"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 6 juin 2014

LA GRANDE BOUFFE EN FAMILLE DU VIEUX CAPITALISME PLEURNICHARD




TF1 avait promis la rediffusion gratos à toutes les chaînes idéologiques du monde entier. Un milliard de téléspectateurs garanti ! La mise en scène fût éblouissante. Tous les convives hauts gradés, vétérans chevrotants comme  enflures d’Etat se pamaient et congratulèrent notre Hollande poussif dans les sondages. Sur les plages de Normandie on n’avait pas lésiné sur les moyens pour re-fagoter l’histoire : longue procession de l’arrivée des chefs d’Etat blancs des principaux Etats européens, encadrés par deux enfants chérubins[1], accueillis par le majordome Hollande (ne lui manquait que la queue de pie) conviés à serrer la paluche aux vétérans glorifiés sur leur fauteuil roulant ou maintenus par une infirmière ou un jeune trouffion, projections sur écran géant des vieux films archi-connus des exactions du capital allemand en furie, spectacle de danse féérique d’hommes en noir symbolisant le boche sans casquette alternant avec des figurants victimes vêtus de gris, toile de fond de pétards de carnaval pour rappeler un peu les fumigènes létaux du D.Day, enfin vol tricolore de la patrouille de France. Le clou du spectacle fût surtout le discours du président français et les petits entrefilets concernant l’Ukraine. L'arsouille recopie toujours ses anciens discours ; il nous refit l’anaphore du "rêve" des pauvres mecs massacrés sur les plages made en Normandie[2].

LE DISCOURS HEMIPLEGIQUE DE LA HOLLANDIE

Le discours fût certes brillant (un historien de renom avait prêté sa plume). Hollande, excellent orateur sait lire en public un texte peaufiné par son staff mieux que Hitler qui s’agitait comme un grand nerveux et jetait un regard oblique sur son texte. Il ne s’est pas débarrassé des facilités de l’anaphore électoraliste (répétition d’une même phrase pour faire de l’effet au public) avec ellipse. De bout en bout il rend hommage aux vétérans « à qui nous devons notre liberté » et à ceux « qui sont morts pour nous » « dont nous sommes les héritiers ». Le phrasé est impeccable, veste près du cul levée par le vent, presque comme le pompon du Duce aussi court sur pattes. La leçon d’histoire est oecuménique, des satisfecits il y en a pour tout le monde : les anglais (la reine cette rombière reste de marbre), les ricains (Obama applaudit), les canadiens, les polonais, les 177 pioupious français, les résistants, et même les allemands « victimes du nazisme » (Angela applaudit)[3] l’armée rouge (Poutine applaudit) De Gaulle (Sarkozy applaudit) etc. L’Europe a su rester en paix depuis 70 ans assura l’apparatchik officiel en cravate bleue… et les guerres de Corée, du Vietnam, d’Algérie, l’Europe n’y était pour rien ?
Même la population normande est célébrée puisqu’on nous révèle que 20.000 personnes civiles ont été zigouillées au cours du D.Day ; ce qu’on ne  nous avait point appris à la communale. Ce discours lénifiant mérite qu’on s’y arrête pour les deux subtilités majeures qu’il contient.
La première est évidemment la soudaine réhabilitation de la résistance nationale, présentée comme indispensable à la réussite du débarquement. La résistance est la grande cocue de la « libération ». J’ai souvent analysé ses heurts et malheurs pour ne pas y revenir ici dans le détail. Mais l’intonation majeure à relever est évidemment la remise au second plan de la shoah lanzmanienne qui était le bréviaire de tout discours officiel depuis la fin des années 1970, et qui faisait enrager les idéologues et journalistes de ladite extrême droite et de leurs colistiers musulmaniaques. Rappelons que l’idéologie de la résistance du peuple français, présentée comme majoritaire en premier lieu par les faussaires staliniens, contre l’occupant allemand avait été ridiculisée et amoindrie par une certaine historiographie US depuis la fin des années 1970 par les Robert Paxton et Philippe Burrin[4]. Or c’est le nœud gordien des années Mitterrand auquel Hollande fît un pied de nez pour des raisons tout à fait actuelles et électoralistes… Le passé du maître à penser de Hollande avait été peu reluisant et un modèle de caméléon. Venu des cercles maurrassiens ce cuistre garda toujours de solides amitiés pas seulement avec le sinistre Bousquet (comme De Gaulle avec son ministre Papon). L’opposition des extrêmes c’est pour le public des naïfs. Toutes les fractions bourgeoises finissent complices à la suite des guerres impérialistes au nom de « l’unité de la patrie ». On a fait mine d’oublier que l’idéologie de la « réconciliation nationale » avait été de juger rapidement quelques têtes de cons du régime vichyste pour maintenir en place tant de collabos encore utiles à l’appareil d’Etat, stopper les règlements de compte, éviter la mise en accusation des voleurs d’appartements de juifs déportés au nom de la paix « sociale » désirée et  retrouvée[5]. Or la mise au rebut de la résistance était jusqu’ici pain béni pour la bourgeoisie US qui déniait toute prétention à la France de se libérer elle-même, rançon de sa perte de puissance coloniale, et évidemment agréait aux vieilles fractions féodales monarchistes et héritières du pétainisme comme le FN. En relookant la résistance, Hollande renvoie la mère Le Pen et sa confrérie au pétainisme de ses pères idéologiques. L’air de rien Hollande restaure la « fierté nationale » et vient flatter cette « ferveur populaire » des touristes présents par milliers autour de la cérémonie, ce qui devrait lui permettre de remonter dans les sondages[6].

LES RAISONS CACHEES DU DEBARQUEMENT INTEMPESTIF EN NORMANDIE


Ce fût un massacre éhonté, la plupart des barges coulèrent avant d’atteindre les plages au nom américanisé des milliers de parachutistes furent zigouillés avant d’atteindre le sol. La véritable raison de ce coup foireux en vie humaine fût la précipitation des bourgeoisies américaine et britannique pour arriver à envahir l’Allemagne plus vite que l’armée impérialiste de Staline, engagement forcené à moitié raté vu que « l’armée rouge » arriva première à Berlin !
En s’appesantissant sur sa restauration de la « fierté nationale » ( renvoyant le FN dans ses cordes pétainistes) Hollande esquive la vérité impérialiste. Il la maquille, avec l’aide de l’historien François Bédarida, en égratignant simplement la mystique de l’armée US libératrice : révélation de 20.000 victimes civiles en Normandie[7], constat des commentateurs obligés de l’inefficacité aérienne américaine et anglaise (qui vaut toujours à leur armada une franche hostilité en Bretagne et en Normandie) – les bombardements étaient à l’époque très collatéraux au point que les premiers bombardements US du jour J tuèrent près de 2000 soldats américains ! – et les ouvrages paraissant concernant des milliers de viols des libérateurs jusque là passés sous silence[8].
La deuxième subtilité du discours de Hollande consista à faire avaler qu’il n’était plus question de commémoration misérabiliste avec sonnerie aux morts mais que les grands du monde, antifascistes patentés pouvaient plaider encore le refrain du « plus jamais ça » et nous promettre la paix universelle. La retransmission mondiale gratuite fût émaillé de la question majeure : Obama et Poutine allaient-ils se serrer la paluche ? Leurs regards se croiseraient-ils ? Ne voyait-on pas un Poutine faire grise mine et un Obama tout sourire ? Suspense. Angela était en train de recoller les morceaux avec la tête de morue décongelé quand on apprenait que le mafieux ukrainien démocratiquement élu demandait le cessez le feu avec le « tsar Poutine ». Le petit Valls vint plastronner son intronisation diplomatique en déclarant cette forte sentence : « la paix est notre bien le plus précieux ». L’affaire était entendue pas seulement bon coup de ravalement pour les sondages internes, mais de la gonflette pacifiste pour faire avaler un rôle nodal de la bourgeoisie française dans les bisbilles internationales où elle est ballotée entre ses intérêts pour son armement et ses obligations sous la férule US.
Un mot enfin sur le « fabuleux » débarquement. Il n’est pas si reluisant comme trésor de liberté légué au monde. Sous l’œcuménisme du discours hollandien passèrent à la trappe les terribles rivalités et marchandages impérialistes à la Libération. Ce débarquement ne fût qu’un « second front » et n’a pas autant contribué à l’effondrement de la bourgeoisie allemande en furie qu’on le proclame ce fût une action tardive et opportuniste. Tout le poids de la guerre et du nombre faramineux de prolétaires en uniforme massacrés fût porté jusque là par la Russie de l’incapable Staline. C’est le prolétariat russe et polonais qui supporta les sacrifices les plus considérables. Même les différents débarquements alliés en Afrique du Nord, en Sicile puis en Italie n'avaient constitué que des opérations mineures en comparaison de l'intensité des combats qui avaient lieu sur le front russe.
En conclusion, je ne dédaigne pas malgré tout que les amerloques aient achevé le régime nazi, même partiellement, mais cela permit surtout de maintenir le capitalisme fauteur de guerres incessantes, et un enrichissement faramineux de l’auguste América et de sa vieille complice la perfide Albion. C’est là que le bât blesse dans la cérémonie conviviale de la vieille bourgeoisie européenne aux basques de l’américaine et dans le discours de notre Don Quichotte national. Parmi les augustes invités de cette festivité bourgeoise triomphaliste on ne comptait aucun représentant des autres continents, ni asiatiques ni africains. Normal puisque le discours propagandiste hémiplégique n’aurait pu se répandre dans la commémoration pleurnicharde et hypocrite en présence des autres dictateurs des pays « en guerre ». L’Europe est en paix depuis 70 ans oui mais à condition que les guerres continuent à se dérouler, opposant les grandes puissances européennes russe et américaine, dans un lointain si proche désormais. Car la question de l’Ukraine n’est pas réglée et que la majorité des sondés pensent qu’une nouvelle guerre mondiale est possible.  


[1] La figuration paternaliste des matchs de foot a gagné l’imagination des hautes sphères ; on a collé deux minots pour encadrer toutes les huiles européennes dont certains ne savaient pas quoi faire des mioches du décor, soit leur donner la main soit leur demander leur prénom. Une touche d’angélisme dans un souvenir pleurnichard de l’enfer impérialiste ? Et que dire de la morgue de la reine, cette potiche anglaise qui foula le tapis rouge avec son auguste limousine et resta impavide tout au long de la cérémonie puis fit coucou de la main comme sa célèbre marionnette en réveil matin fabriquée en Chine.
[2] Il faut noter que cette notion de rêve agitée sur estrade électorale est commune à tous les politiciens pécheurs de voix moutonnières, l’électeur cet âne adore élire des partis oligarchiques tout en professant son horreur des sectes et des partis stalinistes. A la veille de son tremplin présidentiel en 2004, le mis en examen perpétuel Sarkozy n’avait-il pas plastronné : « c’est maintenant qu’il faut faire de nos rêves une réalité » ! Quant à l'idéal présumé des spadassins américains, on enrôla non des antifascistes émérites prompts à botter Hitler hors d'Europe mais des tueurs à gage; la soldatesque US avait été recrutée avec des brochures ou articles vantant la France comme "pays du sexe", et la vérité de tous les engagements militaires en tout pays reste depuis l'antiquité: être armé légalement pour le plaisir de tuer, piller et violer. En témoignent les viols des versaillais à Paris en 1871, ceux des "boches" en 1914 en France ceux des soudards français lors de l'occupation de la Ruhr, des troupes nazies en Russie et en Italie en 1943, des troupes russes en 1944 en Allemagne, etc. Le présumé combat pour la liberté reste singulièrement aiguisé et motivé par les pires perversions humaines.
[3] Séquence émotion lorsque deux vétérans l’un français l’autre allemand s’embrassèrent au milieu du spectacle. Réconciliation universelle et restauration de la légitimité bourgeoise allemande. On notera que sur You Tube, plusieurs films glorifient le martyre des comploteurs de l’opération Valkirie. Ce putsch raté en vue de l’assassinat d’Adolf (qui signifie loup en vieil allemand) sert de blanc seing à la bourgeoisie allemande qui se prétend victime elle aussi de l’hitlérisme, son simple valet. En réalité ce quarteron de généraux féodaux souhaitait refaire le coup de l’Armistice de 1918 pour éviter l’invasion de l’Allemagne, pas de pot les Alliés n’ont pas accepté de les soutenir.
[4] Et l’invraisemblable trucage du film d’Ophuls « Le chagrin et la pitié » (1972) que j’avais emmené mon père (fondateur d’un maquis d’auvergne) voir avec moi (il avait connu et combattu avec plusieurs des protagonistes interviewés).  Pour les Paxton et Ophuls il n’y avait pas eu 40 millions de résistants (ce qui est vrai) mais 40 millions de collaborateurs (ce qui est faux) ; il y avait eu certes cet accommodement que nota Sartre mais surtout une souffrance indicible. Des historiens de gouvernement se moquèrent de la passivité de la classe ouvrière quand deux millions de jeunes prolétaires étaient prisonniers en Allemagne. Jeune étudiant dans l’Etat de Virginie, Paxton avait été formé avec un manuel de « french bashing » qui enseignait dans une brochure répandue : « Après l’effondrement de la France, les français se sont couchés et ont laissé les allemands les piétiner » (cf. l’intéressant ouvrage de Pierre Laborie : « Le chagrin et le venin » (folio Gallimard 2014) ; l’auteur fournit  par ailleurs une étrange explication selon laquelle on pouvait être à la fois résistant et pétainiste.






[5] Idem pour les tortionnaires nazis, la plupart des criminels qui avaient massacrés la population d’Oradour sur Glane furent relâchés car nombre d’entre eux étaient des « malgré nous »  alsaciens, et qu’il avait fallu calmer les protestations venues d’Alsace, en embaumant les centaines de femmes et d’enfants d’Oradour. La plupart des grands industriels nazis ne furent pas inquiétés non plus; et les grandes "marques" teutonnes enrichies pendant la croisade de leur Hitler ont accru leurs profits après guerre, et sont encore dominantes sur le marché mondial, preuve que la guerre n'a pas vraiment été perdue pour le capital allemand. 
[6] La résistance reste toujours présentée comme une énigme de l’histoire alors qu’elle n’en est pas une. Les nouveaux pouvoirs collusion des gaullistes, des staliniens et des ex-collabos eurent tout intérêt à l’enterrer. Idem de la part du trotskysme et du maximalisme pour lesquels elle ne fût qu’un mouvement petit-bourgeois oubliant que – au cœur de la contre-révolution – la plupart des engagés n’eurent pas le choix, à la fin c’était le STO ou les bois ! Et aucune révolution n’a jamais été possible dans la situation de pays envahi, le droit des peuples à s’exploiter eux-mêmes restant de fait dominant ; par ex. la Commune de Paris n’a pas permis de garder l’Alsace et la Lorraine… Or toutes les "résistances" ne furent pas bourgeoises: grèves contre l'occupant, nombreuses manifestations populaires courageuses contre ses exactions et meurtres d'otages, le fait répandu de planquer les enfants juifs, de se moquer des boches en uniforme, d'écouter la radio d'outre-manche, de se conformer à une désobéissance civile en permanence etc. On y verrait plus clair sur ce passé si on le plaçait en comparaison avec le présent où existent les mêmes lâchetés et les mêmes marques de courage.
[7] Sans compter 10.000 soldats allemands tués et autant d’américains de canadiens et d’anglais pour un résultat déjà décisif à Stalingrad et qui aurait pu être obtenu à partir du débarquement réussi en provence
[8] L’ouvrage de Mary Louise Roberts – Des GI’s et des femmes – relativise cette découverte en dénonçant le racisme dominant dans l’armée US qui non seulement humiliait les noirs mais leur fît porter le chapeau des viols en général… Sans oublier l’ouvrage du conseiller de Sarkozy, Patrick Buisson (Années 40 années érotiques) qui pour intéressant qu’il soit charge surtout la résistance et la collaboration « horizontale » (toutes les françaises auraient été séduites par les beaux boches en uniforme puis après par les beaux ricains (le français moyen étant peu viril et moche...), normal pour un ancien directeur de Minute !

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