"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 1 novembre 2013

MULTICULTURALISME CONTRE INTERNATIONALISME (une annihilation permanente de la classe ouvrière)



«Il y a quelques années, un beau film appelé Intolérance fit un succès sur les écrans. Dans un raccourci de l’histoire et de ses luttes tragiques, il voulait mettre en valeur la thèse selon laquelle l’origine de tous les maux humains et de toutes les tragédies sociales résidait dans un fait intellectuel et moral, l’incompréhension, la dure obstination à ne pas admettre et ne pas respecter les opinions d’autrui. Thèse apte à émouvoir le parterre, thèse totalement cohérente avec la littérature laïque et la libre-pensée ! C’est cette position que le marxisme a voulu renverser une fois pour toutes. Ce n’est pas la tolérance qui fait cheminer le monde. Elle soumet et attache les classes opprimées et soumises au conformisme des privilégiés. L’histoire s’ébranle quand le troupeau humain s’écarte des illusions de la tolérance. Peu d’hommes sont des loups pour l’homme, trop sont des moutons. Les dominations de classe vacillent lorsque, dans le processus des formes organisées de la production, de violentes incompatibilités avec les engrenages traditionnels poussent l’avant-garde d’une classe jusqu’alors à genoux à se débarrasser de l’hypocrisie de la tolérance, pour emprunter la grande et intolérante voie de la Révolution ».
 BORDIGA (1949)      


Sans que l’on s’aperçoive d’un début ou d’une claire démarcation dans l’histoire de la société moderne une idéologie s’est imposée, comme si elle était de toute éternité et indiscutable : l’idéologie multiculturaliste, certes importée et fabriquée par de lointains cercles intellectuels, et devenue religion d’Etat laïque, polythéiste, antiraciste, antifasciste, donc résolument moderne et conviviale. Pas si conviviale qu’elle n’en a l’air puisqu’elle suscite d’abord des réticences, étonnements et ensuite mises en cause pas toujours clairvoyantes. L’identité multiculturaliste il faut le dire d’emblée a remplacé globalement les intérêts de classe distincts. Elle constitue une gigantesque diversion face à la nature réelle (internationaliste) du prolétariat, en prétendant le bafouer sur son propre terrain historique de transformation de la société. Elle est en réalité un fractionnement, une balkanisation généralisée de la société. Les élites ont placé au premier plan le « culturel » ou « cucultuel » qui est d’essence de domination de la classe bourgeoise par excellence. Dans le domaine culturel, le prolétariat, du fait qu’il est soumis à l     a subordination économique, se voit interdit de toute participation à la production culturelle et par conséquent avec la nouvelle morale « multiraciale » qui va avec. Selon le marxisme considéré comme passéiste et dégénéré par les élites dominantes, le prolétariat comme classe exploitée universellement inclut évidemment les immigrants de travail, pas les rentiers ou voyous en vadrouille. Dans le cadre du multiculturalisme – philosophie post-socialiste - le scandale n’est plus lié aux rapports de production mais à la tolérance antiraciste. Au nom de la considération non plus des classes sociales mais des ethnies, la bourgeoisie moderne proclame l’indifférenciation tout autant qu’une différentiation hypocrite où défilent des catégories vagues: couches moyennes, couches paupérisées, femmes, homosexuels, etc. Un nationalisme culturel se marie avec un antiracisme progressiste. Le multiculturalisme ne prétend pas s’attaquer aux structures économiques hiérarchisées économiques et politiques qui produisent les inégalités de classe. Des réaménagements superficiels qui ont la prétention de « révolutionner les mentalités » occupent régulièrement les unes de l’actualité bourgeoise. Les campagnes idéologiques ininterrompues ne suppriment en réalité aucunement les différences, les clivages de « races », de fortune, de condition sociale. Au contraire elles les aggravent : les noirs se sentent encore plus noirs, les femmes encore plus muselées et battues. La classe ouvrière est désormais une classe d’exclus par carence culturelle ; il faut remonter à la féodalité pour retrouver un tel mépris des « manants » ; même les nazis n’osaient pas ainsi dauber les travailleurs. La classe ouvrière, limitée aux derniers bastions d’industrie concentrée, est présentée comme une classe consumériste, déficiente philosophiquement pour ne pas dire moralement, qui ne devrait pas se plaindre puisqu’elle bénéficie d’un traitement de faveur dans la redistribution des leçons de… morale « citoyenne » indifférenciée. Sans parler des chômeurs qui bénéficient de la « charité publique ». On mesure avec ce terme combien l’hyménée entre l’Etat et les diverses cliques religieuses sert à déconstruire toute opposition politique de classe face à la prééminence de l’évaluation culturelle des dominants, qui, comme on le verra dans la deuxième partie, planifie une ghettoïsation générale du magma multiculturaliste ; et enfin, dans la troisième partie, comment ce mariage de l’obscurantisme et du profit sans fin aboutit à réinstaurer les pires conditions d’exploitation, en confirmant les prolétaires dans un sentiment d’impuissance et de malheur.

1.       LA MUTATION MULTICULTURELLE :

« Dans tous les pays avancés, patrons et hauts fonctionnaires internationaux, intellectuels médiatiques et journalistes de haute volée se sont mis de concert à parler une étrange novlangue dont le vocabulaire, apparemment surgi de nulle part, est dans toutes les bouches : « mondialisation » et « flexibilité » ; « gouver­nance » et « employabilité » ; « underclass » et « exclu­sion » ; « nouvelle économie » et « tolérance zéro » ; « commu­nau­tarisme », « multicul­turalisme » et leurs cousins « post­modernes », « ethnicité », « minorité », « identité », « fragmen­­tation », etc. ». [1]
La nouvelle doctrine est venue évidemment de la principale puissance planétaire, les Etats Unis, ancienne colonie qui a connu, au cours de son évolution capitaliste, une successive et incessante arrivée massive d’immigrants de tous les pays. Sans jamais modifier les rapports de classe ni mettre fin aux inégalités sociales sexistes et raciales, la bourgeoisie américaine a pris le relais de la britannique face au danger communiste du début du siècle dernier par l’affirmation du libéralisme comme « valorisation de la diversité », qui est devenu en effet un « multiculturalisme d’Etat » avant que les plus vieilles nations européennes n’en prennent la mesure et l’intérêt indéniable pour la paix sociale, ou même l’impuissance sociale et politique des désavantagés des classes inférieures. Ce n’est pas le moindre culot des anciennes puissances coloniales, à la suite des guerres du Vietnam et d’Afghanistan, d’avoir inventé ce « droit à la différence » qui suppose une repentance formelle des exactions passées lors du pillage colonial et qui efface de la mémoire le développement inégal du capitalisme et son caractère profondément décadent.
Le prolétariat assimilé au stalinisme n’était-il pas au pouvoir « intolérant » ? N’a-t-il pas pour héritier naturel le terrorisme opaque qui justifie toutes les politiques d’armement sophistiqué et l’omniprésence policière physique et informatique ?
Dans la fragmentation des identités, toute revendication de classe ne peut être considérée que comme égoïste et ringarde. Le multiculturalisme considère toute contestation comme forcément raciste et nationaliste. Le multiculturalisme détient désormais le monopole de « l’humanité ».
Le multiculturalisme a fait sa première apparition dans l’espace public français en 1978 selon Dimitris Parsanoglou[2], dans l’affiche du Comité de liaison alphabétisation et promotion (Clap) avec la formule : « Vers une société multi­culturelle – vivre ensemble, c’est possible. A bas le racisme, cultivons les différences ». Néanmoins, il a d’emblée été perçu comme un produit d’outre-Atlantique récemment importé en Europe. Ainsi, toute référence au multiculturalisme s’effectue en comparaison avec le système politique et les conditions socioculturelles des Etats-Unis ».
Cette idéologie trouve immédiatement des relais intellectuels en France
 « Expression forte de l’État-nation, société nationale très intégrée, est attachée à des valeurs républicaines et au principe de la laïcité […] résiste à toute reconnaissance des particularismes culturels dans la vie politique, où elle ne veut connaître que des individus-citoyens. Elle ne peut donc traiter les différences culturelles de la même manière que d’autres pays, dont la tradition politique est plus ouverte, qu’il s’agisse par exemple du système des “piliers” de la Belgique ou des Pays-Bas, ou de la place des lobbies dans le système américain»[3].
L’auteur note d’emblée la difficulté de définition du multiculturalisme s’ajoute la polymorphie et l’hétérogénéité du discours multiculturaliste. La recherche fournit une pléthore d’adjectifs qui peuvent être accolés au terme multiculturalisme : managed, corporate, consumerist, ludic, imperial, critical, resistance, transformative, revolutionary, insurgent, thin/weak, thick/hard, militant, maximalist, liberal, fluid, left-liberal, civique, conservative, pluralist, left-essentialist, egalitarian, democratic, encyclopedic, difference etc. Jan Nederveen Pieterse énumère ainsi 47 types de multiculturalisme. Nous ne présenterons ici que certains de ces types – les plus importants – afin de rendre compte de cette diversité ».
Nous n’allons pas reprendre la longue série des sortes de multiculturalisme qu’analyse l’auteur, mais nous ne pouvons qu’être frappé par son aspect, non pas humanitaire mais très « commercial » dans ses premiers balbutiements encore imperceptibles dans les médias, même s’il ne l’attribue qu’au « managed culturalism » : « … la préoccupation principale est l’exploitation de la valeur potentielle de la différence. Le multiculturalisme managé a comme prétention la gestion la plus efficace, en termes de rentabilité économique, de la diversité culturelle. Comptant parmi les principes les plus centraux du management des entreprises multinationales, le corporate multiculturalism est une sorte d’ « évangile » pour la meilleure diffusion des produits de consommation. L’effet Benetton, Coca Cola ou CNN exploitent la diversité à travers sa commercialisation extrême dans un espace économique de plus en plus mondialisé. D’où l’entraînement et le recrutement par certaines entreprises multinationales des cadres d’origines culturelles différentes, spécialisés dans la promotion de produits dans des marchés culturellement diversifiés ».

« Le multiculturalisme libéral qui prône le respect – ainsi que la reconnaissance politique – de la différence culturelle va de pair avec l’insistance sur les principes politiques libéraux qui sont par essence universalistes. Ceci implique l’existence d’une culture qui s’enrichit d’éléments différents. La question cruciale reste toujours l’unum de ce E pluribus unum qui prédomine dans l’idéologie nationale américaine tout au long de son histoire ».

Le premier élève du multiculturalisme a été le Canada qui depuis 1976 se veut officiellement multiculturaliste.

Le philosophe canadien Kymlicka distingue deux types de sociétés : les sociétés multinationales et les sociétés multiethniques. Au sein des premières, existent des minorités nationales, à savoir des populations autochtones : les sociétés post-coloniales (Etats-Unis, Canada, Australie et d’autres) servent d’exemple. Ces minorités méritent, selon Kymlicka, des droits particuliers parce qu’elles sont territorialement concentrées, elles ont une culture plus ou moins structurée et elles sont souvent protégées par des traités internationaux. Le second type de sociétés sont celles qui « accueillent » des immigrés ; pour ces derniers Kymlicka suggère qu’ils ont abandonné volontairement leurs pays et par conséquent le droit à leurs cultures. Donc, il reconnaît à la société libérale le droit de « forcer » les immigrés de respecter la culture de la société d’accueil (to compel respect) ». Or comme le note justement Dimitris, l’immigration n’est jamais un choix volontaire mais une contrainte économique pour les prolétaires, et une aventure très dangereuse comme chaque jour nous le confirment les drames au large de Lampedusa.
Arrêtons-nous un instant sur l’intéressante réflexion de Dimitris concernant le « multiculturalisme essentialiste de la gauche » : « Ce type de multiculturalisme traite la différence comme une essence, indépendamment de l’histoire et des transformations culturelles. Il s’agit de ce que Paul Gilroy appelle un « radicalisme de racines » (roots radicalism) ou « absolutisme ethnique » qu’embrassent certaines variantes gauchistes de multiculturalisme. Il s’agit d’un multiculturalisme qui se veut cultivé et propagé par le bas, sans avoir la prétention d’arriver à des formulations générales voire sociétales. Le souci principal – souci d’ailleurs partagé par les multiculturalistes critiques – est le renforcement (empowerment) des groupes minoritaires concernés ». Il y adjoint le « multiculturalisme critique » : « Issus du milieu contestataire de divers mouvements sociaux qui ont émergé aux Etats-Unis pendant les années 1960-70 et inscrits dans le mouvement de la « théorie critique », des intellectuels « progressistes » prétendent rénover cette dernière. Leurs principales sources d’inspiration sont le néo-marxisme de l’École de Francfort, le post-structuralisme de Foucault et le déconstructionnisme de Derrida ». Les « multiculturalistes critiques » lient la question de la différence culturelle à la distribution du pouvoir et des ressources. Dans ce cas, la préoccupation principale n’est plus la seule célébration de la différence mais le renforcement des groupes opprimés. Si l’oppression – terme privilégié par rapport à la notion de domination qui renvoie aux théories structuralistes – n’est pas un thème nouveau (c’était un point de repère pour les chercheurs marxistes), ce sont en revanche les outils analytiques qui le sont. Le concept de classe sociale, prédominant dans les analyses des années 1960-70, est remplacé par d’autres concepts / catégories (race, ethnicité, genre, etc.) ou leur est associé ».
Très pertinent, et cela va nous permettre de répondre à la critique du gauchisme par les identitaires et les théoriciens de l’extrême droite[4]. Un canadien, Jérôme Blanchet-Gravel croit avoir décelé un reniement du gauchisme, ce qu’il nomme mutation, où le gauchisme ne serait plus ce qu’il était dans sa collusion avec la grande foire multiculturaliste :
« Le marxisme entendait donc lui aussi faire table rase d'un passé religieux qu'il considérait comme révolu et oppressant. Avec raison, les marxistes considéraient la religion comme un instrument destiné à assujettir les populations et à maintenir celles-ci indéfiniment dans un état d'ignorance. Toutefois, une grande mutation a eu lieu. Le gauchisme, par sa nouvelle adhésion inconditionnelle au multiculturalisme, semble maintenant avoir plus en commun avec la droite économique qu'avec une certaine gauche d'autrefois. La gauche mise dorénavant sur des libertés individuelles qui ont toujours été perçues par les socialistes à travers l'histoire comme des caprices idéologiques que réclamait la bourgeoisie industrielle. Le refus du collectif - de l'unité - de la nation - illustrés par l'aversion des intellectuels de gauche envers le projet laïque québécois, contraste beaucoup avec les visées révolutionnaires des siècles derniers. Autrement dit, la gauche s'est profondément métamorphosée. Son opposition au projet de Charte des valeurs québécoises traduit la montée d'un «islamo-gauchisme» qui ne cadre absolument pas avec ce qu'elle a déjà été. Des partisans de Québec solidaire brandissent aujourd'hui le spectre de la haine de la religion tandis que des féministes qui se sont battues aux côtés des marxistes encouragent officieusement le port du voile pour les femmes au service de l'État québécois. L'image en dit long. Si la gauche n'y voit pas d'incohérence, qu'elle persiste à s'opposer au projet : qu'elle assume.
Le gauchisme n'est plus ce qu'il était et ses adhérents devront l'admettre et le réaliser ».
L’extrême gauche n’est plus en effet que la concurrente de l’extrême droite dans une perpétuelle recherche d’un coin des médias pour grappiller des parcelles de pouvoir, au niveau syndical, le temps d’une campagne électorale, sur un plateau de télévision. Au temps du stalinisme, le gauchisme avec ses variantes trotskiennes et anarchistes, prétendait se battre pour un projet socialiste mondial, mais en n’étant que la mouche du coche stalinien c'est-à-dire à la remorque de la fraction capitaliste d’Etat régnant dans les zones arriérées. Le gauchisme trotskien (cf. dit de la IVème Internationale) surtout estudiantin soutenait déjà les catégories : les libérations nationales fumistes, le black power, le féminisme etc. Sa lutte pour le pouvoir, pour « renverser le capitalisme » n’était qu’une pitoyable farandole incrédible et qui n’abusa jamais la masse du prolétariat. Si mutation il y eût que cet auteur nous permette de la juger comique : après avoir tant conspué le méchant impérialisme US, ils ont tous fini, y compris les restants de leurs « comités centraux » par se dissoudre dans la nouvelle idéologie américaine bâtie, il faut le prendre en compte, après la grande peur du prolétariat en action de la fin des années 1960 aux années 1980. La montée en mayonnaise de la Shoah en avait été d’ailleurs le prolégomène. Mutation ne veut pas dire changement de place dans l’idéologie bourgeoise. Que les fils des « porteurs de valise » en Algérie soient devenus les porteurs d’eau de l’idéologie multiculturaliste ne signifie pas qu’ils auraient abandonné un combat révolutionnaire. Ils se sont adaptés aux nouvelles modes idéologiques de leur classe d’appartenance, tant les floués de base réduits à une retraite dérisoire que les parvenus qui ont fait carrière dans les oligarchies « socialistes ». Ils restent la mouche du coche bourgeois et ils croient pouvoir en être fiers. Avec leur faire-valoir de l’extrême droite ils n’aiment jamais tant qu’à jouer les procureurs et les donneurs de leçon, au service de n’importe quelle minorité « opprimée » ou même de leur tolérance néo-marxiste pour des religions bien installées et complices dans l’Etat bourgeois comme on le verra dans la partie suivante avec l’exemple de l’Etat italien[5].
Revenons à Dimitris qui va abonder dans notre sens lorsqu’il continue à traiter des « multiculturalistes » gauchistes (critiques), où l’on retrouve leur même position que face au stalinisme ou en faveur de tous les gangs insurrectionnalistes des barbus tiersmondistes : « … la préoccupation principale n’est plus la seule célébration de la différence mais le renforcement des groupes opprimés (…) Le concept de classe sociale, prédominant dans les analyses des années 1960-70, est remplacé par d’autres concepts/catégories (race, ethnicité, genre etc.) ou leur est associé ».
Mais il va plus loin, s’appuyant sur divers auteurs, et confirme la démarche intellectuelle abstraite typique de cette fraction de la petite bourgeoisie (enseignante et libérale), en relevant sa prétention « culturelle » - vieille réminiscence de la fameuse hérésie léniniste « la conscience apportée de l’extérieur » - à la remorque du tournant culturel des « sciences sociales » à la fin des années 1970 : « Ce « processus révolutionnaire » a détrôné le paradigme précédent, fondé sur le concept de classe sociale, pour un nouveau paradigme où prédomine celui de culture »[6].
« Dorénavant, la structuration des sociétés du monde occidental n’est plus déterminée par les rapports de production, mais par les rapports culturels, entendus par la plupart des chercheurs multiculturalistes comme ethniques. Le poids des facteurs socioculturels s’accroît dans la définition de l’espace social. (…) Une conséquence directe de ces déplacements est le remplacement de la notion d’inégalité par la notion de différence. Par conséquent, ce qui divise les groupes – conçus comme des groupes culturels et non plus comme groupes sociaux – c’est la différence entre eux. Sous le prisme d’un pluralisme culturel abstrait basé sur la tolérance mutuelle – celle-ci, à son extension logique, implique la tolérance des groupes opprimés face aux points de vue dominants – la domination reste hors du débat. L’inégalité et la hiérarchisation qui régissent les rapports sociaux s’effacent progressivement en vertu de l’utilisation du concept de culture ».
Même si cet auteur n’est pas marxiste, et partisan d’une démocratie tempérée, sa conclusion est sans équivoque en citant un autre auteur : « Ceux qui diffusent ces idées appartiennent à « une nouvelle élite cosmopolite et globalisée » qui fait elle-même l’expérience d’un « agréable cosmopolitisme culturel » lequel s’accompagne pourtant d’un « effrayant cosmopolitisme écono­mique ». L’ONU avait proclamé 1993 « l’année des peuples indigènes ». Le slogan officiel pour l’intégration politique de l’Union européenne est « l’Unité dans la diversité » en référence à l’ancien Barbariste JF Lyotard : «Ce double processus, qui inscrit la particularité dans la globalité et inversement, entraîne des résultats radicalement opposés à ceux du nationalisme du XVIIIe, du XIXe, et d’une grande partie du XXe siècle. Le mouvement universaliste se dirige cette fois-ci vers l’extérieur tandis qu’à l’intérieur, on constate une diversi­fication et fragmentation de plus en plus accentuées. Les identités culturelles déviantes des « canons » nationaux, s’élèvent au niveau international et se présentent comme une valeur positive, unani­mement acceptée ».
Nous devons travailler à mieux comprendre : « … les contradictions du multiculturalisme tel qu’il est fabriqué principalement par les intellectuels : une vision du monde qui a été élaborée dans les universités – surtout américaines – mais qui, désormais, s’efforce d’envahir les espaces publics dans tous les coins de la planète. Il s’agit, certes, d’un travail considérable mais il s’avère pourtant indispensable si nous voulons comprendre les vraies raisons qui nous ont conduit à l’idée que notre monde n’est plus celui que nous avons connu ».
Non ce monde n’est pas vraiment différent de celui que nous avons connu et justement parce qu’il continue à dénier toute existence et projet politique au prolétariat en l’empêchant de se reconstituer par l’idéologie multiculturaliste qui a supplanté le poids paralysant du stalinisme, mais avec le même dogmatisme au service de la bourgeoisie.

2     
2. Une nouvelle religion d’Etat :

La gouvernance du territoire national par l’Etat obéit à son tour à des politiques liées à l’idéologie en vogue. On se rappelle les projets de politique de la ville par les Tapie et Borlo, à la suite de la crise dans les grands ensembles qui a vu la destruction de grandes barres d’immeubles « anxiogènes » des sixties favorisant concentration de la misère et émeutes. A notre petite échelle nous ne savons rien des grands projets territoriaux concoctés par les services bureaucratiques de l’Etat. On découvre un projet d’autoroute ou des constructions bizarres au détour d’une rue. Me rendant dernièrement au cimetière du village où ont vécu mes parents mon attention fût attirée par une rangée de maisonnettes neuves style HLM à niveau humain, où jouaient dans la rue des petits enfants noirs en majorité. J’étais étonné connaissant la mentalité des gens du Loiret. Egalement en banlieue éloignée du sud de Paris j’avais aperçu ce type de logements dans des recoins paumés habités surtout par des paysans avec une population noire. Puis je suis tombé sur Atlantico sur un article d’un professeur, Pierre Vermeren :
« Depuis les années 2000, la Bretagne, qui était jusqu’alors la région la moins concernée de France par l’immigration internationale, est en passe de rattraper son retard. Sous l’influence des élus locaux des grandes villes, soucieux d’étendre le multiculturalisme, et de la politique du Ministère de l’Intérieur, qui répartit la charge migratoire annuelle dans les départements de faible immigration, les grandes villes bretonnes (Nantes, Rennes, Brest, Saint-Brieuc…) sont désormais dotées de solides communautés migrantes maghrébines, afro-antillaises et est-européennes. Au moment où une partie de la population des bourgs, faute d’emplois, tente de refluer vers des capitales régionales en crise, la concurrence s’exacerbe pour le logement, les aides et l’emploi. La situation pourrait allègrement faire basculer politiquement la région, et gonfler un vote Front national jusqu’alors très faible, ainsi que le pointe le géographe Christophe Guilluy,  voire un régionalisme identitaire attisé par d'autres forces (en février 2013, un sondage pour Bretons Magazines vite enlevé des kiosques indiquait que 18% des sondés Bretons se prononçaient pour l'indépendance…). Chômage, crise agricole, industrielle et culturelle, résistance fiscale et écologique, incompréhension de l’Etat jacobin, déchristianisation, la lutte des Bonnets rouges est sans conteste un signal périlleux pour les autorités nationales et locales en place ».
Pour mettre fin aux ghettos encourager « la diversité », l’Etat crée ainsi d’autres ghettos certes éparpillés. On va voir avec l’exemple de l’Italie en quoi il ne fait qu’encourager la pagaille.
Alessandro Ferrari[7] explique d’abord comment l’Etat s’est ouvert aux religions. Sur Atlantico un Christophe Bouillaud expliquait déjà le rôle de l’Eglise : « L'intégration des immigrés a largement été laissé à la "société civile". L'Église catholique italienne est à la source de certaines filières d'immigration, comme celle très célèbre désormais des Philippins. L'ensemble du monde associatif catholique, en particulier la Caritas qui a longtemps produit les chiffres qui font autorité sur l'immigration, s'est mobilisé. Les entreprises qui, dans les années 1990-2000, ont demandé de la main d’œuvre, sont aussi une source forte d'intégration. On a pu remarquer non sans amusement que les petits patrons, "racistes et xénophobes" en parole, de la Vénétie traitaient plutôt bien les ouvriers africains qu'ils employaient, en leur trouvant parfois un logement par exemple. De fait, dans ces années 1990-2000, la société civile avait un réel besoin d'immigrés, pour faire tourner les usines, s'occuper des personnes âgées, servir dans un fast-food, etc., d'où une intégration plutôt facile en fait. L'État italien n'a fait en fait qu'entériner par des lois ce que la société avait en pratique décidé. S'il n'y a personne pour s'occuper de votre grand-mère qui est incapable de vivre seule, vous êtes bien content d'avoir une immigrée moldave ou roumaine d'une cinquantaine d'années pour s'occuper d'elle. Les immigrés sont venus  pour travailler dans une société qui manque de jeunes prêts à assumer des tâches ingrates et mal payées – comme dans les années 1960-70 en France. Probablement, avec la crise économique, les choses vont devenir plus compliquées. A ma connaissance, les immigrés ne repartent pas massivement comme ils le font depuis l'Espagne. Comme toujours en Italie, il faut aussi faire des distinctions régionales : il vaut sans doute mieux être un immigré qui travaille pour l'industrie en Vénétie que dans l'agriculture en Calabre ou en Sicile... ».
Maryse Bresson qui décrivait la « boboisation violente » des grandes villes estimait elle que : « Les politiques de logement ayant permis et même encouragé les regroupements par « préférence sociale », ont aussi une part importante de responsabilité ».
En Italie donc, les politiques ont concrétisé le « vivre ensemble » avec l’imposante confrérie catholique toujours mais aussi avec les « nouveaux acteurs culturels des divers courants de l’islam ». La reconnaissance de ces acteurs est toujours faite d’en haut par l’Etat qui les bombardent « interlocuteurs privilégiés ». « Privilège » accordés aux diverses religions comme représentant la seule altérité face à l’Etat enfermant ainsi tous les citoyens dans des catégories religieuses = fin de l’homo economicus, place à l’homo religiosus ! Dans ce partenariat étatique domine bien sûr la traditionnelle confrérie catholique. Les différentes cliques religieuses qui fonctionnent structurellement aux frais de l’Etat sont présentes dans tous les secteurs de la société civile : écoles hôpitaux, armée, police, prisons, sans oublier le monopole des médias publics et privés[8]. La « diversité » reconnue par l’Etat n’est qu’un meilleur cloisonnement de l’ordre social. L’Etat est à l’écoute des gangs religieux qui crient le plus fort, c’est une « constante du pluralisme contemporain » !
La discrimination constante de la classe ouvrière passe complètement inaperçue, simplement parce qu’elle est devenue illisible en dehors du discours généraliste qui en réfère à « l’égalité des religions », le droit à « l’identité religieuse » d’une société multiculturaliste. On parle même de « classe musulmane ». L’auteur nous narre la tentative, à Milan, de regrouper des jeunes filles d’origine arabe au sein d’une classe spécifique d’un lycée[9]. Il faut donc prendre note d’une érosion de la séparation des sphères civile et religieuse.
L’accompagnement des « transformations de la société » visant à offrir l’égale « liberté de tous les cultes » va même par exemple jusqu’à imposer un laxisme juridique, « protection pénale du sentiment religieux » : « après avoir démantelé le seul privilège du centre catholique le parlement a institué la jurisprudence du « droit tempéré » pour « assurer l’intégration plus que l’interdiction-exclusion ». Ainsi avait été toléré longtemps l’excision comme « coutume très répandue dans certaines communautés » ![10]
Au niveau de la politique territoriale du logement, comme en France, il y a une collaboration directe des édiles des régions à l’implantation du multiculturalisme avec une programmation de « politiques d’intégration » avec ceux des villes « les plus stables » : « par un lien permanent entre appareils bureaucratiques et personnel politique ». Mais au niveau national au pays du truand Berlusconi règne l’absence d’une politique claire sur l’immigration. Localement tout est possible : attribution d’un jour de congé pour la fin du ramadan ou la nouvelle année chinoise[11].
Certaines régions se prononcent, dans le cadre multiracialiste, pour le droit de vote aux immigrés résidents tartufferie évidemment soutenue par les élites gauchistes qui font croire que l’électeur peut jouer un rôle et afficher son avis quand les autochtones savent déjà qu’on choisit les candidats à leur place et qu’ils n’ont aucun moyen de leur demander des comptes une fois dans la place.
L’Etat italien est plus américanisé que le français, considérant que « la religion ne peut pas être considérée comme une affaire privée ». Mais le crucifix étant maintenu dans les écoles italiennes, cela n’attriste pas notre auteur qui pense que, ainsi, cela devrait permettre à terme le port du voile islamique par les élèves ou les enseignants ! Tout ce folklore religieux qui dissout si bien au quotidien toute identité de classe exploitée !
La conception multiculturaliste est donc la seule vraiment universaliste contre « l’étroitesse identitaire » du prolétariat. La loyauté étatique des confréries religieuses n’est-elle pas le meilleur antidote contre la dangerosité prolétarienne ? Preuve que ce multiculturalisme est de « gauche », il suffit de le poser face à la Ligue du Nord qui réclame, non pas la défense de l’identité de classe (c’est ringard) mais les véritables « racines culturelles et religieuses ethnicisées et purifiées ». L’Etat multiculturaliste (mais bien paternaliste) lutte contre « les pathologies sociales », les « pulsions nationales » « les prurits sociaux », contre la laïcité « séparatiste » qui limite le « pluralisme » multiracial et multireligieux. Ne défend-il pas la forme évoluée de la « société multiculturelle contemporaine », car, comme tout italien unifié tardivement Alessandro Ferrari, de l’Ecole des hautes études en sciences sociales,  estime que « sous les cendres de l’Etat n’existe même plus la nation ». Alors vive le multiculturalisme et le football à gogo ?

3  3. L’ENVERS DU MULTICULTURALISME

Ce multiculturalisme triomphant qui prétend accomplir le paradis sur terre éclate littéralement dans la réalité et pour ne pas t’ennuyer lecteur je ferai simplement référence au drame de Lampedusa et aux incroyables conditions d’exploitation à Sotchi, la riviera russe. Il y aurait des livres à écrire sur les conditions terribles qui sont réservées aux immigrés du monde entier comme les massacres par les cartels de la drogue au Mexique, les razzias en Afrique etc. La cruauté du monde capitaliste est d’autant plus honteuse qu’il prétend ouvrir des portes multiculturalistes et qu’en réalité elles se referment partout avec des mâchoires sanglantes.
Le cas de la Russie n’est pas un modèle d’application studieuse du multiculturalisme, mais tous les pays européens expulsent aussi sans ménagement « une fois qu’ils n’ont plus besoin des surexploités » qui, eux-mêmes sont déconsidérés par leurs frères de classe « autochtones », vus comme des identités concurrentes dans le chaos capitaliste où n’a jamais mieux régné le diviser pour régner et où personne n’entrevoit de solutions sous les polémiques stériles de bateleurs de foire électorale.

SUREXPLOITATION DES TRAVAILLEURS IMMIGRÉS CHEZ POUTINE

Comme en Grèce comme en Angleterre les travaux olympiques pharaoniques, en l’honneur du grand ami d’Hitler de Coubertin, sont un gouffre financier pour la Russie, mais surtout une honteuse politique d’extermination des prolétaires employés temporairement et jetés à la poubelle. Plusieurs sources d’information ont fait état de la volonté des autorités locales « d’éliminer de toutes les façons ces travailleurs devenus inutiles ». Et tout ce beau monde des  multiculturalistes du monde entier s’apprête à faire la fête sur le cadavre de ceux qui gisent au fond des mers et l’humiliation des « travailleurs forcés » temporaires.
En septembre 2013, Alexandre Tkatchev, le gouverneur de la région de Krasnodar, dont Sotchi fait partie, avait appelé à la création de "brigades d'intervention" composées de policiers, d'hommes des services de l'immigration et de volontaires pour "nettoyer" les rues de la ville à quelques mois des JO, du 7 au 23 février 2014. Au cours des "rafles" qui ont suivi, des centaines de personnes ont été interpellées, "pour la plupart des travailleurs immigrés dont beaucoup ont été ciblés en raison de leur apparence non slave", déplore HRW. "Il est scandaleux que des travailleurs immigrés qui ont aidé à construire les nouvelles enceintes olympiques se retrouvent en détention et expulsés" pour avoir  prétendument séjourné irrégulièrement en Russie, a critiqué Jane Buchanan, directrice de HRW pour l'Europe et l'Asie centrale. Ces opérations se sont poursuivies alors même qu'une délégation du Comité international olympique se trouvait à Sotchi fin septembre pour une dernière visite d'inspection, a-t-elle ajouté, appelant le CIO à dénoncer de telles méthodes. En ce moment, "les tribunaux à Sotchi prononcent tous les jours 15 expulsions", affirme M. Simonov, estimant que les autorités cherchent ainsi à "obtenir le soutien de la population, et en particulier des nationalistes", à l'approche des JO. Ces opérations témoignent de la montée des sentiments anti-immigrés et ultranationalistes en Russie, à l'image de celles lancées à la mi-octobre par la police de Moscou au lendemain d'émeutes xénophobes après le meurtre d'un jeune Russe par un homme originaire d'Azerbaïdjan. Plus de mille personnes avaient été interpellées en une journée sur un marché de gros où travaillent essentiellement des immigrés d'ex-républiques soviétiques d'Asie centrale et du Caucase.

Le projet "Olympstroï" supervisé par Poutine en personne et dont le coût pharaonique est évalué aujourd’hui à plus de 47 milliards de dollars au lieu des 10 milliards prévus, a été critiqué par de nombreuses ONG de défense des droits de l’homme ou écologistes. Human Rights Watch a notamment dénoncé en août une série d’abus et interpellé le CIO et les autorités russes. Selon cette ONG, les ouvriers immigrés qui travaillent sur les chantiers des Jeux seraient victimes de nombreuses violations de leurs droits sociaux (non-respect des heures de travail, versement aléatoire des salaires), des familles auraient aussi été expulsées de manière arbitraire et sans compensation équitable de leurs terrains afin de permettre la construction des infrastructures sportives
Depuis 2007, Sotchi est un chantier à ciel ouvert. Sur un territoire grand comme un département français, autrefois quasi vierge d'installations sportives, quelque 60 000 ouvriers, parmi lesquels de nombreux travailleurs immigrés d'anciennes républiques soviétiques, participent aux constructions de bâtiments, nouvelles routes et voies de chemin de fer. Mercredi 6 janvier, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a publié un rapport dénonçant les formes "d'escroquerie et d'exploitation" dont sont victimes des travailleurs immigrés employés sur ces sites, et a reproché à la Russie de fermer les yeux sur ces abus. A partir des témoignages d'une soixantaine d'entre eux, HWR dresse un sombre tableau : des salaires payés à moitié, versés le plus souvent en retard, voire jamais, des passeports et permis de travail confisqués, et des semaines de travail à rallonge avec des journées de douze heures, et seulement une journée de repos par quinzaine... Plusieurs de ceux qui se sont plaints de leur sort à leurs employeurs ont été dénoncés aux autorités et expulsés du territoire.
Des travailleurs-immigrés sous-payés sur les chantiers des JO de Sotchi, puis expulsés par la police ; un environnement dégradé par les constructions tous-azimuts, avec des « dégâts considérables » à déplorer… Tout au long des préparatifs des Jeux, les critiques ont fusé de la part de diverses ONG et d’associations. En outre, à l’été 2013, des appels au boycott de la compétition ont été lancés pour protester contre la nouvelle loi russe sur l’homosexualité, interdisant la « propagande de relations sexuelles non traditionnelles » auprès des mineurs. Comme quoi les gauchistes russes font là aussi diversion par rapport à la scandaleuse surexploitation des prolétaires immigrés, en rabaissant la protestation à la défense d’une revendication catégorielle sociétale (comme les gauchistes français avec leur apologie du féminisme à l’époque des grandes grèves).

Des installations sportives derniers cris, des conditions d’hébergement de qualité, un nouvel aéroport, deux gares, 400 km de réseau routier, 77 ponts et 12 tunnels. Bienvenue à Sotchi, petite station balnéaire entre la mer Noire et les montagnes du Caucase, qui acceuillera du 7 au 23 février 2014 les participants et visiteurs des JO. Un chantier colossal qui a fait appel à des dizaine de milliers de travailleurs dont des migrants.
Dans un rapport de Human Rights Watch (HRW), une ONG qui défend les droits humains, 66 travailleurs migrants ont déclaré avoir été soumis à diverses formes d’abus et d’exploitations : comme le paiement partiel des salaires ou encore la confiscation des documents d’identités comme leur passeport ou leur permis de travail . Ils étaient la plupart d’originaires d’Arménie, du Kirghizstan, de Serbie, du Tadjikistan, d’Ukraine ou encore d’Ouzbékistan.
Des travailleurs migrants souvent pauvres, isolés, parlant mal le russe. Selon Human Rights Watch, la très grande majorité des travailleurs interrogés faisaient des cycles de travail de 12 heures, sept jours par semaine. Tout cela pour environ 1,35 euro de l’heure, et un salaire moyen allant de 340 à 450 euros. Sans compter les problèmes de logement constaté par l'ONG. Pour exemple, jusqu'à 200 personnes entassées dans une maison.
« Ça fait six-sept mois que j'attends l'argent »
Dans un récent communiqué Human Rights Watch a dénoncé « l'exploitation de travailleurs immigrés sur les sites olympiques, incluant de sérieux retards de paiement ou des non-paiements de salaires, le refus de fournir des contrats de travail écrits et permis de travail tel que l'exige la loi ».
Un migrant du chantier de la nouvelle gare ferroviaire en face du parc olympique, s'est confié à l' Agence France Presse: « Pendant six mois j'ai été payé avec du retard, mais maintenant, ça fait six-sept mois que j'attends l'argent. »
Plutôt que de prendre des « initiatives efficaces pour mettre un terme à l'exploitation abusive des travailleurs immigrés par des sociétés sans scrupules, les autorités semblent davantage préoccupées à interpeller et expulser (de Russie) des ouvriers qui ont essayé de se plaindre du traitement abusif de leurs employeurs », a aussi constaté HRW.
L’objectif de Poutine – qui a offert des voitures de luxe Audi aux athlètes russes médaillés aux JO de Londres et qui aime comme tous les populistes s’exhiber parmi les champions – est d’affirmer la puissance du Kremlin dans une opération de prestige olympique. La "parfaite organisation" des JO vise à flatter le nationalisme russe, mais aussi à parachever une stratégie de légitimation diplomatique sur la scène internationale.
 De sinistres précédents – des Jeux de la croix gammée à Berlin en 1936 aux Jeux de la répression du Tibet et du Laogaï à Pékin en 2008, en passant par les Jeux du goulag à Moscou en 1980 – confirment le rôle du CIO dans la consolidation des tyrannies et régimes militaro-policiers.

 Les JO ne sont pas seulement en effet des "festivités de la jeunesse" où se distinguent des professionnels de l’exploit tarifé, et fréquemment dopés, mais des manifestations de diversion politique ou des écrans de rêve médiatiques qui masquent le cauchemar réel de l’oppression, de l’exploitation et de la misère multiculturaliste.
Quel évènement va permettre au prolétariat universel de reprendre l’initiative du combat pour l’assaut du ciel ? Qui sait





[1] P. Bourdieu & L. Wacquant, La nouvelle vulgate planétaire, Le Monde diplomatique, mai 2000.

[2] Dimitris Parsanoglou , « Multiculturalisme(S) », Socio-anthropologie [En ligne], 15 | 2004, mis en ligne le 15 juillet 2006, Consulté le 31 octobre 2013. URL : http://socio-anthropologie.revues.org/416

[3]  M. Wieviorka, Une société fragmentée ? Le multiculturalisme en débat, Paris, La Découverte. Et à sa suite les E.Fassin, sans oublier les initiateurs comme A.Touraine, D.Schnapper, Habermas.

[4] Des fous furieux ont fait des gauchistes le mal suprême, pour éradiquer le multiculturalisme avec une méthode armée similaire pour « éveiller les masses » mais sur une base franchement plus débile que raciste : «Une des manifestations les plus répandues de la folie de notre monde est le gauchisme, alors une discussion sur la psychologie du gauchisme peut servir d'introduction à la discussion des problèmes de la société moderne en général», peut-on lire dans le manifeste de Kaczynski.  Behring Breivik se contente de modifier «gauchisme» par «multiculturalisme». Pour Unabomber –et c’est peut-être là les thèses qui ont séduit l’auteur des deux attentats norvégiens–, le progrès technologique conduit à un désastre inéluctable, il faudrait donc un nouveau mouvement révolutionnaire voué à l'éradication de la société technologique.  Un mouvement qui, selon lui, devrait tenir à l'écart les «gauchistes», qu’il assimile à la société moderne. Cela résonne avec la déclaration de Behring Breivik qui revendique froidement «l’usage du terrorisme comme un moyen d’éveiller les masses» et entend lutter contre le multiculturalisme de la société norvégienne.

[5] Blanchet-Gravel nomme sarcastiquement le nouveau gauchisme, plutôt gauchisme renouvelé « écologisme humanitaire » avec son allié bourgeois- féministe, mais n’arrive pas à se défaire de la notion de gauche passée socialiste, sans voir qu’elle est passée définitivement à la conservation sociale, et est trop jeune pour savoir qu’on peut se battre en politique hors des deux cerveaux reptiliens de la bourgeoisie et hors du créneau facho : « Quand des «féministes conçoivent le voile comme le prolongement légitime d'un enracinement identitaire qu'il ne faudrait surtout pas saboter pour préserver «l'ordre naturel» de la femme musulmane, je pense surtout à la montée d'une nouvelle droite. Une gauche qui ne pense plus l'humain comme une entité capable de faire fi du poids des traditions n'est plus une gauche. C'est de toute évidence une étrange droite conservatrice qui enferme la liberté humaine dans des cellules ethniques, culturelles ou biologiques ».

[6] Les hérauts de ce virage sont bien connus, Touraine (Vers la société post-industrielle, 1976), Gorz (Adieux au prolétariat, 1980) et l’inévitable Wieviorka (« lépuisement historique du mouvement ouvier). Des puces intellectuelles nommés communisateurs ont cru pouvoir faire fortune sur ces ruines de l’idéologie décadente, et aussi Claude Bitot dernièrement aux Cahiers Spartacus. Mais en vain.
[7] « Laïcité et multiculturalisme à l’italienne » (2008).
[8] Avec avantages fiscaux aux diverses sectes religieuses, exemption fiscale seulement pour les groupes reconnus avec leurs « ministres du culte ».
[9] L’auteur, en partie contaminé lui aussi par la vertu multiraciale, en déplore l’échec face à la « tradition nationale », signalant par contre que, à Florence l’expérimentation de « classes chinoises » n’a pas donné lieu à scandale !
[10] Le comité national de bioéthique qui donne son avis « tempéré » fournit un « cadre théorique » pour la légitimation de pratiques telles que la circoncision masculine et l’abattage rituel. Comme quoi la réputation de laxisme de Taubira et consorts n’est pas une nouveauté chez les voisins européens, mais une volonté… d’intégration même en tolérant l’intolérable !
[11] Les bureaucrates du Piémont ont accordé 120.000 euros au profit de l’hospitalisation gratuite pour la « circoncision rituelle ». La tolérance de l’Etat religieux italien admet aussi les reconductions familiales même de nature polygamique, l’enjeu étant « l’intérêt de l’enfant » qui permet à la mère d’entrer en Italie non en tant que deuxième épouse mais en tant que mère…

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire