"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

dimanche 23 octobre 2011

ELECTIONS EN TUNISIE : NATIONALISME RELIGIEUX ET RELIGION NATIONALISTE


« Restons réalistes. Les religions disparaîtront un jour, mais ce n'est pas pour tout de suite ».

« Travail, famille, patrie musulmane » (à conjuguer avec n’importe quelle autre religion)[1]

La religion a toujours fait bon ménage avec l’Etat, en ce sens le poids électoral de la religion musulmane et de ses joueurs de flûte n’est pas plus arriéré que la sacrée religion démocratique en France. L’arriération et la décadence bourgeoise sont du même ordre. Les peuples, dans leur diversité religieuse et athée, sont manipulables de la même façon. Les peuples votent en général pour les gouvernants les plus cyniques dès que ceux-ci se présentent comme des martyrs de l’opposition, ce qui était réellement le cas des intégristes fachos dans le croissant arabe, ces cuistres arrivistes de la petite bourgeoisie sous-développée étaient souvent tués contrairement aux notables du PS français. Les peuples restent aliénés par leur prétendue histoire locale. Les cyniques musulmaniaques organisés, avec leur morale moyenâgeuse et leur secourisme électoral, s’appuient sur la référence à l’origine religieuse de la « nation arabe ». Deux mensonges en un : l’islam n’apparaît qu’après d’autres croyances primaires et il n’exista jamais dans le lointain passé de nation arabe pas plus que de nation européenne. Dans le cadre complètement arbitraire du découpage des nations arabes par l’impérialisme du XXème siècle, où l’aire géographique nord-africaine a été ghettoïsée en nations rivales par les puissances impérialistes en lice pour y piller les matières premières - le représentant de dieu sur terre – pas seulement le roi du Maroc – mais les pitres sanguinaires dictateurs de Saddam à Kadhafi, ont plagié trop longtemps la divinité des rois de France. Il serait crétin de penser qu’en France le mysticisme qui entourait le bon vouloir du roi aurait disparu après que le pouvoir bourgeois lui eût coupé le kiki et prétendu à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Au contraire la religion catholique a continué à copuler avec l’Etat bourgeois donnant naissance à cette bâtarde, la démocratie républicaine, qui ne jouit qu’en prétendant mutiler en enfer les abstentionnistes, et adouber ses foules républicaines infantiles qui se prosternent toujours au passage de l’heureux élu présidentiel couronné après le savant charcutage électoral.

Napoléon, Thiers et Gambetta avaient compris que la coopération avec un catholicisme fataliste aiderait à éloigner le peuple de la tentation de la rébellion ou de la revendication d'une vie meilleure. Sarkozy Ier ne fait pas autre chose quand il se déplace au Vatican ou à la Mosquée de Paris : chaque ramadan voit un représentant du gouvernement (Président, Premier ministre ou autre ministre) assurer la Mosquée de Paris et son recteur de l'amitié d'une République qui, pourtant, passe pour laïque. C'est donc pour acheter la paix sociale que l'État gagne à faire accroire que pourrait exister un islam compatible avec la laïcité, les autres superstitions dominantes et la République.

Le dépassement de l’aliénation religieuse ne s’opèrera pas par de simples mesures volontaristes. Mais que cela ne nous empêche pas de dénoncer les religions comme ferment des divers nationalismes et leur fonction de ghettoïsation de la paix sociale Les athées et rationalistes maghrébins, arabes, turcs, iraniens et autres qui vivent en France n'ont pas grand chose à espérer des organisations gauchistes angéliques ni de la gauche caviar communautariste. C'est par leurs seuls efforts dans le cadre de la lutte de classe (grèves, manifestations, réunions politiques, etc.) qu'ils parviendront à libérer leur propre parole et à faire reculer la mode islamique en France et surtout en Afrique. De même, dans les pays dits musulmans, ce sont les révoltes ponctuelles (les dé-jeûneurs pendant le Ramadan 2009 au Maroc) ou généralisées (contre la réélection frauduleuse d'Ahmadinejad en Iran) qui auront raison de l'oppression islamique. Des sites internet proposent analyses et forums sur l'athéisme arabe. (cf. athéisme sur le web et le site de la Ligue Rationaliste arabe)

