"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 23 septembre 2021

Pourquoi Macron a baissé culotte sans être villipendé ?

 


Il me faut tout d'abord avouer que l'échec de la vente d'importants engins de guerre n'est pas quelque chose de douloureux pour un révolutionnaire prolétarien. Deuxième chose, la bourgeoisie française, indéniablement, s'est fait ridiculiser aux yeux du monde entier avec cet épisode de vente torpillée (sic) de sous-marins de technologie française.

Malgré des demandes de commissions d'enquête, parlementaires s'il vous plaît, par l'aile droite de la bourgeoisie, des rodomontades de Le Drian, un voyage aller-retour des ambassadeurs, l'ensemble du personnel politique et journalistique est resté le doigt sur la couture du pantalon. Comprnez : il y allait de l'union nationale, une sorte de solidarité mutique face au camouflet du grand frère américain. La France étant redevenue un simple vassal depuis le retour dans l'orbite de l'OTAN à 'époque du règne de Sarkozy. Même si le gouvernement macronien voulait péter plus haut qu'il a le cul, il a dû aller à Canossa. L'humiliation fût celle, sous couvert de « calmer les esprits », du commerçant qui vient de rouler son client quand celui-ci convient qu'il faut « maintenir la confiance ». Joe Biden et Emmanuel Macron ont annoncé des "engagements" pour rétablir une confiance durement éprouvée depuis une semaine entre les États-Unis et la France. Le président américain a dit espérer un "retour à la normale" après cet échange, alors que la France vient de perdre au profit des Américains et des Britanniques un contrat de plus de 50 milliards d'euros pour la fourniture de douze sous-marins à l'Australie. 

Il fallait sauver la mise par un double discours fier à bras, en particulier face à la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, qui avait défendu le « très loyal » ​président américain Joe Biden, indiquant ne pas comprendre du tout ​les critiques françaises et européennes.

Le roi Macron avait donc envoyé au front son féal Bruno Le Maire, pour « ouvrir les yeux » afin de vanter le mirage européen (dont se branle le prolétariat) et la fable de l'indépendance nationale :

« La première leçon qu’il faut tirer de cet épisode, c’est que l’Union européenne doit construire son indépendance stratégique. L’épisode afghan, l’épisode des sous-marins, montrent que nous ne pouvons plus compter sur les États-Unis d’Amérique pour garantir notre protection stratégique​, a-t-il déclaré sur Franceinfo.Les États-Unis n’ont plus qu’une seule préoccupation stratégique, la Chine, et contenir la montée en puissance de la Chine​. Autant l’ancien président Donald Trump que l’actuel Joe Biden estiment que leurs alliés […] doivent être dociles. Nous, nous estimons que nous devons être indépendants ».

Toutes les chaînes d'infaux ont fait passer le sujet en quatrième ou cinquième position dans le cortège

il s'est retrouvé à poil

des infaux, et, à part la mère Le Pen, Mélenchon et Zemmour, et un afficheur d'Eminence personne n'a moufté ni éclaté de rire1. La pantalonnade de Macron est du niveau de Montoire2, ou encore les accords de Munich...

Toute l'Europe a rigolé, et l'Allemagne, principal pion américain depuis 1946, a rajouté une couche à l'humiliation. Le général Eberhard Zorn, accompagné de l'amiral David L. Johnston, vice-chef des Forces de défense australiennes, le militaire s'est félicité de la signature d'une lettre d'intention pour un «Military Space Partnership» entre les deux pays. «L'Australie et l'Allemagne veulent approfondir le dialogue sur la sécurité et la situation spatiale».


La déculottée de Macron passa au second plan grâce au débat de ses deux principaux dénonciateurs

Le débat entre les deux marionnettes populistes Mélenchon et Zemmour a été suivi par énormément de personnes et surtout, en toute discrétion par les thuriféraires du pouvoir et la gauche en miettes antifascistes.

L'attraction moment, Zemmour, sert d'appât pour la prochaine présidentielle. Pourtant il ne s'est pas foulé avec son nouveau livre qui n'est qu'une compil de ses articles successifs dans le Figaro, où, outre son obsession migratoire (en partie fondée) il passe son temps à nous décrire ses mondanités, ses rencontres successives avec ces gens de l'élite, écrivains et divers paperassiers, qu'il conchie régulièrement alors qu'il appartient à ce même milieu. Pour cet égocentrique arriviste tout est bon pour faire parler de lui, surtout en faisant scandale, comme son soutien hideux aux violeurs DSK et Ramadan, fondé sur un mépris des femmes (fondé sur son complexe de  taille minuscule, 1M52, qui fait qu'il ne pose jamais aux côtés de Marion Maréchal debout, elle toisant le 1M73).

On doit noter qu'il peut se permettre des outrecuidances verbales parce qu'on sait qu'il est d'origine juive ; s'il était auvergnat il aurait été interdit d'antenne comme les vulgaires Soral et Dieudonné. Il n'est pas encore menacé de mort, mais Paris-Match a été chargé déjà de le décrédibiliser. Son idylle de 27 ans, qui pourrait être sa petite fille, placardée en première page du magazine comme en train de lui tailler une pipe en bord de mer, laquelle amante n'est autre qu'une jeune énarque bourgeoise qui est sa directrice de campagne, ont pour but d'exhiber un mode de vie loin de celui des « petits blancs racistes » qu'il est sensé représenter. Mais vu les capacités du petit homme cela ne sera probablement pas suffisant. On se rappelle qu'un autre empêcheur de tourner en rond, Coluche, avait reçu des menaces de mort et que certains pensent toujours que sa mort en moto ne fût pas accidentelle. Michel Noir fût éliminé de la course par un simple scandale, sorti au moment adéquat. La mort de Boulin n'a jamais été éclaircie. Certains pensent aussi que DSK a été piégé. Le comique grossier Bigard a décampé en vitesse...

Mélenchon lui est tombé dans les sondages de 17 à 7%, à cause de son soutien aux islamistes (participation à la manif contre l'islamophobie) et des positions jugées peu sérieuses au niveau de la gestion de l'Etat ; il n'a au demeurant pas d'électeurs ouvriers, ses électeurs sont profs et bobos. Il avait donc tout intérêt à obtenir un débat avec le diable Zemmour, nouvel Hitler pour toute la planète lénifiante de l'islamo-gauchisme et de la gauche BCBG, dont l'islamo-gauchiste de service du plateau décrète qu'il diffuse la haine, oubliant celle des tueurs islamistes et effaçant systématiquement toute problématique de l'immigration massive.

Dans l'ensemble la confrontation ne fût pas ennuyeuse. Mélenchon, mais à part ses envolées lyriques, fût à la peine, malgré ses interruptions et insultes, ponctuées d'anathèmes avec un Mélenchon parfois en difficulté et dont les tirades romantiques ne masquaient pas le vide. Il prenait péniblement des notes alors que Zemmour gardait la table lisse pour ses mains, et n'avait aucun trouble de mémoire. Mélenchon est nul en économie, que Zemmour maîtrise très bien. Zemmour a l'art des grimaces de collégien chaque fois qu'il ne peut répondre à son adversaire directement, sachant que le visuel est plus efficace pour l'impression sur l'ensemble du débat: il est celui "à qui on ne la fait pas", se moque du Lyssenko Hervé Le Bras comme des surveillants du débat, et il a raison sur ce point contre cette tour de contrôle étatique.

Quand Mélenchon s'est mise à ressortir le vieux discours gaucho-stalinien sur les inégalités en pays riche avec de rares grosses fortunes, Zemmour lui démontré chiffres à l'appui qu'en réalité le pays est industriellement et économiquement en chute libre, avec « un modèle social obèse », en particulier à cause de ce grand nombre de familles d'assistés, surtout immigrés, pour nous ressortir sa solution (nationale) : réduire la charge sociale et virer de France les délinquants.

Lorsque Mélenchon lui opposa que banditisme et trafic de drogue sont dûs à la misère (arguments à la Taubira) Zemmour lui répondit que c'était là mépriser les pauvres et ces milliers de musulmans qui sont honnêtes.

Tous les deux furent d'accord pour dénoncer la courbette de Macron à Biden et assurer que s'ils étaient au pouvoir ils feraient sortir immédiatement la France de cette prison US, l'OTAN.

Mélenchon se livra à de grandes envolées écologiennes, après avoir chanté les vertus de l'islam sur lequel Zemmour fût intraitable en faisant mouche à chaque fois contre le vieux politicien passé du trotskisme au stalinisme puis au service de Mitterrand.

Sur la question sociale Zemmour est franchement lamentable, même s'il a atténué son discours libéral (si proche des patrons), et ridicule lorsqu'il affirma que c'est la droite qui la première avait inventé le souci écologique, imaginant une réinventer « une écologie de droite ».

Questionnés sur le futur en 2050, l'un Mélénchon se lança dans une grande tirage utopico-écolo, irréaliste et imbécile contre le nucléaire quand Zemmour imagine une France « libanisée », débarrassée des juges omnipotents sauf si on se met à fonctionner sous la forme de référendums afin de laisser aux oubliettes le scandaleux traité de Lisbonne.

Mélenchon appela enfin à destituer le roi-président, et avec des arguments conseillistes, exigea des représentants élus et … révocables au cas où ils trahissent leurs mandants.

Au total, nos deux zigotos n'ont que des solutions nationales à apporter à la crise capitaliste, au démembrement de la classe ouvrière (disparue selon Méluche, remplacée par l'immigration selon Zemmour) ; quoiqu'ils aient reconnus tous deux que la classe ouvrière est actuellement la principale classe abstentionniste. Ce sont enfin des prophètes chevrotant d'un messianisme misérablement réformiste, où pour l'un la réinstauration des frontières sauverait la France quand pour l'autre les migrants symbolisent l'internationalisme « mondialisé » et cette invention décoloniale, la créolisation. Au total, sous le refus de "débattre avec l'extrême droite", la doxa dominante agite comme danger numéro un seulement l'alerte climatique, fait mine d'oublier la guerre et l'aliénation islamique.

Pas de quoi fouetter un sous-marin même de marque française.



NOTES


2La veille de cette capitulation, le 23 octobre 1940, à Hendayeprès de la frontière hispano-française, Hitler avait eu une entrevue avec le général Franco dans le but d’entraîner l'Espagne dans la guerre. Les courts échanges se déroulèrent dans la voiture personnelle du Führer, après une poignée de main échangée sur un quai de la gare de Montoire entre lui et Pétain. Aucun compte rendu officiel de ces débats ne fut publié, mais on sait que seul le principe de la collaboration fut établi sans qu'aucun engagement fût pris d'aucune part.

mercredi 15 septembre 2021

Le capitalisme n'a pas renoncé à une troisième guerre mondiale



(derrière les pleurnicheries contre les talibans à Kaboul)

Deux faits le prouvent, la séance d'entraînement de l'impérialisme russe et les confidences d'un général américain.

LIRE: https://www.lefigaro.fr/international/face-a-la-multiplication-des-zones-de-tension-washington-et-pekin-redoutent-qu-une-erreur-de-calcul-embrase-l-indopacifique-et-le-monde-20210928


A partir du jeudi 2 août l'armée russe s'est livrée à un entraînement qui n'est plus du niveau d'une guerre locale et promet pour l'avenir proche une guerre « en extension ».

L'impérialisme russe a donné le coup d’envoi début août des manœuvres militaires communes avec l’Ouzbékistan et le Tadjikistan près de la frontière tadjiko-afghane, au moment où Kaboul s’efforçait de repousser l'offensive des talibans après le retrait américain. L'impérialisme russe s’est positionné en tant que rempart contre un éventuel débordement de ce conflit en Asie centrale, où trois anciennes républiques soviétiques ont des frontières avec l’Afghanistan. Ces exercices se sont déroulés au Tadjikistan sur le terrain d’entraînement de Kharb-Maïdon, à seulement 20 km de la frontière afghane. Quelque 2500 militaires de Russie, du Tadjikistan et d’Ouzbékistan y ont participé.

