"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

samedi 24 février 2018

QUEL URBANISME POUR DEMAIN? L'UTOPIE SOCIALISTE


Il est peu probable que Michel Ragon ait pu prendre connaissance de la critique de Le Corbusier par Bordiga (in Espèce humaine et croûte terrestre, Cahiers Spartacus) auquel cas il aurait trouvé une même critique, mais communiste, de l'architecture capitaliste délirante en hauteur. L'oeuvre de Ragon est considérable sur plusieurs plans, auteur populaire avec ses romans vendéens, il a touché à peu près à tout comme le montre sa notice généreuse sur wikipédia. Nombre de ses ouvrages ont disparu de la circulation et mériteraient une republication comme son excellent « 1934-1939 l'avant-guerre » (ed Denoël, 1968), son histoire de la littérature prolétarienne et tant d'autres sujets sur l'art moderne (qu'on peut trouver à des prix rédhibitoires sur Price minister) .
J'ai eu l'honneur de le rencontrer en 1990 lors d'une de ses conférences à la librairie Publico (il est resté un généreux donateur de la FA), flanqué de deux belles secrétaires des Editions Albin Michel. Charmant homme bien que tout nous différencia, lui libertaire et moi marxiste « engagé vers la formation du futur parti communiste mondial » ! Avec le temps, je trouve beaucoup de sagesse et un esprit critique plus avisé que le mien dans cette écriture limpide et une culture considérable. Personne, à ma connaissance n'a, de façon aussi concise et profonde, réalisé une aussi envoûtante histoire de l'architecture mondiale.
Je publie ici simplement le chapitre 15 pour vous allécher. L'ensemble du livre je l'ai enregistré en audio en priorité pour mes amis aveugles. Quant à vous, les aimables voyants il vous suffira de me faire parvenir une clé USB (petite quantité) pour que je vous recopie cette œuvre indispensable pour dessiner autrement les cités de l'avenir ou, on l'espère, un monde communiste sans béton, sans bureaucrates architectes, où la campagne aura épousé la ville en lui redonnant une vraie dimension écologique et humaine. Ragon a le mérite de nous vacciner contre toute caricature d'uniformité stalinienne, maoïste ou trotskienne, ou même marxiste légendaire pour un futur mode de vie et d'habitat qui ne peut raisonnablement se conformer à l'imbécillité de l'égalitarisme étroit et du collectivisme de caserne. Voici un extrait d'une étude qui n'a pas vieillie...

L'UTOPIE SOCIALISTE

par Michel Ragon

(chapitre 15 de L'homme et les villes, 1975)

Mue par un appétit du gain et du pouvoir qui lui faisait aspirer à la plus grande production possible, la bourgeoisie n'avait ni idéologie ni morale. Jusqu'à ce que le socialisme lui donne l'une et l'autre. Ce n'est pas un paradoxe, ni une plaisanterie. Le socialisme est, bien sûr, l'antidote du capitalisme, mais tous les deux sont fils de la société industrielle. A la recherche d'une réorganisation de la société, et, en conséquence, d'un nouveau type de ville, les théoriciens socialistes du XIXe siècle ont jeté les bases d'une religion technocratique dont la bourgeoisie a fini par s'emparer pour son plus grand profit. La seule justification trouvée par la bourgeoisie pour enchaîner le prolétariat, et s'enchaîner elle-même, au vaisseau fantôme de la production, était le biblique : « Tu travailleras à la sueur de ton front ». Mais l'ancêtre des socialistes français, Saint-Simon, en échafaudant une savante doctrine par laquelle il veut démontrer que la finalité de la société est la production, que pour mener à une production d'une totale efficacité il faut enrégimenter les ouvriers dans une « armée du travail », que l'hygiène et la rentabilité doivent devenir les mots clefs de l'urbanisme, donnait à la Révolution industrielle sa justification. Rien de surprenant à ce que les premiers disciples de Saint Simon soient des élèves de la toute nouvelle Ecole polytechnique. Rien de surprenant que les saint-simoniens se soient trouvés parmi les premiers protagonistes des chemins de fer, que les saint-simoniens aient été nombreux parmi les banquiers. Ce saint-simonisme exercera une grande influence sur celui qui deviendra Napoléon III comme beaucoup plus tard, et pour les mêmes raisons, le « futurisme » de Marinetti sera à la base de la pensée « esthétique » de Mussolini. En réalisant son Paris moderne, Napoléon III s'efforça de se rapprocher de l'idéal saint-simonien. Mais son despotisme n'était pas à la hauteur de celui des théoriciens socialistes. Il eût fallu être l'Inca suprême.
La fascination de la ville inca se retrouve, à travers L'Utopie de More, dans L'Icarie de Cabet. « L'armée du travail » chère à Saint-Simon réapparaît en force chez Cabet. En Icarie tous les citoyens sont soldats et élisent leurs officiers. Il n'existe plus d'ateliers individuels mais seulement de grands ateliers collectifs. Pas de boutiques non plus, mais exclusivement des grands magasins. L'adultère, la coquetterie, le célibat, tout cela est suspect en Icarie, voire interdit.
Il va de soi que le tracé d'Icara, en échiquier, ne comporte que des îlots identiques et des maisons semblables. La circulation des piétons et des véhicules est différenciée. Les rues, très larges, peuvent recevoir quatre voitures de front et il existe des passages souterrains en tunnel. « Parfaitement éclairée », avec des maisons recouvertes de toits-terrasses « pour l'agrément », la ville se compose de bâtiments industrialisés par la standardisation. Les appartements sont meublés avec du matériel fixe appliqué ou incrusté dans les murs.
Le puritanisme mis à part, nous y sommes ! Ce sont nos grands ensembles et c'est l'idéologie urbaine que Le Corbusier n'a cessé de proclamer pendant un demi-siècle. Mais l'analogie se manifeste encore plus si l'on rapproche Le Corbusier de Charles Fourier. Fourier, comme Le Corbusier, conçoit une société nouvelle, bien entendu scientifique, à partir « d'unités d'habitation » qu'il appelle des « phalanstères ». Que ce soit dans l'imaginaire phalanstère de Fourier, ou dans l'Unité d'Habitation que construit Le Corbusier à Marseille, la densité de population reste la même, celle d'un village de mille six cent habitants. Rapprochement plus anecdotique, mais qui n'est pas dénué de sens ; tout comme on voyait Fourier se promener dans Paris, avec une canne métrique, mesurant palais et maisons privées afin de donner à son phalanstère une dimension « scientifiquement prouvée ». Le Corbusier se promenait lui aussi partout avec un mètre en poche, mesurant aussi bien les magasins que les caves, les porches et les hauteurs de plafond, à la recherche d'une unité de mesure idéale.
A son phalanstère, qu'il appelle également « palais social », Fourier donne la forme d'un bâtiment central avec deux ailes qui ressemble singulièrement au palais de Versailles. On songe au caricaturiste Robida qui, dans ses visions d'un Paris futur, remplissait le ciel d'astronefs, mais donnait aux passagers les mêmes costumes qu'à la fin du XIXe siècle.
Dans la pensée de Fourier s'exerce le mécanisme classificateur de la société marchande. En refaisant le monde, cet employé de commerce est pris d'une fureur de rangement. Il donne douze droits à l'homme, lui accorde douze passions et veut extirper sept fléaux. Cette manie de tout classer d'une manière définitive, propre aux utopistes qui rêvent d'un monde immuable, se retrouve chez Le Corbusier pour lequel les « établissements humains » sont au nombre de trois et qui codifie une « règle de 7 V » pour la circulation.
L'obsession de la classification conduit Fourier à diviser les activités urbaines et à créer ce que l'on appellera plus tard des « zonings ». En préconisant la rue-galerie pour relier les différents secteurs du phalanstère , rues couvertes et donc « climatisées », Fourier entrevoit une possible climatisation de la cité, idée souvent reprise par les architectes prospectifs contemporains. L'idée de rues couvertes n'était pas absolument nouvelle puisque la cité médiévale comprenait de nombreuses rues à arcades, mais Fourier, le premier, fait de la rue couverte un principe d'urbanisme. Ajoutons que le principe de la rue piétonnières couverte, adoptée au début du XIXe siècle, fut abandonné sous le Second Empire au profit de la seule circulation des véhicules. Le premier passage couvert à Paris, celui des Panoramas, ouvert en 1800, connut un très grand succès sous la Restauration. La galerie d'Orléans, sous Louis-Philippe, à l'intérieur du Palais-Royal, devint le rendez-vous de l'élégance. En 1840, dans le quartier des Grands Boulevards, on comptait une centaine de passages couverts, formant une extraordinaire trame urbaine d'un type nouveau que cisailla Haussmann au nom des « impératifs de la circulation ». Subsistent encore à Paris un certain nombre de ces passages : des Panoramas, Jouffroy, des Princes, Verdeau... mais la vie les a désertés.
Fourier, le premier encore, préconise un habitat collectif pour la population ouvrière et même une cuisine collective. On arrive déjà au maoïsme des communes chinoises. Fourier n'écrit-il pas :

« Le ménage conjugal et individuel n'est pas fait pour le peuple. C'est un plaisir de gens riches, comme de rouler en carrosse, mais le peuple est fait pour se passer de carrosse et de ménage, il doit aller à pied et vivre en pension, les gens mariés comme les non-mariés ».

Voilà l'armée du travail, non seulement enrégimentée, mais encasernée, avec réfectoires à l'appui. Lorsque, au début de la révolution d'Octobre, le parti bolchevik essaiera de réaliser l'utopie socialiste intégralement en Russie, il s'y édifiera des « maisons communes » tendant à socialiser tous les éléments de la vie quotidienne. On y prenait non seulement tous les repas en commun, comme le préconisaient les utopistes, de Thomas More à Fourier, mais on y couchait également en dortoirs. Certaines « maisons communes » prévoyaient des cellules minimum de six mètres carrés ne comportant aucune différence si l'on y logeait des célibataires ou des couples. L'espace privé devait être aussi exigu que possible afin d'imposer aux habitants de la « maison commune » une vie collective maximum. D'autres « maisons communes » prévoyaient des dortoirs pour six personnes, hommes d'une part et femmes de l'autre, les couples ne se retrouvant dans des chambres pour deux personnes que pour un nombre de nuits dosé « scientifiquement » afin que se renouvelle au mieux le cheptel humain. L'architecte Melnikov, qui est aujourd'hui le dernier survivant de cette époque héroïque et folle de l'urbanisme des premières années de l'Union soviétique, avait même préconisé de répartir des orchestres dans les dortoirs afin de favoriser le sommeil collectif et de couvrir les ronflements.

La population ouvrière, peu souvent d'accord avec les idéologues, manifesta une si vive réprobation des maisons communes qu'en 1930 le Comité Central du Parti communiste fit arrêter l'expérience. Les « maisons communes » furent rapidement transformées par leurs habitants en habitations traditionnelles familiales ou devinrent des foyers de célibataires ou d'étudiants.
Il n'est de pires tyrans que les philanthropes. S'acharnant à vouloir imposer aux autres leurs propres goûts, leurs propres plaisirs, il ne leur vient jamais à l'esprit que ce prochain, qu'ils rêvent de voir comme un reflet d'eux-mêmes, a sans doute de smotifs valables de vouloir être autrement. Charles Fourier, célibataire, voyageur de commerce, habitué aux tables d'hôte, voulait donner de son plaisir et de sa liberté aux autres hommes qu'il voyait asservis par des tâches ménagères s'ajoutant à la fatigue du travail. Tout comme Le Corbusier, heureux avec sa femme, sans enfant, dans un atelier d'artiste, ne trouva rien de mieux que de donner le plan d'un atelier d'artiste à deux niveaux aux appartements types de son Unité d'Habitation. Mais allez vivre, avec trois enfants, dans un atelier d'artiste ! Où trouver son refuge, son « coin » ?
IL n'empêche que la ville contemporaine a retenu de Fourier, sinon la cuisine collective dans les immeubles, en tout cas les réfectoires communs d'usines, d'écoles, toutes nos actuelles cantines qui permettent en effet, comme il l'avait formulé, des repas à bon marché.

Chez Fourier, les notions bourgeoises industrialistes de l'efficacité, du rendement, de l'ordre militaire, se mêlent à des idées plus insolites : le phalanstère, cellule de base de la société s'oppose au centralisme que préconisent tous les autres utopistes ; au nom de la liberté il refuse l'échiquier comme plan de ville ; enfin, seul socialiste à n'être ni austère, ni frugal, ni morose, ni puritain, Fourier s'oppose à « tout régime social qui ne sait pas aller aux vues d'utilité celles du luxe et du plaisir ».
Par là même, Fourier demeure un utopiste toujours actif. Mais n'est-il pas, par bien des points, comme Aristophane, Rabelais et Swift, un contre-utopiste . Contre-utopiste comme l'est Proudhon qui attaque avec violence L'Icarie de Cabet et tous les « modèles » de villes. Proudhon perçoit déjà, dans ces « modèles », l'esprit totalitaire absolu. Proudhon croit d'ailleurs avec une rare perspicacité, les trop grandes villes dangereuses pour la liberté et espère dans le développement de la technique, non pour transformer les villes, mais pour les rendre inutiles, thèse actuelle des « désurbanistes ».

Les prophètes lancent les religions, mais ce sont leurs disciples qui créent les églises. Tout comme Enfantin ajouta au saint-simonisme un culte et une liturgie, Considérant fit du fouriérisme un système qui le rationalisait à l'extrême, enlevant à Fourier sa métaphysique, son ludisme, sa poétique. Polytechnicien et ingénieur militaire, Victor Considérant est un homme type de la société industrielle.
Mais, contradiction encore entre la forme et l'esprit, lorsque Considérant dessine un phalanstère il le fait ressembler au Palais des Etats de Dijon. Pour justifier l'idée fouriériste de l'habitat collectif, Considérant écrit :

« Lorsque Louis XIV voulut créer un asile pour cinq mille invalides, ni lui ni ses architectes n'eurent l'idée absurde de bâtir une petite maison pour chaque soldat... Demandez s'il vous sera plus économique et plus sage, pour loger une population qui devra s'élever à dix-huit cents ou deux mille personnes, de construire un grand édifice unitaire, ou de bâtir trois cent cinquante à quatre cent petites maisons isolées... Ajoutez encore les murs de clôture exigées, dans le régime morcelé, pour enfermer les maisons, les jardins et les cours...
Vous épargnez quatre cents cuisines, quatre cents salles à manger, quatre cents greniers, quatre cent caves, quatre cents étables, quatre cents granges... Indépendamment de l'économie de place et de construction, ajoutez celle de deux ou trois milliers de portes, de fenêtres, de baies, avec leurs châssis, leurs boiseries et leurs fermements ; pensez à l'entretien ruineux que chacune de ces maisons nécessite chaque année ».
Quatre-vingt ans plus tard, Le Corbusier reprendra d'abord sa « cité-jardin verticale » puis sa « ville radieuse » formée « d'unités d'habitation ».
Considérant emploiera aussi l'image du paquebot qui a si souvent servi de référence à Le Corbusier :
« Vous dites, écrit Considérant, cela est inouï, extravagant, irréalisable... Vous avez sous les yeux des constructions logeant dix-huit cents hommes, et non pas fondées en terre ferme, sur roc, mais bien filant sur l'océan, dix nœuds à l'heure... Etait-il donc plus facile de loger mille huit cents hommes au milieu de l'océan, à six cents lieues de toute côte, de construire des forteresses flottantes, que de loger dans une construction unitaire dix-huit cents bons paysans en pleine Champagne ?
Nous avons vu que presque toutes les utopies se situaient dans des îles. L'île ets un monde refermé sur lui-même. Le paquebot, monde encore plus clos, ne pouvait que séduire le splus modernes utopistes. Avec ses horaires stricts, ses réfectoires, ses dortoirs, son commandant « maître à bord après dieu », ses loisirs organisés, quel plus beau modèle pourrait-on trouver pour la cité industrielle !
Lorsque Considérant préconise « au premier rang de la ville industrielle une lignée de fabriques, de grands ateliers, de magasins, de greniers de réserve », il anticipe encore sur la théorie de « la ville linéaire industrielle » de Le Corbusier. Le Corbusier avait-il lu Fourier et Considérant ? Les rencontres sont trop grandes pour qu'il puisse s'agir d'une coïncidence. Jusqu'à une date très récente, la pensée de socialistes dits utopiques resta si méconnue que Le Corbusier put sembler le seul auteur génial d'un très grand nombre de théories dont il était seulement le catalyseur moderne. Un autre grand catalyseur, Karl Marx, semblait aussi avoir inventé le socialisme. Mais Marx a puisé dans Saint-Simon, dans Fourier, dans Cabet pour élaborer ce qu'il a appelé, pour le différencier de celui de ses prédécesseurs, le « socialisme scientifique ». Alors que les premiers socialistes voulaient, dans un élan messianique, affranchir non pas une classe déterminée, mais l'humanité tout entière, Marx incarne le socialisme dans la seule classe ouvrière. Le socialisme doit être l'expression de la classe ouvrière, comme le capitalisme a été l'expression de la bourgeoisie. Mais, par la même, alors que les premiers socialistes abominaient la bourgeoisie, Marx la réhabilite en lui reconnaissant une mission historique de la fin du Moyen Age au début de la Révolution industrielle. D'usurpatrice, la bourgeoisie devient « un moment de l'histoire ».

Contrairement à la plupart des socialistes dits « utopiques », Marx se refuse à déterminer à l'avance la forme de la « ville socialiste » de l'avenir. Et, sur ce point, il rejoint la pensée de l'anarchiste Kropotkine qui repoussait tout urbanisme décidé dans l'abstrait en disant : « On ne légifère pas l'avenir ». Les formes de la cité nouvelle, disait Kropotkine, ne pourront se déterminer que par elles-mêmes. « Tout ce que l'on peut, ajoutait-il, c'est en deviner les tendances essentielles et leur déblayer le chemin ».
Engels, dans sa Question du logement, écrit en 1872, se rapproche curieusement des socialistes utopiques en se montrant résolument « désurbaniste ». Le but de la société communiste, écrit-il, est de supprimer l'opposition entre la ville et la campagne. « Les premiers socialistes utopiques modernes, ajoute Engels, l'avaient parfaitement reconnu. Dans les constructions modèles d'Owen et de Fourier, l'opposition entre la ville et la campagne n'existe plus. Ce n'est pas la solution de la question du logement qui résout du même coup la question sociale, mais bien la solution de la question sociale, c'est à dire l'abolition du mode de production capitaliste, qui rendra possible celle de la question du logement. Vouloir résoudre cette dernière avec le maintien des grandes villes modernes est une absurdité. Ces grandes villes modernes ne seront supprimées que par l'abolition du mode de production capitaliste... La suppression de l'opposition entre la ville et la campagne n'est pas plus une utopie que la suppression de l'antagonisme entre capitalistes et salariés... Seule l'existence des villes, notamment des grandes villes, y met obstacle ».

Cette idée de désurbanisme, absolument nouvelle, exprimée à la fois par Proudhon, par Kropotkine et par Engels, s'oppose à toutes les visions des autres utopistes qui ont toujours dans leur point de mire la vile, la très grande ville conçue comme une entité, comme une unité, comme un système unitaire. Pour tous les utopistes, à part ceux-là, la ville est le lieu de la perfection absolue et, par là même, du pouvoir absolu.
Mais dans aucun pays socialiste l'abolition du mode de production capitaliste n'a entrainé la suppression des grandes villes. Une même tendance à la croissance que dans les pays capitalistes peut au contraire s'y remarquer. C'est une société basée sur des principes de production et d'un progrès toujours amplifié de la production, produit les mêmes effets urbanistiques dans un Etat socialiste que dans un Etat capitaliste. C'est aussi que les prétendus disciples de Karl Marx n'ont pas appliqué son principe du dépérissement de l'Etat. Les grandes villes, nous l'avons vu, étant aussi le résultat des concentrations étatiques, l'image du pouvoir gravée sur le sol, il ets difficile qu'elles dépérissent si l'Etat demeure centralisé. Une société sans ville serait une société où tput pouvoir politique aurait disparu. Autrement dit une société arrivée à un degré de maturité si exemplaire qu'à « l'administration des hommes se serait substituée l'administration des choses », pour reprendre la formule marxiste. Mais n'est-ce pas là ouvrir une autre porte de l'utopie ?



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