La plupart des pays musulmans se disent "100% musulman", ce qui est bien entendu faux. Néanmoins, la dynamique de la protestation nommée révolution de jasmin a révélé qu’il y a une montée forte de l'athéisme au Maghreb et en Turquie, tout comme dans les pays de la péninsule arabique contraint de s’ouvrir naturellement s'ouvre à l'occident libéral totalitaire. Mais, un peu comme aux Etats-Unis d'ailleurs, ça ne se fait pas de se dire athée. On préfère se dire croyant, parfois en citant vaguement une religion qu'on a apprise étant gosse et c'est tout. Le "croyant mais pas pratiquant", qui a été très fort en France du 19ème au 20ème siècle quand beaucoup de prolétaires n'osaient pas encore se dire athées ou mieux communistes.

La charia existe partout d’une façon ou d’une autre, comme soumission totalitaire de la vie privée et publique avec ses dogmes circulaires et débiles. En Egypte, pays où plus qu’en Tunisie, la CIA a agi en sous-main pour le simple renversement du dictateur, la carte d'identité mentionne la religion, on peut mettre chrétien, musulman ou juif, mais rien d'autre et impossible de laisser la case blanche. Donc 0 athée, 0 communiste en Egypte et gaffe à ta peau si tu es copte ! Il est plus facile d'être libre penseur à Istanbul ou en Tunisie par rapport à l'Arabie Saoudite, l'Iran ou l'Afghanistan. Foin de statistiques pour ces anciennes colonies, toujours colonisées par l’industrie capitaliste, à charge de revanche (comme la pérennité de la religion orthodoxe sous les régimes staliniens), il n'y a pas de fumée sans feu, si certaines législations sont si dures avec l'apostasie, c'est bien que le phénomène existe, malgré le terrorisme religieux, et que les bigots officiels intimident leur population. Déjà, au Maghreb, on observe la première étape vers l'athéisme : "le croyant non pratiquant". Très en vogue en Algérie (principale nation prolétaire), par exemple de la part des prolétaires retraités qui ont bossé en usine toute leur vie en France, où les islamistes sont totalement incapables de faire interdire l'alcool ! Trop dangereux pour eux, les prolétaires algériens anciens et jeunes aiment bien faire un tour au bistro pour se détendre.

LE CADRE NATIONAL DES ELECTIONS

En portant un coup d’arrêt à la vague de « jasmin » par la guerre en Libye (où la question du partage pétrolier ne variera pas trop, la bourgeoisie n’obtiendra que des miettes), les puissances occidentales ont fourni aux masses « libérées des tyrans » deux cadeaux empoisonnés :

- Les élections dites libres

- Le retour au premier plan des cliques religieuses.

Les populations « libérées des tyrans » n’ont pas grand choix : ou maintenir les sous-marins increvables des dictateurs déchus ou voter pour l’opposition des fachos de la Charia. Les différentes mafias islamistes ne sont pas toutes bénies (cf. les diabolisées Al Qaida et Al Aqmi) mais comme le pouvoir musulman en Turquie, Ennhaba en Tunisie (qui était sous aile britannique) est parfaitement considéré comme capable de gérer l’exploitation du prolétariat et la « soumission » (= définition de base de l’islam) de la population. C’est le cadre national qui entraine automatiquement ce vote religieux majoritaire, pas la simple connerie des électeurs arabes. L’expansion de la révolte de jasmin, même avec l’ambigu coup d’épaule US en Egypte, portait une autre dynamique : internationaliste donc anti-religieuse. La victoire occidentale par l’élimination finale de Kadhafi est une défaite pour les espoirs de la petite bourgeoisie arriviste et les rêves d’émancipation des ouvriers. La continuité dans le changement est patente avec ces élections à la mode musulmaniaque, femmes et hommes séparés dans les files d’attente… Toutes mes condoléances à mes frères et sœurs de classe arabes.

TEMOIGNAGES D’APOSTASIE : Moi, arabe et athée

En août 2010, j’ai été ouvertement insultée par un homme ayant remarqué que, bien qu’arabe, je ne faisais pas le Ramadan. Cette insulte m’a poussée à exprimer mon ras-le-bol via un billet de blog. Pour des raisons professionnelles, je souhaite désormais supprimer ledit billet de mon blog. Parce qu'il est toujours d'actualité, je préfère cependant le laisser vivre dans ces colonnes, pour ceux qui s’y reconnaîtront comme pour ceux qui souhaiteraient se mettre dans la peau d'une apostate.

