"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mardi 4 octobre 2011

L’horrible retour du capitalisme à Cuba


Un avatar de la « guerre révolutionnaire » disparue des gauchistes tiersmondistes et des marxistes orthodoxes, les cubains accèdent au droit de propriété. Le socialisme de caserne tant admiré par les trotskystes et leurs demi-frères altermondialistes ploie sous l’avancée du capitalisme qui a corrompu même pépé Castro, une figure de légende guérilleriste qui a tant ridiculisé le communisme sous une dictature sous-développée d’un demi-siècle, adoubée par tout ce que la terre compte de staliniens indécrottables et de trotskiens indélébiles, qu’on se demande si ces vieux coucous niais ne vont pas entrer en dissidence avec la notion de capitalisme d’Etat dégénéré…

« Les réformes entrent en application. Depuis samedi, les voitures sont en vente libre.Les Cubains peuvent, depuis ce samedi 1er octobre, vendre et acheter des voitures importées après 1959. Cette nouvelle loi fait partie des 300 réformes économiques présentées par Raul Castro et approuvées par le VIe Congrès du Parti communiste en mars dernier. Sa promulgation était très attendue. Les difficultés de transport constituent l'un des principaux soucis des Cubains. Observer les interminables queues, les temps d'attente et les bousculades aux arrêts de bus suffit pour comprendre qu'à Cuba se déplacer est un véritable casse-tête. Sous les ponts des routes principales, des milliers de Cubains font chaque jour du stop en brandissant des billets de banque. Seules les voitures importées avant 1959 pouvaient s'échanger jusqu'ici. Les Cubains sont devenus des experts pour faire rouler ces vieilles guimbardes, les bricoler, les rafistoler. Le moteur de la plupart des véhicules a depuis longtemps été remplacé par des machines récupérées ou détournées.

Transactions clandestines

Les «voitures récentes» (post-révolutionnaires) à Cuba faisaient l'objet de transactions clandestines et risquées. «J'ai acheté ma Lada à un médecin qui l'avait reçue de l'État en récompense de son travail à l'étranger, nous expliquait Guillermo mi-septembre sur la route entre Santa Clara et La Havane. Elle date de 1991 et je l'ai payée 8000 CUC (à peu près 7800 euros). Mais c'est risqué: officiellement, le médecin en est toujours propriétaire. Il faut avoir confiance, car il pourrait très bien tenter de la récupérer, la vente n'existant pas officiellement. Si je commets une infraction, c'est lui le responsable!»

L'autorisation de ventes et d'achats entre particuliers devrait faire monter les prix déjà exorbitants de ces véhicules, les transactions se multipliant alors que le parc reste très limité. Les quelques propriétaires de «véhicules récents» faisaient déjà figure de privilégiés. La possibilité qui leur est désormais donnée de les vendre leur permettra d'en tirer officiellement de nouveaux revenus.

Prochaine réforme: la possibilité de vendre et d'acheter des maisons ou des appartements et la fin de la comédie des permutas ( seul l'échange entre deux logements était autorisé, donnant lieu à des transactions monétaires dissimulées). Mais les autorités devront résoudre un problème de taille: l'absence de titres de propriété. De nombreuses familles occupent des maisons abandonnées après la révolution. Des exilés de Miami chercheront probablement à récupérer les maisons laissées par leur famille et pourraient utiliser des hommes de pailles pour parvenir à leur fin. Des investisseurs étrangers pourraient eux aussi tenter de s'immiscer clandestinement dans ce nouveau marché. La spéculation immobilière risque de prendre des proportions incontrôlables, excluant rapidement la plupart des Cubains de l'île de ce nouveau mais inaccessible marché. L'égalitarisme n'est même plus une chimère au pays du castrisme.

Par Patrick Bèle, Le Figaro

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire