"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 22 décembre 2022

UNE GIFLE AUX SYNDICATS COMPLICES DES GOUVERNEMENTS

 


« Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité 

Manifeste communiste de 1848

 

En 1848 le Manifeste du parti communiste, contrairement aux affabulations de wikipédia ne définit pas le mouvement ouvrier comme une question d’autonomie mais d’indépendance de classe. La lutte si surprenante pour les voyeurs de la lutte de classe (présumée disparue par l’élite de la gauche caviar et bobo) à la SNCF n’a rien à voir avec la fumeuse autonomie ouvrière de jadis (lire l’article de RI de 2006 : https://fr.internationalism.org/rinte16/autonomie.htm : Ascension et déclin de l’autonomie ouvrière).

Cette lutte bouleversante pour les médias soumis  vient magnifiquement faire rejaillir les acquis des luttes des années 1960 en Europe, et les leçons de la tentative de révolution en Allemagne en 1919, tout comme celle du courant conseilliste « hollandais ». Il ne s’agit pas d’un phénomène isolé ou qui serait strictement « français » mais bien d’une réponse à une situation dangereuse et problématique au niveau mondial, non seulement la guerre sinistre en Ukraine mais aussi l’impasse des révoltes petites bourgeoises et de l’invasion islamiste. Cette fraction du prolétariat montre la voie pour prendre en main non seulement la lutte locale mais les destinées d’une humanité livrée au chaos par des bourgeoisies de plus en plus irresponsables et criminelles. La grève « sauvage », « inattendue », « hors du contrôle des collabos syndicaux de base ou du sommet » n’est pas la révolution mais elle y conduit.

Tous les médias s’étaient mis à la remorque de la magouille policière autour de la gifle privée de Quatennens comme aux jeux footballistiques nationalistes, et pour décapiter le principal parti contestataire inconsistant et peuplé de féministes bourgeoises nunuches, mais c’est une gifle gréviste qui vient rappeler ll’ordre bourgeois à la réalité de la lutte des classes.

La grève qui a paralysé une partie du réseau des grandes lignes (TGV et Intercités) ce week-end de début décembre n’a pas été amorcée par les syndicats, mais par un collectif informel, né d’une boucle WhatsApp et d’une page Facebook. Hors des instances syndicales, ce mouvement de contrôleurs mécontents est composé de quelques milliers de salariés réunis derrière un collectif non-élu, organisé entièrement sur les réseaux sociaux. Son ampleur a surpris : ces 3 et 4 décembre, la grève amorcée par le collectif a entraîné la suppression de 60 % des TGV. Quasiment inédit à la SNCF, ce mouvement de mécontentement spontané en rappelle d’autres dans des secteurs différents, comme celui du collectif InterUrgences qui a émergé à l’hôpital en 2019. A la faveur d’une défiance grandissante envers les mouvements syndicaux et une démocratie représentative ficelée dans des organes bureaucratiques opaques, des collectifs affinitaires émergent sur les réseaux sociaux, et n’a rien à voir avec le mouvement interclassiste et petit-bourgeois des gilets jaunes contrairement à ce qu’affirment des journalistes ignorant l’histoire et les conditions de la lutte indépendante et exclusive de classe.

A la SNCF, tout est né d’une boucle WhatsApp. « Cela faisait plusieurs mois qu’un autre contrôleur et moi parlions sans arrêt de nos problèmes et de nos attentes. Nous l’avons élargi à plusieurs autres personnes à Marseille, et dans d’autres régions », explique Olivier, l’un des membres à l’initiative du mouvement, qui travaille dans la métropole marseillaise. Très vite, les deux contrôleurs décident de créer une page Facebook pour rendre leur conversation plus accessible. Cette dernière a été baptisée « collectif national ASCT.

Franchement, je dois avouer que j’avais cru à une nouvelle manœuvre de pré-sabotage des collabos syndicaux pour miner la mobilisation envisagée en janvier contre la réforme capitaliste des retraites. Or, tant pis pour les vacances des consommateurs et des lecteurs du Figaro outrés par cette lutte, il s’agit bien d’une réaction de classe fulgurante, par des voies inhabituelles et confondantes pour les collabos syndicaux, qui nous rappelle les belles heures des grèves en dépit des syndicats post 68.

Il ne s’agit pas d’une simple grève « revendicativiste », « contre la vie chère » (ridicule slogan de LFI) ou pour des hausses de salaires, mais pour protester contre des conditions de travail aléatoires, les agressions incessantes, etc. Les patrons de la SNCF croyaient, en plus d'une augmentation de 12% des salaires de l'ensemble des cheminots sur deux ans, satisfaire les contrôleurs entre autres choses par une hausse d'1,5% supplémentaire. Une présumée victoire pour les collabos syndicaux  qui n'appelaient pas à la grève, puis, estomaqués, ont vu  le collectif la déclencher. Plus comique, et du jamais vu, le sous-fifre ministre des Transports a tenu à faire une distinction entre les organisations syndicales et les cheminots qui ont décidé de se mettre en grève : « Hors syndicat, hors cadre, hors dialogue social organisé, il y a des phénomènes qui peuvent être extrêmement bloquants et pénalisants », a déclaré Clément Beaune, jugeant « inquiétant » un mouvement qui émerge hors des organisations traditionnelles. Des initiatives qui pourraient instaurer « une prime à la surenchère », selon ce pathétique ministre.

« Le dialogue social, ce n’est pas le désordre général », a ajouté Clément Beaune, avant de s’adresser directement aux grévistes : « le seul moyen de défendre les intérêts légitimes d’un travailleur, le seul moyen de ne pas pénaliser les Français et d’avoir un service public de qualité, c’est le dialogue social ». Un appel à se soumettre au syndicat « je suis partout pour servir le gouvernement capitaliste ».Au sein du gouvernement, Clément Beaune n’est pas le seul à s’en prendre aux « mouvements radicaux ». Ministre de l’Économie, Bruno Le Maire a également opposé ce jeudi 22 décembre les « syndicats responsables » à « quelques grévistes » qui se mobilisent : « Je compte sur les syndicats, qui représentent les salariés de la SNCF, pour, dans les heures qui viennent, trouver une solution », a déclaré le larbin de Macron à Sud Radio.

L’emploi de ce ton bienveillant à l’égard des syndicats n’est pas un hasard dans ce cas particulier, car la grève des aiguilleurs SNCF a été décidée hors cadre syndical, par ce Collectif créé sur des réseaux pourtant considérés comme conservateurs voire délirants, ASCT (Agents du service commercial trains), né sur les réseaux sociaux et qui rejette toute accointance avec les syndicats traditionnels et ne pose pas de simples revendications catégorielles mais d’une nature « extensive » qui concerne les conditions de travail en général de la classe ouvrière.

Un mouvement d’affranchissement de tout contrôle syndicalo-gouvernemental - et inédit — dont le gouvernement remet en cause la légitimité ou plutôt la liberté d’agir. Comme le dénonce le principal syndicat collabo : « Il y a eu des avancées, mais malgré, il y a un collectif, hors des organisations syndicales, qui a décidé de la grève. La CFDT n’est pas d’accord avec cette grève au moment de Noël », s’est désolidarisé sur BFMTV le principal larbin gouvernemental Laurent Bergé, bonze de la CFDT.

Sans aller jusqu’à désavouer les grévistes, Sud Rail et la CGT n’ont pas appelé à arrêter le travail, et l’Unsa-Ferroviaire a retiré son préavis à la suite de négociations avec la direction. D’où cette volonté de la part du gouvernement de vanter les voies traditionnelles du dialogue social. Ce que mendie par ailleurs le président de la SNCF, Jean-Pierre Farandou.

« Je ne comprends pas cet appel à la grève. Il n’y a aucun appel à la grève d’aucun syndicat », a-t-il regretté sur RTL, avant d’ajouter : « je vois les syndicats demain. Le dialogue social se poursuit parce qu’on ne lâche pas l’affaire ».

Négociation piège à cons !

PS: c'est sûr que la période vacancière n'est pas la plus favorable à une popularité de la grève, mais les grévistes d'internet n'ont probablement pas eu le choix. Le plus cocasse ou pervers est que la patronat de la SNCF aurait prévu de rembourser le double des billets... pour rendre encore plus impopulaire la lutte de classe ou pour se faire passer pour l'ange blanc? 

En Grande Bretagne, la masse des ouvriers en grève se fiche parfaitement des grandes bouffes de fin d'année, et la lutte est en phase de développement...exemplaire pour les autres pays:

https://www.lefigaro.fr/international/le-royaume-uni-s-enfonce-dans-le-chaos-avant-noel-20221222


 

 

 

mercredi 21 décembre 2022

POUR UN NOEL ANTI-RELIGIEUX

 


 EN HOMMAGE AUX FEMMES MARTYRES EN IRAN ET EN AFGHANISTAN (et aux hommes aussi victimes du nazislamisme)

 Me voilà de retour, après de longues tentatives vaines pour publier sur ce blog vu les arcanes et irrationalités fonctionnelles de google-gogol, l'inutilité et surtout l'impossibilité de contacter ou demander des explications aux robots de cette firme mondialiste. J'ai réussi à me débrouiller tout seul sans avoir à créer un autre blog et à payer un nom de domaine. Comme ce blocage informatique avait bloqué toute ma réflexion politique quotidienne (y inclus pendant l'épisode navrant de compétition footballistique et nationaliste des manchots milliardaires et méprisant leurs masses énamourées), je vous republie - en attendant une actualisation critique de ce que nous subissons à l'international - un texte de PU 51, c'était dans les années 90... Un article qui avait servi de déclencheur à mon livre : "le marxisme est-il un messianisme" que ni les à chier Spartacus ni les maos de L'Harmattan n'ont daigné publier.

Marx, si souvent taxé de messianisme religieux par les réactionnaires bourgeois des XIXe et  XXe siècles démontre que sa théorie n'emprunte rien à l'illusion religieuse, et surtout il peint un tableau de la bureaucratie d'Etat qui va comme un gant au fonctionnement des Etats modernes et pas seulement à l'Etat stalinien. Ses détracteurs littéraires sont passés un peu vite, voire ont ignoré comment il a décrypté non seulement le formalisme bureaucratique mais aussi la mentalité théologique des thuriféraires historiens de gouvernement. Pour Marx, la bureaucratie représente « le formalisme d'Etat au sein de la société bourgeoise », et surtout : « L'esprit bureaucratique est un esprit éminemment théologique »; « la bureaucratie est la république prêtre ». Dans ce texte de 1843, il décrit génialement comment, à l'image de la perception superstitieuse, la bureaucratie dédouble l'aliénation dont sont victimes les individus dans la société bourgeoise:
« ...La bureaucratie constitue l'Etat imaginaire à côté de l'Etat réel, le spiritualisme de l'Etat. Chaque objet a, de ce fait, une double signification, réelle et bureaucratique (il en est de même de la volonté). Mais la chose réelle est traitée selon son essence bureaucratique, c'est-à-dire céleste, spirituelle (...). L'esprit général de la bureaucratie est le secret, le mystère... Le principe de son savoir est l'autorité, et l'idolâtrie de l'autorité est sa mentalité. Au sein même de la bureaucratie, le spiritualisme se transforme en matérialisme sordide, le matérialisme de l'obéissance passive, la foi en l'autorité, le mécanisme d'une pratique sclérosée et formaliste, de principes, de conceptions et de traditions fixes. Quant au bureaucrate pris individuellement, l'intérêt de l'Etat devient son intérêt privé sous la forme de la ruée aux postes plus élevés, du carriérisme. Il considère la vie réelle comme purement matérielle, car l'esprit de cette vie possède dans la bureaucratie sa propre existence séparée».

Il y a là une étonnante et pénétrante analyse du bureaucrate « communiste » (stalinien) ou libéral. La description de Marx ne s'arrête pas là car la base de l'explication se trouve dans le culte de la propriété privée : « La réalité de l'idée morale apparaît ici comme la religion de la propriété privée»; « la religion est devenue une qualité inhérente à la propriété foncière ». Marx reproche en plus à Hegel de ne pas avoir décrit l'Etat moderne, et il est caustique sur la mystification politique: « Le principe qui veut que le rationnel soit réel se heurte précisément à la réalité irrationnelle qui est partout le contraire de ce qu'elle affirme et qui affirme le contraire de ce qu'elle est ». La souveraineté du monarque est confondue avec celle du Dieu, et l'absence de souveraineté du peuple prouve l'aliénation de l'homme (non réduite au concept de dépression ou animadversion à l’époque). Avant d'élaborer la théorie du prolétariat comme force levier de la société future, Marx en appelle à la souveraineté du peuple, et bien que sa pensée soit encore imprécise, c'est par la délimitation d'avec la religion qu'il peut envisager un régime de « vraie démocratie» comme « énigme résolue de toutes les constitutions » : 

« De même que ce n'est pas le religion qui crée l'homme, mais l'homme qui crée la religion, ce n'est pas la constitution qui crée le peuple, mais le peuple qui crée la constitution ». De cette idée découlera ultérieurement que la « vraie démocratie » n'est pas l'Etat républicain mais dépend de la disparition de l'Etat politique; pour l'heure s'il envisage un « Etat démocratique.

Pour qu'un groupe soit par excellence le groupe libérateur, il faut qu'à l'inverse un autre groupe soit, de façon manifeste, le groupe qui asservit. » Marx raisonne jusque là sur le mode de la révolution française, et il en vient à établir la synthèse de son raisonnement: « ... cette dissolution de la société sous forme d'une classe particulière, c'est le prolétariat. » Pour les commentateurs modernes les plus stupides, ceux qui sont accrédités auprès des pouvoirs publics de l'armement et du goupillon communautariste, le jeune Marx, pauvre d'esprit, ne faisait que renouer avec la tradition... judéo-chrétienne: croyance en l'idée du salut collectif opéré par le prolétariat succédant au peuple élu, messianisme biblique, décadence salutaire, etc. Or rien, surtout dans les écrits du jeune Marx, et jusqu'au terme de sa vie, ne transpire de la moindre concession idéaliste à la psychologie religieuse. Marx n'est ni gourou ni sociologue à la manière d'Auguste Comte ou des plumitifs français, il est un penseur de l'histoire. L'histoire n'existant pas vraiment encore comme discipline universitaire ni comme objet d'étude rétroactif, c'est en véritable historien pénétrant de l'évolution de l'humanité de l'Antiquité à la Révolution française et au développement du capitalisme, qu'il dégage la fonction des classes sociales et leur destinée. C'est de l'histoire des hommes qu'il dresse la responsabilité de la principale classe exploitée moderne non de la Bible, ni du Talmud ni de toutes les diverses élucubrations psychologiques religieuses ésotériques ou astrologiques. C'est de l'aspect révolutionnaire du capitalisme lui-même, universaliste dans l'échange et capable de dominer sur terre et sur mer (guère plus tard dans les airs) la planète, qu'il déduit la possibilité pour une classe universelle produit produite par ce même capitalisme, de prétendre lui succéder sur d'autres bases à dimension humaine. 

Marx n'a donc pas eu besoin de rencontrer Flora Tristan qui avait exposé avant lui l'importance de la classe des prolétaires pour l'avenir, car l'idée était « dans l'air »; chaque révolte ouvrière, chaque révolution à l'époque pose le problème de l'universalité de la transformation du monde par une classe particulière. Après la mort de Marx, dans la préface de juin 1883 à une réédition du Manifeste communiste, Engels est réducteur en imaginant que l'idée maîtresse d'émancipation de la classe ouvrière avec pour visée l'émancipation de l'humanité entière appartiendrait « uniquement et exclusivement à Marx », comme lorsqu’il prétend sur sa tombe qu’il n’avait pas d’ennemis (Il en avait plein, aujourd’hui encore). 

La conviction d'une nécessaire émancipation existait chez la plupart des prédicateurs socialistes et communistes du XIXe siècle; cependant on trouve une dimension eschatologique, une religiosité sous l'argumentation généreuse et humanitariste, mais pas chez Marx. Non pas que Marx soit cynique ou anti humaniste, mais parce qu'il est hermétique à toutes les promesses de rédemption et de bonheur dans l'au-delà et parce qu'il a compris que le combat contre la psychologie religieuse – sujétion des hommes à des autorités supérieures auto-proclamées - était incessant, même s'il n'est plus primordial au niveau politique. En 1844, Marx est reconnaissant à Feuerbach d'avoir prouvé que la philosophie n'est rien d'autre que la religion sous forme de concepts abstraits et d'avoir fondé le véritable matérialisme moderne. Feuerbach a «achevé la critique de la religion en même temps qu'il esquissa les lignes maîtresses d'une critique de la spéculation hégélienne » (la Sainte Famille, chapitre VI). Hegel n'était finalement qu'un psychologue religieux qui spéculait dans l'abstraction. L'aliénation fondamentale de l'être humain au XIXe siècle est d'ordre économique et se dégage de la propriété privée. Les oppressions politiques et religieuses n'existent qu'en fonction de la principale aliénation: « La religion, la famille, l'Etat, le droit, la morale, la science, l'art, etc., ne sont que des modes particuliers de la production et en subissent la loi générale. La suppression positive de la propriété privée, en tant qu'appropriation de la vie humaine, est donc la suppression positive de toute aliénation, c'est-à-dire le retour de l'homme qui, abandonnant religion, famille, Etat, etc., retrouve son existence humaine, c'est-à-dire sociale. L'aliénation religieuse comme telle s'opère dans le seul domaine de la conscience, à l'intérieur de l'homme, tandis que l'aliénation économique est celle de la vie réelle » (fin de la dépersonnalisation). Marx établit la nécessité de la dictature du prolétariat en 1852. La société communiste sera « appropriation réelle de l'essence humaine par et pour l'homme », par suite « le retour de l'homme à lui-même en tant qu'homme social, c'est-à-dire humain, retour complet, conscient, accompli en sauvegardant toute la richesse du développement antérieur ». Pas de table rase cynique chez Marx, mais un communisme vraiment humaniste où l'homme rentrera en possession de son être générique. Ce communisme » résout l'énigme de l'histoire et sait qu'il la résout ». Marx indique un possible sens de l'histoire, il n'officie à aucune anticipation pseudo-mystique. Soumis à la dynamique de transformation politique et sociale, la persistance de la psychologie d’Etat, en particulier sous sa forme religieuse, est vouée à l'extinction; il n'est pas besoin de la combattre de front la simple religion, désormais si puisque dans l'aire musulmane elle est redevenue religion d'Etat et Etat de la religion. Se situant résolument sur le terrain politique et social, Marx analyse le travail. C'est par le travail que l'homme transforme et se transforme.

UNE PERSPECTIVE COMMUNISTE ANTI-RELIGIEUSE

Pour Marx le prolétariat n'est pas investi par sa lutte du messianisme qui viserait à reconstituer l'humanité perdue. Ce n'est pas parce qu'il est révolutionnaire, mais parce qu'en tant que classe il est poussé par des conditions historiques (au nombre desquelles aussi sa misère). Le jeune Marx, au milieu des années 1840, émerge de ses études philosophiques. Il est même en retard quant à l'appréhension de l'expérience historique prolétarienne accumulée depuis Babeuf et la première vague des utopistes. Ses textes, même s'il commence à percer des notions matérialistes pour la théorie de classe, sont encore entachés d'un jargon philosophique humaniste; lequel est cité depuis à tour de bras par toutes les générations de petits-bourgeois radicaux comme le fin du fin de la "subversion". Au contact du mouvement ouvrier et en étudiant l'économie politique anglaise, Marx abandonnera cette phraséologie philosophique humaniste, bien qu'en gardant un style complexe (mais riche de contenu et mille fois plus lisible que les écrits brouillons d'un Bakounine). Marx rejette l'hypocrisie de la morale humaniste bourgeoise au-dessus des classes. La forme de la morale des hommes, à toute époque, n'est pas indépendante des facteurs matériels de la société. Il décèle la conscience de (et pour) l'humanité dans le prolétariat. Dans son ouvrage charnière où il délimite pour la première fois aussi nettement le prolétariat de la petite-bourgeoisie, Marx insiste sur la nature de la classe ouvrière associée de fait par les conditions de l'exploitation, conduite à se grouper pour se défendre. Là est le creuset de l'esprit de fraternité, de solidarité, de discipline de classe. Ce dévouement à la communauté de classe qui produit l'organisation des ouvriers au niveau économique d'abord, puis politique, fait même passer au second plan la question des salaires. Les ouvriers coalisés sont prêts à tous les sacrifices pour aider un camarade menacé par la répression ou l'arbitraire patronal. Cette spécificité d'origine se retrouvera dans la période de transition où la classe ouvrière se moquera de la question des salaires en elle-même dans l'objectif de sauver et transformer l'humanité meurtrie par la barbarie capitaliste. Il ne s'agit plus de la communauté religieuse mais d'une association qui ne peut fonctionner sur la base de superstitions antiques:

"... se réunissent dans une pensée de répression, les coalitions, d'abord isolées, se forment en groupes, et en face du capital toujours réuni, le maintien de l'association devient plus nécessaire pour eux (les ouvriers) que celui des salaires.” ("Misère de la philosophie").

Dans un article de 1911, Pannekoek souligne cet aspect de la théorie matérialiste naissante chez Marx qui donne à l'éthique un fondement matérialiste”. Contre les anarchistes qui tiennent la lutte contre le capitalisme pour un combat contre "l'injustice" de façon idéaliste, Pannekoek réaffirmait que c'est parce qu'il devient une entrave à l'évolution de l'humanité que le capitalisme peut être supprimé.  Le plus fondamental n'est pourtant pas cet idéalisme à la Pannekoek mais le fait que, intrinsèquement la religion est liée à la propriété privée donc à l'Etat; c'est pourquoi les nazislamistes iraniens condamnent à mort pour "crime contre dieu et pour la corruption sur terre".

LA QUESTION DE L'ETAT TRANSITOIRE 

La base de l'explication du phénomène bureaucratique se trouve dans le culte de la propriété privée : « La réalité de l'idée morale apparaît ici comme la religion de la propriété privée »; « la religion est devenue une qualité inhérente à la propriété foncière ». En ce sens, Marx reproche à Hegel de ne pas avoir décrit l'Etat moderne, et décrypte la mystification politique: « Le principe qui veut que le rationnel soit réel se heurte précisément à la réalité irrationnelle qui est partout le contraire de ce qu'elle affirme et qui affirme le contraire de ce qu'elle est ». La souveraineté du monarque est confondue avec celle du Dieu, et l'absence de souveraineté du peuple prouve l'aliénation de l'homme. Avant d'élaborer la théorie du prolétariat comme force levier de la société future, Marx en appelle à la souveraineté du peuple, et bien que sa pensée soit encore imprécise, c'est par la délimitation d'avec la religion qu'il peut envisager un régime de « vraie démocratie » comme « énigme résolue de toutes les constitutions »: « De même que ce n'est pas le religion qui crée l'homme, mais l'homme qui crée la religion, ce n'est pas la constitution qui crée le peuple, mais le peuple qui crée la constitution ». De cette idée découlera ultérieurement que la « vraie démocratie » n'est pas l'Etat républicain mais dépend de la disparition de l'Etat politique; pour l'heure s'il envisage un « Etat démocratique » contre « le monde philistin de la monarchie prussienne », c'est à terme vers: « une communauté d'hommes appelés à réaliser leurs fins les plus élevées ». 

Toute la question d'un usage temporaire de l'Etat, en vue de sa destruction hypothétique...probablement longtemps après, restera une épine dans les projets révolutionnaires de la période à venir face à deux théories, celle conseilliste de Pannekoek et Mattick où les Conseils ouvriers seraient à même de s'emparer du sale boulot de l'Etat antérieur, car il faut un Etat centralisé pour gérer toute la société ou c'est le chaos et la peine de mort durant toute la guerre civile - et on imagine mal la centralisation politique de la classe assumer répression et ordre social - et celle du "parti propre" de Marc Chirik, père du CCI, qui a imaginé que le parti pouvait se débarrasser du sale boulot d'Etat en restant en dehors de celui-ci, solution qui, 40 ans après la mort de ce théoricien, me paraît bancale pour ne pas dire utopique. On avisera probablement in vivo.

Goinfrons-nous de chocolats avec notre superbe indifférence européenne pendant que continuent les massacres quotidiens en Ukraine et en Iran. Marx ne fût pas le père Noël et sa prémonition d'une fin nécessaire voire inévitable du capitalisme eût de géniaux précurseurs.

. Georges Zimra a brillamment résumé la pensée d'un grand précurseur :

« Spinoza rejette le messianisme juif et considère que l’histoire sacrée est un mythe et la religion une illusion de l’esprit, la puissance aliénante de l’imaginaire de l’homme. Pour Spinoza, il n’y a pas d’autre monde que celui dans lequel on vit ; il représente la totalité de ce qui existe et rien ne saurait exister en dehors de lui. Tout l’être de l’homme est l’être en ce monde, et Dieu est identique à la totalité de ce qui existe et rien ne saurait exister en dehors de lui (…) Il n’y a pas d’être transcendant de l’univers. Les lois de l’univers ne sont pas inscrites dans la Bible mais dans la Nature. Toute chose dans la nature est inscrite d’abord dans la raison et structurée par elle (…) Spinoza rejette les miracles, les croyances, les superstitions parce qu’ils contreviennent à la raison. Seule la raison est le principe de l’univers (…) Son programme est théologico-politique : l’homme débarrassé des superstitions et de l’archaïsme religieux pourra se tourner vers la construction politique d’un Etat Spinoza rappelle que la religion juive a été initialement conçue comme une religion politique. Les lois qui régissaient la patrie antique des Hébreux étaient des lois théologiques qui structuraient le politique. Le pouvoir judaïque était un pouvoir théocratique. (…). C’est le déterminisme des nations et celui des peuples, bien différents l’un de l’autre, qui président à la destinée des peuples (…) Par conséquent, conclut Spinoza : « aujourd’hui donc, les juifs n’ont absolument rien à s’attribuer qui doive les mettre au-dessus de toutes les nations » (Traité théologico-politique, ed Flammarion p.71.) ; on peut lire aussi, et saisir toute la subtilité de ce philosophe révolutionnaire comme Galilée et Copernic l’ont été dans la science : « L’homme ne pense à rien moins qu’à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie ».

PS: Baruch de Espinoza est banni de la communauté juive d’Amsterdam le 27 juillet 1656. (Lire : « Freud, les juifs, les allemands » de Georges Zimra (edition érès).

 












lundi 21 novembre 2022

DU BON USAGE DE LA CHARITE IMMIGRATIONNISTE



« Officier d'un tribunal estably contre les Juifs, Les Mores & les Hérétiques, pour s'enquerir de ceux qui pechent contre la Foy ».  Définition de l’inquisiteur au 17 e siècle

“Que d'hommes se pressent vers la lumière non pas pour voir mieux, mais pour mieux briller.” Nietzsche

« La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste » (Manifeste du Parti Communiste, 1847, K Marx et F. Engels).

« Cette catégorie de socialistes réactionnaires seront toujours, malgré leur feinte compassion pour la misère du prolétariat et les larmes qu’ils versent à ce sujet, combattus énergiquement par les communistes, car : l) ils se proposent un but impossible à atteindre. 2) ils s’efforcent de rétablir la domination de l’aristocratie, des maîtres de corporations et des manufacturiers avec leur suite de rois absolus ou féodaux, de fonctionnaires, de soldats et de prêtres, une société qui, certes, ne comporte pas les maux de la société actuelle, mais qui en comporte tout au moins autant, et ne présente même pas la perspective de la libération, grâce au communisme, des ouvriers opprimés.3) ils montrent leurs véritables sentiments chaque fois que le prolétariat devient révolutionnaire et communiste: ils s’allient alors immédiatement avec la bourgeoisie contre le prolétariat ».

Friedrich Engels, Principes du Communisme (XXIV. EN QUOI LES COMMUNISTES SE DIFFÉRENCIENT-ILS DES SOCIALISTES ? 1847)

Galas de charité médiatique

Les aventures à rebondissement « humanitaire » du bateau Océan viking du trust « SOS Méditerranée auront au moins servi, du fait du scandale médiatique, à lever pour le plus grand nombre l’hypocrisie de l’humanitaire appliqué au soi-disant sauvetage normal des migrants « exposés aux intempéries de la mer ». L’hypocrise de la gauche capitaliste est apparue dans toute son ampleur et faconde pour ce qu’elle est, charité bien ordonnée. Et surtout en tant que faux internationalisme. Pourquoi et comment ?

Traditionnellement dans toute l’histoire du mouvement ouvrier jusqu’à nos gauchistes et même notre milieu maximaliste anti-syndicats et anti-partis, on considérait l’immigration comme un phénomène naturel favorisant plutôt une démultiplication de la classe ouvrière indépendamment des diverses nations, races ou origines. La classe ouvrière, étant une classe internationale, allait pourtant se voir dissoute dans la dite mondialisation, surtout après l’effondrement du « socialisme réellement existant » au profit d’une idéologie « humanitaire » où bourgeoisie et petite bourgeoisie posent à un humanitarisme de curé supposé démontrer que le capitalisme moderne peut intégrer diverses populations, quoique avec les mêmes règles qu’au temps de la colonisation : pour faire venir et exploiter à fond des prolétaires de pays arriérés et simples havres de matières premières pour les principales grandes puissances, sans que ces impérialismes ne s’inquiètent le moins du monde de ces pouvoirs barbares qui, finalement, servent à approvisionner en main d’œuvre soumise au chantage à la misère et à l’expulsion. On a l’habitude de critiquer les vilains passeurs et maintenant leurs collabos humanitaires, mais jamais au grand jamais les Etats corrompus et sadiques de ces zones où on puise sans vergogne la « matière première humaine ».

C’est un fait désormais : les édiles bobos et un tas d’officines secrètes (banques allemandes ?) financent des ONG crapuleuses[1]. L’origine des subventions est extraordinaire de poisse idéologique et confirmation de la commercialisation de l’humanitaire et de sa source pour des emplois payés au niveau de celui des cadres supérieurs dans l’industrie ; dont les revenus s’échelonnent entre 2000 et 4000 euros pour les matelots du sauvetage… industriel. Le PDG de « SOS Méditerranée » a le culot de déclarer : « on ne fait pas de business ! on fait de l’humanitaire et on sauve des vies » . C’est doublement faux, d’abord parce que l’humanitaire devrait rester bénévole or c’est désormais une profession, plutôt bien rémunérée et attractive oécuméniquement, deuxio le sauvetage des vies, s’il a lieu, apparaît à bien l’observer comme une mise en scène planifiée. C’est presque une sinécure avec un voyage touristique en Méditerranée qui sent l’aventure et la bonne conscience charitable. Travailler dans un bureau ? Pouah ! Sillonner les mers à la recherche de pauvres hères pour les jeter dans une autre « misère loto », c’est autrement passionnant. Les subventions aux faux bénévoles sont faramineuses, pour des emplois qui sont devenus légions et qui ont pour argument la charité servant à dénoncer la non-participation de l’Etat bourgeois :

« SOS Méditerranée se veut donc un modèle. L’association opère désormais en partenariat avec la Fédération internationale de la Croix Rouge. Elle déclare disposer de 10 millions d’euros de ressources par an. Elle est financée à 89% sur fonds privés et à hauteur de 11% par des collectivités plutôt à gauche, du conseil départemental de la Loire-Atlantique (200.000 euros de subvention annuelle) à la ville de Paris (100.000 euros récemment renouvelés), en passant par Marseille, la région Bretagne, Brest, Lille, Lyon, Montpellier, Nantes, Rennes ou Strasbourg. Rien de précis en revanche sur les plus gros donateurs privés ».

Dix millions de ressources par an pour se balader en bateau, voire bronzer en attendant que les collègues passeurs viennent livrer la marchandise humaine, l’aventure c’est l’aventure avec le confort à bord et le sentiment d’être le centre du monde…charitable.

La mairie « socialiste » de Paris a fait attribuer une subvention de 100.000 euros au profit du gang « SOS Méditerranée »… les bobos entretiennent les bobos. Hidalgo s’est attirée les foudres de la méchante droite « raciste et fasciste » du fait que la municipalité bobo est endettée à hauteur de 10 milliards d’euros (une de raisons pour laquelle Hidalgo a été obligée de doubler les impôts de ses braves électeurs). Ce qui choque la droite bourgeoise ne peut nous choquer nous, en tant que marxistes révolutionnaires depuis 2017, c’est du cinéma pour se faire passer pour « internationaliste » alors qu’il ne s’agit que d’une collaboration à la mondialisation capitaliste hypocrite – qu’on ne peut expliquer par le radotage bateau du CCI (la décomposition) – mais par une mystification, avec l’attirail anti-raciste, pour éviter au prolétariat en général de penser que la boutique humanitaire n’a rien à voir avec l’internationalisme mais avec la charité bourgeoise ; penser indépendamment du « prêt à penser secouriste » la  chose qui est hérétique pour les élites de la gauche et de l’extrême gauche du capital, ou alors c’est que vous êtes un fasciste. Le jeune Marx avait dénoncé l’hypocrisie de ce genre de charité gauchiste : « la bourgeoisie prêche la charité, la miséricorde, la résignation, autant d ’obstacles à la violence et à la révolution ».

« Les principes sociaux du christianisme ont justifié l'antique esclavage, glorifié le servage du moyen âge et s’entendent également au besoin à défendre l’oppression du prolétariat malgré tous les petits airs navrés qu’ils se donnent. Les principes sociaux du christianisme prêchent la nécessité d’une classe dominante et d’une classe opprimée, et n’ont à offrir à cette dernière que le pieux souhait que la première veuille bien se montrer charitable. Les principes sociaux du christianisme placent dans le ciel le règlement consistorial de toutes les infamies subies sur cette terre. Les principes sociaux du christianisme proclament que toutes les infamies des  oppresseurs envers les opprimés sont ou bien la juste punition du péché originel et des autres péchés, ou bien l’épreuve à laquelle le Seigneur, dans sa sagesse, soumet ceux qu’ii a sauvés. Les principes sociaux du christianisme prêchent la lâcheté, le mépris de soi-même, l’abaissement, la soumission, l’humilité, bref toutes les qualités de la canaille. . . Les principes sociaux du christianisme sont des principes de cafards ,et le prolétariat est révolutionnaire... »[2]

La défense des pauvres immigrés valorisation excessive de la charité

L’aspect fallacieux de la charité a été fort bien dénoncée au début du 19 ème siècle par les saint-simoniens : « C’est donc une triste mais instructive vérité à reconnaître et à mettre à profit cette impuissance de la charité collectivement et individuellement exercée. Il est donc malheureusement incontestable que cette charité, malgré son organisation puissante, malgré les nombreuses sociétés d’assistance qu’elle a fondées, malgré l’abondance des offrandes et des legs pieux, et malgré le concours actif de la bienséance municipale ; c’est une triste et instructive vérité à proclamer bien haut, que la charité, alimentée par tant de canaux et tant de sources intarissables, ne peut pas préserver la cité qui se dit et se croit la plus civilisée de l’univers, d’avoir en son sein, à côté des merveilles d’une construction gigantesque, à côté de ses fastueux palais et de ses riches comptoirs, des populations nues et affamées, dont les privations et les souffrances extrêmes ne sont pas purement locales »[3]

La charité est héritage de la religion, qui a pour but de servir d’échappatoire à la question de la révolte sociale, un des ingrédients donc de « l’opium du peuple » La charité chrétienne n’est donc qu’une forme de perpétuation éternelle de l’ordre social en cours. Charles Fourier est plus direct :

« Il fallait à l’Économie politique un beau masque pour cacher sa vilaine figure. C’est une science qui ne parle qu’à la bourse : elle devait se former un allié qui parlât au cœur, une secte qui, réduisant les jouissances du luxe et les voluptés en actes religieux, aurait prouvé que l’amour des richesses et des voluptés est très compatible avec la probité, la charité et les passions généreuses ».

C’est chez les gauchistes des deux clans trotskiens NPA et LO que la charité bien convenue est masquée sous le discours immigrationniste le plus stupide. Ils procèdent comme dans leur vassalisation à la gauche bourgeoise en faisant passer les institutions de l’ordre bourgeois (syndicats et partis politiques) comme nécessaires à la lutte de classe. Cela est conforme à leur ancien discours charitable, sur le fond, concernant les prétendues libérations nationales. D’ailleurs leur wokisme qui se fixe férocement contre le colonialisme passé (comme le fascisme passé) sert à faire oublier leur soutien indéfectible à l’arrivée au pouvoir des pires dictateurs tiers-mondistes. Leur soutien à la « lutte des immigrés » (considérée comme une catégorie spécifique était finalement aussi une lutte charitable, et, au fond, un mépris de ces peuples sous l’exaltation formelle.

Le NPA se situe hors du combat politique et balade ses jeunes adhérents hystérisés dans une dynamique très inquisitoriale sur le plan psychologique : «… les idées racistes et nauséabondes et les politiques migratoires mortifères doivent être combattues à tous les niveaux ». Hurlant contre l’hydre « fasciste », et comme les charitables faux socialistes du 19 ème, le NPA invoque le « droit international » (sans doute pour faire internationaliste) mais hélas en fait la mafia européenne :

« L’Italie de Georgia Meloni, l’extrême droite « post-fasciste », refuse de laisser accoster les bateaux, y compris contre le droit international. Cette situation permet à la France et à l’hypocrite Darmanin, mais également à la Norvège, à l’Allemagne et nombreux autres pays de leur donner des leçons de droits humains tout en ne faisant rien ». (C’est intitulé sans rire « article de la catégorie antiraciste)

Tout en ne faisant rien, l’Allemagne en particulier ? Rigolos, la moitié des bateaux ONG sont allemands et pour cause, celle-ci a besoin de main d’œuvre à bon marché et peut compter donc sur l’appui des gauchistes français et des verts allemands !

 Lutte Ouvrière, après avoir protesté contre le sort fait aux migrants, nous joue de la flûte mondialiste : « La planète est devenue un grand village où, même sans partager la langue et la culture des femmes et des hommes vivant à des milliers de kilomètres, nous en partageons les malheurs et les espoirs. Et c’est maintenant qu’il faudrait multiplier les frontières et les rendre infranchissables ? ».

Pour sûr la bourgeoisie mondiale nous invente chaque jour de nouvelles nations, mais la dénoncer cela revient-il à appeler toute l’Afrique et au reste à venir migrer en Europe ? LO est en permanence ambigu et danse d’un pied sur l’autre, laissant penser même à un moment revenir sur le terrain de classe contrairement au cosmopolite et inconsistant NPA :« Ce sont les exploiteurs à la recherche de profits qui provoquent et façonnent les migrations. Mais tout en rassemblant et en mélangeant les travailleurs des quatre coins du monde, les capitalistes ont toujours eu pour politique de les diviser et de les dresser les uns contre les autres ».

Autrement dit, et c’est là la stricte vérité, les migrants ne viennent pas s’eux-mêmes, mais parce que les patronats leur proposent la lune et la misère avec. Or, dans son édito, Nathalie Arthaud vante le beurre et l’argent du beurre, et surtout, oublie, comme CCI et tutti quanti, que le système se sert de l’immigration non seulement comme tactique éprouvée et traditionnelle de diviser la classe ouvrière mais pour liquider toute possible renaissance du véritable internationalisme qui ne supposait pas une immigration de dépeuplement, de masses transitant dans l’affolement d’un continent à l’autre, où le système a généralisé d’immenses camps d’internement et où des centaines meurent en mer du fait des chants de sirènes des capitalistes avec les chœurs gauchistes immigrationnistes irresponsables.

« Les immigrés sont tous des travailleurs et quasiment tous les travailleurs sont des immigrés. S’ils n’ont pas changé de continent ou de pays, ils ont changé de région ou de ville. La fraternité de classe doit nous conduire à être du côté des migrants contre nos exploiteurs et nos gouvernants. Car c’est ensemble que nous aurons la force de briser les chaînes de l’exploitation ».

Tout ça c’est du bla-bla qu’on a tous répété pendant des décennies, cela reste vrai, mais vain et hors d’une réalité où la bourgeoisie ridiculise cette fraternité internationale au niveau d’une charité mondialisée.

Mais derrière cet immigrationnisme qui ne déroge pas à la bien-pensance réformiste, ces groupes, d’origine stalino-trotskiste défende un programme totalement réactionnaire, comme le rfévèlent leurs critiques à l’Etat providence. >La première ébauche de l’État providence (le Sozialstaat ou "État social") a vu le jour en Allemagne. Le chancelier Bismarck mit en place un système d’assurances sociales, afin de contrer l’influence grandissante du socialisme au sein d’une classe ouvrière en plein développement. Au 20ème siècle, par suite aux deux guerres mondiales cet Etat providence a été remis au goût du jour par les diverses factions de la gauche bourgeoise de Marchais à Mélenchon. On imagine d’ailleurs ce que ferait un tel Etat restauré face à l’afflux de migrants…

 

LA DENONCIATION DE LA CHARITE DU POINT DE VUE DES BASSES CLASSES

Les précurseurs dits utopistes, bien à tort quand on compare leurs travaux à la démagogie moderne de la gauche bourgeoise et de ses gauchistes. Le progrès industriel au 19 ème supposait d’y associer le progrès social, afin d’accroître les revenus de l’ouvrier, mais surtout à le soustraire au besoin d’assistance, à lui donner, en un mot, les moyens de se passer du secours de la charité.

Les dits utopistes, plus radicaux et peu enclins à respecter les traditions catholiques, s’approprient « l’utopie des classes inférieures ».  Saint-Simon (1760-1825) reconnaît dans son Nouveau Christianisme (1825), produit de la sécularisation de la société postrévolutionnaire par l’intermédiaire des institutions étatiques, que la charité n’est jamais réellement réalisée, les carences se maintenant, de sorte que le besoin se fasse régulièrement ressentir, afin d’assurer l’hégémonie d’une classe sur l’autre. L’Église, qui se préoccupe plus de règne temporel que de l’élévation spirituelle des foules, ne parvient pas à effacer la misère morale et sociale, si elle ne l’accentue.

Les pauvres dont parle Saint-Simon sont aussi les migrants d’aujourd’hui, avec leurs misères et leurs méfaits inévitables : « Les pauvres, étant nourris par charité, sont mal nourris ; ainsi leur existence est malheureuse sous le rapport physique. Ils sont encore plus malheureux sous le rapport moral, puisqu’ils vivent dans l’oisiveté, qui est la mère de tous les vices et de tous les brigandages dont ce malheureux pays est infesté ».

Saint-Simon reproche au clergé catholique de « sacrifier » la classe des pauvres aux laïques riches et investis du pouvoir, à condition que ces derniers consentent eux-mêmes à se laisser dominer sous tous les rapports par les ecclésiastiques, comme c’est le cas surtout, hélas, avec l’islamisme aujourd’hui.

COMMENT ECHAPPER A CETTE POISSE de charité bourgeoise ?

« Prêtres et philosophes ont distingué les bonnes et mauvaises passions, prétendant qu’en exerçant de bonnes actions, telles la charité, on peut espérer le bonheur de l’au-delà ». Charles Fourier

Pour Saint-Simon, la notion de fraternité vient se substituer à la charité, accomplissant le vœu de la Révolution française, en détournant la fraternité d’armes.  La conclusion à laquelle aboutit Saint-Simon rappelle celle de saint Paul (1Cor 1,17-25), à savoir la folie du monde :

« La société actuelle est véritablement le monde renversé. Puisque la nation a admis pour principe fondamental que les pauvres devraient être généreux à l’égard des riches, et qu’en conséquence les moins aisés se privent journellement d’une partie de leur nécessaire pour augmenter le superflu de gros propriétaires »..

Saint-Simon emploie rarement le terme de charité qu’il conçoit comme négativement connoté. En revanche, il préfère le concept d’association qui exprime mieux le lien d’interdépendance qui relie tous les composants d’un même système : si l’un des maillons est faible, cette faiblesse menace l’ensemble du système ; aussi le système a pour fonction de renforcer ses faiblesses. Le besoin de charité trahit l’imperfection de la société et l’incompétence des membres et institutions qui la composent. Une pareille attitude n’est plus tenable après 1789 car la misère des uns permettrait d’élever les autres, supposant alors dans l’humanité deux espèces distinctes, reconnaissant à l’une la légitimité à exercer son « pouvoir » de charité sur l’autre contrainte à lui être redevable, l’une dotée d’une âme supérieure et l’autre condamnée aussi à la misère morale. Pour Fourier l’indigence est entretenue par la classe dominante afin qu’elle puisse exercer sa domination maligne en revêtant le masque de la bienfaisance. Il y voit l’expression d’une « volupté » qui témoigne du projet sciemment criminel de la finance soutenue par l’Église, preuve que le Christ a bien été vendu à Mammon (Mat. 6,24) et que la société célèbre le Veau d’or. Idem pour l’islam. Fourier est génial comme le nota Marx, avec sa belle écriture il va à l’essentiel :

« Il fallait à l’Économie politique un beau masque pour cacher sa vilaine figure. C’est une science qui ne parle qu’à la bourse : elle devait se former un allié qui parlât au cœur, une secte qui, réduisant les jouissances du luxe et les voluptés en actes religieux, aurait prouvé que l’amour des richesses et des voluptés est très-compatible avec la probité, la charité et les passions généreuses. (…) La charité ! elle est impossible par l’immensité des misères que nulle aumône ne peut faire disparaître ; elle est de plus dangereuse, en causant la répugnance du travail dont le peuple est détourné quand il trouve des aumônes abondantes. Il y a de plus, impossibilité de discerner les vrais pauvres d’avec les intrigants ». (…)  « la civilisation tombe dans le ridicule et l’impuissance jusque dans ses entreprises les plus louables, comme celle de secourir l’indigent  ». Le miséreux est ainsi habitué à la paresse et à la mendicité ».

Le précepte humaniste  « ne faites pas aux autres ce que l’on n’accepterait pas pour soi-même » se solde par un échec car il perd, à long terme, autant le miséreux que la main secourable. Dans la Phalange idéale, Fourier pratique une « charité fédérale », la philosophie devant toujours se méfier des séductions de la religion car cette dernière, digne des plus hautes considérations, risque de l’entraîner dans les méandres du crime (ce qui était très anticipateur de l’islam délétère au XXI ème siècle !

Victor Considérant (1808-1893), philosophe et économiste polytechnicien fouriériste, dénoncera l’extraordinaire manipulation de la charité en approfondissant les réflexions théologiques : le dolorisme du christianisme est détourné par les chrétiens eux-mêmes qui discréditent les paroles du Christ en pratiquant une charité au nom du bien tout en concourant au mal.

Osé vous paraîtra le commentaire suivant qui ne peut accepter le migrant comme un saint, à la manière de nos religieux et inquisiteurs islamo-gauchistes !

« Si la douleur, si les souffrances, si toutes les misères nous sont imposées par la volonté absolue de Dieu […] ; si nous ne pouvons mériter auprès de lui, rentrer en grâce, et gagner notre salut éternel que par ces douleurs, par ces souffrances, et par notre résignation à les supporter […], la charité alors est une très grande inconséquence… Porter secours à votre frère qui souffre, c’est tendre un piège à sa faiblesse, c’est lui enlever des mérites, des occasions, des moyens de salut […]. Voilà les conséquences où le dogme mène ».

On a longtemps cru dans le mouvement ouvrier et révolutionnaire qu’on vivrait peu à peu un effacement des frontières, que la charité laisserait la place à la solidarité…de classe et à une fraternité universelle. Or la capitalisme décadent détruit de plus en plus ces deux vertus.

L’empathie et la solidarité altruiste ne disparaissent jamais dans les basses classes et surtout dans la classe ouvrière mais l’explosion démographique et les flux en tous sens des populations, dus surtout à l’incapacité croissante du capitalisme de réguler son système et d’aller insensiblement vers l’abîme, changent les données de l’internationalisme. La bourgeoisie s’est posée désormais en moraliste antiraciste, féministe, immigrationniste, remplaçant les idéaux universalistes de fraternité des peuples, du développement des peuples dans leurs aires d’existence et de culture respective, par un capharnaüm planétaire où tous les chats sont gris et tous les migrants des victimes du racisme et pas du capitalisme déglingué.

 

 

NOTES

 



[1] Migrants: les liaisons dangereuses entre ONG et passeurs, cet article du Figaro, qui fait florès dans les médias aujourd’hui, est encore trop gentil concernant cette collaboration entre mafia des passeurs et faux bénévoles, s’appuyant lui aussi un peu trop sur l’argument humanitaire comme cache-sexe d’une exploitation de la misère des « sans patrie » pour vivre normalement : «  Les opérations de secours, comme celle menée par l’Ocean Viking, sont accusées par l’agence européenne de contrôle aux frontières Frontex d’«influencer la planification» des réseaux d’immigration clandestine. Les associations, elles, réfutent toute collusion.  Viking, Rise Above, Géo Barents, Mare Jonio, Sea Watch 3, Open Arms Uno et tant d’autres bateaux ambulants, la flotte des ONG en Méditerranée n’a jamais été aussi étoffée. La moitié est liée à des ONG allemandes. Ces navires sont au moins une vingtaine à se répartir les interventions en mer, épousant le rythme effréné imprimé par les réseaux du crime organisé qui s’enrichissent sur la détresse humaine en mettant à l’eau, principalement depuis les côtes libyennes, des embarcations surchargées d’exilés. Avec, en toile de fond, cette question lancinante dans les pays d’accueil: les humanitaires sont-ils, sans le vouloir, les garants d’un système qui ne fonctionnerait pas aussi bien sans eux? ». Les employés du Figaro n’y comprennent rien parce qu’ils ne peuvent se situer du point de vue de classe du prolétariat car il s’agit surtout d’une campagne idéologique, pas principalement pour dénoncer l’extrême droite, mais pour faire avaler une notion pourrie, cette notion fallacieuse d » charité « internationaliste », sachant surtout que lorsqu’elle est au pouvoir la gauche bourgeoise est la plus acharnée à « défendre nos frontières ». 

J'ai écrit plusieurs  articles sur cette question de la perversion de l'internationalisme, et même sa liquidation par la bourgeoisie, lire celui-ci en particulier de 2019, même si j'ai l'impression d'analyser dans le vide et sans aucune réaction: Le prolétariat universel: LA VIEILLE LEGENDE DE L'INTERNATIONALISME (proletariatuniversel.blogspot.com)

[2] Marx et Engels, Etudes philosophiques. A ce point de vue l’islamisation mondiale a largement dépassé le christianisme. Et cf https://www.cairn.info/revue-constructif-2020-2-page-15.htm

[3] François Barthélémy Arlès-Dufour ( 1797-1872), saint-simonien et légataire universel de Prosper Enfantin.

jeudi 17 novembre 2022

Arrêter la guerre mais à quel prix et pour quoi faire ?

 

Les lâches

Zelenski décrédibilisé ? A-t-il perdu une occasion de se taire ?

On vit une époque où tout est basé sur la dépolitisation, ce qui est classiquement, comme dans la plus banale des dictatures primaires, le meilleur moyen d’empêcher de réfléchir sérieusement les classes exploitées et surtout la classe ouvrière. La petite bourgeoisie, dans toutes ses variantes, s’énerve depuis un moment, ses écolos, ses féministes, ses barricadiers s’emportent, cassent tout mais ne dérangent en rien le système. Attendez voir quand le prolétariat s’y mettra. Donc l’idéologie mouille la poudre partout, en particulier aussi au niveau culturel. J’entre dans ma médiathèque à la recherche d’ouvrages plutôt marxistes ou du moins s’intéressant à la lutte de classe, sur la guerre actuelle… rien, sur les tables à l’entrée : des BD idiotes pour les mômes, des machins écolos et féministes, la culture des plantes, des ouvrages sur la condition des migrants et les palmiers du Sahara. Le maire de ma ville, ancien stalinien s’est reconverti écolo, comme la plupart de ses compères (ce qui explique d’ailleurs l’origine du sectarisme et du moralisme éhonté de toutes ces bandes de la Nupes nulles). Je croise une jeune élève en abaya ; elle n’est pas autorisée à la porter au lycée, tant mieux, donc rien ne l’empêche de se déguiser à l’extérieur. Dans la salle de lecture de la presse la couverture de Charlie hebdo est systématiquement repliée vers l’intérieur pour ne pas choquer le lectorat musulman.

La Turquie et l’Arabie Saoudite financent mosquées et écoles coraniques, et de plus en plus de migrants musulmans débarquent dans l’espoir eux aussi de devenir des électeurs du prophète. Tout va bien, l’ordre est protégé par le comportement cultuel promo-islam et leur férule âgeuse vieille, c’est une legs cultuel de la guerre américaine en Afghanistan ; après avoir armé les djihadistes de l’époque pour aider à faire chuter le bloc russe, même si les afghans se sont retournés contre eux. Les impérialistes US ont compris l’intérêt de cohabiter avec l’idéologie islamiste et, ce qui est la principale honte des démocraties bourgeoises (et la preuve de la pourriture de la démocratie bourgeoise) : laissant un tiers de l’humanité sous le contrôle des pouvoirs islamiques qui humilient et tuent des femmes. 30 ù de la population mondiale est islamisée : en 2050 les musulmans seront aussi nombreux que les chrétiens. Vous me direz qu’on s’éloigne ici de la guerre en cours, et que problème de l’islam criminel est secondaire, voire une fixation excessive. Que nenni, Poutine comme Biden s’en est servi[1] sans vergogne pour terroriser les ukrainiens. La réputation de cruauté des milices tchétchènes n’est plus à démontrer. La guerre dans sa durée est en général une série de mensonges, et celui de Zelenski fait figure de bévue enfantine comparée aux tonnes de mensonges des deux côtés et en particulier de celui de l’impérialisme russe. On va s’interroger sur l’alignement « unanimiste » de tous les vassaux et généraux français lécheurs de bottes de l’impérialisme américain. Zelenski, depuis le début, n’est que le jouet des américains, il ne faudrait pas que ses chevilles enflent. On le sermonne en ce moment sans se gêner, en particulier les généraux français, qui remplacent de plus en plus les journalistes dans les médias, ce qui aurait dû nous indigner depuis longtemps. Les généraux sont des gros cons. Un général français en exercice est venu se joindre au chœur des chargés de mission médiatique mondiale pour relever une « perte de crédibilité » de Zelenski, mais pour faire acte complet d’allégeance à l’impérialisme en chef : « L’OTAN a été exemplaire dans sa mesure et dans son sang-froid". "L'Otan fera la guerre si nécessaire mais elle ne fera pas la guerre par accident et encore moins par caprice » ; il faut que Zelenski cesse de « semer le doute », CQFD ! Et ce général de rappeler qu’un jour les politiciens devront bien passer sous les ordres des généraux[2]

LA FABLE DE LA GUERRE CONTROLABLE

Il faut remarquer que le présumé accident en Pologne est révélateur du fait que dans toute guerre les bourgeoisies en lice ne contrôlent pas tout, et que la menace de guerre mondiale va planer encore longtemps… jusqu’à ce qu’eux-mêmes ne puissent plus en contrôler le déclenchement. Il ne faut pas oublier que la guerre est un phénomène inconscient pour ne pas dire cynique, primaire et irresponsable sous la domination capitaliste ; d’autant qu’elle apparaît irrationnelle à notre époque, elle en vient à être inévitable, sauf à être stoppée par une révolution.

La une du journal la montagne que j’ai publiée ci-contre résume assez bien l’aboutissement de la préparation nationaliste à la guerre dans ses divers titres, et en quelque sorte gênant, un parallèle négligé par tous du début de la guerre qui avait commencé par l’invasion de la…Pologne : « Le devoir est pour tous », « Mobilisation générale en France », « La même mesure est décrétée en Angleterre »,


« devant le gouffre ». Et humour sordide habituel du pacifisme bourgeois, dans le même genre de faconde que notre G2O : « Une suprême (sic) démarche sera tentée aujourd’hui à Berlin pour inviter l’Allemagne à cesser les hostilités » ! Même le petit Zelenski, en tee-shirt kaki,  est adepte de ce double langage en déclarant : « il est temps de mettre fin à la guerre destructrice de la Russie », c’est-à-dire de la continuer… quand russes et américains sont en train, sous la table, de négocier une paix provisoire, sur le corps torturé  des ukrainiens et les laissant veufs de la Crimée. Le pape christiano-gauchiste a lui aussi suggéré à Dieu de se dépêcher de « mettre fin à la guerre au plus vite ». Question bénédiction il s’y connaît.

Remplacez Allemagne par Russie et vous aurez un avant-goût de ce qui suivra.

UNE CURIEUSE « réaction mesurée »

Alors que dans la soirée du dit bombardement sur le « territoire européen » la plupart des journalistes jouent à l’affolement, la réaction mesurée du principal impérialisme a fait sourire les plus dubitatifs parmi nous autant qu’elle a choquée les commentateurs superficiels. Hé oui, ce n’est qu’une temporisation ; il est tout aussi probable que les deux missiles ou drones aient été tirés par les soudards de Poutine[3], mais l’heure n’est pas venue à la surenchère. Pourquoi ?

Parce que le monde entier est touché par les conséquences de la guerre. En premier lieu au niveau économique nous vivons un important changement de période tournée vers l’économie de guerre. La Russie dont le PIB est deux fois inférieur à celui de la France, du fait de l’effort de guerre plonge et son PIB a chuté de 4%. Même s’il a tendance à ne pas trop faire le lien avec la guerre – c’est le rôle des munichois de la Nupes de faire croire que la lutte contre la vie chère » ne relèverait que de la contestation électoraliste de Macron - L’européen moyen subit hausse de l’essence et grand bond des prix dans les supermarchés, ce qui est moins grave que des millions d’ukrainiens privés de chauffage et d’électricité ; cet aspect de la guerre n’est pas du tout relevé comme une ignoble innovation poutinienne (décadente…) de cibler toujours plus la population civile ; même Hitler n’avait pas fait ça, se contentant d’écraser tout sur son passage avec ses chars et ses avions. On se contente de l’interpréter comme une faiblesse militaire de Poutine.

En deuxième lieu, les observateurs bourgeois les plus attentifs, économistes ou sociologues, ne cachent pas que la terre, dite planète ce qui fait plus plané…terre[4], s’oriente non prioritairement vers le réchauffement climatique ni pour la mirifique urgence climatique, mais vers de graves affrontements sociaux et politiques ; les généraux ne cachent pas miser sur la nécessaire préparation pour que les populations soient convaincues de l’inéluctabilité de la guerre… comme en 14 et en 39. Mais avant cette perspective, il faudra les mettre au pas avec « le devoir est le même pour tous ». La menace du prolétariat, comme en 1918, presse les divers impérialismes donc à SUSPENDRE PROVISOIREMENT la guerre mais jamais à y mettre fin, vu la menace prolétarienne qui se profile déjà, même à travers de simples grèves corporatives un peu partout, car, nouveauté gravissime de notre époque : la lutte économique va se développer politiquement, et pas simplement à partir des grèves ici ou là, non contre cette récurrente crise économique qui n’en finit pas, mais contre les objectifs de destruction de l’humanité de la bourgeoisie affolée et sans avenir crédible.

L’insistance à humilier Zelenski n’efface pas les conséquences de l’incident, qui favorisent une généralisation de l’armement dans chaque pays. Plusieurs pays, dont la Lituanie, réclament un renforcement de la défense aérienne du flanc est de l’Otan. Particulièrement vulnérables à la menace russe, les pays de l’Est, la Pologne et les petits pays Baltes en tête, disent leur besoin de réassurance de la part de l’Alliance. L’Allemagne s’est portée volontaire pour soutenir la défense aérienne de la Pologne, qui partage 530 kilomètres de frontières avec l’Ukraine.

Les attentats terroristes vont se multiplier comme en Turquie. En général ils sont bienvenus pour souder la population derrière l’Etat « national ».

SOUS LA GUERRE, PROVISOIREMENT pas généralisée, LE RETOUR DE L’ECONOMIE DE GUERRE

Pourtant, derrière la complicité militaire de façade (aussi provisoire), le protectionnisme revient en force dans ce monde de plus en plus fragmenté. Face aux risques multiples qui pèsent sur l’économie mondiale et la montée des tensions géopolitiques, les États, Amérique en tête, défendent avant tout leurs intérêts nationaux. Le vaste plan anti-inflation de Biden, voté en août par le Congrès, provoque des tensions avec ses alliés traditionnels, sud-coréens, européens et japonais. Les « alliés » français renâclent également :

«Le véritable risque européen, c’est le décrochage technologique, industriel et économique, qui laisserait le champ libre aux États-Unis et à la Chine» (Bruno Le Maire).

La  stratégie de Biden n’est pas seulement commerciale elle est industrielle, et s’appuie sur la croissance de ses ventes d’arme. Plus fielleux, et caractéristique de l’économie de guerre, le fait de se centrer sur la protection du marché intérieur vise à ficeler le prolétariat dans le nationalisme (= protectionnisme décomplexé), comme le souligne cette femme experte en économie. «La promesse de campagne de Biden en 2020 visait à ce que le commerce extérieur bénéficie plus aux travailleurs américains» » (Elvire Fabry).

La guerre en Ukraine a renforcé la dépendance de l’Europe à l’impérialisme US sur le « front » énergétique et sur celui de la défense militaire. Les États-Unis financent en grande partie l’aide militaire à l’Ukraine. Et elle court derrière la cavalcade à la guerre. En Allemagne décisions pour développer une nouvelle et vraie armée allemande capable de contrôler l’Europe. En France multiple gesticulations de Macron pour lui aussi préparer la guerre. J’ai déjà montré comment il se prenait pour Déroulède. Tout en agitant des phrases pacifistes sonores au G20 il a ordonné l’entraînement militaire exceptionnel de 20.000 militaires de toute l’Europe dans le sud de la France pour un remake du débarquement. Et les généraux qui ne cessent de se plaindre que, avec les moyens actuels, même nucléaires, la France ne pourrait pas tenir plus de trois jours dans une guerre conventionnelle ! Partisans ceux-là aussi d’une nouvelle, et ridicule, ligne Maginot ?

GUERRE HYBRIDE ?

Je ne partage pas ce concept de guerre hybride, ahistorique, inventé par tel économiste bourgeois, la guerre actuelle a un premier aspect irrationnel mais reste toujours fondé sur des débâcles économiques. Mais, en conclusion je suis assez d’accord avec l’article qui suit :

« Le concept de Guerre Hybride se réalise sous nos yeux : les Etats sont alliés sur le terrain militaire mais adversaires sur le terrain économique. Nos amortisseurs sociaux sont détruits par la guerre hybride au Sud important une pauvreté et donc un endettement imposé pour financer sa prise en charge, associé à une inflation imposée par la destruction de notre diversification énergétique léguée par De Gaulle (la férocité des attaques intérieures contre Total et ses projets au Gabon , et contre la filière nucléaire, contre la production intensive de céréales et notre indépendance alimentaire vient surtout des écologistes ).

Au G20 de Bali, Emmanuel Macron a demandé à Xi Jinping de ramener les Russes à la table des négociations et a dit son intention de téléphoner bientôt à Vladimir Poutine. Quelques jours plus tôt, le chef d’état-major américain, Mark Milley, avait douté de la possibilité que la guerre se termine par une victoire militaire ukrainienne et envisagé une «fenêtre de négociations».

Les appels à la «paix», à la «désescalade», aux «négociations» et au «cessez-le-feu» se multiplient dans les chancelleries et les états-majors occidentaux depuis la libération de Kherson par les forces ukrainiennes. À l’approche de l’hiver, les inquiétudes énergétiques des pays européens grandissent. La guerre coûte cher. Elle entame les stocks des armées occidentales, y compris celle des États-Unis. Les Occidentaux redoutent que les avancées militaires ukrainiennes s’accompagnent d’une nouvelle escalade russe. Ils craignent aussi un scénario du chaos à Moscou, dans l’hypothèse où le président russe serait écarté du Kremlin, peut-être par son aile radicale. Autant de raisons qui poussent certaines voix à appeler à un gel rapide des combats.

Mais il est rare que les espoirs diplomatiques formulés dans les enceintes internationales trouvent un écho sur le terrain. Ils rappellent surtout que les leçons de 2008 (guerre de Géorgie) et de 2014 (première guerre d’Ukraine) n’ont pas été apprises par tous: les cessez-le-feu et les compromis diplomatiques sont toujours utilisés par la Russie pour déstabiliser le pays qu’elle occupe, gagner du temps, et regrouper ses forces avant de lancer une nouvelle offensive. Quant à la Chine, elle n’a pas condamné l’offensive russe en Ukraine et s’est jusque-là gardée de trop critiquer Moscou. Son action, pour l’instant, devrait se limiter à essayer de bloquer les élans nucléaires du régime russe. Ce qui est déjà pas mal, mais qui ne met pas fin à la guerre ».

Il y a peu de chances que les discussions de Bali aient un effet pacifique, car elles entrent en conflit avec la réalité du terrain. Le temps de la négociation est passé. Il avait été brièvement ouvert par Volodymyr Zelensky au début de la guerre. À l’époque, le président ukrainien s’était dit prêt à des concessions. Mais la Russie, persuadée qu’elle allait gagner en quelques jours, n’avait pas saisi la perche. Depuis, les crimes de guerre commis contre les civils ukrainiens et les succès de la contre-offensive ukrainienne ont changé la donne ».

Pas sûr que la prétendue victoire ukrainienne « sur tous les fronts » (dixit un médaillé US) ait changé la donne. Enfin ce n’est certainement pas le froid en Ukraine qui turlupine les dirigeant bourgeois du monde entier (surtout la Chine) mais la crise de… l’économie en guerre !

 

 

NOTES 

 


[1] Alors que Vladimir Poutine se présente comme le protecteur des chrétiens d’Orient et le dernier rempart contre l’islamisme radical, il n’a pas hésité à envoyer sa « propre armée islamiste » combattre en Syrie. En endossant le rôle de défenseur des musulmans face aux « terroristes » qui s’opposaient au régime de Damas et en promettant la reconstruction de mosquées détruites, Ramzan Kadyrov offrait ainsi une autre légitimité religieuse à Moscou.

[2] Et le général de préciser : "Il y a un processus décisionnel qui est très normé. C'est en fait une itération entre le politique et le militaire. Le politique va commencer par définir ses objectifs, le militaire va lui dire quel genre d'options est envisageable pour remplir ses objectifs. Le politique s'exprime à nouveau puis donne ses ordres et à la fin et s'il le faut, on déclenchera une opération". Pour Michel Yakovleff ce n'est qu'à ce prix que l'Otan est crédible : "L'Otan est une réelle garantie de sérieux. C'est l'adulte dans la maison de fous, à l'heure actuelle", conclut-il.

[3] Question mensonges l’impérialisme américain est très fort, pour ceux qui connaisse le lassez-faire à Pearl Harbor pour justifier l’entrée en guerre… et a-t-on oublié les bobards sur les armes de « destruction massive », du même ordre que le récurrent argument (fallacieux) sur la menace nucléaire russe, factice ! Les bourgeoisies ne veulent pas se suicider !

[4] Je me laisse aller aussi à des jeux de mots ce qui est désormais le quotidien des titres de Libération qui a toujours un peu piqué les idées de Charlie Hebdo.