"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 30 mars 2023

INNOVATIONS DU SYSTEME DE DOMINATION CAPITALISTE POUR EVITER LA TRAHISON CLASSIQUE DES SYNDICATS

 


 J'avais parlé donc d'une « giletjaunisation » du mouvement de révolte contre l'attaque sur les retraites, sujet où le gouvernement était victorieux dès le départ puisqu'elles sont injustes, inégalitaires et ne concernent pas de la même façon toutes les « classes » de la société. Je vais surtout lister ici comment l'attaque a été déployée par les forces et médias bourgeois sous plusieurs angles pour, en effet, dissoudre le mouvement sans toutefois qu'il se dilue de lui-même, et violemment comme cela avait été le cas pour la colère petite bourgeoise des gilets jaunes. ET COMME ON LE VERRA, D'EVITER DE BLESSER OU TUER DES OUVRIERS (gare aux conséquences alors d'une gréve généralisée soudaine et massive sans « mot d'ordre » d'un général syndical!)

Les premiers ennemis, présentés comme des amis naturels et bien intentionnés, ont été les appareils syndicaux (ce que même les trotskiens de LO ont constaté, tout en appelant à défiler derrière ces faux-culs). Ce sont eux les principaux industriels de la défaite. Une organisation impeccable de la dispersion, des échéances rythmées aux parlementations, un agenda des manifs suffisamment espacées et interdisant toute reconductibilité immédiate et réelles grèves des corporations les plus puissantes (EDF et transports publics) pour exhiber la corporation des éboueurs, décrite pourtant avec pitié, sûre de finir par être impopulaire autant qu'impuissante à peser en peu de jours comme on aurait pu le faire rien qu'avec des coupures edf ; la presse a vanté les soit disant quêtes d'énormes sommes récoltées en solidarité par la CGT, or une discussion avec des éboueurs qui avaient cessé la grève, m'a confirmé que c'est du pipeau en regard de leur perte de salaire.

Lors de la dixième promenade « pacifique » mais pas violente comme l'annonçaient avec force dramatisation gouvernement et syndicats, le principal Berger s'amollit en proposant une médiation comme un maître nageur en train de se noyer. Mais le clap de fin est assuré encore par la CGT qui s'est décapitée en se débarrassant piteusement de moustache, son général en chef, démis comme trop mou et bientôt remplacé par une femme émancipée et surtout féminologue. Vous imaginez en pleine guerre de 14, Pétain limogé au milieu des combats, la Prusse aurait emporté haut la main une victoire suicidaire de l'autre côté !

Mais revenons sur l'organisation de la mystification idéologique dans laquelle toutes les forces bourgeoises ont baigné l'indignation et surtout « la haine ».

La première mystification a été de centrer cette « haine » contre Micron, l'ex révolutionnaire électoral, et comme principale protestation contre la puissante attaque sociale, mais aussi avec la fixation sur des personnages envahissants mais secondaires contre la folle du logis écolo-bobo Rousseau. Traité d'ordure le « salaud » Macron a permis au zélé procureur du tribunal de Saint-Omer, de faire juger une prolétaire de 56 ans, mère de famille, autrice de cette insulte lèse-majesté de « l'empereur », le 20 juin pour « outrage envers une personne dépositaire de l’autorité publique ». Elle risque six mois de prison et 22 500 euros d’amende, classique hyperbole judiciaire démagogique. En province, un jeune « pourfendeur » de Sardine Ruisseau - (c'est vrai qu'il poussait un peu loin le bouchon de la persécution, envers une députaille n'est rien pour le prolétariat) – s'est pris douze mois avec sursis. Pourtant nous qui sommes persécutés grâce aux médias par les interviews systématiques de la dame, féminisatrice en chef et affichant sans honte ses salades féminogogues pourries (ou féminogogoles) ! Ne serions nous pas en droit de la voir interdite d'antenne au moins une année ? Sur le tard, on a fait entrer en scène les bobos écolos à Sainte Soline (voir plus loin), et en particulier, sans peur du ridicule, une gourde actrice secondaire de la féminisation accélérée de la société bourgeoise. A Gonfreville, des artistes sont venus nous « gonfler ».

« La réquisition effectuée dans la matinée à Gonfreville-l’Orcher a entraîné une vague de mobilisation devant la plus grande raffinerie de France. Salariés, étudiants et stars y étaient réunis. Sur le site TotalEnergies de Normandie, même l’actrice Adèle Haenel et le rappeur Médine sont venus soutenir les grévistes qui appelaient au rassemblement devant la plus grosse raffinerie de l’Hexagone. « Je suis venue ici en tant que féministe, en tant que lesbienne aussi. Je suis venu pour un message fort, si on est unis comme ça sur les points chauds, comme ici, on peut gagner. En tant que féministe aussi, on est bien au courant que le gouvernement n’en a rien à foutre de nous, que ça sert à rien d’envoyer des lettres. Ce qu’on veut, c’est imposer un rapport de force, et c’est ce qui est en train de se jouer ici avec les raffineurs. De nombreux étudiants qui avaient fait le déplacement grâce aux bus affrétés par la CGT ont partagé des photos de l’arrivée du chanteur bobo Médine, qui a dit être présent « pour montrer que toutes les couches de la société sont touchées ». Pauvre type ! Décidément le must des manifestants aura été, non de réfléchir, mais de se servir du portable aliéné pour prendre en photo... la misère artistique. On sait désormais que lesbiennes, transgenres et mauvais genres ont remplacé toute réelle réflexion sociale et politique. Ce serait à péter de rire si les médias ne tentaient pas autant de nous faire prendre au sérieux ces conneries de bobos, et bobotes décadents.

Cette personnalisation « artistique » du combat social s'est aussi retrouvée dans toutes les manifs avec un tas de panneaux ou banderoles contre ce « salaud » de Macron. Or c'est principalement oublier que celui-ci n'est qu'un des exécutants de la bourgeoisie, et qu'il y en a plein d'autres, interchangeables.

Cette « personnalisation » déviante, excluant l'identification et dénonciation des diverses forces bourgeoises complices dans l'organisation théâtrale, ou plutôt mise en scène d'une révolte conçue et planifiée par les principaux ennemis de la classe ouvrière, les généraux syndicaux, et qui a abouti à empêcher toute réflexion sur comment réellement construire et imposer un rapport de force de classe. Pire, à faire croire qu'il suffirait de changer de président, voire à le remplacer (horreur!) par Mélenchon, prince vassal de « l'empereur sans peur » !

LA DEUXIEME SCENE DE LA PIECE THEATRALE : l'épisode d'indignation démocratique estudiantine

(en laissant croire à une réaction radicalement dangereuse de la foule étudiante, gommant que seule est bouleversante une grève inopinée de la classe ouvrière...pas des salles de classe):

Très rapidement, par leur agitation ridicule et infantile sur les bancs du parle-ment, la gauche bobo-bourgeoise a non seulement surfé sur la haine contre ce « salaud » de Macron, cinéma bordélique, décrié par les journaleux de BFM et CNULLE, mais plutôt destiné à être apprécié par « la rue », elle-même systématiquement présentée comme pacifique... à la différence des méchants de la Nupes1 et de leur « scandaleuse » attitude dans les lieux de la sainteté démocratie. Ces mêmes méchants, avec les sectes gauchistes, pouvaient entonner le chant de l'offense à la démocratie, avec des jeunes arrivistes de base se chargeant eux de bourrer le mou aux lycéens et étudiants gnangnan, comme en témoigne largement le troisième organe de la gauche boboïsante, l'OBS (derrière Libération en 1 et Le Monde en 2). Florilège du pourrissement de toute sérieuse réflexion politique chez les « jeunes » :

