"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 13 juin 2022

UNE VICTOIRE A LA PYRRHUS DE LA GAUCHE NUNUCHE



On assista donc au discours le plus ridicule de la Vème République. La prise de parole du roi des bobos dimanche soir se voulait pontifiante et populiste, profondément patriote, avec des mots nunuches tout droit sortis de la panoplie rance stalinienne. Pas très enthousiaste finalement... une victoire de la Nupes représenterait un plus
«pour nos vies personnelles et le destin de la patrie commune» : patrie commune ? Nos vies personnelles ? De tous et de chacun ? « Un autre monde est possible » ? (oui mais lequel?) ; « La démocratie peut nous donner de nouveau le moyen de changer de cap» (oui mais lequel?) :«faire vivre un nouvel avenir en commun» (en commun avec quoi et avec qui?. Avec cette prétendue intelligence du peuple et cet étrange engouement si populiste pour « l'intérêt de la patrie » nos « radicaux » d'estrade sont prêts à gouverner avec un programme ! Lequel ? 650 pages fourre-tout, hétéroclites et sans principes autres qu'une ribambelle de promesses antiracistes, wokes, étranges et intenables.

Il est difficile de trouver la totalité des discours des mélanchoniens, et c'est voulu, tellement ils contiennent des billevesées romantico-neuneus. Le langage est commun avec le stalinien relouké Fabien Roussel, ne pas confondre avec le colonel du même nom, qui carrément a repris les mêmes munucheries staliniennes des années 40 : « le droit au bonheur au travail » (sic) et « les jours heureux ». Je me suis souvent demandé s'ils croyaient aux conneries qu'ils débitent d'estrade en estrade. En un sens oui puisqu'il s'agit de séduire un électorat très religieux, et qui les soutiens (cf. la plupart des groupies et obligés de Mélenchon sont tous réélus en Seine Saint Denis qui n'est plus un bastion de la classe ouvrière mais de l'idéologie multiculturaliste. Cette histoire de bonheur et de jours heureux est très religieuse. Dans l'autre tradition celle, réelle et respectable, du mouvement ouvrier et du marxisme, on n'a jamais débité et accumulé des sornettes pareilles, tout est relatif, même parfois dérisoire comme le fameux « à l'assaut du ciel »1, mais avec LFI et ses accolytes nunuches on atteint des sommets de bêtises . Les faux insoumis mais vrais suivistes de la vieille idéologie de gauche stalinienne en ont gardé le comportement sectaire et agressif, cela ne fait pas un programme. On a du mal parfois à comprendre les délires de la petite bourgeoisie tant elle apparaît coupée de la réalité des classes. Mais c'était la même chose au temps du stalinisme: ils (staliniens et trotskiens) défendaient le pays du socialisme « réel » ou « dégénéré », tout en sachant que ce n'était pas vrai, mais psychologiquement leur vaillance à en convaincre et à tarabuster leurs interlocuteurs hilares ou rétifs, les faisait se surpasser et leur conférait, même avec les mensonges les plus honteux, cet esprit de supériorité d'une élite qui « expliquait » ce qu'il fallait penser à défaut d'ouvrir la voie à une pensée vraiment révolutionnaire. Le fond de l'ardeur à soumettre aux partis d'époque résidait bien sûr dans la recette immémoriale de l'anti-fascisme de salon ; au moindre désaccord à la CGT ou au PC vous étiez qualifié de facho ! De nos jours c'est le même simplisme qui prévaut de la part des élites de la gauche en attente de retrouver le caviar, vous pouvez être qualifié tout autant de « faire le jeu de l'extrême-droite ». Qui n'a jamais servi depuis 75 ans que de figurine repoussoir voire de force d'appoint pour réguler le jeu électoral.

D'ailleurs le RN de principal opposant à Macron, se trouve relégué à une troisième place minable, et c'est la majeure leçon de cette première qualif pour le deuxième tour de piste. Des journalistes se sont inquiétés de savoir pourquoi Mélenchon était tant mis en vedette dans les médias voire salué comme « grand orateur », or le résultat est là, au lieu d'avoir une représentation électorale tripartite qui aurait ouvert une crise de régime, le succès de LFI vient restaurer la vintage bipolarité politique qui a permis au régime de tenir depuis la guerre, naguère droite/gauche, et maintenant en plus bancal une droite pas totalement libre et une gauche gueulante. Cela peut mieux correspondre aux besoins de l'Etat bourgeois face à la crise sociale qui vient et aux conséquences de la guerre en Ukraine. Non pas que, comme en 36 syndicats et partis collent aux grèves pour les saboter de l'intérieur, mais, en faisant mine d'ignorer le besoin d'unité sociale et politique du prolétariat, pour fractionner toutes les révoltes à venir en combat de races, en genres, en féminisme, en écologie, enfin toutes les salades du programme bordélique des nunuches de la gauche bobo, dissolvant toute identité de classe.

Curieusement pas tant que çà, pervers plutôt, et sans le crier sur les toits, le programme touffus et tout fou est pourtant relativement secondaire, à destination des bobos rêveurs, c'est bien la classe ouvrière qui est ouvertement draguée, on lui promet, si elle s'engage à déferler le prochain dimanche électoral «  pour le destin et pour la patrie commune » : peuple tu auras droit avec moi à la retraite à 60 ans, je supprimerai le travail forcé au RSA et je garderai les 80 milliards que ce salaud de Macron veut retirer du budget de l'Etat !

Déferler ? Il n'y va pas de main morte le roi des bobos insoumis sauf au gourou ! Sans doute se prend-il pour le pape désormais avec près de 6 millions de voix derrière lui (ce qui n'est pas rassurant et confirme hélas le degré d'abrutissement électoraliste d'une bonne partie de la population en France)2. Mieux ajoute-t-il : « Macron surnage dans un océan d’abstention, de bulletins blancs et nuls ». Cette envolée vaut aussi son pesant de cacahuètes, Mélenchon lui fait semblant mais surnage aussi ; il est en peine pour recruter ces millions de prolétaires devenus indifférents face aux picrocholines disputes des politiciens bourgeois et petits bourgeois.

Une excellente tribune dans Libération montre la démagogie des deux côtés, penser qu'agiter « pouvoir d'achat et retraite » suffirait à redonner espoir dans les partis bourgeois en lice, c'est d'abord prendre les ouvriers pour des cons, de plus incultes ; d'abord et naturellement le parti godillot de Macron :

« Devant les effets déstabilisateurs d’un contexte social à fleur de peau, l’incertitude laissée par le Covid et renforcée par Poutine, devant les menaces que font planer sur nos vies et nos démocraties le réchauffement climatique, les seules mesures annoncées par Renaissance sont la mise en place d’un «paquet pouvoir d’achat» cet été et la conduite d’une réforme des retraites aux contours mal définis. Un réalisme minimaliste qui finit par paraître une folie devant l’ampleur des enjeux qui nous guettent »3.

La bande à Mélenchon agite aussi ces deux mamelles sociales (comme si les électeurs en général ne regardaient que le bout de leurs chaussures), mais derrière le programme reste incrédible et pour la bourgeoisie et pour le prolétariat :

« ce programme a comme une allure d’artifice. D’autant plus quand, dans le détail, on constate que ces propositions sont de tout ordre, et mélangent position de principe, ambitions générales, mesures techniques précises ou annulation de politiques existantes. Elles ne soucient pas de s’arrimer au réel de l’exercice de pouvoir : elles n’anticipent pas les obstacles qui se poseront à leur praticabilité, comme cette proposition de taxe similaire à la taxe Tobin dont chacun a pu mesurer l’inefficacité quand il fut question de la mettre en place sous le quinquennat de François Hollande. Elles manquent ainsi de méthode »4

Tout ce cirque est perçu pour ce qu'il est désormais, un moment éphémère de l'actualité pour cette masse d'électeurs abstentionnistes qui culpabilisent tant ces politiciens en compétition toujours élus avec une minorité de voix et incontrôlables une fois en place ; rejet du cirque vintage pas simplement par indifférence à mon point de vue – à moins d'oublier les années Mitterrand et l'enrichissement de la gauche bourgeoise – mais par rejet conscient de leurs divers mensonges et promesses de la lune :

« Cet enchaînement d’images politiques sans lendemain suscite de la lassitude, le sentiment de l’impuissance du politique et que la solution à nos problèmes se trouve ailleurs. Elles laissent la vie politique à ceux qui en ont quelque chose à espérer, concrètement. Reste des bases militantes galvanisées et dans l’attente d’un résultat de scrutins qui ne concernent plus une majorité des inscrits.Tandis que pour les premiers, ce nouveau fonctionnement politique d’images éphémères vouées à être dégonflées au contact du réel fabrique de l’indifférence et renforce la plongée dans l’incertitude, pour les autres il exacerbe la croyance, et rend nécessaire de formuler de nouvelles images pour que la foi se maintienne ».

La stratégie d'une « union populaire » calquée sur 36 : fâchés pas fachos

Si le parti de Mélenchon et des autres clowns des cliques petites bourgeoises ne représenteront jamais la classe ouvrière, comme le RN, le PS ou LRM d'ailleurs, le parti LFI a été plus conscient que ses acolytes merdeux de la nécessité de sa fonction, non pas la victoire inventée et présumée – le système électoral est si bien découpé que les sondages ne se trompent quasiment jamais – mais figurer un parti d'opposition influent et audible ; ce pour quoi sa préoccupation n'a pas été « sauver la planète », « arrêter de bouffer les animaux » avec l'abruti Caron, ni « interdire les féminicides », ni « supprimer la police bourgeoise » mais promettre la lune et le caniveau aux prolétaires abstentionnistes ou votant par dérision pour la fille Le Pen, mais de draguer lourdement la prolétariat, ainsi que le résume assez bien un organe de presse :

« Tout au long de la campagne, Jean-Luc Mélenchon et ses troupes ont insisté sur le social en martelant les mots «retraite à 60 ans» et «smic à 1 500 euros» pour bâtir un front anti-Macron allant de la gauche aux «fâchés pas fachos». Une stratégie de reconquête d’une partie de l’électorat RN que la tête de file des insoumis mettait déjà en scène en 2012 en allant affronter Marine Le Pen à Hénin-Beaumont lors des législatives. Mais ces électeurs pourront-ils enjamber le fossé qui les sépare de Mélenchon sur les sujets sociétaux ? A la veille du premier tour, Jean-Luc Mélenchon s’interrogeait : «Peut-être qu’en fait ça n’existe pas les fâchés pas fachos mais je veux quand même y croire.» La Nupes mise surtout sur un élan des classes populaires qui se sont abstenues au premier tour ».

