"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 2 août 2023

ISLAM ET « LIBERATION NATIONALE »...une mystification complémentaire



Certains médias (pro-russe) ont tenté de faire croire à un soulèvement spontané de la population nigérienne contre « le colonialisme français »...gesticulations organisées par un clan militaire mais malheureusement se ridiculisant en arborant le drapeau russe ! Quand, en effet, les impérialismes russes et chinois font tout pour virer lA France de l'Afrique. Notons que les trotskiens gigognes de l'idéologie bourgeoise de « l'émancipation des peuples » (NPA bâtard de la LCR krivinesque) - cette pantalonnade de l'époque de la guerre froide où le monde était partagé par les deux plus puissants impérialismes de l'époque – n'ont plus pour politique que de râler indéfiniment contre l'ex-colonialisme français, plaindre les pauvres du Niger et dénoncer l'énergie nucléaire, ce dada des bobos, comme nuisible.

Le soutien de dictateurs locaux « émancipés » de la tutelle colonialiste est encore patent, pour raison électorale en banlieue immigrée pour Mélenchon et sa clique, et le folklorique NPA. Ces factions bourgeoises soutiennent naturellement le « ciment de ces peuples aliénés, un islam soft voire armé. La bataille pour la continuation du vol de l'uranium ne justifie pas la confusion et complicité répugnante de la gauche bourgeoise « soumise » encore aux vieilles idéologies du temps de la contre révolution.

Dans la dénonciation historique de ces fables de « libérations nationales » au service de tel ou tel impérialismes peuvent dormir sur leurs deux oreilles., notre maximalisme (GCF et aussi SouB) ont négligé la place de l'islam ; au Niger 90% de la population est musulmane, donc les bourgeoisies ou clans militaires sont sereines. Or l'islam a accompagne pourtant au fond la « moralisation » des fumeuses « libérations nationales » comme en a témoigné récemment Boualem Sansal (cf. Gouverner au nom d'Allah, islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe, Gallimard 2013) :

« Dans le contexte qui était celui des pays « arabes » sous la domination coloniale occidentale et chrétienne, le rigorisme religieux a été amplifié, l'islam était une armure, un refuge pour résister à l'emprise de la culture européenne et supporter la misère de l'indigénat et les injustices du colonialisme ; durant la guerre d'Algérie, le FLN (Front de libération nationale) faisait la guerre au colonialisme mais n'oubliait pas de multiplier les interdictions au peuple comme l'ont fait les talibans lorsqu'ils étaient au pouvoir en Afghanisatn, il interdisait aux Algériens de boire de l'alcool, de fumer, de chiquer, aller au café, au cinéma, au stade, à la plage, de faire la fête, jouer aux dominos, lire les journaux, de s'habiller à l'européenne pour les Algériennes... la liste s'allongeait au fil de la guerre. Les contrevenants étaient sévèrement punis, ils étaient abattus ou on leur coupait le nez, les lèvres.

Cette démarche a été reconduite après l'indépendance. Les campagne de moralisation sous formes de coups de poing étaient périodiques, elles étaient menées par la police, et elles faisaient beaucoup de dégâts. Elles ont fait fuir du pays des milliers de jeunes. Tous les pays arabes sans exception ont recouru aux mêmes méthodes, violentes, humiliantes, castratrices. En vérité, aucun colonisateur ne s'est comporté comme ont pu le faire les régimes de Khadafi, d'El-Assad, de Boumedienne, de Ben Ali, de Saddam Hussein. »p. 118)

L'AVENEMENT D'UNE BUREAUCRATIE...MUSULMANE

Mais Mohammed Harbi, dans son histoire exceptionnelle du vrai FLN, n'avait pas attendu Sansal pour dénoncer l'utilisation de la « morale islamique » par l'Etat militaire « libéré » (quoique dans l'index des noms le mot islam ne soit pas mentionné). En tout cas, bien meilleur et profond que les courtes brochures ou articles de l'ancienne ultra-gauche que je qualifie comme maximaliste désormais, Harbi aura été le meilleur dénonciateur de cette idéologie sous-développée d'un faux marxisme stalinien et trotskien.

« Les dirigeants du FLN sont à des degrés divers tiraillés entre deux mondes ; le monde occidental, symbole de l'individualisme et du respect de la vie personnelle, et le monde islamiques, plus marqué par la religion et dans lequel l'individu ne se définit que par la communauté. La religion a joué en Algérie, un rôle qu'elle n'a eu dans aucun autre pays arabe. La destruction de l'Etat des deys et des communautés de base (tribus) a précipité les Algériens cers ce qu'il y a de plus intérieur dans l'homme, la religion. L'islam a été le substitut de l'Etat avant d'en devenir l'âme » (…) Ses conceptions (du FLN) sur la guerre comme djihad, sa tendance à voir dans l'opposition une déviation et une hérésie, son évaluation de la représentativité à partir du consensus, son approche du problème des minorités, enfin sa pratique de l'épuration comme élimination de l'impur, sont toutes empruntées à la tradition. Aussi la théorie de l'Etat-nation défendue par le juriste algérien Mohammed Bedjaoui n'a-t-elle de sens que si on identifie la nation à la communauté musulmane.

Fondés sure la censure des conduites, les principes de commandement forment l'esprit public dans l'obéissance et le respect et font de la délation et de la surveillance mutuelle l'accomplissement d'un devoir communautaire. Sans le savoir, les dirigeants du FLN renouent avec le pass é. Les droits de l'individu n'existent pas. La passage de la déclaration du 1er novembre sur le respect des libertés individuelles n'est qu'un costume du dimanche qu'on a sorti pour la circonstance et qu'on a vite remisé. ».

« A l'image de toutes le couches dominantes de l'histoire, la bureaucratie algérienne s'élève au-dessus du peuple en utilisant l'action policière ». Le peuple algérien, aussi passif que le prolétariat russe aujourd'hui, est alors sado-masochiste :

« Mus par la haine de la domination étrangère, les algériens, du fait même de la place que la religion et l'autorité tiennent dans leur conception du pouvoir, considèrent l'arbitraire comme le revers inévitable de ce qui, pour eux, est essentiel, la communauté. Ils ont vécu, dans la douleur, et parfois dans la honte, les atteintes à leur dignité. Toutefois, la violence du FLN 'a jamais pu être mise en balance avec celle du colonialisme. (…) Mais au fur et à mesure que la lutte se prolonge, de larges fractions de l'opinion urbaine commencent à se demander si, sous couvert de la libération nationale, ne s'est pas constituée une nouvelle couche de chefs tyranniques et médiocres ».(...) « On voit donc qu'avant même la libération du pays, la bureaucratie algérienne s'est dépouillée de son mystère. (…) Symbole d'une unité chèrement acquise, le FLN n'est pas la formation politique qu'il prétendait être, mais une bureaucratie à vocation étatique dont la force réside dans l'appareil militaire ».

UNE COLLECTE DES FONDS COMPARABLE AUX METHODES ISLAMISTES

« « Cette technique que l'on appelle « l'arriérage » est la source de nombreux drames. Placés devant l'alternative de sauver leurs vies ou d'abandonner leurs familles, certains émigrés choisissent la deuxième solution. D'autre préfèrent nomadiser à travers la France pour échapper aux balles des collecteurs de fonds. Mais, inexorablement, ils se retrouvent un jour ou l'autre, du fait du quadrillage des cafés, des hôtels et des foyers, sous le contrôle du FLN. L'arrivisme des cadres ajoute aux dégâts provoqués par ces pratiques ? Soumis à l'exigence d'améliorer les collectes financières pour grimper dans la hiérarchie, les « percepteurs » multiplient sous divers prétextes (consommation d'alcool, retard de paiements, etc.) les amendes et les comptabilisent en gonflant le chiffre des « contribuables ».

La population du Niger, embourbée au demeurent pas sa croyance musulmane, n'a aucune raison d'attendre une amélioration de ses conditions de vie (ou d'une libération du capitalisme), laquelle dépend d'un...début de vraie révolution en Occident ! Il faudra aussi à un moment donnée que les populations un peu partout dans le monde, en viennent à brûler des tonnes de coran, de bible et de torah, pour se libérer de cette religiosité aliénée, vieille arriération mentalement handicapante depuis des siècles et des siècles.




jeudi 27 juillet 2023

Staline et le communisme allemand


 Paul Mattick 1949

 

Critique de  Stalin and German Communism. A Study in the Origins of the State Party [Staline et le communisme allemand. Une étude des origines du parti-État] par Ruth Fischer, Harvard University Press, 1948, 687 pp., $ 80.
Source Western Socialist, Boston, USA, mars-avril, 1949.

traduction: Jean-Pierre Laffitte


 Mattick reste pour nous un des plus grands personnages du maximalisme; il m'a toujours paru étonnant que ce révolutionnaire marxiste depuis son adolescence ait été publié par les éditions bourgeoises Gallimard! Le texte suivant du beau Paul Mattick révèle l'importance de sa réflexion politique qui a pris la place d'un éléphant dans le magasin des vieilles porcelaines léninistes et bordiguistes! Outre qu'il suit l'évolution politique puis les errements de Ruth Fischer, considère la création de l'IC comme artificielle, montre la régression de l'anti-stalinisme primaire (avec les oublis des exclus quant à leur propre trajectoire),  la fausse possibilité d'empêcher Hitler de parvenir au pouvoir par des combinaisons "démocratiques" avec les factions bourgeoises et enfin démonte la fable du parti prolétarien au pouvoir Mattick fut présent entre autres à la réunion de Taverny en 1969 (je vous en avais promis les détails, en voici quelques uns, que j'ai aussi repiqués pour mon histoire du maximalisme): 

"Depuis quelque temps, ICO organisait régulièrement des rencontres internationales. La première s'était tenue à Taverny les 29-30 juillet 1966, avec le groupe anglais Solidarity, des Allemands et des Belges ; la seconde en 1967, avec les mêmes plus Mattick et un situationniste nommé Le Glou, venu foutre la pagaille. En 1968, aucune rencontre n'est organisée, tout le monde étant absorbé par d’autres occupations plus urgentes. Mais en 1969 une réunion nationale se tient à Taverny, avec la participation de tendances et groupes fort différents, dont Révolution internationale (le nouveau groupe de Marc Chirik, formé dès le retour à Paris de celui-ci). Paul Mattick, sa femme Ilse et leur fils Paul y sont présents. C'est aussi la première fois que l'on voit Guillaume et Barrot présenter leur texte sur l'idéologie de l'ultra-gauche allemande et sur les communistes de conseil. Daniel demande à Serge et à Paul Mattick de répondre à ce genre d'allégations, mais tous deux estiment qu’elles sont trop stupides pour en valoir la peine. En 1969 (11-12 juillet), une réunion internationale est à nouveau organisée, cette fois à Bruxelles. Y participent les Mattick, Malaquais et Daniel Cohn-Bendit, entre autres. Serge s’y rend avec Claude Orsoni, bien qu'il ait rompu avec ICO dans un article intitulé La différence".

Vous pouvez en lire l'intégralité, passionnante, dans la biographie de Serge Bricianer (avec des militants qui ne craignaient pas d'être pris en photo):  vivelasociale.org › html › archives › AR_serge_biographie


                                                    o O o

La situation d’après-guerre, avec les nouvelles rivalités impérialistes, a produit une vague de littérature antibolchevique. Le dernier d’une série de plusieurs gros volumes, qui a commencé avec la biographie de Staline par Trotski, est l’œuvre de Ruth Fischer qui porte sur la relation entre Staline et le Parti Communiste Allemand. Traiter le stalinisme de cette manière est particulièrement approprié, car la concurrence entre l'Amérique et la Russie concerne le contrôle d'autres pays. Le “viol” de petites nations par de grandes puissances représente un cri de ralliement pour la guerre ; ce qui est compréhensible, car ce que son rival avale est perdu pour son propre appétit. L'intérêt porté aux moyens de “l'agression” russe est par conséquent grand et ce livre espère le maintenir éveillé pour les nouvelles luttes qui approchent contre le totalitarisme en expansion.

L’introduction du professeur Fay 

Pour présenter Ruth Fischer aux lecteurs américains, le professeur Fay de Harvard fait remarquer que son exposé de la politique russe est de la plus grande importance pour le monde d’aujourd'hui, parce qu’il montre que les partis communistes travaillent pour « leurs maîtres moscovites plutôt qu’en honnêtes patriotes pour le bien de leur pays natal ». Les efforts russes pour manipuler la politique communiste allemande sans considération des propres intérêts de l’Allemagne, dit-il, a été une raison importante pour la rupture de Ruth Fischer avec Moscou. C'est d'ailleurs une profonde préoccupation démocratique pour le “droit à l'autodétermination nationale” de Lénine qui a fait d'elle en premier lieu une communiste. Selon Fay, c’est le refus de la part des dirigeants sociaux-démocrates de penser en termes de réelle autonomie pour les différentes nationalités composant l’État austro-hongrois qui a amené Ruth Fischer à l’extrême gauche de son parti et qui a fait d’elle l’un des fondateurs du communisme autrichien. Ceci explique pourquoi Ruth Fischer est reléguée au rang des nombreux martyrs et hommes d’État patriotes qui ont fui le nouvel Empire russe pour écrire des livres aux États-Unis.

L’attitude de protection prise par le professeur Fay à l’égard de son auteure et de lui-même est plutôt superflue. La sympathie pour les communistes “allemands” est vouée à croître avec l'approche de la guerre contre la Russie, tout comme les sympathies pour les communistes “russes” ont pris des formes d'amour fraternel lors de la Seconde Guerre mondiale contre les totalitaires allemands. Bien qu’il y ait eu une période d’ardent nationalisme allemand dans la vie politique de Ruth Fischer, son patriotisme ne doit pas être pris trop au sérieux. Après tout, elle a changé plutôt rapidement en passant de “la lutte pour l’auto-détermination” en Autriche au Parti Communiste Allemand “authentiquement inter-national”. Et, au sein de ce parti, selon les propres termes de Fay, « en tant que jeune femme  au début de la vingtaine et qui n’est même pas citoyenne allemande », elle s'est élevée rapidement, « à sa grande surprise », à la position qui lui permet aujourd'hui de parler avec autorité du communisme, et du communisme allemand en particulier.

Naturellement, il n’est pas possible de rendre Ruth Fischer responsable de la préface étrange et mal informée du professeur Fay ; c’est elle qui travaille pour Harvard et non pas le contraire. Il est néanmoins tout à fait irritant de voir le professeur Fay déplorer la désunion de la classe ouvrière allemande, qui a prétendument empêché le plein succès démocratique de la République de Weimar, comme étant « un tragique malheur pour le monde ». Et cela en guise d'introduction à un livre qui montre très clairement que ce n'est pas la désunion dans les rangs des travailleurs, mais l'unité entre la bourgeoisie et le mouvement ouvrier démocratique, qui a entravé le déroulement d'une « révolution vraiment démocratique ». La scission entre “socialistes” et  “communistes” en 1918 n'a pas provoqué l'effondrement de Weimar, mais elle a été une tentative pour développer une force révolutionnaire en Allemagne capable d'empêcher une restauration capitaliste et le retour de l'impérialisme allemand.

Pourtant, quand le professeur Fay parle de « révolution réellement démocratique », il ne pense pas en termes de socialisme. Il préfère simplement Weimar au Troisième Reich, et, même à la date actuelle, il maintient l’illusion commode selon laquelle un front uni entre les “socialistes” et les “communistes” aurait empêché le régime hitlérien. Mais la République de Weimar a abouti au Troisième Reich parce qu’il n’y a pas eu de révolution socialiste, parce que, pour parler comme Fay, la division dans la classe ouvrière n’avait pas été suffisamment grande. Le professeur Fay semble avoir raté tout l'intérêt du livre de Ruth Fischer, à savoir que le stalinisme représente une sorte de fascisme rouge. Et pas seulement depuis la conclusion de la Seconde Guerre mondiale, mais depuis de nombreuses années avant le pacte Hitler-Staline. Le clivage du mouvement ouvrier en 1933 représentait quelque chose d’autre que la division en 1918. Avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, les organisations et les syndicats sociaux-démocrates, qui étaient de sensibilité capitaliste, ont fait face aux totalitaires russes en habits allemands. Hitler a pu détruire le mouvement ouvrier allemand aussi facilement non pas parce qu’il était désuni, mais parce que, pour partie, il n’était pas un mouvement ouvrier, et, pour partie, il n’était pas allemand.

Le Bottin mondain du communisme 

Si l’on laisse de côté la préface, les premières deux cent pages de Ruth Fischer fournissent un compte rendu objectif et écrit de manière intéressante des changements politiques qui ont eu lieu en Allemagne après la Première Guerre mondiale. Elles traitent du développement du mouvement de gauche allemand durant la guerre, avec le Spartakusbund et des organisations similaires, leur fusion dans le Parti communiste, les désaccords au sein de ce parti, son utilisation de bonne heure comme un instrument de la politique étrangère russe, la position et les relations des conseils des ouvriers et des soldats vis-à-vis des organisations politiques établies et des syndicats, l’échec de toutes les aspirations révolutionnaires, et le retour du militarisme allemand.

La plus grande partie du livre reste cependant intéressante, principalement parce que c’est un exemple de la vision de l’histoire d’une révolutionnaire professionnelle. Avec l'entrée de Ruth Fischer dans le paysage politique que son livre décrit, une grande partie de l'objectivité qui caractérise la première partie de l'ouvrage fait place à la colère subjective de la femme politique vaincue. L’histoire est alors vue presque exclusivement dans la forme biaisée des luttes inter- et intra-parti ; la faction de parti et le dirigeant de parti remplacent le traditionnel “héros” ou “méchant” dans l’explication du changement historique. Elle parle alors de « l'instinct sûr du politicien né pour le pouvoir », qui fait appel à « la vanité de la matière première non transformée de la société », c'est-à-dire les travailleurs, et qui bat ceux qui sont moins favorablement doués pour la lutte pour le pouvoir. Cette manière d’écrire l’histoire demande une grande quantité « d’informations de l’intérieur » et elle transforme son livre en un véritable « Bottin mondain du communisme », ainsi que son éditeur le signale volontiers. Le fait qu'une grande partie de ces informations apparaît dans des notes de bas de page n'en diminue pas son importance. Elle est donc facilement accessible à ceux qui aiment faire correspondre les célèbres fichiers du Kremlin à la disposition de Staline avec les appareils de bureau similaires, mais démocratiques, de ce pays.

“Trahison” 

Même la qualité des premières parties du livre est quelque peu abîmée par une tentative  pour rendre la trahison stalinienne du communisme “allemand” plus odieuse en accordant à la gauche allemande un plus grand crédit qu’elle ne le mérite. Même si, à la suite de la Première Guerre mondiale, une minorité du mouvement ouvrier allemand est allée plus loin dans ses aspirations révolutionnaires que d’autres groupes minoritaires dans d’autres pays, son incapacité à surmonter son passé social-démocrate a transcendé son empressement subjectif à prendre la révolution au sérieux. L’absence d’idées précises sur la façon de procéder, la substitution de slogans à des plans concrets, l’incapacité à juger la situation mondiale de manière réaliste, ont expliqué à la fois la demande de leadership et l'indécision des dirigeants à la tête du mouvement. Tous les efforts déployés, tout l'héroïsme manifesté, tous les sacrifices subis, n'ont finalement été pas davantage qu'un faible geste dans la bonne direction, incapable d’influencer la plus grande partie du mouvement ouvrier, occupée qu'elle était à restaurer le monde déchiré par la guerre au moyen de réformes capitalistes.

Domination russe 

Il n'y avait pas grand-chose à “trahir”. En outre, si l‘aile radicale du mouvement ouvrier allemand a pu passer sous la domination russe en l’espace de quelques années, il a dû y avoir des tendances au sein du mouvement lui-même qui ont favorisé la domination bolchevique. En fait, c’était de nouveau une minorité dans la minorité qui essayait sérieusement de briser avec la tradition de réforme à laquelle à la fois les socialistes et les bolcheviks adhéraient. Les différences entre ces derniers groupes étaient simplement de nature tactique, ou plutôt liées à des problèmes tactiques à un moment historique particulier. Sur la question devoir ce qui constitue le socialisme, les deux étaient d’accord sur la nationalisation de la propriété capitaliste et sur son administration par l’État. Un parti était bien décidé à s’emparer du pouvoir gouvernemental par la révolution, et l’autre par la réforme. La plupart des communistes allemands ont accepté aussi facilement la direction bolchevique parce qu'elle correspondait à leurs propres idées de système révolutionnaire.

Il y avait cependant des groupes de communistes qui essayaient de concrétiser le slogan : “Tout le pouvoir aux soviets”. Ils préconisaient des actions et proposaient des objectifs qui allaient au-delà de la compréhension et des intérêts des révolutionnaires cherchant à obtenir des postes gouvernementaux dans une société contrôlée par l'État. Eux aussi ont eu leur chance dans les convulsions politiques entre 1918 et 1921. Mais il y a toujours eu un front uni informel de “socialistes” et de bolcheviks qui opérait contre eux. L’intervention russe s’est installée avec l’attaque menée par Lénine contre la a prétendue “ultragauche” en Allemagne. Contre son « radicalisme infantile », il recommandait avec insistance de revenir au parlementarisme, à l’activité syndicale, à l’opportunisme en général. Ses disciples allemands n’ont pas hésité à provoquer une scission dans le jeune Parti Communiste afin de cadrer avec les goûts et les besoins du grand leader russe. À cette époque-là, Ruth Fischer n’était pas encore en position de leader, mais elle soutenait Zinoviev et Radek, les exécutants du programme de Moscou.

La domination russe sur le communisme allemand n’a pas eu à attendre la venue au pouvoir de Staline ; elle a été instituée très tôt par Lénine lui-même avec la création artificielle de la Troisième Internationale, avec les 21 points d’admission, en subordonnant le mouvement international aux décisions des dirigeants russes, en poussant à la scission le Parti Communiste qui était à l’origine anti-réformiste, et en fusionnant sa droite léniniste avec les Socialistes indépendants réformistes. Si Ruth Fischer parle invariablement d’elle-même comme représentante d’une opposition de “gauche”, il doit être signalé que ce factionnalisme de gauche n’avait absolument rien à voir avec les tentatives réelles des radicaux de gauche de s’opposer au système totalitaire du bolchevisme. Son travail s'est poursuivi au sein du parti bolchevik et il est simplement lié aux besoins de manipulation des superviseurs russes au cours des premiers stades de leur totalitarisme en développement. Avec une faction de “gauche” et une faction de “droite”, la manœuvre était facilitée. Maintenant, ils pouvaient souffler le chaud et le froid, bouger dans une direction ou une autre, ou ne pas bouger du tout. Ils pouvaient avancer ou reculer, adopter le réformisme ou la révolution, être nationaux ou internationaux, exactement comme les besoins changeants de l’État russe l’exigeaient. Ni la “gauche”, ni la “droite”, n’avaient une politique indépendante, mais elles représentaient différents groupes d’hommes politiques qui mettaient l’accent sur l’un ou l’autre aspect du bolchevisme, faisant en sorte de sécuriser à tout moment le contrôle des manipulateurs russes.

Purges 

Le besoin de cette forme largement indirecte de contrôle a cessé d’exister avec la stabilisation du capitalisme mondial et l’achèvement du système autoritaire en Russie. Le factionnalisme est devenu tout d’abord un luxe inutile, et ensuite une contrariété lorsqu’il ralentissait l’exécution des ordres venant d’en haut. Quand il est devenu clair que ni l’humeur des masses, ni les opinions des membres du parti, n’avaient plus de poids, paralysées qu’elles étaient par les conditions mondiales relativement stables, des méthodes de contrôle plus directes ont été introduites. La “purge” a remplacé le bavardage vide sur les virages “à droite” et “à gauche” et toutes les décisions prises par le Comité Central représentaient la “ligne correcte” comme étant la ligne indiscutable. Ceux qui ne saisissaient pas le changement de situation étaient rapidement mis sur la touche.

Elle n'est pas antitotalitaire 

L’ascension, mais aussi la chute, de Ruth Fisher, ne s’expliquent par aucune sorte d’antitotalitarisme de sa part, mais par certains changements tactiques imposés par la direction russe et par la lutte pour le contrôle qui faisait rage dans le Parti russe. La politique du Komintern, qui faisait des allers et retours entre le réformisme et le putschisme, dans une recherche constante d’un plus grand soutien aux politiques de l’État russe, a conduit à l’échec du soulèvement d’Octobre 1923. Dans la tentative de déplacer la responsabilité de cet échec des niveaux supérieurs aux niveaux inférieurs de la hiérarchie du Komintern, la direction du Parti Communiste Allemand, parrainée par les Russes, a été forcée de faire place à ses concurrents “de gauche” inexpérimentés. Au sein du Parti russe, la lutte pour le poste de Lénine battait déjà son plein. Trotski  jouait lui aussi un air “de gauche”. Cependant, Maslow et Fischer pensaient à une mélodie différente, et, en soutenant Staline et Zinoviev en Russie, ils s’assuraient de la direction allemande. Une fois au pouvoir, l'orientation “de gauche” s'est avérée être synonyme d'un nouveau déclin de la démocratie de parti, de davantage de discipline, de plus d'autoritarisme. Mais si le soutien de Staline et de Zinoviev a permis à Maslow et à Fischer d’obtenir la direction allemande, elle a bientôt été de nouveau perdue à cause de la lutte de Staline contre Zinoviev pour le contrôle du Parti russe. Un virage général vers la “droite” a disqualifié Zinoviev et a soutenu Staline. Cela a forcé le premier à dénoncer et à anéantir ses partisans “de gauche” afin de fortifier sa position vis-à-vis de la clique de Staline. Mais Staline a remporté le combat et, la question de la direction ayant été ainsi définitivement réglée, tous les antistaliniens, y compris Maslow et Fischer, ont été éjectés du Parti.

Si les luttes internes au Parti ont forcé Ruth Fischer à prendre une position oppositionnelle réelle, son orientation “de gauche” est maintenant devenue simplement un point de vue antistalinien. Comme tous les autres groupes d’opposition exclus, le sien a persisté à se considérer comme le seul « véritable » mouvement bolchevik opposé à la « contre-révolution » stalinienne. Ils ont mis sur pied de nouvelles organisations qui ne différaient ni dans la forme, ni en esprit, de celles des staliniens, et ils ont passé le reste de leur existence pseudo-politique avec l’espoir illusoire de regagner leur place “légitime” dans le mouvement bolchevik international.

Cependant, pour autant que Staline était concerné, ils n’ont plus eu bouche cousue. Maintenant, ils pouvaient critiquer, diffamer et ridiculiser, à volonté. Ruth Fischer ne ménage rien, pas même sa propre imagination bizarre, pour prouver la dévalorisation totale de ses ennemis et amis politiques d'hier. Même les échecs, les erreurs et les accords louches, du bolchevisme pré-stalinien sont maintenant exposés, bien qu'en partie excusés. Ils étaient bien sûr connus d'elle lorsqu'elle était encore au pouvoir, mais tant que le silence était d'or, elle se taisait, comme il convient à un bon bolchevik.

Pour parler d’une contre-révolution stalinienne, Ruth Fischer doit défendre les politiques de Lénine, et par conséquent, simultanément, justifier son propre passé politique. C’est presque de façon masochiste qu’elle essaie d’exonérer Lénine de ses interventions dans la politique allemande. Ce n'est pas vraiment Lénine, dit-elle, mais d'autres, qui « ont amené Lénine à recommander l'élimination de Maslow du Parti allemand ». C'est là, sans aucun doute, l'extrême du renoncement à soi-même, étant donné que Maslow est le véritable héros de son livre ; un génie polyvalent, comme s’il surgissait de la couverture du magazine Time. Sur toutes les questions cruciales, écrit-elle, « l’intervention de Lénine dans les affaires communistes allemandes présente une attitude directement opposée à celle de Staline ». Et cela en raison d’un « contraste dans le caractère » et d’un « climat politique différent ». Même si « Lénine s'est battu pour le pouvoir centralisé du parti », dit-elle, c'était « toujours en pleine conscience des dangers que courait le concept original de la démocratie soviétique dans l'utilisation de mesures obligatoires » !

