"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 14 septembre 2023

EN FINIR VAVEC LES FAUSSES CAUSES DES IMMIGRATIONS MASSIVES (2)



Comme souligné à la fin de la première partie, l'hypocrisie de l'aide au développement inventée par le principal impérialisme victorieux en 1945, a servi à prétexter que le développement industriel des colonies - qui allaient être raflées aux vielles puissances coloniales européennes - serait basé sur la création de démocraties alors que ce sont bien des dictatures étatiques qui ont postulées à ce développement, source de corruption dès le départ, non pour la concurrence face à l'impérialisme stalinien mais comme instrument de déstabilisation des concurrents, comme d'ailleurs la plupart des mafias de sauvetage des migrants aujourd'hui. L'
USAID est encore l'agence chargée de l'aide au développement de l' ex tiers monde. Cette agence est controversée en raison de sa participation à des actions de déstabilisation contre les gouvernements en mésentente avec le gouvernement américain. D'après la Banque mondiale, le taux de fuite moyen vers les paradis fiscaux est estimé à environ 7,5 % de l'aide.

Comme l'a écrit Alain Lipietz : « Les plus urbanisés des pays de l'OCDE ont toujours pu garder la maîtrise de la croissance de leurs centres urbains, et la création de villes satellites autour des plus gros centres n'y a joué qu'un rôle secondaire. Dans les années 1960, un certain nombre de pays du tiers monde entrèrent à leur tour dans un processus d'industrialisation voisin. Les plus connus sont appelés «nouveaux pays industrialisés» (NPI), mais le phénomène est en réalité assez étendu. Cette industrialisation fut, elle aussi, financée par des transferts de crédits et de technologie venus du fordisme central. Mais elle s'accompagna d'une formidable explosion urbaine, que ne semble pas devoir arrêter la crise actuelle de ce modèle d'industrialisation que j'ai appelé «fordisme périphérique». En vérité, ce que ne souligne pas Lipietz, membre de l'élite de la gauche bourgeoise, c'est que cette « explosion urbaine » (sans aucune limitation des naissances) a fait exploser un chômage endémique, poussant les millions de jeunes à fuir vers les zones de capitalisme « développé ». Par contre, Lipietz a raison de constater la prééminence américaine :

« Pour tous les pays où s'est imposée l'accumulation intensive avec consommation de masse, s'il faut parler d'impérialisme américain, alors c'est avant tout un impérialisme culturel, qui visait à imposer son modèle de développement et non à maintenir une situation de sous-développement ! Car, dans les années 1945-1960, l'importation de machines américaines, financée par les plans Marshall et MacArthur en Europe et au Japon, se combinait avec l'importation des normes fordistes de consommation, d'organisation du travail, de contractualisation syndicale ».

On trouve par ailleurs le même type de constat ;

 « Les réformes impliquées par la substitution aux importations, puis les difficultés de celles-ci amenaient les pouvoirs locaux à prendre des mesures «trop» radicales, éloignant dangereusement du modèle américain. C'est alors que le «gendarme » intervenait, surtout quand le risque d'une alliance soviétique se profilait derrière la radicalisation de la volonté d'indépendance. Dans certains cas cependant, les Etats-Unis sont intervenus d'emblée pour imposer le maintien pur et simple du «pillage» des matières premières : intervention à Saint-Domingue, chute de Mossadegh en Iran, etc. Mais l'attitude ultérieure des Etats-Unis à l'égard du shah Reza montra qu'en fait les Etats-Unis n'avaient pas d'hostilité de principe à un flux de capitaux vers les pays sous-développés, suscitant à la fois industrialisation et transformation des classes dominantes locales... pourvu que cela se fît en concordance et en liaison avec le modèle américain ».

De plus, pour leurs Etats mafieux l'ancien pillage colonial a été remplacé par un pillage plus sophistiqué basé sur le chantage aux aides financières, et ce trucage faisant croire à une continuité du libre-échangisme alors que toutes les opérations économiques et financières passaient par les nouveaux Etats régionaux issus des fausses libérations nationales, et inféodés au système financier drivé par la robuste Amérique.. .

Les migrations sauvages et massives ont recommencé dès la fin de la guerre, liées aux conséquences directes pour l'heure à la seconde boucherie capitaliste mondiale, mais très vite la complexité des motivations a retrouvé l'impulsion de fuite éperdue pendant les 50 années suivantes.  Chaque migrant a une histoire unique, une culture particulière.. Certains cherchent simplement à gagner assez d’argent pour s’assurer un avenir meilleur. D’autres fuient les persécutions des gangs, du crime organisé (Amérique du Sud) ou des fonctionnaires corrompus (pays de l'Est), fuir la faim (Afrique, Biafra...). Pour d’autres encore, l’insécurité, la guerre et la pauvreté sont tellement liées qu’il devient impossible de les distinguer. La faim va même de pair avec le massacre ignoble de femmes et d'enfants par les gangs narco-nazis.

La première vérité de la fumiste « aide au développement) : des pays périphériques criblés de dettes

Aujourd’hui, environ la moitié des Centraméricains – et même les deux tiers des populations rurales du Guatemala et du Honduras vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le profit de la drogue est corrélé aux Etats sous-développés, faiblement industrialisés ou basés sur le tourisme (Tunisie, mais aussi...Monaco). La violence barbare en Amérique du Sud ou chez les Etats musulmaniaques '(IRAN, Afghanistan Indonésie, etc.) pourrait apparaître comme causalité première des « fuites » massives...de main d'oeuvre exploitable et corvéable à merci :

« ...le Mexique, le Honduras, le Guatemala et le Salvador figurent parmi les pays les plus meurtriers du monde. De nombreux migrants d’Amérique centrale désespèrent d'échapper aux tueurs sanguinaires encagoulés (comme les assassins de daesch) et de trouver un emploi qui leur permette de subvenir aux besoins de leur famille. La loi américaine sur l’asile n’apporte aucune solution à ces « réfugiés économiques », en renforçant la fermeture des frontières quand le même gouvernement américain soutient les dictatures qui composent avec les mafias des tueurs narcotraficants. .Le Honduras le deuxième pays le plus violent, derrière le Salvador et devant le Venezuela. Deux facteurs intervenus dans les années 1990 expliquent ce phénomène : d'abord, l'arrivée de délinquants arrêtés aux Etats-Unis, originaires du Honduras et renvoyés chez eux. Ensuite, l'essor des narcotrafics dans le Triangle du nord, région devenue la zone de transit de la drogue produite notamment en Colombie et acheminée jusqu'en Amérique du Nord.

Le crime voisine aussi toujours avec l'endettement étatique. Les pays non pétroliers du tiers monde qui ne peuvent pas encore accéder à l'industrie pourraient acheter aux pays qui s'industrialisent, s'ils ne manquaient terriblement de moyens, depuis les chocs pétroliers. Faute d'une production industrielle, avec laquelle ils auraient pu fournir les nouveaux riches du pétrole, ils doivent vivre d'emprunts, mais leur crédit s'épuise. Les principaux crédits qu'ils obtiennent encore sont des crédits à l'importation, que les anciens pays industrialisés leur consentent à condition qu'ils se fournissent chez eux. On est passé du pillage au chantage de l'échange obligatoire. Et, ridiculisant le lamentable immigrationnisme gauchiste, c'est bien enfin surtout un pillage de main d'oeuvre et de cerveaux qui es dommageable pour les pays relégués désormais au « quart monde ».

LA FAIM RESTE LE PREMIER FACTEUR POUR MIGRER EN URGENCE

L'électeur lambda européen ne perçoit plus cet aspect, d'abord parce que dans l'Europe sans guerre directe depuis plus de 70 ans, la faim restait invisible, on pouvait donner une obole aux clochards ou se reposer sur les banques alimentaires. Voici pourtant que, ici aussi, une partie de la population comme de étudiants ne mangent plus à leur faim !

Le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde avait atteint 828 millions en 2021, soit une augmentation d’environ 46 millions depuis 2020 et de 150 millions depuis l’apparition de la pandémie de COVID-19, selon un rapport des Nations Unies fournissant de nouvelles données indiquant que le monde s’éloigne de son objectif d’éliminer la faim, l’insécurité alimentaire et la malnutrition sous toutes ses formes d’ici 2030.

Selon le SOFI, le rapport de la FAO (l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, c'étaient 735 millions de personnes qui souffraient de la faim à travers le monde en 2022. C’est une augmentation de 122 millions de personnes par rapport à 2019, avant la pandémie de Covid-19. 

La fin de la faim était la deuxième promesse des « Objectifs de Développement Durable (ODD) » que les Etats s’étaient d’atteindre d’ici 2030, or le monde s'enfonce dans la gabegie de la malnutrition. Reste la prétention affichée d'éliminer la faim pendant les huit ans à venir, l’insécurité alimentaire et toutes les formes de malnutrition.

En 2022, les chiffres de la faim étaient soit disant relativement stables mais la situation de la faim a montré des tendances opposées dans différentes régions du monde. L’Asie et l’Amérique latine ont vu une diminution de la faim, tandis qu’en Asie de l’Ouest, dans les Caraïbes et dans toutes les sous-régions d’Afrique, la faim a continué de progresser. L’Afrique est la région la plus affectée, où un cinquième de la population souffre de la faim.

En 2022, la faim avait touché 402 millions de personnes en Asie, 282 millions de personnes en Afrique et 43 millions de personnes en Amérique latine et dans les Caraïbes.

En France, cinq à sept millions de personnes ont eu recours à l’aide alimentaire en 2020, c’est près de 10% de la population Française selon le rapport « Etat de la pauvreté en France 2021 » du Secours Catholique. Du jamais-vu en période de paix en France. La crise sanitaire de coronavirus a rendu encore plus vulnérable les familles déjà fragiles, notamment les familles monoparentales.

Les demandeurs d’Asile sont également fortement touché. A Paris, on estime que 50% des demandeurs dépendent exclusivement de l’aide alimentaire et 33% d’entre eux sont en situation de faim sévère selon notre rapport conjoint avec plusieurs autres associations « Les oubliés du droit d’asile« . En 2022, les chocs économiques ont dépassé les conflits en tant que principal facteur d’insécurité alimentaire aiguë en termes de nombre de pays/territoires touchés. Cependant, les guerres demeurent le principal facteur pour un plus grand nombre de personnes.

 En 2022 encore, les guerres ont été la principale cause de la faim pour 117 millions de personnes réparties dans 19 pays². La plupart de ces pays sont en conflit ou souffrent encore des conséquences d’un conflit passé.

En 2022, la famine a touché sept pays en situation de conflit prolongé ou d’insécurité² : la Somalie, l’AfghanistanHaïti, le Burkina Faso, le Soudan du Sud, le Nigéria et le Yémen. Ces zones sont en conflit et les populations vivaient déjà une situation alimentaire difficile avant le début de la crise sanitaire. Ces zones sont souvent difficiles d’accès pour les assocs de l’humanitaire à cause des contraintes administratives et sécuritaires, ou encore avec le chantage de l'odieux nationalisme comme celui du Maroc.

LA FAIM COMME ARME DE GUERRE

Aujourd’hui, dans de nombreux pays la faim est utilisée comme une arme de guerre. Affamer les populations, empoisonner des puits, brûler des champs, ces pratiques sont aujourd’hui des tactiques très utilisées pour asservir les populations.

La guerre en Ukraine, qui implique deux des plus grands producteurs mondiaux de céréales de base, d’oléagineux et d’engrais, perturbe les chaînes d’approvisionnement internationales et fait grimper les prix des céréales, des engrais, de l’énergie, ainsi que des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi destinés aux enfants souffrant de malnutrition grave. Cette situation survient alors que les chaînes d’approvisionnement subissent déjà les effets néfastes d’événements climatiques extrêmes de plus en plus fréquents, en particulier dans les pays à faible revenu, entraînant des conséquences potentiellement inquiétantes pour la sécurité alimentaire et la nutrition dans le monde.


FIN DU TIERS MONDE et relégation d'une partie de l'humanité en « quart monde » ?

Les économies du Tiers Monde ne sont plus des économies sous- développées en soi, mais des économies capitalistes périphériques. Certes, tous les pays du tiers monde, et notamment l'Afrique sub-saharienne, ne font pas encore preuve d'une grande aptitude à l'industrialisation. Mais ce n'est pas le cas de centaines de millions d'hommes d'Amérique latine et du Sud-Est asiatique : leur participation au développement industriel est freinée non par leur incapacité à croître davantage, mais par la réticence des principaux impérialismes à laisser jouer pleinement la concurrence.

On se souvient de ces journalistes, économistes mais aussi politologues, principalement nord-américains et européens, qui vantèrent vanter les expériences des pays asiatiques en voie d’industrialisation rapide comme modèles d’économies nouvellement insérées dans le marché mondial grâce à leur libéralisme et à leur ouverture sans entrave au commerce international et aux investissements étrangers. Les vagues successives d’industrialisation rapide en Asie orientale à partir des années 1960-70 ont fait voler en éclat la dichotomie Nord-Sud et la notion même de "Tiers Monde". Après celle du Japon, l’expérience des quatre dragons (Corée du Sud, Hong Kong, Singapour, Taïwan), jugée encore trop isolée et spécifique, s’est ensuite étendue à d’autres pays de la région (Indonésie, Malaisie, Thaïlande, plus faiblement aux Philippines) avant de s’élargir à la Chine, au Vietnam et plus récemment à l’Inde, c’est-à-dire, pour la première fois dans l’histoire, à la majorité - en poids démographique - de la population du Sud (Godement, 1993 ; Radelet, 1997).

Les dérives des "miracles asiatiques" révélées par la crise financière asiatique de 1997-98. Cette crise a mis en cause les capacités réelles de rattrapage total des États-développeurs, et a mis à l’épreuve leurs aptitudes éventuelles à se redéployer vers des modes plus soutenables d’inquiétude à l’égard de la croissance de la Chine, et dans une moindre mesure de l’Inde, phénomène de développement qui enterre définitivement la notion de Tiers Monde, et semble fortement lié - surtout dans le cas de la Chine - à une insertion rapide dans la mondialisation des marchés, via non pas à un nouveau libéralisme mais au rôle prédominant de l'Etat1. L'Etat capitaliste de la décadence n'est pas simplement l'agent qui gère les projets économiques de la bourgeoisie mondiale (divers petits Etats appendices des impérialismes dominants) ou qui gère des firmes multinationales. Dans un certain nombre de cas, l'Etat apparaît comme une force capable d'orienter les choix économiques et sociétaux, dans certains pays secondaires comme l'Algérie ou l'Egypte.

En 2005, c'est Marcel, encore membre du CCI, qui dévoile la mystification des dragons sensés donner un coup de jeune au capitalisme :

« Le capitalisme a achevé son rôle progressif notamment au travers de la fin du développement d'une des principales forces productives : la force de travail. La petite poussée d'industrialisation qu'a connu le « tiers-monde » au cours d'une période à cheval entre les années 1960-70, vigoureuse en terme de taux de croissance n'a en rien infléchi les grandes évolutions rappelées ci-dessus. Elle fut limitée dans le temps et l'es­pace, dépendante et fonction du mode d'ac­cumulation dans les pays dévelop­pés, et fi­nalement très coûteuse et per­nicieuse pour le « tiers-monde ». Mis à part quelques ex­ceptions, localisées pour l'essentiel dans le Sud-est asiatique, tous les essais de consti­tution d'une véritable assise industrielle per­formante ont échoué. Et pour cause, les puissances industrielles en place ne pou­vaient permettre la généralisation d'un pôle concurrent. (

  Seuls les impératifs de la guerre froide ont poussé les Etats-Unis à soutenir la Corée du Sud à bout de bras. Contrairement aux stupides asser­tions sur le formidable auto-développement du Sud-est asiatique, la croissance des qua­tre « dragons » est le pur produit d'une vo­lonté américaine dans le contexte exacer­bé de la guerre froide. Il n'y a guère de doute que sans l'aide massive apportée par les Etats-Unis dès le début et pendant de lon­gues années, ces pays, et particulière­ment la Corée du Sud et Taiwan, n'auraient pas pu survivre en tant qu'Etats nationaux :

Mais les Etats-Unis ne se sont pas bornés à fournir aide et soutien militaires, aide fi­nancière et assistance technique ; ils ont en fait pris en charge dans les différents pays toute la direction de l'Etat et de l'économie. En l'absence de véritables bourgeoisies na­tionales, le seul corps social pouvant pren­dre la tête de l'entreprise de modernisation voulue par les Etats-Unis était représenté par les armées. Un capitalisme d'Etat par­ti­culièrement efficace sera instauré dans cha­cun de ces pays. La croissance économique sera aiguillonnée par un système qui alliera étroitement le secteur public et privé, par une centralisation quasi militaire mais avec la sanction du marché. Contrairement à la variante est-européenne de capitalisme d'Etat qui engendrera des caricatures de dé­rives bureaucratiques, ces pays ont allié la centralisation et la puis­sance étatique avec la sanction de la loi de la valeur. De nom­breuses politiques inter­ventionnistes ont été mises en place : la formation de conglomé­rats industriels, le vote de lois de protection du marché intérieur, le contrôle commercial aux fron­tières, la mise en place d'une pla­nification tantôt impérative, tantôt incita­tive, une ges­tion étatique de l'attribution des crédits, une orientation des capitaux et ressources des différents pays vers les sec­teurs porteurs, l'octroi de licences exclusi­ves, de monopoles de gestion, etc. Ainsi en Corée du Sud, c'est grâce à la relation uni­que tissée avec les « chaebols » (équivalents des « zaibatsus » japonais), grands conglo­mérats industriels souvent fondés à l'initia­tive ou avec l'aide de l'Etat ([5]), que les pou­voirs publics sud-coréens ont orienté le dé­veloppement économique. A Taiwan, les entreprises pub­liques fournissaient 80 % de la production industrielle dans les années 1950... Voilà un taux qui n'a rien à envier aux ex-pays de l'Est ! Après une baisse dans les années 1960 cette proportion augmente à nouveau dans les années 1970 quand l'Etat prend en charge le programme d'édification d'industries lourdes.

Loin des grands poncifs de la propagande bourgeoise sur le dynamisme du capitalisme et sur « la possibilité pour de nouveaux ar­rivants sur le marché mondial de s'indus­trialiser et rivaliser avec les an­ciens », le développement du Sud-est asia­tique ne pro­cède d'aucun mystère. Le Japon et les quatre « dragons » étaient désignés par les Etats-Unis pour revitaliser l'Asie ori­entale et faire barrage contre les « ennemis » chinois et soviétique. Ces Etats militaires ou à parti unique ont joui dans l'après-seconde guerre mondiale d'un espace de respiration dont bien peu d'autres ont pu bénéficier. Cette « parenthèse développementiste » dans l'es­pace et dans le temps confirme au con­traire la thèse que toute la décadence du mode de production capitaliste est déter­minée par les conflits inter-impérialistes, par une lutte économique à mort sur un mar­ché mondial sursaturé et donc par le poids surdétermi­nant du militarisme et de l'économie de guerre.

 Il y a quelques an­nées, c'étaient les miracles allemand et ja­ponais ; ensuite, après l'effondrement du bloc de l'Est, ce fut les promesses de « lendemains qui chantent » grâce à l'ouver­ture de « nouveaux marchés » ; au­jourd'hui se sont les « dragons » qui sont à l'honneur. Mais les récentes et futures dif­ficultés dans la région montrent et mon­treront à la classe ouvrière que les petits empereurs sont éga­lement nus, déchirant un peu plus le voile que tend la bourgeoisie pour masquer la faillite du mode de produc­tion capitaliste ».

UN PROBLEME COMPLEXE ET INSOLUBLE DANS LE CAPITALISME ACTUEL

Les pleurnicheries humanitaires servent à faire croire une solution possible aux mouvements migratoires décuplés pour toutes les raisons listées ici. En réalité il s'agit d'une course de vitesse dans une tension permanente qui, du point de vue capitaliste, ne peut être réglée que par une nouvelle boucherie mondiale des populations. En attendant on propose aux millions de migrants de jouer au loto qui comme chacun sait, permet de gagner...à une infime minorité de « chanceux ».

Il faut dire enfin en conclusion que l'intégration (sociale, politique et culturelle) de telles foules est impossible quoi qu'en disent les curés gauchistes, ces menteurs ! Tout en souhaitant que certains « s'en sortent » il faut surtout dénoncer la promesse fausse des bourgeois de prétendre à terme résoudre le problème, de l'endiguer ou de l'interrompre. PARCE QUE LE CAPITALISME EST IMPUISSANT A RESOUDRE SES PROPRES CONTRADICTIONS ! Il veut surtout culpabiliser le prolétariat des pays avantagés de son système, quoique les prolétaires là aussi soient à leur tour menacés par cette maladie du Moyen âge qu'on croyait disparue : la faim.

Il faut surtout proclamer et s'efforcer de le démontrer que SEULE UNE REORGANISATION TOTALE DE LA SOCIETE MONDIALE sera la solution : stopper les flux de populations affamées, leur donner les moyens de revivre sur place, après avoir fait cesser les guerres par une révolution à vocation internationale, repenser les politiques agricoles, permettre aux produits du tiers et du quart monde d'être échangés au prix leur valeur réelle, donner une occupation aux millions de jeunes inoccupés et désemparés, enfin repenser les besoins de la période de transition comme l'a écrit fort justement Marcel de Controverses !

Même si vous pensez que c'est encore de l'utopie, VIVE L'UTOPIE !

1« Le rôle de l'Etat a été décisif au moment du déclenchement de l'accumulation interne du capital. Dans d'autres pays, possédant déjà une tradition industrielle, l'intervention étatique toujours présente a été cruciale lors de l'entrée en crise de l'économie nationale, en particulier lorsque le modèle d'import- substitution a épuisé ses effets. Dans le cas de l'Espagne au début des années soixante, ou du Brésil autour des années soixante-dix, il est incontestable que l'Etat a permis le déblocage économique par un changement radical dans sa stratégie économique : libéralisation de l'économie, réforme du commerce et des paiements extérieurs, orientation massive et volontariste des investissements au profit des secteurs essentiels (énergie, transport, grandes unités pétro-chimiques, sidérurgiques et de l'électromécanique...), réorganisation des industries de biens de consommation pour favoriser leurs exportations ». Par ailleurs notre ami Marcel explique bien le rôle central de l'Etat, surtout l'américain, dans le rafistolage de l'économie mondiale en permanente perdition, ci-après.

 

EN FINIR AVEC LES FAUSSES CAUSES DES IMMIGRATIONS MASSIVES

 


ET POSER LA SEULE QUESTION VALABLE : Comment réorganiser un monde morcelé et détruit progressivement par le capitalisme ?


PREMIERE PARTIE

L’Europe est-elle en train de connaître la plus grande vague migratoire de son Histoire récente ?  Se demandent les médias. Ces jours-ci New York comme l'île de Lampedusa sonnent l'alerte. L'Allemagne ne veut plus de migrants transitant par l'Italie. La Suède paye les pots cassés d'une ouverture laxiste. En France invoquer une invasion des pays du Sud ne relève que de l'ordure de l'extrême droite. Il faut accueillir toute la misère des pays oubliés par la sardonique « aide au développement » de 1945 au milieu du repartage impérialiste du monde.

Cet article se propose d'en finir avec les jérémiades sur l'insuffisance d'aide aux migrants de plus en plus nombreux et désespérés qui croient à la possibilité d'échapper à la barbarie dans leur pays ou à une pauvreté sans fin. Le problème, fondamental, est écarté par la propagande massive de la bourgeoisie et de ses gauchistes : peut-on résoudre ce scandale par des mesures de charité chrétienne avec l'agitation des diverses mafias secouristes qui en font leur gagne-pain ou poser la question de la réorganisation du monde par des mesures vraiment communistes, après une révolution internationale mettant fin à un mode de production bordélique, inhumain réduisant des masses de population à la mendicité et à la mort ?

La bien-pensance industrielle et gauchiste agit comme des pompiers irresponsables qui, face à une inondation, veulent ouvrir des vannes d'eau supplémentaires, ou, lors d'une catastrophe naturelle crient aux gens de fuir dans tous les sens. Face à un monde capitaliste « qui fuit » de toutes parts, on tente de nous faire avaler des causalités plus ou moins fantaisistes, tel le réchauffement climatique, ou les guerres comme phénomènes lointains et étrangers au capitalisme, une natalité africaine exponentielle (ce qui est en partie vrai), l'exode rural, etc.

DU DEVELOPPEMENT INEGAL DU CAPITALISME...du XX ème au XXI ème siècle

Pourtant les causes sont bien les économies du capitalisme: 84% de l`économie mondiale est détenue par les G20 et les 16% sont réparties dans le 175 autres pays restant du monde. Malgré des progrès économiques réalisés dans toutes les régions du monde en 2016, les pays de l`Afrique Sud- saharienne et de l`Asie du Sud demeurent sous le seuil de la pauvreté. Mais ces causes économiques relevant du mode de production capitaliste injuste et inégalitaire sont atténuées et masquées par d'autres causes « naturelles ou « éducationnelles », enfin surtout par des considérations wokistes dominantes excluant toute compréhension marxiste, chapelet (très religieux et apolitique » : « Les causes politiques de l'explosion migratoire portent sur le manque de démocratie participative et d`inclusion des migrants aux processus de développement du pays d`accueil, le manque de volonté politique pour l`autonomisation des gouvernements locaux, les persécutions et l`absence d`institutions spécialisées pour lutter contre le racisme, la xénophobie et toutes les formes d`intolérance et protéger les migrants et les victimes de trafic » (wiki).

Cette misère ne serait due bien évidemment qu'aux dictatures : « Au forum de haut niveau de 2016, les chefs d`Etat et de Gouvernement ont confirmé dans leur déclaration du 19 Septembre que le nombre de migrants dépasse 244 millions en 2015. Les conséquences. Héritiers du capitalisme, beaucoup de gouvernements des pays en développement s`enrichissent au détriment des pauvres populations. La dictature, l`absence de la démocratie, la pauvreté, le chômage et la malnutrition deviennent le vécu quotidien des populations. Les conflits, les guerres, les soulèvements populaires, les coups d`Etat, le terrorisme, les conséquences du changement climatique, le manque du civisme, l`intolérance, le racisme, la xénophobie, l`esclavage moderne : le trafic humain et commercial, le mariage forcé, le travail des enfants, l`esclavage sous contrat etc en sont ses manifestations. C`est au regard de toutes ces formes d`aliénation et de privation de liberté de l`individu que les Nations Unies se sont retrouvées il y a de cela quelques décennies en Assemblée générale pour se pencher sur les droits de l`homme. Ce fut la déclaration universelle des droits de l`homme en 1948, suivi des conventions relatives au statut des réfugiés en 1951 et son protocole en 1967, aux droits de tous les travailleurs migrants et les membres de leur famille (1990) et la convention sur toutes les formes de discrimination raciale en 1965 ».

LES OBJECTIFS DE « DEVELOPPEMENT DURABLE » sont une pure vision de l'esprit charitable :

« La déclaration politique des chefs d`Etat et de Gouvernement à New York le 22 Septembre 2011 en faveur de la lutte contre l`exclusion, le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et toutes les formes contemporaines d`esclavage est restée lettre morte dans plusieurs pays. La non domestication de ces conventions et ces déclarations des Nations Unies fait que la migration intracontinentale, extracontinentale et l`exode rurale sont devenues aujourd`hui pour les jeunes un moyen de se sauver de la pauvreté. Ainsi, des villages se vident de leur jeunes, en faveur des villes dont la statistique devient de plus en plus lourdes engendrant d`autres problèmes de survie et d`infrastructures socio-économiques et des conséquences imprévisibles pour les nations. La migration intracontinentale est aussi accentuée dans le monde et particulièrement en Afrique. On peut dénombrer plus de 1000000 de Togolais au Nigéria et plus de 15000 Nigérian, sans compter les autres nationalités, au Togo. Le même phénomène est observé partout dans les pays du monde. Selon le rapport 2016 de l`UNICEF, Les enfants migrants représentent une forte proportion de tous les enfants d’Océanie. Six enfants de la région sur 100 sont des migrants. Les 670 000 enfants migrants vivant en Océanie représentent 2 % de tous les enfants migrants du monde. Les enfants représentent une proportion relativement faible de la population migrante en Océanie, constituant à peine 8 % du total. Entre 1990 et 2015, le nombre total d’enfants migrants en Océanie est passé de 430 000 à 670 000, mais la migration en général a augmenté plus rapidement, ce qui signifie que la proportion d’enfants par rapport à la population migrante est plus faible qu’il y a 25 ans. À peine plus de 48 000 réfugiés vivent en Océanie. Malgré l’absence de données ventilées sur le nombre d’enfants réfugiés en Océanie, ceux qui y cherchent asile courent de graves dangers dans leur quête de rives plus sûres, selon des rapports récents. Environ la moitié des réfugiés africains sont des enfants, soit près de 3 millions d’enfants qui ont été forcés de quitter leur pays et sont confrontés aux réalités les plus dures. L’Afrique a l’un des taux de migration d’enfants les plus faibles, car à peine un enfant africain sur 90 vit hors de son pays de naissance. Un migrant sur dix en Amérique est un enfant, mais cette moyenne masque deux réalités distinctes : les enfants constituent une proportion relativement faible des migrants vivant en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et dans les Antilles (8 %, 15% et 15 %, respectivement), et les enfants représentent 43 % de tous les migrants vivant en Amérique. En raison de son poids démographique, l’Asie compte le plus grand nombre absolu d’enfants migrants dans le monde. Cependant, la proportion d’enfants asiatiques qui migrent est relativement modeste : seul un enfant asiatique sur 110 vit hors de son pays de naissance. Les 5,4 millions d’enfants migrants en Europe ne représentent que 7 % de tous les migrants dans la région. C’est la proportion la plus faible d’enfants par rapport à la population migrante totale de toutes les régions. Environ un enfant migrant sur six vit en Europe. La migration extracontinentale devient plus récurrente vers l`Europe, vers l`Asie, vers l’Australie et vers l`Amérique. Des conséquences regrettables découlent de ces migrations internationales surtout vers la cote de l`Espagne et de l`Italie en Europe, avec des milliers de perte de vie humaine, en passant par le Maroc et la cote Libyenne avec de nouvelles formes d`esclavage. Des réfugiés se multiplient dans le monde avec une assistance humanitaire qui devient plus complexe pour les pays d`accueil, de transit ou d`origine et pour la communauté internationale. Les remèdes Pour résoudre les problèmes migratoires forcés et massif il faut adopter des mesures appropriées. C`est dans ce cadre que les Objectifs du Développement Durable (ODD) sont adoptés par les leaders mondiaux en 2015. Ces ODD disent que « personne ne sera laissé pour compte ». Le 1er objectif est la lutte contre la pauvreté sous toutes ses formes et partout. Le 2 ème est de mettre fin à la faim partout. En 2016, les rapports volontaires nationaux sur les ODD, présentés par 22 pays à l`ONU à New York, montre que 2 pays sur les 22 (la Finlande et l`Uganda) ont bien compris les ODD et les processus de leur implémentation. En 2017, sur 43 rapports volontaires nationaux, 10 sont déclarés « ouverts », 12 « semi-ouverts » et les 21 autres déclarés « obstrués » Le Secrétaire Général de l`ONU Mr Antonio Guterres a relevé, dans le rapport d`ODD 2017, des lacunes comme : la lenteur dans la mise en œuvre des ODD, le manque de volonté politique des pays et le problème de financement. L`implémentation holistique des ODD à tous les niveaux, du local au global, est un atout considérable pour limiter les flux migratoires massifs dans le monde. La coopération Gouvernements-société civile s`impose pour contrôler la migration internationale et limiter la criminalité transfrontalière, démasquer les criminels, lutter contre le trafic humain et celui commercial et assister les victimes de trafic et les migrants vulnérables. Il s`agit de créer des opportunités d`emploi aux jeunes, sans discrimination, lutter contre la discrimination liée au genre, au statut migratoire, promouvoir la paix, une société inclusive, promouvoir l`accès à la justice pour tous avec la création d`Institutions à tous les niveaux, promouvoir une politique de répartition égalitaire des ressources et promouvoir des programmes d`assistance aux migrants vulnérables avec une révolution des données et de leurs identités. Le partenariat mondial doit viser la lutte contre la pauvreté sous toutes ses formes et partout, éliminer la faim et la malnutrition, prévenir des catastrophes naturels, réduire les inégalités à l`intérieur des nations et entre les nations et combattre le changement climatique. Le Plan Marshall et le Compact with Africa de l`Allemagne et l`Union Européenne peuvent résoudre durablement le problème migratoire avec le développement de programmes d`inclusion, de protection et d`assistance aux groupes vulnérables et des migrants. De plus, les Investissements dans les infrastructures porteurs d`emplois décents peuvent bloquer les migrations internationales. Il faut alors que les gouvernements prennent leur responsabilité pour accélérer l`implémentation et la concrétisation des ODD dans les communautés locales avec une éducation de jeunes sur les ODD, la lutte contre le racisme et la xénophobie et la domestication des conventions internationales.

L'hypocrisie des gestionnaires du capitalisme décadent et en décomposition, n'a pas de limites !

Ce n'est pas enfin de crise migratoire dont on nous rebat les oreilles mais de la désorganisation et impuissance des gestionnaires capitalistes, comme le démontre Stephen Smith :

« Pression démographique et lutte des générations

Stephen Smith analyse tout d’abord, d’un point de vue historique – de la « rencontre coloniale » (traites et colonisation) aux indépendances –, ce qu’il considère comme l’exception démographique africaine. En effet, alors que l’Europe est confrontée au vieillissement global de sa population, celle de l’Afrique a quadruplé depuis 1960. Smith estime donc qu’en 2100, 40 % de la population mondiale sera africaine. Face à cette situation démographique et aux divers problèmes sociaux qui y sont associés (surpopulation, urbanisation sauvage, exode rurale, risques sanitaires), le « modèle chinois » reposant sur la révolution verte et la politique de l’enfant unique pourrait s’appliquer dans le but de réduire la « pression démographique ». Cependant, Stephen Smith craint que les dirigeants des pays africains aient d’ores et déjà failli dans la régulation de la forte densité et la prévention de ses risques.

Le spécialiste de l’Afrique présente ensuite l’hypothèse selon laquelle l’instabilité chronique que connaissent plusieurs pays du continent s’expliquerait par le décalage entre les espérances pour l’avenir des jeunes africains et les perspectives réellement proposées. Ces derniers ont en fait le sentiment d’être condamnés à n’être que des « cadets » demeurant de plus en plus tardivement sous la dépendance des « aînés ». Le fossé entre les générations grandit   . La fracture qui s’opère met en péril la division sociale du travail et rend alors difficile voire insoluble l’autosuffisance alimentaire (diminution ou absence d’exploitation et de productivité)   . D’autres jeunes, dans l’espoir de voir leur condition de vie s’améliorer, se décident à quitter ce « pays imaginaire » qui leur a tout de même permis de projeter leurs désirs et d’alimenter leurs rêves, pour un autre monde bien réel.

Continent en crise et flux migratoires

Stephen Smith reconnaît que la société africaine est en crise. Cette situation, même si Smith explique que la « ruée collective vers la porte n’est pas forcément la solution »   , peut expliquer la fuite des jeunes africains vers l’Europe. Pour autant, l’auteur s’attache à (re)contextualiser la situation économique « sous-développée » de l’Afrique et sa position sur l’échiquier mondial. Il souhaite déconstruire une vision « sur-fantasmée » de ce continent et de ses habitants, fondée sur des stéréotypes datant du passé colonial. L’Afrique « n’est pas "arriérée", elle est ailleurs »   . Pour ce faire, l’auteur tente de vulgariser son propos. Il multiplie les références filmographiques « grand public » - Out of Africa (1985) et White material (2010) - et les clins d’œil humoristiques. Ainsi, pour résumer, il explique que « structurellement, le portrait de l’Afrique se dessine en cinquante nuances de gris »   .

Dans les deux dernières parties de sa démonstration – « Un départ en cascade » et « L’Europe, entre destination et destin » – Stephen Smith aborde les différents types de flux migratoires en particulier d’un pays du Sud vers un pays du Nord. Il décrit la trajectoire des migrants en s’attardant sur « l’épreuve » qu’elle représente en termes de sacrifices, d’investissements ou de dangers et sur la manière dont ces derniers sont perçus et traités par leurs « hôtes ». À travers cette analyse, l’auteur démontre que le choix de la destination ne se fait plus de manière automatique, en lien avec l’instauration des diasporas ou l’histoire coloniale du pays d’origine des migrants. Il repose désormais davantage sur une logique d’opportunités. Dans ce contexte, Stephen Smith invite le lecteur à s’interroger sur la pertinence de l’utilisation des notions d’État, de frontière ou encore de nationalité.

Dans la conclusion, Stephen Smith élabore cinq « scénarios d’avenir » de la situation dont il évalue la probabilité et les conséquences. Dans le premier scénario qu’il nomme « l’Eurafrique », le modèle social ne consisterait plus à réduire et empêcher en permanence les flux migratoires mais à les prendre en compte dans une gestion politique rationnelle. À l’inverse, dans le second scénario, « l’Europe forteresse » les frontières seraient fermées et les flux migratoires extrêmement contrôlés notamment par des modalités de droit d’asile strictes. Dans le troisième scénario envisagé par Smith, « La dérive mafieuse », les flux migratoires, comme au temps des traites, feraient l’objet de trafics sous le contrôle de passeurs. Dans le quatrième scénario, un « retour au protectorat » qui permettrait de « couper le mal à sa source » est envisagé. Une coopération entre les dirigeants européens et africains moyennant contrepartie financière permettrait d’endiguer l’afflux de migrants. Le dernier scénario consisterait à mélanger savamment les quatre autres précédemment évoqués pour mener ce qu’appelle l’auteur une « politique de bric et de broc ».

Stephen Smith traite dans cet ouvrage, avec audace et de manière frontale, un phénomène qualifié hâtivement par les mass medias et les commentateurs politiques de « crise » des migrants ou des réfugiés. Avec la multiplication de faits divers, la Méditerranée est devenue « la focale médiatique d’un "jeu de guerre" […] entre migrants, trafiquants, la police des frontières et des humanitaires sans frontières »   . L’auteur, déplorant une instrumentalisation de la situation à des fins politiques plutôt que la mise en place d’une action européenne d’envergure, a souhaité nous éclairer sur un sujet complexe. En déconstruisant de nombreuses idées reçues, Stephen Smith permet aux lecteurs de mieux saisir l’un des enjeux sociétaux majeurs de ce siècle.

Dans notre deuxième partie, on examinera comment cette explosion migratoire n'est d'abord que l'aboutissement de la prétendue époque de « reconstruction » suivant la deuxième boucherie mondiale, suivie par la fable de la fin du tiers monde avec les pays émergents, en vue de la seule solution possible pour le capitalisme mondialisé et de plus en plus...militarisé pour éliminer les surplus de population : un nouveau massacre mondial !


Il faudra débuter par la fable de « l'aide au développement » :

« L'aide au développement trouve son origine dans le discours sur l'état de l'Union du président des États-Unis Harry Truman le 20 janvier 1949 :

Nous devons nous lancer dans un nouveau programme de construction pour mettre les bénéfices de nos avancées scientifiques et de nos progrès industriels au service de l'amélioration et de la croissance des régions sous-développées.

Plus de la moitié des habitants de la planète vivent dans des conditions proches de la misère. Leur nourriture est insuffisante. Ils sont victimes de maladies. Leur vie économique est primitive et stagnante. Leur pauvreté est un handicap et une menace tant pour eux que pour les régions plus prospères.

Pour la première fois dans l'histoire, l'humanité possède les connaissances et les compétences nécessaires pour soulager la souffrance de ces personnes.

Les États-Unis sont prééminents parmi les nations dans le développement des techniques industrielles et scientifiques. Les ressources matérielles que nous pouvons nous permettre d'utiliser pour aider d'autres peuples sont limitées. Mais nos ressources impondérables en connaissances techniques sont en constante augmentation et sont inépuisables.

Je crois que nous devrions mettre à la disposition des peuples épris de paix les avantages de notre réserve de connaissances techniques afin de les aider à réaliser leurs aspirations à une vie meilleure. Et, en coopération avec d'autres nations, nous devrions encourager les investissements de capitaux dans les domaines nécessitant un développement.

Notre but devrait être d'aider les peuples libres du monde, par leurs propres efforts, à produire plus de nourriture, plus de vêtements, plus de matériaux pour le logement et plus de puissance mécanique pour alléger leurs fardeaux1.

 

L'aide au développement était aussi, dans l'esprit de l'administration Truman, et dans le contexte du début de la Guerre froide, un moyen de lutter contre l'influence du communisme. Un rapport du PNUD paru en 1994 souligne que « de fait, l’aide versée par les États-Unis pendant les années 1980 est inversement proportionnelle au respect des droits de l’homme. Les donateurs multilatéraux ne semblent pas non plus encombrés de telles considérations. Ils semblent en effet préférer les régimes autoritaires, considérant sans ciller que ces régimes favorisent la stabilité politique et sont mieux à même de gérer l’économie. Lorsque le Bangladesh et les Philippines ont mis fin à la loi martiale, leur part respective dans l’ensemble des prêts de la Banque mondiale a diminué ».


à suivre vraiment...

lundi 4 septembre 2023

ABAYA RIEN A VOIR



Méluche et Sardine Ruisseau

« Il en résulte que les travailleurs sont refoulés du centre des villes vers la périphérie, que les logements ouvriers, et d’une façon générale les petits appartements, deviennent rares et chers et que souvent même ils sont introuvables. Car, dans ces conditions, l’industrie du bâtiment, pour qui les appartements à loyer élevé offrent à la spéculation un champ beaucoup plus vaste, ne construira jamais qu’exceptionnellement des logements ouvriers ». Engels

«... Quelques jeunes filles portant l’abaya, cette tenue traditionnelle couvrant le corps venue du Moyen-Orient ».(libé)

 "On n'appelait pas les flics, on allait directement déposer plainte à l'usine, et c'est elle qui s'en occupait".

 « La politique bonapartiste consistant à coaliser toutes les fractions de la bourgeoisie sous la tutelle du capital financier, c’est la classe ouvrière et ses fractions les plus précarisées qui seront déportées vers les périphéries des faubourgs puis des futurs « banlieues ».

« En matière d’éducation, quarante années de bonnes intentions de gauche ont abouti à un effondrement du niveau scolaire (celui des élèves comme celui des professeurs) et à une aggravation des inégalités de classes ou, pour mieux dire, à une relégation des classes populaires aux marges de la société" (Brighelli). 


On ne pas ressentir un malaise toutefois face à cette campagne gouvernementale délibérée et intentionnelle, qu'on peut approuver concernant un vecteur hypocrite de l'islamisme conquérant parmi la jeunesse, sans se cacher que la question de la longue robe islamisante n'est qu'un voile pour masquer les attaques sociales et déguiser la faillite de l'Eduque Naze. Sans oublier de noter un besoin « esthétique » qui se fiche et de la religion et de l'anti-religion ; ainsi on peut lire sur des sites ou réseaux sociaux d'autres explications, par des croyants musulmans eux-mêmes que l'abaya et autres vêtements fétiches ont l'avantage d'amincir les grosses et de masquer les « formes de la cellulite », ou encore comme celui qui indique à une jeune femme qu'elle est « trop jeune pour porter l'abaya » !

 Vous ne la trouverez point sur le web. Pourtant on savait jadis que cette expression était celle des policiers faisant circuler les gens qui se pressaient pour mater les conséquences d'un accident ou une arrestation intempestive ; attitude autoritaire disparue aujourd'hui où les flics sont systématiquement filmés par les portables lors de leur moindre déplacement.

Avec l'abaya il n'y aurait rien à voir selon la gauche bobo-islamique électoraliste et méprisante face au combat séculaire du mouvement ouvrier contre tout encadrement religieux ; on se souvient des bonnes sœurs contremaîtres des ouvrières en usine. Oublieuse d'un passé qui n'est plus le sien,  a gauche bourgeoise ne voit pas l'inconvénient de la création de syndicats islamistes, plus simplement corporatistes mais importateurs de l'obscurantisme dans la classe ouvrière. Les patrons des usines Renault dans les années 1970 avaient compris l'intérêt d'installer des salles de prière sur le lieu du travail, sous couvert de tolérance démocratique, mais pour mieux différencier c'est à dire diviser la classe ouvrière in fine entre arabes et français, croyants et mécréants. Officialisation d'un des principaux obstacles à la conscience de classe, ridiculisant les Marx et Lénine qui n'y voyaient à leur époque qu'un problème secondaire en voie d'être dépassé par la lutte de classe.

Cette gauche bourgeoise bien pensante qui veut encadrer la colère musulmane a ses adeptes néo-staliniens parmi les profs :

« Quand laissera-t-on les femmes et les filles s’habiller comme elles le souhaitent ? », s’insurge celui-la , avec pour argument hypocrite et faux que « cette tenue, « habit traditionnel (sic) n’est pas considérée par le Conseil français du Culte musulman (CFCM) comme un vêtement religieux ostentatoire » ; sans se poser la question pourquoi cette secte religieuse affecte de se soucier d'une « simple robe longue », qui va pourtant comme un gant à la présumée « mode pudique »inventée par des mafias musulmanes ?.

 Dans la bible de la pensée élitaire de la gauche bourgeoise l'OBS, un certain Arié Alimi, avocat idiot utile de l'expansion islamiste, éructe que cette interdiction ministérielle est discriminatoire vis à vis des arabes. Or il ne s'agit en rien de cela mais d'une mesure, certes aléatoire de freinage du prosélytisme religieux islamiste comme il n'en avait jamais existé il y a 20 ou 30 ans. Cet avocaillon, comme tous ces avocats défenseurs des pires criminels, et grassement rétribué pour, , juge marrant de se moquer d'un complot inventé de toutes pièces : « On parle uniquement de ces hordes d’ados boutonneuses et musulmanes fanatisées par les frérots prédicateurs qui bravent le « temple de la laïcité » (admirons l’oxymore) qu’est l’école et qui, dans un projet concerté de « grand remplacement », « attaquent la République » à coups de tissus trop amples » (…) tout cela est parfaitement documenté, nous dit-on. Ces ados sont des enfants guerriers, envoyés en kamikazes vestimentaires sur les grilles de nos collèges ».

L'abaya n'est pas pour ce bourgeois en robe longue, et noire, un faux nez de l'islamisme. Et pourtant si il l'est bien puisque cette robe a été inventée en Arabie saoudite et est vendue dans les boutiques religieuses du même acabit. Lire l'excellent édito de Riss dans Charlie Hebdo du 30 août contre une gauche qui ridiculise la laïcité, et renvoie à l'extrême droite toute critique du rigorisme religieux à la mode chez de nombreux jeunes.

 QUAND LA DEFENSE DES OPPRIME(E)S RENFORCE LEUR OPPRESSION

 Depuis le stalinisme triomphant et la fumisterie des libérations nationales, la gauche et ses petits contestataires ment et-ment résolument. On pourrait même avancer que c'est sa fonction première. La lutte anti-colonialiste fût pipée, au service des blocs impérialistes, de l'un ou de l'autre pendant la guerre froide. Il n' y eu nulle libération des peuples opprimés ni du prolétariat mais un simple remplacement des anciens colonisateurs par les nouveaux, pilleurs de richesses également ou désireux de contrôler géostratégiquement telle ou telle région.

Cette idéologie mensongère est la matrice du wokisme (et de l'islamo-féminisme) qui désigne comme uniques responsables des malheurs du monde les anciens colonisateurs, en premier lieu la France. Cette orientation est aussi pipée que la théorie frauduleuse tiers-mondiste évoquée ci-dessus, elle est pilotée depuis les Etats-Unis ou en tout cas va complètement dans leur sens, qui aboutit à affaiblir des puissances, certes mineures mais qui doivent être contraintes et limitées dans le partage du gâteau impérialiste et capitaliste. Avec cet interdit gouvernemental concernant ce vêtement ridicule, les médias anglo-saxons et allemands pointent la France comme mauvais élève d'un Occident acquis à la cause islamiste non-terroriste. Comme pour la question de l'immigration envahissante, dramatique et insoluble avec n'importe quel gouvernement capitaliste, la gauche bourgeoise fait semblant de ne pas comprendre ni voir le problème, reléguant avec mépris tous les problèmes criminels liés en grande partie à la misère immigrée, au coin des faits divers Une engeance bourgeoise qui s'autorise à stigmatiser un « racisme populaire », n'ayant pour argument anticapitaliste que le racisme accolé à une islamophilie électoraliste, si utile à l'Etat de conservation sociale, conforme à leur fonction d'encadrement électoral, rabatteurs si nécessaires aux gouvernements successifs... alors que :

Le problème n'est pas le racisme, mais le nombre important d'une population d'immigrés dans les anciens quartiers ouvriers et le nombre croissant de femmes dans la rue voilées de la tête aux pieds...dont on examinera plus loin les causes politiques.


COMMENT LA NOTION DE CLASSE OUVRIERE A DESERTE LES BANLIEUES...OUVRIERES ?

 

Les problèmes traditionnels de classe au plan social et économique sont dilués ou déviés depuis longtemps en tant que « lutte contre l'exclusion », contre la « marginalisation », pour la « mixité sociale », pour évacuer la centralité de la lutte de classe. Ces « nouveaux problèmes sociaux » ne seraient liés qu'à des « quartiers sensibles ».

Or c'est effacer cette urbanisation sauvage institutionnalisée depuis l'après-guerre qui avec des barres HBM puis HLM a peu à peu développé des aires de pauvreté (immigrée) face à un habitat plus confortable pour une aristocratie ouvrière des services publics bien protégée par ses syndicats.

C’est dans ce contexte que la venue massive des travailleurs maghrébins depuis les sixties a pu être perçue dans certaines communes populaires par les équipes municipales comme une menace pour les projets de rénovation urbaine. Ce fut le cas notamment dans la ville de Gennevilliers, en banlieue parisienne, sur laquelle le sociologue Olivier Masclet a mené une enquête très approfondie. Il explique notamment : « La stratégie visant à élever la valeur sociale et symbolique de la commune, c'est-à-dire à opposer au stigmate de la banlieue prolétaire une représentation plus digne de la condition ouvrière, suppose en effet de construire une bonne image du groupe. (…) Or, massivement embauchés comme OS et manœuvres, les immigrés appartiennent aux fractions les plus déqualifiées et les moins considérées du groupe ouvrier et sont éloignés du modèle de respectabilité ouvrière que les élus défendent, en raison de leurs conditions de travail et d’existence mais aussi de leur statut d’immigrés et de leur mauvaise réputation héritée de la colonisation. D’une certaine manière, ils contreviennent au but poursuivi de promotion collective de la classe ouvrière».

Le très chauvin PCF a accompagné ces mutations qui ne pouvaient que contribuer à diviser la classe ouvrière :

 « Les élus communistes cherchent alors surtout à représenter et à valoriser les fractions supérieures de la classe ouvrière – la dite « aristocratie ouvrière » – telles que les ouvriers qualifiés, contremaîtres, employés et techniciens, qui sont majoritaires dans les grands ensembles contrairement aux OS, aux manœuvres et aux personnels de services. Ainsi ces nouveaux logements rehaussent la légitimité électorale des municipalités communistes dont les scores aux élections augmentent des années 1950 jusqu’au début des années 1980, dans la plupart des villes PC de l’ancienne « banlieue rouge ».

A l'étape ultérieure ce déclassement profita à la droite de la bourgeoisie :

« La droite profite politiquement du déclassement des quartiers HLM dans la hiérarchie des formes et des statuts d’habitat. Mobilisation des abstentionnistes de droite en réaction à la dégradation de l’environnement, départ des couches sociales acquises à la gauche, démoralisation des électeurs captifs des cités, installation de nouveaux ménages sans tradition politique constituée et aspirant à quitter au plus vite le logement en HLM : autant de raisons au basculement des majorités municipales », explique encore Olivier Masclet.

 On mesure ensuite la perversité (pervers-cité!) de ladite « mixité sociale » qui est surtout un moyen d’attirer les catégories stables du salariat dans des quartiers où vivent aujourd’hui les fractions des classes populaires qui composent massivement le salariat d’exécution plus ou moins exposé à la précarité. Ainsi, au contact de ces ces catégories de travailleurs « stables » brevetées désormais classes moyennes, cette diversité de « classes populaires » serait sensée « tirer vers le haut » et bénéficier de ressources contre « l’exclusion sociale ». En assurant une meilleure « cohésion sociale et territoriale », la mixité sociale favoriserait aussi la diffusion des normes dominantes portées par le style de vie des classes dites moyennes (mais pourtant encore composantes de la classe ouvrière) en direction de minorités « racisées ». Cette mixité sociale, sous couleur antiraciste, est pensée comme « mixité ethnique » pour justifier des pratiques discriminatoires d’attributions de logements sociaux en sélectionnant les candidats par l’origine nationale1. Cette idéologie politique moderniste renforce le regard négatif porté par « l'opinion formatée par le pouvoir »sur les dites « classes populaires » en érigeant ces quartiers défavorisés et leurs habitants en « problèmes », du fait qu’ils cumulent tous les stigmates sociaux : forte visibilité des immigrés, des jeunes, pauvreté, chômage, précarité, délinquance…

Du coup, les municipalités de gauche, socialiste ou communiste, dans les villes de banlieue, n’ont plus la volonté de voir dans ces quartiers populaires leurs propres bastions, leur base sociale naturelle. « Les quartiers et leurs habitants tendent à redevenir l’objet de crainte qu’ils représentaient avant l’implantation du mouvement ouvrier en banlieue. Dans tous les cas, ils sont perçus comme une charge, un « fardeau », qu’il s’agit de partager « équitablement ».

L'idéologie de « mixité sociale » dissout la perception des intérêts en commun qu’ont les habitants de ces quartiers : tout ce qui les réunit du point de vue de leurs conditions d’existence et de travail. A force de se focaliser sur les différences d’appartenance nationale, sur l’origine ethnique, sur la taille des familles, leur style de vie, on en oublie les intérêts de classe à défendre en commun. Les travailleurs massés, mystifiés et « mixtés » dans ces banlieues sont vus comme des « beurs en galère », ou alors comme de possibles « intégristes musulmans », et non pas comme les héritiers légitimes de la lutte de classe du monde ouvrier. La plupart travaillent dans de petites unités de production ou les services lieux peu propices à l'affirmation de la conscience de classe. Le petit patronat y règne sans partage. L’oppression de classe redouble de vigueur et tend à faire éclater les solidarités anciennes, terreau propice au renforcement des sentiments xénophobes, racistes, et au repli sur sa « communauté » d’origine. La composante « immigrée » des classes populaires partage le sort commun des fractions les plus déqualifiées et vulnérables du prolétariat : considérées comme des « classes dangereuses », hostiles à la société et rétives à l’ordre et aux normes dominantes, elles sont d’autant plus exposées au contrôle social et aux politiques sécuritaires de l’Etat qu’elles subissent plus fortement la précarité, le chômage, la ségrégation sociale et urbaine.

 La gauche sociale-bourgeoise a décidé officiellement en 2011 que le prolétariat n'existait plus En mars 2011, Terra Nova, le think tank proche du PS, a remis son rapport signé de son président Olivier Ferrand. Il actait du désintérêt électoral que constitue la classe ouvrière, lui préférant les “minorités” : les femmes, les immigrés, les jeunes, etc. Olivier Ferrand les nommait d’ailleurs les “outsiders” en opposition aux “insiders”. La novlangue dune nouvelle gauche wokiste, suivie par l'extrême-gauche islaminguante et agitée du bonnet écolo et féministe.

Une importante partie de la classe ouvrière rendit la monnaie de sa pièce à cet abandon. En 2014, 80% du socle électoral des partis de la gauche bourgeoise s'était évaporé, mais avec aussi une dépolitisation massive.

Les ouvriers des années 2000 ne sont pas ceux du XXe siècle , souvent employés du tertiaire, non syndiqués, leur organisation du travail a complètement changé et ne favorise plus le collectif de combat, comme ce fut le cas dans les années 1970-1980. Ils sont aussi massivement issus de l’immigration maghrébine et un autre mode vie et de relations Si les quartiers dits « sensibles » restent profondément ouvrier dans leur composante sociologique, le départ des anciennes familles ouvrières remplacées par les populations immigrées (certes toujours ouvrières) marquent un changement dans les modes de vie et les représentations sociales du monde ouvrier local, plus la confirmation d'un nationalisme à l'égard du pays d'origine.

Or, au sein des partis de la gauche bourgeoise PCF et PS, chauvinisme et compétition pour le pouvoir d'Etat ne permettait pas plus aux ouvriers français qu'aux ouvriers immigrés d’émerger et de se faire entendre. La fonction de la gauche et de l'extrême gauche bourgeoises état d'encadrer les basses classes, face à une classer ouvrière française redevenue amorphe dans la décennie suivant mai68, alors que dans les usines les ouvriers immigrés furent à l'avant-garde, il fallait se soucier de leur dangerosité sociale en...les expulsant de toute problématique de classe.

Le PCF porte une lourde responsabilité dans cet éclatement de la classe ouvrière. Par le biais de ses réseaux, le PCF a principalement drainé des ouvriers qualifiés au détriment des autres. “Les ouvriers spécialisés (sans qualification professionnelle) des ateliers de production, où les immigrés sont nombreux, étaient peu présents au sein du PCF,  Les inégalités internes à la classe ouvrière internationale, dans la hiérarchie des usines et dans le système scolaire, se reproduisaient au sein du parti en voie d'effondrement.” Or, les ouvriers spécia­lisés vont être les premières victimes du chômage de masse étant plus rapidement “sortis” du lieu de conscience collective qu’est l’usine.

Puis comme le souligne l'auteur : Les cadres du PCF s’embourgeoisent. En 1981, pour s’assurer de son arrivée au gouvernement, le parti de Georges Marchais ne soutient pas la grève des ouvriers spécialisés de l’usine Renault, à ­Billancourt, menacés par les fermetures de sites. Le PCF passe complètement à côté des travailleurs immigrés, dont les enfants resteront les principaux habitants des quartiers populaires désœuvrés que l’on connaît aujour­d’hui et dans lesquels le PCF n'a plus la main2.

« Progressivement, celui qu’on appelait le “parti des ouvriers”, voit sa classe dirigeante “s’embourgeoiser”. La représentativité s’essouffle : en 2008, les ouvriers ne sont plus que 9 % des délégués au Congrès du parti. Ils étaient 13 % en 2001 et 45 % dans les années 1970. Aujourd’hui, “la promotion des militants d’origine populaire n’est plus la priorité du PCF”, conclu Julian Mischi. Coupé de sa base et abandonnant son rôle historique, le parti entre dans une logique électoraliste, de survie d’appareil. “Ce qui prime à leurs yeux, c’est leur lien avec les ‘habitants’ et les électeurs et non le développement d’une orga­nisation militante structurée dans les milieux populaires ; un objectif qui était celui des permanents d’origine ouvrière des générations précédentes, explique Julian Mischi. Il est rarement fait mention de la nécessité de donner le pouvoir aux militants d’origine ouvrière dans l’organisation et dans les mairies, d’avoir des porte-parole des classes populaires issus de ces milieux ».

Face à cet effondrement d'une gauche bourgeoise qui prétendait parler au nom de la classe ouvrière, le dernier morpion de ces bandes sera donc la LFI de Mélenchon et accessoirement les diverses sectes trotskiennes, avec la notion creuse de PEUPLE, surtout défini comme créolisé, multiracial, féministe et compatissant avec une idéologie complètement obscurantiste, mais en tant que conception chauvine « française » sans aucun souci pour les femmes lointaines en Afghanistan et en Iran, dont leur électrices en abaya se fichent aussi électoralement.


SUR LA DELINQUANCE DES QUARTIERS SENSIBLES

Je me contenterai ici de reproduire mes prises de notes qui relativisent même la violence actuelle des « racailles » laquelle a toujours existé de la part de fils de ...la classe ouvrière ; délinquance à relativiser face à la délinquance financière !

...La reconstitution des « statistiques » des archives de police montre que la plupart des protagonistes sont des mineurs ou des jeunes délinquants (moins de trente ans) originaires des familles ouvrières qui viennent de s’installer dans ce quartier. L’idée d’une forte présence de faits de délinquance commis par des jeunes hommes appartenant à la « classe ouvrière » — qui englobe, rappelons-le, des actes de violence, de vols et de délits pénaux en tous genres — se voit confirmée par la presse locale.

 Des travaux d’historiens témoignent également que les phénomènes de violence et de délinquance étaient très présents dans d’autres quartiers de la banlieue ouvrière à l’époque ; présence de « caïds », prostitution, vols avec violence, règlements de compte, sont les faits quotidiens qui rythment la vie sociale d’un quartier populaire de Levallois au début du siècle, par exemple :

La période dite de l’entre-deux-guerres marque la naissance des « banlieues rouges » avec ses usines et son rythme de travail mais aussi du mode de vie ouvrier rugueux et parfois violent. La violence semble accompagner le quotidien des habitants de la proche banlieue parisienne dans un monde ouvrier et industriel en plein essor . La « crise de 29 » va encourager un certain nombre de comportements délinquants dans ce quartier comme en attestent les archives nationales de police et aussi la presse locale . À la fin de la guerre, ce qui semble néanmoins marquer la période, c’est la présence d’adolescents et de jeunes adultes en possession d’armes laissées par les Allemands en fuite.

sur l’évolution des pratiques délinquantes de la jeunesse populaire urbaine x-guerres et les années 2000  Les années 1990-2000 voient une atténuation des formes « traditionnelles » de délinquance (vols, braquages, etc.) au profit de la montée d’un trafic « rationnalisé » et hié­rarchisé de drogue et de l’émergence de l’Islam dans l’espace public en parallèle avec la question de la « mixité sociale ». (…) sur la notion de délinquance. Est reconnu comme fait délinquant, tout délit susceptible de passer devant une juridiction pénale. Autrement dit, le délinquant est celui qui est reconnu comme tel par les tribunaux de justice . Pour autant, certaines personnes qui commettent des infractions ou qui vivent dans l’illégalité ne sont pas reconnues par la justice comme délinquants dans la mesure où leurs activités délictueuses n’ont pas été appréhendées par les institutions judiciaires. Cette comptabilité, en somme, revient à dire que la délinquance est tout d’abord le fait de mesure des activités policières  ou bien de celles de la justice  Autrement dit, la délinquance est en premier lieu le résultat d’un bilan statistique effectué par les institutions et est le résultat d’une certaine construction sociale. La délinquance n’est donc pas un objet neutre malgré les faits statistiques car elle nous renseigne même sur les rapports de force symboliques en œuvre afin de délégitimer certaines pratiques culturelles souvent associées aux classes populaires  En effet, la problématique de la délinquance est souvent associée aux modes de vie des jeunes des milieux délinquants, qu’ils soient fils d’ouvriers de « banlieue rouge » dans les années 1960 ou enfants d’immigrés des « quartiers sensibles » aujourd’hui. Ce rapport de force en œuvre dans la construction sociale des faits de délinquance souvent imputés aux jeunes des milieux populaires exonère d’autres formes de délinquance — la délinquance financière et ses multiples dimensions comme la corruption ou les délits d’initiés, par exemple —, celle des « élites » et des classes dites supérieures beaucoup plus souvent ignorée par la justice et les activités policières  (...) les groupes les plus dominés, souvent dans des situations économiques précaires ou de survie, ne sont pas toujours en mesure de se défendre : les ouvriers d’antan comme les « jeunes de cité » aujourd’hui restent des groupes sociaux stigmatisés en raison d’une dépossession de la parole et du langage .

NOS RACAILLES RESTENT DES ENFANTS DE LA CLASSE OUVRIERE, SANS ESPOIR ET SANS AVENIR

L’idée d’une forte présence de faits de délinquance commis par des jeunes hommes appartenant à la « classe ouvrière » — qui englobe, rappelons-le, des actes de violence, de vols et de délits pénaux en tous genres — se voit confirmée par la presse locale. Les journaux de l’époque cités précédemment y notent une sorte de « malaise social  » dans le quartier. En effet, un ensemble de faits divers le précise : deux ans après la construction du bureau de poste qui a déjà été « visité » plusieurs fois, « les soupçons des forces de l’ordre se tournent vers des Maghrébins présents sur les lieux ». L’année suivante, ce même journal, relate une altercation entre un automobiliste et un cycliste qui entraîne l’hospitalisation du premier . Le journal Banlieue Ouest commente, pour sa part, une rixe au couteau entre deux individus d’origine marocaine  et note, la même année, un règlement de compte au pistolet entre un mari et un amant dans un hôtel situé dans le secteur . Des travaux d’historiens témoignent également que les phénomènes de violence et de délinquance étaient très présents dans d’autres quartiers de la banlieue ouvrière à l’époque ; présence de « caïds », prostitution, vols avec violence, règlements de compte, sont les faits quotidiens qui rythment la vie sociale d’un quartier populaire de Levallois au début du siècle, par exemple :

« Les archives de police 1895-1914 nous montrent une jeunesse turbulente, des récidivistes, et toutes sortes de délits. On va de la contravention à l’homicide […] Une délinquance plus radicale apparaît en filigrane. On joue du couteau, voire du revolver pour dévaliser le passant nocturne…   »D’après le témoignage d’anciens locataires, notamment des personnes âgées rencontrées dans le courant des années 1990 , le quartier ouvrier est aussi un repère de « voyous » et de malfrats.

Dans les années 1950 et 1960 le quartier accueille des familles nombreuses qui concentrent beaucoup de difficultés ; ces ménages rencontrent de grands obstacles pour se loger, sont surreprésentés par des « couples mixtes » (père d’origine maghrébine le plus souvent) et, surtout, ils n’ont pas bénéficié de la croissance économique qui caractérise pourtant l’amélioration des conditions de vie des ménages français durant la période des années 1960. Cette concentration de « pauvreté » dans un contexte, rappelons-le, de forte croissance économique et sociale est sans aucun doute à l’origine des grands « problèmes » de délinquance que va connaître le quartier étudié lors des décennies suivantes.

« Moi je me souviens y’avait rien pour nous. Moi, à vingt ans, j’étais le petit bougnoule… alors ça forge un caractère. Mes frères étaient déjà des terreurs, ils se battaient déjà avec la police et ils commençaient dans le bisness des braquages. Moi j’étais aussi, à une petite échelle, un petit dur […] mais bon y’avait rien pour nous et on s’embrouillait avec les vieux, les ouvriers français quoi ! » (Interviewé en 1998, 58 ans, employé de mairie, origine marocaine, habite encore le quartier)
Ces témoignages nous éclairent sur la nature des modes de vie des jeunes appartenant au monde ouvrier. Cette situation rappelle, en réalité, les tensions liées à la cohabitation entre jeunes issus de familles ouvrières et les adultes appartenant aux classes moyennes dans les grands ensembles . Les jeunes ouvriers ont toujours été appréhendés comme turbulents par les adultes du quartier à l’époque.
Nous sommes en pleine période des « Trente Glorieuse » avec un taux de croissance annuel important imprégné d’une sorte de « psychologie collective » autour d’une conception prométhéenne de l’avenir comme le montre le sociologue Michel Verret dans ses travaux sur la « classe ouvrière » durant les années 1960 . S’il est encore un peu tôt pour parler de fissures au cœur de la reproduction sociale des « classes ouvrières », les rapports tumultueux entre jeunes adultes et ouvriers de la génération précédente révèlent déjà les mutations de sociabilité que connaissent les enfants d’ouvriers à la fin des Trente Glorieuses et annoncent en quelque sorte l’émergence des problématiques sociales à venir, celles qui caractérisent notre époque.

Les années 1970 et 1980 : désindustrialisation, chômage « de masse » et émergence de la question « jeunes de cité »

 Face à la désindustrialisation et à un manque de plus en plus tangible de débouchés professionnels pour la jeunesse du quartier, un grand nombre de ces jeunes s’initient au vol à l’étalage, entrent fréquemment en conflit avec la police et, pour les plus téméraires d’entre eux, s’engagent dans une délinquance plus importante allant du braquage de bijouterie au vol à l’étalage :

« On était pas conscient ! On était « ouf » sur les bords [rire]. Je ne sais pas comment dire ça, le quartier c’était un climat, une atmosphère. On était jeune et on avait envie de tout niquer ! On s’en foutait de tout ! » (47 ans, mécanicien, ancien braqueur, aujourd’hui musulman pratiquant, marié, 3 enfants, parents algériens).

Précisons que les « voyous » dont nous avons parlé dans la partie précédente sont toujours présents dans la cité et constituent des « modèles de réussite » pour les adolescents de l’époque. Ainsi, dans les années 1980, de très fortes résistances juvéniles, parfois proches de l’insurrection urbaine, s’exercent à l’égard des forces de l’ordre, notamment lorsqu’elles se déplacent dans les cités du quartier : parpaings et pierres sont lancés des balcons sur les cars de police quand ces derniers viennent perquisitionner dans les appartements familiaux et surtout les caves  .

Les premières émeutes urbaines témoignent ainsi de revendications nouvelles des jeunes enfants de travailleurs immigrés dont la problématique ouvrière semblerait paradoxalement passer au second plan  . Avec la question nouvelle de l’ethnicité se superpose une problématique inédite altérant ainsi la « question sociale »   désignant jusque-là les traditionnels rapports de domination de classe. En effet, la stigmatisation des jeunes issus de l’immigration s’accentue progressivement dans les années 1980 et surtout 1990 autour des actes de violence et de délinquance sensiblement exacerbés par leurs origines immigrées . Les jeunes adultes observés sur notre terrain rencontrent également des difficultés et sont confrontés à une stigmatisation croissante à l’usine, dans beaucoup d’institutions mais surtout face à la police dans l’espace public. Des travaux de recherche montrent avec acuité le rôle de cette « génération pivot » — entre la « classe ouvrière » et la jeunesse des cités populaires des années 1990 —, dans les années 1970 et 1980, confrontée au chômage et encourageant l’arrivée du trafic de drogue dure dans les cités populaires de banlieue.

(…) jeunes sont à mi-chemin entre la quatrième et la cinquième génération d’ouvriers et doi­vent affronter un marché du travail de plus en plus compétitif dans un contexte local où la « classe ouvrière » périclite à travers la disparition définitive de ses supports institutionnels, sociaux et culturels.

  Vers une décomposition irréversible de la « classe ouvrière » 1990-2000 : consommation, individualisme, trafic de drogue et chômage juvénile de masse (?)

 Cependant, la plupart d’entre eux ne se reconnaît plus dans ce que les chercheurs appellent la « culture ouvrière ». Dans ce contexte, on assiste à une fragmentation des rapports sociaux entre jeunes des cités du quartier selon les parcours scolaires, culturels et la nature des activités quotidiennes ]. Cette nouvelle segmentation du lien social juvénile local accentue les parcours individuels et les stratégies personnelles mettant un terme au sentiment communautaire qui caractérisait la « classe ouvrière » lors des périodes précédentes.

Le monde ouvrier n’existant plus comme système d’encadrement populaire et de représentations sociales, ces enfants d’ouvriers et d’immigrés sont, dans une certaine mesure, contraints de s’adapter en faisant preuve de pragmatisme aussi bien sur le marché du travail que dans le domaine de l’illégalité. Et surtout, ces jeunes — qui ne pourront devenir ouvriers comme leur pères — peinent également à être salariés : ils sont au carrefour des transformations sociales et des crispations culturelles de la société française . La situation sociale critique de ces jeunes depuis plus de trois décennies semble se pérenniser et ne trouve toujours pas, à l’heure actuelle, un débouché politique, économique et social favorable sauf dans des situations extrêmes comme la délinquance, l’émeute ou la radicalité idéologique. Les quatrième et cinquième générations ouvrières du quartier ont, dans une certaine mesure, des dénominateurs communs comme la galère, l’exclusion ou le racisme . Néanmoins, la première génération de « jeunes de cité » revendiquait de droits avec la « marche pour l’égalité » en 1983 dans l’espoir d’une insertion professionnelle et sociale possible et réelle dans la société tandis que la seconde, confrontée davantage à la discrimination dans un contexte de mutations des rapports de production, s’illustre dans les émeutes urbaines et s’installe plus durablement dans la marginalité . La décomposition définitive ( ? JLR)de la « classe ouvrière » a donc des conséquences chaotiques sur le quotidien des deux dernières générations ouvrières observées dans ce quartier.

 C’est pourquoi la perception entre les ouvriers de naguère et les jeunes des cités d’aujourd’hui a sensiblement varié : même à l’encontre de l’ordre social, le métallurgiste des « banlieues rouges » d’avant-guerre représentait, malgré son caractère de dangerosité qu’il inspirait à la bourgeoisie parisienne, l’avenir de la société industrielle alors que les « jeunes de cité » sont perçus comme source de menace pour le devenir d’une société où règnent incertitude, concurrence et suspicion. En cela, ces jeunes dits « de cité » forment la nouvelle « classe dangereuse » dans une société en proie à davantage d’incertitude économique et d’accentuation des crispations identitaires3.

 LE CAS ANGLAIS


Les enquêtés ont grandi dans des familles situées à la frontière entre les petites classes moyennes (postier, commerçant) et les classes populaires stables (concierge, ouvrier) du monde de l’atelier et des services aux particuliers

 ...il y a un malaise profond chez les Blancs les moins favorisés. Malaise d'autant plus douloureux que personne n'exprime leur désarroi, à part leurs représentants catapultés vers la célébrité à travers des émissions de télé-réalité. Beaucoup des associations structurant la vie de la « working-class » anglaise ont disparu depuis les années 1980, et l'époque n'est plus aux « jeunes gens en colère », ces artistes comme l'écrivain Alan Sillitoe, mort la semaine dernière et auteur de « Samedi soir, dimanche matin », qui avaient mis le prolétariat de l'industrie et la noblesse de ses manières sur le devant de la scène dans les années 1960. Comme le disait récemment un chroniqueur du « Guardian » en pastichant une chanson de John Lennon, un « working-class hero » est devenu une rareté, aujourd'hui.

... les Blancs pauvres étaient les vrais perdants de la récession. Selon lui, il faut reconnaître dans certaines régions du pays que « la couleur du désavantage n'est pas brune, mais blanche », assénait-il. L'ironie veut qu'une grande partie de cette population se considère désormais comme une minorité oppressée. Selon un sondage organisé par la BBC en mars 2008, à l'époque d'une série diffusée sur les classes prolétaires blanches, qui avait fait grand bruit, 77 % des personnes interrogées estimaient que la population locale devait s'adapter aux immigrés, et non l'inverse. Signe des temps, le Premier ministre, Gordon Brown, s'est déclaré la semaine dernière « en pénitence », après avoir commis une erreur grave : traiter de « bornée » une retraitée qui l'avait attaqué sur l'immigration, un sujet ultra-sensible pour la « working-class » et le Labour, dont elle devrait être l'électorat naturel.

Toujours est-il que seuls 6 % de ces jeunes garçons blancs pauvres vont à l'université contre 26 % pour ceux issus des minorités et 34 % pour les filles issues des minorités. Les jeunes gens d'origine chinoise et indienne réussissent particulièrement bien à l'école.

Les prisons britanniques restent peuplées de Blancs aux trois quarts environ, selon le Prison Reform Trust. « Dans certains quartiers très défavorisés de la Grande-Bretagne, notamment autour de Glasgow ou Liverpool, les gangs blancs sont prédominants. Il y a un problème plus large, dans le pays, de comportements dits "antisociaux", perpétrés principalement par des garçons blancs désoeuvrés », souligne Gabriel Doctor, chercheur au Centre for Social Justice, un think tank fondé par le conservateur Ian Duncan Smith.

L'une des principales raisons pour lesquelles la « working-class » blanche et pauvre estime souffrir tout particulièrement est en effet l'immigration. Beaucoup moins en provenance d'Afrique, des Caraïbes ou d'Asie, qu'en provenance des huit pays d'Europe centrale et de l'Est qui ont rejoint l'Union européenne en 2004. Si elle l'est un peu moins depuis la chute de la livre, la Grande-Bretagne a été un véritable eldorado pour les travailleurs de ces pays, d'autant qu'elle a ouvert largement ses portes. Difficile pour autant d'établir un lien de cause à effet entre cet afflux de main-d'oeuvre et le chômage de la population locale. 

Les joueurs d’origine prolétarienne, salariés comme les autres travailleurs mais mieux payés, dominèrent le jeu et l’on vit apparaître la curieuse opposition partageant les villes industrielles d’une certaine importance entre les supporters de deux équipes rivales : Sheffield United contre Sheffield Wednesday, Nottingham Forest contre Nottingham County, Liverpool contre Everton, Glasgow Rangers contre Glasgow Celtic - opposition sportive recoupant parfois une opposition entre catholiques et protestants ou Irlandais et non-Irlandais dans les villes à minorités nationales ou confessionnelles.

La classe ouvrière affirmait dans le même temps son style propre de vacances avec ses stations balnéaires favorites, comme Blackpool en Lancashire, mais c’est seulement à partir de 1883 que les publications ferroviaires commencèrent à faire état de déplacements massifs estivaux, et la fameuse casquette plate, qui deviendra pour ainsi dire l’uniforme de l’ouvrier anglais au repos, à partir de 1890 ou 1900, fait encore les beaux jours d’une bande dessinée, Andy Capp, qui reflète les moeurs et les valeurs masculines dans le Nord-Est de l’Angleterre.

Autre personnage de la culture ouvrière, dont on peut dater l’apparition vers 1865 dans le Lancashire : le débitant de fish and chips (le poisson-frites), dispensateur universel du plat chaud standardisé. Le matériel de friture à poisson ne fit l’objet d’une fabrication industrielle qu’au début des années 1870. Le fourneau de cuisine ne s’est d’ailleurs généralisé dans les intérieurs ouvriers qu’autour de 1860. La culture ouvrière s’affirme également dans une organisation nouvelle du temps de travail.

(...)

La conscience de classe de l’ouvrier anglais s’exprimait d’abord par un sentiment profond du caractère spécifique du travail manuel, par un code moral non formulé mais puissant, fondé sur la solidarité, l’équité, l’aide mutuelle et la coopération, enfin par la résolution de combattre pour un juste traitement.

La classe ouvrière, jusqu’à 1914 et même 1945, vivait une bonne partie de sa vie dans un réseau d’aide et de crédits mutuels, qui échappaient beaucoup à la loi. On savait dans les ateliers que même les travailleurs malades et âgés avaient droit à un gagne-pain, et leurs camarades y veillaient. Les voisins s’entraidaient. Des systèmes complexes de crédit mutuel opéraient sans heurts ni sanctions, comme fonctionnaient les paris en dehors des champs de course, dans toutes les usines et les rues ouvrières. Quoique illégal, le système était généralement toléré par la police. Il fonctionnait à la perfection et, fait plus surprenant encore, sans participation appréciable du crime organisé. Il symbolisait, à l’égal des formes plus organisées et politiques de l’action ouvrière, un certain sens de l’indépendance de classe, et surtout la création d’un espace social soustrait à l’autorité des riches et des puissants. Ses ambitions étaient limitées, mais il y avait en lui de quoi imposer un frein à « Leur » pouvoir, par un dosage de lutte ouverte et de refus implicite de collaborer.

 le système socio-éducatif maintenait la masse des jeunes travailleurs intelligents dans le travail manuel, mais surtout parce que le fait de quitter sa classe, même pour devenir contremaître, était considéré comme une sorte de trahison. 

SUR L'ENDOCTRINEMENT RELIGIEUX (un article de Libé)

...Il y avait déjà eu, au milieu des années 70, notamment dans le pays minier du nord de la France, des tentatives d’endoctrinement religieux. Le Mouvement islamique armé (MIA) voulait à l’époque renverser le gouvernement algérien. Il avait tenté de pousser des enfants de mineurs à commettre des actes terroristes dans le pays de leurs parents. Ces entreprises mortifères avaient échoué parce que chacun (Etat, ouvriers, familles, éducateurs) avait joué sa partition. Les fanatiques s’étaient ainsi heurtés à de vraies structures de socialisation, qui formaient encore un rempart. La classe ouvrière avait construit, notamment au travers de l’éducation populaire, un récit commun de la Nation. Elle travaillait à une conscientisation des rapports de domination. Les enfants de «gueules noires» connaissaient les conditions de pénibilités de travail réduisant l’espérance de vie de leurs pères. Ils pouvaient mourir à tout instant au fond de la mine, ou prématurément de silicose. La mort, pour nombre d’entre eux, s’inscrivait dans un schéma de domination, et de lutte contre cette domination. Je nomme cette intériorisation, «antériorité de la mort».

Un chômage de masse s'est développé en même temps que s'opérait dans les années 80 une disqualification de la classe ouvrière dans les quartiers populaires. La catégorie d'«ouvrier» avait été remplacée par celle d'«immigré». (Relire à ce sujet Sylvain Lazarus dans l'Anthropologie du nom, paru aux éditions du Seuil en 1996). Dans le même temps, dans ce contexte de désindustrialisation, l'implantation de la drogue allait causer des milliers de morts (overdoses, sida, suicides). De nombreux adolescents ont été témoins de ces drames passés sous silence.

Dès leur plus jeune âge, nombre d’enfants et d’adolescents sont confrontés à des situations où tuer, se faire tuer, est devenu une éventualité et non plus un accident de la vie.

Les cas de jeunes assassinés dans des affaires de drogue, des règlements de comptes, pour un regard ou une futilité, se sont multipliés. Ce rapport à la mort n’est abordé au sein des quartiers populaires que dans un entre-soi, ou avec des aînés qui, parfois, par souci de réputation, glorifient la décision d’ôter la vie. Ces discours ont des conséquences dévastatrices sur la conscience et la psyché des enfants, des adolescents et des jeunes majeurs. Il n’existe ni discussion avec les pédagogues pour dire aux adolescents que la mort n’est pas une fatalité ni travail éducatif sur le deuil.

Mes expériences professionnelles et universitaires me confirment que la banalisation du meurtre a pesé dans le passage à l’acte des criminels français aux mois de janvier et novembre 2015 à Paris. Il ne s’agit pas de minimiser les réalités internationales, ni d’ignorer le poids et la perversion des radicalismes religieux. Mais la notion «d’islamisation radicale» ne suffit pas à éclairer seule la situation. Elle masque la diversité des parcours et des situations de rupture - tout autant qu’elle justifie le recours à des politiques sécuritaires qui assignent souvent les jeunes de banlieues jeunes issus de l’immigration, jeunes musulmans à une menace.

La banalisation du meurtre résulte d’une conjonction de facteurs : échec des politiques d’emplois, banalisation de la mort, démantèlement des structures de socialisation, absence des figures paternelles et appauvrissement significatifs des dispositifs éducatifs et de santé publique dans et hors l’école.

...travail d’approche très difficile, car les relations sont tendues, d’autant que les dispositifs sécuritaires poussent ces jeunes à ne percevoir les pouvoirs publics que sur un mode de domination, d’humiliation et de représailles.

Le préalable d’une interlocution éducative exige d’appréhender la disposition du code du quartier ; d’en maîtriser le lexique ».



CIRCULEZ Y A RIEN A VOIR, sauf que, je le répète, la décomposition et l'oubli de l'esprit de classe dans les banlieues ouvrières c'est bien la bourgeoisie et surtout celle de gauche qui est responsable de cette déliquescence et qui le paye en retour, en ne pouvant plus assurer ordre social ni pouvoir récupérer électoralement quoi que ce soit. La dépolitisation induite par ce travail de sape des négateurs professionnels du prolétariat n'en reste pas moins inquiétante pour l'avenir de la lutte de classe et l'unification de son combat.





SOURCES ET REFERENCES:

La gauche et la banlieue : les ouvriers, ces grands oubliés (lecourrierdelatlas.com)

Les banlieues populaires ont aussi une histoire | Revue Projet (revue-projet.com)

Histoire des banlieues populaires (pagesperso-orange.fr)

 

Socio-histoire de la délinquance juvénile d'un ancien quartier ouvrier de « banlieue rouge » en mutation : de l'entre-deux-guerres aux années 2000 | Cairn.info

Cités ouvrières et banlieue : la filiation oubliée. / Working class estates and suburbs : a forgotten link. - Persée (persee.fr)

Socialisation partisane, transformation de soi et subversion de classe en banlieue communiste (1960-2014) (openedition.org)  à lire

Les laissés-pour-compte des banlieues blanches anglaises | Les Echos

La culture ouvrière en Angleterre | lhistoire.fr

Des quartiers sans voix: Sur le divorce entre la Gauche et les enfants d'immigrés on JSTOR

Dans les banlieues, une enfance avec la mort pour horizon – Libération (liberation.fr)

Dans les banlieues, une enfance avec la mort pour horizon

par Amar Henni , Anthropologue et éducateur

publié le 3 juin 2018

NOTES

1Une enquête de l’INED (Institut National des Etudes Démographiques) a ainsi montré que si les ménages « très mal logés » représentent 11% de l’ensemble des ménages en France, ils sont en proportion quatre fois plus nombreux chez les originaires d’Algérie, de Turquie, d’Afrique noire et du Maroc (entre 45% et 50%) Par ailleurs, ajoute cet auteur, il faut aussi remarquer que ces politiques qui visent, à travers la « mixité sociale », à contrôler la répartition des étrangers dans l’espace, à l’aide notamment de « quotas » et de « seuils », font étrangement écho à la politique menée par les préfectures, les organismes HLM et les élus locaux dans les années 1950-1970, consistant dans une gestion coloniale des populations originaires du Maghreb. Ainsi, certaines habitudes ou réflexes hérités de l’histoire coloniale, et sans doute en partie inconsciemment, continuent d’être mis en œuvre jusqu’à aujourd’hui à travers des critères coloniaux d’identification des populations « immigrées ».

2En 1968, les ouvriers représentaient 62 % des salariés en activité aux Grésillons (contre 37 % au niveau national). En 2006, les ouvriers en activité présents sur le quartier ne sont plus que 25 % contre 23 % au niveau national. En revanche les années 1970 et 1980 qui voient l’emménagement des familles en provenance des pays du Maghreb en même temps que ralentit l’activité industrielle en Europe   précarité et de chômage et ses corollaires que sont le trafic de drogue et les nouvelles formes de délinquance ; enfin, les années 1990 et 2000 qui se trouvent dans le prolongement de l’accentuation des difficultés des classes populaires en même temps que se pose avec acuité pour les élus municipaux la problématique de la « mixité sociale ». Ce découpage, d’un point de vue chronologique, est  la fermeture progressive de l’usine Chausson à partir de 1981 ou encore le développement de la rationalisation du trafic de drogue à partir de 1990, etc.).

3Socio-histoire de la délinquance juvénile d'un ancien quartier ouvrier de « banlieue rouge » en mutation : de l'entre-deux-guerres aux années 2000 Éric Marlière Dans L'Homme & la Société 2014/1