La principale chaîne de bourrage de crâne de l'Etat BFM 2 vint d'abord nous « déformer » que, selon une note des renseignements territoriaux, que BFMTV a pu consulter (sic ! Comment?), si les lycéens et étudiants étaient environ 30 000 lors de la dernière marche, jeudi 23 mars, leur présence ce mardi devait doubler, voire tripler ! Ayant participé à presque toutes les manifs je n'ai jamais vu ni 30.000 jeunes, voire peut-être quelques centaines vers la fin, ni autre chose que des chants avec baguette d'orchestre de tel ou tel petit chef gauchiste3. Mais c'est l'OBS qui passe en tête du bourrage de crâne par ses interviews de jeunes déjà formatés et choisis dans le troupeau. Celui-ci déclare tout de go, toujours avec la personnalisation sur ce « salaud » de Macron : « On sent que notre avis ne compte pas, que celui des députés ne compte plus. En utilisant le 49.3, Emmanuel Macron bafoue tout principe démocratique. ». Il ajoute même, tout de gogol ; « On ne peut pas être productif, bien travailler si on ne se sent pas reconnu en tant que citoyen. Et faire travailler des citoyens jusqu’à 64 ans, ce n’est pas normal. » Avec Céline. La jeune fille a déjà participé à trois journées de grève. Mais le 49.3 a encore renforcé sa détermination (et elle croit pouvoir supplanter la classe ouvrière) ; « Avec cet article, le gouvernement utilise une sorte de baguette magique pour faire taire la démocratie. On ne peut pas se laisser faire. Si la jeunesse s’y met, on peut faire plier le gouvernement. ». Vient le tour de « Vandal » (sic) bien choisi pour dénoncer le racisme présumé des flics, et clin d'oeil aux racailles du 93 (qui hélas pour les journaleux ne se sentent toujours pas concerné par la lutte de la classe moyenne, pardon de la classe ouvrière) :

« Quand on vient d’une cité, les violences policières sont une réalité qu’on a toujours vécue (resic). On sait ce que c’est de se faire courser, gazer, interpeller quand on n’a rien à se reprocher (resic). D’habitude, on nous reproche de nous victimiser. Avec les images qu’on voit aujourd’hui, on voit cette réalité qui s’abat sur la classe moyenne ».  « Vandal aujourd’hui, se sent résigné. D’abord parce qu’il est persuadé qu’Emmanuel Macron « ira au bout, c’est un président très borné ». Ensuite parce qu’il craint d’être victime de violences. « Je le sais : je suis un homme noir de banlieue, quand on me voit, qu’on entend ma façon de parler… Parmi les CRS, les Brav-M, il suffit qu’un seul d’entre eux me prenne pour cible. Ça ne vaut pas le coup », regrette-il. Conclusion implicite : jeunes des banlieues, mes frères « racisés », restez chez vous. L'OBS bourgeois me fait toujours avec la façon dont il fait parler les basses classes, en les ridiculisant (ce n'est pas moi qui y suit abonné).

 LA MISE EN VEDETTE DES LUTTES MARGINALES ET UNE REPRESSION médiatisée DES MARGINAUX

Outre et consécutive à la fabrique d'une colère estudiantine ravageuse, le gouvernement pouvait laisser s'organiser une des habituelles zadisteries, mais cette fois en laissant bien comprendre que, finie la rigolade, les marginaux de la petite bourgeoisie pouvaient être calmés pour de bon. En tout cas que la tolérance de robins des bois n'était qu'une permission de façade, dépassant les subtilités de Rocard, qui comme me l'a rappelé mon ami Yann, disait en substance : « quand on sera au gouvernement nous on « s’occupera » du capitalisme international et vous les écologistes dans le cadre d’une large décentralisation des pouvoirs économiques, vous gérerez le développement local avec vos petites coopératives et PME ! » En gros c’était vous les écolos vous gouvernerez vous-même vos réserves d’indiens !!!

Pour les cadres bien rétribués de l'OBS effaré par le « soulèvement » dominical à Sainte Soline : « la violence des affrontements donne à ce moment une tonalité crépusculaire.  La tentative de percée sur la bassine n’est pas sans faire écho au climat social du pays. Même sentiment de ne pas être entendu, même réponse policière brutale, même montée en violence des moyens d’action, même impasse démocratique ».

Même noyade des problèmes de la classe ouvrière avec les indiens lesbiens-écogogols-bobolisés et les derniers paysans propriétaires. Mise au premier plan de leur violence incontestable (en même temps que niée sans vergogne), car assurent les observateurs éloignés des coups de matraque ou des cocktails accidentels, un géographe suédois célèbre auteur du livre « comment saboter un pipeline » sert de libre penseur à la nouvelle théorie de la marge intellectuelle : fin du « dogme gandhien », s'éloignant de la nunucherie moutonnière de la secte américaine Extension-Rébellion.

 ON NOUS BASSINE ENFIN AVEC L'HORREUR PROVOQUEE PAR LA REPRESSION DES INDIENS BOBOS

« La réponse des forces de l’ordre a été plus forte qu’ils ne l’avaient imaginé » se plaint l'observateur éloigné « On a vu samedi que l’Etat était prêt à tout pour nous faire taire, relève Adeline, porte-parole du collectif “Bassines non merci”. Des gens ont été mutilés, deux hommes sont entre la vie et la mort, mais on a un ministre de l’Intérieur qui s’enorgueillit d’avoir lancé 4 000 grenades… ».

Une obscure représentante d'une assoc juridique humanitaire (de Suisse) avait déjà été montrée protestant contre les violences policières en France, pourtant mesurées et ciblées par une nouvelle police anti-émeute mobile et sélective, même s'il y a toujours des bavures4. Que ne s'occupe-t-elle pas celle-là des poulagas de son pays ! Et aussi ses copains : « Ces derniers jours, de multiples organisations, dont la Ligue des Droits de l’Homme, le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association, la Défenseure des droits ou encore l’ONG Human Rights Watch ont fait part de leurs inquiétudes sur l’organisation du maintien de l’ordre lors des manifestations ».

Or la répression à Sainte Soline est venue chapeauter le tout, les « défenseuses des droits » ont donc pu à la fois prétendre défendre la masse des ouvriers, mais fondue dans la répression des bobos, certes plus violentes5. Force reste donc à la loi bourgeoise, qui se présente en même temps  comme équilibrante et soucieuse de proportionnalité:

« Du côté des autorités, on défend un usage de la force nécessaire, notamment contre des individus violents et radicaux. Au total, l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) a été saisie de 17 enquêtes judiciaires depuis la première journée nationale de mobilisation contre la réforme des retraites en janvier, selon sa directrice dimanche. Du côté des autorités, on défend un usage de la force nécessaire, notamment contre des individus violents et radicaux. Le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, a invité la Défenseure des droits Claire Hédon dans la salle de commandement de la préfecture ce mardi à l’occasion de la dixième journée d’action contre la réforme des retraites. « Elle verra que j’engage la force quand des individus tout grimés, tout en noir commencent à casser des commerces », a-t-il dit. « Nous intervenons avec beaucoup de proportions », a-t-il encore assuré ».

Comme par un heureux hasard...selon une nouvelle enquête Elabe, la confiance dans la police est majoritaire dans la population mais on observe d'importantes disparités en fonction de l'âge ou des opinions politiques.

DERNIERE SEQUENCE DE GENERALISATION DE LA GUERILLA SYNDICALE

Ils vont sans doute axer désormais la lutte fourvoyée dans une persécution de Micron, qui risque comme Sardine Ruisseau, de tribunaliser cette persécution, qui va pourtant devenir naturelle à chaque sortie présidentielle (ce qui a déjà compris hier en se rendant dans une classe maternelle) « Pour la CGT, le président de la République cherche à ouvrir une nouvelle séquence politique, faisant oublier la réforme des retraites. Pour Philippe Assaiante, co-secrétaire général de la CGT des Hautes-Alpes, Emmanuel Macron va «noyer le poisson dans la bassine» en «changeant de sujet». «Le conflit contre les retraites n'est pas terminé», a-t-il insisté mercredi sur BFM DICI. La branche cégétiste des Hautes-Alpes «prévoit évidemment un accueil» au chef de l'État. «On ne va pas le laisser arriver et dérouler un tapis rouge», a ajouté Philippe Aissante ».

Mais il ne s'agit que d'un additif à la fin de la pièce de théâtre, à des claques fabriquées qui n'intéressent plus personne et une façon de prendre les devants sur le sort qui attend Micron désormais lors de chacune de ses apparitions publiques.

