"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mardi 22 mai 2012

POURRONT-ILS SAUVER LE CAPITALISME EN France ?



Quel gouvernement pourrait être contre la croissance? Pas celui de cette innocente cuvée scolaire hollandaise "paritaire" que nous a si bien croqué le subtil dessinateur Placide.
L’économie capitaliste est programmée de telle façon qu'une croissance nulle ou faible, c'est forcément beaucoup de chômage. Hollande a fait le beau en Amérique avec son thème électoral engageant à stimuler la croissance (la relance), mais comment et avec quels moyens, oui avec quels moyens? En flattant les PME, en lançant de grands travaux ? En priant Keynes de revenir parmi nous avec de nouvelles recettes pour, au moins, sauver le capitalisme en France ?
Le système économique actuel peut être vu comme un éternel cycle offre/demande. Depuis la fin du XIXe siècle, la théorie de l'offre et de la demande a peu évolué.
L’offre est la quantité d’un bien économique que les producteurs souhaitent vendre à un prix donné. Ses principaux déterminants sont le prix du marché et les coûts de production. En fait, les fonctions d’offre sont obtenues à partir des coûts de production de l’entreprise à long terme.
La demande est la quantité voulue d’un bien, à un prix donné, par les consommateurs ayant les moyens de l’acheter.  Ses principaux déterminants seront donc le prix du bien, le revenu, les goûts, mais aussi l’offre et la demande des biens de substitutions (ainsi l’évolution des prix du pétrole a un effet sur la demande de gaz par exemple).
Une société crée un produit qu'elle met sur le marché, les consommateurs l'achètent donc le carnet de commandes de l'entreprise grossit, elle embauche et ainsi de suite (sachant que l'Etat prélève des taxes au passage). Il faut imaginer la même chose au niveau d'un pays. On parle beaucoup de Keynes depuis le début de la crise et on l’invoque à nouveau pour parler relance ou croissance. Keynes a bâti une théorie, notamment à partir de la crise de 1929. Pour lui, s'il y a crise, c'est que le cercle offre/demande s'est grippé par manque de demande. Sous l'effet d'un événement déclencheur (la crise de 1929), les ménages et les entreprises sont devenus profondément pessimistes. Les premiers ne consomment plus assez et les seconds n'investissent plus. La «roue de l'économie» ralentit, le chômage monte.
Pour dégripper la roue, Keynes proposait deux moyens: la monnaie et le budget. Le premier consiste à injecter de la liquidité (de la monnaie) dans le système. Cela consiste à baisser les taux d'intérêts, ce qui a été fait par toutes les banques centrales occidentales depuis le début de la crise (ils sont proches de 0% aux USA). On peut également faire tourner la planche à billets, ce qui est pratiqué (massivement) aux Etats-Unis ou en Angleterre. On sait que la BCE est très réticente dans ce domaine mais elle a aussi injecté de la liquidité par des moyens alternatifs, notamment le prêt récent de 1.000 milliards d'euros aux banques européennes. Si ce dernier plan a donné de l'oxygène aux banques, la monnaie ne semble pas infuser dans l'économie «réelle». Les parades des banques centrales ne parviennent pas à huiler un système grippé où « l’argent-roi » permet toutes les tricheries, des enrichissements faramineux qui ne sont pas réinvestis dans l’industrie. Marc Roche raconte très bien comment le grand truandage de Goldman 1 Sachs « dirige le monde » ; en décrivant en particulier l’hypocrisie et la complicité qui ont présidé au camouflage de la dette  grecque (p. 18 et suiv. de son Livre « La Banque » (poche points). Les dettes sont un puits sans fond et ne pourront jamais être honorées dans la crise croissante, malgré les mensonges des économistes qui raisonnent pour le public au cas par cas, et dans des hypothèses d’école, toutes impuissantes à redonner du tonus à un capitalisme essoufflé.
Le second moyen de feu Keynes était budgétaire, se servir dans les caisses de l'Etat pour relancer l'économie. La façon de procéder la plus immédiate est de donner de l'argent aux ménages (ce que Hollande fait avec l'augmentation de l'Allocation de Rentrée Scolaire). Ils vont alors consommer plus, ce qui remplira les carnets de commande, créera des embauches, augmentera la consommation et les recettes de l'Etat. C'est ce que Keynes appellait le multiplicateur d'investissement: pour 1 Euro dépensé par l'Etat, X euros de richesse sont créés. Pour que ce X soit intéressant, il faut que le cycle soit complet. Or, celui-ci peut être rompu de différentes façons. La première, c'est l'épargne. Si l'argent donné par l'Etat vient remplir les livrets A et ne se retrouve pas dans la consommation, c'est perdu. Or, vu le désarroi face à la crise et l’incertitude grecque, le taux d'épargne est très haut (7,4% des revenus). Le moyen le plus sûr consisterait donc à donner plus de revenus (allocations, aides, ...) aux plus pauvres qui ne peuvent pas épargner. La seconde manière dont le cycle peut se rompre est beaucoup plus pernicieuse. Si l'argent versé aux ménages les plus pauvres trouve un débouché de consommation dans des produits importés, la relance budgétaire aura permis une aide aux plus pauvres (une fois) et une relance ... de l'exportation chinoise ou allemande. Ce risque est cependant relativement limité. Les biens importés ne représentent que 14% de la consommation des ménages et ce pourcentage est plutôt plus faible pour les bas revenus. 
La dernière possibilité keynesienne est le lancement de «grands travaux». Quand Roosevelt lance le «New Deal», il inclut une politique de grands travaux d'infrastructure - barrages, ponts, autoroutes - qui vont préparer les Etats-Unis à la guerre puis à la fantastique croissance d'après-Guerre. L'avantage des travaux de BTP, c'est qu'ils ne sont pas délocalisables (ou très peu). L'Etat emploie de la main d'oeuvre, ce qui fait baisser le chômage. Le cycle a plus de chance de se compléter qu'en donnant l'argent directement aux ménages. Mais nous ne sommes plus en 1933. S'il y a bien encore des infrastuctures de transport à bâtir en Europe, ça n'est pas la demande la plus urgente. Les think tank hollandais pensent plus à des travaux de conversion écologique (photovoltaïque, éolien), de transport d'électricité ou encore de données. Encore faut-il que les matériaux proviennent d'Europe et non de Chine, le meilleur moyen de s'en assurer étant de mettre une dose de protectionnisme (préférence communautaire dans les appels d'offre), refrain des Montebourg et Mélenchon, refrain plus du domaine du patriotisme idéologique racoleur que transposable dans la réalité de la compétition acharnée où les grandes puissances dictent la partition.
Voilà en quoi consiste l'économie de la demande dont les recettes ont été très largement utilisées depuis le début de la crise, en Europe comme aux USA.
Etudions l'économie de l'offre qui s'attache à travailler sur un autre plan et qui est d'inspiration libérale. Cette fois-ci, la base est que c'est l'offre (les entreprises) qui crée de la richesse qui se transmettra aux salariés créant de la demande. En flexibilisant le travail à outrance. Cette idéologie dite de droite libérale veut qu'il faille libérer tout ce qui entrave les entreprises, principalement la fiscalité et les réglementations. Pas très probant dans la crise actuelle, et l’exemple allemand, efficace dix ans en arrière, n’est pas très porteur. Les prolétaires en Europe comme ailleurs commencent à en avoir marre d’être traités comme du bétail précarisé de plus en plus et respecté de moins en moins.
Le premier obstacle pour le nouveau gouvernement français, c'est la régulation du marché du travail que le petit dictateur déchu s’était engagé à ficeler toujours plus. Le code du travail français est relativement protecteur pour les salariés, n’en déplaise à l’ex-chien de garde, Copé, d’une droite caviar décapitée, mais il est à plusieurs vitesses. Les CDI sont bien protégés et toute la flexibilité porte sur les CDD et les intérimaires. Le modèle français se comporte comme un marché de stabilisés/disqualifiés (lire Serge Paugam : La disqualification sociale, puf) avec un noyau dur bien protégé et des exclus (jeunes, seniors, peu diplômés). L'option rêvée serait alors de casser cette dualité en allant vers un contrat unique qui soit plus protecteur qu'un CDD mais moins qu'un CDI, l'objectif étant de fluidifier le marché du travail et donc d'améliorer la situation de l'emploi. Par ailleurs, il existe aussi une asymétrie entre les grandes sociétés privées et publiques qui peuvent relativement facilement s'accommoder de la complexité du droit du travail et licencier (ou supprimer des postes) sans trop de problème et les PME qui ont toutes les peines du monde à licencier sans débourser beaucoup de pognons et de liquidités pour la justice de classe. 
Enfin, autre possibilité de relance, elle aussi plutôt libérale, la dérégulation de marchés ou de corporations protégées qui ferait baisser les prix.
La politique de l'offre a un désavantage: elle prend du temps à produire ses effets. Mais elle a un gros point positif: elle ne coûte rien ou pas grand chose. Alors que les relances par la demande demandent de l'argent. Il faudrait alors soit retarder un hypothétique retour à un équilibre budgétaire (prévu pour 2017) soit émettre encore et toujours plus de dette, que ce soit de la dette française, européenne (eurobonds) ou des dettes spécifiques à des projets (project bonds).
 François Hollande imagine la relance principalement sous l'angle de la demande et Angela Merkel de l'offre. Quant à Mario Monti, il a mené une politique de l'offre pour le moment. Il cherche certainement à panacher avec un peu de relance par la demande pour relâcher un peu la pression sur son peuple. Il est donc un allié objectif de Hollande pour la demande mais il voudra aussi surement que la France fasse une politique de l'offre comme l'a fait l'Italie. Quant à François Hollande, pour le moment, il cherche surtout une victoire politique aux législatives, sans presser son gouvernement de transition.
Au final, la France va certainement mener une politique restreinte de relance par la demande avec des mesures ciblées comme la hausse de l'ARS (Allocation de Rentrée Scolaire). La chancelière l'acceptera tant que la France suivra ses objectifs de ré-équilibrage budgétaire ( il y a peu de chance que la France, comme beaucoup d'autres pays de l'UE, atteigne ses objectifs). Là ou Hollande peut aller chercher sa victoire, ce sont sur les grands travaux. Il y a environ 80 milliards d'euros de fonds européens non utilisés.
 Nul doute qu'il aura des pressions pour appliquer une politique de l'offre en France. Il y a peu de chances qu'il accepte une réforme du code du travail qui pourrait faire plonger sa popularité dès le début du quinquennat et agiter un chiffon rouge devant les yeux de Jean-Luc Mélenchon et Aubry, moitié d’opposants dubitatifs pour tenir en laisse le prolétariat si toutefois il en venait à se réveiller brutalement contre ses nouveaux exploiteurs, leurs banquiers, leurs patrons et leurs syndicats. 
Le problème n’est pas que français ni qu’européen, même si la bourgeoisie semble s’affoler beaucoup pour l’avenir de l’Europe en ce moment, surtout en tant que marché du monde en train de péricliter, comme un vaisseau à la mer, déjà coulé et qui entraîne par le fond un autre navire et son équipage envoyé pour le tirer à flots, mais, de plus en plus, en peine perdue…

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