"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 17 février 2026

POURQUOI TRUMP FERME SA GUEULE (2 ème partie)


« Qu’y a-t-il de ressemblant entre les événements somaliens de 1993, la chute des enclaves
bosniaques, les 78 jours d’offensive aérienne de l’OTAN dans les Balkans, les incidents de Prizren de juin 1999 mettant aux prises la 
Bundeswehr, ou les tensions ethniques autour du pont de Mitrovica au Kosovo ? N’est-ce pas cette dimension à la fois subtile et aliénante reprise sous le vocable de concept de « zéro-mort » ? Non pas le « zéro-mort » du ciblage militaire avec évitement ou le « zéro-mort » des armes non létales. Celui, plutôt, de cette propension à éviter des pertes humaines chez soi sans s’inquiéter, outre mesure, des pertes chez l’adversaire,(comme l'indifférencve de l'idiot Trump pour le massacre en Iran) la collatéralité civile étant supportée, subie ou recherchée. Bref, au pire, le « zéro-vivant » en face. N’est-ce pas, plus subtilement, le refus d’une prise de risques au nom d’une hiérarchisation des valeurs à défendre, des vies à protéger, des hommes à secourir, des intérêts à préserver ? »

Or l'avenir du cynique bourgeois Trump se joue en ce moment. Ia déjà perdu une bonne partie de sa crédibilité pour sa lâcheté d'avoir laissé massacer la jeunesse iranienne, ce qui lui aliène déjà une partie de sa base maga. Car le populisme, même s'il n'est pas internationalisme, et du fait que les chefs de l'Etat islamique terroriste ne sont pas une élite mais un gang de tueurs sans vergogne - reste, sans diabolisation, aussi une expression du peuple. Et le peuple américain, composé aussi d'iraniens, est aussi bouleversé que nous par les massacres des assassins mollahs. Comme je l'ai remarqué antérieurement, Trump avait une chance de consolider une réputation de politique aux côtés du peuple (ceux d'Orban et de Giorgia Meloni) mais pas le peuple martyrisé par les salauds enturbannés avec qui il est obligé de négocier la trouille au cul. Dans tous les cas et même s'il bombarde, cela contribuera à amplifier le déclin américain et sa possible éjection ou assassinat dans les mois à venir par la bourgeoisie US rationnelle outrée de son attitude erratique, suicidaire et ridicule. L'avantage principal du comportement de Trump est son inhumanité exhibée en spectacle qui finit par faire vomir les gens d'en bas, qu'il méprise profondément.

LES CONSEQUENCES INCERTAINES DU « ZÉRO-MORT »

« Le terme de « zéro-mort » est d’abord un slogan journalistique issu de la vision simpliste et toute relative des frappes de précision de la guerre du Golfe, mais où l’accent fut mis sur la faiblesse des pertes de la coalition face à l’armée de Saddam Hussein. Le « moindre mort », qui était déjà sous-jacent durant la guerre du Viêtnam, fut progressivement remplacé par cette volonté première et prioritaire de préserver ses propres hommes en opération de gestion de crises. Aussi, cette expression-slogan très signifiante va devenir le maître mot des commentateurs des missions de type Petersberg1 lorsqu’il est question de l’opportunité d’intervenir, du choix des systèmes d’armes et des stratégies opératoires ou de la façon de sortir de la crise. Le degré de prise de risque devient l’alpha et l’oméga des débats politico-médiatico-militaires. La préservation des hommes semble devenir le paramètre premier transcendant les autres objectifs, les décisions politiques, l’attitude des états-majors (selon le contexte et les armes employées). Aussi, le « zéro-mort » prend bel et bien ses racines dans plusieurs espaces ».

« Le premier espace est celui du champ politico-stratégique, parce que les interventions de Petersberg hors du cadre territorial de l’article V/5 ne concernent aucunement les intérêts vitaux. À des enjeux différents, il y a prise de risques différente. Cette échelle de valeurs est d’autant plus visible que « les occupations territoriales ne sont plus des buts politiques ni des enjeux de souveraineté dans la nouvelle ère électronique » . En outre, c’est parfois la simple présence de la force sur un théâtre extérieur qui constitue en soi un fait politique, sans que les autorités qui ont décidé de son déploiement ne se soucient particulièrement de lui fixer un mandat à assumer. (hi ! cf. l'armada US dans le golfe) On peut alors en arriver à ce que la stratégie d’intervention soit associée à la stratégie de sortie (exit strategy). Le refus du risque veut que l’on soit parti avant d’être arrivé. Bref, on souhaite ne pas s’éterniser. Mais nous nous trompons souvent, comme on peut le constater en Bosnie et au Kosovo où la présence de la Force multinationale de stabilisation (SFOR) et de la Force de paix au Kosovo (KFOR) reste nécessaire sur le moyen terme ». (donc bombardement de l'Iran pas exclu). Donc bombardements pas exclus à terme ».

« Le deuxième espace intègre le champ technologique, parce que nous vivons le passage de la guerre des mégatonnes à celui des mégabits, avec cette croyance d’une guerre sans aléa, où nous pouvons distinguer les objets automatiques sacrifiés non récupérables (missiles, drones) des objets humains épargnés. Cette parcimonie où l’on fait la guerre en restant intact est apportée par l’apparition de nouvelles technologies post-guerre du Golfe. Les senseurs, les drones, le tir, la furtivité, les armes perforantes, la gestion des flux d’information, le renseignement, la relocalisation des cibles et les doctrines qui y sont associées, alimentent alors le « zéro-mort » et vice versa. L’adage de Williamson Murray "Clausewitz Out, Computer In », prend alors tout son sens, avec la figure de l’ingénieur militaire l’emportant, dans l’imaginaire, sur la figure du guerrier traditionnel.

C’est bien le règne de la répugnance au corps à corps, le choix de l’étouffement des mécanismes vitaux de l’adversaire sans contact physique, cette croyance à forte tonalité utopique, profondément enracinée dans la culture américaine et en passe peut-être de nous atteindre, selon laquelle tout conflit peut et doit être résolu par la technologie. Mais les limites sont bien présentes, à la fois parce que les rivalités inter-armes obèrent encore l’efficacité du système, mais aussi, et surtout, parce que ce raisonnement mécaniste sur l’apport des technologies ne tient pas suffisamment compte des facteurs humains, mais aussi de scénarios n’associant pas des conflits entre pairs, mais des conflits asymétriques. Enfin, les enseignements du conflit du Golfe ont montré que le différentiel de compétence et le qualitatif sont davantage significatifs dans la victoire finale, que la seule technologie ».

« Le troisième espace occupe le champ sociologique et anthropomorphique parce qu’il implique l’adoption d’une extrême prudence dans la prise de risque au sein des armées occidentales. Le vieillissement des populations et une démographie stagnante, l’individualisme prégnant et le poids des forces culturelles et sociales, le coût élevé dans la formation des personnels militaires, autant de facteurs créant les conditions d’une prise de valeur ajoutée des hommes par comparaison aux attitudes du passé. La préservation des vies est partie prenante d’un mental postguerrier, et la culture du « dédommagement » atteint le militaire. L’investissement familial et sociétal dans les sociétés postindustrielles est lui-même surdimensionné par la valeur ajoutée du militaire technicien, ce dernier étant davantage socialisé  et intégré à la société civile.

Et la professionnalisation des armées est, quelque part, un effet de cette frilosité des États dominants et vieillissants. On ne va pas lever l’impôt du sang si la nation n’est pas directement menacée. Dans les sociétés postbelliques (pour reprendre François Géré), le rapport à la vie et à la mort tend à faire apparaître une potentialité différente à faire la guerre, le déficit thanatologique occidental à se représenter la mort étant bel et bien présent. La distanciation face à la mort et l’importance attachée à l’individu unique et « irremplaçable » (parce qu’exclusif) sont ainsi les matériaux permettant d’assurer le mental « zéro-mort ». À cette posture vient s’attacher la doctrine opératoire du tir à distance sans effet retour, soutenue par la haute technologie.

« L’homme n’est plus la matière première, la denrée consommable de la guerre. Aujourd’hui, dans les armées occidentales, il n’est d’ailleurs pas étonnant que l’on améliore sans cesse le continuum de la chaîne des services de santé, afin de maximiser la survie des blessés. Mais si personne ne se plaindra de ce souci de réduire les pertes humaines – en principe cela apparaît comme l’un des objectifs des chefs militaires occidentaux ces dernières décennies –, l’impuissance virtuelle ou relative face au désordre des conflits identitaires ou asymétriques est posée.(quésaco ? Et le prolétariat n'a pas son mot à dire ? JLR)

« À l’extrême, cette nouvelle perception des valeurs entre en interaction avec le jeu des médias pouvant soumettre la conduite des politiques aux variations de l’opinion et l’expression des opinions publiques, aux accents parfois permissifs, quelquefois directifs  bornant en partie la marge de manœuvre des décideurs en matière de sécurité. Le slogan du « zéro-mort » devient alors l’outil de légitimation relative dans cette recherche d’une adhésion des populations au principe d’intervention militaire. (donc ce « zéro mort » peut tout autant, à un certain moment, servir aussi à la marche à la guerre ! JLR)

« Les enquêtes sociologiques et statistiques relatives aux opinions publiques indiquent une acceptation des pertes, que nous qualifierions d’« à la carte », sous conditions. Chaque situation est un cas de figure, mais il semble se confirmer que l’homme politique serait plus sensible au problème des pertes humaines amies et à leur effet sur le public, que l’opinion publique elle-même, certes dans un jeu interact f assez serré. Et si 80 % des Européens estiment aujourd’hui que l’armée doit avoir pour rôle de maintenir ou rétablir la paix dans le monde – ce qui implique nécessairement un certain nombre de risques –, aucune certitude n’apparaît quant aux réactions face à la vue de « morts-citoyens », qu’ils soient issus de l’institution militaire professionnelle ou membres volontaires provenant de la conscription. La question du seuil de tolérance reste assurément difficile à quantifier, alors que la guerre devient un spectacle lointain télégénique (pour reprendre Martin Shaw).

« Ensuite, le « zéro-mort » tend à court-circuiter davantage l’intensité et l’ampleur des frappes en instaurant des pauses et des paliers dans l’escalade, autant par prudence et sûreté que pour laisser ouverte la négociation diplomatique. Les frappes de semonce et les frappes limitatives sont ici l’expression d’un gradualisme politique, mais peuvent aussi être les effets directs d’une improvisation. Dans bien des cas, le gradualisme est associé au refus du risque, puisqu’il instaure une prudence dans l’escalade. Selon Pierre Hassner, la limite de cette posture stratégique est qu’elle « ne tient pas compte de l’importance de l’enjeu qui doit être plus grande chez celui qui bombarde que chez son adversaire ». On peut alors aboutir à des conflits sans vainqueur, ou à des guerres préservant – volontairement s’entend – les régimes en place, comme ce fut le cas durant la guerre du Golfe où la stratégie de décapitation fut évitée. (sic)

Le Kosovo nous vient directement à l’esprit En outre, cette stratégie tendrait, par facilité, à privilégier les cibles fixes faiblement protégées, à caractères économiques et industriels, accentuant alors les risques de dommages collatéraux ou les stratégies de déception, les effets retours sur les opinions publiques spectatrices et une plus forte cohésion, face aux épreuves, des sociétés vulnérabilisées ». Donc même commencée la guerre peut entraîner des retournements subits de « l'opinion »!



« Le « zéro-mort » virtuel américain n’est-il pas le « moindre mort » européen ? Derrière cela peut se profiler un partage des tâches entre Européens et Américains, les premiers prenant déjà davantage de risques que les seconds, pour des motifs technologiques, historiques et doctrinaux. À l’extrême, le risque est grand de voir se codifier la guerre des « fantassins » réservée aux Européens et la guerre informationnelle et logistique aux États-Unis. (çà c'est pas sur vu l'expérience historique du prolétariat européen!)

« Les déclarations d’Anthony Lake en novembre 1996 et celles de Condoleezza Rice en octobre 2000, respectivement conseillers de William J. Clinton et de George W. Bush, sont révélatrices de cette permanence dans la politique des États-Unis, à savoir que la première mission des forces armées américaines n’est pas de conduire des missions de maintien de la paix, mais de gagner des guerres.

