"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 30 septembre 2016

Le prolétariat est-il à même de succéder à la bourgeoisie pour gérer la société communiste ?


Supermarché tu dois tout aux coopératives ouvrières !

NOTES SUR LE MOUVEMENT DES COOPERATIVES OUVRIERES
(aux origines de la société de consommation moderne)

Le Mouvement coopératif depuis ses balbutiements utopistes au début du XIXe siècle a posé les jalons d'une alternative à la société bourgeoise, d'abord de façon immédiate par des expériences locales visant à concrétiser une solidarité populaire sans interférer sur la politique d'Etat ni poser le problème du changement entier du fonctionnement de la société. Les expériences des phalanstères et sociétés de secours mutuel furent des tentatives qui jetèrent les bases de la pensée socialiste.
Plus que le babouvisme, les intellectuels de l'utopie ont permis l'accouchement de la classe ouvrière (développer sur l'eschatologie millénariste et L'union ouvrière de Flora Tristan (1842) et le Voyage en Icarie de Cabet (1844, écarté par Marx comme « communiste grossier »)), Agricol Perdiguier, etc.

Les théoriciens socialistes du début du XIXe siècle, les Buchez, Pecqueur, Louis Blanc, Prodhon préconisaient l'association coopérative de production. En 1831 Philippe Buchez pensait résoudre la question sociale par le développement de l'association de production, dont le capital social, s'accroissant chaque année du cinquième des bénéfices réalisés, serait inaliénable et appartiendrait à l'association qui serait déclarée indissoluble.
Louis Blanc, dans son « Organisation du travail », défendit aussi l'association ouvrière de production, comme moyen de résoudre le problème de la misère, mais il ne la croyait viable que si elle était subventionnée par l'Etat.

Marx et Engels, réagissant tardivement à ce mouvement, et encore eux-mêmes en phase de maturation politique, le considérèrent d'abord d'un œil positif avant de modifier radicalement leur point de vue. Déjà dans le Manifeste de 1848, ils prenaient pour cible « la réalisation expérimentale » des « utopies sociales » hors de l'organisation de la production de la société.
La révolution de 1848 avait éclaté comme conséquence d'une crise économique grave entraînant un chômage massif inattendu où apparaît la formule « droit au travail », formule ambiguë face à la suite du désespoir apparu lors de la fermeture des Ateliers nationaux. Cette formule est vivement critiquée par les utopistes, et Mars la prolonge : « Derrière le droit au travail, il y a le pouvoir sur le capital, derrière le pouvoir sur le capital l'appropriation des moyens de production, leur subordination à la classe ouvrière associée, c'est à dire la suppression du capital, du salariat et de leurs rapports réciproques ».

Sur l'héritage de Saint-Simon, développer : Il y eut au moins quatre familles, qui se sont développées après la mort de Saint-Simon : la branche mystique et mystico -érotique des disciples formant la communauté 14 de Ménilmontant, et qui évolua ensuite en branche entrepreneuriale, où prit naissance la plus grande partie des entrepreneurs de banque et de réseaux (navigation maritime, canal de Suez, chemins de fer) du Second Empire et des débuts de la IIIème République ; la postérité féministe, avec Flora Tristan, Jeanne Deroin, Pauline Roland, plus proche de l'utopie coopérative parce que ces militantes, dont le rôle important est une caractéristique jamais renouvelée des années 1840-1850, ont eu une influence décisive dans l'éclosion del'associationnisme ouvrier sous toutes ses formes ; la branche socialiste, illustrée en particulier par Pierre Leroux, le génial Leroux disait Marx à Feuerbach en 1843, et Philippe Buchez et ses élèves ; à la jointure de la 1ère et de la 3ème , un saint-simonisme échappant de justesse, après y avoir succombé, aux extravagances de Ménilmontant sans pour autant se convertir au capitalisme pur et dur...

Dans ses écrits du début des années 1850, au moment où les associsations de producteurs commencent à se multiplier, Marx présente ce mouvement comme l'une des conséquences de la défaite de l'insurrection de juin 1848 :
« Pour une part, il se jette dans des expériences doctrinaires, banques d'échange et associations ouvrières, c'est à dire dans un mouvement où il renonce à transformer le vieux monde, mais cherche tout au contraire, à réaliser son affranchissement, pour ainsi dire, dans le dos de la société, de façon privée, dans les milites de ses conditions d'existence, et, par conséquent, échoue nécessairement ».

En résumé, sans renversement de la bourgeoisie, les formes coopératives de production et de consommation sont vouées à l'échec, et pire, menacent de détourner le prolétariat de la perspective fondamentale de la prise du pouvoir. Marx s'attaque en fait déjà aux racines du réformisme.

Marx modulera cependant sa critique face à l'essor du mouvement coopératif dans les années 1850, car elles participent comme les premières trade unions à la constitution du prolétariat en classe ; certaines sociétés coopératives adhérant à l'AIT. Dans l'Adresse de 1864 il présente l'expérience coopérative comme une preuve indéniable de la capacité du prolétariat à supplanter la bourgeoisie :
« … il y avait en réserve une victoire plus grande encore de l'économie politique du travail sur l'économie politique du capital. Nous voulons parler du mouvement coopératif et surtout des manufactures coopératives, montées, avec bien des efforts et sans aide aucune, par quelques bras audacieux. La valeur de ces expériences sociales ne saurait être surfaite. Par des actions et non par des raisonnements, elles ont prouvé que la production sur une grande échelle, et en accord avec les exigences de la science moderne, peut marcher sans qu'une classe de maîtres emploie une classe de « bras » ; que les moyens de travail pour porter fruit n'ont pas besoin d'être monopolisés pour la domination et l'exploitation du travailleur ; et que le travail salarié, comme l'esclavage, comme le servage, n'est qu'une forme transitoire destinée à disparaître devant les travailleurs associés qui, eux, apporteront à leur tâche des bras bien disposés, un esprit alerte, un cœur réjoui. En Angleterre les graines du système coopératif ont été semées par Robert Owen. Les travailleurs du continent ont tenté des expériences qui donnaient une conclusion pratique à des théories qu'on n'a pas inventées en 1848 mais qu'on a alors préconisées bien haut ». Une résolution sur le travail coopératif va dans le même sens :
« Nous reconnaissons le mouvement coopératif comme une des forces transformatrices de la société présente, fondée sur l'antagonisme de classes. Son grand mérite est de montrer pratiquement que le système actuel de subordination du travail au capital, despotique et paupérisateur, peut être supplanté par le système républicain de l'association des producteurs libres et égaux ».

Le mouvement coopérateur a alors une valeur démonstrative et une portée anticipatrice des capacités de la classe ouvrière à régenter une autre société. Ce salut au mouvement coopératif est cependant assorti d'une mise en garde : « Il y a une autre chose que ces expériences faites entre 1848 et 1864 ont établi sans doute possible : pour excellente qu'elle soit dans ses principes, et si utile qu'elle apparaisse dans la pratique, la coopération des travailleurs, si elle reste circonscrite dans un cercle étroit, si quelques ouvriers seulement font des efforts au petit bonheur et en leur particulier, alors cette coopération ne sera jamais capable d'arrêter les monopoles qui croissent en progression géométrique ; elle ne sera pas capale de libérer les masses, ni même d'alléger de façon perceptible le fardeau de leur misère (…) Donc, la grande tâche des classes travailleuses, c'est de conquérir le pouvoir politique ». La socialisation coopérative généralisée est donc renvoyée après l'insurrection. Marx et Engels tirent à vue sur faux radicaux les Proudhon, Buchez (et son journal l'Atelier) et Lassalle. Il réplique à ce dernier en 1865 :
« l'aide aux sociétés coopératives de la part du gouvernement royal prussien – et quiconque est au courant des conditions de la Prusse en sait d'avance l'insignifiance – est égale à zéro en tant que mesure économique, cependant qu'elle aggrave le régime de tutelle, corrompt une fraction de la classe ouvrière et émascule le mouvement ouvrier ». C'est à cette occasion que Marx, dans sa lettre à Schweitzer de février 1865, lance sa fameuse formule : « l'honneur du parti ouvrier exige qu'il repousse de telles chimères, avant que l'expérience n'en ait démontré l'inanité. La classe ouvrière est révolutionnaire ou elle n'est rien ».

On n'est pourtant qu'au tout début des capacités de l'économie bourgeoise à absorber des échanges commerciaux artisanaux et dispersés avant de fondre cette cacophonie dans le grand marché moderne qui portera le nom de société de consommation et d'inventer cette catégorie massive de petits sous-offs d'industrie et du commerce, les cadres (cf. le système fouriériste « participationniste » qui opère la transition de l'artisan et du plouc en cadre cravaté).

Ce mouvement de coopération ne peut déboucher que sur des pratiques de secte, et Marx est impitoyable en 1871 : « Les ouvriers veulent instaurer les conditions de la production coopérative à l'échelle de la société et tout d'abord à l'échelle nationale. Ce fait ne signifie qu'une chose : les ouvriers travaillent au bouleversement des conditions de production actuelles, elles n'ont de valeur qu'autant qu'elles sont des créations autonomes des travailleurs et ne sont protégées ni par le gouvernement ni par les bourgeois ». Mais l'avenir n'est pas à la généralisation d'une mosaïque d'entreprises autogérées (dont se moqua Bordiga) mais à la mise en commun du travail et des richesses sans qu'ils ne puissent plus appartenir à une classe ; Marx et Engels utilisent le terme de nationalisation dans le sens de dépossession et non pas dans celui chauvin et étriqué de la gauche bourgeoise moderne :

« Transférer la terre à des travailleurs agricoles associés, ce serait livrer toute la société à une classe particulière de producteurs. La nationalisation de la terre (c'est à dire la propriété du sol et son affermage aux coopératives) opérera une transformation complète des rapports entre le travail et le capital, et elle éliminera enfin la production capitaliste dans l'industrie, aussi bien que dans l'agriculture. C'est alors que seulement que les différences entre les privilèges de classe disparaîtront, en même temps que la base économique sur laquelle ils reposent, et la société se transformera alors en une association de « producteurs ».C'est une des leçons les plus méconnues que Marx tire de la Commune de Paris :

« … ceux des membres des classes dominantes qui sont assez intelligents pour comprendre l'impossibilité de perpétuer le système actuel, - et ils sont nombreux – sont devenus les apôtres importuns et bruyants de production coopérative. Mais si la production coopérative ne doit pas rester un leurre et un piège ; si elle doit évincer le système capitaliste ; si l'ensemble des associations coopératives doit régler la production nationale selon un plan commun, la prenant ainsi sous sa propre direction et mettant fin à l'anarchie constante et aux convulsions périodiques qui sont le destin inéluctable de la production capitaliste, que serait-ce, messieurs, sinon du communisme du très « possible » communisme ? ».

Marx fait toujours confiance à la spontanéité créatrice de la classe ouvrière et récuse toute recette « pour les marmites de l'avenir ». L'expérience des coopératives ne pouvait être qu'une des formes de transition entre le mode de production capitaliste et le système d'association des industriels bourgeois. Ses colères successives visaient à récuser la précipitation à recommander la coopération comme remède miracle sans renversement de l'Etat : « le socialisme critico-utopique ne peut qu'émousser la lutte des classes ».

Dans les Gloses marginales au programme du Parti Ouvrier allemand, Marx fustige :
Après la « loi d'airain du salaire » de Lassalle, la panacée du prophète. D'une manière digne on « prépare les voies ». On remplace la lutte des classes existante par une formule creuse de journaliste : la « question sociale » , à la « solution » de laquelle on « prépare les voies ». Au lieu de découler du processus de transformation révolutionnaire de la société, « l'organisation socialiste de l'ensemble du travail résulte » de « l'aide de l'Etat », aide que l'Etat fournit aux coopératives de production que lui-même (et non le travailleur) a « suscitées » . Croire qu'on peut construire une société nouvelle au moyen de subventions de l'Etat aussi facilement qu'on construit un nouveau chemin de fer, voilà qui est bien digne de la présomption de Lassalle !
Par un reste de pudeur, on place « l'aide de l'Etat »... sous le contrôle démocratique du « peuple des travailleurs ».
Tout d'abord, le « peuple des travailleurs », en Allemagne, est composé en majorité de paysans et non de prolétaires.
Ensuite, demokratisch est mis pour l'allemand volksherrschaftlich. Mais alors que signifie le « contrôle populaire et souverain (volksherrschaftliche Kontrolle) du peuple des travailleurs » ? Et cela, plus précisément pour un peuple de travailleurs qui, en sollicitant l'Etat de la sorte, manifeste sa pleine conscience qu'il n'est ni au pouvoir, ni mûr pour le pouvoir !
Quant à faire la critique de la recette [1] que prescrivait Buchez [2] sous Louis-Philippe par opposition aux socialistes français et que reprirent les ouvriers réactionnaires de l'Atelier [3], il est superflu de s'y arrêter. Aussi bien, le pire scandale n'est-il pas que cette cure miraculeusement spécifique figure dans le programme, mais que, somme toute, on abandonne le point de vue de l'action de classe pour retourner à celui de l'action de secte.
Dire que les travailleurs veulent établir les conditions de la production collective à l'échelle de la société et, chez eux, pour commencer, à l'échelle nationale, cela signifie seulement qu'ils travaillent au renversement des conditions de production d'aujourd'hui; et cela n'a rien à voir avec la création de sociétés coopératives subventionnées par l'Etat. Et pour ce qui est des sociétés coopératives [4] actuelles, elles n'ont de valeur qu'autant qu'elles sont des créations indépendantes aux mains des travailleurs et qu'elles ne sont protégées ni par les gouvernements, ni par les bourgeois ».

L'UTOPIE COOPERATIVE BROUILLONNE ET SES VIES ULTERIEURES

Elle est à l'ordre du jour de la plupart des congrès socialistes tant en France qu'en Allemagne
(1876,1878, 1879... et aussi en 1910 à Magdebourg sur lequel je développerai). En France Jules Guesde est très féroce sur cette idéologie de la coopération : « la voie mensongère de la coopération » opposé à Charles Gide et à Jaurès dans son article La Dépêche de Toulouse (24 juillet 1900) où il développe sa position centriste qui imagine possible la fusion de la coopération et du socialisme (texte en annexe, Jaurès à le verrerie ouvrière d'Albi, soutenu par l'ex-communard réformiste Allemane). Les congrès du POF de Guesde condamnent la coopération à partir de leur 3ème congrès (1879) ; en 1880 les coopérateurs dont scission.
Le congrès CGT d'Amiens, c'est le syndicat qui doit être le cadre de production et de répartition « base de la réorganisation sociale ». Le syndicat révolutionnaire rejette l'utopie coopérative (mais dans son inféodation ultérieure à l'Etat bourgeois, le syndicalisme en gardera les « séquelles » : comités d'entreprise, camps de vacances, cogestion de la SS, etc.).

Comme l'a écrit un auteur, la Iie république « a commencé par institutionnaliser la subversion ». Les hauts fonctionnaires ont tout fait pour apporter une aide bienveillante aux coopératives, comme moyen de détourner la classe ouvrière des « dangereuses séductions du socialisme »... mais aussi comme instrument d'intégration ou resocialisation en donnant parallèlement accès à une instruction publique et la possibilité de grimper socialement, de promotion individuelle, pour ce qui allait être nommé une dizaine d'années plus tard les collaborateurs, puis après 1940, les cadres. L'idéologie bourgeoise rattrapait ainsi les coopératives sur le terrain de la gestion de l'entreprise.

(développer sur l'entreprise rationnelle et l'utopie cléricale, jusqu'à l'idéologie de l'entreprise participative)
Aboutissement de l'idéologie consommationniste interclassiste dans les années 1920 avec Charles Gide et Bernard Lavergne.

Fin de la créativité ouvrière ?

L'Almanach de la coopération socialiste (1911) citer le nombre faramineux de coopératives et l'argumentation clairement réformistes de leurs tenants (rapport de Hans Muller au congrès iternational coopératif de Zürich, extraits :

« A l'origine, l'épicerie coopérative est incomplète, mais elle devient peu à peu un magasin confortable muni de provisions de marchandises considérables et variées. Puis elle se ramifie. La société ouvre des succursales dans les différents quartiers de la localité, le nombre des magasins qui viennent se grouper autour de son administration centrale et de son entrepôt principal augmente continuellement. Le petit commerce coopératif est devenu un grand établissement de distribution des denrées alimentaires.
Mais là ne se borne pas son extension. Aux denrées alimentaires viennent s'ajouter peu à peu d'autres objets de première nécessité, pour lesquels il faut créer bientôt des services spéciaux ayant leur administration et leurs établissements propres. Ce sont les services des combustibles, des chaussures, des eaux minérales, etc ., auxquels viennent s'ajouter les boulangeries, les laiteries, les boucheries. Des magasins spécaiux fournissent aux sociétaires les ustensiles de ménage et de cuisine, et les vêtements. Cette extension grandissante conduit parfois à la création de grands magasins coopératifs, où le sociétaire peut aller s'approvisionner de toutes les marchandises dont il a besoin, y compris les meubles, les instruments de tous les genres et les articles de maroquinerie.
(…)
Plusieurs sociétés de consommation (sic) ont même déjà dépassé le cercle d'activité que nous venons de retracer, en s'intéressant à la question du logement, afin de satisfaire dans ce domaine les besoins de leurs membres. Ou bien elles construisent des habitations qu'elles gèrent elles-mêmes, ou bien elles accordent des prêts à leurs membres pour leur faciliter la construction d'habitations propres. Ainsi quelques sociétés de consommation ont même entreprise la fondation de nouvelles villes par la construction systématique d'habitations sur un terrain plus vaste, en régie et avec la collaboration d'un bureau d'architecture et de construction leur appartenant en propre.
(…)
Nous osons donc affirmer que tous les efforts qui tendent à améliorer le régime alimentaire et l'habitation des populations, à relever leurs conditions matérielles, à cultiver leurs besoins intellectuels, à ennoblir les moeurs et les habitudes, ont trouvé des champions dévoués dans les Sociétés de consommation.
L'expérience a démontré que leur activité est capable d'embrasser tout le domaine de la civilisation, et qu'il n'existe pour ainsi dire plus aucun domaine d'intérêt général auquel la Société de consommation ne soit capable de collaborer. Il est donc complètement faux de dire que les Sociétés de consommation ne sont que des associations coopératives qui ont pour but de satisfaire l'estomac de leurs sociétaires à des conditions un peu meilleur marché.
Il est vrai toutefois, que beaucoup de Sociétés de consommation en sont encore toujours à leur premier degré de développement, qu'elles se bornent à exploiter les magasins d'épiceries ; et d'ailleurs, il n'est pas permis non plus de méconnaitre que le mouvement coopératif de consommation, pris dans son ensemble, n'est pas encore sorti de l'enfance.
Bien que son histoire soit vieille de 60 ans et même plus, la Coopération en est sans contredit encore aux débuts de son développement. Elle n'a pas encore atteint le point culminant de sa force et de son expansion, pas même en Angleterre, ni en Ecosse, ni partout où elle est la plus avancée.
(…)
Les adversaires de la Coopération cherchent à amener sur le terrain de la politique, la lutte qui s'est engagée autour des Sociétés de consommation. Aussi sommes-nous obligés de les suivre.
Il ne peut donc y avoir d'abstinence politique complète pour nous. Mais il ne s'ensuit pas non plus que la Coopération de consommation doive prendre le caractère d'une espèce de parti politique, se donner un programme politique à elle. Il suffit pour qu'elle puisse prospérer qu'on la laisse en paix et qu'on ne porte pas préjudice aux droits civiques des consommateurs. (..) C'est dans ce sens que nous pouvons dire de notre mouvement qu'il est au plus haut point un élément de conservation de l'Etat.1


à suivre...

Où vous découvrirez ce qu'était un « magasin de gros », des « syndicalistes coopérateurs », les analyses du député belge Louis Bertrand sur les ambiguïtés de la coopération, le 7e congrès des coopératives allemandes et le travail des prisons, l'attachement des chefs réformistes à la Coopération et la parfaite indifférence de Rosa à ce genre de sujet.








1On est en 1911 et avant cette débâcle, l'esprit ouvrier animait encore par exemple la coopérative nommée « L'avenir du prolétariat » en 1903 à Trélazé, rue de l'Union : « Le magasin d'épicerie a été transformé et de nouveaux rayons ont été établis, car nous tenons essentiellement à ce que tous les camarades s'écartent complètement du commerçant. La buvette a été également installée et les bénéfices qui en découlent servent à alimenter les caisses de chômage et de maladie ». (cf. Almanach de la Coopération socialiste, illustré, 1911, imprimé par L'EMANCIPATRICE (imprimerie communiste).

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