"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

dimanche 30 octobre 2016

POLEMIQUE ENTRE TROTSKY ET LE GROUPE JUIF DE LA LIGUE (1931-1932)


Naville et Trotsky
Il est intéressant de se pencher sur le passé du mouvement révolutionnaire, non pour faire un travail d'archéologue, ou scolastique comme dirait Trotsky, mais pour mesurer l'inanité et la futilité des raisons personnelles, des histoires de clans dans les partis, plus particules que véritables organisations, pour écarter la démarche des parasites du mouvement ouvrier (ils sont toujours renaissants à chaque époque les bobos). Comme l'a bien démontré le belge Vereeken, Trotsky a été roulé dans la farine par ses divers interlocuteurs. Preuve qu'un homme, aussi génial soit-il (et Trotsky avait du génie, un niveau de conscience universelle indéniable, et un raisonnement toujours passionnant malgré de lourdes erreurs d'analyse et un destin brisé). Trotsky est incapable de constituer une alternative à une 3ème Internationale moribonde parce que le moment historique est cruel, dépasse toute espérance révolutionnaire. Derrière son avertissement face à la montée du fascisme, Trotsky n'est pas un « avertisseur démocrate » à la Wikileaks ni un anar antifa lambda, il voit se profiler la guerre mondiale et il en devient ...opportuniste, préférant soutenir la social-démocratie bourgeoise partout en Europe et l'Etat bourgeois en Espagne. Il est incapable dans cette sale période de joue rle rôle d'un rassembleur principiel comme Lénine, il agglomère des aventuriers à la Molinier, probable pervers narcissique qui le mène par le bout du nez. Le voici confronté au « groupe juif ». Voilà qui devrait faire taire tous les salmigondis fachos sur la manipulation juive du monde.... Il y a en effet un groupe juif dans le premier parti communiste comme il y aura des groupes nationaux arméniens ou coloniaux. La 3ème Internationale a hérité de la Seconde des catégories honorables, la jeunesse, les syndicats et les nationalités qui n'ont pas encore de nations. Les maximalistes italiens, dont Bordiga se choqueront de cette section « juive » dans un parti communiste. Mais il faut savoir raison garder, une telle catégorisation était inévitable à l'époque, plus tard elle sera nommée MOI, main d'oeuvre ouvrière immigrée, hélas au service du patriotisme stalinien. Le « groupe juif » est un groupe d'ouvriers immigrés qui fait, comme vous le verrez, de très pertinentes critiques à la direction Molinier-Treint. Le « groupe juif » exprime un souci d'unité quasi utopique et ambigu, plaidant lui aussi en faveur du capitalisme d'Etat en URSS et d'une union des syndicats qui en font plus un allié de stalinisme que de l'Opposition de gauche révolutionnaire combattant la contre-révolution stalinienne. Comme le remarque Trotsky le « groupe juif » est un peu à côté de la plaque par la barrière de la langue et quelques chefaillons qui le manipulent, mais le texte du « groupe juif » n'en est pas moins émouvant. Trotsky mise curieusement sur une intervention vis à vis des travailleurs étrangers comme fondamentale (comme nos trotskiens modernes moralistes face à la marée migratoire) mais cela n'a nullement réveillé l'internationalisme ni empêché la guerre. L'impuissance de l'Opposition de gauche trotskiste comme l'intransigeance de la fraction italienne n'ont pas réveillé la classe ouvrière.
Par contre nous savons que notre regretté camarade Marc Chirik était membre du « groupe juif » et que sa formation politique fût certainement aiguisée dans ce milieu pas si coupé de la réalité prolétarienne que le pensait Trotsky (Marc cotoya Treint puis rompit avec lui pour rejoindre la fraction italienne). On remarquera le curieux c. à la place de camarade, utilisé dans les correspondances d'époque, qui est parfois ambigu, ne voulait-il pas dire parfois, sous la colère de la polémique, ce … con de Trotsky ?

« Quelques remarques à propos des divergences intérieures et des flottements dans la Ligue »

par Léon Trotsky

1°) Dans ma première lettre circulaire, j'ai déjà écrit que le piétinement sur place de la Ligue, les nouveaux conflits et scissions ont une cause générale, le mouvement ouvrier français n'est pas sorti encore du stade de reflux, l'affaiblissement général de l'aile révolutionnaire du prolétariat entraine aussi l'Opposition de gauche. Les événements apporteront avec eux les changements nécessaires comme ils l'ont apporté en Espagne et en Allemagne. Mais justement l'exemple de ces deux pays montre comme il est important, dès avant le tournant révolutionnaire des événements, d'avoir prêt une organisation autant que possible homogène et soudée, passée à travers une sérieuse expérience de la lutte intérieure. Dans sa création consiste maintenant la tâche en France.

