"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 2 avril 2018

LES CROQUE-MORTS de la grève programmée larmoyante à la SNCF


Je bénis la grève perlée!
Après la phase d'héroïsation des victimes de « l'hydre terroriste » voici que les suivistes gauchistes relaient le gouvernement avec l'hydre de la grève générale qui n'a pourtant aucune chance d'exister à partir d'une grève ultra-corporative ni même de rivaliser avec la « surprise » du mouvement sans commandants syndicalistes ni trotskiens en mai 68. En effet, c'est un classique la lutte de classe ne peut procéder que par surprise, sans permission ni autorisation ministérielle et des obscurs bureaux syndicaux, c'est à dire hors des programmations des partis faux-culs et des syndicats gouvernementaux et de leurs groupies gauchistes. Les vieux machins comme Krivine auront beau écumer les villes de province pour enseigner un mai 68 complètement refabriqué à la manière des caporos trotskistes qui n'y jouèrent aucun rôle, c'est à dire en réinventant une union de la gauche picrocholine de vieux coucous qui ne sont plus pris au sérieux (voir plus bas) – la défaite programmée des cheminots maquillée en un scénario à dormir debout, concocté surtout pour emmerder des millions de prolétaires sans statuts ni garantie salariale, qu'elle soit brève ou étalée dans le temps, sera ensuite exhibée comme symbole de l'impuissance de toute la classe ouvrière voire une preuve de plus de sa « disparition ».
Voici une grève Hollywood, scénarisée et officialisée comme un feuilleton à épisodes variables avec l'aval de l'aumônerie de l'Elysée, sans compter les modifications de scénario ou nouvelles versions telles que le gouvernement veut bien mettre en veilleuse telle revendication, ou "reculer" selon les larbins syndicaux qui ont toujours une traîtrise prévue dans leurs cartables de généraux de la terrrible négociation; sans oublier comment les autres événements politiques ou mécontentements "populaires" (sondalogie organisée) vont peser, voire comment va procéder même la fermeté ou pas envers les marginaux zadistes.

On va dire que je harcèle ici le NPA mais cette secte donne les verges pour se faire fesser. Je le répète la nature du gauchisme moderne, néo-stalinisme recyclé moitié libertaire (version Bakounine, lire ci-dessous le texte de Rosa sur la fable de la grève générale), est d'être suiviste par rapport à l'élite bourgeoise, sur tous les plans de la MORALE voulue : féminisme bobo, antiracisme anti-ouvrier, antifascisme de pacotille, lâcheté face aux campagnes anti-terroristes, complicité avec les pires nationalistes et les pires religions, etc.

Seule la secte LO a refusé de s'associer à la confrérie de la gauche décatie communiant pour la circonstance cheminote, qui n'est pas une simple attaque contre les avantages (et inconvénients) d'une corporation qui n'est plus ce qu'elle était, mais une réorganisation technocratique aux ordres de Bruxelles dans une compétition mondiale exacerbée où il n'est plus question de « reconstruire le pays » mais de se débarrasser des dinosaures de la reconstruction pour générer un profit sans concession et sans entraves corporatives. Cet appel oecuménique il faut vous l'imaginer comme si, au début de 1968, Mitterrand, Marchais, Séguy et les divers bonzes syndicaux avaient été les initiateurs de la « grève généralisée » (c'est à dire une grève spontanée qui se généralisa et non pas mise en branle aux ordres des milliers de sous-offs syndicaux) « pour mettre en mouvement les classes populaires » (!?). Le scénario nomme « modalité » par les faux-culs du NPA n'est pas une seconde critiqué pour son aspect militaire et fallacieux, voire surtout démoralisant parce qu'il laisse toute initiative aux appareils ; on y ajoute simplement d'autres scénarios, grève reconductible dans un coin, ou « campagne unitaire d'opposition au gouvernement et de soutien à la grève », c'est à dire des coquins enturbannés bleu-blanc-rouge qu'on pourrait placer en tête des défilés syndicaux bien ordonnés comme naguère les austères promenades PS-PC-GT-PSU, + ploum-ploums en fin de cortège et drapeaux trotskistes. Tous ces commandants et sous-chefs nous proposent donc de les « suivre », afin de « modifier le rapport des forces en faveur du monde du travail » (sic) ; « monde du travail », « classes populaires », vocabulaire féministe débile et vocables sociologiques qui fleurent bon l'anarchisme bon teint, oecuménisme et nullissime du « tous ensemble » merdique et touché coulé depuis 95. Vous remarquerez et vous retiendrez un seul argument qui peut mettre en danger toutes ces constructions syndicalo-gauchistes bourgeoises: l'exigence de négociations filmées en direct et visibles par toute la population prolétaire; exigence qui avait été la mienne comme délégué de classe en 1969 (exigence oubliée de mai 68 par tous ces chenapans arrivistes) et surtout par les ouvriers polonais en 1980 (micros dans la salle des négociations et répercussion par hauts parleurs dans l'usine de Gdansk). Vous m'objecterez, mais faudrait être en période révolutionnaire pour imposer cela aux négociateurs professionnels de l'ombre! C'est ce que je voulais vous faire dire!
Après le scénario torché apprêté, voici le « plan de travail » et la feuille de route des sergents recruteurs syndicaux :

Communiqué du NPA :« La modalité d’organisation de la grève à la SNCF, de deux jours sur cinq, fait grincer des dents, car elle est en-deçà de la nécessité d’une grève reconductible. De même, la date du 19 avril est bien lointaine… d’autant que FO refuse d’y participer. Mais ces coups de frein ne sont pas réellement nouveaux, et pour les révolutionnaires, la question est de savoir ce qu’ils et elles peuvent faire pour modifier le rapport de forces en faveur du monde du travail.
C’est ce que nous avons fait en interpellant les autres courants de gauche pour une campagne unitaire d’opposition au gouvernement et de soutien à la grève. Il nous reste à décliner cette campagne sur le plan local, pour mettre en mouvement les classes populaires. C’est ce que nous faisons également en défendant bien sûr la grève reconductible et des manifestations de masse, unitaires et unifiant les différents secteurs, mais surtout en convaincant autour de nous de la nécessité d’un « touTEs ensemble ». Cette nécessité repose sur la similitude des attaques dans les différents secteurs, sur la possibilité de gagner davantage quand on se bat au même moment, et sur la nécessité de construire une opposition politique contre Macron, c’est-à-dire une intervention politique du prolétariat sur la scène nationale, sa constitution en classe active.
Un élément clé dans cette équation sera l’action du secteur privé. À partir des négociations annuelles obligatoires, à partir de la mobilisation contre les licenciements, des possibilités existent. C’est pourquoi la lutte à Ford (voir page 8), animée notamment par notre camarade Philippe Poutou, revêt une grande importance dans la situation : elle peut contribuer à poser la question de l’entrée dans la bataille de ­millions de travailleurEs ».


Contre les mensonges de la gauche (décatie) et de l'extrême gauche bourgeoise (figurante et suiviste) lisez et relisez jeunes gens notre bonne Rosa Luxemburg :
Dès 1902, Rosa Luxem­burg ana­lyse la grève géné­rale en Bel­gique pour la conquête du suf­frage uni­ver­sel égal, qui venait de s’achever sur un échec. Elle écrit à cette occa­sion que « la pre­mière condi­tion pour appré­cier sérieu­se­ment la grève géné­rale, c’est de dis­tin­guer entre grèves géné­rales natio­nales et grèves inter­na­tio­nales, grèves poli­tiques et grèves syn­di­cales, grèves indus­trielles en géné­ral et grèves pro­vo­quées par un événe­ment déter­miné, grèves décou­lant des efforts d’ensemble du pro­lé­ta­riat, etc. » Il faut donc éviter « toute ten­ta­tive de sché­ma­ti­ser, de reje­ter ou de glo­ri­fier som­mai­re­ment cette arme »1. En 1913, après un nou­vel échec en Bel­gique, elle rap­pelle que « la grève poli­tique de masse n’est pas, en elle-même, un moyen mira­cu­leux. Elle n’est effi­cace que dans une situa­tion révo­lu­tion­naire, comme expres­sion d’une éner­gie révo­lu­tion­naire for­te­ment concen­trée, et d’une haute ten­sion des anta­go­nismes. Déta­chée de cette éner­gie et de cette situa­tion, trans­for­mée en une manœuvre stra­té­gique déter­mi­née long­temps d’avance et exé­cu­tée de façon pédante, à la baguette, la grève de masse ne peut qu’échouer neuf fois sur dix. »
lire l'ensemble de cet excellent article ici : http://www.critique-sociale.info/928/rosa-luxemburg-et-la-greve-de-masse/


Grève de masse, parti et syndicat

Rosa Luxemburg



Presque tous les écrits et les déclarations du socialisme international traitant de la question de la grève générale datent de l'époque antérieure à la révolution russe, où fut expérimenté pour la première fois dans l'histoire, sur une large échelle, ce moyen de lutte. Cela explique pourquoi ces écrits ont pour la plupart vieilli. Ils s'inspirent d'une conception identique à celle d'Engels, qui, en 1873, critiquant Bakounine et sa manie de fabriquer artificiellement la révolution en Espagne, écrivait :
« La grève générale est, dans le programme de Bakounine, le levier qui sert à déclencher la révolution sociale. Un beau matin tous les ouvriers de toutes les entreprises d'un pays ou même du monde entier abandonnent le travail, obligeant ainsi, en quatre semaines tout au plus, les classes possédantes soit à capituler, soit à attaquer les ouvriers, si bien que ceux-ci auraient le droit de se défendre, et par la même occasion d'abattre la vieille société tout entière. Cette suggestion est bien loin d'être une nouveauté : des socialistes français et à leur suite des socialistes belges, ont, depuis 1848, souvent enfourché ce cheval de bataille qui, à l'origine, est de race anglaise. Au cours du développement rapide et vigoureux du chartisme parmi les ouvriers anglais, à la suite de la crise de 1837, on prêchait dès 1839, le « saint mois », la suspension du travail à l'échelle de la nation [1], et cette idée avait trouvé un tel écho que les ouvriers du nord de l'Angleterre tentèrent en juillet 1842 de la mettre en pratique. Le Congrès des Alliancistes à Genève, le 1° septembre 1873, mit également à l'ordre du jour la grève générale. Simplement tout le monde admettait qu'il fallait pour la faire que la classe ouvrière soit entièrement organisée et qu'elle ait des fonds de réserve. C'est là précisément que le bât blesse. D'une part les gouvernements, surtout si on les encourage par l'abstention politique, ne laisseront jamais arriver à ce stade ni l'organisation ni la trésorerie des ouvriers; et d'autre part les événements politiques et les interventions des classes dominantes amèneront l'affranchissement des travailleurs bien avant que le prolétariat ne parvienne à se donner cette organisation idéale et ce fonds de réserve gigantesque. Par ailleurs, s'il les possédait, il n'aurait pas besoin du détour de la grève générale pour parvenir à son but [2]”.
C'est sur une telle argumentation que se fonda dans les années suivantes l'attitude de la social-démocratie internationale à l'égard de la grève de masse. Elle est dirigée contre la théorie anarchiste de la grève générale qui oppose la grève générale, facteur de déclenchement de la révolution sociale, à la lutte politique quotidienne de la classe ouvrière. Elle tient tout entière dans ce dilemme simple : ou bien le prolétariat dans son ensemble ne possède pas encore d'organisation ni de fonds considérables - et alors il ne peut réaliser la grève générale - ou bien il est déjà assez puissamment organisé - et alors il n'a pas besoin de la grève générale. Cette argumentation est, à vrai dire, si simple et si inattaquable à première vue, que pendant un quart de siècle elle a rendu d'immenses services au mouvement ouvrier moderne, soit pour combattre au nom de la logique les chimères anarchistes, soit pour aider à porter l'idée de la lutte politique dans les couches les plus profondes de la classe ouvrière. Les progrès immenses du mouvement ouvrier dans tous les pays modernes au cours des vingt-cinq dernières années vérifient de la manière la plus éclatante la tactique de la lutte politique préconisée par Marx et Engels, par opposition au bakouninisme : la social-démocratie allemande dans sa puissance actuelle, sa situation à l'avant-garde de tout mouvement ouvrier international est, pour une très grosse part, le produit direct de l'application conséquente et rigoureuse de cette tactique.



On peut lire sur le site « Révolution ou guerre », « pour une riposte prolétaire efficace... », l'avis du dernier rejeton d'un CCI pur (pas encore devenu secte, sorte de CCI de jadis conservé dans le formol des mêmes radotages généralistes) mais complètement irréaliste. Il appelle à crier plus fort dans le mégaphone des sergents gauchistes. On n'appelle pas toujours ou à tout moment à la « lutte générale », et surtout pas quand les dés sont pipés à ce point. Cet appel concomitant à entrer en lutte avec les cheminots est du type de l'erreur économiste, pour ne pas dire syndicaliste mode CGT 1905, c'est à dire sans tenir compte de la
situation politique (favorable aux menées bourgeoises) ni de l'environnement politique (campagnes terroristes et anti-terroristes, jugement des zozos de Tarnac, crucifixion de Sarkozy, etc.) ni surtout de la longue programmation de ladite grève perlée avec une avalanche de commentaires qui ont déjà détruit toute possible solidarité généralisée et toute grève généralisable.
Maintenant, vous êtes libres d'exprimer votre avis, mais c'est à mon sens peine perdue de se mettre au service d'une lutte déjà criminalisée, déjà inintéressante pour ses principales revendications corporatives qui laissent croire à une sécurité... statutaire pour le prolétariat dans un régime capitaliste en pleine tourmente et sans rivages crédibles.


Il faudra savoir attendre.

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