"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

jeudi 23 février 2017

L'ETAT ET L'INDIVIDU SOUS LE NATIONAL SOCIALISME par Herbert Marcuse (1942) (suite)


traduction : JLR

Dans la mesure même, cependant, où les forces économiques sont devenues des forces politiques directes, elles ont perdu leur caractère indépendant. Elles ne pouvaient se débarrasser de leurs limitations inhérentes et perturbations qu'en outrepassant leur liberté. La restauration de leur pleine efficacité a été conditionnée par une forte régulation du marché, une coordination de la production, le contrôle de l'investissement et de la consommation et, par-dessus tout, un refrènement et une indemnisation de tous ces groupes qui ont dû être sacrifiés aux nécessités de la rationalisation. Le principe d'efficacité a favorisé les grands monopoles et combinats, les usines avec l'équipement technique le plus puissant  a exigé l'exclusion du processus productif de ceux qui ne pouvaient pas suivre le rythme des géants. L'augmentation de capacité industrielle à l'échelle impérialiste a signifié l'exclusion de toutes les entreprises inefficaces du processus productif, la transformation des classes moyennes indépendantes restantes en vassales des monopoles et un asservissement de la classe ouvrière atomisée. Jamais auparavant les intérêts des groupes sociaux prédominants n'avaient été de façon si saisissante en désaccord avec les intérêts de la majorité de la population qui venait d'éprouver quatorze ans de liberté démocratique. L'échec épouvantable de la République de Weimar a conduit les masses dans le camp des nouveaux dirigeants, mais leur conscience sociale et politique était assez aiguisée pour leur faire reconnaître leurs vieux maîtres même sous cette nouvelle forme rationalisée et un accommodement. La société allemande ne pouvait pas être réorganisée et coordonnée directement par les forces impérialistes.
Ces dernières ont été divisées contre les autres groupes sociaux et aussi entre eux. Elles ne pouvaient maintenir et étendre leur territoire qu'en acceptant une nouvelle division du pouvoir. Le parti national-socialiste et son leader ont offert l'appareil terroriste indispensable qui a soudé ensemble le tout antagonique. Il cornaque l'enseignement et la formation de la jeunesse, monopolise la puissance du secret et de la police, corrige la loi quand cela lui apparaît opportun et crée et perpétue l'idéologie officielle. La tâche du parti, cependant, n'est en aucun cas épuisée par ses fonctions terroristes et idéologiques. Son énorme bureaucratie offre de nombreuses possibilités d'emplois nouveaux et crée une nouvelle élite qui monte dans les rangs les plus hauts de la classe dirigeante et se confond avec les vieux capitaines de l'industrie et de la finance.

À côté du domaine du parti et qui lui marche dessus, fréquemment, réside le domaine puissant de l'armée. Elle a réussi à conserver un degré considérable d'indépendance et le parti a consenti à ses pratiques, ne favorisant pas ainsi un conflit social ou politique réel, mais une division du travail qui a servi à renforcer l'efficacité de l'armée et sa liberté d'action. En sanctionnant l'indépendance de l'armée, le national-socialisme n'aurait pas contrecarré un adversaire également puissant, mais le protagoniste le plus essentiel et formidable de ses propres intérêts impérialistes. L'état national-socialiste apparaît ainsi comme la souveraineté triple de l'industrie, du parti et de l'armée qui se sont partagés entre eux l'ancien monopole de pouvoir coercitif. Tout le système n'est en aucun cas homogène. Les trois hiérarchies dominantes s'affrontent fréquemment l'une l'autre et sont divisées. La terreur peut expliquer suffisamment le silence des masses. Mais il n'existe pas de plan rationnel pour unifier et organiser en faveur d'un but commun les diverses ressources, instruments et intérêts. Malgré les intérêts et tendances divergentes, cependant, les conflits ne se manifestent pas grâce à l'harmonie pré-existante entre les intérêts de l'industrie, du parti et de l'armée.
L'harmonie est symbolisée par le leader. Idéologiquement il est l'incarnation de la race allemande, son savoir et sa volonté infaillible, et le siège de la suprême souveraineté. En réalité, cependant, il est l'agence par laquelle les intérêts divergeant des trois hiérarchies dirigeantes sont coordonnés et affirmés comme des intérêts nationaux. Il sert d'intermédiaire entre les forces en concurrence; il est le lieu du compromis final plutôt que de la souveraineté. Sa décision peut être autonome, particulièrement dans des matières mineures, mais elle n'est toujours pas libre, ni la sienne propre, mais celle des autres. Elle ne provient et doit nécessairement venir que de la philosophie et la politique des groupes impérialistes gouvernants au service desquels il s'est mis dès le début. S'ils l'acceptent comme leur maître commun et supportent toutes les restrictions que le régime met sur leur liberté, ils le font parce qu'ils savent qu'à son tour, il maîtrisera les gens et les restrictions seront en fin de compte à leur propre avantage. Cette harmonie prévaudra tant que le système continuera à s'accroître ; ils restent soudés ensemble seulement par le succès. En cas de l'échec, seule la peur pourra lier les unes aux autres les forces centrifuges. La crainte des masses et la crainte entre eux sont les éléments décisifs de cette harmonie. De plus, les groupes dirigeants se rendent compte clairement qu'ils ne peuvent survivre qu'en se montrant efficaces à l'extrême. Ils savent qu'ils ne peuvent garder leur efficacité que  par l'expansion agressive et qu'ils doivent continuer la guerre et gagner la guerre, indépendamment des coûts. Ils feront tout à cette fin et ils n'ont pas besoin d'un plan pour unir leurs efforts. L'investissement est risqué, mais c'est le seul investissement possible et le bénéfice final vaut le risque. Hitler leur a promis des continents comme marchés exclusifs et les populations entières de territoires conquis comme clients obligatoires et fournisseurs. L'armée de l'Allemagne est en marche pour tenir ces promesses. Les dirigeants actuels de l'Allemagne ne croient pas en une idéologie et en un pouvoir mystérieux de la race, mais ils suivront leur leader tant qu'il reste ce qu'il a été jusqu'ici, le symbole vivant de l'efficacité. Une efficacité affreuse, sans aucun doute, qui n'a plus rien du caractère progressif d'efficacité d'une avancée de la société libérale. Avec une telle efficacité, les forces productives peuvent se conformer au développement de la société, l'intellectuel aussi bien que le manuel peuvent être un levier pour étendre et enrichir la gamme de satisfaction humaine. L'efficacité nationale-socialiste est d'une marque différente. Elle est au service de l'expansion impérialiste. Et elle implique le contraire de ce que signifie l'efficacité, car elle ne peut opérer que par un appauvrissement et l'oppression à l'échelle internationale. Le Nouvel Ordre a tendance à transférer les antagonismes sociaux internes à un avion international. Le Reich allemand proprement dit, en tant que coeur de cet ordre, doit être entouré par les cercles concentriques d'Etats satellites, nourrissant et travaillant pour "la race supérieure". La structure de l'Etat national-socialiste n'est pas vraiment décrite, cependant, par la souveraineté triple de l'industrie, du parti et de l'armée, avec le Leader comme siège du compromis suprême. Les forces de concurrence exécutent leurs décisions par une bureaucratie qui est une des administrations les plus hautement rationalisées et efficaces de l'ère moderne. Il est, en même temps, le dernier nouvel élément du Troisième Reich, dans une large mesure identique à la bureaucratie investie de la République de Weimar, purgée de ses membres "incertains". La terreur qui maintient la société nationale-socialiste n'est pas que celle des camps de concentration, des prisons et des pogroms; elle est aussi la terreur face à l'absence de loi, mais aussi, ce qui n'est pas moins remarquable, la terreur légale de la bureaucratisation. Dans l'administration de l'Etat, le national-socialisme a développé et a employé un type particulier de rationalité comme un instrument de domination massive. Nous pouvons l'appeler rationalité technique parce qu'elle dérive du processus technologique et par conséquent est appliquée pour commander tous les rapports humains. Cette rationalité fonctionne selon les règles de l'efficacité et de la précision.
En même temps, cependant, il est coupé de tout ce qui relie aux besoins humains et aux volontés individuelles; il est entièrement adapté aux exigences d'un appareil universel de domination. Les sujets humains et leur travail bureaucratiquement organisé ne sont rien moins que les moyens d'une fin objective, qui n'est autre que le maintien de l'appareil à une échelle de plus en plus efficace. Le national-socialisme a transformé toutes les relations personnelles et sociales en des fonctions surveillées et contrôlées chaque minute par un tel appareil. Sous l'appareil du national-socialisme, les slogans irrationnels de la philosophie nationale-socialiste dissimulent une rationalité plus brutale où tout est subordonné aux valeurs de vitesse, de précision et d'efficacité. Hans Frank, Gouverneur général de Pologne et président de l'Académie juridique d'Allemagne, a révélé que la force du Troisième Reich dépend, en grande partie, d'une administration bureaucratique qui fonctionne avec la précision et la cohérence d'une machine. "La machine d'état, consistant en roues d'activités administratives qui sont connectées et prévues par la commande et l'obéissance" fournit les fondations au "fonctionnement précis, organisé simplement et sécurisé » pour la « volonté d'Etat » du national-socialisme1.

L'Etat – une machine : cette conception matérialiste reflète la réalité nationale-socialiste beaucoup mieux que ne le font les théories de la communauté raciale et du leader. Cette machine, qui embrasse la vie des hommes partout, est le plus terrifiante depuis qu'elle est, avec toute son efficacité et précision, totalement incalculable et imprévisible.
Personne, sauf peut-être quelques « initiés", ne sait quand et où il frappera. Il semble se déplacer par la vertu de sa propre nécessité et est toujours flexible et obéissant au changement le plus léger de la configuration des groupes dirigeants. Toutes les relations humaines sont absorbées par le rouage objectif de contrôle et son expansion. Le national-socialisme présente son Etat comme l'autorité personnelle de certaines figures puissantes; en réalité, cependant, les personnes succombent aux mécanismes de l'appareil. Ce qui frappe en réalité et les commandes ne sont pas Himmler, Göring, Ley mais la Gestapo, "le bras aérien," le front de travail. Les machines administratives diverses sont coordonnées dans un appareil bureaucratique qui intègre les intérêts d'industrie, de l'armée et du parti. Ici, encore une fois, le pouvoir suprême n'a pas été investi par les capitaines individuels de l'industrie, les généraux et les patrons, mais dans le grand combinat industriel, dans la machinerie militaire, dans la position politique.
L'Etat National-socialiste est le gouvernement de forces hypostasiées économiques, sociales et politiques. Ces éléments rivalisant convergent vers un but défini : l'expansion impérialiste à une échelle intercontinentale. Pour réaliser cela, le régime fait appel à un effort extrême de puissance de travail, à un réservoir énorme de puissance d'hommes et à une formation physique et intellectuelle pour l'exploitation de toutes les ressources naturelles et humaines conquises. Ici, là où le fonctionnement de l'appareil dépend essentiellement de facteurs subjectifs se trouvent aussi les limites de l'oppression terroriste. Un système social en expansion, basé sur une pleine efficacité technologique et industrielle, ne peut pas produire ces facultés humaines et impulsions qui rendent une telle efficacité possible. La source la plus valable d'énergie et de pouvoir est l'individu humain et, dans cette fonction, il devient l'enfant chéri du régime national-socialiste. Sa politique d'encouragement social vise à « développer toutes les facultés sommeillant dans l'homme, pour augmenter sa capacité, pour enrichir l'essence de sa personnalité"2. Les Nationaux-socialistes blâment l'économie capitaliste pour sa "dépersonnalisation" de l'homme.

"Là où tout le monde pense en termes de capital, de facteurs de production, d'intérêt et de rentabilité, l'être humain vivant est facilement dégradé comme facteur sans vie"3. Pas étonnant que les travailleurs se soient levés contre une telle économie. Au contraire, l'économie Nationale-socialiste veut rétablir l'homme et émanciper toute ses capacités individuelles. L'entreprise aussi bien que la nation doit dans l'ensemble être "une communauté dans laquelle son accomplissement seul donne à chaque individualité sa place, et une communauté, cependant, dans laquelle chaque contribution est assurée de sa pleine équivalence. Dans cette communauté, chaque individu doit avoir l'occasion de monter par ses propres capacités - indépendamment du statut ou la naissance"4 . Tout ceci ressemble à la philosophie individualiste de l'âge d'or de libéralisme. Et en effet, avec la focalisation de l'attention sur l'individu humain comme source primaire de travail, le national-socialisme utilise des tendances fondamentales de la société individualiste.

Le principe de cette société est qu'il est donné à tout le monde de réaliser sa performance dans la division sociale du travail et que la poursuite d'un intérêt personnel devrait être le motif d'orientation dans toutes les performances, mais tout le poids croissant résultant de ce processus a abouti à ce que le gouvernement systématise la libre compétition des forces économiques. Il doit être noté, cependant, que la répartition par groupes nationaux-socialistes de la vie sociale et économique diffère essentiellement de ce qui prévaut et est pratiqué dans des pays démocratiques. Tandis que la répartition par groupes gouvernementaux dans ces pays est censée atténuer les effets nuisibles de concentration de pouvoir économique, le contrôle national-socialiste a tendance à supprimer ou corriger les mécanismes qui pourraient gêner une telle concentration5 .

La répartition en groupes nationaux-socialistes est, en grande partie, une restriction de ces vestiges du libéralisme devant qui eux-mêmes avaient limité la force impitoyable de la puissance économique. Ils tournent autour de l'institution par laquelle, aveuglément et anarchiquement, toute la société s'était faite valoir contre des intérêts particuliers; ils tournent autour de l'institution du marché. Ils suppriment les aléas causés par la compétition non contrôlée et les usines peu performantes et des magasins non adaptés aux normes les plus strictes de la technologie. Ils subordonnent la rentabilité de l'entreprise individuelle complètement à l'utilisation de tout l'appareil industriel qui doit nécessairement rapporter des profits encore plus grands à ceux qui le contrôlent. Par suite de l'harmonie des intérêts qui convergent à travers l'expansion d'impérialiste, une telle subordination pourrait apparaître comme le triomphe du bien-être commun sur l'avantage privé, mais la communauté dont le bien-être est ainsi en jeu est celle qui est basée sur la pénurie perpétuelle et l'oppression.Elle peut être comparée à une association monopolistique gigantesque qui a réussi dans le sens de la compétition et dans la soumission des masses de travailleurs et qui a eu l'intention de conquérir le marché mondial. L'apparition du Troisième Reich est l'apparition du concurrent le plus efficace et impitoyable.
L'état national-socialiste n'est pas le renversement, mais la réalisation de la compétition individuelle. Le régime libère toutes ces forces d'intérêt personnel brutal que les pays démocratiques avaient essayé de restreindre et de combiner avec l'intérêt de la liberté. Comme une autre forme de la société individualiste, le national-socialisme opère sur la base de la propriété privée des moyens de production. En conséquence, il est composé par deux strates polaires, le petit nombre d'entre ceux qui contrôlent le processus productif et la plus grande partie de la population qui, directement ou indirectement, est dépendante de l'ancien. Sous le national-socialisme c'est le statut de l'individu dans cette dernière strate qui a le plus considérablement changé.
Ici, aussi, cependant, les changements restent dans la conservation plutôt qu'ils ne contredisent les tendances de la société individualiste. À la base de la pyramide sociale, le changement le plus remarquable est que l'individu a chuté au rang de numéro "de la foule". Le Troisième Reich est, en effet, "un Etat des masses" dans lequel toutes les forces et les intérêts individuels sont submergés dans une masse humaine émotionnelle, habilement manipulée par le régime6. Ces masses, cependant, ne sont pas unies par un intérêt commun ni "une conscience" commune. Elles sont plutôt composées d'individus chacun ne suivant que son intérêt personnel le plus primitif et leur unification est provoquée par le fait que cet intérêt personnel est réduit à l'instinct nu d'auto-préservation qui est identique chez tous. La coordination des individus en une foule a intensifié plutôt qu'aboli leur atomisation et isolement les uns des autres, et leur égalisation n'est que la continuation du modèle sur lequel leur individualité avait été précédemment modelée. Sous le capitalisme, la performance individuelle libre de la majorité de la population était devenue la dépense du pouvoir de travail. Le processus industriel avait produit tous les modes divers de travail qualitatif individuel commensurable; le travail était devenu une unité quantitative. La division du travail social et le processus technologique avaient égalisé des individus et leur libération avait semblé appeler à une union d'hommes agissant dans la solidarité d'un intérêt commun qui avait remplacé l'intérêt de conservation de soi individuel. Une telle union est contre-indiquée dans la masse national-socialiste. Depuis le début, la politique sociale du Troisième Reich a été dirigée de façon à empêcher toute cristallisation et expression d'un intérêt commun.
L'accent sur l'individu qui pénètre ses proclamations idéologiques trouve sa contrepartie dans l'organisation nationale-socialiste des masses, guidées par le principe d'atomisation et d'isolement. Dans l'organisation du travail, l'usine individuelle est isolée de toutes les autres usines et les séparations diverses dans l'usine sont isolées l'un de l'autre. Les salaires et les conditions de travail sont des secrets militaires; leur divulgation même à un collègue d'une autre usine est considéré comme une trahison. Les individus savent peu les uns des autres; ils sont soupçonneux et ont appris à être silencieux. Ils sont susceptibles d'être manipulés et unifiés par le haut parce qu'ils sont privés de tout qui pourrait dépasser leur intérêt personnel et établir une vraie communauté. Ils sont menés au divertissement, ils se reposent au jour férié et prennent des vacances en masses. La grande masse des participants à la Force Par la Joie intensifie leur isolement: le voisin inconnu pourrait être "incertain" ou un acolyte de la Gestapo. Réduit à cet instinct brutal et abstrait de conservation de soi qui est égal chez tous, ils sont facilement inclus en tant que masses qui, par leur simple poids, empêchent toute articulation d'un intérêt commun. Cette atomisation et cet isolement fournissent le coffre-fort verrouillé dans lequel les forces et les facultés de l'individu ne peuvent s'opposer au régime. Le Front du Travail "doit voir que dans la vie économique de la nation chaque individu tient sa position dans une condition mentale et physique qui lui permet l'efficacité la plus haute et garantit ainsi le plus grand avantage pour la communauté raciale »7.
Le même principe d'efficacité qui, dans l'organisation commerciale, a mené à la répartition par groupes d'industrie, profitant aux associations les plus puissantes, mène, dans l'organisation du travail, à la mobilisation totale de pouvoir du travail. Concernant le pouvoir du travail il est la seule performance libre laissée à l'homme à la base de la pyramide sociale. La possession des gens qui a le plus de valeur est leur « pouvoir de travail" et la grandeur et le pouvoir de la nation sont fondés dessus. Pour le maintenir et l'augmenter, c'est le devoir principal du mouvement national-socialiste et la tâche la plus urgente des entreprises allemandes, l'existence, et dont l'efficacité est déterminée par le quantum de pouvoir de travail et le degré de capacité de travail »8.

Le national-socialisme a élaboré et introduit un système d'éducation physique, moral et intellectuel qui a pour but d'augmenter l'efficacité du travail au moyen des méthodes scientifiques fortement raffinées et des techniques. Les salaires sont différenciés selon l'efficacité du travail de l'ouvrier individuel9. Des institutions psychologiques et technologiques sont installées pour étudier les méthodes appropriées pour l'individualisation de travail et neutraliser les effets nuisibles de la mécanisation. Les usines, les écoles, les camps d'entraînement, les arènes sportives, les institutions culturelles et l'organisation des loisirs sont les vrais laboratoires "de la gestion scientifique" de travail. La mobilisation intégrale du pouvoir de travail de l'individu démolit le dernier mur protecteur qui l'a protégé de la société et l'état : il supprime la vie privée dans son temps de loisir. Pendant l'ère libérale l'individu se distinguait de la société en vertu d'une distinction reconnue entre son travail et son loisir. Sous le national-socialisme cette distinction, comme celle entre société et Etat, est tout à la fois abolie.

Le Front du Travail Allemand, qui dirige ce processus, mène une guerre violente contre le dualisme du travail et du loisir, qu'il considère comme une marque du vieil ordre capitaliste libéral. Au contraire, il se base sur le principe que la séparation entre le travail et le loisir doit être abolie et l'organisation du loisir être assimilée à l'organisation de travail10. Le régime national-socialiste s'est rendu compte que bien que le loisir sous le vieux système signifia principalement une reconstitution d'énergie dépensée dans le travail, cette manière traditionnelle de récréation menaçait d'épuiser la source de toute l'énergie rentable, à savoir, l'homme comme porteur de puissance de travail. Des tests physiologiques et psychologiques ont montré que la performance de l'individu pourrait être rendue plus efficace si son temps de loisir était prolongé et rendu attractif11. Et puisque le national-socialisme subordonne toute la rentabilité purement économique à l'expansion politique, il n'a épargné aucune dépense pour accomplir ce but. L'extension du loisir (qui a, bien sûr, été supprimé par la guerre) est une exigence de santé, servant à compléter le national-socialiste, élevant la politique et aidant à créer un réservoir énorme en faveur de la puissance d'homme sur le territoire de la race supérieure allemande. En conséquence, une des caractéristique de la Force par la Joie est le plaisir obligatoire en plein air. Nous n'avons pas besoin d'en référer aux nombreuses activités de la Force par les organisations de Joie (au travail, ndlr) ils étaient fréquemment décrits. Nous devons discuter, cependant, un aspect de l'organisation du loisir qui élucide les antagonismes fondamentaux du national-socialisme, à savoir, son traitement des tabous traditionnels de la vie privée. En mobilisant le loisir, le national-socialisme a rencontré un des derniers remparts derrière lesquels les éléments progressifs d'individualisme étaient toujours vivants. Le simple fait que pendant l'ère pré fasciste l'individu
pouvait être "avec lui" (dans son temps de loisir) et s'abstenir ainsi de toutes les performances compétitives, lui avait laissé au moins la possibilité d'échapper au cadre répressif de sa vie professionnelle. C'était bon, ici et là, pour se "séparer" de la société en général, particulièrement quand la société ne s'est pas souciée beaucoup de ces désirs et capacités qui ne sont pas incorporables dans le plan d'efficacité. Pour la même raison que la vie privée de l'homme pourrait être une chose en dehors de sa vie sociale, il pourrait toujours en retirer une vraie satisfaction. Cette vie privée et les tabous imposés à celle-ci ont eu tendance, cependant, à aggraver l'antagonisme entre la satisfaction individuelle et la frustration sociale; l'ancienne satisfaction a été gardée en dehors de la société et, de fait, ces éléments conservés d'une liberté et d'un bonheur qui était aliéné à la réalité sociale. Une des entreprises les plus audacieuses du national-socialisme a été la lutte contre ces tabous sur la vie privée. La mobilisation intégrale du pouvoir du travail ne pouvait pas être exécutée sans indemniser l'individu pour la perte de son indépendance. Le national-socialisme a offert deux compensations : une nouvelle sécurité économique et une nouvelle licence. Le fait que l'économie impérialiste du Troisième Reich ait créé le plein emploi et ainsi assuré qu'une sécurité économique de base pour ses citoyens est de la plus haute importance.

La liberté dont jouissait l'individu dans l'ère pré fasciste était, pour la majorité de la population allemande, l'équivalent d'une insécurité perpétuelle. Les efforts militants de 1923 pour établir une société vraiment démocratique avaient cessé et étaient remplacés par l'alcool, la résignation et le désespoir. Pas étonnant, alors, que la liberté ne fût pas alors un prix élevé en échange d'un système offrant la pleine sécurité à chaque membre de chaque famille allemande. Le national-socialisme a transformé la liberté en sujet économique sûr; il a obscurci l'idéal dangereux de liberté avec la réalité protectrice de sécurité. Cette sécurité, cependant, lie l'individu au plus oppressant appareil jamais vu dans la société moderne. La terreur ouverte, sans aucun doute, frappe seulement contre "les ennemis", les aliénés et tous ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas coopérer.

Mais la terreur cachée, la terreur derrière la surveillance totale et la répartition par groupes, la guerre et la pénurie, atteint tout le monde. Le régime ne peut pas améliorer la sécurité économique au point qu'elle devienne base de la liberté; c'est-à-dire il ne peut pas augmenter le niveau de vie pour que l'individu ait la possibilité de trouver des utilisations appropriées pour ses capacités et satisfaction pour ses désirs. Une telle libération serait incompatible avec la domination sociale basée sur l'économie impérialiste. L'accent national-socialiste sur le devoir de sacrifice a plus qu'une signification idéologique; c'est non seulement une propagande, mais aussi un principe économique. La sécurité nationale-socialiste est essentiellement basée sur la pénurie et l'oppression. La sécurité économique, si elle doit être une compensation du tout, devrait être complétée par une certaine forme de liberté mais le national-socialisme a accordé cette liberté en supprimant certains tabous sociaux fondamentaux. L'abolition de tabous fortement sanctionnés est une des entreprises les plus audacieuses du national-socialisme dans le domaine de la domination massive. Pour aussi paradoxal que cela soit, la liberté ou la licence impliquée dans cette abolition servent pour intensifier le "Gleichschaltung" d'individus dans le système national-socialiste. Les faits sont bien connus12 et doivent être seulement mentionnés. Le Troisième Reich a supprimé la discrimination contre des mères illégitimes et des enfants, il a encouragé des relations en dehors du mariage entre les sexes, il a présenté un nouveau culte de nudité dans l'art et le divertissement et a dissous les fonctions protectrices et éducatives.

Ces changements ont été fréquemment interprétés comme tendance à la destruction des bases socio-psychologiques de la civilisation Occidentale. Il est vrai que cette civilisation a été basée, dans une large mesure, sur les tabous de chasteté chrétienne, la monogamie et la sainteté de la famille. L'abolition de ces tabous désigne un tournant dans l'histoire de civilisation, mais la question est de savoir si c'est un tournant vers une liberté individuelle plus grande ou vers une répression plus grande de la liberté. Autrement dit, la question est de savoir si la façon avec laquelle les énergies et les désirs de l'individu sont maintenant exprimés et s'approfondissent ou pas, plutôt que ne diminue l'allégeance à un système basé sur une restriction de ses potentialités réelles.

Trois facteurs neutralisent efficacement la liberté accordée par l'abolition nationale-socialiste de tabous :

1 L'émancipation de la vie sexuelle est certainement connectée avec la politique de la population du Troisième Reich13. Les rapports sexuels sont pervertis dans des performances récompensées : accouplement contrôlé et reproduction. Ils sont des moyens pour réaliser une fin politique, posée en principe et propagée par le gouvernement. Les énergies et l'impulsion ainsi extraites sont attachées à une fin externe et muselée, ainsi privées de leur force dangereuse. Leur menace sur la société provient du fait qu'ils ont offert une satisfaction et un bonheur dans lequel les agences sociales et les normes pouvaient le moins s'immiscer et qu'ils ont ainsi constitué un royaume de liberté individuelle isolée étrangère au royaume de conformité sociale. Et cette satisfaction et liberté ont été conditionnées par le fait que ces relations essentiellement « privées » n'avaient pas pour but un « besoin social », mais étaient une fin en elles-mêmes.
Les tabous traditionnels ont servi pour leur substituer une autre fin en connectant la satisfaction sexuelle à l'amour (matrimonial). Le régime national-socialiste, dans la dissolution de cette connexion, le remplace d'un lien peut-être plus fort à une fin politique14.

2 Les relations entre les sexes ont appartenu à ce royaume de vie privée protégée qui a accordé un degré de liberté considérable à l'individu d'une société et d'un Etat incapable d'accomplir ses potentialités les plus secrètes et ses désirs. Cette vie privée est naturellement devenue un refuge pour la protestation, l'opposition et l'image du bonheur possible. Le régime national-socialiste a eu l'intention de conquérir ce refuge pour l'Etat. En investissant à la fois toute la sphère d'éducation physique et intellectuelle, en commençant non seulement par le nouveau-né mais aussi par "la jeune mère", la vie sexuelle est devenue matière à intérêt politique et à manipulation. Par conséquent, même les relations pré-sociales les plus indépendantes parmi les hommes ont été transformées en services publics compétitifs.
La récompense est spirituelle aussi bien que matérielle, variant de l'honneur au prestige accordé aux mères illégitimes par des avantages financiers comme des prêts de mariage et des primes pour le comportement de l'enfant. L'encouragement officiel est exprimé dans l'élevage délibéré de garçons et de filles dans et près des camps de travaux forcés et dans la netteté stimulante avec laquelle les artistes Nationaux-socialistes exposent les zones érogènes du corps humain. Hitler a établi la combinaison "de l'opportunité et la beauté" comme le principe le plus haut d'art et l'a complété avec la demande "de la justesse absolue dans la présentation du corps féminin et masculin."15. Ce nouveau réalisme National-socialiste accomplit sa fonction politique comme un instrument pour l'éducation sexuelle et l'incitation. L'utilisation politique du sexe l'a transformé d'une sphère de vie privée protectrice dans laquelle une liberté récalcitrante pouvait durer en une sphère de licence prête à céder. Les individus dont la plupart du plaisir intime est urgent et sanctionnés par l'Etat sont aptes à en devenir ses adeptes obéissants.

3 Le facteur qui a le plus contribué au détournement de la nouvelle licence dans des canaux désirés par le régime est le rapport avec des énergies et des impulsions dirigées contre les ennemis choisis du Troisième Reich. Les nouvelles libertés individuelles sont par leur nature même des libertés exclusives, le privilège de membres sains et approuvés de la race allemande. On accorde la satisfaction aux masses manipulées qui sont distinguées de certains groupes remarquables d'étrangers et des étrangers : Juifs, étrangers, au corps faible et imbéciles, "traîtres" ou fou. Le membre "de la race supérieure" est imprégné d'un sentiment de supériorité qui fait de l'étranger l'objet naturel de mépris et d'oppression - conformément à la commande d'Hitler selon qui "toute son éducation et son développement doivent être consacrés à lui donner la conviction qu'il est absolument supérieur aux autres"16. C'est plus que de la mégalomanie; ce sont des moyens astucieusement manipulés pour la domination massive. En fait, l'abolition nationale-socialiste de tabous est conditionnée par la création simultanée de nouveaux objets d'humiliation et d'asservissement. Les individus ne peuvent être libérés que dans la mesure où ils sont en même temps élevés au-dessus des groupes sociaux qui sont infiniment plus enchaînés, impuissants et malheureux qu'eux. Leurs libérateurs font appel à des impulsions qui ont lié les individus libérés à la frustration sociale et au fait d'être docile: ils font appel au ressentiment, à l'envie, à la cruauté, à la haine pour le semblable plus faible. Ces impulsions prospèrent seulement dans un système social antagonique et en les favorisant le régime perpétue le système dominant dans la structure de caractère des individus et tourne leurs réclamations et protestations de bourreaux vers des victimes.

Le travail de ces mécanismes socio-psychologiques ne peut pas être vérifié par des documents officiels ou semi-officiels; il doit être élucidé par une interprétation prudente du comportement et des énonciations des groupes nationaux-socialistes dans certaines situations caractéristiques. Nous pouvons ici seulement nous aventurer dans deux contributions mineures pour une telle interprétation.

Des témoins oculaires neutres fiables ont été abasourdis par le plaisir évident devant la souffrance et le sacrifice parmi la jeunesse nationale-socialiste. Il y a une vérité cachée dans les déclarations fières de ces filles qui aiment porter des enfants parce qu'ils peuvent souffrir de cette manière, ou de ces garçons qui aimaient être battus et tués pour le Leader17. C'est comme si cette jeunesse avait aisément répondu au dicton d'Hitler que "souffrances et adversités on doit les porter en silence"18 . Le fait est que les souffrances exigées et les sacrifices sont sensiblement irrationnels et inutiles; ils ont un caractère provocateur. L'attitude naturelle de la jeunesse face à une telle souffrance et au sacrifice serait la protestation et la rébellion. L'enseignement national-socialiste a cassé cette protestation et rébellion en jouant sur les mécanismes d'identification. Par l'élévation de la "race supérieure allemande" au-dessus des étrangers persécutés et de tous les étrangers, la jeunesse nationale-socialiste a été identifiée avec ceux qui infligent la souffrance et des sacrifices. Les camps de concentration expliquent la joie de la souffrance qui anime la jeunesse forte et saine du Troisième Reich. Le régime national-socialiste a donné à ses adeptes la bonne conscience de leur frustration. Ils ont été maltraités, restreints et déformés dans leurs désirs et facultés, mais maintenant ils sont les maîtres et peuvent faire ce que leurs vieux maîtres osaient rarement faire .


E.R.Pope cite un passage éclairant du programme officiel de la célèbre « Nuit orgiaque des Amazones »: "on a offert ce qui a été autrefois gardé soigneusement et une sélection derrière de hauts murs, se remet aujourd'hui pour nous tous - dans la magie nocturne de Nymphenburg Park…dans les vêtements maigres des Muses, dans la liberté déshabillée de belles figures … Ceux qui crient
triomphalement, remplis de l'enthousiasme joyeux d'action et voyant, sont la jeunesse allemande de 1939 …"19.  Ceci est le divertissement des hommes à qui l'on permet de se délecter de leur prison, de sortir dans le parc de leurs anciens rois, agir et "regarder" des désirs antérieurs interdits. La fascination, la beauté et la licence des reconstitutions historiques nationales-socialistes conservent les caractéristiques du fait d'être dociles à la domination. Les belles filles nues et les paysages colorés dans les peintures d'artistes nationaux-socialistes vont parfaitement avec les halls d'assemblées classiques et les usines ornées de machines et d'uniformes. Ils transforment des stimulus pour la protestation et la rébellion en des stimulus pour la coordination. Ils mêlent dans l'image d'un ordre qui a succédé dans la coordination, même les zones dangereuses les plus cachées de la société individualiste et ils incitent l'individu à faire pareil et perpétuent un monde qui l'utilise seulement comme un moyen pour l'oppression.

NOTES:


1« Technik des Stattes », in Zeitschrift der Akademie für Deutsches Recht, 1941.
2Neue Internationale, Rundschau der Arbeit.
3Soziale Praxis, 1939, n°10.
4Deutsche Sozialpolitik. Bericht der Deutschen Arbeitfront, Zentrabureau, Sozialamt, Berlin 1937.
5Voir Gurland : « Technological Trends under National Socialism, p.247. New York, 1940.
6E.Lederer, State of Masses, New York, 1940.
7Edict of October 24, 1934, in Deutsche Soszialpolitik, p.4.
8R.Ley, « Anorrdnung über den Leistungskampf der deutschen Betriebe », Deutsche Sozialpolitik, p.14.
9Ibid, p.21.
10H.Dressler-Andress, « Die Kulturelle Mission der Freizetgestaltung », in Weltcongress für Freizeit und Erholung, 1937, p.69.
11Deutsche Sozialpolitik, p. 208.
12 Cf. C.Kirkpatrick, Nazi Germany: Its Women and Family Life. New York 1938, and G.Ziemer, Education for Death, New York 1941
13 D.V.Glass, Population. Oxford 1940, p. 282, where most of the material has been collected and discussed
14Hitler, Mein Kampf, p.615.
15 Speech of September 5, 1934, in Der Kongress zu Nürnberg vom 5. bis 10. September 1934, München 1934, p. 99. 24 Hitler, Mein Kampf, p. 618.
16Hitler, Mein Kampf, p.618.
17Georg Ziemer’s book, quoted above, is full of such reports. 26 Hitler, Mein Kampf, p. 623. 27 Munich Playground, New York 1941, p. 40
18Hitler, Mein Kampf, p.623.
19Munich Playground, New York, 1941

LIRE AUSSI: https://philitt.fr/2016/06/27/le-sexe-sous-le-nazisme-une-liberation-avant-lheure/
La "libération sexuelle" nazie est très sélective car les bordels existent pour la soldatesque et les prisonniers: http://www.racontemoilhistoire.com/2016/02/04/bordels-nazis/


SUPPLEMENT†


The extension of leisure (which has, of course, been abolished by the war) is a health-requirement, serving to supplement the National Socialist breedingpolicy and helping to create a vast and fitting reservoir of man power for the dominion of the German master race. Accordingly, one of the features of Strength through Joy is compulsory enjoyment of open-air. We need not dwell upon the numerous activities of the Strength through Joy Organizations: they have frequently been described. We must discuss, however, one aspect of the organization of leisure which elucidates the fundamental antagonisms of National Socialism, namely, its treatment of intellectual culture. In mobilizing leisure, National Socialism encountered one of the last bulwarks behind which the progressive elements of individualism were still alive. We have sketched the development which adapted the free time to the working time and standardized the individuals at leisure. Nevertheless, the mere fact that, in the pre-fascist era, the individual could, in his leisure time, stay “with himself” and refrain from all competitive performances left him at least the possibility to go beyond the repressive framework of his professional life. It might be good, here and then, to “draw apart” from society at large, when this society did not care very much about those desires and capacities of man which did not fit into the scheme of efficiency. In the solitude of peaceful enjoyment, the individual may come to think, his impulses, feelings and thoughts may be driven into regions which are foreign and inimical to the prevailing order. We mention here only two stimuli of this tendency: sex and art.
† The concluding pages of Marcuse’s lecture “State and Individual Under National Socialism” (#118.01) contain some comments on sex and art under National Socialism left out of the article prepared for publication which we include above.
90 State and Individual Under National Socialism
Individualist society, while guarding and restricting these spheres by strong taboos, had made them a domain of private satisfaction and realization. This very privacy and the taboos imposed on it rather aggravated the antagonism between individual satisfaction and social frustration; the former was kept apart from society and, by this very fact, retained elements of a freedom and happiness which was alien to the social reality. One of the most daring enterprises of National Socialism is the struggle against these taboos on privacy. With regard to sexual taboos, we need only point to the deliberate herding of boys and girls in the training camps, to the license granted to the racial elite, to the facilitation of marriage and divorce, to the sanctioning of illegitimate children, to the anti-semitic pornography. All this is, of course, in line with the population policy of the Reich, which calls for an ever greater supply of man power. But the policy has still another aspect, which is far more hidden and touches the roots of National Socialist society. The abolition of sexual taboos tends to make this realm of satisfaction an official political domain. Just as National Socialism denies the distinction between state and society, so it denies the distinction between society and the individual. The individual is “socialized” in the distorted sense that society itself takes over his oppressed and deteriorated instincts and interests and asserts them on an international scale. National Socialism makes them the interests of the nation and pursues them through conquest and war. The abolition of cultural taboos is the last stone in this edifice. The individual recognizes his private satisfaction as a patriotic service to the regime, and he receives his reward for performing it. By this very fact individual satisfaction loses the character which made it such. In “nationalizing” the sacred privacy of individual satisfaction National Socialism conquered the last position which man still held against a repressive public order, the last domain in which he could live up to his ...




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