L’histoire
du " communisme de gauche "
Martin
Thomas
Article
du site “Worker’s Liberty” - juillet 2019
traduction :
Jean Pierre Laffitte
OU
COMMENT LE TROTSKISME TENTE D'ANNEXER
ET
REDUIRE L'HISTOIRE DU COMMUNISME MAXIMALISTE
De
prime abord, tombant par hasard sur ce site -
The
history of "left communism" | Workers' Liberty
(workersliberty.org) – j'avais été séduit par les quatre
portraits : Pannekeok, Bordiga, Damen et Marc Chirik (photo
réalisée par moi-même à la fin des années 1970 à partir d'un
film porte Dorée).Même si les deux derniers sont peun connus du
grand public, ces quatre là représentent bien la continuité
programmatique, malgré leurs divergences, avec le maximalisme
historique dont la figure de proue reste Rosa Luxemburg. Ensuite je
suis resté dubitatif avec cette manie trotskienne de personnaliser
un courant communiste par quelques uns de ses meilleurs théoriciens,
gommant ainsi que ce fût un combat de groupes d'hommes et de femmes.
J'ai enquêté ensuite sur ce site.
L'Alliance
pour la liberté des travailleurs (ou Alliance
for Workers' Liberty ,
abrégé en AWL ou
plus simplement Workers'
Liberty)
est un groupuscule trotskiste britannique créé en 1966
.Politiquement,
ce groupe s'inspire du trotskisme dit
de « troisième camp », qui rejette aussi bien
les États-Unis,
que l'Union
soviétique,
par opposition au trotskisme « orthodoxe » qui
considérait que l'URSS est un « État
ouvrier dégénéré ».
Aujourd'hui, cette secte se différencie del'islamo-gauchisme en
refusant le soutien aux islamistes, notamment en Irak, contrairement
à la majorité de groupes trotskystes britanniques comme le SWP qui
considère que les islamistes sont anti-impérialistes dans
la mesure où ils s'opposent aux États-Unis. Ils fricotent en France
avec Convergences révolutionnaires (déchets du trotskisme LCR et
LO) et le ramasse merde Yves Coleman. Une partie des trotskiens anglo-saxons a toujours été à la queue de l'impérialisme américain; comme par exemple en 1980, dans la lutte "contre le communisme", un certain Ronald Reagan nommait "combattants de la liberté" les jihadistes en Afghanistan; avec le spectacle de la lutte raciale "antiraciste" de Biden, les islamo-gauchistes français sont à la traîne, pour ne pas dire lamentablement suivistes. L'égérie débile du racialisme "décolonial", Houria Boutelja, quant à elle, a fermé sa gueule lorsqu'elle a été embauché par Jack Lang à l'institut du monde arabe avec un salaire confortable (lire sa bio éclairante sur Wikipédia).
COMME
QUOI LE VRAI GAUCHISTE ETAIT LENINE
Après avoir fait dépendre tout son raisonnement d'un Lénine inusable, l'employé
de cette secte recopie pour l'essentiel ce qu'il a lu dans les
ouvrages du principal historien de la « gauche communiste »
- que je trouve plus exact de nommer « maximalisme communiste »
opposé à la dégénérescence léniniste et trotskiste – Philippe
Bourrinet. Quand il se contente de recopier c'est bien car Bourrinet
a réalisé un immense travail de référence. Quand ce plumitif en
vient à tenter de fossiliser le maximalisme, cela devient un
radotage léniniste ridicule, surtout en s'appuyant sur le pamphlet
de Lénine « la maladie infantile du communisme ». En
outre il est assez inconsistant de passer sous silence le rôle bien
plus important de Socialisme ou Barbarie et des situationnistes à la
fin des sixties pour faire renaître l'idée de révolution, alors
que tout le courant maximaliste était éparpillé et inconnu du
public. Comme quoi les incendiaires ne sont pas forcément au début
de purs groupuscules ou clans au label « marxiste garanti ». Néanmoins les connaisseurs relèveront nombre d'à peu près dans la copie du trotskien anglais.
Enfin
le trotskisme réac impérissable se dévoile entre les passages
historiques repiqués à Bourrinet : « Lénine
a eu raison de qualifier le “communisme de gauche” (le gauchisme)
de « maladie infantile ».Et
de nous décrire les quatre idées principales des « communistes
de gauche » dénoncées par Lénine ! Pas de pot c'est là
qu'on découvre (pour ceux qui l'ignoraient) que le véritable
créateur du gauchisme moderne c'est Lénine lui-même, infantile au
point d'être incapable de se rendre compte combien les anciennes
formes du mouvement ouvrier étaient devenus des outres vides
contrôlées par la bourgeoisie. Les règles de base de la
collaboration des classes sont toutes contenues dans les quatre
critiques de ce pauvre Lénine : le parti de chef, l'empirisme
du compromis, si bien illustrée de fait par la collaboration
syndicale, et la participation aux élections frauduleuses de la
bourgeoisie. C'est ce Lénine gauchiste que tous les groupuscules
gauchistes conservent comme bréviaire de base lorsqu'on les voit
émerger épisodiquement de leurs impasses politiques, avec ou sans
cette référence idiote au troisième camp trotskiste, qui aurait
été hors du stalinisme, alors que leur programme reste en effet
lénino-stalinien, avec l'ajout des diverses théories débiles de la
bobocratie, féminisme, éducation des enfants au transgenre,
islamo-compatibilité, etc. Quant au classement du groupe ésotérique Lotta Continua dans le courant maximalisme, c'est une blague.
On
voit donc que la remarque insidieuse du coquin qui pond cet article -
« Le
“gauchisme” d’aujourd'hui découle en partie du “communisme
de gauche” - sert
à faire croire que leur trotsko-stalinisme mal digéré pourrait
s'annexer le maximalisme historique tout en gardant la collaboration
néo-léninifiante aux organes aliénés du capital, syndicats et
partis, et aux modes wokes si imprégnées de dogmes néo-staliniens
et trotskiens. Non le gauchisme d'aujourd'hui est bien un bâtard du
« gauchiste » sénile Lénine.
***
L’histoire
du « communisme de gauche »
Lénine
est arrivé à résumer au plus près, sous la forme d’un “manuel”,
les leçons que les marxistes devaient tirer du bolchevisme et de la
Révolution russe dans sa célèbre brochure de 1920 :
La maladie infantile du communisme
(le
gauchisme).
« Pendant
les premiers mois qui suivirent la conquête du pouvoir politique par
le prolétariat en Russie (25 octobre – 7 novembre 1917) »,
écrivait Lénine,
« il pouvait sembler que les différences très marquées entre
ce pays arriéré et les pays avancés d’Europe occidentale y
rendraient la révolution du prolétariat très différentes de la
nôtre. Aujourd’hui nous avons par devers nous une expérience
internationale fort appréciable, qui atteste de toute évidence que
certains traits essentiels de notre révolution n’ont pas une
portée locale, ni particulièrement nationale, ni uniquement russe,
mais bien internationale. ».
Et il
entreprenait d’expliquer le sens de ces mots en polémiquant avec
les courants “gauchistes” qui étaient alors puissants dans les
Partis communistes européens.
Il
discutait quatre idées principales des “communistes de gauche”.
1°)
Il contestait le procédé des “gauchistes” qui dénonçaient
« le parti des chefs, qui entend organiser la lutte
révolutionnaire et la diriger par en haut, acceptant les compromis
et le parlementarisme… », en préconisant à la place « le
parti des masses, qui attend l’essor de la lutte révolutionnaire
d’en bas qui ne connaît et n’applique dans cette lutte que la
seule méthode … du renversement résolu de la bourgeoisie ».
« Sans
un parti de fer, trempé dans la lutte, sans un parti jouissant de la
confiance de tout ce qu’il y a d’honnête dans la classe en
question, sans un parti sachant observer l’état d’esprit de la
masse et influer sur lui », écrivait Lénine, « il est
impossible de soutenir cette lutte avec succès ».
Précédemment
dans la brochure, il s’était donné beaucoup de mal pour expliquer
que la discipline de parti n’était pas quelque chose qu’il
fallait développer en faisant abstraction de la politique.
« Qu’est-ce
qui cimente la discipline du parti révolutionnaire du prolétariat ?
… C’est, d’abord, la conscience de l’avant-garde
prolétarienne et son dévouement à la révolution, sa fermeté, son
esprit de sacrifice, son héroïsme. C’est, ensuite, son aptitude à
se lier, à se rapprocher et, si vous voulez, à se fondre jusqu’à
un certain point avec la masse la plus large des travailleurs, au
premier chef avec la masse prolétarienne, mais aussi la masse des
travailleurs non prolétarienne. Troisièmement, c’est la justesse
de la direction politique réalisée par cette avant-garde, la
justesse de sa stratégie et de sa tactique politiques, à condition
que les plus grandes masses soient convaincues de cette justesse par
leur propre expérience.
Si ces conditions ne sont pas réunies … toute tentative de créer
cette discipline se réduit fatalement à des phrases creuses, à des
mots, à des simagrées. ».
2°)
Il rejetait le slogan, “pas de compromis » ; « Renoncer
d’avance à louvoyer, à exploiter les oppositions d’intérêts
(fussent-elles momentanées) qui divisent nos ennemis, à passer des
accords et des compromis avec des alliés éventuels (fussent-ils
temporaires, peu sûrs, chancelants, conditionnels) ; n’est-ce
pas d’un ridicule achevé ? N’est-ce pas quelque chose comme
de renoncer d’avance, dans l’ascension difficile d’une montagne
inexplorée et inaccessible jusqu’à ce jour, à marcher parfois en
zigzags, à revenir parfois sur ses pas, à renoncer à la direction
une fois choisie pour essayer des directions différentes ? ».
3°)
Lénine soutenait que les socialistes révolutionnaires devaient
travailler dans les syndicats de masse, aussi conservateurs
seraient-ils à un moment donné, aussi difficiles que soient les
manœuvres exigées pour avoir un point d’appui en eux, afin
d’aider la masse des membres de la classe ouvrière à apprendre à
s’affirmer et à transformer ce qui peut être transformé dans ces
syndicats.
4°)
Lénine plaidait en faveur de la participation aux élections et aux
parlements en tant que tribunes pour les idées socialistes
révolutionnaires, et il citait par exemple l’usage qu’avait fait
Karl Liebknecht de sa position au Reichstag allemand au cours de la
Première Guerre mondiale pour brandir le drapeau de
l’internationalisme.
Lénine
a également soulevé deux autres questions particulières :
l’appel des communistes de gauche allemands à « refuser de
reconnaître » le traité de Versailles, un écho à l’appel
“national-bolchevik” de certains d’entre eux à une nouvelle
guerre, supposée révolutionnaire, déclenchée par l’Allemagne
afin de réduire Versailles à néant ; et l’opposition des
communistes de gauche britanniques à s’affilier au Parti
travailliste.
Les
“communistes de gauche” exclus du Parti Communiste Allemand (KPD)
aux alentours de son Congrès de Heidelberg d’octobre 1919
constituaient peut-être la majorité de ses membres. Quand le plus
gros d’entre eux s’est regroupé dans le Parti Ouvrier Communiste
d’Allemagne (KAPD) en avril 1920, ils étaient encore des dizaines
de milliers.
Ils
ont vite décliné. Les défenseurs du “national-bolchevisme” ont
été rapidement exclus. Otto Rühle, l’un de leurs leaders les
plus connus, a été exclu parce qu’il se déclarait opposé à
toute organisation de parti. En 1922, le KAPD s’est divisé en deux
groupes, connus sous les dénominations de KAPD-Essen et de
KAPD-Berlin, et tous deux ont décliné. Le KAPD-Essen s’est
dissous en 1927. Le KAPD-Berlin n’a survécu qu’un petit peu
plus. L’héritage politique du KAPD a été perpétué par un
groupe des Pays-Bas, le Groupe des Communistes Internationaux (GIC),
fond en 1927, qui a démarré tout petit (trois membres) et qui n’a
jamais dépassé les 50 adhérents environ.
Dans
cette mesure-là, Lénine a eu raison de qualifier le “communisme
de gauche” (le gauchisme) de « maladie infantile ».
Mais, étant donné que les mouvements ouvriers sont restés dominés
par des bureaucraties conservatrices, et que nombreux dans la gauche
activiste ont été occupés à obtenir par de vains efforts des
postes dans le mouvement ouvrier établi plutôt que de mettre en
œuvre une lutte stratégique pour transformer le mouvement, toute
radicalisation verrait certains activistes écœurés se tourner vers
“pas de compromis” ou des alternatives “puristes”.
Le
“gauchisme” d’aujourd'hui découle en partie du “communisme
de gauche” hollandais et allemand des années 1920, et en partie
aussi d’une tradition différente, celle de la “gauche
communiste” d’Italie, qui était dirigée dans les années 1920
par Amadeo Bordiga.
Dans
Le
gauchisme,
Lénine ne mentionne Bordiga qu’avec circonspection et en passant,
et ce uniquement en ce qui concerne la participation aux élections
au parlement.
Bordiga
était opposé à cette participation, mais de manière moins
dogmatique que les groupes hollandais et allemands. Il a accepté la
décision du II° Congrès de l’Internationale Communiste, en 1920,
sur le parlement, et le Parti Communiste Italien, sous sa direction
(jusqu’en 1923), a disputé les élections. Naturellement, lorsque
un grand parti “bordiguiste” a resurgi pour un bref laps de temps
en 1944-45, lui aussi a participé aux élections.
Le
désaccord principal de Bordiga avec Lénine et Trotski après 1921
était qu’il rejetait la tactique du front uni en tant que celui-ci
était conclu entre partis politiques. Il acceptait des approches de
front uni dans les questions revendicatives, et il était partisan
d’avoir une activité dans les syndicats existants.
Alors
que le KAPD prenait se distances avec l’idée d’un parti
révolutionnaire “dirigeant” les luttes, Bordiga au contraire
disait que la dictature d’un parti était la forme nécessaire de
la révolution communiste.
Au
cours des décennies, à la fois les “bordiguistes” et la “gauche
germano-hollandaise” ont évolué. Les groupes principaux de la
“gauche communiste” sont peut-être aujourd'hui le Courant
Communiste international en.internationalism.org
(centré en France ; le groupe britannique affilié est World
Revolution) ; l’International Communist Tendency
www.leftcom.org
(Battaglia Comunista en Italie, le CWO en Grande-Bretagne) ; et
une grande variété de groupes plus ou moins “bordiguistes” en
Italie, dont le plus important semble être Lotta Comunista
www.edizionilottacomunista.com
(ramification britannique : le Marxist Studies Centre).
En
termes de continuité active, l’élément dominant dans l’histoire
est constitué par des gens formés ou influencés par l’axe
Bordiga : Ottorino Perrone, Onorato Damen, Marc Chirik, Arrigo
Cervetto. Les principaux auteurs de la Gauche germano-hollandaise se
sont éloignés de la politique de gauche active (Herman Gorter,
Anton Pannekoek, Paul Mattick – bien que Pannekoek et Mattick aient
continué à écrire). En termes d’idées cependant, il semble
qu’il y ait dans les groupes d’aujourd'hui davantage de la Gauche
germano-hollandaise que de la Gauche communiste italienne des années
1920.
Le
modèle historique est celui des crises successives – la
contre-révolution stalinienne en URSS ; la prise du pouvoir par
Hitler en 1933 ; la Révolution espagnole de 1936-37 et la
Guerre civile espagnole ; les batailles d’Ethiopie et de Chine
respectivement contre l’impérialisme italien et japonais ;
la Seconde Guerre mondiale et ses conséquences –, étant donné
qu’il a engendré une sélection qui a redéfini les “communistes
de gauche” à travers une série de rejets.
Cette
histoire est racontée dans deux livres de Philippe Bourrinet, qui
était membre du CCI au moment où il faisait sa recherche : La
Gauche communiste germano-hollandaise
et Le
courant “bordiguiste” 1919-1999.
Ainsi
que le dit Bourrinet, « l’histoire de la Gauche communiste
hollandaise et allemande [et, dans son sillage, de la Gauche
“italienne” également] semble se présenter comme une série de
rejets… La position… peut être résumée par le titre d’une
série d’articles dans Bilan
[journal bordiguiste] en 1936 : « Le mot d’ordre du
jour : ne trahissez pas ! ».
« Rejet
de la tactique syndicale et parlementaire, du “front uni” et du
soutien aux mouvements de libération nationale…
« Rejet
des grands partis de masse sur le modèle de la II° Internationale…
«
Rejet du capitalisme d’État [ainsi que tous ces courants, bien
qu’étant de pays différents définissent le stalinisme]… rejet
de la “ défense de l’URSS”…
« Rejet
de l’idéologie antifasciste en tant qu’idéologie d’un front
uni avec l’aile gauche de la bourgeoisie… ». (Ce dernier
rejet ne signifiait pas seulement la critique du discours
antifasciste insipide – que les trotskistes formulaient également
–, mais le refus pur et simple de tout effort défini comme la
défense des droits démocratiques, ou de la démocratie bourgeoise,
contre le fascisme).
Contrairement
à presque tous les autres pays, le mouvement social-démocrate des
Pays-Bas avait connu une scission gauche/droite dès 1909. Or la
gauche du “Tribunist”, avec laquelle Herman Gorter et Anton
Pannekoek, les principaux auteurs du “communisme de gauche” en
1920, avaient été associés, ne préconisaient aucun des “rejets”
distinctifs du “communisme de gauche” ultérieur. La question sur
laquelle ce mouvement a fait scission était, en faisant référence
au besoin de s’en remettre aux sentiments religieux répandus parmi
les travailleurs, que le droit soutienne financièrement par des
subsides publics les écoles religieuses. Pannekoek a été pendant
une période, avant la Première Guerre mondiale, actif dans
la tendance de la gauche radicale de la social-démocratie
allemande aux côtés de Rosa Luxemburg. Il n’a donc pas soutenu
les “rejets” ultérieurs. Il est certain que les tribunistes ont
soutenu vigoureusement la “libération nationale” de la plus
grande colonie des Pays-Bas, l’Indonésie.
La
gauche “bordiguiste” s’est longtemps décrite comme adhérant
aux idées des deux premiers Congrès de l’Internationale
Communiste. Ainsi, parmi les idées que les trotskistes considèrent
comme un héritage valide des débuts du Komintern, elle ne rejetait
que le front uni politique et le slogan du “gouvernement ouvrier”.
L’idée de « revendications transitoires » n’a été
formulée explicitement que lors du III° Congrès, mais elle a été
développée longtemps auparavant dans des documents comme Le
programme de Spartacus
de Rosa Luxemburg et La
catastrophe imminente
de Lénine : les “communistes de gauche” n’avaient pas
contesté.
Les
courants “communistes de gauche” visaient à être ceux qui « ne
trahiraient » pas les vieux principes, qui feraient respecter
ce que les “bordiguistes” ont qualifié de « doctrine
invariante ». Et pourtant, pendant les années 1930 en
particulier, ils ont fini par changer substantiellement, non pas, je
pense, en raison d’arguments qui auraient révélé que les
vieilles idées avaient été démontrées erronées, ou par
le raisonnement, ou par les évolutions considérables du
capitalisme et du mouvement ouvrier. Leurs positions ont été
établies en raison des “trente glorieuses”
capitalistes du milieu des années 1940 au début des années 1970,
de l’agitation de la fin des années 60 jusqu’au début des
années 80, de l’époque néolibérale et “globalisante”, et de
l’époque post-URSS, à cause de tous ces phénomènes qui ont en
effet été provoqués par réaction vis-à-vis des années 1930.
Dans un monde dominé par le capitalisme et le stalinisme, ils
sont parvenus à une position qui était antistalinienne, mais non
pas à celle du “troisième camp” proposé par les trotskistes,
mais plutôt à celle du bunker, à l’écart du champ de bataille.
Tous
en sont arrivés à définir le stalinisme comme une variante du
capitalisme. Les détails des différentes théories “bordiguistes”
du stalinisme en tant que capitalisme d’État sont complexes, mais
finalement tous les courants sont parvenus à ne considérer le
stalinisme que comme « une forme particulièrement brutale de
la tendance universelle menant au capitalisme d’État, qui est
elle-même une caractéristique principale de la période de
décadence [du capitalisme] ». Ils ne pouvaient pas aspirer à
un “troisième camp”, ne serait-ce que parce qu’ils ne voyaient
qu’un seul camp dans le monde qui les entouraient, et que ses
différences internes étaient non essentielles.
La
“décadence du capitalisme”, qui est décrite comme étant à
l’œuvre depuis la Première Guerre mondiale (et uniformément, que
le capitalisme ait été en réalité en croissance ou en
stagnation), est devenue une idée fondamentale des “communistes de
gauche”. Le fait que le capitalisme soit aujourd'hui “décadent”
est ce qui explique pourquoi, pour les “communistes de gauche”,
leurs approches, si différentes de celles de Marx, d’Engels, et de
tous les marxistes d’avant 1914, sont maintenant valables. C'est
avec cette “décadence” que l’idée est venue que tous les
mouvements ouvriers existants (syndicats, partis politiques
réformistes, etc.), ainsi que les tendances différentes du
communisme de gauche (y compris les trotskistes), font seulement
partie de « l’aile gauche de la bourgeoisie ».
Lorsqu’il
traitait des dénonciations outrancières des “bordiguistes”
concernant l’entrée des trotskistes comme faction dans certains
partis sociaux-démocrates en 1934, Trotski écrivait : « Pour
tous les sortes de bordiguistes, toutes ces variantes, perspectives
et étapes, n’ont pas d’importance. Les sectaires vivent au-delà
du temps et de l’espace. Ils ignorent le processus historique
vivant qui leur rend la monnaie de leur pièce. C'est la raison pour
laquelle leur “bilan” est toujours le même : zéro. »
(Le nom de la revue des bordiguistes était Bilan).
Affirmant
(faussement) que le calcul infinitésimal permettait d’estomper
toutes les distinctions en faisant réduire les différences à zéro,
Hegel lançait malicieusement : « Quand il fait nuit,
toutes les vaches sont noires ». Dans l’obscurité du milieu
du XX° siècle, quand le “communisme de gauche” de l’époque
s’est figé dans sa forme existante, toute la politique réelle lui
semblait également “noire”.
L’histoire
de la retraite dans le bunker a connu de nombreux tours et
détours.
Le
KAPD était à l’origine un groupe orienté vers l’activité de
masse immédiate et frénétique, dans l’espoir d’une révolution
rapide. Il s’est rapidement calmé. Au moment où le centre du
“communisme de gauche” s’est déplacé vers le GIC aux
Pays-Bas, l’orientation était devenue prioritairement la défense
et la préconisation (essentiellement par les publications) de ce qui
était considéré comme des idées révolutionnaires convenablement
intransigeantes, incapables d’être comprises par le grand nombre
pour l’instant, mais nécessaires pour le futur.
En
juillet-août 1920, lorsque Gorter écrivait sa Lettre
ouverte à Lénine,
les “communistes de gauche” étaient de fervents défenseurs du
bolchevisme en Russie. Mais début 1921, ils désapprouvaient la
Nouvelle politique Économique (réactivation limitée des mécanismes
de marché). Ils avaient également des contacts avec des groupes
bolcheviks dissidents tels que l’Opposition Ouvrière.
Pendant
les années 1920, les “communistes de gauche” germano-hollandais
en sont venus à définir la Russie comme un capitalisme d’État,
et beaucoup d’entre eux à définir la révolution russe d’Octobre
1917 comme “bourgeoise”.
Ils
sont parvenus à réduire le rôle du parti révolutionnaire à un
rôle général d’éducation, et d’opposer
la direction des conseils ouvriers à celle d’un parti
révolutionnaire qui gagnerait une majorité dans les conseils et qui
serait responsable devant eux. Certains d’entre eux en sont arrivés
à s’appeler “communistes des conseils”.
Ils
s’étaient rapprochés de l’anarchisme, mais ils s’en
différenciaient par leur rejet du travail syndical, par leur
marxisme autoproclamé, et par leur concentration sur l’activité
littéraire de propagande. Ils dénonceront aussi vigoureusement les
anarchistes espagnols pour leur soutien à la République durant la
Guerre civile espagnole.
C’est
avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale que le GIC a
achevé sa redéfinition du “communisme de gauche”. Mais il était
trop faible organisationnellement pour continuer à agir durant la
Seconde Guerre mondiale. Un nouveau groupe largement “communiste de
gauche”, le Spartacusbond, est né en 1942 en tant que scission
d’avec le groupe semi-trotskiste dirigé par Henk Sneevliet. La
plupart des membres de l’ex-GIC qui l’avaient rejoint le quittent
en 1947. Le Spartacusbond a survécu, en tant que groupe informel,
jusqu’en 1980.
Après
le Spartacusbond, selon Bourrinet, et séparément des
“bordiguistes”, le groupe le plus important qui a continué
quelque peu la tradition de la “gauche communiste”
germano-hollandaise était un petit groupe en Grande-Bretagne,
dénommé Solidarity, qui a agi de 1960 jusqu’à la fin des années
1970 (et apparemment à l’état résiduel jusqu’en 1992). C’était
une faction dissidente du trotskisme orthodoxe, influencée par une
faction antérieure et similaire en France, Socialisme ou Barbarie
(1949-67). Solidarity était plutôt plus proche de l’anarchisme
dans ses approches que les vieux groupes “communistes de gauche”.
Il n’avait pas le doctrinarisme et l’hostilité à l‘égard de
l’activité syndicale de ces groupes plus anciens, et, à son
apogée, il mettait toute son énergie dans la promotion de ses
brochures (certaines d’entre elles étaient bien documentées et
bien écrites) parmi les autres groupes de gauche, plutôt que de
tous les éviter en tant que “bourgeois”.
Le
courant de Bordiga au début des années 1920 était à la fois plus
important que les “communistes de gauche” germano-allemands –
Bordiga était le leader du Parti Communiste d’Italie – et
beaucoup plus proche du bolchevisme. Bordiga sera la seule figure
éminente dans le mouvement pour dénoncer, à cette époque-là et
au nom du bolchevisme et du marxisme authentiques, la
“bolchevisation” des Partis communistes en 1924-25. Cette
“bolchevisation” signifiait l’imposition du “monolithisme”,
l’atomisation politique des adhérents du fait de la réorganisation
en cellules d’entreprise, l’anathématisation du “trotskisme”
et du “luxem-burgisme”, bref le remaniement des Partis
communistes sur le modèle du Parti bolchevik tel qu’il avait été
façonné par les contraintes de la guerre civile et par le
bureaucratisme stalinien en pleine expansion. En 1924-25, Trotski et
l’Opposition de gauche de 1923 avaient reculé afin d’attendre
des temps meilleurs pour affronter Staline.
Contrairement
au KAPD, Bordiga a accepté sans équivoque la responsabilité d’un
Parti socialiste révolutionnaire afin de se préparer à diriger les
travailleurs dans leur lutte. Il déclarait carrément que le
gouvernement des travailleurs serait la “dictature” d’un parti
ouvrier révolutionnaire (mais la faction de gauche de Bordiga dans
le Parti Socialiste Italien a intitulé son journal Il
soviet :
il aurait considéré comme étant acquis que le parti
révolutionnaire s’emparerait du pouvoir du fait de sa majorité
dans les conseils ouvriers). Son objection au “centralisme
démocratique” concernait le mot “démocratique”. Il préférait
“centralisme organique” (et Damen préfèrerait ultérieurement
“centralisme dialectique”), parce que le programme du parti
révolutionnaire devait être établi essentiellement par l’adhésion
aux principes, et non pas par des procédures électorales. Le fait
qu’il ait accordé une égale importance au débat et à la
responsabilité, et qu’il rejetait le monolithisme, a été
démontré par sa critique de la “bolchevisation”.
Bordiga
a été incarcéré par le régime fasciste en 1926. Quand il a été
libéré en 1930, il est resté à l’écart de la politique et il a
poursuivi seulement sa carrière professionnelle d’ingénieur et
architecte. Il reprendra, comme nous le verrons, cette activité à
partir de 1944.
Pendant
ce temps, des milliers de travailleurs qui adhéraient au PC italien
étaient partis en exil en France. En 1928, ils ont formé la
Fraction de gauche. Le principal instigateur en a été Ottorino
Perrone, un ancien camarade proche de Bordiga, bien qu’il ait été
lui-même expulsé de France et qu’il ait vécu en Belgique.
En
1929-30, la Fraction de gauche faisait partie de l’Opposition de
gauche internationale que Trotski et ses camarades avaient rassemblée
après l’expulsion d’URSS de Trotski. La Fraction de gauche et
les trotskistes se sont séparés parce que la Fraction de gauche
refusait de lutter pour la défense des droits démocratiques
(bourgeois) contre le fascisme – elle affirmait que la démocratie
bourgeoise et le fascisme n’étaient que des phases
différentes de la même offensive bourgeoise contre les travailleurs
– et elle rejetait l’appel des trotskistes en faveur d’un front
uni du Parti communiste avec les sociaux-démocrates contre la montée
de Hitler en Allemagne. Sur d’autres sujets, la Fraction de gauche
était sur le même terrain que les trotskistes. Elle qualifiait
l’URSS d’« État ouvrier dégénéré », et elle
continuera à le faire jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre
mondiale. C'est antérieurement qu’elle avait abandonné l’idée
de la “défense de l’URSS contre l’impérialisme”. Son
argument pour cela était similaire à celui employé par les
trotskistes hétérodoxes qui gravitaient autour de Max Schachtman en
1941 quand ils considéraient encore l’URSS comme économiquement
progressiste par comparaison avec le capitalisme, mais que l’URSS
était inextricablement soudée avec l’un des blocs impérialistes
dans une guerre impérialiste.
La
Fraction de gauche se considérait comme un groupe exclu du Parti
communiste (de même que l’Opposition de gauche trotskiste jusqu’en
1933). Elle a poursuivi cette orientation plus longtemps que les
trotskistes, jusqu’en 1935 (le pacte Staline-Laval), bien qu’elle
ait estimé que 1933 était une défaite qui faisait date pour le
mouvement ouvrier dans son ensemble, et qui était peut-être même
la “mort” de “vieux” mouvement ouvrier. La Fraction de gauche
favorisait le travail dans les syndicats – Perrone lui-même avait
son gagne-pain comme employé travaillant dans les coulisses du
syndicat des typographes à Bruxelles, et il y était un militant
dans le syndicat des employés de bureau.
Mais
la Fraction de gauche est devenue une minorité de plus en plus
assiégée. Elle a commencé à faire politiquement retraite dans son
bunker avec son refus de soutenir l’Éthiopie contre la guerre que
l’Italie menait pour la conquérir, lancée en 1935. D’après
Bourrinet : « Sur la base de cette analyse globale de
la décadence mondiale du système capitaliste, les Fractions
italienne et belge ont déduit que les luttes de libération
nationale par les peuples coloniaux étaient impossibles et ne
pouvaient être qu’un maillon dans la chaîne de la guerre
impérialiste ». La position de Lénine avait « été
dépassée par les événements », disaient-ils, bien que leur
avis semble répéter, selon moi, une opinion défendue par une
section de bolcheviks (Boukharine, Bosch, Piatakov) durant la
Première Guerre mondiale et discutée par Lénine dans Une
caricature de marxisme et d’économisme impérialiste.
Soutenir
l’Éthiopie, affirmait la Fraction, ne ferait « qu’aider la
marche vers la guerre mondiale, puisque tout conflit local exprimait
la confrontation entre les puissances impérialistes dans le but de
se partager le monde ». (La Ligue des nations avait condamné
l’invasion italienne et appelé à des sanctions à l’encontre de
l’Italie).
La
Fraction a en outre été redéfinie par la Révolution espagnole
(1936-37) et la Guerre civile (1936-39). Elle refusait de reconnaître
le soulèvement ouvrier de 1936 comme un réel élan révolutionnaire,
ou de soutenir d’une façon quelconque la République contre les
fascistes. Une minorité assez importante des membres de la Fraction,
refusant d’accepter cela, s’est rendue à Barcelone afin de
travailler avec le POUM : la lutte avec la minorité semble
avoir seulement durci la mutation de la Fraction.
De
plus en plus la Fraction en est arrivée à affirmer que, en
l’absence du parti révolutionnaire, la classe ouvrière avait
“disparu” politiquement. Cette mutation a posé les bases de la
doctrine ultérieure (et actuelle) du “communisme de gauche”
selon laquelle tous les mouvements ouvriers existants et la plupart
des groupes de gauche sont “bourgeois”.
À
peu près au même moment, à la fin des années 1930, elle est
revenue sur ses affirmations véhémentes concernant les
responsabilités du parti révolutionnaire pour aller vers une
conception des tâches du parti plus limitées, telles que celle
consistant à prodiguer des éclaircissements politiques généraux.
Finalement,
aux environs de l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale, une
importante partie de la Fraction en est arrivée à penser que l’URSS
devait alors être qualifiée de « capitaliste d’État »,
et non plus d’« État ouvrier dégénéré ». (Les
“bordiguistes ”ont toujours continué à défendre la révolution
d’Octobre 1917, et ils n’en sont jamais venus à la définir
comme simplement “bourgeoise”, ainsi que certains groupes
provenant du “communisme de gauche” hollandais et allemands le
feront).
La
Fraction a été organisationnellement dispersée par la Seconde
Guerre mondiale. Une “Fraction française” a été reconstituée
en 1942 par un petit groupe qui s’est frayé un chemin dans une
usine de tartes aux fruits à Marseille, dans la France de Vichy, et
qui, constituée de trotskistes et de sympathisants, intervenait pour
donner du travail à des dissidents politiques. Elle rejetait
catégoriquement l’appréciation selon laquelle l’URSS serait
« un État ouvrier dégénéré ».
En
1943, Mussolini est tombé. Au cours de l’année suivante, deux
grandes organisations (fortes de plusieurs milliers de membres),
d’héritage “bordiguiste”, sont nées en Italie. Il y avait
encore, semble-t-il, de nombreux activistes de l’ancien PC
“bordiguiste” des années 1920 qui avaient été contraints à
l’inactivité par le régime fasciste, mais qui étaient
disposés à refaire surface quand ils ont vu le fascisme
s’écrouler.
L’une,
la Fraction de Gauche des Communistes et des Socialistes, s’était
constituée dans le Sud occupé par les Alliés. Le principal
organisateur a été apparemment Matteo Renato Pistone, un
ex-trotskiste, mais il avait le soutien de Bordiga. L’autre, le
Parti Communiste Internationaliste, avait été formé dans le Nord
encore occupé par les Allemands, par Onorato Damen, un ancien
camarade de Bordiga qui était resté en Italie depuis 1924, la
plupart du temps en prison.
La
Fraction du Sud se joindra au PCInt après que les Alliés ont forcé
les Allemands à quitter le sol italien. Mais à ce moment-là, le
Parti stalinien officiel s’était établi solidement et il a
marginalisé les “bordiguistes”, lesquels ont décliné à
quelques centaines, et connaîtront une scission en 1952.
Perrone,
le leader historique de la Fraction de gauche hors d’Italie
soutiendra Bordiga. Mais, entre-temps, son autorité sur les
“bordiguistes” de France avait été ébranlée par la révélation
selon laquelle il avait passé la guerre en menant une activité à
la Croix rouge et en effectuant de petites tâches pour un Comité
bourgeois antifasciste. Il a dit que cette activité était
seulement « culturelle et humanitaire », sans
implications politiques.
En
outre, le nouveau PCInt était, au début du moins, loin de se mettre
au courant du développement des “bordiguistes” hors d’Italie
dans les années 1930. Avec hésitation, il défendait l’activité
dans les syndicats. Il a même présenté des candidats aux
élections.
Marc
Chirik, le leader de la “Fraction de gauche” française basée à
Marseille, a refusé de soutenir le nouveau PCInt tant que sa
physionomie politique ne serait pas devenue plus claire. Il
constituera un groupe : la Gauche Communiste Française, en
1945. En 1952, ce groupe s’est dissous, pendant que Chirik partait
pour le Venezuela avec le but de maintenir une certaine continuité
politique si la France était pulvérisée, car le groupe s’attendait
à ce qu’elle le soit lors de la Troisième Guerre mondiale qu’il
considérait comme certaine.
Chirik
est revenu en France en 1968, avec des amis politiques qu’il
s’était fait au Venezuela, et il a été capable d’y
reconstituer un groupe. C’était l’origine du Courant Communiste
International, probablement le plus actif des différents groupes
“communistes de gauche” aujourd'hui. Il a repris tous les
“rejets” adoptés par les “bordiguistes” dans les années
1930. Jan Appel, qui avait fait partie du KAPD et du GIC des
Pays-Bas, était là pour la fondation du CCI à l’âge de 86 ans.
À
la fin des années 1940, Bordiga a progressivement rejoint l’opinion
selon laquelle l’URSS était capitaliste d’État, mais il était
réticent à accepter tous les autres “rejets”.
Selon
Bourrinet : « Bordiga [voulait] un retour à Lénine et
aux thèses de la Gauche italienne d’avant 1926… ». Il a
appelé à reconstruire le mouvement syndical, faisant ainsi revivre
les meilleurs traditions des anciennes Camere di Lavoro (équivalent
grossier des Trade Councils).
« La
scission s’est produite. En 1952, il semblait qu’une majorité a
suivi Damen qui rejetait tout espoir de conquérir les syndicats,
tout soutien aux [luttes nationales de libération]… Cette tendance
considérait que les PC n’étaient pas opportunistes ou centristes,
mais bourgeois… Le Parti [révolutionnaire] ne devrait pas prendre
le pouvoir et l’exercer au nom du prolétariat… ».
Damen,
en ce qui le concerne, a continué le Partito Comunista
Internazionalista, et son journal Battaglia
Comunista,
avec les rejets des années 1930. Bordiga déjà âgé (il mourra en
1970) devenait l’émince grise
d’un groupe dénommé Partito comunista Internazionale. Le leader
principal pour les affaires courantes était Bruno Maffi, un
activiste plus jeune gagné au “bordiguisme” par Damen en prison
durant les années 1930. Le Parti Communiste International subira de
graves scissions en 1973 et en 1982, et il existe à l’heure
actuelle cinq ou six groupes revendiquant le même nom.
Pour
autant que je sache, le groupe le plus actif en Italie et ayant un
arrière-plan “bordiguiste” est Lotta continua. Il n’a pas de
filiation continue avec les anciens groupes “bordiguistes”, mais
il s’est constitué en 1965 à partir de l’activité d’Arrigo
Cervetto – qui avait « fréquenté Battaglia
comunista
[de Damen] pendant un certain temps et qui avait même écrit des
articles pour Prometeo
– dans un groupe dissident du Parti Communiste Italien, formé par
des opposants à la répression russe de la révolution hongroise de
1956.
Apparemment
le groupe Lotta Continua rejette toute défense de la démocratie
bourgeoise à l’encontre du fascisme, mais il n’est pas opposé,
si je comprends bien, au travail dans les syndicats. Le centre de son
activité est principalement la vente (porte à porte, dans la rue)
de son journal mensuel sous-titré : « Organe des groupes
léninistes de la gauche communiste ». Il semble être une
étrange combinaison de journalisme et d’activité : le
journal est sévèrement didactique, ne présentant aucune image,
mais de longs articles centrés sur les tendances économiques et
industrielles plutôt que sur les luttes ouvrières ou la politique
quotidienne.
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NOTES