Gare du Nord. Durant le mois de Ramadan.

Au téléphone et entre deux gorgées de Coca, je glisse quelques mots en arabe à l’attention de mon interlocuteur à l’autre bout du fil. Subitement, un jeune homme se met en face de moi:

«Kah’ba. Ma saïmach Ram’dan»

(Pute, tu ne fais pas le Ramadan)

Le jeune insolent est ce que l’on appelle un Wesh. Je raccroche pour deux raisons. La première est que j’ai un peu peur pour mon téléphone, quand même. La seconde est que je suis quelque peu agacée d’être importunée de la sorte. J’aime les singes, mais pas ceux à casquette. Aussi, je lui signifie poliment et brièvement de ce que je pense de son intervention: «Tocard.» Et de m’expliquer. «Tout d’abord, je te remercie car tu as la décence de mettre ta casquette à l’endroit; n’en déplaise à Morano. Ensuite, je vais te raconter mon histoire. Ça t’aidera certainement à comprendre pourquoi je te prends pour un tocard. J’ai 21 ans, de culture et d’origine marocaine. Et je suis athée. Je ne suis même pas une croyante non pratiquante. Non, je suis une putain d’athée. Le genre irrécupérable, qui n’a aucune chance de figurer sur la liste d’attente pour ton Paradis.

«Pourquoi diantre es-tu athée?», dois-tu te demander. Enfin, dans ton cas, tu souhaiterais plutôt m’interroger ainsi: «Wesh ma sœur p’rquoi tu fais comme les gour?» Cette question est récurrente, rassure-toi. Tu n’es pas le premier à opiner que si les actes contre-nature existent, ceux contre-culture existent aussi. Je saisis ta pensée. J’ai grandi au Maroc, après tout; je devrais logiquement avoir l’élémentaire décence d’être musulmane. (Ou du moins, de le prétendre). Arabe, pas musulmane Malheureusement, je ne le suis pas. Mon scepticisme religieux s’est manifesté quand j’étais jeune, sous les traits d’un féminisme involontaire et précoce. À noter que dans la religion musulmane, pour prier le juste, bon et miséricordieux Allah, une femme doit se vêtir et ne laisser dépasser que son visage et mains. À noter également qu’un homme n’a pas à se couvrir autant. Un jour qu’un voisin prenait congé pour prier, je vins à lui, guillerette et adorable, un foulard à la main:

«Non, les hommes ne se couvrent pas la tête», me dit-on.

«Mais c’est injuste»

«C’est la loi de Dieu»

J’ai pensé que Dieu n’était pas juste.

Quand j’ai découvert les enfants atteints de Kwashior Kor, mon réflexe initial fût le sain fou rire. Mais j’ai néanmoins pensé que Dieu n’était pas bon. Quand j’ai appris et compris les textes saints, j’ai pensé que Dieu n’était pas miséricordieux. J’ai traité le tout-puissant d’imposteur. Je l’ai haï, avec toute la force du ressentiment juvénile. Puis, j’ai pensé que Dieu n’était pas. Un Dieu créateur, peut-être, même si j’aurais tendance à l’appeler Hasard. Un Dieu régent, certainement pas. Cela dit, je ne cherche à convaincre personne. J’évite généralement d’affirmer ab hoc et ab hac que j’ai raison, parce qu’au fond, je comprends les croyants. En fait, non, je suis consensuelle, et si je ne me chicane plus, c’est par paresse. La tolérance d’opinion n’est rien d’autre que la flemme de débattre. J'ai quitté le Maroc pour être athée tranquille J’ai quitté le Maroc par égard pour la population majoritairement musulmane: je n’ai pas cherché à prêcher la parole du Non-Dieu, je n’ai pas essayé d’adapter un pays à ma personne. Non. Courageuse, ou lâche, je m’en fous; j’ai voulu adapter ma personne à un pays. Tant qu’à faire, un pays francophone où les collégiens ne me taquineraient pas lourdement car mon père a une peau couleur café. Un pays sacralisant les libertés individuelles, s’il vous plaît. Bonjour la France; donc. Oui, les libertés individuelles étaient donc mon seul lien avec la Nation des droits de l’homme. (Et les voyages à Saint-Tropez aussi, mais c’est moins classe.) J’ai emménagé à Nice, puis à Paris. J’arrivais à vivre sans être victime de discrimination. Le racisme ne touche pas les gens peu défavorisés. A fortiori, il ne touche pas les filles un minimum désirables. Les hormones priment sur les convictions nauséabondes: c’est toujours ça de pris. La meilleure arme contre le racisme pourrait être le tourisme sexuel, après tout.

La discrimination des «miens»

Aucune discrimination contre ma délicate petite personne. Jamais. Sauf la discrimination des «miens». La preuve? Toi. Même dans un pays laïc, tu te permets de m’insulter. Et non, désolée mais la Gare du Nord n’est pas une enclave. Je sais qu’il est quelque peu ardu de comprendre que malgré nos origines communes, j’ai une vie totalement différente de la tienne. Mais mets-toi en tête que s’il m’arrive à l’occasion de rougir d’être quelque peu privilégiée, je ne m’excuserai pas pour mes convictions religieuses et culturelles. Que la «communauté» s’en accommode! Que les «miens», ceux qui ne sont pas en casquette, fassent avec! Mais non, ils ne le font pas. J’ai été quelque peu blacklistée à Nice, dans le cercle étudiant maghrébin. Depuis que l’on a découvert du jambon dans mon frigo et un Français dans mon lit, je suis devenue persona non grata.

Daisy Duck athée

Au début, j’en étais fort aise. Je n’avais plus à être évasive sur mes convictions religieuses. On ne m’appelait plus pour faire un tajine pour quinze personnes. Il y avait trop de photos de moi bourrée sur la Toile pour être encore considérée comme l’épouse idéale. Chic, on ne me tournait plus autour. Je ne vous ai pas dit? Je n’aime pas les circoncis. Mais ça devenait de plus en plus compliqué: j’étais le paria d’une communauté qui s’acharnait à m’ignorer. On ne m’invitait plus aux soirées. Pire, on me supprimait de Facebook. Ça m’atteignait. Dans les communautés musulmanes, le vilain petit canard est tout simplement une Daisy Duck athée. Ne généralisons pas, il y a toujours une bande d’irréductibles gaul… euh, beurs, pour se montrer accueillants malgré la différence. À ceux-là, j’adresse des salutations consensuelles mais néanmoins sincères et respectueuses. Alors, mon grand, tu penses sérieusement que tu vas m’apprendre quelque chose sur moi? Tu crois réellement que j’ai besoin de toi pour savoir que je ne fais pas le Ramadan? Ou que j’ai besoin de tes insultes pour prendre conscience de ton mépris? Ton regard est assez explicite, merci. Mais sache que je méprise ton mépris. Je suis une salope hérétique, mais en France, ce n’est pas proscrit. Alors, je t’emmerde. Je suis athée, et si je n’ai pas d’accent, ça ne veut pas dire que j’ai renié mes origines et mon éducation pour autant. Au contraire, j’en ai tiré ce qui me semblait judicieux. Un sens du partage, une fascination pour le patrimoine culturel, littéraire et architectural, une peau anti-coups de soleil et une immunité de Warrior face à la tourista.Si ça peut te rassurer, tu as raison, je suis effectivement entre deux cultures. Je suis une bâtarde identitaire. Mon parcours ne rime à rien, je ne suis entièrement assimilée à aucune culture. Je suis amoureuse de plusieurs, en revanche. Et c’est très bien comme ça. Visiblement, tu ne sembles pas le comprendre, et c’est pour cette raison que j’ai eu l’outrecuidance de te traiter de tocard. Insolence que je maintiens, d’ailleurs.» L’histoire veut que je sois restée, à dire ses quatre vérités à l’antipathique protagoniste tout en confessant les miennes. À donner une belle leçon de vie à ce philistin. Le laissant penaud, je serais repartie victorieuse. Le poids des mots, la force de la morale. Soyons sérieux: si c’était le cas, je n’aurais pas les doigts assez fonctionnels pour taper sur le clavier. Non, il se trouve que mon instinct de survie s’est miraculeusement déclaré peu après mon impulsion verbale. C’est donc mue par la gracieuse célérité de la couardise que j’ai détalé.