2°) La Ligue a surgi comme un conglomérait de différents groupes et fragments. Cela découlait de la situation en France, de l'existence ou de la vie végétative de nombreux groupes, du fait d'une certaine confusion dans tous les autres groupes ; de l'absence d'un groupe qui aurait joui d'une autorité vis à vis des autres groupes, et sur lequel on pourrait s'appuyer avec complète certitude. L'hétérogénéité de la composition de la Ligue définissait l'inévitabilité ultérieurement, de la sélection et de l'épuration des rangs. Ce processus s'est cependant prolongé pour des causes dans la délibération desquelles je n'entrerai pas ici. Je dirai seulement qu'à l'égard de certains groupes douteux ou d'origine étrangère, on n'a pas adopté une politique suffisamment conséquente, qui commence par les tentatives de collaboration loyale, pose l'élément douteux à l'épreuve et sous contrôle aux yeux de tout le monde, leur donne la possibilité de se corriger ou de se discréditer, et dans ce dernier cas, se termine par leur élimination de l'organisation.
En tant cas, le temps est venu de tirer les conséquences organisationnelles d'une expérience politique trop prolongée.

3°) Toutes les discussions dans la Ligue tournent maintenant autour de la « Fraction ». Je n'ai pas vu le texte de ces définitions, mais je crains beaucoup que la lutte sur ce terrain apporte dans la chose une bonne part de scolastique. Est-ce que nous sommes une fraction du parti ou une fraction du communisme ? Formellement, nous ne sommes pas une fraction du parti, car nous sommes en dehors de ses rangs, et sous sa répression. D'autre part, la notion du communisme est inséparable de la notion du parti. Dans notre situation, il y a une contradiction créée non pas par les fautes de la logique formelle, mais par des conditions historiques objectives. Cette contradiction ne peut pas durer éternellement. Elle doit se résoudre dans un ou dans l'autre sens. Il n'est pas probable que ces exercices formels avec le mot « Fraction » puissent approcher de la solution. Tout ce qu'il y a de fondamental dans ce qui détermine notre rapport avec le Parti officiel et le Komintern est dit avec une détermination suffisante dans les documents fondamentaux de l'Opposition.
Il n'y a pas de fondement pour changer ce qui est dit, parce que la situation objective, dans ses traits fondamentaux, n'a pas changé encore ni dans l'un ni dans l'autre sens. Nous luttons comme auparavant pour la régénération de la 3ème Internationale et non pour son remplacement par une 4ème.
4°) La tentative de tracer la délimitation de la Ligue en partant exclusivement des discussions nouvelles sur la « fraction » ne me paraît pas juste, avant tout ne fût-ce que parce qu'elle semble ignorer tout le passé de la Ligue et s'efforce de recommencer l'histoire depuis le commencement.
Cependant, une politique organisationnelle juste exige que la sélection dans la Ligue s'opère sur la base de toute l'expérience, au plus haut degré précieuse malgré ses dimensions restreintes, et non pas seulement sur la base d'une discussion isolée, d'ailleurs dans une importante mesure, scolastique.

4°) Le camarade Treint se représente les choses ainsi, que d'une part, il y a des « liquidateurs » le groupe juif, et à côté d'eux les « conciliateurs » (Naville, Gérard). Et que c'est pourquoi il faut maintenant diriger la politique vers l'amputation des liquidateurs pour ensuite passer aux conciliateurs. Une situation de cette sorte, il est vrai, n'est pas rare dans les organisations, surtout les organisations de masse, quand la présence d'une aile droite ou ultra-gauche s'affirme nettement, même à la formation d'une couche intermédiaire, d'uen fraction conciliatrice. Mais ce schéma général ne couvre aucunement ce qu'il y a dans la Ligue. Les traditions et la ligne de développement du groupe Naville n'ont pas le moindre rapport avec les traditions et la ligne de développement du groupe juif. Dans le premier cas, nous avons un groupe d'intellectuels petits bourgeois, de flâneurs de trottoirs idéologiques. Dans le second cas, nous avons des prolétaires nomades qui ont l'avantage et les défauts des émigrants révolutionnaires. Un tel ou tel autre rapport entre les deux groupes ne peut être que l'œuvre d'une combinaison personnelle ; ils n'ont aucune racine commune. C'est pourquoi il est tout à fait injuste de prendre la question Naville comme une fonction (fraction ? Ndt1) , c'est à dire comme un dérivé, comme une question dépendante de la question du groupe juif.

6°) Naville était primordialement sur le point de vue des deux partis, et avec cela, il s'imaginait « son » Parti à la manière de Paz et de Souvarine comme un cercle de discussion dominical où il paraît comme un soliste. Ensuite Naville a passé sur la position de la « Fraction indépendante » en faisant rentrer dans cette notion le vieux contenu. Il a assimilé le point de vie de l'opposition de gauche, mais seulement en paroles. Sa pensée reste également petite bourgeoise, anarchique et sans parti, dans la même mesure contre le parti officiel que contre la Ligue. Il reste notre adversaire inconciliable.
Prenez « La lutte de Classe ». Déjà après qu'on ait chassé Landau de nos rangs, Naville a publié un article de lui dans la revue, qu'il estime comme sa propriété privée (les petits bourgeois anarchiques donnent une énorme importance à la question de la propriété). Le dernier numéro de La lutte de Classe porte le sous-titre suivant : « revue théorique de l'Opposition communiste en France ». Sur la question de la transformation de La Lutte de Classe en organe officiel de l'Opposition de gauche (Ligue) a été mené durant plusieurs mois une lutte farouche. Et puis quoi ? Naville montre de nouveau démonstrativement qu'il ne veut pas identifier « son » organe avec cette organisation à laquelle, paraît-il, il appartient. Est-ce que cela seul ne suffit pas pour éliminer un tel homme nettement étranger et hostile à ses rangs ? Cette circonstance que la Ligue et sa direction n'ont jusqu'ici pas réagi à ces provocations révoltantes est en sou un symptôme inquiétant. Car le premier trait du révolutionnaire est la liaison ferme avec son organisation, le patriotisme de l'organisation, la sensibilité à toute sortes de tentatives contre le drapeau de l'organisation.
Comment Naville définit-il aujourd'hui la notion de fraction ? Je l'ignore et je l'avoue, je ne 'y intéresse pas trop. On peut donner une définition juste de l'Opposition de gauche et en même temps, chaque jour, fouler au pied son drapeau.

7°) J'insiste depuis longtemps déjà sur ce qu'il faut lier l'appartenance à la Ligue en général avec l'accomplissement d'un travail déterminé et systématique. Cela est, à part tout le reste, une loi exclusive contre les amateurs, contre les bavards, contre les flâneurs, les parasites politiques. Certains d'entre eux sont suffisamment adroits pour ne pas se laisser attraper sur une formulation anti-communiste. Mais cela ne les empêchera pas, sous la couverture des meilleures formulations, de mener un travail quotidien de sabotage pour à un moment favorable, trahir l'organisation.

8°) La situation du groupe juif, comme il est déjà dit, n'a rien de commun avec la situation du groupe Naville. Quelles que soient les combinaisons en haut, les membres du groupe juif sont liés par l'unité de langue et la connaissance insuffisante de la France ; cela permet à quelques dirigeants du groupe d'y jouer un rôle exagéré et de cultiver une atmosphère renfermée et d'isolation. Il y a quelques mois que Mill était déchaîné contre le groupe juif, comme source principale des calamités. Maintenant, il aide Félix à cultiver les traits négatifs d'émigrants du groupe et à étouffer ses traits prolétariens positifs.
Il est tout à fait évident que le groupe dans le passé a été trop laissé à lui-même. Les dirigeants de la Ligue estimaient que l'appui de ce groupe leur allait de soi. Ils se sont peu souciés de tenir chaque membre du groupe juif au courant de tout ce qui se passa dans la Ligue. Ce groupe est devenu la victime de ses dirigeants actuels. Il m'est difficile de juger d'ici dans quelle mesure on peut corriger le malheur causé par ces dirigeants. En tout cas il faut tout faire pour aider le groupe à se libérer de sa direction actuelle et conserver au sein de la Ligue tous les éléments sains, prolétariens du groupe.
La différence entre le groupe juif et le groupe Naville s'exprime d'une manière tranchante dans le plan de notre travail pratique envers ces deux groupes. Tandis que les partisans de Naville, qui ont pris ses déclarations plus ou moins au sérieux, ont depuis longtemps déjà quitté la Ligue et attendant en dehors de ses rangs que les éléments révolutionnaires renoncent à ces chefs passagers et accidentels, pour rester dans la Ligue. Dans ce sens tous nos efforts doivent être dirigés.

9°) Poser purement formellement la question de la Fraction en dehors de tout le passé de la Ligue et indépendamment du contenu social et personnel de chaque groupe, non seulement rend plus difficile la délimitation d'avec les éléments étrangers, mais crée aussi le danger d'un nouveau morcellement dans le noyau fondamental de la Ligue. Je ne veux pas du tout nier d'avance et entièrement l'importance théorique et politique de ces divergences qui sont liées à la question de la « Fraction ». Mais il serait criminel de forcer ces divergences en les arrachant à l'activité politique de la Ligue. . Si sous la nuance de la définition de la la « Fraction » se dissimulent vraiment deux tendances différentes, alors elles doivent se manifester le mieux dans les questions fondamentales du mouvement ouvrier international et avant tout français. La Fraction se forme non en se définissant à chaque pas, mais par l'action. Le besoin lui-même de polir à nouveau la question de la Fraction est provoqué sans doute par la stagnation de la Ligue. S'obstiner sans fin dans cette direction signifie faire exploser le noyau fondamental et avec cela sur une ligne accidentelle, dans une grande mesure scolastique.

Les camarades dirigeants de la Ligue doivent, il me semble, se rendre compte nettement d'une chose, une véritable scission sur le terrain des définitions formelles, des prévisions et des prédictions psychologiques compromettra ses groupements. La critique intérieure est nécessaire autant qu'elle sert l'action. Là où elle se transforme en but en soi, elle décompose l'organisation. La Ligue a maintenant la possibilité d'éduquer ses rangs et de les multiplier sur la base des questions grandioses de la politique européenne en commençant par l'Allemagne. Il est indispensable de sonner infatigablement l'alarme sur le danger fasciste à qui la direction du Komintern trace le chemin.
La question de la main d'oeuvre étrangère en France acquiert une acuité toujours plus grande ; justement pour l'Opposition de gauche s'ouvre ici un champ illimité pour l'action. L'acuité de la question des réparations et des dettes donne la possibilité de développer une agitation pour les Etats Unis d'Europe. En France, vont avoir lieu des élections parlementaires qui, sous la pression du chômage croissant, et en lien avec le tournant des événements en Allemagne, peuvent revêtir une importance énorme dans la vie politique du pays. Il faut à tout prix se tracer la voie vers les éléments prolétariens frais pour réussir à renouveler et à élargir la composition de la Ligue au moment du changement inévitable de la situation politique. Sur d'autre voie, pas de solution.

L/T/

REPONSE DU GROUPE JUIF (1932)

A TOUTES LES SECTIONS NATIONALES DE L'OPPOSITION DE GAUCHE, AU CAMARADE TROTSKY

Chers camarades,

La lettre du c. Trotsky du 22 décembre adressée à toutes les sections nationales traite, entre autres, de la vie de l'Opposition française et du groupe juif de la Ligue. Cela nous permet de nous adresser pour la première fois aux camarades de l'Opposition Internationale pour soumettre à leur jugement un tableau plus détaillé de la situation réelle de la Ligue et des erreurs dangereuses de sa direction Treint-Molinier. Les accusations extrêmement graves formulées contre notre groupe par le c. Trotsky sont basées sur une information défectueuse et unilatérale fournie par la direction Treint-Molinier qui, dépourvue de tout crédit et de tout appui de la Ligue même, n'a d'autres moyens de se maintenir à la tête de notre organisation que par le mensonge grossier et déloyal par lequel elle cherche à tromper le c. Trotsky et toutes les sections nationales.

La lettre du 22 décembre du c. Trotsky ne touche que les questions strictement organisationnelles sans aborder le fond politique des divergences qui opposent une grande majorité de la Ligue à la direction Treint-Molinier. Le c. Trotsky cherche à dégager la responsabilité de cette direction de l'état de désagrégation dans laquelle se trouve la Ligue, en rejetant la plus grande part de cette responsabilité sur le groupe juif. Nous considérons que ce n'est que sur le terrain de la différenciation politique que l'état de la Ligue française doit être examiné.

Nous voulons examiner ici brièvement les accusations portées contre nous par le c. Trotsky et exposer les divergences politiques existantes qui sont, d'après nous, la cause principale de la crise dans la Ligue. Pour permettre à l'Opposition de Gauche de juger en connaissance de cause et d'apporter une solution radicale susceptible de normaliser la vie de la Ligue, nous demandons la convocation d'une Commission Internationale de Contrôle à laquelle nous soumettrons en détail toute la documentation sur l'activité politique organisationnelle de la Ligue et du groupe juif.

Le c. Trotsky dit que : « la situation (de la Ligue) se complique par le tibubement mortel et les fautes du groupe juif ». Plus loin, le c. Trotsky ajoute : « ils ont changé leur orientation au sein de la Ligue en faisant dépendre les circonstances d'un caractère subjectif ». Or, voyons les faits tels qu'ils se sont passés depuis plus d'un an et demi dans la vie politique de la Ligue. Pendant la discussion sur le tournant du P.C.F. En 1930 c'est le texte du groupe juif qui fût approuvé tant par le c. Trotsky que par la majorité de la Ligue (avant la Conférence Nationale) et qui donna l'orientation au travail de la Ligue dans le P.C.F. Ensuite, c'est la position du groupe juif dans la question de l'opposition unitaire qui fût également approuvée par la majorité de la Ligue. Ce sont ces positions qui ont été caractérisées par le c. Trotsky comme des positions de l'aile marxiste de la Ligue.

Ce n'est pas le groupe juif qui s'est rallié au groupe Molinier-Frank, comme on veut le présenter maintenant, mais ce sont au contraire les c.c. Molinier et Frank qui, n'ayant pas de positions politiques fermes à eux, se sont ralliés, après maintes oscillations (comme dans la question de l'O.U. À la première CE élargie) au groupe juif. Le développement politique ultérieur des Molinier et Frank et la facilité avec laquelle ces deux camarades ont abandonné nos positions pour celles du c. Treint nous prouve aujourd'hui que Molinier et Frank s'étaient ralliés au début aux positions du groupe juif dans le seul but de se hisser sur les épaules d'un groupe ouvrier pour s'emparer de la direction de la Ligue. Ce n'est, certes, pas ces deux parasites politiques (Molinier et Frank) que le c. Trotsky visait quand il qualifiait il y a un an le groupe opposé à Naville-Gourget d' « aile marxiste ».

Dans la question de l'unité syndicale qui s'est posée dernièrement avec une acuité exceptionnelle devant les ouvriers français, quelles furent les positions qui ont départagé la Ligue ?

Avant la parution de l'article du c. Trotsky (avril 1931) sur la question de l'unité, le c. Molinier trouvait possible de soutenir la position ultra-gauchiste des étudiants2 contre toute unité syndicale. Ensuite, quand le camarade Treint a commencé à donner son « orientation » à la politique de la Ligue, les camarades Molinier et Frank furent seuls dans la C.E. Pour adopter la position de Treint de « rentrée en bloc dans la CGT réformiste » et de la liquidation de la centrale syndicale révolutionnaire (C.G.T.U.). D'une position d'extrême gauche anti-unitaire ces camarades se sont jetés à la position brandlérienne et lovestonienne d'unité à tout prix. Peut-il y avoir « titubement plus mortel » et plus grotesque que ces oscillations de gens qui osent monopoliser la direction de l'Opposition française ?
Cependant, c'est encore une fois le groupe juif qui a pris l'initiative de de combattre cette position dangereuse. Nous avons rallié la grande majorité de la Ligue sur la résolution Félix qui affirme le principe communiste pour l'unité syndicale et préconise le Congrès de fusion entre les deux centrales syndicales.

La discussion sur l'unité syndicale nous a permis d'aborder les problèmes de la situation mondiale et en premier lieu les perspectives de la révolution allemande et ses répercussions sur les autres pays et notamment sur la France. Dans cette discussion le c. Treint, développant les conceptions de 2ème parti condamnées depuis longtemps dans l'Opposition internationale, déclara que : « le centrisme est une fraction du mouvement ouvrier qui se trouve déjà en dehors du communisme mais encore dans les rangs de la révolution ». Il ajouta que l'Opposition doit dès maintenant se diriger vers la constitution d'une « fraction autonome » et, dans le cas de l'échec de la rév. Allemande qui, pour Treint, est certaine, même vers la constitution d'une nouvelle Internationale. Le c. Molinier qui trouve dans ces idées son nouvel Evangile, dépasse son maître et affirme, devant la Région parisienne, avec un zèle de néophyte, que le « centrisme est contre-révolutionnaire » et qu'il « ne faut pas s'enfermer dans les formules de « fraction », par rapport au parti.

Le groupe Treint-Molinier arriva à la conclusion, quant à la perspective de la révolution allemande que, contrairement à ce que suppose le cam. Gourov3 dans sa lettre du 20 juillet, il n'y a aucune possibilité que la révolution soit victorieuse avec la direction centriste de Thaelmann et que la révolution allemande est, par conséquent, condamnée d'avance à l'échec. Cela est d'autant plus sûr que, selon les affirmations du c. H.Molinier4, autre membre du groupe Treint-Molonier, le prolétariat français ne fera rien pour venir en aide à la révolution allemande.

En face de ces affirmations que le c. Trotsky qualifie, à juste titre, dans ses derniers articles, de défaitistes et de liquidatrices, le groupe juif exprima bien avant l'arrivée des articles du c. Trotsky l'idée que la révolution allemande peut, même avec la mauvaise direction, être victorieuse ; que le P.C.A. doit s'engager dans le combat et adopter une position d'offensive contre le fascisme et que le prolétariat mondial soutiendra de toutes ses forces la Révolution allemande (voir procès-ver., interv. Emile).

C'est pour combattre ces positions que la direction Treint-Molinier forgea, par le procédé zinoviéviste bien connu du triste temps de la bolchevisation du P.C.F. L'accusation contre le groupe Juif selon laquelle ce groupe est liquidateur et doit être éliminé des rangs de l'O. de G.
Les positions treintistes envers le centrisme ont amené le groupe Treint-Molinier à adopter une attitude dangereuse envers l'URSS, attitude qui n'a rien à voir avec celle de l'Opp. Intern. De Gauche. Dans les articles de la « Vérité » (N 105-106) le c. Treint découvre avec une légèreté inqualifiable des « difficultés en URSS » (difficultés du maïs, arrêt de 35% de l'industrie textile, etc.) qui n'ont rien à voir avec les difficultés réelles du plan quinquennal.

Le groupe juif s'est opposé contre une telle manière fantaisiste de critiquer la politique économique de l'URSS qui ne peut que présenter l'Opposition de gauche devant les membres du parti et devant les ouvriers sympathisants au communisme comme l'ennemi décidé de l'URSS. En opposition aux appréciations de la situation en URSS données par Treint-Molinier, les camarades du groupe juif ont affirmé dans la discussion que notre devoir est de mettre en lumière les succès de l'économie socialiste par rapport à la crise et au chômage qui sévit dans le monde capitaliste ; ce que nous devons critiquer c'est que les difficultés réelles de l'URSS et particulièrement sont celles qui sont engendrées par les erreurs de la direction centriste, sans inventer des difficultés imaginaires.
A cette position du groupe juif dans la question de l'URSS, la direction Treint-Molinier n'a su qu'opposer une accusation arbitraire de « liquidation des positions de l'Oppos. de Gauche » (voir résolution dans bull. Intérieur de la Ligue, décembre 1930).
Avec l'entrée du C. Treint dans la Ligue et sans la direction, des idées Urbahnsistes sur le Thermidor en URSS ont commencé à pénétrer notre organisation. Le bavardage sur le « danger de Thermidor en URSS » est devenu une importante préoccupation de la direction Molinier-Treint tant sur les échéance sde la C.E. que dans les réunions de la Ligue. Ce sont encore une fois les camarades du groupe Juif qui, sur la base du projet de plate-forme russe du c. Trotsky ont démontré la différence principielle entre le danger thermidorien dont les chances ont diminué « grâce à la destruction de l'aile droite du Parti et la renonciation à la plate-forme » (Projet de plate-forme L.D.T.) et le danger bonapartiste qui est facilité par l'étouffement du P.C. de l'URSS et par l'affaiblissement de la vigilance et du contrôle des organisations de masse sur la politique de l'Union Soviétique.

La discussion qui se déroula dernièrement dans la Ligue révéla la tentative du groupe Treint de faire revenir la Ligie française sur les anciennes positions du groupe « Redressement communiste » sur les questions internationales aussi bien que sur les questions françaises. Ainsi, on essaie de faire pénétrer dans la Ligue cette idée que la tactiqur adoptée par la Ligue, au début de sa constitution, envers les autres groupements oppositionnels (groupe Paz, 15e rayon et groupe Treint) était fausse et sectaire. D'après les camarades treintistes, la Ligue aurait dû, en janvier 1930, accepter la collaboration avec ces 3 groupements qui se réclamaient de l'Opposition et adopter leur proposition dans le domaine syndical (travailler dans le Comité pour l'Indépendance du Syndicalisme (gr.Monatte) pour l'influencer dans notre sens).

Dans sa lettre à Treint du 22 septembre le c. Trotsky dit : « ensuite vous ne pouvez pas ne pas comprendre que toute l'opp. Française et internationale sera dans les questions litigieuses concernant le passé entièrement unanime contre vous ». Oui, toute la Ligue et le groupe Juif le premier s'est élevé contre cette tentative de Treint de réviser notre histoire et notre politique. Seul le groupuscule sans principe Molinier-Frank a suivi Treint même sur ce terrain de révision du passé de la Ligue en condamnant l'attitude ferme de la Ligue envers le confusionnisme des membres du 15e rayon, l'opportunisme du gr. Paz et l'esprit de conciliation entre ces 2 groupes du c. Treint. L'expérience malheureuse du groupe Treint « Redressement communiste » qui n'a fait que discréditer l'Opposition de gauche en France doit être un avertissement sérieux à tous les camarades zinoviévistes de la direction Treint appuyée par le groupe Molinier-Frank.

Dans sa lettre du 22 décembre le c. Trotsky s'exprime ainsi en ce qui concerne le travail pratique de notre groupe parmi les ouvriers juifs : « Mais cette fonction (propagande parmi les ouvriers juifs) ce groupe ne le remplit presque pas ». Or, le nombre des  travaux que nous énumérons plus loin et que la Comm. Intern. De Contrôle pourra vérifier facilement démontre que le groupe juif s'est occupé en plus de la politique de la Ligue aussi de son travail spécifique parmi les ouvriers juifs.

Nous avons édité 9 numéros du journal « KLERIEJT »5, sans appui matériel suffisant. La vente à la criée donnait un résultat de 250 exemplaires par numéro à Paris, chiffre qui dépasse celui de la vente à la criée de la « Vérité ». Nous avons organisé un cours d'éducation politique qui a été suivi par 40 à 60 ouvriers, chose que la Ligue n'a jamais réussi à réaliser pour les ouvriers français.

Notre travail sur le terrain de la propagande parmi les ouvriers juifs fût interrompu pendant un certain temps à cause de la situation intérieure de la Ligue. Les camarades les plus actifs de notre groupe furent appelés par la force des choses à intervenir d'une façon immédiate dans les crises intérieures aiguës de la Ligue. Nous croyons que cette intervention fût indispensable, et, en ce qui concerne la clarification des questions politiques de la Ligue, cette intervention fût aussi profitable pour toute l'organisation.

Depuis plusieurs semaines un nouveau travail parmi les ouvriers juifs a été entrepris. A défaut de moyens financiers pour continuer l 'édition de la Klorkeit », nous éditons chaque semaine 1 ou 2 tracts tirés à la Ronéo (hectographie) et qui sont lus par des centaines d'ouvriers communistes. Les camarades de notre groupe ont dirigé avec succès la grève des tricoteurs qui nous a permis d'élargir notre influence parmi les ouvriers communistes et sympathisants. Il faut souligner que seuls les camarade juifs de la Ligue font effectivement du travail syndical. Les deux commissions syndicales dans lesquelles travaillent les camarades de la Ligue sont : 1) la commission synd. Des tricoteurs et 2) la comm. Synd. des casquettiers – toutes les deux comprenant des camarades du groupe Juif. Aucun autre travail syndical ne se fait effectivement dans la Ligue. On peut affirmer avec certitude que si les camarades de la Ligue pouvaient renoncer à leurs luttes intestines et faire au moins autant de travail pratique que le groupe juif, la Ligue se trouverait dans une situation plus enviable que celle d'aujourd'hui.

Quant à l'accusation que notre groupe « est devenu l'appui de deux ou trois camarades... », nous ne pouvons que rappeler le fait suivant d'une telle accusation, qui fût déjà lancée à propos d'un camarade (Mill) qui aurait entraîné, paraît-il, tout le groupe à écrire la lettre à Rosmer malgré la présence en ce moment dans le groupe d'une minorité hostile à cette lettre, le groupe juif, tout entier, vota une résolution dans laquelle il fût établi que l'initiative de cette lettre est partie de l'assemblée générale du groupe et que rejeter la responsabilité de cette lettre sur un seul camarade c'est considérer tous les militants comme des mannequins. Le niveau idéologique du groupe juif est, du reste, assez (ilisible) pour mener une politique personnelle pas d'humeur passagère.

En ce qui concerne les blocs que le groupe juif aurait fait tantôt avec l'un, tantôt avec l'autre groupe de la Ligue, voilà ce qui en est en réalité :

  1. Le bloc avec Molinier-Frank. Ce n'est pas nous qui avons fait bloc avec eux, mais comme nous l'avons démontré plus haut, ce sont Molinier et Frank qui se sont accrochés aux positions politiques de notre groupe dans le seul but de s'emparer de la direction de la Ligue.
  2. Le bloc avec Naville. Pour démontrer l'inexistence de ce bloc nous ne pouvons que citer l'appréciation du c. Treint de la position du c. Naville dans la dernière discussion : « Les positions du c. Naville sont beaucoup plus proches des nôtres que celles du groupe juif ». Nous ne pouvons rien ajouter à cette appréciation, assez juste, du c. Treint. En effet le c. Naville reprend toute sa position négative dans le tournant du P.C.F.(« le tournant mène à l'opportunisme »). Il accentue encore davantage cette position hostile au Parti. Il qualifie notre attitude dans le tournant du PCF de 1930 de « conciliation envers le centrisme », sans comprendre qu'en appuyant sur ce qui était positif dans le tournant nous nous réconcilions avec la base du Parti et non avec sa direction. Cette erreur constante du c. Naville est, aujourd'hui, largement dépassée par la tendance du 2ème Parti du groupe Treint-Molinier, mais il ne reste pas moins vrai que la conception du centrisme du c. Naville est beaucoup plus proche de celle de Molinier que de la nôtre. Où est alors notre bloc avec Naville ?
  3. En ce qui concerne notre bloc avec Rosmer, nous rappelons encore une fois à tous les camarade sde l'Opposition internat. que le groupe juif demandait à Rosmer (alors membre de la Ligue) une entrevue pour préciser « dans la clarté politique indispensable » un plan d'activité pour sortir la Ligue de sa situation catastrophique où l'a amené la direction Molinier-Frank . Nous devons encore rappeler que la direction Molinier-Frank envoya, elle-même au groupe de Rosmer après la Conférence Nationale, donc après l'exclusion de Rosmer de la Ligue, une lettre où elle l'invitait à discuter ensemble les questions politiques litigieuses. Faut-il dire pour cela que la direction Molinier-Treint a fait bloc avec Rosmer ? Depuis quand n'est-il plus permis dans l'Opposition de discuter en camarade avec les membres de l'organisation qui ne sont pas d'accord à 100% avec la direction sans qu'on soit accusé, comme dans le Parti, de tous les péchés d'Israël et sans qu'on soit « classé » dans le bloc avec ces camarades ?

Le groupe juif n'a jamais mené la lutte politique dans la Ligue autour d'une personne quelconque. La lutte pour ou contre Molinier est dépourvue de tout contenu politique. Le groupe juif s'oppose vigoureusement aux oscillations sans principes de Molinier et il s'opposera toujours à l'activité aventurière de sa direction.
Le c. Trotsky donne toujours raison, sans réserve, au groupe Molinier parce que ce groupe, paraît-il, fait le plus de travail pratique. Nous espérons que la Comm. Int. De Contrôle pourra constater facilement que le travail pratique de ce groupe donna beaucoup moins de friots üar, o öes pivroers (?!?)français que le travail fait par nous parmi les ouvriers juifs. Elle pourra même constater que le travail du groupe Molinier était tout simplement néfaste par ses résultats. Mais ce qui est indispensable pour éclaircir la situation dans la Ligue c'est de se placer sur le terrain des questions politiques.

Nous considérons que le camarade Trotsky qui a toujours pris une part très active dans la vie intérieure de la Ligue doit se prononcer sur les questions politiques qui départagent aujourd'hui la Ligue.
Le groupe Treint-Molinier conclut ses accusations contre nous par la proposition « d'exclure messieurs les liquidateurs ». Cette proposition est-elle approuvée par le cam. Trotsky ?
De la réponse du cam. Trotsky à cette question dépend dans une large mesure la normalisation de la vie de la Ligue ou l'amputation de notre organisme du seul groupe ouvrier sain et homogène et l'abandon de la Ligue à la gangrène la plus infecte qu'est la direction Molinier-Treint.
Nous attendons avec sérénité la réponse de toutes les sections nationales et du camarade Trotsky.

LE GROUPE JUIF DE LA LIGUE COMMUNISTE en France

L'original de cette lettre, envoyé au camarade Trotsky, est signé de tous les membres du groupe juif.


NOTES
1Le texte tapuscrit est truffé de fautes et de mauvais termes en français.
2Le groupe de Jean Prader.
3Pseudo de Trotsky. Bilan se moqua : « Gourov s'est gouré pour la période ».
4Frère de Molinier tué lors de l'insurrection nationale de Paris, à laquelle les trotskiens ont prêté leurs concours.
5Clarté.

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