"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 7 février 2023

STALINISME et MISERE DE LA VIOLENCE OU VIOLENCE DE LA MISERE




Une révolution est-elle destinée à être un cortège de massacres et de crimes abominables?

Une révolution doit-elle automatiquement aboutir au chaos?

                                        À la     mémoire de Salvador Puig Antich

C'est sûr, toute ma vie ne me suffirait pas pour critiquer et analyser les tonnes de livres déversés pour saloper et détruire l'histoire et les acquis politiques de la révolution internationale commencée et morte en Russie, mais le livre de Werth innove, s'élève au-dessus des autres, malgré le parti pris bourgeois classique de démolir systématiquement l'expérience bolchevique et le génie de Lénine. Il contient d'utiles réflexions que nous pouvons intégrer sur les aléas, les conjonctures et conjectures de cette expérience historique et prolétarienne, de même pour sa capacité à dépasser les simplismes de l'anti-stalinisme, aussi crétins que l'anti-fascisme.

"Nicolas Werth explore les méandres de l'univers soviétique sous Staline.Il montre en quoi le stalinisme, dans la suite logique du léninisme, impose une ligne du parti fixée d'en haut, expérimente une véritable ingénierie sociale et propose aux Soviétiques la vision d'un monde peuplé de forces bonnes - les staliniens - et mauvaises - tous les autres, à noyer dans le sang.Mais cette extraordinaire violence du système ne se nourrit-elle pas d'une frustration permanente à contrôler un corps social éclaté ?". Nous explique la publicité de sa maison d'édition. "Une nouvelle manière de penser le stalinisme", nous dit le quatrième de couverture; certes et le contenu de l'épais ouvrage est riche d'une période inexplorée et finalement occultée par la fixation sur le seul "paranoïaque" Staline et ses goulags camps de concentration; il contient aussi et surtout une explication du phénomène de la dégénérescence jamais abordé par nos "gauches communistes", premières opposantes au stalinisme, dont les successeurs se contentent de la notion d'asphyxie et d'isolement1, et de plus parce que les informations et les données d'époque n'ont pas été disponibles pendant des décennies. Lire l'ouvrage sur ce plan, confirme bien sûr les analyses des "gauches communistes", mais fournit des éléments plus concerts et détaillés que la simple dénonciation du stalinisme comme dégénérescence dans l'isolement de la révolution en Russie.

Or le membre de phrase "le stalinisme, dans la suite logique du léninisme" n'est pas seulement faux mais pas démontré dans l'ouvrage, comme quoi les petits bureaucrates anonymes de la commercialisation éditoriale peuvent écrire n'importe quoi, pour faire vendre.

TOUTE REVOLUTION N'EST-ELLE QU'UN MASSACRE ET UNE TERREUR SANS FIN?

Werth qui se flatte d'emblée d'avoir fait partie de l'équipe réactionnaire du "livre noir du communisme" mais pas du livre sanglant du capitalisme, donne le ton des historiens toujours du côté des "blancs"2, en nous répétant à plusieurs reprises des exactions "violence d'en bas" du peuple en furie et des "marins de Kronstadt": "yeux crevés, oreilles coupés, langue arrachée, viol et castration"3. Ambiance terrorisé garantie pour le lecteur sensible et croyant à la parole "historienne".

Par contre une remarque est intéressante, et ne généralise pas à tout le prolétariat ni aux paysans les exactions. Il pointe du doigt des violences "dont les principaux propagateurs furent les millions de déserteurs de l'armée russe en décomposition" (p.27). On retrouvera cette même violence et sadisme chez les milliers de libérés des goulags au milieu des années 1950, vers la fin du livre. Werth fait même à plusieurs reprises preuve d'objectivité en signalant de l'admiration parfois du côté bourgeois; ainsi le prince Lvov, chef du premier gouvernement provisoire, déclare dans un de ses premiers discours: "L'esprit du peuple russe s'est révélé être, par sa nature même, un esprit universellement démocratique. Il est prêt non seulement à se fondre dans la démocratie universelle, mais à en prendre la tête sur le chemin du Progrès jalonné par les grands principes de la Révolution française: Liberté, Egalité, Fraternité".

Bien des évocations des violences d'en bas et d'en haut, sans explication ou réflexion, forcément intéressantes concernant ces deux notions; la violence sous le tsar est d'en bas, sous Staline surtout d'en haut, tout en démontrant le contraire dans ce cas-là. Il y a des révélations incontestables, qui mettent à mal le processus de désertion des soldats rentrant chez eux, dans la version mythique des militants dévôts de la révolution russe. La réalité est le chaos de soldats-chômeurs qui rentrent au pays pour piller, se livrer à des viols collectifs, pogroms, etc. Au cri peu humain de "à mort les bourgeois!", comme le rêve Mélenchon en pointant du doigt les 43 milliardaires français.

Mais Werth en rajoute aussitôt une couche, s'appuyant sur le bolchevique renégat Martov, parvenu à la conclusion "que le bolchevisme pouvait être avant tout caractérisé avant tout comme l'expression politique de la culture de guerre et de violence dont étaient porteurs, en 1917, les paysans soldats"4. Et de citer Martov sans honte écrivant en 1920: "La guerre est le terreau du bolchevisme, elle alimente la terreur bolchevique, fais vivre le bolchevisme comme système économique monstrueux, comme monstrueux système de gouvernement asiatique". La guerre a été le terreau de la révolution, doit-on plutôt dire pour l'époque, et heureusement que les masses, pas seulement les bolcheviques, y ont mis fin. La question de la gestion est plus complexe et on y reviendra plus loin, contredisant l'imbécilité de Martov. Et d'ajouter Gorki dénonçant une "explosion d'instincts zoologiques, mais Gorki vise, contrairement à ce que pense utiliser Werth, la violence d'en bas, dans un cadre de brutalisation générale "réactivant la violence naturelle, profondément enracinée dans les profondeurs de la paysannerie, du peuple russe". Le poids de la paysannerie arriérée n'est pratiquement jamais pris en compte, aussi par nos amis maximalistes, qui sera probablement en premier lieu un facteur aggravant l'isolement de la révolution trois à quatre années plus tard; certains en sont venus à penser, dont moi que, comme la Commune de Paris, Octobre 17 avait un caractère prématuré, mais ce n'est l'une des raisons de leurs échecs qui empêchent d'en saluer l'aspect novateur et révolutionnaire. De même, le radotage sur la guerre mère de la révolution m'a toujours fait tiquer, n'a-t-il pas suffi à la bourgeoisie mondiale, de faire cesser (temporairement) la guerre pour mieux isoler la révolution russe? N'est-ce pas le jeune Trotski qui écrivait en 1905: "Une révolution engendrée par la guerre est une révolution impuissante"?5

En situation de guerre il faut un Etat fort...

Les bolcheviques sont chargés de tous les péchés du monde, mais malgré ses incessantes remarques pour les décrédibiliser, Werth ne peut s'empêcher de comprendre qu'ils ne pouvaient pas...faire autrement. Pour preuve cette déclaration au tout début d'un ministre du gouvernement provisoire, économiste libéral, fervent partisan jusque là de la décentralisation de l'économie de marché: "Il nous faut restaurer l'autorité de l'Etat, mettre en place une régulation étatique de l'économie nationale...Il nous faut du blé, soit de gré, soit de force"(p.52). Il s'arroge de rectifier à la fin de la page qu'on allait vers un type inédit de "super-Etat", à la fois primitif et brutal"(répété plusieurs fois). Circulez! Un autre auteur va aussi dans le sens du ministre précédent:"Le nouveau gouvernement (bolchevique) a commencé à restaurer l'appareil d'Etat, à remettre de l'ordre, à lutter contre le chaos. Dans ce domaine, les bolcheviks font preuve d'énergie, je dirais plus: d'un indéniable talent". Redémolition en fin de page, et du type complotiste: "Le bolcheviks réussirent... parce qu'ils avaient un projet politique, fondé sur le culte de l'Etat fort, sur la terreur comme instrument primitif, mais efficace, de construction de l'Etat... habile instrumentalisation des tensions sociales et nationales et de promotion de tous ceux qui les rejoignaient...". Tout est faux, Lénine avait dit: "on s'engage et puis on voit", plus qu'au temps de Staline, tout a été improvisé, et ce n'est que longtemps après qu'on comprendra que la place du parti n'était pas dans l'Etat; mais pour conclure cela, il a bien fallu que le parti bolchevique fasse cette expérience, et il était inévitable qu'il en passe par là, et on peut affirmer qu'il a tout de même sauvé (provisoirement) la société russe du chaos et de la décomposition. Werth ne s'aperçoit pas qu'il se contredit dans un paragraphe suivant, nul complotisme bolchevique donc mais: "improvisations et opportunisme". Sur le plan de ;la violence le parti n'est pas responsable de tout en plus...

Les "années matricielles" du bolchevisme doivent prendre "l'interaction entre la violence politique"d'en haut" (telle qu'elle se dévoile à travers nombre de textes de dirigeants bolcheviques...des appels au meurtre et à l'extermination) et les violences sociales "d'en bas"; issues de la double brutalisation aux effets cumulatifs:la violence paysanne traditionnelle, partiellement transplantée en milieu urbain (à cause notamment) des immenses brassages de population induits par la guerre et les migrations de réfugiés) et la brutalisation généralisée des comportements sociaux résultant du premier conflit mondial" (p.59).

Werth va nous faire ensuite une apologie des auto-administrations paysannes à faire rêver les lecteurs de la librairie Publico, mais se foutant complètement de l'approvisionnement général et centralisé. Pourtant deux page plus loin il nuance la politique des ploucs en nous dévoilant qu'au contraire, de nombreux jeunes paysans sont immédiatement séduits par le programme bolchevique qui, après avoir participé aux comités de soldats:

"Revenus des tranchées traumatisés, brutalisés, souvent armés, ils étaient bien décidés à rompre, y compris par les méthodes fortes, avec l'autorité pesante du chef de famille, et "du passé à faire table rase". Pour eux, le bolchevisme était à la fois révolte contre l'ordre traditionnel et promesse de modernité émancipatrice".

Voilà Werth tout à coup, à nouveau acquis au bolchevisme en désignant l'incurie des "Blancs": "Par delà ces violences (largement partagées – les Blancs, eux aussi, réquisitionnaient sans ménagements, recrutaient de force, avaient recours à la terreur contre les "bandits verts"6, mais ils ne parvinrent jamais à mettre en place un encadrement administratif durable, incapables qu'ils étaient de penser, en particulier, le lien entre la sphère militaire et la sphère étatique), les bolcheviques organisèrent un système d'encadrement et de contrôle et ouvrirent largement les chenaux d'intégration et les voies de promotion à ceux qui les rejoignaient".

A la fin du chapitre trois, Werth fait planer l'ombre de la dégénérescence avec une classe ouvrière et un parti "noyé dans l'océan paysan", mais pour nous balancer que l'expérience fondatrice jusqu'en 1922 n'était qu'une "étape héroïque à dépasser", donc le premier volume du stalinisme, quoique sans l'avoir démontré.

Dans les chapitre suivants on saute, carrément... en 1930 ! Face aux milliers de révoltes paysannes, le pouvoir stalinien est bientôt contraint de reculer. Loin d'être la contre-révolution sûre d'elle-même, que tant de militants ont rabâché des années durant, c'est encore un régime faible qui recule et proclame une pause dans les collectivisations accélérées. En 1922, le mouvement nationaliste ukrainien et les cosaques avaient été aussi un frein. Plus de 60% des troubles ont lieu en Ukraine, région céréalière et stratégique (sic).

En 1930, l'insubordination sociale se généralise; 14.000 émeutes ou actes de terrorisme sont commis individuellement ou en petits groupes de paysans. Des milliers de "représentants du pouvoir soviétique" sont massacrés, mais un million et demi de paysans sont expropriés, 20.000 fusillés. Un groupe de paysans expédie une lettre à Staline: "Si, un jour prochain, il y a la guerre, la première balle sera pour vous salauds".

Le "groupe stalinien" a recours à une "culture défaitiste et apocalyptique", qui nous fait penser inévitablement penser au Poutine d'aujourd'hui. Durant l'été 1927, avait été instrumentalisée une "psychose de guerre" pour se débarrasser de l'Opposition unifiée, et pour contrer le nationalisme ukrainien qui déclare: "On ne va pas aller se faire tuer pour le pouvoir des Moskali et des youpins! Qu'une guerre éclate, qu'on nous donne des armes et on se battra contre eux pour une Ukraine aux ukrainiens:" (p.104)

LA MENACE DE GUERRE UN ELEMENT FONDAMENTAL POUR L'AFFIRMATION (nationaliste) DU STALINISME

Comme en 2023 on pense que la guerre va solutionner tout; dans les chiottes des usines à Moscou on peut lire: "Vivement une guerre qui chassera les youpins, les chefs et les communistes qui font passer devant le tribunal l'ouvrier qui a 20 minutes de retard au travail". C'est à la fin des années 1920, et donc pas au temps de Lénine vivant que le thème du "danger de guerre", de "l'encerclement capitaliste" (qui vient justifier une théorie...nationaliste de l'isolement), devient une des leitmotive de la propagande stalinienne". Tel Poutine, Staline n'hésite pas à jouer du "syndrome de la Russie battue". L'instrumentalisation de la "psychose de guerre" par le groupe stalinien est vivement combattue par Boukharine, Rykov, Tomski qui soulignent le danger de "jouer avec le feu" (p.110).

Werth saute en 1941pour signaler que depuis les années 1930 le groupe stalinien pourchasse les défaitistes. Certains souhaitent la défaite de l'URSS quitte à lui préférer le régime nazi qui les débarrasserait de ce régime soviétique honni. Ce qui permet au groupe stalinien de prétexter combattre pour la survie et la défense de la Nation. L'arme de la faim servira à briser le nationalisme ukrainien. L'oppression de la paysannerie a pour but de répondre aux besoins de "l'Etat prolétarien"7

La paranoïa de Staline une explication psychologique pas politique...

Contrairement à tant d'historiens complotistes américains (Robert Conquest et Cie), on n'assiste pas à une exploittaion planifiée d'un despote paranoïaque: "Au contraire, après l'annonce à Moscou d'une "campagne" aux objectifs d'ailleurs souvent vagues, les fonctionnaires locaux "interprétaient" les ordres à leur guise, y obéissaient ou non, faisaient du "zèle", ou tentaient de "saboter" l'initiative". Les processus se déroulaient de manière incontrôlée, reflétant des conflits sociaux occultés, des violences sociales latentes, l'existence de structures de pouvoir locales, clans et autres "cliques" sur lesquelles le Centre n'avait aucune prise (...) Staline était un dictateur faible: jusqu'à la fin des années 1930, il n'avait pas à sa disposition un appareil capable de mettre en oeuvre ses instructions" (p.171).

L'essence du stalinisme selon Moshe Lewin c'est: "un sentiment d'impuissance, qui se développe dans le cercle étroit des plus haut dirigeants, puis chez le dirigeant suprême. Plus le pouvoir central se renforce, plus ce sentiment d'impuissance persiste et s'accroît" (p.174)

Puis Werth redevient ami des bolcheviques, comme si l'impuissance provisoire de Staline était comparable: "Dès leur arrivée au pouvoir, les bolcheviques eurent le sentiment aigu de la précarité des instruments de contrôle étatique à leur disposition. L'Etat dans la théorie léniniste, devant disparaître, les dirigeants bolcheviques n'avaient guère développé d'analyses approfondies de la bureaucratie (...) Ayant renoncé, après une brève phase "gauchiste" à leurs chimères sur la "disparition de l'Etat", les bolcheviques furent contraints, faute de cadres, de "bricoler", dans l'urgence et l'improvisation leur armée et leur administration avec des "spécialistes" de l'Ancien régime ralliés, mais toujours suspects". Malgré l'interdiction des fractions au sein du parti, celles-ci existaient au plus haut niveau.

LE POPULISME STALINIEN ET LA PARODIE DE LENINE

"Comme le remarqua Lénine au Xe congrès en 1922, les cadres d'Ancien régime "d'origine bourgeoise", ou les bolcheviques de la dernière heure "bureaucratisés", n'étaient-ils pas responsables du fait que "la voiture ne va pas où le conducteur veut la faire aller? C'est un thème que Staline allait développer à satiété dans les années 1930, pour expliquer que, la ligne politique ayant été tracée, "90% des difficultés provenaient de l'absence d'un système organisé de contrôle sur l'exécution des décisions". Dans ses notes d'un économiste, en 1928, Boukharine avait pronostiqué qu'avec la collectivisation forcée tout cela allait conduire à un Moloch bureaucratique qui "n'était pas en germe dans le bolchevisme léniniste". Cela Werth se passe de le commenter (p.178).

La supercherie et le double langage de Staline s'adressait plus habilement à une classe ouvrière rentrée dans le rang que Poutine face à sa population indistincte: "Le refus de la délégation de pouvoir était motivé par une méfiance croissante du "patron" Staline vis à vis... des "bureaucrates", thème obsessionnel de sa correspondance".

"En septembre 1936, après avoir nommé Ejov à la tête du NKVD, Staline engagea une vaste campagne anti-bureaucratique, populiste et policière contre les cadres industriels soupçonnés de dissimuler les capacités réelles de production".(p.189) "La stratégie populiste, manière singulière pour le Guide de communiquer avec les masses, par-dessus la tête de la bureaucratie" (dixit Poutine qui s'en inspire visiblement).

Comme Arlette Laguiller, Staline opposait : "les petites gens, les simples membres du parti autrement plus près de la vérité que certains grands seigneurs" (p.272).

"L'appel populiste aux militants de base, encouragés à dénoncer leur hiérarchie, s'avère néanmoins une arme à la fois inefficace et difficile à manier. Jusqu'en mai-juin 1937, les bureaucraties communistes locales, dirigées par des "petits Staline", parvinrent à museler les critiques de la base, à préserver leurs "cercles de famille" et les vagues prérogatives acquises durant les années où le régime n'avait pas clairement défini les attributions de ces appareils proliférants chargés d'encadrer et de contrôler le corps social".

UNE GRANDE TERREUR FUITE EN AVANT

"Loin d'être un projet soigneusement planifié, mis en place par Staline à partir de l'assassinat de Serguei Kirov et révélant la paranoïa d'un dictateur tout puissant, la "Grande Terreur" aurait été une sorte de "fuite en avant vers le chaos" (...) Le processus se serait alors emballé de manière anarchique et incontrôlée, reflétant des violences sociales latentes, des réglements de compte, des conflits entre les clans et les cliques locales. Par bien des aspects, le développement de la "Grande Terreur" aurait anticipé le tour pris, trente ans plus tard, par la "Révolution culturelle" chinoise" (p.206). C'est pas une question d'anticipation, c'est une constante au Xxe siècle, tout régime autarcique conduit à des holocaustes!

Werth a raison de souligner finalement que, un peu comme chez nous l'épopée napoléonienne ou la résistance nationale en 43-45, les procès staliniens des années 1930, avec leur aspect populiste, de répression "contre les élites", restent dans la mémoire d'un peuple derrière Poutine dans la même conformité nationaliste: "Evénement-spectacle, mais aussi événement-écran, ces procès publics ont occupé – et occupent toujours – une place centrale et disproportionnée dans la mémoire populaire et savante de la "Grande Terreur" (p.270).

Werth, qui ne connait rien à la guerre d'Espagne retombe dans l'explication paranoïaque: "la guerre d'Espagne ou, plus exactement, l'interprétation que faisait Staline des défaites des Républicains espagnols, victimes, selon lui, de leur inaptitude à se défaire des "espions" infiltrés dans leur rang, joua un rôle capital dans la diffusion du thème de la "cinquième colonne"". (p.282) C'est des conneries, le plus grave est omis, le soi-disant parano assassine dans le dos la révolution espagnole, dernier acte sanglant contre le prolétariat mondial.

UNE ABSENCE DE CRITIQUE DU STALINISME DANS LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE

Le chapitre 15 montre en effet l'affirmation du patriotisme stalinien et l'impéritie de l'Etat face à la surprise hitlérienne. Le chapitre aurait pu examiner les conditions du retour à la guerre mondiale et de la participation du régime stalinien à celle-ci. Rien. Comme dans l'insipide "livre noir du communisme", on nous aligne les chiffres faramineux du monde de tués et déportés. Aucune indignation concernant l'immense chair à canon sacrifiée pour le patriotisme stalinien, ni mention de la connerie de Staline surpris en 41 par l'invasion allemande, ni des troupes du NKVD chargées de tirer dans le dos des soldats au Front ou réticents à s'exposer à la mort inutile.

Il eût été en outre déstabilisant pour un historien du côté des "Blancs" et surtout de la version US, de nous expliquer pourquoi la bourgeoisie occidentale avait perdu tout intérêt à faire tomber le territoire russe. Tout simplement parce que Staline "faisait le boulot", assumait une contre-révolution terroriste, et, comme ce sera le cas après Yalta, servira à servir de repoussoir, en Occident, à tout renouveau d'un espoir en vue d'une société réellement communiste.

Aucune allusion à la supercherie de la bataille de Stalingrad. Comme pour l'Ukraine aujourd'hui, si la bourgeoisie américaine n'avait pas fourni des milliers de tanks made in USA (repeints aux couleurs russes comme l'avait dit Souvarine) puis le prêt-bail; choses maintenues sous le boisseau durant 50 ans et peu d'historiens invoquent cet arrangement ni ne réfléchissent sur l'intérêt qu'a eu le capitalisme, au plan idéologique, à laisser survivre le glacis russe; quoique la contre-révolution après-guerre n'ait duré que vingt ans (de 1945 aux sixties).

A la fin, avec la gloriole de l'Armée rouge "qui nous a libéré du nazismé" (quoique grâce aux tanks US), le régime stalinien en sort grandi et encore plus bluffeur:

"Cette hantise de la guerre, à la hauteur du traumatisme qu'avait été la Grande Guerre patriotique, allait être durablement instrumentalisée pour "faire passer" des mesures d'austérité, ainsi qu'un certain nombre de grands choix économiques en faveur du développement du "complexe militaro-industriel". Cette politique présentait un autre avantage de taille: maintenir la population dans des conditions d'existence matérielle si précaires qu'elles s'épuisent et découragent toutes les aspirations au changement nées dans les épreuves de la guerre" (p.377).

Werth n'a jamais entendu parler des exigences patriotiques de "reconstruction" dans tous les pays, et des illusions de la plupart des révolutionnaires prolétariens quant à une nouvelle révolution sortant de la guerre.

POURQUOI LE DEGEL ET LE DEBUT DE LA FIN DES GOULAGS?

"En l'espace de quelques années (1953-1956), le Goulag fondit des deux tiers". Pourquoi? A cause des insurrections en Allemagne de l'Est en 53 et en Hongrie en 56? Werth ne se pose pas cette question en tout cas. Il nous parle plutôt "des émeutes de masse dans un certain nombre de camps tenus à l'écart de l'amnistie (...) Ces réactions, visiblement inattendues, prirent souvent de court les autorités judiciaires et les appareils bureaucratiques, rapidement débordés. Enfin, le retour massif de détenus et de déportés fit remonter à la surface bien des tensions enfouies durant la "glaciation" stalinienne". De là à parler de réveil du prolétariat, on verra que c'est oiseux. Souvent ce sont plutôt des révoltes plus ou moins téléguidées par des réseaux nationalistes ukrainiens ou baltes. Il y a malgré tout une forme de grève dans les goulags, un véritable "refus du travail des détenus". Le coût d'entretien et de surveillance d'un détenu est surtout devenu prohibitif, le salaire des matons était plus élevé que le salaire – dérisoire – versé à un travailleur "libre".

"La crise du Goulag – et les tentatives avortées de dégraissage – du système concentrationnaire – éclairent d'un nouveau jour la grande amnistie du 27 mars 1953, décrétée trois semaines après la disparition de Staline". Les libérations ne sont pas glorieuses et ajoutent au chaos:

"Nous avons décrit ailleurs les innombrables incidents (agressions, pillages, viols collectifs, meurtres) et affrontements avec les forces de l'ordre qui accompagnèrent le "Grand retour" de plus d'un million d'amnistiés, libérés sans pécule de sortie ni ravitaillement, excédés d'attendre parfois des semaines durant, le convoi ferroviaire ou fluvial spécialement affrété par l'administration pénitentiaire qui devait les ramener sur le "continent". Les ouvriers des villes ont peur de l'arrivée de ces voyous, voleurs et tueurs: "Dans certaines villes, des pétitions se mettent à circuler parmi les "collectifs de travailleurs" demandant le retour de la peine de mort pour les agressions à main armée et les homicides" (p.441). "En juillet 1953, près d'un demi-millions d'amnistiés étaient toujours sans travail (...) Pour les autorités, cependant, les "désordres" les plus inquiétants étaient ceux qui, à partir de l'été 1953, se produisirent dans les camps (...) éclatèrent une quarantaine d'émeutes ainsi que trois grandes révoltes dans les grands ensembles concentrationnaires du Goulag". Pas spécialement ouvrières ni révolutionnaires ces révoltes ont plusieurs causes ou but. Il y a les réseaux nationalistes baltes et ukrainiens, la temporisation provisoire des "autorités" et la promesse de réexaminer tous les dossiers. Parmi les détenus, les Tchétchènes et les Ingouches constituent le contingent "le plus incorrigible qui soit", ils sont fanatisés par le panislamisme. Des pétitions de paysans circulent pour demander à l'Etat d'empêcher le retour des dangereux Tchétchènes et des Ingouches; ils nous disent: "Maintenant qu'on est de retour, on va diriger nous-mêmes notre propre République. La terre nous appartient, vous les Russes vous n'avez rien à faire ici". Les mollahs sont ici tout puissants. Nos femmes et nos enfants russes sont terrorisés".

Quand enfin, Werth consent à nous parler de 1956 c'est comme conséquence accessoire pas la partie probablement la plus importante du dégel: le nouvel "optimisme Khrouchtchévien" consécuitif au Xxe congrès, fut brutalement confronté aux événements de Pologne et de Hongrie. Dès lors le discours sur l'intégration des "nationalistes" changea radicalement (...) les arrestations des "nationalistes" désormais de plus en plus isolés parmi la population aspirant à la paix civile, reprirent de plus belle", sans qu'on sache si c'était vraiment des nationalistes ou des ouvriers en colère.

Le cheminement du dégel conclut Werth avait un objectif principal: "ne pas déstabiliser le système politique, ne pas faire remonter à la surface les tensions sociales ou ethniques durant l'époque stalinienne". Déstabilisation qui ressurgira quarante années plus tard.

On lira avec intérêt le chapitre 19 qui est un document inédit "pré-rapport secret" où on peut lire, en souriant que le Lénine (de la machine étatique qui nous échappe) ressort de sa tombe pour hanter les nuits des pâles bureaucrates qui ne veulent pas embaumer Staline, à travers leurs étranges questionnements, si proches de n'importe quel maximaliste hésitant de nos jours:

"Comment présenter le rôle de Staline? Comment expliquer ce qui s'était passé? A partir de quand Staline avait-il "dévié"du marxisme-léninisme? A partir de 1922-1923 (quand Lénine mettait en garde le parti contre Staline) ou plus tard?"

Il faut lire le "résumé du travail"de la réunion du praesidium de CC du PCUS en vue du rapport Krouchtchev, super édifiant comment les bureaucrates déconfis tentent de se réapproprier Lénine, en laissant de côté leur lamentable soumission à Staline pendant des décennies, et leur complicité dans les massacres.

En conclusion tout ce qu'on vient de lire démontre qu'une réédition de la révolution russe est impossible. On peut continuer à souhaiter à une révolution simultanée, qui s'étend à plusieurs pays, qui montre l'exemple. Mais une chose est sûre, aucune révolution prolétarienne ne peut réussir dans un pays à majorité paysanne. Aucune révolution digne de ce nom ne pourra plus se livrer à des chasses à l'homme, ni torturer ou tuer sauvagement des hommes qui ne sont que les exécutants d'institutions capitalistes iniques qui elles sont à détruire. Contrairement aux à-peu-près de Werth, et à des cas malheureux de lynchage, la violence individuelle ni la vengeance ne sont des méthodes de la classe ouvrière.

L'intégration d'immenses masses de non-prolétaires implique aussi qu'on en finisse avec le critère discriminant lancé à tout va : bourgeois/prolétaires. La conviction ne doit pas devenir une obligation, ni le débat un terrorisme permanent.

Aucun des militants historiques des "gauches communistes" n'auraient été capables de gérer un Etat, et si les bolcheviques ont eu tort de croire que leur place était dans l'Etat, ils ont eu raison de montrer qu'on aura besoin de spécialistes, même bourgeois, pour prétendre réaliser l'architecture de la société future.



NOTES


1Le CCI en particulier, avec une centaine d'articles en 50 ans, n'a jamais abordé sur le fond ce qui a aidé le stalinisme a tenir si longtemps, et que nous révèle Werth. Il faut tenir compte chers camarades disparus aussi des avancées de la recherche historique, surtout d'autant plus qu'elle ne remet pas en cause les grandes généralités que vous avez ressassée si longtemps, tout en confirmant la complicité honteuse des trotskysmes et staliniens franchouillards avec le règne de la terreur de "l'Etat ouvrier" dégénéré, mais ouvrier quand même; cliques qui nièrent les goulags même à l'époque de leur révélation. Lire : "L'isolement c'est la mort de la révolution" Revue Internationale le 14 février 2006 https://fr.internationalism.org/revorusse/chap3a.htm

2Je signale pour les éventuels wokistes racialistes qui me liraient que les "blancs" n'ont rien à voir avec les blancs en général ni les colonialistes mais sont les bourgeois et les armées contre-révolutionnaires qui se dressent à chaque fois contre les révolutions. Je ne développerai pas ici, comme dans mon article précédent contre un auteur falsificateur de 1917, le pourquoi la plupart des historiens de la révolution russe et du stalinisme se situent du côté du tsar ou des conservateurs, en partie, minimisant la barbarie de la guerre mondiale comme des siècles d'esclavage, vous le savez. Werth ne néglige pas au passage de signaler que les "Verts" (sic) autre surnom des "Blancs" se livraient eux aussi à des déportations massives de civils et exécutions d'otages (p.50)

3Les "violences les plus graves" "perpétrées par les marins de Kronstadt qui mutilèrent et assassinèrent des centaines d'officiers (la marine était connue pour la dureté de ses règles disciplinaires et discriminatoires"; c'est très partial et répété à deux reprises comme affirmation et en même temps contradictoire, typique d'un historien "blanc", car il est obligé de rappeler les conditions ignobles des marins sous le régime du tsar; or "les violences les plus graves" avaient déjà été la guerre mondiale ("les abattoirs mondiaux de la guerre impérialiste") puis comme l'auteur le démontre amplement depuis plusieurs livres (dont L'ivrogne et la marchande de fleurs, espérant faire le buzz comme naguère BHL), les massacres sous le stalinisme.

4On pense à Danton, effarouché face à la violence populaire d'en bas, et demandant à ses collègues d'en prendre la tête, afin de ne pas être massacrés à leur tour. Or, dans le cas de la minorité bolchevique il n'y a jamais eu apologie de la violence aveugle des ploucs et des marginaux anarchistes.

5Trotski sera pourtant un ministre d'Etat sans complexe quand prônera la "militarisation du travail" et l'interdiction des grèves puis lorsqu'il déclarera: "créer l'armée, c'est créer l'Etart". Gorki ne fait pas confiance à l'armée; peu avant de se rallier aux bolcheviques, n'a pas tort de constater: "Il serait naïf et ridicule d'exiger du soldat redevenu paysan qu'il adopte comme religion l'idéalisme du prolétaire et qu'il implante le socialisme prolétarien dans son mode de vie campagnard (...) La Révolution s'avèrera impuissante et périra" (p.46). Les soldats-paysans ont été finalement moins nombreux qu'on ne l'a imaginé; il y eût 4 millions de déserteurs, et "l'Armée rouge" ne dépassa jamais 500.000 hommes!

6Werth n'est pas explicite à cet endroit, les "bandits verts" étaient des bandes armées incontrôlables, mais qui avaient un point commun avec les "blancs", l'anti-bolchevisme.

7Ainsi que le formule Molotov: "Un vrai bolchevique doit mettre les besoins de l'Etat prolétarien à la première place".(p.125)

 

jeudi 2 février 2023

UN LIVRE INDISPENSABLE A L'USAGE DES JEUNES GENERATIONS

 

La sédentarité n'est pas bonne pour la santé, elle est un des facteurs de l'Alzheimer, c'est d'ailleurs
pourquoi j'ai décidé de participer à toutes les manifs, randos moins minables que ces cortèges de vieilles dans les forêts entourant un seul vieux grigou. Je dois en avoir les symptômes puisque j'avais oublié avoir lu le magnifique livre de Lola Miesseroff, comme elle me l'a rappelé elle-même puisque j'avais été présent (et trop partial et dur) lors de la présentation de son ouvrage le 9 mai 2008 à Paris. Je viens d'acheter à nouveau le livre à la librairie Publico et me voilà trouvant ce livre de Lola captivant et émancipateur du triste ronron sur la retraite de monsieur tout le monde . C'est sans doute qu'en vieillissant je deviens moins sectaire. J'avais dix sept ans en 1968 et je me retrouve complètement dans ce livre « collectif », car le mérite de Lola est de ne pas avoir écrit un livre individualiste mais une somme de l'air du temps, qui va à l'essentiel sous tous les aspects qui touchent à cette volonté irrépressible de « changer le monde ». C'est d'une fraîcheur éblouissante, ça respire du début à la fin.

Alors qu'en ce moment les journées d'action c'est « pièges à cons », que les syndicats se divisent déjà après nous avoir joué la comédie du « tous ensemble » unis (et meurtris), que de ce mouvement « de masse » moutonnière et irréfléchie je n'en attends rien. Certainement d'abord parce que menés par des bergers les moutons ne peuvent pas devenir des loups et parce que la perspective de la retraite individualiste et individualisée) est tout sauf une perspective révolutionnaire ni émancipatrice. Que la protestation gagne ou perde elle ne changera rien aux injustices et inégalités fondamentales qui demeureront en l'état.

Revenons à ce livre qu'il faut lire MAINTENANT, pour bien voir la différence avec 68 avec ces traîne-savates sans imagination ni conscience de classe réveillée. Sans être du tout d'un esprit petit-bourgeois ni marginale, l'auteure démolit cet ouvriérisme qui nous était imposé par le stalinisme, le gauchisme d'alors et une frange de l'anarchisme.

Tous les témoignages sont passionnants. Lors de la présentation du livre je me souviens que quelques-uns de mes camarades fondateurs étaient présents, et donc ont fait partie des interviewés. Pourquoi n'ont-ils pas voulu que leurs noms apparaissent ? De paraître aux yeux des gardiens du temple rigidifiés comme comparses d'une anarchiste libidineuse ? Stupide car ce qu'ils ont pu dire est parfaitement intégré et prégnant dans l'ouvrage d'une femme au parcours exceptionnel en même temps qu'historienne révolutionnaire et jamais sectaire.

Je pourrais vous livrer de longues citations pertinentes, indispensables à la compréhension de ce qui ne fût pas une vraie révolution mais un événement « à portée révolutionnaire ».

Je me retrouve dans les préludes en 1967. Au lycée Buffon(voir mon livre « Nous tous les lycéens ») nous étions très cultivés en littérature, probablement que la lecture enthousiaste des Bataille, Artaud, Péret et Breton nous ont mené à la politique, puis l'influence de jeunes militants de Pouvoir Ouvrier. Je n'ai jamais étayé mes actions néo-situationnistes. Par exemple, lors d'une conférence de mouvement dandyste lettriste, nous étions monté Denis Martignon ( mort à New-York il y a cinq ans) et moi-même sur l'estrade de la salle de théâtre où nous avons écrit à la craie sur le grand rideau noir : « Isidore Isou  est un con », puis regardé en silence plusieurs minutes et avec mépris la salle où était assis Isidore Isou.

L'ouvrage de Lola indique à plusieurs reprises la lucidité et la prémonition des personnages de ce groupe politique auquel j'ai consacré, avec enthousiasme, vingt ans de ma vie : REVOLUTION INTERNATIONALE :

« Il y avait Marco, le fils de Marc Chirik, et on se retrouve chez eux. On écoute du Brassens, du Brel, du Bach, Marco joue du piano. On était un cercle d'ados un peu intellos ; révoltés. Je me fais choper par Marc et Marco qui m'interrogent sur mes idées...j'avais dit que j'étais antimilitariste au nom de l'indiscipline, de l'absurdité de la guerre. Ils commencent à me dire : l'armée est au service d'une classe.Je crois que c'est la première fois que j'entends le mot classe, c'est un énorme éclairage ». Super, qui a pu apporter ce charmant témoignage sinon Raoul Victor ou son beau-frère ?

Une révolution qui n'est pas advenue... : « Pour des jeunes comme moi, on croyait vraiment qu'on allait faire la révolution. Je pense que ça a été effectivement un espoir de révolution dans une grande partie de la population. Pas seulement chez les lycéens et les étudiants. Les étudiants étaient les plus cons dans leur version gauchiste réformiste, parce qu'ils croyaient s'opposer au pouvoir gaulliste. En revanche les ouvriers qui ont occupé les usines y ont cru, mon propre père a cru, à un moment, qu'on allait faire la révolution et il s'est mis à haïr le parti communiste, et notamment Marchais, parce que, pour lui, c'était un traître. On pensait vraiment que ça allait déboucher sur la révolution ». (…) Même les anciens se croyaient à l'aube d'une révolution : « Je retrouve Marc (Chirik) dans un café de Saint-Germain au lendemain de la manif où meurt Gilles Tautin, il était avec Jean Malaquais, etles deux vieux étaient totalement euphoriques et hystériques, ils disaient : « les étudiants c'est comme les soldats de la révolution russe ».

Pour 68 il est important de souligner un aspect très révolutionnaire, négligé par les rigides d'une « classe ouvrière avec des oeillères » : la transversalité :

« La contre-révolution, la particularisation, c'est là que ça a commencé, l'isolement dans sa particularité . Après l'échec du mouvement, tout le monde se replie sur sa particularité : « Cétait une critique totale, pas parcellaire. Après, ça a été parcellarisé avec les mouvements qui oen sont sortis, les féministes et homosexuels. La « parcellarisation » et les corporatismes étaient certes déjà présents en mai , avec ces étudiants qui voulaient réformer l'université... ». Elle confirme cette division orchestrée par la classe dominante, un peu plus loin : « les capitalistes ont en même temps segmenté la classe ouvrière entre nationaux et immigrés. Même si ce n'était pas recherché ; et les syndicats ont marché là-dedans à plein tube » (p.212) ; quand, maintenant : « ...les autorités religieuses et étatiques se joignent aux néogauchistes de tous poils pour imposer l'idée d'une communauté et d'une « origine musulmane », niant au passage toute perspective de classe. Et, dans une confusion extrême, taxer d'une même « islamophobie » aussi bien les discriminations subies par le prolétariat (et la bourgeoisie) issu de l'immigration que les critiques des identités religieuses et raciales dans lesquelles on tente de l'enfermer » (p.212)

Description d'un mouvement des femmes superbe, pas débile comme ce qu'on subit aujourd'hui avec la folle Sandrine Rousseau et la clique fémino-réacs de LFI ; des actions qu'on trouve et que je trouve encore géniales : « un groupe de femmes dépose une gerbe sur la tombe du soldat inconnu avec une banderole portant l'inscription : « il y a plus inconnu que le soldat inconnu:sa femme ».

Revoilou Marc : « En décembre 1967, au moment où Nixon prend toutes les nouvelles mesures économiques, où ils abandonnent l'étalon-or, Marc (Chirik) écrit un article qui était prophétique. Il dit : la reconstruction est finie, une nouvelle période commence, on va vers une nouvelle cris du capitalisme et il y aura un réveil de la lutte de classes. Mais c'est très théorique, comme quand on dit qu'il y a une planète parce qu'on voit la déformation des autres planètes » (p.203).

Innovatrice l'auteure notre une « décomposition » de la classe ouvrière avec l'automation et le bouleversement des mœurs, j'aurais préféré le terme recomposition. Elle montrera plus loin aussi que le thème des Conseils ouvriers a pris un coup de vieux et servi plus à l'idéologie ouvriériste autogestionnaire qu'à une capacité de la future révolution à créer de nouvelles formes toujours avec le souci que ce soit les masses qui contrôlent et pas les généraux syndicaux ou les néo-léninistes de ma grand-mère, qui n'empêcha pas mon père d'être un héros de la Résistance :

« L'idée des conseils semblait faire sens dans le tissu industriel concentré des années 1960 : « Les conseils c'était l'idée de l'époque, une idée qui correspondait à des données objectives, la concentration des travailleurs dans les lieux de travail » (p.231)

Mais Lola, et je le lui dis tout à fait amicalement et sans nous fâcher, ouvre la porte face à laquelle l'auteur du « Précis de comunisation » reste toujours hostile, quoique que les comunisateurs n'aient pas dit que des conneries.

« Au niveau le plus immédiat, l'échec du mouvement de 68 peut être attribué aux syndicats, et surtout à la CGT, qui a « maintenu l'intervention des ouvriers dans son carcan ».

Il est vrai qu'à l'époque la classe ouvrière était encore stable, bien définie, qu'elle restait à la base de tout, mais « tout le mouvement contredisait en même temps cette classe ouvrière qui allait prendre le pouvoir, qui allait être classe dominante ».

Or, ce que ne virent pas nombre de poseurs théoriciens c'est qu'il s'agissait de l'apparition au grand jour d'une petite bourgeoisie déstabilisée par le capitalisme moderne, ce que le CCI par exemple a été longtemps incapable de juger, se restreignant dans la vision binaire bourgeoise/prolétariat. Cette petite bourgeoisie moderne, comme au temps de Marx, en vient à « tomber dans le prolétariat ». Tout le problème avec les scories de 68 et la « contre-révolution » qui a suivi sous les douceurs du libéralisme, c'est que la petite bourgeoisie ne se fond pas ensuite dans le prolétariat, comme Marx en rêvait. Non elle y apporte ses idéologies parcellaires et contestataires apolitiques. Typique de l'artisan et du plouc est en particulier cette idéologie, réimportée aujourd'hui, du « refus du travail », alors qu'en réalité, comme le voit très bien l'auteure, c'est d'un refus et d'une désaffection qu'il s'agit.

Elle conserve ses oeillères. Comme aujourd'hui il lui manque des cases, des neurones dans le cerveau (qui est un veau) ; on la verra nier le prolétariat dans ses milieux anarchistes marginaux se définissant comme nouveaux marxistes, de papier. C'est cette même espèce de petits-bourgeois staliniens et trotskiens qui avant 68 étaient incapables de concevoir une critique de la vie quotidienne à laquelle nous sommes toujours reconnaissant à Debord : « il n'y a pas de politique sans critique de la vie quotidienne », et j'ajoute aujourd'hui en prenant en compte les faits divers qui sont devenus des phénomènes significatifs de la décomposition du capitalisme, mais face auxquels les islamo-gauchistes, avec une case en moins, refusent de prendre en considération, alors qu'ils dont devenus un élément dans la réflexion de la classe ouvrière d'en bas qu'on qualifie de fâchiste pour sa liberté de penser et de refuser la morale racialiste et wokiste.

La principale faillite de la « comunisation », que j'ai amplement dénoncée en son temps, est d'un type réformiste. Il s'agissait pour ces aigris soixantehuitards de jeter le bébé avec l'eau du bain, entendez la classe ouvrière doit s'auto-dissoudre avant la révolution, en même temps qu'une supposée abolition des autres classes. Ce à quoi Marc Chirik et moi-même, répondions : « On ne dissout pas la classe ouvrière avant la révolution car elle a besoin de s'affirmer AVANT, et en sachant que ce sera forcément violent, la bourgeoisie ne voudra jamais se laisser déposséder par des pétitions comunisatrices, elle préférera même, en tant que classe inconsciente aller vers la troisième boucherie mondiale. Nier l'étape du moment violent de la révolution c'est conchier comme utopiques 1871 et 1917.

Après... l'homogénéisation de la société vers une société sans classes sera un long travail ; car Marc ne concevait pas que par après il suffirait de mettre des millions de petits bourgeois dans des goulags.

Et cela Gilles Dauvé l'avait pourtant bien démontré : « Que dès ses débuts, et donc sans « période de transition », une révolution future commencera à transformer les rapports sociaux capitalistes en rapports sociaux communistes : destruction du travail salarié, de la propriété privée, de l'échange marchand, de la division sociale et de la division sexuelle du travail, de l'Etat et tutti quanti » (p.208)

Enfin comme ne pas saluer la conclusion de Lola avec des bisous :

« Quoiqu'il en soit, je maintiens, pour ma part, que la question de la révolution reste d'actualité et qu e la lutte de classes est la seule façon d'éviter que la faillite du capitalisme soit la destruction de l'humanité ».


ci-dessous voilà la bonne "résolution" pas la bonne révolution, 

sauf si vous en doutez!

vv

Après Leclerc, Carrefour reprend les slogans de Mélenchon et du PCF contre la vie chère (pas contre le capitalisme), ou plutôt Mélenchon et cie ont repris 

les slogans publicitaires"révolutionnaires" de la grande distribution...capitaliste!


mercredi 1 février 2023

UN TRIOMPHALISME SYNDICAL QUI SENT MAUVAIS

 

 

 «"Plus vous négociez, plus vous mobilisez la gauche qui pense que vous allez céder, et plus vous démobilisez la droite qui ne comprend plus ce que vous voulez faire. Il n’y avait rien à négocier. Il fallait seulement écouter et informer, c’est ce que nous appelions “concerter". Sarkozy (ce jour au Figaro)

23 km! (aller et retour chez moi) Jamais je n'avais marché aussi longtemps pour une manif, même en 68 où pourtant les motifs étaient plus intéressants que cette palinodie syndicale qui prétend délaisser tout son cortège de corporatismes...maintenus. Cette manifestation du 31 annoncée à grands coups de trompette comme organisée "par départements" fût pourtant bien le même serpent de mer "tous ensemble"de corporatismes à la queue leu-leu avec chacun leur système de retraite paisible. Lequel est régi par "la clause du grand-père" qui ne risque pas de mettre le feu au poudre parce que la jeunesse les vieux grognards syndiqués s'en foutent sinon ils se mobiliseraient pour la révolution. La division, ou plutôt les divisions existantes ne sont ni remises en cause par le gouvernement ni par les mafias syndicales. Des garanties envers le "secteur public", fortement avantagé depuis la guerre, pour les raisons que j'ai déjà explicitées, il n'est nullement question de les appliquer au privé. C'est d'ailleurs pourquoi la prétention des mafias syndicales du "public" à appeler le "privé" à rejoindre la lutte, ou pour tenter de faire croire qu'au cours de cette manif il aurait rejoint les parties syndicales du défilé sont du pipeau; même s'il est vrai que nombreux de ceux "qui n'avaient jamais manifesté" étaient présents, mais devant...dans la pré-manifestation habituelle ! Un article du CCI révèle bien la foutaise des discussions qui tout en semblant de se soucier des plus mal lotis, s'en fichent et dénotent un individualisme corporatif:

"À cela s’ ajoute un « débat » assourdissant sur l’injustice de la réforme pour telle ou telle catégorie de la population. Il faudrait la rendre plus juste en intégrant mieux les profils particuliers des apprentis, de certains travailleurs manuels, des femmes, mieux prendre en compte les carrières longues, etc.Bref, toujours le même piège, pousser à ce que chacun se préoccupe de sa propre situation, tout en mettant uniquement en avant le sort des « catégories » les plus défavorisées face à
cette attaque ! Mais au final, tous ces contre-feux, mis en place durant les trois dernières semaines, n’ont pas fonctionné. Et la combativité exprimée par un à deux millions de manifestants impose
désormais aux syndicats de s’adapter à la situation".

L'unité syndicrate "ensemblière", pour les plus observateurs critiques, se confirme cependant comme une supercherie d'autant que chaque jour on nous informe du ralliement des diverses crapules politiques de la gauche bourgeoise, de la mère Tondelier à la hyène Hidalgo et au furet Jadot, du blaireau Roussel à la belette Faure, sans oublier le putois Mélenchon, as de la palinodie. Des journalistes "spécialistes" vendent déjà la mèche, les syndicats "veulent gagner du temps" (= épuiser les troupes) et de toute manière, dans 50 jours, une fois la réforme adoptée avec ou sans le parlement, les syndicats légalistes CGC et CFDT arguront qu'il faut accepter la légalité en République, quand la CGT hurlera à la trahison pour renforcer son image de marque de syndicat fort en gueule, quoique navré.

Deux défilés...

Immédiatement, au départ à la place d'Italie on aperçoit les noyaux syndicaux avec leurs farces et attrapes:ballons géants, gilets oranges, bleus, jaunes, banderolles officielles avec slogans ad hoc, puis une foule qui oscille qui ne donne pas l'impression de vouloir se laisser domestiquer par les agents de l'Etat en milieu ouvrier. Il y a des corridors qui filent le long des trottoirs, qui cherchent à percer les cordons et attroupements syndicaux et qui se dirigent, comme moi... vers l'avant, ou prennent les rues parallèles pour ne pas avoir à subir cormes de brume et slogans débiles, et se retrouver à l'avant du cortège. La pré-manif est vraiment une autre manif où on respire, on discute et où on sait qu'on est de tous les secteurs, surtout les non encadrés. Ce deuxième défilé je ne le limite pas à l'avant car au milieu du barnum syndical nombreux sont aussi sont celles et ceux, non membres des mafias, qui défilent parce qu'ils se retrouvent là sans reprendre les débile slogans corporatifs ou mensongers.

Un défilé donc, pompeux, rasoir, habituel, qui peut être considéré comme celui de couches moyennes, intermédiaires (...avec le capital) même s'il contient des ouvriers, communaux, techniciens du public, etc. Masse de vieux grigous à cheveux blanchis sous le harnais syndical. Les professeurs trotskiens y dénoncent le "saccage des services publics", dont on n'a que foutre. Des couches qui ont un emploi garanti et une retraite décente, engoncées dans un solide esprit corporatif (qu'on ne peut pas reprocher aux seuls syndicats comme le croit le CCI). C'est statique et stagnant. Aucun projet politique. On discute entre soi. On ne raconte la dernière et comment va Paulette ou Roger, puis l'on s'en va marcher en bramant en choeur ce que le bonze de tête hurle dans le mégaphone. Là on ne réfléchit pas et on ne peut pas réfléchir. Pas de débat car c'est comme à l'armée au 14 juillet, un défilé est un défilé. On marche aux ordres. Les tracts hors norme sont refusés avec dédain voire déchirés sans être lus1. Une chose est sûre une amplification de ces bureaucrates n'est source d'aucun danger, ils stagnent syndicalement et corporativement; et quand un rigolo de SUD intronisé régulièrement en plateau TV vient raconter que les syndicats sont "débordés", c'est du nombre qu'il parle, sans préciser que les débordants ne sont pas derrière ses amis syndicrates mais...devant2.

Tout autre est le deuxième défilé. Lequel double à chaque fois et personne n'en parle. Oui il était au moins le double comparé à la manif du 19. Dans l'ensemble il est silencieux comme pour signifier qu'à cet endroit on réfléchit. On n'ose pas encore tenir des AG de rues, comme en 68, mais ça viendra. Faut penser à provoquer un attroupement, je sais le faire et je l'ai déjà appliqué. J'ai eu plusieurs discussions éclairantes en marchant, confirmant bien des réflexions que j'exprime dans ce blog. Ici on défile tous sans se soucier de corporation ou d'appartenance à un métier. On peut défiler à côté d'un chercheur du CNRS, d'un ouvrier du bâtiment, d'un travail sans papier comme d'un étudiant, voire d'un boulanger ou d'un chauffeur de taxi. Il y a beaucoup de jeunes, non embrigadés dans les corpos étudiantes de bobos de gauche.

Ici les termes de classe ouvrière ne choquent personne. Ici le féminisme débile qui trône dans les médias est méprisé; cf. Discussion avec des techniciennes de Radio-France qui débinaient ces "dames qui en réalité ne font rien pour les femmes battues ni les iraniennes". Ici on parle de la guerre en Ukraine sans prendre partie pour un camp ou l'autre; j'ai été estomaqué quand une dame d'un âge certain (ancienne comédienne du café de la gare) m'explique craindre sérieusement une montée vers la guerre mondiale si le mouvement de classe actuel cesse de se radicaliser comme en 36 qui n'avait fait que précéder 39...

Ici je suis étonné d'entendre tel jeune douter de la "victoire syndicale" et de leurs protestations. Ici les journalistes de télévision sont considérés comme des putes du système. La télévision n'est vue que comme l'entonnoir des spécialistes véreux et des rigolos d'extrême-gauche3 sur un strapontin avec tels pitres de SUD ou de la CGT, seuls habilités à représenter "l'insurrection citoyenne".

L'insurrection citoyenne4... bientôt soumise à l'économie de guerre

Radical à la racine tous ces gens du premier défilé ne sont que des radis du système, rouges à l'extérieur et blancs dessous. Ils parlent "au nom" du "peuple de France", pour "les pauvres" contre "les riches". Outre que cette pâle "insurrection citoyenne" ne vise pas à renverser les meubles (ni Macron), elle n'a aucune alternative sauf l'invraisemblable retour au 60 ans pour la clique hétéroclite et féministe-débile de Mélenchon.

Ce carnaval de la gauche "ré-unie" en surface profite surtout de la soi-disant connerie du gouvernement, qui ne peut pas agir autrement face aux urgences financières . Donc il est impossible de justifier l'absolue nécessité d'une réforme qui permettra au mieux une économie de 20Md€/an, alors que Macron a claqué 560Md€ en deux ans pour financer son "quoi qu'il en coûte", quand le budget de l'état accuse un déficit annuel de 180Md€, et que la dette publique avoisine les 3.000Md€ soit 115% du PIB... Mais je maintiens que cette "urgence" a avant tout pour but de remettre en selle la gauche bourgeoise dans son rôle théâtral oppositionnel.

Cette lutte pour "sauver nos retraites" est en outre tout sauf internationaliste... Certes, il est impossible d’en justifier l'urgence véritable et que personne n'évoque excepté Lutte Ouvrière et Révolution Internationale. Les caisses ne sont pas en déficit et les retraites restent et resteront aussi un serpent de mer pour les décennies à venir, sauf s'il y a la guerre ou la révolution. Il ya quelques jours Macron annonçait l'attribution de milliards pour l'armement français. Où trouve-t-il l'argent? Cette question et son lien avec la nécessité de resserer tous les budgets dont ceux des retraites devrait pourtant interroger tout le monde, et nous élever au-dessus de la banale et insoluble question de ma retraite ou de la tienne; le retraites ne sont pas plus scandaleuses que la hiérarchie ou le chômage non indemnisé. Il faut trouver l'argent pour alimenter les dépenses parasitaires des armées!

Lutte Ouvrière frôle l'astuce:

"Plus grave encore, il y a les bruits de bottes qui se rapprochent avec l’escalade guerrière en cours en Ukraine. Il suffit de voir comment Macron veut passer en force sur les retraites pour comprendre qu’il ne nous demandera pas notre avis pour entrer en guerre. Et pour acheter des missiles, des chars d’assaut et des avions de combat, il ne manquera pas d’argent. Le gouvernement a déjà porté le budget militaire à 413 milliards, soit 100 milliards de plus sur sept ans ! S’il y a la guerre, le gouvernement ne nous volera pas seulement deux ans de retraite, il volera les 20 ans de la jeunesse qu’il enverra au combat. Plus d’injustice, plus d’inégalités, plus de guerres, voilà ce que les capitalistes et leurs serviteurs politiques nous réservent, à nous et à nos enfants !".

REVOLUTION UNTERNATIONALE ((CCI)) va plus loin en expliquant la place prise par l'économie de guerre:

"Le retard pris depuis plusieurs années par la bourgeoisie française pour « réformer » le système des retraites demeure une faiblesse de poids vis-à-vis des bourgeoisies concurrentes. Cet impératif s’accroît d’autant plus que l’intensification de l’économie de guerre impose une intensification inexorable de l’exploitation de la force de travail. Après avoir échoué une première fois en 2019, Macron et sa clique font de cette nouvelle tentative un enjeu pour leur crédibilité et leur capacité à jouer pleinement leur rôle dans la défense des intérêts du capital national".

Et les intérêts du capital national, subordonnés à l'impérialisme américain, sont de fabriquer des armes...avec l'argent du contribuable, surtout prolétaire, de les tester sur le terrain en Ukraine, tout en préparant la population à la guerre (cf. Mon billet sur Macron-Déroulède). On est loin de la défense des retraites, même si l'Etat bourgeois (et tous ses compartiments financiers, politiques et syndicaux) en taisent les dessous.

UNE PROTESTATION REACTIONNAIRE

POURQUOI CETTE LUTTE "ENSEMBLIERE" POUR "DEFENDRE" DES RETRAITES DIVERSES ET INEGALITAIRES EST REACTIONNAIRE?

Parce qu'elle fait dépendre l'avenir de la classe ouvrière et de la société d'exploitation et d'injustice à un avenir meilleur dépendant d'une "retraite juste", "mettant fin à l'injustice", nullement A CHANGER DE SYSTEME ni à penser à une nécessaire révolution. Il me souvient qu'à la veille de 68 se déroulait des manifs pour les retraites et que tout le monde s'en fichait. De plus cette prétention à défendre un avenir "retraitable garanti" fait passer au second plan le plus grave ICI ET MAINTENANT: la précarisation de la vie au travail: "C'est une insécurité généralisée que produit le management du travail moderne"5.

L'urgence des partenaires gouvernementaux et syndicaux est une esquive de la principale urgence DANS LE TRAVAIL ici et maintenant!

Un travail qui devient toujours plus précaire. Un travail qui sépare la classe ouvrière (noyée dans l'euphémisme "couches moyennes") en deux entités: jeunes et vieux, où, comme en ce moment, on semble plus se préoccuper du travailleur vieux en fin de carrière, tout en prétendant "faire un effort" "à l'avenir" pour embaucher les "vieux" de plus de 45 ans! Ici ce n'est pas une question de retraite mais d'actualité de l'infamie patronale et étatique6. Réduire le coût de la "masse salariale" c'est dans la plupart des cas virer quadragénaires et quinquagénaires.

Le présent au travail devient invivable. Les conditions drastiques imposées par le management suppriment toute solidarité de classe dans des conditions de travail infantilisantes. Du coursier au cadre en marketing jusqu'aux enseignants: "Les salariés qui se dopent (à la cocaïne ou au cannabis) le font pour ne pas freiner leurs collègues et garder leur place" (p.144).

La peur de perdre son emploi en conduit beaucoup à des concessions incroyables comme de travailler de façon compulsive de huit à dix heures par jour, avec le lot de mal-être qui suit:, AVC, dépressions, suicides. Un monde à remettre en cause dans l'urgence qui n'est nullement réformable mais une destruction lente et sadique des êtres humains. L'auteure, pourtant apolitique, en démonte bien la trame:

"Le monde qui vient sera-t-il bipolaire? Un monde divisé entre, d'un côté, des multinationales transhumanistes et, de l'autre, des micro-entreprises? Un monde divisé entre des salariés robotisés bien payés et des auto-entrepreneurs précarisés? Aujourd'hui le système ressemble étrangement à l'utopie "Le mailleur des mondes" de Aldous Huxley"7.


NOTES


1L'esprit stalinien demeure chez nombre de gros boeufs CGT, comme je m'en suis rendu compte in vivo. Je diffusais un papier humoristique "éteins la nuit", parodie d'une chanson d'Hallyday, se moquant de la disparition du tarif préférentiel à EDF, mais les mains se fermaient et le regard se faiaait méprisant. Ce n'est pas qu'ils manquent d"humour mais qu'ils sont simplerment cons.

2Le CCI toujours généraliste tient toujours ce genre de discours qui imagine que toutes les parties de la classe ouvrière sont prêtes à discuter: ""Défiler les uns derrière les autres, puis repartir chacun dans son coin est stérile. Pour être véritablement unis dans la lutte, il faut se rencontrer, débattre, tirer ensemble les leçons de la lutte présente et des luttes passées. Il faut prendre en mains nos luttes.Partout où cela est possible, sur les lieux de travail ou ici, sur les trottoirs, sur les places, en fin de manifestation, il faut se regrouper et discuter". Douce rêverie, non ce n'est pas partout que l'on peut discuter, cf. Rappelez-vous les honteuses exactions des ouvriers roumains jadis.

3Lire le très intéressant article de LO sur la scission de la girouette NPA, mais vaut mieux qu'ils ne parlent pas d'eux, LO n'est qu'un petit parti stalinien qui imagine prendre le pouvoir, en tant que parti.

4Expression du putois Mélenchon.

5cf. Danièle Linhart "Travailler sans les autres". D.Linhart nous bassine tout le long avec ce truisme "la valeur républicaine d'égalité", conforme à l'hypocrisie de son frère, principal chef naguère de la secte maoïste "la cause du peuple".

6cf.Violaine des Courières: "L'hexagone n'emploie que 37% des actifs âgés entre 54 et 64 ans, soit 5 points en dessous de la moyenne européenne" (p.151 de "Le management totalitaire".

7"Le management totalitaire"

vendredi 27 janvier 2023

Butte contre les retraites : chacun pour soi et Macron pour tous

 


« Car, de deux choses l'une : ou la France se meurt, et mourante, déchoit de son rôle d'initiatrice de la Révolution européenne, et c'est la conclusion à laquelle me mènent, à ma grande douleur, des prévisions qui datent de dix ans et l'analyse des derniers événements. Ou bien je me trompe, à ma grande joie, et de nouvelles générations que j'ignore attendent en France une occasion de se lever et de nous rappeler ».

Jules Andrieu (1872)

"Les riches sont responsables du malheur des pauvres" Mélenchon (discours populiste classique, chauvin-jacobin, et foireux: qui trop embrasse mal étreint!)


L'agenda de la protestation nationale contre l'attaque gouvernementale sur les retraites est complètement contrôlé et défini par les mafias syndicales. Je ne cesse de répéter qu'il ne s'agit que d'une organisation de la...division, et d'une « animation » nullement contrôlée par la principale concernée, la classe ouvrière. Ceci est le plus clairement montré par une affichette de la secte trotskienne LO, ci-jointe. LO suit comme tous les autres organes gauchistes, supposant comme à chaque fois qu'ils appellent à suivre les organismes de défense de l'Etat bourgeois,qu'il y aura des débordements...révolutionnaires. C'est hélas aussi le cas du groupe maximaliste CCI qui laisse croire que la protestation syndicrate « montre le chemin »1. Tout en mettant en garde tout de même d'une façon plus réaliste et révolutionnaire que LO : « Cependant, ce combat difficile est déjà semé d’embûches. Le prolétariat doit, en effet, se méfier des faux amis que sont les syndicats et les partis de gauche et d’extrême-gauche de la bourgeoisie, forces étatiques destinées à encadrer et à saboter les luttes ».


On me permettra de mettre en doute l'affirmation (chauvine ou localiste?) qui leur permet d'assurer que le prolétariat en France est « la fraction la plus expérimentée et concentrée du prolétariat mondial » (dans les bureaux, la nuée des petites entreprises de service?). La classe ouvrière pouvant « s'affirmer sur la base du combat historique, d'un combat autonome ». Je me permets de me demander aussi quelle connaissance ont les jeunes et moins jeunes prolétaires français de cette expérience historique, exceptée la mémoire rabâchée des faux exploits syndicalistes et un bilan embrumé de la gauche au pouvoir dont les médailles restent nationalisations et ISF. Comme je reste dubitatif sur la notion d'autonomie, typiquement anarchiste. Tiens justement et ce sera le lien suivant sur le plus important pour mesurer qu'il s'agit bien d'une attaque au plan historique ! Et c'est le tract de la Fédération Anarchiste qui le dit aussi clairement :

« Rappelons qu'après la Seconde Guerre mondiale, par peur d'une révolution possible, l'Etat et le patronat on accepté un compromis social qui a consisté, entre autres, à mettre en place un système de retraite ».

CONTRE UNE ATTAQUE CONFIRMANT QU'IL N'Y A AUCUNE GARANTIE SOCIALE SOUS LE CAPITALISME EN CRISE ET EN GUERRE...des pets de souris syndicales !

Grâce aux manœuvres orchestrées par la police d'Etat et les journalistes et réussies pour casser les pattes à la clique hétéroclite de Mélenchon, gouvernée par les poujadistes féministes, via la cabale éhontée contre Quatennens, la protestation annoncée par LFI en décembre dernier comme « formidable » en janvier n'est apparue que comme un carnaval syndical de plus même avec un million de personnes sur toute la France, le nombre pouvant simplement être considéré comme une simple manifestation de suivisme pas du tout dangereux pour l'Etat. Noam Chomsky a bien démontré dans ses dix stratégies de manipulation des masses, en particulier au niveau social par exemple : « Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat »2.

Chomsky ne mentionne pas cependant que le gouvernement ne peut pas manipuler tout seul, surtout lorsqu'il est appelé à prendre des mesures « immédiates » et puisqu'il est dévolu au rôle du méchant, car l'Etat ne se limite pas à lui mais comporte plusieurs organismes qui vont de la police aux syndicats, police plus subtile.

En vrais professionnels de l'organisation d'une protestation planifiée, les appareils étatiques rythment ou plutôt orchestrent à bon escient, comme des pompiers, afin de prendre le temps d'éteindre le feu qui est réel et ne demande qu'à amplifier. Alors que le lendemain de la journée du 19 pouvait être espéré comme rampe de lancement, on nous informe que les appareils doivent déposer un préavis de grèves pour dans une semaine ; hic dans une préparation qui s'affirme planifiée...mais pour mieux atténuer la vague de protestation. Les jours passent et en effet une légère baisse d'intérêt s'installe, renforcée par un attentisme naïf des ouvriers. La presse bourgeoise en profite (Le Figaro) pour étaler et détailler les inégalités et les avantages entre les diverses retraites ; dévoilant en effet des avantages qui pouvaient se justifier dans l'immédiat après-guerre dans les enjeux drastiques de la reconstruction, et pour attirer dans des emplois peu rémunérés avec des garanties-compléments de salaires (billets gratuits pour les cheminots, tarif privilégié pour EDF, etc.). Mais ces « informations » pour diviser ou semer le doute sur la « lutte tous ensemble » ne suffiraient pas car existe perpétuellement un lien de classe, plus ou moins vivace entre toutes les couches du prolétariat. Il revient donc aux collabos syndicaux d'animer et de favoriser interrogations dubitatives et doutes récurrents non pas sur la remise en cause de l'attaque gouvernementale mais sur les moyens pour y parvenir avec succès. Gauchistes et anarchistes peuvent bien bramer sur l'impérissable et oiseuse « grève générale », les syndicats ont pour fonction d'éviter ou de canaliser tout mouvement de masse du prolétariat, qui redevient dangereux en cette période3.

L'interclassisme autrement dit ces mêmes gens qui veulent noyer une protestation surtout ouvrière, vient servir de dérivatif plutôt inquiétant quand on nous montre en exemple les gilets jaunes qui ont été drivés par des petits bourgeois, quand les pantins Hidalgo et Roussel appellent à fermer les mairies en solidarité, etc.

Toutes les protestations « fabriquées », de M. Carnaval avec ballons et chars de députés sont délimitées autour du débat parlementaire car « ce n'est pas à la rue de décider », ce sur quoi députés de gauche bourgeoise comme syndicrates sont d'accord. Les amendements les plus irréalistes voire de surenchère comique se succéderont. Ainsi, le PS en pleine bagarre de petits chefs, prévoit toute une série d'exception pour les métiers pénibles comme les déménageurs ou les travailleurs agricoles, ou pour l'ensemble des salariés dans les Outre-mer. Les écologistes, eux, proposent un mécanisme pour que chacun puisse choisir de partir plus tôt, le Graal des chevaliers bobos. La droite chipote avec la proposition à 63 ans. La France soumise au populisme ose sans honte les 1600 euros à minima. Finalement tout le personnel politique tente de raboter un peu l'attaque pour mieux la faire passer, avec des cris de rage en fin de compte pour faire croire à leur honnêteté.Toutefois, ces amendements ont toutes les chances d'être irrecevables créant une dépense supplémentaire selon le gouvernement, seul habilité à la décision finale même sans l'accord des godillots du parlement.

Pendant que le cinématographe parlementaire est mis en place, la syndicratie continue de s'occuper des scénarios sur le terrain pour leur donner un aspect pas du tout de classe mais « spectaculaire ». Personne ne doute que ce sont des sous-fifres syndicaux qui on détruit l'installation électrique d'une ligne de métro même si leurs chefs nient cœur sur la main. C'est encore une flèche du Robin des bois.

La dispersion est soigneusement planifiée et soumise à la temporalité des états-majors. Une grève dite reconductible peut fort bien être interrompue sans autre raison qu'un ordre des chefs syndicartes. Par exemple un mouvement prévu pour durer deux jours dans les raffineries, il a en revanche été suspendu jeudi soir sur les sites TotalEnergies, a indiqué à l'AFP Benjamin Tange, délégué central CGT. Objectif selon le bureaucrate : « se préserver et préparer le terrain pour la grève nationale de mardi. A l'appel de tous les syndicats, elle touchera tous les secteurs: écoles, fonctionnaires, transports, services... L'un d'entre eux, l'UNSA, a recensé plus de 200 lieux de rassemblements, autant que pour la journée du 19 ».On fait aussi parler les « salariés », à leur place, pas les ouvriers ou les prolétaires, salariés cela fait plus interclassiste :« Les salariés qui sont dans le mouvement disent que ce serait mieux de repartir d'un bon pied mardi », avait expliqué plus tôt dans la journée Eric Sellini, responsable CGT TotalEnergies.On« centralise les informations » :

« Fabrice Coudour, qui a rédigé le plan de bataille de la FNME-CGT contre la réforme des retraites et centralise les informations concernant les actions locales. On est des porte-voix de la colère du pays et on se sent totalement légitime de faire ce type d’actions puisque le gouvernement ne fait rien pour lutter efficacement contre les prix de l’énergie.» On interrompt le scénarioen laissant entendre que les ouvriers spectateurs pourraient en imaginer un autre, si toutefois il existait des AG réelles et décisionnaires et pas pour des pitreries anarchistes ringardes : « Les grévistes n'ont pas, selon Sébastien Menesplier, mené de coupures d'électricité ciblées jeudi, cette option n'étant «pas d'actualité». La CGT avait proposé de fermer les robinets de gaz et d'électricité sur des communes d'élus favorables à la réforme, ce que le gouvernement avait condamné. «Il y aura des coupures ciblées si dans les assemblées générales, les agents les décident», et veulent aller plus «loin que la grève», a-t-il ajouté ».

Toujours plus éloigner la grève, voire comme un mode d'action dépassée, quand elle n'est pas décriée comme coûteuse, ce qui ne les empêchera pas de la rendre impopulaire surtout depuis qu'elle est de toute façon planifiée pour les vacances de février...


Et des actions hollywoodiennes ! Avec deux ROBIN DES BOIS...



Le premier Robin est syndical.Le gouvernement prend les ouvriers pour des enfants quand la CGT veut nous faire croire qu'on peut jouer le gouvernement avec des contes pour enfant. Cela fait plusieurs années que, en partie, ce syndicat a renoué avec ses origines anarchistes, mais pour le coup vraiment ridicules. L'action individuelle, surtout à EDF, action enchantée qui sert à faire croire que « l'action exemplaire » peut remplacer la lutte collective et notamment la grève. Ce prétexte infantile à un jeu qui ravit les bureaucrates n'est pas vraiment à leur avantage. La légende a été quelque peu trafiquée. Robin est mythifié au cinéma comme en BD comme noble chevalier qui détroussait les riches au profit des pauvres ou rendait au peuple l'argent des impôts prélevés. Le personnage décrit dans certaines ballades populaires n'a rien à voir avec l'image du noble justicier mais est plutôt un brigand parfois cruel et violent. Dans d'autres contes, il est un fermier aisé qui ne met jamais en cause l'ordre établi, ne propose aucun idéal social et se prosterne devant le roi Richard, comme tous les syndicats finiront par le faire devant le roi Macron.
Robin des bois est surtout électricien. Les médias mettent en scène volontiers le gros bide de la CGT énergie qui se vante d'instaurer pour les plus pauvres et les services publics la gratuité du gaz ou de l'électricité pour des écoles ou hôpitaux, rétablissement d'usagers coupés : les grévistes du secteur de l'énergie ont mené jeudi plusieurs actions dites «Robin des bois» pour «intensifier le rapport de force» dans la lutte contre la réforme des retraites ».

Or si les médias projettent au devant des gros bides d'EDF c'est en même temps pour rappeler les avantages, incontestables, de la confrérie, connus de tout le monde et vécus comme des privilèges exorbitants, dont on ne voit pas la nécessité pour tous de les défendre. Mais dont on comprend la rage des concernés. Qui ne se laisseront pas berner par la manière de l'attaque intérieure en sourdine :

Vous le savez, nous sommes pleinement engagés dans un ambitieux plan de sobriété incitant l’ensemble des Français à réduire et décaler leurs usages en dehors des pics de consommation.

En tant que bénéficiaire du tarif agent en option Base, vous aussi, vous pouvez facilement participer à l’effort collectif, sans effet sur votre facture d’électricité !

Comment ? Il vous suffit

de remplacer l’option Base de votre tarif agent par l’option Heures Creuses.

Faire ce choix est particulièrement pertinent si vous avez un chauffe-eau électrique à accumulation relié à un contacteur jour/nuit, car l’eau chaude représente jusqu’à 20% de la consommation d’énergie d’un ménage.

Le fonctionnement de votre chauffe-eau sera automatiquement décalé vers les périodes où le système électrique est moins sollicité.

Les propagandistes du trust EDF n'ont pas inventé l'eau chaude mais prennent aussi les ouvriers d'EDF pour des demeurés. L'ambitieux plan de sobriété n'est que le cache-sexe de la plantade du nucléaire à cause des ploucs écolos en complicité avec les chefs d'EDF, quand on ne nous parle plus des risques de délestage. Voilà l'ennemi : le chauffe-eau, et éventuellement l'artisan-bio qui, en tant qu'auto-entrepreneur aura pitié de ces planqués d'EDF. C'est le même argument «écolo-bobo » qui sert d'argumentaire pour « économiser », comme dans les années 1980, ils demandaient aux gens de se grouper dans la salle de séjour en éteignant le chauffage dans les autres pièces. Comment ces crétins espèrent-ils faire croire que les employés vont gober cette « participation à l'effort collectif » en basculant sur le double tarif jour/nuit, sans rien changer au tarif unique privilégié ; si le « directeur Marché des clients particuliers » leur dit qu'ils sont intelligents (pertinent) ils répondront qu'ils sont si bêtes que cela ne les empêche pas de comprendre que le double tarif sera la marche vers la suppression du « simple tarif » ; néanmoins on peut faire confiance au syndicat CGT, majoritaire dans la corporation, pour accompagner le futur tarif comme il a accompagné la fermeture de multiples agences locales...en désespoir de cause !


Les conditions sont réunies pour que les prolétaires de la corporation EDF et les filiales parasites soient battus, ou, dans un dernier réflexe de résistance isolée, reçoivent la police comme en 47 ou 69. Sauf si, en même temps, outrepassant les serials-JA cloisonnées des syndicats, un tous ensemble inespéré vient leur botter le cul. Ce qui paraît aussi improbable qu'une promesse d'établir l'égalité des retraites ou des salaires. Et Robin des bois pourra retourner dans sa forêt détrousser un jogger ou violer une joggeuse.

LE DEUXIEME ROBIN DES BOIS EST ANTI-CAPITALISTE



Mais un anti-capitaliste à la fois anarchiste et réformiste. En gros, de Mélenchon à Besancenot et la FA, il suffit de prendre aux riches pour donner aux pauvres. La lubie est étendue et populaire :

« Taxer les plus riches : un tournant inévitable

La crise économique engendrée par la pandémie de Covid-19 et l’augmentation des inégalités mettent en lumière l’urgence et la nécessité d’une fiscalité plus juste. Depuis plusieurs mois, des voix s’élèvent et appellent à taxer davantage les grandes fortunes, y compris des milliardaires comme Bill Gates, Abigail Disney ou des collectifs de millionnaires comme Millionnaires for Humanity. Le FMI vient de se prononcer en faveur d’une taxe sur les entreprises qui ont profité de la crise et sur les plus riches, et plusieurs pays sont en train de franchir le cap, à l’image des Etats-Unis où le Président Biden est en train d’initier une vraie révolution fiscale pour une plus grande justice sociale. C’est aussi une mesure populaire : un récent sondage montre que près de deux tiers des Française-s sont favorables à mettre en place une taxe exceptionnelle sur les multimillionnaires pour répondre à la crise du Covid.

Oxfam porte 3 mesures prioritaires pour mettre un terme à ce fléau :

  • Etablir une liste noire mondiale des paradis fiscaux dans chaque pays avec des sanctions. Cette liste doit être fondée sur des critères objectifs et crédibles, et les pays qui y figurent doivent être sanctionnés.

  • Mettre en place au niveau international un taux d’imposition mondial sur les sociétés : cet impôt ne doit pas être trop faible et doit être appliqué pays par pays sans exception. Cela permettrait de taxer les entreprises là où elles ont une activité économique réelle, sans qu’elles puissent délocaliser artificiellement leurs bénéfices dans des paradis fiscaux.

  • Mettre fin à l’opacité fiscale des entreprises pour faire la transparence sur leur propriétaire et les impôts payés dans chaque pays.

  • UNE fiscalité plus juste, doublée d'une vraie révolution fiscale (initiée par le marxiste Biden!) vous ne rêviez pas au socialisme sous le capitalisme, ni à une justice plus juste. C'est en cours. Attendez et soyez patients ! Vos grèves sont ridicules comparées à cette « révolution fiscale » qui va générer de nombreux emplois. Les inégalités vont être « attaquées à la racine » car les « hauts revenus » seront taxés davantage, rétablissant ainsi l'impôt révolutionnaire sur les grandes fortunes et les héritiers !

Ces conneries, étalées en particulier dans le programme fumeux de LFI, sont faciles à démonter, à moins de croire le capitalisme réformable. Dans une période antérieure moins grave de la crise économique capitaliste, cette réforme n'avait pas fait des miracles ni diminué ou supprimé le chômage4. En y réfléchissant quelque peu, en supposant les capitalistes sado-masos, le volume de la taxation des riches ne peut même pas prétendre combler le déficit abyssal des systèmes étatiques. Il s'agit de poudre aux yeux pour encore plus ridiculiser le prolétariat qui n'aura qu'à attendre le miracle d'un abondement des « riches » pour faire confiance à la magnanimité d'un système fabuleusement cynique ; et en outre pour place sur un plan infantile la lutte de classe dans un combat simplet entre riches et pauvres où les riches se rachèteraient en faisant l'aumône à ceux « des couches moyennes d'en bas » !

Signez la pétition !5 Et avec les syndicats : choisissez bien choisissez BUT, pas le but révolutionnaire mais le but client de Robin des bois pour tous, en grande surface, et enculez les riches mais pas le capitalisme !


NOTES

1« le 19 janvier en France, contre la réforme des retraites, tous ces mouvements montrent le chemin à suivre pour prendre confiance en nos propres forces et tenter de retrouver, à terme ,une identité de classe perdue ».

3Vous pouvez, comme le CCI, prendre l'exemple du mouvement de grèves persistant en Grande Bretagne et ailleurs, mais je prends plutôt un seul exemple révélateur d'une prise de conscience des forces bourgeoises de gauche, et avec la particularité de ne jamais utiliser les termes « classe ouvrière », chez les écolos c'est « les pauvres », chez LFI « le peuple » et chez les plus tarés des wokistes racialistes on a la Boutelja qui ne désigne plus tous les blancs comme responsables des malheurs des noirs et des arabes, mais les « grands blancs » quand les petits blancs sont considérés aussi comme les pauvres d'en bas sans distinction de peau.,Toute la gauche bourgeoise ne peut ni favoriser ni reconnaître la nécessaire indépendance de classe contre toutes les sirènes interclassistes de la manipulation « démocratique » . C'est à chaque fois comme ça dans l'histoire (36,47,81), les forces bourgeoises sentent les premières quand l'eau comence à bouillir, sauf rares surprises, 1917 et 1968...

4Note d'un économiste : « Quand on crée l'impôt sur les grandes fortunes en 1980-1982, l'Etat emprunte à 18%. Le rendement instantané de tout placement est complètement sûr, garanti, et est énorme, en affichage. Il y a de l'inflation certes, mais l'exigence que l'on a pour la personne qui va payer l'impôt est beaucoup moins forte que maintenant, où l'Etat emprunte à 0,7%. Cet impôt devient effectivement un impôt qui, sur le plan économique, devient contre-productif, car il est destructeur de capital. Aujourd'hui, les gens qui payent l'ISF ont un capital obligataire qui leur revient à 0,6-0,7%, et on leur réclame 1,2%-1,7%. C'est-à-dire qu'on mange leur capital (...) Cette réforme, c'est moins un cadeau aux riches que le retour de l'idée qu'il faut laisser l'expansion économique se faire.