Les manœuvres se sont poursuivies jusqu’au 10 août en parallèle avec d’autres exercices russo-ouzbeks impliquant 1500 hommes à Termez, dans le sud de l’Ouzbékistan, également près de la frontière afghane.

Le chef de l’état-major de l’armée russe, Valéri Guérassimov, était arrivé le jeudi 2 août en Ouzbékistan pour observer ces manœuvres au cours desquelles des troupes russes et ouzbèkes ont simulé des opérations de « reconnaissance de la zone » et ont « trouvé et détruit le camp de groupes armés illégaux », selon un communiqué du ministère russe de la Défense.

LE PREMIER ARGUMENT POUR UNE GUERRE MONDIALE EST LA SOI-DISANT REPLIQUE CONTRE LE TERRORISME (en fait forcément une autre grande puissance)

« La principale menace pour la région d’Asie centrale provient aujourd’hui du côté afghan », a déclaré le général Guérassimov, pendant une rencontre avec son homologue ouzbek Choukhrat Khalmoukhamedov. « Le retrait hâtif des forces étrangères d’Afghanistan a provoqué une dégradation rapide de la situation et […] une explosion des activités terroristes », a-t-il déploré. Dans ce contexte, la Russie et l’Ouzbékistan « doivent être prêts à résister ensemble à des bandes terroristes », a souligné le général Guérassimov.

La Russie dispose de bases militaires au Tadjikistan et au Kirghizstan, les deux pays les plus pauvres d’Asie centrale. Près de 300.000 hommes, toutes les composantes de l'armée impliquées et des soldats chinois en soutien: la Russie a lancé mardi les plus vastes manœuvres militaires de son histoire, dénoncées par l'Otan comme la répétition d'un "conflit de grande ampleur".

Ce déploiement massif auquel ont participé les armées chinoise et mongole, baptisé "Vostok-2018" (Est-2018), devait se poursuivre jusqu'au 17 septembre en Sibérie orientale et dans l'Extrême-Orient russe."Vostok-2018 a démarré", avait indiqué le ministère de la Défense dans un communiqué, accompagné d'une vidéo montrant des véhicules blindés, des hélicoptères ou encore des avions en mouvement.

En marge du Forum économique de Vladivostok (Extrême-Orient), Vladimir Poutine a assisté à Vostok-2018 qui intervient dans un contexte de tensions persistantes avec les Occidentaux, entre crise ukrainienne, conflit en Syrie et innombrables accusations d'ingérence dans la politique occidentale. Pour l'impérialisme russe cette démonstration de force est similaire à "Zapad-81" (Ouest-81) qui, il y a près de 40 ans, avait mobilisé entre 100.000 et 150.000 soldats du pacte de Varsovie en Europe orientale, les plus grandes manœuvres jamais organisées à l'ère stalinienne.

Tout le répertoire moderne de l'armée russe a été de la partie: des missiles Iskander, capables de transporter des ogives nucléaires, des tanks T-80 et T-90 ou les récents avions de combats Su-34 et Su-35. En mer, la flotte russe a déployé plusieurs frégates équipées de missiles Kalibr, qui ont fait leurs preuves en Syrie.

"Nous avons des relations de confiance (avec la Chine) en matière politique, de sécurité et dans la sphère militaire", avait d'ailleurs déclaré Vladimir Poutine lors d'une rencontre à Vladivostok avec le président chinois Xi Jinping, qui participe aussi au forum économique.

Si les précédents exercices militaires russes dans la région, Vostok-2014, avaient déjà rassemblé 155.000 soldats, les manœuvres Zapad-2017 (Ouest-2017) organisées l'an passé aux portes de l'Union européenne n'avaient en comparaison impliqué que 12.700 hommes selon Moscou, l'Ukraine et les pays baltes faisant état de leur côté d'un contingent bien plus important.

Sans surprise, l'Otan a dénoncé ces manœuvres. "Cela s'inscrit dans une tendance que nous voyons depuis un moment: une Russie plus sûre d'elle, qui augmente significativement son budget de Défense et sa présence militaire", a indiqué un porte-parole de l'Alliance, Dylan White.

Depuis 2014 et la grave dégradation des relations entre Moscou et l'Occident, la Russie a multiplié les exercices militaires d'ampleur, du Caucase à la Baltique et jusqu'en Arctique, tout en dénonçant l'expansion à ses frontières de l'Otan, menace fondamentale pour sa sécurité selon la nouvelle doctrine militaire russe adoptée la même année.

Au mois de mai dernier, Moscou avait mis en garde les grandes puissances occidentales. "Nous voyons des critiques sur le fait que la Russie développe son activité militaire dans l'Arctique. Mais il est clair pour tout le monde depuis longtemps que ce sont nos terres, notre territoire, nous répondons de la sécurité de notre littoral et tout ce que nous faisons là-bas est parfaitement légal et légitime", avertit Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse. "Quand l'Otan essaye de justifier son offensive dans l'Arctique, ce n'est pas la même chose et nous avons des questions pour nos voisins, comme la Norvège, qui essayent de justifier la venue de l'Alliance en Arctique", a-t-il poursuivi. L'Arctique, dont les immenses ressources sont de plus en plus accessibles sous l'effet du changement climatique, est devenu une zone de tensions géopolitiques croissantes, notamment entre Moscou et Washington allié aux pays scandinaves. Les deux camps y ont multiplié ces derniers mois les manoeuvres militaires, l'impérialisme US envoyant des bombardiers en Norvège via l'Otan tandis que celui de Moscou y avait mené d'importants exercices maritimes et aériens.

L'impérialisme américain avait lui envoyé en février des bombardiers stratégiques s'entraîner en Norvège et déployé l'année dernière des navires en mer de Barents, dans la zone économique exclusive de la Russie, suscitant les protestations de Moscou qui considère cette région comme un pré-carré. Outre cette dimension militaire, le président Vladimir Poutine a aussi fait de l'exploitation économique de l'Arctique une priorité stratégique, notamment via le développement de la voie maritime le long des côtes nord de la Russie pour relier l'Europe à l'Asie et concurrencer le Canal du Suez.

Cette route, rendue davantage praticable grâce au réchauffement climatique et à la fonte des glaces, est amenée à jouer un rôle croissant dans les échanges internationaux. Les ressources naturelles de la région --minerais, pétrole, gaz-- pourraient aussi devenir plus accessible avec le réchauffement, aiguisant les appétits et les convoitises. En 2019, la Russie a lancé la première centrale nucléaire flottante du monde, l'Akademik Lomonossov, destinée à faciliter le développement économique de l'Arctique et à alimenter les plateformes pétrolières.

Leurs voisins européens, Pologne et pays baltes en tête, s'inquiètent de manœuvres qu'ils considèrent comme potentiellement déstabilisatrices. Début septembre, le président polonais Andrzej Duda avait signé un décret sur l'introduction de l'état d'urgence pendant 30 jours à la frontière avec le Bélarus, en prévision de ces exercices et de crainte d'un afflux massif de migrants. Il s'agit du premier état d'urgence en Pologne depuis la chute du stalinisme en 1989. Fin août, la Lettonie, frontalière de la Russie et du Bélarus, avait lancé ses propres manœuvres militaires mobilisant 10.000 soldats venus de huit pays, dont les Etats-Unis et la Pologne.

L'immigration tant vantée par les bobos écolos (un député écolo ayant appelé à réduire la natalité en Europe pour favoriser l'implantation de migrants) est le deuxième argument pour justifier une guerre mondiale. Minsk est accusé d'encourager le passage de migrants vers l'UE pour se venger de sanctions occidentales, M. Blaszczak soutient que les manoeuvres pourraient être suivies d'une "pression migratoire accrue" sur la Pologne, la Lituanie et la Lettonie.

TRUMP N'EST PAS LE SEUL DOCTEUR FOLAMOUR

Le dernier livre du légendaire journaliste américain s’appelle Péril, il semble criminaliser le seul Trump, mentant finalement car au sommet de l'élite militaire ils sont nombreux à être plutôt de l'avis de Trump. Le plus haut gradé du Pentagone s’inquiétait tellement de l’état mental de Donald Trump dans les derniers jours de son mandat, notamment après l’attaque du Capitole, qu’il a pris secrètement des mesures pour éviter une guerre avec la Chine ou que le président américain ne puisse ordonner une frappe nucléaire sans qu’il en soit informé.

Le chef d’état-major de l’armée américaine, le général Mark Milley, a téléphoné à son homologue chinois pour lui assurer que les Etats-Unis n’attaqueraient pas la Chine, affirment les journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Robert Costa, à paraître dans les prochains jours.

Selon des extraits publiés par le Washington Post et CNN, le général Milley a aussi fait promettre à ses adjoints de ne pas obéir immédiatement à un éventuel ordre extrême de Donald Trump, notamment sur l’usage de l’arme nucléaire, après la défaite électorale du président républicain le 3 novembre.

Les services de renseignement américains ayant conclu que la Chine considérait une attaque américaine comme imminente, le chef d’état-major a appelé le général Li Zuocheng deux fois : le 30 octobre, un peu avant le scrutin présidentiel américain, et le 8 janvier, deux jours après l’assaut des partisans de Donald Trump contre le Capitole.

« Général Li, je veux vous assurer que l’Etat américain est stable et que tout va bien se passer », lui a-t-il dit lors du premier coup de fil, selon ce livre basé sur les témoignages anonymes de 200 responsables américains. « Nous n’allons pas attaquer ni mener d’opérations militaires contre vous ».

Le général Milley a rappelé son homologue chinois deux mois plus tard, après l’assaut meurtrier contre le Congrès américain qui a fait vaciller la démocratie américaine et alors que Donald Trump contestait la victoire électorale de Joe Biden. « Tout va bien », lui a-t-il dit. « Mais la démocratie, c’est quelquefois brouillon ». Par ailleurs, le général Milley a réuni l’état-major pour souligner que, si Donald Trump ordonnait une frappe nucléaire, il devait en être informé d’abord. Il a demandé à tous les officiers réunis de confirmer qu’ils avaient bien compris, ajoutent les journalistes Woodward et Costa, selon lesquels il s’agissait d’un « serment ».

Il a aussi demandé à la directrice de la CIA de l’époque, Gina Haspel, et au chef du Renseignement militaire, le général Paul Nakasone, de surveiller tout comportement erratique de Donald Trump.

« Certains peuvent penser que Milley a outrepassé son autorité et s’est attribué des pouvoirs excessifs », écrivent les auteurs de « Péril ». Mais il était convaincu qu’il faisait ce qu’il fallait pour « qu’il n’y ait pas de rupture historique dans l’ordre international, de guerre accidentelle avec la Chine ou d’autres, et que l’arme nucléaire ne soit pas utilisée », ajoutent-ils.

Interrogé, l’état-major américain s’est abstenu de tout commentaire. Mais le sénateur républicain de Floride Marco Rubio s’est indigné des actions du général Milley, appelant Joe Biden à démettre « immédiatement » le chef d’état-major de ses fonctions.

« Le général Milley a tenté de justifier son comportement en affirmant que le jugement militaire était plus équilibré que celui du commandement civil », écrit Rubio dans une lettre ouverte. « C’est un précédent dangereux dont pourrait se faire valoir à l’avenir le général Milley ou d’autres », ajoute-t-il. « Cela risque de mettre en pièces le principe bien établi dans notre pays du contrôle des civils sur les militaires ».

Le général Milley, tout comme Gina Haspel, craignait que Donald Trump ne lance une attaque contre la Chine ou l’Iran pour créer une crise et tenter ainsi de rester au pouvoir. « La situation est très dangereuse », a dit la directrice de la CIA. « On va attaquer pour son ego ? »

Le deuxième appel du chef d’état-major au général Li est intervenu au lendemain d’une conversation téléphonique avec la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui voulait s’assurer que Donald Trump ne puisse pas utiliser les codes nucléaires.

Des centaines de manifestants pro-Trump et de membres de groupes extrémistes venaient d’attaquer le Congrès au moment où les parlementaires y étaient réunis pour certifier la victoire de Joe Biden.

« Quelles sont les mesures possibles pour empêcher un président déséquilibré de déclencher des hostilités armées ou d’avoir accès aux codes et d’ordonner une attaque nucléaire », avait demandé Nancy Pelosi. « S’ils ne peuvent même pas l’empêcher d’attaquer le Capitole, qui sait ce qu’il peut faire d’autre ? », ajoute-t-elle. « Il est fou. Vous savez qu’il est fou (…), et ce qu’il a fait hier est une preuve supplémentaire de sa folie ».

« Je suis entièrement d’accord avec vous », lui a répondu le général Milley. Mais, lui assure-t-il, la chaîne de commandement nucléaire passe par « beaucoup de contrôles » pour éviter l’usage abusif de la bombe par un président.

On a donc toutes les raisons d'approuver les mises en garde répétées du site « Révolution ou guerre ».


PS: UNE VENTE DE SOUS- MARINS FRANCAIS torpillée

Troisième élément de preuve du cynisme impérialiste, le changement de fournisseur de ces terribles armes de guerre, pour la mise en place d'un bloc anti-Chine, à trois: USA, GB et Australie.

l’Australie s’achète un accès à la puissance de feu de l’armée américaine. Et, au de-là du coût qui s’annonce exorbitant des sous-marins, ça ne sera pas gratuit. Michael Sullivan, expert en relations internationales à l’université Flinders, explique à l’AFP que ce pacte pourrait permettre « le déploiement d’armes stratégiques à longue portée américaines, notamment des missiles et des bombardiers furtifs, en Australie ». Des forces américaines pourraient aussi arriver dans le nord de l’île, notamment depuis les bases d’Okinawa et de Guam, « de plus en plus vulnérables aux attaques militaires chinoises ».

Car c’est la Chine qui est dans le viseur d’Aukus. Depuis des années, Pékin essaye d’augmenter son influence dans la zone Pacifique. Il y a bien sûr Taïwan, que la Chine n’a pas renoncé à récupérer, mais aussi la mer de Chine du sud, une route commerciale clé. Dans le secteur, Pékin conteste la souveraineté de tous les pays riverains en revendiquant le moindre atoll. La Chine a les moyens : elle dispose de 360 navires contre 297 pour toute la flotte américaine. En conséquence, tout le monde s’équipe dans la région, dont l’Australie. Pour Washington et Joe Biden, cette initiative est dans la suite logique de la confrontation stratégique entretenue avec la Chine.








samedi 11 septembre 2021

LE PROLETARIAT MONDIAL N'EST PAS ETRANGER A LA DEBACLE AMERICAINE EN AFGHANISTAN

 


Tout en étant compatissant avec les deux principaux pôles du mouvement révolutionnaire prolétarien – CCI (Révolution Internationale) et la TCI (Battaglia Comunista) – je reste affligé par leur indigence théorique et politique. Le CCI se contente de radoter sa théorie de la décomposition comme explication (finale?) de tout drame ou de toute guerre. La TCI produit des analyses aussi plates et radoteuses que n'importe groupuscule gauchiste. Et de façon cyclique n'importe qui peut décréter le déclin de l'Empire américain.


Voilà la maigre leçon qu'ils tirent du retrait US d'Afghanistan, avec une grossière sous-estimation du nombre de victimes de cette guerre impérialiste ; C'est vingt ans de guerre et pas avec 2000 morts mais 165 000 morts plus tard, y inclus d'abord civils puis fils de la classe ouvrière américaine, enrôlés dans cette boucherie puisque les usines ont été exportées en Chine et qu'il faut bien « trouver du travail » à ces milliers de jeunes au chômage ; et l'on verra ici, contrairement à l'aveuglement de nos « minorités marxistes » coincées du cigare que ce retrait n'est pas dû principalement au « repli sur soi » du principal impérialisme.

« Après 20 ans de guerre, plus de 2 000 morts et 2 000 milliards de dollars de dépenses militaires sans obtenir le moindre avantage impérialiste, ils se sont retirés, laissant d'une part le champ libre aux talibans sur le front intérieur et laissant d'autre part, sur la scène internationale, le champ libre à la Chine, à la Russie et à la Turquie. Ceux qui soutiennent la thèse selon laquelle le désengagement américain, avec un plan "stratégique de sortie" de l'Afghanistan, est la solution tactique contre la Chine, se trompent lourdement.

(…) Malheureusement sur le terrain de la réponse prolétarienne de classe, il n’y a rien, tout est absent. C'est pourquoi la tragédie afghane oscille entre le nationalisme taliban brutal et la barbarie de l’impérialisme américain »1.

Qu'un prétendu embryon du parti de classe ne voit, comme le CCI, que chaos et affaiblissement de l'impérialisme américain est déjà affligeant, mais qu'il ignore l'équation permanente bourgeoisie versus prolétariat, est proprement débilitant, typique de l'observateur superficiel aveuglé par la propagande universelle des menteurs d'Etat. Avant d'examiner comment la classe ouvrière reste un dangereux ennemis du système, non par de simples grèves mais par sa conscience et sa place dans la société, nous allons ici d'abord souligner ce qui est important, ce qui est grave, ce qui conditionne tout le reste.

Islam, immigration et gangs ou bidonvilles ?

Visionnant plusieurs reportages très édifiants et instructifs sur l'histoire et la situation actuelle en Afghanistan par la chaîne Arte, sortant des seuls soucis féministes ou des spéculations sur les prochaines complicités inter-impérialistes, j'ai été frappé par une chose : le nombre considérable d'enfants qui ont faim et qui mendient dans les rues détruites et au milieu d'une population errante. Une vie dans des bidonvilles à ciel ouvert... D'immenses camps de réfugiés, en Turquie comme en en Amérique latine. C’est en Éthiopie qu’on trouve la proportion la plus spectaculaire d’habitants de bidonvilles (99,4 % de la population urbaine), ainsi qu’au Tchad (également 99, 4 %), en Afghanistan donc aussi (98,5 %) et au Népal (92 %).

Ce n'est pas la guerre ni la menace de la guerre qui prédomine mais une misère sans fin. Les responsabilités on les connaît, comme l'écrit Mike Davis :

« Ce sont les villes d’Afrique et d’Amérique latine qui ont le plus souffert de la dépression artificielle provoquée par le FMI et la Maison Blanche. Dans de nombreux pays, pendant les années 1980, les effets récessifs des PAS, s’ajoutant à la sécheresse prolongée, à la hausse des prix du pétrole et des taux d’intérêt et à la baisse du prix des matières premières, ont été plus sévères et plus durables que ceux de la crise de 1929 ».

Plutôt que de rester focalisés sur telle guerre locale ou l'islam en général, on peut et on doit se pencher sur le retour du monde de Dickens :

« Les forces planétaires qui poussent les gens à quitter les campagnes – la mécanisation à Java et en Inde, les importations agroalimentaires au Mexique, à Haïti et au Kenya, la guerre civile et la sécheresse à travers l’Afrique et, partout, la concentration des terres et la concurrence du secteur agroindustriel – semblent alimenter l’urbanisation même quand le pouvoir d’attraction des villes est drastiquement affaibli par la dette et la dépression. Dans un contexte d’ajustement structurel, de dévaluation et de retrait de l’État, cette croissance trop rapide a inévitablement entraîné la production en série de bidonvilles et un retour massif à un univers urbain digne de Dickens »2.

Aucune réponse ni analyse de ce fait par nos « minorités révolutionnaires » à la remorque du « tant pis » officiel :

« « La littérature actuellement disponible sur la pauvreté et les mouvements sociaux urbains n’offre guère de réponses à ces questions majeures. Certains chercheurs contestent l’idée même que les habitants des bidonvilles ou les travailleurs informels, souvent ethniquement et économiquement hétérogènes, puissent constituer une quelconque « classe en soi » – sans même parler d’une « classe pour soi » potentiellement militante. Certes, le prolétariat informel est porteur de « chaînes radicales » au sens marxiste où il n’a guère d’intérêt à la préservation du mode de production existant. Mais, dans la mesure où sa force de travail est largement inutilisable en dehors des emplois domestiques au service des riches, il n’a guère accès à la culture d’organisation collective du mouvement ouvrier ou à la lutte de classe à une grande échelle. Son horizon social se limite à la rue ou au marché du bidonville, il ne connaît ni l’usine, ni la chaîne de montage internationalisée »3.

Pas un continent n'échappe à cette dispersion et à cet émiettement de la prolétarisation, et il faut compter sur « l'inventivité désespérée des femmes » :

« En Chine et dans les villes industrielles d’Asie du Sud-Est, des millions de jeunes femmes sont devenues la proie de l’esclavage salarié et du despotisme d’usine. En Afrique et dans la majeure partie de l’Amérique latine (si l’on excepte les villes frontalières du nord du Mexique), cette option est inexistante. La désindustrialisation et la disparition des emplois masculins du secteur formel obligent les femmes à improviser de nouveaux moyens de subsistance en devenant travailleuses à la pièce, vendeuses d’alcool, camelots de rue, balayeuses, lavandières, chiffonnières, bonnes d’enfants ou prostituées. En Amérique latine, où la main d’œuvre féminine urbaine a toujours été moins importante qu’ailleurs, l’entrée des femmes dans le secteur tertiaire informel a été particulièrement massive. En Afrique, où les tenancières de gargote et les vendeuses de rue sont des figures coutumières, il ne faut pas oublier que la plupart des femmes du secteur informel ne sont pas des travailleuses indépendantes, mais s’insèrent dans des réseaux pervers et omniprésents de micro-exploitation des pauvres par les moins pauvres, phénomène souvent négligé dans la littérature sur le secteur informel »4.

Retour au passé ou similitude ?

« De Marx à Weber, les classiques de la sociologie étaient convaincus que les grandes villes du futur suivraient la voie industrialisante qu’avaient empruntée Manchester, Berlin et Chicago. De fait, Los Angeles, São Paulo, Pusan et, aujourd’hui, Ciudad Juárez, Bangalore et Guangzhou, ont plus ou moins reproduit cette trajectoire classique. Mais la plupart des villes du Sud ressemblent plus à la Dublin de l’ère victorienne, laquelle, comme le signale Emmet Larkin, était unique entre toutes « les cités de taudis engendrées par le monde occidental au XIXe siècle [car] ses taudis n’étaient pas le produit de la révolution industrielle. En réalité, entre 1800 et 1850, Dublin a plus souffert des problèmes de la désindustrialisation que de ceux de l’industrialisation »5.

Le capitalisme préfère laisser crever « l'humanité excédentaire » :

« Les bidonvilles restent donc pour l’instant la seule solution éprouvée au problème du « stockage » de l’humanité excédentaire du XXIe siècle. Mais les grands bidonvilles ne sont-ils pas aussi des volcans prêts à entrer en éruption ? Ou faut-il croire qu’une impitoyable concurrence darwinienne entre des pauvres de plus en plus nombreux instaurera l’hégémonie de la violence communautaire autophage comme forme suprême d’involution urbaine ? Un prolétariat informel a-t-il la moindre chance de se transformer en un « sujet historique », solution miracle des prophéties marxistes ? Une force de travail désagrégée peut-elle se réagréger en un projet d’émancipation global ? Les formes de protestation prédominantes des mégavilles déshéritées ressembleront-elles plutôt aux émeutes urbaines de l’ère préindustrielle : des explosions épisodiques pendant les crises de consommation alternant avec la routine de la gestion clientélaire, du spectacle populiste et de la démagogie ethnique ? »6.

L'impuissance des luttes des travailleurs informels !

« Les luttes des travailleurs informels tendent avant tout à être épisodiques et discontinues. Elles tendent aussi à se concentrer sur les questions de consommation immédiate : occupation de terres en quête de logements bon marché, émeutes contre la hausse des prix de la nourriture ou des services. Jusqu’ici, la négociation des problèmes urbains dans les sociétés en voie de développement est plus souvent passée par des relations clientélaires que par l’organisation collective. En Amérique latine, depuis la crise des années 1980, les leaders néopopulistes ont su exploiter avec un succès notable l’aspiration désespérée des pauvres urbains à un environnement quotidien plus stable et plus prévisible. En matière de rédempteurs populistes, la gamme de préférences idéologiques du secteur informel urbain est assez éclectique : Fujimori au Pérou, Chávez au Venezuela. En Afrique et en Asie du Sud, le clientélisme urbain coïncide trop souvent avec l’hégémonie de fanatiques ethno-religieux et de leurs aspirations cauchemardesques à la purification ethnique. On peut citer entre autres les milices anti-musulmanes du Oodua People’s Congress à Lagos et le mouvement semi-fasciste Shiv Sena à Bombay ».

Nos minorités néo-léninistes voire « conseillantes » ont la réponse : il suffit d'attendre que les travailleurs formels entrent en révolution pour entraîner ces « masses déshéritées », mais c'est pas garanti :

« « Le milieu du XXIe siècle connaîtra-t-il des révoltes plébéiennes semblables à celles du XVIIIe siècle ? Le passé n’est sans doute pas un guide très fiable des tendances à venir. Le nouveau monde urbain change à une telle vitesse qu’on ne peut guère anticiper dans quel sens il évoluera. Partout, l’accumulation continue de pauvreté mine la sécurité existentielle et pose des défis de plus en plus insurmontables à la créativité économique des pauvres. Peut-être en arrivera-t-on à un point de rupture où la pollution, la congestion et la cruauté de la vie quotidienne ne pourront plus être gérées par les réseaux de survie et de sociabilité des bidonvilles. Pour les vieilles civilisations rurales, l’ultime seuil de tolérance avant l’explosion sociale était souvent lié à la famine. Mais, pour l’instant, personne ne sait à quelle température la nouvelle pauvreté urbaine est censée entrer en ébullition ».

En tout cas, même la Chine a des pieds d'argile, présentée par les médias suivistes comme toute puissante avec son « PCC » (parti communiste capitaliste) et sérieuse rivale à l'Empire US, contient un prolétariat encore plutôt muet mais avec la possibilité de se réveiller avec la pression des mingong :

« A Shangezhuang, les «fourmis» de la révolution industrielle chinoise logent dans des taudis aux murs faits de brique nue, de tôles, de carcasses de réfrigérateurs et d’écrans de télévision empilés comme autant de parpaings. La zone est spécialisée dans la récupération et le tri des déchets. Les venelles de ces vastes villages d’infortune bâtis, avec les rebuts de Pékin, à deux pas du cinquième périphérique de la capitale, sont constellées de boue et de décharges. Quelques robinets publics pallient à l’absence d’eau courante. Depuis le début du boom économique chinois, près de 200 millions de travailleurs issus des campagnes se sont installés dans les villes et les zones industrielles. Ces mingong («paysans devenus ouvriers») n'ont pas la vie facile. Beaucoup s'estiment malgré tout heureux d'avoir déserté leurs terres ingrates, même à Shangezhuang. «Presque jamais, dans ma jeunesse au village, je n'ai pu manger de viande. Tandis que maintenant, je peux travailler, gagner de l'argent et me nourrir à ma faim», dit Zhou Weiguo, un ancien paysan du Henan qui gagne sa vie en tirant une charrette de détritus en plastique montée sur des roues de vélo. Il penche pour ce labeur étique plutôt que pour le travail en usine ou sur les éreintants chantiers de construction, où triment beaucoup des siens. Trouant les brumes de l'hiver, on aperçoit au loin les tours d'acier et de verre de Pékin, érigées par ce sous-prolétariat sans lequel le miracle économique chinois n'aurait pas eu lieu »7.

QUAND LA CORRUPTION EST ASSISE SUR LA MISERE

Retour à Kaboul. Sous la guerre la misère et la corruption :

« De l’aveu de l’État-major de l’armée américaine, la résistance afghane (comprenant les talibans) contrôle le pays depuis des années. Les troupes fédérées des puissances occidentales (OTAN) ne contrôlaient que leurs bases militaires et le palais présidentiel à Kaboul. Via ces bases militaires d’occupation, les puissances occidentales soutenaient les mercenaires afghans des différentes factions (taliban, Alliance du Nord, EI, Al-Qaïda, DAESH, les forces gouvernementales afghanes, etc.). La résistance afghane s’accommodait de cette entente tacite ou les yankees jouaient les gros bras et menaçaient la Chine et la Russie en contrepartie de la gabegie des dépenses mirobolantes pour maintenir les bases militaires, l’État fantoche à Kaboul et les 400 000 soldats de l’armée gouvernementale afghane constituée en grande partie de Partisans afghans (ce qui explique l’effondrement rapide de cette armée fantoche). Au cours des dernières années d’occupation, les dépenses américaines constituaient – avec l’héroïne – les seules revenues de ce pays « libéré » par les « conquêtes citoyennes démocratiques et féministes » (sic). Ce pays exsangue dirigé par les seigneurs de guerre...les mêmes qui portent allégeance aux taliban entrés dans Kaboul (4 millions d’habitants) »8.

Mais la débandade unilatérale est-elle due au simple fait que les Américains avaient compris que les talibans menaient des pourparlers secrets avec les Russes et les Chinois et que l’Amérique était le dindon de la farce ?

LE SYNDROME DU VIETNAM

Le même jour que le communiqué foireux de la TCI, le 15 août dernier, dans mon article « Défaite ou lâcheté ? », je posais l'équation du prolétariat comme base première du retrait impérialiste :

« L'évolution de la situation sur le terrain afghan et la réaction de l'opinion publique vont être passées au crible. Chaque impérialisme va bétonner son argumentaire et donner de l'épaisseur à ses réponses. Mais le danger d'un réveil volcanique de la classe ouvrière, non pas pour les salaires ou la préservation des retraites, face à l'ignominie et à la lâcheté des gestionnaires bourgeois, relèverait de l'utopie, quand cela relève du sensible à la mesure de la gravité du danger et de la barbarie du système en plein délire ».

Nous n'avons été que quelques-uns à évoquer une décision qui hantait tous les présidents américains depuis Obama (premier initiateur de la nécessité du retrait) non pour des raisons stratégiques extérieures mais avant tout intérieures. Pourquoi ? Parce que cela commençait à suffire pour la classe ouvrière, qui, bien que démantelée industriellement, n'a pas oublié le syndrome du Vietnam, et surtout vu débarquer à nouveau aujourd'hui même des milliers de sacs de plastique et autant d'estropiés d'une guerre injustifiable. Nos divers sociologues, plutôt marginaux et inconséquents, les Guilluy, Lasch, et le Zemmour égocentrique, croient nous révéler que les élites bourgeoises méprisent le peuple (ce foutoir), en réalité, hors champ, sans tolérer officiellement la moindre supposition, l'insurrection de prolétariat (autrement plus dangereuse que celle des gilets jaunes) reste leur souci premier ; c'est d'ailleurs pourquoi ils dissertent lourdement sur « l'humanitarisme de leurs guerres », « le combat pour la civilisation », pour justifier de l'envoi au casse-pipe des « boys » de la patrie.

Cet argument de premier ordre, comme je le disais n'était pas une invention de ma part comme incurable naïf et utopiste militant ringard, mais l'avis d'un journaliste du Figaro spécialiste de la géopolitique, peu ébruité. J'ajoutais :

« Il avait fallu mettre fin à la guerre du Vietnam vu les milliers de cadavres de soldats américains ramenés au pays surtout vu les conséquences sur la paix sociale ; ce n'est plus le cas avec cette guerre en Afghanistan, pas autant de morts... vu la sophistication des moyens de tuer à distance... mais mais... il y a autant d'estropiés et de mutilés, qui ont rendu insupportable toute prolongation de cette boucherie par la population et surtout la classe ouvrière américaine9. C'est pour cela principalement que Biden a été élu, et son silence montre qu'il se fiche des commentaires désapprouvant la « fuite ».

La guerre du Vietnam a marqué en profondeur une génération d'étudiants et de jeunes prolétaires soldats, parvenue aux plus hautes responsabilités dans les années 2000, et reste un sujet sensible dans « l'opinion ». Avec des ressemblances dans la manière de tuer les civils, et l'absence de légitimité politiques des gouvernements fantoches à Kaboul comme à Hanoï ; dans les deux cas persistance d'un grande pauvreté (bidonvilles) et trafic de drogue, et aussi incapacité d'opposer une idéologie cohérente à celle de l'adversaire. Sans oublier le massacre de My Laï, l'usage « démocratique » de la torture au Vietnam aussi bien qu'à Guantanamo. Ce ne sont pas les élites qui s'en souviennent mais ce prolétariat mondial si méprisé et si ignoré dans les vitrines des mensonges déconcertants.

A l'attente de l'échec inévitable, s'était ajouté le constat d'une guerre injuste et immorale. L'emploi des bombardiers lourds B-52 et des drones aveugles ne pouvait que faire honte au monde entier et cristalliser le sentiment anti-américain des populations victimes.

La protestation contre la guerre du Vietnam, des années dites radicales de la petite bourgeoisie, une des causes masquées ou oubliées de son terme, n'a pas été un simple « concours de circonstances » dont les étudiants auraient été les héros. Les étudiants ne sont pas et n'ont pas vocation à être ouvriers, et leur mouvement n'avait pas réussi à pénétrer la classe ouvrière. Quelle que soit leur origine ils étaient tous concernés par l'envoi au front vietnamien, et désertaient et protestataient en conséquence. D'une certaine manière ils évitaient à la classe ouvrière de se réapproprier sa lutte historique, surtout contre la guerre au moment des révolutions et pas contre la cherté de la vie. Mais la réémergence de la classe ouvrière resta un souci (non avoué) des dirigeants capitalistes. La classe ouvrière américaine jusqu'à ses jeunes générations (même constituées d'une masse de prolétaires informels) n'a jamais oublié dans sa conscience le massacre qu' constitué la guerre du Vetnam.


UNE CLASSE COMPOSEE UNIQUEMENT DE MIGRANTS NE PEUT ETRE REVOLUTIONNAIRE ?

Dans notre petit milieu révolutionnaire nous restions dépité de voir cette classe ouvrière si arriérée et soumise à la politique de personnalisation à outrance des débats politiques10. Mais il y avait une autre raison pour expliquer cette incapacité de la classe ouvrière américaine : elle était déjà multiethnique et dominée par une constitution sociale sur la base migratoire, qui n'est d'emblée pas du tout révolutionnaire. En poussant le bouchon de façon exagérée je pourrais dire que les ouvriers informels des sixties aux USA étaient comparables aux paysans afghans sauf que ces derniers ont peu de chance d'approcher en 2021d'un centimètre d'ersatz d'American way of life !

Depuis ces années post-Vietnam, une déconstruction permanente de la classe ouvrière a été le souci de la classe dominante, notamment la fabrique de cette « fausse conscience » de la gauche bourgeoise. C'est un fait que toute l’histoire américaine a été caractérisée souvent par des oppositions selon des clivages identitaires de religion et d’appartenance ethnique ou raciale (comme les protestants contre les catholiques, les nativistes contre les immigrés ou les blancs contre les noirs) et non du point de classe.

On ne peut oublier les analyses de Sombart (que j'ai rappelé dans l'article antérieur).Si, dans le sillage de Sombart, des sociologues et historiens ont eu tendance à répondre à la question, « Pourquoi le socialisme n’existe-t-il pas aux États-Unis ? », en cherchant une explication pour le non-avènement de la conscience politique d’une classe ouvrière trop hétérogène et individualiste pour être marxiste, on n’a jamais eu le moindre doute sur la conscience de classe des exploiteurs présumés de cette même classe. Et pour cause. L’essence de l’ « Américanisme », après tout, c’est que l’on aspire tous à vouloir être comme les riches, jusqu’au point à de croire à la nécessité de les secourir. Ainsi, si un candidat ou un commentateur ose critiquer les comportements et les pratiques systématiques des entreprises dans le petit écran télévisuel, au-dessus l’affichage des cotes en Bourse, en général (à part certaines exceptions comme le désastre pétrolier récent dans la Golfe du Mexique) les journalistes l’accusent inévitablement de flirter avec la « class warfare » [« la guerre des classes »] – ce que son interlocuteur niera toujours aussi énergiquement11

Sombart avait conclu que bien que la société américaine soit sans doute la société dans le monde où le capitalisme apparaissait de la façon la plus crue, elle était, à la différence des sociétés européennes capitalistes, allergique au socialisme pour plusieurs raisons, liées largement au phénomène de l’embourgeoisement de la classe ouvrière. Selon Sombart, les travailleurs américains, dans leur grande majorité, étaient favorables au capitalisme, comme ils étaient favorables aussi à leur gouvernement. Ils ne voyaient point de problème avec un système politique majoritaire à un tour, favorisant le monopole de deux partis. Ils étaient plus riches que leurs homologues européens et ils avaient plus de chance aussi de quitter leur statut social et de gagner plus d’argent au fur et à mesure qu’ils travaillaient.

Après Sombart, d'autre sociologues ont remarqué l’effet de l’immigration sur la non-constitution d’une classe ouvrière américaine politiquement militante. Non seulement les ouvriers étrangers arrivant aux Etats-Unis, au début du xxe siècle, considéraient leur situation comme temporaire et leur objectif était de s’enrichir le plus rapidement possible pour ensuite revenir dans leurs pays d’origine. L’immigration constante a rendu également plus difficile toute alliance entre les ouvriers qualifiés de l’artisanat – la plupart nés aux États-Unis – qui avaient tendance à se syndicaliser, et les ouvriers non-qualifiés – majoritairement immigrés – plus prompts à accepter des types et conditions de travail déplorables. Enfin l’expérience communautaire des immigrés, dans les grandes villes, renforçait leur identité ethnique plutôt que de classe, séparant ainsi leur identité économique de leur culture .

Mais de nos jours, une conscience de classe s'est depuis installée au pays des cow-boys et des indiens, elle reste encore confuse mais la vérité de la crise économique, politique et écologique du capitalisme, lui donnera bientôt les armes adéquates. En tout cas je le jure.

De nos jours l'idéologie bourgeoise négationniste et totalitaire, dite woke et antiraciste (avec autodafés minables de BD), martelée par la petite bourgeoisie intellectuelle, constitue une nouvelle tentative d'atomiser le prolétariat, aux USA comme ailleurs, pour que l'américain surtout reste « backward » et émietté en catégories et races. L'immigration massive encouragée par le grand patronat, les assocs financées par les Etats bourgeois pour soutenir ce qui apparaît comme un foutage de gueule à la fois concernant les migrants eux-mêmes en même temps que ridicule pas les millions de prolétaires floués par la globalisation, est le principal ferment de cette division. Cependant même éparpillés pour l'heure entre travailleurs formels et informels, comme au temps de Dickens, un défaut dans la cuirasse militariste de l'ordre bourgeois favorisera toujours l'éruption massive du prolétariat avec son magnifique projet de société révolutionnée.





NOTES

    2La planète bidonville : involution urbaine et prolétariat informel. Mike Davis

3ibid

4Ibid

5ibid

6ibid

10Nos sociologues et journalistes qui se croient critiques du système oublient ou ne savent pas que cette personnalisation ridicule (qui a gagné désormais le contient européen) est ancienne. Pour mesurer jusqu’à quel point tout repère historique avait été évacué par l’excessive personnalisation du système présidentiel, personnalisation incontestablement exacerbée par l’importance de plus en plus grande des médias dans la manière dont on discute la politique en termes de personnalités « vedettes », il suffit d’évoquer l’hystérie, la haine et le mépris qu’ont inspirés, depuis l’élection présidentielle controversée de 2000, les candidatures successives de Ralph Nader (candidat dont les plateformes étaient les plus critiques, depuis la période antérieure à la Deuxième Guerre mondiale, quant à l’influence néfaste exercée par les grandes entreprises sur la société américaine.

11https://www.cairn.info/revue-cites-2010-3-page-109.htm Peut-on être socialiste aux États-Unis ? Hier et aujourd'hui Edward Castelton Dans Cités 2010/3 (n° 43), pages 109 à 126



mardi 31 août 2021

GOUVERNER PAR LE CHAOS (2ème partie)



LES CONTRADICTIONS DANS LES ANALYSES DU GROUPUSCULE SUR LE DRAME EN AFGHANISTAN

(Et par après la réaffirmation de l'homogénéité du prolétariat)

« Le meilleur savoir-faire n'est pas de gagner cent victoires dans cent batailles, mais plutôt de vaincre l'ennemi sans combattre ».

Sun Tzu

« S'il partage ses valeurs et sa langue, un ouvrier européen se sentira toujours plus proche d'un ouvrier d'origine maghrébine ou africaine que d'un bobo parisien blanc »

Christophe Guilluy (Le temps des gens ordinaires)

« Les collapsologues les plus pessimistes annoncent la fin de notre monde pour l'année prochaine, les plus optimistes pour 2030, et tous s'accordent sur un fait : notre civilisation va s'effondrer ».

Le même


Dans la première partie, on a vu que n'était pas prise en compte la dimension première de la fuite des populations, fuite massive que l'administration étatique US avait tout à fait anticipée et qui ne lui pose aucun problème mais en pose à ses divers alliés qui ont assez rapidement pris la poudre d'escampette1, lâchement et sans barguigner, laissant en otage des nazislamiques des millions d'hommes et de femmes sans défense. Le titre général présente cette situation comme un « déclin des Etats-Unis » et même comme « le déclin du monde capitaliste »2.

Dans son ensemble, bien que basé sur la même analyse défaitiste des journalistes des médias, l'article n'est pas erroné dans l'analyse des tribulations diverses des impérialismes en concurrence et parfaitement cyniques, mais il reste très généraliste et messianique. Le CCI reste un des rares groupes politiques à avoir suivi à la trace les malversations, mensonges et accoutrements de l'impérialiste US ; il suppute tout de même une manœuvre « victimaire » de la « realpolitik » :

« Ce serait une erreur d'en conclure que les États-Unis se sont tout simplement retirés du Moyen-Orient et de l'Asie centrale. M. Biden a clairement indiqué que les États-Unis poursuivront une politique  contre les menaces terroristes dans quelque partie du monde que ce soit. Cela signifie qu'ils utiliseront leurs bases militaires dans le monde entier, leur marine et leur aviation pour infliger des destructions aux États de ces régions s'ils mettent en danger les États-Unis ».3 

Mais au lieu de développer et de replacer cette réflexion dans le cadre d'une réorientation stratégique (dixit le « chacun pour soi ») - la gestion sibylline du chaos – on radote cette généralité, typique d'une vieille trouvaille du groupe (surtout de Marc Chiric il y a quarante ans) : « La décomposition, stade final de la décadence du capitalisme ». Même à l'époque du déclin de la Rome antique personne ne se hasardait à en prédire vraiment la fin, et les causes sont encore aujourd'hui l'objet de controverses sans fin...

Notons en passant une interprétation qui peut sembler proche du chaos à notre époque. Au début du Ve siècle, l'historien romain Végèce formula une théorie selon laquelle l'Empire romain déclina à cause de son contact croissant avec les barbares, entraînant une « barbarisation » qu'il percevait comme moteur de dégradation. La léthargie, la complaisance et la mauvaise discipline qui en résultaient dans les légions font apparaître la chute de l'Empire comme un phénomène d'origine essentiellement militaire. L'Empire dépendait désormais essentiellement des « barbares » pour assurer la défense de son vaste territoire, ce qui entraîna sa chute prématurée. Pour l'historien américain Kyle Harper4 :Les épidémies ont affaibli les structures de l'État romain comme de l’État perse. L’expansion de l’Islam est un mouvement géopolitique durant lequel les armées arabes débordent les États romain et perse, qui étaient épuisés par de longues années de guerre et de maladies.” 

Cette thèse de Kyle Harper du changement climatique brutal et des épidémies est critiquée par certains historiens, qui y voient un déterminisme climatique. En plus les barbares de l'Empire romain n'étaient pas arabes, et contribuèrent au contraire de leur dénomination à faire fructifier l'Empire en le protégeant. C’est plutôt la conjonction des phénomènes naturels ainsi que les faiblesses structurelles, politiques et militaires de l’Empire qui ont conduit à sa chute.

En quoi pourrions-nous être sûrs d'en être à la phase finale du capitalisme ?

L'absence de nouvelle guerre mondiale, le moment de la chute du bloc de l'Est et des guerres impérialistes restées localisées fondent la théorie du groupe depuis au moins 50 ans d'un blocage des deux classes principales de la société :

« En somme, l'impasse entre les deux grandes classes a déterminé l'entrée du capitalisme dans sa phase finale, celle de la décomposition, caractérisée, au niveau impérialiste, par la fin du système des deux blocs et l'accélération du " chacun pour soi " ».


Le groupe lui-même a plusieurs fois noté dans ses articles combien la classe ouvrière restait depuis longtemps plutôt endormie. La bourgeoisie aurait-elle encore peur de son réveil ? On analysera plus loin les raisons de cet endormissement.

On trouve ponctuellement des réflexions intelligentes. Par exemple on évite de tout mettre sur le dos de la religion islamique, certes la plus bête du monde, pour expliquer que la barbarie sous couvert de l'islam est bien plutôt un produit du capitalisme moderne (l'islam rigoriste et criminel s'est d'ailleurs développé dans les années du reflux révolutionnaire après la révolution canalisée en Russie)5.


PARENTHESE : LA TRILOGIE CONTRE-REVOLUTIONNAIRE : FASCISME/STALINISME/ISLAMISME



Les années du début de la vague révolutionnaire avaient eu un impact non négligeable en Orient, comme le rappelle Bensoussan : « 
Le facteur culturel a été l’un des plus puissants moteurs de l’éveil du nationalisme arabe, à l’instar des nationalismes européens et du nationalisme juif concomitant. Entre Égypte et Irak surtout, le monde arabe avait connu, avant et après la Grande Guerre (celle de 14), un début de révolution culturelle inséparable de la révolution scolaire, en particulier des prémices de la scolarisation des filles. Aux alentours de 1900, toute une génération se familiarisait avec la lecture (en particulier en français) ».

A partir de 1920, dans l'aire révolutionnaire en Russie, la lutte contre les préjugés religieux s'était matérialisée dans les mesures relatives à l'émancipation de la femme musulmane, souhaitée dès le lendemain de la révolution par des congrès de femmes soviétiques. Elles émirent des vœux réclamant l'abolition de la polygamie, de la claustration, du port du voile, du mariage des mineures. En dépit des décrets pris dans le même sens par le pouvoir central, ces réformes se heurtèrent à l'hostilité des mollahs, des vieillards, et quelquefois même à celle des membres musulmans du parti communiste.

L'émergence du nationalisme arabe est dûe principalement à l'effondrement de l'Empire ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale. Le nationalisme palestinien naissant a été marqué par une hostilité à une présence et une immigration étrangère, juive en particulier. L’Association des Frères musulmans fondée en Égypte en 1928 par un tout jeune instituteur, Hassan al-Bannâ (1906-1949) est à la fois mouvement de réislamisation de la société et parti politique, celle-ci visant à instaurer l’État islamique. On ne peut édulcorer le fait que la vague révolutionnaire partie de Russie a contribué au recul politique chez « les peuples de couleur » ou « peuple coloniaux ». Les trotskiens maquilleurs d'histoire font porter l'essentiel du refroidissement politique avec les nationalistes musulmans sur le dos du seul Staline. Or les premiers bolcheviques, opportunistes, s'étaient déjà cassé les dents avec la théorie foireuse de la « libération nationale ».Lors du premier Congrès des peuples de l’Orient, qui se tint à Bakou en septembre 1920, ils avaient lancé un appel à la « guerre sainte » contre l’impérialisme occidental. Deux années plus tard, le quatrième congrès de l’Internationale communiste avait approuvé la politique d’alliances avec les panislamistes contre l’impérialisme. Avec l'autre théorie faisandée, celle de la « guerre révolutionnaire » (dite désormais « guerre sainte » et appelant démagogiquement au « djihad contre l'impérialisme », selon Zinoviev), Moscou employa délibérément des troupes non russes pour combattre en Asie centrale — ils envoyèrent des détachements de Tatars, de Bashkirs, de Kazakhs, d’Ouzbeks et de Turkmènes se battre contre les envahisseurs anti-bolcheviks. Les soldats tatars constituaient plus de 50 % des troupes sur le front de l’Est et dans le Turkestan pendant la guerre civile.

Dans les faits cependant, malgré le renversement des basmatchis et la fuite de nombreux notables traditionnels, certains tribunaux islamiques s'opposaient à l'esprit de la nouvelle époque soviétique, et refusaient d’accorder des droits identiques aux femmes. Le divorce était souvent refusé aux femmes qui en faisaient la demande, ou le témoignage d’une femme valait toujours la moitié de celui d’un homme, même si beaucoup de communistes musulmans estimaient qu'on pouvait avoir une autre lecture des textes du Coran et de la Sunna.

Dans le nord de l'Iran, l'armée rouge soutient la République socialiste soviétique de Ghilan, que présidait un mollah communiste, Mirza Kütchik Khan. Mais très vite, dès le congrès de Bakou en septembre 1920, les bolcheviks découvrent combien est dangereuse cette association du communisme et de l'islam. Leurs propres musulmans leur échappent. Soit qu'ils prétendent, comme Sultan Galiev, conquérir le communisme de l'intérieur du parti, soit qu'ils le combattent carrément comme le font les basmatchis (brigands ou va-nu-pieds) qui organisent dans toute l'Asie centrale une guérilla qui durera jusqu'à la fin des années 20. C'est la rupture.

En 1921, les bolcheviks renoncèrent à essayer d'utiliser l'islam, pour s'acharner dès lors à l'extirper des consciences des individus et de leur mode de vie. Mais parce qu'ils savent combien profondément l'islam imprègne l'univers social et moral de ceux qui s'en réclament, les bolcheviks sont d'abord prudents. Ils commencent par en détruire les institutions, confisquant les waqts (fondations pieuses qui lui donnent son indépendance économique), supprimant les tribunaux musulmans, interdisant l'enseignement religieux. En 1928, toute prudence disparaît, l'État de Staline se déchaîne contre l'islam, mais il n'a pas complètement tort. Il répondit par là violence aux meurtres, aux viols, à l'emprisonnement des femmes dévoilées. A la veille de la guerre mondiale, toute velléité de résistance avait disparu et, durant celle-ci, c'est en vain que les nazis tentèrent d'embrigader les musulmans de l'U. R. S. S. dans des unités de « volontaires pour libérer l'Islam de la persécution bolchevique ». Par contre des discussions et des alliances furent conclues avec les caïds de l'islamisme moderne.

Pour les caïds islamistes, l’Allemagne apparaît comme le seul État en Europe capable de tenir tête aux puissances colonisatrices et de les aider à s’émanciper de la tutelle de la Grande-Bretagne et de la France. Ils croient que le Reich n’a aucune visée politique sur les territoires du Levant. Et avec l’arrivée de Hitler au pouvoir, ils ont un autre ennemi commun : le Juif. Ces facteurs expliquent, en grande partie, le succès de la propagande allemande dans les pays arabes et les contacts que le Grand Mufti de Jérusalem aura avec les dirigeants du Troisième Reich.

C’est l’Italie qui soutient financièrement les activités du Grand Mufti depuis de longues années. Le Grand Mufti bénéficie aussi de l’aide financière irakienne. Il est considéré dans ce pays comme un héros national, et c’est la raison pour laquelle, il s’installe à Bagdad, le 15 octobre 1939, Amine el Husseini aura durant son séjour des contacts avec Franz von Papen, ambassadeur en Turquie.


(fin de la parenthèse)


L'ISLAMISME EN AFGHANISTAN EST UNE VARIETE DE NAZISME

Mais en histoire les plumes du groupuscule CCI ne sont pas très brillantes, concernant les tarés talibans :

« Ils sont certes brutaux et animés d'une vision qui renvoie aux pires aspects du Moyen Âge. Cependant, ils ne sont pas une exception rare à l'époque dans laquelle nous vivons. Ils sont le produit d'un système social réactionnaire : le capitalisme décadent. En particulier, leur essor est une manifestation de la décomposition, stade final de la décadence du capitalisme ».

 C'est véhiculer les clichés les plus stupides qu'on nous a rabâché à l'école primaire, lesquels veulent qu'on compare toute barbarie moderne au Moyen Age ! Or le Moyen Age n'est pas un âge barbare, inventé par les philosophes des 17 ème et du 18 ème siècles pour se vanter d'hériter directement de la Grèce et de la Rome antiques. Les dames du temps jadis sont souvent à des postes de commandement princier. On danse et on chante dans la rue. C'est une époque de « révolution industrielle »6, alors que le « moyen-âge taliban » est plutôt comparable à la misère des hommes de Cro-Magon. Moi en tout cas je fais équivaloir leurs crimes et exactions à ceux des nazis, avec l'illettrisme en prime7.

Une autre raison du départ de l'armada US d'Afghanistan est invoquée, celle de se remuscler face au « danger chinois » et au « renouveau russe ». La Chine aurait pour projet une nouvelle route de la soie 8. Or rien n'est moins sûr. Russie et Chine savent qu'ils ont affaire aussi aux mêmes tarés, et sur leurs territoires même ; des liens transversaux peuvent être établis avec les Ouïgours et les fondamentalistes tchétchènes. Pourtant, nouvelle contradiction dans leur raisonnement qui semblait corroborer une montée en puissance réelle de la Chine :

« Mais aucun de ces États ne peut s'élever au-dessus d'un désordre mondial de plus en plus contradictoire. La Russie et la Chine doivent maintenant chercher à contenir ce chaos. Toute idée que le capitalisme puisse apporter la stabilité et une certaine forme d'avenir à cette région est une pure illusion.  ».

Ensuite, au lieu de se pencher sur cette politique de « foutage de merde », pousser et laisser des milliers et des milliers se projeter vers l'espoir fallacieux d'une vie meilleure en Europe – non par impuissance – mais pour accroître le chaos, donc maintenir la fragilité des anciennes puissances européennes, stratégie militaire qui complète le discours antiraciste, sansfontiériste réformiste ; on nous ressort le discours gauchistes. On étale la désespérance des nombreux réfugiés. Pour nous dire quoi ? Qu'ils risquent leur vie. Que les parlements européens sont de méchants cyniques et que « la puanteur de leur hypocrisie est vraiment à vomir ». Sans nul doute, mais tout cela on le sait, mais vous proposez quoi le CCI ? La révolution messianique qui va, dans un premier temps voir les millions de réfugiés accourir dans les lieux de la richesse occidentale à défaut de généraliser la réalisation des besoins humains sur toute la planète ?

Se lamenter ou même en appeler à l'abolition des murs et barbelés, c'est la position gauchiste minable de la petite bourgeoisie. C'est se boucher les yeux sur l'utilisation de ce drame de la migration sans fin, à la fois pour hérisser et inquiéter la classe ouvrière, et pour faire avaler que tout va mieux dans le meilleur des mondes du capitalisme occidental, conçu comme égoïste, bardé de privilèges pour les classes qui y cohabitent déjà, et dont les quartiers surtout les plus pauvres devraient accueillir toute la misère du monde. Et ainsi conforter l'imaginaire antifa gauchiste selon lequel ces nombreux ouvriers qui votent pour le RN seraient devenus « fâchistes ».

Le listage de la guerre (qui n'est pas le souci actuel des prolétaires occidentaux), de la pandémie et du changement climatique relève du souci de la petite bourgeoisie écolo-réformiste. Esquiver la question de ladite « invasion migratoire » est la principale peur distillée par la domination bourgeoise, sans oublier l'effet tétanisant de l'exploitation idéologique des attentats de quelques cinglés et le laxisme criminel de la justice bourgeoise française et européenne.

C'est avec cette question migratoire que, finalement, les bourgeoisies européennes sont complices de l'américaine, tout en étant acculées à cogérer cette misère, et qu'on peut dire en effet :

«  Elle (la classe dirigeante) veut que le prolétariat soit soumis, qu'il se recroqueville dans la peur de la sinistre réalité de ce système social pourri. Elle veut que nous soyons comme des enfants qui s'accrochent aux basques de la classe dominante et de son État. Les grandes difficultés rencontrées par le prolétariat dans la lutte pour la défense de ses intérêts au cours des 30 dernières années permettent à cette peur de s'installer davantage. L'idée que le prolétariat est la seule force capable d'offrir un avenir, une société entièrement nouvelle, peut paraître incongrue à certains. Mais le prolétariat est la classe révolutionnaire et trois décennies de recul ne l'ont pas éradiqué, même si la longueur et la profondeur de ce recul rendent plus difficile pour la classe ouvrière internationale de reprendre confiance dans sa capacité à résister aux attaques croissantes contre ses conditions de vie ».

On sera compatissant avec l'éclair de lucidité qui suit, affaibli cependant par l'espérance grévicultrice et l'espoir que le prolétariat « ouvrira les yeux sur la sombre réalité du capitalisme », ce qui nous permettra par après de mesurer la portée du regard du prolétariat :

« Il n'y a aucune garantie que le prolétariat sera capable d'assumer sa responsabilité historique d'offrir un avenir au reste de l'humanité. Cela ne se produira certainement pas si le prolétariat et ses minorités révolutionnaires succombent à l'atmosphère écrasante de désespoir et d'impuissance propagée par notre ennemi de classe. Le prolétariat ne peut remplir son rôle révolutionnaire qu'en regardant en face la sombre réalité du capitalisme en décomposition et en refusant d'accepter les attaques contre ses conditions économiques et sociales, en remplaçant l'isolement et l'impuissance par la solidarité, l'organisation et une conscience de classe croissante ».


OU EN EST LE REGARD DU PROLETARIAT ?

Est-il en retard?

Depuis de longues années le prolétariat est absent des grands événements politiques, même si ont lieu régulièrement des grèves synonymes de combativité et de résistance de classe, mais toujours isolées et sans perspectives politiques, et dans le plus pur style trade-unioniste qui refait la part belle aux mafias syndicales. Guerres localisées, chute du mur de Berlin, montée au pouvoir des fondamentalistes arriérés, gilets jaunes hétéroclites, etc., dans aucun de ces moments le prolétariat ne s'est affirmé ni distingué. Au début du XX ème siècle comme après 1945, même par le biais de partis ouvriers plus ou moins corrompus et réformistes on avait assisté à de nombreuses manifestations politiques et pas seulement syndicales, prouvant que la politique ou une certaine idée de la politique était constitutive de la conscience de classe, bien qu'à une échelle moindre que les révoltes prolétariennes contre la guerre surtout en Russie et en Allemagne à la fin des années 1910. Cette apparente d'intérêt ou de mobilisation signifie-t-elle que le prolétariat n'aurait plus son mot à dire ? Je ne le crois pas pour l'ensemble des « pays riches » où l'on envoie des armées de métier qui évitent justement que la préoccupation de la guerre (locale ou mondiale) ne revienne au premier plan et concerne directement les populations ; la guerre n'est vécue, si j'ose dire, que par migrants livrés à une fuite éperdue. Cette situation focalise l'attention sur des victimes embarrassantes qui ne peuvent compter ni sur le prolétariat des métropoles ni sur les bourgeois.

Tout naturellement les idéologues du pouvoir se sont servis de ce constat pour décréter la disparition de la classe ouvrière, à la limitant toujours au niveau trade-unioniste. Plusieurs intellos de la gauche bourgeoise ont rivalisé de zèle naguère pour tenter de nous en convaincre. Au hasard je citerai ce pauvre Robert Castel qui avait décrété que "la classe ouvrière a perdu la partie" (certainement le parti oui!), et essayait de nous le démontrer avec le panel des arguties statistiques géographiques et plates de la sociologie (La montée des incertitudes, 2009). Une dizaine d'années avant, la propagande de l'ordre dominant pouvait compter sur deux historiens pour distiller une énième fin de la classe ouvrière, quoique toujours improbable.

Dans les écoles cette « disparition » est enseignée depuis des années, notamment avec des ouvrages d'historiens sociologues, plus sociologues qu'historiens. Par exemple Bernstein et Milza avec leur « Histoire de la France au XXème siècle » (ed complexe 1994) ; où pourtant nous pouvons puiser quelques intéressantes réflexions d'après recensements et chiffres concernant la France. Ces contempteurs d'un prolétariat évaporé n'ont jamais rien compris évidemment au « mouvement ouvrier » en tant que globalité d'exploités qui n 'ont jamais pu été catégorisés et enfermés en « bastions industriels », corporations privilégiées, nationalisations ou myriade petites entreprises. Le prolétariat est une force sociale qui n'est ni étroite ni ouverte à n'importe quelles couches sociales, quoique des pans de la petite bourgeoisie puissent accompagner son combat, ou plutôt la menace permanente de son apparition massive quand tel ou tel bouleversement l'exigera. Suivons donc maintenant nos épiciers de la comptabilité sociologique.

« Avec un effectif de 8 millions de personnes, constituant en valeur absolue, leur maximum historique, les travailleurs de l'industrie représentent encore en 1975 près de 40% de la population active, contre un peu plus de 550% pour les services. En 2003, le taux est tombé à 23,4 %, tandis que le tertiaire occupe 72,2% des actifs. Pour la seule période qui sépare le recensement de 1982 de celui de 1990, l'industrie a perdu 798 000 emplois. (…)

Ces chiffres sont éloquents. Ils soulignent en premier lieu la crise des industries traditionnelles – mines, sidérurgie, textiles, constructions navales – dont le déclin est antérieur à 1975. Mais ils montrent en même temps que des secteurs (moteurs de la croissance dans les années 1960) (…) ont subi également de plein fouet des restructurations industrielles. On préfèrera ce terme à celui de « désindustrialisation » (…) dans la mesure où pour un certain nombre de branches, la diminution du nombre des ouvriers s'est trouvée compensée par l'augmentation de celui des employés, techniciens et cadres ».

(Raisons de cette décrue » :

« … la nécessité pour les entreprises de réduire leurs coûts pour résister à une concurrence internationale de plus en plus forte, donc d'utiliser au maximum les possibilités de substitution de la machine à l'homme qu'offrent les progrès de l'informatisation et de l'automatisation. Ce qui imlique outre la réduction des effectifs (…) une transformation de la nature des emplois industriels. On a moins besoin de manœuvres et d'ouvriers « spécialisés » alors que croît la demande en personnel qualifié, ayant reçu une formation générale et technique plus élevée que dans le passé ».

(…) Cette diminution globale du nombre des ouvriers s'accompagne d'un transfert massif vers les activités du tertiaire (…) Ce n'est donc pas seulement en termes d'effectifs que se mesure le déclin de la « classe ouvrière », longtemps assimilée au prolétariat de la grande industrie... au sentiment d'appartenance à un groupe social cohérent que (favorisait ) cette focalisation des sites et qui a nourri une véritable culture ouvrière, se substituent des formes d'activité moins directement liées à la production – manutention, gardiennage, entretien, nettoyage, etc. - des localisations plus dispersées releva nt d'entreprises aux destinées souvent éphémères, un émiettement du personnel fourni par les entreprises d'intérim, une forte mobilité de l'emploi (…) Autant de données qui se traduisent chez les travailleurs employés dans ce secteur par une perte d'identité par rapport aux générations de l'industrie triomphante, par la forte érosion de la culture ouvrière, et bien sûr une désaffection croissante à l'égard des modes traditionnels de représentation et de revdnication du monde prolétaire. (…) Les restructurations industrielles ont entraîné ler déclin des secteurs à forte tradition syndicale (…) Le chômage et la précarité de l'emploi ont démobilisé la masse des travailleurs et émoussé leur combativité. Bien que les directions centrales se soient renouvelées, l'encadrement a vieilli et n'a pas su s'adapter à la demande et aux problèmes spécifiques de certaines catégories de salariés, les femmes notamment – beaucoup plus nombreuses dans les entreprises qu'à la fin des années 1960 -, les jeunes et les travailleurs immigrés.

(…) Très liée depuis les années 1920 à un PCF désormais très affaibli, la CGT n'a pas réussi à prendre clairement ses distances à l'égard du « parti de la classe ouvrière » et a été emportée comme lui dans la tourmente produite par l'effondrement du communisme ». (…) autant que la très forte bureaucratisation de ses structures ( la fonction de permanent comme au PC, est devnue une carrière et l'absence de démocratie dans son fonctionnement ont éloigné d'elle en vingt ans, plus de la moitié de ses adhérents.

(…) une augmentation globale des conflits sociaux (…) surtout plus étroitement localisés que dans le passé (…) aux solidarités larges (…) se substituent de plus en plus des solidarités locales, génératrices de conflits qui ne concernent dans l'usine qu'un atelier ou une catégorie de travailleurs : les OS, les immigrés, les femmes, telle ou telle catégorie de spécialistes. A l'émiettement du travail, qui caractérise largement aujourd'hui l'activité ouvrière, coïncide ainsi un émiettement des revendications et des formes de représentativité.

« Ni les responsables politiques, qu'ils soient de gauche ou de droite, ni les dirigeants patronaux ne souhaitent que se substituent aux syndicats – qui constituent des interlocuteurs avec lesquels on peut toujours négocier – des formes de contestation « sauvage » pouvant déboucher sur de graves troubles sociaux. Conscients de ce danger qu'il y avait à voir s'aggraver le dépérissement des syndicats, les gouvernements socialistes ont, depuis 1981, multiplié les initiatives visant à accroître leur représentativité dans l'entreprise ».

Il faut ajouter la petite bourgeoisie salariée, qui ne se considère pas comme partie du prolétariat, sauf une frange minoritaire de cadres intelligents. Elle est le toutou idéologique de la grande bourgeoisie (et aussi son inspiratrice, cf. le mouvement woke et l'antiracisme) :

« La catégorie des « cadres », au sens large, embrassant le monde des professions libérales et intellectuelles, continue à bien des égards à donner le la à l'ensemble du corps social. C'est elle qui fait et défait les modes, impose ses goûts, diffuse ses tics linguistiques, empruntés souvent aux marginaux et aux jeunes (voir le succès durable du « verlan ») ou dérivants des pratiques professionnelles qui font la part belle à l'anglais. C'est elle qui façonne le noyau dur d'une culture commune à toute la classe moyenne, diffusée par les médias audio-visuels, par les magazines et les hebdomadaires. (…) Enfin elle s'impose comme modèle de « réussite » et de consommation sophistiquée ».

Puis il y a les assistés, qu'on pouvait nommer lumpenprolétariat naguère. Ils sont en effet coupés de la classe ouvrière par le système des aides sociales (dit aussi « protection sociale », mais contre qui?). Ces couches dites les plus pauvres étaient un ferment des révolutions au cours du dix-neuvième siècle. La pauvreté est génitrice d'émeutes. Or la bourgeoisie, qui l'a bien compris, a généralisé des systèmes d'assistance – RSA, aides au logement, etc. - qui ont complètement changé la mentalité des plus pauvres. Non seulement ils ne considèrent pas comme prolétaires mais ils méprisent les ouvriers, des ouvriers qui ont souvent moins de revenus qu'eux. Tout est dû à l'assisté, il est le premier à râler pour un oui pour un non. On le trouve chez Le Pen, chez les gilets jaunes, il est sûr d'être dans son bon droit et excédé qu'on ne suive pas ses recommandations floues et démagogiques. Dans ce milieu la bureaucratisation et la juridicisation de la société jouent également comme des facteurs essentiels, assurant la reconnaissance de ce statut de victime par des tiers détenteurs de l’autorité et permettant d’imposer dans l'atomisation sociale un véritable « ordre woke ». Pourquoi faire semblant de ne pas voir, comme la gauche bourgeoisie angélique, qu'une partie de l'immigration vient aussi en France pour « sa protection sociale), un système de « sécurité sociale » plus généreux que partout ailleurs ?

Enfin il y a une immigration qui ne s'intègre pas ou plus non seulement à la nation mais, ce qui est plus grave, au prolétariat. Elle n'est plus révolutionnaire, mais l'a-t'elle jamais été ?

Il y a naguère et il y a aujourd'hui. Naguère dans son ouvrage « Le bourgeois » (1913), Werner Sombart pouvait établir ceci :

« Nous voyons ainsi l' « étranger », l'immigré, se révéler partout et toujours comme le pionnier, l'initiateur du capitalisme le plus avancé, et cela quel que soit le pays dans lequel il se trouve transplanté (État civilisé de l'Europe ou colonie d'outre-mer), quelle que soit sa position sociale, quelles que soient (dans une certaine mesure) la religion et la nationalité dont il fait partie (nous voyons, en effet, Juifs et Européens, protestants et catholiques, dès l'instant où ils sont « étrangers », manifester le même esprit; et dès le milieu du XIXe siècle les Français de la Louisiane ne se distinguaient en rien des Anglo-Saxons des États de la Nouvelle Angleterre). Ce fait, d'une portée si générale, n'autorise qu'une seule conclusion, à savoir que c'est le phénomène social de la migration ou du changement de patrie qui constitue, comme tel, la raison du déve­loppement plus grand et plus intense de l'esprit économique ».

Sombart, en ce temps-là, était un « marxien » éminent — pas un marxiste, mais quelqu'un qui utilisait et interprétait Marx — au point que Engels, avec qui il a correspondu, déclara qu'il était le seul professeur allemand qui comprenait Le Capital de Marx . Sombart ajoutait que l'émigré/immigré n'a pas pour but la révolution :

« « Si nous le voyons accorder aussitôt aux intérêts purement matériels la première place dans ses préoccupations, si, à peine installé dans un pays nouveau, l' « étran­ger » ne pense qu'à s'enrichir, qu'à gagner le plus d'argent possible, il n'y a là rien qui doive nous étonner, étant donné que toutes les autres carrières et toutes les autres professions lui sont fermées : transplanté dans un vieil État aux cadres rigides, il ne peut pas prendre part à la vie publique et, à l'époque dont nous nous occupons, les carrières coloniales n'existent pas encore .

Pour les émigrés, qu'ils soient transplantés dans un pays européen ou dans une colonie, il n'y a ni passé ni présent. Ils ne connaissent que l'avenir. Et dès l'instant où l'argent est devenu le principal de leurs intérêts, ils ne peuvent plus s'en détacher, parce qu'il leur apparaît aussitôt comme le seul moyen d'édifier leur avenir. Or l'émigré ne peut gagner de l'argent qu'en étendant le champ de son activité d'entre­preneur. Capable, travailleur et courageux par définition, puis. qu'il appartient, ainsi que nous l'avons vu, à une espèce sélectionnée, son amour du gain ne tardera pas à se transformer en une soif d'entreprises qui ne pourra être calmée que par une activité inlassable, de tous les instants, activité qui s'explique, à son tour, par le peu de prix que l'émigré attache au présent, orienté qu'il est tout entier vers l'avenir. Ce qui caractérise encore de nos jours la civilisation américaine, c'est l'inachevé, c'est le devenir incessant : tout y est conçu en vue de l'avenir ».

QUAND LE MIGRANT NE VIENT PLUS RENFORCER LA CLASSE OUVRIERE

La seule période où l'immigré en Europe fût un vecteur d'esprit révolutionnaire est celle des années 1920 et 1930, non parce que ces « migrants » venaient d'un pays catholique mais parce que, en Italie et en Espagne ils avaient combattu puis fui les dictatures de Mussolini et de Franco. On les trouva nombreux dans les années d'après-guerre dans les syndicats et les partis de gauche. C'était plus la lutte politique que le besoin de se nourrir qui les avait poussé à « s'intégrer » au mouvement ouvrier. Même s'il y avait de graves bagarres parfois depuis la fin du dix-neuvième siècle contre ces étrangers qui venaient « voler le travail aux français », généralement cela ne prit aucune proportion à l'échelle territoriale, et, par exemple les deux millions d'espagnols qui avaient fui Franco pour être entassés dans des camps, furent pour partie embrigadés ou paralysés dans la guerre, puis après celle-ci constituèrent une partie combative du mouvement ouvrier en France. L'immigration était considérée à juste titre comme un vecteur d'internationalisme, en tout cas favorisant la solidarité et la conscience de classe par delà les frontières.

Avec une accélération de la crise capitaliste, qui ne peut percer l'abcès par une guerre mondiale, on a affaire à une impasse plus qu'à cette notion bizarre de décomposition (cf. du CCI). Un flot incessant de populations fuit la guerre, les tortures, la misère. Dans le monde entier, depuis des années, des millions vivent dans des camps, dans des baraquements insalubres et entassés les uns contre les autres. Seule solution, la démerde individuelle à ses risques et périls. Une démographie de plus en plus incontrôlée ou incontrôlable conduira à l'étouffement et à la prolongation du chaos9.

La compassion est universelle. Nombreuses sont les assocs caritatives, de type commercial... Peu de critiques politiques sur cette situation dramatique. C'est pourquoi j'ai été agréablement surpris en 2016 de lire les réflexions courageuses de notre Néandertal Henri Simon.  Le titre de son article était médiatiquement bien choisi : « L'industrie  du migrant », mais il y manquait au moins un sous-titre : « et son utilisation politique » et un commentaire : « industrie ou commerce ? ».(cf. ECHANGES n°154, hiver 2016)10.

Il y avait longtemps que j'attendais un article intelligent du point de vue marxiste et donc du point de vue du prolétariat, sur le sujet : un sujet traité jusque là de façon simpliste aussi bien par le « milieu révolutionnaire » iconoclaste du maximalisme que par les variétés de gauchistes : « tous immigrés », « solidarité avec nos frères de classe », « abolition des frontières », etc. Ce souhait qu'un débat qui brise le disque rayé de la bien-pensance bourgeoise et gauchiste, j'avais espéré le faire changer en blu ray d'une approche plus consciente des changements introduits par le chaos capitaliste avec mon livre « L'immigré fataliste et sa religion policière » ; mais, excepté un rédacteur de la revue Echanges, motus et bouche cousue. On préféra continuer à dormir sur les certitudes simplistes et une bonne conscience humanitaire qui ne change rien au malheur de la plupart de ces êtres humains en perdition.

Henri Simon, dans une écriture impeccable et sereine décrit le phénomène historique des migrations comme permettant le développement du capitalisme, avec ses formes les plus barbares, de l'esclavage à la fuite des populations en guerre, en subissant des révolutions (migrants riches).

Très vite il sort de l'ornière des simplismes à la CCI ou PCI, basés sur une culpabilisation bobo compatissante - migrants = classe ouvrière - :

« « Le migrant » n'est pas le personnage homogène que l'on tend à nous présenter, une sorte de modèle uniforme de victime expiatoire du système, mais les migrants sont une population différenciée venant de classes, de milieux et d'origine sociale diverses : la même collection d'exploiteurs, de cyniques, de naïfs, d'égoïstes, d'intelligents et d'imbéciles que l'on trouve dans toute la société ».


RETOUR SUR LE ROLE POLITIQUE DE LA CLASSE OUVRIERE

« ...l'idée était bien de suggérer que les gens ordinaires n'ont pas vraiment la capacité de comprendre le monde dans lequel ils vivent ».

Christophe Guilluy

« Pourquoi intégrer un monde qui s'effondre? »

ibid

Face au chaos, il peut sembler prétentieux de réaffirmer que seule la classe ouvrière résiste à celui-ci et pose une alternative. Ce constat, c'est l'essayiste Christophe Guilluy qui le démontre à sa façon, en parlant de « gens ordinaires », même s'il se trompe sur l'impuissance des Gilets jaunes, et sans se rendre compte que ce mouvement a été rendu impuissant parce qu'il fût emmené par une petite bourgeoisie hétéroclite et pas par les principaux exploités, les prolétaires. Il démontre in fine que subsiste et se développe une conscience de classe, qui n'est donc pas basée, comme nous le radotent les groupuscules maximalistes gréviculteurs et grèves-généralistes, sur la lutte au travail (pour ceux qui en ont) mais, et dans une certaine mesure ce qui animait les Gilets jaunes, mais est basée sur une remise en cause de l'Etat, du cadre de vie, et la nécessité de réfléchir à un autre avenir11. Après tout les révolutions n'ont jamais commencé par des grèves mais contre la guerre, contre la répression, contres les abus des élites successives. C'est une taxe de l'écologie bourgeoise qui a déclenché le mouvement des gilets jaunes. Pour l'essentiel les révolutions ont lieu hors du cadre du travail, et c'est dans ce sens qu'elles peuvent aussi intéresser les chômedurs, et aussi les couches petites bourgeoises, à condition qu'elles n'en prennent pas la tête, laquelle tête reste le parti du prolétariat, surtout s'il reste hors du pouvoir.

Le système de domination est de plus en plus fragile, sans la classe ouvrière des services, les livreurs sans grade, ouvriers français et immigrés pauvres, en cas de paralysie sociale, les grandes villes perdraient leur autonomie alimentaire entre 3 à 5 jours12. La crise du covid a également démontré la peur et les mesures maladroites du pouvoir, mais aussi le mépris de classe bourgeoise (lire les pages excellentes à ce sujet).

Guilluy insiste toujours sur le fait que la société bourgeoise va inéluctablement vers son effondrement, ce qui est bien vu, mais il n'imagine qu'une réforme lente sous la pression de ce qu'il nomme « les gens ordinaires » - pour être lu largement – car s'il avait utilisé en permanence les vocables « classe ouvrière » on l'aurait montré du doigt comme ringard.

La décomposition de la bourgeoisie s'explique ainsi, par l'ignorance du maintien de la société des classes : « La société composée d'un agglomérat de minorités n'existe pas. C'est bel et bien une pure construction à laquelle certains politiques croient encore, notamment à gauche » (p.82). C'est le think tank libéral de gauche Terra Nova qui avait fait croire qu'on pouvait abandonner la classe ouvrière à son sort. Or la solidité de cette classe se confirme, pas par les grèves mais un rejet de la politique des élites de droite et de gauche, qui n'est pas du tout démagogiquement anti-politique comme veulent le faire croire les médias.

« C'est pourquoi, aujourd'hui, l'écologisme, l'ouverture à l'Autre et l'universalisme des classes dominantes et supérieures ne sont plus pris au sérieux. Ces thématiques sont perçues comme les éléments de langage de faussaires ».

« Les élites urbaines, les cadres et les jeunes issus de ces catégories forment aujourd'hui les gros bataillons des partis écologistes ».

« L'écologisme (dévoyé) prendrait alors la forme, comme l'antifascisme, d'une arme de classe ».

« C'est ainsi que la posture antiraciste de la bourgeoisie blanche et progressiste masque mal un complexe de supériorité vis-à-vis des « petits » blancs bien sûr, mais aussi des minorités (…) les minorités ne sont pas à la recherche de bienveillance mais d'emplois!) ».

« Ce concept religieux (très catholique) de « vivre ensemble » de la bourgeoisie dite progressiste est bien, comme l'écologisme, un enfumage destiné à dissimuler la violence des rapports de classes et son refus réel dudit « vivre ensemble ».

« Mais le progressisme de pacotille des élites n'était qu'un vernis idéologique qui visait à masquer une position de classe. L'antiracisme, l'écologisme ou le féminisme ne sont en réalité que des codes culturels. ET l'essentiel est ailleurs : il faut préserver le patrimoine, faire de l'argent, garder le pouvoir ».

« La déshumanisation des gens ordinaires invalide la prétention à l'universel de l'idéologie dite progressiste ».

« Le rejet des politiques tient tout autant à leur impuissance qu'à leur baisse de niveau intellectuel (…) Les politologues se trompent quand ils expliquent le niveau de défiance par le fameux «tous pourris ». Cette analyse réduit les gens ordinaires à une masse d'abrutis, et permet de détourner le regard de la médiocratie du monde d'en haut. Elle empêche de voir la corrélation entre l'effondrement intellectuel des élites et la répulsion qu'elles inspirent ».

Evidemment que l'essayiste Guilluy ne peut proposer un changement radical de société par une révolution nécessaire, et nécessairement violente, à la mesure des humiliations séculaires du prolétariat. On ne le lui reprochera pas ici. Mais on conseillera aux gens réfléchis et aux militants de le lire. C'est aux partis politiques du prolétariat (encore inexistants) de poser et de rédiger un programme, indispensable, car il ne peut point tomber du ciel ni d'une vox populi ordinaire.


NOTES



1L'explication première de la débandade des collabos pro-US vient assurément du fait que les effectifs de l'armée afghane ont été largement gonflés. Plutôt que 300.000 hommes, elle était composée d'un peu moins de 100.000 soldats, selon un rapport du Combating Terrorism Center, de la prestigieuse école militaire de West Point, publié en janvier 2020. Parmi eux, seulement 18.000 étaient placés sous l'autorité du ministère afghan de la Défense. Les analystes militaires estiment en outre que seulement la moitié des membres de l'armée afghane étaient des combattants. Face à 70.000 talibans aguerris et déterminés, le rapport de force paraît donc déséquilibré.

3Le même argument est repris quelques lignes plus loin : « « La politique de retrait d'Afghanistan est un exemple clair de realpolitik. Les États-Unis doivent en effet se libérer de ces guerres coûteuses et débilitantes afin de concentrer leurs ressources sur le renforcement des efforts pour contenir et miner la Chine et la Russie. L'administration Biden s'est montrée non moins cynique que Trump dans la poursuite des ambitions américaines ».

4Kyle Harper, COMMENT L’EMPIRE ROMAIN S’EST EFFONDRÉ. Le climat, les maladies et la chute de Rome. https://www.cairn.info/revue-projet-2019-3-page-96.htm

5La remarque est juste : « L'impitoyable fanatisme religieux des talibans est donc le fruit de décennies de barbarie. Ils ont également été manipulés par le Pakistan, ce pays essayant d'imposer un certain ordre à ses portes ».

6Lire l'excellent ouvrage de Jean Gimpel, « La révolution industrielle au Moyen Age », ed du Seuil 1975.

7L'illettrisme dans les pays les plus arriérés a toujours favorisé les Etats à domination terroriste ; l'islam également a dû son expansion à l'analphabétisme, les intellectuels imam sachant lire pouvait invoquer n'importe quoi. Une forte population paysanne et 60% d'illettrés expliquent plus la montée au pouvoir de Mussolini que l'échec des grèves de 1920. En Allemagne, la victoire électorale (limitée du nazisme) s'explique plus par l'écrasement de la révolution spartakiste.

8Lire l'imposant « Les routes de la soie » de Peter Frankopan (ed Nevicata) : « Tandis que nous nous demandons d'où pourrait venir la prochaine menace, quelle est la meilleure façon d'affronter l'extrémisme religieux, comment négocier avec des Etats qui semblent enclins à bafouer le droit international, comment enfin construire des relations avec des peuples, des cultures et des régions que nous avons cherché peu ou pas à comprendre, réseaux et connexions se tissent calmement sur l'échine de l'Asie ; ou plutôt ils sont rétablis. Les Routes de la Soie reprennent l'ascendant ». (p.628)

9Lire les analyses de Guilluy dans sa conclusion qui est pourtant paradoxal récusant l'explosion démographique mondiale mais soutenant la nécessité d'une régulation des flux. Tout ce qui fera perdre le clown Mélenchon – avec son nouveau slogan démago qui veut piquer des voix à la mère Le Pen : l'union populaire ! Ou populistes ? Ramasseront aussi leurs vestes les sectes politiques écolos et la mère Hidalgo.

10https://proletariatuniversel.blogspot.com/search?q=L%27industrie+du+migrant+ou+le+commerce+des+migrants+%3F

11Les groupuscules plus tellement maximalistes sont capables de se mettre au cul des syndicats pour des revendications et un mouvement plutôt ringard (faisant croire à un avenir pépère) comme celui des retraites, or en réalité terrain miné et manip gouvernementale. Guilluy le décrypte fort bien : « En relançant sa réforme des retraites, le pouvoir adoubait un ennemi faible et sous contrôle : les syndicats » (p.80).

12cf. Guilluy, p.126.