Espéranza tchi tchi tchi. Même Libération qui fonctionne de plus en plus avec des jeux de mots dans ses titres, soutient en général les fables de la gauche bourgeoise et bobo a fini par se moquer :

« Jean-Luc Mélenchon raconte souvent les mêmes histoires. Il regarde en arrière pour parler du présent, voire du futur. Lors de la dernière semaine de campagne, après une conférence de presse pour répondre aux différentes attaques de La République en marche, il prévenait en petit comité : «Dimanche soir, à la tombée des résultats, c’est un nouveau monde qui s’ouvre, tout s’ouvre, et rien ne sera plus pareil, tous les calculs de ceux qui prédisent le monde tomberont à l’eau.» La Nupes a cinq jours pour renverser un monde »5.

Les nunuches ne renverseront rien du tout et on en reviendra fin juin aux soucis du quotidien et à cette douleur lancinante de ne pouvoir rien faire face au massacre en Ukraine.

PS : SUR L'INSTRUMENTALISATION DES FRONTS POPULAIRES POST-FESTUM

Quelques remarques comparatives avec le Front popu de 1936, que LFI se plaît à évoquer tellement c'est loin, voire mythifié, en évitant soigneusement les années d'austérité mitterrandesque. En général les fronts populaires des années 1930 ont servi à désarmer le prolétariat et à la paralyser à la veille de la seconde boucherie mondiale. Incontestablement le front populaire disposa d'une majorité écrasante au parlement avec ses divers partis (déjà désignés par nos pères en révolution marxiste comme bourgeois et ennemis de la classe ouvrière), mais c'est un fait. La bande des bobos autour de Mélenchon peut gagner une centaine de promos à la députation, alors qu'elle n'en avait que 17 jusque là, mais n'atteindra jamais le score de la gauche bourgeoise et stalinienne des années 1930.

Le regroupement des partis de gauche ne s'est pas déroulé comme avec les partis nunuches de la bobocratie parisienne, mais face à une réalité certaine : une journée d'émeutes menées par les cliques d'extrême droite d'époque. Il ne s'agissait pas d'une union ouvrière contre le capital mais d'une réunion de la gauche de la bourgeoisie pour faire front face à la montée des impérialismes fascistes et nazis. Alors ceux qui s'appellent « patriotes » sont les membres de l'Action française (coucou Mélenchon!).

Le programme électoral du « front popu » modéré et bourgeois

C'est clairement, sous couleur pacifiste un programme de préparation à la guerre, l'alternative n'est pas « guerre ou révolution », mais « guerre ou paix »... qui prépare la paix prépare la guerre ! Le programme du Front populaire, censé se structurer autour de son slogan électoral « Pain, Paix, Liberté », est plus concrètement organisé en deux rubriques : défense de la démocratie avec des petits règlements de compte interne et secondaires (désarmement et dissolution des ligues, obligation cocasse pour les organes de presse de publier leur bilan financier pour permettre à leurs lecteurs de connaître l'identité de ceux qui les financent, promotion des droits syndicaux et de l'école laïque) et de la paix. En dehors de la volonté de nationaliser les industries pour soustraire la politique extérieure de la France à l'influence des marchands de canon, « cette plateforme somme toute modérée témoigne davantage de préoccupations électorales que d'une claire perception de la situation internationale : ni la question coloniale, ni les dangers extérieurs, ni la situation en Europe ne semblent préoccuper ses signataires » et l'antifascisme reste essentiellement à destination interne, De ce point de vue c'est quasiment la même démarche de la gauche nunuche, sauf qu'il n'y a pas le nazisme en face et que la grande majorité des ouvriers, contrairement à 1936, n'ont aucune envie de suivre le roi des bobos.

Etrangement mais significativement pour une époque encore sous le soleil de la révolution en Russie, la victoire électorale de la gauche d'époque donne le pouls de la situation sociale tendue, salaires misérables, patrons de droit divin, etc. Le nouveau gouvernement de gauche blabla sera surpris tout de même quand quelques jours à peine plus tard des grèves éclatent dans des usines d’aviation du Havre Le 11 mai, 600 ouvriers et 250 employés des usines Bréguet arrêtent le travail pour demander la réintégration de deux militants licenciés pour avoir fait grève le 1er mai. L’usine est occupée et les tentatives de la police de déloger les grévistes échouent, les dockers se solidarisant des grévistes. Le 13 mai, c'est au tour des usines Latécoère, à Toulouse, puis le 14 à celles de Bloch, à Courbevoie, d'être occupées. Le mouvement se répand comme une trainée de poudre, atteignant rapidement les entreprises voisines. Le mouvement se généralise avec une joie évidente. Malgré les paroles rassurantes de Léon Blum, le climat qui règne alors en France a des connotations clairement révolutionnaires. Peu ou pas encadré par des organisations politiques ou syndicales, le mouvement trouve des causes multiples et fortement localisées, mais a aussi un côté festif. Comme l'a écrit la philosophe Simone Weil dans la revue La Révolution prolétarienne, ce sont de véritables « grèves de la joie » : on fête la victoire électorale de la gauche, la dignité ouvrière retrouvée après une longue période de contention et de répression.

La fin de « la semaine des deux dimanches », soit le retour aux 48 heures, généra une forte opposition populaire et syndicale, avec grèves et manifestations. La répression qui s’ensuivit, avec licenciements massifs et nombreuses arrestations, marqua la fin du Front populaire.

La répression du « gouvernement ouvrier » et le sale boulot des syndicats a cassé les jambes du prolétariat qui, après la fable des accords de Munich ira à nouveau pieds et poings liés se faire massacrer par milliers au-delà de la ligne Maginot.


Les différences sautent aux yeux si on compare aujourd'hui la théâtrale et réchauffée « union populaire » avec l'époque du « front populaire ». En 36 les ouvriers n'avaient jamais vu des gens qui se prétendaient sociales et communistes se dresser contre la classe ouvrière au nom de la défense de la patrie (en oubliant que la SFIO avait collaboré en 14). La classe ouvrière était reconnue comme telle voire célébrée. Même si elle déjà très encadrée par le PCF et sa CGT, elle était capable de se trouver dans le même état d'esprit libéré des ouvriers russes, allemands ou espagnols.

Aujourd'hui cette classe n'existe plus aux dire des élites bourgeoises et des traîtres professionnels des cliques de bobos diplômés, il n'y en a que pour cette scie les couches moyennes, plutôt cultivées, en accession à la propriété, possédant un vélo électrique et une résidence secondaire plutôt à Courchevel et à Grenoble.

Les Blum et Thorez possédaient une véritable aura auprès du public ouvrier, en comparaison Mélenchon n'est qu'un fabulateur d'estrade voire un bistrotier derrière son comptoir. L'expérience de la révolution russe restait à l'horizon dans sa dimension internationaliste. L'horizon de Mélenchon est si étriqué et improbable – notre patrie – qu'il fait pitié et que l'Europe fait meilleure figure au plan cosmopolite.

Le programme du front popu contenait des concessions importantes sur les salaires et avec la création des vacances mais le pouvoir patronal, la police et l'armée restaient intouchables... ce serait la même chose avec un premier ministre en costume Mélenchon mais quasiment sur siège éjectable, même par la classe ouvrière, tellement... il ne pourrait rien tenir.

Le souci de la classe ouvrière n'était pas (pas seulement) le niveau de vie et la retraite, les événements internationaux traversaient ses débats et inquiétudes : guerre d'Espagne, bouleversements à l'Est, Mussolini, Hitler. Parler d'un futur autre était un souci politique premier. Avec la clique à Mélenchon, comme avec ses autres compétiteurs, on n'entendit pratiquement jamais parler de la guerre en Ukraine et surtout de ce qu'il faudrait faire pour ne plus rester spectateurs. Cette bande de bobos qui prétendait conscientiser, expliquer, n'a rien fait du tout pour élever le débat ni désigner la seule classe qui peut être le fer de lance contre la misère, la guerre et la destruction du monde.

En 1936, la guerre n'était pas loin. En 2022, on n'est sûr de rien... Quoiqu'il arrive, les diverses fractions bourgeoises et bobos n'auront en rien aidé à réfléchir ni véritablement proposé de changer l'ordre des choses. Et du monde.


NOTES


1Formule concernant les communards, ambiguë, interprétée en général comme aller vers la libération de l'humanité, mais aussi pour buter... le ciel et toutes les croyances religieuses qui, elles, sont au service du capitalisme.

2Le blog du roi des bobos est pitoyable, bourré de photos et de témoignage d'admiration, c'est au même niveau que la cour du roi Macron.

4ibid

5«Cf. l'article : «  La gauche unie en son genre ».



samedi 4 juin 2022

LA FABLE DE LA parité RACIALE DANS LES ELECTIONS BOURGEOISES


le doigt de vote

Il y a un culot banalement électoraliste dans la bande populiste à Mélenchon, qui est de prétendre rompre avec les trucs électoralistes dans lesquels s'est fourvoyée « la gauche de gouvernement », surtout quand leur dictateur, mitterrandolâtre, s'intronise Premier ministre, et quand de plus on vient de voir les trucs mis en place par la nouvelle NUPES, bâtard d'une présumée nouvelle réunion de la gauche. Ce sont les mêmes trucs électoralistes des soumis à l'idéologie bourgeoise dite démocratique : candidats bombardés dans des circonscriptions réservées et gagnables à coup sûr dans un marchandage camembert de toutes ces cliques de la petite bourgeoisie. LFI, peu implanté localement est un as du parachutage (cf. le parachuté Mélenchon à Marseille avec pour argument « je suis partout chez moi, la France est ma patrie »).
Des candidats, qui ne sont pas des locaux, sont sponsorisés par la machinerie de leur parti leur octroyant la meilleure circonscription pour se faire élire ou réélire : c’est ce qu’on appelle le parachutage. Cette méthode politique est ancienne, courante et n'a pas été inventée par LFI1. On pourrait se gausser aussi ici de la proportionnelle où un député plouc de Corrèze peut être élu par 300 électeurs quand il en faut 8000 en région parisienne... Sans s'étendre eux non plus sur leurs sources de financement pour la tricherie électorale érigée en vertu du système.