La différence de capacité, de mentalité, de culture militaire, de prise de risque existe d’ailleurs déjà au sein même des forces terrestres alliées. Alors que l’US Army s’enferme dans d’imposants camps retranchés, véritables petites villes, comme celui de Mc Govern (Bosnie) et de Bondsteel (Kosovo), les forces européennes ont tendance généralement à côtoyer – certes avec un minimum de précaution – les populations des sociétés à stabiliser. Cette attitude explique le refus américain d’apporter quelques renforts lors des incidents de Mitrovica afin de soutenir les unités européennes sur place. Finalement, cette conception du « zéro-mort » peut-elle aller jusqu’au retrait de l’armée de terre américaine du Vieux Continent au profit d’une capacité de projection et de reconstitution, laissant seulement opérer à terre les forces spéciales ? (article précurseur qui avait prévu la venue de la tactique « pacifique » trumpienne)2

« L’esprit de dévouement, de courage et d’abnégation généralement propre à la culture militaire pourrait être mis à mal par le « zéro-mort ». À l’autre spectre, « la passion et la haine » de la part des forces d’intervention occidentales y deviennent interdites , inadmissibles, incongrues, vulgaires. Ce bouleversement du mental militaire post-guerre froide dans les sociétés modernes vers le non-martial et le posthéroïsme (pour reprendre l’expression de François Géré) est formidablement interpellant, car il y a dorénavant déséquilibre entre la prise de risque nécessaire et le souci de se préserver ».

ENCORE UN EFFET PLUTOT POSITIF DE LA DECOMPOSITION ?

« La distanciation par rapport au réel du combat, loin du choc collectif du « soldat Ryan », entraîne une vulnérabilité psychologique par rapport aux conflits identitaires asymétriques dont le paroxysme violent aboutit à l’absence de règles et d’éthique, engendrant exactions, charniers et fosses communes. Cette fragilité psychologique du combattant moderne, déjà perceptible face aux nouvelles armes de saturation de zone  dont il dispose lui-même et dont il connaît les effets, apparaît également à l’autre bout du spectre, dans la gestion des crises hors zone face à des guerres psychologiques et civiles. L’envoi de psychologues auprès de soldats de la Bundeswehr, après l’incident du 13 juin 1999 à Prizren en est l’illustration parfaite. Le guerrier moderne pourrait-il ne plus être endossé que par les seules forces spéciales ? L’objectif est alors une tentative de faire atteindre le seuil de renoncement et d’« insupportabilité » morale aux intervenants militaires postmodernes, en faisant durer un conflit sans code ».

« Le « zéro-mort » fait partager l’idée selon laquelle la guerre humanitaire ne vaut pas un coût humain occidental. La question est ainsi de savoir quel message peut être délivré en n’acceptant pas de risque au sol, sachant que le prix du sang, paradoxalement, représente la valeur attribuée à la vie. Et, dès lors, se pose la question de la valeur des populations sans défense au sol, la valeur donnée aux populations victimes à protéger. 

À force de s’autoprotéger, ne développe-t-on pas un état d’esprit aboutissant déjà à l’adoption d’une sorte de code de bonne conduite par la prise en compte des zones collatérales et le dosage minutieux des feux, ce même dosage pouvant à moyen terme favoriser les conditions permettant d’aboutir au concept de « double zéro-mort » ? Nous ne sommes pas loin alors des stratégies de décapitation, de paralysie sociétale et d’armes non létales qui recèlent également leurs propres mythes, limites et contradictions. Le souci d’épargner des vies dans ses propres rangs finirait par entraîner la volonté de préserver celles de la partie adverse , comme on peut déjà le lire dans les documents officiels les plus récents du ministère français de la Défense.

Jusqu’où ira l’Europe dans l’intégration confuse, ambiguë, dégradée du concept américain de « zéro-mort » ? Quels seront les effets de cette intégration partielle ou totale dans la planification des équipements, la formation dans les académies et écoles militaires supérieures, dans les doctrines opératoires nationales ? La récupération de ressortissants nationaux ne relève-t-elle pas des missions de Petersberg, qui se situent à la frontière entre le vital et le non vital, l’identité nationale et non plus l’identité territoriale pouvant être le symbole vivant d’intérêts premiers, favorisant ainsi une possible acceptation plus ouverte au risque ?

Enfin, l’obsession du « zéro-mort » hors zone, en voie d’intégration dans les esprits, peut-elle insidieusement altérer l’esprit de sacrifice autour des intérêts vitaux de l’article V/5 ? En d’autres mots, à force d’assimiler le concept de prudence dans le champ du militaire et du « zéro-mort », serait-on fragilisé face à une hypothétique menace majeure territoriale ?

Comment imaginer le passage d’un état d’esprit à l’autre si une opération ne relevant pas de l’article 5/V évolue en partie et parallèlement en une agression territoriale impliquant une nouvelle définition du vital, du réactif, et donc du rapport à la mort ?

(…) S’il est indécent de critiquer le principe de la préservation des vies, la notion de « zéro-mort », altérée ou nuancée, aux multiples facettes et interrogations, bouleverse déjà la conception que les Occidentaux ont de la guerre, de la crise et de la violence archaïque.

Les actes terroristes gravissimes intervenus aux États-Unis imposant une réponse proportionnée et plurisectorielle, tout en évitant la collatéralité moralement inacceptable, devraient conduire à une réelle prise de risque dès l’instant où l’agression fut majeure et impliquait le territoire national. Aujourd’hui, le « zéro-mort » se conjugue encore avec les missions non vitales pour des enjeux extérieurs à la défense du territoire.

(...) si les actes terroristes subis devaient s’exprimer hors du sanctuaire contre d’autres symboles nationaux, ce nouveau paysage de l’internationale terroriste aveugle libérerait-il des contraintes du « moindre mort » ? Où peuvent s’arrêter les réticences face aux risques ? La frontière dans l’attitude militaire et politique face au risque de mort est-elle en définitive uniquement calquée sur le binaire des intérêts vitaux et non vitaux définis sur le plan national ? Telles sont, finalement, les questions majeures face à un futur incertain »3.


Encore à suivre...

