"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 28 août 2023

METROPOLITAN POLICE SPECIAL BRANCH : documents des trotskystes "Socialistes Internationaux"

 

23 NOVEMBRE 1971

 

 

Sujet : Socialistes Internationaux

 

 traduction: Jean-Pierre Laffitte

 

 

 VOICI un document interne du milieu trotskien britannique au début des années 1970, qui aurait dû rester "interne". Je l'ai repiqué sur le web. Il est intéressant non en lui-même - une bagarre interne sur la qualification de centrisme et le prurit de l'exclusion, qui fait penser aux bagarres internes dans le cci de la fin des années 1990 - mais parce qu'il montre qu'une des meilleures police du monde, la Metropolitan police (lire sa fonction en fin de texte) s'intéresse vivement au détail des polémiques internes aux divers milieux révolutionnaires; et en plus trouve le moyen de récupérer leurs documents internes. Cela justifie la prudence qui reste de mise un demi-siècle plus tard, sachant que la surveillance policière informatique a les moyens de pénétrer dans les ordinateurs des militants, et donc de suivre encore plus attentivement, débats, divergences et surtout projets politiques et concrétisations à terme. une surveillance totalitaire orwellienne d'un système corrompu et mafieux...Je me marre quand je lis le vieux Serge July déclarer que le régime de Poutine est mafieux. Pourquoi? les démocraties capitalistes d'Occident ne le sont-elles pas non plus avec leur absence de scrupules à surveiller toute la société, en rétribuant mafiosos comme militants "retournés"?

 


Les informations suivantes proviennent d’une source fiable : (sic)

 

1°) À la suite de la Conférence Nationale des Socialistes Internationaux, qui s’est tenue en octobre de cette année, une scission a eu lieu entre le groupe principal des Socialistes Internationaux et les membres de la Tendance trotskiste (Workers Fight Group), et une Conférence spéciale a été convoquée  pour le 4 décembre 1971 à Birmingham afin de décider si oui ou non la Tendance trotskiste devait être exclue.

2°) Afin de rendre les membres des Socialistes Internationaux pleinement conscients de la situation, le document ci-joint, intitulé : « Centrisme, trotskisme et l’avenir des S.I. » a été distribué à tous les membres. Les arguments exposés dans ces documents sont [CONFIDENTIEL] pour la Tendance trotskiste et [CONFIDENTIEL] et Tony CLIFF pour les Socialistes Internationaux ; ils constituent la base pour toute la discussion à la Conférence de décembre.

3°) Il semble que toutes les sections des SI soient en train d’étudier les implications d’une scission dans l’organisation et il paraît certain que ce sont les “modérés” qui vont l’emporter lors de la Conférence.

4°) Les références de la Special Branch à des personnes mentionnées dans ce rapport et le document qui y est attaché sont donnés dans l’Appendice ci-jointe.

CENTRISME, TROTSKISME ET L’AVENIR DES S.I.

Nous allons répondre brièvement aux arguments qui ont été employés au cours de la campagne destinée à exclure la Tendance trotskiste des SI Nous disons exclusion parce que toute idée de ‘divorce’ normal entre des organisations présumées est une farce quand nous considérons que, sur ceux qui ont signé la Plateforme Tendance, seul un sixième a pris part à l’unification de 1968. C’est une exclusion habillée de couleurs raisonnables qui a en vue les relations publiques et les besoins de la direction du Groupe de faire des appels hypocrites à l’unité. Sans l’intervention de deux membres des SI, parmi les “modérés” qui sont en nombre décroissant pour soutenir la formule des relations publiques, l’exclusion aurait sans aucun doute eu lieu à la Conférence Nationale d’Octobre, sur la base de la résolution de  Hallas selon laquelle propager l'opinion que les SI sont centristes est un motif d’exclusion.

La question de notre caractérisation des SI comme étant un groupe centriste revient de manière obsessionnelle dans la polémique de Hallas (“Une attaque diffamatoire contre les SI”). Nous allons par conséquent débuter par cet aspect.

1°) La Tendance considère-t-elle que les SI sont centristes ? Oui. Telle a été la réponse du Worker’s Fight Group pro-SI, qui représente le noyau de la Tendance trotskiste. Nous l’avons dit avant de les rejoindre, quand nous les avons rejoints, et  encore depuis lors. En 1967, nous avons écrit dans “Worker’s Fight” :

« À côté des groupes ouvertement trotskistes, il y a le Groupe SI, qui a des racines dans le mouvement trotskiste, et qui a pour origine une dissidence abstentionniste de la Quatrième Internationale il y a près de deux décennies. Récemment, il s’est développé en une force centriste de gauche assez importante. Il ne se réclame en aucun sens défini du trotskisme. Mais il se revendique comme socialiste révolutionnaire ; la plupart de ses membres pensent qu’il est possible de les séparer. C’est une organisation lâche qui a absorbé beaucoup de bons camarades en raison du vide laissé par le suicide et l’auto-effacement des “trotskistes durs”. Ses déficiences sont l’amorphisme dans l’organisation et dans l’idéologie. Elle a commencé par se débarrasser de l’héritage bolchevik et, pour autant qu’elle se soit développée dans une saine direction, celle-ci a consisté en la ré-adoption d’éléments décousus de la politique du trotskisme. ».

                                                                                                                                                                                           

Dans quel sens les SI sont-ils centristes ? Et de toute façon qu’est ce que le centrisme ? Le centrisme est une formation qui est révolutionnaire ou quasi-révolutionnaire en paroles, et moins que révolutionnaire dans la pratique, en particulier dans les moments de conflits aigus. Il hésite, il est prêt à utiliser des slogans et une rhétorique révolutionnaires, mais, dans la pratique, il a tendance à reculer devant les implications pratiques de ces slogans, généralement quand la réalité demande à vivre en accord avec eux. Il essaie de se soustraire à la question pratique la plus importante, habituellement avec de bons arguments “marxistes”.

Le centrisme est une mutation politique qui unit d’une façon contradictoire et instable des éléments de la politique réformiste et de la politique “révolutionnaire”. Les formations centristes oscillent entre les antipodes du mouvement ouvrier, le réformisme et le marxisme : en conséquence, le nombre de combinaisons est immense et deux groupes centristes ne sont jamais identiques – à l’exception de leur instabilité. Le contenu politique formel du centrisme varie d’une période à l’autre, et il va, avec beaucoup de nuances différentes, du centrisme de gauche au centrisme de droite. Lors de la Première Guerre mondiale, il a été représenté par Kautsky d’une part, par Martov et par les mencheviks de l’autre – et, dans beaucoup d’écrits de Lénine de l’époque, Trotski est lui aussi situé à l‘extrême gauche de cette catégorie et il y reçoit une bonne raclée. Trotski lui-même semble avoir été convaincu que son échec à comprendre la conception de Lénine du Parti bolchevik équivalait à une sorte de centrisme. Cependant, il s’est contenté d’indiquer que le parti que Lénine édifiait était un phénomène maintenant entièrement historique. Naturellement, dans le test décisif de 1917, il a été le meilleur révolutionnaire, mais cela a nécessité qu’il passe au bolchevisme.

Dans les années 1930, les conflits et la désintégration de la Troisième et de la Deuxième Internationales ont été à l’origine de la création d’un grand nombre de formations centristes, et certaines d’entre elles étaient extrêmement proches du trotskisme.

Les SI possèdent ce caractère. Les SI hésitent sur les principes tels que [illisible]. (Cliff a vraiment été applaudi par la Conférence nationale, lorsqu’il a dit récemment, en faisant référence au Marché Commun, que les principes étaient contredits par la tactique). Comme un bateau sans gouvernail, les SI sont forcés d’aller dans la direction vers laquelle le vent souffle. La direction des SI dans les années 1950 et 1960 a jeté par-dessus bord de nombreuses conquêtes théoriques de la Quatrième Internationale – elles lui semblaient peu pertinentes. Certaines d’entre elles ont depuis lors été réadaptées de manière empirique. Le gouvernail, qui fait défaut aux SI et sans lequel son histoire a été une histoire d’indécision instable, c’est n’importe quelle conception de la méthode marxiste et de son emploi en politique. La méthode de la direction en politique consiste à décider de manière empirique un cap pour l’action, et ensuite à penser aux arguments, aux “citations” et aux “précédents” historiques après coup. C'est ce manque de méthode qui a amené la direction du Groupe à tergiverser sur des questions telles que les troupes britanniques en Irlande. Le plaidoyer vigoureux des SI en faveur du slogan : British Troops Out [Troupes britanniques, dehors] jusqu’en août 1969 et sa capitulation honteuse avec leur franche justification, ainsi qu’avec les attaques contre ceux qui continuaient à soutenir le slogan après août (quand elles ont eu entamé leur action), c’est du centrisme incarné. « … n’oubliez pas qu’en 1914 la social-démocratie allemande et le Parti Socialiste français sont demeurés très “internationalistes”, très “intransigeants” – jusqu’au moment où le premier coup de canon a été tiré » (Trotski, Le centrisme et la IV° Internationale).  

Le centrisme n’est nulle part aussi clairement résumé que dans la question du parti révolutionnaire. Une lutte pour créer un parti d'après le modèle de Lénine, une organisation de militants actifs fonctionnant entre égaux, présupposant un minimum d'éducation marxiste et d'engagement dans la lutte, n’est rien de moins qu’une rupture avec la théorie communiste du parti : les camarades à la recherche d'un article utile – académique – expliquant cela devraient lire celui d’Harman dans la brochure Class and Party. (Où, de manière appropriée, puisqu’il est académique, il coexiste pacifiquement avec des conceptions diamétralement opposées). Naturellement, les SI n’essaient pas d’édifier un tel parti. Toujours archi-centralisé, mais sans un noyau expérimenté, c’est un ensemble lâche, aussi exhaustif que possible, dominé par la démagogie et avec un centre d’appareil qui s'est durci de façon alarmante au cours de la dernière année, et qui est maintenant en train de s’affirmer au moyen d’une vengeance à l’encontre de ses seuls opposants organisés dans le Groupe, à savoir la Tendance trotskiste.

C’est pour toutes ces raisons que les SI sont centristes, « dans la définition trotskiste classique » – c'est-à-dire le Groupe pris dans son ensemble. Pour les marxistes, le centrisme n’est ni un gros mot, ni simplement une liste de caractères négatifs. Un groupe centriste de gauche comme les SI est efficace dans ses limites précisément à cause de ses côtés positifs et de son travail dans la classe. En Grande-Bretagne, dans le vide existant à gauche, les SI sont apparus comme étant le seul groupe socialiste révolutionnaire sérieux et assez important. Son côté négatif arrive sur le devant de la scène uniquement lorsque la pression de la droite devient intense, comme à propos de la Corée, de l’Irlande, comme au sujet du Marché Commun, et, nous nous risquons à le prédire, en relation avec la gauche du Labour qui est en train de se relancer. Le fait que la pression de droite dans le cas des SI à l’heure actuelle provienne souvent de segments de la classe ouvrière elle-même, reflétant à un certain degré les pressions bourgeoises, est une pauvre consolation. À une époque où les dirigeants des syndicats et de la Tribune commencent à simuler plus énergiquement et attirent les masses à eux, la pression peut parfaitement passer d’un niveau de base jusqu’au niveau de la bureaucratie “de gauche”. (Il y a déjà des indices de cela dans le récent tapage déclenché par le SOGAT [Syndicat britannique des industries de l’imprimerie] (NdT)). Trotski a signalé il y a longtemps déjà le danger d’une simple adaptation aux sections régulières des ouvriers avancés comme étant en fin de compte une adaptation à la bureaucratie travailliste.

Néanmoins, la plus grande partie du travail pratique des SI est positive et, jusqu'à la tentative actuelle de mettre hors la loi toute opposition, sauf si elle est passagère, et d’interdire l'opposition généralisée (par des gens qui acceptent dans la pratique les décisions de la majorité dans le travail concret) à la politique de la direction, il était possible de s'engager dans une discussion interne utile. Telle est la manière dont nous nous comportons dans les SI. Si nous caractérisons les SI comme centristes, ce n’est pas pour les considérer comme perdus, c'est pour mieux lutter pour changer politiquement ses méthodes politiques principales.

2°) Toute comparaison de notre relation avec les SI avec celle d’un groupe centriste du Parti travailliste est tout à fait ridicule – à moins que ceux qui font cette comparaison soient prêts à soutenir que les SI sont pleinement comparables au Parti travailliste. (Ou bien Hallas pense peut-être que le Parti travailliste est centriste, ou bien, plus probablement, il aimerait que les adhérents le pensent). Les tendances et les fractions n’existent dans une  organisation communiste que parce que les relations sont ouvertes, claires et politiques. Il n’y a pas de tendances dans le PT parce qu’il n’y a vraiment aucun espoir aussi bien d’une vie politique interne complète et sérieuse que d’une possibilité de tenter de simplement le changer de l’intérieur.  Nous n’avons absolument rien de commun politiquement avec le PT. Avec les SI en revanche nous avons le même but ; nous pensons seulement que les méthodes de leur direction ne permettront pas de parvenir à ce but, et qu’il est prématuré pour eux de revendiquer des “succès” pour ces méthodes qui sont, sur la base du présent, des succès très limités et probablement fragiles.

Lorsque Hallas effectue une propagande alarmiste selon laquelle logiquement les trotskistes ont l’intention d’écraser le centrisme (parfois, cela dépend du public, ou de l’opinion qu’il se fait de son public, il n’est pas très loin de laisser entendre que le sabotage est réel et présente un danger), il est complètement à côté de la plaque. Nous avons suivi le conseil de Lénine, nous avons rompu politiquement avec le centrisme et nous voulons vraiment écraser le centrisme. Mais comment cela doit-il être fait ? Pour l’Internationale Communiste qui essayait de se débarrasser des directions déloyales des groupes centristes qui avaient adhéré au Komintern, l’écrasement du centrisme nécessitait une offensive organisationnelle. Pour nous, cela ne peut signifier qu’une offensive politique afin de transformer le Groupe en contribuant à son travail pratique utile.

3°) Hallas dit qu’un groupe centriste travaille habituellement dans une seule direction, depuis un pôle jusqu’à un autre. Mais c’est un peu trop simpliste. Instable par nature, le centrisme fait des allers-retours en zigzags. Dans le cas des SI, cette direction ne suit pas non plus un chemin direct. Tous les changements que les SI ont connus ont été de nature empirique. Ce qui a changé hier quand la pression des événements s’est fait sentir dans une direction peut très bien changer et revenir en arrière le lendemain. Pour consolider leurs gains, les SI ont besoin d’une rupture délibérée avec leur passé. Les diverses rectifications de leur ligne ont représenté des mouvements positifs en direction de la politique révolutionnaire. La masse des adhérents se déplace, le plus certainement de manière subjective, dans une direction révolutionnaire (bien qu’il faille également dire qu’un certain élément social-démocrate de gauche existe aussi en tant que résultat de l'état de délabrement de la gauche travailliste naturelle). Cet élément révolutionnaire des SI a poussé la vieille garde à revenir sur certaines des étapes qu’elle a franchies depuis 1950 pour s'éloigner du trotskysme. Mais ce processus n’était pas un processus consciemment compris par les membres. Le résultat est que ceux qui ont laissé tomber le léninisme dans les années 1950 et jonglé un certain temps avec lui à la fin des années 1960 contrôlent toujours l’organisation. Entre les personnes qui ont intégré le Groupe avec une énergie révolutionnaire, mais avec une éducation marxiste peu précise, et la tendance qui dirige, il y a une claire séparation de fonction qui grandit. Et c’est cette dernière qui détermine la direction du groupe, lequel est maintenant en bonne santé, mais opportuniste. Le potentiel d’adhérents demeure non réalisé en raison du manque d’un centralisme démocratique authentique, et parce que ce sont les attitudes de ceux qui “ont adopté le léninisme” sans posséder l’honnêteté et la clarté léninistes de se confronter et de briser avec ce qu’ils avaient été auparavant, qui dominent totalement.

C’est un tournant sain qui a amené les SI à leur taille actuelle ainsi qu’au contact avec la classe. Mais ce contact lui-même peut avoir un effet vertigineux et dérangeant sur un groupe qui n'est pas totalement clair. Nous avons vécu une période dans laquelle les plus grands dangers pour la santé avaient été ceux auxquels faisaient face de minuscules groupes qui n’avaient guère de contacts avec la classe. Mais les SI s’exposent désormais aux dangers d’adaptation et d’opportunisme, qui sont liés aux militants, et ces dangers vont grandir au fur et à mesure que les SI grandissent. Ils ne sont pas en état d’y faire face. C'est dans ce sens également que la question de la direction est complexe.

4°) La tendance trotskiste peut-elle être loyale vis-à-vis des SI ? Selon la conception de la loyauté de Hallas, à savoir une loyauté aveugle vis-à-vis de l’appareil, nous ne pouvons pas l’être. Mais quel est ce type de loyauté, et qui est sur le long terme le plus loyal : les personnes qui suivent sans se poser de question chaque rebondissement sans émettre aucune critique, ou bien celles qui luttent en faveur de la cohérence et contre ce qu’elles considèrent comme des déviations par rapport au marxisme ? Qui est le plus loyal, non pas vis-à-vis de l’appareil, mais à l’égard des principes et des traditions du communisme révolutionnaire ? Il est bien connu qu’en 1969 Hallas était opposé au changement de ligne concernant la présence des troupes britanniques en Irlande. Il en était de même pour la Tendance trotskiste. Nous avons tiré un tract qui attaquait la direction à propos de ses hésitations. Nous avons lutté sur cette question à la conférence et nous avons été battus de peu. Finalement, nous avons présenté une motion lors de la Conférence nationale qui a été adoptée et la ligne a été changée. La “loyauté” de Hallas signifiait cependant que son opposition était une affaire très privée. Mais que vaut cette sorte de loyauté ?

Nous ne sommes pas le moins du monde honteux ou inquiets d’être traités de factionnalistes. Les deux membres de la Tendance trotskiste que Hallas a pris pour cible étaient antérieurement des membres de la SLL et de la RSL(*). Mais dites-nous s’il vous plaît : avaient-ils un autre choix que d’être de factionnalistes ? Si un camarade inexpérimenté adhère à la SLL ou à la RSL parce que c’est la première organisation qu’il rencontre par hasard,  et si plus tard il découvre les défauts de cette organisation, ou bien il peut devenir un factionnaliste, ou bien il peut se taire et être loyal (selon la définition de Hallas), ou bien il peut devenir un déserteur. Les camarades en question ont lutté dans la SLL et dans la RSL. Ont-ils eu tort ?

Lorsque le Workers’ Fight a rejoint les SI, il ne s’agissait pas d’individus qui adhéraient à une organisation en ignorant ses défauts. Nous avons adhéré aux SI avec des différences et des critiques très claires que nous avons fait connaître. L’unité a été acceptée sur la base  d’une activité loyale en tant que membres des SI et du droit d’exprimer nos désaccords en interne. Nous n’avons en aucune  façon compromis cette sorte de loyauté. Mais (au-delà de la loyauté dans l’activité, compte tenu des décisions de la majorité) nous ne considérons pas la loyauté en termes d’organisation – « bon, il y a la RSL, la SLL, l’IMG(*) et les SI, vous payez et vous choisissez ». Ce n’est pas la loyauté d’un révolutionnaire, mais c’est celle d’un bureaucrate du Parti travailliste.

5°) Propositions pratiques. Une approche et une méthode politiques correctes sont ce qui est fondamental pour une politique révolutionnaire. C'est d’elles que découlent des conclusions pratiques correctes. C’est la raison pour laquelle la plateforme expose notre approche fondamentale et ce en quoi nous sommes en désaccord avec la tendance dominante dans les SI. Mais il n’est pas nécessaire que nous ayons des approches différentes des SI sur chaque question particulière. Cela ne veut pas dire que toutes les analyses et les activités des SI sont automatiquement mauvaises.

Notre approche différente s’est manifestée dans un certain nombre de questions pratiques au cours des 3 années passées. Beaucoup de nos propositions ont été rejetées d’emblée parce que c’est nous qui les avions présentées – et ensuite elles ont été adoptées après qu’un intervalle de temps décent s’est écoulé.

Nous avons lutté pour que les SI mettent sur pied une organisation nationale de militants de base qui puisse établir un pont entre les SI et les milliers de travailleurs qui, pour diverses raisons, ne nous ont pas rejoints, mais qui sont prêts à combattre la bureaucratie et à mener une politique militante, sans pour cela posséder une conscience révolutionnaire générale. Ceci est actuellement accepté en principe par certains des dirigeants des SI.  

Nous avons lutté pour créer un mouvement socialiste de la jeunesse. L’on nous a énergiquement résisté à ce sujet jusqu’à très récemment. Sa nécessité n’a été acceptée qu’après que nos camarades ont prouvé dans la pratique qu’un journal de la jeunesse était à la fois possible et efficace comme moyen d’attirer de jeunes travailleurs autour de lui.

Nous avons lutté à propos de l’Irlande sur la question du soutien des SI aux troupes durant les années 1969-70, mais également sur ce que nous devrions dire aux travailleurs irlandais en Grande-Bretagne, et aussi contre l’indifférence initiale des SI vis-à-vis de la question de la frontière à une époque où la lutte semblait encore porter entièrement sur les droits civiques. Nous avons lutté pour une orientation de principe consistant à travailler sur le plan international. Nos camarades ont naturellement été actifs dans leurs fractions de base en publiant un journal pour les dockers et un journal pour les travailleurs de l’hôpital. Nous avons lutté pour une approche sérieuse de l’unité de la gauche. Actuellement, nous sommes en train de lutter pour une politique de principe sur la question du Marché Commun.

6°) Est-ce que la Tendance trotskiste a éprouvé du mépris vis-à-vis des membres des SI ? Non, elle ne l’a pas fait. Est-ce qu’un camarade qui a été là depuis un an ou moins objecte d’être qualifié d’inexpérimenté. Les révolutionnaires ne le sont pas de naissance – ils ont besoin d’être entraînés. Nous critiquons la direction des SI parce qu’elle a échoué à affronter la tâche d’entraîner des cadres révolutionnaires, et parce que, au lieu de cela, elle a compté sur la démagogie. Un exemple de cela, c’est la dernière conférence des SI. Si l’on s’en tient au procès-verbal de la Conférence nationale, il était clair qu’il y avait des désaccords sur des questions telles que l’usage du slogan de la grève générale, mais les membres ce cette conférence n’ont pas essayé d’impliquer les adhérents dans le débat ou de mener une discussion. Au lieu de cela, l’on est passé à la hâte d’un point à un autre, et un ordre du jour plein à craquer a été “fait” à la manière d’une caricature de touriste américain “faisant” l’Europe. À la fin de cela, les membres ont eu droit à des paroles d’encouragement démagogiques et condescendantes selon lesquelles tout irait bien si l’on travaillait dur et si l’on arrivait à 2 500 membres.

Un meilleur exemple de mépris à l’égard des membres est l’article même de Hallas. Il n’essaie à aucun moment de répondre à une quelconque des accusations portées par le projet de Plateforme de la Tendance, mais, au lieu de cela, il s’appuie sur le bluff et les fanfaronnades, ainsi que sur des affirmations ridicules telles que : « son travail (celui de la Tendance) est de semer le soupçon et la confusion parmi les adhérents ». Cela ne montre-t-il pas un réel mépris pour les adhérents, comme s’ils n’étaient rien d’autre qu’une bande de moutons crédules menacés par « une conspiration solidement tissée »…

7°) Peut-être que la partie la plus déloyale de la polémique “préliminaire” de Hallas est celle où il soutient que nous pensons qu’il existe un groupe plus sain à l’extérieur des SI. Bon, il est vrai que la Tendance est favorable à un soutien critique à l’USFI(*). Notre soutien remonte à la reconnaissance que les perspectives mondiales générales de la Tendance sont celles qui ont été développées par (ce que l’on appelle maintenant) l’USFI depuis 1944. Les groupes dissidents de la “IV° Internationale” n’ont fait qu’ajouter leur charabia à ces perspectives et à cette analyse du monde, et ils les ont réduites à des inepties incohérentes. C’est pour cette raison-là que nous rejetons le mythe malveillant de la “V° Internationale”. Nous disons que la IV° Internationale existe sur la base d’un développement plus ou moins correct de sa politique de 1938, une politique avec laquelle nous sommes d’accord. Elle existe organisationnellement en tant qu’Internationale ; et elle lutte en faveur d’une conception léniniste d’une Internationale sérieuse, politiquement unifiée, en opposition avec les idées telles que celles de Cliff et de la majorité des SI d’une “société de correspondance” internationale fédérée.

Indépendamment de sa politique formellement correcte – et, selon notre opinion, elle est formellement correcte – l’expérience réelle de ses “sections” successives en Grande-Bretagne n’est pas celle qui pourrait nous inspirer une grande confiance. En fait, nous disons catégoriquement dans notre Plateforme que nous ne croyons pas qu’il existe une organisation révolutionnaire solide en Grande-Bretagne. Ce qui est le plus sûr, c’est que l’IMG, qui est la section britannique de l’USFI depuis 1968, n’est pas une organisation de ce type. L’IMG est incapable de traduire de manière fondamentalement correcte des analyses afin de les adapter aux conditions britanniques. Il n'est pas orienté sérieusement vers la classe ouvrière, ainsi qu’en témoignent les penchants académiques et estudiantins du “Red Mole”. Dans ces circonstances, les SI ont une orientation plus importante vers la classe. Il est par conséquent de notre devoir, c’est ce que nous ressentons, de participer aux SI tout en cherchant dans le même temps à unifier les tendances dans le mouvement qui veulent construire le parti révolutionnaire. Cela implique un appel sérieux en faveur de l’unité de la gauche, ce qui signifie, parmi d’autres choses, une série concrète de propositions en direction de l’IMG et d’autres individus ou groupes. C'est ce que nous avons fait dans la résolution et dans notre Plateforme. Si, dans l’intérêt d’un travail plus efficace, Lutte Ouvrière peut prendre part à des discussions en vue de l’unité avec la Ligue Communiste, alors les SI pourraient et devraient  proposer l’unité à l’IMG.

8°) Quelle est la base de la Tendance trotskiste ?

Les membres de la Tendance sont d’accord sur des principes fondamentaux – mais nous ne sommes pas nécessairement d’accord sur des questions tactiques. Lorsque nous sommes en désaccord sur des questions tactiques, à la différence d’une clique qui reste unie du fait de liens personnels plutôt que par un accord politique, nous l’exprimons ouvertement et nous votons différemment, ainsi que nous l’avons fait sur la question des élections générales lorsque nous avons publié 3 opinions différentes.

L’on insinue que la question que nous soulevons dans notre Plateforme et que nous n’avons prétendument pas désiré discuter jusqu’à présent est celle de l’analyse de la Russie et des autres sociétés étatisées en tant qu’États ouvriers. Eh bien, si nous pensons que cette définition sociologique est importante, la chose la plus importante, c’est la conclusion pratique qui en découle.

À proprement parler, nous n’avons jamais fait une condition d’adhésion de l’étatisme ouvrier, mais plutôt du défensisme de ces États en tant que dirigé contre le capitalisme impérialiste occidental. Tous les étatistes ouvriers sont évidemment des défensistes, mais pas nécessairement l’inverse. Nous pensons qu’un capitaliste d’État marxiste devrait logiquement être un défensiste. Il est vrai que nous avons eu des capitalistes d’État dans la Tendance trotskiste, mais ils ont été défensistes. Le fait que tous les membres soient maintenant des étatistes ouvriers n'est pas le problème. Si Hallas avait voulu présenter notre document en toute honnêteté, il aurait vu qu’il y a deux principes de base auxquels nous tenons en ce qui concerne les États staliniens : 1 – le défensisme contre l’impérialisme ; 2 – la révolution anti-bureaucratique.

Quand Hallas dit que nous refusons d’écrire sur ce sujet, il s’appuie de nouveau sur le manque général de connaissance de ses lecteurs. À l’époque de la conversation avec [CONFIDENTIEL], Hallas n’a pu donner que son opinion personnelle selon laquelle nous devrions nous adresser aux SI au sujet de la question du capitalisme d’État – ce n’était certainement une invitation “officielle”. [CONFIDENTIEL], faisant allusion à « des questions plus importantes », a agi conformément à cela dans le contexte du fait que, quand nous avons rejoint les SI, la question la plus pressante était celle du parti révolutionnaire – au début, nous avons prêté principalement attention à cette question, et nous avons rendu cette raison explicite dans le “Worker’s Fight” n° 1.

Mais, dès début de 1969, nous avons lancé une série de débats sur cette question. Ceux-ci ont été interrompus par la nécessité de nous défendre contre des attaques organisationnelles et contre les tentatives de scission dans la section de Manchester. Mais, au cours de ce combat et des luttes ultérieures à propos de la question irlandaise, nous avons néanmoins publié un recueil comprenant la réédition des textes de Trotski sur le sujet, avec une  introduction relative au capitalisme d’État. Nous avons cru et nous croyons encore que toute tentative pour que notre matériel soit publié dans le journal des SI serait une perte de temps. Bien qu'il puisse être pertinent de se demander si nous avons été à la hauteur, c'est une calomnie totale de dire que nous avons évité le problème.

9°) La tentative destinée à exclure la Tendance qui a été lancée avec la diatribe hystérique de Hallas.

Si la direction parvient à ses fins, cela se terminera par une exclusion hypocritement “raisonnable” lors de la Conférence extraordinaire du 4 décembre. La raison en est simple. Résolue à construire un parti non-léniniste peu structuré, mais centralisé, la direction est confrontée maintenant à la nécessité d’éliminer une opposition sérieuse. Son brusque virage opportuniste à propos du Marché Commun a alerté de nombreux camarades sur la nature de sa politique – sur une seule question. Nous avons organisé la lutte, et la réponse l’a déconcertée. Elle a peur que les camarades généralisent à partir de cette expérience du Marché Commun. D’où la tentative abrupte de Hallas de mettre hors la loi la lutte destinée à généraliser sur le plan politique – c'est-à-dire de faire la synthèse et de conclure que les SI sont centristes. D’où les exclusions projetées.

Certains camarades, qui sont opposés à la ligne officielle sur le Marché Commun, soutiennent néanmoins l’exclusion pour la raison que, pour eux, il n'est pas “sans danger” d’organiser une discussion interne “polie” quand nous sommes dans les parages. En aidant à nous exclure, ils veulent restaurer leur liberté d’avoir la bonne ambiance d’un club de débats parmi les milieux dirigeants, en permettant à l’appareil du Groupe d’être opérationnel pour proscrire les tendances organisées qui combattent la ligne officielle.

