PAS ENCORE...
« Qu'ils
me haïssent, pourvu qu'ils me craignent ! »
Caligula
« D’un
autre côté, la lâcheté et la désobéissance ne pouvaient
échapper aux plus sévères châtiments. Les centurions avaient le
droit de frapper les coupables, et les généraux de les punir de
mort. Les troupes élevées dans la discipline romaine avaient pour
maxime invariable, que tout bon soldat devait beaucoup plus
redouter son officier que l’ennemi ».
Gibbon
La
comparaison de Trump au comte de Monte -Cristo a fait florès, comme
thème de la vengeance (cf. Le retour de Napoléon) ; Alexandre
Dumas fût un temps bonapartiste, mais son roman ferait plutôt
penser à la trajectoire funeste de Napoléon III. Mais en fin de
compte l'analogie ne pourrait-elle pas s'appliquer plutôt à
Poutine et à cette volonté de récupérer l'Ukraine son
Alsace/Lorraine ? Si vous utilisez l'IA en calquant sur
l'histoire de la chute de l'Empire romain vous risquez d'être
émerveillé tant les similitudes sont grandes. Mais restez méfiant,
l'interprétation conforme au système régnant est incapable de vous
fournir la vérité de son fonctionnement et ses objectifs cyniques
et sinistres. Je témoigne en connaissance de cause. Après avoir
passé un chapitre de mon livre sur le messianisme, que je définis
comme non marxiste (Marx n'a utilisé le terme qu'une ou deux fois),
je me suis rendu compte que l'idée était dénaturée, conjuguée à
la façon religieuse gauchiste. J'ai plus confiance en moi désormais
pour faire les comparaisons que par ce bidule contrôlé par la
gauche caviar.
Sans
gadget électronique donc, la comparaison avec un empereur romain me
semble plus pertinente. Néron fut-il le premier des démagogues
populistes ? S'il faut en croire Suétone oui ; il fut un
empereur qui pratiquait la démesure et se livrait à des excès
afin de flatter le peuple et d’être populaire. Trump, moderne
Néron est en plus Don Quichotte irrationnel et débile en économie.
Dans le chapitre XI de ses « douze Césars », Suétone
décrit ainsi l'empereur fou : empereur matricide, connu
notamment pour sa tyrannie et sont évoqués les jeux du cirque que
l'empereur (cf. le Super Bowl pour Trump), qui possédait un intérêt
certain pour la comédie, appréciait grandement : « Il ne
s'agit pas d'un personnage digne. Ses actions, notamment celle de
dépenser l'argent de l'État de cette façon chaque jour des cadeaux
de toutes sortes étaient jetés au peuple (…) des combats
devaient avoir lieu en tribune entre les spectateurs pour s'arracher
les bons cadeaux : [...] Néron marque les jeux d'une volonté
d'innover, d'étaler la puissance de Rome. L'excès, le grandiose, le
magnifique, le surprenant deviennent très vite les maîtres mots. .
Il y a un excès frappant, du « jamais vu ».
Il
lui est attribué un comportement extrêmement instable, et un goût
pour la démesure qui conduit à de grandes dépenses impériales.
Confronté à une faible popularité à la suite d'une augmentation
de la fiscalité afin de renflouer les caisses qu'il a lui-même
vidées, Néron est tué en par un tribun de sa garde personnelle,
Cela a failli arriver récemment à Trump, et cela se reproduira. Je
peux cependant être d'accord avec les analystes du PCI :
« Trump
n'est pas plus intelligent, plus stupide ou plus fou que ceux qui
sont venus avant lui. Il ne fait que révéler le vrai visage du
capitalisme : c'est le monstre anonyme qui menace l'humanité ! Ce
n'est pas Trump qui détient le pouvoir, mais le complexe
industriel-financier, entre les mains de la classe bourgeoise, qui
utilise la machine de l'État pour défendre ses intérêts. (…) La
politique imposée aujourd'hui aux États-Unis n'est pas
"l'isolationnisme" qui, bien que dans l'intérêt de ce
capitalisme national, apporterait la paix dans le monde Il s'agit
plutôt d'un autre type de déplacement des forces américaines, les
concentrant dans l'Indo-Pacifique, un théâtre d'intérêt
stratégique primordial, au détriment de l'Atlantique et de
l'Europe. Il sert à préparer la guerre contre l'impérialisme
chinois émergent, dans une nouvelle division des marchés
mondiaux ».
C'est
en effet une banalité, derrière les chefs d'Etat, les vais
décideurs sont les financiers et les marchands de canon.
Mais ce n'est pas tout à fait vrai à l'heure actuelle pour deux
raisons. La première est la personnalisation de la politique. On
cible le méchant Poutine un jour puis un autre le fou Trump (comme
on parle de Russie ou d'Amérique) pour gommer le fait qu'il s'agit
de la confrontation des rivaux de la classe bourgeoise. Les
dictateurs ne sont pas toujours « dictés » comme le PCI
me l'avait objecté concernant mon premier livre sur le nazisme. Il y
a cependant une forte tension vers un pouvoir personnel et pas
anonyme. Le phénomène du bonapartisme permet une relative
autonomisation du « dictateur » disons plutôt du chef
populiste. Cela n'est pas niable dans le cas des Trump et Poutine
même s'ils sont entourés d'une nuée de conseillers pas toujours
moutonniers, voire plus dangereux (cf. Medvedev).
La
tête de morue décongelée de la chèvre Poutine renvoie plutôt au
laid Caligula. Seule différence, Caligula était grand mais aussi
laid que le nain du Kremlin, teint
livide, corps mal proportionné, le cou et les jambes tout à fait
grêles, les yeux enfoncés et les tempes creuses, le front large et
torve, les cheveux rares, le sommet de la tête chauve ; aussi,
lorsqu'il passait, était-ce un crime capital de regarder au loin et
de haut ou simplement de prononcer le mot chèvre,
pour quelque raison que ce fût.
Quant
à son visage, naturellement affreux et repoussant, il s’efforçait
de le rendre plus horrible encore, en étudiant devant son miroir
tous les jeux de physionomie capables d’inspirer la terreur et
l’effroi. » Un très lointain aïeul de Poutine en quelque
sorte. Allégorie, comparaisons ou analogies avec l'histoire de
l'Antiquité ont toutefois leurs limites.
LA
THESE DISCUTABLE DE LA DECADENCE
Fin de civilisation, période charnière vers une civilisation plus évoluée ou régressive? Peut-on parler de décadence avant d'envisager un autre monde différent ou meilleur? L'idée
est reprise par l'internationale Communiste en 1919; nos révolutionnaires professionnels n'avaient-ils pas une connaissance superficielle de la chute de l'Empire romain? Décadence comme ultime fin du capitalisme est restée
le bréviaire d'un seul petit groupe le CCI, mais reste contestée
par les autres minorités maximalistes. Plaquer la chute du
capitalisme au pic de sa décadence supposée ne relevait pas d'une
conception marxiste selon des Bordiga, Pierre Souyri ou les
bordiguistes. Les bolcheviques, repreneurs du concept antique,
n'avaient certainement pas une culture étendue ni connaissance des
progrès de l'histoire contemporaine pour en apprécier toute la
complexité. Idem pour le Moyen âge perçu (à tort) comme nuit
d'ignorance, sauf dans le cas du seigneur Trump qui veut rétablir
des châteaux forts, mais formellement pour les gogos, car, comme le
remarque le PCI, il s'agit d'un redéploiement impérialiste. Je ne
crois pas à un abandon total de l'Europe ni à une fracture totale.
L'Amérique reste une ancienne colonie de l'Europe et leurs grands
parents y vivaient.
UN
AFFAIBLISSEMENT DU POUVOIR TERRITORIAL
Depuis
plusieurs décennies déjà, les peuples « barbares »
(terroristes d'époque?) tentaient de faire plier la puissance
romaine. L'Empire romain était grandement sujet à la corruption.
Les impôts étaient très mal perçus et l'économie donne des
signes de grande faiblesse. Toutes choses constatables aujourd'hui.
L'étendue
de l'Empire romain d'Occident entraînait des difficultés
grandissantes au niveau administratif (pas d'IA). De plus, les
ennemis attaquaient sur tous les fronts : les vandales (sic)
conquièrent ainsi l'Afrique du Nord, la Corse et la Sardaigne tandis
qu'en Europe continentale, les Wisigoths et les Suèves gagnaient de
nouveaux territoires.
Suivons
encore les historiens accrochés à l'idée de décadence.
Même
si le dernier empereur Romulus Augustule manquait de charisme et
n'avait aucune capacité à prendre des décisions importantes, c'est
l'autoritarisme de ses ancêtres qui a lentement provoqué le déclin
de Rome en particulier Néron et Caligula.
Si
des liens d'assistance et d'entraide avaient existé entre Rome et
Constantinople à la fin du Ve siècle, Rome ne serait pas
tombée aux mains des barbares. En effet, l'Empire romain d'Orient
(simili Poutine) a fait preuve d'une neutralité coupable
envers son cousin, l'Empire romain d'Occident (simili Trump).
La
grandeur des Romains s’explique par leur excellence militaire,
leurs conquêtes et leur constitution qui, malgré les fractions et
les luttes de pouvoir, parvient à maintenir la liberté. Mais «
Rome devait périr par sa grandeur même » : les mœurs
des Romains se corrompent et la république, déchirée par les
guerres civiles, fait place au régime impérial.
Dès lors, Rome s’engage dans une décadence progressive, depuis
les despotes Tibère et Caligula, jusqu’à la ruine de l’Empire
d’Occident, enfin la chute de l’Empire d’Orient.
La
thèse qui refuse de parler de décadence et de décline et qu'on
accuse de refuser de reconnaître un déclin de la civilisation,
s'avère en grande partie valable. A commencer par la période
intermédiaire le Moyen âge. Celui-ci a été longtemps décrié
par les historiens du XIXe siècle comme un âge sombre de 1000
ans : pourtant dès le XIe siècle, le niveau de
civilisation est comparable à celui de l’Empire Romain, avec en
plus sous l’influence du Christianisme, plusieurs aspects positifs
que n'avait pas l'Empire romain. Le statut de l’esclave de
l’Antiquité, « res » (chose), a évolué en statut de
« serf », à qui on reconnaît la qualité juridique
d’être humain avec un minimum de droits afférents. L'ancienne
éthique aristocratique antique hostile au travail est
contrebattue. La vie économique antique est essentiellement
agricole et fondée sur l’utilisation massive des esclaves. Une
partie importante de la population (35 % en Italie sous le Haut
Empire), est juridiquement réduite au statut de « chose
(res) »,
sans droits. Cela a plusieurs conséquences importantes :
Les
esclaves n’ayant rien à perdre, et aucun motif de défendre le
pays contre d’éventuels envahisseurs, assisteront passivement à
l’effondrement de l‘Empire (que notre classe ouvrière en fasse
autant!) ou même se rallieront aux Barbares dans l’espoir
d’obtenir le statut d’homme libre. Au
travail, le rendement de l’esclave est faible, puisqu’aucun
salaire ne vient rétribuer ses efforts. L'esclave dévalorise la
notion même de travail : il est perçu négativement par les
hommes libres puisque c’est l’affaire des esclaves. Le
propriétaire terrien, l’aristocrate antique, manque d’esprit
d’entreprise. Il se réserve, dans le meilleur des cas, le soin
d’exercer son talent dans des domaines tels que la littérature et
dans la guerre.
En
Occident antique, les impôts rentrant mal, on les augmente (rien n'a
changé depuis des siècles) et on les perçoit avec davantage de
rigueur. Trop d’impôts, c’est bien connu, tuant l’impôt et
décourageant l’activité, la vie économique en est
progressivement asphyxiée. On assiste à la disparition des classes
moyennes dans les deux derniers siècles de l'Empire d'Occident.
Il
ne faut pas négliger une faiblesse spécifique à l’Empire
Romain : le problème de la dévolution du pouvoir suprême :
qui fait l’Empereur légitime ? Déclin politique donc plutôt
que décadence . Les classes dominantes du pré-capitalisme vont
d'orienter vers l'institution de rois régionaux puis nationaux, et
enfin d'assemblées du peuple. Le statut d'empereur réapparaissant
brièvement du 18ème au début du 20 ème siècle, plus qu'un simple
accident de parcours sera le produit de périodes de déclin de la
mystification du pouvoir, confronté à des révolutions, Napoléon
III après la Commune de Paris, les empereurs Staline et Hitler après
la révolution internationale en Russie. Sauf que depuis la fin des
années 1960, le pouvoir de sous-empereurs locanx (Franco, Salazar,
généraux grecs et argentins) était caduque et n'a pu se rééditer
que dans les anciennes colonies, sans être assimilables au nazisme
ni au stalinisme. Les nouveaux empereurs russe, américain, chinois,
nord coréen, etc. assurent leur pouvoir essentiellement de manière
terroriste, peu assurée toutefois concernant Néron Trump, ni
destiné à durer.
Les
empires modernes des Trump et Poutine: dépassement ou refonte d'un
patriotisme bancal ?
On
peut être tenté par cette autre analogie dans l'agonie ou le déclin
romain : l’absence de patriotisme des habitants de l’Empire
au Ve siècle est un fait frappant . Du côté des élites,
on voit des aristocrates romains comploter avec les chefs barbares
contre les intérêts de l’Empire : les gallo-romains Arvandus
et Seronius s’acoquinent avec le roi des Wisigoths Euric qui a
décidé de se tailler un royaume en Gaule et en Espagne, Anicius
Olybrius, descendant d’une des plus nobles familles de Rome,
accepte d’être la marionnette du Suève Ricimer et du roi des
Burgondes Gondebaud conte l’Empereur Anthemius !
Du
côté du peuple, les esclaves, qui n’ont rien à perdre, se
rallient volontiers aux Barbares, les paysans libres ne font que
changer de maître, tandis que les classes moyennes, écrasées par
les impôts et les responsabilités, disparaissent progressivement.
Les
recettes fiscales des territoires ainsi concédés échappent au
pouvoir central et l’appauvrissent d’autant, entraînant un
cercle vicieux qui lui sera fatal (Bercy tu l'as dit). Sentant
l’agonie de l’Empire, les rois fédérés (simili roi Poutine et
le roi d'opérette Trump) jettent vite aux orties les traités et
s’emparent de vaste territoire peu ou pas défendus, les Vandales
en Afrique, les Wisigoths en Espagne et en Gaules, les Burgondes dans
la vallée du Rhône.
L’Histoire
n’est jamais écrite à l’avance. La chute de Rome relève aussi
d’un concours de circonstances fortuites qui aurait très bien pu
ne pas se produire : la poussée des nomades venues d’Asie :
Huns, Sarmates, Alains, et la personnalité de certains chefs
barbares ont joué un rôle déterminant dans l’effondrement de
l’État Romain.
L’Empire
a succombé parce que l’arrivée brutale des Huns (de Moscou),
venus des steppes d’Asie centrale, a poussé l’ensemble de
peuples germains (mettons ukrainiens) sur l’Empire en même temps :
en 35 ans de 376 à 411, ce sont un million de personnes qui
s’installent dans l’Empire soit près de 200 000 guerriers
en âge de porter les armes : c’est trop pour (mettons
Zelensky) et un Empire étendu de la Grande-Bretagne à l’Égypte
dont les citoyens ont désappris le métier des armes et dont
l’économie ne permet pas de payer plus de 500 000 soldats
(comme chez notre Poutine en ce moment, épuisé par la guerre).
L'empire romain d'Occident chute en 476, il n'est plus qu'une
mosaïque de royaumes sur ces vastes territoires (comme notre Europe
macronesque). Pourtant de ces mêmes ruines surgiront les nations qui
permettront au capitalisme de se développer.
Les
historiens ajoutent une autre cause au déclin du contrôle de la
société par l'ordre en place et qui nous séduit : une
instabilité politique généralisée, les usurpateurs se succèdent,
sont éliminés ou assassinés. . Comment ne pas comparer, en France
comme à l'étranger en ce XXI ème siècle la perte de crédibilité
générale des roitelets des Etats bourgeois ?
L’empereur Romulus
Augustule,
symbole du déclin politique romain, incarne une époque marquée par
un manque de charisme et d’initiative décisive. Ce vide de
leadership a exacerbé les
tensions au sein de l’Empire, rendant difficile la gouvernance
efficace d’un territoire aussi vaste et diversifié.
L'idéologie
patriotique est encore usitée mais elle est usée, ne correspond
plus au monde multipolaire, multiracial et où l'individu est son
propre empereur, où il obligé d'enjamber les frontières pour
trouver du travail. Elle marche encore la vieillerie patriotique
avec les Poutine, Trump, Zelensky mais, toujours décalée avec la
réalité, pour combien de temps ?
Un
reporter du Figaro interroge des ukrainiens dans un cimetière et
ceux-ci résument toutes les limites du patriotisme :
« Pour
ces familles meurtries, le cimetière ravive des convictions, parfois
contradictoires : le désir d’une paix immédiate se confronte
au tribut payé pour que l’Ukraine conserve son indépendance. Olha
a perdu sa fille après avoir perdu son époux. Sur la tombe de
Valentina, son enfant, elle a crié longtemps sa douleur cet
après-midi. « Il
faut que cette guerre cesse »,
répète Olha en essuyant frénétiquement son visage rougi. « Mais
nous ne pouvons accepter la paix à n’importe quel prix »,
ajoute-t-elle, catégorique, quand on lui parle de concessions
territoriales ou de démilitarisation. À côté d’elle,
Konstantin, son neveu, jeune soldat de 26 ans blessé au front,
acquiesce sombrement. « Trop
d’entre nous sont morts. ‘Ils’ parlent d’abandonner aux
Russes les territoires occupés. Moi je me dis : ‘tout ça
pour ça’ »,
souffle le soldat ».
TRUMP
EN TRAIN DE SE FAIRE ROULER ROYALEMENT ?
Oui
mais par lui-même. Désordres de toute nature, instabilités
politiques, perte de crédibilité des dominants, etc. ! Bien
des phénomènes similaires au déclin de l'empire romain, mais dans
un monde où tout est décuplé : capacité dingue de détruire
plusieurs fois la terre, terrorismes permanents – l'écologie dans
ces circonstances le prolétariat s'en fout et il a raison, c'est la
prière numéro un de la petite bourgeoisie. Mais aussi des progrès
immense jamais connus dans le passé de l'histoire de l'humanité, en
sciences, en médecine, en informatique, mais aussi dans le
développement d'une conscience qu'un autre monde serait possible
si... Mais revenons à un présent qui change tous les jours.
Sur
les plans économiques et militaires le secoueur de cocotier Trump en
invente tous les jours des vertes et des pas mûres. Cette hausse des
tarifs douaniers, pensant faire de l'Amérique du nord une forteresse
de profit financier n'est pas une simple hérésie « pacifiste »,
car comme le dit le PCI dans son communiqué car le capitalisme, tôt
ou tard, n'a plus pour solution que la guerre mais il est obligé de
lanterner comme le fait Poutine, et comme est obligé de l'accepter
Trump. Non pas que ce dernier soit roulé mais d'une part parce qu'il
y a aussi intérêt, et parce que c'est compliqué de gérer les
exigences des gangs en compétition. En tout cas il n'est pas sérieux
de croire que mettre fin à un libre échange plus ou moins coordonné
va permettre à l'Amérique d'être great again (elle était donc
devenue petite?).
Dans
les rapports commerciaux depuis toujours, depuis 1945 surtout, rien
n'a jamais été irénique entre USA et Europe. Depuis des décennies,
la politique industrielle de défense des États-Unis à l’égard
de l’Europe vise plutôt à saper l'industrie de défense
européenne afin d’encourager les ventes de matériel militaire
américain sur le continent. S’ils tentent de forcer un processus
de réarmement européen en obligeant les pays européens à acheter
davantage d’armes fabriquées aux États-Unis, ils n’y
parviendront pas. Bien entendu, l’Europe n’est pas en mesure de
produire certains types de systèmes d’armes essentielles, tels que
le système de défense aérienne Patriot, et continuera à dépendre
des achats effectués auprès des États-Unis pour ces matériels.
Les USA n'ont pas les moyens de véritablement rompre avec l'Europe
premier client du monde, et si Trump déconne trop il sera viré par
sa propre bourgeoisie.
Qu'il
s'en prenne aux milliers d'ouvriers immigrants d'Amérique du sud de
façon odieuse ou flique à la Vichinsky les employés des services
publics, qu'il avalise le travail de nuit pour les enfants de 14 à
16 ans ou qu'il se présente comme président de la fertilité, il
n'est pas qu'un vulgaire politicien antisocial, mais de la race des
nouveaux cyniques. Non seulement le capital n'a plus que la guerre
comme principale solution mais finies les déclarations pour un monde
plus ou moins arrangé, démocratique, tolérant, toutes ces roueries
de l'ancienne politicaillerie des décennies passées. Place au
commercial, au cynisme marchand décomplexé. Il peut peut-être
annexer les grands territoires enneigés du Groenland, le Danemark
n'enverra pas son armée riquiqui. Prendre le Canada, pourquoi ?
C'est déjà une grande province nord américaine mais dont la
population le considère comme aussi foldingue que Néron. Et
délirant produit du capital américain anonyme et stressé par la
montée de la Chine. Trump est une sorte de boxeur qui frappe
n'importe comment alors que son entraîner l'alerte sur ses
maladresses et la nécessité d'éviter certains coups en l'air.
Une
des raisons, non soulignées par les journalistes occidentaux
accusant Poutine de gagner du temps, est le marchandage trumpiste,
comme un marchand de tapis, pour les terres rares ukrainiennes, en
particulier avec l'autre vendeur de tapis (rares) Zelensky. Le
commerce ne cesse pas quand la guerre continue.
Trump est lumineux pourtant en réaffirmant une vérité éternelle: la guerre coûte cher et le vainqueur est toujours fondé d'en exiger le remboursement. La
guerre coûte cher et on n'en voudra pas à Trump de révéler qu'il
faut rembourser car il n'existe de guerre gratuite pour la fiction
démocratique que dans l'esprit fumeux des journalistes de la
propagande bien pesante. Dans le nouveau projet d’accord de pillage
des minerais ukrainiens, la bourgeoisie américaine, et pas
simplement le méchant Trump, parle cash ; elle exige la priorité
sur les bénéfices transférés dans un fonds d’investissement
spécial pour la reconstruction, et son contrôle, comme d'ailleurs
elle l'avait exigé de l'Europe en 1945. Ce pillage, encore à
préciser avec Poutine, se fera à la barbe de Zelensky et ne devra
rien rapporter à son Etat tant que ne sera pas remboursé
l’ensemble du soutien militaire et économique américain fourni
depuis le début de la guerre ; l'Etat US se plaint d'avoir
versé 114milliards de dollars d'euros
entre
février 2022 et fin 2024. Ce qui est de...bonne guerre ! Et un
point secondaire dans la guerre commerciale qui se déchaîne depuis
l'auguste amérique avec, en particulier, la très intrusive lettre
anti-woke aux patrons français, dans la ligne « morale »
du contrôle des institutions culturelles. L'avalanche de décrets
sur tous les sujets fait pourtant plus penser à un capitalisme aux
abois qu'à un nouveau fascisme.
Pendant
ces échanges commerciaux sans droits de douane, les cliques
européennes avec le violoniste Macron supputent qui irait jouer les
garde-fous au front ukrainien : des français et des anglais,
des chinois ? Le commercial criminel de guerre Poutine propose
une mise sous tutelle des nord-coréens et sans honte reproche au
vassal ukrainien de ne pas organiser des « élections
démocratiques » tout en assurant qu'il va « les
achever », pas les élections mais l'armée ukrainienne. Dans
la mafia on appelle cela du chantage criminel, n'est-ce pas ?
Avec
des boycotts européens pour toutes sortes de produits made in USA,
la faillite de Tesla sera un événement majeur, une catastrophe
industrielle, financière et boursière. En Europe, les admirateurs
de Trump et Musk sont de la classe populaire (comme le disent avec
mépris les journaleux) et donc ne sont pas ceux qui achètent des
voitures électriques. Et à l’inverse, ceux qui ont les moyens et
sont sensibles à ce que représente le véhicule électrique,
détestent ce qu’est devenue la nouvelle administration américaine,
donc, ceux-là, n’achèteront plus de Tesla. En Chine, pour des
raisons différentes, principalement technologiques et patriotiques,
les ventes sont aussi en très forte baisse. Or Tesla ne peut pas
survivre sans l’Europe et la Chine. Musk sera ainsi une des
principales victimes des errements économiques de son patron
népotiste.
Laissons
la conclusion à Pascal Lamy, qui n'est pas n'importe qui : « …
les Etats-Unis ne
représentent que 15 % des importations mondiales, ce qui veut dire
qu’il y a 85 % du commerce mondial qui n’est pas affecté par les
mesures protectionnistes prises par les Américains et par les
répliques dans le commerce qu’un certain nombre de partenaires
entretiennent avec eux. Si Trump a un agenda de démondialisation, il
a encore du travail, d’autant que l’Union européenne est à la
tête du plus grand réseau d’accords commerciaux au monde ».
SILENCE !
LE PROLETARIAT NE DORT QUE D'UN OEIL
Poutine
croit avoir l’avantage stratégique comme Brejnev pensait l'URSS
indestructible. Le 24 février 2022, Moscou entamait
son "opération militaire spéciale" en Ukraine, consistant
à déployer des troupes dans le pays pour le "dénazifier".
Ce qui devait, au départ ne durer que quelques jours a fini par se
prolonger… jusqu'à aujourd'hui, où les combats font encore rage.
Conséquence ? Bien qu’ils soient parvenus à contrôler "à
peine" 18% du territoire ukrainien, les soldats russes, comme
leurs homologues ukrainiens, sont épuisés et éprouvent de fortes
difficultés à progresser. Selon
le décompte du commandement
ukrainien,
les Russes auraient perdu 900 800 hommes, morts, blessés ou inaptes
au combat depuis 2022. Le prolétariat mondial n'est pas aveugle face à ce niveau de barbarie. Question tenace et insoluble aujourd'hui: comment mettre fin à cette barbarie?
Que
la guerre se solde toujours par la loi du plus fort. Ce n'est pas toujours vrai et lorsque c'est le cas, comme en 1918, la mise en cause du vainqueur (effet Monte-Cristo, ne tarde pas. Depuis 2014, Vladimir Poutine s’est emparé de 18%
du territoire ukrainien. Mais l’Ukraine, surtout épaulée par l'impérialisme US, a sauvé l’essentiel, au
prix de centaines de milliers de vies :des deux côtés pour maintenir un régime véreux et corrompu. Au bout de trois ans de guerre, Vladimir Poutine n’a pas vraiment gagné ni rempli la plupart de ses objectifs de "récupération": il n’a pas conquis l’Ukraine,
il rêve encore de ridiculiser lui, le potentat, le pouvoir de Zelensky, et il a échoué dans
son objectif de repousser les frontières de l’OTAN. Il a au
contraire ressuscité une alliance européenne aléatoire et provoqué l’adhésion de la Suède et de la Finlande, pour
lesquelles la neutralité n’était plus une option face à la
menace russe après l’invasion de février 2022. Même encore
méprisées les cliques bourgeoises européennes jouent les fauteuses
de trouble, surtout au plan économique, tout en se tirant une balle
dans le pied, alors que toutes, surendettées, prétendent réarmer,
c'est qui est hélas, notoirement improductif !
Ces
cliques dérangent tout de même en refusant de lever les sanctions
contre l'ours russe. Si on a pu leur reprocher la semaine dernière
de pousser à leur tour à la guerre mondiale, c'est Caligula Poutine
qui reprend le bonnet d'âne. Néron Trump fait moins le malin, il
n'a pas toutes les cartes en main. Ni Poutine.
Quel
monde allons-nous devoir affronter ?
C'est
le titre du dernier article du CCI sur son blog. De bonnes questions
mais l'oubli de ses propres contradictions . Jusque là les
Etats-Unis étaient présumés en déclin (en décadence?) alors
qu'il s'avère que America reste la principale puissance qui fait la
pluie et le beau temps sur la planète. On avait aussi souri en lisant
que l'Ukraine était un pays sans ressources . On retrouve la
même explication psychologique du « fou Trump » :
« Trump
est le fruit de la folie et de l’irrationalité qui gangrènent de
plus en plus l'ensemble du système capitaliste mondial ». Or
Trump n'est pas du tout irrationnel sinon il n'aurait pas été un
homme d'affaires émérite. Il est tout à fait logique et rationnel
concernant les profits US. Avec cet avantage, qui rend ce petit
Bonaparte populaire, il parle loin de toute diplomatie. On tombe
encore dans la personnalisation de l'impérialisme américain en
faisant retomber sur les épaules du
seul Trump le chaos croissant : « la
façon de faire de Trump, produit du chaos du monde, devient à son
tour facteur actif et accélérateur de ce même chaos ».
Quid de Poutine ? De Netanyahou ? D'Erdogan ? Je me
rappelle d'un poster vers 1968 qui montrait les principaux empereurs
du monde groupés comme une équipe de football. Et Trump peut
prétendre au déguisement d'arbitre. Le plumitif du CCI oublie
qu'une grande partie de la popularité de Trump réside sur cette
franchise désarmante (et ses volte-face incessantes) face aux
politiciens traditionnels (et le CCI). Et en plus, il est le seul qui
est venu déranger les élites mondiales en parlant de la possibilité
de la paix. face au ronron des guerres des boucheries permanentes
réduites au niveau d'un feuilleton télévisé quotidien. Les
adhérents du CCI devraient lire la raison du succès de certains
empereurs romains et de Napoléon III.
La rupture
totale avec l'Europe n'est pas encore actée et cette possibilité
scandalise une partie de la bourgeoisie américaine. Il ne faut pas négliger le fait que, après le Canada, l'Europe reste le 52ème Etat américain. La longévité
des Trump et Poutine au pouvoir n'est qu'une question... de temps, ils sont très vieux, et
ils peuvent abréger eux-mêmes leur séjour par leurs bêtises. Ou bien une
balle perdue plus efficace et rapide que la ciguë pour les empereurs
romains. Poutine s'est fait piéger par la guerre en Ukraine. Trump
peut se faire piéger économiquement par l'Europe. L'article du CCI
a raison sur ce point, se couper de l'Europe sera très néfaste
pour la bourgeoisie américaine et « la
confiance dans la solidité de la parole américaine ne reviendra
pas », mais existait-elle vraiment depuis toujours (cf. La
guerre en Irak) ?
Quant
à la réaction au niveau historique du prolétariat face à
« l'impasse historique de la survie du capitalisme »
(survie ou décadence?), j'attends comme le CCI. Et il nous reste au
moins l'espoir.
NOTES