NOTES


1Les missions de Petersberg étaient une série de missions militaires que devait mener l'union de l'Europe occidentale, elles avaient été décidées à Petersberg en 1992 en Allemagne par les Etats membres de l'UEO. (Union de l'Europe Occidentale)

Pourquoi Trump ferme sa gueule

 



Les risques du « zéro mort » et pourquoi 

Trump ne finit jamais ce qu'il commence

Trump est-il fou ? Désir de toute puissance ? Narcissisme ? Trump nous avait habitué, chaque jour, jusqu'à ce longuet round de négociations brumeuses, à donner son avis sur tous les sujets, plutôt pour systématiquement démolir ou décrédibiliser : urgence climatique, le chanteur portoricain Bad Bunny, moqueries des rivaux politiques, recettes de cuisine... Comme l'a constaté Le Monde, en vérité Trump marche sur des œufs à l'intérieur et à l'extérieur, et le fou semble calmé pour l'instant : « Les moments de communion populaire sont devenus rares aux Etats-Unis. La fracture du pays est si profonde que même le deuil ne rassemble plus. On l’a vu en septembre 2025 au moment de l’assassinat du militant ultraconservateur Charlie Kirk ou de la mort de Renee Good et d’Alex Pretti à Minneapolis (Minnesota) en janvier, tués par des agents du département de la sécurité intérieure. Tout divise. »

A l'extérieur les négociations font plutôt figure de blocages réciproques. Dans leur stratégie de négociation, les deux impérialismes ont donc décidé de maintenir une ambiguïté. Et les autres acteurs régionaux tentent de peser par peur des missiles collatéraux. Donald Trump reste pris entre ses alliés. Le génocidaire Netanyahou, qu'il a reçu cette semaine, défend la nécessité de reprendre la guerre. Les dictatures arabes du Golfe, dont plusieurs se rendront à Washington la semaine prochaine, prônent, elles, une présumée solution négociée. Mais ça piétine étrangement alorsque le monde entier s'attendait, souvent avec intérêt (« noos enemis de nos ennemis sont nos alliés »), surtout le peuple iranien martyrisé.

CAUSES : blocage entre les classes ? Ou opposition du prolétariat à la guerre ?

La théorie si contestée du CCI – le blocage entre les classes – semblerait se vérifier, de façon sous-jacente, avec le « zéro-mort » devenu obligatoire pour tout gouvernement américain depuis le début des années 2000 ; théorie qu'il ignore, ce que je leur ai reproché au cours de leur dernière RP, comme les autres minorités révolutionnaires dont certaines ne cessent, sans réfléchir, de crier à la venue inévitable de la 3ème guerre mondiale (jamais deux sans trois?).

Penchons-nous sur l'ambiguïté qui tourmente les requins en présence, qui conditionnent les affres du « zéro mort » surtout côté occidental :

« Dans cette volonté insistante de préserver les vies, développée aux Etats-Unis, l'évolution des mentalités, l'impact de la technologie en matière d'armement et la transformation des enjeux de la guerre ont joué un rôle moteur. 1/ La sociologie et l'anthropologie expliquent une plus grande prudence dans la prise de risque au sein des armées occidentales : on accorde plus de valeur aux vies des soldats que par le passé. Ceci est lié au vieillissement des populations, à la démographie stagnante, à un individualisme prégnant, au poids des forces culturelles et sociales, et au coût élevé de la formation des personnels militaires. La professionnalisation des armées, l'amélioration constante des services de santé témoigne du souci de préserver la vie des combattants ». Officiellement, pas à la conscience de classe en tout cas ! La vie du « public » !

« … grâce à une multiplication des systèmes de surveillance, à l'emploi de munitions guidées…) ; une nouvelle hiérarchie entre les armes : l'outil aérien permettant les frappes à distance est l'expression militaire du zéro-mort en missions non-vitales (ceci peut avoir des effets pervers avec l'illusion de gérer la guerre à distance, de pouvoir répondre aux conflits asymétriques par les airs tout en protégeant les populations) ; le développement des sociétés internationales privées de sécurité, sous-traitant des services publics à l'industrie privée, traduit le refus de prise de risque, surtout dans les zones peu importantes stratégiquement ; une modification des paramètres budgétaires des Etats, et des stratégies de guerre ; une plus grande prudence dans l'escalade car le "zéro-mort" tend à court-circuiter d'avantage l'ampleur des frappes en instaurant des pauses et des paliers dans l'escalade. 3/ L'interaction entre opinion publique et décideurs : une nouvelle perception des risques dans les sociétés occidentales limite la marge de manœuvre en matière de sécurité, et les décideurs invoquent souvent l'attachement du public au "zéro-mort". Toutefois on constate que les décideurs politiques et militaires sont eux-mêmes plus sensibles au problème des pertes humaines amies que l'opinion. Le principe du "zéro mort" peut être instrumentalisé par les opposants aux interventions extérieures, afin d'empêcher les présidents d'engager l'armée à l'extérieur pour des objectifs jugés trop idéalistes, ou trop assortis de contraintes politiques ».

Le « public » prolétariat aurait-il de la mémoire ? Et les chefs militaires seraient-ils moins cons que les politiciens ?

« L'explication est historique (sic): les chefs militaires ont été mis en accusation par la nation pour les combattants morts durant la guerre du Vietnam, et ont voulu par la suite placer le pouvoir politique devant ses responsabilités. Ils ont fait en sorte qu'aucune opération extérieure d'envergure ne soit possible sans l'appoint des réserves de l'Army et de la Garde nationale, donc sans une participation significative et un assentiment de la population. Dans la culture politique américaine, le gouvernement est fréquemment accusé de ne pas tout faire pour épargner les vies des individus qui se battent pour l'Etat. Si les intérêts vitaux du pays ne sont pas en jeu, la mort au combat d'un seul soldat est une faute grave des pouvoirs publics. Plus l'intérêt national est engagé, plus le dogme du "zéro-mort" se relâche : les Américains n’exigent pas des opérations "zéro mort", mais refusent de "gaspiller" la vie de leurs soldats dans des opérations qui ont peu de chances de réussite ou dont les bénéfices ne sont pas clairs ». N'y voyez aucune allusion aux négociations brumeuses et longuettes sur l'Iran !

«  Un décalage croissant entre les pays occidentaux et les pays en guerre prêts à sacrifier des vies Il pourrait s'avérer illusoire de vouloir mener une "guerre sans pertes" qui mène à la capitulation de l'adversaire. Le risque est que l'on se résigne à ne pas affronter celui-ci directement, en ne frappant que ses arrières. Il y a là un problème culturel : la mort est moins tolérée dans nos sociétés que dans d'autres, or elle est consubstantielle à la guerre (merci l'islam, ndt). Si le premier souci des occidentaux, avant d'atteindre leurs buts de guerre, est de protéger la vie de leurs soldats, la menace d'utilisation de la force armée par ceux-ci sera de moins en moins efficace. Et cette situation est une porte ouverte au terrorisme. Si la mort de 18 rangers en Somalie a fait reculer les Etats-Unis, alors leurs ennemis savent comment faire battre en retraite la première puissance du monde : leur infliger des pertes importantes, ou les en menacer. Le souci du "zéro-mort" offre aux adversaires des Etats-Unis - incapables de gagner un combat conventionnel contre l'armée américaine - un moyen rapide, facile et peu coûteux de faire échouer la première puissance du monde et de limiter ses ambitions. En leur infligeant des pertes sur des terrains peu importants stratégiquement pour les Etats–Unis, ils peuvent espérer un résultat sans proportion avec leurs capacités militaires réelles (sic). 4/ Une distanciation par rapport au réel du combat : les combattants occidentaux deviennent plus vulnérables psychologiquement face aux conflits identitaires, asymétriques, et à leurs paroxysmes violents. Le soldat est inhibé dans le combat de proximité, et ses règles de déontologie et d'engagement se heurtent au chaos extrême des situations et à la logique d'efficacité morbide des combattants locaux, davantage préparés à mourir pour une cause. Ainsi, les adversaires peuvent utiliser une stratégie reposant sur l'asymétrie de la situation, en utilisant les freins culturels occidentaux pour engager des stratégies de contournement, de dispersion, d'esquive, de guerre parallèle, et faire atteindre le seuil de renoncement et d'"insupportabilité" morale aux intervenants militaires occidentaux ». N'y voyez pas non plus une quelconque allusion aux négociations brumeuses !

« Et la professionnalisation des armées est, quelque part, un effet de cette frilosité des États dominants et vieillissants. On ne va pas lever l’impôt du sang si la nation n’est pas directement menacée.  L’homme n’est plus la matière première, la denrée consommable de la guerre. Aujourd’hui, dans les armées occidentales, il n’est d’ailleurs pas étonnant que l’on améliore sans cesse le continuum de la chaîne des services de santé, afin de maximiser la survie des blessés. Mais si personne ne se plaindra de ce souci de réduire les pertes humaines – en principe cela apparaît comme l’un des objectifs des chefs militaires occidentaux ces dernières décennies –, l’impuissance virtuelle ou relative face au désordre des conflits identitaires ou asymétriques est posée. Le slogan du « zéro-mort » devient alors l’outil de légitimation relative dans cette recherche d’une adhésion des populations au principe d’intervention militaire »2.

LE POPULISME NE SIGNIFIE PAS UNE AVANCEE VERS LA GUERRE : 

Toute la politique affichée comme anti-guerre par Trump ne vérifie-t-elle pas cette autre analyse lumineuse du CCI :

« Pour commencer, nous ne pensons pas que le populisme soit le produit de l’expression d’une claire course vers la guerre de la classe dominante des principaux pays capitalistes. Il s’agit certainement du produit d’un nationalisme aggravé et du militarisme, de la violence nihiliste et du racisme qui émanent de la décomposition de ce système. En ce sens, bien sûr, il a beaucoup de similitudes avec le fascisme des années 1930. Mais le fascisme était le produit d’une véritable contre-révolution, une défaite historique de la classe ouvrière, et il exprimait directement la capacité de la classe dominante à mobiliser le prolétariat pour une nouvelle guerre impérialiste à l’échelle mondiale. D’un autre côté, le populisme est le résultat du blocage entre les classes, lequel implique une absence de perspective non seulement pour une partie de la classe ouvrière, mais aussi pour la bourgeoisie elle-même. Il exprime une perte de contrôle de plus en plus importante de la bourgeoisie sur son appareil politique, une fragmentation grandissante à la fois au sein de chaque État national et au niveau des relations internationales3

« L’idée même de guerre prend en Occident de nouvelles valeurs, davantage limitatives, dans l’action, dans l’emploi de la violence. La difficulté à saisir, dans le passé, l’intraduisible de l’apocalypse nucléaire est rejointe aujourd’hui par celle d’appréhender et de répondre aux violences identitaires jouant hors des règles guerrières classiques, hors des normes.Trois facteurs principaux vont influer sur la perception des risques et leur traitement par les puissances postindustrielles, définies ici comme faisant partie de l’espace euro-atlantique.

Primo, la mise en évidence des opérations de gestion de crises, de maintien de la paix et d’interventions inframilitaires, qui deviennent avant tout des missions multinationales et interarmées, où le caractère collectif domine le devant de la scène, dans les limites subtiles de la juxtaposition nationale des choix politiques et du contrôle d’emploi des forces (pauvre Trump en déclin narcissique, JLR) Les nouvelles nécessités d’intervention, la dépendance extrême à des paramètres non strictement militaires et les limites propres à cette forme d’engagement vont bouleverser la manière de gérer le risque ».

Secundo, le jeu d’ascenseur qui implique que, dans cet après-guerre froide, « le plus grand engagement politique existe pour la menace la moins probable et l’engagement le plus faible pour la menace la plus probable » , fait que l’article V de défense territoriale des alliances n’est plus l’expression première de la gesticulation militaire. Ce constat va provoquer également une révolution des esprits, toujours en cours aujourd’hui, allant du mental du militaire-citoyen européen aux valeurs à défendre et à faire partager, la question d’un nouveau Concept stratégique pour l’UE devenant l’un des objectifs centraux.

Les conflits identitaires et les haines irrédentistes, nationalistes et fondamentalistes bousculent l’image de la guerre, déstabilisent le militaire européen projeté dans un autre monde. Les missions de Petersberg vont alors devenir extraordinairement complexes à mener, et les enjeux à démêler.