Le fonctionnement de LFI, qu'on feint d'ignorer chez l'électorat bobo-maso, est strictement hiérarchisé pour un dictateur du genre poutinien et la masse des adhérents ne fait que de la figuration2.

Néanmoins le cirque à Mélenchon est d'une utilité incontestable pour la bourgeoisie. De même que les syndicats sont devenus depuis les deux guerres mondiales des fonctionnaires chargés d'encadrer la classe ouvrière, comme les soi-disant partis socialistes et communistes devenus simples croupions du système dominant, de même il a fallu prendre en compte une nouvelle immigration ou descendance d'immigration nord-africaine, pour encadrer une population qui depuis des décennies ne se retrouvait pas dans l'offre politique bourgeoise. Avec le vide politique, en particulier après les émeutes de 2005, le terrain risquait de rester offert à l'islamisme sans frontières, cet internationalisme de bigots. La résurgence du religieux était inévitable face à l'absence d'intégration sociale des derniers arrivés et des plus démunis, d'autant plus qu'il avait été décrété que la classe ouvrière n'existait plus ; et quand on décrète en quelque sorte que les classes n'existent plus, il ne reste que nos yeux pour pleurer, c'est à dire la religion. Il fallait donc draguer une religion particulière, devenue assez envahissante dans l'espace public français. Avec l'islamo-gauchisme c'est fait. La bourgeoisie peut remercier Mélenchon à un double titre. D'abord il mène une campagne visant surtout à faire croire que les institutions bourgeoises vermoules pourraient être « révolutionnées » de l'intérieur par une plus grande place réservée à des députés dits insoumis alors qu'ils soumis à leur dictateur grande gueule, mais creux comme l'arabo-trotskien Anasse Kazib3. Et ensuite, et c'est le plus fondamental du rôle qui lui est attribué, car il n'a aucune chance de jamais parvenir au pouvoir vu l'inanité de son programme et de sa 6ème République, il a pour charge d'encadrer la diversité (en lui promettant la lune) : celle des banlieues « à risque d'émeutes », les populations régies par la croyance musulmane, éventuellement les immigrés, mais pas trop. C'est un fait au surplus que les populations musulmanes sont particulièrement sollicitées pour se rendre aux urnes avec la promesse d'un citoyenneté « égalitaire et antiraciste » supprimerait exclusion et racisme (idéologie prétendue supprimée par le simple effacement du terme dans la constitution.4 Comme Macron Melenchon joue sur cette vieille rengaine de l'extrême droite monarchiste des années 30 – ni droite ni gauche - (qui servait alors à renforcer par contre droite et gauche bourgeoises dans la montée à la guerre) pour tenter de récupérer ces millions de prolétaires qui vouent aux gémonies des deux versions de l'exploitation capitaliste. Mais là où Mélenchon est d'avance perdant, pour la bourgeoisie, comme pour la classe ouvrière, c'est sa blague de « retour à la nation » ; c'est impossible de sauver telle ou telle nation ou même notre classe dans un cadre national. L'Europe avait été inventée justement après pour faire croire à une vraie disparition des frontières... Le retour en arrière... c'est la guerre en Ukraine ! Enfin, en voulant faire passer l'expansion islamique communautariste et vestimentaire pour normale il dessert de façon populiste la conscience de classe qui demeure avant tout laïque.  Sa tolérance électoraliste concernant le voile obligatoire pour les femmes sert cette idéologie rétrograde et ainsi il est à la remorque du féminisme bourgeois nunuche qui se réjouit de ce tissu imposé aux femmes du Maghreb car au fond c'est conforme à cette idéologie de faire croire que la femme est toujours victime mais que les arriérés qui la tiennent masquées sont ses protecteurs. NB: les bourgeoises féministes par contre n'aiment jamais tant  s'exhiber avec des décolletés en soie et sans culottes.

Le système libéral qui se prétend démocratique ne peut déroger aux règles d'un Etat moderne, aucune frange de la population ne peut rester hors de contrôle. Bien sûr que ce rôle d'encadreur démagogique du populiste (il se réclame du terme lui ancien trotskien) lui permet d'étaler les plus grosses bêtises de la multiculturalité et de la « créolisation », concept qu'il a repiqué à Patrick Karam.

Mais l'investissement le plus important de cette clique politique mélenchonienne est soumise aux mêmes règles démagogiques que celles des autres partis bourgeoise, de la droite surtout paradoxalement : la parité raciale au plan électoral. Après les fables de la parité féminine dans les institutions bourgeoises voici celles concernant ce qui est pudiquement dénommé « diversité ». Je dois être le premier et le seul dans le courant maximaliste à aborder de front cette fable. Les mini-groupes marxistes, dits jadis ultra-gauches, font comme les gauchistes l'impasse sur la question, se contentant de la noyer sous un antiracisme supposé intrinsèque à un internationalisme sans tâche de la part de la classe ouvrière. Or, de même que l'antiracisme n'est pas un critère internationaliste, la défense d'une représentation politique basée sur une mixité raciale est une fadaise, une hérésie qui se moque de l'internationalisme comme d'un approche rationnelle de la vraie lutte des classes.

TOUS LES PARTIS POLITIQUES EN QUETE DU VOTE RACIAL

En France jusque là, l’expression publique d’identités religieuses, ethniques ou raciales par des responsables politiques était perçue comme une contradiction flagrante avec la neutralité républicaine immémoriale. Le succès de cette nouvelle version d'un vote prétendu vraiment universaliste est fondé en grande partie sur la croyance qu’en favorisant la « diversité » des candidats, on représenterait mieux la société française « multiraciale » désormais quand il s'agit au fond surtout de faire baisser l'abstention contre la mystification électorale bourgeoise.

Pourquoi la nécessité de promouvoir des élus de la « diversité » apparaît-elle aujourd’hui comme un évidence pour les partis politiques français ? S’agit-il de conquérir l’électorat que ces élus sont censés représenter ? Et quel électorat représentent-ils ? Leur « communauté » supposée ? Les «minorités » ? Les « quartiers » ? À l’inverse, si ces élus, comme ils le réclament le plus souvent, sont des élus comme les autres qui n’ont pas vocation à représenter un segment précis de l’électorat, il doit exister d’autres registres de légitimation pour justifier la promotion de la « diversité » partisane. S’agirait-il plutôt de défendre l’égalité d’accès aux fonctions, c’est-à-dire la non-discrimination politique ?

Il s’agira d’examiner le sens qu’elle recouvre pour ses récipiendaires, les usages qui en sont fait par les partis bourgeois et les médias. À l’image de la sous-représentation des femmes parmi les élus, qui était aussi une question qui ridiculisait aussi le parlementarisme bourgeois, la sous-représentation des minorités visibles est désormais un autre effort pervers pour tenter de redonner vie à la mystification parlementaire5. De plus en plus de voix communautaristes avec les racoleurs électoraux de la droite de de la gauche se sont élevés pour dénoncer une classe politique composée très majoritairement d’hommes, de cinquantenaires, et presque exclusivement de Blancs6.

La piétaille militante a réussi a imposer un consensus, qui expliquerait principalement l'abstention, comme non dûe à la perte de crédibilité de la gauche comme de la droite qui assument à tour de rôle l'exploitation capitalise: la « diversité » de la société française ne se retrouve pas parmi ses représentants et cela contribue à la défiance des prolétaires envers la politique et les élus. En revanche aucune mention de l'homogénéité sociale des élus, même une fois « mixtes », l'absence de ressemblance sociale entre élus et électeurs ! J'y reviendrai.

Avec cette « diversité », le critère sélectif est plus que flou puisque le terme est constamment employé sans que son contenu ne soit jamais défini : de quoi s’agit-il exactement ? D’origine ? Dans ce cas, il faudrait davantage d’élus « issus de l’immigration » (mais laquelle ?). De couleur ? Dans ce cas il faudrait plus d’élus minorités visibles. De religion ? Dans ce cas, il faudrait des élus « musulmans » (comme le « préfet musulman » nommé en 2004 par Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Intérieur). De culture ? Bref, quelle est la « diversité » de la société française qu’il faut davantage représenter ? Quelle est la nature de la ressemblance au fondement de ce lien de représentation ?

Dans le cas français, en effet, la volonté de promouvoir la « diversité » en politique ne va pas de pair avec une valorisation du multiculturalisme (comme aux États-Unis et surtout au Canada), bien au contraire. Il suffit de voir le profil des élus de la « diversité » mis en avant par les partis majoritaires pour comprendre qu’ils ne sont pas choisis en fonction de particularités culturelles propres qui leur permettraient de parler à leurs supposées « communautés ». Ainsi, les conseillers municipaux parisiens de la « diversité » élus en 2008 ne sont pas des représentants d’associations communautaires réunissant des personnes de la même origine (comme par exemple, les Tunisiens de France), de la même religion (notamment dans des associations islamiques) ou de la même culture alors que ces associations sont nombreuses à Paris.

Dans la présentation corporelle de ces élus de « la diversité », aucun signe de particularité n’apparaît (pas de nattes africaines, mais des cheveux lissés). Dans leur prise de parole, pas un seul mot d’une langue autre que le français n’est prononcé, comme cela est le cas pour les élus latinos aux États-Unis pouvant s’exprimer en espagnol pour s’adresser à leur « communauté ». On court toujours derrière América !

Aucun signe d’appartenance religieuse n’est exposé : clairement, les élues de la « diversité » ne sont pas des filles voilées (on se rappelle ,le scandale provoqué, lors de la campagne pour les élections régionales de 2010, par la présence d’une « candidate voilée », Ilhem Moussaid, sur la liste du NPA multitrotskien dans le Vaucluse). Bien au contraire, elles se disent souvent attachées à la laïcité à la française. L’élu idéal-typique de la « diversité » est une femme (elles sont bien plus nombreuses que les hommes), souvent d’origine maghrébine (moins souvent noire, jamais asiatique), souvent d’origine populaire mais à la trajectoire ascendante, diplômée, plutôt jeune et souvent jolie, « moderne » et « laïque ».

Des différences notables existent néanmoins entre la gauche et la droite. L’UMP semble en effet plus encline que la gauche à penser le monde social en termes communautaires. Lors de la campagne pour les élections régionales de mars 2010, ce parti a fait le choix de s’adresser explicitement aux « communautés ». C’est ainsi que Patrick Karam, délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer et numéro deux sur la liste de Valérie Pécresse à Paris, a organisé une campagne entièrement axée sur les « communautés ». Il a monté des « comités de soutien » regroupant les électeurs en fonction de leur origine (« les Réunionnais », « les Français d’origine arménienne », « les Français d’origine maghrébine », « les Français d’origine serbe », « les Français d’origine libanaise », « les Français d’origine indienne », « les Français d’origine africaine », « les Mahorais », « les Français d’origine haïtienne », « les Antillo-guyanais »), mais aussi de leur statut de minorité (« les LGBT », « les personnes handicapées ») 7

Chaque comité avait un responsable qui est un insider : un handicapé, un Guyanais, une lesbienne, un maghrébin, etc. Ce responsable parlait à sa « communauté » en expliquant pourquoi, en tant que membre de ce groupe (en tant que réunionnais ou en tant que maghrébin), il fallait choisir Valérie Pécresse. En même temps, il formulait, à l’attention de la candidate, les besoins de sa « communauté », y compris d’ordre cultuel. Patrick Karma a été le maître à penser de Mélenchon avec son projet de créolis&tion de la politique et de la société française. Un Malek Boutih (qui n’a de cesse de condamner le « communautarisme », « l’islamisation » et est opposé à la double nationalité) incarne à la perfection l’idéal-type du minoritaire totalement affranchi de son origine que promeut le PS.

Si les élus de la « diversité » sont donc, aux yeux des partis qui les soutiennent, des Français racialisés, seraient-ils considérés comme étant plus aptes à conquérir un électorat minorité visible ? Les partis politiques considèrent-ils les électeurs racialisés comme plus propices à voter pour des candidats de la « diversité » même quand ils ne sont pas de la même « communauté » ou origine ? Bref, se disent-ils qu’un électeur magrébin voterait davantage pour un candidat noir que pour un candidat blanc parce qu’il partage avec le premier un statut de minoritaire ?

Un calcul électoral de ce type n’est bien évidemment pas ouvertement affiché par les partis majoritaires. Plusieurs éléments semble pourtant indiquer que cette croyance structure les stratégies partisanes de la « diversité ». Les candidats de la « diversité » sont en effet clairement concentrés dans des circonscriptions particulièrement diverses. Lors des élections municipales de 2008 à Paris, les arrondissements de l’est parisien (notamment les 10e, 11e, 18e, 19e et 20e), où les minorités visibles sont les plus nombreuses, avaient des listes bien plus diverses tant pour la droite que pour la gauche que celles de l’ouest parisien . Ce partage des tâches de représentation correspond pourtant à une même division sociale, les exemples de minoritaires « émancipés » n'occupent pratiquement pas de professions subalternes ni ne sont ouvriers.

Autre preuve de cette logique : lesdits « parachutages ethniques », à savoir le fait d’investir des candidats « divers » dans une circonscription « diverse » sans que ceux-ci soient implantés localement, comme si leur seul statut de minorité visible suffisait à en faire de bons candidats pour ce territoire. Et, à l’inverse, le fait de considérer que des candidats de la « diversité » ne sont pas adaptés à des circonscriptions « blanches ». Ainsi, Fadila Mehal se rappelle que, en tant que candidate du Modem aux élections législatives de 2007 dans le 19e arrondissement de Paris, on lui avait dit : « Vous allez retrouver votre électorat », ce qu’elle a vécu comme « une assignation identitaire ». De même, lors de la composition des listes pour les élections régionales de 2010, des représentants de l’UMP ne comprenaient pas pourquoi la secrétaire d’État Rama Yade, élue au conseil municipal de Colombes, s’entêtait à vouloir rester dans les Hauts-de-Seine, alors que le parti l’aurait plutôt vue dans le Val-d’Oise : « Rama Yade dans le Val-d’Oise sera bien plus « couleur locale » que dans les Hauts-de-Seine ».

Le refus d’une assignation raciale, très fortement exprimé par les minorités visibles du PS, est davantage ressenti par les candidats d’origine maghrébine que par leurs colistiers noirs. Ces derniers font plus facilement le lien entre la discrimination raciale qu’ils subissent du fait de la couleur de leur peau et la promotion de la « diversité » en politique et s’autodésignent souvent comme Noirs. En revanche, les candidats maghrébins, s’ils peuvent mettre en avant l’histoire migratoire de leurs parents, ressentent le plus souvent comme une imposition la « case » diversité et ne se désignent jamais ni comme Maghrébins ni comme Arabes. L’histoire migratoire des parents est d’ailleurs souvent une façon de parler d’une origine sociale modeste, de mettre en avant un attachement aux milieux et aux quartiers populaires où ces élus, tous en forte ascension sociale, ne vivent plus. Ils font ainsi de ce qui constitue normalement un handicap pour une carrière politique (un nom à consonance étrangère ou le fait d’avoir la peau noire) un atout pleinement assumé pour mener une carrière, tout en refusant une image carriériste d’eux-mêmes en présentant leur ambition personnelle comme une avancée pour la « cause » de la promotion de la « diversité » en France. Même à LFI il y a une certaine lucidité sur le sujet8.

LA QUESTION RACIALE STADE SUPREME DE LA QUESTION SOCIALE ?

On peut citer la prise de conscience des partis qui réalisent désormais que les Français racialisés constituent un important potentiel électoral ; les tentatives de la droite pour capter un électorat racialisé supposé déçu par la gauche qui auraient incité le PS à plus de volontarisme ; les débats sur le manque de représentativité des élus induits par la parité ; les réflexions engendrées à gauche par le catastrophique résultat des élections présidentielles de 2002 ; les émeutes de 2005 qui ont bruyamment rappelé l’existence de ces électeurs des « quartiers » ; le vote fortement anti-Sarkozy lors des élections présidentielles de 2007…

Le discours alarmiste sur la gauche qui aurait « perdu les classes populaires » (sous entendu blanches) est ainsi renversé par les « divers » du PS. Ces derniers préviennent leur parti d’un autre risque : les classes populaires racialisées, jusqu’à alors fidèles, pourraient s’éloigner, ou massivement s’abstenir, si elles ne reçoivent pas des signaux explicites, dont un effort plus important en matière de « diversité » des listes.

Les classes populaires sont ainsi racialisées pour mieux dissoudre la notion de classe et la question raciale devient indissociable comme stade ultime de la question sociale. Les minoritaires du PS refusent en effet d’isoler la variable raciale (comme le fait à l’UMP le Cercle de la diversité républicaine). Mal à l’aise dans le maniement du registre racial ils préfèrent employer des catégories comme « quartiers », banlieue ou milieux populaires (au lieu de parler de minorités visibles ou surtout de cette vieillerie « la classe ouvrière »), ce qui leur permet de parler de la race sans la nommer.

Pourtant, les élus de la « diversité » ne se sentent nullement ni « banlieues » ni « classe ouvrière », ils sont socialement franchement décalés par rapport aux électeurs des milieux dits populaires (pourtant majoritairement membres de la classe ouvrière) qu’ils sont censés représenter. Ceci est bien entendu vrai à Paris où les élus de la « diversité » des quartiers populaires sont, comme les autres, sursélectionnés socialement. Souvent, ils n’habitent même plus dans un quartier populaire. Si les élus de la « diversité » parisiens soulignent souvent dans leur présentation une origine modeste, le fait qu’ils sont issus de familles nombreuses, le travail ouvrier du père, tout dans leur langage et leur hexis corporelle les apparente davantage aux élites ou aux classes moyennes diplômées qu’ils ont intégrées qu’aux quartiers populaires (ou de la classe ouvrière dont ils proviennent certainement) .

Sélectionnant des « divers » plutôt diplômés, en ascension sociale et n’investissant pas l’espace de sociabilité des « quartiers », le PS et maintenant LFI promeuvent des élus éloignés socialement des habitants des « cités » distance que la racialisation de ces candidats ne peut, seule, résorber. Les élus de la « diversité » sont rarement des élus de la diversité sociale, ce qui n’est pas étonnant dans une conjoncture marquée par une très forte professionnalisation politique et ce, même au niveau local9 S’ils sont plus souvent issus des « quartiers » et des classes populaires que les autres, les élus de la « diversité » sont pour la plupart diplômés, ont intégré les classes moyennes ou supérieures et souvent quitté les « quartiers » de leur enfance. La « diversité » que ces élus incarnent est clairement davantage raciale que sociale, même s’il ne faut pas sous-estimer la différence existant entre des élus de la « diversité » ayant souvent connu une enfance populaire et des élus blancs qui, très souvent (à Paris en tout cas), sont issus de familles de classes moyennes, voire supérieures.

Lors des dernières élections législatives, on comptait 15 élus de couleur parmi les 22 députés et désignés dans les collectivités d'Outre-mer et une seule sur les 555 députés de la métropole. Il s'agissait de l'Antillaise George Pau-Langevin, aujourd'hui ministre déléguée chargée de la réussite éducative.  Un nombre record de candidats issus de la diversité s'étaient pourtant présentés à ce scrutin de 2007, mais une poignée d'entre eux étaient en position éligible10La diversité est pourtant quasiment invisible à l’Assemblée nationale. Même si les partis traditionnels laissent peu de place aux candidats « issus de l’immigration », ces derniers sont de plus en plus nombreux à se présenter à des mandats électoraux et n’hésitent pas à se présenter sans étiquette, l'idéologie républicaine marche à fond pour ces petits bourgeois arrivistes, et aussi avec le prétexte du « renouvellement » pourtant dans le même cadre bourgeois11.

Un certain M.Ferrat estime par ailleurs qu’aucune place n’est accordée au candidat issu de la diversité au sein du PS. « La mentalité des personnes issues de l’immigration que je côtoyais et qui sont restées au parti est de penser que l’on doit encore avoir un blanc comme leader. » « Moi, je pense qu’il faut arrêter de se dire que c’est pas pour nous. Cette époque est révolue ! Si on ne s’occupe pas de la politique, la politique s’occupe de nous car les lois touchent tout le monde », conclut le candidat. On a encore en France un problème de représentation des personnes issues de l’immigration dans la politique », ajoute-t-elle. Mme Bencharif remarque par ailleurs que ces personnes représentées en politique sont souvent des femmes, « à croire que l’on accole aux hommes issues de l’immigration l’image de délinquants ou de barbus », déplore-t-elle. Pour autant, elle ne se considère pas comme « une élue de la diversité » car elle n'aime pas ce terme et se dit contre l’instauration de « quotas ». Contre une « diversité de façade », M. Kanouté veut une « diversité réelle » mais pas question de tomber dans l’extrême avec l’idée d’un « tout sauf le citoyen blanc ». Le militant associatif défend avant tout l’idée d’une « diversité d’opinion et d’idéologie». « C’est vrai que les politiques n’ont pas volonté à mettre en avant les différents citoyens quels que soient leurs origines, leur religion ou leur milieu social mais nous nous ne sommes pas comme cela. Nous avançons simplement avec des personnes qui ont les mêmes valeurs. Et cela concerne aussi le citoyen blanc », ajoute-t-il12.

Le parti Égalité et Justice (PEJ) présente 68 candidats « issus de la diversité », officiellement pour redonner la parole à des « citoyens rejetés, oubliés, délaissés par les partis politiques ordinaires ». Hélas, les faits suffisent ici à contredire les intentions. Le PEJ est en réalité un parti communautariste qui promeut des candidats d'origine turque proches de l'AKP et farouches défenseurs du président turc islamo-conservateur Erdogan. Objectif : capter les voix des musulmans et renforcer le soft power de la Turquie en France et en Europe. Jusqu'ici, seuls la Licra et le Parti communiste français se sont émus de la présence de ce parti « qui compte en son sein des islamistes et des fascistes issus de la sinistre organisation des Loups gris »...

LA FAUSSE EMANCIPATION DU DROIT DE VOTE AUX IMMIGRES

Loin de ce révisionnisme racialiste honteux, il faut rappeler que le premier souci du vote pour les travailleurs immigrés et les étrangers en général a été posé par le mouvement ouvrier, pendant la Commune de Paris. La bourgeoisie ne le tolérera d'abord que sur le plan syndical au début du XXème siècle. C'est l'exigence économique qui précède le droit politique. Dans les années 1880, déjà, Paul Leroy-Beaulieu, un célèbre économiste libéral, écrivait que la France était comme l'Argentine : un pays qui ne pourrait pas se développer sans une immigration massive. Le million d'étrangers est atteint en 1881 ; ils sont 2,7 millions en 1931, et entre 3,5 et 4 millions aujourd'hui. Les Belges sont les plus nombreux jusqu'en 1901, puis les Italiens resteront en tête jusqu'en 1968, date à laquelle les Espagnols les devancent. On peut donner ces estimations, mais sans oublier que faire des statistiques, c'est travailler sur les personnes enregistrées. Or il y a toujours eu des « sans papiers », des « clandestins »13. Donc, les étrangers se sont progressivement vu reconnaître le droit de vote aux « élections non politiques ». Mais, alors que certains pays de l’UE ont accordé aux étrangers le droit de vote aux élections locales, en France, les immigrés non européens qui n’ont pas la nationalité française restent encore exclus du droit de vote aux élections politiques, ce n'est pas normal mais ce n'est pas grave vu ce à quoi aboutissent les élections bourgeoises toujours contre le prolétariat indifférencié. Ce droit de vote, mais seulement aux élections locales avait été promis, sans tenir parole, par les deux clowns Mitterrand et Hollande. L'Europe a créé cette fadaise de « citoyenneté européenne », et la gauche c'est pas mieux avec une « citoyenneté sociale ».

La question du vrai processus décisionnaire pour diriger la société, du réel vote de classe est étrangère à tous ces salmigondis racialistes et multiculturalistes. Le « vote libéré » est aussi incrédible que la « jeunesse révolutionnaire ». Pour l'heure le vote dit républicain reste la principale arnaque bourgeoise, et la jeunesse n'est pas plus révolutionnaire en soi que ma grand-mère. Le réel vote du prolétariat et la conscience de la jeunesse ne se réveillent et ne se révèlent qu'en période révolutionnaire dans la guerre des classes et pas des communautés ni des religions ni des querelles de bistrot wokiste.



Les divers cités des caves


NOTES

3Si le programme mélenchonien est un mélange de nationalisme économique et de promesses intenables, celui d'Anasse Kazib, qui n'a pu supplanter Poutou, du fait de sa dose grave d'islamo-gauchisme, est encore plus ridicule, dérisoire compil des fantasmes raciaux et pauvrement utopiques du gauchisme marié à la mode islamique. Syndicrate chez Sud Rail, Anasse Kazib se fait connaître en 2018 lors du mouvement social contre l’ouverture à la concurrence. Celui qui qualifie ses idées de « révolutionnaires » donne de la voix sur les piquets de grève et enchaîne les plateaux télévisés pour défendre les cheminots. Ses bons mots s’invitent un temps dans l'émission « Les Grandes Gueules » sur RMC. L’aiguilleur soutient les gilets jaunes avant de se joindre à la grève contre la réforme des retraites. Mais cela est sa couverture « sociale », le fonds politique est carrément débile (cf. son programme).

https://www.marianne.net/politique/gauche/presidentielle-2022-anasse-kazib-candidat-marxiste-et-adoube-par-les-decoloniaux

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/la-proximite-historique-entre-les-mouvances-islamistes-et-decoloniales-depasse-le-cadre-universitaire-20210419

https://www.revolutionpermanente.fr/Anasse-Kazib-2022-decouvrez-le-programme-de-la-campagne

4Ce fut en vérité une blague à la F.Hollande. Le 12 juillet 2018, l’Assemblée nationale a voté la suppression du mot race de la Constitution. Elle a considéré que l’espèce humaine est une et que ce terme est chargé d’un passé colonial et esclavagiste . Or c'est une connerie du révisionnisme des tutti quanti du gouvernement et de noria de gauche caviar et du gauchisme. Bien sûr que, morphologiquement on est obligé de définir des races diverses même si circule en nous le même sang. Les déblatérations dites scientifiques des bobos ne tiennent pas la route. Je préfère dire avec Bordiga qu'il y a une « espèce humaine » que se fiche des races.

5Les pires associations communautaristes comme le CRAN confirment leur rôle de contrefort de la mystification électorale, ce qui explique leur bon accueil dans les médias et leur ominprésence.

8"Parmi tous ces nouveaux députés de la "diversité", il y a très peu d'ouvriers ou de personnes issues de la classe moyenne", regrette-elle. "J'aurais préféré une diversité sociale. La plupart sont des CSP+ ", dénonce la candidate de la France insoumise Leila Chahid.

11Leila Chaibi avait déclaré qu'elle était "bien entendu satisfaite que le parlement risque de ressembler davantage à notre pays". "Ça fait d'autant plus plaisir de voir tous ces dinosaures politiques du vieux monde renvoyés aux oubliettes de l'histoire".

samedi 28 mai 2022

Mourir pour Kiev et le Capital ?


La guerre en Ukraine continue de faire rage avec au moins 300 morts par jour. On parle de dizaines de milliers de morts dans les deux camps, chaque camp attribuant bien sûr le plus grand nombre de morts au camp rival. Saura-t-on un jour le nombre de milliers de civils massacrés. Partout il y a un nombre considérable de blessés, amputés, aveugles, mourants. L'horreur nous est si proche que les médias l'ont chosifiée en feuilleton inséré entre les publicités télévisuelles. Rien n'est véritablement dénoncé ni approfondi. Jusque là nos généraux d'opérettes devenus conseillés des journalistes en experts de terrain nous décrivaient avancées, reculs, stratagèmes militaires, diabolisme du méchant Poutine.L'horreur en devenait, en devient (provisoirement) aussi proche qu'un jeu électronique.


En Occident, en un lointain passé on manifestait souvent par exemple contre la guerre d'Algérie (non loin de son épilogue), contre la guerre du Vietnam, puis les guerres se déroulant surtout en Afrique ou au Moyen Orient, on s'en désintéressa. La raison de ce désintéressement en fût principalement l'atonie du prolétariat après les éclairs de sa lutte de classe à la fin des sixties, la crise économique n'étant pas si grave qu'elle ait pu, dans les pays occidentaux, ni déboucher sur une guerre ni sur une révolution. On oublia chez la plupart de nos révolutionnaires amateurs que les deux générations d'ouvriers précédents avaient subi à la fois 1914 et 1940, mais aussi les guerres coloniales. Je me rappelle, lorsque j'ai commencé à travailler, il y a 50 ans, que je cotoyais des prolétaires qui avaient été engagés dans la seconde boucherie mondiale et une majorité en Algérie. L'idée de révolution les faisait également rire, voire pitié. Les générations d'après guerre sont en général marqués dans leur chair et leur esprit pas l'atrocité de la guerre. Ils étaient assez violents avec moi si j'essayais, non pas de les culpabiliser, mais de les engager dans une réflexion sur l'inanité de leur participation. Le tentative de révolution en Allemagne en 1918, fût aussi plus une révolte de soldats qu'une marche pour imiter la révolution en Russie. En gros, comme je l'ai démontré souvent, la guerre ne favorise pas la révolution.

La bourgeoisie en France, son aile dit « progressiste » (ou qui se croit telle), dite antiraciste, défenseuse des bigotes musulmanes, prometteuse de lendemains hexagonaux qui chantent, se fiche complètement du massacre tout à la compétition électorale ridicule. C'est une irresponsabilité qu'il ne faudra jamais oublier. Pourquoi ? Evidemment que le roi des bobos et les cliques écolos et musulmaniaques ne représentent pas la classe ouvrière sans patrie et sans distinction de races. Leur dissolution idéologique de la classe ouvrière avec leurs théories fémino-antiraciste-islamophiles, correspond au besoin pour la bourgeoisie française d'encadrer les communautarismes et de prétendre à leur intégration à la « nation » par une fumeuse « reparlementarisation » ; tare qui est méprisée désormais par le prolétariat qui, généralement, soit s'abstient, soit vote pour des candidats protestataires qui irritent le système, dans volonté d'encadrement communautariste et racialiste, plus qu'ils ne donnent véritablement les moyens pour le mettre en cause et le renverser.

Certes si le prolétariat n'était pas atone en France et ailleurs, ces cliques contestataires de la bourgeoisie animeraient au premier plan une large protestation contre la guerre, comme on le vit, faiblement contre la colonisation française, mais mondialement contre la guerre du Vietnam, protestation non révolutionnaire car une bonne partie des pacifistes et des trotskiens choisissaient le camp de « socialisme dégénéré ». Tant pis pour les anarchistes et les conseillistes qui me liront avec effroi, le prolétariat a besoin d'une tête pensante, d'un ou de partis marxistes, non dirigistes, mais donnant des indications à la fois pour conjurer la passivité et pour fournir une perspective radicale et crédible.

J'en viens à une donnée incontestable, absolument soustraite comme alternative, comme questionnement à l'acharnement sur « l'ignoble Poutine » conçu comme un malade mental ou un fou furieux1. Or Poutine est plus intelligent que tous les journalistes français et autres pitres agrégés pontifiant dans les émissions pipoles des sœurs bluffeuses BFM et Cnews. Derrière la guerre la question sociale est primordiale. Sans la prendre en compte chefs d'Etat et généraux sanguinaires iraient à la catastrophe sociale et politique.

La myopie volontaire des médias

Toute l'explication de l'entrée en guerre reste attribuée à la barbarie de Poutine. On laisse sans la table les manœuvres souterraines américaines depuis trente années, et la croyance que l'effondrement de l'URSS n'impliquerait aucune volonté de revanche de la part de la bourgeoisie russe ; on notera alacrité que jamais ne sont employés les termes de bourgeoisie russe, il n'y en a que pour les « oligarques » comme si quelque part la Russie poutinienne restait stalinienne voire léninienne du fait d'une encore grande domination du fonctionnariat d'Etat. De même on ne parle jamais de classe ouvrière en Russie, mais d'une population « terrorisée » et mystifiée par la dénonciation des « nazis ukrainiens ».

Or c'est d'abord oublier que l'impossible blitzkrieg2 (que Poutine attribue maintenant à l'Occident avec son langage orwellien) n'implique pas les centaines de conscrits en réserve, même si l'on ne cesse de nous raconter que Poutine a envoyé des jeunes pour un simple « exercice d'entraînement ».

Deuxièmement ce n'est pas une guerre classique car asymétrique, et se déroulant sur le seul pays envahi par la soldatesque russe. D'un côté, il y a cette armée russe de soudards professionnels, expéditionnaire, qui ne fait pas appel à la levée en masse, à la conscription, qui n'envoie pas ses jeunes, elle n'envoie que des volontaires. En face, on a l'Ukraine, un pays de 40 millions d'habitants où la bourgeoisie a délégué le petit Zelensky pour encaserner tous les hommes valides et les envoyer au casse-pipe, tout en étant glorifié et encensé par les médias occidentaux.

Troisièmement, dès mars, du côté des soldats (prolétaires en armes) on a fini par savoir qu'il y a eu des défections des deux côtés, écornant la dénonciation d'une barbarie intégrale seulement côté russe, pas seulement contre le massacre ignoble des civils – où la Cour de La Haye veut nous refaire le coup des « crimes de guerre » comme si la guerre n'était pas le principal crime – mais notamment au regard du risque de corruption d'une partie des officiers, tant du côté ukrainien que russe 3!4

Les images de défections ou de redditions sans combat sont mises en exergue par la propagande militaire des deux camps, sans préciser que c'est également dans leur propre camp ; ce sont des falsifications historiques traditionnelles de même qu'on ne trouve dans aucun manuel que des routes en Allemagne après la défaite de Hitler étaient bordées de soldats allemands pendus... pour l'exemple.

Quatrièmement, et ce fut le plus important : la préparation de la guerre en vue de paralyser le prolétariat.

LES ETATS OCCIDENTAUX VICTIMES DE LEUR STUPIDE IGNORANCE DU PROLETARIAT (une guerre cela se prépare d'abord par un endormissement du prolétariat pas par des mouvements de troupes)

Enfin pas dans leur camp, excepté l'invocation fantasmatique de la der des der atomique, aucun propagandiste ne s'avance à en appeler à mobiliser les millions de conscrits européens, car à la question « mourir pour la patrie » des stades de football entiers éclatent de rire ou gardent le silence.

Le «stupide autocrate » Poutine avait préparé, dès novembre 2021, la guerre non pas en terrorisant sa classe ouvrière, et en s'appuyant sur une dénonciation fictive du nazisme (assez semblable à celle de nos islamo-gauchistes) mais par une réunion « par visioconférence sur les questions sociales ».

La réunion s’est déroulée en présence du chef de cabinet du bureau exécutif présidentiel Anton Vaino , du vice-Premier ministre Tatyana Golikova , de l’assistant présidentiel Maxim Oreshkin , du ministre du Travail et de la Protection sociale Anton Kotyakov , du vice-ministre des Finances Pavel Kadochnikov. En gros le personnel du ministère du travail chargé de la classe ouvrière avait étudié sérieusement les possibles réactions du « bloc social » en prenant soin d'accuser lourdement l'Occident d'être responsable de l'inflation et de la paupérisation.

Au cours de cette réunion, Vladimir Poutine avait expliqué  :

«  Je voudrais résumer certains des résultats de nos conversations, des réunions que nous avons tenues récemment sur des questions de politique sociale, y compris la réunion d’hier. Nous avons discuté des questions les plus importantes qui concernent sans aucun doute les citoyens. Ils sont associés à une augmentation des revenus, du bien-être, de la qualité de vie des personnes, et concernent globalement tout le monde ».

J’insiste : le bloc social est au cœur de notre politique étatique et l’une des priorités clés du budget fédéral. Les députés de la Douma d’Etat y travaillent également activement. À cet égard, je voudrais souligner un certain nombre de questions qui nécessitent une action conjointe des autorités législatives et exécutives.

Je propose de fixer un niveau plus élevé du minimum vital pour 2022, pour l’augmenter à un rythme plus rapide que l’inflation, à savoir de 8,6%. En valeur absolue, pour l’ensemble du pays, le minimum vital devrait s’élever à 12 654 roubles par mois, soit mille roubles de plus qu’aujourd’hui »5.

Rebelote en ce mois de mars (et en pleine guerre) et un journal titre même, sans en comprendre le sens « réduire la pauvreté en plein conflit » : « lors de cette réunion gouvernementale diffusée à la télévision, il a promis d'augmenter "le minimum vital, les salaires de fonctionnaires", les retraites et de supprimer des entraves administratives pour les affaires. Aussi, le président russe a promis une série d'aides financières aux particuliers et aux entreprises pour faire face à l'avalanche de sanctions, assurant surmonter le "blitzkrieg" économique occidental contre la Russie.

« Notre économie, le budget de l'État, les entreprises privées ont toutes les ressources nécessaires pour résoudre les tâches à long terme", a-t-il affirmé, estimant que "même dans la situation actuelle, nous devons parvenir à une réduction de la pauvreté et des inégalités"6 ».

Un discours nullement autocratique mais destiné à s'assurer la passivité de la petite bourgeoisie commerçante en Russie et de ses intellectuels girouettes : »Nous comprenons l'ampleur de la transformation que notre économie devra subir pour devenir encore plus forte. Le principe de base de la réponse économique restera la liberté maximale de l'activité économique à l'intérieur du pays, en réduisant au minimum la réglementation et le contrôle, et, bien sûr, en soutenant le marché du travail ».

Le « fou Poutine » a demandé ensuite à son gouvernement d’injecter de l’argent frais dans l’économie pour relancer la consommation. “Il est maintenant de la plus haute importance de soutenir à nouveau la demande intérieure, pour éviter qu’elle ne se contracte excessivement”, a déclaré M. Poutine. Les moyens d’y parvenir sont à portée de main, après “un excédent budgétaire record” au premier trimestre.

Au mois d'avril, compatissant face au taux d'inflation (dû surtout à sa guerre », Poutine se réjouit de ce que la « blitzkrieg économique de l'Occident » a échoué !

20 AVRIL 22 ! Le président Vladimir Poutine admet que «ce sont des chiffres très élevés. Les gens le ressentent dans leur budget familial, ils sentent comment les prix ont augmenté, et nous devons soutenir nos citoyens, les aider à faire face à la vague inflationniste».

Peu avant, la présidente de la Banque centrale de Russie, Elvira Nabioullina, avait fait part elle aussi de ses inquiétudes : «Notre économie entre en effet dans une période difficile de changement structurel en raison des sanctions. Les sanctions ont principalement touché le marché financier. Désormais, elles affecteront de plus en plus les secteurs réels de l’économie.» Malgré les mesures déjà mises en place, l’inflation, atteignant les 17% au mois de mars, a largement dépassé l’objectif des 4% fixé par les autorités russes. Cela explique la décision de Vladimir Poutine, relayée sur le site du maire de Moscou Sergueï Sobianine, de créer un système de soutien aux citoyens, donnant la préférence à certains groupes sociaux, telles que les familles avec enfants....Lequel maire a rappelé qu’en se retirant du marché russe, les entreprises étrangères laisseront de nombreux employés sur le carreau : «Nous estimons qu’environ 200 000 personnes risquent de perdre leur emploi.» En réponse, le gouvernement a prévu mobiliser 3,36 milliards de roubles (38,4 milliards d’euros). De plus, l’Etat prévoit la mise en place d’«emplois temporaires» pour les salariés licenciés, comme la «gestion des archives» ou «la réparation des équipements de la ville». Proposition qui peut paraître incongrue, dans la mesure où les premiers touchés seront les salariés qualifiés et impliqués dans l’économie globalisée.

UN QUOIQU'IL EN COUTE RUSSE

(pas seulement en vies humaines)

Re-rebelote, le 25 mai, Poutine a ordonné une augmentation de 10 % des pensions et du salaire minimum pour protéger les Russes de l'inflation, mais a nié que les problèmes économiques du pays étaient tous liés à la guerre en Ukraine. Avec une inflation annuelle proche de 18 % le mois dernier, le chef du Kremlin a reconnu que 2022 serait une année "difficile" pour l'économie russe.  « Quand je dis "difficile", cela ne signifie pas que toutes ces difficultés sont liées à l'opération militaire spéciale », a-t-il ajouté lors d'une réunion télévisée du Conseil d'État à Moscou. Avec toutefois une once de vérité :

« Parce que dans les pays qui ne mènent aucune opération - disons, à l'étranger, en Amérique du Nord, en Europe - l'inflation est comparable et, si vous regardez la structure de leurs économies, même plus que la nôtre ».

L'augmentation des pensions entrera en vigueur le 1er juin, tandis que la hausse du salaire minimum entrera en vigueur le 1er juillet. La guerre, qui coûte énormément cher, confirmera que ces mesures n'empêcheront pas une forte baisse des revenus réels.

Même avec une augmentation de 10 % du salaire minimum et des pensions de retraite, il est plus probble que les revenus réels disponibles des Russes diminuent de 7,5 % et que les salaires réels baissent de près de 6 % cette année. La pauvreté pourra passer de 11 % en 2021 à 12,6 % cette année. Le salaire minimum en Russie est actuellement de 13 890 roubles (250 $) par mois, tandis que la pension de retraite moyenne s'élève à 18 521 roubles par mois7.

Toujours en ce mois de mai, après avoir rendu visite aux soldats blessés dans un hôpital militaire de Moscou, Poutine a annoncé augmenter les salaires des soldats russes « stationnés » en Ukraine.

Mais le facteur le plus significatif des limites de la guerre de l'envahisseur Poutine reste qu'il ne peut pas lancer ni organiser une "mobilisation générale"... au risque de réveiller vraiment le prolétariat en Russie!

Enfin, nous allons examiner comment, plus clairement qu'en 14 et en 39, le camp pacifiste et populiste qui se prétend le défenseur des opprimés (jaunes, verts, rouges) et des offensés (de couleur et islamingants), choisit un camp impérialiste, l'occidental, au nom d'un nationalisme moins discret que les traîtres socialistes à la veille des deux guerres mondiales du siècle dernier.

COMMENT ET POURQUOI LES LUTTES PARCELLAIRES CONDUISENT AU NATIONALISME

On doit en partie et surtout à Révolution internationale d'avoir dès la fin des sixties identifié et dénoncé les idéologies parcellaires défendues par les gauchistes infantiles (féminisme, tiers-mondisme, défense des homos, etc.). L'héritage de ces mystifications du genre réformiste et contingentées aujourd'hui et avec nulle référence ni à la vraie révolution ni à la classe ouvrière, sont devenues la bouillabaisse de bas de la gauche et de l'extrême gauche bourgeoise. Mais voilà qu'elles se sont ridiculisées, donc décrédibilisées face à la guerre en Ukraine, mieux encore que les traîtres socialistes en 14 ou en Algérie : ces vieilles idéologies (féminisme, antiracisme, décolonialisme, wokisme...) conduisent … au front !

En premier lieu il faut dénoncer ici l'idéologie féministe bourgeoise, avec cette prétention à un égalitarisme nunuche en tout domaine et en toute circonstance, et enfin pour la patrie. Voici la campagne des féministes ukrainiennes à l'oeuvre : « Les femmes font tout pour être en première ligne du front, mais à cause de règles anciennes, qui n’ont pas été modifiées dans l’institution militaire, elles doivent rester à l’arrière. Aujourd’hui elles veulent se battre et ne comprennent pas pourquoi elles doivent subir ces règles surannées »8. Mieux encore l'exemple stalinien peut être invoqué, quoique avec certaines limites par Adrienne Harris : « Dans les années d’avant-guerre, les femmes soviétiques étaient encouragées à participer à des activités qui ne leur étaient pas traditionnellement dédiées, comme par exemple manipuler des armes militaires. Mais dès que la guerre a commencé, les femmes ont été reléguées à la maison, ou dans des postes qui ne correspondaient pas à leur formation de combattante. Pavlichenko a dû se battre pour être mobilisée au combat ». Il faut cher lecteur que tu visionnes le film ignominieux qui défend cette énormité : https://www.arte.tv/fr/videos/104952-005-A/inner-wars/

L'antiracisme – qui est un instrument de division de la classe ouvrière en même temps qu'un support au « nationalisme libéré »9 - à la veille des décolonisation, en 1914 puis dans le cas du Vietnam, a fait des miracles de patriotisme. Au fur et à mesure de la colonisation, l’armée française recruta dans toute l’Afrique noire, bien au-delà des « Sénégalais ». Toutes les classes sociales se trouvaient concernées, même si les trois quarts des tirailleurs restaient issus de familles esclaves ou anciennement esclaves - au point qu’on a parlé d’« armée d’esclaves » pour qualifier les bataillons coloniaux africains engagés durant la Grande Guerre - auxquels s’ajoutaient, pour l’encadrement subalterne, des fils de chefs africains dont on s’assurait ainsi de la loyauté. Les besoins en hommes étaient tellement importants que, loin d’être fondé sur le seul volontariat, le recrutement s’opérait souvent de manière autoritaire. En un demi-siècle, plus de 6 millions de km2 furent conquis en Afrique occidentale et équatoriale par quelques centaines de Français et 12 000 tirailleurs.

C’est le livre de Charles Mangin, en 1910, La Force noire , qui révolutionna cette vision des choses. Ce lieutenant-colonel issu de la grande bourgeoisie de l’Est, obsédé par le danger allemand, militait pour l’utilisation des tirailleurs en Europe, dans la perspective d’une guerre de plus en plus probable contre l’Allemagne. Son argument était que les tirailleurs étaient des soldats valeureux, dotés de particularités physiques une plus grande résistance à la douleur, notamment, qui pouvaient utilement venir renforcer des troupes françaises affaiblies par la dénatalité : « Dans les batailles futures, ces primitifs pour lesquels la vie compte si peu et dont le jeune sang bouillonne avec tant d’ardeur et comme avide de se répandre atteindront certainement à l’ancienne "furie française" et la réveilleraient s’il en était besoin . »

La Force noire suscita un débat à la Chambre : Jaurès et la gauche s’inquiétaient d’ « une armée prétorienne au service de la bourgeoisie et du capital ». Finalement, en 1912, furent admis la conscription des colonisés et le principe d’utilisation des troupes coloniales en métropole. La mobilisation de ces troupes s’effectua dès août 1914. Mais ce fut à partir de l’automne, lorsque la guerre apparut comme devant durer, qu’un recrutement de masse fut organisé. De 8 000 tirailleurs en août, on passe à 40 000 fin 1916, répartis en 60 bataillons.

En dépit de l’inexpérience des tirailleurs, et de mouvements de panique dans les premiers temps de la guerre, les bataillons noirs participèrent à la plupart des grandes offensives, dont l’Artois et la Champagne en 1915, Verdun en 1916 et le Chemin des Dames en 1917.

Les qualités militaires des tirailleurs étaient louées par les militaires et les hommes politiques, jusque par le président de la République Raymond Poincaré. La presse emboîta le pas en soulignant leur courage, leur loyauté et leur civilité.

Certes, des bagarres pouvaient éclater entre soldats, à la suite d’une insulte raciste par exemple. L’historien Joe Lunn rapporte que le soldat Ndiaga Niang, de Saint-Louis, se fit rabrouer par un soldat blanc au moment de trinquer : « Ne touche pas à ma tasse, tu es trop sale. » Niang répliqua par un coup de poing, une bagarre s’ensuivit et l’incident se termina devant le capitaine, qui donna raison à Niang et punit le soldat blanc. Les deux hommes devinrent finalement amis. Dans l’ensemble, en effet, il semble bien que la camaraderie l’emportait. Des amitiés se nouèrent, prolongées par des visites dans les familles lors des permissions. La maîtrise de la langue française était aussi un facteur important, permettant ou non des rapprochements10.

Il est probable qu’au total plusieurs milliers de tirailleurs furent exécutés en 1940 par les « racistes nazis » ; Raffael Scheck en a dénombré environ 3 000 à partir des archives militaires et des témoignages. Mais il faut ajouter tous les inconnus qui furent assassinés sans laisser de trace, les malheureux extraits d’une colonne de prisonniers et abattus dans le fossé par un soldat ou un officier qui voulait se distraire ou faire du zèle.

Au Vietnam un antiracisme cynique de la bourgeoisie américaine :

La protestation estudiantine américaine peut être saluée historiquement non pour sa qualité d'étudiante ni de présumés "fils de la classe ouvrière", mais comme avant-garde juvénile sortant de la longue contre-révolution et estafettes d'un prolétariat encore à moitié endormi, pas par cynisme mais parce que, comme en France, cette classe avait déjà "donné" massivement en 39-45. La dimension "blacks panthers" a ajouté à la confusion, évitant aussi de mettre en lumière la classe ouvrière (blanche et noire) qui reste toujours à l'arrière plan la classe qui peut être décisive et la seule apte à paralyser ou empêcher les guerres. Les Afro-Américains ont joué un rôle de premier plan dans la guerre du Vietnam. La guerre du Viêt Nam fut la première guerre américaine dans laquelle les troupes noires et blanches n'étaient pas formellement séparées bien qu'une ségrégation de facto eut toujours lieu malgré la promulgation différentes lois fédérales comme le Civil Rights Act de 1964, le Voting Rights Act de 1965 et le Civil Rights Act de 1968 prohibant toutes les lois et réglementations ségrégationnistes sur l'ensemble des États-Unis.

Les Forces Armées prirent des mesures pour que les troupes afro-américaines se sentent plus incluses, notamment en ajoutant de la musique plus diverse dans les juke-box, en embauchant des groupes et des danseurs afro-américains pour des événements divers et en faisant venir des artistes afro-américains pour jouer, tels que James Brown, Miss Black America (en) et Miss Black Utah. Les magasins des bases militaires ont commencé à stocker des produits de soins capillaires noirs et des vêtements comme des dashikis, tandis que des livres sur la culture et l'histoire des Afro-Américains furent ajoutés aux bibliothèques des bases. En 1973, les coiffeurs militaires furent formés pour couper les cheveux noirs. Un bon nombre de ces changements furent mis en place vers la fin de la guerre lorsque le nombre de militaires était considérablement réduit, ce qui signifie qu'une majorité de troupes afro-américaines qui ont servi pendant la guerre du Vietnam n'ont pas pu bénéficier de ces réformes11.

Ajoutons que, à l'heure actuelle, l'armée américaine est composée de beaucoup de noirs, en particulier ceux par milliers qui ont été envoyés en Europe récemment au cas où Poutine...

LA GUERRE EST POURTANT LA PRINCIPALE POLLUTION...

Dans le soutien au nationalisme ukrainien par la gauche islamo-wokiste il y a de terribles nuances même si elles restent sous aisselle américaine. Si les écologistes n'ont de cesse de dénoncer la complaisance des Insoumis à l'égard de Poutine, c'est autant par souci de leur soutien au nationalisme ukrainien que par stratégie électorale.

Les braves écologistes reprochent à LFI leur position anti-atlantiste, une complaisance aléatoire à l'égard de la Russie de Poutine dont Mélenchon a estimé, le 30 janvier dernier, qu'elle n'est pas "dans la position agressive". Les rigolos Insoumis accusent à leur tour leurs confrères écolos-bobos d'embrasser la stratégie géopolitique d'Emmanuel Macron. 

Pollution des sols, des eaux, incendies, destruction de la biodiversité… la catastrophe environnementale n'est-elle pas secondaire par rapport à la catastrophe humanitaire de la guerre en Ukraine ? C'est un argument dénoncé par une partie des écolos-bobos et qui peut justifier leur indifférentisme pacifiste. Mais l'autre fraction pacifiste envisage avec joie la positivité des destructions de la guerre : « C’est encore de la science-fiction aujourd’hui, mais il faudra tirer des leçons, arrêter les industries les plus polluantes et en retenir quelque chose de positif. Si Volodymyr Zelensky reste en poste, il aura intérêt de jouer la carte européenne et donc de la vertu environnementale.12 »

La troisième fraction, la plus importante autour du candidat malheureux Jadot révèle que la guerre en Ukraine a fortement décrédibilisé le discours écologiste, en particulier son modèle énergétique ou son pacifisme historique, vu son engouement pour le nationalisme ukrainien. Les positions portées par le Jadot à l’élection présidentielle depuis le début de l’invasion russe heurtent (ndlr son appel à l'envoi d'armes pour Zélensky) les tenants d’une ligne pacifiste dans son propre camp. Ils lui reprochent une surenchère, au risque de rompre avec l’identité de non-violence des Verts, dont le prolétariat n'a que foutre.

"Le monde", organe des bobos cultivés et écologisés, se pose des questions à côté de la plaque et ridicules : La guerre en Ukraine risque-t-elle de freiner la lutte contre le dérèglement climatique ? Pour ces cancres qui se fichent des milliers de morts civiles et des destructions ahurissantes la transition énergétique reste la priorité, pas la transition...communiste ! Mais pour se défaire des combustibles russes et répondre à l’envolée des prix de l’énergie, les grandes économies doivent... chercher déjà à relancer la production de charbon, de pétrole et de gaz. Voyons en passant un autre choix nationaliste écologique...russophile :

Quand les écologistes deviennent les idiots utiles de la Russie

« Depuis quinze ans, sous la pression des écologistes de tous les partis, l’Europe s’est massivement engagée dans l’interdiction de l’exploitation du gaz de roche-mère (schiste), dont nos sous-sols regorgent pourtant et dans la destruction de nos capacités nucléaires civiles. Dominique Reynié de la Fondation pour l’innovation politique (FONDAPOL) rappelait récemment que le gouvernement russe finance de longue date des mouvements, ONG, organisations et partis écologistes européens qui militent pour l’interdiction du gaz de schiste et la destruction du nucléaire civil. Et de citer l’exemple de la Belgique, dont l’actuelle ministre de l’Énergie Christinne Van der Straeten du parti écologiste GROEN est issue d’un cabinet d’avocats qui fut massivement rémunéré par GAZPROM, le géant gazier du gouvernement russe.

Comment expliquer ce compagnonnage de route — d’aucuns parleraient de collaborationisme — entre le gouvernement russe et des écologistes européens ? Parce que l’interdiction du gaz de schiste et la destruction du nucléaire civil condamnent mécaniquement l’Europe à dépendre du gaz russe. 40 % du gaz européen est importé depuis la Russie : 55 % en Allemagne.

La question se pose de savoir si les électeurs européens des partis écologistes persisteront à donner leur suffrage à des mouvements inféodés au régime impérialiste russe. Pire : l’argent qui finance le viol de l’Ukraine est celui du gaz russe vendu aux Européens. Let that sink in, gentil électeur souriant avec des pâquerettes dans les cheveux.

Quoi qu’il en soit, il n’aura pas fallu 48 heures à l’Allemagne pour liquider l’intégralité des seize années de mandat de Mme Merkel. De l’ère Merkel, il ne reste désormais rien, sinon les réfugiés du catastrophique Wir Schaffen Das.

Du jour au lendemain, l’Allemagne vient de décider d’investir cent milliards d’euros supplémentaires dans ses forces armées. Boum, cent milliards ! L’Allemagne se réarme jusqu’aux dents et tout le monde en Europe s’en réjouit : pas de doute, l’époque a changé. (Les Français qui ont la mémoire longue auront quand même une légère remontée d’acidité face à cette « bonne nouvelle ».) Un programme de réinvestissement lourd, allemand et sérieux : donc dans du matériel. Pas dans les frais de retraite et de personnel, comme le font les armées-clowns d’autres pays européens, celles qui lèveront un linge blanc dès que pointera une sarbacane. (…) Dieu nous préserve des amateurs »13.

 Brève conclusion. Historiquement la classe ouvrière est la seule, par sa conscience et sa place dans la production à pouvoir combattre et arrêter les guerres. Les classes intermédiaires, les petits bourgeois en colère, composent, gesticulent, négocient et finissent toujours par se vendre au plus offrant ou se donner au plus démagogue populiste. Dans le drame présent personne ne l'affirme ni n'invoque sa responsabilité, hormis de minuscules groupes. Pourtant c'est bien simple, cela pourrait l'être: appel à une grève totale dans tous les pays où c'est possible, non pas générale, qui est une vieillerie syndicale désormais cacochyme, mais visant à totalement paralyser l' action criminelle du capitalisme. Elle ne pourra pas être décrétée, mais elle devra progresser, pas forcément là où les bombes tomberont. Au bout du compte, ne pas l'oublier, le capital sera sans pitié si on a la moindre pitié pour lui.

 

 

NOTES

1Je le répète, comme en France, au niveau international, s'est développé une exclusion de tout raisonnement politique concernant institutions et classe, une doxa individualiste : pas d'Etat russe mais le méchant Poutine, pas de bourgeoisie ukrainienne mais un nouveau Churchill, pas de prolétariat mais des populations, des ukrainiens, des russes, pas de capitalisme mais des oligarques, pas un capitalisme US mais la démocratie américaine, etc.

2Je me suis trompé, j'ai cru aussi au début à une blitzkrieg en faveur de laquelle Poutine aurait « commis une erreur », quand il est en train de ridiculiser le camp occidental en saluant une guerre « destinée à durer ».

3Trafic d'armes, malversations, partages des pillages, etc. Cela me rappelle une anecdote de mon père en 39-45, il avait récupéré une paire de botte. Son officier lui intima : « ces bottes ne sont pas pour toi mais pour moi, donne-les ». Mon père avait dû s'incliner sans pouvoir lui casser la gueule, pourtant il était grand.

4Un cordial salut à ces députés (certes communistes en peau de lapin) qui ont interpellé Poutine contre la guerre : https://www.lefigaro.fr/international/guerre-en-ukraine-des-elus-communistes-russes-lancent-un-appel-a-poutine-pour-arreter-l-offensive-20220527

8Masha Kondakova https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/cultures-monde/ukraine-de-la-revolution-a-la-guerre-un-patriotisme-au-feminin-1041638

9 A sa façon Taguieff le démontre bien :« Le prétendu « nouvel antiracisme », baptisé également « antiracisme politique » par les idéologues du décolonialisme, n’est autre qu’une machine de guerre contre « les Blancs » et la « société blanche ». Il dérive de la définition antiraciste du racisme fabriquée par des militants afro-américains révolutionnaires à la fin des années 1960, et connue sous diverses dénominations : « racisme institutionnel », « racisme structurel » ou « racisme systémique ». Il ne s’agit pas d’une conceptualisation du racisme, mais d’une arme symbolique qui consiste à réduire le racisme au racisme blanc censé être inhérent à la « société blanche » ou à la « domination blanche », celle-ci étant la seule forme de domination raciale reconnue et dénoncée par les néo-antiracistes. On en retient le message simpliste selon lequel la société blanche tout entière serait intrinsèquement raciste. Qu’ils le veuillent ou non, qu’ils en soient conscients ou non, « les Blancs » seraient des dominants et des « racisants », ce qui revient à nier les responsabilités individuelles non sans faire obstacle à l’identification des vrais coupables d’actions racistes ».  

https://atlantico.fr/article/decryptage/pierre-andre-taguieff---le-pseudo-nouvel-antiracisme-n-est-autre-qu-une-machine-de-guerre-contre-les-blancs--