elle évitable, qui a donné l’ordre, etc. Mais, même comme maladresse locale elle reste couverte par les « plus hautes autorités » de l’Etat bourgeois, qui ne va pas punir ses meilleurs mercenaires avec les aristocrates syndicaux ! Et elle se double de cette indignation stupide qui redouble de haine contre le seul exécutant : quoi il ne sera jamais condamné ? Alors que son indignation devrait bien restée tournée vers le principal commanditaire, l’Etat bourgeois, et ses représentants physiques protégés eux par leurs voitures blindées !
Voici un vieil article du Nouvel Obs – Le tabou de la bavure -, insuffisant et hypocrite comme le veut la ligne de cet hebdo pour bourgeois de gauche caviar, mais qui démonte la mystification du mort par insuffisance de son propre métabolisme. Vous avez oublié Malik Oussekine et sa dialyse ? Vous n’oublierez pas désormais ce que cache une insuffisance respiratoire, un malaise cardiaque et une crise d’asthme ! Ni que la « déontologie » policière est pavée de nombreux jeunes morts en garde à vue en France depuis au moins trente ans, et que, curieux hasard, ils étaient porteurs de noms à consonance arabe, paisibles retraités comme jeunes plein de vie et d’espoirs au pays putride des « droits de l’homme ».
Article publié dans le "Nouvel Observateur" du 19 juin 2008)
Il est mort en dix minutes, sur un trottoir, menottes aux poings. C'était le 9 mai, à Grasse. Abdelhakim Ajimi, 22 ans, refusait de suivre les policiers qui l'interpellaient. L'un d'eux lui a fait une clé d'étranglement. Des témoins ont vu. Et raconté : "Il avait la face contre terre, trois policiers sur lui, j'ai entendu le jeune homme dire qu'il ne pouvait plus respirer, il était violet. Un des trois policiers lui a donné des coups de poing." Et, selon une autre personne citée par Me Sylvain Pont, avocat de la famille Ajimi : "Il ne pouvait plus ni parler ni crier. Alors il a tapé contre le sol avec la paume de sa main, comme un catcheur qui veut cesser le combat." Une enquête est en cours. Les policiers sont toujours en activité.
Le 28 mai, à Paris cette fois, un groupe de jeunes a croisé la route de deux policiers hors service. Mais armés, et ivres. L'un d'eux a dégainé, et tiré sept fois. Trois personnes ont été blessées, dont une gravement. Elles ont été placées en garde à vue, à l'hôpital. Une enquête a été ouverte. Les policiers ont été suspendus.
Et au mois de mars, dans le Gard, un automobiliste a été frappé par trois policiers devant sa femme et son bébé de 8 mois. L'homme est resté vingt-quatre heures en garde à vue. Il n'a pas porté plainte, mais les images de son passage à tabac sont sur le net. Elles font tache. Parce qu'elles viennent nourrir cette vieille idée que trop souvent la police abuse, dérape, déborde. Que son histoire récente serait maculée de bavures... Ces erreurs graves, parfois tragiques, qui n'ont pas vraiment d'existence statistique, et qui finissent broyées dans les lenteurs judiciaires.
Augmentation des plaintes
Car c'est une de ses caractéristiques : la bavure se cache. Dans le vocabulaire administratif, c'est une catégorie parmi d'autres, celle des "violences illégitimes". Son seul indicateur est le nombre de plaintes enregistrées par la police des polices (l'Inspection générale de la Police nationale et l'Inspection générale des Services pour Paris et la petite couronne). Ainsi, en 2006, sur 1.519 plaintes, 639 concernaient des allégations de violences, contre 548 en 2000, et 611 en 2003. Et parmi ces 639 dossiers, 14 sont des cas de décès. En tout, 114 policiers ont été sanctionnés, alors que 8 autres étaient révoqués. "Mais il faut relativiser, indique le sous-directeur des études et commissaire divisionnaire à l'IGPN, Christophe Fichot. Nous avons retenu 639 allégations de violences en 2006, ce qui n'est pas énorme si l'on compare ce chiffre aux 4 millions d'interventions policières."
Il n'empêche, l'augmentation des plaintes pour violences est constante depuis le début des années 1990. Le point d'inflexion, selon le sociologue Fabien Jobard, se situe "vers 1993, date à partir de laquelle le filet pénal se resserre, où on poursuit et met en garde à vue les mineurs". C'est hélas un fait aussi, le risque de la bavure a un âge, et une couleur de peau : Abdelkader Bouziane est mort d'une balle dans la nuque en 1997 à Dammarieles-Lys, il avait 16 ans ; Habib Ould Mohamed, 17 ans, a été laissé pour mort sur un trottoir à Toulouse en 1998 ; Riad Hamlaoui avait 25 ans quand un policier l'a abattu à bout portant, à Lille en 2000 ; Zied Benna et Bouna Traoré, poursuivis par la police, ont été électrocutés à 17 et 15 ans, en 2005, à Clichy-sous-Bois, etc.
Fabien Jobard dit : "La récurrence des confrontations tragiques entre policiers et fils et petits-fils d'étrangers constitue aujourd'hui un problème incontournable de la police française." Et l'organisation Amnesty International confirme dans son rapport 2005 : "Le racisme est un facteur important dans beaucoup d'affaires", comme si les personnes d'origine immigrée étaient "davantage susceptibles de constituer une menace à la sécurité ou de commettre des infractions que les Blancs ou les non-musulmans".
C'est l'histoire d'une époque, effrayée par son ombre. Où le débat politique criminalise l'immigration et ethnicise les problèmes sociaux. "Où la société est aussi toujours plus violente, affirme Hervé Jaffré, du syndicat UNSA-Police. Et la pression pour faire du chiffre produit une police qui fait plus peur qu'elle ne rassure." Sans compter le nombre des gardes à vue, qui dépasse le demi-million en 2007. Mais pour Fabien Jobard, si l'augmentation des allégations de violences est bien due à un "régime en effet toujours plus répressif, il faut relativiser, car elle correspond aussi à un regard public de plus en plus vigilant face à sa police".
Ainsi la Commission nationale de Déontologie de la Sécurité (CNDS) a-t-elle traité 144 dossiers en 2007, contre 19 à ses débuts en 2001. Forcément saisie par la voie d'un parlementaire, la CNDS émet seulement des avis et des recommandations. Lesquels sont d'ailleurs trop rarement suivis d'effet au goût d'une autre commission, Citoyens-Justice-Police, composée de membres de la Ligue des Droits de l'Homme, du Syndicat de la Magistrature et du Syndicat des Avocats de France. Ces dispositifs de vigilance, s'ils ont le mérite d'exister, n'ont aucune habilitation judiciaire. Et le problème est justement là : "C'est toujours la police qui enquête sur la police, insiste Mouloud Aounit, président du Mrap. Et on voit le même dispositif d'étouffement de la bavure se répéter, un doute qui s'installe autour de la victime. A Grasse, on a dit d'Abdelhakim Ajimi que c'était un forcené, et qu'il avait de toute façon un problème cardiaque."
Effet boomerang
Enfin, la bavure a pour douloureuse particularité d'avoir un effet boomerang. Elle fait vite taire ceux qui la crient. En 2007, le service juridique du Mrap a saisi 50 fois le procureur de la République sur des faits de violence policière. Résultat : 50 classements sans suite. "Et si on s'adresse directement à la police, c'est simple, explique un conseiller du Mrap : la plainte est soit refusée, soit elle se retourne contre la victime, qu'on poursuit pour outrage ou rébellion." Et quand l'affaire finit au tribunal, c'est sans empressement.
Dans le cas d'Aïssa Ihich, roué de coups et mort d'une crise d'asthme en garde à vue à Mantes-la-Jolie en 1991, dix ans ont passé avant l'examen du dossier devant une cour. Quant aux condamnations, "elles ne sont souvent pas à la mesure de la gravité des crimes commis", assène Amnesty International. Pour Rachid Ardjouni, 17 ans, abattu d'une balle dans la tête en 1993, le fonctionnaire ivre au moment des faits a pris deux ans de prison, dont seize mois avec sursis. Et en 1996, la cour d'appel a allégé sa peine et annulé son inscription au casier judiciaire, lui permettant ainsi de reprendre son activité policière. Un travail propre, et sans bavure.
Elsa Vigoureux -Le Nouvel Observateur
Cet article a été publié dans le numéro 2276 du Nouvel Obs du 19 au 25 juin 2008.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire