"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

dimanche 20 mai 2012

L’élection de l’Hollando-énarchie : un vote dubitatif



1.      Les illusions de l’alternance démocratique bourgeoise :

Les élections démocratiques bourgeoises ne sont pas complètement un trucage et reflètent tout de même l’opinion d’un peuple à un moment donné, opinion certes largement conditionnée, manipulée, programmée et formatée par les sondages mécaniques. Les factions bourgeoises ne sont pas en compétition pour rire, et travaillent férocement à conquérir le pouvoir d’Etat, clé de la gloire et de l’enrichissement, plus de nos jours pour la deuxième perversion. La détestation du PN Sarkozy l’a finalement emporté, malgré une intense campagne de ragots, d’insultes quotidiennes et d’attaques personnelles incessantes contre « flamby », ce petit chose apparatchik que tout le monde avait sous-estimé, y compris moi-même. Je dois dire mon contentement de l’éviction du blaireau et que, si j’avais été inscrits sur une liste électorale j’eusse été voter pour un bourgeois « normal ». La disparition du paysage du blaireau laisse un vide sidéral, l’impression que cet excité du pouvoir a tondu le gazon derrière son cul comme Attila. Il ne restera  rien de l’ère franco-sarkozienne, sauf cette odeur putride de fin de campagne nauséabonde, infectée par les relents de théories racistes, et ce mépris aristocratique des chômeurs.
Comme ce ne sont pas des classes qui votent mais des individus isolés dans « l’isoloir », les politologues découpent en catégories mais se permettent de nommer telle ou telle classe pour la ridiculiser, surtout s’il s’agit de la classe ouvrière. La classe ouvrière est elle-même clivée depuis si longtemps en secteur public, secteur privé, immigrés et chômeurs. Le secteur public a remplacé les mines et usines de jadis quand il s’agit de faire grève. L’immense majorité des PME est composée d’ouvriers soumis, lâches ou obéissants impuissants à lutter à une poignée. La plupart des immigrés sont plutôt fayots et arrivistes. Les chômeurs sont lâchés par tous et confinés dans la honte de leur situation. Excepté pour la partie nombreuse et sécurisée des fonctionnaires, il était évident que les trois autres catégories de la classe ouvrière votassent pour la droite caviar qui ne promettait pourtant que des heures supplémentaires et se foutait royalement des chômeurs. Dans les élections et au quotidien en ce moment, la classe ouvrière n’est rien que ces catégories corvéables par chaque faction bourgeoise. La solidarité elle ne connait plus. La capacité de se mobiliser au-dessus des catégories elle ignore. Mais il ne faudrait pas la décrire plus bête qu’elle n’est.
Dans le marais souverainiste de « Marianne », hebdo identifié désormais comme plus à gauche que le Nobs ou L’Immonde, un gus se permet encore de considérer que les 18% de la fille Le Pen constituent un « vote de… classe ouvrière ». Ah la classe ouvrière du cru considérée comme « raciste » rétrograde, comme acquise aux thèses du FN. Simplisme quand tu nous tiens ! Chaque classe est composée de différentes couches pourtant, plus cupides et hargneuses entre elles que les composants de la classe prolétarienne ; les artisans, paysans et commerçants votent traditionnellement à droite et à droite puante. Que des « petits blancs » votent protestataire ne peut point cacher que des électeurs immigrés de la première génération (civiquement français) votent aussi FN… (contre l’invasion supposée ou crainte de concurrents sur le marché rétréci du travail). Qu’une large partie de cette classe s’abstienne depuis de nombreuses années n’est jamais pris en compte dans les statistiques et estimations des politologues. Qu’une plus grande partie encore de la classe prolétaire ait voté Hollande et pour sa partie bobo (fonctionnaires et enseignants des mouvances syndicales et professorales) Mélenchon ne met pas fin à cette théorie décennale d’une classe ouvrière en régression depuis l’implosion du stalinisme ; mais au moins le stalinisme ne peut plus renaître de ses cendres même avec les meilleures promesses de nationalisations ringardes.
Ce que révèle la victoire de Hollande, même si une partie de la bourgeoisie gaulliste et centriste y a contribué, révèle tout de même – et cela seul nous intéresse – un vote dubitatif du prolétariat atomisé. Comme nous questionne quel parti bourgeois rigolo va pouvoir se mettre en travers d’une prise de conscience qui crapahute si lentement et si électoralement.
L’alternance est aussi un abominable trucage, puisqu’elle signifie que cette masse veautante des électeurs disposerait du droit de sanctionner un mauvais gestionnaire politique tous les… 5 ans, sans pouvoir le corriger en cours de route, comme peut le rendre possible le système de délégation éligible et révocable du prolétariat en révolution (et après) alternance véritable, en quelque sorte immédiate du vote de classe révolutionnaire des assemblées de prolétaires. L’alternance démocratique qui s’est jouée ce coup-ci, surtout sur une question de comportement, a eu pour bonus la prétention à remplacer l’austérité par « la croissance » (des myriades de PME de petits patrons de merde, qui émargent au moins à 9000 euros/mois). La croissance, qui signifierait travailler plus dans un marché international ouvert à la production nationale franchouillarde, est du pipeau de think tank hollandais, aussitôt repris par Obama et où l’heureux élu français est allé jouer le petit Poucet aux côtés des Schtroumpfs du G8. 

2.      Faibles capacités du personnel politique de rechange :

Les prolétaires qui ont massivement participés à ce premier round des élections françaises ont raison de ne pas se faire d’illusions. Il n’y a d’ailleurs pas eu d’état de grâce (ce sentiment benêt qui avait dominé quelques mois après 1981). Le temps de l’incertitude s’est installé en France comme en Europe simultanément avec le gâchis des élections grecques, qui renforcent l’incapacité d’un Etat déjà faible historiquement, et sans classe ouvrière homogène (dont le gros des troupes est constitué des fonctionnaires corrompus du PC et des syndicats). Voilà nos pauvres financiers européens consternés, alors qu’ils exigent de plus en plus pour un remboursement sans fin (et sans fond) des intérêts de la dette aux Grecs qui ne paient pas d’impôts ! Hollande va-t-il s’inspirer du cirque ridicule du gouvernement aléatoire grec qui multiplie les arrestations spectaculaires de gros fraudeurs pour tenter de calmer les esprits quand ces mêmes gros fraudeurs échappent de toute façon aux sanctions en se mettant en … faillite personnelle ! La Grèce n’est pas la France. C’est un cas particulier qui ne montre ni l’exemple pour la bourgeoisie ni pour le prolétariat. La Grèce est un Etat jeune, créé en 1830 seulement : « Durant les quatre siècles de domination ottomane, éviter de payer ses impôts était un acte de résistance » (cf. le Nobs du 26 avril : Pourquoi les Grecs ne paient pas d’impôts ?). Le cas grec sert et servira toujours plus de repoussoir « égoïste » pour le public européen ; il suffit de lire les multiples commentaires de lecteurs dans les presses française et allemande, lecteurs qui ne sont pas spécialement des bourgeois manipulateurs ni d’angéliques maximalistes ou gauchistes, les quolibets concernant un système avachi – qui n’est pas responsable certes de la crise mondiale ni de tous les hiatus européens – mais qui fonctionne de manière parasitaire, et où tout le monde est complice (y inclus les salariés) ; défendre le cas grec en l’espèce comme simplement victime de la cupidité incessante de la finance internationale, de la part de révolutionnaires semi-professionnels, est non seulement encourager le nationalisme grec (et celui des quolibets ci-dessus évoqués) mais donner bien piètre exemple d’une société future dite communiste d’où toute tricherie, politique de clans et arrangements mafieux devraient être bannis !
Effet boule de neige de l’enfoncement dans la catastrophe grecque, plus l’Europe nordique riche accroit sa pression plus l’Etat grec persiste dans son opacité et les petits arrangements : « Complexe, opaque, inefficace, corrompue : depuis son entrée dans l’Europe, la Grèce promet de réformer son administration fiscale. Mais toutes les réformes se sont soldées par la création de nouvelles lois et… une administration toujours plus byzantine. Cette opacité sert les intérêts de la classe politique qui peut plus facilement intervenir pour arranger les affaires de ses « clients » (ibid).
Or la fille de Vidal-Naquet qui rédigeait cet article pour le Nobs ne connaissait pas encore le résultat des élections de début mai. Patatras, montée des partis dits extrêmes naturellement, face aux magouilles des gouvernements démocratiques successifs le cul sur deux chaises, entre céder aux exigences des banquiers de la mafia européenne et continuer à favoriser les principales couches parasitaires. Sur le terrain électoral, même dans cent ans, il ne faut jamais s’attendre à ce qu’un parti honnête, voire vraiment représentatif du prolétariat, soit « élu ». D’une part le parti d’extrême droite, nationaliste et surtout anti-envahisseurs (depuis les dépenses faramineuses des jeux olympiques, la Grèce a gardé un trop grand nombre d’immigrés et est devenue une passoir pour l’immigration vers l’Europe du nord), fait une entrée remarquée au parlement, ainsi que, d’autre part, le parti Syriza (équivalent du micro-parti mélenchonien en France), parti de rigolos, comme je l’ai déjà dit, nullement internationaliste mais arcbouté comme la gauche bourgeoise française sur de prétendue solutions nationales autarciques. Blanc bonnet et bonnet blanc sont à l’assemblée, et il faut donc faire revoter le bon peuple pour départager ces gangs politiques.
La France n’est pas encore dans cette situation cacophonique pourtant passionnante – la confirmation de l’absurdité d’une austérité sans fin imposée par la mafia banquière et étatique européenne et l’incapacité des politiques grecs à affamer complètement leur population – à la veille des élections législatives. Mais pas loin. La réduction de 30% des salaires ministériels ne sert-elle pas à la même politique vertueusement byzantine que celle des gouvernements grecs ?
Les articles concis de RI de ce mois de mai et l’édito de Marianne de Nicolas Domenach ont assez clairement analysé la situation. Domenach se met le doigt dans l’œil en supposant que la nouvelle oligarchie a pour objet de pourfendre « l’argent-roi », mais sa description de l’accession au pouvoir de cette « famille politique » fait mouche :
« Comment ne pas être inquiet quand on a été instruit par le passé de toutes les concessions, qu’on a devant soi une équipe dont une des forces principales peut se révéler une des faiblesses premières : ils sortent tous du même moule ou presque. La Hollandie, c’est en grande partie l’énarchie ! Le chef en personne, mais la plupart de ses ami(e)s, de ses compagnons d’aventure (sic), des dirigeants du PS, sont passés par cette fabrique des élites. Ce fut un avantage incontestable dans la tumultueuse et incertaine bataille de la crédibilité : Martine Aubry, Laurent Fabius, Pierre Moscovici, Michel Sapin, Marisol Touraine, sans oublier Ségolène Royal, ont une compétence estampillée indispensable pour affronter les responsabilités, mais leur formation comme leurs fréquentations en font une élite qui a une fâcheuse tendance à se refermer sur ses certitudes mondialisées ( ?), sur son petit monde des quartiers aisés et sur un convenable minimalisme réformiste (…) Un ordre à réguler peut-être – ils sont socialistes – mais point à bouleverser. De gauche comme de droite, ils se sont souvent succédé en ignorant tout aussi bien l’aggravation des fractures inégalitaires françaises et mondiales que l’échec radical du néolibéralisme » (cf. Marianne du 9 mai).

La nouvelle oligarchie-énarchie au pouvoir n’est pas sûre de disposer d’une majorité parlementaire pour gouverner. L’absence d’unité des partis composants la gauche dans ce deuxième round critique de la compétition électorale n’est ni la faute aux personnes ni une erreur comparée à la messe mitterrandienne de 1981. La bourgeoisie dans son ensemble ne se fait pas plus d’illusions que les millions qui ont voté pour Hollande le preux. Elle a besoin du délire réformiste radical creux, assaisonné d’un discours national-autarcique impuissant, des Mélenchon et compagnie, d’autant plus inintégrable au gouvernement qu’il ne tient pas debout une seconde, sauf pour aviné cégétiste. Une opposition délirante vaut mieux que pas d’opposition du tout. Et ce n’est pas le bling-bling déchu Sarkozy en villégiature au club des riches à Marrakech qui va aider les prolétaires à protester contre la reconduction de l’austérité. J’oserai même prolonger en disant qu’il faut à l’Etat bourgeois maintenu une opposition remuante, le plus bruyante possible pour couvrir le peu d’étendue de la promesse de croissance hollandaise…
La crise mondiale, depuis ses tréfonds, ébranle la répartition classique des pouvoirs multiples et complémentaires de la bourgeoisie. La France, comme l’Allemagne et d’autres, vont connaître une fragmentation croissante de l’appareillage politique bourgeois. Ce fractionnement ne sera pas forcément un affaiblissement mais au contraire un moyen plus pertinent pour encadrer la révolte des diverses couches, en particulier pour happer la mouvance massive des petits bourgeois « indignés » et autres « anti-politiques ».
Les syndicats, encensés par la nouvelle oligarchie, ne seront pourtant pas à l’aise non plus, vu le souvenir lancinant de leurs constantes trahisons des intérêts de la classe ouvrière internationale.

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