"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

samedi 14 janvier 2012

UNE CATASTROPHE SI PEU INATTENDUE



« Si on perd le triple A je suis mort » N.Sarkozy


Tout le monde s’y attendait depuis une poignée de mois, même les prolétaires, pas seulement M.Jorion (qui était moqué sur les plateaux TV) : « Au mois d’octobre 2011, les français ont appris non seulement qu’ils allaient devoir mettre la main au portefeuille et renflouer, une fois de plus, une banque, mais aussi que les folies de leurs dirigeants allaient peut-être conduire le pays à perdre son triple A, la meilleure note financière qui permet de s’endetter à bon compte sur les marchés financiers. Cette banque qui coûte cher, c’est Dexia » (cf. L’oligarchie des incapables » de Sophie Coignard). La droite au pouvoir tente de minimiser, tel un petit restaurant (plus le Fouquet's...) la perte d'une étoile, mais ces petits caïds bourgeois ne peuvent atténuer leur responsabilité: la dette publique est de1690 milliards d'euros, soit 85,3% du Pib, contre 64,2% en 2007!

La crise capitaliste à répétition, avec la perverse dégradation de la note des pays du sud de l’Europe, en premier lieu la France, fait penser à un film longuet, passablement ennuyeux, où l’intrigue entre acteurs incapables n’est pas bien difficile à comprendre, mais où le spectateur ne cesse de se demander : « mais quand viendra le mot fin ? ».
Film en 3 épisodes jusqu’à présent : 1. En 2008 les Etats comblent les déficits des banquiers truands, 2. En 2011, les banques pleurent à nouveau misère mais les Etats plongent à leur tour, 3. La crise devient politique.

La commission européenne a mis du temps à regretter la « décision aberrante de Standard&Poors » (à une heure du mat du samedi), agence de notation sise à… New York, dans ce pays dominant qui n’avait jamais été dégradé depuis… 1917. Un vendredi 13 janvier qui renvoie donc superstitieusement à un autre symbole inquiétant pour la bourgeoisie : la grande révolution d’Octobre !

Comme dans une compétition sportive truquée, le film de la crise n’avait pu cacher le recours aux stéroïdes anabolisants, le dopage avec des brassées de milliards fictifs introuvables des économies européennes en manque. Peu avant l’annonce de la dégradation de la note pour la France, dans la journée du même 13 janvier avait été annoncée, comme un banal fait divers, la rupture des négociations entre le gouvernement grec et les banquiers voleurs ; l’arbre grec qui avait caché si bien un moment la forêt de la crise, n’étant plus considéré que comme un épisode sans importance.

Le déguisement de successifs « recours de la dernière chance » des « sommets européens » ne fut qu’un dopage politique minable qui avait fustigé un « manque de rigueur » de l’agence Standard&Pools le 10 novembre 2011, date à laquelle la société aurait annoncé « par erreur » à certains de ses abonnés que la "note" de la France était déjà dégradée alors qu'il n'en était rien…officiellement, entrainant une réaction aussi orgueilleuse qu’impuissante de l’entité de papier nommée Autorité européenne des marchés financiers. Le déguisement depuis deux mois se transforme brutalement en dégrisement. Les marchés financiers s’affolent, les Bourses chutent, l’euro perd 0,1% (avec une dramatisation outrancière de journaux comme Le Monde, qui agitent le mot effondrement comme s’il s’était agi de 10%). L’exagération dans les commentaires est à la mesure de l’affolement qui gagne la bourgeoisie européenne mais en premier lieu la bourgeoisie française. Les virevoltes de l’agence newyorkaise ne sont pourtant qu’un simple chantage du pays hôte de cette agence (qui s’est bien moqué de sa propre dégradation). Ce chantage signifie aux européens : empruntez oui mais à nos créanciers. Sous la polémique autour des trois A, se cache la rivalité des grandes puissances, qui n’est pas platement économique.
Il est remarquable que les réactions immédiates sur les plateaux TV de la bourgeoisie, laissent place à une foire d’empoigne : la gauche bourgeoise accuse « l’incapable Sarkozy », quand la droite accuse la crise généraliste. En réalité, parallèlement à la désindustrialisation du sud de l’Europe (et au bla-bla sur le constat que les usines sont en Chine), les manipulations financières dans chaque pays (cadeaux fiscaux en France, etc., comme les tricheries en Grèce) sont responsables au deux tiers de la catastrophe ; 70% des dettes françaises sont à l’étranger… Il n’y a que tricheries nationales et « la faute aux autres » a du plomb dans l’aile.
Premier touché, le prétendu « refondateur du capitalisme », chantre d’une Europe moisie derrière la prétendue locomotive franco-allemande, le gesticulateur Sarkozy, si bien caricaturé comme simple chambellan de Mme Merkel. Alignée derrière son porte-voix, comme un seul homme malade, la bourgeoisie française qui avait prétendue sauver les meubles en dégraissant la fonction publique et en attaquant les retraites (solidement aidée par tous les appareils syndicaux), osa même faire dire à son porte voix qu’il n’était nullement question d’appliquer l’austérité. « Pas de programme de rigueur » en vue chez nous racontait chaque ministre perroquet quand la rigueur s’abat de manière croissante depuis 2007 en totale impunité contre la classe ouvrière. Pire les attaques contre les retraites ont été insuffisantes et le gouvernement (puis son successeur) devra recommencer à les mettre en cause et casser les salaires, sous la loi impitoyable du MAINTIEN du profit; même si les bourgeois français tentent de freiner jusqu'aux élections, UNE CONFRONTATION SOCIALE DURE APPARAIT INEVITABLE.
Un vieux bourgeois secondaire comme Madelin en était réduit, hier soir sur i-TV à espérer en trois candidats : Bayrou, Sarkozy ou Hollande, pour, quel que soit l’élu il fasse preuve d’imagination… en donnant encore plus de prérogatives au… privé. Seul, l’un des chiens de garde du Figaro Y.Thréard, le Thénardier de service, leva un coin de l’auto-dopage politique : « la principale conséquence, je le crains, connaissant la propension des français à manifester, risque de se trouver dans la rue » ! Bien dit !

En effet, face à la crise sociale que va engendrer l’application implacable de l’austérité (chômage massif, nouvelle réduction des salaires et nouvelle attaque sur les retraites) c’est autour de ces trois mafias dominantes que la bourgeoisie va tenter de resserrer les rangs et de préserver l'argenterie. Les autres particules ne sont plus que des zéros pointés ; les écologistes avec leurs micmacs à répétition (magouilles et violences internes, débilité de leur candidate et du programme écolo avec éoliennes qui polluent et panneaux solaires fabriqués en Chine..) ; le programme chiffré n’importe comment et ahurissant du FN, et les comiques du Front de gauche et leurs concurrents dérisoires de l’extrême-gauche ne sont que pantalonnades de figurants.

L’ALLEMAGNE TOURNE LE DOS A L’EUROPE ET AUX ETATS UNIS

L’année électorale franco-américaine commence très mal, les Obama et Sarkozy risquent bien de prendre une retraite prématurée pour leur ego. Mais derrière ces figurants de palais d’une bourgeoisie aux abois, les intérêts impérialistes s’aiguisent. Toute la propagande pour les gogos français reste focalisée sur les agences de notation(comme si la Bourse était accusée d'être un méchant thermomètre). Or, bien qu'hyper-endettée elle-même, l'Allemagne pose de plus en plus ses conditions avec une bourgeoisie française à la remorque. On nous a seriné il y a quelques mois que "les allemands ne voulaient pas payer pour la Grèce"... ni donc pour l'Espagne ou la France. Pourquoi l'Allemagne refuse-t-elle que la BCE livre des fonds de secours? Parce qu'elle a les moyens de faire cavalier seul, dans le cadre d'une redéfinition des blocs impérialistes, opaque et tue au public. Le ministre des finances allemandes a été compatissant, voire méprisant, face à l'abaissement de la note française.
Personne ne semble s'interroger sur ce cirque superficiel autour des trois A, ni sur qui contrôle et planifie les annonces des agences de notation. Qui a intérêt à ridiculiser le couple franco-allemand? Qui a intérêt à ce qu'il se dégrade? Si les Etats Unis ont tergiversé avant de laisser dégrader l’Europe (ou d'assister impuissants à cet abaissement), c’est face à la concurrence avec la Chine, l’Allemagne et la Russie. L’Allemagne a longtemps joué double jeu – le radotage sur la vieille amitié depuis les De Gaulle et Adenauer étant pourtant une pièce de musée – et manifeste en réalité depuis longtemps sa volonté d’être à nouveau la maîtresse de l’Europe ; et la maîtresse actuelle, en l’occurrence Mme Merkel, pourra tôt ou tard laisser la place à un vrai maître, comme le craignent déjà les bobos allemands. Est-ce que j'exagère en disant que le couple franco-allemand uni restait dans l'orbite américaine? Ou ne suis-je pas plus près de la réalité en remarquant qu'un cavalier seul de l'Allemagne, tournée vers le marché à l'Est, milite pour la constitution d'un bloc anti-américain?
La prospérité « exemplaire » de l’Allemagne n’est basée pourtant elle aussi que sur la tricherie. La bourgeoisie allemande, avec un lourd niveau d'endettement, n’a pas eu jusqu’ici à entretenir un budget pesant des armées, et elle fait fabriquer ses inventions à proximité, à faible coût, en Tchécoslovaquie et en Russie. Mieux encore, sa collaboration avec la bourgeoisie russe s’intensifie, et lui permet d’envisager contrôler le pétrole et le gaz russe.

En tout cas, en France, toutes les fractions bourgeoises de droite à gauche, nous font pisser de rire avec cette histoire de "retrouver la croissance", alors qu'ils sont tous incapables de fournir du travail à une masse exponentielle de prolétaires volontaires, eux, pour une croissance meilleure de leur niveau de vie, mais qui vont devoir se résoudre à une croissance de la colère politique contre les profiteurs incapables; si la petite bourgeoisie cesse de croire à l'utilité des élections représentatives et si les ouvriers cessent de se laisser diviser par les syndicats, partis de gauche caviar, stalinienne et le FN avec des solutions nationales branquignoles, désuètes et... incapacitantes (retour du franc, fermeture des frontières, bla-bla anti-riches, etc.).

MARX REVIENT AU GALOP

Paul Mattick junior, déjà vieux conseilliste écologiste, avait remarqué en 2011, avec ses bribes de marxologie, ce qui mine la capitalisme depuis sa naissance, malgré l’exaltation de courtes embellies par les gauchistes défroqués et transfuges : « Un trait remarquable des commentaires sur les actuels ennuis de l’économie est que, malgré ses références constantes à la Grande crise des années 30, ainsi qu’aux nombreuses récessions survenues depuis la Deuxième guerre mondiale, on n’a peu parlé du fait que les crises sont la marque récurrente de l’économie capitaliste depuis la révolution industrielle. Pourtant même l’examen le plus succinct de l’histoire montre que les événements récents sont loin d’être inhabituels. En réalité, depuis le début des années 1800 jusqu’à la fin des années 1930, le capitalisme a passé entre le tiers et la moitié de son histoire en crise (selon la façon dont les différentes autorités les datent), crises qui sont allées en s’aggravant régulièrement jusqu’à La Grande crise de 1929. Ce n’est que la faible profondeur des crises qui ont eu lieu depuis la dernière guerre qui ont fait naître l’idée que le capitalisme ne connaîtrait plus les hauts et les bas caractéristiques de ses premières cent cinquante années d’existence comme forme sociale dominante. Le choix de la théorie économique semblait se placer entre l’idée néolibérale du capitalisme comme système capable de s’autoréguler et la conception keynésienne d’une l’économie contrôlable par des manipulations étatiques. L’insuffisance des deux points de vue démontrée par les événements économiques actuels appelle un autre regard sur la dynamique à long terme du système capitaliste. (…) Malgré leurs traits singuliers, la Grande crise et la reprise de l’économie capitaliste après 1945 suivirent, dans les grandes lignes, le schéma établi lors des précédents épisodes d’effondrement et de régénération de l’économie. La crise fut longue et le niveau de destructions physique et économique du capital anormalement élevé (surtout pendant la guerre sur laquelle elle déboucha). Il n’est donc pas surprenant que la reprise amena une période de prospérité, qui dura jusqu’au milieu des années 1970, et que les économistes baptisèrent Âge d’or du fait de sa durée et de son ampleur. L’absence relative de récessions graves pendant ces années était due à la poursuite dans la période post-crise de ce qu’on désigna sous le nom de méthodes keynésiennes : la proportion des dépenses étatiques par rapport au PNB des pays de l’OCDE passa de 27 % en 1950 à 37 % en 1973. Aux Etats-Unis, comme l’a noté Joyce Kolko en 1988, « près de la moitié des nouveaux emplois créés après 1950 le furent grâce aux dépenses d’État, et une évolution analogue se produisit dans les autres pays de l’OCDE ».
L’idée de Keynes était que les États devaient emprunter de l’argent en période de crise pour faire repartir l’économie ; quand le revenu national augmentait par voie de conséquence, les impôts qui le frapperaient pour rembourser la dette ne l’affecteraient guère. En réalité, la gestion des crises se transforma en une « économie mixte » État-privé permanente. Quand l’Âge d’or prit fin définitivement au milieu des années 1970, l’augmentation énorme des dépenses publiques qui évita un retour des conditions de la crise constitua un pas de plus vers le déficit de plus en plus problématique d’aujourd’hui. La raison même de l’augmentation des dépenses de l’État — l’insuffisance des profits — rendit impossible le remboursement de la dette d’État qui en était résultée.

"Pendant ce temps, la dette publique s’accompagna de l’augmentation vertigineuse de la dette des entreprises et de la dette privée, rendant possible la prospérité apparente des vingt dernières années. Les promesses de payer un jour, dans l’avenir, prirent la place de l’argent que l’économie capitaliste ralentie ne parvenait plus à produire. Étant donné que les États, les entreprises et, dans une mesure toujours croissante, les individus empruntaient des fonds pour acheter des marchandises et des services, la dette publique, des entreprises et des ménages apparut dans les bilans des banques et des autres sociétés dans la colonne des recettes. Mais le remboursement des dettes exige de l’argent produit par une production rentable et la vente de biens et de services. Or, comme l’observé Robert Brenner, professeur d’histoire à l’UCLA :
« Selon les indicateurs macroéconomiques standards, entre 1973 et aujourd’hui, la performance économique des Etats-Unis, de l’Europe occidentale et du Japon s’est détériorée, de cycle des affaires en cycle des affaires, de décennie en décennie (à l’exception de la deuxième moitié des années 1990). Tout aussi parlant, pendant la même période, l’investissement en capital à l’échelle mondiale et dans toutes les régions en dehors de la Chine, en incluant même les pays d’Asie du Sud-Est [nouvellement industrialisés] depuis le milieu des années 1990, a régulièrement diminué. »
Le résultat, ce fut, grosso modo, la réapparition en 2007 de la crise évitée dans les années 1970.
Quand l’éclatement de l’énorme bulle américaine des prêts immobiliers en 2007 déclencha la crise mondiale, les gouvernements centraux se retrouvèrent pris entre le besoin de maintenir le système en état de marche en injectant de l’argent dans les établissements financiers « trop gros pour faire faillite », le soutien des gouvernements locaux et la « stimulation » de l’économie privée d’une part, et la nécessité impérieuse de limiter l’augmentation de la dette publique avant qu’elle n’atteigne le point du défaut de paiement de grande ampleur. Les Etats-Unis avaient une dette de 16 milliards de dollars en 1930 ; elle atteint aujourd’hui 14 mille milliards de dollars et elle continue à monter. La dette fédérale représentait déjà 37,9 % du PNB en 1970. Quand en 2004 le FMI signala que la combinaison du déficit du budget de l’Amérique et du déséquilibre croissant de sa balance commerciale menaçait « la stabilité financière de l’économie mondiale », elle atteignait 63,9 %. Les appels mondiaux des patrons et des politiciens à des réductions des dépenses publiques, aussi exagérés qu’ils soient par l’idéologie néolibérale, marquent la reconnaissance d’une nouveauté par rapport aux années 30 : le fait que la carte keynésienne a été largement jouée.
En conséquence, bien que le capitalisme actuel soit par bien des aspects une version très transformée de la forme qu’il avait au XIXe siècle, cette transformation n’a pas entraîné de diminution des problèmes systémiques diagnostiqués par les critiques de cette époque. Au lieu de cela, elle les présente sous de nouvelles formes. En fait, la crise se profile à l’horizon a des chances, entre autres, d’être plus terrible que les grandes crises de 1873-93 et de 1929-39. La poursuite de l’industrialisation de l’agriculture et de l’urbanisation de la population — en 2010, on a estimé que plus de la moitié des habitants de la planète habitait dans des villes — a rendu de plus en plus de gens dépendants du marché pour se fournir en nourriture et satisfaire leurs besoins essentiels. L’existence à la lisière de la survie ou au-delà de cette limite vécue par les masses urbaines du Caire, de Dakka, de Sao Paulo et de Mexico aura un écho dans les pays les plus avancés sur le plan capitalistique, du fait que le chômage et l’austérité imposée par les gouvernements affecteront de plus en plus de gens, non seulement dans les anciennes zones industrielles du monde développé mais à New York, Los Angeles, Londres Madrid et Prague.
Laissé à ses propres moyens, le capitalisme promet des difficultés économiques pour les dizaines d’années à venir, avec des attaques de plus en plus violentes contre les gains et les conditions de travail de ceux qui ont encore la chance d’être salariés dans le monde, des vagues de faillites et de consolidations pour les entreprises capitalistes et des conflits de plus en plus graves au sein des entités économiques et mêmes de pays entiers sur la question de savoir qui va payer tout cela. Quels constructeurs automobiles, dans quels pays, survivront, quand d’autres s’empareront de leurs avoirs et de leurs marchés ? Quelles institutions financières seront écrasées par des dettes impossibles à recouvrer et lesquelles survivront et réussiront à s’emparer d’énormes parts du marché mondial pour gagner de l’argent ? Quelles luttes éclateront pour le contrôle des matières premières comme le pétrole, l’eau pour l’irrigation et la boisson ou les terres arables ?

Aussi déprimantes que soient ces considérations, elles négligent deux facteurs paradoxalement liés qui promettent des effets encore plus désastreux pour l’avenir du capitalisme : le déclin annoncé du pétrole — base de tout le système industriel actuel — comme source d’énergie, et le réchauffement de la planète provoqué par la consommation de carburants fossiles. Même si la stagnation actuelle devait ralentir le changement climatique causé par les gaz à effet de serre, les dommages déjà créés sont extrêmement graves.
Ce que nous promettent ces tensions continuelles sur la société, c’est que le déclin de l’économie, même infléchi cycliquement, sera le vecteur d’une crise du système social qui, parce qu’il obéit aux lois de la physique et de la chimie, dépassera les domaines strictement économiques. Si le déclin de l’approvisionnement en pétrole et les catastrophes causées par le changement climatique ne provoquent pas une transformation majeure de la vie sociale, il est difficile d’imaginer ce qui pourra le faire. Cette idée peut sembler irréelle aujourd’hui à ceux qui parmi nous vivent encore, pour la plupart, dans ce qui subsiste de la prospérité matérielle apportée par le capitalisme d’après-guerre, tout comme la misère et la terreur qui accablent les habitants du Congo déchiré par la guerre sont difficiles à saisir par les habitants de New York ou de Buenos Aires. Mais cela ne fait que montrer la pauvreté de notre imagination et non l’irréalité des défis qui nous attendent (…) La plus grande inconnue lorsqu’on envisage l’avenir du capitalisme, c’est le degré de tolérance de la population mondiale face aux ravages que ce système social lui infligera. Les gens sont parfaitement capables de réagir de manière constructive face à l’effondrement des structures normales de la vie sociale et d’improviser des solutions aux problèmes immédiats de la survie physique et émotionnelle. Cela nous est amplement démontré par leur conduite face aux catastrophes tels que les tremblements de terre, les inondations, les dévastations de la guerre, ainsi que lors des précédentes périodes de bouleversement économique. Le fait que les gens du XXIe siècle n’ont pas perdu la capacité de faire face aux autorités pour défendre leurs intérêts a été démontré par les jeunes protestataires d’Athènes, les fonctionnaires grévistes de Johannesburg et, plus récemment et spectaculairement, par les Égyptiens qui, du moins pendant un moment, ont détruit un État policier en place depuis des dizaines d’années (PM junior avait été trop vite rêveur, l'Etat policier égyptien n'a jamais été détruit et fait encore pisser le sang comme son homologue syrien, et cet anarcho-marxiste ne voit pas l'essentiel: si le sang des prolétaires arabes coule à flots c'est parce qu'en Occident le prolétariat se bouche encore les oreilles et détourne le regard pour ne pas voir ce qui l'attend)..

Dans tous les cas, les gens (!? traduction bête de people?) vont avoir l’occasion d’explorer pareilles possibilités dans un avenir proche, s’ils souhaitent améliorer leurs conditions de vie de la manière concrète qu’une économie déliquescente exigera. Alors qu’à l’heure actuelle ils attendent encore le retour promis de la prospérité, à un moment donné les millions de nouveaux sans abris, comme beaucoup de leurs prédécesseurs dans les années 1930, risquent de s’intéresser aux logements vides récemment saisis, aux biens de consommation invendable et aux stocks de nourriture accumulés par l’État, et d’y trouver tout ce dont ils ont besoin pour survivre. En outre, le fait de s’emparer et d’utiliser des logements, de la nourriture et d’autres objets, en enfreignant les règles d’un système économique fondé sur l’échange de biens contre de l’argent, implique en soi un mode d’existence sociale radicalement nouveau.
Au fur et à mesure que le chômage s’étendra, il se peut que les travailleurs prennent conscience que, avec ou sans emploi, les usines, les bureaux, les fermes, les établissements scolaires et autres lieux de travail continueront d’exister même s’ils ne permettent plus de dégager de profits, et qu’ils peuvent être mis en marche pour produire les biens et les services dont les gens ont besoin. Même s’il n’y a pas assez d’emplois — d’emplois payés par les entreprises ou par l’État — il y aura beaucoup de tâches à accomplir si les gens organisent la production et la distribution pour eux-mêmes, en dehors des contraintes de l’économie marchande. Cela signifiera, bien sûr, bâtir une nouvelle forme de société.
Le capitalisme existe depuis tant de générations, il a prouvé sa vitalité en chassant ou en absorbant tous les autres systèmes sociaux du monde entier, qu’il semble faire partie de la nature et paraît irremplaçable. Mais ses limites historiques apparaissent désormais visiblement dans son incapacité à répondre aux défis écologiques qu’il pose, à entraîner assez de croissance pour employer les milliards d’individus qui s’entassent dans les bidonvilles d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie, ainsi qu’un nombre toujours plus grand d’entre eux en Europe, au Japon et aux Etats-Unis, et à échapper au dilemme de sa dépendance vis-à-vis d’une participation de l’État à la vie économique d’un niveau tel qu’il draine l’argent des entreprises privées. Tout comme la Crise de 29 a montré les limites des moyens mis en place pendant les années 40 pour contenir la tendance du capitalisme à la catastrophe périodique, elle suggère la nécessité de prendre enfin au sérieux l’idée que, comme on dit, un autre monde est possible ». (13 mars 2011).

Paul Mattick junior, peu marxiste avec son entité ("les gens"? ou le peuple?) oublie simplement le plus important, comment fera le prolétariat universel pour renverser les « incapables » qui nous régentent une humanité qu’ils détruisent un peu plus chaque jour ?

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