"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 26 août 2025

LE PROTOCOLE PETROLIER DES SAGES DE WASHINGTON (washing history)

 


ET 
LES ANTISEMITES TRUMP ET NETANYAHOU A L'OEUVRE


« C'est toi qui l'a dit, c'est toi qui l'es ».

(Dicton ou aphorisme enfantin)

« La guerre repose sur le mensonge ».

Sun Tzu (544 av. JC)

« Persuader exige en effet que la personne soit libre de se laisser persuader ».

Massimo Piattelli Palmarini1



  1. Une instrumentalisation de l'antisémitisme par l'impérialisme américain

  2. Les leviers psychologiques de la manipulation de masse

  3. La censure qui se moque de la théorie du complot

  4. Le protocole des sages de Washington ou l'approximation antisémite (anti ces mythes) ?

  5. Et si les Etats étaient les principaux terroristes ?

  6. Intermède pétroliers

  7. Le HAMAS du statut d'atout à celui de Lucifer

  8. Le 7 octobre nouveau Pearl Harbor ?

  9. La bizarre création de l'Etat hébreu



Une instrumentalisation de l'antisémitisme par l'impérialisme américain

Vieille histoire. La manipulation n’est pas l’apanage des régimes totalitaires, elle est la fille de la démocratie bourgeoise car ne pouvant contraindre brutalement elle doit d'avoir recours à la persuasion déguisée, clandestine, mensongère, sans craindre de « violer les masses ».

Même si Gustave Le Bon, avait défriché le terrain, la propagande moderne s'est développée surtout aux Etats Unis. Capitalisme arrogant, dominateur et impavide, le système américain a su mener depuis de début du XXème siècle des campagnes politiques de grandes envergures qui nécessitaient une parfaite maîtrise du comportement des Américains tant politique qu’industrielle, favorisant ainsi l’invention de la publicité scientifique, des sondages et des études de marché, et la création de centres de recherche dédiés à l’analyse des mobiles des électeurs et des consommateurs ou à l’élaboration de formes de communication persuasives.

C’est dans ce contexte que les « spin doctors » les « machiavel de la persuasion » ont pu sévir. Ils sont pétris d’ambition, d’imagination, d’intelligence, de cynisme.Un auteur a consacré une étude passionnante sur ces zigotos auprès desquels Goebbels apparaît comme un simple rigolo , du lobbyiste Ivy Lee, surnommé le « poison de l’opinion publique », jusqu’à Roger Ailes qui a mis Fox News au service de Donald Trump :

« Walt Disney a mis ses studios au service de la propagande américaine en 1941, suite à l’entrée en guerre des États-Unis. Le cinéma a ainsi été utilisé comme outil de persuasion et de propagande. Les dessins animés et l’humour exprimaient les sentiments patriotiques défendant le mode de vie américain, ils traduisaient une croisade antinazisme, anticommunisme, antifascisme. Les films de Walt Disney sont considérés comme des outils de « persuasion clandestine »2.

Aujourd'hui télévision et cinéma sont même dépassés. Steve Bannon a intégré le premier l’importance des forums internet et des réseaux sociaux numériques pour développer une nouvelle forme de persuasion, une propagande de réseau, une analyse prédictive des comportements. Il a créé Cambridge Analytica dans cet objectif. Bannon, « l’ingénieur du chaos », est qualifié par Time Magazine, en février 2017, de « grand manipulateur ». C’est lui qui encourageait Trump à multiplier les provocations verbales tout en intégrant à ses discours des éléments de langage issus des études de Cambridge Analytica comme l’expression « assécher les marais » destinée aux habitants d’États ruraux qui considèrent les élus de Washington comme déconnectés de leurs préoccupations et servant d’autres intérêts que ceux de leurs concitoyens. Soutien actif de Trump mais aussi partisan du Brexit, Roger Ailes met Fox News au service de Trump et devient l’artisan de sa victoire. Ce « prodige de la production télévisuelle » a également était l’artisan de la victoire de Nixon et avait fait élire George W. Bush.

Les leviers psychologiques de la manipulation de masse

Ivy Lee a mis en pratique la pensée du sociologue français Gustave Le Bon, La psychologie des foules (1895) et sa fameuse devise « qui connaît l’art d’impressionner l’imagination des foules connaît aussi l’art de gouverner ». Lee a eu alors l’idée d’inventer de nouveaux outils (les relations publiques modernes, la communication de crise, le lobbying industriel) pour épargner les industriels des risques que représentent pour eux les revendications des « foules démocratiques ». Il est l’inventeur de la propagande d’entreprise, le père du lobbying industriel, l’avocat du capitalisme triomphant.

La propagande de guerre se base sur les principes de la psychologie sociale pour influencer les attitudes et comportements collectifs. La manipulation des masses se réalise par l’exploitation des émotions : la peur, la haine et un patriotisme exacerbé. Les techniques de persuasion entrent en jeu, avec la répétition de messages simplifiés et l’utilisation de symboles puissants pour modeler l’opinion publique.

Au XXe siècle, les deux guerres mondiales ont mis en pratique pour la première fois de l'histoire humaine connue une manipulation des masses sans précédent, qui eurent pour dénominatifs : juifs bolcheviques, fascisme, antifascisme, stalinisme, polpotisme, maoïsme, jusqu'au désormais dominant et frauduleux antiracisme. Toutes ces dénominations ayant valeur de contrainte MORALE et pour fonction d'empêcher de penser la totalité des mystifications. Depuis la propagande de guerre si elle était restée omniprésente sous l'équilibre de la terreur, l'avait été mais un peu moins après l'effondrement de l'URSS, pour remonter aujourd'hui à un niveau aussi inquiétant que délirant.. Les techniques de propagande sont restées très psychologiques (merci à Freud), fixées sur les individus et pas sur le système capitaliste comme un tout,mais souvent elles finissent par être si grossières qu'elles ne sont même plus crédibles ; et qu'on débranche la télé et l'ordi.

Les médias certes sont parvenus à une expansion fulgurante au cours du XXème écroulé mais en transformant les techniques de propagande de guerre au niveau de la vente de lessive pour ménagères. Les conflits actuels, eux, apparaissent totalement irrationnels tout en étant très rationnels pour les objectifs capitalistes de tous les rivaux. La propagande est prioritaire pour l'intérieur mais aussi fragilisée par la crise économique et la misère croissante face désormais à des guerres multipliées et noyées sous un fatras idéologique  sans limites.

Cette propagande, modernisée, a contribué quasi scientifiquement à la fabrique du consentement par les bourgeoisies démocratoques modernes. La propagande, en temps de guerre comme en temps de paix, est un facteur banal qui ne modèle plus intégralement l’opinion publique. Les réseaux sociaux ont changé la donne, devenant de véritables champs de bataille médiatiques, sur-informant jusqu'à la nausée.. Ils amplifient la rapidité et la portée de la communication, permettant à une propagande apparemment bordélique, mais toujours maîtrisée et surveillée. L'essentiel des manipulations sur les réseaux sociaux est de générer confusion et irrationalisme, dénonciations hasardeuses, théories du complot fantaisistes pour mieux masquer complots réels et diverses machinations des services secrets (la fabrique des mensonges est même produites chez les victimes , consentantes ou pas, quand les protocoles de Sion avaient disposé d'une plume policière)..

La soit disant liberté totale de ces réseaux permet de dire n'importe quoi et n'importe quand, mais ils ne sont jamais un lieu décisionnel. On peut y réactiver un retour des martiens comme toutes les fabulations antisémites sur la création de l'Etat d'Israël. La théorie du complot juif mondial revient à la mode dans les plus misérables milieux politiques, et aussi dans les classes ouvrières justement indignées par le massacre actuel du peuple palestinien depuis déjà deux années. Par exemple on trouve une blogueuse qui nous affirme, sans crainte du ridicule, que Rothschild a financé les bolcheviques3. Mais la censure pure et simple est toujours active. Rothschild a cependant bien financé les bases de l'Etat hébreu, pas Lénine4.

LA CENSURE QUI SE MOQUE DE LA THEORIE DU COMPLOT

Des chercheurs reconnus pour leur expertise dans le conflit israélo-palestinien sont ainsi ignorés voire villipendés. L’ancien directeur de recherche au CNRS et spécialiste du monde arabe, François Burgat, a été traité d’"idiot utile du Hamas" par le journal Le Point. Pascal Boniface, président de l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), n’est plus invité dans certaines émissions., sans oublier Rony Brauman, ex président de Médecins sans frontières. Leur tort est d’avoir un discours factuel sur la question et surtout de rappeler le contexte des événements du 7 octobre, l'occupation militaire de la Cisjordanie, le blocus de Gaza, l’absence de solution politique et le développement des colonies.

L'ignominie des souteneurs des crimes israéliens rend ridicules ses souteneurs bi-nationalistes mais surtout pour l'Etat hébreu tueur de milliers de civils, finit aussi par se retourner contre eux et ils n'ont comme seule ressource que de crier à l'antisémitisme à la manière de Poutine contre les nazis ukrainiens ou Hitler contre le complot judéo-bolchevique. Plus c'est gros, moins ça passe aux yeux de la classe ouvrière française, français et immigrés ! Les télévisions sont éteintes quand tout le monde a compris que Patrick Drahi l’homme d’affaires franco-israélien propriétaire de BFM, n’a jamais fait mystère de sa proximité avec le gouvernement israélien, ni de son attachement à la défense de l’État hébreu. Le magnat des télécoms possède également i24, chaîne d’information israélienne ouvertement pro-gouvernementale, dont les bureaux parisiens sont logés dans le même immeuble que BFM.

Symbole de ce mélange des genres, le casJulien Bahloul est symptomatique de cette difficulté. Ce blaireau habitué des plateaux a été un des premiers à intervenir sur la chaîne après l’attaque du Hamas, le 7 octobre. BFM TV le présente alors comme un simple « Franco-israélien vivant à Tel-Aviv », puis comme un « spécialiste de la société israélienne ». Des qualificatifs qui ont interloqué la rédaction. En effet, Julien Bahloul n’est pas un simple citoyen vivant au sein de l'État hébreu : community manager de l’armée israélienne de 2012 à 2013 et attaché de presse, Bahloul a surtout officié en tant que porte-parole français (réserviste) de Tsahal, de 2018 à 2022. Entre ces deux périodes, il a exercé comme journaliste sur i245. Comme journaliste indépendant il n'y a pas pire.

Des milliardaires qui se sont offerts des médias ne cachent pas leurs positions pro-israéliennes; le groupe Vincent Bolloré, en tête avec sa petite chaîne info-intox CNews qui se veut la version française de la très à droite chaîne américaine Fox News. Patrick Drahi et Robert Dreyfuss ont, eux, fait de BFM TV, le fer-de-lance d’une information pro-israélienne, sans concession ou presque, et sont des soutiens fervents d’Israël. La cession de la chaîne à l’armateur Rodolphe Saadé, proche d’Emmanuel Macron, en mars dernier ne changera pas forcément le traitement de l’information du média. LE FIGARO n'est pas en reste et supprime toutes les dénonciations du criminel de guerre Netanyahou.

L’avocate franco-israélienne (ah laverteuse et ubique double nationalité!), Nili Kupfer-Naouri, qui a organisé le blocage des camions d’aide humanitaire, a pu affirmer en direct sur plusieurs antennes que tous les Gazaouis étaient membres du Hamas, même les enfants, sans qu’un sourcil de journaliste ne se lève6. Les rédactions françaises sont aux mains de personnes qui professent le mantra de la shoah. Toute attaque contre l'Etat bourgeois d'Israël est dénoncée comme un retour de l’anti-sémitisme lequel en Europe, comme tout le monde l'ignore, a mené à la ”solution finale” organisée par l’Allemagne nazie.

Aussi perverse que la défense nationaliste d'Israël est la pose du Rassemblement national, attribuant à Israël le statut de défenseur des valeurs occidentales face à une population musulmane, forcément “violente et anti-européenne”. Ce qui vient conforter le racisme anti-arabe de cette queue de l'extrême droite traditionnelle. Cette position en soutien aux exactions et crimes de l'armée colonisatrice se retourne de fait contre la mère Le Pen et ses affidés. Tout parti bourgeois est prêt à tous les mensonges pour parvenir au pouvoir. On peut sans mal conclure que ce parti de merde, intégrant l'idée que les juifs sont une partie décisive pour l'accès au pouvoir, sont persuadés d'y trouver un point d'appui alors que cette pirouette vient confirmer leur arrière-fond antisémite invariable. Le Rassemblement national, tout en gardant son fonds de commerce à usage interne, cherche à faire oublier son histoire antisémite par ce soutien inconditionnel et puant au militarisme sadique de Benyamin Nétanyahou,


    Le protocole des sages de Washington ou l'approximation antisémite (anti ces mythes) ?

Toute cette mélasse informationnelle est faite pour ranimer, tout en menaçant de punition, les vieux démons antisémites dans la population : les juifs et l'argent, les juifs contrôlent les gouvernements et les médias, les journalistes juifs soutiennent, yeux fermés, les exactions de tsahal, etc., La tentation antisémite a fait clairement sa réapparition à la suite de l'enchaînement cruel des événements à Gaza. Pendant plusieurs mois, malgré une lourde dénonciation de LFI accusée de faire le jeu Hamas, une majorité de la population française a fini par vomir le meurtre massif des populations civiles à Gaza et une honteuse famine perpétrée au vu du monde entier par une sainte armée de la « civilisation démocratique »7.

Ce dégoût vient d'être accentué par les déclarations abjectes de l'assassin Netanyahou et du lâche ambassadeur américain. Banalité du mal, des juifs peuvent se comporter comme des nazis et réduire la shoah à un éîsode historique dépassé et pas du tout rhédibitoire face à n'importe quel peuple honni. C'est en même temps la fin d'un Etat hébreu protecteur des juifs et de sa prétention à désigner l'horreur absolue.

Au point que, tournant le dos de ses propres médias collabos de l'Etat israélien sanguinaire, le président français a répondu comme il se doit à l'instrumentalisation de l'antisémitisme pour justifier un génocide d'une population qui gêne pour accéder au pétrole en Méditerranée. Abject fût le mot juste. Un même type de protestation légitime est venu de la gauche avec en particulier Ségolène Royal. Dans la dénonciation des crimes de la bourgeoisie israélienne, de Macron aux mélenchonistes, tout le monde se gargarise en vain en faveur de l'apparition impossible et de plus en plus incongrue d'un Etat confettis palestinien ; non aucune solution de ce type n'est plus possible sauf à limiter les atrocités de 'Etat colonialiste hébreu.

Dans sa diatribe ridicule, le péteux diplomate de Trump a osé faire l'amalgame : «Aujourd’hui, ce n’est plus possible de tergiverser : l’antisionisme, c’est l’antisémitisme, point». Totalement faux (et woke) C'est le sionisme au pouvoir qui est devenu nationaliste et barbare pas l'antisionisme qui est devenu antisémite.

Quand le péteux diplomate du clan familial Trump (il n'a pas osé se présenter à sa convocation) radote le mantra de la shoah, en léchant le cul de Trump et Netanyahou que  «presque la moitié de jeunes Français disent ne jamais avoir entendu parler de la Shoah»«La persistance d’une telle ignorance nous pousse donc à nous interroger sur le programme scolaire dans les écoles de l’Hexagone», L'approximation factuelle est non seulement fausse mais lourdingue et dingue, et sur ce point je deviens « anti ces mythes » : n'y a-t-il que la shoah pour ne jamais oublier les meurtres de masse dans l'histoire de l'humanité  et surtout dans sa phase capitaliste? Et les indiens d'Amérique massacrés par le même type de cow-boys actuellement au pouvoir  avec casquette marquée « débile Trump »? Et les dizaines de milliers de civils japonais irradiés et cramés par la démocratique bombe nucléaire des même cow-boys ? Et le massacre des arméniens par les turcs ? Et tant d'autres millions assassinés par les Staline et Mao ? Ne serait-ce pas un petit peu encourager l'antisémitisme populaire que de n'enseigner que sur un seul massacre ?

L'assimilation de l'antisionisme à l'antisémitisme est une honte, et l'historien Dominique Vidal en restitue l'histoire :

«  L'antisémitisme, c'est le racisme contre les juifs. Il y a des racines non négligeables en France historiquement, puisque c'est ce qui a motivé en réalité l'affaire Dreyfus. L'antisionisme, c'est le refus ou la critique de l'idée qu'a eu Theodor Herzl en 1896 de militer pour la création d'un État juif en Palestine. Quand on regarde l'histoire, jusqu'en 1939, l'immense majorité des antisionistes sont des juifs. En fait, l'antisionisme est un mouvement juif opposé au sionisme. Il y a plusieurs raisons à cela. La plus importante, c'est l'idée que le judaïsme est d'abord une religion et qu'une religion, ça n'est pas une nation, ça n'est pas un peuple. Pour les ultra-orthodoxes, il ne peut pas y avoir d'État juif avant que le Messie ne soit arrivé. (…) « L'antisionisme est d'abord un mouvement juif et il est, dans sa formulation la plus rude, développé jusqu'à la Seconde Guerre mondiale mais pas après. C'est dangereux de mettre un signe égal entre les deux, dans le sens où il n'y a pas en France, dans le droit français, de délit d'opinion. Ça n'existe pas. Condamner l'antisionisme, c'est créer une violation du droit constitutionnel français. Ou alors on condamne aussi l'anti-communisme ou l'anti-gaullisme. Tout ça n'a pas de sens »8.

ET SI LES ETATS ETAIENT LES PRINCIPAUX TERRORISTES ?

L'attribut du qualificatif terroriste au seul Hamas est une forfanterie de guerre classique, où l'ennemi de chacun est l'ennemi de tous et l'ennemi de tous est l'ennemi de chacun. Les terroristes pour Hitler étaient les résistants. Pour Poutine l'Ukraine est non seulement nazie mais peuplée de terroristes. Mais il est interdit de qualifier l'armada militaire de la bourgeoisie israélienne de terroriste, ni même, ce qui serait plus conforme, d'officier au déchaînement de la terreur militaire.

L'attribut du qualificatif terroriste au seul Hamas est une forfanterie de guerre classique, où l'ennemi de chacun est l'ennemi de tous et l'ennemi de tous est l'ennemi de chacun. Les terroristes pour Hitler étaient les résistants. Pour Poutine l'Ukraine est non seulement nazie mais peuplée de terroristes. Mais il est interdit de qualifier l'armada militaire de la bourgeoisie israélienne de terroriste, ni même, ce qui serait plus conforme, d'officier au déchaînement de la terreur militaire.

INTERMEDE PETROLIER

Le Liban, qui cherche à intégrer la liste des pays producteurs de gaz en Méditerranée orientale, se heurte, depuis une décennie, à la complexité de la délimitation de sa zone économique exclusive (ZEE) avec les pays voisins, dont Israël. Dans ce cadre, Beyrouth a essayé de préserver ses intérêts économiques à travers plusieurs tours de négociations. Ce pays, qui souffre d’une grave crise économique, cherche à trouver une issue par le biais des richesses naturelles. Cependant, ce dossier stratégique se heurte à la complexité du système politique libanais, aux enjeux régionaux, notamment à la tension israélo-iranienne, et, enfin, à un adversaire dont la puissance militaire dépasse, dans une large mesure, la sienne. Aujourd’hui, la guerre en Ukraine provoque une hausse des prix du gaz et du pétrole, et l’Europe, visant à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie, doit redéfinir sa stratégie énergétique.

Entre 2012 et 2020, trois événements importants ont eu lieu. Le premier est l’obtention, par Washington, d’un engagement du Liban comme d’Israël à ne pas lancer des travaux de prospection dans la zone disputée avant que la délimitation ne soit réglée. Le deuxième était la constitution, en 2014, par l’armée libanaise d’une unité hydrographique dont elle ne disposait pas lorsque le Liban a déposé une première fois ses coordonnées à l’ONU en 201. Ainsi, une nouvelle étude menée par l’armée libanaise en 2018 avait démontré que le Liban avait droit à plus d’espace

. Le troisième événement avait été l’obtention, en 2018, par un consortium composé des compagnies française Total, italienne Eni et russe Novatek, d’une concession pour l’exploration des blocs maritimes libanais 4 et 99.

Quant au Hezbollah, le mouvement politico-militaire chiite, il était incontestablement un acteur incontournable dans ce dossier. Depuis 2020, il n’intervenait pas directement dans les négociations mais laisse la gestion du dossier à son allié du parti Amal et président du Parlement Nabih Berri. Une escalade verbale avait eu lieu entre le Parti de Dieu et l’État hébreu durant laquelle le premier a menacé d’attaquer la plateforme de gaz israélienne, tandis que le second menaçait le Liban de « bombardements sans précédent ». Pourtant, le Hezbollah ne semblait pas s’opposer à la position libanaise. Il « comprend l’importance des hydrocarbures pour l’économie du pays [… ».

Un autre scénario peu probable mais toujours possible était celui d’un conflit armé entre les deux pays. En effet, avant l’arrivée du médiateur américain Hochstein, les tensions s’étaient accrues entre le Hezbollah et Israël. « Lorsque l’État libanais dira que les Israéliens agressent nos eaux et notre pétrole, nous serons prêts à faire notre part en matière de pression, de dissuasion et d’utilisation des moyens appropriés, y compris la force », avait noté Naïm Kassem, secrétaire général adjoint du Hezbollah. D’autre part, l'Etat hébreu, faisant allusion aux installations du Hezbollah, avait menacé de « détruire toutes les infrastructures et il ne restera aucune pierre » Le Premier ministre libanais avait, quant à lui, indiqué qu’Israël risquait de « créer des tensions dont personne ne peut prévoir les répercussions » Le 2 juillet, l’armée israélienne avait abattu trois drones lancés par le Hezbollah dans une mission de reconnaissance près de la zone contestée. Toutefois, la bourgeoisie libanaise ne voulait ni s’aliéner les Américains, ni entrer en conflit avec Israël, raison pour laquelle ils ne voulaient pas fixer de date limite aux négociations ; après le rasage de Gaza les libanais sont désormais hors-jeu pour partager la manne pétrolière et gazière en Méditerranée.

Le HAMAS du statut d'atout à celui de Lucifer

 Les magouilles stratégiques d'Israël, notamment sous la direction de Netanyahou, ont favorisé l'ascension du Hamas, qu'il percevait comme un instrument pour affaiblir ses rivaux palestiniens The times of Israël écrit : « Pendant des années, les différents gouvernements dirigés par Benjamin Netanyahu ont adopté une approche qui divisait le pouvoir entre la Bande de Gaza et la Cisjordanie, en mettant à genoux le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, tout en prenant des mesures qui renforçaient le groupe terroriste palestinien du Hamas.

L’idée était d’empêcher Abbas – ou tout autre membre du gouvernement de l’AP en Cisjordanie – de progresser vers la création d’un État palestinien.

Ainsi, dans le cadre de cette tentative d’affaiblir Abbas, le Hamas est passé du statut de simple groupe terroriste à celui d’organisation avec laquelle Israël menait des négociations indirectes par l’intermédiaire de l’Égypte, et qui était autorisée à recevoir des injections de fonds de l’étranger.

Le Hamas avait également été inclus dans les discussions sur l’augmentation du nombre de permis de travail accordés par Israël aux travailleurs gazaouis, ce qui a permis à l’argent de continuer à circuler dans la Bande de Gaza, et donc de nourrir les familles et d’acheter des produits de première nécessité.

Pendant des années, les différents gouvernements dirigés par Benjamin Netanyahu ont adopté une approche qui divisait le pouvoir entre la Bande de Gaza et la Cisjordanie, en mettant à genoux le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, tout en prenant des mesures qui renforçaient le groupe terroriste palestinien du Hamas.

L’idée était d’empêcher Abbas – ou tout autre membre du gouvernement de l’AP en Cisjordanie – de progresser vers la création d’un État palestinien.Soutenu par cette politique, le Hamas n’a cessé de se renforcer jusqu’à samedi 7 octobre le « Pearl Harbor » d’Israël, le jour le plus sanglant de son Histoire10, lorsque des terroristes ont franchi la frontière, massacré des centaines d’Israéliens et en ont enlevé un nombre inconnu, sous des salves de milliers de roquettes tirées sur des villes du sud et du centre du pays

Ainsi, dans le cadre de cette tentative d’affaiblir Abbas, le Hamas est passé du statut de simple groupe terroriste à celui d’organisation avec laquelle Israël menait des négociations indirectes par l’intermédiaire de l’Égypte, et qui était autorisée à recevoir des injections de fonds de l’étranger.

Une autre source dite indépendante israélienne avait noté : « La politique controversée de Netanyahou consistant à autoriser l’entrée de fonds qataris dans la bande de Gaza, dans le but de prévenir la violence, a finalement renforcé le Hamas et contribué aux attentats du 7 octobre. Les politiques complexes et parfois erronées d’Israël à l’égard du Hamas ne signifient pas que la clique facho au sommet de l'Etat hébreu a créé de toutes pièces le groupe. Ni n'élimine le fait qu'ils s'en sont servi pour finalement écraser tout avenir pour les gazaouis.

 Jusqu'à récemment, Israël autorisait ainsi le Qatar à faire entrer de l'argent liquide à Gaza, officiellement pour des raisons humanitaires (salaires, aide aux familles pauvres, etc.). Cependant, une partie de cet argent a pu potentiellement être détourné par le Hamas pour maintenir son autorité. Si Doha a acheminé des fonds régulièrement pour l'administration de Gaza, sous contrôle du Hamas, c'était de toute façon en total accord avec Israël, qui l'y avait autorisé, considérant dans la balance que ce serait mieux ainsi que de risquer un potentiel chaos dangereux pour la sécurité de l'Etat hébreu.

LE 7 OCTOBBRE NOUVEAU PEARL HARBOR ?

LA TRIBUNE écrit lucidement mais en atténuant les crimes de Netanyahou qualifiés d'« erreurs » :

« Depuis 2007, en imposant un blocus strict qui a asphyxié l'économie de Gaza, Israël a clairement à l'époque renforcé la popularité du Hamas parmi les Gazaouis, qui voyaient alors le groupe comme une force résistante face à Israël, malgré des conditions de vie très dures. C'est ainsi que le Hamas, en tant que groupe armé, pouvait se présenter petit à petit comme une alternative radicale mais crédible au Fatah corrompu et impuissant. Bien aidé d'ailleurs par les échecs répétés de l'Autorité Palestinienne dans ses négociations avec Israël et l'occupation prolongée de la Cisjordanie, l'organisation islamiste a pu récupérer le soutien d'une partie des Palestiniens de Gaza. Jusqu'au 7 octobre 2023, où les deux camps ont payé le lourd tribut des erreurs de responsables politiques, plus apprentis sorciers que les véritables leaders nationaux. La montée de colère des Israéliens contre Netanyahou, c'est un peu de cela aussi : pas que la gestion de la guerre présente, mais bien aussi des erreurs passées ».

Un député de la gauche israélienne, Lapid a déclaré que Benjamin Netanyahu savait depuis des mois que se profilait « un 7 octobre ». Selon ce chef de l'opposition parlementaire, ce massacre aurait pu être évité, mais le Premier ministre n'aurait pas pris la mesure du danger lorsqu'il a été informé des risques ; le bureau de Netanyahu a réfute sans convaincre même les parents des otages.

Lapid, lapidaire... a prétendu qu’il était déterminé à « démystifier l’affirmation » selon laquelle l’échelon politique n’avait pas été informé du fait que le Hamas n’était plus dissuadé d’attaquer Israël ; bien que photographié quelques jours plus tard serrant la main à Netanyahou. Il avait affirmé qu’il avait été mis au courant, tout comme le Premier ministre. Tout en soulignant que « le 7 octobre, il n’y a pas eu d’avertissement tactique et concret concernant le franchissement de la clôture », il a ajouté qu’il y avait eu « des avertissements stratégiques répétés concernant une éruption de violence et la perte de la capacité de dissuasion ».

LA BIZARRE CREATION DE L'ETAT HEBREU11


« Le nationalisme juif est apparu au milieu des années 1840 non pas dans les communautés d’Europe de l’Ouest où l’idée de nation juive avait quasiment disparu, mais parmi les juifs d’Europe centrale et orientale sous l’influence conjuguée de la Haskala». Michel Abitbol« Le juif émancipé se conduit le plus souvent comme un parvenu , il oublie l'aïeul misérable dont il est issu. Alors que chacun s'ingénie à se chercher des ancêtres, il veut oublier qu'il en a eu un ». Bernard Lazare


Le sionisme émerge à la fin du 19e siècle, dans un contexte d’antisémitisme virulent en Europe. Les pogroms en Russie tsariste (1881-1884) qui tuent des milliers de Juifs, et l’affaire Dreyfus en France (1894), où un officier juif est injustement condamné, révèlent l’insécurité des communautés juives. Theodor Herzl, journaliste austro-hongrois, fonde le mouvement sioniste moderne lors du premier Congrès sioniste de Bâle, en 1897. Son ouvrage Der Judenstaat (1896) appelle à la création d’un État juif, vu comme un refuge face aux persécutions. Si la Palestine, liée à l’histoire biblique juive, est privilégiée, d’autres options, comme l’Ouganda, sont brièvement envisagées.

C'est donc Herzl qui a inventé ce concept aussi naïvement messianique que suggestif d'«Etat juif», utopie d'un Etat idéal porteur de progrès, de bien-être et de bonheur pour ses habitants arabes – dont la présence n'avait pu lui échapper lors de son voyage en Palestine. Un Etat qui deviendrait un refuge certain pour les juifs du monde entier. Lequel Etat est devenu un système génocidaire et encore plus dangereux pour les juifs du monde entier.

Pour justifier leur antisémitisme toutes les cliques et les imbéciles d'extrême droite citent les remerciements de Ben Gourion à Rothschild :

Pensez, c'est le principal fondateur de l'Etat d'Israel, Ben gourion qui remercie un autre juif milliardaire:

« Le baron de Rothschild puisait à la même source d'inspiration que leurs pionniers: l'idéal historique du Peuple. Et tel est le miracle de nos jours merveilleux qu'un Juif français, roi de la finance mondiale, issu' d'un judaïsme assimilé et pour ainsi dire définitivement effacé, n'ayant souffert dans sa vie privée ni d'antisémitisme ni de discrimination raciale et qui tout au contraire avait hérité de ses aïeux une position dominante, marquante et exceptionnelle par la fortune et les honneurs, tant dans sa patrie, la France, qu'en Europe, ait été touché par la grâce de l'entreprise de rédemption de son peuple et qu'il lui ait consacré sa personne et ses biens. Il débuta modestement mais aboutit à de grandes choses. Du soutien aux rares et jeunes colonies, il en vint à en fonder de nouvelles et à acheter des terres dans toutes les régions du pays, à l'ouest et à l'est du Jourdain, suivant un plan politique, stratégique à longue portée et à une échelle nationale, sans se laisser rebuter par les difficultés ni arrêter par les obstacles. Et dès le début de son entreprise, Edmond de Rothschild en saisit parfaitement le but suprême ».Un remerciement en quelque sorte justifié mais loin de la complexité de la situation géopolitique et impérialiste de l'époque.

Le conflit israélo-arabe n'est pas né avec la création de l'Etat d'Israël, ou la Déclaration de Balfour, mais avec l'apparition des deux nationalismes arabe et juif. L'idée de la Nation, exportée par la France révolutionnaire de 1789 mais caduque à l'ère des impérialismes dominant du siècle dernier, ne suffit pas à expliquer l'opposition entre les deux communautés nationales. Le poids propre du phénomène religieux n'offre pas plus plus cette autre explication : l'antagonisme entre deux civilisations, l'opposition entre l'orient et l'Occident.

L'enjeu après 1945 n'est pas de protéger les juifs (les américains n'avaient rien fait pour cela pendant quatre années) mais de baiser l'Angleterre pour contrôler les champs pétroliers. Pour les Anglais qui étaient sur le point de perdre la guerre, il était important de prendre du recul et de penser sur le long terme12. Le Proche-Orient est une terre de pétrole et la position optimale de la Palestine, surplombant le canal de Suez qui permet de relier les Indes à l’Angleterre, en fait une base stratégique que la bourgeoisie britannique ne voulait pas abandonner13. Le massacre actuel aujourd'hui à Gaza est donc en continuité avec cette guerre de rapine pétrolière mais reste masquée par cette histoire d'impossible cohabitation entre arabes et juifs, sans oublier la boucherie ignoble du Hamas le 7 octobre. Mettre tous les juifs, israéliens ou pas dans le même sac que les colons fachos qui soutiennent Netanyahou relève de la pire stupidité politique. Le passé nous rappelle que les grands esprits, comme certaines minorités politiques maximalistes depuis le premier PC palestinien jusqu'à la Gauche Communiste de France ont combattu cette hérésie d'Etat juif.14

Shlomo Sand15 évoque dans son célèbre ouvrage les noms des philosophes Martin Buber et Hannah Arendt, qui se sont tous deux opposés au plan de partage de 1947 et aux affrontements qui en résulteraient. Sand évoque Léon Magnes, ce rabbin réformateur américain né en 1877 en Californie, qui s’installe à Jérusalem en 1922 avant de devenir le premier chancelier de l’Université hébraïque de Jérusalem. Dirigeant académique hors pair guidé par les principes des droits de l’homme et des pères fondateurs du libéralisme américain, Leon Magnes est acquis à l’idée binationale et très critique des modes de colonisation et d’appropriation des terres par la communauté juive. En 1942, avec Martin Buber, il fonde le groupe Ihoud (Union) qui lutte contre un nationalisme juif « tristement chauvin, d’esprit étroit et terroriste » .



NOTES


1Massimo Piattelli Palmarini, qui ressemblait plus jeune au regretté Guy Sabatier, est Professeur des Sciences Cognitives à l'Université de l'Arizona depuis 1999.Il est fondateur et directeur du Département des Sciences Cognitives à Istituto San Raffaele de Milan de 1994 à 1999. Biophysicien de formation, il obtient son doctorat à l’Université de Rome en 1968, il s’est passionné pour l’histoire et la philosophie des sciences et les rapports entre le cerveau et l’entendement.

3Après 1918 les Protocoles des Sages de Sion, texte policier, placent la manipulation juive comme cause de la guerre mondiale ainsi qu'un financement occulte des bolcheviques (juifs) ; pour ces tenants du « complot mondial youpin » il y a coïncidence entre la Déclaration Balfour (lettre du Premier ministre anglais à Rothschild préliminaire à la création d'un Etat juif) le 2 novembre 1917 et la révolution d'Octobre du 7 novembre 1917. Travestissement imbécile puisque les bolcheviques dénoncèrent cette déclaration.

4Si l'Etat d'Israël a néanmoins vu le jour, c'est moins sous l'influence visionnaire de Herzl que grâce aux achats de territoires palestiniens effectués par le baron de Rothschild et d'autres défenseurs de la cause. Loin d'avoir eu pour seul but de matérialiser un rêve colonisateur, sa création est devenue historiquement indispensable à la suite de l'Holocauste. Là réside indubitablement le motif essentiel qui empêche et enlève le droit de considérer Eretz Israel comme ce qu'il est réellement, à savoir un Etat juif colonialiste et ce depuis le 14 mai 1948, date de sa fondation, sinon avant.


6Ordures de cette propagande nationaliste et raciste qui répète depuis des décennies que les arabes palestiniens n'étaient capables que d'élever des troupeaux de chèvres, alors que les juifs ont apporté la modernité...avec les capitaux américains !

7Soutien de plus en plus puant de la mère Le Pen :  La famine qui sévit dans l’enclave palestinienne, la faim utilisée comme « arme de guerre » selon Médecins du Monde ? « Qu’il y ait des difficultés humanitaires dans une guerre, ça n’étonne personne », minimise-t-elle. Insistant, au mépris des preuves dont disposent les ONG sur place : « Israël ne refuse pas de livrer de l’alimentation et des biens de première nécessité à Gaza, il ne veut simplement pas que ce soit le Hamas qui les distribue ». Cette position a été applaudie par l'ordure Meyer Habib, ancien député de la 8e circonscription des Français de l’étranger, qui comprend Israël. « Son discours est irréprochable, à la différence de celui d’Emmanuel Macron et de ses amis »,

10Comparaison judicieuse puisque le désastre de Pearl Harbor avait été anticipé et laissé faire par l'Etat américain pour justifier l'entrée en guerre des Etats Unis en Europe.

12En 1917, la Première Guerre mondiale fait rage. Elle coûte cher et les Alliés s’enlisent. Les Britanniques cherchent à obtenir le soutien des banques juives d’Angleterre et des États-Unis pour mobiliser des fonds le plus rapidement possible. Ils décident donc d’accorder aux sionistes ce qu’ils réclament depuis la fin du 19e siècle : leur retour sur la terre de leurs ancêtres. (RFI)

14Je me flatte d'avoir connu et milité vingt ans auprès de Marc Chirik, Très jeune il avait été membre du Parti communiste palestinien, fondé en 1919 sous l’appellation de Parti ouvrier socialiste hébreu, qui devient le PCP et adhère à l’Internationale communiste (IC) en 1922. Fidèle aux orientations de l’IC, le PCP a toujours récusé le sionisme, considéré comme un mouvement colonialiste illégitime, appelant à l’indépendance d’un état démocratique à majorité arabe en Palestine, dans lequel les Juifs seraient des citoyens à égalité de droits. Rectitude d'une longue vie politique cohérente, iMarc avait transmis et prolongé ce combat avec la GCF et le CCI.

cf. CHIRIK Mordkhal, ou CHIRIK Marc, dit MARC ; MARCO ; JUAN M. – Maitron

15L'historien israélien Shlomo Sand est l'auteur du remarquable Comment le peuple juif fut inventé (Fayard, 2008), 


SOURCES :


Sur le soubassement économique impérialiste du massacre à Gaza :

Irrationalité du capitalisme ? Cette mauvaise blague article sur ce blog

Les enjeux gaziers en Méditerranée orientale : le cas du conflit israélo-libanais :: Note de la FRS :: Fondation pour la Recherche Stratégique :: FRS


Le nationalisme juif par Bernard Lazare 1898

Nationalisme juif wikipedia assez complet et nuancé

L'historien israélien Shlomo Sand, auteur du remarqué Comment le peuple juif fut inventé (Fayard, 2008), 

Antisémitisme, antisionisme… Quelles définitions derrière ces mots ? Les réponses d'un historien

À BFM, la rédaction sonne l'alarme contre une couverture pro-israélienne - Blast le souffle de l’info

Une ligne éditoriale jugée pro-israélienne par les auditeurs – La Médiatrice

Reconnaissance de l’Etat de Palestine : pourquoi Le Pen et Bardella reprennent inlassablement les éléments de langage de l’extrême droite israélienne – Libération

Le nationalisme juif arrogant et un philosémitisme complice 2023

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-nationalisme-juif-arrogant-et-251394

Une ligne éditoriale jugée pro-israélienne par les auditeurs – La Médiatrice

La création de l'État d'Israël : histoire, débats et enjeux humains. Un peu d'humanisme... | FranceSoir *





Est-il possible que l’on puisse invoquer le hasard pour expliquer que précisément les forces réactionnaires de toute l’Europe, et surtout de Russie, s’insurgent contre l’assimilation des Juifs et s’efforcent de perpétuer leur particularisme ? »

Lénine 1903

« Il y a un risque d'escalade, d'une surenchère, d'une concurrence des mémoires. Celle-ci pourrait bientôt provoquer, dans le monde des banlieues, la revendication d'une adoption des victimes d'Israël en Palestine. Régis Debray (2008)


samedi 23 août 2025

POURQUOI L'IMMIGRATION NE PEUT PLUS ETRE REVOLUTIONNAIRE ? (deuxième partie)

 


UNE IMMIGRATION ITALIENNE ET ESPAGNOLE CATASTROPHIQUE EN POLITIQUE


« Mais seuls les réactionnaires peuvent se boucher les yeux devant la signification progressive de cette moderne migration des peuples. Il n'y a pas et il ne peut y avoir de délivrance du joug du capital sans développement continu du capitalisme, sans lutte des classes sur son terrain. Or, c'est précisément à cette lutte que le capitalisme amène les masses laborieuses du monde entier, en brisant la routine rancie de l'existence locale, en détruisant les barrières et les préjugés na nationaux, en rassemblant des ouvriers de tous les pays dans les plus grandes fabriques et mines d'Amérique, d'Allemagne, etc. L'Amérique tient la tête des pays qui font venir des ouvriers. (…) les pays les plus arriérés du monde passent « par l'école de la civilisation ». (…) Ainsi, partout et en tout, on fait payer son retard à la Russie. Mais les ouvriers de Russie, comparés au restant de la population, sont l'élément qui cherche le plus à échapper à ce retard et à cette sauvagerie, qui réagit le plus vigoureusement à ces « charmantes » qualités de leur patrie et qui s'unit le plus étroitement aux ouvriers de tous les pays pour former une seule force mondiale de libération. La bourgeoisie cherche à diviser en excitant les ouvriers d'une nation contre ceux d'une autre. Les ouvriers conscients, comprenant qu'il est inévitable et progressif que le capitalisme brise toutes les cloisons nationales, s'efforcent d'aider à éclairer et à organiser leurs camarades des pays arriérés » 

Lénine (1913).


Au XIXème siècle les ouvriers n'ont pas de patrie. Par sa lutte de classe le prolétariat est étranger dans son propre pays. D'aucuns ont pu prétendre qu'il était dès l'origine un immigré (cf. première partie de cet article). L'immigration ou l'émigration aurait donc été et serait de tous temps la marque de l'internationalisme. Ce n'est pas vrai. Lénine parle d'ailleurs de « migration moderne  des peuples ». Certes la révolution industrielle a arraché le paysan à sa campagne (et ouvert la voie à l'émancipation des femmes)1. Dans les sociétés industrielles, c’est le travail qui fait naître l’iuvrier, qui de fait n'est plus immigré.

Certes c'est le capitalisme qui a entraîné la lutte de classe et en quelque sorte produit cette classe ouvrière dans tous les pays, ou presque. Il est possible que l'émigration des ouvriers russes en Amérique après l'échec de la révolution de 1905 ait dynamisé et renforcé la lutte de classe au pays de l'oncle Tom.

Mais Lénine, comme l'Internationale communiste se sont trompés en croyant que la révolution s'étendrait aux pays les plus arriérés du monde, et en particulier avec des peuples s'émancipant du joug colonialiste.

Le XXème siècle n'a pas supprimé les nations mais en a vu se créer de nombreuses aux côtés du développement des plus anciennes. L'immigration, loin de devenir un creuset supplémentaire de la lutte des classes a, dès 1914, partie liée avec la guerre capitaliste.

L'immigration à ses débuts est surtout une volonté de sortir de la misère et éventuellement s'enrichir. Par exemple la première vague réellement perceptible de l'émigration chinoise vers les Etats-Unis n'a pas commencé avant les années 1850. Le nombre de ces immigrants s'est accru progressivement en atteignant son apogée en 1890, représentant une population de 107 488 personnes.


A l'origine, les Chinois vinrent aux Etats-Unis afin de travailler en tant qu'ouvriers dans les chemins de fer, mineurs, agriculteurs ou domestiques. Après l'adoption du Chinese Exclusion Act (Loi sur l'exclusion des Chinois) en 1882, ainsi qu'à cause de nombreuses autres législations discriminatoires leur interdisant la pratique de nombreux métiers, les Chinois ont commencé à développer trois stratégies liées les unes aux autres : tout d'abord, en s'engageant dans des affaires qui ne se trouvaient pas en concurrence avec celles des Blancs, telles que les restaurants chinois et les blanchisseries ; ensuite, en organisant des sociétés d'autodéfense ; enfin, en se déplaçant vers les principales zones urbaines des Etats-Unis telles que San Francisco, Los Angeles et New York où ils pouvaient rassembler une large clientèle attirée par leurs commerces ethniques. Ces trois stratégies furent à l'origine de l'essor des diverses enclaves chinoises aux Etats-Unis appelées "Chinatowns" .

On voit donc ici une confirmation de la première remarque de Lénine, cette immigration sert d'abord au développement du capitalisme, et, immédiatement restreinte par ce même capitalisme (l'interdiction d'accès à certaines professionnelle-ci se cristallise en communauté par un repli sur le petit commerce ; un parallèle peut être ainsi déjà établi avec le développement à notre époque d'une multitude de petites boutiques de l'immigration arabe et africaine qui ne signifie nullement un renforcement de la classe ouvrière internationaliste.

Les immigrants chinois à notre époque diffèrent encore plus des premiers : ils viennent des zones urbaines , arrivent avec leurs familles , ont pour certains une bonne formation scolaire ou professionnelle , pour d'autres -en particulier ceux originaires de Hong Kong ou de Taïwan -des fonds à investir. Des atouts qui expliquent la réussite économique de cette communauté que certains n'hésitent pas à qualifier de" minorité modèle ".

Bien sûr, la plupart des immigrants récents ne sont pas des nantis et la plupart également ne sont pas allés aux Etats-Unis pour protéger leurs capitaux. En fait, beaucoup sont venus dans ce pays afin d'améliorer leur bien-être économique et pour l'éducation future de leurs enfants. La majorité provient de milieu urbain ; certains arrivent avec une excellente formation scolaire et professionnelle. En comparai¬ son avec les anciens, les nouveaux immigrants se considèrent comme plus "distingués", particulièrement ceux qui sont originaires de Hong Kong, plus instruits et plus modernes, la plupart ayant vécu dans les zones urbaines, au moins pendant un certain temps, en Chine ou à Hong Kong. Ils ont le sentiment que les anciens immigrants ne sont que des "péquenauds" ("country bumpkins" ) dénués de raffinement et provenant des zones rurales de la vieille patrie. En bref, la population chinoise en Amérique est devenue plus hétérogène, comparée à la période antérieure à 1965.

Commerces ethniques et entreprises familiales

L'immigration chinoise suit à peu près le même chemin que toutes les migrations qui finissent par s'installer. Réussite sociale, banquiers, capitalistes et riches hôteliers ne sont pas représentatifs de la majorité des nouveaux immigrants. Beaucoup d'entre eux doivent travailler pour une tierce personne, ce qu'ils font au début, même si en fait ils aimeraient aussi s'établir à leur propre compte. Beaucoup créent leur affaire et s'organisent en faisant appel aux membres de leur propre famille. Ceci est davantage possible à l'heure actuelle, après l'arrivée ces dernières années de tant de familles d'immigrants. L'envoi d'argent aux familles contribue en même temps à l'économie du pays d'origine.

Enfin c'est une constante historique de la pression de l'immigration sur les salaires et de sa faveur du point de vue patronal avec un profit devenu antiraciste. La concurrence chinoise, par exemple (outre sa domination mondiale) a tendance à compresser les salaires : à chaque fois que la Chine augmente ses exportations américaines de 1.000 dollars (par ouvrier et par an), les ouvriers du secteur concerné perdent en moyenne 500 dollars de revenu annuel chacun. Aujourd'hui si les ouvriers immigrés chinois ne se font pas particulièrement remarquer aux Etats-Unis, ce n'est pas du tout le cas en Chine2.

On glose toujours sur une plus facile intégration des immigrés européens catholiques jadis et naguère comparée aux problèmes posés par la culture musulmane, ce qui es faux et on en verra les aspects politiques très négatifs dans le cas de l'Italie et ce l'Espagne. Penchons-nous d'abord sur les conditions de la première boucherie mondiale.

ETRANGERS DANS LA GUERRE OU ETRANGERS A LA GUERRE ?

À la faveur de la guerre, l’immigration spontanée a considérablement reculé, au profit d’une immigration plus ou moins “organisée”. Mais si l’État s’est mis à intervenir dans tous les secteurs d’activité, cela ne signifie pas que cette action ait été toujours centralisée et cohérente. En matière d’immigration, à l’évidence, de tous temps, on est loin de la simplicité administrative, même si le ministère du Travail semble s’être imposé comme lieu de régulation.

En fin de compte, plus de la moitié de la main-d’œuvre étrangère et coloniale a été employée dans les industries de guerre, un tiers environ dans l’agriculture et le reste a été assigné à diverses tâches (terrassement, construction, mais aussi emplois de service). Les travailleurs coloniaux et étrangers sont présents sur l’ensemble du territoire. D’après Georges Mauco, en 1918, les étrangers (catégorie dans laquelle l’auteur inclut les coloniaux) représentaient 20 % environ des travailleurs des usines de guerre, et on comptait alors environ 160 000 immigrés dans l’agriculture 

La guerre transforme évidemment nombre d’étrangers en suspects tandis que l’afflux de travailleurs coloniaux et étrangers rend plus aigus encore les problèmes de surveillance et de contrôle.  On observe pourtant une assez faible conflictualité entre les ouvriers nationaux et leurs homologues étrangers alors que, en revanche, les ouvriers coloniaux et chinois font l’objet d’une « violence raciale »  populaire croissante. À partir de mai 1917, un peu partout en France (Brest, Dijon, Le Havre, Paris, Toulouse), des rixes, voire des émeutes, se multiplient, faisant souvent des blessés graves et des morts. Aux ouvriers coloniaux, les Français reprochent d’être des briseurs de grèves et de permettre, par leur présence, le maintien des travailleurs français au front. Ils dénoncent également la concurrence sexuelle que leur présence a fait naître.

Dès les années 1917-1918, les différents chefs de services s’accordent sur le fait qu’il faudra, après le conflit, privilégier « la main-d’œuvre blanche qui, d’abord, est de meilleure qualité et qui, ensuite, est beaucoup plus assimilable. Les coloniaux introduits dans la Métropole et les hommes de couleur seront une source de difficultés à la fois pour elle et les Colonies, alors qu’au contraire la main-d’œuvre blanche pourra nous aider à reconstituer notre population » .

Toute la politique d’immigration au lendemain de la Grande Guerre repose sur ce premier principe qui est alors reformulé ainsi : « Faire appel à la main-d’œuvre d’origine européenne, de préférence à la main-d’œuvre coloniale ou exotique, en raison des difficultés d’ordre social ou ethnique que pourrait faire naître la présence sur le sol français d’éléments ethnographiques trop nettement distincts du reste de la population » 

 Les travailleurs coloniaux éprouvèrent bien souvent en France une liberté impensable dans les colonies. Longtemps occultée, la participation des étrangers (coloniaux, immigrés, exilés etc.) aux conflits militaires et à la Résistance aux côtés des citoyens français a ressurgi dans la mémoire collective grâce aux témoignages d’anciens combattants et aux travaux historiques.

Une parenthèse sur une immigration pas très « rouge » ni internationaliste mais migration quand même clairement réactionnaire, celle des russes blancs fuyant la révolution bolchevique. La crise économique et l’arrivée continue de réfugiés et d’immigrés sur le territoire français jusqu’à la fin des années 1930 se traduisirent par la promulgation de lois visant à circonscrire le travail des étrangers et à satisfaire ainsi le vœu souvent exprimé par les nationaux de réserver le travail aux Français . La conjugaison de ces deux facteurs eut également des conséquences sur la législation en matière de nationalité. Les étrangers furent incités à acquérir la nationalité française surtout s’ils avaient quelques velléités d’ascension sociale, puisqu’une loi du 21 avril 1933 limitait « l’exercice de la médecine aux seuls Français »  et que d’autres lois furent également votées pour protéger certaines pro-fessions, en particulier celle d’avocat. Cette incitation a renforcé leurs conditions de vie difficiles car beaucoup ont refusé de l’acquérir, pensant retourner prochainement dans leur patrie.


LES ITALIENS ET LES ESPAGNOLS COINCES DANS LA PERIODE DE LA CONTRE-REVOLUTION

Ils seront environ 26 millions, entre les années 1860 et les années 1960. Difficultés économiques, archaïsme social et tensions politiques sont les causes de cet "Ulysse collectif", un des plus importants mouvements migratoires de l'époque contemporaine.

Les ouvriers italiens sont présents en France depuis la fin du siècle précédent, mais on assiste, au lendemain de la « Grande guerre », à un afflux massif de transalpins, facilité par tout un réseau de filières familiales ou patronales elles-mêmes encouragées par les conventions de 1919, 1924 et 1928 réglementant le séjour des travailleurs italiens en France, leur permettant d'entrer librement, leur assurant des salaires identiques à ceux des nationaux ainsi que l'ensemble des prestations sociales et un même droit au travail. Ils s'insèrent dans le tissu social et économique français selon des axes spécifiques. Il s'agit surtout d'une population ouvrière (310 000 personnes) où les secteurs les plus représentés sont le bâtiment (90 000), la grosse métallurgie (30 000), les industries extractives (28 000), la céramique et la verrerie (18 000), la chimie (12 000). L'agriculture, pour sa part fait travailler 65 000 Italiens dans les années 1920, tandis que le « petit » tertiaire emploie 18 000 transalpins dans les restaurants, hôtels et débits de boisson et 11 000 dans les commerces de l'alimentation. Après 1919, les Italiens se répandent sur l'ensemble du territoire mais le Nord et l'Est, la région parisienne, le Sud-Est et le Sud-Ouest connaissent de très fortes concentrations en relation avec la proximité frontalière, les gisements d'emploi ou les similitudes de civilisation3.

L'ouvrier italien communiste reste attaché à son identité italienne et ce sentiment n'est pas considéré comme une tare à l'époque. Il ne se considère pas comme un Fuoruscito, un exilé. Angelo Tasca écrit: « Partout où il va (le militant communiste), emmène avec lui sa patrie, qui est l'organisation mondiale à laquelle il appartient. ».

En effet, les militants communistes qui émigraient, qui partaient en- exil, soit pour échapper à la répression, soit pour survivre en trouvant du travail à l'étranger - tout cela en accord avec leur Parti8 - ne considéraient pas l'émigration comme quelque chose de définitif. Elle était une situation temporaire, pour se mettre à l'abri un certain temps avant de revenir légalement ou illégalement en Italie. Tout en étant inscrits au Parti communiste du pays d'accueil, les militants restaient à la disposition du PCI. En France, ils étaient organisés au sein des Groupes de Langue Italienne et, étaient membres du PCF, mais en second lieu. Donc, peu de militants s'attelaient au travail politique parmi les immigrés, jugé décalé et inopportun ; beaucoup étaient démoralisés baissant définitivement les bras pour ne plus s'occuper que de gagner leur vie. Tout au long de l’entre-deux-guerres, les Italiens ont été le groupe le plus nombreux parmi les étrangers installés en France. Formé essentiellement de travailleurs manuels, il incluait également un nombre considérable – quelques dizaines de milliers – de réfugiés politiques antifascistes de différentes tendances, parmi lesquels beaucoup de militants communistes qui, au sein de l’immigration italienne, furent une force politique confusionnisme limitée par le seul combat contre le fascisme.

L’apport de l’immigration à l’implantation du stalinisme en France n'est jamais analysé par les historiens faussaires comme Noiriel. Pierre Milza et le Centre d’étude et de documentation sur l’émigration Italienne (CEDEI), avaient commencé par s’intéresser aux aspects politiques de l’émigration/immigration italienne et ont élargi ensuite le champ d’investigation à l’histoire sociale.

Des réfugiés politiques centrés sur la lutte contre le fascisme

Une partie de cette immigration était composée de réfugiés politiques qui avaient quitté l’Italie pour échapper aux violences fascistes et à la dictature. L’exode avait commencé dès 1921, lorsque la vague révolutionnaire du « biennio rosso » (les deux années rouges 1919-1920) avait commencé à refluer, tandis que la violence organisée des escouades fascistes se généralisait, en particulier dans le Nord et le Centre de la Péninsule. Il continua et s’intensifia après l’arrivée de Mussolini au pouvoir et avec l’instauration, par étapes, de la dictature fasciste entre 1922 et 1926.

Dans l’historiographie italienne, on distingue en général trois vagues principales, la première allant de 1921 au printemps de 1923, la seconde de l’automne 1924 à 1926, la troisième de novembre 1926 (après la promulgation des lois d’exception) jusqu’à la fin de 19274. Plusieurs dizaines de milliers d’antifascistes – que le régime qualifia avec mépris de « fuorusciti » (« ceux qui sont sortis du pays ») – se réfugièrent donc en France, en plusieurs vagues qui correspondaient à l’évolution, ou plus exactement à la détérioration, de la situation politique en Italie.

La plupart des réfugiés politiques étaient des militants issus des différents courants (socialiste – réformiste et maximaliste –, communiste, anarchiste, chrétien) du mouvement ouvrier italien, cible privilégiée de la violence fasciste. C’étaient des syndicalistes, des activistes politiques, des membres des ligues paysannes, des représentants des coopératives et des sociétés mutualistes, des élus locaux, bref, les cadres du mouvement ouvrier italien. Ouvriers pour la plupart, les réfugiés provenaient surtout des régions septentrionales et centrales de l’Italie, dans lesquelles le mouvement ouvrier était le plus implanté et où la répression fasciste était la plus dure. Une partie d’entre eux avait émigré légalement, mais la plupart avaient dû franchir clandestinement la frontière.

Pierre Milza a proposé de distinguer, au sein de l’immigration italienne, les catégories suivantes en fonction de leur rapport au politique : 1) les « états-majors politiques en exil » ; 2) les « militants ou sympathisants, engagés en Italie dans le combat politique ou syndical, n’appartenant pas à proprement parler aux états-majors des grandes organisations ouvrières, travailleurs manuels pour la plupart et qui ont poursuivi en France une activité militante » ; 3) les « militants, sympathisants et autres travailleurs politisés dans le pays d’origine qui n’ont pas poursuivi leur activité politique ou syndicale dans le pays d’accueil » ; 4) « Ceux qui, partis pour des raisons autres que politiques – ou du moins directement politiques – vont au contraire se politiser au contact des fuorusciti ou des formations politiques ou syndicales françaises » ; 5) l’ « immense masse des “non politiques”, c’est-à-dire de tous ceux qui ne sont pas partis pour des motifs spécifiquement politiques et n’ont à aucun moment exercé une activité politique ou syndicale ».

L’émigration réellement communiste des premières années

Dans une première phase, allant de 1921 à 1923, l’émigration communiste italienne vers la France fut une émigration spontanée, résultat de décisions individuelles de militants qui se sentaient particulièrement menacés. Le Parti communiste italien,7 né en janvier 1921 d’une scission du Parti socialiste, se trouva immédiatement dans une situation difficile et le nombre de ses militants chuta rapidement : de 40 022 en 1921 ils passèrent à 24 568 en 1922 pour se réduire à 8 696 l’année suivante8. Parallèlement, le nombre des communistes italiens réfugiés à l’étranger, c’est-à-dire essentiellement en France, augmenta dans des proportions considérables : comme par un phénomène de vases communicants, le Parti se vidait peu à peu de ses forces en Italie tandis qu’elles s’accroissaient à l’étranger. D’après Loris Castellani « en 1921, on recensait 400 militants environ résidant à l’étranger, dont un peu plus d’une centaine en France. Toujours en France, la Fédération communiste italienne du PCF, qui comptait 240 adhérents en juillet 1922, passait à 3 000 en 1923. En avril 1924, les groupes de langue italienne du PCF atteignaient 5 000 membres, sans compter les quelques centaines dispersées dans chacun des autres pays d’Europe totalisant un ou deux milliers.

Ces militants étaient convaincus, en effet, que le régime fasciste ne durerait pas et que, d’autre part, la révolution était proche. C’est pourquoi d’ailleurs ils ne se considéraient pas véritablement comme des exilés. Révolutionnaires et internationalistes, dans un certain sens ils n’avaient pas de patrie, ou plus exactement leur patrie était le mouvement communiste, l’organisation mondiale à laquelle ils appartenaient.

Ces militants communistes étaient, dans leur quasi totalité, des ouvriers jeunes, célibataires, très mobiles, résolus à poursuivre dans l’exil la lutte politique. Ils s’inscrivaient en partie dans une tradition militante qui avait vu déjà au XIXe siècle de nombreux anarchistes, socialistes et républicains italiens s’expatrier pour continuer la lutte dans d’autres pays, en Europe comme dans les Amériques. Les statuts de 1921 du PCI tenaient compte de cette tradition et de la présence de nombreux travailleurs italiens à l’étranger et faisaient obligation aux communistes émigrés de militer dans les sections du parti constituées à l’étranger. Ceux approuvés au deuxième congrès national, en mars 1922, contenaient une nouveauté importante, conforme au nouvel esprit du mouvement communiste, puisqu’ils prévoyaient l’obligation, pour le militant émigré, d’adhérer à la section du Komintern du pays d’accueil.

Le PCI devenu stalinien ne pouvait évidemment pas voir d’un œil favorable l’émigration de ses militants, qui diminuait sans cesse ses forces en Italie, et s’efforça par conséquent de la freiner, en la limitant à ceux qui étaient menacés par de lourdes peines de prison en raison de leur activité politique. Pour émigrer, le militant communiste devait officiellement demander (et obtenir) l’autorisation du Parti, mais dans la pratique cette procédure était souvent impossible à respecter, ou bien parce que les militants menacés devaient partir de toute urgence ou bien parce que la structure communiste de telle ou telle localité avait été complètement désorganisée par la terreur fasciste .

En novembre 1922, le quatrième congrès du Komintern décida la suppression des fédérations communistes de langue étrangère organisées dans les pays d’immigration : leurs membres devaient désormais adhérer directement aux partis communistes des pays d’accueil, au sein desquels ils seraient organisés en groupes de langue. C'est à dire que le stalinisme montant s'efforçait d'enfermer les PC dans l'ornière nationale.

Conformément à ces dispositions, la Fédération communiste italienne fut dissoute par le PCF le 23 mai 1923. Le document précisait : « Les camarades italiens continueront à se grouper au sein de notre Parti en “groupements de langue italienne”, ayant pour but le travail spécifique de propagande communiste, politique et syndical parmi les ouvriers italiens. Ces groupements se tiendront en rapport avec le Comité central de Paris […], qui est nommé par le Comité directeur de notre Parti ». Au sein du PCF, il y eut des Groupes de langue italienne, polonaise, hongroise, yougoslave, juive. Les plus importants étaient ceux de langue italienne, ce qui correspondait à la place prépondérante des Italiens au sein de l’immigration en France, venant renforcer en quelque sorte un soutient à la démocratie bourgeoise dans sa confrontation ambiguë avec le fascisme4.

L'immigration italienne et espagnole importent l'idéologie antifasciste qui conforte l'hypocrite démocratie bourgeoise et conduira à la guerre

Entre juillet 1916 et janvier 1919, environ deux millions d’Espagnols avaient été recensés en France, dont 200 000 dans la capitale d’une part, et d’autre part à Nîmes leur nombre surpassa celui des autochtones. Accrue, l’émigration hispanique se substitua aux prolétaires italiens particulièrement exploités dans le sud et le centre de la France, ou souvent obligés de s’engager dans l’Armée française ou de travailler dans les tranchées militaires5.

La Première Guerre mondiale avait constitué un véritable accélérateur : leur nombre passa de 106 000 à 255 000 entre 1911 et 1921. L’Espagne ne participa pas au conflit, mais en profita pour vendre des produits agricoles aux belligérants, ce qui entraîna une augmentation des prix dramatique pour la population. La majorité des migrants travailla dans l’agriculture dans les régions frontalières, mais certains se rendirent plus au nord pour entrer dans des usines d’armement. Ils connurent des conditions de travail et de logement précaires et la plupart d’entre eux rentra au pays fin 1918. Mais, s’apercevant que la situation espagnole ne s’était pas améliorée, ils furent nombreux à repartir en France dès 1919, accompagnés cette fois de leur famille.

La crise de 1929 mit un point final à la politique d’ouverture vis-à-vis des étrangers instaurée suite aux pertes de la Grande Guerre. En 1932, des décrets établirent des quotas dans l’industrie et les services et les chômeurs étrangers risquaient l’expulsion. Entre 1931 et 1936, le nombre des Espagnols en France passa de 352 000 à 254 000, diminution qui s’explique aussi par la proclamation de la Seconde République en Espagne en 1931 : face au chômage et à la xénophobie croissante, de nombreux immigrés décidèrent de repartir, confiants dans les promesses de la République. Après l'échec de la révolution espagnole les portes se refermeront pour l'émigration6. C'est l'immigration des militants et intellectuels espagnols qui contribuera à mythifier une guerre d'Espagne plus qu'une véritable révolution de l'ampleur de celle de 1917, et constitue même une régression par rapport à cette dernière.

L 'ANARCHISME ESPAGNOL GOUVERNEMENTAL

L'ouvrage, écrit en 1990 et resté méconnu de Mikael Seidman est venu bousculer tous les clichés sur cette cruelle guerre civile ; et critiquer la CNT comme les ultra-gauches et le CCI ont été incapables de mener au fond. Nonobstant le fait que Seidman se révèle moderniste et apolitique dans sa conclusion, l'analyse des deux aspects des mystifications espagnole et française est percutante.

Les anarchistes (organisés dans la CNT) se sont en effet fixés de moderniser l’appareil productif, dans les conditions difficiles de la guerre civile espagnole. Cependant, les ouvriers refusent le productivisme et la discipline de l’usine imposés par les anarchistes.

En France, les syndicalistes encouragent au contraire l’absentéisme, les retards, le sabotage et l’indiscipline ; Le Front populaire ne s’inscrit pas dans une perspective révolutionnaire, mais dans une lutte pour le temps libre. Ce mouvement débouche vers la plus importante législation sociale en France, avec notamment les congés payés.

Michael Seidman questionne le consentement des salariés et leur résistance au travail. Les ouvriers continuent de se rendre aux usines, notamment pour pouvoir ensuite consommer. Mais des pratiques de refus du travail se développent également. Le stalinisme et l'anarchisme ont occulté cette résistance au travail. « Ils considèrent le travail surtout comme création, et non coercition, et l’ouvrier comme un producteur, et non un résistant », dit Michael Seidman. Les anarchistes et les staliniens, et trotskystes insistent sur l’expropriation des moyens de production mais ne remettent pas en cause la soumission au travail. Au contraire, si les ouvriers souhaitent contrôler le lieu de production, c’est pour travailler moins.

C'est face à la faiblesse de la bourgeoisie espagnole, que, opportunément, a pu se développer un inattendu mouvement de masse anarcho-syndicaliste. La répression des grèves sans possibles négociations alimente la défiance à l’égard d'un Etat rigide qui ne peut faire barrage qu'avec son armée. et de son armée. La domination d’une bourgeoisie réactionnaire nourrit l’idéologie libertaire. Les anarchistes s’appuient sur un syndicat puissant, en réalité agissant comme parti politique, et conçu comme base de la révolution et de la société future.

Les anarchistes critiquent la bourgeoisie pour son incapacité à développer les forces productives. Ils glorifient le travail comme émancipateur et valorisent l’industrialisation. La CNT ne reconnaît comme unité de base du communisme libertaire que le « producteur ». Les anarchistes ne cessent de fustiger la paresse et le parasitisme.

La CNT affirme défendre son idéologie comme révolutionnaire, mais reste traversée par d’importantes contradictions. La critique de l’Etat reste abstraite et n’empêche pas des pratiques de collaboration avec les réformistes et les partis parlementaires. La CNT valorise la spontanéité des masses mais pratique des réunions secrètes en petit comité pour préparer des insurrections. Lors de l’insurrection de 1933, la CNT proclame le communisme libertaire, mais qui se traduit par une soumission absolue au folklore et aux idées anarchistes.

Ensuite, le contrôle des usines ne change pas la nature de la production ni la division du travail. Malgré son idéologie contradictoire, la CNT soutient les grèves ouvrières comme la corde soutient le pendu, face à des luttes qui visent à gagner plus et à travailler moins.

L'autogestion cénétiste ne suscite pas l’enthousiasme des ouvriers. La CNT n’hésite pas à contrôler et à sanctionner l’absentéisme au travail. Le syndicat au pouvoir s’oppose à l’augmentation des salaires et à la diminution du temps de travail. Au contraire, les ouvriers rechignent à l’effort de guerre, au sacrifice et au devoir militaire. Comme pendant la révolution russe, une classe gestionnaire s’empare des moyens de production pour moderniser l’économie. La CNT impose même des camps de travail.

L’art de la présumée Révolution développe une propagande de type stalinienne. « Sur ces affiches, qui ressemblaient beaucoup au style soviétique du réalisme socialiste, les ouvriers étaient en train de travailler, de combattre ou de mourir pour la cause ». Les affiches représentent des personnages héroïques et musclés, jamais fatigués. Ces affiches de propagande visent à éradiquer la résistance au travail manifestée par les ouvriers. Avec l’autogestion, les ouvriers doivent participer à leur propre asservissement. Pourtant ils désertent les organes de la démocratie directe qui, de toute manière, refusent de prendre en compte leurs revendications qui s’opposent au bon fonctionnement de l’économie anarchiste.

Outre Pyrénées, le PCF, qui a abandonné tout projet révolutionnaire d’expropriation des moyens de production, depuis qu'il a été englouti par le stalinisme, se contente d’un programme de planification pour aménager le capitalisme. Il valorise notamment les nationalisations. Le contrôle ouvrier est abandonné au profit de l’Etat. L’extrême gauche et les anarchos-yndicalistes n’ont aucune influence politique et restent marginalisés, et suivistes.

Quand Le Front Populaire arrive au pouvoir en 1936 avec Léon Blum, les ouvriers refusent de rester passifs. Ils déclenchent le plus grand mouvement de grève en France. Surtout, ils décident de lancer des occupations d’usine qui attaquaient le sacro saint droit de propriété.

La discipline de l’usine est ébranlée, même après les accords de Matignon. Les ouvriers arrivent en retard, partent tôt et désobéissent à leurs supérieurs. Les délégués syndicaux tiennent tête aux contremaîtres et nuisent au rendement de l’usine. A chaque licenciement dans une branche, une grève éclate. Les ouvriers refusent les cadences, les accélérations de production et la recherche de rendement productif.

Les ouvriers français ne luttent pas pour la réappropriation des moyens de production. Mais ils déclenchent des grèves contre les cadences et pour le temps libre. « En France, l’exigence d’une révolution fut supplantée par une guérilla contre le travail », observe Michael Seidman. Les ouvriers ne cessent de résister à la discipline de l’usine et du salariat.

En réalité, l’indiscipline des ouvriers en France relève également d’une démarche politique. C’est une pratique de lutte qui ne doit pas être vidée de son sens politique. Les ouvriers qui tiennent tête aux petits chefs et qui refusent les cadences ne se contentent pas de faire un caprice. Ils veulent changer la société et sortir de leur vie de misère7.

En fait, ce fut la grève générale de Mai 1968 qui, hors de la mythologie antifasciste, qui donna lieu à une participation plus massive des Espagnols, non plus dans les départements agricoles du sud, mais en région parisienne et au sein des grandes firmes industrielles où ils s’étaient concentrés au long de la décennie : « Plus de 2 000 Espagnols travaillaient chez Renault à Billancourt. Sur la chaîne du département 74, les immigrés constituaient 80 % du personnel. Et c’est de cette chaîne que sont partis le plus grand nombre de grévistes. Les héros de la grève s’appelaient Mohammed, Hocine, Vendini ou Lopez. ». Ce fut également le cas chez Mecano à La Courneuve, en banlieue nord de Paris, où travaillait un nombre élevé d’Espagnoles : « On n’avait jamais pu constituer un syndicat ouvrier dans cette usine. Elles avaient peur. La grève y a mis fin. Les Espagnoles, enthousiastes, infatigables, ont participé en masse aux piquets de grève ; un syndicat a été fondé, elles se sentent fortes. »

Cependant, l’action collective des Espagnols se dilue dans celle de l’ensemble des immigrés, comme ce fut à nouveau le cas lors des mobilisations de 1972 dans la construction et dans les industries métallurgiques.


À suivre...



NOTES

1 Véra Nikolski « Féminiscène » La réalité oubliée derrière l'émancipation des femmes - Véra Nikolski - Élucid/ La plus géniale démolition du féminisme bourgeois (merci Yann)

2Si les grèves et autres événements de contestation au sein des entreprises n’ont pas leur place dans la presse chinoise, dans un souci de “stabilité sociale”, d’autres médias sinophones en font état. En moins d’une semaine, entre le 6 et 11 août, le site Zuotian (Hier, en français) a ainsi repéré sept grèves en Chine, dans des secteurs comme l’industrie pharmaceutique, le textile, l’emballage, les pièces détachées pour automobiles et les semi-conducteurs. Les causes principales peuvent être des arriérés de salaires, une réduction des rémunérations, un déménagement d’usine sans indemnisations, de faibles indemnités de licenciement, observe le site, spécialisé dans la veille sur la défense des droits dans l’empire du Milieu. Lundi 11 août, près d’un millier d’employés de l’usine de Shenzhen du grand fabricant de semi-conducteurs singapourien ASMPT ont ainsi manifesté sur le site de production. Trois jours auparavant, l’entreprise avait annoncé la fermeture de l’usine et s’était engagée dans une procédure de liquidation judiciaire, en promettant une indemnité de licenciement jugée insuffisante par les salariés : un mois de salaire par année de service. 

6 Il faudra attendre le au milieu des années 1950 pour que le régime de Franco rouvre les frontières à l’émigration, celle-ci cessa de se diriger vers les destinations traditionnelles d’Amérique latine et s’orienta vers les pays européens qui, à ce moment-là, avaient besoin de main-d’œuvre en abondance. Les trois principales destinations des Espagnols furent désormais la France, l’Allemagne et la Suisse, et ce jusqu’au début des années 1970.