Bien que conscient des dangers que cela impliquait, Lénine décidait néanmoins de vivre dangereusement. Cela doit être d’un grand réconfort pour les révolutionnaires massacrés à Cronstadt de savoir, s’ils le pouvaient, que Lénine se faisait du souci pour la démocratie tandis qu’il appliquait la loi martiale. Et aussi pour les otages morts, massacrés démocratiquement à raison de deux cents pour un. Qui sait, le rapport aurait peut-être été moins favorable aux victimes sans le concept originel de démocratie soviétique de Lénine ? Cependant, le modèle Dzerjinski avait évolué non seulement comme une arme contre les gardes blancs, mais aussi pour la lutte contre la démocratie soviétique. Cette dernière était la révolution elle-même, mais elle n’était pas encore placée sous le contrôle du parti. Elle était l'ennemi que Lénine a combattu et dont Staline a finalement triomphé.   

Toute la théorie et la pratique de Lénine contredisent l’interprétation de Ruth Fischer. Tout ce qu'elle a à offrir à l'appui de sa thèse est une promesse pour après la prise du pouvoir. Bien sûr, tous les dirigeants et groupes dirigeants déclarent que leur dictature est un moyen nécessaire, bien que désagréable, d'une vie meilleure pour tous. S’ils sont encore en train de se battre pour arriver au pouvoir, leurs promesses sont tout à fait précises ; dès qu’ils sont au pouvoir, les promesses deviennent au contraire vagues et leur réalisation est reléguée dans un futur lointain. Les promesses de Lénine sont toujours sur les lèvres de Staline. Et ce que Lénine avait l’intention de faire en Russie a été accompli dans son économie d’État. L’État russe ne doit pas différer du concept du parti que l’on trouve chez Lénine et qui a été développé longtemps avant la révolution. Si ses principes d’organisation et de contrôle semblent être différents de la réalité russe, c'est parce qu'elle ne concerne plus quelques milliers de personnes, mais plus de 160 millions, non plus un groupe restreint de révolutionnaires, mais toutes les couches sociales de la Russie et au-delà.

En tout cas, qu'est-ce que c'est au juste que tout ce discours portant sur la structure de caractère du leader ? Quelle sorte de mouvement “social” est représentée par des organisations qui dépendent dans leur destination du caractère du leader ? Certainement pas un mouvement communiste qui essaie de briser la monopolisation du pouvoir et à mettre fin à la structure en classes sociales. Dans le récit de Ruth Fischer, l’ensemble du stalinisme et de l’impérialisme russe moderne semble résulter de la mort prématurée de Lénine. « Après le deuxième AVC de Lénine », écrit-elle, « Staline a serré les vis ». Et au fur et à mesure que « Lénine s’affaiblissait, Staline devenait plus audacieux ». La position de Zinoviev « est devenue de plus en plus difficile entre le deuxième et le troisième AVC de Lénine », et ainsi de suite, jusqu'à ce que tout soit perdu avec le dernier souffle de Lénine.

Parti d’État – Capitalisme d’État 

La tentative de Ruth Fischer de révéler les « origines du parti d'État » ne réussit qu'à montrer certaines de ses manifestations, étant donné qu’elle est incapable d’échapper à sa propre idéologie bolchevique. Elle écrit sur le mouvement révolutionnaire comme Eisenhower écrit sur la guerre. Tout est question de leadership et de stratégie, et le reste n’est que de la logistique. Apparemment, l'« origine » du parti d'État coïncide avec la nomination de Staline au poste de secrétaire général en 1921, car, à partir de la page 232 de son livre, elle décide     « de mettre une majuscule au mot Parti lorsqu'il se réfère à l'institution russe, afin d'indiquer qu'il est devenu le seul instrument du pouvoir dans l'État ». Comme le fait de mettre une majuscule à un mot ne peut pas servir d'explication, tout son livre doit servir à expliquer cette opération. Dans ce cas, l'histoire du bolchevisme, c’est l'histoire de l'avènement du Parti d’État, et contre cela il n'y avait rien d'autre que les qualités de caractère de Lénine et, bien sûr, la sincérité révolutionnaire de Maslow, de Fischer et de leurs partisans anonymes. Le fait qu’il soit possible cependant de se battre pour le pouvoir absolu de l'État sans devenir Parti d'État reste inexpliqué.

Les origines du parti d'État, russe ou autre, ne sont pas secrètes ; elles sont identiques à celles qui ont donné de l’impulsion à l'accumulation et à l'expansion du capitalisme mondial. Le capitalisme d'État russe, comme le fascisme allemand, est une réaction nationale aux changements, dans les configurations internationales de pouvoir, qui ont été provoqués par une concurrence à grande échelle. Il n'y a rien de spécifiquement russe, bolchevique ou stalinien, dans le développement du capitalisme d'Etat, lequel implique le parti d’Etat. Désigner le Parti stalinien comme l’initiateur et le porteur du totalitarisme, c'est obscurcir la nature du capitalisme actuel, dont la tendance générale est au régime totalitaire. Un antitotalitarisme qui n'est qu'un anti-stalinisme ne peut mener à d'autre fin que la « croisade » antitotalitaire contre Hitler.

Certes, le refus de voir dans le totalitarisme russe le seul – actuel – ou le principal ennemi, n'est un motif d’excuse pour aucune des actions bolcheviques, ni pour  aucun de leurs dirigeants. Les machinations perverses de Staline et des staliniens en Russie, en Allemagne et ailleurs, telles qu’elles sont relatées par Ruth Fischer et par un nombre croissant de communistes réfugiés, sont tout autant indispensables à la compréhension des tendances politiques que la littérature consacrée à la « reconstruction socialiste » en Angleterre, ou à la concentration du pouvoir et du capital aux États-Unis. A cet égard, cependant, Ruth Fischer ne rapporte que plus en détail ce qui a été dit auparavant par d'autres personnes qui se sont confessées, tout en étant plus ou moins affligées d'amnésie quant à leur propre passé. Ce n'est rien de plus que la lutte pour le pouvoir au sein du régime bolchevik et ses répercussions au sein de la branche allemande, toutes deux imbriquées dans les jeux de pouvoir impérialistes passés et actuels. Le récit se termine par la déclaration de Ruth Fischer selon laquelle « elle n'est plus en mesure de s'identifier à aucun des groupes » autrefois impliqués dans les combats que son livre relate.

 

 


 

dimanche 23 juillet 2023

Marx et le nouvel ordre mondial

 



Arthur Shadwell

(Éditorial du 9 mai 1918)

traduction: Jean-Pierre Laffitte

(lecture vacancière...)

 

Karl Marx est né il y a cent ans dimanche dernier. Par une singulière fatalité, cet anniversaire tombe à un moment qui présente le contraste le plus dramatique que l’on peut concevoir avec sa mission. Il était l’apôtre et le prophète de la guerre entre les classes et de l’unité entre les peuples. Aujourd'hui, nous sommes témoins du renversement total de ces idées. Nous voyons les classes unies comme jamais auparavant au sein des nations et les nations elles-mêmes déchirées comme jamais auparavant. Nous voyons les peuples se dresser en rangs serrés les uns contre les autres, bloqués qu’ils sont dans une lutte à mort intense qui s’élève même maintenant jusqu’au point suprême de la destruction mutuelle. Certes, ce n'est pas encore la fin. Personne ne peut dire comment cette guerre finira ou ce qu’il adviendra ensuite. Mais il est possible que le résultat final se rapproche dans une certaine mesure de l’idéal marxiste. Un nouvel ordre international est en train de naître ; nous pouvons voir cela parce que nous assistons aux douleurs de son enfantement. Et l'ordre des classes au sein des nations sera différent ; nous pouvons voir cela aussi. La voie n’est cependant pas la voie indiquée par Marx, et elle ne mènera pas à la fin qu’il envisageait. Il voyait l’abolition des barrières nationales au moyen de la guerre des classes, laquelle devait abolir les classes et les antagonismes de classe en faisant des classes laborieuses, qui « n’ont pas de patrie », la classe suprême dans toutes les nations. Le processus a été renversé. Ce sont l’affirmation de la nationalité et les antagonismes nationaux en résultant qui ont entraîné la suppression ou la suspension des antagonismes de classe et qui provoqueront peut-être la suprématie des classes laborieuses. Mais la possibilité de cette dernière hypothèse dépend de l’issue de la guerre. Cela est concevable à condition que l’Allemagne soit vaincue, parce qu’alors la classe dominante disparaîtra et son ordre périra avec elle, mais pas autrement. Et dans le cas le plus heureux, ce sera l’union des nations qui sera réalisée, non pas par l’abolition de la nationalité, mais par la fédération.

Un plus grand visionnaire que Marx s’est penché sur le futur dans la même période d'effervescence et « il a aperçu la Vision du monde et toutes les merveilles qui en résulteraient » avec une prescience bien plus juste, comme les événements l’ont prouvé. “Locksley Hall” a été publié il y a trois-quarts de siècle et cinq ans avant que Marx ne rédige le “Manifeste du parti communiste” ; et, dans cette magnifique prévision, Tennyson envisageait les « exigences du peuple », porté vers la lutte, dans laquelle les vaisseaux aériens des nations s’affrontaient et faisaient pleuvoir leur horrible rosée, jusqu'à ce que les drapeaux de la bataille soient finalement enroulés et les tambours de la guerre réduits au silence « dans le Parlement de l'homme, la Fédération du monde ». Dans ce nouvel ordre, prédisait-il, le bon sens du plus grand nombre tiendra un royaume agité en respect. Aucune partie de toute cette vision audacieuse n'est plus frappante que cette estimation sobre du nouvel ordre. Aucune Utopie, aucune perfection impossible, aucune rodomontade à propos de briser les chaînes ou de la fraternité universelle transformant les hommes en anges ; mais une société d’êtres humains toujours susceptibles de provoquer des troubles, et pourtant maintenus dans l’ordre par le bon sens général des masses grâce à la loi, qui sera leur loi et une loi supranationale. Ceci est un idéal possible, et nous sommes peut-être en route vers lui. La première partie de sa vision a été du moins littéralement réalisée. Nous ne sommes certainement pas sur la route indiquée par Marx, comme beaucoup de ses disciples la voient en sondant beaucoup les cœurs.

Et pourtant, le sens de sa mission n'est pas à écarter d’un revers de main comme n’ayant pas d’importance parce que les événements n'ont pas suivi le cours qu'il avait prévu. Il y a davantage en elle que cela implique. Durant ce dernier demi-siècle qui s’est écoulé depuis sa naissance, l’on ne peut nommer qu’un seul homme dont les travaux ont suscité plus d’intérêt intellectuel, stimulé plus de pensée, et en général fait sensation ; et cet homme, c’est Darwin. Une comparaison a souvent été effectuée entre eux par les socialistes – et ce à l’avantage de Marx, comme l’on pouvait s’y attendre. C’est un jugement qui n'est pas approuvé par le reste du monde, et le parallèle entre les deux hommes est vraiment très mince ; mais le simple fait que l’influence de Marx sur son époque ait été suffisamment importante pour suggérer cette comparaison autorise à mener un examen sérieux. Un homme ne peut pas se faire remarquer si fortement et tenir son rôle si longtemps sans une raison substantielle. Quel est le secret de son emprise sur l’attachement d’un cercle restreint de disciples et sur l’attention d’un public beaucoup plus vaste ? Il réside en partie dans la cause qu’il représentait, et en partie dans la façon avec laquelle il la représentait.

Dans son aspect le plus simple et le plus large, c’est la cause des pauvres et des nécessiteux, une cause ancienne aussi vieille que l’histoire, et, sans doute, beaucoup plus vieille. La reconnaissance des pauvres et des nécessiteux implique la conscience d’un contraste, donc l’existence d’autres individus qui ne sont ni pauvres ni nécessiteux et qui se différencient  de ceux qui le sont par cette situation. C’est ce contraste qui crée la cause en provoquant de l’inquiétude pour ceux qui sont dans une situation moins agréable. Les hommes, dit Spinoza, sont constitués de telle façon qu’ils ont pitié ceux qui sont dans une piètre condition et qu’ils envient ceux qui sont dans une bonne condition ; et il ajoutait qu’ils étaient plus enclins à l’envie qu’à la pitié. Si tous étaient dans une situation égale, qu’ils soient pauvres et nécessiteux ou non, il n’y aurait ni pitié ni envie ; il n’y aurait en réalité ni pauvres ni riches, étant donné que ces termes sont tout simplement relatifs. Naturellement, l’envie et la pitié ne sont pas limitées à des situations matérielles ; mais la doctrine moderne est que toutes les autres dépendent plus ou moins d’elles, et que cet argument ne concerne qu’elles. Et donc les pauvres et les nécessiteux sont l’objet de pitié, laquelle prend différentes formes. Elle peut être méprisante ou impatiente ; elle peut être compatissante et se traduisant par le désir d’aider. Cela dépend pour beaucoup du tempérament, mais pas complètement. Différentes influences, provenant de nombreuses sources, pèsent sur la société à différentes époques, et ce sont elles qui déterminent l’ampleur et la direction de courants particuliers de sentiment. La préoccupation pour les pauvres a été sujette à de telles influences d’une époque à l’autre, et elle a varié en force et en forme en conséquence. Le christianisme, étant avant tout la religion de la souffrance, lui a donné un immense stimulus. L’élément éthique figurant dans le socialisme est emprunté au christianisme. L’Église, elle non plus, n’a jamais abandonné la cause, bien que sa pratique ait souvent été peu convaincante, et même pervertie. En partie pour cette raison, mais encore plus en raison des grands changements dans la condition sociale et dans les idées en cours, la vieille cause a été reprise sur de nouvelles voies, il y a bien davantage qu’une centaine d’années, par des hommes dont le tempérament était disposé de cette manière, des hommes chez lesquels la pitié était forte et compatissante. Il y a eu des précurseurs isolés avant cela, et, bien sûr, ces idées mères(*) peuvent être retracées jusqu’à l’Antiquité ; il y a eu même une avancée d’idées distincte, bien que discontinue et irrégulière, au cours du dix-huitième siècle. Mais ce n'est qu'après la Révolution française et le grand développement des manufactures qu'on a appelé révolution en Angleterre, que la chose est devenue un mouvement définitif.

Chacun de ces événements a amené un nouvel élément à supporter. La Révolution française a été politique ; son idée dominante était la liberté, l’émancipation de l’oppression. La Révolution anglaise a été économique ; elle a accru considérablement la richesse et elle a fait avancer la question de la distribution. Au vieux point de vue de la pauvreté en tant que malheur, réclamant pitié et aide de la part de la société, ont été ajoutées les idées d’oppression et d’injustice, qui requièrent toutes les deux réparation. La cause des pauvres et des nécessiteux a non seulement reçu un puissant renfort de la part des idéaux de liberté et d’équité, lesquels font appel à des impulsions non moins profondément situées dans la nature humaine que la pitié, mais, sous leur influence, elle a pris une nouvelle direction. Le but n’était plus l’atténuation d’un mal accepté, mais son abolition par la suppression de ses causes sociales. Nous avons ici la double base du socialisme, qui se reflète dans les deux tendances principales qu’elle a affichées depuis ce moment-là – la politique et l’économique. Elles sont souvent divergentes, et parfois en antagonisme direct ; mais cela est dû à l’incapacité des hommes, et en particulier de ceux au tempérament ardent, de voir plus d’une chose ou d’un aspect en même temps. Les deux tendances sont réellement complémentaires, et toutes les deux jaillissent de racines vivantes qui assurent leur vitalité persistante à travers toutes les vicissitudes de la saison et du temps, malgré tous les changements et les hasards de cette vie mortelle. 

Karl Marx est arrivé dans ce mouvement, que nous appelons socialisme, quand celui-ci avait été en plein essor pour une génération et qu’il est passé par plusieurs phases dans lesquelles toutes les idées directrices avaient percé jusqu’à la surface et trouvé leur expression. Il n’était pas un pionnier ; il n’y a pas une seule idée dans l’ensemble de son système dont on peut dire qu’elle est entièrement de lui ou bien vraiment originale. Quelle est alors l’explication de sa position unique dans le mouvement, et de l’autorité retentissante de son nom ? En premier lieu, il est apparu comme le réanimateur d’une cause qui avait souffert d’une éclipse temporaire, mais qui était en soi indestructible – une cause vieille depuis des temps immémoriaux, mais éternellement jeune. Le sol était en friche, non travaillé, mais plutôt fertilisé par le travail précédent qui lui avait été dispensé – bien qu’il ait semblé avoir été dépensé en vain – et prêt à apporter ses bénéfices à un cultivateur habile. En second lieu, la saison était aussi favorable que le sol. C’était une époque de fermentation révolutionaire sur le continent européen : l’air était rempli de mouvement et d’hommes qui attendaient que des choses se passent. Ces deux éléments ont stimulé Marx, qui est parvenu à l’âge d’homme avec eux et a été saisi par leur esprit, et ils lui ont aussi procuré une opportunité. Et en même temps, ils l’ont induit en erreur. Avec l’ardeur de la jeunesse, il s’attendait à des résultats immédiats, mais à des résultats impossibles qui ne s’étaient pas encore produits et qui ne montraient aucun signe qu’ils se produisent dans la forme attendue. Mais l’erreur de calcul appartient à une autre partie du sujet ; elle ne contredit pas le fait qu’il est entré dans le champ dans de conditions particulières, lesquelles offraient une occasion exceptionnelle pour un homme capable d’imprimer sa marque. Et il l’a fait parce qu’il en était capable. Il était un cultivateur habile.

Il y avait deux hommes en Marx, qui étaient curieusement mélangés ; le philosophe ou l’homme qui réfléchit, et le prophète ou l’homme qui agit. Le premier faisait appel à l’intellect, l’autre à l’émotion ; et son influence repose sur cette double base. Il est difficile de dire lequel des deux a le plus contribué à la vénération dans laquelle son nom est tenu par la secte qui l’a canonisé dans les deux capacités ; c’est leur combinaison qui est le secret de sa renommée. Le premier a impressionné le petit cercle qui s’adonne à l’étude et à la théorie ; l’autre a attiré les foules qui répondent à un appel. Parfois c’est l’un et parfois c’est l’autre qui était le plus important en lui, mais, dans l’ensemble, c’était l’élément de la réflexion qui prédominait. Son tout premier amour a été la spéculation qui avait lieu dans les différentes écoles, et elle a coloré toutes ses conceptions et toutes ses activités. Vers la fin de sa vie, il s’est consacré entièrement à l’étude et à la réflexion, et il a renoncé au leadership actif. Mais le penchant révolutionnaire faisait aussi partie de sa nature, et il n’était pas seulement le produit d'un milieu agité qui agissait sur l'esprit impressionnable de la jeunesse, bien que les événements de l'époque l'aient fortement influencé, et aient en grande partie déterminé sa carrière. Malgré toute la dévotion qu’il professait aux méthodes de la recherche pure, le vieil Adam ne cesse d’apparaître ; et, comme un critique clairvoyant l’a fait remarquer, le jugement éthique et la passion partisane sont rarement très éloignés même chez le Marx “scientifique”. Il est intéressant de le comparer à Robert Owen, le seul autre socialiste dont le nom est aussi célèbre. Les deux hommes ne pouvaient guère être plus différents. Owen a été un véritable pionnier, mais il avait peu de dispositions pour la théorie et la spéculation et il n’a jamais dépassé le déterminisme enfantin du “nouveau monde moral”(*). Et il n’avait pas non plus de penchants révolutionnaires. Mais, tout au long de sa vie, il a œuvré sans compter pour réaliser des projets pratiques, les planifiant et poussant à les exécuter jusqu’au bout, en rien découragé par des échecs répétés et toujours confiant dans le succès immédiat de son projet le plus récent. Marx, dont l’arrogance autoritaire était digne de son pays natal, traitait cette sorte de chose, de même qu’il traitait tous ses prédécesseurs et la plupart de ses contemporains, avec un mépris suprême. Lui et Engels, lequel jouait le même rôle que Boswell par rapport à Johnson(**), réclamaient pour eux-mêmes la seule véritable lumière et ils ridiculisaient les travaux antérieurs des socialistes français et anglais comme étant utopiques. Pourtant, leur rêve d’un renversement violent immédiat de toutes les conditions sociales existantes par le prolétariat uni de tous les pays, avec l’abolition des classes et la disparition de l’État, était encore plus entièrement utopique que n’importe quel projet d’Owen ou des owénistes, desquels, en passant, ils condescendaient à emprunter tout le travail de préparation économique de leur système supérieur.

La prévision qui vient d’être mentionnée était exposée dans le “Manifeste du parti communiste” qui a été publié il y a soixante-dix ans. Ce document révèle Marx comme étant le leader du peuple et le porte-parole de la cause. Il y a un grand nombre d’arguments en lui, et, bien sûr, il contient tous les points essentiels de son système, mais les arguments sont utilisés pour aller crescendo jusqu’au point culminant qui est un appel à l’action. En lui, Marx a brandi un étendard. Il était un Mahdi(***) prêchant la guerre sainte, un Pierre l’Ermite prêchant la croisade pour reprendre la ville sainte aux infidèles qui avaient pris de façon impie possession d’elle. Sauf que le nom de la ville sainte est Richesse, que les infidèles sont les capitalistes, et que les motifs invoqués sont quelque peu différents. Jusqu’à présent – nous l’avons vu durant la guerre – le “Manifeste” est plus souvent cité que tout autre partie des dissertations laborieuses et compliquées proposées par Marx, l’économiste philosophe. C'est un appel aux armes, et il y a plus de vie en lui que dans la doctrine froide et incompatible de la Natur-notwendigkeit(****), ou de la loi inéluctable du développement, qui est le principe de base du socialisme “scientifique”. Il a le poids de la cause derrière lui, non seulement la cause des pauvres, mais celle des déshérités et des opprimés, qui est beaucoup plus grande, plus réelle et vitale, que toutes les théories et les programmes.  

Si la réputation de Marx avait dépendu seulement de ses théories, elle aurait été très différente à la fois en genre et en degré et elle n’aurait pas duré comme elle l’a fait ; en effet, elles n’ont pas résisté à l’épreuve du temps et de la critique, aussi bien interne qu’externe. Mais en combinaison, elles ont eu un effet particulier, hors de proportion avec leurs mérites intrinsèques. Le style oraculaire et l’air de profondeur dans lesquels elles sont enveloppées ont émis une auréole autour de Marx, une fois qu’il avait été établi comme leader de la cause, et ils l’ont investi d’une autorité proche du respect mêlé de crainte aux yeux de ceux qui sont sensibles à la cause et veulent un leader, mais qui n’ont pas la tête à la spéculation. « Il est peu probable » dit Lecky à propos de Das Kapital, « qu’un travail si long, si obscur, confus, et tortueux dans ce qu’il veut dire, et si incroyablement ennuyeux dans son style, ait eu beaucoup de lecteurs dans les classes ouvrières, ou en fait dans n’importe quelle classe ». Cela est vrai. Le livre est peu lu et encore moins compris. Il serait intéressant de faire passer un examen écrit sur lui chez les socialistes qui professent une familiarité avec ce texte. Mais son obscurité même a été d’un grand atout. Ceux qui ne l’apprécient pas peuvent toujours se rabattre sur le “Manifeste”, et d’autres sont positivement impressionnés par lui. L’expérience montre que l’obscurité et la confusion sont souvent prises pour des mérites, et qu’elles rehaussent plutôt qu’elles ne diminuent la réputation d’un auteur auprès de lecteurs qui ne sont pas équipés pour juger, et qui imputent par modestie l’inintelligibilité à leur propre déficience ou bien qui trouvent une sorte de satisfaction esthétique en elle. Mésopotamie n'est pas le seul mot béni.

Ces qualités chez Marx n'ont pas peu contribué à l'élever à une renommée hautaine d’attitude distante. Il est devenu une sorte de Prophète voilé, investi d’un caractère quasi sacré ; et sa parole a acquis l’autorité d’une religion révélée. Et ceci n’est pas manifeste seulement pour des observateurs extérieurs, mais c’est admis par des marxistes qui s’accusent mutuellement d’adopter des attitudes sacerdotales et qui pratiquent la vraie religion. C’est vrai. Le marxisme est une religion et il en porte les signes habituels. Il a un credo et un texte sacré que les fidèles répètent. Ils sont divisés en sectes qui se disputent à propos de la véritable interprétation. Il y a les écoles orthodoxes, non-orthodoxes et hétérodoxes. Il y a les pharisiens et les sadducéens, ainsi que leurs subdivisions ; il est possible de distinguer la secte la plus stricte des pharisiens des autres qui le sont moins. Il y a des traités sur les articles de foi, et il y a une critique moderniste. Ceci n’est pas dit du tout pour être tourné en dérision. Le fait est intéressant et parfaitement naturel. Les marxistes ont abjuré les autres religions, en particulier le christianisme. À une époque, ils étaient ouvertement et farouchement hostiles à lui pour plusieurs raisons. Il contrarie leurs objectifs en de nombreux points. Il accepte la pauvreté et même il enjoint à elle ainsi qu’à se résigner à son sort, tandis qu’ils veulent abolir la pauvreté et qu’ils considèrent la révolte comme un moyen. Il ordonne le devoir et l’obéissance, tandis qu’ils recommandent avec insistance l’affirmation de soi. Il compte sur la loi morale qui œuvre dans l’individu pour supprimer les maux et élever l’humanité, tandis qu’ils considèrent le système ou l’ordre social existant comme entièrement responsable et ils en demandent l’abolition comme étant le seul moyen de salut.

En fin de compte, l’Église fait partie de l’ordre existant, et par conséquent, à leurs yeux, elle est vouée à l’échec. Wilhelm Liebknecht exprime cela de manière concise lors du Congrès socialiste allemand à Halle en 1890 : « L’Église, qu’elle soit catholique ou protestante, n’est aujourd'hui rien d’autre qu’un soutien, qu’un instrument de l’État de classe ». Mais il était contre une attaque ouverte, non pas par considération de la religion, mais parce qu’une telle action ferait lever une opposition dans les quartiers où ils pourraient par ailleurs faire des convertis. Bref, c’était inopportun, et en dépit de nombreuse tentatives pour inciter le parti à prendre une attitude plus hostile, celui-ci a respecté la décision adoptée en 1875 qui consistait à traiter la religion comme une question privée. L’exemple allemand a été généralement suivi par les marxistes, et la religion est officiellement traitée avec une indifférence quelque peu ostentatoire. Néanmoins, ils avaient besoin pour eux-mêmes d’une foi d’un certain type. En dépit de la supériorité hautaine qu’ils affectaient à l’égard des faiblesses des esprits moins éclairés, ils étaient faits de la même étoffe que les autres fidèles. Ils n’étaient pas des matérialistes cyniques ou des spéculateurs de sang froid, mais des enthousiastes. C'est à mettre à leur crédit. Ils poursuivent un idéal, en définitive un idéal élevé, bien qu’ils cherchent à le réaliser en exploitant les motifs les plus sordides, non pas en eux-mêmes mais chez les autres, et ils doivent avoir un guide auquel s’accrocher, une autorité à respecter, une foi à conserver – bref, une religion. Liebknecht a fait cette affirmation à l’occasion qui a été mentionnée. Il a argumenté contre une résolution qui déclarait une opposition active à toutes les Églises et à tous les dogmes religieux, et qui engageait les membres à professer l’irréligion. Il faisait remarquer que cela serait une atteinte à la liberté personnelle, et de plus il leur rappelait qu’ils avaient leur propre religion. « N’avons-nous pas ce qui constitue la force de la religion, la foi en les idéaux les plus élevés ? ». Ce parallèle était même plus frappant qu’il n’en avait conscience. Les mêmes éléments organiques ont produit des effets similaires. L’appareil de religion dont ils avaient besoin a été trouvé en Marx qui a pris la place de la loi et des prophètes.

Or il doit y avoir quelque chose dans le corps de doctrine qui procure et maintient une telle emprise sur des hommes hautement éduqués et intelligents, comme le sont incontest-ablement la plupart des dirigeants socialistes, et en particulier ceux qui sont marxistes. L’un des faits curieux relatif au socialisme, c’est que, bien qu’il soutienne la lutte d’une classe (le prolétariat dans la phraséologie marxiste) contre une autre classe (la bourgeoisie), tous ses grands leaders ont toujours appartenu à cette dernière. Marx et Engels avaient une origine bourgeoise typique. Tous deux étaient issus de familles de la classe moyenne aisée ; le premier était fils d’un avocat, le second d’un fileur de coton. Tous deux avaient reçu une haute éducation. Et comme les fondateurs du marxisme, ses adeptes les plus éminents dans tous les pays ont eu une haute éducation. Bebel a certes commencé sa vie comme salarié, mais il s’est bientôt mis à son compte, et sous peu il est devenu un employeur artisanal. Après vingt-cinq ans passés dans les affaires, il a pris sa retraite et il est mort dans une situation très confortable. Mais il est significatif que Bebel, qui était issu du prolétariat, n’a jamais été réellement marxiste. Il a été essentiellement un politicien, et un leader parlementaire d’une rare capacité ; mais il avait peu d’intérêt pour la théorie, et il admet dans son autobiographie qu’il a été incapable de digérer l‘économie de Marx. Les classes laborieuses en général étaient dans la même situation. C'est l’autre Marx, le cas échant, qui les attire, et il y a de nombreux socialistes, en particulier dans ce pays, qui ne sont pas marxistes du tout. Même les syndicats “libres” d’Allemagne, qui se rapprochent le plus de la foi et qui ont une alliance active avec les socialistes, gardent jalousement leur indépendance. Et donc le résultat de tout ceci est que les champions du prolétariat dans la guerre de classe contre la bourgeoisie sont eux-mêmes des bourgeois et qu’ils se trouvent dans l’étrange position de prêcher une conscience de classe qu’ils ne peuvent pas posséder eux-mêmes. C'est là cependant que leur idéalisme entre en jeu. Ils combattent pour d’autres, et non pas pour des motifs égoïstes ; et l’inertie massive ou la résistance positive de leurs clients est un obstacle plus formidable que l’opposition de leur ennemi. Ils s’accrochent au marxisme parce qu’ils trouvent des encouragements en lui. Dans quelle mesure leur foi est-elle justifiée ?

La vertu cardinale de la doctrine est à leurs yeux son caractère “scientifique”, ce qui lui confère une certitude logique. Les idées fondamentales sont que l’évolution de la société est un processus ordonné, qui progresse par étapes définies et qui est gouverné par des lois précises, et que les éléments déterminants dans ce processus sont les éléments économiques. La première idée est tirée de Hegel, dont l’influence battait encore son plein lorsque Marx étudiait la philosophie à l’université ; la seconde est une version particulière, ou une inversion, de la théorie hégélienne suggérée par la théorie matérialiste de Feuerbach, à laquelle le jeune Marx s’est converti. Tout le reste est édifié sur cette base purement philosophique. Le processus hégélien – dénommé “dialectique” parce qu’il ressemble à celui de la logique formelle – postule trois phases de développement, à savoir : affirmation, contradiction et solution ;  ou encore thèse, antithèse et synthèse. Cela signifie qu’il consiste en deux oppositions ou contradictions, qui se dissolvent en une seule proposition ; celle-ci soulève à son tour sa propre contradiction, et le processus recommence. En appliquant cette formule à l’évolution sociale, Marx a trouvé ses deux contradictions dans deux classes de la société, qui se différencient par leurs conditions économiques et qui sont en position antagonique, laquelle se dissout par leur union, et le processus est de ce fait achevé. Ceci constitue « l’interprétation économique de l’histoire » et le progrès au moyen de la guerre de classe. Le reste de son travail théorique consiste à remplir ces formules de détails provenant d’un examen des relations économiques passées et d’une analyse de la phase actuelle de développement, qui est le “capitalisme”, en retraçant son origine et sa nature et en déduisant d’elles son résultat inévitable, qui est la résolution de la guerre de classe entre la bourgeoisie et le prolétariat au moyen de leur réunion en une seule classe, qui sera provoquée par l’écroulement du capitalisme et l’ouverture d’une ère nouvelle. Un trait particulier de cette analyse économique est une étude dans les moindres détails de la théorie de la valeur-travail et de la plus-value pour expliquer l’origine et le développement du capitalisme.

À partir de cet aperçu, il est facile de comprendre l’impression que procure une telle combinaison de principes premiers et de faits historiques, laquelle présente une apparence de cohérence logique et de certitude inattaquable. Et cette impression a été renforcée par l’immense sensation intellectuelle créée par la théorie darwinienne de l’évolution au moyen de la lutte pour l’existence. La science est devenue le mot d’ordre, intellectuel et populaire, du moment ; et la ressemblance superficielle entre la lutte de classe de Marx et la lutte biologique de Darwin a conféré à la première un prestige relevant de la seconde. Mais il y avait là plus que cela. Le système marxiste a un certain fondement d'un bout à l'autre. La conception hégélienne de l’histoire en tant que processus consécutif logique est une idée éclairante, et l’insistance mise par Marx sur le facteur économique était valide jusqu’à un certain point et de grande valeur. En outre, ses recherches historiques sur le développement passé du commerce et de l’industrie ont été une contribution réelle au sujet. Finalement, la théorie de la valeur-travail et la théorie de la plus-value ont toutes deux une place reconnue en économie, bien que Marx ait fait beaucoup plus pour les embrouiller que pour les élucider. La première a un long pedigree qui remonte, par l’intermédiaire de Ricardo, d’Adam Smith, de Locke et de Petty, à Hobbes ; la seconde a été établie principalement par William Thompson quand Marx était encore au berceau. Il y a par conséquent du matériel très solide dans le système marxiste, et il l’a assemblé avec une grande application et un talent notable.

Pourtant, ce système n’a pas résisté aux éléments ; il a été invalidé par le cours des événements et il s’est effondré. La raison en est une méthode défectueuse de construction. Marx a commencé par le mauvais bout et avec une formule toute faite. C’est là la faiblesse du philosophe qui cherche un passe-partout afin d’ouvrir toutes les portes. Dans le royaume de la pensée pure, cela ne nuit pas ; mais, quand c’est appliqué à la vie réelle et que l’on en fait la base d’une politique, cela conduit à l’erreur et à l’échec, parce que le passe-partout n’ouvrira pas toutes les portes et que son inventeur est obligé de trafiquer  les serrures afin qu’elles correspondent à sa clé. En d’autres termes, il accommode les faits pour qu’ils s’adaptent à sa formule ; et c’est ce que Marx a fait. Il a sélectionné ses preuves, il a exagéré certains facteurs et il en a ignoré d’autres, il a employé les mêmes termes à un certain moment dans un sens et ensuite dans un autre sens afin qu’ils conviennent à l’argument. La science commence avec l’observation, et Marx n’a jamais tenté d’en faire ; il a étudié des documents, et non pas la vie directement. S’il avait étudié les ouvriers, par exemple, il aurait évité de dire « qu’ils n’ont pas de patrie », qu’on leur a « enlevé toute trace de caractère national » et que leurs relations avec leur femme et leurs enfants « n’ont plus rien en commun avec les relations de la famille bourgeoise ». S’il avait étudié les usines sur lesquelles il a écrit, il aurait découvert que leur fondateur, dans neuf cas sur dix, n’était pas un capitaliste, mais un ouvrier exceptionnellement capable, qui est devenu un capitaliste par ses propres efforts et sa propre épargne. S’il avait étudié le secteur de la production, il aurait découvert que ce qui fait toute la différence entre le succès et l’échec, c’est la façon de diriger l’entreprise, qui demande une aptitude particulière, et que c’est l’homme qui la possède qui en est la véritable pièce maîtresse. S’il avait étudié l’industrie, le commerce et l’agriculture, il aurait corrigé la généralisation hâtive selon laquelle le petit homme était destiné à disparaître. Il a correctement constaté l’accumulation et la concentration du capital, mais il a échoué à observer la tendance contraire qui a produit une multitude de petits capitalistes et qui est allée si loin que le fait de dire : « Nous sommes tous des socialistes maintenant » peut être changé, avec une vérité égale, en : « Nous sommes tous des capitalistes maintenant ». 

S’il n’avait pas été obsédé par sa formule, il aurait évité beaucoup de propositions insoutenables telles que l’interprétation de l’histoire par la guerre de classe et la dichotomie absurde de la population en bourgeoisie et prolétariat – des termes qui  dans leur signification propre ne présentent pas de réelle antithèse et qui, dans leur signification déformée donnée par Marx, n’ont pas d’équivalents dans d’autres langues, parce qu’ils ne correspondent à aucune réalité.  Pour des raisons déjà fournies, le nom de Marx restera toujours un point de repère, mais la marée du développement économique et social s’est retirée de son système scientifique et elle l’a laissé à l’abandon.

       


 



(*)  En français dans le texte. (NdT).

(*)  L’ouvrage d’Owen, publié en 1847, s’intitule exactement : “Le livre du nouveau monde moral : contenant le système social rationnel basé sur les lois de la nature humaine”. (NdT).

(**) Poète, essayiste, lexicographe, traducteur, pamphlétaire, journaliste, éditeur, moraliste, et critique littéraire des plus réputés, le docteur Samuel Johnson (1709-1784) est l’un des principaux auteurs de la littérature britannique et il a trouvé en James Boswell (1740-1795), écrivain et avocat écossais, un biographe idéal. (NdT).

(***) Le Mahdi est une figure messianique de l’eschatologie musulmane qui est censée apparaître à la fin des temps pour débarrasser le monde du mal et de l’injustice. (NdT).

(****)  Nécessité de nature. (NdT).

samedi 22 juillet 2023

QUAND L'OPPORTUNISME DIVAGUE...Et qu' « ils » sombrent dans le complotisme

« …. La création du prolétariat sans feu ni lieu - licenciés des grands seigneurs féodaux et cultivateurs victimes d'expropriations violentes et répétées - allait nécessairement plus vite que son absorption par les manufactures naissantes. D'autre part, ces hommes brusquement arrachés à leurs conditions de vie habituelles ne pouvaient se faire aussi subitement à la discipline du nouvel ordre social. Il en sortit donc une masse de mendiants, de voleurs, de vagabonds. De là, vers la fin du XV° siècle et pendant tout le XVI°, dans l'ouest de l'Europe, une législation sanguinaire contre le vagabondage. Les pères de la classe ouvrière actuelle furent châtiés d'avoir été réduits à l'état de vagabonds et de pauvres ». MARX Le capital 7e section

« Deux professions qui sont devenues complémentaires dans l’encadrement et la socialisation de la jeunesse se sont trouvées, simultanément et paradoxalement, opposées de manière sanglante au cours de deux drames qui ne devraient pas être classifiés banalement au rang de faits divers. L’immolation par le feu de la professeure de mathématiques de Béziers me choque autant que les suicides à France Télécom, ou même, nombreux, dans la police. La jeune policière tuée par un autre professeur avec un sabre, dans les locaux du commissariat est tout aussi choquante et du même ordre puisque ces deux métiers sont parmi les plus exposés (avec les contrôleurs de train, de métro, etc.). Analyser ces deux faits divers dramatiques n’est pas simple et ne relève pas de la gentille théorie de l’incivilité des djeuns ; le malaise est général, et concerne tous d’autant qu’il est insoluble, quoique entretenu par l’Etat et ses officines éducatives et juridiques ». (article de PU en 2011) + Publication en 2011 de mon livre « Les avatars du terrorisme », seul ouvrage à traiter de ce phénomène du point de vue maximaliste communiste[1], qui est resté ignoré voire oublié, et qui contient encore la vérité et la fonction des divers terrorismes policiers et .1

 « Car il ne peut pas y avoir de ligne « moyenne » dans une société au sein de laquelle la bourgeoisie et le prolétariat se livrent une lutte de classe achar­née, surtout quand cette lutte est inéluctablement aggravée par la révolution. Or, le propre de l'attitude de classe et des aspirations de la petite bourgeoisie, c'est de vouloir l'impossi­ble, de rechercher l'impossible, bref cette ligne « moyenne ». Lénine  « De quelle classe viennent et viendront les Cavaignac? » (juillet 1917)

 MANIFESTATIONS PLAN PLAN DES RETRAITES CORPORATIVES ET EMEUTES, AUCUN LIEN ?

Tout le monde a pu se poser la question à un moment ou un autre, pas eux ! On les nommera ici « ils », mes lecteurs habituels les reconnaîtrons. C'est comme si les fameuses émeutes n'avaient pas eu lieu. On a décrété qu'il suffisait de dire que casser ne sert à rien et que le prolétariat pacifique, comme ils l'imaginent avec les compères syndicaux, devait se boucher les oreilles en demandant à la police de « bien faire son travail ». Au lieu d'une analyse de méthode comparative, on nous sert un article de facture gauchiste simpliste : « Provocations, répression, manipulations… Les méthodes de l’état policier pour tenter de pourrir la lutte ». On n'est même pas au mois de juillet pour établir un bilan des deux événements, mais au mois de mars un 23, zappant complètement des émeutes tout de même plus récentes et posant plus de questions que la retraite à pépère. On y parle des émeutes planifiées par la police en fin de manif syndicale pépère, glissant simplement sans preuves que « les syndicats ne se sont pas opposés à ce choix ». ; sous-entendu ce n'est pas la stratégie spongieuse et circulaire des syndicats qui est responsable la défaite (toujours non reconnue par chaque clown bonze syndical), mais la méchanceté de la seule police violente ; un mixage pervers décrit plus la casse en juin dernier qu 'au moi de mars ! Tout en vantant une radicalité ouvrière de manifestations non déclarées (quoique totalement encadrées par les mafias syndicales), qui vise surtout à faire ingurgiter leur imaginaire d'un réveil du prolétariat. « Ils » interprètent ainsi un usage de la presse mondiale confondant black blocs et lutte de classe. Or, même si cela était vrai, personne partout n'a mêlé manif pépères et émeutiers bobos ou immigrés. « Ils » évitent du même coup, en raisonnant hors du temps chronologique, de différentier émeutiers bobos de mars avec émeutiers immigrés de juin. Tout en les confondant ce qui leur évite de détailler la singularité des deux événements ! Et leur proximité ! J'y reviendrai en conclusion.

Revenant sur le mois de mars avec des jugements sur le mois de juin, la science infuse s'étale : une politique délibérée du méchant gouvernement et de tous ses « porte-flingues d'Etat policier » ont entraîné « les jeunes les plus en colère » (quels jeunes au mois de mars?) à des affrontements stériles (la stérilité n'est certes pas pacifiste!). BUT affiché : faire peur aux manifestants pépères, empêcher toute discussion en fin de manif (pas besoin, chaque corpo organisait la dispersion pépère), faire croire que toute lutte sociale dégénère automatiquement en violence aveugle et en chaos, alors que le pouvoir serait le garant de l’ordre et de la paix (tout ce dernier prétexte est faux pour mars mais vrai pour juin, mais sans que la classe ouvrière soit en cause!)

