"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 12 juin 2017

LA GRANDE FUMISTERIE MAJORITAIRE législative


Une ubérisation de la vie politique sous le règne du grand capital asiatique

« La cruelle ironie de l'européocentrisme tient ainsi au fait qu'on critique l'Occident an nom de l'anticolonialisme au moment historique même où le capitalisme mondial n'a plus besoin des valeurs culturelles occidentales pour bien fonctionner, et s'accommode parfaitement de la « modernité alternative » - la forme non démocratique de la modernisation capitaliste – que l'on trouve dans le capitalisme asiatique ». Slavoj Zizek (« La nouvelle lutte de classes, les vraies causes des réfugiés et du terrorisme, Fayard 2016)

« Vague Macron » ou « Macron toujours aussi vague ? ». Il n'y a pas de quoi pavoiser avec ce record historique de près de 52% d'abstention - 70% en Seine Saint-Denis - pour des législatives post présidentielles, exercice classiquement moutonnier des électeurs « à vomir » (dixit Guaino) qui fournissent leur lot de toutous élus au chef de clan de la fabrique électorale bourgeoise transgenre (disons interclassiste pour user d'une ringardise). Un zeste de croyance religieuse génétique envers le système électoral majoritaire truqué poussa initialement la masse indistincte à refiler un score brejnévien au petit financier parvenu pour s'éviter un corporatisme pétainiste étroit, mais tous les croyants n'étant pas pratiquants réguliers à la messe bourgeoise, surtout la masse des prolétaires, il ne restait plus qu'à laisser tout ce beau monde s'auto-congratuler pour la suite des agapes jouées et rejouées d'avance. Avec 32,3% de 48,5% des français inscrits, la vague jaune sale d'En Marche obtiendra probable plus de 400 députés mais représentant seulement un peu plus de 15% des électeurs inscrits !La fausseté du régime démocratique à la proportionnelle française dans toute sa hideur, dont j'avais déjà signalé l'aspect hold up électoral, si bien expliqué par JF Kahn. Même les pires dictatures n'auraient jamais osé s'afficher avec un aussi lamentable score minoritaire! L'élection du produit financier BFM-Drahi-Huffpost a réussi à dégoûter même les plus fervents soutiens des "nationaux" Mélenchon et Le Pen qui ont rejoint la masse des abstentionnistes "qui servent à rien"(dixit le traître Malek Boutih passé cire-pompe de Macron).

Disparition des partis dinosaures classiques ? C'est ce qu'ânonnent la plupart des commis des médias. Certes le parti bobo-écolo, le parti bobo-coco, le parti socialo et le parti sarko, soit disparaissent de l'écran radar sondagier, soit sont réduits à la portion congrue. Place aux nouveaux partis « uniques », tels le parti Macron et le parti Mélenchon. Personne n'ose faire allusion à Hitler, Mussolini ou Staline, car ces petits caciques n'en ont ni l'envergure, ni la capacité d'hypnotiser, mais surtout parce qu'ils sont des produits artificiels d'un système électoral poussif et de plus en plus incrédible et corrompu par le népotisme1. Les vieux barbons défaits crient à la nécessité de « contre-pouvoirs » comme si leur participation antérieure n'avait pas été une éternelle collusion de ces fameux contre-pouvoirs. Du jamais vu, la plupart des affiches ne mentionnent plus le parti politique de dépendance du candidat, et l'ubérisation généraliste joue à fond la parité femme/immigré! La quête de la soumission électorale ne se base plus sur la tronche mais suppose la parité/mixité sexuelle et l'immigralité!

La réclame pour « en marche » n'est pas totalement inefficace cependant au court terme. On ne peut qu'être ravi de voir dégonflé les grands barnums d'Etat PS et LR, de voir confirmée la marginalisation du PCF et de la mouvance bobo-écolo. Cela ne change en rien le contenu bourgeois exploiteur des entités macronienne et mélanchonienne, l'un présente un programme cynique et l'autre un programme ringard inapplicable, juste bon à faire jouir les demeurés intellectuels de la gauche foutue. L'aspect hétéroclite de ces deux derniers bâtards de la partitocratie bourgeoise n'augure aucun avenir solide à ces deux formations de bric et de broc. Comment ces machins, qui prétendent effacer les dinosaures, vont-ils fonctionner? Quid de la nature de leur hiérarchie? Comment descendent les ordres du caïd du clan ou des vizirs de rayon? Les numéros 0 disposent-ils d'un statut pour se défendre de l'arrogance de leurs tuteurs d'appareil? Qui concilie transfuges sarkoziens et traîtres hollandais? Sera-t-il utile de remettre en service les messes qu'on nomme congrès?

Heureusement, en vérité absolue les deux rênes du pouvoir restent bien la même équipe d'énarchiques qui le tient dans l'ombre de n'importe quelle potiche élue et de la collaboration totale des syndicalismes. Tout le reste n'est que vanité... électorale. C'est bien à une forme d'ubérisation de la vie politique que nous assistons. A la mystification de l'élection « pour représenter la République » ou « vos intérêts », succède une géolocalisation de l'électorat en vue d'une économie « collaborative » . Au concept « ringard » d'un salariat réglementé n'est-il pas normal qu'on lui accole une conception multi-corporative de la représentation politique, assez pétainiste d'ailleurs... avec deux grandes mystifications, la représentation de la société civile et la parité/mixité raciale.

LA FABLE DE LA REPRESENTATION DE LA SOCIETE CIVILE

L'élu macronien ou mélanchonien n'est plus élu sur un programme crédible mais comme « représentant de la société civile » donc des couches petites bourgeoises soumises au grand capital asiatique. On se garde comme du sida de parler de classes sociales, il n'y a plus, comme c'est la mode, que des catégories sociologiques, socio-professionnelles, et les syndicats ne sont plus voués qu'à être des « syndicats de métier », ce qui suscite leur ire croyant pouvoir bénéficier encore d'une représentation nationale voire intercatégories.

Près d’un candidat sur cinq (19,35 %) appartient à la catégorie socio-professionnelle des « cadres de la fonction publique et des professions intellectuelles et artistiques ». Les cadres d'entreprIses sont aussi très représentés, avec 1 102 candidats (soit 14 % du total), avec les retraités (13,60 %) et les professions libérales (9 %). On trouve peu d’ouvriers (1,75 %)2, d’agriculteurs (1,38 %) ou d’artisans (1,1 %) parmi les candidats.
Parmi les métiers que l’on croise le plus, on retrouve des professeurs du secondaire (473 candidats), des chefs d’entreprises (376 candidats) ou encore des fonctionnaires (780 candidats, catégories A, B et C confondues). Plus surprenant, 267 étudiants ont porté leur candidature lors de ce premier tour, ce qui représente plus de candidats que les ingénieurs (241 personnes) ou que les avocats (163 individus)3.
Le nombre de petits profs le plus notoire est évidemment chez Mélenchon et LO. Ce qui me fait à
chaque fois pisser de rire. Avec leur déformation professionnelle, leurs complexes de petits bourgeois sans accès à la couche
supérieure de la bourgeoisie, ces gens qui passent leur temps à « expliquer », n'aiment jamais temps que la pose électorale qui consiste à « expliquer » ou « faire comprendre » non plus seulement aux enfants, mais aux adultes. Leur nombre conséquent dans le mouvement ouvrier au niveau de la « représentation » s'expliquait face à l'illettrisme dominant, désormais ils ne font plus que de la « figuration » et font sourire ; réfugiés et contrits dans des organismes ou sectes circulaires ils n'obtiendront jamais le vrai pouvoir, disponible uniquement dans les grands barnums bourgeois mais à condition de ramper devant un chef de clan. Ils sont aussi dévalorisés que les ingénieurs, les toubibs ou les clones des professions libérales. Zute ! l'époque ne respecte plus rien !

LA FABLE DE LA PARITE RACIALE

La parité féminine a été à peu près généralisée sans rien révolutionner dans la société de classes4. La plupart des compétiteurs ont associé sur leurs affichettes législatives un/une candidat(e) de souche métropolitaine et de souche arabe, femme et homme, homme ou femme. Le message est clair : on s'aime tous, on est multiculturaliste, on est « démocratisé » jusqu'à la moelle. On est complètement macronisé. Or la propagande subliminale de ce M. Macron avait déjà trouvé l'astuce fallacieuse d'un monde bisounours en allant déclarer en Algérie que la colonisation avait été un crime contre l'humanité. Totale hérésie historique comme les faux historiens qui nous inventent le racisme au 19e siècle comparable au 20e. Le macronisme n'est pas modernisme mais révisionnisme en tout et improvisation risquée. La colonisation a fait partie de l'évolution de l'emprise capitaliste sur le monde, plus souvent positivement qu'on ne le déplore de nos jours. L'exemple de l'île Maurice est éclairant en ce sens. Cette île ne possédait pas de population autochtone avant l'arrivée des colonisateurs. Les premiers occupants arabes, portugais, hollandais s'en servirent de comptoir de commerce, puis les français y firent venir des esclaves d'Afrique Orientale, président au développement agro-industriel, repris ensuite par les britanniques5.

Macron rêve d'être le bon élève d'Angélique Merkel, dans le même souci d'exploiter le cheptel humain universel, mais le mensonge est déjà éventé : « L'univers du capital entretient donc un rapport essentiellement contradictoire avec la liberté de circulation des individus : il a besoin d'individus « libres » pour constituer sa force de travail bon marché, mais il doit simultanément contrôler leur circulation puisqu'il ne peut offrir les mêmes droits et libertés à tout le monde ».6

L'antiracisme électoral de la bande à Macron ne sert pas la fable du « vivre ensemble », mais la continuité des objectifs impérialistes français depuis Sarko et Hollande :
« … les troubles actuels sont le vrai visage du capitalisme mondial. Livrés à eux-mêmes les Africains ne réussiront pas à changer leurs sociétés – pourquoi pas ? Parce que nous, européens occidentaux, les en empêchons. C'est l'intervention européenne en Libye qui a précipité le pays dans le chaos. C'est l'attaque américaine en Irak qui a créé les conditions propices à l'essor de l'Etat islamique. La guerre civile en cours en République centrafricaine entre le sud chrétien et le nord musulman n'est pas juste une explosion de haine ethnique, ou plutôt, cette explosion a été déclenchée par la découverte de gisements de pétrole dans le nord du pays : la France (associée aux musulmans) et la Chine (associée aux chrétiens) mènent une guerre par procuration pour le contrôle des ressources pétrolifères ».7

L'ubérisation politique de Macron infuse le repli vers la micro-politique, le raisonnement à courte vue qui laisse toujours la décision politique à l'élite bourgeoise (le nouveau parlement va être celui des super-grouillots), ce vieux mensonge de l'indépendance de la France, le tout basant l'opposition (européenne) à Trump sur le culte du migrant, rédimant l'ouvrier stalinien qui s'est mis à voter Le Pen. Le migrant n'est pas plus l'aune d'une humanité heureuse dans la guerre quotidienne du capitalisme que l'ouvrier en arme pendant la guerre mondiale n'était un agent du communisme :
« En bref, les réfugiés veulent le beurre et l'argent du beurre. Ils espèrent essentiellement profiter de ce que l'Etat providence occidental offre de meilleur, tout en conservant leur mode de vie spécifique, qui est, en tout cas, pour certains de ses aspects cruciaux, incompatible avec les fondements idéologiques de l 'Etat providence occidental. L'Allemagne aime à insister sur la nécessité d'intégrer les réfugiés aussi bien culturellement que socialement. Cependant, et c'est là un autre tabou à briser, combien d'entre eux désirent réellement être intégrés ? Et si l'obstacle à l'intégration n'était pas seulement le racisme occidental ? Il nous faut dépasser le cliché selon lequel les réfugiés seraient des prolétaires n'ayant « rien d'autre à perdre que leurs chaînes » et venant envahir l'Europe bourgeoise. Une division de classes traverse l'Europe aussi bien que le Moyen-Orient, et la question cruciale est ainsi de savoir comment interagissent ces différentes dynamiques de classe »8.


à suivre...




1Il y a du Pétain chez Macron, ferme adepte des monuments aux morts, il s'est rendu à chaque veillée électorale sur le lieu du massacre d'Oradour. En quel honneur ? Comme rempart du nazisme disparu ou comme flambard général en chef des menées néocoloniales en Afrique ?
2Bof, à voir ce que peut représenter le qualificatif d'ouvrier... Au temps où il y avait beaucoup d'ouvriers au parlement français ce n'était que des crétins staliniens et la catégorie ouvrier n'est pas gage en soi d'intégrité morale : « Nous avons tendance à oublier qu'il n'y a rien de rédimant dans la souffrance : être une victime en bas de l'échelle sociale ne fait pas de vous une sorte de voix privilégiée de la morale et de la justice » Slavoj Zizek, p.105.
3Dans la bande hétéroclite à Macron on trouve, pêle-mêle, 58 patrons, 13 médecins, une vingtaine d'avocats, moult enseignants, juristes, une dizaine d'agriculteurs et deux flics. La dominante sexagénaire se trouve à l'extrême gauche et à l'extrême droite, ce qui ne signifie aucunement que la bande à Macron n'a pas recours aux pires vieilleries politiques.
4Lire les sublimes pages de Zizek sur la fonction du féminisme qui est de masquer les vraies lignes de division, et pourquoi la haute bourgeoisie a complètement récupéré le féminisme (qui a soutenu la guerre en Irak).
5Cf. L'industrialisation de l'île Maurice, mémoire de Sébastien Keller (Université de Genève, 2005).
6Slavoj Zizek, p.70.
7Slavoj Zizek p.56.
8Zizek p. 71

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