"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 7 mai 2010

LA CUPIDITE EBRANLEE DU CAPITALISME

Tout dégringole, les bourses, le pétrole, l’euro…
Le téléphone des ministres des finances des principaux pays industrialisés ne cesse de sonner d’un continent à l’autre. La bourgeoisie mondiale a de sérieuses raisons de s’affoler. Les dirigeants en pantoufles de la zone euro se réunissent en sommet ce vendredi soir pour tenter de juguler la crise grecque, redonner confiance aux marchés et durcir la discipline budgétaire européenne. Ces pauvres dirigeants courent toujours après une occasion historique pour la zone euro de se doter d'une gouvernance économique renforcée. Ils rêvent, hélas trop tard – vu leur lenteur d’escargots à venir en aide à la Grèce - à une meilleure régulation des marchés financiers. Certains souhaitent discuter de l'idée de créer une agence de notation européenne, face aux organismes américains accusés de jeter de l'huile sur le feu, en rigolant au spectacle de l’Europe touchée à son tour de plein fouet pour ce dernier soubresaut de la crise.
Illustration de la confirmation de la gravité de la crise systémique capitaliste, la faillite de la Grèce est comparable bien sûr à celle de la banque Lehman Brothers en septembre 2008. Les médias, désarmés, ont bien sûr focalisé sur la seule Grèce, déploré, sermonné, mais rien n’y fit (et qu’on eût bien voulu « laisser mijoter dans son jus », le pire se profile. La crise de 2008 avait provoqué une paralysie financière mondiale comparable à la crise de 1929 que les braves spécialistes croyaient définitivement enterrée. Les conséquences de la faillite de la Grèce seront pires. S’il faut utiliser à bon escient le terme de « contagion », ce n’est pas tant sur le plan du désordre dans les rues qu’il sera explicite que par sa propagation sur la chaîne fragile des économies européennes si étroitement liées l'une à l'autre. Aucun pays ne sera épargné par la faillite de la Grèce, malgré le bla-bla sur « l’harmonisation des budgets » selon Merkel et Sarkozy.
Dans son excellent ouvrage « La prospérité du vice », Daniel Cohen écrivait en octobre 2009 : « Les enseignements que l’on peut tirer des subprimes vont toutefois au-delà de cette redécouverte du rôle de l’Etat. Par la vitesse à laquelle elle s’est propagée à l’ensemble de l’économie mondiale, elle témoigne de l’extraordinaire difficulté à penser ex ante les risques systémiques, et à les résorber, ex post, lorsqu’ils se sont manifestés. Le responsable des risques financiers à la banque d’Angleterre, Andrew Haldane, a proposé un intéressant parallèle entre le monde de la finance de marché et celui des grands réseaux électriques. L’interconnexion permet de résoudre les déséquilibres partiels entre l’offre et la demande. Lorsqu’un réseau souffre d’un excès de demande, il peut compter sur les autres pour l’approvisionner. L’interconnexion fonctionne comme un absorbeur de choc. Passé un seuil critique toutefois, c’est le contraire qui se produit. Un dysfonctionnement local, même léger, peut mettre le tout en péril, plongeant dans le noir des régions très éloignées de la panne. Andrew Haldane offre aussi une comparaison éclairante entre la crise financière et les pandémies (…) Le capitalisme-monde s’impose désormais comme la civilisation qui se substitue à toutes les autres, sans regard extérieur pour juger de sa pertinence. L’interconnexion économique et culturelle est devenue la règle, et soumet chacun au risque
Pour l'heure, les Bourses et la monnaie européenne plongent, et le taux auquel l'Etat grec doit emprunter sur les marchés à dix ans a atteint vendredi matin un nouveau record historique à plus de 12%. Encore une fois, les craintes de contagion passent avant les indicateurs nationaux.
QUELLE CONTAGION ?
Contagion des émeutes grecques, disent certains médias. Contagion de la lutte des classes, croient des révolutionnaires de clavier. Avant de supposer de véritables et claires répercussions sociales – depuis deux ans le pic de la crise de 2008 qui annonçait plus de 20 millions de chômeurs n’a pas produit 20 millions de révolutionnaires – il faut bien voir le gouffre des banqueroutes d’Etats qui se profile.
Ecartons d’abord les scénarios fantaisistes à la Kerviel (dont le nom entrera dans l’histoire comme la fable du petit trader qui d’un clic peut griller des milliards). On a trouvé en effet un autre Kerviel à New York qui, tapant sur son piano numérique, aurait confondu millions et milliards. Il se serait trompé et aurait tapé «milliards» au lieu de «millions», et cliqué sur la valeur Procter & Gamble, un géant des produits de consommation aux Etats-Unis. En quelques nano-secondes, les actions chutent... jusqu'à 37% ! Si on prend en compte la fragilité du système de connexion économique mondial comme nous l’a démontré Daniel Cohen, c’est plausible, mais alors une puce peut donc gripper les rouages du bulldozer capitaliste ! Non quand même, trop simpliste et anecdote typique de l’affolement des classes dominantes. Décidemment le monde financier, la bourgeoisie tout court, ne craint plus de se ridiculiser. Un seul homme se trompe dans le nombre de zéros sur un clavier d'ordinateur et voilà que c'est la dégringolade de toutes les places financières du monde. Cette fable n’atténue en rien le fond de l’agiotage capitaliste qui se cherche n’importe quel bouc-émissaire, la Grèce un jour, un vulgaire trader le lendemain. La valeur instantanée des monnaies étant décidée uniquement par la spéculation de traders incultes, via Forex ou Carry Trade, il ne sert à rien d'avoir des Trichet ou des Bernanke grassement payés : ils ne servent strictement à rien, n'ont aucun pouvoir. Il y a lieu de les foutre à la porte au plus vite avec leur pote DSK, le partouzeur capitaliste. On apprend ensuite ces autres sornettes dans les dépêches qui tombent les unes sur les autres : "Les dettes européennes font trembler Wall Street" Les bourgeois US oublieraient-ils que leur propre dettes, vis à vis de la Chine et du Japon, sont infiniment supérieures à celles de l'EU ? Le Dow Jones a chuté jusqu'à 9.873 points, alors qu'il était à 10.880 points en début de séance. La dette publique de la Grèce n’est que de 400 milliards d'euros ; et cette radine d’Europe (avec une petite participation du FMI) ne lui octroie au compte-goutte que 110 milliards! Et la dette de la France, vous la connaissez ? Elle est de 1489 MILLIARDS D'EUROS. La dette des Etats-Unis ? un pécule de 9400 milliards de dollars… à ce niveau le monde entier ne peut rien prêter aux ricains !
Plus inquiétant, dès que Portugal et Espagne plongent, aucun pays membre de l'euro ne pourra venir à leur secours. L'Espagne détient 58% de la dette portugaise et la France et l'Allemagne détiennent à eux deux près de la moitié de la dette espagnole. L'effet domino en Europe sera assez dramatique très prononcé, des banques vont se retrouver au tapis et, plus grave le chômage explosera très vite. La mine du triste Fillon, qui s’est affichée dans la lucarne avec accord de son chef de service, nous a joué de la lyre populiste à la façon de Papandréou : « tout le mode paiera… même les plus riches ». Il faut sauver le sergent « économie nationale ». A situation exceptionnelle, la bourgeoisie française ne peut plus autoriser Sarkozy, usé dans son starting-block, à faire le malin ; ce qui sera étonnant par contre ce sera que les riches soient amenés à payer ; ils n’en mourront pas de faim. Pour autant, tous les appels gouvernementaux à se serrer la ceinture ne règleront pas la question des déficits publics de chaque pays. Il va falloir maintenant que tous les Etats bourgeois fassent payer la politique fiscale, déraisonnable, financée exclusivement par la dette, menée depuis des années.
La contagion dans la catastrophe viendra de l’assemblage hétéroclite des endettés. Imaginez un groupe de locataires en retard de paiement de plusieurs mois, envisageant de se prêter l’argent du loyer mutuellement, que resterait-il pour bouffer à tous ? On assiste à ce genre de prêts de fauchés avec les Etats européens, et là c’est franchement dangereux pour tous. Comment un État endetté peut-il emprunter pour prêter à un autre État endetté ? L'Espagne et le Portugal, actuellement attaqués par les marchés et en difficulté économique, vont prêter à la Grèce respectivement 9,79 milliards et 2,06 milliards d'euros. Je prends dans la poche à Pierre pour donner à Jacques, lequel a déjà pris dans la poche à Bruno qui s’apprête à se servir dans celle de Pierre…
Qui va prendre l’autre de court ? Deux hypothèses :
- soit c’est la fin de la zone euro dans des turbulences financières qui vont raviver le chacun pour soi, donc le nationalisme,
- soit le prolétariat des pays développés va bouleverser la donne.
La bourgeoisie mondiale a pour l’heure tout intérêt à conserver l’euro, car la précipitation dans la tempête est mauvaise conseillère, et avant de choisir d’autres solutions, il faudra faire front politiquement au prolétariat, qui, heureusement pour la classe dominante, ne sait plus encore (pour le moment) comment « changer le monde » .
Implosion de l'euro?
"A ce stade, l'implosion de l'euro ne peut pas être exclue. L'effet de contagion est une possibilité réelle pas seulement pour les pays les plus à risque", a déclaré au journal italien Repubblica l'économiste Nouriel Roubini Roubini, connu pour son perpétuel pessimisme mais qui fut l'un des rares à prédire la crise financière. Malgré le plan d'aide de l'UE et du FMI, la Grèce n'est pas encore sortie d'affaire. Et la crise va atteindre les autres pays européens, et la chute des éloignées bourses asiatiques montre le danger pour tous. La plupart des pays capitalistes sont dans l'incapacité de rembourser leurs dettes. De la Banque centrale à la Commission européenne, tous l'assurent pourtant: il n'y a aucun risque de contagion car les situations ne sont pas les mêmes. Laissons-les rêver.

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