La citation datant de 2006 de Debré montre qu'une secte est toujours en retard sur la réalité et le fonctionnement subtil de l'idéologie démocratique bourgeoise, qui fait toujours dire une part de la vérité et des manips à ses sbires mais « comme une opinion parmi d'autres », et cela dissout toute déclaration qui se croit subversive en criant au complot. Rewriter en décalage avec une sur-interprétation d'un fait passé est le frère jumeau de l'attentisme, cette maladie classique de l'opportunisme2. Depuis leur virage « estudiantin » où l'étudiant est réinstauré révolutionnaire presque comme avant-garde d'un prolétariat...syndiqué et passif, ils peuvent inventer un autre mensonge, celui de groupes d'étudiants qui en 2006 auraient été catéchiser les voyous de banlieue qui avaient agressé un coin de la manif, confondant avec les éducateurs de rue professionnels !

Là aussi le glissement est pervers, pourquoi ces braves étudiants moralistes ne seraient-ils pas intervenus après le meurtre du jeune Nahel ? Toutes ces esquives et parenthèses rétroactives servent à cacher leur incapacité à intégrer dans la révolte sociale les émeutes de juin, mais au contraire à se porter au secours des mafias gauchistes écolos à Sainte Soline qui n'ont eu que ce qu'elles méritaient, le rédacteur gauchiste oublie de mentionner qu'elles étaient venues pour casser un matériel industriel – c'est d'ailleurs la mode d'un tas de mafias tiersmondistes ou maoïstes reconverties en écolos-radicaux3, dont la classe ouvrière n'a que foutre !

Puis ils tentent de nous faire encore avaler que l'Etat se prépare à les réprimer en les confondant avec les clowns de l'ultra-gauche new wave BB « idiots utiles manipulés par les flics », et de baratiner avec les vieilleries de Victor Serge, alors qu'à l'heure de la dite intelligence artificielle on sait à quelle heure précise tu as été chier, ou suivre les discussions de gens qui se croient révolutionnaires sur les réseaux sans montrer sa carte de police. Plus aucune allusion à la théorie de la décomposition édictée par Marc Chirik il y a un peu plus de trente années, et repiquée à la sociologie d'époque. Nombre de gens comprennent cette décomposition sans avoir lu un texte d'ils, mieux même voir ce chaos, et en intégrant ce chaos aux événements contrairement à leur usage cyclique du terme en creux, pour comprendre comment l'Etat règne empiriquement par le chaos. Le gouvernement n'a jamais demandé à ses flics de tuer de jeunes arabes. Il se serait bien passé du meurtre de Nahel, et il a fait pitié avec ses plates excuses et la minute de silence au parle-ment. L'article d'ils, comme ceux des plumitifs islamo-gauchistes se ridiculise dans le complotisme débile. Oui la police est composée de gens honorables mais aussi de belles crapules qui votent Le Pen. Oui des infamies policières sont quotidiennes : ce flic qui dans une manif dit à un militant CGT qu'il n'a pas le droit d'arborer son badge, cet autre qui interdit à un autre manifestant d'arborer son drapeau.. celui-là aussi qui me demande où je vais et où habite mon amie...des français de souche sont tout autant humilié que des immigrés ou des faciès étrangers, les règlements de garde à vue ne sont pas toujours respecté : trois de GAV pour le fils d'une amie sans qu'il puisse contacter un avocat ou téléphoner à sa mère alors qu'il n'avait commis aucun délit, blocage de manifestants en train de se disperser et pendant un temps indéfini, femmes violemment bousculées, oui on comprend ceux qui veulent casser du CRS, surtout face à cette campagne permanente et outrancière de victimisation des forces armées policières ! OUI LA POLICE A DES METHODES TERRORISTES!

Mais je le répète la police avec ses bons et ses tarés n'est pas là pour « pourrir la lutte », le boulot est déjà fait par mafias syndicales et journaleux lorsqu'elle intervient pour tabasser. Excepté pour le mouvement populo des gilets jaunes qui, déjà très faible politiquement n'avait aucune vocation d'envergure politique crédible, une trentaine d'yeux crevés ont eu raison de la colère mais en même temps que des concessions gouvernementales.

Depuis le début j'ai émis deux idées maîtresses pour tenter de mieux saisir les vraies causes de l'explosion en lieu avec les balades syndicales.

Une, la mise en arrière plan de la classe ouvrière :

« Or, ce chaos, casse généralisée avec pour seul ordonnancement la compétition à la casse spectaculaire via tik tok (réseau chinois...), n'est qu'un retour de bâton pour la bourgeoisie : avec son idéologie de dissolution des classes sociales depuis des décennies – le qualificatif fumeux et généraliste de « couches moyennes » et la fable de la gauche caviar nommée « mixité sociale »  - elle a perdu tout moyen de négocier quoi que ce soit. Alors qu'une classe reconnue, avec tous ses composants, peut être une entité tangible avec qui négocier, là rien à discuter. En quelque sort la bourgeoisie fait face à son propre chaos qu'elle a généré et continue à générer avec le révisionnisme wokiste ».

Et de deux, l'explosion émeutière a secoué l'Etat plus sérieusement que 14 défilés de corpos avec retraites diverses, sans grève crédible ni autre encadrement que des milliers ou centaines de retraités syndicaux plus intéressés à la promenade guillerette qu'à une vraie révolution.

 « C'est sûr que trois jours d'émeutes ont plus fait trembler l'Etat que les quatorze pantalonnades syndicales, sans pour autant qu'il perde la main. Il n'y a que deux facteurs dans cette indignation légitime après le meurtre policier qui sont comparables à mai 68. A l'époque c'était parti de Nanterre, et le mouvement s'était généralisé après la vision des images de télévision où l'on voyait les flics tabasser les gens. Dans les deux cas, ce ne fût ni le retraite ni les augmentations de salaire qui furent la cause d'une confrontation directe et spontanée avec l'Etat. Or tout est différent aujourd'hui. L'Etat n'a plus la même rigidité qu'à l'ère gaulliste ».

 Au mois de mars je dénonçais déjà cette fixation sur la seule police bourgeoise et la revendication d'une bonne police par la clique à Mélenchon en laissant de côté les crétins pour infantiles du NPA et Cie en faveur de sa dissolution

« La haine de la police « de classe » faisait partie intégrante du rejet prolétarien de la société bourgeoise. Mais, comme je l'ai constaté pour la récupération de l'internationalisme envers les immigrés, la bourgeoisie réussit à déconnecter cette haine de classe et à la présenter comme une haine communautariste pour la partie immigrée ou néo-colonisée de la classe ouvrière, et à parvenir à faire croire à la partie autochtone que la police serait prête à la défendre... contre le terrorisme (sous-entendu « immigré » = venant de l'étranger) ».

 Depuis 2006, ils débitent le même disque rayé, qui n'est pas faux au niveau constat mais n'en reste qu'au niveau des conséquences ; à l'époque ils disaient ceci :

« D'abord, ce sont leurs parents, leurs grands frères et leurs grandes sœurs qui sont souvent les premières victimes de ces explosions de violence. A qui appartiennent les voitures brûlées ? Qui est privé le matin du bus,parti en fumé dans la nuit, pour aller au boulot ?Certainement pas la grande bourgeoisie qui copine avec Sarkozy !

Ensuite, ce sont leurs petits frères et leurs petites sœurs qui se retrouvent terrorisés, marqués par la vision de leur école incendiée, détruite. Enfin et surtout, de tels actes ont toujours constitué le prétexte parfait pour renforcer encore et partout l'Etat-policier. Au nom de la sécurité, de la protection des « travailleurs », l'Etat utilise chaque fois ce genre d'émeutes pour fliquer davantage... les travailleurs. C'est d'ailleurs ce que s'est empressé d'annoncer Sarkozy dans son discours présidentiel du 29 novembre. Quand la violence policière se déchaîne contre des adolescents, cela ne peut que provoquer des émeutes urbaines (comme en 2005), cela ne peut qu’aggraver le chaos social. La violence ne peut engendrer que la violence ! Tirer sur des adolescents est un crime. Si les fonctionnaires du maintien de “l’ordre républicain” tuent les enfants (comme cela a failli arriver avec ce lycéen grièvement blessé dans une commune du Loiret), cela signifie que cet ordre républicain n’a aucun avenir à offrir à l’humanité ! »

Ils peuvent écrire la même chose en 2023, sans avancer d'un Schmilblick

Or dans les deux moments ont été des moments de chaos social, mais qu'ils expliquent de façon anti-marxiste avec cette sauce pacifiste éculée « la violence ne peut entraîner que la violence». Or il faudrait retourner aux conditions de l'époque sous le gouvernement Sarkozy sur lesquelles je n'ai pas le temps de me re-pencher ce soir. A mon avis, ce n'est pas très différent et plus grave aujourd'hui. La société actuelle est grosse d'explosions à venir, surplombée de plus par une possible troisième boucherie mondiale, toutes les structures éclatent à commencer par l'eduque naze, les rapports hiérarchiques en entreprise, une violence exponentielle dans la rue, dans les transports, individualisme et nihilisme n'ont jamais fait aussi bon ménage...et surtout le prolétariat n'apparaît plus comme colonne vertébrale de l'indignation universelle ! Mais c'est toujours dans le tissu social que vont exploser les révoltes qu'on les dise inutiles, violentes ou illégales :

Premièrement j'ai rappelé en début d'année la remarque du Berger CFDT : « si on n'organise pas la colère, l'explosion aura lieu ». Et de mettre en chantier les successives balades syndicales inutiles et vouées à l'échec aux yeux du public. Or non seulement du fait que cette mise en scène ne favorisa aucune discussion sérieuse autre que les âneries « à bas le travail » et « refaisons mai 68 » - et du fait que l'immense majorité des retraités et des jeunes s'en fichaient – les autres problèmes sociaux de première urgence restèrent sous la table : chômage des jeunes, déqualification, refus d'embauche au faciès, solitudes dans la misère sociale et économique, morgue pleine des maires, arrogance des flics d'élite, gendarmes qui n'enregistrent  pas les plaintes et laissent telle dame très âgée persécutée pendant des années par un vil voyou, etc. Ni la police ni la gendarmerie ne protègent la population  des invisibles, des déshérités, des pauvres des banlieues, mieux elle terrorise et rançonne en permanence au nom de la "paix civile" et de la "justice", même fanfreluches que le gang Traoré.

L'explosion a donc répondu à sa manière au corporatisme retraité. On n'aura pas de retraite, on trouvera jamais ni travail ni considération, alors on va casser, s'amuser de votre indifférence, si possible vous faire peur à tous et aux flics... Cette explosion ne s'est pas faite avec le label lutte de classe ni avec le souci de la bagnole du voisin ouvrier ou de l'épicerie arabe, quoique je suspecte des flics en blousons et masqués avec leurs amis dealers d'avoir favorisé un mimétisme dans les quartiers pauvres, alors que sur les parcours syndicaux on applaudissait les black blocs cramant une jag ou pétant une vitrine bancaire... Comme quoi l'explosion en son cœur put être dévoyée en retournant, en la ghettoïsant cette colère des pauvres ouvriers face à leur voiture calcinée contre des petits cons qui dans leur colère et leur haine inassouvie se sont trompés d'ennemis en paupérisant leurs... voisins et familles. Plus subtils que les militants radoteurs dans leur confort de  couche moyenne urbaine, des sociologues ont été eux à l'essentiel: "la violence des émeutiers est l'expression de l'absence d'alternative politique" (cf. in Le Monde ce jour).

Enfin je republie ici un ancien article de 2011 sur l'histoire de la police et sa place réelle dans l'ordre et le désordre bourgeois).

 

VOUS AVEZ DEMANDE LA POLICE ? NE BOUGEZ PAS ! 

En ces temps sarkoziens où le régime est décrié par nombre de journalistes à sensation comme une « dictature » et un « Etat policier », et, bien que ce soit un masque simpliste de la dangerosité du capitalisme, où la police est exaltée par les actuels tenants du pouvoir, à chaque échéance électorale, comme la solution, non du chômage, mais comme garantie de la « protection du citoyen », il est intéressant d’examiner l’histoire, l’utilité et la nocivité de la police ; cette dernière n’étant pas souvent là où croient la trouver les anarchistes en uniforme noir. Les défenseurs du marxisme se contentent eux aussi de bien étranges simplismes, au moment de la révolution il suffit de « supprimer tous les corps armés » ; la plupart de ces acharnés ennemis de l’uniforme ignorent apparemment comment a été opérée cette suppression dans les quelques cas où elle est présumée avoir eu lieu (nous en reparlerons en temps utile).

 Nous pouvons affirmer, sans grand risque de nous tromper, que le policier en France est, après le chômeur et l’étudiant, l'être le plus universellement reprisé4. Si les raisons pour lesquelles on le méprise sont souvent de fausses raisons qui relèvent de l'idéologie gauchiste, les raisons pour lesquelles il est effectivement méprisable et méprisé par la jeunesse du point de vue du prolétariat universel sont refoulées et inavouées. Particulièrement lorsque des avocats publient des livres sur la « justice » ou la « garde à vue », sans compter les innombrables révélations de pacotille sur les « secrets de la police ».

Le policier ne travaille pas il est payé pour surveiller. Il est supérieur socialement à l’ouvrier, sa fonction de surveillance le plaçant au niveau du fainéant « agent de maîtrise ». Comme l’agent de maîtrise, et contrairement à l’ouvrier, la principale fonction du policier est d’obéir, et d’obéir au bourgeois. Cruelle existence que celle du policier, il n’a même pas la faculté de dire merde comme n’importe quel prolétaire de base, ou alors il perd sa place. Faut-il être crétin pour devenir policier, comme le croit la jeunesse ? Sont-ils tous des assassins potentiels des prolétaires insurgés comme le pensent les anarchistes tête front de bœuf ? En dépassant la superficialité d’un opuscule pipole superficiel sur l’histoire de la police, on verra bien qu’il faut dépersonnaliser le problème et le relier à l’existence du principal moyen d’oppression capitaliste, l’Etat.

 

L’HISTOIRE DE LA POLICE EST INSEPARABLE DE LA CREATION DE L’ETAT

 

Le marxisme avec Engels définit la création de l’Etat (et donc y inclus de ses forces armées) comme une nécessité historique à une époque donnée pour éviter à la société de se dissoudre en conflits stériles. Je ne développerai  pas ici longuement sur l’histoire de la police, internet fournit d’excellents résumés, mais jamais la police n’y est analysée comme corps d’Etat et totalement subordonnée à la nature et évolution de la structure de l’Etat. On ne trouve pas non plus d’étude approfondie de l’histoire de la police comme telle chez les marxistes ; excepté Victor Serge mais pour inspecter les archives saisies après la révolution de 1917 et décrire les méthodes de surveillance opaque des militants, et les « provocations ».

Les théories simplistes gauchistes et anarchistes définissent l’Etat comme composé des deux seules institutions « visibles » en uniforme : police et armée. Définition restrictive parce que l’Etat est d’abord un appareil administratif jadis avant de devenir à l’époque moderne un immense outil statistique doté de relais idéologiques puissants (partis, syndicats, presse, TV, internet, etc.) bien plus puissants pour entretenir des conflits stériles qui paralysent les consciences mieux que ne pourraient le faire les matraques policières. Contrairement à ce que tendent à faire croire les « idiots utiles » au gouvernement, anarchistes et gauchistes, la police n’est pas et n’a jamais été une force suffisante pour « gouverner » la société. Sans l’Eglise et les partis corrompus jadis, les « mercenaires » d’Etat n’auraient pas suffi à éviter la confrontation des classes.

Le policier à l’époque moderne est plus souvent en général fils de paysan. S’il est fils d’ouvrier, il considèrera sa fonction comme une promotion sociale mais se gardera de rappeler ses origines. S’il est fils de harki ou d’immigré de fraîche date, il sera plus zélé qu’un autochtone et françaisement antiraciste. Pourtant il reste lui aussi au bas de la hiérarchie sociale et sert souvent même de bouc-émissaire à ses employeurs de l’élite bourgeoise ministricule. Quoique comportant de nombreux francs-maçons et possibilité de promotions, une grande masse des forces de police reste confinée aux postes subalternes. Dans la Grèce antique, les esclaves de propriété publique étaient utilisés déjà par les magistrats comme des policiers. À Athènes, un groupe de 300 esclaves scythes avait pour vocation de maintenir l'ordre, contrôler les foules, mais aussi de se charger des arrestations[2]. Aussi paradoxal que cela paraisse, une des premières fonctions « larges » de la police avec la naissance de l’Etat royal, en France en particulier au XIIe et XIIIe siècles, fût de surveiller l'armée, afin d'éviter que celle-ci ou ses déserteurs ne pillent les pays occupés ou traversés.

Bien avant de désigner un corps de fonctionnaires chargé d'interpeller les délinquants, le mot police désignait vertueusement l'ordre public et les bonnes moeurs qui doivent régner sous les auspices de l’administration de l’Etat. La véritable police moderne est née en France le 24 août 1665 : le lieutenant criminel Tardieu et sa femme sont assassinés chez eux par des voleurs. Colbert et Louis XIV réagissent en séparant à Paris la police de la justice et en la plaçant sous l'autorité d'un lieutenant de police (édit de 1667).

En 1789 disparaîtra la police monarchique - la garde nationale ayant fait feu sur les masses en révolution. C’est la jeune bourgeoisie qui invente la police moderne d’Etat. En 1790 seront créés une cinquantaine de commissariats. En 1796, toutes les villes comptant plus de 5 000 habitants comporteront désormais un commissariat. Cependant la police est une création spécifiquement moderne contemporaine à la prise du pouvoir par la classe bourgeoise, éliminant l’ancienne caste bourgeoise marquée par le laisser-faire social et une impuissance à empêcher injustices criantes et crimes de sang. La plupart des grandes institutions policières « exemplaires » d’Etat bourgeois apparaissent vers 1800 :  la Marine police force de Londres et la City of Glasgow police en Angleterre, ainsi que la préfecture de Paris]. Les perfectionnements propres à la décadence bourgeoise ne sont apportés que plus d’un siècle plus tard ; la Metropolitan Police Service, n’est créée qu’en 1929 – les années 1920 sont marquées par une croissance des crimes de sang ; la MPS est la première police qui ajoute la prévention policière à son rôle de répression du crime. C’est au cours de ces années que se renforce la police politique stalinienne, laquelle eût pour maître la redoutable Okhrana tsariste, laquelle avait bénéficié des enseignements des célèbres préfets parisiens Lépine et Andrieux. C’est sous Napoléon III en France que l’ilotier devient « gardien de la paix ». Les flics – « les vaches » dans le langage faubourien – voient ainsi leur profession définie désormais comme protectrice de la « paix sociale », toutes politiques confondues ; le policier est devenu le symbole vertueux de l’Etat hors des classes, représentant la sécurité pour la population citoyenne en temps normal bien qu’il s’avère un milicien tueur par temps de révolution ou de troubles sociaux.

QUAND LA REVOLUTION PROLETARIENNE ENTRAINE LE PERFECTIONNEMENT DE LA POLICE POLITIQUE...

Deux critiques mettent en cause la fonction de la police à la fin du XIXe siècle. Selon la critique anarchiste, on peut supprimer immédiatement la police et se passer de toute surveillance de la population ; le fonds de la pensée anarchiste est simplement rousseauiste : l’homme est bon naturellement. Selon une critique marxiste sommaire (de type gauchiste et stalinienne), la police n’est qu’une excroissance de l’Etat bourgeois chargée de réprimer les « travailleurs » en grève ou en manifestations. Pour des marxistes au pouvoir il suffit de rééduquer l’homme, qui n’est pas naturellement mauvais (quoiqu’un peu sauvage parfois), et manque de chance, dans les deux seuls cas où la révolution prolétarienne a réussi la police n’a pas été supprimée ou bien une autre a été réinstallée. La Commune de Paris en 1871 ne supprime pas le corps de police, mais change les chefs et négocie avec Versailles le paiement des salaires des fonctionnaires. En février 1917 les affrontements avec la police du tsar font des morts des deux côtés. Les soldats armés pillent les postes de police. Dans la 5ème thèse d’avril 1917, Lénine demande la suppression de la police[3] pour en recréer une autre après l’insurrection… La tchéka, police politique un peu spéciale est crée en mars 1918. La révolution prolétarienne échouant dans l’impasse a posé, hélas, à l’orée du XXe siècle, la nécessité non plus d’une seule police d’ordre ou des mœurs mais d’une « police politique », qui sera dénoncée (dixit la police stalinienne) à hauts cris par tous les Etats bourgeois alors même qu’ils s’en inspireront de plus en plus pour gouverner. L’Etat bourgeois a besoin désormais non plus d’un simple porteur de matraque (le vulgaire sergent de ville moustachu) mais d’un flic intelligent (politique même s’il ne peut faire grève), bac plus cinq, scientifique, profileur, etc.[4]

LA FEMME a-t-elle humanisé la police ??

Sur la Toile on peut trouver une définition soft, pas entièrement fausse de la police aujourd’hui :

« Actuellement la police est confrontée à la montée de la petite et moyenne délinquance comme aux nouvelles formes de criminalité organisée, liées aux trafics mondiaux et à l'informatique. On lui demande de pallier, par la répression ou la prévention, les carences de la socialisation, voire d'incarner à elle seule l'État dans certains quartiers. Tandis que la gauche insiste sur le rôle de la « police de proximité » et de la prévention, la droite privilégie la répression ».

En réalité la grande révolution pour la police moderne a été l’intégration des femmes dans un corps typiquement « masculin ». Pour deux raisons : les femmes délinquantes sont proportionnellement devenues plus nombreuses et la fouille au corps des femmes par des hommes signifie attouchements voire tentation de viol. Loin d’être une émancipation de la femme, bien qu’elles ne portent jamais de moustaches, les femmes policières – quoique l’ostracisme mâle existe toujours sous la table – se sont révélées capables d’être aussi dures et brutales dans « le métier » que les hommes. Un témoignage de « gardé à vue » décrit assez bien la police d’aujourd’hui (en France) :

« … j’ai pu à loisir observer les allées et venues de policiers, tous jeunes en général, de nombreuses policières jolies mais souvent avec un gros cul dont je ne pouvais manquer la perspective dans ma situation assise et menotté. Je n’ai pourtant jamais envisagé de ma vie adulte draguer une policière ou convoler en justes noces avec une gendarmette. Elles doivent être aussi chiantes avec leur chignon tiré comme un képi, à cheval sur la ponctualité et le pli du pantalon, autoritaires comme les teutonnes aux chevaux tressés. En plus elles sont armées. Chapeau bas dans l’alcôve familiale. Mais pas pour moi.

La démarche du policier tient plus du cow-boy avec le colt qui balance au côté que du pauvre flic en pèlerine d’antan sapé comme un vulgaire facteur. Le sordide képi qui faisait chuter les cheveux plus vite que Pétrole Han a disparu[5]. La casquette chez l’ouvrier comme le képi chez le flic c’était aux temps du cinéma muet. Dans les bousculades lors de l’interpellation de militants CGT par exemple, le képi roulait souvent à terre… d’où perte de prestance. Le képi symbolisait l’autorité bonapartiste ou pétainiste et perdit toute sa valeur de « couvre-chef » après les violences en 1968. Le policier moderne doit être agile et sportif. Il doit pouvoir bondir dans la voiture de fonction sans être retardé par un maudit chapeau de garde champêtre pépère.

Jeunes, les nouveaux policiers affichent une prestance de caste supérieure. Tous ne roulent pas des mécaniques, mais la possession officielle d’une arme, qui suppose que son porteur n’est ni un déséquilibré ni un as de la gâchette pour se faire plaisir, est un gage d’autorité autrement plus efficace qu’une casquette galonnée. Dans les stats de l’INSEE le flic est classé dans les couches moyennes bien au-dessus du manœuvre, de l’ouvrier et de l’employé. Son rôle social de garant de l’ordre républicain quoiqu’en priorité au service de la défense de la classe dominante, lui confère une valeur morale, sécurisante pour les demeures cossues des banlieues riches, inquiétante pour les gagne-petits et les puent-la-sueur. Lorsque le policier paraît sur les chapeaux de roue, le bourgeois est déférent et se sent rassuré sauf s’il est inculpé. Le prolétaire en colère considère que ce n’est qu’un métier de fainéant mais « qu’il en faut », « qu’il en faudra même dans une autre société ». Le policier dans sa fonction peut tout à fait se sentir « hors classes », mépriser le bourgeois plastronnant sans le montrer et compatir aux vaincus sociaux qu’il doit régenter dans un univers administratif cradingue. J’ai connu tout au long de ma carrière des policiers rigoureux, trop honnêtes ou trop conscients au point de rester au placard toute leur vie, comme René de Clamart commis d’office à la garde des voitures sur les quais de Paris au moment des manifestations ouvrières qu’il refusait d’aller « encadrer ».

Sous les sourires et les embrassades je devine pourtant que, comme les prolétaires, les flics en uniforme subissent le poids de la hiérarchie intermédiaire. Une autre race de policiers me déplaît, celle des policiers en civil, en jean et baskets avec flingo ostensiblement fourré dans la poche. On sent que ceux-là sont à la parade les supérieurs, des « gradés ». Ce sont les équivalents des agents de maîtrise. Comme dans tous les autres services publics, l’agent de maîtrise est fier d’avoir franchi les échelons qui permettent de se débarrasser de l’uniforme « basique » qui vous colle à la peau. Il n’a que mépris pour les « bleus » avec leurs poches aux jambes bourrées d’outils. Le flic en civil avec flingo qui dépasse de la poche détient une autorité supérieure du fait qu’il n’a plus besoin d’uniforme. Sa carte de police et son brassard amovible renforcent son ambiguïté. Sapé comme les cailleras il symbole un pouvoir mi-civil, mi-officiel. Il n’est pas enfermé dans l’uniforme. Il apparaît plus libre de ses mouvements. Il est parmi les civils et parmi les uniformes. Il peut être partout à la fois et ne se révéler qu’au dernier moment. Caméléon de la loi, il n’est pas identifiable à première vue comme tenant de l’ordre. En cela il est plus inquiétant et plus craint. L’uniforme rassure. Celui qui le porte est tenue à la tenue. Il ne peut pas plaisanter au bar d’un café comme son collègue supérieur en jean délavé ou la fliquette cadre en pantalon moulant. Il ne peut pas badiner avec le public. Il a une trop grande visibilité et il en souffre parfois. L’ostracisme commun vise l’uniforme et oublie l’homme et son être. Il est vu comme l’ennemi alors qu’il ne se considère pas comme un ennemi du genre humain. Comme l’agent de maîtrise ou le cadre EDF, le flic en civil ne souffre pas de cet ostracisme. Il passe même pour « arrangeant » avec son aspect civil. On pense pouvoir composer avec lui, obtenir une compréhension qui n’est pas possible dans l’uniforme rigide. Le mot uniforme signifie commun, rabaisse celui qui le porte au rang de soldat, d’exécutant d’une noria de supérieurs invisibles en cravates ou en chandails ».

Non la femme n’a pas humanisé la police. Par contre vous pouvez tomber sur un (ou une) fonctionnaire qui se comporte humainement, correctement – il y a des dégénérés partout même parmi les ouvriers – ce qui est inhumain est l’institution étatique avec ses rouages judiciaires. Le problème ne réside pas dans la fonction ni au niveau de l’exécutant.

« Dans les archive secrètes de la police », trouve-t-on des révélations ou est-ce que l’origine étatique de la fonction policière y est corroborée ? Non, en réponse aux deux questions.

UN « LIVRE-CADEAU » SUPERFICIEL ET PIPOLE

La police moderne avec ses actuels hiérarques ne va pas nous révéler bien sûr ses secrets de fonctionnement et disserter sur les progrès inouïs de la « surveillance d’Etat ». Les trois quart et plus du recueil sont constitués d’histoires criminelles lointaines centrées sur l’époque royale, la belle époque 1900 des mœurs dissolues avec la pute de luxe Sarah Bernhard et de petites incursions dans les années 1930 et 1960. Plus Almanach des crimes célèbres qu’étude de la fonction policière, ce livre pipole esquive scandaleusement les monstruosités de la répression policière.

La seule pépite qui explique les méthodes de travail invariables de la police, et son credo aujourd’hui même avec les techniques scientifiques sophistiquées, se trouve dans la citation du Préfet Andrieux en exergue :

« L’administration a souvent intérêt à savoir ce qui a été dit ou écrit sur le compte de la personne qui a éveillé son attention. Le dossier répond à cet intérêt. Il n’a pas seulement pour but de faire connaître qui vous êtes, mais surtout ce qu’on a dit de vous. L’imputation la plus mensongère peut être une lueur, éclairer une trace, avoir par conséquent un intérêt de police.

Aussi mettra-t-on dans votre dossier, pêle-mêle, sans distinguer entre le vrai et le faux, tout rapport dont vous aurez été l’objet, toute dénonciation vous concernant, tout article de journal, tout ait divers où vous serez nommé » (1885)[6].

Lecture pour maison de retraite, les 630 pages sont imprimées en gris caractères, et les textes commentant les documents historiques vieillots minces comme une galette des rois. Poisons des courtisanes, Landru, Violette Nozières, nous intéressent modérément comme les vieux films qui leur ont été consacrés. La police a fait son boulot et alors ? Est-ce son boulot essentiel ou un cache-sexe de plus ? Avec celui de CRS maître nageur.

Le découpage en trois parties – argent/pouvoir/amour – ne concerne pas les motivations du policier (qui, comme homme est aussi concerné par ces trois thèmes) mais permet d’éviter une réflexion sur le rôle et les méfaits historiques de la police. Les délices littéraires sur les faits divers et la bande à Bonnot permettent d’éviter de rappeler les 30.000 massacres et viols en 1871 à Paris par une soldatesque policière déchaînée[7]. Le plus scandaleux de cet ouvrage se trouve sur les parties concernant la période de guerre mondiale 1939-1945.

-          3 pages sur le juif collabo (avec la police pétainiste) Joinovici, qui n’analysent en rien le rôle trouble de la police ;

-          12 pages sur le sanguinaire Docteur Petiot en 1944, au ras du bitume, alors que la police aurait pu l’arrêter dès 1936 ;

-          15 pages soft sur la traque des résistants par la police pétainiste (p.342 et suiv.) en 1942, 2 pages d’explication soft et le reste docus de recherche + dénonciations ; il en ressort pourtant que le personnel policier obéit servilement, et sans état d’âme, quel que soit le régime !

-          Les rafles de juifs en 1942, deux pages et demi d’explications seulement, et surtout fixation sur les docus et décrets nazis, rien pour nous laisser entrevoir un quelconque questionnements des « fonctionnaires d’Etat français » sur leur célérité à fourrer des enfants dans des wagons vers la mort…

-          Le scandale du camp de Drancy livre une dizaine de pages de docus, avec présentation très compatissante, très judéophile et anti-raciste d’Etat sarkozien, mais rien sur le questionnement des types en uniforme qui faisaient le sale boulot, qui volaient les prisonniers… ni même des questions aux policiers actuels du genre : « êtes-vous prêts à recommencer le sordide boulot de vos ancêtres » ?

-          La chasse aux collabos en 1945 nous vaut 2 pages presque dithyrambiques, pensez : les policiers collabos ont reçu ordre de retourner leurs vestes, de se mettre en insurrection pour éviter celle du prolétariat, et de chasser à tout va lampistes ou vedettes pour faire oublier leur fonction de répression au service d’Hitler et Pétain.

-          Le massacre à Paris d’Octobre 1961 est un peu plus objectif, certes des flics ont exécuté comme des chiens et jetés dans les poubelles des pauvres prolétaires algériens, mais la faute en revient en premier lieu aux « choquistes » nationalistes du FLN qui ont terrorisé et acheminé depuis la banlieue ces pauvres ouvriers pour les envoyer au casse-pipe[8] ; à décharge des flics cette fois-là il y a eu de nombreux témoignages parmi eux pour se scandaliser de ce qu’on leur ordonnait de faire et pour décrier leurs collègues sadiques.

-          Sur mai 1968, seulement cinq pages et demi (p.466 et suiv.), le tout bon enfant, pourtant, deux ouvriers à Sochaux ont été tués à bout portant par la police, pourtant il y eût des milliers de blessés frappés cruellement…

Et l’ouvrage se termine par la sublimation de la police au cinéma, faut bien donner du prestige à une fonction qui n’en a guère. Lors de ma garde à vue, un inspecteur m’a fait cette remarque étonnante de la part d’un flic, mais néanmoins salarié : « vous n’avez pas l’exclusivité du prolétariat, ici nous en faisons aussi partie ». Coincé sur ma chaise de prisonnier d’Etat, je n’ai pas osé lui répondre :

-          « fort bien, mais alors, au moment de la révolution, vous serez avec les éternels fusillés ou les fusilleurs ? ».

 La police devra disparaître un jour avec l’Etat, si le communisme peut s’en passer, et si l’homme ne traîne pas encore pendant des siècles un atavisme pas simplement dû au capitalisme.

 

NOTES 



[1] Dont voici le sommaire :

Table des matières

Avant propos

Introduction (p.11)

1.       GUERRE ET VENGEANCE PAYSANNE, (p.35) Guerre et pacifisme/Le terrorisme djihadiste : une autre façon de faire la guerre/Les guerres à petite échelle du temps jadis/Le terrorisme paysan/La Réforme, sa violence et les paysans/La terreur jacobine, Marx et Kautsky/La guérilla agricole de Guevara/Quelques terroristes célèbres issus du terroir.

2.       LE TERRORISME DE MARX ET DES ANARCHISTES (p.81) Au début le socialisme était considéré comme criminel/Marx et Engels sont-ils terroristes en 1848 ?/Les trucages pacifistes de Bernstein/Les révisionismes successifs des anarchistes/Réformisme syndical et terrorisme (Ce qu’il y a de commun entre l’économisme et le terrorisme selon Lénine)/L’anarchiste Staline.

3.       LA REVOLUTION EST-ELLE TERRORISTE ? (p.119) La violence des émeutes du XIXème siècle/Terrorisme des Communards ou de la populace ?/Adresse ou maladresse de l’Internationale ?/Un soulèvement inattendu/Du Paris armé au parti armé ?/Passions mauvaises et querelles/Un Etat petit bourgeois/Les conséquences réformistes de l’échec de la Commune/Les lois anti-socialistes en Allemagne/La belle époque du syndicalisme révolutionnaire/La paysannerie n’est pas révolutionnaire.

4.       LE MACHIAVELISME DU TERRORISME D’ETAT (p.163) Le terrorisme gauchiste/La faction rouge armée en Allemagne/Aux origines des intentions staliniennes de la RAF/La faction terroriste au Japon/La faction des brigades rouges en Italie/Les pionniers de la démystification du terrorisme stalino-gauchiste/Gasparrazzo terroriste ou la version dissonante des figurants terroristes/Le bon Franceschini/La brute Moretti/Le truand Curcio/Faillite Politique et humiliation des combattants désarmés/La récupération des épaves terroristes/L’invention de la dissociation/Rôle toujours négatif du terrorisme.

5.       REVELATIONS SUR LES TROIS VAGUES DU TERRORISME  (p.251) Le retour du refoulé religieux/Marx et son analyse tronquée de la religion/Déguisements religieux, religion et violence/Le masque religieux des gauchistes/La guerre sale/Le médiaterrorisme/Fascisme vert ?

 

Conclusion (p.277): le terrorisme rouge s’est suicidé !

Annexe (p.282)

Commentaires préliminaires aux textes suivants :

Léon Trotsky : La faillite du terrorisme individuel (1909), Pourquoi le marxisme s’oppose au terrorisme individuel ? (1911)

Anton Pannekoek : L’acte personnel (1933), La destruction comme moyen de lutte (1933)

Revue BILAN : en défense de Marinus Van Der Lubbe : Les fascistes exécutent, socialistes et centristes applaudissent (1934)

Marc Chirik : Les campagnes anti-terroristes de la bourgeoisie (1977), Terreur, terrorisme et violence de classe (1978)

Guy Debord : A propos de l’utilisation du terrorisme (lettre à G.Sanguinetti, 1978).

Le terrorisme gauchiste à l’écran : Buongiorno Note/Prima Linea/Nada/Der Baader Meinhof Komplex/United Red Army.

BIBLIOGRAPHIE (p.361)


[2] Les autres fonctions de la police actuelle, comme les enquêtes et investigations, étaient sous la charge des citoyens aisés.[]

[3] Thèse d’avril n°5 : « Suppression de la police, de l'armée et du corps des fonctionnaires.
Le traitement des fonctionnaires, élus et révocables à tout moment, ne doit pas excé­der le salaire moyen d'un bon ouvrier. »
 

[4] La surveillance politique était déjà ancienne et intelligente comme le montrent les mémoires des préfets Lépine et Andrieux, mais aussi les archives de l’Ohkrana. Dans mon livre sur la secte CCI – l’organisation eggregore – j’ai produit une étude sur la surveillance politique et policière des partis socialistes ; le POf de Guesde était surveillé de l’intérieur, et des flics encartés y orientaient même les débats politiques… Mais le temps de la lampe de bureau braquée sur la gueule du présumé coupable est bien finie à l’heure de l’informatique et de la prise d’ADN.

[5] Il n’est ressorti que le temps de la sonnerie aux morts dans les cimetières ou lors du 14 juillet monarchique.

[6] Pas mal non ? Ayant eu la joie de consulter mon dossier grâce à la CNIL – dossier soigneusement caviardé – j’ai pu constater que ma trajectoire militante de brave prolétaire révolutionnaire était soigneusement archivée depuis plus de deux décennies, depuis 1972 où j’avais participé comme délégué du groupe Gauche Marxiste aux rencontres ouvrières de Clichy où étaient présents la plupart des chefaillons trotskiens et maoïsants, bien vieux désormais. On pouvait y lire un compte-rendu détaillé de la carrière dans les assurances de ma pauvre femme décédée ; je n’ai pas eu accès à la fiche concernant mes enfants… J’en ai conclu paisiblement que la police française n’a rien à envier à la Stasi.

[7] Un soldat versaillais ou un policier qui tentait de discuter avec un communard était abattu sur le champ !

[8] L’opinion gauchiste générale hurle à hue et à dia contre la répression policière (le néo-nazi Papon était chef de la police à ce moment avec le soutien du libérateur De Gaulle, ex-planqué en GB), or, en pleine guerre de décolonisation, la provocation du FLN a été dégueulasse ; pour ceux qui continuent à avaler la théorie gauchiste, imaginez simplement une manif de prisonniers français à Berlin en 1943 pour la « libération de la France », Hitler aussi aurait fait tirer dans le tas !

1Pourtant sur ce genre de sujet, comme sur partis et sectes, mes statistiques sont affolantes comparées à mes dizaines de lecteurs quotidiens, cela peut varier de 2000 à plus de 4000 visites ! Outre mon livre, j'ai souvent traité de la question dans divers article et nota 

:- COMMENT ALLONS-NOUS GERER L'INSURRECTION AU MOIS DE SEPTEMBRE ?

  • LA POLICE EN TROIS POINTS lecture de Bénédicte Desforges, lieutenant de police, auteur de "Flic, chroniques de la police ordinaire" (éd. J'ai Lu) et de "Police Mon Amour" (éd. Anne Carrière)

  • LA PROFESSEURE ET LA POLICIERE 2011

  • « Deux professions qui sont devenues complémentaires dans l’encadrement et la socialisation de la jeunesse se sont trouvées, simultanément et paradoxalement, opposées de manière sanglante au cours de deux drames qui ne devraient pas être classifiés banalement au rang de faits divers. L’immolation par le feu de la professeure de mathématiques de Béziers me choque autant que les suicides à France Télécom, ou même, nombreux, dans la police. La jeune policière tuée par un autre professeur avec un sabre, dans les locaux du commissariat est tout aussi choquante et du même ordre puisque ces deux métiers sont parmi les plus exposés (avec les contrôleurs de train, de métro, etc.). Analyser ces deux faits divers dramatiques n’est pas simple et ne relève pas de la gentille théorie de l’incivilité des djeuns ; le malaise est général, et concerne tous d’autant qu’il est insoluble, quoique entretenu par l’Etat et ses officines éducatives et juridiques ».

- VOUS AVEZ DEMANDE LA POLICE ? NE BOUGEZ PAS ! (republié ici plus bas)

2« Enfin au total vingt jours après l'assassinat de George Floyd. J'avais posé la question, en pleine journée et encore éveillé sur la colonne de droite de ce blog : « pourquoi ce long silence du CCI sur un événement qui émeut la terre entière ? ». J'y voyais, tout en hésitant dubitativement sur les causes réelles de ce long silence, l'expression de l'attentisme, cette maladie classique de l'opportunisme. Je me souvenais que Marc Chirik, dans son dernier texte - que j'avais soigneusement compilé à la fin des autres dans le tome deux que j'ai consacré à cet homme - avait subsumé la décadence du CCI : « … nous pouvons constater l'énorme retard que le CCI prend par rapport aux événements, et cela à tous les niveaux ».  Lorsque le 12 juin je pris connaissance enfin de la prise de position, je fus stupéfait de sa platitude et de son simplisme. Le même genre d'article lisse sans affect du bureaucrate qui récite sa leçon avec le souci de la respectabilité bourgeoise (comme l'a si bien dit notre ami Jonathan). J'y vis immédiatement confirmation de l'attentisme coupable du CCI. Avec ce qui s'appelle communément l'opportunisme le plus plat, l'article démarre sur la protestation antiraciste universaliste alors que la première question c'était la violence policière et contre qui et le fait que la police comme institution ne peut pas être raciste mais... bourgeoise ; c'est pourquoi, par contre, mon premier article affirma : ce n'est pas un crime raciste mais un crime d'Etat » (cf. mon  Article sur la violence policière en permanence (mai 2020)

3Qui sévissent dans plusieurs domaines de la production française, quitte à se demander si ils ne sont pas tous manipulés par des agents américains : nucléaire, parc à moules, etc.

4Comme synonyme de raccommoder !