"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 5 juin 2017

LCP : UNE HISTOIRE enjolivée et mensongère de l'anarchisme


La pensée libérale et la télévision d'Etat du Parlement et du Sénat forment un couple fusionnel à l'égard de l'anarchisme. Dans le cadre bcbg de la chaîne à 0,04% d'auditeurs, on n'allait tout de même pas laisser libre cours à une analyse subversive de l'anarchisme, cette antique théorie de la petite bourgeoisie flouée par l'histoire. Le cinéaste libéral-libertaire s'en donne à cœur joie pour nous livrer une ode à la pompe aspirante de toutes les révoltes petits bourgeoises, un prétendu anarchisme pur de toute tâche étatique au-delà du temps et de ses époques. L'anarchisme est ainsi repeint en mère généreuse de toutes les contestations et inspiratrice de toutes les idées fantaisistes de libération universelle en tous genres, sans principe ni cadre politique. En fait une sorte de romantisme bien intentionné comme le conclura l'animatrice du court débat avec le réalisateur Tancrède Ramonet et l'invité poli Besancenot.

La première partie était intéressante, bien que déjà trafiquée. Comment ne pas rendre hommage à l'exceptionnel et intègre Malatesta, au courage des Vaillant et Caserio ? Une grande part de l'anarchisme est aussi un courant du mouvement ouvrier révolutionnaire en constitution. Mais pourquoi avoir menti sur Ravachol, le faisant passer pour un bon précurseur de la « propagande par le fait », alors qu'il ne fût qu'un petit assassin minable qui tenta de se recycler en victime des assassins bourgeois  ? La voix off se contente après une présentation héroïsante de signaler qu'il a « été rattrapé par une affaire de droit commun », oui pas grand chose, il avait assassiné une petite vielle pour lui piquer ses économies, avant de jouer à la « propagande par le fait ». Pas très honorable pour l'anarchisme historique, du moins sa version économiste qui ne cautionna pas le terrorisme de petites frappes.

D'anarchisme historique parlons-en. Oui l'anarchisme a longtemps fait partie de la tradition révolutionnaire du peuple révolté, et ouvrier et paysan. Oui il a précédé le marxisme dans la théorie révolutionnaire, mais il l'a précédé comme expression de couches populaires et à une époque où la classe ouvrière n'occupait pas une place majeure dans la société. Cet anarchisme a un aspect théorique limité, artisanal et idéaliste, il procède plutôt de l'esprit de secte. Il croit que l'éveil révolutionnaire est possible comme enseignement idéaliste, puis il hésite et se fourvoie pour partie dans le terrorisme individuel, puis il rejette la ridicule « propagande par la bombe ». Les deux films successifs tout au dithyrambe d'une idéologie qui convient au milieu artistique et intermittent moderniste et saltimbanque d'Etat, ne pose pas l'anarchisme dans ses périodes d'expression légitime de la colère du peuple ou d'une classe ouvrière artisanale, ni dans ses contradictions.

L'anarchisme est encore révolutionnaire à la fin du XIXe siècle, et même très révolutionnaire quand, après le massacre de Fourmies – 1500 mineurs enterrés au fonds du puits pour sauver le charbon – la réponse qu'il oppose, avec les socialistes (pourquoi cet autre courant du mouvement ouvrier est-il systématiquement squeezé?), n'est pas celle des bombes mais de la lutte d'envergure pour les 8 heures, quand ses meilleurs théoriciens, les Malatesta et Kropotkine se démarquent et du terrorisme et du sabotage (qui vient du mot sabot, lequel servait à gripper les machines lors de la grève). Sans s'en rendre compte, le réalisateur nous livre en première partie un historique de l'anarchisme qui est plus une compilation de personnalités rétives. Le handicapé Libertad est épatant comme discoureur et pamphlétaire. Le cambrioleur pour les pauvres Marius Jacob est admirable.
Beaucoup de raccourcis et un constat de faillite, tous les cadors de l'anarchisme se couchent dans l'Union sacrée. La guerre de 14 décrédibilise donc un anarchisme qui s'était toujours défini comme un mouvement contre la guerre.
Cette première partie est un peu étrange, et révélatrice de l'ignorance de l'auteur du scénario. L'anarchisme est présenté comme seul au monde révolutionnaire, pas de blanquistes ni de socialistes ni de socialistes marxistes à l'horizon. Public Sénat raffole donc des méthodes staliniennes de racontage de l'histoire passée ? Le générique de fin nous bombarde de photos modernes qui défilent avec le contenu confusionniste et révoltes en tout genre de la noria anar moderne, le tout étranger à un réel mouvement révolutionnaire bien qu'éclectique déjà au XIXe.

Le deuxième film – Ni dieu ni maître (alors que le slogan est de Blanqui! Tout sauf anarchiste) - sera plus affligeant, procédant à la manière stalinienne de l'effacement. On commence par violer le tempo du film précédent sans respecter la chronologie, mais avec la même tonalité outrageusement dithyrambiquée : « Les anarchistes vont conduire certaines des plus grandes révolutions du XX e siècle » ! Et bla-bla-bla. Les courageux et incorruptibles IWW américains sont annexés comme principale force anarchiste, alors qu'on peut plutôt les caractériser comme un véritable mouvement syndicaliste révolutionnaire de la classe ouvrière, plutôt éloigné des conceptions paysannes de l'anarchisme traditionnel, qui lui croyait à la révolution du peuple, voire prioritairement de la paysannerie. C'est la perle que Ramonet va tenter de nous refiler avec l'épisode mexicain.

Ce n'est pas l'oppression de l'Etat néo-colonial mexicain qui inspire la révolution de 1911 mais... l'anarchisme, d'autant que la révolution mexicaine des Villa et Zapata est la première grande révolution du XXe siècle ! Quoique sa conduite se fasse sous l'égide d'un parti qui se dit libéral, mais nous assure un des successifs petits profs commentateurs et aux mémères spé de l'ultra-gauche comme Steiner, qui ergotent entre les images :  « … plutôt anarchiste dans son programme... qui insistait sur le rôle moteur de la paysannerie révolutionnaire « terre et liberté », et qui précisait curieusement : « n'attendez pas que la classe ouvrière vous la donne (la terre) ». On assiste ensuite à une curieuse interprétation de la lutte fratricide entre factions mexicaines comme dûe au refus de la classe ouvrière de Mexico de soutenir les paysans : « ...Voyant arriver les troupes zapatistes avec la vierge en tête de cortège, les ouvriers de la « Casa del obrero mundial », les bataillons rouges, ayant perdu tout repère servent la bourgeoisie. Cette guerre fratricide détruit la révolution ». Sommaire l'explication sans aucune précision sur les diverses factions ni sur les confusions des chefs paysans ni sur l'état de cette classe ouvrière. L'essentiel reste de faire passer les paysans comme seuls vrais révolutionnaires comme on nous le resservira lors de la guerre d'Espagne un peu plus tard.

UN BON LENINE ANARCHISTE...

La mouvance anarchiste, diaspora toujours hyper dispersée, « n'a pas le temps de tirer les leçons de la guerre mondiale » nous dit la voix off ! Tiens tiens ! En plus ils ne réfléchissent pas. Ah mais voilà la révolution russe de 1917 (on a oublié en passant celle de 1905 parce que les anars n'y ont qu'un rôle quasi nul). Les anarchistes trouvent les Conseils ouvriers super. Il y a un certain Lénine, pas très connu, mais qui leur apparaît comme un stratège : « ...directement inspiré par les anarchistes avec son application de la théorie de l'insurrection » !
Et puis, et puis il y a la mythologie de la Makhnovitchina ! Intermède avec le faussaire Frank Mintz, spécialiste des mensonges et fadaises sur la guerre d'Espagne. Il pose en langue ibérique à la suite des petits profs amerloques, anglais et espagnols – tous nanars en chaire – il raconte comme s'il avait été à cheval à côté de l'aventurier Makhno qui « sauve » la révolution avec ses armées de paysans échevelés. Tancrède a même trouvé un quidam russe pour nous informer (en russe) que les anars sont les premiers opposants à l'Etat bolchevique. Ah les braves, mais on oublie de nous dire aussi les premiers auteurs d'attentats terroristes, et ne sont-ils pas toujours naïfs ces braves anars ?: « … ils se rendent compte que les bolcheviques ne sont pas des révolutionnaires ». Aaaaah que les directeurs de Public Sénat savourent !
Le principal salaud le voilà : Trotsky. (Besancenot va-t-il le défendre dans le débat promis à la fin?) : « Trotsky décide de débarrasser la Russie des bandits anarchistes ». Que c'est résumé simplement et sans argumenter inutilement... Quel plaisir jouissif pervers pour les pachydermiques électeurs staliniens en retraite devant l'enchaînement... parlementaire ! Il est vrai que les films de propagande du nouvel Etat prolétarien, contre les « adversaires les plus dangereux »1, n'y vont pas de main morte avec leurs navets de propagande simpliste dans leur chasse à l'anarchisme bouc-émissaire dans l'enfermement national et la situation de pays assiégé par les armées capitalistes. On se choisit l'ennemi qu'on peut à l'arrière...

On nous ressert une louche de la saga Makhno, assez superficielle pour passer sur les enjeux gravissimes d'une nouvelle gestion prolétarienne de la société après le capitalisme, où la révolution est réduite à une cavalcade de guérilleros plutôt ploucs et pillards. Et enfin la grande récup de Kronstadt présenté comme LE bastion anarchiste anti-bolchevique garanti. Un faussaire stalinien n'eût pas fait mieux. Ce mensonge supplémentaire vient au contraire justifier l'ignoble répression de « l'Etat ouvrier » car c'est assimiler les prolétaires de Kronstadt et les ouvriers en grève réprimés à Pétrograde à de simples anarchistes du même tonneau que les terroristes de 1918 qui avaient tiré sur les ministres bolcheviques. Oui Kronstadt est le premier coup d'arrêt à la révolution parce que l'Etat « bolchevique » se retourne contre les prolétaires mais pas contre les anarchistes qui ne représentent ni une force alternative ni le prolétariat.
Et hop on saute dans le règne de Staline, ce qui évite de renseigner sur les oppositions de gauche à l'intérieur du parti bolchevique – des combattants du renforcement du capitalisme d'Etat (que Lénine était le premier à avoir caractérisé ainsi depuis son siège de Chef d'Etat... n'en déplaise aux petits producteurs libertaires de la rive gauche qui tourne la mayonnaise pour la vanité nanar). Il suffit à la voix off de décliner le faux pour qu'il paraisse vrai : « Les anarchistes ont été les premiers à dénoncer le capitalisme d'Etat ». C'est dit donc c'est vrai et les bolcheviques étaient tous des salauds.

DES AFFIRMATIONS PLATES COMME UNE LIMANDE

Les raccourcis peuvent ensuite se succéder sans démonstrations comme autant de preuves de la belle continuité du purisme sacrificiel nanarchiste. En Allemagne ils sont les premiers à lutter contre le nazisme naissant. Puis massacrés en Bavière. Là le scénariste avait bu trop de bières. En Italie, les anarchistes sont « réprimés » ; plat comme une limande ! Rien sur le mouvement des Conseils à Turin en 1920 qui ne doit rien aux anars ! Rien sur la formidable constitution du parti communiste italien avec Bordiga, Gramsci et tous les autres, dont l'histoire et les apports théoriques sont à des coudées au-dessus de la saga romantique et neuneu de l'anarchisme de télévision.
Ah enfin un pays où l'anarchiste est considéré comme plus dangereux que le communiste en 1921 : les USA ! Et re-version des IWW comme filière anarchiste quand ils restent une expression de la classe ouvrière américaine plus proche des analyses d'un socialiste révolutionnaire comme DE Leon que des élucubrations de la gentille Emma Goldman.
Et Sacco et Vanzetti hein ? C'est pas des vrais de vrais anars ? Ignoblement condamnés à mort par la justice bourgeoise malgré un immense mouvement de protestation dans le monde entier, sans compter le mouvement communiste qui « se permet d'instrumentaliser l'affaire »... hein hein ouais les staliniens pour criminaliser le seul capitalisme à l'Ouest...
Hélas, l'exécution féroce des pauvres prolétaires Sacco et Vanzetti signe l'extinction d'un mouvement anarchiste d'ampleur, selon la voix off. C'est si bête comme conclusion... quand on sait que c'est surtout la féroce répression contre l'ardent courant syndicaliste révolutionnaire des ouvriers non qualifiés des IWW qui affaiblit le mouvement ouvrier américain à la veille de la terrible crise de 1929, dont il ne pourra pas tirer partie pour se redresser.
Voulez-vous un autre raccourci plus oiseux ? Le voici : en France où l'affaire des deux martyrs américains aurait eu le plus d'impact, est créé un cercle Proudhon avec pour but de la part des amis de Charles Maurras de récupérer l'anarchisme et d'attirer ses éléments. Bof...
Un autre ? Oui : « Les anarchistes sont les premiers à attaquer le fascisme ». Un gros mensonge peut en cacher un autre : « Van der Lubbe, qui était anarchiste, met le feu au Reichstag ». C'est faux Van der Lubbe était un communiste révolutionnaire et ce n'est pas lui qui a mis intégralement le feu au Reichstag ; les nazis l'ont exécuté à la hache avec les applaudissements des staliniens et des démocrates occidentaux2.

LA REVOLUTION A CHEVAL ET DANS LES CHAMPS

Un bémol ? 1926 : la plateforme d'Archinov, néo-bolchevique, vient troubler le magma anarchiste dans ses fondements divers néo-économistes, néo-terroristes, néo-éleveurs de chèvres. Heureusement le père Noël Mintz est là pour recadrer : « l'exemple reste la mackhnovitchina, c'était vraiment la lutte de classe menée par des groupes armées » ! Il y eu même une conférence de la crème anarchiste mondiale à L'hay-Les-Roses, juste à côté de chez moi.
Voilou maintenant la grande saga espagnole où « le socialisme naît anarchiste » ; que la formule est belle mais fausse dans son exclusivité. C'est pratiquement partout que le socialisme des origines a été issu de l'anarchisme, comme aujourd'hui la plupart des militants « organisés » ont été au moins un jour anarchistes au lycée.
Le mythe de la « révolution espagnole » permet tous les petits trafics théoriques. Foin d'une description approfondie de l'Espagne dans la situation internationale, ce qui évitera de mentionner la complicité anarchiste gouvernementale, leur complicité avec le parti staliniste puis leurs vaines jérémiades quant il a poignardé les espoirs prolétariens en Espagne au profit de Moscou la gâteuse.
Allons-zy ! « 1936 : grâce au soutien de la CNT, la gauche gagne les élections ». « les anarchistes avaient négocié leur participation au gouvernement dans des postes secondaires en échange de l'engagement des partis à leur fournir des armes », dit un des petits profs en gros plan ; « mais d'armes point » ajoute-t-il, dépité.
On nous ressert la formule débile du guerrier Durruti : « Durruti et sa colonne font la guerre et la révolution ». Slogan qui peut plaire à un vieux sénateur au passé gauchiste mais qui ne passe pas dans la théorie marxiste : c'est l'une ou l'autre !
« Ils font reculer le fascisme ». Peine perdue du scénariste rigolo avec sa boucle d'oreille et sa tenue punk : le franquisme ne recula jamais, Durruti et sa bande firent le planton sans bouger pendant des mois face à Saragosse, sans batailler autrement que par des insultes partant des deux camps.
On passe rapidement sur les massacres du camp républicain avec l'argutie stalinienne classique : « c'est les franquistes qui massacraient les premiers ».
Sur la socialisation des terres, le menteur professionnel Mintz vient en rajouter une louche – je l'avais d'ailleurs remis en place lorsqu'il était venu faire le malin à la médiathèque d'Arcueil – il blablate sur les « expériences de communisme libertaire »3 - il blablate sur la suppression de l'argent et le salaire familial. Toutes sortes de fadaises, très limitées et locales, avec lesquelles le gouvernement bourgeois-républicain-stalinien laissait les anarchistes jouer – pourvu qu'ils continuent à envoyer des hommes au front – en attendant de leur mettre un coup de pied au cul à partir de 1937.
Pic du mensonge du produit bobo acheté par la chaîne Sénat, un des profs a le culot de nous dire que l'excellent « Catalogne libertaire » de Orwell montre bien le positif de cette « révolution » ; culotté vraiment car Orwell démontre juste le contraire, une collection de supercheries et de saloperies de toutes les factions y compris les anars. Oui lisez Orwell, et là c'est pas glorieux la « révolution espagnole » !
Autre sommet inégalé de la mystification antifasciste pérenne, et chez tous les scénaristes de la rive gauche : la saga des brigades internationales. « Bataillons internationalistes » nous dit l'off, créatures de Staline oui, et poignard de la révolte espagnole, qui sont dissous, sur ordre de Staline. Tancrède aime mentir au service des recruteurs de chair à canon !

OU LA TRAHISON N'EST QU'ERREUR

D'autres relaient le faussaire Mintz dans le désordre du piquetage de tel ou tel épisode de la terrible guerre4 – mais pas révolution enfin – d'Espagne. Alternant avec un défilé d'images, qui, en langage cinématographique, donnent du sens même faussé, avec l'affirmation que finalement les anars, au niveau local, auraient régné et prouvé qu'une société « peut vivre sans gouvernement »... quoique en laissant régner dans les deux moitiés de l'Espagne meurtrie DEUX GOUVERNEMENTS avec des armée soumises à LEURS objectifs, et donc sans véritable transformation possible de la société.
Une affabulation assez honteuse amenuise les crimes staliniens : « c'est parce que le mouvement anarchiste s'est délité que le PCE minoritaire a profité de cette dérive ». Or, si on veut bien prendre le terme de délitement c'est dès le début que le courant anarchiste se soumet à la bourgeoisie républicaine, ou plutôt collabore parce qu'ils sont à des kilomètres de la conscience politique des bolcheviques quant à la gestion de la société en transition vers la transformation du monde et pas de la seule Catalogne.

Face à la répression (des inventeurs de la « guerre révolutionnaire » - dixit impérialiste – des staliniens, notre voix off anarchisante réconcilie Kronstadt et Barcelone : « cette fois les anarchistes sont aux côtés des trotskystes du Poum ». M. Off Tancrède ne fait pas dans la nuance ! Comment peut-il assimiler les prolétaires anarchistes et leurs ministres traîtres, et faire passer le Poum pour trotskyste alors que ce petit parti à idéologie nationale était renié par Trotsky, et combattu par le petit groupe de Munis ? Une chose est sûre : un parti structuré, même minoritaire, sera toujours plus fort qu'une vaste chose molle.
On ne comprend pas finalement le déroulé macabre de la guerre en Espagne, maquillée par tous les historiens officiels en révolution, mais tombe pourtant une remarque si juste hélas : « la contre-révolution ce n'est pas d'abord le franquisme mais les staliniens ». Alors pourquoi continuer à mentir sur la création, la fonction et le lâchage des lamentables « brigades internationalistes » ? Dites.
1939 : « les libertaires sont les principales cibles de la répression ». L'anarchisme comme nombril victimaire du monde cela finit par friser le ridicule et copier le « mensonge déconcertant » des oublis successifs de l'historiographie stalinienne.
Le film de Tancrède le frauduleux et ignorantin metteur en images se clôt par la belle citation de Durruti : « nous vaincrons ».

OU LA REVOLUTION C'EST POSSEDER DES ARMES...

Non ce n'était pas tout à fait fini. Bien que chassés au-delà des Pyrénées : « les anarchistes reprennent le combat », « ils continuent de porter des armes »... « sur les chars du Maréchal Leclerc, ils libèrent Paris ». Les vrais antifascistes révolutionnaires c'était donc eux !
Et 68 ? Puff... n'a fait que reprendre leurs symboles.

UN BREF ECHANGE DE SALON

On se doutait bien que Besancenot n'allait pas faire le mariole. Il tient trop à sa posture médiatique. On l'invite sur toutes les chaînes, et là enchaîner sur une chaîne matée chaque jour par les pépères en pantoufles sénatoriales, était une forme de consécration supplémentaire. Il n'allait pas prendre la défense d'une théorie trotskienne qui s'était plantée royalement en 1936 et qui a constamment entretenue pieusement le mensonge d'une révolution espagnole, ni dénoncer anarchistes et staliniens car on est en veillée électorale. Ce fût affligeant quand même, même pas un minimum de respect pour ce que fut, il y a fort longtemps, le courant trotskyste.
« Chez les libertaires ce qui est en question c'est l'angle mort du marxisme. Il y a toujours eu dans l'histoire des fils noir et rouge. Il faut établir des passerelles car il y a toujours autant de formes d'anarchismes et de marxismes ».
Le zozo écolo, petit savant de service, est venu vendre son book anar-écolo avec coups de chapeau à Murray Bookchin, ancien stalinien et ancien trotskien, pape de l'écolo-bobologie, idole des anars à peu près intellos et à John Zerzan.
Tancrède porte beau avec son jean déchiré et sa coupe punk, il répond aimablement aux sourires de Besancenot. Besancenot ne veut « blesser » ni le front de gauche ni le front anarchiste, on ne sait jamais, des fois qu'au premier tour il y en ait qui préfèrent les candidats du NPA à ceux de l'égocentrique Mélenchon... On est entre soi rive gauche et contremaître à la Poste. Olive va bien sûr nous sortir sous peu sa version – tissée de fils noir et rouge – de la révolution d'Octobre. Tancrède objecte à l'objection rigolarde de la journaliste raide de LCP (« l'anarchisme est romantique ») : « l'anarchisme a combattu le pouvoir, l'argent et la religion ». Il a bien fait de rappeler qu'il y en a qui ont combattu la religion parce qu'un certain marxisme est devenu à son tour une religion et incapable de critiquer encore la religion...

La starlette Besancenot a le mot de la fin : « il faut prendre le pouvoir sans se laisser prendre par lui ». Belle blague pour un type disposé à rester toute sa vie un figurant.

NOTES

1Du point de vue du Cahier bleu et du génial « L'Etat et la Révolution », écrits de « l'anarchiste Lénine » pas encore en poste, donc la nécessité de la destruction de l'Etat, les anars étaient en effet « dangereux » pour la théorie marxiste bolchevique reniée de fait, sauf que les braves anars (les théoriciens pas les agités du bonnet) croyaient qu'on pouvait mettre la charrue avant les bœufs. Pas si vite camarade anarchiste ! Et puis au fond vous n'avez jamais voulu supprimer l'Etat comme l'ont confirmé vos représentants deux décennies plus tard en Espagne ; et de nos jours cruels, vos diverses crèches libérales-libertaires se moquent du pouvoir, lui laissent pleine latitude et ne servent qu'au bal des rues manifestatoires et à la contestation bobo-écolo.
2J'entends cependant, à ma grande joie, une bonne formule, bien tournée et qui justifie pleinement finalement Van der Lubbe face à ses divers lâches détracteurs : « Van der Lubbe incendie un Reichstag qui était devenu l'antichambre du fascisme ».
3On apprendra par un petit savant à la fin de l'émission que le mot libertaire a été inventé par Dejacques, pour contrer le mot anarchisme qui ne prenait pas en compte la libération sexuelle et la libération des femmes.
4Mintz est honnête au moins une fois. Sur la mort de Durruti il explique très bien comment ce fut un accident, un coup de fusil maladroit par un de ses gardes du corps. Et il ajoute : « en pleine guerre civile, apprendre que le principal héros n'avait pas été abattu par l'ennemi mais avait été victime d'un stupide accident, aurait fait mauvais effet, c'est pourquoi on a laissé croire à la thèse de l'attentat ».

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