L'ensemble des forces bourgeoises ont été bien avisées de miser sur épuisement, lassitude et résignation, laissant conclure le spectacle pare cette fixation outrancière sur la police coupable de tout, relayées par ces protestations qui font passer l'humanitaire à la place de dénonciation de l'Etat. Et je le répète en ayant évité une répression disproportionnée ou mortelle contre la masse des prolétaires.


Enfin, heureuse discussion hier à Denfert Rochereau avec des camarades éboueurs qui reprenaient le travail en riant : « bof ils sont en train de nous niquer, mais on a appris le plus important, on est une force considérable ».

 

 

    NOTES

1Le fringant représentant de l'extrême-droite soft, Jordan Bardella a justement dit que la Nupes «était complice, avec sa façon de faire, avec le gouvernement. Tout comme il a dit, tout aussi justement, que Macron misait sur l'épuisement et la lassitude. Le RN en tant que parti bourgeois conservateur et méprisant les ouvriers sera resté dans ses charentaises parlementaires et souriant face aux nuls de la Nupes peu soucieux de se ridiculiser.

2Je suis probablement le seul à constater que la population est « surinformée », ceux que vous voyez dans le métro penchés sur leur téléphone consultent surtout les infos à la minute ; cette surinformation laisse l'impression aux gens de « tout savoir », mais ce « tout savoir » a justement faire croire que « tout savoir » remplace une réelle pensée au-dessus de l'événementiel. Résultat le bourrage de crâne sur la présumée liberté en démocratie et l'indépendance de la presse et des médias, comme passait à la poste une lettre, mais autrefois...

3Ils n'ont été recrutés en fin de compte que pour le décor final. « Peu visibles depuis le début des actions contre la réforme des retraites, les plus jeunes ont fait une entrée remarquée dans la mobilisation. Ce mardi 28 mars, si la place de la République à Paris est plus clairsemée que les précédentes journées de grève (la CGT décomptera en fin de journée 450 000 manifestants (ma grand-mère comptait pour 40.000),  la préfecture 93 000), les lycéens ont répondu présents à l’appel de l’intersyndicale pour la dixième journée de mobilisation contre la réforme des retraites ».

4J'avais déjà remarqué ce fait dans les défilés gilets jaunes, avec d'autres manifestants, les policiers identifiant et visant à l'oeil les plus agités et violents, nous terrorisant aussi par conséquent nous les pacifiques.

5Cette violence, indirecte pour la masse des prolétaires, sert aussi à les effrayer : « Une mère n'a pas peur du « salaud » mais de la police :  « C’est la première fois de ma vie que j’ai peur de la police », confie-t-elle, défaite. A la télévision, les images d’affrontements dans les cortèges, et ce week-end à Sainte-Soline, l’inquiètent et l’interrogent. « Aujourd’hui, je suis obligée d’expliquer à mon fils, qui a vu certaines de ces images, que non, tous les policiers ne sont pas comme ça », regrette la mère de famille.« Avant, on pouvait se dire que si on restait calme, pacifiste, on avait moins de risque d’être pris dans des affrontements. Mais il y a eu tellement d’images de violences, de charges de CRS contre des manifestants qui ne sont pas hostiles, de plus en plus de nasses, parfois de manifestants avec des enfants… Je n’ai pas honte de le dire : ça me fait peur. »

mardi 28 mars 2023

UN DIXIEME BAROUD OU COMMENT FONCER DANS L'IMPASSE SYNDICALE



Après l'OCDE, toutes les mafias financières de la planète sont derrière le petit Micron. Un chefaillon économiste de la Banque mondiale (BM), Indermit Gill, a raconté lundi le bobard suivant :face à l'augmentation de l'espérance de vie. repousser l'âge de la retraite serait nécessaire afin de maintenir la part de la population active malgré le vieillissement. Oubliant la grande part de la population inactive au chômage, et avec une espérance de vie qui n'est qu'espérance. Le cynisme capitaliste n'a pas de bornes, comme la potiche de Macron (sic) .

L'indignation ouvrière est toujours là, certainement plus dans les esprits encore, et dans la durée, que dans la rue où le système de domination aliénant organise le spectacle à son profit, avec la totale complicité des putains journalistes. Le « pouvoir » ne cesse de jouer du suspense, il a l'habitude et la nécessité (comme jadis Hitler le pratiquait) de sonder quotidiennement l'état de l'opinion[1], sa police hyper-informatisée flique mieux la population que les nazis n'ont pu le faire, ils surveillent les blogs (dont le mien). Le premier flic de Fraance a d'ailleurs annoncé ce jour que la police sera dotée de drones ; nous ne  sommes pas en Ukraine mais en France et en pleine guerre...de classes. A 17 H, CNEWS affichera un  sondage express alors que les manifs se poursuivent partout en France: Condamnez-vous les violences commises contre les forces de police ? OUI à 85% !!!  

Ce dixième enterrement traîne-savates – dixième round disent-ils - fut nommé depuis hier « journée à hauts risques »., avec des journaleux présentant Macron encore comme un président à la dérive ; « Emmanuel Macron n’a toujours pas trouvé les clés pour éteindre la colère de la rue » ! Les « services  de renseignement » avaient dramatisé à souhait depuis les provocations musclées à Sainte Soline, ils annonçaient craindre des milliers avec cette : « inexorable poussée de colère, sourde et profondément enracinée à travers tout le pays, qui fait virer à l’écarlate tous les voyants du gouvernement. Les ingrédients du chaos sont rassemblés. Pas moins de 200 communes seront, ce mardi, le théâtre de manifestations et d’actions de blocages.,Pour corser cette journée « noire » comme planifiée, les services spécialisés s’attendent à «une probable montée en puissance de la jeunesse, mobilisée sur le thème des violences policières». «Depuis le 16 mars, les forces de l’ordre sont confrontées à des actions très violentes, en dehors des mots d’ordre syndicaux, notamment dans le cadre de manifestations non déclarées ou interdites», souligne le ministre de l’Intérieur. Il s’indigne que «des sous-préfectures, des préfectures, des commissariats, des tribunaux, des mairies et des permanences politiques subissent des dégradations, des incendies et tentatives d’incendie». « Plus de 1000 casseurs attendus pour «mettre la France à feu et à sang» !!! Pourtant il n'y aura que de misérables feux de poubelle[2], pas spectaculaires comme la fois précédente (j'ai assisté aux manifs devant mon écran, son coupé). Et des échauffourées qui n'ont pas mis à feu et  à sang le pays. Plus impressionnants étaient les gros plans sur les cohortes policières par moment plus nombreuses que les manifestants.

UNE IRRUPTION D'UNE JEUNESSE inattendue mais contrôlée et inconsciente

Lors de la dernière réunion intersyndicale on apprenait la présence de 7 représentants des syndicats unis mais aussi de 5 représentants des étudiants ! Que venaient faire là les représentants des futurs cadres économiques et syndicaux ? Pourquoi pas des représentants des jeunes chômeurs isolés, des collèges techniques ? Avec cette remarque plus drôle encore tant elle pue le syndicalisme abstrait : « LA JEUNESSE REVE DE CONVERGENCE DES LUTTES ».

Cette irruption de cette « jeunesse » servait et sert encore à diminuer la spécificité de la classe ouvrière dans un mouvement à défigurer comme interclassiste, à se moquer, côté journalistes collabos de Cnews par exemple, de ces étudiants qui, en réalité, ne viennent que pour casser ; on entendit toute la journée les larbins télévisés du pouvoir « craindre que les jeunes ne se laissent entraîner par les « ultra-violents ». En sous-main c'est évidemment le souhait du « pouvoir » pour valider son indignation face au chaos...qu'il a provoqué et la séquence qu'il espère finale en fournissant tous les ingrédients pour indigner l'oupinion poublique, cette majorité en charentaises.

