"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

jeudi 29 septembre 2011

6 PERSONNAGES EN QUETE DE HAUTEUR


On se prendrait presque au jeu de cette mini « loft story ». Chaque candidat au pompon final n’a-t-il pas ses chances ? Sauf François. Il a déjà couché dans la piscine avec la gogo girl Ségolène. Le petit Manuel aurait bien des accointances avec cette dernière mais elle est trop grande pour lui. Plutôt cougar, Ségo lorgne vers Arnaud, mais à condition qu’il accepte un rapport SM. Il semble méfiant, elle lui a déjà reproché de s’être moqué de son ex François. Martine semble séduite par le vieux marginal Jean-Michel, et attend son heure.

Une ombre plane sur le plateau que ne masque ni l’éclairage ni la poudre sur le visage des comédiens professionnels. Le producteur de l’émission n’a pas de chance pour cette deuxième série, il a pioché dans une bande d’anarchistes. Il a dû faire éjecter un obsédé trop marqué à la culotte, Dominique. Assez déprimés les restants se sont réunis dans le salon. Toutes et tous veulent s’en prendre aux banques – pas au FMI, ni à la Commission européenne ni à l’Etat français ni à la justice américaine - avec ce côté proudhonien pour défendre l’épargne des français, mâtiné d’un stakanovisme bon teint qui, sous la langue de bois de Martine – « relancer la croissance par l’investissement » - n’est qu’une imitation de « travailler plus pour la France » du premier candidat éjecté, Nicolas S. François, pour une fois, est complice de Martine dans la discussion autour du samovar (offert par Jean-Pierre Pernaut) : « il faut rétablir la confiance dans l’avenir ». Admirable François qui tend vers le haut, et avec une forte ostentation son cou amaigri par tant de gymnastique présidentielle ; il sait bien que l’avenir du groupe de copains est un long passé. Autant François est évasif, autant Martine se veut concrète (cherche-t-elle à le séduire ou à le déstabiliser ?). Elle parle de croissance, d’emploi, de gens qui ne peuvent pas se soigner, d’impôt sur la fortune, ce qui fait révolutionnaire.

Manuel leur fait les gros yeux à tous soudain. Vous rêvez tous éveillés, réplique-t-il en posant son bol avec colère : « il faut dire la vérité à tous les copains qui vont voter pour nous ! Il faut faire comme ma potesse d’Outre Rhin, mollo pour les salaires ! Et, je vous le dis, l’effort à faire pour redresser l’économie sera plus important que celui exigé pour reconstruire le pays après 1945 » ! Manuel est très remonté contre Arnaud, d’abord parce qu’il plaît à Ségolène, ensuite parce qu’il dit des conneries du matin au soir et que çà commence à bouillir dans le loft. Il faut pas jouer au tout Etat comme du temps de Leonid. Le souci c’est d’aider les PME (il est d’accord là-dessus avec Martine) : « je dirai même un soutien à la compétitivité des PME soutenu par un effort à faire partager aux français ».

Ségolène intervient bien décidée à ne pas s’en laisser compter par p’tit Manu. Elle se fait plus anarchiste que le gauchiste de service, Arnaud (et c’est bien pour lui faire un appel du pied sous la table du salon) : « je veux interdire les licenciements boursiers, changer les règles du jeu, sortir de ce système ». (Arnaud se pâme et croit avoir entendu dire que la Royal veut sortir du système capitaliste). La Ségolène atteint des accents comparables à Arlette : « quand les patrons se barrent, il faut que l’entreprise soit reprise par les ouvriers, des coopératives de production, et çà marche ». Arnaud sourit, ravi, lui qui est simple employé chez Mac Do. Martine manifeste alors son inquiétude, sousentendu qu’on ne va tout de même bolcheviser toute l’industrie et nos chères PME, premier patron de France : « il faut garder les entreprises rentables ! ».

François n’a pas digéré que Martine, au début de la mise au point sur les transats balance ce truc brillant : « relancer la croissance par l’investissement », aussi lui oppose-t-il cet autre formule : « le problème est le financement de l’économie ». Remarquez que la formule est drôle en elle-même : qu’est-ce qu’une économie qui doit être « financée » alors que la finance devrait être l’aboutissement de l’économie, ou, dit autrement qu’une économie saine n’a pas besoin d’être financée ? Comme son ex, Ségolène, François garde un bon souvenir de certains aspects de la vie en couple bourgeois (Mr. Gouvernement et Mme Patronat) : une entreprise rentable, des bénéfices partagés, des salaires modérés, un chômage avouable, etc. Il ne propose pas un remariage mais de garder des relations familiales conviviales, elle gardera les enfants Arnaud et Manuel pendant qu’il ira faire les courses au supermarché des PME. C’est à ces p’tits jeunes qu’il pense le tendre François avec son « contrat de génération », pour qu’ils aient du travail : Manuel comme ministre de l’Intérieur et Arnaud, secrétaire d’Etat au tourisme et aux camps de vacances CGT.

Martine, qui sent que François se gonfle les chevilles et prend quelques voix de plus au standard d’Europe 1 et de la chaîne parlementaire, n’en peut plus, que dire pour rabaisser ce coq en pâte qui s’est fait cirer les dents et teindre ses rares cheveux ? Si si, elle a trouvé : « Je crois à la gestion française ! ». Pas terrible pourtant vu l’absence de réaction des autres copains. Arnaud profite du silence pour trépigner comme un ado qui veut être pris au sérieux et se lancer dans une tirade de lycéen, enamouré lui aussi par les PME : « je crois à la révolution verte ! Nous avons besoin de faire éclore des milliers d’entreprises innovantes, mais à condition de nous couvrir… les autres ils mettent bien des capotes, regardez les brésiliens, pourquoi pas nous ? ».

Manuel, qui frémit à chaque parole de son principal rival dans le cœur de Ségolène – mais qui est attiré de plus en plus par le bel éphèbe François – n’en peut plus : « je ne crois pas aux solutions administratives et juridiques de l’époque de Leonid ou de Joseph ! On ne sauvera pas notre bourgeoisie en la surtaxant mais par la partouze industrielle ! ».

Arnaud devient polisson : « c’est du Jean-François Copé ! ». Manuel ne laisse pas passer : « Ah non Arnaud, t’as pas le droit ! Trop facile ! Tu vises en dessous de la ceinture ! Aider la bourgeoisie c’est être de gauche ! Vouloir plus de flics, c’est être de gauche ! ».

Martine tente à son tour de consoler Manuel en s’en prenant au polisson : « tu exagères Arnaud, le protectionnisme n’a aucun sens, 60% de notre économie relationnelle se passe de capotes et autres stérilets de papa ! »

Ségolène a senti passer le vent du boulet, ne risque-t-elle pas d’être la prochaine éjectée du loft ? Martine et Arnaud ne se sont-ils pas déclarés plus français que François ? Elle rentre dans le lard : « Il faut interdire les délocalisations ! Il faut que les Etats agissent plus vite que les spéculateurs ! », puis, dans la grande tradition du socialisme caviar elle élève son propos pour faire rêver la classe ouvrière : « Il faut faire de la France un pays d’entrepreneurs », et, parodiant le grand dirigeant prolétarien G.Séguy, elle s’exclame : « Il faut un Grenelle des PME ! », tout en assénant un grand coup (pour séduire encore Arnaud le gauchiste BCBG) : « en avant pour la réforme fiscale au service de la révolution technologique ».

François, conscient que les délires de p’tit chouArnaud et de la chèvre, pourraient nuire à la réputation du loft socialiste, tempère les ardeurs, préserve la chèvre et le chou et ne souhaite pas que ce soir le petit fils d’Yves Montand serre la paluche à un nouvel éjecté : « Il faut associer l’Etat et l’entreprise… cette histoire de protectionnisme est une caricature (voyons cher Arnaud mon petit !)… Le mot clé, c’est la réciprocité, tu l’apprendras tu verras avec ta compagne, l’ancienne présentatrice d’un journal télé… Puis il s’élève au-delà des conflits individuels, feint la colère en tendant ses petits bras : « regardez la Chine, hein ! elle a une monnaie inconvertible, elle met capote sur capote. D’où qu’elle est la réciprocité ? ».

Manuel, débordé par tant d’emphase ne sait plus quoi dire (il atteint avec impatience la fin de l’émission avec le sujet policier), il évoque une contribution écologique et une contribution des machines pour ceux qui croient que le futur loft de gouvernement ne veut qu’une surexploitation des travailleurs sous les termes « restaurer la croissance ».

Martine sent le coup fourré de François avec son « contrat de génération ». Comme elle est la plus vieille avec ce grand nigaud Jean-Michel du parti radical (pouet pouet), elle espère bien au moins Matignon ou le ministère de la culture. Elle en rajoute : « …exonération des charges pour l’embauche… pour les seniors, bilan de compétence à 45 ans et taxer les entreprises qui s’en débarrassent… ».

Le ton est monté, quoique nullement politique et nullement passionnant, car les bilans de compétence les prolétaires en subissent tous les ans. Arnaud rattrape le coup et surenchérit, et se cabre en auguste porte-parole du lobby écolo-bobo :

« La révolution écologique va nous permettre de réindustrialiser le pays ». Puis (avec des trémolos dignes d’un Jules Ferry ou d’un Henry Ford) l’archange de la gauche juridique clean chante : « Il faut faire naître une nouvelle génération de capitaines d’industrie basé sur un grand plan d’économie d’énergies dans les logements qui permettra de remiser le nucléaire français et le pétrole arabe au rang de la hache et de la cheminée de nos grand-mères ! ».

Martine, il est vrai, venait d’évoquer les milliers d’emplois en vue pour doubler les cloisons des appartements, poser des triple vitrages, combler les combles et généraliser les panneaux solaires, au total des métiers d’avenir passionnant pour les jeunes dans le prochain socialisme municipal et écologique.

Les derniers instants filmés dans le loft laissent voir une certaine complicité des copains et des copines. Aux vannes des merdeux Arnaud et Manuel, succèdent quelques bonnes blagues. Manuel à Ségolène : « Tu es royale… ah ah », même si l’autre ne goûte guère et pense visiblement « qu’est-ce que t’es mauvais ! ». Martine se retient d’aller gifler François qui joue au grand homme, au rassembleur et qui parle trop vite pour être fair play. La bande de copains et de copines ne cause pas longuement de la police. Pas besoin tous OK pour faire barrage sur le sujet à une certaine Marine (à ne pas confondre avec Marine). Oui urgence il faut plein de nouveaux policiers et expulser au cas par cas. Arnaud qui fait une nouvelle bourde en usant du terme « généreux » perd toute chance de conquérir le cœur de Ségolène : « gaffe… généreux ! certainement pas, où tu vas l’angelo ? ». Manuel sera l’as de la reconduction aux frontières, mieux que le zozo de l’Elysée.

Excédé par ces filles qui ne cessent de lui donner la fessée devant tout le parterre, Arnaud se venge en les piégeant pour leurs relations troubles avec un certain Guérini de Marseille (et a demandé à être protégé par la police). Martine tombe dedans et défend le mafieux au nom de « la justice », Manuel culbute aussi. Arnaud sourit, n’est-ce pas cet idiot de Manuel qui avait assuré à deux reprises que les français pensent que trois hommes politiques sur quatre sont pourris ? Les deux M n’ont-ils pas ainsi confirmé que le loft socialo est pourri ?

Les derniers échanges sont désespérés. Personne ne veut quitter le loft. Qui sera le meilleur gagnant-gagnant ? François veut que le gagnant soit réformé. Arnaud un arbitre. Martine qui a déjà dit qu’elle voulait qu’on lui sucre 30% de son salaire, aura le mot de la fin, se tournant vers les spectateurs du jeu, personnalisant : « nous avons besoin de vous, de toi ». Le gras et chantant Jean-Michel clôt en vérité la messe : « la république laïque doit être défendue comme un bien sacré ». Quoique ce ne soit pas le dernier qui parle qui a raison. François laisse l’impression d’avoir été le curé de toutes ces bonnes âmes. Ne fut-il pas onctueux à souhait, se préparant sans doute à être le dernier éjecté du loft ?

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