Tertio, la mise en évidence des nouvelles technologies – allant des senseurs multidirectionnels aux capacités de tir à distance, des tentatives de maîtrise de l’espace-temps au contrôle informationnel – fait que, inéluctablement, par effet miroir, par jeu d’imitation ou définition collective des besoins d’équipements, les États membres de l’UE pourraient s’accrocher, avec retard, à la Révolution américaine des affaires militaires, concept encore flou à entrées multiples. Derrière l’Initiative sur les capacités de défense (ICD) de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le processus de planification et d’examen (PARP) ou la définition des besoins collectifs de l’headline goal de l’UE, ne trouvons-nous pas de nouvelles interrogations sur le comportement du soldat dans la gestion des crises ? Ne peut-on voir dans le choix des systèmes d’armes une nouvelle conception des guerres non territoriales ?

Ces trois éléments que sont une surreprésentation des interventions hors zone, parallèlement à une survisibilité des outils de haute technologie, le tout dans un champ opératoire non stratégiquement vital, vont ainsi jouer un rôle dans la manœuvre des politiques, des stratèges et des militaires, lors du processus de décision et d’intervention dans le cadre des missions de gestion de crises.

Mais aux nouvelles capacités politiques, techniques, juridiques et militaires dans la projection vont s’adjoindre maintes contraintes, quelques pièges insidieux ».


à suivre, et je risque d'être très long...



NOTES

1 Le concept de zéro mort : Concept de zéro mort - 2005

jeudi 12 février 2026

LA DECADENCE SEXUELLE DU CAPITALISME

 

Rosa Luxemburg enfant

Un virus avait affecté mon texte, le voici restauré



"Il voulait être César, il ne fut que Pompée"1. Clemenceau

« Moins tu manges, moins tu achètes de livres, moins tu vas au théâtre, au bal, au cabaret, moins tu penses, tu aimes, moins tu fais de théorie, moins tu chantes, tu peins, fais des poèmes… plus tu épargnes, plus tu augmentes ton trésor que ne mangeront ni les mites ni la poussière, ton capital. Moins tu es, moins tu manifestes ta vie, plus tu as, plus ta vie aliénée prend le dessus, grandit, plus tu accumules de ton être aliéné. Tout ce que l’économiste te dérobe de vie et d’humanité, il te le remplace en argent, en richesse et tout ce que tu ne peux pas, ton argent le peut : il peut manger, boire, aller au bal, au théâtre ; il connaît l’art, l’érudition, les curiosités historiques, la puissance politique ; il peut voyager ; il peut t’attribuer tout cela ; il peut acheter tout cela ; c’est lui la vraie puissance ».

Karl Marx, Manuscrits de 1844

Moi aussi je dors mal en ce moment. Je n'ai pas l'esprit traquille. Va-t-on retrouver dans ma vie antérieure mon nom dans les archives Epstein, des échanges de SMS avec Jack Lang ou mon témoignage sur les crimes de Trump ?

Trêve de plaisanterie, le scandale est mondial. Qui eût cru que les turpides de la bourgeoisie décadente soient à ce point devenues internationales et avec ramifications dans autant de gouvernements ? A ce titre par exemple, l'affaire du minisre John Profumo en Angleterre en 1963, fait figure de bluette circonscrite. Le scandale ne cesse de s'étendre, tous concernés, ministres de gauche et de droite, du nabab Jack Lang, cire pompe de Mitterrand au roi d'Angleterre. Et les médias de s'étendre eux aussi comme pour mettre au second plan Ukraine et Iran. Le sordide côtoie l'ignoble, comme Mahomet on se refile des vierges de 12 ans, le chantage à la sextape est devenu un moyen de chantage imparable... Au service de ce génial manipulateur et financier véreux ? Pour Poutine (as de ce genre de pratiques) ? Pour le mossad, en moins maussade ? La « piste israélienne » selon les abrutis pro-Hamas de LFI ?

Et si c'était, après la remise en cause de la religion en Iran, la deuxième étape vers la révolution mondiale cette année ?

L'affaire n'est pourtant pas si scandaleuse, ni nouvelle, pour le « capitalisme moral » quand les secrets d'Etat restent plus condamnables que la pédophilie. Avec le « tous pourris », l'Etat ne craint rien. Le « tous pourris » est un coussin de sécurité, personnalisant et désignant « les riches » et les puissants sans remettre en cause le fonctionnement du capitalisme. Le monde des riches fascine et éveille nos pires turpitudes tout en nous poussant à les haïr. Emilien Hertement écrit brillamment :

« Les riches et les puissants vivent dans un monde sans contraintes et sans garde-fous. Ils sont des enfants qui ont réalisé leur rêve de pouvoir. L'argent leur est nécessaire, non pas tant pour le dépenser que pour l'exhiber comme symbole de leur réussite et affermir ainsi leur autorité. Ils vont de cercles en cercles, d'un jet privé à une loge d'opéra, d'un défilé de mode à une soirée mondaine. Dans cette opulence ainsi manifestée, ils en oublient que le monde n'est pas à vendre, que le sexe quand il s'achète a toujours le clinquant de la débauche et de la décadence, que la corruption des âmes est une lente désolation dont on finit toujours, tôt ou tard, par goûter le fruit amer ».

Personne ne doute plus de la perversion qui a envahi tous les rapports sociaux, touchant toutes les classes. On trouve certainement plus de pédophiles dans les classes d'en bas, même si la minorité ds riches pervers est dénudée, si j'ose dire, au grand jour ce coup-ci. La pédophilie est une violence contre des enfants quand des enfants peuvent eux aussi se muer en tueurs à gages.Quand le porno a envahi tous les réseaux sociaux où chacun peut se mettre en scène en pleine masturbation. Le beau sert à cacher le laid. La plupart des présentatrices des chaînes de TV sont minces et belles (dehors les grosses et les vieilles!). Les porte-paroles des Etats américain, russe et français sont de belles mannequins2. La morale féministe considère que châtrer l'homme est révolutionnaire.Comme lors de la chute de l'empire romain, l'homosexualité devient l'ultime ressource pour les hommes pourtant minoritaires. Ayant été membre de la secte meetic pendant des années, j'ai fini par comprendre que les sites de rencontre ne sont peuplés que de faux profils et que nombre de femmes passé les 65 ne peuvent plus rien au lit...pourtant j'ai toujours aimé les vieilles.

L'AMOUR ET LA DECADENCE CAPITALISTE

Un étonnant syndicat lycéen (?) - mais ce sont des journalistes adultes qui pondent les articles – explique mieux que Bourdieu ou Guy Debord, « L'amour et la décadence capitaliste » 3:

« La crise du système capitaliste crée des sentiments de terreur qui ne font que rendre encore plus difficile la socialisation et les relations entre les gens. Voir le système économique et politique mondial se déchirer provoque naturellement une désillusion. Cela a pénétré tous les aspects de la vie. Ces dernières années ont été marquées par une forte augmentation  de la maladie mentale, de la violence familiale et maintenant de la solitude.

Sous le capitalisme, absolument tout est transformé en marchandise. La terre, l’eau, l’industrie, le travail humain et même l’amour lui-même sont mis en vente aux côtés des hamburgers Whopper et des téléphones portables. Tant qu’il y aura du profit à réaliser, il y aura un capitaliste pour l’exploiter. Rien qu’aux États-Unis, la Saint-Valentin est une fête Une industrie de 25 milliards de dollars.La classe ouvrière et les pauvres sont poussés à nouer des relations fondées sur la viabilité financière. Au milieu d’une crise capitaliste, il y a une pression pour emménager avec des partenaires romantiques le plus tôt possible afin de partager les coûts. Dans les villes où les loyers augmentent, certaines personnes retardent les ruptures ou restent dans de mauvaises relations parce qu’elles ne parviennent pas à trouver leur propre logement. Certains sont même obligés de vivre dans des relations abusives parce qu’ils n’ont pas les moyens de vivre seuls.

Nous pouvons même le constater dans la manière dont les relations sont communément évoquées. Un partenaire idéal est appelé un « vol », une « capture » ou même un « produit phare ». Les gens recherchent un partenaire « de grande valeur ». Les conjoints potentiels sont évalués en fonction des compétences qu’ils peuvent apporter et du montant d’argent qu’ils gagnent. Nous déplorons souvent d’avoir « perdu du temps » dans des relations qui ne se sont pas très bien terminées. Dans la société capitaliste, les relations sont considérées comme une transaction. Les rencontres sont comprises comme un simple échange de temps contre des avantages.

Les applications de rencontres sont un autre exemple clair de cette commercialisation. Ces applications forment désormais une industrie mondiale qui génère des milliards de dollars de revenus chaque année. Tinder seul a 75 millions d’utilisateurs actifs, dont près de 11 millions d’abonnés payants. L’industrie des applications de rencontres a connu un énorme succès, malgré le liens clairs ils doivent faire face à des problèmes de santé mentale comme la dépression et l’anxiété. Le train-train quotidien du capitalisme épuise la capacité des individus à interagir socialement. Les travailleurs se traînent pour aller au travail, passent toute leur journée à un travail qu’ils détestent et sont tellement épuisés à la fin qu’ils n’ont plus qu’à se reposer pour demain. Cela est particulièrement vrai pour les jeunes travailleurs qui, en moyenne, peuvent  mettre dedans huit heures et demie d’heures supplémentaires non rémunérées par semaine.

Mettre fin à la solitude en mettant fin au capitalisme

Ces faits montrent à quel point le capitalisme ruine et déforme les relations humaines. Les miettes que la classe dirigeante jette ne suffisent presque jamais à couvrir les nécessités de base, et encore moins à assurer un épanouissement plus élevé. À mesure que la crise s’aggrave, nous sommes obligés de nous sacrifier davantage pour survivre. Cela inclut la romance et l’amitié.

Tant que le capitalisme subsistera, les besoins humains seront toujours piétinés par la chasse aveugle au profit. La seule façon de résoudre ce problème est de renverser le système dans son ensemble et de lutter pour une société communiste, où la société ne vise pas à enrichir une petite poignée de personnes, mais plutôt à répondre aux besoins du peuple dans son ensemble. Le communisme nous donnerait la capacité de réparer les relations humaines et de créer un monde géré sur la base d’une véritable solidarité. C’est le monde pour lequel nous nous battons et nous vous 

LE CAPITAL SEXUEL

Les sociologues Dana Kaplan et Eva Illouz ont écrit« Le Capital sexuel » (Seuil), une approche critique sur la manière dont notre sexualité contribue à la reproduction du capitalisme néolibéral et comment ce système s’est immiscé dans notre sphère intime. Elles expliquent que le corps est sexualisé car il est l’objet et la marchandise de multiples industries, la mode, les régimes, le sport, la cosmétique, qui régimentent le corps au travers de sa sexualisation. Et l’expansion de ces industries passe par la sexualisation du corps. Le corps sexualisé est donc une source de revenu considérable pour beaucoup d’industries. Il s’agit de rendre le corps non pas exactement beau, mais attirant sexuellement, ce qui n’est pas forcément la même chose. L’un des effets des réseaux sociaux, en particulier TikTok et Instagram, est précisément de faire de l’attractivité physique une source d’argent. Ces réseaux contribuent typiquement aussi à court-circuiter les formes traditionnelles du capital et à installer de nouvelles formes de capitaux, de nouvelles formes de capital qui se mettent en place par le biais de la technologie…chosifiant l'individu.

« Ensuite, c’est la nature même du lieu de travail qui change. Il y a de plus en plus de positions et d’emplois qui demandent un corps sexualisé. Le mannequinat en est l’exemple le plus clair. Les mannequins sont des corps qui servent à promouvoir des marchandises. Mais c’est bien sûr le corps lui-même et son attractivité qui sont des marchandises. Les mannequins et les actrices sont au sommet de cette pyramide. Mais il y a de plus en plus de professions situées plus bas dans la hiérarchie qui entretiennent le corps sexualisé comme faisant partie intégrante de la profession, comme présentatrice de télévision ou hôtesse de l’air dans une compagnie aérienne de luxe. Le capital sexuel dont on dispose et que l'on accumule nous donne un avantage sur le lieu de travail et sur les marchés matrimoniales, le mariage étant lui-même une façon d’accumuler des ressources ».

La pédophilie, elle, peut rapporter gros pour les macs et rester longtemps une espèce de privilège jouissif pour adultes infantiles de l'élite cultivée. Lesquels considèrent, pas seulement sexuellement, le peuple ou la classe d'en bas, comme un enfant qu'on peut violer sans remord et sans temps mort.

DANS LE BAZAR DE 68 LES APOLOGISTES D'UNE REACTION PEDOPHILE

« Le peuple est un enfant, le moindre jouet lui fait oublier son chagin et son devoir ». Maxime du Camp

On ne peut gommer un aspect petit bourgeois décadent dans la foulée de mai 68, je le qualifie même d'idéologie de la réacion intellectuelle bourgeoise. Les bourgeois aiment jouer aux immoralistes, cette sorte de surrenchère qui veut se faire passer pour plus radicale que la révolution prolétarienne qu'ils qualifient d'ailleurs à d'autres moments d'immorale. « Travail, famille, patrie » étaient tous ensemble à dégueuler, non pas qu'il faille s'abstenir de les remettre en cause ; le travail est exploitation, la famille un cadre limité ou étouffant, la patrie une vieillerie sanglante. Le fond de la contestation visait en réalité à abandonner toute réflexion politique en se centrant sur la révolution homosexuelle conçue comme priortaire face à un ordre moral certes pudibond et arriéré. Mais ériger la question sexuelle en premier souci social était bien le fait des bobos d'époque, petits jouisseurs...sans entraves. Dans le mouvement maximaliste, depuis plus d'un demi sècle on a toujours négligé de considérer que l'aile intellectuelle cde la gauche petite bourgeoise a toujours inventé des modes et des musiques déjeantées.

Jean-Paul Sartre, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Gilles et Fanny Deleuze, Francis Ponge, Philippe Sollers, Jack Lang, Bernard Kouchner, Louis Aragon, André Glucksmann, François Châtelet et bien d'autres encore, de Félix Guattari à Patrice Chéreau ou Daniel Guérin ; tous font partie des 69 intellectuels français qui, aux côtés de l'écrivain Gabriel Matzneff et du romancier, journaliste  à Libération et membre fondateur du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) Guy Hocquenghem ont signé une tribune publiée le 26 janvier 1977D'abord dans Le Monde et dans Libération4.

Mai 68 ne fut pas une révolution mais une révolte à vocation grandiloquente suivie d'une forme de contre-révolte libidineuve, passant à la trappe la lutte des classes au profit d'une lutte des sexes dont le ridicule féminisme est devenu aujourd'hui l'aile pensante d'une bourgeoisie corrompue jusqu'au cul. La contre-révolution, pour la première fois dans l'histoire, est venue de la gauche embourgeoisée. La gauche petite nourgeoise de 68, de gauche ministérielle est devenue libidineuse : plaisir sans temps morts et enrichissement personnel. Dans toutes les contre-révolutions on retrouve cette avidité sexuelle triomphante, cette culture du viol. La perverse domination bourgeoise ne se repaît jamais de ne pas contrôler totalement le corps des subalternes, d'humilier toujours plus. Les rois baisaient princesses, roturières, femmes de chambre, putes, sans être rassasiés, avec une préférence pour les petites filles. Le milieu du spectacle en France a su les comportements avec les jeunes femmes de répugnants personnages adulés par des foules moutonnière. Le droit de cuissage n'est pas prêt de disparaître. La « libération sexuelle » n'a jamais été la même pour tout le monde. Elle n'a en tout cas pas effacé l'urgence de la libération du capitalisme.

L'affaire Epstein met en lumière la soumission à l'argent, l'effondrement du politique et la plongée dans une pornographie sans limites. Théories du chaos, retour de Satan, irrationalisme, cynisme total...

Ce scandale ne part pas de n'importe où mais du vieux capitalisme eutopéen et américain. Les proies sont encore la chair fraiche des zones qu'on nommait tiers monde avec l'insouciance de l'impunité. Ce tiers monde n'est pas plus en développement que les vieux pays riches . Une révolution de 1789 y serait même nécessaire avant d'envisager une vraie révolution universelle libérant ces peuples de l'oppression capitaliste et de l'aliénation religieuse.

Pourtant dans les deux aires on retrouve les mêmes causes révoltantes que celles qui ont mené à la révolution française ou à la révolution russe :

  • discrédit du politique,

  • grave crise économique (pénurie alimentaire généralisée, dépenses excessives de l'Etat, surtout militaires)

  • destruction du pouvoir religieux de la noblesse

  • changer le monde.

« Tout ce qui t’appartient, tu dois le rendre vénal, utile. Si tu demandes à l’économiste : est-ce que j’obéis aux lois économiques quand je tire de l’argent de la vente de mon corps à la concupiscence d’autrui ? – en France, les ouvriers appellent prostitution de leurs femmes et de leurs filles l’heure de travail supplémentaire, ce qui est littéralement exact – [ … 1, l’économiste me répond : tu n’agis pas à l’encontre de mes lois. Mais prends garde à ce que disent mes cousines Madame la morale et Madame la religion car ma morale et ma religion à moi, économiste, n ont rien à t’objecter mais. Mais qui dois-je écouter, l’économie politique ou la morale ? La morale de l’économie politique est le gain, le travail et l’épargne, la sobriété. Mais en même temps, l’économie politique me promet de satisfaire mes besoins. L’économie politique de la morale, c’est la richesse en bonne conscience, en vertu. Mais comment puis-je être vertueux si je n’existe pas, comment puis-je avoir une bonne conscience si je ne sais rien ? Tout ceci prend naissance dans l’essence de l’aliénation ; chacune des deux sphères me suggère une norme différente, opposée, et si le critère de la morale est autre que celui de l’économie, c’est parce que chacune représente une sphère particulière de l’aliénation, chacune étant étrangère à l’autre [ … ] ».

Lire la citation intégrale ici : Karl Marx (1844) "Moins tu manges..." | D'un divan l'autre


NOTES

1La mort tragi-comique de Félix Faure, le 17 février 1899, reste dans toutes les mémoires. C’est au palais de l’Élysée que le chef de l’État, victime d’une hémorragie cérébrale, rend l’âme en pleine action sexuelle avec son amante, Meg Steinheil.

2 En 2011 l’économiste Daniel Hamermesh publiait le livre Beauty Pays qui montrait qu’au travers de tous les emplois, à tous les niveaux de l’échelle sociale, les gens beaux étaient mieux payés que les gens moins beaux.

3 Par Louise 23 février 2024, L'amour et la décadence du capitalisme - Syndicat UNL