Certains de ces gens-là ont passé plus d’une décennie (avant que les SI n’aient redécouvert en 1968 qu’ils “croyaient”, après tout, à la nécessité d’un parti léniniste) à faire des plaisanteries cyniques à propos du centralisme démocratique. Ils le considéraient comme un système complètement bureaucratique. Et ils le considèrent toujours comme un système bureaucratique – ce n’est que maintenant qu’ils en voient l’“utilité”, et qu’ils sont prêts à brandir la hache de guerre. Ils n’ont jamais compris que c’est l’élément démocratique du centralisme démocratique qui est particulier dans le léninisme, et non pas le centralisme, ni qu’il est possible d’organiser une démocratie relativement civilisée à l’intérieur de l’organisation révolutionnaire. Ils ne le comprennent toujours pas à l’heure actuelle.

Si la Tendance est exclue, cela produira un changement qualitatif dans le contrôle grandissant du Groupe sur l’appareil. Cela établira un précédent qu’il utilisera comme bon lui semblera. Ceux qui voudront lutter contre le danger de dégénérescence bureaucratique des SI et en faveur d’une conception léniniste du parti révolutionnaire, laquelle est opposée à celle qui est actuellement dominante dans les SI, ont par conséquent un intérêt vital et direct à combattre l’exclusion de la Tendance trotskiste.

C’est la Tendance trotskiste qui sera peut-être au banc des accusés – mais ce seront les SI et leur direction, ainsi qu’en fin de compte leur viabilité en tant qu'organisation socialiste révolutionnaire non sectaire, qui seront jugés le 4 décembre.

 

Adresse : [CONFIDENTIEL]                                             Tendance trotskiste

                                                                                                 20 – 10 - 71

                                                                                                    

    

Méthode et politique,

 

Une réponse personnelle à la Tendance trotskiste

 

par [CONFIDENTIEL]

  

1. Comment, en un mot, la Tendance trotskiste conçoit-elle le Groupe ?

Les SI, à ce que l’on raconte, se sont constitués à la suite d’une capitulation devant l’opinion publique réactionnaire dans le climat de la Guerre froide à la fin des années 1940. Nos positions sur la Corée et sur l’Europe orientale sont utilisées comme des preuves de cela. Sans surprise, c’est sitôt après avoir tourné le dos à tout ce qui est cher aux trotskards que nous avons dégénéré de plus en plus. Nous avons renoncé, et même nous sommes opposés, à la concentration du parti prônée par Lénine. Certains d’entre nous ont même fait « des remarques cyniques sur le centralisme démocratique ». À la suite de notre abandon de la “méthode marxiste”, nous nous sommes débrouillés par une raison inexplicable à grossir de manière considérable.

La pression de ces nouvelles recrues, bien qu’« inexpérimentées » et malavisées, est une source continuelle de pression positive sur la direction. La raison en est que les nouvelles recrues sont « subjectivement » révolutionnaires. Sous cette pression, la direction a accepté de réintégrer des éléments « fragmentaires » de la tradition (étant opportuniste, cela ne lui a posé aucun grand problème. Dans la pratique, elle poursuit en grande partie dans sa bonne vieille voie). Malgré cette bonne pression, ainsi que la présence de la Tendance trotskiste, « qui organise la lutte » sur toutes les questions importantes actuelles (Irlande, législation sur les syndicats, Pilkington, Marché Commun, internationalisme, etc.), les SI ont pris une position qui va à l’encontre du principe marxiste.

Qui sont les camarades de la Tendance trotskiste qui essaient de plaisanter ?

 

2. Qui « a abandonné le léninisme » et qui « s’est éloigné du trotskisme » ?

La caractéristique essentielle du trotskisme et son mérite le plus fondamental, c’est une seule et même chose. Pendant tout une période historique, il a maintenu vivante la tradition léniniste. Au cours des années de trahisons staliniennes, de montée du fascisme, de chômage, de défaites et de désespoir, le mouvement trotskiste a continué à brandir haut le drapeau. Il s’agissait à cette époque-là d’une bataille physique pour la survie face aux persécutions provenant de droite et de gauche. Et le plus souvent, il s’agissait d’une lutte pour les idées. Cela signifiait se servir des armes de la calomnie pour contrer la machine de falsification stalinienne, afin de défendre les idées de Lénine.

Quelles étaient pour l’essentiel ces idées ? La conception de Lénine d’un parti centraliste démocratique comme fer de lance de la classe ouvrière, en un. Le fait que la classe ouvrière est au centre de l’arène politique, en deux. Sans l’intervention consciente de la classe ouvrière, il ne pourrait pas y avoir de révolution. L’émancipation de la classe ouvrière est l’œuvre de la classe ouvrière elle-même.

Hélas, tout cela devait être jeté par la fenêtre après la guerre. À la fin de cette Seconde Guerre mondiale, l’URSS a établi des régimes tout compte fait similaires à elle-même de par leur structure en Europe orientale. Comment ces régimes-là devaient-ils être caractérisés ? C’était une question capitale pour les trotskistes qui maintenaient que la Russie était toujours par certains côtés un État ouvrier. Finalement, ils ont été caractérisés comme étant des “États ouvriers déformés”. Mais c’était là une rupture fondamentale avec la tradition marxiste. Cela signifiait qu’une révolution, bien que déformée, pouvait avoir lieu sans l’intervention de la classe ouvrière et en l’absence de l’activité d’un parti révolutionnaire. En fait, elle pouvait avoir lieu contre la classe ouvrière et après que les organisations révolutionnaires avaient été détruites à la pointe des baïonnettes staliniennes.

C’est à ce moment-là que nous rompons avec le mouvement trotskiste officiel, et ce précisément afin de rester dans la tradition marxiste.

Aujourd'hui cependant, nous nous retrouvons attaqués. Nous avons rompu délibérément avec ceux qui, d’un coup de plume, se passaient de la nécessité d’un parti. Nous avons édifié la première approximation viable d’un embryon d’un parti révolutionnaire dans ce pays. Nous somme accusés aujourd'hui d’avoir renoncé à la conception que Lénine avait du parti.


Qui se moque de qui ?

 

3. Principes et tactique dans la question irlandaise

En 1969, a eu lieu dans le Groupe un débat qui portait sur la question de la présence des troupes britanniques en Irlande. Tout le monde était d’accord sur la question de principe. C'est-à-dire sur le rôle impérialiste de ces troupes. Au mois d’août cependant, la situation a évolué jusqu’à un point où un véritable pogrom ne pouvait pas être exclu. Afin de conserver ses intérêts à long terme dans l’île, la Grande-Bretagne a déployé ses troupes en vue de mettre fin au pogrom. Tels sont les faits. Quelle devait être notre attitude ?

Le CE se divise en deux. La majorité décidait de maintenir sa position de principe en ce qui concerne les troupes. Absolument tous les articles publiés à cette époque-là disent clairement quel est le rôle à long terme des troupes. Ils prédisaient qu’en fin de compte elles seraient employées contre les socialistes. Mais la majorité décidait aussi de manière tactique de retirer des gros titres, en tant que slogan immédiat, “Troops out” [Les troupes, dehors]. Elle signalait, ce qui était correct, que toute les forces progressistes d’Irlande, y compris l’IRA, ne reprenaient pas ce slogan. Elle montrait que c’était uniquement dans les zones paysleyites que le slogan était populaire. J’étais dans la minorité. Duncan Hallas et [CONFIDENTIEL] étaient aussi dans la minorité. Nous soutenions que, d’un point de vue tactique, il fallait maintenir le slogan. La raison ? Parce que, tout en admettant les arguments de la majorité, l’écrasante quantité de nos journaux était vendue en Grande-Bretagne, et non en Irlande. Notre position était absolument claire, en toutes lettres, dans les procès-verbaux, etc.

Nous nous sommes rendus à la conférence. Nous y avons trouvé la Tendance trotskiste comme compagne de route. Quelle était sa position ? Elle aussi était favorable au slogan du retrait immédiat des troupes britanniques. Pas tactiquement cependant, mais en tant que principe. Mais il y avait pire à venir. Elle soutenait que pour elle le slogan était indissocia-blement lié à la revendication de la partition de l’Ulster. Cette revendication extrêmement réactionnaire n’était pas une idée qui serait sortie à l’improviste de la tête de quelqu’un. Une carte, sous une forme dupliquée, et montrant la concentration catholiques/protestants en Ulster, a été distribuée à tous les délégués. L’un de ses intervenants a indiqué qu’il ne faudrait pas beaucoup de camions pour effectuer les inévitables transferts de population. D’autres ont souligné que, en tant que socialistes, nous ne devons pas craindre de faire des sacrifices dans l’intérêt de la lutte de classe. Par conséquent, qu’est-ce qu’était un pogrom pour nous ?

Je ne sais pas pourquoi Duncan ne s’est pas exprimé sur cette question. Mais je sais pourquoi je ne l’ai pas fait. Je n’étais en aucun cas prêt à fournir une crédibilité quelconque aux partisans de telles idées. Sur le plan tactique, ils auraient pu être d’accord avec moi. Mais sur la méthode, c'est-à-dire la manière correcte employée pour arriver à des décisions, il n’y aurait pas pu y avoir de plus grand désaccord.

L’on pourrait consacrer de nombreuses pages à réfuter les calomnies, à mettre les choses au clair, à montrer là où la politique était fautive dans tel ou tel exemple. Je pense cependant que les deux exemples mentionnés plus haut seront suffisants. La vérité sur cette question est que la politique de la Tendance trotskiste est incroyablement sous-développée. Elle partage avec le SPGB(*) la conviction que principes et tactique sont synonymes. C’est la raison de la remarque indignée suivante : « Cliff a vraiment été applaudi par le NC quand il a dit ces derniers temps… que les principes sont en contradiction avec la tactique ». Mais camarades, ce qu’a dit Cliff est l’ABC du marxisme. C'est la raison pour laquelle Lénine le considérait aussi bien comme étant un art que comme une science. Nous sommes tous en principe pour l’abolition de l’argent. Tactiquement, ne devrions-nous pas l’élever au rang d’un slogan toutes les semaines dans notre journal ?

Je ne pense cependant pas que sa politique soit l’essence de la Tendance trotskiste. Ni évidemment la raison de nos propositions de nous séparer.

4. Quelle est l’essence de la Tendance trotskiste ?

Quelques observations initiales. La position de la majorité du NC des SI sur la CEE est considérée comme la preuve d’une erreur méthodologique fondamentale. D’après la Tendance trotskiste, l’IMG est réputé avoir « une position formellement correcte ». La position sur la CEE de la majorité du NC et de l’IMG est identique. Pour la Tendance trotskiste, ainsi que je l’ai signalé au point 1 ci-dessus, les positions politiques des SI sur toutes les questions majeures actuelles se sont opposées directement à tous les principes marxistes. Notre journal, qui est notre moyen de transmission de ces positions, touche plusieurs milliers de militants chaque semaine. La Tendance trotskiste a des désaccords de principe avec nos positions. Ses adhérents sont pourtant très heureux de vendre ce journal. Ne prennent-ils pas sa politique au sérieux ? Pourquoi tiennent-ils à continuer de tromper tant de gens avec notre matériel ? Sur la plupart de ces mêmes questions politiques, les membres de la Tendance trotskiste se sont divisés dans toutes les directions. Et pourtant ils prétendent tous souscrire à une méthode commune qui les sépare du reste d’entre nous. Comment cela se peut-il ?

Le trotskisme a maintenu vivante une tradition léniniste au cours d’une période extrêmement difficile, non sans s’exposer à certains dommages. Sa politique de petits groupes, la tactique de l’entrisme qu’il a souvent pratiquée, sa bataille rangée pour les principes, l’ont marqué à la longue. Le sectarisme fait partie de la tradition trotskiste. Le mouvement a fait de son mieux, et si nous en sommes là aujourd’hui, c’est en raison de ses combats. Mais nous ne devrions pas oublier ses défauts.

Les  camarades de la Tendance trotskiste ont renoncé à son héritage politique essentiel, étant donné qu’ils n’en ont retenu que le sectarisme. Comment pouvons-nous interpréter cette déclaration : « … il est possible pour la direction d’introduire certaines de ces mesures, ou même toutes [c'est-à-dire les propositions de la Tendance destinées à améliorer le Groupe] … sans toucher à la racine du problème, car le problème se situe dans la méthode éclectique et pragmatique de la direction de Cliff ». Pile je gagne, face tu perds. Même lorsqu’elle avance un ensemble de propositions, la Tendance trotskiste désire s’assurer que, dans le cas improbable où elles seraient acceptées, il lui resterait une raison pour continuer à exister. La politique devient une question de méthode qui est dissociée des décisions réelles qui sont prises. C’est de la métaphysique sectaire.

Pourquoi devrions-nous nous séparer ?

Les fractions se constituent dans les organisations révolutionnaires dans le but de changer la position de la majorité sur des questions particulières. Une fois que la lutte progresse, les fractions disparaissent. Ce droit à organiser des fractions fait partie intégrante du centralisme démocratique.

Les camarades de la Tendance trotskiste demandent alors : que se passe-t-il quand, après être passé d’une question à l’autre, l’on voulait généraliser son opposition ? Les tendances oppositionnelles larges et globales ne sont-elles pas autorisées ?

La réponse est simple : cela dépend. J’ai été en désaccord aujourd'hui avec la majorité sur deux questions importantes : l’Irlande et la CEE. Je pourrais penser qu’il y a un rapport entre les deux erreurs. Mais pour moi, un changement de certaines politiques est tout ce qui est réclamé. Mes désaccords portent sur des politiques, ils ne précèdent ni ne dépassent à la fois les politiques. Quand un désaccord quantitatif devient un désaccord qualitatif, quand l’opposition à des politiques devient une opposition de méthode, la coexistence devient impossible. Elle est non seulement impossible, mais elle est réellement indésirable.

La période prérévolutionnaire est marquée par une lutte d’idées à l’intérieur du camp politique. Les preuves d’une manière de penser politique résident dans son succès. Qu’est-ce qui a fait le prestige des bolcheviks ? Leurs succès en tant que révolutionnaires.

Les camarades de la Tendance trotskiste pensent que leurs idées sont meilleures que les nôtres. Plus que cela. Ils croient que leur méthode est meilleure que la nôtre. Je ne le pense pas. Qu’ils prouvent qu’ils peuvent faire mieux. Maintenant et à long terme.

La clarté politique, pour nous, pour eux et pour la classe ouvrière, ne peut résulter que d’une telle décision.

La raison pour laquelle l’on n’autorise pas les tendances à exister dans une organisation révolutionnaire, ce n’est pas seulement parce qu’elles sont destructrices. C'est également parce c’est une abdication des responsabilités politiques des deux côtés.

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UN BILAN POUR MANCHESTER

[CONFIDENTIEL] 

  Au cours de l’été 1968, la section de Manchester des SI était la plus grosse section du pays, avec 57 membres, sur lesquels 12 étaient des ouvriers de l’industrie. Les quatre membres du Worker’s Fight les ont rejoints. (Le nombre total  des membres du Worker’s Fight qui ont rejoint les SI pour tout le pays à ce moment-là était de 9 – quatre pour Manchester, quatre pour le Teesside et un à Coventry).

La conséquence immédiate a été des querelles factionnelles intenses. Un an plus tard, au cours de l’été de 1969, le nombre d’adhérents avait chuté à 34, parmi lesquels trois seulement étaient des ouvriers de l’industrie. Craignant que la démoralisation et la chute continuent, le NC est intervenu et il a divisé la section de Manchester en deux : Manchester n° 1 sous l’influence de la Tendance trotskiste avec 21 membres, dont 3 étaient des ouvriers de l’industrie, et Manchester n° 2, avec 13 membres.

À l’heure actuelle, après un peu plus de deux années, le bilan est le suivant :

Manchester n° 1 – 21 membres sur lesquels deux sont des ouvriers de l’industrie (l’un  des ouvriers de l’industrie qui était là à l’origine est devenu étudiant). Pendant ces deux années, aucun ouvrier de l’industrie n’a adhéré à la section, et la croissance d’ensemble de la section est nulle. Nous nous demandons pourquoi Manchester n° 1 a de si mauvais résultats. L’on ne peut pas faire adhérer des gens à une organisation centriste « qui subit une dégénérescence qualitative ».

Manchester n° 2 – 60 membres, sur lesquels 10 sont des ouvriers de l’industrie             (4 imprimeurs, 2 machinistes, 1 chauffeur de bus, 1 électricien, 1 ouvrier de brasserie ainsi que 1 membre de l’ASTMS dans une usine de construction mécanique).

Le gain du Worker’s Fight depuis son entrée dans les SI il y a trois ans a été le suivant : 4 membres du Worker’s Fight ont rejoint les SI, et maintenant il a 10 membres à Manchester. Mais le coût de cette entrée pour les SI est moins facile à estimer. Combien de membres les SI perdent ou manquent de gagner à Manchester à cause du Worker’s Fight ?

Devant le bilan ci-dessus, il est assez amusant de lire dans “La Plateforme de la Tendance trotskiste ” l’allusion à « la croissance rapide et facile du groupe ».

Incidemment, dans toute la Plateforme, le “Socialist Worker” n’est même pas mentionné une seule fois. Et pourtant le “Socialist Worker” est notre outil principal pour  édifier notre organisation. Ce n'est pas un hasard. Au cours des trois années pendant lesquelles le Worker’s Fight a fait partie des SI, [CONFIDENTIEL] n’a écrit qu’un seul article pour le “Socialist Worker”. Et personne d’autre du Worker’s Fight, si je ne me trompe, n’a écrit d’articles pour le “Socialist Worker”. ([CONFIDENTIEL] n’a écrit ce seul article qu’une fois qu’il a rompu avec le Worker’s Fight). Durant cette même période, le groupe du Worker’s Fight a sans doute écrit 15 documents qui “dévoilaient” la direction, et chaque document était égal en longueur probablement à cinq ou à dix articles du “Socialist Worker”. Qui s’intéresse à construire une organisation centriste quand le travail en cours est de dévoiler la direction ? Quelle meilleur preuve que le Worker’s Fight ne fait pas réellement partie intégrante des SI, mais une organisation séparée sans aucune solidarité du tout pour ce qui concerne les besoins de construction des SI. Ceci explique le dossier organisationnel du Worker’s Fight à Manchester. Vous ne pouvez pas construire une organisation si vous n’êtes pas fier d’y appartenir.


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POUR MÉMOIRE : Tony Cliff 

  Il y a deux ans, il y a eu  deux désaccords liés entre eux entre la Tendance trotskiste et la majorité des SI au sujet de l’Irlande.

1°) La Tendance trotskiste était favorable à la répartition des 6 comtés selon des critères religieux. Elle a même produit à cette fin pour la conférence une carte qui prétendait montrer la base religieuse d’une telle répartition. L’un de ses représentants a même parlé en termes de “transferts de population” – et naturellement il n’a pas dit qu’un autre pogrom serait nécessaire pour faire bouger les gens. La Tendance trotskiste ne mentionne plus jamais cette position maintenant. Pourtant en 1969 encore, elle liait de manière indissociable la question de la partition avec sa revendication selon laquelle nous devrions soulever, à l’aide d’un slogan immédiat et d’agitation, la question du retrait sans délai des troupes. Pourquoi les documents de la Tendance trotskiste ne mentionnent-ils plus cela au cours des deux dernières années ?

2°) La question des troupes. Quelle était la situation en août 1969 ? Citons un extrait de la brochure de l’IRA publiée récemment : “La bataille de Belfast” : « À Derry même, en désespoir de cause, peu après 16 heures le 14 août (1969), 60 B-Specials(*) armés sont arrivés à Derry pour renforcer la RUC(**) démoralisée. La vieille béquille et arme de l'unionisme était éliminée. 8400 autres B-Specials ont été demandés formellement par le Stormont(***) pour prendre leur service… C'est à ce stade que Westminster est intevenu… À 17 heures 15, les premières troupes sont entrées dans le Bogside pour y empêcher une confrontation majeure entre la population catholique et les B-Specials. Les habitants du Bogside les ont accueillies avec des acclamations et ensuite des tasses de thé… (À Belfast, la politique de l’armée a mené à des affrontements entre le reste des B-Specials et leurs alliés de l’UVF(****), d’une part, et l’armée, d’autre part. Les 11-12 octobre, au moins 22 soldats britanniques ont été tués au Protestant Shankhill Road. ».

Quelle est l’attitude prise par les SI au cours de cette période-là ? L’on prétend que « nous avons de facto soutenu l’intervention des troupes britanniques ». En réalité, si l’on prend au hasard quelques éditoriaux du “Socialist Worker”, pour eux, seule l’auto-défense armée pourrait protéger les travailleurs catholiques contre une recrudescence des pogroms, et aussi bien, à long terme, contre les troupes britanniques. Prenons par exemple l’éditorial du “SW” du 21 août 1969 (lorsque les troupes sont intervenues) : « Les troupes britanniques ont été présentées à la presse comme ayant pour mission de restaurer l’ordre public… Mais l’on ne devrait pas penser que les troupes britanniques vont pouvoir commencer à résoudre le problème (des travailleurs catholiques). Le rôle des troupes britanniques n’est pas d’apporter une solution quelconque au problème du peuple de l’Irlande du Nord, mais de geler une situation qui semble devenir incontrôlable et causer du tort aux intérêts de la classe dominante britannique en Irlande... La seule force qui mettra fin au régime répressif, c’est la mobilisation devant être poursuivie de la population assiégée… L’intervention de troupes britanniques permet seulement un moment temporaire de répit au cours duquel les défenses de la communauté catholique peuvent être renforcées. ».

4 septembre 1969 : « Derrière les lignes des troupes britanniques, l’appareil de répression du régime du Stormont demeure ». « Les travailleurs catholiques d’Irlande du Nord ne peuvent accorder aucun confiance à des promesses quelconques tant que le Stormont n’est pas supprimé ».

11 septembre 1969 : éditorial : « Les barricades devraient rester… Les (travailleurs catholiques) devraient demander instamment à leurs soutiens du Sud d’ouvrir un second front contre le régime Green Tory à Dublin afin de leur envoyer des armes provenant des arsenaux du Sud qui les rendraient finalement capables d’exiger le retrait des troupes britanniques étant donné qu’ils auraient alors confiance dans le fait qu’ils pourraient empêcher par eux-mêmes un pogrom… Il ne peut y avoir aucun espoir de progrès pour les travailleurs irlandais tant que l’île est divisée. ».

Voici ce que nous avons dit en réalité, semaine après semaine, sans cesse. C’est aussi, incidemment ce que toute organisation républicaine en Irlande disait également – sauf que nous parlions plutôt clairement de la nécessité de préparer la résistance aux troupes. Et pourtant, [CONFIDENTIEL] prétend que nous avons de facto fourni du soutien à l’intervention des troupes britanniques. Et ce pour la raison que nous n’avons pas lancé le slogan immédiat d’agitation de retrait des troupes, à un moment où les B-Specials restaient armés et où les organisations catholiques ne l’étaient pas.

Nos camarades de Glasgow se sont retrouvés il y a une quinzaine dans une manifestation qui a été attaquée par des orangistes qui les surpassaient en nombre dans une proportion de deux contre un. La police (qui était elle-même infiltrée par les orangistes) s’est sentie obligée de fournir une protection au moins partielle à nos camarades. Est-ce qu’à ce moment-là notre slogan aurait dû être : « Écrasez la police » – et ne fournissions-nous pas de facto un soutien à l’État bourgeois en ne le lançant pas ?

Le Worker’s’ Fight accuse la Majorité du NC de capitulation devant la pression de l’opinion publique en 1969. Si nous étions réellement si faibles, cela devrait être maintenant que nous aurions cédé à l’agitation de la presse et de la télévision contre les “terroristes irlandais”. En 1969, la presse n’était pas hystérique du tout contre l’IRA.

Si nous étions sensibles à l’opinion publique, ce serait à l’opinion des républicains et des socialistes de l’Irlande du Nord. Ni l’IRA, ni le PD, ni n’importe quelle organisation socialiste en Irlande du Nord, n’a lancé le slogan du retrait des troupes britanniques comme un slogan immédiat en 1969. Le seul endroit où des slogans tels que : “Army go home” étaient écrits sur les murs se trouvait à cette époque en territoire dominé par Paisley. En tant que révolutionnaires dans un pays impérialiste, nous sommes fiers de plaider coupables d’être sensibles aux cris des opprimés coloniaux, sensibles aux battements de cœur des républicains et des socialistes en Irlande du Nord.

L’attaque diffamatoire du Workers’ Fight contre la direction des SI sur la question de l’Irlande n’est pas différente d’un iota, dans son style et dans son contenu, de celle de la SLL(*). Mais cette dernière a au moins eu la décence de ne pas prétendre faire partie des SI. Les calomnies de la SLL à l’endroit des SI ne nous ont que peu affectés. Nous n’avons pas trouvé nécessaire de perdre notre temps à répondre à ses allégations. Nos membres, même les plus récents, ne peuvent pas ajouter foi à une secte qui est une ennemie des SI. Avec le Workers’ Fight, la situation est différente. Étant donné qu’il est formellement membre des SI, nous avons répondu aux calomnies, une chose que n’avions pas faite depuis trois longues années. Avec 1 500 nouveaux membres qui nous ont rejoints au cours de l’année passée, les trois-quarts de nos membres ne savent pas quels étaient réellement les différends à propos des événements d’Irlande du Nord en août 1969.

Avec l’expansion future des SI, nous avons seulement deux solutions :

1°) Dépenser de plus en plus de ressources pour répondre aux calomnies du Workers’ Fight (le fait d’avoir 35 membres dans le Workers’ Fight n’est pas une entrave pour répandre largement la calomnie selon laquelle nous fournissons « de facto un soutien à l’intervention des troupes britanniques »).  

2°) La seconde solution consiste à annuler le privilège du Workers’ Fight de faire partie des SI.

Le premier choix signifiera que nous nous tournons vers l’intérieur. Le second choix est d’autoriser le Workers’ Fight à avoir les mêmes droits que la SLL dans notre organisation.


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 P.S. La mesure dans laquelle le Workers’ Fight ne s’intéresse pas réellement à construire notre influence parmi les travailleurs irlandais en Grande-Bretagne ou à participer à des campagnes dirigées contre l’impérialisme britannique en Irlande devient claire si l’on observe la défaillance complète de n’importe lequel de ses membres à écrire sur l’Irlande pour le “Socialist Worker” ou même à apparaître à n’importe quelle conférence organisée par les SI au cours de l’an passé ou à peu près. Pour lui, le droit de critiquer ne s’accompagne pas du devoir de travailler à construire les SI.

 

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  La Metropolitan Police (litt. « Police métropolitaine », familièrement: The Met) est la force territoriale de police britannique responsable du Grand Londres à l'exception de la Cité de Londres, qui a sa propre force de police : City of London Police.

La Met a également des responsabilités nationales significatives comme la coordination et la direction nationale en matière de contre-terrorisme et la protection des membres de la famille royale britannique ainsi que des membres du Cabinet.

En , la Met employait 46 543 personnes répartis comme suit : 32 125 officiers assermentés, 9 521 personnels de police (soutien et logistique), 1 626 personnels de la police communautaire (police community support officer (en)) et 3 271 préposés à l'information et au maintien de l'ordre (special constables (en)) qui travaillent à temps partiel (au moins 16 heures par mois) et qui ont les mêmes pouvoirs et uniformes que leurs collègues.

Fondée par Robert Peel en 1829, elle est de loin la plus grande force de police du Royaume-Uni et une des plus grandes au monde.

 

samedi 19 août 2023

QUAND L’ISLAM SUPPLANTE LA CGT

En mémoire du Chevalier de la Barre


 « Cette hypothèse d'un usage de l'islam dans l'entreprise comme facteur de régulation sociale n'est pas surprenant si l'on considère la continuité avec laquelle les penseurs et les techniciens de l'organisation du travail se sont efforcés, depuis les utopistes du XIX e siècle jusqu »à nos jours, de susciter de la part des travailleurs, une adhésion affective à l'ordre de l'usine qui conditionne l'optimisation de la productivité ». Jacques Barou

« la vie de l'entreprise je m'en fiche, je n 'ai de comptes à rendre qu'à dieu ». Mohammed

«  Travailleurs de Citroën, je vous remercie tous d’être là, dit le syndicaliste en langue arabe. Au nom de Dieu nous espérons que nos reven­dications aboutiront, que notre dignité sera respectée. Au nom de Dieu, nous sommes tous unis, tous des frères dans cette grève. Dieu est avec nous. Nous devons lutter au nom de Dieu […] Vive la CGT, vive la liberté, vive la France. 

Syndicaliste CGT (2015, cef. Vincent Gay, cité par Charlie hebdo)


L'usine est-elle destinée à devenir une sinistre salle de prière nationaliste ? On examinera ici l'expansion de cette aliénation religieuse dans le cas de la France en milieu ouvrier et autour, pour finir par rappeler, avec l'exemple bolchevique, que toute concession avec cette aliénation organisée est inutile, quoiqu'elle soit destinée à, tomber comme une merde avec la fin des financements américains, la destruction de la dictature d 'Arabie Saoudite, et l'internement des souteneurs islamo-trotkiens avec ducon Plenel en HP.

Depuis des décennies des changements considérables se sont produits dans tous les domaines de la société et en particulier dans la classe ouvrière. On peut se demander dans quelle mesure cette mutation a affecté la cohésion des prolétaires et à quel type de déstabilisation ils ont été confrontés semblant renier des expériences historiques, voire opérant un retour en arrière débilitant.

 Au cours de cette période, de près de cinquante années, on a assisté, indépendamment du fait que les apparatchiks gauchistes et néo-staliniens assurent n'y voir de dramatique, à une perte de crédibilité généralisée des syndicats et partis de la gauche bourgeoise. On n'a pas vu émerger une grève ou une une révolte qui contribue à faire émerger une conscience collective . On n'a pratiquement pas vu en grand la concrétisation du numéro 53 du questionnaire de Marx1 Le modèle syndical des années 1970 et 1980, se basait sur une affiliation qui se croyait massive et sur un syndicalisme politisé, qui se présentait comme la « colonne vertébrale » de la défense des prolétaires de toutes les catégories mais soigneusement découpées en tranches corporatives.

Les symptômes les plus évidents du manque de légitimité de classe de ce syndicalisme BCBG étaient une stratégie, basée sur le clientélisme et le possibilisme. et un chantage électoral en faveur des partis de la gauche bourgeoise, que nouslons retrouver avec l'opportunisme envers la pression islamique. Il existait un vaste mécontentement social permanent où on se foutait généralement de toute exigence religieuse.. Or, en réalité, au début de ces années 1980, et plus encore après la chute du bloc de l'Est dont l'impérialisme russe ne s'est pas remis (cf.Guerre en Ukraine) le capitalisme s'est transformé profondément, en particulier en réinstaurant une loi religieuse dans l'entreprise. et on ne peut pas se contenter de la causalité de sa crise économique permanente.

Considérer que les riches sont des voleurs fait partie de l'idéologie populiste de la gauche bobo et du RN. Ce misérable populisme woke, reniant le conflit des classes, incite les gens à espèrer résoudre leurs problèmes dans le cadre d'un capitalisme...amélioré, conciliant cette pauvre culture politique de gauche à cette aune ! Faiblesse et contradiction qui caractérise le populisme. Ainsi, tous les partis politiques, y compris ceux de ladite extrême-gauche, ont désormais des pratiques populistes.

On pourrait en déduire que Marx avait raison : le capitalisme a détruit les frontières pour créer, via la mondialisation (transnationalisation) des économies, un mode de production mondial, voire des travailleurs sans patrie, tels ces malheureux migrants dont pourtant la patrie reste l'islam. L'islam n'est pas et ne sera jamais un internationalisme, et pas seulement parce que cette religion esr fracturée entre diverses interprétation de clans et de confréries. Pour beaucoup d’idéologues au service des pouvoirs en place, en particulier pour ceux qui ont été marxistes, cette apparente transformation du capitalisme, numérique et focalisée sur la montée ou mise au premier plan de l'islamisme a signifié la disparition de la classe ouvrière comme sujet historique et internationaliste, c’est-à-dire comme classe révolutionnaire.

L'idéologie dite de la « moyennisation » de nos sociétés a tout déformé. En effet on a soit disant prendre en compte - sociologiquement et du point de vue du strict calcul corporatif - un début de baisse du nombre d’ouvriers, alors que la classe ouvrière ne s'est jalais définie comme seulement ceux en bleu de travail et les plus proches de la production. En même temps on ne pouvait nier les effets de la période de forte croissance des Trente glorieuses laissant à certains croire à une disparition de la classe ouvrière quand pour d'autres il fallait laisser croire qu'on pouvait la marginaliser jusqu'à prophétiser la mort des classes sociales et à célébrer l’avènement d’une société « moyenne », dans laquelle l’essentiel de la population graviterait autour du salaire médian, dans un univers social pacifié. Il s’agit assez largement d’une interprétation dissolvante car ce qui se passait pendant les Trente glorieuses, ce n’était pas tant une réduction significative des inégalités qu’un mouvement général d’amélioration des conditions de vie de toutes les catégories sociales. Les ouvriers de 1970 vivaient mieux que les ouvriers de 1950, mais l’écart entre le niveau de vie des ouvriers et celui des cadres est resté inchangé. En même temps, et c’est un fait, depuis les années 1950, les classes populaires ont profondément changé du point de vue de leur périmètre et de leur structure., les territoires ou quartiers ouvriers ont été éclatés, relégués plus loin ou « mixés » avec des populations dont la référence sociale n'est pas appartenir à une classe, mais comment s'insérer ou sortir d'une pauvreté des pays d'origine.

Par ailleurs, parmi les employés et les ouvriers, les professions dont les effectifs augmentent le plus rapidement sont celles des services directs aux particuliers : au cours du dernier quart de siècle, cette catégorie a doublé et regroupe plus de 2,2 millions de salariés. La création de ces emplois, présentés comme un gisement d’avenir, est encouragée par l'Etat. Directement ou indirectement, le temps de travail de ces salariés est acheté par des particuliers, essentiellement des salariés qualifiés voire très qualifiés, des cadres « gagnants de la mondialisation ». Or ces emplois, massivement occupés par des femmes, des immigrés et des non diplômés, sont de plus en plus coupés de la sphère des emplois qualifiés. L’analyse en termes de classe sociale, par conséquent, c’est aussi comprendre les nouvelles formes de division du travail à l’échelle d’une société, ou plutôt le découpage en rondelles de la population avec des critères sociologiques abstraits ou mensongers..

La gauche bourgeoise caméléon s'est aussi restructurée en abandonnant les résidus de compréhension marxiste derrière lesquels elle cachait encore un réformisme intrinsèque et réactionnaire. Dans cette mondialisation au niveau économique, mais sans supprimer les barrières nationales, il est beaucoup plus facile de donner l’impression d’agir en segmentant les domaines de « luttes globales » (les inégalités hommes-femmes, les discriminations liées à la couleur de peau ou à l’origine ethnique, l'hystérie écologique, etc.) plutôt que d’affronter les questions politiques de fond, comme la redistribution des richesses ou la division du travail, au fondement des inégalités de toutes sortes.

Si, lamentablement, aux yeux de l’économiste, du sociologue ou de l’historien, la classe ouvrière est une vieillerie, celle-ci, indépendamment de ces intellectuels, reste déterminée par les données objectives, sa place dans les rapports de production, le revenu, et (à souligner) un type d’habitation. Mais une classe a beau exister de manière objective – au dedans de l'entreprise comme au dehors - elle ne devient un acteur politique que quand elle se vit subjectivement comme une classe, c’est-à-dire quand elle acquiert la conscience de classe. A ce moment-là elle se reconnaît elle-même, elle se rassemble, elle s’organise, elle lutte, elle prend des Bastilles.

Après l'exagéré miracle de la longue reconstruction, durablement et globalement , le chômage s’est accru, les emplois industriels ont diminué et ceux dans les services ont augmenté, de nouvelles formes d’organisation de la production ont été introduites, des migrants en provenance des zones rurales et des pays limitrophes ont inondé les villes. Tout cela a donné lieu à une recomposition de classe, c’est-à-dire des secteurs qui composent la classe ouvrière. Une mutation profonde s’est produite aussi dans la culture politique ouvrière, remettant en cause les traditions et pas seulement un syndicalisme inféodé à l'Etat Mutations au niveau de la conscience posant et rendant plus complexe une nouvelle expérience de classe et une réinterprétation de la tradition, qui ont commencé à poser problème. Ces transformations n'ont pas encore impliquées de nouveaux modèles politiques assumant ces changements du fait d'interactions populistes et wokistes...

La révolution numérique a bouleversé le mode de travail en impactant directement la vie privée, comme le note un rapport gouvernemental :

« Pour la première fois depuis la révolution industrielle, la diffusion de la technologie et de ses usages impacte au moins autant la personne dans sa sphère privée que le travailleur dans sa sphère professionnelle. Leur adoption dans un usage privé se déroule même avant celle sur le monde du travail, ce qui distingue fondamentalement cette révolution technologique de la première en ce qu’elle impacte d’emblée l’ensemble des aspects du quotidien »2.

L'idéologie dominante a toujours expliqué que la classe ouvrière, hors de la vie privée et du lieu d'habitation, coïncidait avec le syndicalisme officiel en usine. Aux origines il n'y avait pas séparation entre trravail et vie privée3.

Le déclin du syndicalisme moderne ne signifie pourtant pas que la classe ouvrière cesse d’être protagoniste de l’histoire, ni définie par son emploi dans l'entreprise intra-muros. Dans la période 1970-1990, la classe ouvrière a eu tendance à se mobiliser en dehors des structures syndicales etr hors de l'entreprise, en leur imposant ses revendications, des coordinations (en France), qui impliquaient une expérience de mouvement qui signifiait la perte de crédit des structures syndicales et de leurs barrières corporatives. En France dans ces années 1990 la classe ouvrière a été protagoniste de centaines de luttes, dont beaucoup ont été perdues, et où les syndicats ont été à la traîne et pas toujours à l'origine de l'enfermement ou du sabotage d'un combat qui dépend toujours d'une réelle généralisation, où le syndicalisme fonctionne toujours comme frein ou obstacle à l'extension inter-catégories de la lutte (cf. la question 53 du questionnaire de Marx). En réalité, à partir des années 1980, comme l'avait souligné un sondage quelconque, on nous faisait savoir qu'il était « notoire » que la conscience de classe aurait progressivement reculé. A la question "Avez­‐vous le sentiment d’appartenir à une classe sociale ?" les « Français » répondaient davantage par la négative4.

Au niveau international, malgré des centaines de grèves, souvent recensées par Henri Simon,la lutte s’est heurtée à des limites Ces limites sont celles qui ont fait que la classe ouvrière s’est mobilisée rarement comme classe et sans trop d’unité. Le défi a été celui de trouver et de développer de nouvelles formes de lutte et d’organisation mais décrédibilisées par moult déviations sur des questions sociologiques à partir des années 2000, l'abandon de toute illusion sur feu le stalinisme, mais un retour inattendu de l'emprise de la religion dans les couches les plus arriérées de la classe ouvrière.

UN SEUL LIEU POUR LA CONSCIENCE DE CLASSE ?

Le philosophe hongrois Lukacs a raison de nous rappeler la sentence de Marx ; « Il ne s'agit pas de ce que tel ou tel prolétaire ou même le prolétariat entier se représente à un moment comme le but. Il s'agit de ce qu'est le prolétariat et de ce que, conformément à son être, il sera historiquement contraint de faire » (cf. La sainte famille).

Dans l'esprit du marxisme, la division de la société en classes doit être définie par leur place à chacune dans le processus de production . C’est d'abord à travers l’expérience de la lutte -pour arracher des droits, pour améliorer ses conditions d’existence et de travail, voire pour sa survie - que la classe ouvrière doit se ressourcer à chaque époque dans la conscience de sa situation, de l’état de la société, de la réalité de ses adversaires, de la nature du système qui l’exploite et de la nécessité de le transformer.

Les moments privilégiés de transformation de la conscience des travailleurs de notre époque ont donc été , certes des moments rares de grèves massives (68, 95), quasiment pas de situations prérévolutionnaires, etc… Ce sont les moments où l’habitude de l’obéissance, le fait de considérer l’ordre social comme naturel et immuable se dissolvent dans les manifestations de rue : les travailleurs, mais surtout ceux qui sont au chômage ou discriminés5 changent plus en quelques jours d’effervescence politique ou sociale qu’en des années de routine, plus vite que ceux qui ont un emploi…Mais ces moments ne durent pas. La conscience politique reflue avec le reflux des mobilisations. D’où l’importance de l’organisation qui cristallise la conscience de classe la plus développée, organise une infime minorité acquise à l’idée d’une lutte prolongée, qui conserve la mémoire et les leçons des luttes passées. Ce à quoi le syndicat ne correspond plus depuis au moins cent ans... La notion de parti socialiste ou communiste ne fait plus sens non plus pour « cristalliser la conscience de classe », si ce n'est à ridiculiser socialisme et communisme. Ce parti, plutôt unique en son genre, en tant que mémoire et gardien des principes, a pris un coup de vieux. Indéniablement il correspondait à la volonté de maintenir vivantes les leçons des confrontations d'hier au plan économique et politique et à toujours fixer à l'horizon le programme maximum de transformation sociale. Il semble désormais voué aux catacombes d'un vieux et glorieux souvenir, quoiqu'il en subsiste de petits linéaments  ou qui prétendent l'être et diffusant une presse répétitive , même sur le web, reste scandaleusement limitée comparée à des milliers d'influenceurs débiles et religieux qui touchent en particulier des centaines de milliers de jeunes décervelés et drogués à la promotion sociale et à l'argent rapide. J'ajoute qu'il est dramatique cet effondrement de la lecture des journaux avec internet, car la presse ouvrière était un instrument aussi de la conscience de classe. Le développement d’une presse ouvrière était un phénomène qui caractérisait le mouvement ouvrier lyonnais et, par exemple, plaçait les ouvriers de la soie à l’avant-garde de la réflexion sociale et politique. Profitant de la Charte de juillet de 1830 qui favorisait la liberté de la presse, les ouvriers de la soie éditaient plusieurs journaux qui leur étaient destinés. Le plus significatif d’entre eux fût sans doute l’Écho de la Fabrique, hebdomadaire de 8 pages qui paraîtra sans interruption de 1831 à 1834.

Enfin, pour tout dire, malgré toutes ces avanies péripéties, il se confirme que la conscience de classe ne peut être définie dans le seul cadre du travail, ni être indépendante de ce qui se produit dans l'ensemble de la société, contrairement à l'affirmation abrupte et insuffisante dont j'ai déjà critiqué la conception6 . La conscience de classe dépend d'abord de la position sociale et concerne tout autant l'ouvrier d'usine, le chômeur, l'employé de bureau, l'ouvrier immigré, le professeur que la prostituée ; mais aussi, bien que culturellement, une poignée de transfuges de la bourgeoisie.

Les transformations du capitalisme présentées comme la modernisation nec plus ultra du capitalisme ont été accompagnées ou surtout ont généré une montée de l’individualisme dans l'entreprise, chez soi, et face à la misère et à la précarité. Par le passé persistait une identification collective de classe, même hétérogène avec les diverses corporations. Les travailleurs avaient conscience d’appartenir à la même catégorie sociale, occupant la même place dans les  rapports de production et d’exploitation. Les quartiers ouvriers composaient, figuraient, représentaient en quelque sorte cette conscience de classe. Des cités minières aux banlieues ouvrières, on se connaissait et reconnaissait comme membres de la classe d'en bas ; et les femmes à la maison n'étaient pas les plus maladroites pour exprimer cette conscience comme révolte et à appuyer leurs maris en grève en marchant en tête des manifestations. Le quartier ouvrier était constitué autour des usines, sans oublier les corons ; par exemple, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les tisseurs travaillaient dans plusieurs quartiers de Lyon intra-muros,

Aujourd'hui, il n'y a plus de quartiers ouvriers, les ouvriers sont disséminés dans des quartiers plutôt éloignés des centre ville, gangrenés par la violence, les dealers, les sectes musulmanes, etc.

En 2004, le géographe Christophe Guilluy publiait, avec Christophe Noyé : Atlas des nouvelles fractures sociales :

« Le phénomène marquant de ces dernières années, ce n'est pas tant la paupérisation de certaines cités que l'embourgeoisement des centres. Les couches supérieures de la société se concentrent au coeur des villes, colonisant même les anciens quartiers populaires. Dans ces zones économiquement en pointe, tout est pensé en fonction des besoins de cette population aisée : environnement, place de la voiture, fiscalité, etc. Cette "ghettoïsation par le haut" dessine dans le même temps une "France périphérique", ignorée de la sphère politique et culturelle, alors qu'elle est largement majoritaire. Elle unit des catégories sociales autrefois opposées l'ouvrier en milieu rural, le petit patron artisan... ».

Non elle n'unit pas ouvrier et patron artisan, ce dernier se croît toujours supérieur et décideur comme l' a montré le mouvement bâtard des gilets jaunes, bâtard parce qu'il montra qu'une classe ouvrière disséminée et éjectée de ses quartiers traditionnels se retrouve diluée dans des objctifs petits bourgeois et de type populiste. Cette bâtardise de ce mouvement sans colonne vertébrale est du même type que les émeutes de banlieues qui ne se considèrent plus elles-mêmes comme ouvrières mais ghettos de « pauvres », « assistés », « laissés pour compte » ? Ces excroissances émeutières, qui feraient plus penser aux révoltes inconscientes des limbes de l'enfance du mouvement ouvrier, ne sont finalement que les produits de la négation et volonté d'éclatement de la class ouvrière depuis au moins trente années.

Dans cet environnement, le problème du logement, du lieu du logement, n'est pas un problème mineur, contrairement à cette réflexion ringarde pourtant d'un des plus importants propagateur du marxisme Engels7. Engels se pose en contradicteur inconscient du poids énorme du logement dans la vie des prolétaires, et en deçà de l'acuïté du problème que posait Marx dans son questionnaire (question n°69) :

 « .Quels sont les prix des objets nécessaires, tels que : Loyer de votre habitation ; conditions de locations ; le nombre de pièces qui la composent, des personnes qui y demeurent : réparations, assurances ; achat et entretien du mobilier, cbauffage, éclairage,. tabac.et. »8

Dans un journal socialiste espagnol Engels veut démontrer que la classe dominante s'est constamment efforçée « d'accroître le nombre des petits propriétaires pour se constituer une armée contre le prolétariat. (…) M. Dollfus et ses collègues, en vendant à leurs ouvriers de petits logements payables par annuités, cherchèrent à étouffer chez les travailleurs tout esprit révolutionnaire, les enchaînant du même coup avec ce titre de propriété à la fabrique dans laquelle ils travaillaient; ainsi le plan de Proudhon, loin d'apporter un soulagement à la classe ouvrière, se retournait directement contre elle En d'autres termes, M. Sax espère que, grâce au changement social que devrait entraîner l'acquisition d'une maison, les travailleurs perdront également leur caractère prolétarien et redeviendront dociles et veules comme leurs ancêtres qui, eux aussi, possédaient une maison. Que messieurs les proudhoniens veuillent bien en tenir compte. M. Sax croit avoir ainsi résolu la question sociale »:

Mais, ajoutait Engels ;

 « Voilà qui est clair. Il n'est nullement question d'ouvriers, mais de personnes ayant des revenus limités, de vendeurs de magasins et d'employés de commerce, etc.; et de plus on suppose que généralement les futurs bénéficiaires posséderont déjà un piano. En réalité, il ne s'agit pas du tout ici d'ouvriers, mais de petits-bourgeois et de ceux qui veulent et peuvent le devenir, de personnes dont les revenus, même s'ils sont limités, croissent en général progressivement, comme ceux de l'employé de commerce et de branches analogues tandis que ceux de l'ouvrier restent, dans la meilleur des cas, identiques. Ce sont ces maux-là, communs à la classe ouvrière et à d'autres classes, par exemple à la petite bourgeoisie, auxquels s'intéressa de préférence le socialisme petit-bourgeois, dont fait partie Proudhon lui aussi. Et ce n'est ainsi nullement un hasard, si notre disciple allemand de Proudhon s'empare avant tout de la question du logement qui, nous l'avons w, n'intéresse pas du tout la seule classe ouvrière à l'exclusion de toutes les autres ».

Ce raisonnement d'Engels est assez incompréhensible, mêlant les autres classes endettées il minimise la question du logement pour la classe ouvrière, et ne pouvait être au fait moderne que posséder une maison n'est pas une garantie pour l'ouvrier moderne d'échapper à l'incrtitude du lendemain.

L’ESPACE OUVRIER

« Le territoire est à l'espace ce que la conscience de classe est à la classe : quelque chose que l'on intègre comme partie de soi [...] » et « La notion de territoire est donc à la fois juridique, sociale et culturelle, et même affective ». Roger Brunet et Hervé Théry

« Une fois que l'ouvrier a subi l'exploitation du fabricant et qu'on lui a compté son salaire, il devient la proie d'autres membres de la bourgeoisie : du propriétaire, du détaillant, du prêteur sur gages, etc., etc. ». Manifeste communiste

« Un prolétaire possédant sa maison est-il un vrai prolétaire ? »

Il existe des différences non négligeables entre les ouvriers. Contrairement à l'assertion d'Engels, leurs salaires varient, sont parfois augmentés, certains garantis, d'autres pas. La domination bourgeoise s'est complexifiée par rapport à son époque.

Ces ouvriers propriétaires d'une maison ou d'un appartement ne seraient-ils plus que des transfuges de leur classe ? Or Engels a tout faux pour notre époque comme le démontra M. Verret :

« Le prix payé dans le présent pour la sécurité future met souvent, en effet, l'ouvrier en situation de vulnérabilité aggravée à la fois pour le futur et pour le présent (endettement, impossibilité de vendre son bien en situation de crise économique locale globale) »... « Spécialement en période de crise, la propriété de la maison peut même se convertir en inconvénient majeur : immobilisant l'ouvrier au sol et par là aux emplois proches, elle lui fait perdre les avantages de la mobilité ... ; tant qu'elle charge l'ouvrier du poids de la dette, elle le porte à consentir, pour garder ou augmenter le salaire, à la surexploitation de sa force » 9.

Or d'espace ouvrier, il n'y a plus non plus. Naguère les femmes d'ouvriers restaient à la maison pour l'esclavage ménager et les rues restaient vides durant la journée, comme je l'ai vécu dans les années 1950. Aujourd'hui, à Paris mais surtout dans les banlieues et chez ACTION, ne croise-t-on pas surtout des femmes voilées ? Et dans les anciens HLM parfois une majorité de familles noires ? Racisme hurlent les idiots utils gauchistes ? Non simple constat qui pose des questions troublantes d'autant que, avec des coutumes et une croyance communautaire excluante ces populations nous rendent étrangers non pas à la nation, qui n'est pas notre souci de classe, mais à des valeurs de vie et de compréhension rationnelle.

L'ISLAM, FACTEUR DE RÉGULATION SOCIALE ?

Un autre handicap a surgi à la fois sur le lieu de travail et dans les quartiers « laissés pour compte », cette étrange expansion de l'islam prenant le relais en quelque sorte de ce qui régissait moralement le monde ouvrier et le régulait pacifiquement pour les patrons au XIX e siècle. Lle Code du travail prévoit le respect des convictions, pas leur promotion. Car il prévoit le travail, pas la religion ». Encore faudrait-il le faire respecter avec intransigeance au lieu de prôner « l’accompagnement raisonnable », une formule des gouvernements successifs,qui, jusqu’ici, n'ont pas cessé de tenter de ménager la chèvre et le chou.

« On a mis des années à se débarrasser de la chrétienté dans l’entreprise, et on laisse le religieux revenir par le biais des islamistes et, dans une moindre mesure, des évangélistes », s’insurge Guylain Chevrier. Cet historien de formation aime à rappeler que l’Église catholique a encadré les ­ouvriers durant toute la révolution industrielle : « Il fallait un certificat de baptême pour travailler, il y avait l’obligation d’aller à la messe et l’interdiction de se syndiquer. Jusqu’au XIXe siècle, les bonnes sœurs jouaient les contremaîtres dans les filatures. »

Le mouvement ouvrier et syndical s’est battu – et s’est bâti – contre les pleins pouvoirs patronaux et l’emprise de la religion dans l’entreprise. Se souvenir d’où on vient et où on ne veut pas retomber serait salutaire pour l’ensemble du monde du travail. Car la présence visible d’Allah ou d’une autre divinité n’est ni souhaitée ni souhaitable à l’usine comme au bureau. Qu’ils restent, une bonne fois pour toutes, en distanciel.

Un excellent article de Charlie Hebdo résumait l'ampleur de la dérive irrationnelle :

« Depuis des décennies, la montée des revendications religieuses portées par les musulmans les plus radicaux déborde des ateliers, des chaînes de montage des usines ou des chantiers du BTP, où jusque-là ils étaient cantonnés, pour investir les domaines de l’animation, du socioculturel, des transports, des télécoms, de la sécurité, de l’aéroportuaire… Sujet sensible et secteurs explosifs.

Les premières manifestations modernes de ce qu’on appelle pudiquement « le fait religieux dans l’entreprise » – pour nommer clairement les choses, l’apparition de la religion musulmane dans le monde du travail – ­remonte aux décennies 1970 et 1980. On est chez Citroën à ­Aulnay-sous-Bois (93), chez Talbot à Poissy (78). L’auto­mobile est une branche industrielle où les ouvriers immi­grés sont nombreux. Venus du Maghreb, ils réclament des salles de prière sur leurs lieux de travail et des dérogations durant le ramadan. Des doléances religieuses qui s’agrègent à des revendications plus larges, comme « le respect de la digni­té ; la liberté de prendre la carte du syndicat de [son] choix ; de voter librement […] » (« Le manifeste des OS de ­Citroën-Aulnay », 1982). Du coup, ça passe crème auprès des syndicats. De la CGT, notamment, qui renonce de facto aux principes de base du marxisme : débar­rasser le prolétariat de l’opium qu’est la religion »10.

Les secteurs les plus exposés sont ceux qui emploient le plus de main-d'oeuvre peu qualifiée : l'agroalimentaire, le bâtiment, les transports, le nettoyage, la sécurité Demander un jour de congé pour une fête religieuse ou profiter d'une pause-déjeuner pour faire sa prière ne pose pas de problème. En revanche, refuser de serrer la main d'une collègue, comme cela arrive dans des sociétés de transport public, perturbe la cohésion du groupe et crée des tensions.

Dans les années 1980, le parti communiste freinait des quatre fers les projets de mosquées (…), il avait raison sur ce point, de nos jours c'est un boulevard de mosquées financées sans fard par les plus obcurantistes dictatures arabes.

Mais là où apparaît le plus nettement le sabotage de la conscience de classe et des conditions (laïques) pour une véritable unité et solidarité ouvrière, c'est dans l'entreprise. Laissez-moi vous citer longuement les faits notés dans le livre d'une poignée de jeunes journalistes ; salué assez largement comme sérieux et sans haine, sauf par la secte de Médiapart et les gauchiste menteurs et hystériques : « Inch'Allah, l'islamisation à visage découvert.

(...)

Les syndicats, dont celui de Bennecer, le SAT, sont accusés de surfer sur cette vague communautariste, voire de l'amplifier. La loi sur la représentativité syndicale de 2008 impose aux syndicats de recueillir plus de 10% des voix aux élections professionnelles pour pouvoir s'asseoir à la table des négociations sociales. Dans un contexte de baisse sensible de l'engagement syndical, certaines organisations semblent prêtes à fermer les yeux sur les dérives communautaires et religieuses pour espérer décrocher le sésame de la représentativité.

A la RATP par exemple, Force ouvrière est surnommée par ses détracteurs... Force orientale. En 2013 et en 2014, l'organisation a suspendu l'adhésion de deux cent de ses  membres au motif qu'ils n'obéissaient pas aux valeurs laïques de l'entreprise et du syndicat. Les conséquences furent immédiates : en 2014, RO recueillit seulement 9,6 % des voix, au profit notamment d'un tout nouveau syndicat ; le Syndicat antiprécarité (SAP).

Créé moins de trois semaines avant les élections professionnelles de 2014, le SAP réalise un faible score à l'échelle de l'entreprise (3%), mais récolte plus de 30% des voix dans le dépôt... des Pavillons-sous-Bois. Très vite le SAP est rebaptisé « syndicats des musulmans ». Sous le sceau de l'anonymat, des salariés nous ont d'ailleurs affirmé que le SAP avait promis ; oralement, à des agents fe négocier auprès de la direction l'ouverture d'une salle de prière. Pour Tarek, le conducteur de Pavillons, « ça a joué pour une bonne moitié des gens qui ont voté pour eux. L'autre moitié les ont choisis parce que c'est des jeunes de banlieues ». Sollicitée, le SAP a refusé de répondre à nos questions ».

« Dans sa charte de la laïcité, la Régie a bien précisé en effet qu'elle ne pouvait pas prohiber le refus de serrer la main d'une personne explicitement en raison de son genre. La nuance est fine, et les musulmans radicaux qui refusent de se « souiller » en touchant une collègue femme n'ont pas manqué de s'engouffrer dans la brèche.

Nordine Bennecer conteste de toute façon ce point du règlement. Selon lui, ce n’est pas parce qu’on ne serre pas la main des femmes qu’on ne les respecte pas. « Une collègue m’a dit : « les barbus, ce sont les plus respectueux ». Les filles qui disent ça ont vécu dans les quartiers, elles sont amenées à travailler avec les « barbus » et elles savent bien que ce n’est pas discriminatoires. C’est simplement une conception de la vie. 3une conception de la vie » où les hommes et les femmes peuvent se côtoyer mais ne se touchent pas.

Le syndicaliste s’indigne également des sanctions infligées aux agents pris en flagrant délit de prière sur leur lieu de travail. « Pourquoi empêcher des salariés de prier sur leur temps de pause, discrètement, sans faire de prosélytisme, alors que d’autres peuvent fumer, se détruire la santé et celle des autres ?, s’indigne-t-il. Nordine Benesser va jusqu’à réclamer l’installation de salles de prière dans les dépôts de la RATP  (…) Les prises de position de Nordine Bennesser agacent au sein de son propre syndicat, qui craint d’apparaître comme communautariste. Mais lui ne voit pas pourquoi il s’interdirait de s’emparer de la question du fait religieux : « La définition du syndicalisme, c’est la défense des intérêts matériels et moraux des salariés. Moraux c’est aussi bien la laïcité que la liberté de conscience ».

La RATP a-t-elle fermé les yeux trop longtemps sur la progression du fait religieux et du communautarisme musulman ? La politique d’embauche des « grands frères » est-elle allée trop loin ? » (…)

« trois années vécues, aussi, en gérant les prurits communautaires des syndicats d’entreprise, emportés dans une sorte d’islamisation du secteur professionnel ; « La question de la religion en entreprise, ça reste un grand sujet, estime le préfet Riffaut. De même que le détournement des fonctions des syndicalistes au profit de la défense communautaire et pas de la défense des salariés ».

(…) Certains demandent ainsi régulièrement à des patrons ou à des syndicalistes l’installation de salles plus officieuses. « Quand on me demande le local syndical pour prier, je réponds toujours que je ne vais pas à la mosquée pour distribuer des tracts CGT », s’indigne Manuel Gonçalves. Le délégué général de la centrale de Montreuil chez Servair reconnait également avoir dû enlever un calendrier avec les horaires de prière affiché dans le local syndical.

En revanche d’autres syndicats attisent discrètement le feu religieux dans le ut de freiner la baisse du nombre de leurs adhérents ou de grapiller quelques ponts lors des prochaines élections professionnelles. En 2014 l’Unsa distribue des tracts au moment du ramadan en mentionnant les horaires de prière. Des membres de la Confédération françaises des travailleurs chrétiens (CFTC), avaient déjà donné des tracts où le second C était remplacé  par « coranique » dans l’espoir d’attirer de nouveaux membres. En 2011, la CGT Air France, qui contrôle alors le comité d’entreprise, vote pour que la viande servie à la cantine soit exclusivement halal. Après quelques semaines, la direction d’Air France décide de revenir sur cette décision. Des tergiversations  qui remontent à loin, avec de vraies conséquences. « On a quand même eu des gens qui gravitaient autour de la CGT et qui posaient problème, témoigne Philippe Riffaut. Dans des entreprises sensibles. AP industrie par exemple, où l’on répare des avions. Parfois des avions militaires. Il y a des zones secret défense dans leur entreprise…Il y a eu quelques soucis… »Quatre ans plus tard, la CGT Air France se retrouve de nouveau sous le feu des projecteurs.

 Un mois après les attentats du Bataclan, le secrétaire général de la Centrale, Philippe Martinez, révèle avoir exclu sur la plateforme aéroportuaire 500 adhérents (sur 2000) considérés comme « intégristes » ou influencés par ces derniers. Sur quels critères ? Impossible de le savoir. Mais la décision a largement contribué au revers subi par la CGT aux élections professionnelles de 2014, perdant sa place de premier syndicat à Air France11.

Le succès du Syndicat libre et indépendant du collectif aérien (Slica), très présent chez Servair, l’entreprise d’avitaillement et filiale d’Air France, laisse aussi songeur. Comment ce syndicat, créé seulement en 2008, a-t-il pu s’approcher des 30% des voix quatre ans plus tard ? Pour le DRH Michel Brissaud, la réponse est simple : « Ils ne reprennent pas des revendications religieuses, mais ils disent aux musulmans croyants : « Toi, homme de foi, tu es discriminé et on va te protéger. »

(…) On assiste à l’ élection de délégués syndicaux communautaristes. Puisqu’ils sont protégés, ils peuvent négocier une espèce de deal avec le chef d’entreprise. Le patron sait qu’en recrutant une personne de la communauté on lui foutra la paix. En contrepartie, il est obligé d’accepter le système. Dans l’entreprise communautarisée, il y a un système féodal. Le syndicaliste fait le maintien de l’ordre dans l’entreprise, garantit au patron que les autres travaillent. En échange le patron doit embaucher les gars que le syndicaliste lui demande (…) En vingt ans, il y a eu importation de la culture de la cité dans l’entreprise ».

« Les entreprises contactées, tiennent toutes le même discours : elles n’acceptent aucune  concession. Du moins officiellement, pour ne pas créer la polémique. En réalité, elles préfèrent fermer les yeux sur certaines pratiques. Même quand des listes aux élections professionnelles regroupent quasi exclusivement des marocains ou des algériens. « Des entreprises ont vu d’un bon œil l’arrivée de ces communautarismes, parce que c’est un moyen pour eux d’acheter une paix sociale ».

L'extension du domaine islamique dans les quartiers...

 Constatation d'un ancien animateur du Bondy blog : « L’évolution de la ligne éditoriale du Bondy blog depuis les émeutes de 2005 traduit l’évolution des mentalités dans ces quartiers ces dix dernières années, notamment la montée en puissance des revendications identitaires qui ont désormais pris le pas sur les revendications sociales et politiques ».

Depuis des années cela se répand sur les réseaux sociaux avec l’intégration des marqueurs d’une pensée clairement intersectionnelle et décoloniale (tout en prétendant ne pas voir de quoi il s’agit, sacrés trotskiens!) On se souvient que peu après sa fondation le 7 février 2009, le NPA avait introinisée une candidate NPA voilée à Avignon, avec pour argutie : « une femme voilée c'est l'image de notre intégration dans les quartiers». A l'époque le petit Besancenot paradait aux côtés de ces inconditionnels du prolétariat que sont Dieudonné et le violeur Ramadan. Prenant la suite, un certain cheminot Anasse Kazib, scissionné du NPA paradait comme candidat éphémère à la présidence de la République bourgeoise ; d'origine maghrébine il s'était lancé en piste, sans aucune chance et avec un programme irréaliste, comique et à l'eau de rose. Avec l’étiquette Révolution permanente, nom de cette scission politique, du principal milieu trotkien caméléon12. Lequel groupuscule, très remuant dans les randos syndicales sur les retraites, malgré un langage qui se prétend marxiste , ne fait qu'appliquer le révisionnisme bourgeois de la secte socialiste Terra nova.

En 2012, la fameuse note de Terra Nova avait théorisé l’abandon de la classe ouvrière au profit des « minorités ». Peu à peu, l’affrontement des ethnies a remplacé la lutte des classes,  le musulman » le prolétaire, et le mâle blanc occidental le capitaliste. Cette dialectique manichéenne a contribué à accentuer fortement les fractures dans la classe ouvrière et à fragiliser la cohésion de classe, en particulier comme on le verra dans les quartiers pauvres

Sur le sens de ces scissions de plus en plus débiles du milieu trotskien, j'écrivais alors :

«  La tension sociale et les craintes du prolétariat face à un avenir catastrophe sont pour beaucoup plus dans cette crise du NPA qu’une histoire de rivalité avec la secte bourgeoise LFI. La petite bourgeoisie multicultiraliste et islamocompatible perd pied face au malaise induit par la montée du gangstéro-islamisme et le pourrissement des relations sociales à cause des exactions (pas incivilités) parfois meurtrières contre les simples prolétaires, soutenues et théorisées par le milieu interlope des racialistes. Même avec une procréation politique assistée le trotskisme ne pourra pas constituer une arme bourgeoise pour freiner ou dissoudre le combat de classe, il se verra réserver plus probablement un strapontin au sein d’un conseil ouvrier transgenre, mais sans voix décisive au chapitre du prolétariat »13.

 Car les demandes débordent désormais le milieu ouvrier. «Dans la banque, où le nombre de cadres est important, on constate une montée des revendications d'ordre religieux. Et dans l'automobile et le BTP, la question gagne les sièges administratifs», assure Benjamin Blavier, d'IMS. Cette nouvelle visibilité alimente la crainte d'une surenchère. «D'ici peu, tout le monde va arriver avec des kippas, des croix et afficher des Christ de partout dans les bureaux», pronostique un DRH à Dounia Bouzar. «Si je tolère la moindre demande, cela va prendre de l'ampleur», s'inquiète-t-il.

Importer les « logiques communautaires des quartiers »

Dans les années 1980 et 1990, c’est encore de fratrie qu’il sera question lorsque la politique dite des « grands frères » va inspirer les campagnes de recrutement ciblé à la RATP, un établissement public à caractère industriel et commercial, dont les salariés relèvent du droit privé, mais dont les missions de service public leur imposent de respecter les principes de neutralité et de laïcité. Cette idée des « grands frères » oscille entre action sociale – offrir de bons jobs à des jeunes socialement défavorisés – et marketing flatteur pour l’image de la régie. Hélas, la réalité n’est pas un conte de fées. Et le recrutement quasi exclusivement masculin va accentuer le déséquilibre hommes/femmes déjà marqué. Surtout, il va importer les « logiques communautaires des quartiers » au sein de l’entreprise.

Pour anticiper ces tensions, certaines entreprises distribuent maintenant un calendrier de toutes les fêtes religieuses à leurs chefs d'équipe. Tandis que d'autres s'opposent systématiquement aux «absences pour motif religieux». «Chaque entreprise bricole une place pour Allah. Si les salariés musulmans sont nombreux, ils dictent la norme. Sinon, c'est très aléatoire», résume l'anthropologue Dounia Bouzar, qui publie aujourd'hui les résultats d'une vaste enquête dans le monde du travail. (Allah a-t-il sa place dans l'entreprise ? Albin Michel). Un livre pédagogique où l'on regrette l'anonymat des managers qui racontent, au quotidien, la montée des revendications.

Consternant ! À subir...

LES SECTES ISLAMIQUES CONTRE LA REVOLUTION RUSSE

C'est un fait que le pouvoir bolchevique n'a pas pu se dépêtrer malgré des efforts politiques louables de cette mollusque d'islam.

La radicalisation des esprits en Russie au cours de l’année 1917, renforcée par l’incapacité du gouvernement provisoire russe à répondre aux principales revendications de la population, se manifesta aussi parmi les musulmans. Un rapprochement s’opéra à la fin de 1917 entre des groupes minoritaires au sein des populations musulmanes et les soviets et le parti bolchevique. Ces relations restèrent toutefois tendues, car les bolcheviks et les divers socialistes russes, actifs dans les soviets locaux, refusaient d’accorder une place à ces musulmans. Ils considéraient que ces populations n’avaient pas de prolétariat et que leurs convictions révolutionnaires n’étaient pas sincères. Ils étaient en ce sens sur la position qui avait prédominé avant 1917.

« Si les droits des populations musulmanes furent pris en compte par la création de républiques nationales soviétiques, la politique à l’égard de l’islam fut plus ambiguë. »

À l'inverse, le pouvoir central soviétique, principalement Lénine, jugeait que le ralliement de ces populations était essentiel aussi bien pour la victoire de la révolution en Russie que pour le futur de la révolution mondiale. En témoigne la déclaration adressée aux musulmans de Russie et d’Orient le 20 novembre 1917, dans laquelle  était proclamé le respect par le pouvoir soviétique du droit à l’autodétermination des musulmans. La résonance fut très grande dans ces populations. Dans les jours qui suivirent, le parti kazakh « Uch zhuz » (les trois hordes), d’obédience musulmane et socialiste, notait dans son journal : « Aucun gouvernement ni russe ni européen n’avait parlé cette langue avec les musulmans. […] La lutte contre l’impérialisme, proclamée par la démocratie russe [le gouvernement soviétique], apportera la libération des pays musulmans de l’exploitation du capital européen et les libérera du danger de morcellement constant. »

Le contexte militaire

La déclaration rédigée par Lénine avait été motivée par une position anticoloniale et révolutionnaire, mais aussi par le contexte politique et militaire. Ce dernier élément prit une importance grandissante avec le développement de la guerre civile entre « rouges » (le pouvoir soviétique) et « blancs » (coalition hétéroclite des opposants à la révolution d’octobre). La majorité des organisations musulmanes était opposée au pouvoir des soviets, dont les musulmans étaient quasiment absents, et hésitait à s’engager aux côtés des blancs. L’enjeu pour les bolcheviks était d’autant plus important qu’il s’agissait d’obtenir le soutien de bataillons composés de Tatars et de Bachkirs musulmans, réputés pour leur combativité. Le rôle de Mullanur Vahitov (1885-1918) et de Mirsaid Sultan-Galiev (1892-1940), Tatars proches des bolcheviks, fut crucial : ils mirent en œuvre le ralliement aux rouges de plusieurs bataillons musulmans et ils pilotèrent la création des principales organisations musulmanes soviétiques centrales en 1918. Au travers de celles-ci, ils cherchèrent à imposer leur projet de créer un pôle révolutionnaire musulman autonome (parti communiste des musulmans, armée rouge musulmane). La présence de musulmans dans les institutions soviétiques et les organes du parti devint une réalité, malgré l’opposition de nombreux bolcheviks localement et à Moscou. Tant que la guerre civile fit rage, Moscou ne s’opposa pas frontalement à leur action, mais dès la fin de l’année 1919 il devint évident que leur projet était voué à l’échec : les organisations centrales musulmanes furent progressivement démantelées et aucun commandement unifié ne fut accordé aux unités musulmanes combattantes. Néanmoins, leurs efforts aboutirent à la proclamation de républiques nationales autonomes pour plusieurs populations musulmanes entre 1919 et 1921 (Bachkirie, Tatarstan et Tatars de Crimée) : cette option avait été soutenue par Lénine et fut finalement imposée au parti bolchevique en 1920.

« La présence de musulmans dans les institutions soviétiques et les organes du parti devint une réalité, malgré l’opposition de nombreux bolcheviks localement et à Moscou.  »

Une force politique musulmane autonome ?

Ces organisations centrales musulmanes dirigées par des Tatars et des Bachkirs, présents dans les villes de Russie et concentrés autour de Kazan et d’Oufa, ne parvinrent pas à étendre leur autorité sur les autres régions. Leur exemple fut toutefois essentiel pour les bolcheviks musulmans du Turkestan, région à près de 90% musulmane : le pouvoir soviétique local avait prolongé la politique coloniale tsariste, se fermant à toute représentation des populations centrasiatiques entre 1917 et 1918. Un groupe centrasiatique autour de Turar Ryskulov (1894-1938), communiste kazakh, s’inspira du travail des organisations musulmanes centrales et s’appuya sur leur reconnaissance par le parti bolchevique pour imposer la création d’un bureau musulman du parti communiste turkestanais au début 1919. Ce bureau dut batailler contre les bolcheviks russes locaux pendant toute l’année 1919 et il finit par investir les organes soviétiques et communistes du Turkestan grâce au soutien de Moscou. Mais dès que la présence de représentants musulmans fut assurée, le pouvoir central s’inquiéta de l’existence d’une force politique musulmane autonome et s’efforça de limiter son expression, comme cela avait été réalisé avec l’initiative de Sultan-Galiev.

« Dès la fin de 1919, le terme de musulman, qui était compris comme une définition “nationale” de populations partageant des intérêts et une communauté politique, commença à être critiqué pour son acception religieuse. »

Dès la fin de 1919, le terme de musulman, qui était compris comme une définition « nationale » de populations partageant des intérêts et une communauté politique, commença à être critiqué pour son acception religieuse. La méfiance à l’égard des communistes musulmans et l’ignorance du monde musulman parmi les leaders bolcheviques avaient persisté et restèrent présents tout au long des années 1920. Les organisations centrales musulmanes furent renommées sous la terminologie de « peuples d’Orient » et le bureau musulman du Turkestan tenta d’imaginer une identité turke avant d’être dissout au début de 1920. Lénine privilégia alors la réorganisation de l’Asie centrale en républiques nationales distinctes, ce qui fut réalisé en 1924.

Le tournant de 1920

1920 marque le tournant principal qui modela la politique soviétique à l’égard des musulmans et leur place aussi bien à l’intérieur de la future URSS que dans le projet internationaliste de révolution mondiale. Lors du Xe congrès du parti communiste en mars, le principe des républiques nationales fut entériné et aboutit à la construction de l’URSS autour de républiques statutaires ou autonomes définies par une nationalité éponyme. Ce choix pensé comme temporaire s’avéra constitutif de l’identité soviétique. Au travers de cette orientation nationale, les projets portés par Sultan-Galiev et Ryskulov furent rejetés. Lors du IIe congrès de l’Internationale communiste, Lénine affirma le rôle directeur du Parti communiste russe et de la Russie soviétique dans la révolution mondiale et écarta les musulmans de Russie de l’action du Komintern.

« La proclamation de républiques nationales autonomes pour plusieurs populations musulmanes entre 1919 et 1921 (Bachkirie, Tatarstan et Tatars de Crimée) fut finalement imposée au parti bolchevique en 1920. »

Si les droits des populations musulmanes furent pris en compte par la création de républiques nationales soviétiques, la politique à l’égard de l’islam fut plus ambiguë. Dans un premier temps, il fut question de tolérance et d’une approche différenciée selon les populations sur une position défendue notamment par Sultan-Galiev. Puis des campagnes antireligieuses successives (campagne contre le voile des femmes…) vont être élaborées à partir de la deuxième moitié des années 1920. L’offensive sera finalement lancée dans les années 1928-1930 avec la fermeture des mosquées et la répression contre les mollahs. Un nouveau changement est inauguré après la Seconde Guerre mondiale pour des questions de propagande internationale. Un islam officiel est organisé en Union soviétique et les relations avec les pays musulmans se développent autour de rencontres et d’échanges.

LA VERITABLE NAISSANCE DE L'ISLAM POLITIQUE MODERNE EST CONTEMPORAINE DE LA CONTRE REVOLUTION

Au cours des années 1930, le fascisme met en place une politique en direction du monde arabo-musulman, à la fois en Méditerranée occidentale, vers l’Afrique du Nord et l’Égypte, ainsi qu’en Méditerranée orientale14. Pourtant, c’est un domaine d’étude qui a été, pendant assez longtemps, délaissé par l’historiographie. Il fait partie des champs de l’histoire du fascisme qui ont été laissés dans l’ombre jusqu’aux années 1980. Ce désintérêt interroge et les facteurs qui en sont à l’origine méritent d’être examinés. Les relations nouées entre le fascisme et des mouvements nationalistes arabes au cours des années 1930 furent à la fois politico-diplomatiques et culturelles, ce qui semble indiquer qu’elles ne répondirent pas seulement à des stratégies d’opportunisme politique mais aussi à des projets inscrits dans un temps plus long et résultant de convergences idéologiques entre fascisme et mouvements arabo-musulmans. Par ailleurs, ces liens, dans la mesure où ils fragilisaient la domination française en Méditerranée, traduisirent le choix du fascisme de clore la perspective d’une entente avec la France placée sous le signe de la latinité.

Un fascisme-mouvement aux méthodes et aux ambitions révolutionnaires tendues vers un double objectif : construire l’État totalitaire afin de forger l’ « Homme nouveau », et bâtir un nouvel ordre international se substituant à celui échafaudé par les traités de 1919-1920. En Méditerranée, en Afrique et au Moyen-Orient, les tenants du fascisme révolutionnaire cherchaient à effacer l’hégémonie franco-britannique pour établir un nouvel espace vital italien. Le projet supposait de nouer une alliance avec les mouvements arabo-musulmans afin d’évincer les puissances française et anglaise de Méditerranée.

Il était difficilement concevable, de la part des représentants de l’antifascisme, que des dirigeants des régimes arabes – entourés d’une charge « positive » – se soient rapprochés, dans les années 1930-1940, des régimes fascistes, voire inspirés de leur idéologie (par exemple ceux de Jeune Égypte et des Chemises vertes).

Au cours des années 1920, la position du fascisme sur les problèmes du Moyen-Orient a été ondoyante, le régime entretenant des contacts alternativement avec des représentants du mouvement sioniste et des mouvements nationalistes arabes. Ayant des visées sur le mandat français en Syrie, il eut ainsi tendance à soutenir ceux-ci contre la domination française. Toutefois, la politique de répression accrue menée en Libye contre la résistance sénoussis entre 1928 et 1931 provoqua de vives protestations dans le monde arabo-musulman. Dans ces conditions, ce fut après 1931 que Mussolini put s’engager dans une politique de rapprochement en direction des États et surtout des organisations nationalistes arabo-musulmanes en lutte pour leur émancipation contre les puissances coloniales française et britannique. Ces relations eurent des dimensions à la fois politiques et culturelles. Dans le registre politique, le fascisme apporta un soutien aux leaders arabo-musulmans et à leurs organisations, à la fois matériel (armes, financements, logistique) et politique (appui à l’Irak lors de son indépendance puis de son entrée à la SDN en 1932). Les liens les plus étroits furent établis avec le néo-destour tunisien de Bourguiba, les mouvements égyptiens Jeune Égypte et les Chemises verte3, al-Husseini, le leader palestinien, et surtout Chekib Arslan En mars 1937, Mussolini reçut à Tripoli l’épée de l’islam. Geste de propagande, il était censé faire de lui le protecteur temporel de musulmans.

Toute la place que le fascisme fit à la culture dans le domaine de sa politique extérieur4. Le régime lança en 1932 une revue bimestrielle, l’Avvenire arabo, créa en 1933 l’Institut d’Orient, organisa à Rome la semaine des Étudiants orientaux fin 1933-début 1934, mit en place en 1934, à l’initiative de Galeazzo Ciano, 

Dans les années suivantes, le fascisme apporta son appui au mouvement de contestation de la domination française en Syrie à la pointe duquel se trouvait Arslan. L’Italie espérait se faire céder par la France une part au moins de son hégémonie en Syrie en échange d’un abandon de ses visées en Tunisi8.

L’initiative du tournant vint de l’Italie : cherchant à contester la domination des deux grandes puissances coloniales en Méditerranée et en Afrique, le régime fasciste opta pour un appui aux mouvements nationalistes arabo-musulmans en lutte contre elles. Toutefois, la politique italienne était ambiguë car ses accents anti-impérialistes se doublaient d’une stratégie visant à retirer des avantages en tant que puissance coloniale et à étendre sa domination en Afrique et en Méditerranée. Si les desseins italiens recélaient des incertitudes pour La Nation arabe, celle-ci pouvait toutefois retirer plusieurs bénéfices de la proximité avec l’Italie. Dans un article, Arslan a reconnu avoir été contacté par un émissaire de Mussolini pour négocier les termes d’un rapprochemen3. Le soutien financier apporté à la revue par le régime italien a certainement été un élément important de l’accor4. Outre l’approbation de la diplomatie italienne au Moyen-Orient et des mesures d’apaisement déployées en Libye, La Nation arabe a soutenu la nouvelle politique fasciste respectueuse de l’identité arabe de la Libye (efforts en faveur de l’éducation des Arabes, en faveur de la langue arabe) et envers le culte musulman (interdiction des missions chrétiennes auprès des musulmanes, construction de mosquées financées par l’administration italienne). Pour tenter d’apporter une explication cohérente à cette volte-face, Arslan a imputé la responsabilité des exactions de la période 1928-1931 au général Graziani, tandis qu’il a crédité le Mussolini, rencontré à deux reprises à Rome en 1934 et dont il a dressé des portraits élogieux, de celle de la politique de « réparation » :

Comment interpréter ces relations entre fascisme et mouvements nationalistes arabo-musulmans ? S’il est indéniable que le choix d’un appui réciproque ait été motivé par des considérations d’opportunisme politique, les deux parties ayant des ennemis communs, la question est posée d’un rapprochement résultant aussi de convergences idéologiques : sont susceptibles d’avoir œuvré en ce sens leur antisémitisme commun (à partir de 1938 pour le fascisme) et un éventuel philo-fascisme des mouvements nationalistes arabo-musulmans

Le rapprochement entre les deux protagonistes fut la résultante d’une realpolitik consistant à s’associer en vue de lutter contre leurs ennemis communs, les deux grandes puissances coloniales qui dominaient le monde arabe du Moyen-Orient à l’Afrique du Nord. Arslan et La Nation arabe ont ainsi misé, à partir de 1933, sur un soutien de l’Italie pour secouer entre autres la tutelle française en Syrie et au Maghreb, ou l’hégémonie britannique en Palestine. Le néo-destour de Bourguiba a fait un calcul identique à propos de son combat contre la domination française en Tunisie. Outre un renfort diplomatique et politique, ces organisations ont reçu de l’Italie une aide financière. Juliette Bessis a défendu cette lecture dans ses travaux sur la Tunisie et sur Arslan, et récusé l’idée d’un philo-fascisme de l’émir syrien comme des dirigeants du néo-destour.

Les mouvements nationalistes arabo-musulmans ont vu dans le fascisme essentiellement un allié politique contre la France et la Grande-Bretagne.

D’ailleurs, la lecture de La Nation arabe nous conduit de la même manière à éloigner l’idée d’une proximité idéologique avec le fascisme. Toutefois, d’autres facteurs que le seul calcul politique sont à prendre en considération. Le premier concerne l’attachement d’Arslan à la figure du chef en régime de dictature. Outre les traces d’une vive admiration pour Mussolini que l’on a relevées dans plusieurs de ses textes, Juliette Bessis a signalé la sympathie qu’il éprouvait pour Hitle4. Le second facteur renvoie à la profonde aversion éprouvée à l’égard des sociétés européennes libérales auxquelles il reprochait le matérialisme, l’individualisme, le déclin mora5 ; la démocratie parlementaire ne paraît pas, non plus, avoir constitué un modèle politique pour lui. Ces éléments ont certainement contribué à infléchir son choix de jouer la carte italienne.

Ayant soutenu les organisations d’émancipation du monde arabe dès les origines du fascisme, les tenants de ce courant révolutionnaire partageaient avec elles un rejet des impérialismes britannique et français et une hostilité au mouvement sioniste soutenu par la Grande-Bretagn9. Le projet aurait échoué eu égard à l’opposition du courant du fascisme-régime traditionaliste qui, lui, s’en tenait à la conception d’une politique pro-arabe comme moyen de gêner la France et la Grande-Bretagne en Méditerranée et les contraindre à des concessions. Mussolini aurait finalement arbitré en faveur de cette dernière stratégie.

Le wahhabisme a forgé l'identité de l'Arabie saoudite depuis la création de ce royaume, en 1932. Depuis les années 1980, grâce à l'argent du pétrole, il a réussi une OPA sans précédent sur l'islam mondial. Or l'islam mondialisé est impossible, les divers gangs islamistes sont et seront toujours en guerre les uns contre les autres, parce que c'est la nature même de ces gangs arriérés, inhumains et simples copies du capitalisme décadent. Le messianisme musulman est de la merde. Le marxisme lui, n'est pas un messianisme, il intègre le doute quant à l'avenir mais fait référence aux hommes libérés des tares religieuses et de la pourriture capitaliste. (mon livre "Le marxisme n'est pas un messianisme" a été refusé par les maisons d'édition...de gauche

A la suite des fascismes et de l'islam complice bourgeois des années 1930, L'islam mondialisé n'est qu'un instrument des puissances impérialistes (surtout USA er GB) pour briser les jambes du prolétariat européen, pour inhiber et dévitaliser le prolétariat afin d'aller vers la guerre mondiale. Les populations activement catéchisées elles, sont prêtes pour le sacrifice à condition qu'il se déroule au nom d'Allah !


NOTES 

1« Votre métier a-t-il soutenu des grèves d’ouvriers appartenant à d’autres corps de métiers ? (question n°53) En présentant l’ « Enquête ouvrière » qu’il avait rédigée pour la Revue Socialiste, Marx écrit :
« Dans l’attente que le gouvernement français ouvre… une vaste enquête sur les faits et les méfaits de l’exploitation capitaliste, nous tenterons d’en commencer une de notre côté. Nous espérons être soutenus par les ouvriers des villes et des campagnes, qui comprennent qu’eux seuls peuvent décrire en toute connaissance de cause les maux qu’ils endurent, qu’eux seuls, et non des sauveurs providentiels, peuvent énergiquement remédier aux misères sociales dont ils souffrent. »[[Marx, Le Capital.

3Dans ces ateliers, l’unité de travail est familiale, il n’y a donc pas de dissociation entre la vie familiale et la vie professionnelle. Une soupente est le plus souvent aménagée dans la partie la plus éloignée des fenêtres de l’atelier dans un espace d’environ 3 à 4 m. Sa partie supérieure (ou mezzanine) abrite la chambre à coucher, la partie inférieure sert de cuisine. Dans la cuisine, toujours très isolée des métiers à tisser de manière à ne pas tacher les tissus, on trouve un évier de pierre (ou souillarde) et un fourneau à charbon. La cuisine sert à la fabrication des repas mais aussi à diverses activités professionnelles comme le traitement à la vapeur de certains fils et tissus (le crêpe notamment).

4Une minorité révolutionnaire pro classe ouvrière comme le CCI (avec Chirik aux commandes et moi à la ronéo) s'était lancée à corps perdu dans un activisme exagéré bénissant les années 1980 en tant qu4 « années de vérité » ; bien connu du milieu maximaliste cette erreur grossière a toujours été niée par les tenants actuels du groupe, ce qui est malhonnête mais pas infamant en soit ; il, vaut mieux se tromper avec la classe ouvrière que la trahir en lui faisant voter Mitterrand.

5Qu'on se rappelle la grève massive de mai 68 où l'on voit sur les photos de la grève, et au premier plan, de très nombreux ouvriers maghrébins d'origine enthousiastes comme les étudiants..

6« ... la lutte revendicative constitue le socle de granit du développement de la lutte de classe. Cela fait partie, en effet, de l'ADN de notre organisation puisque cette conception était déjà au cœur de la compréhension marxiste du groupe précurseur du CCI, Révolution internationale  en France ». (…) « : "Le processus à travers lequel la classe ouvrière s’élève à la hauteur de sa tâche historique n’est pas un processus distinct, extérieur à sa lutte économique quotidienne contre le capital. C’est au contraire dans ce conflit et à travers lui que la classe salariée forge les armes de son combat révolutionnaire".Notre plate-forme ne dément pas une telle position de notre part »  . Cette définition apparaît cependant plus large que ce genre de définition stalinienne très ouvriériste : «  l'appartenance de classe ne se fonde pas sur la place dans un espace commun hors-travail mais dans une commune exclusion de la propriété des moyens de production ». Ensuite, même si la production reste le domaine central de la confrontation des classes, l'assertion du Manifeste de 1848 : « Les individus ne constituent une classe, écrit Marx, que pour autant qu’ils ont à soutenir une lutte commune contre une autre classe ; pour le reste, ils s’affrontent en ennemis dans la concurrence » (L’idéologie allemande).- ne limite pas la lutte commune au seul territoire de l'usine.

7« La crise du logement pour les travailleurs et une partie de la petite bourgeoisie dans nos grandes villes modernes est un des innombrables maux d'importance mineure et secondaire qui résultent de l'actuel mode de production capitaliste. Elle n'est nullement une conséquence directe da l'exploitation du travailleur, en tant que tel, par le capitalisme ».Et nota bene, les commentaires délirants suivants : « Le travailleur se présente devant l'épicier . comme un acheteur, c'est-à-dire comme quelqu'un possédant de l'argent ou du crédit, donc nullement comme un travailleur, c'est-à-dire comme quelqu'un vendant sa force de travail. L'escroquerie peut certes le toucher, comme d'ailleurs toute la classe moins fortunée, plus durement que les classes sociales plus aisées : elle n'est point un mal qui soit propre à sa classe."Le salarié est au capitaliste ce que le locataire est au propriétaire."Ceci est complètement faux. (...)«  Et voici que notre proudhonien s'en vient, comme s'il s'agissait d'une grande régression, pleurant et gémissant sur l'expulsion des travailleurs de leur foyer, alors qu'elle fut justement la toute première condition de leur émancipation morale ». Engels se vante ensuite d'avoir dit cela 27 ans auparavant, mais se trompe en croyant déceler un embourgeoisement ouvrier ave l'achat de maison à crédit.

8Il faut quand même remarquer ici que le travail de traduction a été réalisé chez Gallimard, non par de vagues intellos petitts bourgeois, mais par Rubel et Evrad deux compagnons de route de Marc Chiric, donc de ce courant qui a maintenu et transmis les principes les plus critiques et pertinents du capitalisme moderne et de sa gauche bourgeoise ; Suzanne Voute figure de proue du petit parti bordiguiste dans les années 50 et 60 , avait également travaillé à leurs côtés pour accomplir ce magnifique travail. Autant les courants auxquels ces lutteurs obnt appartenu sont restés méprisés par la gent intellectuelle bourgeoise et leurs littérateurs, autant ils ont su fournir via l'édition

bourgeoise les armes théoriques dont le prolétariat a toujours besoin !

10Dans le milieu révolutionnaire maximaliste nous sommes restés complètement aveugles face à cette montée de la gangrène religieuse. Nous diffusions devant ces usines en soutenant les vraies revendications de classe mais sans dénoncer celles « hors classe » ou en pensant qu'elles étaient secondaires dans l'esprit de ces ouvriers croyants ! Chez PSA, les salles de prière sont un des acquis des grèves de 1982. Les ouvriers avaient alors débrayé pour plus de liberté syndicale, une augmentation des salaires, et davantage de dignité. Les salles de prière n'étaient pas une des revendications principales du mouvement, mais elles se sont greffées au mouvement, réclamées par des responsables syndicaux de la CGT après le 29e jour de grève.

11Jean-Claude Mailly, l'ex-secrétaire général de Force ouvrière, s'était alarmé à l'époque de tentatives d'«entrisme communautariste» dans son organisation à la RATP, afin de faire passer certaines revendications, comme l'aménagement des horaires selon les heures de prière.

12.Repéré lors des manifestations de cheminots en 2018, Anasse Kazib était régulièrement invité sur les plateaux des émissions les plus débiles, comme Les Grandes Gueules ou Touche pas à mon poste. Les parainages furent heureusement insuffisants mais caractéristiques de la merde idéologique véhiculée par cette nouvelle extrême-gauche musulmaniaque.Parmi les signataires, plusieurs zozos du poujadisme décolonialiste ! Assa la sœur Troré qui ne va jamais chez le coiffeur, Taha Bouafs activiste anti-flic primaire viré de la Nupes pour soupçon d'abus sexuels, et nombre d'islamo-gauchistes en vue. Cette mouvance idéologique confuse et raciste considère que l’histoire coloniale continue de structurer le champ social en France. Elle est souvent et justement accusée de se focaliser sur des thématiques identitaires ou culturelles au détriment d’une lutte des classes universelle. Lire mon excellent article sur ce clown et son programme invraisemblable jeudi 29 avril 2021 Patapouf Anasse président ?

13https://proletariatuniversel.blogspot.com/2020/07/vers-un-trotskisme-transgenre-version.html