"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 24 janvier 2023

NOTES POUR SERVIR A LA REVOLUTION FUTURE

 



« Il nous faut un syndicalisme fort » Jean-Pierre Raffarin

« Ce n'est plus la grève qui est primordiale mais de mener des actions ». CGT

« La raison de l'innocence de ces jeux entre princes et prétendants, entre des castes diverses et toutes privilégiées, est que ce jeu se fait toujours sur le dos et aux dépens du prolétariat et de la Révolution ». Jules Andrieu


Ni grève générale syndicale ni révolution n'ont la moindre chance de sortir de ce guêpier des retraites. D'abord avec 36 régimes de retraite et autant de cas spéciaux auxquels le gouvernement vient d'en ajouter d'autres sous-spéciaux ou très spéciaux avec supposée prise en compte (à la tête du client?) d'une pénibilité dont on ne sait qui pourra en être juge, en bref c'est chacun pour soi. Ensuite, ni les jeunes ni les vieux déjà retraités ne se passionnent pour cette querelle de boutiquiers et de manipulateurs où les journalistes d'Etat ont des mots encore plus forts d'indignation contre la réforme que les syndicalistes eux-mêmes, comme si les syndicalistes étaient insuffisants pour mener à bien une protestation en impasse. Impasse car les retraites d'en bas, réforme ou pas, restent lamentablement basses, surtout pour ceux du privé et les malchanceux qui n'ont pas « leurs trimestres » d'exploitation de toute une vie.

Le séquençage de la protestation initialisée par les mafias syndicales met mal à l'aise les millions de prolétaires qui sont hors du coup. Le plus mortifiant dans cette cuisine préparatoire pour faire mordre la poussière à l'indignation ouvrière est bien cet acte de division, pour ne pas dire de foutage de guelle de la mafia CGT : des actions de coupure de courant contre les riches, pour justifier une économie de;la grève ; je nommerai cette action d'anarcho-stalinienne, typique des menées incontrôlables des états-majors planqués. Tout a été pré-organisé, pré-mâché même, en veillant à l'absence de continuité dans l'organisation de manifestations successives, sagement éloignées les unes des autres, sans que les prolétaires d'en bas n'en soient comptés comme autre chose que les figurants des boutiques à ballons géants pour jours de marche et panneaux pour ceux qui tombent dedans.

L'union de toutes les boutiques politiques et syndicales a volé en éclats comme convenu, sauf pour les gogos. La clique à Mélenchon fait figure de vilain canard, plus compétiteur des mafias syndicales que soucieuse de la messe unitaire si classique et cinématographique. Les partis de la gauche bourgeoise et leurs petits frères se scindent tous en deux du PS au NPA, et même ceux de la droite bourgeoise.

La vacuité actuelle des partis populistes qui se prétendent les défenseurs de ce truisme « couches moyennes », et accessoirement des « pauvres » (cf. Sardine Ruisseau) est une évidence à toutes époques de crise et même pré-révolutionnaires, ce que Jules Andrieu a mieux vu que tout autre :

« Depuis que le parlementarisme existe, le parti opposant ne peut jamais être organisé. Car les forces vives de ce parti sont absorbées par l'opposition parlementaire. Les députés de Paris, depuis Jules Favre jusqu'à Rochefort, étaient aussi nécessaires à l'Empire que la résistance est nécessaire en mécanique à l'action ». (janvier 1871, in notes pour servir à l'histoire de la Commune de Paris, ed Libertalia).

Vers la fin septembre 1870, Jules Andrieu décrit les phases par lesquelles passe (dans les fausses révolutions de 1848 et 1870?) le parti « dit révolutionnaire », et ceci vaut pour tous les partis bourgeois prétendus révolutionnaires, je résume :

  • il n'est pas organisé et, ne l'étant pas, il ne peut pas s'imposer ;

  • la réaction, toujours unie, s'agite dans l'ombre, puis au grand jour et enfin réussit une ou plusieurs contre-journées ;

  • la défaite organise un peu le parti... on se croit organisés. Immense erreur !

  • Le parti agit par des manifestes (pétitions)

  • drame en cinq actes, ses illusions et sa rage grandissent ensemble, il tente une ou plusieurs actions jusqu'au désastre complet, quand tout est perdu, quand les homme sages sont rentrés.

Au cours de cette fameuse journée du 4 septembre 1870 qui a tout l'air d'une farce et qui a inauguré la fondation de la IIIe République, c'est la bonne bourgeoisie qui triomphe avec ses avocats se disant républicains, le journalisme formaliste, les restes de comités électoraux, les clubs radicaux mais aussi l'AIT1.

La justice bourgeoise en prend pour son grade : « L'avocat est et reste avocat ; il ne redevient jamais homme ».

On ne peut s'empêcher de comparer avec la situation actuelle, avec cette crise de tous les partis bourgeois de droite à gauche, une impuissance des partis malgré une nouvelle constitution « républicaine », suivi de la guerre avec l'Allemagne puis par l'insurrection communarde du 18 mars 1871.

Bon je l'avoue c'était juste une entrée en matière pour faire de la publicité à Jules Andrieu, simple fonctionnaire de mairie, plutôt proudhonien, un tantinet misogyne, qui est devenu le principal administrateur de la Commune de Paris car, comme il le dit lui-même, avec un œil critique sur les hommes de pouvoir, ou qui viennent de prendre le pouvoir : « L'homme de parti qui arrive au pouvoir se fait difficilement à cette réalité, qu'il gouverne ou administre la collectivité entière de citoyens, aussi bien ses adversaires que ses amis politiques » (p.166)

"Les barricades puériles de Batignolles et de Montmartre'

Cette plume incandescente ne respecte rien des stéréotypes rabâchés sur la Commune. Le témoignage de Jules Andrieu et sa capacité d'observation du monde politique sont passionnants parce qu'il nous permet de réfléchir, et a permis de réfléchir à Marx sur la question d'un Etat transitoire entre capitalisme et communisme. Conseilliste libertaire mou comme son collègue Janover, Rubel n'y a rien compris qui écrit dans sa post-face : « Mais, à l'encontre de Marx, sociologue et poète, Andrieu, acteur et juge, ne voit pas dans la Commune un gouvernement ouvrier et encore moins la négation, l'abolition de l'Etat »2. Andrieu récuse en réalité un pouvoir ouvrier, reproche aux ouvriers d'être des girouettes à l'époque3 et il rappelle qu'il s'agit de l'administration d'une ville. En réalité, de par ses conceptions d'ailleurs très honnêtes, plutôt libertaires, mais pas un simple littérateur comme les deux susnommés, qui n'ont que le mérite de l'avoir fait sortir des archives de l'oubli. Il est le premier à critiquer le retour à l'exemple passé : « La Commune avait tort de revêtir la défroque de 1789 ». Administration de l'eau, de l'électricité4, des cimetières dans un lieu en révolution où il y a toujours de beaux parleurs (Félix Pyat). Les généraux de la Commune qu'une postérité peu sourcilleuse a porté aux nues, en prennent pour leur grade. Delescluze est «le pontife du dogmatisme radical », Ledru-Rollin « une outre démesurément gonflée », Barbès « une ganache chauvine-héroïque » ; « les blanquistes étaient fort inférieurs à Blanqui » ; « le seul défaut de Félix Pyat c'est qu'il est vieux » ; Thiers une « souris réactionnaire ».

Sur la gouvernance, Andrieu use tour à tour de l'ironie contre les artisans de la phrase sonore : « Gouverner, c'est faire des décrets sans s'occuper de leur exécution ; c'est s'adresser à tous les autres peuples plutôt qu'au sien propre, ; c'est poser devant l'avenir plutôt que parler au présent ; c'est démodé, théâtral, c'est jacobin. Administrer, c'est répondre journellement aux nécessités journalières... » (p.169)

En plus, dans une période révolutionnaire et après il n'y a pas que des ouvriers à gérer, même si 42 milliardaires ont été jetés en prison et qui, même si on a pillé leurs comptes en banque et réquisitionné leurs châteaux n'ont pas fourni le centième de la somme fabuleuse qu'il faut régler aux retraités pendant la révolution.

« Ce qui empêcha la centralisation...Ce fût le faux centre appelé Comité central. Le parti fut perdu à l'avance, non pas seulement parce qu'il n'avait pas de tête, mais parce qu'il s'en crût une. En France on croit toujours que son voisin fait double besogne : les niais simples s'en reposent sur le gouvernement, les niais plus compliqués attendent tout d'hommes qui iront en prison pour eux, qui risqueront leur peau pour eux, et qui recevront la récompense de passer pour des pillards ou des ambitieux. On allait au club comme au spectacle, comme au café, pour passer la soirée. On votait dix résolutions par soir, et le lendemain, il ne restait de tous ces beaux projets que quelques lignes de procès-verbal, et le souvenir burlesque d'une levée confuse de bras » (p107)

Il a été publié très longtemps après sa mort, mais Marx en avait lu le manuscrit : visiblement il s'en inspiré pour ses critiques de la Commune. Il l'a même pillé à mon avis pour écrire des critiques de la Commune qui parurent osées à l'époque, mais basée sur un homme qui avait vécu cette expérience extraordinaire mais loin de la perfection que lui attribuent gauchistes et staliniens5. Cela se sent, Marx a repris aussi un peu de cette écriture flamboyante d'un homme pas froid comme l'imaginent Janover et Rubel comme préfaciers et découvreurs. Janover n'y a rien compris, comme à son habitude, délayant autour de son nombril de fastidieuses introductions bourrées de citations de Marx ; il n'y voit qu'une embrassade entre Marx et Rimbaud et avec Saint Breton. Rien de tout cela. Andrieu a été un pédagogue apprécié, il a formé Varlin, il a toujours combattu pour l'éducation en milieu ouvrier. Mais c'est un fait :

« La Commune avait besoin d'administrateurs ; elle regorgeait de gouvernants. L'écart est plus grand qu'entre mathématicien et danseur, surtout au siècle de Le Verrier »6.

UNE AMORCE DE L'ETAT DE LA TRANSITION DANS L'EXPERIENCE DE 1871


Lui il va faire le boulot, pas la propagande verbeuse. Il consacre plusieurs pages à l'administration de Paris, dans tous ses aspects. Il gère avec dévouement et rient compte des récriminations, des besoins, de la coordination. Bref, selon moi, Jules Andrieu est la préfiguration de la charge de l'Etat transitoire. Il n'est pas vraiment proudhonien même s'il le cite quelques fois. On ne peut pas de toute façon être proudhonien si l'on se soucie de centralisation à tout point de vue ; il souligne souvent gaspillage et incurie des généraux. Sur le travail comme indispensable dans la vie humaine, il dit de belles choses à faire pourtant horreur à tous nos nouveaux bobos jouisseurs du télétravil et des huit heures par semaine...

Il incarne cet Etat nécessaire mais hors parti, ce que son administration fut en réalité. Pas besoin de marxistes chevronnés dans cet Etat temporaire, ni de donneur de leçon de morale, et cet Etat, dans une logique de dépérissement n'est pas destiné à rester mauvais ou à devenir un nouvel Etat stalinien. L'Etat russe est devenu une dictature dès lors que l'expérience a été vaincue par la contre-révolution. En sens inverse on a bien plus de chance de voir s'amenuiser la place de cet Etat pour aller vers une auto-administration des choses, conception que je manie avec des pincettes vu l'immense poids de l'individualisme sous le capitalisme décadent. Il y faudra des générations et un autre terme que auto-organisation qui a un air aussi ...individualiste.

UNE ANALYSE D'UN ETAT TRANSITOIRE SANS PARTI ADMINISTRATIF ET QUI CHOQUE ENCORE LES CROYANTS BORDIGUIENS EN L'ETAT PARTI

C'est évidemment le CCI qui depuis plus de 50 ans a le mieux approfondi cette question, sans hésiter à remettre en cause des stéréotypes usés et fanés d'un marxisme poussiéreux. A cet égard, je dois avouer mon admiration pour la qualité et la profondeur de cet article de leur Revue internationale, qui, innovant et abandonnant les rabâchages sur les Conseils ouvriers comme solution miracle, fait confiance comme Marx à la capacité de création du prolétariat pour de nouveaux organismes dans les brumes de l'avenir:« Le communisme est à l'ordre du jour de l'histoire - Marc Chirik et l'État de la période de transition » Revue Internationale le 25 février, 2020

https://fr.internationalism.org/content/10073/communisme-a-lordre-du-jour-lhistoire-marc-chirik-et-letat-periode-transition

Marc auquel j'ai consacré cinq ouvrages de compils de ses divers textes (peut-être pas tous) + interview, est un penseur méconnu, pourtnat probablement un des plus importants du point de vue du mouvement ouvrier et révolutionnaire au XX ème siècle. Il s'en fichait, préférant comme tous les grands admirateurs du mouvement international héritier théorique de la vague révolutionnaire de 1917, un anonymat comparable à celui des millions de prolétaires, qui ne peuvent que reprendre un mot de la Commune : « Elisons des inconus ». Mais j'espère qu'un jour il aura droit lui aussi à la Pleiade.

Ce texte n'est pas en soi un hommage mais un rappel synthétique et bien charpenté de ses meilleurs approfondissements. Vous avez de la chance, vous pouvez le lire sur leur site internet gratuit. Cependant, il ne faut pas le lire indépendamment de cet autre :

« 100 ans après la fondation de l’Internationale Communiste: Quelles leçons pour les combats du futur? » (4e partie) Revue Internationale le 23 août, 2021

https://fr.internationalism.org/content/10528/100-ans-apres-fondation-linternationale-communiste-quelles-lecons-combats-du-futur-4e

POURQUOI ?

Parce qu'il est nécessaire de défendre l'expérience initiale du parti bolchevique. Si vous ne lisez que l'article sur Marc vous pouvez penser comme nos pauvres littérateurs Janover et Rubel, anarchistes de salon, qu'il fallait déjà interdire au parti de participer ou de s'identifier à l'Etat transitoire. Cet article démontre bien que l'isolement et l'état de a Russie ne purent pas empêcher la montée de la contre-révolution, dont l'un des premiers actes fût Kronstadt, injustifiable quoique Trotsky ait fait mine d'oublier. L'expérience fut cruelle mais on ne peut tomber aux côtés de l'anarchiste niais qui jette toute l'expérience à la poubelle et qui, comme les historiens bourgeois imbécile assurent : « il ne fallait rien tenter, c'était mieux sous le tsar » !

Une critique cependant sur le texte autour de Chirik. L'auteur écrit au début : « Marc a été "exilé" au Venezuela ». C'est ridicule. Quelles que soient les qualités de nos « grands hommes », il est insultant de les faire passer pour des héros infaillibles ! Marc ne s'est pas trompé souvent, je peux en témoigner. Mais après 1945 il s'est trompé, d'ailleurs comme à peu près tout le monde : il a cru voir venir la 3 ème guerre mondiale (il a urait dû attendre 2023...), mais plus déplorable : il a fait ses valises pour le Vénézuela . Il existe plusieurs versions. Lui dit qu'il a été délégué par son groupe de cinq personnes « pour sauver les cadres », ou « le cadre principal ». Pour de vieux camarades aujourd'hui décédés, de son époque : « il a pris la poudre d'escampette pour sauver sa peau ». Il devait y avoie de ça. Marc, étant juif, était passé à travers les ignobles déportations pendant la guerre, et il a dû se dire « cette fois-ci je risque de ne pas passer à travers » !

Néanmoins, un jour, je le lui ai gentiment reproché : « Marc en partant tu as affaibli en Europe le courant que tu représentais depuis l'avant-guerre, en plus tu étais absent au début de 68, ce qui fait que RI est arrivé à la fin et n'a pu peser sur le moment sur le mouvement ».

  • peut-être, m'avait-il répondu.

Marc fût aussi pour moi un ami. Notre génération lui doit énormément. C'est lui qui m'avait demandé de rédiger et de prononcer à Maastricht en 1985 l'éloge funèbre de Ian Appel, dit Hempel, le principal dirigeant des conseils ouvriers en Allemagne, qui avait détourné un bateau pour aller porter la contradiction à Lénine et qui a écrit les Grundprinzipien.

J'ai eu par la suite l'occasion d'inviter Marc et la veuve de Appel pour une soirée chez moi à Fontenay aux Roses, sans tralala.


NOTES

1« L'Association internationale ne tenait pas dans sa main, comme elle le donnait à entendre, toute la population ouvrière de Paris. Elle était, de plus, divisée en elle-même – qu'on juge des autres éléments du parti : c'était et c'est le plus actif et le plus sincère ». p.111

2Rubel reste une référence comme historien et archiviste, mais ce genre d'intellectuel n'a pas la force d'un politique. A la fin des années 1970 , nous l'avions regardé débattre avec un stalinien, Marc Chirik et moi, devant notre poste de télévision. Marc avait milité après guerre après lui. Nous avions été dégoûté de voir comment il s'était laissé marcher dessus par un vulgaire intellectuel stalinien.

3« La question du prolétariat, ne pouvant pas être résolue vu la suspension du travail, ne devait être ni posée verbalement, ni stérilement agitée dans la pratique ». Réflexion très pertinente car la Commune se déroule plutôt comme une guerre et ne dispose pas d'un prolétariat industriel apte à paralyser la bourgeoisie par ses grèves, ^mus que par les fusils.

4Comme aujourd'hui, après le stupide blocage des centrales nucléaires par les bourgeois écologistes : « Un matin, le Journal officiel annonçait que,la houille manquant, l'éclairage de Paris allait cesser » p.143.

5Et piqué des passages entiers comme celui-ci qui pourrait tout autant viser la reine des bobos Hidalgo : « Vous avez pris l'hôtel de ville pour y installer la commune bourgeoise, celle qui protège la spéculation contre la consommation ; vous avez occupé le bâtiment de l'ancien Comité de salut public, parce que, bien que vous le montiez la tête tournée vers la queue, vous n'enfourchez pas moins le vieux dada des Jacobins...Voici Paris déshonoré et crucifié ». Je ne reproduit pas tout le long passage de la p.121, mais je ne peux m'empêcher de penser que le grand Charles l'a copié aussi.

6p.171. Urbain le Verrier, astronome, inventeur de la météorologie (1811-1877)

dimanche 22 janvier 2023

LA REPLIQUE DE MELENCHON : UNE MANIF DE VIEUX

 



« Ce n’est pas le moment de se diviser. Vu la mobilisation de jeudi, tout le monde a compris quelle est la date importante de la semaine. » Martinez, Chef CGT

Saviez-vous qu'il y a un point commun entre les CRS et les manifestants ? Non ? Si, le téléphone portable. Pour les CRS je veux bien, il faut tenir des heures durant dans les bus garés par dizaines dans les rues adjacentes pendant que ces messieurs-dames se promènent au grand air ! Cela m'attriste pour les manifestants qui causent peu entre eux, chantent puis se recollent à l'oreille ce gadget à tuer tout rapport humain direct et surtout toute discussion in vivo.

« Le départ de « la marche pour nos retraites » est organisé à 14 h, place de la Bastille. « À l’initiative de plusieurs associations jeunesse (L’Alternative étudiante, Voix Lycéenne, FIDL, Jeune Garde, Jeunes Insoumis, Jeunes écologistes, Jeunes Génération·s, Place Publique Jeunes, RED Jeunes, POI, NPA Jeunes) et face au projet de Macron et du gouvernement, nous vous appelons toutes et tous à participer à la Marche pour nos retraites le samedi 21 janvier à Paris ! »,

On pourrait presque croire qu'il y aurait plus d'organisations que de manifestants. J'ai trouvé aussi à un moment qu'il était possible qu'il y eût plus de CRS que de défilants. Je n'ai pu m'empêcher de penser non plus que cette ribambelle de jeunes crapules en bande n'est que leur école de formation pour réussir à la députation si bien nommée ou à une carrière de cadre syndical avec retraite confortable.

COMMENT LA PRESSE SPONSORISE UN ECHEC DE LA MELENCHONIE

Le Monde commence par le gros mensonge: « les organisations de jeunesse soutenues par la France insoumise quand tout le monde sait l'inverse, encore un truc du leader Maximo pour relativiser son combat perdu face à la mafia de Martinez; Puis il semble plus neutre et proche de la réalité du déroulé !
« Le cortège emmené par les jeunes, mais brassant toutes les générations, a cheminé entre les places de la Bastille et de la Nation sans incident notable. On était loin de l’affluence constatée lors de la journée de jeudi, qui avait réuni entre 1,2 et 2 millions de manifestants dans toute la France, selon les estimations du ministère de l’intérieur ou de la Confédération générale du travail (CGT) ».

Or « le cortège emmené par les jeunes » c'est comme la corde soutient le pendu. La vedette organisatrice était bien Mélenchon, interviewé un peu plus loin avant de rentrer en taxi chez lui. Le guru de LFI ne dit rien de très révolutionnaire mais laisse tout de même entendre qu'on pourrait révolutionner le travail, le rendre joyeux même sous le capitalisme, à l'unisson de tous ces bobos boostés par le télétravail après les 35 heures émancipatrices, qui veulent jouir sans temps mort, quitte à faire des heures sup pour se payer le dernier crossover, tout en assurant mépriser le travail en général et en déplorent à distance celui réservé au «  bas des couches moyennes ». Le lider Patachon résume bien le deal de la bobocratie :

« La clé de l’avenir, ce n’est pas de produire plus, du jetable. Mais de produire mieux, et pour le faire, il faut travailler moins ».

Le lider minimo du NPA Olivier Besancenot, a appelé les manifestants à être des « activistes de la grève générale ». « On va bloquer la société, paralyser l’économie », « Quelque chose est en train de se passer, il y a quelque chose qui ressemble aux mobilisations passées où on gagne ».

J'ai vu ensuite l'individualiste provincial Ruffin avec ses oreilles de star Trek, juché sur la plate-forme du camion du NPA (le NPA fermait la marche du faux cortège des jeunes), pourtant sans charisme, tenir son habituel bla-bla populiste : « il faut élargir, élargir, élargir. A la jeunesse, aux “gilets jaunes”, aux mères célibataires, aux artisans commerçants (…). Il faut faire déborder la rivière ».

Un discours qui tombe pourtant à l'eau face à un parterre de soldats du NPA pas très fans du zèbre amiénois.

C'est le trust gouvernemental France-infaux qui sponsorise le plus ce maquillage d'une manif de la « jeunesse » :

« Une nouvelle manifestation contre la réforme des retraites a eu lieu ce samedi 21 janvier dans les rues de Paris. Un succès selon les organisations syndicales de jeunesse qui revendiquent 150 000 participants, contre 14 000 pour le cabinet Occurrence ». « Dans le cortège, il y avait beaucoup de jeunes dont Anaëlle, 23 ans. "La jeunesse est là pour insuffler le mouvement. Les gens sont limités en jours de grève » (…) Un combat mené par des manifestants venus de toute la France, de tous les âges, de tous les horizons ».

Il existe un découpage associatif « jeune » des futures couches moyennes supérieures, futurs cadres des partis de la gauche bourgeoise « d'avenir » ou encadreurs syndicrates, à l'instar de tant de Jospin, Vals et cie. La secte lambertiste muée en POI, branche trotskienne la plus spécialisée dans le mensonge organisé, qui a formé au siècle dernier le jeune Mélenchon, est très présente avec ses vieilles barbes porte-drapeaux ; mais c'est un type qui s'appelle Le Coq, « co-animateurs des djeuns insoumis », à qui incombe le rôle du hâbleur autorisé : « Aujourd'hui, la jeunesse est unie, elle est nombreuse dans la rue. Et on est content justement qu'elle arrive à montrer cette force d'unité et d'action. On est content nous d'avoir les jeunes Insoumis, les jeunes de Génération, les jeunes Ecologistes, les jeunes du Parti ouvrier indépendant qui sont là pour manifester tous ensemble ».

Une montée révolutionnaire dont les prédateurs pas lycéens mais syndicats étudiants (sauf le principal, la FEN aux côtés du barnum de « l'unité syndicale » de jeudi), qui appellent à organiser des assemblées générales ce mercredi dans toutes les universités du pays. Ce qui nous rapprochera un peu plus de la révolution.

RETOUR SUR TERRE

Une première chose m'a frappé, alors que j'observais depuis une terrasse de café le début du défilé. La pré-manifestation était encore là, mais à la différence de celle d'hier, dense et compacte, celle-ci était clairsemée, étirée en longueur et peuplée surtout de pères Noël qui, à mon avis, ont une hotte vide et vide des promesses du père Noël Mélenchon. La clique populiste semble avoir compris qu'il ne faut plus laisser ces pré-manifs livrées à elles-même, ce qui explique qu'on y trouve désormais ses soldats drapeau en main orné du logo d'une lettre grecque, pour faire cultivé.

Avant l'arrivée des troupes, je me retrouve filmant au milieu d'une cinquantaine de blaquedébloques, très agités et en éruption presque érotique face à la mise à feu de deux poubelles Même casqués et masqués on sent bien les bobos anars accompagnés par des marginaux avinés et des gamines canette de bière en main ; une autre est voilée de haut en bas, une sœur de classe islamo-gauchiste sans doute. A peine les CRS sur la gauche se mettent-ils en branle que tous nos dangereux « ultra-gauches » (dixit TF1) s'égaillent comme des moineaux. Puis reviennent s'extasier devant le feu de poubelle dont la fumée monte jusqu'à la hauteur de la mythique rue Saint Antoine. Deux pompiers interviennent vite et leurs extincteurs font merveille. Vous n'auriez rien remarqué d'original mais moi si. J'avais d'abord remarqué que toutes les escouades policières sont suivies par deux pompiers. Pourquoi des pompiers noirs seraient habiles à mieux combattre le feu ? Pour la raison suivante. Depuis Mathusalem et en France, on sait que c'est une habitude chez les sauvages de banlieue de traiter les pompiers comme les flics : jets de pierre, insultes. A Paris, le Préfet a trouvé la parade. En mettant des pompiers noirs, non seulement on ne va pas les insulter mais surtout leur laisser faire leur travail. Vous n'imaginez pas les blaquedébloques, avec un nom aussi noir d'abord, leur jeter des pierres ou les traiter de collabos. Ils se couvriraient de honte comme racistes ! Puis ils se sont évanouis de la circulation et on pouvait voir avancer les jeunes annoncés.

Pas folichon. On voit bien une rangée de jeunes, certes trop vieux pour être lycéens, mais rien de massif. Peu après ce sont de très vieux lycéens probablement du siècle dernier. Les « jeunes » au milieu semblent trop mûrs pour fréquenter le bahut des morveux. Mais passons. Arrive un énorme camion plate-forme où on s'attend à voir trôner une brochette de députés Nupes, voire Quatennens aux côtés de Sandrine Rousseau pour fêter une nullité probable ou une unité improbable. C'est une inconnue de ma part qui fait le show, dénonçant cette ignoble réforme et appelant sans cesse les défilants derrière le lourd engin à crier ou à applaudir ; ce qu'ils font sans barguigner. Un peu plus loin, pour bien couvrir le peuple une camionnette avec écran géant montre l'animatrice invitant un représentant italien, preuve in vivo d'internationalisme et qui vient raconter que c'est pareil dans tous les pays avec cette tonalité hystérique qui prouve que vous êtes un militant enragé ou dégagé de tout sens de la proportion. Mélenchon avait eu droit à son tour de parole quelque temps au début mais j'étais trop loin. Le principal appel révolutionnaire qui rythme et remplit nos oreilles ponctuellement est le rappel à l'urgence de signer la pétition qui va faire tomber le gouvernement Macron.

Cette camionnette à distance de la tribune roulante, avec écran numérique géant, vient confirmer le goût du lider Maximo Patachon pour le spectacle à défaut d'une politique crédible, en particulier avec ces hologrammes de sa personne, procédé qui le montra transparent et donc creux et vide, et qui nous fît non seulement pitié mais imaginer que, privé de retraite pour telle ou telle raison, il pourrait se reconvertir au cirque Médrano.

Au milieu on vît un troupeau dansant et claquant des mains, pas très lycéen non plus, du genre « tchétchéguévara » dont le poster était présent avec le fanion tricolore ; quelques individualités du RN étaient présentes ; je me suis engueulé avec une femme de ce milieu, récusant le terme citoyen. Au fur et à mesure que je remontais la manif des "djeuns", le défilé se rétrécissait en largeur, les rangs s'espaçaient. Derrière pas de lycée ni de fac désignés par une banderole, mais des banderoles des sections de province de LFI de la Loire à 'Essonne, suivies par des « jeunes » aux cheveux étrangement blanchis sous le harnais qui ressemblaient plus à des profs en fin de carrière ou à de « jeunes » fonctionnaires sexagénaires avec des papys soixante-huitards reconnaissables à leur catogan ou à la veste de trappeur de Jack London, enfin avec cette démarche heurtée, courbée et peu alerte. Les « jeunes » du NPA, toujours lycéens malgré leurs études supérieures, fermaient la marche, ou plutôt précédaient les camions des boueux qui assombrissaient le côté festif du défilé : tout serait balayé comme crottes de chien, même pas un tract ne témoignerait qu'à peine environ 12.000 avaient défilé comme simples chiffons publicitaires pour un Mélenchon hologramme (il s'était éclipsé rapidement car marcher longtemps risque de favoriser un AVC à 72 ans). On devinait quand même son ombre sacrée planant au-dessus des camions poubelles de la reine-mère Hidalgo.

De retour à Nation, je déplore toujours l'absence d'assemblée. Les manifs traîne-savates avec pétards de carnaval doivent donner envie aux participants de rentrer se coucher, pas de réfléchir. Je vais tout de même m'enquérir de l'avis de quelques vrais jeunes. Ils ne sont pas enthousiastes et assez dubitatifs. Je n'ai pas de peine à leur démontrer que c'est une opération pour requinquer la gauche et que la lutte pour une retraite améliorée est perdue d'avance. Surtout qu'on est déjà passé d'une unité idyllique à une désunion bizarre mais opportune pour l'Etat.

APRES L'UNION ENCHANTERESSE LA DESILLUSION AMERE

Mais pas encore avérée. Les forces de la gauche « unitaire » ont encore nombre de scénarios pour balader, atomiser puis faire râler dans l'ordre finalisé. Le premier, et je me suis fait avoir aussi concerne la temporalité des « actions multiples » ; j'avais pris pour argent comptant l'explication d'un journaliste disant qu'on ne pouvait obtenir les autorisations de manifester avant une semaine. Ben voyons, comme si ces grosses mafias avaient besoin de la permission de leur patron ! Première remarque, si un mouvement est fort on l'aide à monter, c'est à courte échéance qu'il faut le prolonger ; ainsi le barnum du jeudi 19 aurait dû appeler à rejoindre la manif « jeune » de Mélenchon et à continuer tous les jours même en fin de journée pour ceux qui travaillent, un peu comme le mouvement (foireux) « Nuit debout ». En laissant a programmation aux généraux syndicaux pour l'échéance suivante une semaine plus tard ou dans une durée indéterminée... le soufflé est destiné à retomber !

Toutes les autres cliques, de la CGT, au PS en fusion, de la FEN au bedonnant Fabien Roussel, toutes ont dénoncé le cavalier seul de Mélenchon. Mais Mélenchon n'est pas le seul responsable de la cacophonie soudaine des pétitionnaires.Du PS moribond qui n'a pas réussi à se passer de la nouille Faure, du bordel des poujadistes féministes et de la reprise en main (virile?) du Mélenchon en colère, du réveil des compétitions inter-syndicales, en négligeant les scissions secondaires des sectes gauchistes, la retape d'une idéologie de gauche illusionnant la classe ouvrière n'est pas pour demain, encore plus lorsque la loi passera dans les chambres institutionnelles bourgeoises.

L'échec de la tentative de récup populiste...

Les rempailleurs de la gauche bourgeoise et les syndicats collabos n'apparaissent pas, et d'autant plus avec ces nouvelles rivalités de boutique soudaines, comme capables de donner un semblant de réalité à cette fable d'unité dans la riposte (utopique) caressée ou affichée par les états-majors.

Mélenchon qui espérait emporter la mise en menant la première manif de masse, avait perdu une manche jeudi, obligé de laisser le leadership et la gloire aux mafias syndicales, il a perdu la deuxième ce jour avec une manif dix fois moins importantes que celle des syndicats réunis dans le provisoire habituel. Et j'avais vu plus de vrais lycéens à la manif de jeudi.

Il y a une autre raison pour que la fable de l'unité ne devienne pas réelle et par le fait que le public se fout depuis toujours du privé, voire est de type nationaliste et plouc ; ce n'est qu'en 1931 que la France n'est plus un pays à dominante paysan, mais la classe ouvrière y restera majoritairement plouc jusqu'aux sixties ; les services publics n'embauchent pas d'immigrés, le privé si.

Comme les syndicrates, les gauchistes bobos, nos maximalistes de la phrase (par ex le CCI) brament depuis toujours pour l'unité public-privé, ce qui est un foutage de gueule pour les concernés de la multitude du privé qui critiquent à juste titre des avantages scandaleux, maintenus depuis une dure époque alors que la pénibilité n'est plus du tout la même de nos jours. C'est l'écrivain caustique Emmanuel Berl qui a bien caractérisé cette hypocrisie largement convenue, dans un de ses pamphlets, en particulier ce corporatisme étriqué, ce clientélisme lamentable et chauvin des secteurs publics :

Il écrit que, depuis qu'on a empêché les ouvriers « de suivre leur instinct, lequel les poussait à briser les machines, ils ne savent que rêver d'un capitalisme encore plus bête, encore plus épais, une forêt d'arbres à cames, de tours, de bielles, de courroies, avec, au milieu, l'homme des droits acquis, moitié manœuvre et moitié retraité ».

« Leurs chefs d'ailleurs ne veulent pas qu'ils deviennent des hommes. Ils veulent faire d'eux des militants. Alors, ils tâchent de substituer -et ils réussissent à juxtaposer- aux féodalités capitalistes (lesquelles sont déjà suffisamment nombreuses et odieuses) une poussière de petites féodalités mesquines. Tyranneaux de municipalités, académies de postiers, dynasties d'instituteurs, cercles de dactylographes, et je te coopte et je t'exclus, et je t'impose un langage aussi convenu, aussi pompier, aussi bête que celui du nobliau de province avec des parfaits définis, ses trois citations de Sénèque et ses quatre termes de vénerie. Le prolétariat considéré en tant que caste ! La révolution en tant que carrière ! Le communisme en tant que combine ! ».

« Que veut le peuple, mon bon monsieur ? Des retraites. Des pensions. Des « droits » que l'État confère (papa député et maman syndicat nous engendreront tellement de droits qu'un diable lui-même n'y retrouvera plus ses petits). Et tous pareils, nom de Dieu ! Sauf qu'on se débrouille, pardi ! ».

Frère bourgeois, mourez-vous ? Grasset, 1938



vendredi 20 janvier 2023

RETRAITES: UNE PROTESTATION MASSIVE PHAGOCYTHEE PAR LA SYNDICRATIE

 



LE « BAS DE LA COUCHE MOYENNE » a-t-il gagné une première bataille ?

 

Cela leur arracherait la gueule à tous de parler de classe ouvrière. En matinée, Ruffin, interviewé dans une ville moyenne de province, défend les genoux abîmés du « bas de la couche moyenne » de la « France du travail » qui « répond au gouvernement » et « dont le travail doit être récompensé ». Bigre travailler c’est pour être récompensé ? Comme but à la lutte de classe il n’y a guère plus imbécile. Ruffin lève un coin du tohu-bohu organisé du moindre vigile syndical au journaliste de BFM : « L’Assemblée (nationale) relaiera les manifestants ». C’est à peu près le même type de discours que tient le soir Attal au nom du gouvernement : « je me félicite de cette expression de la « démocratie sociale », « le gouvernement échange avec les français » ; le même qui, une paire de jour plutôt, se vantait « même pas peur » et montrait que le gouvernement bourgeois se fichait qu’il y ait du monde ou pas ; vérité de la Palice « ce n’est pas la rue qui gouverne » et encore heureux pour les nantis ! Et aussi culotté que Poutine de nous assurer, sans honte : « nous sommes tous attachés à notre retraite ».

Dès le milieu de l’après-midi son patron, depuis Barcelone se félicitait : « les syndicats ont su être responsable ». Mais responsables de quoi ces syndicats qu’il qualifiait hier encore d’irresponsables ? D’avoir permis de faire croire qu’il y aurait désormais (enfin) une gauche requinquée ? Une possibilité de faire avaler qu’on pourrait endiguer une des attaques successives programmées tous les dix ans contre les retraites… en faisant confiance aux syndicats pour mener la bataille, mais sous-entendu pas à l’irresponsable Mélenchon ?

Le clou de la soirée est un triomphalisme modéré, mis en scène de manière féminophile. Suite à un article de Libération  s’étonnant que les huit syndicats « unis » ne soient représentés que par des mecs, pour figurer l’Intersyndicale communicante on est allé chercher sept nanas, inconnues du public, pour entourer un seul mec, de Sud (sans doute pour faire radical) qui nous lit un texte, sans doute révolutionnaire car il appelle la population française, pas cette pitoyable « bas de la couche moyenne », à…signer la pétition ! Tousensembletousensembleu pétitionnons pendant que nos généraux syndicaux vont planifier la suite du spectacle.

Au soir, le philosophe populiste à bon marché Onfray, trait d’union chauvin entre LFI et RN, invité d’honneur sur BFM, réclame un référendum contre ce sale type de Macron, qu’il ne cesse de vilipender comme une banale pancarte de manifestant, car il faut « une démocratie du peuple », et comme Zemmour, son maître à penser reste le général De Gaulle, un type qui, lui, démissionna quand la rue fut contre lui. Le plus intéressant de la soirée avait déjà eu lieu. Depuis les gilets jaunes, jamais on n’avait convoqué autant de véritables ouvriers, face à un ministre du travail, pour exprimer leurs doléances sur un plateau de télévision, certes encadrés par leurs spécialistes et une pincée d’artisans fayots du projet de loi. Ouvrières usées par une vie de travail comme étudiant obligé de travailler de nuit pour payer ses études, ce fut tout à fait émouvant et révoltant. On comprend pourquoi la dictature démocratoque évite en temps normal ce genre de débat. Le ministre Dussopt, parvenu de milieu ouvrier, ne fut jamais vraiment contesté ni humilié ; il se révéla même très efficace et compétent. Au final on ne pouvait que compatir ou plaindre, mais pas penser autre chose que ce misérabiliste apitoiement pour ces malheureux « bas de la couche moyenne ». Surtout le débat tenu par la sémillante journaliste resta profondément apolitique, et ne parla que de nécessité d’une révolution… des mentalités.

Notons sans s’appesantir un imaginaire de lutte alternative à la « classe d’en bas » parmi  la cacophonie du marais de la Nupes, l’aile la plus petite bourgeoise propose d’en finir avec la lutte de classe et les grèves ringardes pour adopter les méthodes des clochards marginaux : «Aujourd’hui, il y a une convergence des luttes environnementales et sociales donc on va faire la ZAD maintenant pour les droits sociaux parce que le climat et la retraite, c’est le même combat», a affirmé Marine Tondelier au micro d’Europe 1 jeudi. La secrétaire nationale d’EELV regrette que la notion de ZAD soit mal comprise. «Une ZAD, ce sont des générations actuelles qui se battent pour les générations futures. C’est de penser le long terme plutôt que le court terme. De penser le bien vivre collectif plutôt que le profit». Le suc du langage bobo est jouir ici et maintenant pas s’emmerder avec le long terme des « classes dangereuses » !

Dans la novlangue du wokisme chaque problème est affublé en plu désormais d’un variable de pollution : la grève pollue, le patronat est polluant, etc. Rappelons le mode de vie et de contestation des clochards zadistes si prisés par les bobos parisiens et la mère Tondelier. Ils « occupent le terrain en permanence ». Ils vivent dans des camions, des caravanes ou des camping-cars, tandis que d’autres construisent leur propre cabane, de façon plus ou moins élaborée comme les migrants au bord des autoroutes, y compris dans les arbres ou leur youte. D’autre peuvent aussi résider dans des maisons ou des fermes abandonnées sur les sites d’occupation plouque. Les Zad ne sont-elles pas la preuve de la vétusté des grèves, sans compter que la police a pour consigne de ne pas les déloger car elles démontrent la bêtise des ouvriers en zone urbaine qui continuent à se ruiner en payant des loyers…aux parents des enfants des ZAD ! La mère Tondelier va sans doute proposer d’occuper en permanence les EPHAD.

LES BONS MANIFESTANTS ONT-ILS INQUIETE LE MECHANT GOUVERNEMENT ?

Sans conteste on assista à une véritable marée humaine. Malgré la grève des transports, qui aurait pu servir à décourager, des grappes humaines venaient de banlieue par toutes les rues adjacentes. On pouvait même avoir l’impression que de multiples petites manifs accompagnaient en parallèle la principale rue de Beaumarchais (sans Marchais), parti de la République pour aller vers Nation. Ce trajet je l’ai toujours perçu comme une mâchoire de l’idéologie chauvine bourgeoise. Le jour où on quittera la Concorde  pour aller jusqu’à l’arc de triomphe, c’est qu’on sera en train de renverser l’Etat bourgeois. Bizarre organisation de cette manif. Parcours long qui passe par Bastille, ce qui d’ordinaire sert à fatiguer les marcheurs dont la plupart étaient venus à pied de loin ; balade qui devait aller initialement à Nation via le boulevard Voltaire où les commerçants avaient caché leurs vitrines sous les panneaux de contreplaqués déjà tagués.

D’ordinaire je me rends toujours au terme promis du défilé, qui était à Bastille hier, ce qui me permet d’attendre depuis la terrasse d’un bistrot l’arrivée des troupes sans me fatiguer vu mon vieil âge. Grand bien m’en a pris car je me rendis compte que je marchais au même rythme que des centaines qui affluaient de toute part…avec le même objectif que moi, et pas tout jeunes non plus. Mieux encore ces centaines se mirent à se masser autour de la colonne de la Bastille pour attendre l’arrivée des ballons syndicaux au loin. En réalité j’assistais à la constitution de la fameuse « pré-manif » qui depuis des lustres ridiculise les encadrements syndicaux. Ces pré-manifs servent aussi aux anars bobos des blaquedébloques à venir faire les marioles encagoulés sans risque de remise à la police par la flicaille syndicale ; mais on ne vit point ces clowns, excepté pour le lancer de pétards de carnaval qui distraient toujours joyeusement la foule.

Or, et je vais être le seul à le remarquer, c’est cette pré-manif qui a caractérisé le réel déroulement de cette « journée d’action » mise en scène par les mafias syndicales réunies. S’agglomérant de plus en plus jusqu’à toucher les premiers rangs de la manif officielle, cette foule de milliers de personnes finit par en bloquer l’avancée du troupeau syndical. Aucun journaliste ne vous en informera, mais le cortège de divers syndicats réunis provisoirement  pour la galerie mis trois heures, alors qu’on l’apercevait au milieu de l’avenue Beaumarchais, pour parvenir à la Bastille. Ce blocage n’était pas délibéré. Il était dû à l’arrivée massive des gens, mais tout de même significatif...d’un engorgement de la protestation. Ces pré-manifs sont constituées par celles et ceux qui ne veulent pas défiler derrière les traîtres professionnels des mafia syndicales. Signe des temps j’ai calculé que la pré-manif contenait au moins quatre fois plus de personnes que celles des deux cent manifs auxquelles j’ai participé à Paris depuis 68. Autre signe frappant, la présence nombreuse de jeunes lycéens, eux aussi désireux de ne pas être encadrés, visiblement heureux de constater la densité de la foule et de ne pas manifester avec les habituels traîne-savates badgés et affublés du fanion syndical ; je doute qu’ils soient nombreux samedi pour suivre le vieux Mélenchon. « Jeunesse » oui mais quelle classe ?

Lorsque le service d’ordre CGT, qui précédait le quarteron d’huiles syndicales, est venu à notre niveau autour de la colonne, avec leurs ridicules casques de vélo sur la tête, ils se sont mis à nous bousculer sans ménagement. J’ai fait partie du groupe qui leur a résisté et les a traités de traîtres et de flics adjoints. Le pugilat a été évité mais nous les avons obligés à se détourner sur la gauche de la colonne et à laisser cette partie de la foule de la pré-manif déterminée à rester autour de la colonne pour continuer… à observer un défilé auquel elle ne se joignait toujours pas. Une sorte d’observation navrée de la société du spectacle syndical, comme aurait dit feu Debord.

On rigolait. On se moquait depuis ce promontoire et on se sentait « classe ouvrière ». Succès de mon slogan « La retraite de bonne heure c’est le vrai bonheur » qui fut repris à plusieurs reprises en riant par une dizaine de manifestants ; notre ami le porteur traditionnel de la pancarte humoristique dans tous les défilés m’en a d’ailleurs félicité. Il y avait une fierté de voir que quand ça commence à peser et qu’on se révolte, même en partie encadrés par les faux-frères, la médiacratie est obligée de parler de nous, même en doux termes sociologiques. Avec une nouveauté : on détesterait le travail et celui-ci, pénible surtout pour les bobos jouisseurs et en télé-travail, serait inutile. Pourquoi pas la retraite à vingt ans ?  Ce n’est pas le travail en soi qui tue mais ses conditions sont le capitalisme et le parti bourgeois LFI ne consolera pas les masses en leur instillant qu’il faut « le récompenser ». Le club stalinien Lutte ouvrière qui vient de me remettre un auto-collant (augmentez les salaires pas l’âge de la retraite), me fait pitié en proposant la lune et le caniveau.

Cette pré-manif n’est pourtant pas non plus de nature à inquiéter le gouvernement. Elle exprime une opinion dubitative dans la classe ouvrière, quoique plus enthousiasmante que l’hystérie des sectes gauchistes quant au « front uni des forces syndicales » vers la victoire, quelle victoire ?. Peu ou prou il y a une conscience que ce manège des syndicats unis est une opération préparatoire à des conflits à venir plus importants que la défense des retraites, et je dis bien des retraites et pas de la retraite car les retraites sont aussi diverses que les corporations, que dans le public il y a des avantages indéniables par rapport au privé et que le débat sur cette attaque est aussi piégé par ces différences de traitement. Qui n’est donc pas de nature à favoriser une véritable unité dans la lutte[1]. La prétention à défendre l’égalité par les bobos salariés, en particulier, entre hommes et femmes, est en outre une fable comme l’a montré le débat sur BFM. La situation des femmes au foyer restera scandaleuse même si la poujadiste féministe Sardine Ruisseau a ergoté que Macron nous entendrai en Espagne.

SUITE DE LA LAMENTABLE PROGRAMMATION SYNDICALE

Qui peut croire que la coalition syndicrate est l’ennemie principale du méchant Macron ? Ces mêmes syndicats qui avaient appelé à voter…Macron… pour empêcher le nazisme de s’installer en France ! Qui peut croire que la CFDT, qui a accompagné des lustres durant les gouvernements successifs pour casser les retraites, serait soudain devenue un parangon de la lutte de classe révolutionnaire ?

Ce jeudi 19 n’étant qu’une « première bataille » sanctifiée par une pétition de l’Intersytndicale, finalement cette sorte de référendum voulu par Onfray. Mais, sans me laisser impressionner par tous ceux et celles qui me disent que j’exagère en y voyant un « complot », alors que tous ignorent la rencontre discrète entre Macron et Sarkozy au début de ce mois et ils n’ont pas écouté le bonze caméléon Laurent Berger, directeur de la CFDT, déclarer « si nous n’avions pas organisé ce combat, il risquait de toute façon de passer par d’autres voies ».

Ensuite il me faut signaler la forfaiture de la programmation syndicale pour bien ficeler la lutte du « tous ensemble » version ridée 2023. Cette grève d’un jour « noir » ne sera pas reconductible tout de suite pour des raisons aussi bien logistiques que réglementaires. La plupart des préavis déposés pour jeudi ne sont pas reconductibles et ne portent que sur 24 heures. Dans le jargon syndicrate, ils appellent cela une "grève carrée". Pour pouvoir encadrer une nouvelle journée de grève dans la fonction publique ou à SNCF, EDF ou RATP, il faut avoir déposé un préavis au moins cinq jours ouvrés au préalable. Des préavis illimités courent parfois depuis trois ans comme à la SNCF et permettraient selon le syndicaliste de base gauchiste de contourner le problème, mais une fois encore, c’est du blabla syndical qui n’aura jamais pour but de renverser les meubles.

A la SNCF à l’AG syndicale des grévistes de ce jeudi, par exemple gare de Lyon ou gare du Nord à Paris, il n’a pas été question d'une prolongation du mouvement pour vendredi, mais de…préparer la suite. Les syndicats vont donc "faire de la pédagogie" dans les multiples AG autour des méfaits de la réforme, a déclaré un bonze syndical cheminot. 

Plusieurs succursales de la CGT, notamment celles de l'industrie chimique et pétrole (Fnic-CGT), des mines et de l'énergie (FNME-CGT) ainsi que du côté des ports et docks, souhaitent aujourd'hui monter progressivement en température contre le projet scélérat avec un appel à la grève de 48 heures le jeudi 26 janvier puis d'au moins 72 heures à partir du lundi 6 février. Les succursales prétendent ainsi provoquer des mouvements coordonnés par leurs apparatchiks dans les centrales nucléaires, les raffineries ou les dépôts de carburant ; simple remake de cette mode du sabotage, non décidée par des AG souveraines et instrument classique des bureaucraties syndicales pour rendre les grèves impopulaires et les saboter « par la faute à l’opinion ». Pseudo radicalité du même jus que moustache Martinez menaçant de couper le jus aux riches (ils ne sont que 42 très riches et même en les dévalisant cela ne permettrait pas de payer des retraites décentes).

Selon un journaliste bien informé des tractations crapuleuses, ces succursales CGT, qui se sont discrètement rencontrées le mercredi 18 janvier, aimeraient que d'autres mafias les rejoignent sur   calendrier. Pour l'instant, dans le secteur des transports, les négociations intersyndicales se poursuivent. La CGT Cheminots ne parvient pas à convaincre les autres syndicats de la SNCF de s'aligner sur ses dates. La zizanie est la même à la RATP où Force Ouvrière est le syndicat largement majoritaire chez les conducteurs de métros et de RER. Il est déjà acté qu'il y aura d'autres grèves, comme l'a rappelé Philippe Martinez mercredi sur France 2 : "Au niveau national, quand nous disons que c'est une première journée, c'est qu'il y en aura d'autres." De nombreux responsables syndicaux sont sur la même longueur d'onde, ils estiment que pour obtenir le retrait de cette réforme, il faudra plusieurs jours de grève consécutifs au moins dans les secteurs stratégiques. 

UNE ORGANISATION ARTIFICIELLE DE LA LUTTE NECESSAIRE NON CONTROLEE PAR LA CLASSE OUVRIERE

En réalité la colère ouvrière est plus profonde et ne croit ni à une victoire syndicale ni que toutes les grèves manipulées ou les exactions de blocage vont faire plier la bourgeoisie. Les retraites c’est comme les salaires inégaux et hiérarchisés, c’est le fonctionnement même du système. Soit on a vocation à le faire sauter par la révolution soit il se perpétue sans rien lâcher.

Pire, dans le faux débat et les confusions dominantes, la classe ouvrière n’est pas concernée par ces combats de chefs. Qui va incarner la véritable opposition, posaient avec pertinence certains journalistes, contents que les syndicats « retrouvent la possibilité de mobiliser », comprenez d’encadrer. ? Car la nécessité de restaurer une gauche bourgeoise crédible est à l’origine de cette prétendue action suicidaire de Macron. Qu’il gagne par l’échec du cinéma syndicrate « pour sauver les retraites » (qui sont déjà scandaleuses et le resreont) ou qu’il perde par la remise à des calendes grecques rapprochées des autres plans d’attaque perpétuelle  pour sauver l’Etat bourgeois d’une déréliction inévitable, l’illusion syndicale aura marqué des points, et c’est cela qui compte au fond pour la classe dirigeante ? C’et à dire disposer de forces d’encadrement pour encadrer et bloquer le prolétariat lorsqu’il redevient dangereux.

 

 

La suite au prochain numéro syndical…

 



[1] L’édito du Figaro est clairvoyant : « Et pourtant, qu’est-ce qu’un million de manifestants sur quelque 30 millions d’actifs aujourd’hui? Une goutte d’eau, ou presque, qui représente toujours les mêmes abonnés aux défilés syndicaux: des fonctionnaires, agents des services publics et assimilés, qui sont d’ailleurs les moins exposés au changement. C’est entendu, une majorité de Français désapprouve l’allongement de l’âge légal de départ à la retraite, mais seuls ceux qui ne risquent pas grand-chose peuvent se permettre de manifester. Et pourtant aussi, l’adoption de la réforme au Parlement est quasi certaine… Le gouvernement, qui ne dispose que d’une majorité relative à l’Assemblée nationale, devrait pouvoir compter sur les voix de la plupart des députés LR. La majorité au Sénat étant à droite, le texte devrait également y passer sans difficulté. Le débat parlementaire s’annonce agité, mais il ne pourra pas être entravé par la multiplication des amendements, car il sera limité à 50 jours. Ni plus ni moins, comme pour tout projet de loi de financement de la Sécurité sociale rectificatif. Et pourtant, enfin, cette réforme n’a rien de révolutionnaire… Pour une raison ou pour une autre - pénibilité, carrières longues, etc. -, le passage à 64 ans épargnera 40 % des Français ».