"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 22 juin 2009

Comment peut-on être persan ?

La révolution iranienne n’est pas prête de commencer

Iran : DRAME à double, à triple fond ?

Les manifestants peuvent pas avoir la mémoire courte. Avant d'être l'antithèse d'Ahmadinejad, le principal opposant aux élections truquées, Moussavi fut, au début de sa carrière, un « gardien de la révolution islamiste » de la plus belle eau. Encore jeune architecte d'origine azérie, il faisait partie, en 1979, des fondateurs du Parti de la république islamique qui porta l'ayatollah Khomeiny au pouvoir. Il dirigeait son organe officiel, Jomhouri e-islami. En 1981, Khomeiny le propulse Premier ministre. Lors de la première guerre du Golfe, l’Etat iranien est agressé par Saddam Hussein qui craignait une contagion à la majorité chiite d'Irak, avec des munitions fournies par l'Amérique et la France. À l'arrière du front, Moussavi organise une économie de rationnement. Il aurait fait liquider des centaines de détenus politiques en 1988.

À 58 ans, Moussavi arbore désormais un profil modéré, voire libéral, emmenant son épouse Zahra sur les podiums. Il promet des ministres femmes, une police des moeurs moins tâtillonne, des télés privées, condamne les propos d'Ahmadinejad sur l'Holocauste, se dit prêt à discuter avec Obama (bien que ce dernier considère que c’est kif kif bourricot). Les jeunes des couches moyennes qui vont aux meetings en se tenant par la main, et rêvent d’une vie hiérarchisée à l’occidentale, ne connaissent pas l’ancien Moussavi.

Le régime des Mollahs n’est cependant pas prêt de chuter dans un contexte d’avivement du nationalisme, encouragé par les vieilles menaces américaines, et une classe ouvrière dont les couches les plus pauvres sont assistées par des miettes de la rente pétrolière. Le régime des ayatollahs n’est cependant pas indestructible. Bien plus puissante la dictature du Shah n’avait pas résisté aux manifestations de rage populaire et aux grèves des raffineries. Mais il avait fallu les centaines de morts dans un cinéma pour que la population se soulève… et se fasse griller la politesse par les curés noirs arriérés.

QUELLE DIVISION DE LA BOURGEOISIE IRANIENNE ?

Depuis l'annonce de la victoire d'Ahmadinejad, d'autres dignitaires ont pris la plume, les ayatollahs Zanjani et Sanai. Leur lettre, sur le site Emrooz, dénonce « une grosse injustice » et le « détournement notoire des valeurs de la Révolution ». Ces voix ne sont pas majoritaires. Mais un bras de fer semble engagé entre les deux clans qui s'affrontent en Iran, pour gagner le soutien de l'influent clergé de Qom, dont la position scella il y a trente ans la fin du régime du Shah. Vendredi, les autorités avaient transporté jusqu'à Téhéran des centaines de religieux, afin qu'ils légitiment par leur présence le sermon où Khamenei a ordonné la répression.

La semaine dernière, l'ancien président Hachémi Rafsandjani (1989-1997), grand rival de Khamenei et principal soutien de Moussavi, s'était, selon plusieurs sources, rendu à Qom. Ce déplacement pourrait cacher une tentative d'intimidation du Guide. Depuis 2007 en effet, Rafsandjani préside l'Assemblée des Experts, un cénacle oligarchique de 86 religieux qui a son siège à Qom et dont la fonction est d'élire, contrôler... voire révoquer le Guide.

Un tiers des Experts serait fidèle à Rafsandjani, un quart à l'ayatollah ultraconservateur Mesbah Yazdi, le « chapelain » d'Ahmadinejad. L'ancien Président, dont la fille a été arrêtée samedi, aurait donc surtout essayé de convaincre les indépendants que Khameneï, Ahmadinejad et les Gardiens de la révolution - armée idéologique du régime - sont en train de mener un coup d'État aux dépens... du peuple et de Dieu. Tant les conflits de politique étrangère que les tensions internes au pays sont traditionnellement interprétés comme une lutte entre conservateurs et réformateurs, « des anciens contre les modernes ». En arrière-plan se cachent deux approches différentes de la classe dominante dans la question de la préservation des rapports d’exploitation. La solution de Khatami : « Le développement politique d’abord, le développement économique ensuite », représentait une tentative d’intensifier et de réglementer l’exploitation avec la participation des couches les plus larges de la bourgeoisie. Elle a encore échoué avec la victoire maquillée d’Ahmadinejad.

COMEDIE OU DRAME SANGLANT ?

Les bourgeois gentilhommes démocratiques des pays occidentaux sont très mal à l’aise pour donner des leçons à la gigantesque tricherie électorale à laquelle vient de se livrer la bande à Mahmoud Ahmadinejad. La démocratie occidentale des Jourdain bourgeois, par exemple la dernière comédie électorale en France qui vaut bien avec ses 60% d’abstentions le bourrage intégriste en Iran ! La protestation de Sarkozy est celle d’un Don Quichotte que son entourage enfonce volontairement dans son rêve de gentilhomme parvenu: Jourdain, ce rêveur définitif, ne se demande pas comment on peut être persan, il le devient à distance et à l’ombre d’Obama. Les chefs d’Etat occidentaux sont tous des monsieur Jourdain. Il faut balayer devant sa propre porte, disait Molière. Mais Molière écrivait des comédies. En Iran, c’est un drame qui se joue sous les hésitations hypocrites d’Obama et les protestations souffreteuses de la communauté internationale bourgeoise. Chimères…

Notons qu’en Occident on n’est pas allé se faire tuer pour protester contre la première élection notoirement frauduleuse de Bush Junior, ni se faire zigouiller pour la fausse victoire de Sarkozy aux lamentables « européennes ». On a l’habitude de la tricherie raffinée en Occident. A la périphérie, la tricherie passe plus mal parce qu’on y subit l’illusion démocratique occidentale à distance. Combien de milliers de morts en Algérie pour justifier le maintien frauduleux du sinistre Bouteflika ? Les iraniens ne sont pas tenus non plus d’être des martyres pour un nouveau clan de bourgeois un peu moins intégriste ! Le Moussavi nouveau semble l’avoir compris – le massacre à Madagascar reste dans les mémoires - et contrairement au lâche putschiste de la lointaine île, il a calmé les appels à aller au casse-pipe, ce qui devrait asseoir sa popularité.

La pièce dramatique se joue en cinq actes. Au cours du premier, depuis 2005, la stratégie nord-américaine au Proche et au Moyen-Orient briguait un changement de régime en Iran, soit par une guerre soit par une agitation interne quelconque. Le Monde diplomatique du 14 janvier 2005 l’exprimait parfaitement de la façon suivante : « Flatter, encercler, isoler ». Pour l’oligarchie iranienne il ne faisait aucun doute que le pays, sans arme atomique, ne peut être une puissance hégémonique régionale et est démuni face à la menace des Etats-Unis et d’Israël. La question était seulement de savoir le prix à payer pour détenir l’arme atomique (embargo américain, guerre). Les pressions économiques et géostratégiques (les Etats-Unis ont des troupes stationnées dans presque tous les pays voisins) ont démontré qu’à long terme la république islamique ne peut pas jouer le rôle de puissance dominante régionale sans l’accord politique des Etats-Unis. L’Iran a évité la confrontation avec ces derniers, tant durant la guerre en Afghanistan qu’en Irak et a misé en vain sur la coopération avec l’Europe dans sa politique atomique. L’Union européenne, la Chine et l’Inde sont des acteurs importants dans cet acte. L’Union européenne est le principal partenaire commercial de l’Iran. 40 % des importations iraniennes proviennent des pays de l’Union européenne et 35 % des exportations (le pétrole comptant pour 80 % de celles-ci) vont dans l’Union européenne. Dans la question de l’énergie atomique, le triangle Chine, Russie et Iran se pose en rival des Etats-Unis. La Chine et la Russie livrent le matériel et le savoir-faire, et 13,6 % des importations chinoises de pétrole sont dès aujourd’hui couvertes par le pétrole iranien. En mars 2004, une entreprise pétrolière chinoise a conclu un accord pour l’importation de 110 millions de tonnes de gaz naturel iranien. Et l’Inde a engagé à son tour des pourparlers avec l’Iran au sujet de livraisons à long terme de gaz naturel. Ces deux pays veulent investir dans l’exploitation de champs pétroliers iraniens, malgré les menaces de sanctions des Etats-Unis qui veulent aussi empêcher la construction d’un pipeline pour le transport du gaz naturel de l’Iran vers l’Inde via le Pakistan. On ne s’étonnera donc pas du silence des divers Etats concurrents des Etats-Unis au cours de l’acte 3 de la fraude électorale, ils ont tous intérêt au maintien du statu-quo de l’oligarchie intégriste, de Chavez à Poutine.

Au cours du second acte, assez long et poussif, la bourgeoisie arrogante américaine n’eût de cesse de proférer menace sur menace concernant la prétention nucléaire iranienne, avec pour résultat de cimenter le nationalisme interne dans ce pays, vivant d’un importante rente pétrolière mais aussi exploitant une classe ouvrière expérimentée dans un jeu de classes qui n’est pas binaire vu la masse petite bourgeoise assoiffée de placements extérieurs et qui réclame une plus grande part du gâteau d’hydrocarbures.

Au cours du troisième acte – le trucage des élections – est apparu un scénario à double fond : le bourrage des urnes ne fait pas de doute (vu les preuves apportées et les contradictions dans l’annonce des résultats) mais on pouvait supposer un mensonge anglo-américain. C’est bien connu, quand la principale bourgeoisie impérialiste ne peut pas parvenir à ses fins par l’extérieur, elle agit de l’intérieur (cf. l’effondrement du bloc de l’Est sur lequel toute la lumière n’a pas été faite, et pour cause). La grande puissance a beau s’être cassé les dents sur l’os iranien il y a vingt ans, elle ne renonce jamais. Au cours de ce second acte, le démagogue Chavez a apporté évidemment tout son soutien au « non-aligné » Ahmadinejad, confortant tout le mépris qu’il a pour la comédie démocratique dans les pays de dictateurs qui règnent sur des masses arriérées.

Le quatrième acte, révèle que, avec l’enfoncement dans la crise systémique, le bla-bla des curés intégristes finit par lasser, et la rigidité de leur encadrement ne permet pas même à une opposition souple de canaliser la colère contre l’oppression et la paupérisation. Les manifestations drainent les diverses couches de la population, même si c’est la petite bourgeoisie qui piaffe le plus d’impatience. En conséquence de la guerre en Irak, l’Iran n’a pas seulement acquis une très forte influence dans ce pays. Grâce à l’envolée des prix du pétrole, la guerre a aussi procuré au gouvernement des revenus publics plus élevées. En 2004, la croissance de l’économie a atteint plus de 7 % ; dus, cependant, pour 90 % à l’augmentation des prix du pétrole. Les pétrodollars offrent au fur et à mesure au gouvernement les moyens d’apaiser la classe moyenne. Le quotidien allemand Die Zeit du 1er juin 2005 décrivait « l’envers social » de ce boom : « le chômage, les enfants des rues, l’abus de drogues ». Les salaires réels diminuent depuis 1988 (en ce moment, le salaire nominal est d’environ 110 euros par mois). Le cinquième Parlement a abrogé la législation du travail pour les entreprises de moins de 5 employés ; en 2002, le sixième Parlement a fait de même pour les 300 000 fabricants de tapis. Avec la loi sur « l’ajustement de la force de travail », les entreprises textiles ont pu tout simplement licencier 100 000 ouvriers et ouvrières. Le septième Parlement veut maintenant exclure du domaine d’application du code du travail tous les travailleurs avec un contrat à durée déterminée, c’est-à-dire la moitié des actifs, hommes et femmes. En 1996, il y avait 1,4 million de chômeurs selon les statistiques officielles ; ils sont maintenant 3,2 millions (les professions indépendantes en comptent 4,3 millions). Ce qui veut dire que tandis que la population s’est accrue de 18 %, le chômage, lui, a augmenté de 130 %.

ENTRACTE AVANT LE 5e ACTE : où en est la classe ouvrière iranienne et positions des partis politiques.

Sur la Toile, on peut trouver ce genre de résumé qui provient d’un des PC léninistes d’Iran, groupes clandestins plus ou moins issus du maoïsme, dont le parti communiste hekmatiste, du nom de son dirigeant décédé. Ce dernier est un curieux avorton. Leurs textes de base affichent un marxisme classique, une description lisse et impossible à critiquer en soi du passage au communisme, une dénonciation du stalinisme et… une apologie des Conseils ouvriers. Deux raisons militent selon moi pour ne pas considérer ce parti comme révolutionnaire : il se conduit comme un futur parti de gauche prêt à participer à un gouvernement d’union nationale si les ayatollahs valsent, et deuxio ils n’ont jamais pris contact avec les minorités de la « Gauche communiste » internationaliste en Europe. Ils sont d’une certaine façon un groupe gauchiste avant-gardiste, car il faut s’attendre bientôt à ce que les gauchistes en général se mettent à défendre l’idée des conseils ouvriers, vu la pourriture avérée des syndicats ! En Irak il existe aussi un journal en arabe qui titre « Les conseils ouvriers » ( !?). Les chefs du parti hekmatiste sont réfugiés à Bagdad et Londres.

Donc je donne à lire avec des pincettes cette histoire de conseils ouvriers en 1979, à laquelle je n’ai jamais cru (c’est le GCI qui répandit ce bruit, Wildcat et Echanges aussi), mais il apparaît tout de même qu’il existe une classe ouvrière combative :

« Le rôle principal des ouvriers dans la Révolution de 1979 qui renversa le régime du Chah n'est pas négligeable. En septembre 1978 les ouvriers pétroliers de la raffinerie de Téhéran se sont mis en grève. Tout de suite les ouvriers des raffineries des villes d'Abadan, de Chiraz, de Tabriz et d'Ispahan se sont joints à eux. La grève générale des ouvriers de l'industrie pétrolière assomma le régime du Chah alors qu'il se trouvait dans une crise profonde à cause du mouvement protestataire populaire grandissant. La grève des ouvriers du pétrole entraîna celle des autres branches comme le textile, la métallurgie, des mines de charbon et de cuivre etc.

A ce stade -là dans les usines et les établissements de services les comités de grèves se sont formés et les coordinations des grèves s'effectuaient contre le régime monarchique. La grève générale et nationale de tous les ouvriers assommait le régime et l'insurrection armée des 21 et 22 février 1979 renversa le régime dictatorial du Chah. De cette situation révolutionnaire et du coeur des comités de grèves sont nés les conseils ouvriers. Les ouvriers organisèrent alors ces conseils dans les plus grandes unités de productions. Ces conseils instauraient le contrôle ouvrier dans les établissements où les patrons s'étaient enfuis. Ainsi les ouvriers continuaient à lutter pour leurs revendications. Le niveau des connaissances politiques des ouvriers augmentait considérablement à ce moment-là. Dissolution des conseils ouvriers par la République islamique Cette période des libertés relatives et des conseils ouvriers n'a pas duré longtemps. Deux ans après le renversement du Chah, la République islamique priva les gens de toutes les libertés et de tous les droits démocratiques par une campagne éhontée de répressions. Elle recommença alors la répression et l'exploitation sauvage des ouvriers. Depuis 1981 à nos jours des centaines d'ouvriers et de militants du mouvement ouvrier ont été

exécutés par le régime islamique. Des centaines d'autres ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Beaucoup ont été licenciés et certains autres sont recherchés. Certains se sont réfugiés dans de différents pays. Les ouvriers d'Iran sont frustrés de toute organisation indépendante. Les conseils et associations islamiques que l'on trouve dans les établissements et usines ne défendent non seulement pas les intérêts des ouvriers mais en plus sont des organes d'espionnage du régime contre les ouvriers. Malgré toutes les pressions du régime islamique, ces dernières années, les ouvriers luttent sous diverses manières et obtiennent de temps en temps quelques victoires ». (…)Les conducteurs de bus sont mal payés et travaillent dans des conditions difficiles. Outre conduire, ils doivent contrôler les tickets et assurer le respect de la loi sur la séparation des sexes dans les rangs des places assises. Il y avait eu un syndicat de chauffeurs en 1970, mais il avait été dissous cinq ans après la révolution islamique. Les syndicalistes essayaient depuis longtemps de le reconstruire. Lorsqu’ils se réunirent dans ce but le 9 mai 2005, le conseil islamique, les cadres de la compagnie et les forces de sécurité montèrent une attaque contre eux, et quelques syndicalistes furent blessés. La seconde tentative d’assemblée d’entreprise, le 13 mai, échoua à son tour par suite de l’intervention de la police secrète, des forces de sécurité et d’une partie de la Maison du travail. Cependant, le même jour, 3 000 travailleurs se rassemblaient pour réclamer la dissolution du conseil islamique. Le 3 juin, à l’occasion d’une nouvelle convocation à une assemblée d’entreprise, les forces de sécurité empêchèrent les travailleurs d’atteindre le lieu de réunion. Vers midi, environ 500 travailleurs se rassemblèrent avec des pancartes ; la police reçut alors l’ordre de se retirer. C’est à ce moment-là que fut fondé le syndicat des travailleurs des transports publics urbains de Téhéran ; on estime que 5 000 travailleurs (sur 14 000), hommes et femmes, ont participé à la fondation de ce premier syndicat légal. En 1997, 2 000 ouvriers du pétrole manifestaient devant le ministère du Pétrole à Téhéran. Le gouvernement réprima le mouvement : plus de 100 ouvriers furent emprisonnés et de nombreux militants licenciés. Mais entre-temps, le nombre de grèves et de manifestations spontanées ne cessait d’augmenter. Les travailleurs du textile, en particulier, se battaient pour conserver leurs places et obtenir le paiement des salaires qui ne leur avaient pas été versés. Plus de 80 000 travailleurs, hommes et femmes, participèrent, dans environ 1 400 entreprises, aux arrêts de travail, grèves de la faim à l’intérieur des usines, coupures de routes, manifestations spontanées devant les administrations et le Parlement ; il y eut même des bagarres dans certaines villes généralement contenues et réprimées par le pouvoir d’Etat En janvier 2004, les ouvriers des mines et des usines de transformation du cuivre de Khatoon-Abad, dans la province de Kerman, protestaient contre leurs licenciements et organisaient des sit-in avec leurs familles devant les mines. Les forces spéciales entrèrent en action et tirèrent sur la foule. Quelques travailleurs et quelques proches furent blessés et arrêtés. Cette attaque souleva une énorme vague de protestation et de solidarité dans la ville de Shar-e-Babak, où vivent de nombreux mineurs de cuivre. Les habitants descendirent dans la rue pour manifester et jetèrent des pierres sur les banques et les administrations. Là aussi on envoya des hélicoptères pour tirer sur les manifestants. Quatre ouvriers, au moins ont perdu la vie et beaucoup ont été blessés et emprisonnés. De nouvelles formes de résistance ouvrière apparaissent : des travailleurs isolés s’arment et tuent leur chef d’entreprise, le sabotage dans l’usine, etc ».

PRISE DE POSITION DU BIPR : si les gauchistes et léninistes de tout acabit en appelle au casse-pipe, les sectes de la « Gauche communiste » ne se précipitent pas au portillon pour prendre position sur le drame en cinq actes qui se déroule sous nos yeux. Seul le BIPR a publié un communiqué lisible sur le site « la bataille socialiste » qui répercute également images et films des meurtres des « gardiens de la révolution » musulmaniaque. Extraits.

« (…)L’économie iranienne n’est pas immunisée contre les retombées de la crise économique structurelle du capitalisme qui a graduellement atteint les quatre coins de la planète. La classe ouvrière de cette région est également assujettie aux attaques de la bourgeoisie internationale contre ses conditions de vie. En Iran, la main de fer du régime théocratique fasciste est systématiquement utilisée contre les manifestations de la lutte des classes et fait l’envie d’autres gouvernements (…) Les enjeux sont élevés parce que l’Iran est le quatrième producteur de pétrole dans le monde, et que ce pays est au beau milieu d’une des zones de tensions impérialistes les plus exacerbées. Téhéran, même s’il n’a qu’un statut d’observateur, fait partie de l’Organisation de coopération de Shanghai, qui représente les pays d’Asie centrale en plus de la Chine et de la Russie (Ahmadinejad a de fait participé le 16 juin à la dernière rencontre du groupe en Russie) et soutient des organisations comme le Hezbollah, supporte la Syrie, veut réduire le poids du dollar dans les transactions internationales, et revendique le droit d’utiliser l’énergie nucléaire. (…)Il est certain que les événements pourraient prendre une tournure différente si d’autres acteurs entrent en jeu, dont un acteur que les média bourgeois ignorent sciemment — la classe ouvrière qui lutte pour ses propres intérêts, avec ses propres organisations révolutionnaires, contre toutes les factions de la bourgeoisie. » Ces deux premiers extraits montrent une analyse correcte à la fois de l’aggravation économique qui domine le trucage électoral et l’enjeu impérialiste, mais le groupe international de Battaglia comunista reste spectateur comme nous, dans l’attente du 5e acte !

On ne peut pour l’heure que s’incliner devant les jeunes victimes des meurtres des « gardiens de la révolution » de l’Etat bourgeois iranien et leur dédier ce poème persan.

Le vent nous emportera

(Forough Farrokhzad)

Dans ma nuit, si brève, hélas

Le vent a rendez-vous avec les feuilles.

Ma nuit si brève est remplie de l'angoisse dévastatrice

Ecoute! Entends-tu le souffle des ténèbres?

De ce bonheur, je me sens étranger.

Au désespoir je suis accoutumée.

Ecoute! Entends-tu le souffle des ténèbres?

Là, dans la nuit, quelque chose se passe

La lune est rouge et angoissée.

Et accrochée à ce toit

Qui risque de s'effondrer à tout moment,

Les nuages, comme une foule de pleureuses,

Attendent l'accouchement de la pluie,

Un instant, et puis rien.

Derrière cette fenêtre,

C'est la nuit qui tremble

Et c'est la terre qui s'arrête de tourner.

Derrière cette fenêtre, un inconnu s'inquiète pour moi et toi.

Toi, toute verdoyante,

Pose tes mains - ces souvenirs ardents -

Sur mes mains amoureuses

Et confie tes lèvres, repues de la chaleur de la vie,

Aux caresses de mes lèvres amoureuses

Le vent nous emportera!

Le vent nous emportera!

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire