"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 17 février 2022

DE LA PERTE DE CREDIBILITE DES PARTIS A LA CHIENLIT

 

« Père, gardez-vous à droite, père, gardez-vous à gauche ! »

Philippe Hardi (1935, il recevra la Bourgogne en récompense de son courage).


Dans mon article de janvier – « Pourquoi ces cortèges incessants de foules imbéciles ? » - la principale explication que je donnais soulignait le triomphe d'un individualisme obtus dans toutes les pores de la société. Ce constat n'explique pas tout. Diverses formes de mécontentement, surtout de la part des couches petites bourgeoises, continuent d'occuper le devant de l'actualité sans autre ciment qu'une haine confuse de l'Etat... et des partis politiques.

Ces manifestations de colère sont du pain béni pour les journalistes qui jacassent à n'en plus finir sur les causes supposées : l'oppression « sanitaire », l'interdiction d'aller au cinéma, un possible complot de l'Etat pour domestiquer la population, la faiblesse du « pouvoir d'achat », l'atteinte à « notre liberté », etc. Le "pouvoir d'achat" cette fameuse lapalissade, ce truisme qui constituerait l'ordinaire de toutes les classes... qui serait la cause de toute révolte poujadiste comme étape vers la révolution, la vraie.

Les ploucs n'ont pas pu entrer dans Paris

Dernier avatar de cette « colère haineuse», le « convoi de la liberté », copié sur le modèle canadien. Que la presse fût veule, « compréhensive », attentive à « tenter de comprendre » en laissant croire que cette colère avec moult drapeaux patriotiques pouvait prendre de l'ampleur, puis complaisante en feignant d'approuver la « colère » de cette mixture de bobos antivax, de ringards gilets jaunes et d'une frange d'extrême droite spécialisée dans la protestation surtout en voitures de luxe et campings-car à 75.000 euros, comme tout prolétaire peut s'en offrir. La police française a bien fait son boulot et nos agitateurs populistes d'une soi-disant « démocratie directe » en ont été pour leurs frais. Outre que manifester en voiture n'est pas très prolétarien, les revendications étaient aussi confuses que stupides. La majorité de la population en France et au Canada ne s'est aucunement sentie concernée ; au Pays de Maria Chapdelaine, à Ottawa, les habitants sont descendus dans la rue en criant « stoppons les débiles » !

A la remorque des ringards gilets jaunes sans tête, le site Matière et révolution d'un ancien militant de base de LO, a rejoint lui les débiles du complotisme et des idiots antivax, publiant un :

« MESSAGE D'ALERTE INTERNATIONAL DE PROFESSIONNELS DE SANTE AUX GOUVERNEMENT ET AUX CITOYENS DU MONDE :

STOP : à la terreur, à la folie, à la manipulation, à la dictature, aux mensonges et à la plus grande arnaque sanitaire du 21e siècle ! »

Après ce complaisant message d'alerte aux gouvernements … bourgeois de la planète, le pseudo R.Paris y va de son cru faussaire :

« Ne comptons ni sur les Etats bourgeois, ni sur les partis réformistes, ni sur les élections, ni sur les bureaucrates syndicaux, ni sur les chefs militaires radicaux ! Organisons nos propres conseils de travailleurs et prenons le pouvoir sur nos luttes comme sur toute la société ! » et il faut lire derrière cette proclamation plus populiste que marxiste les insanités qui suivent sur « le crime covid » !

(à lire ici https://www.matierevolution.fr/ )

UNE HAINE APOLITIQUE QUI SERT A NE PAS PENSER LA POLITIQUE

Dans mon article de début janvier, je parlais de cette haine sans aborder la défection électorale généralisée ni la haine des partis, même par ceux et celles qui en sont membres ; car comme l'a rappelé le petit Fillippot : « pour un parti faut une hiérarchie et un chef » 

« Les divers mouvements de protestation de ces dernières années ont tous en commun une haine de l'Etat, ce qui ne serait pas grave en soi, ni révolutionnaire, mais en premier lieu haine pathologique de toute centralisation ; théorie mère du libertarisme individualiste qui régit désormais le monde entier, et pas seulement le bourbier des réseaux sociaux : je fais ce que je veux, comme je veux et personne n'a à me dicter ma conduite, je peux cracher, tuer, violer, égorger si je me prends pour Allah ou Napoléon, etc. ».

Comment comprendre aussi cette haine des partis ? D'abord cette haine émane des couches petites bourgeoises paupérisées, mais plus encore parce que écartées de la promotion sociale et politique. Haine épidermique qui ne se nourrit que d'envie, de jalousie. On s'en prend aux grandes fortunes, Des bobos trotskiens à l'électorat mitoyen de Mélenchon, on s'en prend aux grandes fortunes qu'on veut piller et « nationaliser », mais pas de programme alternatif de société, un « tous pourris sauf mon clan » qui évite de réfléchir sérieusement. La politique est vue comme un match de football.

Cette colère n'entraîne nullement la classe ouvrière derrière ces agités du bonnet, complotistes et anti-scientifiques. C'est encore heureux. Car sur le terrain économique, la classe ouvrière – même si le mot déplaît et que plus personne ne coche le mot sur les formulaires – montre le bout de son nez avec les grèves annoncées à la SNCF, chez les gardiens de prison et dans d'autres secteurs qui n'ont pas été chloroformés par « l'emprisonnement sanitaire ». Cette oppression a tant stressé les « couches moyennes » si attachées à leur individualisme libertaire, à leurs sorties au théâtre et aux soirées dansantes.

Une vieille édile stalinienne me confiait la semaine dernière regretter une disparition de la « conscience de classe » et la nécessité malgré tout de voter pour une véritable candidate anti-fasciste, Mme Hidalgo : il est vrai qu'elle a les mêmes origines hispaniques que la maire de Paris ; le communautarisme chauvin n'a pas attendu la venue des arabes. Elle défendit aussi la nécessité de créer une nation martiniquaise, une nation guyanaise, tout en défendant le port du voile pour les joueuses de football musulmanes. Lorsque je lui objectais qu'elle se situait sur le même plan de démolition de toute dialectique historique que le wokisme, lequel veut entre autres faire rembourser l'esclavage à l'homme blanc, je m'entendis répondre que le vrai combat est désormais l'antiracisme ; ce que la candidate Arthaud a également affirmé dans son discours électoraliste préliminaire.

Exprimant mon régulier étonnement devant les mues successives de l'esprit stalinien, je dus également faire face à un jeune professeur, membre d'Extinction Rébellion, qui m'objecta qu'il ne fallait pas mépriser le « convoi de la liberté » ; « on ne fera pas la révolution tout seul », me jeta-t-il à la figure.

Certes on ne fera pas la révolution tout seul (pensait-il au prolétariat en me faisant cette objection?), certes, répondis-je, mais pas derrière ce magma de couches petites bourgeoises confuses, réactionnaires au sens originel du terme (= retour en arrière, mythe du chacun chez soi, retour à la terre, refus de la vaccination, etc.). Ces couches rétrogrades s'étendent du « facho » Zemmour au « raciste » l'écolo Jadot, ainsi qu'ils sont stigmatisés par les miettes de la gauche caviar. Zemmour n'est pas un facho mais un nouveau magouilleur du milieu politique des crabes bourgeois à faire regretter les partis classiques antiques ; il ratisse pêle-mêle chasseurs, gilets jaunes, convoyeurs en 4X4, la petite fille Le Pen, et les collectionneurs de timbres, un peu timbrés en général.

Jadot, représentant patenté de l'écologie punitive, n'est pas raciste , mais la doxa antiraciste lui est tombée dessus alors qu'il a maladroitement exprimé une vérité : Zemmour véhicule de sales objectifs nationalistes derrière une identité juive avec laquelle il plastronne comme si tout juif était noble en politique et nullement susceptible de devenir un vulgaire nationaliste.

Enfin ce succès provisoire de partis qui n'en sont pas formellement, mouvance écolo et divers charlots aristos et fachos autour de Zemmour, ne peut remplacer les partis traditionnels, lesquels « encadraient » les diverses couches de la population. Droite et gauche sont mortes d'usure au pouvoir, de saloperies surtout contre la classe ouvrière, d'un démantèlement de cette classe, de la propension de la gauche et de l'extrême gauche bourgeoises à remplacer le prolétariat par un immigrationnisme débile. Les vieux partis comme les syndicats ne peuvent plus encadrer la classe ouvrière, dont une partie est illusionnée par le populisme et sa partie immigrée par l'islam.

Tout ceci explique les explosions sporadiques de colères incontrôlables, mais forcément limitées par des couches sociales aveugles et obtuses.

UNE DERNIERE ETAPE ELECTORALE DE MISE EN SCENE des « fachos » ?

La presse dans son ensemble n'a plus d'yeux de Chimène que pour la bagarre de bistro entre Zemmour et Marine Le Pen, vu l'étiolement des autres candidats loufoques les Taubira, Hidalgo, Lassalle et même du clown utopico-nationaliste Mélenchon que Libération croit voir se pointer au deuxième tour de piste.

Or on pourrait même considérer ce spectacle comme un complot ourdi par la macronie, plus la haine (mot à la mode et parfaitement apolitique) déferlera entre les deux clans, plus la macronie « centriste » pourra tabler sur la victoire de son champion. Toujours avec l'aide de son Philippe Hardi, François Bayrou, Macron ne peut que se réjouir des bagarres picrocholines à droite et à gauche. Au bout, foin de l'abstention massive qui sera gommée par le « vote utile » antifa et antiraciste, pour garantir la survie de Macron au pouvoir cinq années supplémentaires.

Pour terminer, et il faut le dire franchement, l'inexistence temporaire mais criante d'une expression politique révolutionnaire de la classe ouvrière est aussi liée à l'inexistence de vrais partis de classe, non pour encadrer comme tous les partis bourgeois, mais pour affermir l'existence du programme révolutionnaire. Mais ceci sera développé ultérieurement et dans un autre cadre que la cacophonie et l'atmosphère délirante d'un banal concours électoral.

JAURES CONTRE LE VIDE DES GILETS JAUNES ET LE CONVOI DES DEBILES


Il y a plus d'un siècle le grand Jaurès avait déjà contré tous ces révoltés échevelés pour une fausse liberté commerciale et contre ces ânes soi-disant socialistes et cette extrême gauche pleureuse anarchiste pour leur caricature et dénégation du vrai socialisme.

« Il n'y a pas de socialisme, même utopique, là ou, si osée que soit une théorie, si audacieux que soit un plan de société, il n'y a pas désir d'action, appel à l'action, afin de préparer la nouvelle organisation de la propriété et de la société visant à assurer le bien-être de tous ses membres. Les réquisitoires contre la richesse et la propriété, comme les descriptions de sociétés idéales et les rêveries communistes ou humanitaires, sans intention d'application dans un milieu donné, sans viser à une pratique générale, sont des dissertations philosophiques, sociologiques, etc., et non du socialisme.

Il n'y a pas socialisme, même dans le sens le plus restreint, là où, si subversifs que soient un appel à la révolte ou un soulèvement populaire, si démocratique que paraisse une œuvre réformatrice, ces diverses actions ou tentatives, au lieu d'être subordonnées à une théorie générale quelconque de la transformation que doivent subir la propriété et la société dans le but de réaliser le bien-être de tous, sont déterminées par une doctrine religieuse prêchant le renoncement et la communauté (sic), par la tendance à ne régler que des situations spéciales, à se borner à des mesures d'avance estimées transitoires, ou par l'exaspération désordonnée des victimes de trop criants abus. (…) Ce qui est vrai, c'est que la plupart des démocrates crurent à l'efficacité, à tous les points de vue, de la liberté et des droits nominalement égaux qui ne pouvaient complètement profiter qu'à la classe économiquement à même de s'en servir, à la bourgeoisie ».

cf. THERMIDOR ET LE DIRECTOIRE , page 6








lundi 7 février 2022

COMMENT LENINE a ridiculisé POUTINE

 


    Depuis 2014 toute la presse bourgeoise mondiale n'a pas cessé de se féliciter que des milliers (?) de statues de Lénine aient été déboulonnées en Ukraine après la « révolution orange » sponsorisée par la CIA. Poutine a assuré que c'est Lénine qui avait « créé l'Ukraine ». Accusant Lénine « d’avoir avec ses idées «mené à l’effondrement de l’URSS». «Parmi ces idées, l’autonomisation. Il a posé une bombe atomique sous la maison Russie, qui a par la suite explosé. Et nous n’avions pas besoin de la révolution mondiale», a ajouté le président russe, qui venait de couper la parole à un scientifique citant Lénine dans un contexte non politique: https://www.letemps.ch/monde/vladimir-poutine-enterre-doucement-lenine), reprochant à Lénine d’avoir accordé aux républiques socialistes le droit de quitter l’URSS (et donnant raison à Staline qui y était opposé).

    Vladimir Poutine a ensuite qualifié «d’absurde» la décision de Lénine de donner le Donbass à l’Ukraine. Une phrase qui fait écho aux critiques proférées par les nationalistes russes, puis par le Kremlin à l’encontre d’un autre dirigeant soviétique, Nikita Khrouchtchev, lequel a transféré la Crimée à l’Ukraine en 1956. «L’illégalité» du transfert de la Crimée a servi de justification à l’annexion de la péninsule par la Russie en 2014. Et le Donbass pourrait bien sûr suivre la même voie aujourd’hui, alors qu’il est déjà contrôlé par des forces armées pro-russes.

Il ne va toutefois pas jusqu’à abattre les statues de Lénine, toujours dressées sur les places centrales de toutes les villes russes. Sa position prudente sur l’enterrement de Lénine et son départ de la place rouge, réclamé par les monarchistes, tsaristes et l’église orthodoxe, tient au fait que les « communistes » y sont radicalement opposés.

Etonnant que sur le module de recherche de Google le texte de 1919 de Lénine adressé aux ouvriers et paysans d'Ukraine soit introuvable, même pas noyé au milieu des tonnes de satisfecits face à la chute organisée des statues de Lénine, et d'assimilations grossières au nationalisme grand russien, celui-là même que combattit Lénine. Poutine est plutôt le nouveau Dénikine quand le vieux Biden se la joue Clémenceau.

Cette lettre de Lénine est une leçon pleine de finesse encore valable aujourd'hui dans une situation inquiétante, même si on se laisse dorloter par l'illusion d'une paix désormais éternelle, du fait de l'inévitable « destruction mutuelle assurée », entretenue par tous les médias, faut-il préciser Bourgeois ? Sans oublier les tonnes de mensonges et de commentaires confusionnistes qu'ils déversent à longueur de journée, avec ce simplisme en noir et blanc où Poutine équivaudrait à Lénine et les menées impérialistes et économiques des bandes étatiques occidentales représenteraient la sainte démocratie capitaliste si corrompue et hâbleuse ! Pourquoi mentent-ils tous en masquant la continuité non entre Lénine et Poutine, mais entre Staline et Poutine?

LETTRE AUX OUVRIERS ET PAYSANS D'UKRAINE A L'OCCASION DES VICTOIRES remportées sur Dénikine





Camarades,

Il y a quatre mois, fin août 1919, j'ai eu l'occasion d'adresser une lettre aux ouvriers et aux paysans à propos de notre victoire sur Koltchak.

Aujourd'hui, je reproduis intégralement cette lettre pour les ouvriers et les paysans d'Ukraine à l'occasion des victoires remportées sur Dénikine.

Les troupes rouges ont pris Kiev, Poltava, Kharkov, et marchent victorieusement sur Rostov. L'insurrection contre Dénikine déferle en Ukraine. Il importe de rassembler toutes nos forces pour achever de battre les troupes de Dénikine, qui ont tenté de rétablir le pouvoir des propriétaires fonciers et des capitalistes. Il importe d'anéantir Dénikine pour nous prémunir contre la moindre possibilité d'une nouvelle invasion.

Il faut que les ouvriers et les paysans d'Ukraine soient mis au courant des leçons que tous les paysans et ouvriers russes ont tirées de la conquête de la Sibérie par Koltchak et de la libération de ce pays par les troupes rouges, après de longs mois passés sous le joug des propriétaires fonciers et des capitalistes.

La domination de Dénikine a été pour l'Ukraine une épreuve aussi dure que le règne de Koltchak en Sibérie. Il est certain que les leçons de cette dure épreuve amèneront les ouvriers et les paysans d'Ukraine, comme ceux de l'Oural et de la Sibérie, à mieux saisir les tâches du pouvoir soviétique et à le défendre avec plus de fermeté.

En Grande-Russie, la grosse propriété foncière a été entièrement supprimée. Il faut en faire autant en Ukraine ; et le pouvoir soviétique des ouvriers et des paysans ukrainiens doit consacrer la suppression complète de la grande propriété foncière, la libération totale des ouvriers et des paysans ukrainiens du joug des propriétaires fonciers et de ces propriétaires eux-mêmes.

Mais, en plus de cette tâche et de nombreuses autres qui, aujourd'hui comme hier, se posent aux masses laborieuses de Grande-Russie et d'Ukraine, le pouvoir soviétique en Ukraine a des tâches particulières. L'une d'elles mérite qu'on lui accorde en ce moment une attention exceptionnelle. C'est la question nationale ou la question de savoir si l'Ukraine sera une République socialiste soviétique distincte et indépendante, alliée (fédérée) à la République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie, ou si l'Ukraine et la Russie vont fusionner en une seule République soviétique. Tous les bolchéviks, tous les ouvriers et paysans conscients doivent réfléchir sérieusement à cette question.

L'indépendance de l'Ukraine est reconnue par le Comité exécutif central de la R.S.F.S.R. - République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie - et le Parti communiste bolchéviks de Russie. Aussi est-il évident et admis de tout le monde que seuls les ouvriers et les paysans d'Ukraine peuvent décider et décideront, à leur congrès national des Soviets, si l'Ukraine doit fusionner avec la Russie ou constituer une République autonome, indépendante, et dans ce dernier cas, quel lien fédératif doit l'associer à la Russie.

Comment faut-il régler cette question dans l'intérêt des travailleurs, afin d'assurer le succès de leur lutte pour affranchir définitivement le travail du joug du capital?

Premièrement, les intérêts du travail exigent que la confiance la plus entière et l'union la plus étroite existent entre les travailleurs des divers pays, des diverses nations. Les partisans des propriétaires fonciers et des capitalistes, de la bourgeoisie, s'efforcent de diviser les ouvriers, d'attiser les dissentiments et la haine entre nations afin de réduire les ouvriers à l'impuissance et d'affermir le pouvoir du capital.

Le capital est une force internationale. Il faut, pour la vaincre, l'union internationale, la fraternité internationale des ouvriers.

Nous sommes ennemis des haines nationales, des dissensions nationales, du particularisme national. Nous sommes internationalistes. Nous aspirons à l'union étroite et à la fusion complète des ouvriers et des paysans de toutes les nations du monde en une seule République soviétique universelle.

Deuxièmement, les travailleurs ne doivent pas oublier que le capitalisme a divisé les pays en un petit nombre de nations opprimantes, impérialistes, jouissant de tous les droits et privilèges, et en une immense majorité de nations opprimées, dépendantes ou semi-dépendantes, en état d'infériorité légale. La guerre de 1914-1918, criminelle et réactionnaire entre toutes, a accentué cette division et, par suite, augmenté la colère et la haine. Au cours des siècles l'indignation et la méfiance des nations en état d'infériorité légale et dépendantes se sont accumulées contre les nations impérialistes qui les oppriment, des nations comme l'Ukraine contre des nations telles que la Grande-Russie.

Nous voulons une alliance librement consentie des nations, une alliance qui ne tolère aucune violence exercée par une nation sur une autre, une alliance fondée sur une confiance absolue, sur une claire conscience de l'union fraternelle, sur un consentement absolument libre. On ne saurait réaliser une telle alliance d'un seul coup ; il faut la gagner par un travail plein de patience et de circonspection, pour ne pas gâter les choses, ne pas éveiller la méfiance, pour faire disparaître cette méfiance qu'ont laissée les siècles d'oppression des propriétaires fonciers et des capitalistes, de la propriété privée et des haines suscitées par ses continuels partages et repartages.

Aussi, tout en visant sans désemparer à l'unité des nations, en attaquant sans merci tout ce qui les dissocie, nous devons nous montrer très prudents, très patients, très conciliants à l'égard de ce qui reste de la méfiance entre nations. Nous devons être intransigeants, inconciliables sur tout ce qui touche les intérêts primordiaux du travail en lutte pour se libérer du joug du capital. Quant à savoir comment fixer les frontières entre Etats, aujourd'hui, de façon provisoire - puisque nous voulons leur suppression totale - la question n'est pas essentielle, c'est une question secondaire, de peu d'importance. On peut et on doit temporiser, car la méfiance entre nations est souvent très tenace parmi les masses des paysans et des petits exploitants ; toute précipitation pourrait l'accentuer, c'est-à-dire nuire à la cause de l'unité totale et définitive.

L'expérience de la révolution ouvrière et paysanne en Russie, de la révolution d'octobre-novembre 1917, l'expérience de ces deux années de lutte victorieuse contre l'invasion des capitalistes internationaux et russes a montré, clair comme le jour, que les capitalistes ont su exploiter momentanément la méfiance nationale des paysans et des petits exploitants polonais, lettons, estoniens, finlandais, envers les Grands-Russes ; ils ont profité de cette méfiance pour semer momentanément la discorde entre eux et nous. L'expérience a montré que cette méfiance ne s'efface et ne disparaît qu'avec une extrême lenteur, et que plus les Grands-Russes, qui ont longtemps appartenu à la nation oppressive, font preuve de patience et de circonspection, et plus sûrement cette méfiance disparaît. C'est parce que nous reconnaissons l'indépendance des Etats polonais, letton, lituanien, estonien, finlandais, que nous gagnons, lentement mais sûrement, la confiance des masses laborieuses des petits Etats voisins, des masses les plus arriérées, les plus dupées et les plus asservies par les capitalistes. C'est par ce moyen que nous les arrachons plus sûrement à l'influence de «leurs» capitalistes nationaux, pour les amener le plus sûrement à une confiance entière, à la future République unique internationale des Soviets.

Tant que l'Ukraine n'aura pas été entièrement libérée de Dénikine, et jusqu'à ce qu'elle ait réuni le congrès national des Soviets, son gouvernement est le Comité révolutionnaire d'Ukraine. Ce Comité revolutionnaire comprend, à côté des communistes bolchéviks ukrainiens, au titre de membres du gouvernement, des communistes-borotbistes ukrainiens. Les borotbistes se distinguent entre autres des bolchéviks en ce qu'ils sont pour l'indépendance absolue de l'Ukraine. Les bolchéviks ne voient pas là une cause de désaccord ; ils ne voient  aucun obstacle à une collaboration prolétarienne bien comprise. Unis dans la lutte contre le joug du capital, pour la dictature du prolétariat, ce n'est pas sur des questions de frontières nationales et de relations fédératives ou autres, entre Etats, que les communistes se diviseraient. Il y a parmi les bolchéviks des partisans de l'indépendance complète de l'Ukraine, des partisans d'un lien fédératif plus ou moins étroit et des partisans de la fusion complète de l'Ukraine avec la Russie.

Il est inadmissible que la division se fasse pour de telles questions. Elles seront réglées au congrès des Soviets d'Ukraine.

Si un communiste grand-russe insistait sur la fusion de l'Ukraine et de la Russie, les Ukrainiens le soupçonneraient aisément de se laisser guider, en défendant cette politique, moins par le souci de l'unité des prolétaires dans la lutte contre le capital, que par les préjugés du vieux nationalisme, de l'impérialisme grand-russe. Cette méfiance est naturelle et, jusqu'à un certain point, inévitable et légitime, car les Grands-Russes, sous le joug des propriétaires fonciers et des capitalistes, ont été, durant des siècles, nourris des préjugés honteux et abjects du chauvinisme grand-russe.

Si un communiste ukrainien insistait sur l'indépendance absolue de l'Ukraine, on pourrait le soupçonner de défendre cette politique non du point de vue des intérêts momentanés des ouvriers et des paysans ukrainiens en lutte contre le joug du capital, mais sous l'empire de préjugés nationaux petit-bourgeois, petit-propriétaires. L'expérience nous a montré des centaines de fois comment les «socialistes» petit-bourgeois de divers pays - tous ces pseudo-socialistes polonais, lettons, lituaniens, les mencheviks géorgiens, les socialistes-révolutionnaires, etc., - se camouflaient en partisans du prolétariat, à seule fin de faire passer en fraude une politique d'entente avec «leur» bourgeoisie nationale contre les ouvriers révolutionnaires. Nous l'avons vu en Russie, de février à octobre 1917, par l'exemple de Kérenski ; nous l'avons vu et nous le voyons encore dans tous les pays sans exception.

Ainsi donc, la méfiance réciproque entre communistes grands-russes et communistes ukrainiens apparaît fort aisément. Comment la combattre ? Comment la vaincre et conquérir la confiance réciproque ?

Le mieux est de collaborer à la défense de la dictature du prolétariat et du pouvoir soviétique dans la lutte contre les propriétaires fonciers et les capitalistes de tous les pays, contre leurs tentatives de rétablir leur toute-puissance. Cette lutte commune montrera clairement dans la pratique que, quelle que soit la solution donnée au problème de l'indépendance ou des frontières, les ouvriers grands-russes et ukrainiens ont absolument besoin d'une étroite alliance militaire et économique, sans quoi les capitalistes de l'«Entente», c'est-à-dire de la coalition des pays capitalistes les plus opulents, Angleterre, France, Amérique, Japon, Italie, nous écraseront et nous étoufferont l'un après l'autre. Notre lutte contre Koltchak et Dénikine, tous deux subventionnés et armés par ces capitalistes, a montré clairement ce danger.

Quiconque porte atteinte à l'unité et à l'alliance la plus étroite des ouvriers et des paysans grands-russes et ukrainiens aide les Koltchak, les Dénikine, les capitalistes rapaces de tous les pays.

C'est pourquoi nous, les communistes grands-russes, nous devons combattre de la façon la plus rigoureuse, dans notre milieu, les moindres manifestations de nationalisme grand-russe, car ces manifestations, étant en général une véritable trahison du communisme, sont éminemment nuisibles, puis qu'elles nous séparent de nos camarades ukrainiens et font ainsi le jeu de Dénikine et consorts.

Aussi devons-nous, nous les communistes grands-russes, être conciliants quand nous avons des divergences avec les communistes bolchéviks ukrainiens et les borotbistes, lorsque ces divergences portent sur l'indépendance de l'Ukraine, les formes de son alliance avec la Russie et, d'une façon générale, sur la question nationale. Mais que nous soyons communistes grands-russes, ukrainiens ou de toute autre nation, nous devons tous nous montrer intransigeants, inconciliables sur les questions essentielles, capitales, identiques pour toutes les nations, à savoir : la lutte prolétarienne, la dictature du prolétariat, l'inadmissibilité d'une entente avec la bourgeoisie, l'inadmissibilité de la division des forces qui nous défendent contre Dénikine.

Vaincre Dénikine, l'anéantir, rendre impossible le retour d'une semblable invasion, tel est l'intérêt vital des ouvriers et paysans grands-russes comme ukrainiens. Cette lutte est longue et difficile, car les capitalistes du monde entier soutiennent Dénikine et soutiendront les Dénikine de tout acabit.

Dans cette lutte longue et difficile, nous, les ouvriers grands-russes et ukrainiens, nous devons demeurer étroitement unis, car, séparés, nous ne pourrions certainement pas nous tirer d'affaire. Quelles que soient les frontières de l'Ukraine et de la Russie, quelles que soient les formes de leurs rapports d'Etat à Etat, là n'est pas l'important ; on peut et l'on doit, en l'occurrence, faire des concessions, essayer une solution, une autre, puis encore une autre : la cause des ouvriers et des paysans, la victoire sur le capitalisme, ne sera pas pour autant perdue.

Tandis que si nous n'arrivons pas à maintenir entre nous l'étroite union contre Denikine, contre les capitalistes et les koulaks de nos pays à nous et de tous les autres, la cause du travail sera certainement perdue pour de longues années, en ce sens que les capitalistes pourront alors écraser et étouffer autant l'Ukraine soviétique que la Russie soviétique.

La bourgeoisie de tous les pays, ainsi que tous les partis petits-bourgeois, les partis «conciliateurs» qui acceptent l'alliance avec la bourgeoisie contre les ouvriers, se sont surtout efforcés de diviser les ouvriers des différentes nationalités, d'attiser la méfiance, de détruire l'étroite union internationale et la fraternité internationale des ouvriers. Si la bourgeoisie y parvient, la cause des ouvriers est perdue. Que les communistes de Russie et d'Ukraine parviennent donc, au prix d'un travail commun, patient, opiniâtre et tenace, à vaincre les menées nationalistes de toutes les bourgeoisies, les préjugés nationalistes de toute espèce ; qu'ils donnent aux travailleurs du monde entier l'exemple d'une alliance vraiment solide des ouvriers et des paysans des différentes nations dans la lutte pour le pouvoir des Soviets, pour l'abolition du joug des propriétaires fonciers et des capitalistes, pour une République soviétique fédérative du monde entier.

28.XII.1919.

 PS: pour une analyse plus sérieuse de la tension actuelle avec la Russie, lire l'OBS: https://www.nouvelobs.com/monde/20220207.OBS54163/ukraine-pourquoi-la-russie-souhaite-la-fin-de-l-expansion-de-l-otan-en-europe-de-l-est.html?M_BT=58563637324670#xtor=EPR-2-[ObsActu17h]-20220207

 

Le rapprochement franco-russe ce 7 février!

 


mardi 25 janvier 2022

EN UKRAINE SI LA GUERRE ECLATE LES SOLDATS DES DEUX COTES SERONT-ILS AUTORISE A PORTER LES MASQUES SANITAIRES ?

 


Si l'Ukraine revient dans la sphère d’influence russe, les Etats-Unis perdront leur crédibilité, ce qui déstabilisera profondément l’Europe et pourrait convaincre la Chine d’attaquer Taïwan (qui fait déjà tournoyer au-dessus ses avions à charge nucléaire).

Le minuscule milieu révolutionnaire maximaliste est encore en retard, comme le furent toutes les minorités avant les guerres précédentes (sauf l'ex fraction qui prédit une guerre toute les 24 heures), il faut remonter à 2014 pour trouver un article du CCI qui analysait bien l'hypocrisie occidantale :

« Depuis le 21 novembre, l'Ukraine vit une crise politique aux faux airs de la prétendue "révolution orange" de 2004. Comme en 2004, la fraction pro-russe est aux prises avec celle de l'opposition, partisane déclarée d'une "ouverture vers l'Ouest". Les mêmes tensions diplomatiques entre la Russie, les pays de l'Union Européenne (UE) et des Etats-Unis s'exacerbent.

Ce remake n'est cependant pas une simple copie. Si la contestation des élections archi-truquées  de novembre 2004 avait alors mis le feu aux poudres, aujourd'hui, le rejet de l'accord d'association proposé par l'UE par le président Viktor Ianoukovitch est à l'origine de la crise. Ce pied de nez à l'UE, une semaine avant la date prévue de la signature, a aussitôt déclenché une violente offensive des différentes fractions pro-européennes de la bourgeoisie ukrainienne contre le gouvernement, criant à la "haute trahison" et demandant la destitution du président Ianoukovitch. Suite aux appels à "l'ensemble du peuple à réagir à cela comme il le ferait à un coup d’État, c'est-à-dire : descendre dans les rues," ([1]) les manifestants ont occupé le centre-ville de Kiev et la place de l'Indépendance, lieu symbolique de la révolution orange. La répression brutale, les affrontements et les nombreux blessés permirent au premier Ministre, Mykola Azarov, de déclarer : "Ce qui se passe présente tous les signes d'un coup d’État" et d'organiser des contre-manifestations.  Comme en 2004, les  médias des grands pays démocratiques ont monté au pinacle cette « volonté du peuple ukrainien » de se "libérer" de la clique inféodée à Moscou. En revanche, les photos et les reportages n'ont pas vraiment mis en avant la perspective démocratique mais plutôt la dictature et la violence des répressions de la fraction pro-russe, les mensonges de la Russie et les diktats de Poutine. Contrairement à 2004, l'espoir d'une vie meilleure et plus libre n'est plus étayé par la perspective d'une victoire électorale de l'opposition, aujourd'hui en minorité, contrairement à 2004,  ou Victor Iouchtchenko était assuré de la victoire ».

(lire entièrement ici : https://fr.internationalism.org/icconline/201401/8850/ukraine-russie-cherche-a-desserrer-letau-ses-rivaux-imperialistes )

Il s'agit bien à l'heure actuelle en gros du prolongement de l'affaiblissement de la puissance impérialiste américaine avec un risque de généralisation qui impliquerait la Chine.

Comme l'écrit l'OBS à la suite des articles les plus sérieux, c'est le sort de la planète qui va se jouer en Ukraine. Zbigniew Brzezinski (1928-2017), dans son prophétique ouvrage de 1997 tirait l'alarme. Son livre -« le Grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde » (Bayard) - y exposait comment, à son avis, les Etats-Unis devraient agir pour préserver leur hégémonie mondiale, absolument incontestée à l’époque. Ce faisant, il expliquait pourquoi l’Ukraine serait, selon lui, l’un des pivots majeurs de la géopolitique mondiale au XXIsiècle. Que là se jouerait l’avenir de la planète. Nous y sommes !

« En tirant leur révérence de manière abrupte, expliquait le stratège, les Ukrainiens ont mis un terme à plus de trois cents ans d’histoire impériale. Ils ont dépossédé leurs voisins d’une économie à fort potentiel, riche de son industrie, de son agriculture et d’une population de cinquante-deux millions d’habitants, dont les origines, la civilisation et la tradition religieuse étaient si proches de celles des Russes, que les liens impériaux ont toujours, pour ces derniers, relevé de l’évidence. Par ailleurs, l’indépendance ukrainienne a privé la Russie de sa position dominante sur la mer Noire, alors qu’Odessa servait traditionnellement de point de passage pour tous les échanges commerciaux russes avec le monde méditerranéen et au-delà. »

Donc, « sans l’Ukraine et ses cinquante-deux millions de “frères slaves”, toute tentative de restauration impériale commandée par Moscou est vouée » à l’échec, concluait Zbigniew Brzezinski, il y a vingt-cinq ans.

L'édito de l'OBS est clair, contrairement aux pro-Poutine qui considèrent que les Etats-Unis exagèrent ou s'inquiètent pour rien:

«Pour Washington, il en va de son statut de première puissance mondiale. Accepter les exigences russes et notamment que l’Ukraine revienne, d’une manière ou d’une autre, dans la sphère d’influence de Moscou, surtout après avoir proclamé qu’elle avait « vocation » à rejoindre l’Alliance atlantique, ce serait annoncer au monde qu’elle ne veut ou ne peut plus respecter ses engagements, notamment vis-à-vis de ses alliés. Ce serait dire à l’Europe, qui dépend encore du parapluie nucléaire des Etats-Unis pour sa sécurité, que sa parole n’est plus aussi ferme qu’autrefois et que, bientôt, elle devra peut-être faire sans son grand frère d’outre-Atlantique. Ce qui provoquerait une importante incertitude, voire un chaos – et le déclin (irréversible ?) de la puissance des Etats-Unis.

Enfin, pour la Chine, le moindre recul de la position américaine sur le Vieux Continent sera perçu comme une incitation à avancer ses pions dans la sphère des Etats-Unis en Asie, et avant tout à Taïwan. Si l’Amérique affiche de la faiblesse dans le dossier ukrainien face au Kremlin, Xi Jinping, le leader chinois, pourrait, à tort ou à raison, en conclure que le moment tant attendu est arrivé : que l’île rebelle ne sera pas défendue par l’US Army. Que l’heure de la Chine a sonné. Et le monde entrerait définitivement dans une autre ère ».

Il s'agit bien d'une crise majeure. Il s’agit d’une tentative par la Russie de renverser et de renégocier l’ordre international établi en 1991. L’Ukraine est au centre de cette crise, non seulement en raison de sa position à côté de la Russie, mais aussi pour des raisons plus larges, et qui vont au-delà de ses frontières. Il s’agit également d’une crise à plusieurs niveaux. Le premier niveau concerne la relation entre la Russie et l’Ukraine. Il s’agit d’une question vieille de plusieurs siècles qui touche à l’identité russe et à l’idée que l’Ukraine et la Biélorussie peuvent avoir une histoire distincte de celle de la Russie. Dans son essai historique publié l’été dernier, Vladimir Poutine a clairement indiqué que, selon lui, il n’y a jamais eu d’histoire ukrainienne dans le passé, et qu’il n’y en aura pas à l’avenir. Pourtant, les événements qui se sont déroulés en Ukraine depuis 2014, avec l’annexion de la Crimée et l’occupation du Donbass, ont conduit une génération de russophones à embrasser une identité ukrainienne: ceci pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’Otan. C’est une question de politique intérieure, aux racines profondes et anciennes. Cette crise de l’identité russe est sous nos yeux, l’ironie étant qu’elle est si évidente qu’il est facile de la négliger. Mais nous devons la prendre très au sérieux.

La perspective d’une telle offensive est assez effrayante en soi. On ne se représente pas bien les conséquences en chaîne qu’un tel scénario entraînerait pour l’Europe. On risque d’être confronté à un afflux de réfugiés, à des tensions sur l’approvisionnement en gaz qui transite en temps normal par l’Ukraine, aux répercussions économiques des sanctions prises contre la Russie ainsi qu’à des turbulences sur les marchés financiers. En cas d’occupation russe durable, on assistera certainement à des efforts de résistance du côté ukrainien et qu’un certain nombre de pays fourniront des armements pour les appuyer (même si l'Allemagne au double jeu ne fournit pas les armes déjà achetées). On peut alors s’attendre à voir émerger des «zones grises» et à une circulation incontrôlée d’armes qui risque, à terme, de poser un problème de sécurité pour les pays voisins. Les institutions européennes et les États membres apparaissent peu capables d'endiguer la montée à la guerre. La seule inconnue reste le prolétariat russe.

Les Russes eux-mêmes en général sont-ils prêts à supporter les conséquences d'une guerre ouverte avec l' Ukraine ? Sans doute pas plus que les ouvriers d'Europe occidentale. Le prolétariat russe pense surtout à résoudre ses difficultés économiques du moment, et une guerre surtout avec un pays frère ne serait aujourd'hui pas bien vue. Avec la prise en compte du danger prolétarien, il n'y aura pas de guerre ouverte, et pas de troisième guerre mondiale.

LA PARTITION DE L'UKRAINE A ETE LA PREMIERE CAUSE DE LA DISSOLUTION DU BLOC RUSSE

Le deuxième niveau est la question plus large des relations de la Russie avec l’ensemble de l’espace post-soviétique, y compris le Kazakhstan (en révolte prolétarienne), la Biélorussie et la Géorgie. Cette question remonte à la dissolution de l’URSS il y a plus de trente ans. Le 1er décembre 1991, 92% des Ukrainiens ont voté pour l’indépendance de l’Ukraine, un résultat qui a conduit à la dissolution de l’Union soviétique une semaine plus tard. L’URSS s’est effondrée sur la question de l’indépendance de l’Ukraine. Depuis lors, l’avenir de l’espace post-soviétique et la question de l’influence russe dans cet espace continuent de dépendre de la position de l’Ukraine. Cette question va bien au-delà des relations entre Moscou et Kiev, et concerne toutes les autres républiques ex-soviétiques. Le troisième niveau de la crise, celui dont tout le monde parle aujourd’hui, concerne l’Otan et la sphère d’influence de la Russie. Cependant, on oublie souvent que ce n’est pas l’Otan qui a choisi de s’étendre vers l’Est, mais plutôt les anciens alliés européens de Moscou qui ont demandé à être acceptés dans l’organisation. L’adhésion était leur seul moyen d’assurer leur défense, et l’un de leurs arguments était qu’ils devraient sinon développer eux-mêmes des programmes nucléaires. Le moteur de l’expansion de l’Otan n’a jamais été la volonté de l’alliance, mais une demande des Européens de l’Est d’être défendus contre la Russie. C’est à peu près le même scénario qui se joue aujourd’hui en Ukraine. Avant 2014, seule une minorité d’Ukrainiens souhaitait adhérer à l’Otan. Aujourd’hui, c’est la majorité. Comme il y a trente ans, c’est la Russie qui est le moteur de ce processus: le souvenir de la domination passée de la Russie et la menace qu’elle représente.

AFFAIBLISSEMENT DE LA SOLUTION NEGOCIEE ?

Ces trois niveaux de la crise sont liés et agissent les uns sur les autres. C’est pourquoi neutraliser l’Ukraine, comme on l’a fait avec l’Autriche en 1955, n’est pas une option. Si Moscou pouvait se satisfaire de la création d’un État neutre comme en Autriche à l’époque, ou même en Finlande, le simple fait de maintenir l’Ukraine hors de l’Otan ne résoudrait pas les deux autres problèmes, celui de la reconnaissance de l’existence de l’État ukrainien, et celui du contrôle de Moscou sur l’État post-soviétique. L’analogie souvent faite avec la crise des missiles de Cuba en 1961 n’est pas non plus utile. Pour établir un parallèle entre les deux crises, il faudrait que les États-Unis aient déployé des missiles atomiques en Ukraine. Le meilleur parallèle est peut-être la crise de Berlin de 1948-1949, lorsque Moscou a testé la volonté américaine de protéger la partie de l’Europe sous juridiction alliée. Les deux adversaires n’ont jamais eu recours à la force militaire, mais cette crise a également marqué le début de la guerre froide.

Poutine compte-t-il sur le manque de motivation du prolétariat américain pour défendre l’Europe?

Sans aucun doute, et c’est là que la crise de Cuba offre un parallèle intéressant, car elle a été déclenchée par une mauvaise appréciation par Khrouchtchev de la réaction de Kennedy, qu’il considérait comme inexpérimenté et indécis, sans comprendre que la classe politique américaine était unie derrière lui. Certes, Poutine compte sur la faiblesse de Biden après le retrait d’Afghanistan. Mais a-t-il vraiment évalué le consensus qui existe dans l’establishment américain sur la question ukrainienne, l’un des rares sujets où républicains et démocrates sont d’accord?

l’Europe joue un rôle crucial. Elle est au centre de l’action, et sa position sera décisive. Le principal problème des Européens est de parvenir à cette décision, ce qui est presque plus difficile que de parvenir à un accord entre les démocrates et les républicains à Washington. Toutefois, le manque d’ambiguïté de la Russie dans sa politique agressive à l’égard de l’Ukraine incite les Européens à le faire. Mais ne vous formalisez pas, le seul absent de l'intense crise, le prolétariat, est soigneusement gommé par tous les commentateurs et fabulateurs diplomatiques.

Et c'est lui qui est plus dangereux que les généraux qui s'y voient déjà.

The Time est très pessimiste (à dessein?) et considère que Biden a déjà perdu face au chantage de Poutine:

"Les tactiques de Poutine peuvent être efficaces. Les tensions avec la Russie ont révélé des fissures au sein de l’alliance des 30 pays membres de l’OTAN pour élaborer une stratégie d’aide à l’Ukraine. Comme l’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN, l’alliance ne partage pas les obligations découlant des traités avec le gouvernement de Kiev. Chaque nation a ses propres intérêts vis-à-vis de Moscou, ce qui a provoqué des divergences d’opinion au cours des dernières semaines sur la meilleure façon d’apporter son soutien. L’Allemagne a refusé de permettre que des armes mortelles provenant de ses frontières soient expédiées de l’Estonie à Kiev pour soutenir les défenses ukrainiennes; les États-Unis, quant à eux, ont autorisé les pays baltes à fournir des missiles antichar, des missiles antiaériens, et d’autres équipements pour renforcer les défenses de l’Ukraine".


samedi 15 janvier 2022

LA BOURGEOISIE FRANCAISE N'A VRAIMENT PAS BESOIN DE ZEMMOUR

 

Le collabo pétainiste Brasillach

ET PROGRAMMES DES DIVERSES FACTIONS BOURGEOISES

Le principal souci de la bourgeoisie n'est pas la pléthore de candidats, qu'elle déplore tout de même, cela allonge les piles de papier à en-tête et risque de transformer les urnes en poubelles, serait de recréer une réelle opposition droite/gauche, et même surtout une opposition car peu importe quelle faction parvient au pouvoir puisqu'ils exploitent tous le peuple et le prolétariat avec la même faconde malgré des variantes secondaires. La clique à Macron ne s'inquiète nullement de l'état de la gauche décatie, de vulgaires miettes mitterandôlatres, que du risque d'une finale Macron/Pécresse. Non par criante d'un retour de la droite ringarde, mais d'une abstention encore plus massive face à un match Neuilly contre Passy, deux factions carrément bourgeoises qui ne peuvent représenter ni les classes populaires ni le prolétariat. On fera avec celle ou celui qui se détachera du peloton lors du sprint final, mais sans candidat « populaire » l'élection ou réélection sera encore moins représentative que la précédente où Macron finalement n'avait été élu qu'avec à peine 20% de la population.

L'idéal eût été de retrouver la marionnette impuissante Le Pen, hélas concurrencée, quoique de moins en moins, par le nain Zemmour (aussi petit que tiers et aussi réac que le maréchal Pétain) ; même un regroupement autour de Mélanchon aurait eu une allure plus oppositionnelle, en tout cas plus crédible pour le « bon peuple » mais sans cette partie immense du prolétariat qui ne veut absolument pas cautionner le socialo-islamisme électoral et les théories révisionnistes wokes et racialistes de tous ces arrivistes en goguette féministe. Même la pagaille dans la gestion de la pandémie n'est pas de nature à affaiblir le maillot jaune Macron qui fait la course en tête à un niveau jamais vu, mais dont la très possible victoire n'est pas très rassurante pour la classe dominante car il risque de ne plus disposer d'une majorité cire-pompe à l'Assemblée nationale, surtout avec Philippe en embuscade.

Quant à une reconstitution de la droite, que ne peut réaliser Pécresse, mais dont se targue ouvertement le nain Zemmour, c'est à pisser de rire. La droite bourgeoise les prolétaires l'ont supporté 35 ans, et elle avait pu rallonger de justesse en usant du même antifascisme mité que la gauche par la suite. Que le monsieur anti-immigrationniste primaire ait cru trouver la science infuse de la victoire politique en proposant à la population (quoique infime et constituée de boutiquiers et de patrons de PME) de voter pour toutes les canailles réunies du passé de l'exploitation gouvernementale sans honte, fait pitié. Pour ne pas dire minable. Même la bande à Macron apparaît plus intelligente avec sa façon de masquer leur soupe politique droite/gauche mêlée, qui est décriée comme « centriste » mais plus utile à la continuité du pouvoir vu la détresse des idéologies de gauche et de droite faillies. En réalité, même si je vais lister les prétendus programme des uns et des autres, tous sont creux et la bagarre n'est même plus politique, elle se joue sous la dose de petits phrases et les amalgames et injures des uns et des autres.

TAUBIRA

Commençons par la dernière arrivée de la gauche caviar, mal vue par les énarques austères du parti soldé car elle avait déjà fait perdre le pote Jospin. Petit personnage égotiste sans importance, elle ramène sa fraise hyper individualiste (l'espoir fait vivre à 70 piges), en s'imaginant recoller les confettis de la gauche bourgeoise déconfite et surtout en prétextant implicitement que parce que femme et noire, elle va s'emparer de l'Etat comme un vulgaire Macron (la faconde des bourgeois à se rêver planer au sommet de l'Etat à tour de rôle m'interloque toujours) ; anecdote révélatrice de son irresponsabilité, la mère TAUBIRA avait tenu récemment à s'opposer à la vaccination automatique des habitants de sa patrie guyanaise

Plus besoin de parti (le PS étant mort avec Hidalgo) mais une vague compil d'assocs de copains et coquins. Le staff de la nationaliste guyanaise a inventé un scrutin à bobos : la primaire populaire pour une « investiture citoyenne » , dont la masse de la population surtout ouvrière n'a que foutre de ce carnaval « populaire » substitut de parti décrédibilisé mais mouvance constituée de la même clientèle « moyenne » et moyennement consciente; mamie Taubira ministre ne chantait jamais la marseillaise avec ses collègues et défendait la limitation de l'immigration dans sa province, alors qu'elle considère scandaleux qu'en métropole on veuille la limiter.

Pour la galerie :

  • Promesse d'un Etat bourgeois fort et juste (!?)

  • Promesse d’un smic à 1 400 euros net, une taxation plus forte du patrimoine et 100 000 soignants supplémentaires

  • Promesse de poser sur la table les droits des travailleurs ubérisés

  • Promesse d'émanciper « la jeunesse », mais pas n'importe laquelle, les étudiants (plutôt futurs chômeurs pourtant) avec un revenu mensuel de 800 euros afin de lutter contre la précarité  (des études hors des grandes écoles pour les progénitures de la grande bourgeoisie?)

Un programme social donc mais qui s'adresse surtout aux électeurs de la petite bourgeoisie enseignante, antiraciste et woke. Aucune chance de dépasser les 2%, et encore.

HIDALGO

L’intégralité de ses 70 propositions s’articule autour de trois axes : le travail, la mutation écologique et les réformes institutionnelles. Un programme social-démocrate classique, résolument de gauche, à distance d’une radicalité écologiste et d’un « en même temps » macronien. Pauvre mairette qui ne décollera jamais de sa forteresse parisienne, et qui ne comprendra jamais pourquoi elle est tant incrédible au niveau national.

Après s'être ridiculisée en ayant proposé le doublement des salaires des enseignants, et avoir été fleurir la tombe du truand Mitterrand, elle promet une augmentation du smic de 15 %, la création d’un grand ministère de l’environnement et de l’économie, l’institutionnalisation d’un référendum d’initiative citoyenne ou l’octroi d’un chèque de 5 000 euros pour les Françaises et les Français de 18 ans. Comme la clique à Zemmour elle drague à la fois les bobos parisiens et les bobos gilets jaunes, peu de chance de séduire ces derniers de la part d'une châtelaine parigote surtout qu'elle massacre la circulation àParis en priorisant vélos et trottinettes … écologistes et féministes. Elle s'est lacée dans la surenchère des promesses salariales face aux Jadot, Mélenchon et le néo-stalinien du bonheur Roussel qui ne proposent qu'une hausse de 150 euros. Qui dit mieux disent le la prolétaires en se tapant sur les cuisses ?

MELANCHON

Avec le même programme national - « L'avenir en commun » - que celui de 2017, mais vendu 3 euros ! Mélenchon est aussi ridicule et irresponsable que Macron, chacun avec des promesses carrément intenable. Largement manipulé par l'idéologie écologique plouc, sa petite clique préconise une mesure ahurissante, la suppression du nucléaire, alors que toutes les bourgeoisies font marche arrière sur le sujet et reconnaissent que le charbon et les éoliennes c'est bon pour François 1er. Avec le même programme « national » que Le Pen, supprimer les privatisations comme si les nationalisations, ces vieilleries, pouvaient permettre à la France de retrouver son rang de nation industrielle. Puis relocaliser les entreprises (petites) surtout quand désormais il n'y a plus rien à faire face à la concurrence chinoise !

La promesse de restaurer la retraite à 60 ans, je comprendrais qu'un petit groupe utopique comme le CCI, si jamais il se présentait aux élections, mais de la part d'un ancien sous-ministre d'Etat, de surcroît ex-trotskiste, c'est une pantalonnade intenable et irresponsable vu la masse des retraités, le manque de compétitivité de l'industrie et l'endettement faramineux de l'Etat (aggravé par le covid).

Comme le néo-stalinien Roussel, on promet de réduire le temps de travail à nouveau à 35 heures (l'application « mitterandienne » de naguère n'avait pas concerné tous les travailleurs mais surtout les bataillons des services publics), mesure servant encore à faire croire que cette promesse en l'air permettrait de distribuer du travail à tout le monde.

Enfin régulariser les travailleurs sans papiers, mesure propre à faire fuir la plupart des prolétaires des régions désindutrialisées, non pas par racisme, mais par crainte d'une concurrence exacerbée en plus idéologiquement par le grand remplacement de la gauche bobo et mégalo de l'ouvrier banalement « français » par le culte de l'immigré et du migrant, incluant l'acceptation de l'expansion de l'islam (Mélenchon a soutenu et manifesté avec les pires intégristes). Au niveau international, avec cette blague de faire payer les paradis fiscaux, Mélenchon n'est pas plus crédible que Bobo Johnson, mais sans jamais pouvoir accéder au pouvoir. Bon opposant et grande gueule, finalement le seul personnage de la bande des espéranza-tchi-tchi, à intéresser la plupart des spectateurs de cette élection à la con.

MARINE LE PEN

Comme Hidalgo elle commence par draguer feu les gilets jaunes avec une version du Ric-hochet pour faire croire qu'une fois qu'un président bourgeois, une fois qu'il est élu continue à consulter le « peuple », cette fumée volatile. Elle va même s'imaginer en poste présidentiel pour dix ans, donc éligible lors de la farce présidentielle ultérieure (mais septennat non renouvelable!?).

Par après limiter « strictement l'immigration », et encore « par référendum » giletjauniste, donc plus nuancée que le nain Zemmour.

Plus « sociale », elle promet la gratuité des transports en commun, pour « la gratuité totale pour les jeunes de 18-25 ans dans les trains aux heures creuses ». Après la protection des jeunes, une mesure urgente pour Brigitte Bardot, la protection animale : « Je souhaite que l’Assemblée nationale se penche sur la mise en œuvre d’une partie réservée aux animaux dans le Code civil ». 

Pour les jeunes électeurs qui ne sont pas des bêtes il est proposé de supprimer - pendant cinq ans - l’impôt sur le revenu pour les personnes de moins de 30 ans. Les autres sont-ils bien assez nombreux pour payer le reste ? J'en doute.

Comme son rival socialo Mélenchon elle promet de mettre en place des incitations fiscales pour pousser les entreprises à venir se réinstaller dans les trous provinciaux. Elle est par contre plus consciente que l'ancien trotskiste du fait qu'on ne peut pas se passer encore pour plusieurs années du nucléaire.

Se démarquant de son ancien admirateur Zemmour, qu'elle considère désormais comme un bon polémiste mais navrant en posture politique, elle promet de lui réserver un poste ministériel, probablement celui de l'éducation « nationale » où il sera interdit d'apprendre l'arabe et l'anglais, mais développé l'apprentissage des citations qui empêchent de réfléchir par soi-même.

Enfin mieux que Pécresse et Zemmour elle promet de rassembler tous les français de Zemmour à Montebourg dans tous les bourgs, même quitte à faire rougir le commerçant du miel « français ».

ZEMMOUR

Depuis qu'il s'est statufié candidat sauveur historique de la France Zemmour ne porte plus que des lunettes qui le font ressembler au collabo Robert Brasillach. Scène culte, il s'est tellement gonflé les chevilles, à défaut de grandir, qu'il pose au rois des cons. On le voit arriver suivi de deux grades du corps, se défaire de son écharpe et, sans se retourner la jeter en arrière au premier larbin, puis ôter son imperméable pour le balancer, toujours sans se retourner au deuxième. Mossieur le président fictif! Ridicule. On passera sans ciller sur l'interdiction aux mineurs par you tube de visualiser sa vidéo de candidature (qui ne contient pourtant rien de salace). Je me suis longuement interrogé sur l'acharnement du système à casser Zemmour, si dérangeant au début sur la question de l'immigration et de l'islam, sur lesquels il a souvent fait de justes remarques : allaient-ils le zigouiller, trouver d'autres scandales plus sérieux que la tromperie de sa femme avec une oie énarque arriviste ? Rien de tout cela ne s'avère nécessaire. Zemmour se démolit tout seul très bien.

Au début on attendit qu'il propose autre chose qu'une suppression froide de l'immigration. C'est venu plus tard : fédérer la droite bourgeoise ! Le cadet de nos soucis de prolétaires comme le projet taubiresque de refédérer la gauche caviar et islmao-bobo ! Sans crainte du ridicule il s'est pavané encravatté dans des conciliabules patronaux, a joué les pop stars dans un grand stade empli de bobos d'extrême droite et de petits cons de boutiquiers... en oubliant la classe ouvrière, tout en jouant parfois au marxiste de chiottes. Puisqu'il faut geler les salaires ( pas d'augmentation du SMIC) pour conserver le profit à ses électeurs préférés, et repousser la retraite au plus près des 70 piges pour conserver une « France debout ». Le plus puant aura été de sous-entendre (mais jamais ouvertement) qu'en supprimant les allocations aux immigrés, on pourrait en faire profiter les ouvriers « français » ; comme Hitler l'avait fait au fond en spoliant les juifs.Le début du programme reprend aussi le Ric-hochet, alors que le résidu des gilets jaunes n'est vraiment pas une majorité de la population électrice1.

Référendum sur l'immigration ;

Interdiction de porter un premier prénom d'origine étrangère ;

Suppression du droit du sol ;

Suppression du droit au regroupement familial ;

Expulsion des étrangers purgeant une peine de prison ;

"Forcer" les pays d'origine à les "reprendre". En cas de refus de ces pays: suppression des aides au développement et des visas ;

Déchéance de la nationalité des binationaux auteurs de crimes ou plusieurs délits successifs ;

Fin de l'automaticité du renouvellement des titres de séjours (notamment pour les chômeurs et les parents d'enfants délinquants) ;

Fin de la régularisation des clandestins ;

Suspension de l'espace Schengen et création de garde-frontières à statut militaire pour "contrôler nos frontières nationales" .

Puis plus débile encore :

Suppression des allocations non contributives (RSA, APL, allocations familiales) aux étrangers qui ne paient pas d'impôt, même s'ils sont en situation régulière ;

Restreindre l'Aide médicale d'État (AME) aux soins urgents uniquement


Au niveau international : basculer dans le camp impérialiste russe

Sortie du commandement intégré de l'Otan ;

Augmentation "massive" du budget de l'armée ;

"Indépendance vis-à-vis des Etats-Unis" (lutter contre l'extra-territorialité du droit américain), "tout en étant méfiant avec la Chine" pour être "une puissance d'équilibre" ;

Levée des sanctions contre la Russie.

 

EDUQUE NAZE

Retour de l'uniforme à l'école ;

Rétablissement des classes de niveaux ;

Interdiction de l'écriture inclusive ;

Suppression du collège unique avec mise en place en parallèle de la filière générale, de filières professionnelles en alternance dès 14 ans ;

Relèvement du niveau du baccalauréat ;

Suppression des allocations familiales aux parents qui ne "sanctionnent pas leur enfant" perturbateur.

Ce type qui fonctionne à coups de citations et trafique l'histoire d'un point de vue catho-réac a prétendu :"Je refuse les dogmes, les idéologies, ni libéral ni étatiste". Or il n'est qu'un idéologue de bas niveau, une mixture de pétainisme, de gaullisme réac, de bouillie anti-religieuse mais accro au catholicisme, clientèle traditionnelle de la droite et de l'extrême droite. Mais plus il se la joue candidat croyant être inévitablement élu plus il devient sinistre. De la blouse à l'école à ses mensonges sur l'immigration réelle, il est à vomir. A vomir en choisissant comme directeur de campagne l'abruti Jean Messiha, le facho des plateaux télé avec ses lunettes qui le fond ressembler lui aussi à Brasillach. Et il s'étonne de chuter dans les sondages !

Je voudrais juste terminer ce tour d'horizon des principaux charlatans (je m'occuperai du premier d'entre eux, le locataire actuel de l'Elysée, en temps utile) – en délaissant les petits lapins individuels si nombreux et si nuls – par une simple remarque, qui va montrer en quoi la bourgeoisie peut laisser mourir Zemmour tout seul.

Ce charlot qui prétend s'y connaître en économie ne cesse de nous raconter que les immigrés coûtent cher à la France. Une partie serait rétribuée à ne rien foutre. La majorité serait constituée de tueurs et de violeurs. Ils enverraient tous et tout leur argent aux pays d'origine. Il faudrait donc tous les virer sauf les vieux électeurs musulmans qui ont altéré leur santé par leur vie en usine pour assurer le profit de ses amis patrons ! Cette immigration massive ruinerait la France.

Or tout ce raisonnement est un délire d'abruti simpliste. Prenons simplement l'argutie économiste. N'importe quel économiste sérieux, réfléchissant au niveau global – et pas avec le seul argument des besoins pour l'économie française de ces milliers de travailleurs, en particulier parce que nombre d'ouvriers français ne veulent plus faire «  les sales boulots » ou minablement rémunérés – mais parce que l'économie est redistributive ! Les dites dépenses de l'Etat - aussi bien pour les chômeurs (dans sa logique facho Zemmour devrait aussi interdire les allocs aux chômeurs ou aux enfants des familles de chômeurs!), que pour les immigrés (même ceux qui ne travaillent pas) - retournent dans le circuit de l'économie, par la consommation et favorisent la vitalité du commerce et tant d'autres secteurs : équipement, automobile, sports, etc.

Enfin désormais aucun pays, même nationaliste comme le rêve le nain à lunettes, ne peut se passer de l'immigration. Qu'elle soit exponentielle et parfois source de désagréments, qu'elle soit dominée par l'expansion de l'islam, c'est un fait. Elle reste en même temps le premier moyen pour diviser la classe ouvrière, ridiculiser son internationalisme. Chose qui est commune à la grande bourgeoisie et au petit idéologue Zemmour, qui se fiche du prolétariat international comme de sa première cravatte. Breuvage commun finalement d'une même bouillabaisse capitaliste : préserver l'intérêt national, d'une part par laxisme immigrationniste pour les uns, et le saboter par l'expulsion (impossible) de millions de prolétaires (certes musulmans) pour l'autre. Zemmour peut aller se coucher.

1En gras les promesses que je partage , même si c'est foutu.

mardi 4 janvier 2022

POURQUOI CES CORTEGES INCESSANTS DE FOULES IMBECILES ?

 


Pourquoi cette imbécile contestation permanente et mesquine de l'Etat et de la science médicale ?

Atteinte à la « liberté de circuler » ou à l'égotisme consumériste ?

« La fin approche mais nul ne sait ni l'heure ni le jour »1

« Ah les cons ! S'ils savaient » Edouard Daladier

« Il y a plus d'intelligence dans une assemblée de femmes de ménage que dans un conclave d'académiciens ». Gustave Le Bon


L'hystérisation des débats sur les façons de soigner ou pas covid et le petit dernier l'omicron, après la focalisation zemmourienne sur les migrants (problématique réelle mais aussi hystérisée) n'est pas prête de faire lever le dense brouillard qui pèse sur le monde, sur son avenir, sur la durée et le développement des pandémies, etc. Ce qui me frappe est que désormais, et pas seulement dans le cloaque les réseaux sociaux, tout le monde critique tout le monde. Sur les plateaux de télévision et dans la presse, à part quelques fayots indéfectibles, tous les journalistes tirent à boulets rouges sur le gouvernement responsable de bout en bout de sa mauvaise gestion de la pandémie, dénoncé sans relâche par une ruée d'infectiologues et de docteurs d'opérette qui y vont chacun de leurs leçons de morale ou de yakas.