LA POLICE N'EST PAS NOTRE PRINCIPAL ENNEMI 

La scénographie dominicale à Sainte Soline, a été suivie mieux qu'une étape du tour de France. Tous les ingrédients pour déplorer le bordel, pour exiger du pouvoir qu'il y mette fin, ont été réunis. L'ingrédient principal pour les deux versants de l'opinion fut dès lors, de ce côté « la police tue », et de cet autre côté « vive la police ». Depuis des semaines il est convenu qu'on doit être tous unis contre la police, côté syndicats unis et activistes gauchistes, que la       police est responsable de tout. Dans la population en général, pas celle des beaux quartiers, on a entretenu et développé cette idiotie bonne pour un émeutier primaire. La protestation anti-policière était assurée par toutes les bonnes âmes du syndicalisme et des assocs humanitaire-je-me-mêle-de-ce-qui-ne-me-regarde-pas, même étrangères. Or les flics de base ne sont que des soldats, et qui en prennent plus souvent qu'on ne croit plein la gueule ; cela fait mauvais genre de dire cela, mais je le dis. Nos ennemis sont leurs patrons du gouvernement, et... les appareil syndicaux, présumés nos amis voire de sympathiques lieutenants accompagnateurs de toutes les défaites tout en les favorisant.

Cette focalisation contre les seuls policiers se retourne contre le mouvement de protestation lui-même puisque l'oupinion s'en indigne et est donc plus encline à soutenir les gardes armées du pouvoir, en dépit de certaines exactions.

On ne peut lister ici toutes les tentatives de dérives et d'esquives du fond de l'attaque anti-ouvrière, mais on peut faire confiance aux zélés journalistes pour en inventer, tel celui-ci : «Le pouvoir a ouvert une brèche» aux comportements violents en manifestation » et c'est « depuis l'utilisation du 49.03 » ! Le sujet serait donc la violence, et, on l'a compris aucune autre alternative que violence de rue et défilé pépère., feux de poubelle contre lance d'incendie Face à la violence de la rue, heureusement les CRS sont là pour protéger la population apeurée et recluse, comme l'a d'ailleurs réaffirmé notre bon ministre Véran : « nous sommes le rempart contre la violence ». Toujours pour exciter l'oupinion publique en faveur de la police et de Macron, quelques sous-fifres de SUD et de la CGT n'ont pas trouvé mieux que d'aller occuper les voies de la gare de Lyon, déclenchant l'hystérie de Morandini, sur la chaîne réac CNEWS. Quoique l'heure soit à « la main tendue », annoncée pour lundi la fin de la grève des boueux est reportée par l'appareil CGT à mercredi, mais en tant que suspension.

La répression paraît lorsque tout mouvement tourne en rond ; je l'avais annoncée inéluctable dans un de mes articles précédent. Les appareil syndicaux ayant fini par faire effectuer des dizaines de kilomètres inutiles aux milliers de manifestants, promenades couplées avec les réunions des instances parlementaires ; mais comme il faut une fin à tout, ils ont tenté comme je l'avais noté ce matin de « tendre la main » (après les traditionnels coups de fil secrets) :

 

TORPILLAGE syndicalo-politicien AU PROFIT DU MACRON

Dés potron-minet les faux-culs sont à l'oeuvre, le premier (on l'avait prévu) le principal Berger de l'Etat annonce qu'il faut des médiateurs pendant un mois, c'est à dire après l'officialisation de la réforme par le conseil constitutionnel, et comme le dit le petit Faure du parti socialiste nain: alors personne ne pourra plus la remettre en cause...et vous irez tous vous coucher, ne reste donc que la violence stérile ce jour pour contenter le Micron, qui pourtant ne pourra plus jamais sortir seul en public sans trois mètres de gardes du corps (je n'ai jamais vu un président autant haï)! à ce soir ou ainsi soit-il ? 

Je ne crois pas qu'ils se soient penchés sur mon blog ni mes autres lieux d'expression, mais ce coup n'a été qu'un test pour mesurer la réaction des gens, et ils ont été sans doute nombreux à réagir en temps et en heure comme moi. La gouvernance ne peut jamais rester figée et doit réagir souvent à la minute. Donc nouveau suspense librement consenti à propos de « la main tendue du gouvernement » qui, sans fausse honte . Depuis trois mois les syndicats baladent des millions faisant mine de réclamer de pouvoir discuter des modalités de la réforme quand le pouvoir principal fait la sourde oreille, puis subitement les commis gouvernementaux font savoir qu'ils sont prêts à discuter de tout...sauf de leur attaque sur les retraites ! Leur cinéma « je t'aime moi non plus » est de plus en plus pervers, pour éviter que le Berger soit pendu haut et cours ?

MEDIATION ?  MACRON DIT NON AUX SYNDICATS A 14H30

Face à Al Capone Macron qui continue à jouer au mafioso intraitable, changement de braquet obligé pour le principal Berger syndical dépité, qui, l'après-midi, s'indigne du refus d'apaisement de la part du gouvernement : « y en a marre de ce refus de tendre la main »...parce que lui aimerait bien la lécher ?[3] BFM avait signalé peu avant que la CGT comme la CFDT appelaient à une médiation puis ce fut au tour de l’intersyndicale. Sous les défilés pépères somnolaient les médiateurs syndicrates !

En matinée, chez Morandini, plus servile que jamais et zélé envers l'Etat et sa police, (malgré ou à cause de sa condamnation pour une affaire de  mœurs troublante) les troncs de plateau (les étrons) étaient déchaînés, et ce meneur de jeu en rajoutait hystériquement contre la CGT « qui défile derrière la banderole « la police nous tue » ! Sans comprendre l'aspect racoleur du slogan pour la mode anti-flic qui permet si bien d'oublier les flics...syndicaux et de racoler en milieu «étudiants black bourges » (comme l'a si bien dit Darmanin). Le double jeu de la CGT reste invisible pour ce crétin de journaliste pipole. Pourquoi cette mafia n'a pas prévu de SO en tête de manif aujourd'hui ? Mais on pointe du doigt son défilé derrière une pancarte débile. Dès le début de matinée, avec la mafia de Sud, la CGT organise l'occupation des voies de la gare de Lyon par ses porteurs de drapeaux, alors que des centaines partent ou viennent au travail. C'est super pour l'oupinion poublique, cette poubelle virtuelle et inconsistante, dont Morandini pose au représentant indigné : « c'est contre les travailleurs : », quand un de ses complices se pique « d'analyser » un mouvement très décentralisé  peu contrôlé qui a été accompagné par les centrales syndicales ; nourri par d’autres colères, on est loin de la réforme des retraites », ce qui est à nouveau excuser les syndicats qui organisent cette prétendue décentralisation spontanée », pourtant brevetée permanents syndicaux en uniforme et avec fanion ridicule. Les manchettes passaient et repassaient au bas de l'écran :

- MANIFESTATIONS PEUR SUR LES VILLES

- « CASSEURS : UN CONSTAT D’IMPUISSANCE »

UN BAROUD SANS FIN CLAIRE ?

Dans l'article précédent, je concluais à une « giletjaunisation » du mouvement, j'aurais aussi pu la nommer décomposition, car c'est bien ce qu'organise le pouvoir. Avec les affrontements dans les Deux Sèvres, où se trouvait le même personnel gauchiste écolo-bobo, le lien était fait abusivement avec l'hydre black débloque agitée comme l'horreur absolue, en passe de dézinguer l'Etat si démocratoque, tout en concédant avec bienveillance la capacité des organisateurs professionnels syndicaux à piloter d'immenses défilés moutonniers.

Les défilés furent tous un carnaval à ciel ouvert, avec les mêmes rites, danses, sac à dos BB, uniforme noir avec capuche et masque, fumigènes, mitraillages des portables, caillassage des flics, incendies de poubelles ; la manif comme objet ludique ! Pas de discussion ni d'AG, ni remise en cause des mornes balades syndicales. Et en plusieurs endroits, l'oriflamme national, preuve de la présence discrète du RN.

Toute la journée on n'interrogea pratiquement pas le personnel de la Nupes, excepté le gentil Faure, puis en fin d'après-midi un Mélenchon gentil, appelant au calme, déplorant les violences !

LE SUSPENSE CONTINUE...

Le spectacle manifestatoire, il faut le dire, était en odeur de sainteté comme dans une salle de théâtre ; parcours court de République à Nation, avenues larges permettant une exhibition carrée des fantassins CRS avec l'éclairage subversif des hautes flammes des poubelles et détritus, fièrement embrasées par des dizaines d'ados réels ou attardés. Les rues sont encore pleines à 19 H, des toits occupés, des cagoulés jouent encore au chat et à la souris avec les chevaliers CRS handicapés par leur armure, mais nulle inquiétude gouvernementale. On pouvait apercevoir cet après midi au parle-ment Dussopt et Borne plaisantant avec leurs portables derrière Darmanin qui pérorait en faveur des drones policiers. L'Exécutif fait la sourde oreille face aux syndicats. Et j'ai ma petite idée pourquoi : pour rendre service encore un peu aux syndicats qui en ont bien besoin et faire durer jusqu'à la décision dans trois semaines du conseil constitutionnel. Alors valsera l'unité syndicale entre légalistes et jusqu'auboutistes avec leurs guérillas impuissantes comme celles des gilets jaunes.

A 19H ce mardi soir, chacun peut retourner chez soi avec dans le portable plein de clichés inoubliables de feux de scooters, de CRS canardés ou couverts de peinture. C'est ça la révolution !

C'est reparti pour une onzième promenade le 6 avril; avec la certitude que les vacances scolaires vont gratifier lassitude et résignation, et qu'à cette date les syndicrates se seront désunis dans le bureau de la mère Borne à l'horizon de la conclusion du conseil constitutionnel.Syndicats et gouvernement n'en sortiront pas indemnes. Il ne faudra jamais oublier que les mafias syndicales ont systématiquement empêché toute reconductibilité immédiate su jour au lendemain et pas espacée de semaine en semaine (cf. avec LFI le dérisoire "on arrête tout" du 7 mars), se plaisant à disperser la colère, envoyant au casse-pipe les éboueurs (sans véritable soutien de leurs louches caisses de grève) alors que trois jours de blocage de tout le pays auraient suffi à faire tomber la réforme et le gouvernement de la finance capitaliste, la perruque Macron avec.



[1]Ne pas oublier que l'Etat est en grande partie  privatisé et fonctionne en rémunérant hors de prix des « cabinets de conseils » américains tentaculaires, cf. le scandale McKinsey ; lire « les infiltrés de M.Aron et Michel Aguirre 'ed Points 2023).

[2]Jolis décors qui rendent moins mornes ces promenades syndicales pacifistes et bêtes où les promeneurs passent leur temps à faire des photos avec leur portable au lieu de discuter entre eux ou de tenir des AG de rues !

[3] « Certains » syndicats : »Il n’empêche, certains s’interrogent quand même sur l’utilité de continuer à mobiliser massivement, maintenant que la loi est passée, fût-ce par un 49.3. Certains cherchent de plus en plus ouvertement un moyen d’y mettre fin. «Évidemment que lorsque l’on rentre dans ce type de lutte, on réfléchit dès le début à comment en sortir», explique un militant. Pour les réformistes notamment, cela passe par un geste du gouvernement qui leur donnerait un argument pour mettre fin à l’aventure. L’exécutif espère que cela pourrait passer via la discussion sur une proposition de loi préparée par le député Renaissance Louis Margueritte et qui sera sur la table rapidement. Dans ce texte, figurera la traduction de l’accord trouvé entre les partenaires sociaux sur un meilleur partage de la valeur, et le dispositif annoncé la semaine dernière par le chef de l’État consistant en une «contribution exceptionnelle» sur les grandes entreprises qui font des rachats d’actions ».


jeudi 23 mars 2023

LA GILETJAUNISATION DE L'INDIGNATION OUVRIERE

 


« La réussite de l'attaque pourrait s'avérer plus délicate que prévue » Révolution Internationale (Décembre 2022)

« On a gagné la bataille de l'opinion » Besancenot (rédac en chef de BFM ce matin)

« On a un climat explosif et on ne voudrait pas que la situation devienne compliquée, il faudra qu'à un moment donné on se voit. Quand Dussopt m'a téléphoné je lui ai dit : « tu comprends bien que ce n'est pas possible de se voir en ce moment ». Le Berger de la CFDT (sur BFM ce matin)


BAROUD D'HONNEUR OU REGAIN ?

Le bout « du cheminement démocratique » Macron l'a pris dans la gueule ce jeudi 23 mars1, parce qu'il en avait rajouté une couche : « La foule n'a pas de légitimité face au peuple qui s'exprime souverain à travers ses élus » ? Toute la journée on nous a assuré, syndicrates comme Mélenchon et le petit Besancenot (rédacteur en chef de la matinée sur BFM), que c'était une nouvelle ignoble provocation. Nouvelle maladresse ? Certainement pas. Autre formulation de l'autre formule déjà ressassée au cours des mois précédents par le personnel parlementaire ; « ce n'est pas la rue qui gouverne ». L'utilisation du mot foule opposé au peuple, avait tout son sens en prévision de l'organisation de la fin de manif dans un chaos incandescent. Syndicats et Préfecture avaient choisi, de concert, le format idéal pour la casse en fin de manif : l'entonnoir de la place de l'Opéra, très fournie en matériaux de chantier pour la réfection de la façade du monument, tout en laissant les tonnes d'amas de poubelles dans les rues adjacentes. La foule peut être bête, violente et versatile, le peuple lui est généralement soumis et reste une notion inconsistante. Macron se fiche des défilas de rue, même dits majoritaires, il sait compter sur une autre majorité, la majorité silencieuse autrement nommée oupinion poublique. La majorité silencieuse a horreur des « factieux » et des « facétieux » crameurs de poubelles.

Au soir d'un Paris rougeoyant, grâce aux éboueurs en grève et aux pyromanes cagoulés, l'intersyndicale (plutôt emmerdée)2 s'est arrogée un nouvel attribut, inusité jusqu'ici : la catégorie jeunesse ; ce sont de plus en plus des femmes qui sont jetées à la lumière pour le porte parolat, comme ce sera bientôt le cas pour une CGT féminisée : «  Les organisations syndicales et de jeunesse après le succès de la manifestation aujourd'hui appellent à poursuivre le mouvement, par la continuation de luttes de proximité ce weekend, en vue d'une nouvelle manifestation le 28 mars et s'associent en faveur du RIP (Référendum d'initiative partagée) ». Gênés par ces prolongations inattendues les syndicats se montrent néanmoins aptes aussi à gérer le chaos par leurs appels à des actions éloignées les unes des autres, des blocages selon les désidératas des bonzes locaux, et des gesticulations diverses autant qu'incohérentes.

Tout le monde est content, la syndicratie a battu ses records d'affluence et les médias, au soir d'un Paris embrasé, Paris outragé, Paris giletjaunisé, ont accueilli à bras ouverts sur leurs plateaux les journalistes policiers venus dénoncer ces extrémistes « qui veulent renverser l'Etat et tuer des policiers ».

La mobilisation populaire et comprenant des foules immenses est indéniable, l'indignation des masses travailleuses justifiée, mais la situation définie généralement en ce moment comme « crise politique et sociale » est plus complexe et confuse qu'il n'y paraît, et le toxique Macron, trop victimisé ou bouc-émissaire pour qu'on le croit perdu. Notons au passage : heureusement qu'il y a ces débordements spontanés ou organisés par les services de police adéquats, sinon qu'est-ce qu'on se fait chier à regarder passer le carnaval des gilets syndicaux, leurs ballons et leurs slogans gnan-gnan ; on vit les manifestants d'une partie de la déambulation pacifique à Strasbourg marcher en rang ficelée par une corde. Sans doute pour éviter qu'une brebis ne s'échappe.

D'un côté le refus de toute résignation encore soutenu par des syndicats dits unis, voire la certitude d'une victoire, reflète une grande naïveté, dont un petit groupe est aussi le reflet, au risque de n'être qu'une des voitures balais d'un tour de France syndical où une ambiance gilet jaune risque d'emmener la tête du cortège dans une voie de garage, en évitant aux pompiers sociaux de l'Etat de l'enfiler ce gilet jaune, peu reluisant en entreprise. Avec cet optimisme à toute épreuve et cette certitude que la lutte de classes est en train de bondir à un niveau inégalé, le groupe s'extasie le jour de l'occupation de la place de la Concorde, ne notant pas que la clique à Mélenchon avait ouvert le bal ni vu que la place était remplie pour l'essentiel d'étudiants et militants bobos de LFI et du NPA, etc., pas vraiment de chômeurs ni de retraités :

« Face à l’annonce de l’adoption immédiate de la réforme des retraites, la réaction a été fulgurante. Partout en France, la colère a explosé. Dans les centres-villes, travailleurs, retraités, chômeurs, jeunes futurs salariés, nous nous sommes rassemblés par milliers pour crier notre refus d’être exploités jusqu’à 64 ans, dans des conditions de travail insupportables, et pour finir avec une pension de misère. « Éruption », « rage », « embrasement », tels sont les mots de la presse étrangère. Les images de la foule grossissant heure après heure sur la place de la Concorde à Paris ont fait le tour du monde ». (Courant Communiste International | Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! (internationalism.org)

Même un lycéen de 14 ans, qui réfléchit contrairement à nombre d'étudiants gnangnan, avait observé ce cirque à la Concorde comme digne d'un flash mob ridicule avec des bouffons, fils à papa et à tonton Trotski, qui ridiculisent les manifestations d'une colère profonde du prolétariat. Par après les médias font circuler ce qu'ils veulent, même cette amplification exagérée d'une lutte de classe sans tête.

En réalité depuis ce 18 mars, c'est la petite bourgeoisie qui a pris la tête du mouvement pour suppléer aux enterrements syndicaux ratés3. Pas mal d'étudiants fils à papa, dont le niveau politique n'excède pas « tout le monde déteste la police », des paumés d'en bas aussi pour assurer l'indispensable spectacle de la violence dite ultra-gauche, car contrairement aux staliniens d'antan, nos pacifistes syndicrates aiment bien mettre en valeur leur robustesse négociatrice et leur sens de la mesure, par comparaison. Le regain a frôlé ce soir le baroud d'honneur au vu des incendies, du flic assommé par un pavé et traîné au sol par ses collègues comme un vulgaire sac poubelle. La pyromanie des bobos parisiens a presque éteint les phrases provocatrices de l'empereur4. Si Macron a été décrié pour avoir « enjambé la colère », les bobos encagoulés lui permettront désormais d'enjamber vraiment la colère ouvrière.

Cet emballement pour une indignation piégée depuis ses débuts, par le groupe politique en France certainement le plus près de la vérité de la lutte de classes contraste avec la qualité de ses analyses de fond. Analyse lucide des causes de l'attaque sur les retraites et sur les préparatifs de l'Etat bourgeois depuis septembre dernier : « … l'action concertée du gouvernement, des partis de gauche et d'extrême gauche comme des syndicats n'avait pour but que de fragiliser toute unité réelle des divers secteurs où l'Etat apparaissait comme un arbitre. Bref toujours le même piège, pousser à ce que chacun se préoccupe de sa propre situation, tout en mettant uniquement en avant le sort des « catégories » les plus défavorisées face à cette attaque »5 Il reste accroché à sa thèse depuis six mois selon laquelle la combativité du prolétariat en France et en Angleterre signifie que le prolétariat mondial relève la tête. Comme j'aimerais qu'ils aient raison.

QUELS SONT LES BESOINS DE L'ETAT qui ont fondé cette « URGENCE » de s'attaquer eux retraites ?

Personne n'a permis d'y voir clair depuis le début. Les réseaux d'infos de la gauche et extrême gauche bourgeoise (Médiapart, sites trotskiens, etc.) n'affichent comme explication qu'une vendetta pour faire une économie massive sur le dos des retraites, basée sur le besoin de prélèvements obligatoires pour les entreprises, pour favoriser une baisse des coûts de production. En gros un classique, une fallacieuse prétention à « défendre les retraites » pour s'en mettre plein des poches, en droite ligne de l'argutie de la bande à Mélenchon « prendre aux riches pour donner aux pauvres ». Faire travailler plus pour produire plus, faire des économies sur le dos des services publics pour baisser les coûts de production...

Contre ce simplisme on va voir que le problème n'est pas français ni de l'ordre de la simple méchanceté en vue d'appauvrir la population mais néanmoins la classe ouvrière. L’OCDE, qui réunit les principaux pays de la planète et dont la mission est de « promouvoir les politiques qui amélioreront le bien-être économique et social partout dans le monde », a pris position en faveur de la réforme en demandant au gouvernement de ne pas reculer. L'OBS a fait venir un économiste qui explique la non urgence de la réforme.

« Ce qui est certain, c’est que les marchés financiers s’attendaient à ce que la réforme ait lieu. Juste avant que le gouvernement décide de passer en force, l’idée était que l’absence de réforme aurait posé des questions sur toutes les mesures sociales généreuses prises par la France depuis le Covid, puis la guerre en Ukraine, notamment toutes les mesures d’aides, certaines moins bien ciblées que d’autres. La réforme des retraites était vue comme une assurance sur le sérieux des dépenses de l’Etat : elle permettrait d’économiser de 10 à 14 milliards d’euros de dépenses publiques par an, et cela faisait passer l’ampleur des déficits budgétaires des dernières années, ainsi que ceux encore prévus dans les deux années à venir. J’estime que ce déficit restera supérieur à 5 % du PIB en 2023 et en 2024 ».

Un peu partout c'est le bricolage qui prévaut :

« Conjoncturellement, l’Italie a par exemple préféré distribuer moins d’aides aux ménages face à la crise énergétique. Structurellement, la réforme des retraites en Espagne s’accompagne d’une augmentation des cotisations pour les plus riches. Aujourd’hui, les investisseurs internationaux essaient de comprendre les subtilités du 49.3 et les risques de blocage du pays par les grèves ou une impasse gouvernementale ».

La question posée publiquement est restée « tout ou rien », « noir ou blanc », « touche pas à ma réforme » contre « touche pas à mes avantages », « l'espérance de vie progresse » contre « après 50 ans certains sont au chômage définitif » . Face aux peu crédibles mensonges du gouvernement, il faut concéder aux contestataires immobilistes que même repousser l'âge de départ à la retraite n'est pas une solution. Quand l’Italie a relevé son âge de départ à 67 ans en 2011, cela n’a pas suffi à éviter le choc financier. Le projet de Macron présenté comme souci de justice sociale est vite apparu, malgré tout le blabla pédagogique de ses exécutants comme une loi pour rassurer les milieux financiers.

Mais une fois qu'on a revérifié que l'Etat capitaliste pompe dans tous les secteurs, et maintenant sur celui des retraites, on fait quoi ? On se fixe le but d'empêcher les capitalistes de s'enrichir ? Voire de limiter leur enrichissement, avec la reprise par Macron de la proposition mélenchonesque de limiter les super-profits par l'intéressement ou l'octroi de primes aux employés ? Laurent Berger lui avait parlé le matin face à Appoline de « répartition des richesses dans l'entreprise ».

C'est le CCI qui répond le plus clairement aux raisons de cette attaque brutale : le système est en crise permanente. La logique de gestion du capital n'a plus assez de débouchés à la production capitaliste6. Ses articles ont expliqué pourquoi cette attaque était « nécessaire » pour la bourgeoisie (et non pas un simple complot pour revaloriser gauche et syndicats), qu'elle avait pris du retard par rapport aux autres pays ; enfin qu'il lui faut intensifier l'exploitation de la force de travail pour RENFORCER L'ECONOMIE DE GUERRE.

Toutes les oppositions des droite et gauche bourgeoises à Macron demeurent dans un présent borné, immobilistes, comme le leur a bien dit E.Philippe. Le CCI est d'ailleurs le seul avec la bourgeoisie à parler du futur en fonction du présent – la bourgeoisie pour planifier sa longévité, et eux pour aider la classe ouvrière « à retrouver son identité de classe... quand les rues se rempliront de milliers de manifestants » ! Ce qui est mal barré avec la tournure « gilet-jaune » plaquée sur l'indignation ouvrière !

LE RETOUR DU POUJADISME CITOYEN

« Les gens manifestent en tant que citoyens » (BFM ce jour)

« La question sociale est désormais totalement imbriquée avec la question démocratique » Clémentine Autain (ce jour à BFM)

En quelque sorte, se répartissant la tâche, pôle syndical et pôle mélenchonesque se relaient pour liquider le mouvement d'indignation en « révolte citoyenne ». L'usage du 49.3 a été pain béni pour dissoudre toute identité de classe, et supplanter le mot peuple à celui de classe ouvrière avec des représentants ésotériques et folkloriques comme Sardine Ruisseau, l'apologiste des femmes voilées, Ruffin belles oreilles, plouc d'Amiens et Caron, le défenseur des insectes et de la viande de gazon, avec son brushing de vieux gauchiste monté sur un perchoir.

Le déroulement et la gestion des grèves restant dans le brouillard des réunions en catimini des généraux syndicaux (et réservé à la démoralisation de ceux qui y auront perdu une bonne partie de leur salaire pour des défilés inutiles), tout le monde s'est rabattu sur la programmation des manifs, plus ou moins rapprochées. Une manif il lui faut un contenu et une perspective, sinon elle ne peut pas marcher. Retour à la retraite à 60 ans ou non à celle à 64, ça va un temps, c'est immobile. On n'allait pas, même un jouir de bamboche à Mélenchon crier « A bas l'Etat », ce qui est bon pour les anarchistes pyromanes, ou « Macron démission », sachant que Hitler femme parviendrait alors au pouvoir. Alors on a inventé le combat pour la démocratie. Certes on n'est pas en Corée du nord ou chez les nazislamistes en Iran, mais c'est la HAINE contre l'empereur qui exige qu'on meure presque pour une vraie démocratie ou pour le rétablissement d'une démocratie nouvelle, par ex une sixième. Macron ne veut pas dissoudre, tiens on va te lui coller un référendum.

Or ces trois éléments qui marquent le terme, regain ou baroud comme vous voudrez, d'un mouvement en queue de poisson – violence de rue, démocratie, référendum – étaient les trois exigences du mouvement petit bourgeois dit des gilets jaunes.

Il faut le constater, les traditionnelles planifications d'enterrements syndicaux, et sans risquer la cata d'une rupture d'union (impossible au niveau national d'indignation) sauf à voir des milliers de cartes déchirées, les cliques de la bourgeoisie, celles qui prétendent légiférer et décider au nom et à la place des travailleurs, n'ont rien trouvé de mieux, sans doute à cause des comparaisons et péroraisons des journalistes, de se calquer sur les méthodes gilets jaunes.

J'ai écrit une dizaine d'articles sur ce mouvement, levant même mon chapeau au CCI qui avait compris avant moi la nature petite bourgeoise de ces automobilistes en colère, et je peux citer ce qui suit en résumé de cet épisode, et rédigé alors :

« L'essentiel de la noyade politique du mouvement « contestataire » gilets jaunes incapable en définitive de mettre en cause le capitalisme et de se rallier à la seule classe dangereuse, la classe ouvrière, était déjà orchestrée depuis plusieurs jours sous couvert de la catégorie « jeunes » avec leur embrigadement derrière la protestation écologique soft et infantile. On les avait fait défiler par milliers la veille avec un slogan emprunté aux gilets jaunes « fin du monde et fin de mois difficiles ». La presse se félicitait, tout en exhibant prioritairement les poignées d'individus dispersés sur les Champs et en train de casser, en commentant sans cesse le fait « indéniable » que les « plus pacifiques des gilets jaunes » se soient rendus à la « Marche pour le climat ».

A côté de leurs violences spectaculaires, et ils n'avaient pas eu d'ordures à brûler, mais quelques voitures à renverser et effectué une marche à l'Elysée qui reste encore à nos yeux surréaliste. C'est la pétition « démocratique » mais poujadiste de Priscillia Ludosky, qui avait eu le plus de succès. Je lui avais d'ailleurs écrit une lettre ouverte me moquant de cette démarche démagogique avec le RIC, qui reste un de mes articles des plus lus (par des milliers de personnes). J'y revenais en avril 2020, sans tendresse :

« En décembre 2018, Priscillia Ludowski, Sainte Jeanne des vestes jaunes, avait pétitionné pour une baisse du prix de l'essence, le Président lui avait répondu en personne qu'il n'en serait rien7. La pétition avait reçu 1,2 million de signatures. Missionnaire de la charité écologique poujadiste et de la farce démocratique pour incultes, la petite Priscilla repointe le bout de son nez, espérant encore se faire remarquer, avec en arrière plan une bonification pour sa carrière personnelle soit dans l'industrie, soit en politique. L'en-tête de la pétition a étrangement conservé l'intitulé de l'année de gloire des vestes jaunes : « Pour une baisse des prix du carburant à la pompe », alors que le sujet est carrément hors sujet, vu que le coronavirus, sur ce plan, n'a pas eu besoin depuis début mars de la moindre insurrection en veste jaune pour baisser comme jamais. La pétition ne porte pas de titre, parce qu'elle est confuse, prétentieuse et bourrée de clichés des politiciens écologiques, enfin complètement servile et veule à l'égard des gouvernements existant. Macron sera-t-il encore sensible au clin d'oeil ? »8.



Priscillia tient désormais un petit commerce en province, écolo et bobo, fait partie d'assocs de charité citoyenne, et son seul engagement politique connu avait été son appel à voter Mélenchon. Pas de quoi fouetter un chat.


DES SIMILITUDES CRIANTES... AVEC CETTE HISTOIRE QUI SE REPETE DEUX FOIS !

On est en 2018...

« Paris, 15 h 20 — Il y a tellement de monde à la marche du siècle que la manifestation peine à quitter la place de l’Opéra vers le boulevard des Italiens. Tout est plein, plein, plein, y compris les trottoirs. Il y a un mélange de Gilets jaunes, de pancartes sur le climat, et des drapeaux des Coquelicots, Sud-Solidaires, Attac, la CGT, la France insoumise, EELV. Agir pour l’environnement distribue des pancartes aux manifestants, Oxfam maquille les gens qui le veulent, les paysans de la Confédération paysanne sont là. On ne peut dire encore combien de monde est là, mais certainement plus que prévu. C’est impressionnant.

La nature et la force d'un mouvement ne dépendent pas pour l'essentiel du nombre de ses participants. Depuis trois mois, l'Etat bourgeois - qui a a réagi si violemment, dont la répression a été particulièrement cruelle et perverse (yeux crevés) - n'a cessé d'exhiber des nombres en décroissance. En réalité, malgré la tricherie habituelle du pouvoir, ils étaient fluctuants et le nombre des manifestants en gilets jaunes était secondaire en regard de leur popularité.

Dans sa réponse à l'entrepreneuse Priscilla, Macron qui avait inséminé l'idée de favoriser la création d'un parti jaune, se montre partisan du RIC, supercherie qui implique l'apparition d'un parti jaune. Ses services avaient déjà perçu l'intérêt de cette farce référendaire. Le Figaro rapporte le 19 décembre l'enthousiasme qui s'est emparé des proches collaborateurs du président quand ils ont vu la corde que plusieurs « gilets jaunes libres » tendaient pour se faire pendre en parti « indépendant »: « Tout le monde a le droit d'être candidat, ça s'appelle la démocratie », dirent cœur sur la main les affidés du monarque élyséen.

La « république en marche » n'avait pas hésité à commanditer un sondage à l'institut Ipsos et à le faire volontairement fuiter dans le Journal du Dimanche . Le parti du pouvoir renouvelle encore un sondage de la même manière pour le RIC; les sondages ont du bon parfois et reflète une opinion "de classe", un sondage ifop de novembre indiquait que 62% des français estimait le pouvoir d'achat plus important que la transition énergétique9.

LA FABLE DU RIC

« Les gilets jaunes verront très vite qu'après la comédie des miettes, la fable du RIC n'est qu'une voie de garage politicienne, simili débat centralisé et orchestré par l'Elysée et tous ces prescripteurs de sacrifice écologique la bande des godillots stupides dont on ne veut plus voir la tronche.   

En vérité ce soudain amour pour le RIC n'est qu'un travestissement de ce qui a été la force initiale du mouvement, le refus de déléguer par peur de ne plus contrôler, et aussi cette autre explication : le fouillis des revendications de couches différentes, la petite bourgeoisie avec sa guerre aux taxes faisant passer au second plan les revendications économiques des ouvriers paupérisés.

Comme le poujadisme des années 1950, le giletjaunisme n'a pas de programme. Il n'est qu'un émiettement de revendications décousues après avoir cumulé plusieurs types de réclamations, du référendum chimérique à l'abolition ou diminutions des taxes, puis à l'ajout de revendications pour « plus d'argent » . Il sera resté l'affaire sous-politique de nostalgiques d’un temps où les petits travailleurs indépendants étaient mieux reconnus que le prolétariat ou que les salariés d’un secteur tertiaire « moyen » en devenir »10.

LA GRANDE REVENDICATION DE TOUT CE BEAU MONDE : LE DROIT A LA LIBERTE DEMOCRATIQUE ?

« Quasiment la même revendication creuse d'une démocratie réelle dans le bateau capitaliste après le RIC-hochet de feu les gilets jaunes contre un gouvernement « liberticide ». Avec les mêmes arguties que les antivax le NPA réclame le « jouir sans entraves » avec la petite bourgeoisie commerçante et artistique : «  Avec le « pass vaccinal », la vaccination est maintenant obligatoire pour les loisirs, les restaurants et cafés, les transports interrégionaux… Un test négatif reste obligatoire pour l’accès aux établissements de santé, alors que ces tests restent non remboursés pour les non-vaccinéEs. Ces mesures isolent et discriminent celles et ceux qui ne se vaccinent pas, la plupart du temps en raison de difficultés d’accès ou par méfiance vis-à-vis des politiques de santé ».

Les divers mouvements de protestation de ces dernières années ont tous en commun une haine de l'Etat, ce qui ne serait pas grave en soi, ni révolutionnaire, mais en premier lieu haine pathologique de toute centralisation ; théorie mère du libertarisme individualiste qui régit désormais le monde entier, et pas seulement le bourbier des réseaux sociaux : je fais ce que je veux, comme je veux et personne n'a à me dicter ma conduite, je peux cracher, tuer, violer, égorger si je me prends pour Allah ou Napoléon, etc. La décomposition fantasmée par Houellebecq n'est plus du seul domaine de son imaginaire célinien, ni le seul credo d'un groupe politique tel le CCI.

Et surtout caca sur le gâteau, on réclame « la démocratie » ! A faire retourner dans sa tombe Christopher Lasch ! Les Gilets jaunes c'était déjà le même genre de litanie. Mes articles (une dizaine), qui en ont étudié les différentes étapes, étaient lus par 1000 à 4000 lecteurs. Je ne me fais qu'un reproche, celui d'avoir sous-estimé l'analyse du CCI qui expliquait le néant et le charivari impuissant des gilets jaunes comme une conséquence des défaites successives de la classe ouvrière. Je rejoins maintenant ce point de vue, mais indirectement : la situation de confusion est due au fait de l'absence du poids du prolétariat dans la période actuelle – en lien non avec l'échec cyclique d'une « généralisation des grèves » mais à une désagrégation de sa composition (voir à la fin) - laissant l'animation (si je puis dire) de la rue à une noria de couches petits bourgeoisies suivistes et inconsistantes et à diverses sectes fachos ou communautaristes mécontentes et sans projet d'avenir ».

VOULEZ-VOUS RIPER AVEC LE RIP ?


Voilà, sachant tout sur le RIC vous serez incollable sur le RIP ! En espérant que vous pétitionnerez pendant de longs mois ou que, se remémorant son attirance pour le RIC, l'empereur et ses affidés, s'emparent de la chose, en prenant par exemple Mélenchon non comme premier ministre mais comme bateleur de foire d'une consultation populaire, inodore et soluble dans la démocratie irremplaçable et inégalée.

M'étonnerait que le RIP ait plus de succès que le RIC, les prolétaires ne sont pas des cons.


A SIGNALER ici l'article le plus complet et pertinent rédigé en France sur la lutte contre la réforme, pas sur le site du CCI mais ...de LO: Réforme des retraites : vers un réveil de la combativité ouvrière ? | Le mensuel (lutte-ouvriere.org)


NOTES

1Journée anniversaire pour moi, 44 ans après. Le 23 mars 1979, un individu porteur d'un porte-voix était juché en haut d'un lampadaire face à l'Opéra pour faire une déclaration au nom du CCI aux ouvriers sidérurgiques venus manifester au même endroit, mais du fait d'une soudaine charge policière mettant en fuite à ses pieds des centaines d' « autonomes »... j'avais dû redescendre en vitesse de mon pylône pour mettre à l'abri le matériel et mon crâne. Un membre du SO CGT s'était collé à moi menaçant, je lui avais dit « vazy ! » mais il avait reculé sentant ma coquille de karaté.

2Echo du Figaro : « Plusieurs freins laissaient toutefois planer un doute sur une telle annonce. D'une part les cadres de la CGT seront la semaine prochaine réunis à Clermont-Ferrand pour leur 53ème congrès. D'autre part, cette dixième journée s'apparente à un pari risqué. «Faut-il prendre le risque de finir sur un sentiment d'essoufflement ? », se demande ainsi un militant.Néanmoins, par conviction ou par intérêt, plusieurs centrales justifiaient aussi la poursuite du mouvement par la colère accumulée. «Nous sommes le pôle stabilité », expliquait à l'avant du cortège Dominique Corona, de l'Unsa. «Si on dit demain aux gens de rentrer, ils ne rentreront pas », défend pour sa part Benoit Teste de la FSU. Quelques jours plus tôt, Laurent Berger était même allé plus loin en estimant que le pire serait que l'intersyndicale se retire et dise au gouvernement : «Débrouillez-vous avec cette colère ». Ce matin sur BFM : « On a toujours dit que la situation était explosive, on n'a pas été écouté et on ne maîtrise pas tout. Au moment où ça passe à la colère, c'est plus compliqué mais je condamne les violences ».

3Personne n'analyse vraiment les fluctuations de cette couche qui n'est pas vraiment une classe, qui marchande souvent pourtant ses services à la bourgeoisie ou qui est son délégué dans les situations à risques. Les écolos ont pris en otage Hollande pour bousiller le parc nucléaire français, comme Mélenchon sert d'épouvantail faire valoir de Macron, etc. LFI et NAP¨sont plutôt des partis petits bourgeois dans l'escarcelle de la bourgeoisie.

4Les images des télévisions sont strictement de la pure manipulation dans le cadrage, la façon de filmer, la fixation sur les CRS seulement dans leur situation de victimes, ou par ex, cette scène qui m'a choqué moi-même. Dans une rue envahie par des détritus enflammés, un bobo barbu avec catogan refuse d'obtempérer sur le trottoir à la demande d'un groupe de CRS qui restent courtois, il leur tient tête, ne bouge pas de son vélo. Je me disais « putain dans le temps il se serait pris un coup de matraque mérité ». Mais maintenant faut rien faire, le CRS de base doit se laisser cracher dessus et insulter des heures durant, sinon il risque sa place. Idem si tu cognes un type qui eut piquer ton portable, c'est toi qui va en GAV. Que la caméra de la TV ait filmé cela obéissait au même but que les gros plans sur les feux de poubelle géants, à destination de la majorité encore silencieuse.

5Comment résister aux attaques et développer le combat ? In Révolution Internationale n°496.

6Cf. Réforme des retraites : gouvernement et syndicats complices pour faire passer l'attaque. R.I. N°335, 2003.

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10Mardi 4 janvier 2022

POURQUOI CES CORTEGES INCESSANTS DE FOULES IMBECILES ?


avec mon ami Voltuan Pancarte janvier 2019