Imane W. Arouet

****

Salut, je suis un peu comme toi

Soumis par Rhadamanthe, le mardi 18 octobre 2011 à 20h39

Salut, je suis un peu comme toi, arabe (d'origine algérienne) et athée. A quelques différences près, c'est que je suis un homme, français, et qu'apparemment je n'ai pas tes problèmes. En fait je n'ai jamais cru en Dieu, c'est aussi simple que ça, on ne m'a jamais appris. Et tant mieux, j'ai un problème avec le fait d'inculquer ce genre de chose à un enfant qui n'a pas encore le bagage pour le recevoir. Mais en même temps c'est ce qui se fait depuis l'aube des temps, si on ne parlait de Dieu qu'à des adultes en pleine possession de leurs moyens, les religions n'existeraient plus ou seraient marginales. Et d'un autre côté, j'aime beaucoup les mythologies, les histoires, l'art et l'architecture générés par les religions. Mais jamais je n'arriverai à prendre ça au sérieux. Les remarques restent cantonnées dans ma famille et il vaut mieux ne pas déclencher de discussions théologiques pour garantir la pax familia. Sauf quand c'est le christianisme que je descends en flamme (je connais beaucoup cette religion car j'ai été dans une école catholique et qu'ensuite, seul, j'ai étudié l'histoire du christianisme, ça m'a toujours beaucoup intéressé et en même temps fourni beaucoup d'"armes" contre cette religion puisque plus j'en savais et plus ça me semblait aberrant). Mais à partir du moment où cela touche Dieu ou l'islam, il vaut mieux que je me taise. Exit les contradictions évidentes du concept de Dieu, de l'histoire de la création, et je ne parle même pas de l'histoire du Coran (incréé selon le dogme) ou des questionnements autour des pratiques. Ca reste un sujet tabou. Même si pas sérieusement brûlant, j'ai la chance de ne pas avoir d'intégristes dans ma famille. En revanche, en dehors de ma famille, je ne rencontre pas de problèmes, excepté cette susceptibilité qui se retrouve dans toutes les religions quand on essaye de raisonner rationnellement. Je n'ai jamais eu droit à des remarques concernant le ramadan, on peut discuter des raisons (sexe, milieu social, le fait que je sois très peu typé), etc. Je me retrouve également dans ce que tu dis de l'identité, je ne suis ni communautariste, ni sectaire, ni clairement ancré dans quelque chose, j'aime l'Allemagne, la Chine, juste par goût, et je ne me sens pas plus étranger que ça en France sans me sentir exalté non plus, c'est peut être assez étrange mais je m'y suis habitué.

(repiqué sur SLATE)

UNE SEULE SOLUTION (PROVISOIRE) L’ABSTENTION

(discussion dans un bistrot tunisien)

Nidhal le coupe :

« Je m'en fous ! Ils [les politiciens] nous bassinent avec la patrie, ils sont tous docteurs et avocats. Si je crève de faim, c'est pas la patrie qui me donnera à manger. J'ai failli prendre une cartouche en pleine tête. Moi je l'ai faite cette putain de révolution. Ils étaient où eux ? »

Il jure. Puis continue :

« C'est que vrai que Ennahdha dans ses réunions vous donnent à manger ? C'est pour ça que tu vas voter pour eux, avoue ! Si un parti te donne de la bière et de la vodka, tu voteras pour eux. On est pareils tu vois ? »

(repris de rue 89)

Le boycott de Lina Ben Mhenni, la «Tunisian Girl»

Lina Ben Mhenni est l'une des figures les plus connues de la révolution tunisienne à l'étranger. Son blog Tunisian Girl, qui dénonçait la dictature de Ben Ali, a été récompensé à de nombreuses reprises. Ses reportages sur le terrain lors de la révolution tunisienne, écrits en arabe, français et anglais, lui ont valu une nomination pour le prix Nobel de la Paix à seulement 27 ans. À la veille des élections, cette professeur d'anglais est en colère, et ne mâche pas ses mots sur la situation de son pays. «Ces élections sont une nouvelle mascarade, non, un crime contre le peuple tunisien», explique-t-elle au figaro.fr. «Les forces de la contre-révolution, qui sont pour moi représentées par les ex-RCDistes et toutes les forces obscurantistes, sont réapparues après avoir fait profil bas. Ils ont le monopole sur les appareils politique, sécuritaire, judiciaire et médiatique», dénonce-t-elle. La jeune femme a donc décidé, à la surprise générale, de boycotter les élections de dimanche. «Je n'accepte pas de participer à des élections où il y a au moins une cinquantaine de partis reconstitués à partir du RCD», explique-t-elle. «Les personnes impliquées dans les crimes contre le peuple tunisien, ceux qui ont tués nos martyrs, sont toujours libres. Je ne pense pas qu'on peut parler d'une transition démocratique tant qu'on a pas fait aboutir notre révolution.» Pour elle, la Tunisie n'est pas encore libre. «On peut déduire ça du retour des pratiques violentes et répressives de la police, des plaintes de certains journalistes par rapport à la censure, de la manipulation médiatique, la dépendance de la justice ....» Des dérives qu'elle dénonce toujours sur son blog et sur les réseaux sociaux, quitte à ne pas se faire que des amis.

(repris du Figaro)

NI ALLAH NI MAITRE !

Neuf mois après le départ de Ben Ali, poussé à l’exil par la révolution de jasmin, les Tunisiens élisent ce dimanche leur assemblée constituante. De ce scrutin incertain, la réalisatrice franco-tunisienne Nadia El Fani aimerait voir émerger les fondements d’une société laïque. Un mot qui lui a valu des menaces de mort. Portrait

La désobéissance. C’est le titre que devait porter, au tout début, le documentaire de Nadia El Fani sur les athées en Tunisie. Mais la réalisatrice a vite compris qu’elle ne trouverait personne qui oserait dire face caméra : “je ne crois pas en Dieu”. « Les apostats, dans l’Islam, sont voués aux flammes de l’Enfer », explique t-elle.
Née en 1960 d’une mère française et d’un père tunisien qui fut l’un des dirigeants du parti communiste après l’indépendance, Nadia El Fani vit depuis neuf ans à Paris mais avoue que son cœur bat plutôt de l’autre côté de la Méditerranée. En 1990, elle crée à Tunis sa société de production, Z’Yeux Noirs Movies, et enchaîne documentaires et fictions.

Menacée de mort

Quand elle commence à tourner Laïcité, Inch’Allah en août 2010 à Tunis, elle se met en scène buvant et mangeant pendant le Ramadan et cherchant à interroger les gens sur leur rapport à ce mois de jeûne. Pas de provocation dans sa démarche, juste une soif féroce de liberté. « La religion devrait se cantonner à la sphère privée et aujourd’hui, elle est beaucoup trop vécue publiquement », estime t-elle.
Devant sa caméra, des jardiniers qui avouent rompre le jeûne pour tenir physiquement, un serveur qui confie dans une boutade qu’il se limite au café et aux cigarettes… Et des regards inquisiteurs quand elle entre dans un café, caméra à l’épaule et filme ces « dé-jeûneurs ». « Ils peuvent désobéir, mais il ne faut pas que cela se sache. Et quel qu’ait été leur rapport à la nourriture pendant la journée, chacun rentre à la maison pour la rupture du jeûne. Ça n’existait pas dans les années 70. » C’est cette hypocrisie que la réalisatrice a voulu montrer. À l’époque du tournage de Laïcité, Inch’Allah, la Tunisie est encore sous dictature. Quand les premières manifestations qui annoncent la révolution éclatent, Nadia El Fani repart sur le terrain et balade sa caméra dans les manifestations et des réunions qui débattent de la laïcité. Son film s’appellera Ni Allah, ni maître. « Après la révolution, on rentrait dans une modernité. Et la modernité, c’est aussi pouvoir critiquer, dans le bon sens du terme, la religion. »Elle avoue y avoir cru très fort.

La religion devrait se cantonner à la sphère privée

Puis il y a eu les premières intimidations. À Cannes, les producteurs lui ont conseillé de changer de titre. « Surtout pas par peur des intégristes ! », précise t-elle. Mais parce que cela pouvait donner du grain à moudre aux islamistes. Ni Allah, ni maître est donc devenu Laïcité Inch’Allah. Mais la polémique était lancée.

"Les gens continuent à avoir peur"

Dans une interview à la télé tunisienne, Nadia a osé dire qu’elle était athée. Les religieux radicaux se sont empressés de remonter l’interview et de la diffuser sur Internet. En juin, une poignée d’entre eux a détruit un cinéma de Tunis où le film devait être projeté. Depuis, ils la menacent de mort sur le web, se déchaînent sur Facebook et lui laissent des messages anonymes. En Tunisie, elle est même poursuivie au pénal pour injure au sacré, atteinte aux bonnes mœurs et à un précepte religieux. « Et le plus fou, c’est que le procureur de la Tunisie post-Ben Ali ait reçu la plainte, souffle-t-elle. Je savais que ça allait faire un tollé mais je ne pensais pas que les attaques seraient aussi basses. »

La laïcité n’enlèverait l’identité musulmane de personne

La confusion entre laïcité et athéisme qui persiste dans l’opinion tunisienne n’arrange rien. « Pourtant, la laïcité n’enlèverait l’identité musulmane de personne. Les gens continuent à avoir peur alors qu’ils ont fait une révolution », regrette la réalisatrice. Peur des intégristes ? « Non, je ne crois pas. Plutôt peur de se mettre au ban de la société. »



En plus de la haine des censeurs, Nadia El Fani a dû affronter un cancer diagnostiqué à l’automne dernier. Aujourd’hui, elle va mieux. « La Révolution a été le meilleur des remèdes », glisse t-elle dans un sourire. Son film, sorti le 21 septembre en France, a reçu le Prix international de la laïcité.
Si elle a quitté la Tunisie asphyxiée de Ben Ali parce qu’elle n’y percevait plus aucun financement pour son travail, elle avoue que c’est difficile pour elle d’en être loin. « C’est là-bas que j’ai envie de vivre. En ce moment, avec tout ce qui se passe, j’ai peur d’y aller et que l’on me confisque mon passeport. J’espère que je pourrais retourner m’y installer et être enfin libre. »

« Il y a eu des campagnes de dénigrement contre les femmes militantes »

Bochra Beladjamida est une avocate tunisienne, tête de liste d’une formation de centre gauche, Le Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés. À la veille de la première élection démocratique depuis l’ère Ben Ali, elle oscille entre la joie de vivre un moment unique et la crainte d’un désintérêt des citoyens.(extrait Interview au Figaro magazine)

« De nouveaux censeurs ont pris le relais »

Est-ce qu’être une femme dans cette campagne a changé quelque chose ?
Il y a eu des campagnes de dénigrement contre les femmes militantes. Les courants conservateurs voudraient que des femmes comme moi ne soient pas dans la Constituante. Il y a de la désinformation, des provocations… ils veulent nous faire taire et faire émerger l’image d’une Tunisienne plus conservatrice. Avant, cela n’existait que dans les journaux de caniveaux de Ben Ali. Aujourd’hui, ces nouveaux censeurs ont pris le relais grâce à leurs profils Facebook. Ils se comportent avec beaucoup d’agressivité et de malhonnêteté.

La Tunisie dispose d’une législation très avancée en matière de droits des femmes. Y a t-il un danger de régression en cas de poussée des islamistes ?
Non, je ne pense pas. Les Tunisiens sont modérés. J’ai confiance. Les risques les plus importants concernent vraiment la liberté d’expression et la question des libertés individuelles. Depuis la chute de Ben Ali, tout le monde est devenu le censeur de tout le monde. Les islamistes mais aussi certains courants conservateurs criminalisent toutes les opinions différentes. Mais on ne s’est pas débarrassés de Ben Ali pour se mettre sous le joug d’autres leaders d’opinions, aussi révolutionnaires soient-elles !

Plus important que la finale mondiale du rugby, résultats des élections tunisiennes: lundi apm


[1] Deux exemples à taguer sur les murs (à partir de maintenant je vais créer, inventer des tags-slogans qui serviront à remplacer sur les murs glabres les tags débiles, lors de la prochaine révolution)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire