"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 24 août 2015

L’EFFONDREMENT CHINOIS... UNE BONNE NOUVELLE

L'auguste journal bourgeois Le Monde est catastrophé et le monde entier retient son souffle (leur souffle), non face au typhon qui s’approche du Japon mais du tsunami qui guette la Chine:

«Les marchés asiatiques ont plongé, lundi 24 août, entraînés par une nouvelle débâcle de la Bourse de Shanghaï, qui a perdu 8,5 % en clôture, son plus net recul en séance depuis 2007.
Concrètement, que se passe-t-il ?

La baisse de ce lundi a été déclenchée par la conviction de plus en plus forte des investisseurs qu’un atterrissage brutal de l’économie chinoise, locomotive de l’économie mondiale pendant les dernières années, est désormais inévitable.

Que la Bourse dévisse de la sorte signifie que les investisseurs ont décidé que les valeurs cotées sur la place chinoise valaient moins qu’avant. Ou, plus précisément, celles regroupées dans son indice « phare».


L’autre problème de ce recul des marchés chinois est son amplitude. Au total, l’indice composite de la Bourse de Shanghaï a baissé de 38 % depuis son pic de juin. Avant de s’effondrer mi-juin, la Bourse de Shanghaï s’était envolée de 150 % en l’espace d’un an, dopée par l’endettement et de façon totalement déconnectée de l’économie réelle.

C’est ce qu’on appelle une « bulle » : les investissements des Chinois sur leur marché relativement récent ne reflètent pas la valeur des entreprises qui y sont cotées. Plus de 40 millions de comptes boursiers ont été ouverts entre juin 2014 et mai 2015. La Chine serait plus proche d’une croissance de 2 ou 3 % pour cette année, que des 7 % fixés par Pékin.

C’est grave ?

Assez, oui. Selon les observateurs aguerris des marchés, on peut parler d’un début de panique : « Les choses commencent à ressembler à la crise financière asiatique de la fin des années 1990. Des spéculateurs se débarrassent des actifs qui semblent les plus vulnérables », avance Takako Masai, directeur de recherches à la Shinsei Bank de Tokyo.

Par ricochet, la déprime touche aussi les matières premières : le cuivre, considéré comme un baromètre de la demande mondiale, a atteint lundi son cours le plus bas depuis six ans et demi. Cette débâcle du marché chinois se double d’une chute du prix du pétrole, le brut américain repassant sous la barre des 40 dollars. Même si les consommateurs (les industries principalement) peuvent se féliciter d’une réduction de leur facture d’approvisionnement, ces baisses de prix ne sont pas une bonne nouvelle pour l’économie mondiale : la désinflation signifie généralement un ralentissement de la croissance et donc à la clé moins de création de valeur, moins de consommation, moins d’emploi, moins d’investissement, etc.

En quoi la baisse des Bourses asiatiques nous concerne ?

Qui dit mondialisation des échanges, dit aussi interdépendance entre les marchés financiers. L’argent circule d’une économie à l’autre par le biais des devises, des crédits, etc. Et les investisseurs sont des multinationales qui réfléchissent dans un monde interconnecté.

Ainsi, les principales Bourses européennes ont essuyé de lourdes pertes lundi. La Bourse de Paris a terminé sur une chute de 5,35 % à 4 383,46 points. A Francfort, le DAX a subi une baisse à la clôture de 4,70 % à 9 648,43 points, son plus fort recul en pourcentage sur une séance depuis novembre 2011. La Bourse de Londres, qui avait perdu plus de 6 % en séance lors de l’ouverture de Wall Street, a fini en baisse de 4,67 %. A Madrid, l’indice Ibex-35 est largement passé sous la barre symbolique des 10 000 points, plongeant de 5,01 % à la clôture.La Bourse de Bruxelles a pour sa part enregistré une forte baisse de 4,99 %.

Pour les spécialistes, l’analyse est claire : les investisseurs s’inquiètent des conséquences du ralentissement chinois sur la croissance mondiale. « L’absence d’annonces de mesures par les autorités chinoises afin de stabiliser l’économie a mis le feu aux poudres, avec à la clé un effondrement des indices boursiers partout en Asie, qui contamine l’Europe ce [lundi] matin », résument les stratégistes chez Crédit Mutuel-CIC.

Jacques Attali a même prédit une « dépression planétaire » sur son blog. Expliquant que les 200 millions de membres de la classe moyenne chinoise ont investi la moitié de leur épargne en Bourse, et que l’autre moitié est investie dans l’immobilier (qui risque de souffrir considérablement d’un ralentissement de la croissance dans l’empire du Milieu), l’économiste avance :

    « La récession chinoise, si elle se confirme, entraînera celle du Brésil, qui provoquera celle des Etats-Unis, puis la nôtre. »

En clair, la Chine va exporter son ralentissement dans d’autres économies émergentes : ces dernières, qui ont joué le rôle de relais de croissance quand la crise financière a frappé en 2007, ne pourront malheureusement pas rééditer l’exploit en cas de nouveau coup de froid sur l’économie mondiale.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/08/24/trois-questions-pour-comprendre-l-effondrement-de-la-bourse-chinoise-et-des-marches-mondiaux_4735336_4355770.html#wmUFMs3e5OXuZeqI.99

L’édito du Monde est encore plus clair dans la peur de l’effondrement du Capital:

«Editorial. S’il fallait une preuve de plus de la dépendance du monde à la Chine, la tourmente monétaire de ces derniers jours en a apporté une éclatante démonstration. En baissant à trois reprises en trois jours la valeur de sa monnaie, le yuan, par rapport au dollar, Pékin a déclenché une onde de choc, voire un début de panique, sur les marchés mondiaux. De Francfort à Séoul, toutes les Bourses ont vacillé, et le cours des matières premières, pétrole en tête, a plongé vers des niveaux inédits depuis plus d’une décennie.
Il faut dire que ce mouvement, que les autorités persistent à présenter comme une forme d’ajustement après des années de hausse, intervient dans un contexte inquiétant. Depuis un peu plus d’un an, la croissance chinoise s’essouffle et certains marchés, comme celui de l’automobile, donnent des signes évidents de ralentissement. La bulle immobilière se dégonfle, jette les investisseurs vers une Bourse immature, qui s’est à son tour effondrée début juillet, contraignant le pouvoir à utiliser la manière forte pour stopper la chute. Les mauvais chiffres du commerce extérieur, publiés en début de semaine, ont achevé de semer le doute.
Il est donc manifeste que l’hypercroissance du pays appartient au passé et l’on sent confusément que le pouvoir tente par tous les moyens d’enrayer la chute. Or le monde entier a intérêt à ce qu’il trouve une solution au plus vite. La locomotive chinoise est indispensable à la croissance mondiale, et pas seulement aux marques de luxe françaises et aux constructeurs automobiles allemands. La Chine achète, par exemple, à elle seule entre un tiers et la moitié de la plupart des matières premières produites dans le monde.

La dévaluation actuelle, la plus importante depuis 1993, semble taillée sur mesure pour soutenir ses millions d’entreprises exportatrices, notamment dans le sud du pays, et présente tous les attributs d’une déclaration de guerre monétaire. Mais elle doit aussi être considérée comme une évolution souhaitable vers une libéralisation du yuan, préalable à son entrée dans le concert des grandes devises mondiales, au côté du dollar, de l’euro ou de la livre sterling. Une stratégie entreprise de longue date par Pékin.
Dès son arrivée au pouvoir, le président chinois, Xi Jinping, s’est engagé à remédier à ces maux. Mais la croissance a faibli davantage que prévu et la méthode éculée des plans de relance par l’investissement dans les infrastructures, le train à grande vitesse par exemple, ne suffit plus à tirer le convoi et creuse l’endettement.

Dans les palais de Zhongnanhai, au cœur du pouvoir chinois, on semble hésiter. En partie par crainte de l’instabilité, mais surtout parce que, dans l’opacité du système qu’a créé le parti unique, se dissimulent des groupes d’intérêt qui ont longtemps profité du statu quo. Maintenant que la Chine s’est imposée parmi les toutes premières puissances, c’est la planète entière qui est suspendue à sa capacité à se réformer».

Oui mais à réformer quoi? La crise endémique d’un système à l’agonie? Qui ne peut que générer une nouvelle guerre mondiale...

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