De l'extrême gauche à la dite extrême droite les reproches pleuvent de la même eau de boudin quotidiennement avec les mêmes simplismes quand Le Bon se moquait du parlementarisme2 . Ce capharnaüm nous interroge au-delà des querelles de bistrots télévisés des Praud et Hanouna. La société ne semble plus contrôler des événements ou des modifications en profondeur qui la dépasse et à une échelle historique. La fin du monde n'était-elle pas attendue pour l'an mille. Le cercle des étudiants de la Bible de Russel ne s'attendait-il pas à ce que le capitalisme soit renversé à la fin de l'année 1914 ? Les profonds bouleversements techniques, culturels, scientifiques, économiques, sociaux et impérialistes avaient eu de fortes répercussions sur la vie quotidienne à la fin du 19 ème siècle, et il était inévitable que l'inquiétude qui en découla provoquât de graves crises religieuses individuelles, finalement étouffées (provisoirement) par la première boucherie mondiale. Le retour des religions les plus arriérées et notamment de l'islam depuis la chute du règne stalinien, on n'en tire guère des conclusions approfondies (lire l'article très cultivé et génial de Sumit Paul-Choudhury : Les dieux de demain, quel est l'avenir de la religion?)3

On doit bien réfléchir qu'il n'est pas question, sous la pression permanente de cette pandémie qui n'en finit pas, d'une simple contestation de la science médicale par exemple du côté des anti-vax farouches et éclectiques où il s'agit plutôt, comme dans le cas de la révolte des gilets jaunes, d'une contestation petite bourgeoise du pouvoir centralisé. Cette contestation n'est pourtant en rien révolutionnaire, même si certains incarnent leur désaccord comme auguste politique opposée aux profits des laboratoires, surtout étrangers, et à ce capitalisme extra-terrestre dont les plus grands dénonciateurs seraient Greta Tumberg, le macroniste Cohn-Bendit et l'échevelée veuve éternisante Assa Traoré.

Les partis de droite et zemmouriens font leur beurre de cette perpétuelle dénonciation du gouvernement Macron, mais sans que Ciotti ni Pécresse ne les extirpent de leur détresse , ni que les miettes de la gauche caviar ne retrouvent un goût prolétaire. Egalement contestataire de carnaval la dite extrême gauche, avec les deux 0,5 % Poutou et Arthaud.

LA GRANDE REVENDICATION DE TOUT CE BEAU MONDE : LE DROIT A LA LIBERTE DEMOCRATIQUE ?

Quasiment la même revendication creuse d'une démocratie réelle dans le bateau capitaliste après le RIC-hochet de feu les gilets jaunes contre un gouvernement « liberticide ». Avec les mêmes arguties que les antivax le NPA réclame le « jouir sans entraves » avec la petite bourgeoisie commerçante et artistique : «  Avec le « pass vaccinal », la vaccination est maintenant obligatoire pour les loisirs, les restaurants et cafés, les transports interrégionaux… Un test négatif reste obligatoire pour l’accès aux établissements de santé, alors que ces tests restent non remboursés pour les non-vaccinéEs. Ces mesures isolent et discriminent celles et ceux qui ne se vaccinent pas, la plupart du temps en raison de difficultés d’accès ou par méfiance vis-à-vis des politiques de santé ».

Argument électoral éventuel mais pas sûr vu l'aura étroite de cette secte féministe inclusive, qui se garde de tout reproche aux rétifs qui ont refusé jusqu'ici de se faire vacciner, tout comme ces nombreux « révoltés » bobos (contre la dictature d'Etat) obligeant au port du masque et à garder une distance d'un mètre dans les queues, et surtout à vélo. Tout est de la faute au gouvernement, cette engeance de comploteurs qui, certes fût nul concernant les masques au début, tenta un génocide des vieux (GIGC). Face à ce gouvernemental criminel, le NPA propose une mesure radicalement capitaliste d'Etat : « Une vaccination de masse, passant par la conviction et non la contrainte, et s’appuyant sur le contrôle et la réquisition des laboratoires pharmaceutiques », avec des commissaires politiques pour appuyer la conviction, sans doute via les réseaux sociaux. Une mesure que le gouvernement bolchevique imposa certainement durant la grippe espagnole face aux anars anti-vax de l'époque...

Lutte ouvrière, via sa voix laguielletienne et fade de son institutrice, toujours fidèle aux artisans, aux petits commerçants et aux « gens d'en bas », a trouvé l'esbrouffe gouvernemengtale : « En réalité, loin de se préoccuper de la santé publique, Macron poursuit aujourd’hui son opération de diversion consistant à reporter la responsabilité de l’épidémie sur les non vaccinés, désignés comme des boucs émissaires ». Les anti-vax apprécieront.

Le CCI apparaît le moins débile dans l'analyse de la situation. Il analyse assez finement cette « Méfiance à l’égard du gouvernement, des vaccins et de la science », mais insiste sur « l'accompagnement » de ces doutes : « ...accompagnée d’une recrudescence de la désinformation et des théories du complot  (…) La méfiance et la peur généralisées des vaccins sont alimentées par des campagnes populistes et conspirationnistes, avec un impact particulièrement fort aux États-Unis, conduisant à une polarisation extrême entre les « pro » et les anti-vax ».

Incontestablement la bourgeoisie reste ridiculement limitée derrière ses barrières nationales et ce fait, plus que les soupçons de complot explique mieux son incapacité à freiner et à résoudre plus activement la pandémie ( ce groupe politique maximaliste reconnaît la nécessité du vaccin)  : « la bourgeoisie est incapable de développer une politique unifiée pour vacciner la population mondiale et contrôler globalement la pandémie. Il n’y a pas de concertation au niveau international qui permettrait l’augmentation nécessaire de la production du vaccin. Au lieu de cela, tous les pays se sont lancés dans une course aux vaccins, les pays les plus riches accumulant des stocks dans le but d’être les premiers à obtenir une immunité de groupe ».

Mais CCI dis-moi ce que ferait de mieux que l'improvisation inévitable du gouvernement Macron un Etat « socialiste transitoire » dans de telles circonstances – à moins que le communisme fasse disparaître par enchantement tout virus et tout tremblement de terre - ? Surtout qu'il existera toujours des croyants anarchistes dans l'autonomie régionale enclavée et l'auto-immunisation naturelle!

Seul le CCI détient la solution miracle , bien qu'il ne nous propose aucune échéance messianique à moyen terme: «  Seule l’abolition du capitalisme offre une perspective (…) la pandémie illustre la décomposition, la putréfaction accélérée des fondements mêmes du mode de production capitaliste ». En posant tout de même une mission de désinfection généralisée à deux ingrédients supposés de la révolution thérapeutique : « C’est une manifestation terrible du contraste entre l’énorme potentiel des forces productives et l’atroce misère qui se répand dans le monde ».

La misère n'est pas si répandue ni instrument de prise de conscience dans les pays riches, ce sur quoi je reviendrai plus loin. Et les «  forces productives » sont devenues en grande partie « improductives » et dispersées... en particulier en France comme en Europe.

DES REVOLTES ECLECTIQUES ET INCAPABLES D'AFFICHER UN PROGRAMME DE CHANGEMENT DE LA SOCIETE

Les divers mouvements de protestation de ces dernières années ont tous en commun une haine de l'Etat, ce qui ne serait pas grave en soi, ni révolutionnaire, mais en premier lieu haine pathologique de toute centralisation ; théorie mère du libertarisme individualiste qui régit désormais le monde entier, et pas seulement le bourbier des réseaux sociaux : je fais ce que je veux, comme je veux et personne n'a à me dicter ma conduite, je peux cracher, tuer, violer, égorger si je me prends pour Allah ou Napoléon, etc. La décomposition fantasmée par Houellebecq n'est plus du seul domaine de son imaginaire célinien4, ni le seul credo d'un groupe politique tel le CCI.

Et surtout caca sur le gâteau, on réclame « la démocratie » ! A faire retourner dans sa tombe Christopher Lasch ! Les Gilets jaunes c'était déjà le même genre de litanie. Mes articles (une dizaine), qui en ont étudié les différentes étapes, étaient lus par 1000 à 4000 lecteurs. Je ne me fais qu'un reproche, celui d'avoir sous-estimé l'analyse du CCI qui expliquait le néant et le charivari impuissant des gilets jaunes comme une conséquence des défaites successives de la classe ouvrière. Je rejoins maintenant ce point de vue, mais indirectement : la situation de confusion est due au fait de l'absence du poids du prolétariat dans la période actuelle – en lien non avec l'échec cyclique d'une « généralisation des grèves » mais à une désagrégation de sa composition (voir à la fin) - laissant l'animation (si je puis dire) de la rue à une noria de couches petits bourgeoisies suivistes et inconsistantes et à diverses sectes fachos ou communautaristes mécontentes et sans projet d'avenir.

Je fais une parenthèse ici pour témoigner de mon expérience sur le terrain à Etaples, où j'ai participé au début au mouvement en jaune fluo, modestement en tant que retraité. Juste pour rappeler l'inconsistance de ce type de mécontentement sans principes - manipulable par le ou la première démagogue venue - dans le déroulement de leur principale et unique AG dans un local prêté par la mairie et surveillé par les flics. Les mouvement était dirigé surtout par des femmes, comme c'est la mode qui fait chic et bon genre dans la colère officielle labellisée antiraciste et féministe. La leader, une syndicaliste CGT, infirmière, qui avait garé son 4X4 sur la place, arriva comme Artaban, suscitant presque l'émerveillement en traversant au milieu de la centaine de présents, pour la plupart petits ouvriers du port et familles pauvres des environs. Elle se jucha sur une chaise et posa à la présidente de la réunion, parlant matériel, agenda avec les autorités, pic-niques,etc. Je fus évidemment un des premiers à prendre la parole. Je saluais d'abord la mobilisation pour protester contre le racket gouvernemental, mais je remarquais que bloquer la circulation automobile n'était pas un moyen éternel et que j'avais désapprouvé le comportement hargneux et autoritaire des certaines et certains avec des automobilistes qui n'étaient pas agressifs ; qu'on pouvait envisager de donner d'autres formes à la protestation... Je n'ai pas vu surgir une petite bonne femme qui m'arracha le micro des mains (je me rendis compte par après qu'elle était une de ces hystériques qui aboyaient contre les automobilistes avec l'arrogance d'un petit flic de base et à qui j'avais crié « ça suffit ! »). Puis ces mêmes femmes se succédèrent pour parler de choses et d'autres, de petites choses, des couvertures, du café à préparer avant les occupations du rond-point. Un jeune ouvrier de Valéo pris la parole à son tour pour propose qu'on se coordonne avec Berck et les villes environnantes. Corinne, la leader, depuis sa position surélevée sur la chaise pris fort mal la proposition : « Qu'est-ce que ça veut dire ? Moi j'ai assez de boulot comme ça, prévoir le ravitaillement, le remplacement des équipes, le dialogue avec la police... on a assez de travail au niveau local sans chercher à se disperser ! ».

Interloqué, je balayais du regard la salle pour voir si quelqu'un allait d'indigner d'une telle rebuffade. Comme rien ne venait, j'élevai la voix : « Je soutiens la proposition du gars de Valeo, c'est la bonne démarche, le reste c'est du bla-bla. Pour qui tu te prends Corinne sur ta chaise ? T'es élue par l'assemblée pour distribuer les sandwiches ? Tu te crois indispensable parce que tu négocies avec la police ? Mais la police on s'en fout c'est des larbins de l'Etat ! Qui doit prendre les décisions ici l'assemblée ou toi comme présidente auto-proclamée ? ». La salle s'est mise à me huer et à crier « vive Corinne ». C'était infernal, je cherchais en vain quelqu'un qui aurait pu aller dans mon sens. Mon voisin devant mon insistance leva les yeux au ciel. Je décidai de m'en aller, près de la sortie un maçon qui avait tracté avec moi me dit : « on ne peut rien faire ici, c'est pas la peine ». Dehors deux flics contrôlèrent mon identité. Fin de la parenthèse qui est restée longtemps un souvenir cuisant.


Voici quelques remarques choisies des mes analyses globales sur les tares de cette révolte qu'on peut toujours lire sur mon blog.

Comme le poujadisme des années 1950, le giletjaunisme n'a pas de programme. Il n'est qu'un émiettement de revendications décousues après avoir cumulé plusieurs types de réclamations, du référendum chimérique à l'abolition ou diminutions des taxes, puis à l'ajout de revendications pour « plus d'argent » . Il sera resté l'affaire sous-politique de nostalgiques d’un temps où les petits travailleurs indépendants étaient mieux reconnus que le prolétariat ou que les salariés d’un secteur tertiaire « moyen » en devenir.

Dans la pérennité d'une petite mythologie du giletjaunisme on adjoindra une autre similarité avec Poujade, la voiture paradoxale, arme de combat anti-écologique, péril de cancer et aussi instrument de travail. Le rôle des transporteurs routiers, des marchands forains, des représentants de commerce dans la diffusion du poujadisme à ses débuts fût aussi notoire que les tweets des routiers Drouet et Nicolle Maxime.

Comme je l'avais signalé avant la fin de l'an passé, c'est le politologue5 Jérôme Sainte-Marie qui avait vu clair sur les causes au tout début contrairement à tous mes super-marxistes maximalistes (mais je ne m'étais pas aperçu que le politologue produisait la même analyse judicieuse que le CCI) :

« Il y a tout d’abord, la défaite en rase campagne du mouvement social dans la première année du quinquennat. Puis, l’opposition politique est hors d’état de profiter de l’impopularité de l’exécutif de par ses divisions profondes. Le pays est dans un état de nervosité perpétuelle. Il est donc logique que des formes de contestation plus ou moins spontanées, émanant de la base, voient le jour ». (De l'étincelle au déclin mai 2019).

Je restais dubitatif devant cette dialectique qui faisait naître de la faiblesse du prolétariat une révolte d'ampleur inédite et non pas de l'arrogance d'un gouvernement de jésuites sourds et méprisants, tout autant que par leur crucifixion de la révolte dans cette infâme « interclassisme » où les prolétaires sont en général les dindons de la farce … (article : Des péquenots sans conscience de classe ? 1er mars 2019).

Avec le hochet RIC (référendum d'initiative citoyenne) les gilets jaunes sombrèrent dans le ridicule démocratisme bourgeois hors classes et cet idéalisme de bistrotier, la « justice fiscale ».

« Il y avait Ali Baba et les 40 voleurs, voici le RIC et les 42 revendications gilets jaunes ! Il nous faut sérier ce qui pose problème non seulement à celui qui rédige ici, ni non plus à la seule opinion généraliste mais à tout ouvrier qui réfléchit et qui ne se laisse pas happer par l'enfer des borborygmes et menaces sur les réseaux, où celle-là et celui-ci se comportent littéralement comme un flic : « c'est le RIC qu'il nous faut... c'est ça ou rien... tu n'es pas un « vrai » gilet jaune... Arrêtez d'attaquer Eric c'est le meilleur... ». (article : Le cheval de Troie des gilets jaunes 28 janvier 2019).

Mon article le plus lu fût certainement ma lettre ouverte à Priscilla Ludovsky.

«  (…) Or vous vous arrogez de déterminer trois seules revendications finales en quelque sorte à cette jacquerie moderne qui a dérangé autant le pouvoir bourgeois que les marxistes de salon, comme terminales du mouvement : la baisse des taxes, le RIC « en toutes matières » et la baisse prioritaire des revenus des hauts fonctionnaires. Vous êtes de quel côté ? Des puissants ou des pauvres ? Vous imaginez que nous les pauvres ont croit pouvoir obtenir SOUS LA FERULE DE CE POUVOIR, le beurre, la crémière et le salaire de la crémière ?

D'un côté vous êtes bien représentative d'un mouvement emmené par de petits entrepreneurs comme vous, qui se pensent plutôt managers confirmés à l'avenir que prolétaires comme la majorité de celles et ceux qui ont été au devant des flash ball criminels de la police du sieur Macron, et qui ont été mutilés à vie.

Vous résumez vous-même votre argumentation auprès de ces messieurs du CESE, Conseil Economique Social et Environnemental - cette sinécure à politiciens fainéants - pour la COMMISSION TEMPORAIRE : « FRACTURES ET TRANSITIONS : RECONCILIER LA FRANCE, ainsi sur 4 thèmes :

  1. la transition écologique

  2. les fractures sociales et territoriales

  3. le pouvoir d'achat, les conditions de vie, la justice fiscale,

  4. la participation citoyenne.

Votre participation anodine à ce conclave gouvernemental est déjà une trahison du mouvement , de ses morts, de ses nombreux blessés à vie, de ses injustement condamnés. On ne s'autorise pas de négocier avec un gouvernement qui s'est comporté depuis deux mois comme une bande de voyous, où, par l'antiphrase son premier flic a constamment joué au big brother qui faisait brutaliser les manifestants pour « les protéger contre eux-mêmes ». Vous venez contribuer parallèlement à la mise en route de la supercherie du débat national taillé sur mesure pour le prince, entre tous ses marquis et valets politiciens , du plus vulgaire pion maire de village à la bande des députés soumis dont nous ne supportons plus l'image ni en peinture ni sur BFM. » (Lettre ouverte du 18 janvier 2019).

DIFFERENCES AVEC LES NOUVELLES CONVULSIONS VIOLENTES PETITES BOURGEOISES

Dans son article sur le Covid, le CCI déplore la montée des violences contre le personnel soignant, mais on vient de constater que menaces de mort et dégradations s'adressent désormais aussi au personnel politique, certes bourgeois mais ce qui n'autorise pas à menacer de mort ces personnes ni à les agresser. La violence primaire est tout sauf révolutionnaire. Or, autant nous avions été choqué par la violence policière contre les gilets jaunes, autant nous sommes choqués par cette violence de tout bord, menaces de viols ou d'égorgement à la manière de daech, et du premier abruti venu dans cette ambiance de contestation généralisée de la médecine, de la science et même de tout raisonnement sensé. Les couches petites bourgeoises sont-elles désormais complètement déjantées parce que moyenâgeuses et royalistes ?

La lutte de l’homme contre les maladies infectieuses est fort ancienne. Elle découle probablement de deux notions : des maladies à symptômes bien identifiées étaient connues comme épidémiques ; parmi celles-ci, certaines ne récidivaient pas chez le même individu. On peut lire sur le web d'intéressantes études sur les progrès de la médecine et des vaccinations, je ne vais pas ici épiloguer, mais à d'autres époques des obligations « à la liberté de ne pas se faire vacciner » ont heureusement eu force de loi.

Une méthode coercitive différente fut parfois adoptée : dès 1810, à Dijon, les familles ayant des enfants non vaccinés furent privées du secours des bureaux de bienfaisance. Suivant les pays et leurs traditions de liberté individuelle ou, au contraire, de responsabilité de chaque individu vis-à-vis de la société, des positions très différentes furent adoptées concernant les vaccinations obligatoires. Certains légiférèrent très vite : la Bavière, en 1807 ; la Suède fit en 1816 ; en France, une loi fut promulguée en 1902. La Reine Victoria dû faire adopter six actes successifs (de 1840 à 1867) pour rendre obligatoire la vaccination anti-variolique de ses sujets, sous peine d’amendes ou même d’emprisonnement. La résistance pouvait conduire à la prison mais pas à une vaccination forcée. Très vite, un nombre important de personnes s’élevèrent contre ces lois. En Angleterre, l’ Anti-compulsory Vaccination League fut fondée à Londres, dès 1853. D’autres sociétés ont, très vite, été établies un peu partout. Dès 1898, une clause de conscience fut introduite en Grande-Bretagne permettant d’échapper sans difficulté à l’obligation de vaccination. Le relâchement fut rapide. Les oppositions sectaires aux vaccinations généralisées ont été la plupart du temps orchestrées par curés et bigots.

Un des exemples les plus notables d'une révolte insensée contre une campagne de vaccination se déroula jadis au Canada. Montréal faisait alors face à l'une des pires épidémies de variole de son histoire. À la fin de l'été 1885, la Ville était complètement dépassée par le nombre de malades. Comme si les choses n'allaient pas assez mal, des vaccins de mauvaise qualité avaient obligé les autorités à suspendre la campagne de vaccination en cours. Cette vaccination obligatoire provoqua des émeutes. L'Hôtel de Ville fût pris d'assaut par des gens en colère, qui cassaient les vitres et tentaient de mettre le feu à la maison d'un médecin vaccinateur. L'armée fût appelée en renfort. Après les émeutes de Montréal en 1885, les médecins chargés de la vaccination s'étaient retrouvés plusieurs jours sous protection policière.

La contestation de l'action vaccinale n'est donc pas nouvelle. La contestation n'est pas totalement arriérée si elle en réfère à de graves manquements (médicinaux et pas politico-démocratiques), à des erreurs dans la production ou diffusion des vaccins, aux errements ponctuels des gouvernements. Mais elle oublie généralement les progrès si important pour l'humanité :

1853 premier vaccin obligatoire en Angleterre pur les enfants malgré les cries d'orfraie des opposants bigots. (vu l'éducation primaire de la population de l'époque, l'obligation pour la santé de tous n'était pas plus liberticide que de nos jours...).

1885 Pasteur met au point un vaccin contre la rage mais on l'accuse de l'inoculer.

Années 1920 : Les années 1920 voient se multiplier les vaccins: contre la tuberculose (BCG, 1921), la diphtérie (1923), le tétanos (1926) et la coqueluche (1926).

MAIS la réussite n'est pas automatique. En 2009, une pandémie de grippe H1N1, causée par un virus de la même famille que celui de la grippe dite "espagnole" de 1918, fait sonner l'alerte à l'OMS. Des campagnes de vaccination sont organisées mais l'épidémie s'avère moins grave que prévu. Des millions de doses doivent être jetées et les reproches de mauvaise gestion renforcent la défiance à l'égard de cette campagne, d'autant qu'un des vaccins, le Pandemrix, s'avère augmenter les risques de narcolepsie. En Suède, sur 5,5 millions de personnes vaccinées, 440 personnes reçoivent des indemnisations pour ce trouble du sommeil.

La pandémie actuelle qui dure depuis presque trois années vient pourtant chambouler toute idée de progression non simplement du capitalisme mais d'une science assujettie au profit, d'un hôpital public laissé à l'abandon ; elle vient confirmer, même si personne ne veut en parler (de peur du ridicule ou du fantasme d'un nouvel an mille?) le risque d'une fin de l'humanité, en tout cas de la maladie mortelle portée par le capitalisme : le profit à tout prix et même la guerre à tout prix comme peut la contenir une violence croissante dans toutes les pores de la société civile même.

L'OMS ne parle pas de l'effondrement du capitalisme mais met en garde contre une possible catastrophe sanitaire plus grave que ce que nous connaissons : « Le « tsunami » des cas de Covid-19 dus aux variants Omicron et Delta met à rude épreuve les systèmes de santé, déjà au bord de l’« effondrement », a mis en garde mercredi l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ».

On ne peut pas raisonnablement faire systématiquement porter au gouvernement une volonté perverse d' évacuer ses responsabilités mais il faut bien reconnaître que la plupart des anti-vax ont des comportements de marginaux et que nombre de défilés exhibent une foule d'imbéciles, qu'à force de jouer aux gros malins certains y ont laissé leur peau, comme les syndicalistes martiniquais Alain Decaille et Aimé Agat, ou les clowns savants frères Bogdanoff présentés comme de grands scientifiques (bigots) mais plus bêtes qu'une femme de chambre anti-vax. Ces exemples d'inconscients bateleurs de foire égotistes servent au moins à nombre de gens pour se dépêcher d'aller désormais aussi se faire vacciner.

DES PROTESTATIONS QUI ILLUSTRERAIENT UNE PERTE DE CONFIANCE EN L'ETAT ? MAIS LAQUELLE ?

Le phénomène marquant de l'après-guerre, un individualisme intériorisé des foules était déjà identifiable, ce que fit David Riesman avec son livre « La foule solitaire ». C'est encore plus vrai de nos jours. Qui dit foule solitaire dit solitude, mal être, perte des repères de classe. Or ce qui a toujours caractérisé la classe ouvrière c'est l'esprit collectif, la solidarité et la volonté de renverser l'Etat bourgeois pour créer une nouvelle société radicalement différente de la décadence individualiste. Dans cette circonstance d'affolement national où le gouvernement Macron ne se gêne pas pour utiliser en sous-main l'idéologie d'union nationale (« nous sommes en guerre » avait-il déclaré il y a deux ans), la classe ouvrière est naturellement absente, avec ces qualités que je viens d'évoquer rapidement et qui impressionnaient le reste de la société. A-t-elle disparu cette classe comme en rêvaient les Aron, Ellul, la secte mitterrandienne et gauchiste Terra nova et les intellectuels modernistes ultra-gauche ? Certainement pas, mais il y a eu une déstructuration industrielle incontestable qui n'est pas non plus de l'ordre du complot mais de l'adaptation irresponsable des économies nationales à la crise historique et inévitable du capitalisme. Examinons les arguments des sociologues présentés comme « indépendants » et auteurs à succès comme Jérôme Fourquet, lequel a fait sensation avec ses mises en parallèle en surface seulement.

Le 30 mars 1992, l’usine de Renault-Billancourt, haut lieu de l’histoire industrielle et de ses luttes sociales, fermait définitivement, et, douze jours plus tard, le 12 avril, était inaugurée dans un enthousiasme délirant le parc de loisirs Euro Disney, rebaptisé Disneyland Paris deux ans plus tard.

Pour le politologue Jérôme Fourquet et le journaliste Jean-Laurent Cassely, cette conjonction, véritable «destruction créatrice» à la Schumpeter, symbolise un basculement fondateur. La France est alors passée d’une économie centrée sur la production et l’industrie à une société organisée autour de la consommation, des services et du tourisme. Cette «grande métamorphose» comme ils l’appellent est le sujet de leur livre devenu best-seller en deux mois, La France sous nos yeux. Rien de plus visible en effet que le remodelage de nos paysages qui s’est opéré en trois décennies. La disparition de 936 usines de plus de 50 personnes, pour s’en tenir à la recension faite depuis 2008, a laissé la place à quelque 5000 centres logistiques qui quadrillent tout le territoire. Une noria de poids lourds sillonne en permanence autoroutes et nationales alors que des files de camionnettes embouteillent les villes. «La plateforme logistique a remplacé la vieille gare de triage», résument les deux auteurs: il ne s’agit plus de desservir les usines, mais d’approvisionner les centres commerciaux.

Les qualifications demandées sont tout autant bouleversées. «Le cariste d’Amazon a remplacé le métallo de Renault.» Selon l’expression de l’économiste Patrick Artus, «partout en Occident les agents de logistique prennent le pas sur les soudeurs», au grand dam de la filière nucléaire, qui n’en trouve plus pour réparer ses cuves. Fait aggravant, la désindustrialisation a été particulièrement violente en France ; la production industrielle constituait 24 % environ du PIB (Produit intérieur brut) au début des années 1980, elle n’y contribue plus aujourd’hui que pour 10 %.

Paupérisation des métiers et donc de la société? «Services à la personne, chauffeurs VTC et livreurs: la nouvelle classe ancillaire (sic).» Fourquet et Cassely ne mâchent pas leurs mots qui voient dans «la crise des ‘‘gilets jaunes’’ le soulèvement des classes subalternes». Le déclassement est manifeste comparé aux emplois industriels d’antan qui ont servi d’ascenseur social aux «classes populaires». Et ils en concluent à «une démoyennisation par le bas» de toute la population. Ce qui devrait se traduire selon moi plutôt par paupérisation des couches petites bourgeoises est décrit comme une perte de statut social intermédiaire et regrettable pour cadres et autres petits chefs.

Un Olivier Galland, chercheur au CNRS et spécialiste de la jeunesse (!?) , s’inscrit en faux contre une prétendue «démoyennisation»: «Cette classe à moindre pouvoir d’achat a toujours existé et elle était même plus nombreuse pendant les Trente Glorieuses, simplement, le sentiment qu’on pouvait s’en extraire était sans doute plus fort.» Les graphiques remontant à 1936 qu’il a publiés sur le site Telos indiquent certes un effondrement des catégories «ouvriers», «agriculteurs», «artisans, commerçants» et même «employés». Mais à l’inverse, les métiers de «cadres», 15 % des actifs aujourd’hui, sont en plein essor, tout comme «les professions intermédiaires» (professeurs des écoles, infirmiers, assistantes sociales, contremaîtres, etc.) qui représentent une personne en emploi sur quatre, selon l’Insee. «En réalité, on assiste plus à une recomposition de la classe populaire qu’à la fin de la classe moyenne: les ouvriers (surtout les non qualifiés) laissent progressivement la place aux travailleurs peu qualifiés des services. Mais ces groupes sociaux peuvent difficilement être rangés dans la classe moyenne», souligne Olivier Galland.

De surcroît, la paupérisation s’exprime moins en termes pécuniaires - pouvoir d’achat théoriquement préservé en 25 ans pour toutes les classes - que dans les modes de vie. Des vies mutilées pour beaucoup. La France «qui se présente à nos yeux» est celle du «hard discount» et de la frénésie du Black Friday, «le seul moment de l’année où pour certains il est possible d’acheter un téléphone portable électronique ou un écran plat neuf», note Fourquet. Il décrit ainsi «une économie de la débrouille» dont les infrastructures sont constituées par les plateformes d’achat/vente d’objets usagers, tels Leboncoin et Vinted.

Fourquet est bien gentil mais oublie l'essentiel : l'extension du domaine de la solitude. Ce qu'une

Lise Barnéoud met bien en relief pour expliquer les rétifs contre les vaccins, ou le complotisme vient se substituer à la réelle conscience politique de classe :

« Je crois que le récit anti-vax peut plaire surtout dans des moments comme ceux que nous venons de traverser, avec beaucoup d'angoisses et de solitude. Ce discours consiste à dire : "Attention, on cherche à nous manipuler. Ne faites confiance à personne".

Les gens ont passé des mois isolés avec peu de sources d'information et Internet fonctionne comme une chambre d'écho. Plus on commence à lire ce genre de contenus, plus on va nous en proposer. Puis plus on va le partager et on va se créer sa propre communauté. On va avoir l'impression que c'est la vérité parce que toute sa communauté partage les mêmes informations." Un discours parfois repris par les médecines douces ou alternatives. Certaines personnes pensent que la nature nous a pourvus d'une meilleure immunité que celle des vaccins. Or on le voit bien, la nature ne suffit pas toujours pour se défendre ».

Pour quelques sociologues la méfiance anti-étatique et envers les vaccins est plus présente chez les personnes qui ont un faible revenu. Le sentiment antivax est également plus présent chez les femmes que les hommes (celles qui sont cloîtrées à la cuisine?) et se retrouve plutôt chez les personnes qui rejettent totalement les partis politiques, ou qui sont proches des partis d'extrême droite, et dans une moindre mesure d'extrême gauche. Ce n'est pas faux, dans le nord de la France comme à Marseille on compte une proportion plus importante de la population non vaccinée. Ce ne sont pas les couches les plus dynamiques de la classe ouvrière mais cela s'explique et n'est pas simple. Après des décennies de licenciements paupérisation et remplacement des immigrés en lieu et place de la classe ouvrière classique, la méfiance anti-étatique, injustifiée sur le plan médical, demeure. Mais on ne peut pas l'imputer aux seules couches « à faible revenu ». Comme le dit celui-ci : « le profil n'est plus le même si l'on s'intéresse spécifiquement aux antivax qui militent. Et ceux qui manifestent contre le passe sanitaire ne sont pas forcément les mêmes que ceux qui militent sur Internet. Prenez le cas de l'extrême droite : la majorité des électeurs sont plutôt issus des CSP- [les catégories socioprofessionnelles modestes, comme les ouvriers ou employés à bas revenus, NDLR], alors que dans les manifestations, vous avez une surreprésentation de CSP+ [cadres, hauts revenus, NDLR] »6

De plus, les manifestations anti-passe sanitaire sont très hétérogènes. Les mouvements traditionnels antivax y sont très présents. Mais il y a aussi l'extrême droite, notamment via Florian Philippot qui gravite dans les cercles complotistes. A la gauche de la gauche, il y a une partie qui est embêtée et dont le discours consiste à dire "nous ne sommes pas contre la vaccination, mais contre le passe" et qui tente de faire un peu de ménage dans les cortèges, en enlevant certaines banderoles, et une autre partie opposée à la vaccination. Il ne faut pas oublier les groupes Gilets jaunes. Et dans tout cela, personne ne sait si les antivax composent la majorité des cortèges ou pas.

AUX ORIGINES DE CETTE CONTESTATION HETEROCLITE...

Bien sûr la disparition au premier plan de cette classe ouvrière industrielle et concentrée (centre de tri postal, centres SNCF et EDF, etc.) explique cette contestation qui se mort la queue noyée dans l'individualisme le plus crasse, incapable d'une vraie critique politique du capitalisme, cherchant plutôt comment adapter sa décadence à leurs besoins égotistes, locaux ou corporatifs. La désillusion pour les partis politiques et les syndicats, pas négatives en soi concernant ces mafias classiques, interdit toute conscience de la nécessité de partis « de classe » puisque les contestataires ne sont qu'un marais d'individus mécontents comprenant même nombre d'ouvriers paumés, dont l'abstention ou le vote zemmourien ne représentera que le grand rien.

Le concept de « chantage sanitaire » vise à faire croire qu'une opposition primaire et incohérente à l'Etat serait une lutte politique fondamentale pour contrer le fichage généralisé par un gouvernement « liberticide », et nocif à monsieur toulemonde.

Enfin l'insistance de tous ces braves sociologues que nous venons de lister sur la « déstructuration de la classe ouvrière » n'est en fait que la continuation de la négation de celle-ci par les clans de la gauche au pouvoir pendant deux décennies à la suite de Aron et Cie. Car même sans centres industriels, et sur des bases de révolte contre les inégalités, la répression, les conséquences sociales et économiques des dépenses impérialistes, la classe ouvrière des improductifs, des services et des derniers petits bastions industriels peut se retrouver dans la rue où retrouver sa force et sa solidarité dans un combat unificateur qui débouche sur l'élection de Conseils révolutionnaires. Au moins la mobilisation initiale des gilets jaunes laisse cet exemple de la possible massification de rue. D'ailleurs, comment a-t-on pu l'oublier, Mai 68 ne s'est pas déroulé à partir des ouvriers enfermés par le syndicat dans l'usine Renault mais dans la rue avec une joyeuse spontanéité, une générosité et une indifférence au statut sociologique ou à l'âge ou au sexe de celle ou celui qui marchait à côté de vous sur les grands boulevards. Pas pour le « respect des droits démocratiques » et autres hochets de la bourgeoisie « républicaine » mais pour une révolution bien lointaine et encore imaginaire dont tout laissait à croire qu'elle ne resterait alors qu'une rêverie de hippies plus ou moins trotskiens ou anarchistes attardés. Pour l'heure.



NOTES

1https://www.lexpress.fr/informations/enquete-sur-la-fin-du-monde_595621.html. Et il serait intéressant de lire mon livre sur le messianisme marxiste, que personne ne veut me publier.

2« Le régime parlementaire représente d'ailleurs l’idéal de tous les peuples civilisés modernes. Il traduit cette idée, psychologiquement erronée mais généralement admise, que beaucoup d'hommes réunis sont bien plus capables qu'un petit nombre de prendre une décision sage et indépendante sur un sujet donné. Nous retrouverons dans les assemblées parlementaires les caractéristiques générales des foules : le simplisme des idées, l'irritabilité, la suggestibilité, l'exagération des sentiments, l'influence prépondérante des meneurs. Mais, en raison de leur composition spéciale, les foules parlementaires présentent quelques différences que nous indiquerons bientôt.Le simplisme des opinions est une des caractéristiques les plus importantes de ces assemblées. On y rencontre dans tous les partis, chez les peuples latins surtout, une tendance invariable à résoudre les problèmes sociaux les plus compliqués par les principes abstraits les plus simples, et par des lois générales applicables à tous les cas.Les principes varient naturellement avec chaque parti ; mais, par le fait seul que les individus sont en foule, ils tendent toujours à exagérer la valeur de ces principes et à les pousser jusqu'à leurs dernières conséquences. Aussi ce que les parlements représentent , ce sont des opinions extrêmes ». Psychologie des foules, 1895.

4« L’époque qui précède cet avènement est la nôtre : celle de la montée de la violence et du racisme, de la haine des bébés (maternité de plus en plus tardive) et des enfants, de la mort des vieux traités comme des déchets (les décès par suite de la canicule passent dans les mœurs) (p. 351), de la désexualisation des relations, de la toxicomanie, du suicide, du pullulement des sectes, de perversions diverses (pédophilie, pornographie, cannibalisme, parricide), et de la généralisation d’actes de torture et de barbarie. Officiellement, dans cette société de consommation, rien ne manque et tout est permis, sauf le meurtre des enfants et la pédophilie : progressivement, l’on n’y baise plus (d’abord à partir d’un certain âge) et l’on y préfère les chiens aux relations humaines. Bref, nous sommes en pleine « décomposition de la société » (p. 128)… La solution Houellebecq par Marie-Jean Sauret : https://www.cairn.info/revue-psychanalyse-2006-3-page-27.htm




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