"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 8 avril 2020

CORONAVIRUS OU COMMUNISME

POUR UNE REVOLUTION"PROTESTANTE" (ce vieux quolibet des révoltés de toutes les époques, qui osent protester)

Vous allez ricaner et me mépriser tel le sorcier des sectes à toutes les époques, et qui, sûr d'être un oracle éclairé de la fin du monde, vous annonce le paradis susceptible de vous sauver et accessoirement de sauver le monde. Or, le passé, dépouillé des interprétations et fantasmes a bien des choses à nous apprendre. Pourquoi ne pas envisager comme alternative à la catastrophe mondiale, qui n'en est qu'à ses tout débuts, l'alternative du communisme « historique » débarrassé de ses scories staliniennes et trotskiennes, et nettoyé des calomnies et mensonges de la noria des  esclaves intellectuels de la bourgeoisie, un communisme résolument actuel et moderne exigé par une pandémie qui place toutes les classes sociales face à une seule alternative : la mort ou la vie? Une alternative est posée, non pas comme choix mais comme obligation.
Les historiens classiques ont négligé les conséquences politiques et historiques des grandes pandémies. On est passé à côté des implications de la peste par exemple, avec le grand bouleversement historique de la REFORME "protestante". Il est probable que la fameuse grippe espagnole ait aussi grandement contribué à l'isolement, au confinement de la révolution en Russie. La réforme protestante, également appelée « la Réforme », amorcée au XVIe siècle, est une volonté d'un retour aux sources du christianisme et aussi, par extension, un besoin de considérer la religion et la vie sociale d'une autre manière. Elle reflète l'angoisse des âmes, par la question du salut, centrale dans la réflexion des réformateurs, qui dénoncent la corruption de toute la société engendrée par le commerce des indulgences (commerce lucratif). L'adoption de la Réforme a aussi un caractère politique. C'est un moyen pour les princes d'affirmer leur indépendance face à une papauté revendiquant une théocratie universelle ou pour les populations de pouvoir se révolter face à un souverain mal accepté comme en Écosse et aux Pays-Bas espagnols.
Voici les extraits d'une intéressante réflexion d'un historien religieux. Vincens Hubac, pasteur à Marly-le-Roi et membre du comité de rédaction d’Évangile et liberté1. L'étude reste limitée par la croyance religieuse du bonhomme, l'absence d'analyse de la signification de la "guerre des paysans", et le rôle de cette religion, "protestant" contre le christianisme, dans la genèse de l'esprit du capitalisme; et j'ai laissé de côté ses réflexions qui alimentent l'aliénation religieuse. S'il nous rappelle ce qu’a pu être la terreur des populations décimées par les épidémies de peste, en insistant sur les conséquences politico-religieuses de ces épidémies, qui sont bien avant tout des réactions politiques, ce brave pasteur oublie de nous préciser que la politique dominante à l'époque, c'est la religion, sinon on ne comprendrait pas pourquoi la politique, à notre époque, est aussi religion. Sa modeste étude historique nous intéresse cependant au plus haut point car rien ne nous interdit de faire le parallèle avec la décadence du capitalisme et son impéritie et impuissance face au coronavirus. Et donc de réfléchir plus qu'avant à la nécessité, et obligation, de passer à un tout autre type de société, une société véritablement humaine. Avec Marx nous n'oublions pas que le christianisme a été une révolution universelle. Et que toutes les religions ont constitué un dépassement des croyances primitives sans les éradiquer complètement.
***
(…) Que la peste soit de l’avarice et des avaricieux » écrit Molière dans l’Avare. La peste a bien imprégné les consciences au XVIIe siècle et pour La Fontaine le « mal qui répand la terreur » et dont on ne dit pas le nom fait toujours trembler.
Cette peste qui revient sans cesse est celle de la deuxième pandémie, qui touche l’Europe en 1347-48, et finit en 1720 à Marseille. Elle s’inscrit, en fait, dans un cycle plus vaste, la première pandémie connue étant celle de Justinien au VIe siècle (les maladies décrites auparavant ne sont pas identifiées avec certitude comme étant des pestes, cf. Thucydide par exemple). Une troisième pandémie frappe à la fin du XIXe siècle, illustrée par l’épidémie de 1910 en Mandchourie. Aujourd’hui, si l’épidémie semble éloignée, elle reste présente dans notre vocabulaire et on la retrouve dans maintes expressions : une odeur pestilentielle reste difficilement supportable, un individu qui est une peste est peu fréquentable ; plus sombre est la peste brune ou la peste noire qui définit le nazisme. Quant aux marées noires provoquées par les pétroliers, elles sont, elles aussi, vues comme des pestes noires. À des siècles de distance, la peste laisse derrière elle ses traces. Un tour d’horizon, hélas trop rapide, nous montrera l’ampleur de ce phénomène majeur de l’histoire, avant d’en voir les conséquences, en particulier sur la Réforme. Nous n’oublierons pas les « pestes » modernes : Sida, SRAS, Ebola, etc.
Remarquons que si la peste suscite une littérature importante, elle n’en reste pas moins relativement peu étudiée ; par exemple les études de Philippe Ariès sur la mort s’y réfèrent peu, et beaucoup d’historiens ne la mentionnent pas ou très peu. C’est le cas notamment des histoires de la France urbaine et rurale parues au Seuil. Plus surprenant est le peu de cas qu’en font les historiens de la Réforme. Bien qu’il la replace dans une perspective plus large de la mort à la fin du Moyen Age, Pierre Chaunu, dans l’aventure de la Réforme, ne consacre que quelques lignes à la peste. Denis Crouzet fait figure d’exception dans son ouvrage « La genèse de la Réforme française ». Évidemment Jean Delumeau lui consacre une grande place dans « La peur en Occident ». Peut-être que la peste nous marque encore inconsciemment de son empreinte, et nous dissuade toujours de prononcer son nom !
Quand elle éclate au tournant du XIVe siècle, la peste n’est pas inconnue. Elle a déjà sévi lors d’une pandémie précédente, connue sous le nom de la peste de Justinien, au milieu du VIe siècle. L’empire romain est à un tournant de son histoire et, malgré ses efforts, la pression qu’exercent les barbares ne faiblit pas. La peste qui frappe alors le Bassin méditerranéen aura deux conséquences : à cause de la dépression démographique qu’elle crée, la peste permet l’avancée des peuples barbares, mais surtout elle permet la pénétration des armées des arabes islamisés qui ne rencontrent que très peu de résistance dans le nord de l’Afrique. Ici, comme nous le constatons plus tard, la peste ne déclenche pas les événements, elle permet leur accomplissement. Vers le VIIIe siècle, cette pandémie s’arrête aussi mystérieusement qu’elle a commencé. Elle réapparaît ici ou là mais de manière limitée comme à Bruges au XIe siècle. Notons que Saint Louis en meurt à Tunis le 25 août 1270.
La Peste Noire a démarré en Chine en 1337. Elle a laissé derrière elle 13 millions de morts. Elle progresse ensuite vers l’Europe par la route de la soie, voie empruntée par les commerçants et par les armées. En 1347, elle est à Caffa, ville aux mains des Génois, sur la rive nord-est de la Mer Noire, en Crimée. La ville est assiégée par les Mongols de la Horde d’Or, eux-mêmes aux prises avec la peste. Les assiégeants auront l’idée de catapulter des cadavres de pestiférés dans la ville qui évidemment subira les effets de la peste. La guerre bactériologique ne date pas d’hier ! Ce sont des marins génois venant de Caffa, fuyant la maladie, qui vont l’introduire partout où ils accosteront : Sicile, Gênes et Marseille. En Europe l’épidémie est lancée, elle ne s’arrêtera qu’au début du XVIIIe siècle. La peste de Marseille qui fait 50 000 morts sur une population de 90 000 personnes en est, en 1720, la dernière manifestation. Tous les 10 ou 20 ans la Peste Noire revient empêchant une reprise démographique normale, malgré de très forts taux de natalité après les épidémies. La peste tue entre un quart et un tiers de la population européenne dès le premier choc. Il faudra attendre 1700 pour retrouver le niveau démographique d’avant la deuxième pandémie qu’est la Peste Noire. Des villages entiers sont ainsi rayés de la carte, la population des villes va diminuer fortement. L’Angleterre passe de 3,75 millions d’habitants en 1348 à 2 millions en 1400 !
(…) Choc enfin car la peste est mystérieuse. On ne sait rien d’elle. On ne sait pas comment on l’attrape et on ne sait pas la soigner. On applique toujours les recettes des médecins de l’Antiquité ; Gallien, par exemple, qui connaissait la peste, est remis à l’ordre du jour par les Arabes. Mais ces recettes ne sont d’aucun secours. On ignore pourquoi la peste a laissé de côté certaines régions ou villages. Le village de Saint-Sauve en Corrèze s’appelle ainsi car il a été sauvé de la peste ; les habitants des Pays-Bas, pourtant grands commerçants et donc circulant beaucoup, n’ont été que peu touchés. Il est vrai que les Pays-Bas sont riches et d’un niveau élevé, mais alors pourquoi la violence de la peste en Italie du Nord ? On comprend que des vallées retirées n’aient pas été touchées, ou que certaines professions n’aient pas été atteintes, comme les forgerons dont le bruit et l’activité font fuir les rats… Mais pour le reste c’est un mystère ! La récurrence de la peste pendant deux siècles va accroître le désarroi face au fléau.
La civilisation est ébranlée
Les conséquences de la Peste Noire sont considérables : démographiques, on l’a vu, mais aussi psychologiques, culturelles, artistiques. Toute la civilisation en est ébranlée. La mort est omniprésente, obsédante, massive et anonyme. De 1348 à 1500 Paris connaît une vingtaine d’attaques de la peste ! Comment les mentalités peuvent-elles résister ? Les XIVe et XVe siècles voient se développer les danses macabres qui rappellent la précarité de la vie, mais elles montrent aussi l’érotisme de la mort, une sorte d’exhibitionnisme. À la fin du Moyen Age, ces danses ne seront pas que des fresques ou des dessins, elles seront réellement dansées sur le parvis des églises. Jérôme Bosch exprime cette obsession des peintres et des danseurs dans ses peintures. Dans le domaine de la sculpture, la mort est aussi « à la mode ». On sculpte des transis comme ceux de Ligier Richier. Le Christ devient ainsi le Christ décharné et souffrant pendu à la croix. C’est aussi le temps des mises au tombeau et des pietà.
La littérature n’échappe pas à ce mouvement comme en témoignent parmi d’autres François Villon, Ronsard, Mademoiselle de Scudéry ou Daniel Defoe. Le Decameron de Boccace, qui raconte la peste à Florence, reste peut-être l’œuvre la plus emblématique. Les « ars moriendi » publiés en grand nombre sous l’Ancien Régime introduisent l’idée du « bien mourir »… On n’échappe pas à la mort, l’homme en est marqué profondément à court terme, aussi bien qu’à long terme. Que faire ?
Réactions des hommes et de la société
Fuir ou faire face. Une des premières réactions est la fuite, ce qui permet à la maladie de s’exporter rapidement ! Il faut faire vite car dès que le principe de la contagion est repéré on met en application la quarantaine, parfois avec efficacité. Ceux qui fuient sont souvent des dirigeants, des seigneurs, voire des membres du clergé, mais ils fuient la plupart du temps en vain. Faire face alors ? C’est ce qui se fait le plus souvent. Dans un premier temps on barricade la ville quand on sait que la peste arrive – la bosse – comme on disait à cause des bubons. Puis quand elle est là on essaye d’isoler les maisons pestiférées, on interdit les réunions et les manifestations. On essaye bien de camoufler le fléau pendant quelques temps – il est psychologiquement difficile d’admettre une telle catastrophe – les raisons économiques ne manquent pas pour ne pas divulguer la mauvaise nouvelle. Réflexe qui existe encore aujourd’hui, le commerce et le tourisme étant prioritaires, beaucoup de pays ne déclarent pas à l’OMS les épidémies qui sévissent chez eux !
Le camouflage n’a qu’un temps. On essaye donc de purifier l’air puisqu’on croyait que la peste s’attrapait par voie respiratoire, ce qui est vrai de la peste pulmonaire qui se transmet par les gouttelettes de salive, mais non pas de la peste bubonique transmise par la puce du rat. Or ces deux formes de peste se sont conjuguées dans la Peste Noire.
La ville ou la région bouclée, mise en quarantaine, il faut soigner et enterrer les morts. Les soins sont dérisoires et proches de la magie. Par exemple, on applique des crapauds sur les bubons. Les temps de peste voient se développer les pratiques superstitieuses, le charlatanisme, la sorcellerie et l’astrologie, toutes choses qui existaient déjà et que la peste a amplifiées. Les soignants payent un lourd tribut à la maladie. Le médecin porte des protections typiques : il s’agit de n’avoir aucun contact avec les malades, que l’on touche par l’intermédiaire d’un bâton ; le masque pointu rempli d’herbes aromatisées permet de purifier l’air respiré. Les ordres religieux sont aussi très touchés, ainsi à Rouen où toutes les sœurs de l’Hôtel Dieu meurent au service des malades lors de la Peste Noire. On crée bien de nouveaux hôpitaux, lieux à la fois de quarantaine et de soins. Y sont accueillis les malades mais aussi les convalescents. Par exemple à Genève est créé un hôpital dans la plaine de Plainpalais – hors les murs bien sûr… Quoi qu’il arrive, les malades succombent tous de la peste pulmonaire et presque tous de la peste bubonique. Tous les jours il faut ramasser les morts et les enterrer : on crée donc des fosses communes, des cimetières, les lieux de sépulture sont insuffisants. C’est une sorte de cauchemar, d’hallucination et la charrette des morts au petit matin a encore inspiré le cinéma au XXe siècle.
Face à une telle catastrophe, faut-il fuir ou rester ? S’enfermer à l’écart et vivre à la fois de stoïcisme et (ou) d’hédonisme. Le Decameron décrit une situation réelle : le fatalisme et une volonté de vivre un temps que l’on sait très court conduit à des manières de vivre marquées par un appétit de jouissance. À l’inverse, l’héroïsme face au fléau permet à beaucoup de se dépasser, de révéler leur richesse humaine, ce que relèvera Albert Camus dans son roman « La peste ». Enfin, notons l’ébranlement que peut représenter le fait de se retrouver seul dans une maison dont tous les habitants sont morts. S’opère ainsi une redistribution des richesses par héritages, par le remplacement des générations, par l’ascension sociale du dernier survivant de la maison, parfois un serviteur qui hérite de la fortune des maîtres.
(…) En particulier quand on cherche à répondre aux questions : « qui est à l’origine de la peste et pourquoi ? » Les sorciers payeront un lourd tribut : environ 10 000 sorciers ou sorcières finiront sur les bûchers de 1348 à 1700. Tous les sorciers ne sont évidemment pas accusés de semer la peste, mais il y a un lien très étroit entre la peste et la répartition des procès en sorcellerie. Partout on cherche des boucs émissaires. Un chroniqueur arabe relève qu’à Chypre les francs massacrent leurs prisonniers. En Europe ce sont les juifs qui sont l’objet de la vindicte populaire ; partout l’antisémitisme renaît. Des pogroms sont fréquents, les massacres aussi. À Strasbourg, 900 Juifs sont condamnés à être brûlés vifs. Ici comme ailleurs, ils étaient accusés d’avoir empoisonné les puits. Cette peur de l’autre se tourne aussi contre les vagabonds, les mendiants, en bref contre tous ceux qui échappent aux normes sociales. Dans ce sombre tableau, la figure de Clément VI, pape en Avignon, fait exception par son interdiction de persécuter les juifs et l’excommunication des persécuteurs. Ces mesures sont sans grand effet en dehors de la ville papale. Les États du Pape seront un lieu de refuge pour les juifs. Le pape est aussi en avance sur son temps quand il autorise l’autopsie des cadavres un siècle et demi avant « La leçon d’anatomie » de Rembrandt ou les recherches d’Ambroise Paré.
Les flagellants expriment à leur manière la violence, le désarroi et la culpabilité que l’on ressent face au fléau. Il s’agit d’une mortification collective : les flagellants se fouettaient le dos avec des fouets armés de morceaux de fer en parcourant les rues jusqu’aux églises où ils faisaient acte de repentance. Ce mouvement a connu un vif succès, mais c’est aussi un mouvement contestataire vis-à-vis de l’Église, qui ne voit pas d’un bon œil de tels actes.
Cette culpabilité collective, qui se retourne soit contre « l’autre », « l’étranger », soit contre soi-même, résulte de la vision d’un Dieu tout-puissant, auquel rien n’échappe. Une hypothèse est donc que Dieu a envoyé la peste comme punition à cause du péché des hommes, ce qui explique l’attitude des flagellants. Une autre hypothèse est que le Diable agit et envoie – lui – la peste, et là c’est bien l’autre ou le juif ou le sorcier qui est mis en cause.
Le paysage et les comportements évoluent
La peste va modifier le paysage et les comportements, non pas – là aussi – qu’elle soit l’unique déclencheur, mais elle accélère les mutations en cours dans bien des cas. L’architecture évolue, passant du gothique classique au gothique flamboyant, puis au baroque. Ces styles ont leur beauté mais n’expriment pas l’apaisement des consciences ; l’exagération et l’extravagance, dues à des surcharges expriment la puissance de Dieu, celle de l’Église mais aussi l’inquiétude de l’homme malgré la percée de l’individualisme. Si l’architecture change, le paysage urbain évolue aussi. On va vers plus de salubrité : extension des égouts, interdiction de laisser les porcs en liberté, construction d’espaces comme la Place des Vosges selon la volonté d’Henry IV, etc. Malgré la crise démographique majeure, la ville garde son dynamisme et voit affluer les gens des campagnes. La fin du Moyen Âge reste une période étonnante par sa vitalité, son esprit d’entreprise et de création artistique, comme si la vie s’affirmait face à la mort envahissante, ce que confirment les taux de mariage et de natalité élevés après chaque passage de la peste.
La campagne est plus touchée par les bouleversements. La fin du XIVe siècle voit une régression agricole importante : retour des terres en friches, redistribution du capital foncier, développement des grands domaines et des formes d’agriculture extensives comme la transhumance. Les campagnes se sont vidées et donc la famine menace. Comme en ville la main-d’œuvre fait défaut, les salaires montent, les prix aussi. La peste est ainsi à l’origine de jacqueries violentes et de révoltes en ville. C’est dans ce contexte qu’Étienne Marcel exerce son autorité à Paris.
(…) Les hommes du Moyen Âge – comme ceux de la Renaissance – sont des croyants. Les églises anciennes romanes ou gothiques, les abbayes, les hôtels-Dieu, l’art pictural, la sculpture, la musique témoignent d’une foi ardente. L’homme vit sa vie au jour le jour bien sûr, mais aussi en fonction du salut. Cette question du salut est ici fondamentale, surtout face à une mort fortement présente dans la société. La peste aggrave cette présence et son obsession. Ici trois facteurs entrent en ligne de compte : la soudaineté de la maladie, son injustice car elle frappe aussi bien les jeunes que les gens âgés, pauvres ou riches, et la rapidité de son évolution presque toujours fatale. Comment donc mourir en sainteté, après avoir vécu les derniers sacrements, ce qui n’est pas si simple ? Le nombre des mourants complique la tâche du clergé, qui ne peut pas être présent partout à la fois. De plus le clergé est souvent absent. Si certains de ses membres ont fait face au danger, beaucoup sont morts de la peste contractée auprès des malades, comme l’évêque de Paris. On meurt donc sans sacrement, ce qui accentue la panique que crée la peste. Pourtant, avec ses moyens, l’Église tente de répondre.
(…) Il faut donc répondre au pourquoi. Dans un monde très religieux, la réponse ne peut être que religieuse – l’analyse scientifique des causes n’ayant pas sa place ici compte tenu de l’état du savoir dans le domaine de la peste. On l’a vu, la culpabilité tient ici une place essentielle : c’est le péché, la faute des hommes2 qui est responsable de la peste, vue comme un châtiment divin. Se mettent en place des rites et attitudes expiatoires comme les flagellants ou l’anti-sémitisme. Se développent aussi, sous l’influence de l’Église, des pèlerinages, comme au Mont Saint-Michel, et des processions à la fois expiatrices et protectrices. On assiste à un développement considérable du culte des saints et de la piété mariale. Les reliques supposées protectrices sont très recherchées (Frédéric le Sage, ami de Luther, en avait 5000), ce qui développe un important trafic et de nombreux faussaires3. Saint Sébastien, on l’a vu, est le principal saint à mener le combat protecteur contre la peste, il est rejoint par Saint Roch4. Mais c’est surtout Marie qui est vue comme protectrice : elle adoucit la vision d’un Dieu coléreux et justicier. L’art reflète cette dévotion mariale dans les représentations de la pietà. Si cette piété populaire vise à se protéger, elle ne répond que partiellement à la question du salut. Les rituels de repentance existent, ils sont complétés par les discours sur le purgatoire. La notion de purgatoire n’est pas biblique, elle n’appartient pas non plus à la tradition de l’Église primitive des Pères apostoliques (Ier et IIe siècles). Elle se met en place au cours du Moyen Âge et là comme ailleurs, la peste amplifie l’intérêt porté au purgatoire, comme elle permet le développement des indulgences. En 1477, en pleine période des épidémies, l’Église crée les indulgences pour les morts. On voit bien la relation entre une mort rapide et massive sans sacrement et la possibilité de « rachat » de l’âme du défunt. On a bien là des réponses aux questions posées par l’angoisse du salut, mais sont-elles réellement suffisantes ? La volonté de se racheter se lit aussi dans la multiplication des dons et legs aux églises par testaments. Il est vrai que la violence de la société et les guerres, comme la Guerre de cent ans ou la Guerre des deux roses, ne peuvent qu’accroître la culpabilité collective. La sensation d’être à la fin des temps trouble aussi les esprits, on voit des signes et des prodiges partout.
À cela s’ajoute une autre cause de perte de repères. C’est la double papauté à Rome et à Avignon de 1309 à 1378. Si un Clément VI se montre capable dans ses réflexions sur la peste, il n’en est pas moins vrai que l’Église traverse là une crise grave jusqu’en 1415. Cette crise est d’autant plus mal perçue que le développement de la curie implique des impôts supplémentaires. Le concile de Pise en 1409 devait régler la situation de la double papauté, mais elle se complique en fait par l’élection d’un troisième pape ! Les excommunications réciproques des papes et de leurs partisans exacerbent encore la question du salut.
Les pré-réformateurs et la peste
C’est dans ce contexte que se développe une recherche personnelle du salut et une volonté de réforme. En Orient, l’Église orthodoxe va accentuer une approche mystique qu’elle gardera jusqu’à aujourd’hui : l’héséchiasme. En Occident, la mystique allemande, avec Tauler et Maître Eckhart entre autres, précède le temps de la peste mais ouvre la voie à une religiosité qui débouche sur l’imitation de Jésus-Christ d’une part, et sur les mystiques protestants du XVIe siècle, à commencer par Luther lui-même. Dès cette époque se pose aussi l’accessibilité au texte biblique lui-même, et là c’est la Réforme qui s’annonce. Nous ne reprenons pas ici l’ensemble des questions posées par les pré-réformateurs Jean Huss et John Wyclif, mais nous essayons de faire le lien entre l’épidémie de peste et les réformes de l’Église. Huss et Wyclif sont contemporains de la peste noire. Wyclif rejette l’institution ecclésiale de son temps et, dans celle-ci, l’ordination des prêtres et l’extrême-onction pour ne s’attacher qu’à l’Écriture. De même est rejeté le culte des saints, des reliques, des indulgences, etc. Tout l’arsenal de précautions, de rites, de cultes mis en œuvre pour lutter contre la peste est nié. Il est vrai que Wyclif, mort en 1384, a connu au moins trois épidémies de peste : en 1348-49, en 1360 et en 1369 ; il a pu mesurer l’inefficacité des mesures que l’Église a proposées. Le salut passant par l’Écriture permet de se passer de la structure ecclésiale, trop souvent absente en période d’épidémie. Jean Huss reprend les thèses de Wyclif. Le concile de Constance de 1415 à 1418 permet de revenir à un seul pape, mais il ne résout pas la question du salut pourtant essentielle ! Au contraire, Huss est condamné et brûlé ainsi que ses thèses et celles de Wyclif. Le XVe siècle s’ouvre donc sans avoir répondu à la question du salut et aux angoisses qu’elle génère.
La Réforme
Au XVe siècle, les événements bien connus vont être à l’origine directe de la Réforme à partir de la chute de Constantinople en 1453. Découvertes, remises en cause, secousses politiques n’auraient pas eu l’effet qu’elles ont eu sans un contexte où l’omniprésence de la mort était obsédante. L’Église a traversé bien des crises et des remises en cause, mais l’ignorance scientifique qui dure jusqu’au XIXe siècle a ouvert la porte aux pires extravagances et superstitions, multipliant les désarrois existentiels des populations. Désormais l’Église doit faire face à une crise profonde des mentalités ; une crise de l’individu qui émerge et cherche à s’affirmer face à la mort anonyme. Pour répondre à la question du salut il fallait plus que les solutions proposées par l’Église à la fin du Moyen Âge, il fallait passer par d’autres voies que les voies traditionnelles.
La Réforme telle qu’on l’entend habituellement est une réponse à l’angoisse de la mort. Luther va changer la manière de voir la relation Dieu – homme : Dieu tout-puissant est face à l’homme pécheur mais, si la colère de Dieu est justifiée, c’est l’amour de Dieu qui sauve. Il n’est plus question d’élaborer un système pour échapper à la damnation éternelle ou pour l’atténuer, mais il est important de réaliser que Dieu offre gratuitement le salut, par amour. Calvin continuera dans le sens de la toute-puissance de Dieu et de la misère de l’homme. La Réforme, dans le cadre de la Renaissance, est une réponse à la mort, et elle s’inscrit dans un mouvement de recherche vieux de deux siècles, et amplifié par la peste.



NOTES 

1https://www.evangile-et-liberte.net/elements/numeros/188/article11.html.  Le "protestantisme" est à l'origine révolutionnaire - Gutenberg et l'impression de la Bible - tout en étant "reflet de l'essor bourgeois" (chez Marx et Weber, mais cela est "oublié" par les pasteurs bourgeois qui gardent les avantages du seigneur, mariage bourgeois et office qui s'occupe surtout des couches moyennes petites bourgeoises). Parmi les idées de Luther, l'accès de tous à la Bible sans discrimination sociale et l'égalité entre les hommes ont un fort écho dans la population majoritairement paysanne, à tel point qu'elles provoquent, au printemps 1525, le Bauernkrieg (guerre des paysans, que notre brave pasteur se garde d'étayer) dans le Saint-Empire romain germanique. Afin de mettre un terme rapide à cette explosion de violence contre la classe dirigeante, les princes se réunissent lors de la première diète de Spire, en 1526. Ils conviennent du décret de l'état d'urgence et décident que chaque prince choisit le culte à pratiquer dans son État, les opposants étant contraints de fuir vers un autre État favorable à leur foi. Cette confessionnalisation est déjà initiée à la fin de 1526 par Jean Ier de Saxe qui institutionnalisa le luthéranisme. La dénonciation lourdingue de l'usurier par Calvin ouvre cependant la voie à l'antisémitisme comme tous ceux qui, de nos jours, passent leur temps à ne dénoncer que les financiers, nouveau usuriers, et qui ne sont pourtant pas les premiers responsables du capitalisme mais l'Etat et ses médias. 

 Marx a montré que la Réforme en Angleterre a pu accompagner l'accumulation primitive du capital :

« La Réforme, et la spoliation des biens d'église qui en fut la suite, vint donner une nouvelle et terrible impulsion à l'expropriation violente du peuple au XVI° siècle. L'Église catholique était à cette époque propriétaire féodale de la plus grande partie du sol anglais. La suppression des cloîtres, etc., en jeta les habitants dans le prolétariat [...] Le protestantisme joue déjà par la transformation qu'il opère de presque tous les jours fériés en jours ouvrables, un rôle important dans la genèse du capital ».
2Ce qui est quasiment le même discours (religieux) de la clique à Macron qui, avec leur système d'isolement carcéral - qui est une antiquité du point de vue des ambitions de la médecine moderne – ne cesse de dénoncer les « désobéissants » inconscients, individualistes qui seraient responsables de l'expansion de la pandémie et non pas les carences gouvernementales. Les désobéissants à l'enfermement macronien commencent à me plaire. Concernant les échéances de sortie du confinement, c'est le même foutage de gueule qu'au début au sujet de la chloroquine : y a rien qui presse tas de connards !
3Bravo de faire ainsi allusion au trafic de masques !
4C'est à dire moi !

mardi 7 avril 2020

COMMENT LES CLASSES SE DISPUTENT L'APRES CORONAVIRUS

« Les Français ne pourront pas acheter de masque dans les pharmacies, car ce n’est pas nécessaire si l’on n’est pas malade ».  Sibeth Ndiaye (le 17 mars)
« Vous n'allez-pas me faire peur avec votre Tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard c'est de travailler ».
Macron (à Lunel en 2017)
« Et si un jour on doit leur faire la guerre aux chinois, on fera quoi ? On va leur demander de nous vendre leur acier pour construire nos tanks ? ». Un ouvrier de Monessen (Pennsylvanie, cité par J.Fourquet)
«La semaine prochaine sera un moment comme Pearl Harbor, comme le 11-Septembre, sauf que ce ne sera pas localisé, ce sera dans tout le pays» (administrateur fédéral des services de santé publique, Jérôme Adams sur la chaîne NBC).


On parle soudain avec empressement de l'après coronavirus et de sortie du confinement. Trop rapide pour être honnête. Le capitalisme aime à donner de faux espoirs ou croit-il s'en tirer sans dommages ? L'image d'un capitalisme en putréfaction souvent agitée par les minorités maximalistes prêtait à sourire pour le benêt bobo ou le bourgeois repus. AUJOUR'HUI, dans les rues de Guayaquil, la seconde ville de l’Équateur, des bâches bleues ou noires recouvrent des cadavres abandonnés sur les trottoirs1. Au détour d’une rue, on rencontre des cercueils. Souvent ils sont emballés dans un film plastique pour éviter l’odeur de putréfaction. Les médias européens le taisent encore mais en Amérique latine des familles en sont réduites à cramer les cadavres de leurs êtres chers. C'est illégal mais relève de l'urgence sanitaire.
Pianissimo ! Nous avons tout le temps d'examiner maintenant comment le coronavirus exacerbe la lutte des classes entre elles, quoique, à ma connaissance cette formulation n'ait jamais été vraiment définie par Marx et ses héritiers supposés ou périmés2. Les termes « lutte de classe » se comprennent facilement. On convient d'une lutte de la classe ouvrière par exemple, pour sauver son « niveau de vie » ou « sa retraite »3. On convient que cette classe lutte contre une classe possédante (la caste des patrons, des financiers et de leurs obligés politiciens). Mais, en gardant le schéma simple d'une myriade de couches concernant la petite bourgeoisie, peut-on déterminer où et comment et contre qui lutte cette couche hétéroclite de la population, ou du peuple comme disent les démagogues ? On la nomme « couches moyennes » depuis qu'il était interdit aux journalistes du Monde d'utiliser dans leurs articles les mots classe et caste, y incluant employés de bureau, infirmières et fonctionnaires des villes avec garantie d'emploi ; rien à voir avec les « invisibles » donc qui sont si glorifiés en ce moment, ni avec ces millions de « travailleurs informels » en Afrique en particulier. La petite bourgeoise bouffe en général à tous les râteliers. En politique elle peut désigner son héros aussi bien chez Mélenchon (caste multiculturaliste des bobos parisiens et marseillais) que chez Le Pen (caste des beaufs fascistes dits racistes) ou chez Macron (caste des diplômés des grandes villes dits intelligents). Nous verrons ici comment on tente d'éviter que cette bouillie intermédiaire se prolétarise dans sa partie non artisanale ni rentière (= se considère du côté des ouvriers et des chômeurs) dans la crise endémique actuelle, en faisant applaudir ses « premiers de cordée ».
Nous comprendrons mieux les contradictions et désirs de chaque classe en examinant comment chacune envisage l'après coronavirus.


LA BOURGEOISIE affolée

Partout les Etats bourgeois, de Chine en Europe et aux Etats-Unis, n'ont pas vu venir la pandémie, tout comme leurs divers organismes de « santé internationale », en particulier en désignant systématiquement Trump comme l'âne de la classe4. Significatif de l'arriération idéologique qui préside à la persistance des nations poreuses, a été la prétention de chacune à s'éviter ou à se protéger du virus... en ne faisant rien. Puis, l'affolement aidant, en France en particulier, ils ont arrêté l'économie, pensant que le drame serait de courte durée. La gestion du risque a pris le pas sur l'ordonnancement de l'exploitation de l'homme par l'homme ; « confiner » équivalait à « tous aux abris », donc désertion du champ de bataille productif, voilà pourquoi Macron s'est refusé à utiliser ce mot, lorsqu'il s'est aperçu de la gaffe dans l'affolement ; gaffe reproduite par son premier commis usant trop prématurément du terme inverse, déconfinement.
On vit en outre la caste bien-pensante arguer qu'elle s'appuyait sur des « sociétés savantes », « experts de mes couilles » qui confirmèrent qu'elles non plus ne savaient rien, donnant leur aval à l'envoi au casse-pipe électoral, tout comme avait été autorisé le pitoyable rassemblement évangélique à Mulhouse ; décidément dieu est aussi complice des criminels du profit. Gestion erratique du début de crise que d'aucuns, pas forcément les plus avisés – la mère Le Pen avait dénoncé une dépense inconvenante pour les masques en 2011 – qualifièrent d'amateurisme. Il est vrai que le sommet de l'Etat passe son temps à se justifier désormais, avec les arguties les plus tortueuses pour tenter de faire oublier les conneries indécentes de ses divers commis.
Ce n'est que dans un second temps qu'il a fallu tourner casaque pour se rendre compte qu'à terme L'EFFONDREMENT guettait = chute spectaculaire de la production et faillites en cascade. D'où les mensonges répétés concernant l'approvisionnement en masques et leur utilisation restrictive, imposture qui finit par hérisser progressivement l'ensemble de la population contre le tir de barrage des médias suivistes avec leurs toubibs bornés et imbéciles, au point que les menteurs professionnels comme Salomon et ses supérieurs laissent croire désormais que c'était pour « ne pas affoler la population » ; le croque-mort anxiogène a d'ailleurs été retiré de l'antenne du 19H30 comme le gros bête de CNews qui a qualifié de pokémons les milliers de morts chinois. Lequel langage sanitaro-étatique, forcément émaillé de dérapages, n'étonne plus personne depuis la victoire de l'élite diplômée et arrogante qui considère la majorité des gens, dits électeurs, comme illettrés en économie comme en gestion du capitalisme « sans frontières », masse ignorante bien en peine de dévoiler comment chaque pays est dépecé par financiers et les divers « donneurs d'ordre » anonymes du libéralisme cacochyme. Qu'on ne vienne donc pas nous faire rire avec une soit disant « dictature du prolétariat » pour gérer une société étrangère au capitalisme ! Hein ! ils ne savent même pas ce qu'est la baisse tendancielle du taux de profit ! Na !
Il fallait donc ORDONNER à la classe ouvrière de se remettre au travail, la peur au ventre et la menace du licenciement sur la tête. Quitte à la mettre aux enchères pour mille euros. On a ainsi fabriqué « Le guide des bonnes pratiques » pour renvoyer sur les chantiers les prolétaires du bâtiment (qui va pas du tout) et qui donne de furieuses envies de faire grève. J'en reparlerai.
Les médias, eux-mêmes, sont souvent dépassés et minables. Depuis leur poste d'observateurs de la catastrophe, ils laissent courir des fake news comme « plus rien ne sera pareil après » ! Moins de mondialisation, un peu plus d'Etat providence par ci, autosuffisance nationale en masques et produits laitiers par là, mais pas touche au commerce international pérenne. Vous vous souvenez tous de celui qui a dit « l'ennemi de la finance, c'est moi ». Tous les présidents se sont succédé pour que rien ne change. Et rien ne changera... sauf...
Voyons voir... dix ans après la fin de la Première boucherie mondiale capitaliste, les chiffres du commerce international avaient retrouvé santé et prospérité. Se hâter de pronostiquer un effondrement du système n'est que lamentation religieuse pour la noria des éternels réformateurs en faveur d'un capitalisme propre. Les chefs des Verts bourgeois exultent déjà en prônant des plans de relance « green new deal ». Ils font partie du cœur des pleureuses des néo-staliniens qui, de Mélenchon au farceur Besancenot, croient que l'Etat actionnaire va acter une transition heureuse avec une économie en convalescence inquiète ou gravement contaminée ; et aussi cet ordinaire animateur d'une secte - « Autogestion » - qui imagine « une économie démocratique où les travailleurs ont du pouvoir », avec promesse de guérison du capitalisme par une : «  transition écologique de nos économies imposant des transferts massifs d’emplois sur fond de diminution du temps de travail avec pour objectif de fournir à toutes et à tous un emploi stable ». L'utopie ou la mort !
Il est une autre catégorie de l'opinion en général, ultra-minoritaire et quasi invisible, le milieu révolutionnaire maximaliste qui s'est contenté depuis des décennies de l'alternative « Guerre ou Révolution », voulant absolument plaquer le schéma d'un déclenchement révolutionnaire mondial calqué sur le modèle 1917. La guerre mondiale étant considérée de façon probable comme seul facteur révélateur de la barbarie capitaliste et suffisante pour faire éclore une révolte massive déterminée à mettre à bas le capitalisme.
Or il n'est pas question de guerre avec la pandémie actuelle, ou pas encore, et l'ennemi en soi n'est même pas la bourgeoisie. La bourgeoisie mondiale, malgré ratés et compétitions mesquines est capable de favoriser les échanges entre ses chercheurs et de copier mutuellement diverses mesures de protection. Macron va au charbon, comment lui en vouloir de courir pour rattraper les carences initiales puisqu'il prône la fabrication de milliards de maques made in France, comme si le masque était l'égal de la chloroquine, la solution miracle enfin trouvée ! Nos révolutionnaires de clavier peuvent bien crier au criminel mais il fait le job, et personne ne pense que c'est un fasciste, et se fout de l'atteinte à la liberté de circuler du bobo parisien.
On peut maintenir que la bourgeoisie gère mal le truc, mais les gouvernements font leur possible pour endiguer « leur » épidémie que leur « système » - non pas leurs membres en tant qu'individus aux postes de commande – ne veut pas vraiment empêcher de se répandre là où végètent de fortes concentrations de populations pauvres, l'absence d'eau, l'absence d'hôpitaux, et. J'y reviendrai dans le chapitre sur le prolétariat. Car ils s'en fichent comme du premier EPHAD.
Pour l'heure, la bourgeoisie croit pouvoir « éviter le naufrage ». Le sous-ministre Bruno Le Maire, adjoint de Darmanin, a assuré, comme un vulgaire chômeur, qu'il préférait s'endetter aujourd'hui que de laisser détruire des pans entiers de l'économie capitaliste. L'Etat c'est lui qui assure arroser de milliards entreprises petites et grandes pour « passer le choc » vu que 450.000 ont appelé à l'aide. Pas de problème non plus pour cinq millions de salariés « bénéficiant » du chômage partiel. Tous ces dispositifs « seront réabondés autant que nécessaire ». Comment ne pas être éberlué devant tant d'optimisme et de générosité quand on nous a rebattu les oreilles en hurlant que les caisses étaient vides pour la retraite. A moins de croire au père Noël, c'est faire sembler d'oublier que cela conduira inévitablement à un krach bancaire au moins comme en 1929. Abbé Pierre de la caste financière ou saint homme comme le patron d'Accor, Le Maire a aussi réclamé un effort de baisse de leurs salaires aux patrons (écrire plutôt « dirigeants »), à l'instar des amuseurs publics, ces milliardaires du ballon qui ont acceptés à contre cœur une réduction de leurs faramineux revenus. Ou comment réparer un vélo crevé avec une rustine sans colle. Même si tous les patrons et footballeurs réduisent leur salaire cela ne comblera pas les gouffres abyssaux de la dette phénoménale qui gonfle, qui gonfle. Le Maire est obligé tous les jours de hausser les pourcentages de déficit du PIB, et vient de déclarer qu'on vivait la pire crise économique en France depuis 1945. Il y a peu, il en était resté à 2008. Quand remontera-t-il à 1929 ? 

Pourquoi ne dit-il pas que, pour éviter l'énorme explosion sociale et une guerre civile, les crânes d'oeuf pensent probablement déjà à une annulation de la dette et à un moratoire des dettes de milliers de petites entreprises, voire effacer les dettes... La guerre elle-même si elle devait avoir lieu après la crise géante qui est déjà là, pourrait seule éponger la dette comme l'ont permis celles de 14 et 40, mais elle est impossible pour le moment avec ce capitalisme cannibale qui se mange lui-même, avec d'un côté, une montagne de cash, et de l'autre, des montagnes de dettes. La guerre pourrait être, un temps plus loin, une échappatoire pour détruire le prolétariat, et en anéantissant les populations considérées en surnuméraire, les migrants par exemple qui emmerdent tout le monde... Certains l'envisagent déjà5.
Strauss-Kahn, ce gros obsédé de la pénétration, alerte lui sur une autre conséquence de l'effondrement économique. Dans les pays dépendant de leurs exportations de matières premières ou de la manne touristique, l'effondrement économique «risque de replonger des millions de personnes de la ‘classe moyenne émergente’ vers l'extrême pauvreté. Or, plus de pauvreté, c'est aussi plus de morts». DSK prédit également un déferlement migratoire vers l'Europe. «Avant la crise actuelle, l'Europe avait déjà le plus grand mal à gérer l'afflux de quelques centaines de milliers de migrants se pressant à ses portes. Qu'en sera-t-il lorsque, poussés par l'effondrement de leurs économies nationales, ils seront des millions à tenter de forcer le passage»?
Les gauchistes vont dire qu'il fait du Zemmour, mais il n'a pas tort, c'est prévu et encouragé par les meneurs de jeu chinois et américain. La guerre à nouveau pour éviter les invasions et justifier les fermetures de frontières dans la crise qui se fiche de l'Europe comme de sa première chemise?


LA PETITE BOURGEOISIE déprimée


Parmi la masse des bobos qui se sont enfuis dans leur résidence secondaire au début du confinement, il y avait aussi des grands bobos, pas encore ruinés. Couardise et hédonisme, les deux traîtres mots pour qualifier cette noria individualiste. La petite bourgeoisie se conjugue en plusieurs strates, celle des champs et celle de la ville. La classique est terrienne et artisanale, avec une flopée de petits patrons franchement réacs, friqués ou en faillite ; une grande partie a en effet contrôlé et pourri la révolte en vestes jaunes.
Concentrons-nous sur celle qui domine idéologiquement et répercute le plus directement l'idéologie de l'Etat, tout en restant « rebelle ». Incapable de discipline les « nomades » des villes ont dénoncé et continuent de dénoncer un Big Brother, une atteinte aux libertés (libérales...) jugeant insupportable ce confinement universel, alors que, même en Chine les mesures sont du type capitalisme d'Etat en période d'épidémie : quarantaine et patrouilles de police, et que nos robustes gouvernants « anticommunistes » et « antigoulag » se sont empressés de les adopter. Nos nomades intellos des centres villes, adeptes du télétravail pépère, fans des longs voyages en avion, militants altermondialistes et cultivateurs de l'antiracisme moraliste, se croient avant-gardistes d'une société ouverte, déjà sans frontières, contre les ploucs de la société fermée dans des barrières nationales forcément exiguës à l'ère globalisatrice. C'est pourquoi un de leurs meilleurs représentants, l'ancien trotskien Mélenchon n'a pas cessé de se prendre des vestes électorales car, en bon internationaliste castriste et vénézuelien, il s'est prononcé pour l'ouverture totale des frontières quoique en réduisant cette exagération utopique au vu de la réalité soudain confondante depuis un mois, et partout,, l'application stricto sensu du confinement « national » qui n'est pourtant ni raciste ni inutile, car le virus est lui vraiment « internationaliste ».
La pasionaria de la frange de gauche petite bourgeoise reste la mère Clinton : « Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j'appelle « le panier des pitoyables (…) les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir »6. C'est ce qui était qualifié là-bas de « progressisme de limousine » pour cette gauche bourgeoise américaine qui dit avec arrogance, comme tous ses fans gauchistes européens à la Mélenchon, ce qui est vrai ou faux face aux « redneck » (plouc, gros beauf), qui sont sans diplômes et pas ouvert à « l'altérité ».
Assiste-t-on à une prolétarisation des « couches intermédiaires » ? La grande majorité de ces « couches moyennes » (ne pas utiliser le mot classe SVP!) n'ont pas accepté de se considérer comme prolétaires jusqu'à présent. Les infirmières ne se considèrent pas du tout comme ouvrières7 (bac+4!) et les toubibs encore moins, mais ils meurent comme jadis les mineurs sous le coup de grisou. Quoiqu'elles snobent la notion, l'implication et le dévouement à l'heure actuelle de nos anges de
l'hôpital - qui sont certes admirables - confirment qu'elles sont bien des prolétaires, comme probablement leurs papas. En plus, quoiqu'ils/elles en pensent, on les a traités comme moins que rien, c'est à dire comme exécutantes de tâches dangereuses au risque de leur vie, situation à laquelle la « merveilleuse société de consommation » ne nous avait pas préparé. La profession était en lutte syndicale depuis des années, et avec raison, contre les restrictions budgétaires dans les hôpitaux par les mêmes énarques aujourd'hui qui « déplorent », « dans la guerre au virus », la carence en professionnels de santé et en matériel. Le coronavirus avec ses ravages sera-t-il plus efficace contre le laxisme bourgeois que l'évanescente lutte syndicale ? Ou bien nos « héroïnes du quotidien » retrouveront-elles le même mépris qui avait présidé aux négligences imbéciles dont toute la population subit en ce moment les conséquences ? Nos « cols blanches » aux salaires dérisoires et leurs petits mandarins vont-elles/ils se poser la question de savoir si quelque chose d'humain est jamais possible avec les gestionnaires actuels ou si c'est une classe qui doit s'en occuper après avoir balancé les incapables profiteurs ?
A cheval sur l'idéologie petite bourgeoise et la classe d'en bas, de nombreuses catégories de blouses blanches hésitent encore.

PAS D'UNION SACREE... ALORS LES SYNDICALISTES FONT LES MALINS

Les rois des petits bourgeois que sont les professionnels syndicaux ont aussi leur mot à dire sur l'après. Un nouveau front popu ? Un pacte d'union nationale à la gaulliste 1945 ? Toute une liste de signataires syndicrates se joint à Martinez pour pétitionner sur Médiapart (avec écriture inclusive SVP) et ils menacent d'engager immédiatement... la discussion :
« Suite à de nombreuses grèves d’ouvrier.es refusant d’être sacrifié.es dans la guerre économique, le gouvernement italien a publié une liste d’activités essentielles et autorisé tous les autres secteurs à interrompre le travail8. Il est temps de mettre un terme à votre politique irresponsable, et d’élaborer une telle liste des activités à arrêter immédiatement, en concertation avec les syndicats et en respectant la volonté et les droits sociaux des salarié.es. Le choc actuel nous apprend beaucoup de choses, et en particulier l'urgence d'engager immédiatement la discussion sur l’utilité sociale, sanitaire et écologique de notre travail. Après l’épidémie, nous saurons prolonger et élargir ce débat. Même si vous ne le voulez pas ».
La CGT du commerce et des services appelle les salariés de ces deux secteurs à la grève à partir de mercredi pour réclamer des mesures de protection qui selon elle «manquent cruellement» face à la crise du coronavirus, a appris l'AFP ce lundi auprès de cette fédération.
«On paie le prix fort de l'inaction du gouvernement et du patronat dans cette crise. Les salariés travaillent sept jours sur sept pour des besoins qui sont loin d'être tous absolument essentiels mais pour lesquels ils risquent leurs vies», a déclaré à l'AFP Amar Lagha, secrétaire général du bureau fédéral de la CGT Commerce et Services. Cette décision a été prise à l'issue d'une consultation de tous les syndicats CGT des deux secteurs, a-t-il précisé.
Comme je l'ai déjà souligné dans mes articles précédents il n'y a pas vraiment eu de grèves en France mais des mouvements de mécontentement, de menace de « passage à l'acte » ou de retrait. Il y a peu de chance que les syndicrates enthousiasment les ouvriers concernés, vu leur pantalonnade pour les retraites. Il s'agit de faire plus de bruit que de mal, de laisser en toile de fond une colère qui n'a pas besoin pour l'instant de se dévoiler ni d'obéir à la consultation entre cartels syndicrates.
Pourquoi ai-je classé ces réactions syndicales dans le cadre de la petite bourgeoisie ? Certainement parce que militants syndicaux, comme profs militants gauchistes sont surtout des petits bourgeois donneurs de leçon de morale et de grève militarisée, qu'ils ne sont pas en situation d'insécurité économique et qu'ils participent de l'offre culturelle foisonnante du centre des métropoles. Cette engeance, produit de l'individualisme bobo et de la fierté du diplôme, est étrangère aux préoccupations historiques de la classe d'en bas.


LA CLASSE OUVRIERE indignée mais encore désarmée
PAS D'UNION SACREE. La classe ouvrière est un prolétariat universel. Ce n'est pas parce que les élites semblent redécouvrir son utilité fondamentale dans les métiers « invisibles » qu'elle peut se fondre dans cette unité nationale de pacotille, d'esbroufe, irréelle, fantasmée, dite aussi « communion nationale » ressortie des cartons mités. Plus que la troisième guerre mondiale supposée par nos maximalistes purs et durs, la pauvreté colossale exacerbée par les mesures de confinement pourrait tuer davantage que le coronavirus aux Etats-Unis et en Afrique. Dans ces pays, pas de Sécurité sociale, pas d'indemnités de chômage, pas d'aides. Les prolétaires et les pauvres sont livrés à eux-mêmes et n'ont souvent aucune épargne. 

Quoique la classe ouvrière « manuelle », des tâches « invisibles », pourtant si visibles, se trouve au premier plan, on feint de l'ignorer, on nous parle des « infirmières », du « personnel soignant », accessoirement mais c'est tout récent, des « boueux » (qui ont enfin reçu des masques.en se moquant de Pénicaud la sinistre). La classe ouvrière dans son ensemble n'est pas tout entière résidente à la campagne, c'est une fable des sondeurs9 et des baratineurs de plateaux de télévision, qui invente une majorité votant Le Pen, alors que l'abstention y prédomine. Elle est aussi et surtout dans le pourtour des grandes villes, et dans ces fameux quartiers où l'on nous dit que « l'ordre républicain est chassé ». Ce n'est pas parce que cette « périphérie » (qui reste centrale pour la production et la distribution) est marquée par un taux élevé de chômage, la délinquance et le poids de l'immigration clandestine, qu'elle devrait figurer tous les péchés du monde, islamique en particulier. Partout les « non-confinés » pour « activités indispensables » ont posé des conditions, et Pénicaud, qui ne s'en est pas vanté, a dû courir en catimini chercher masques et gants.
La ministre du travail se fiche de tous les risques qu'elle oblige à prendre cette classe ouvrière, puisqu'elle ne prend pas la métro quotidiennement pour aller de la périphérie vers le centre. D'ailleurs elle ne sert à rien, comme l'autre gourde éliminée, Buzin10. Les belges ont bien été sans gouvernement plusieurs mois sans ces parasites ministériels. Le boulot est fait sans avoir besoin des ordres de l'élite puante :

 « Qui est en train d’organiser le meilleur des efforts de l’humanité pour essayer de limiter l’impact de l’épidémie ? C’est essentiellement le travail des services sanitaires, des chauffeurs des transports en commun, des ouvriers des supermarchés et de l’industrie alimentaire qui ont constitué la planche de salut à laquelle se cramponne l'État en pleine débâcle. Il a été démontré une fois de plus que le prolétariat est, au niveau mondial, la classe productrice de la richesse sociale, et que la bourgeoisie est une classe parasite qui profite de cette démonstration de ténacité, de créativité, de travail d’équipe dans le but de faire fructifier son capital »11.

Les principaux ennemis de la classe ouvrière ne sont pas ceux que l'on croit. Socialement et idéologiquement l'Etat bourgeois réussit assez bien à maintenir encore la division de la classe ouvrière dans une paix carcérale sanitaire, relayé par les idéologies entretenues par les nomades petits bourgeois comme on l'a analysé ci-dessus. Le multiculturalisme est le parent pauvre du dépouillement industriel vers les grandes puissances. L'extrême tolérance envers l'islam et sa propagation en Europe (construction de moquées, aides financières aux associations islamistes) pour « respecter les croyances » en particulier des nouveaux venus sur le « marché de l'emploi » sert d'une part à économiser le nombre de syndicalistes encadrant des ouvriers sans conscience de classe et de l'autre à provoquer malaise et rejet des travailleurs (dits blancs racistes qui osent croire à une « identité » quelconque) face à une doctrine envahissante qui casse les codes sociaux traditionnels de solidarité de classe, et impose un mode de vie véritablement étranger à une société moderne débarrassée des colifichets antiques12. La complicité des édiles locaux à une installation ciblée de migrants un peu partout en province ne permet pas plus une intégration réussie mais génère foyers13 de misères et de délinquance, et hostilité disproportionnée dès qu'un migrant se comporte comme un voyou. Cette politique de mixage ethnique a porté évidemment un sérieux coup à l'internationalisme prolétarien ; quoiqu'elle ne soit pas nouvelle, les jobs informels mélangent toujours des ouvriers de pays différents qui se bouffent entre eux et où c'est la lutte pour la survie qui détruit toute solidarité. Les bobos gauchistes n'en savent rien puisqu'ils n'y sont pas dans ces milieux.
Le slogan « régularisez tous les sans papiers » et « ouvrez grand les frontières » est un luxe pour bobos parisiens et maximalistes mais une stupidité face à la tornade des populations errantes et à l'impossibilité d'accueillir de telles masses dans des pays où la vraie misère va faire sa réapparition.
Il y a quelques années, indirectement et implicitement, recadrant l'antiracisme bcbg des bobos parisiens, des ouvriers ont conchié le « racisme de classe du banquier Macron », qui, on s'en souvient étala au tout début de sa carrière élyséenne le plus puant mépris pour les « beaufs », ces manœuvres sédentaires  :
« L'alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier. Tout comme l'échec scolaire. Il faut traiter cela en urgence afin de rendre le quotidien des gens meilleur » (janvier 2017).
On n'a pas oublié le recadrage des gilets jaunes contre cette échappée verbale « de classe » supérieure. La pédagogie secouriste et flico-sanitaire qui règne en ce moment révèle que les larbins de l'Etat considèrent toujours la classe ouvrière comme infantile et irresponsable, et demande à ses journalistes de dénoncer tous les jours le manque de discipline. Dans le même temps, on retrouve le même laxisme, tolérance pardon, concernant l'installation grandissante de l'islam en France, le déni des règles communes d'intérêt général dans les poches de misère où les flics sont décrétés hors la loi. La chanson sur l'union nationale y a peu de chance de devenir un tube populaire.
Silence à gauche quand Le Figaro annonça bien avant sa venue, la catastrophe en Seine Saint-Denis, qui, depuis est devenue une « mortalité exceptionnelle ». Champion de France donc le 9-3 ! Moins drôle, la direction de la Santé déclara «ne pas avoir d'explication dans l'immédiat» comme pour les assassinats impulsifs de Romans-sur-Isère (c'est sans doute pour éviter des émeutes...). Pauvre 93 ! On y compte de nombreux morts à domicile et en maisons de retraite, mais c'est parce qu'on y dénombre plus de contaminés dans une situation démographique incontrôlée. Et pourquoi ? Il y a eu l'arrogance des racailles qui crachent sur les flics mais qui, aussi, auront infecté leur propre famille. On ne peut ignorer pour l'essentiel que les familles sont entassées dans de petits logements et que le 93 est un bidonville géant. Les maladies infectieuses se répandent plus vite dans l'entassement de foyers de travailleurs, et les baraques des migrants. Dans les quartiers nord de Paris, beaucoup d'habitants doivent continuer à aller travailler, du fait de leur profession ou de leur statut précaire, beaucoup d'aides-soignantes, d'aides à domicile et de travailleuses en Ehpad, caissières et livreurs. Moins d'infirmières snobs.
Il y a aussi moins de médecins et moins de lits de réanimation dans le 93. Ce département n'est pas prioritairement le territoire de la racaille et des obsédés du coran, c'est le département le plus pauvre et probablement le plus « ouvrier ». C'est un fait qu'en plusieurs villes de la région parisienne des paumés font la loi, que c'est « toujours la faute à la police », mais aussi que, pour des raisons électorales, la clique à Mélenchon et les trotskiens ajoutent des prénoms arabes sur leurs panneaux « pour le peuple »... pour favoriser l'intégration à la politique bourgeoise, pas pour favoriser l'unité de la classe ouvrière.
Puis la gauche bourgeoise est sortie de son silence pour retrouver sa « voix » électoraliste. Un quarteron de députés de la gauche néo-stalinienne emmenée par Clémentine Autain et Marie-George Buffet, dressa par contre un tableau enchanté du 9-3 : « avec ses villes mondes et son formidable maillage », qui n'est pas un « territoire perdu de la République », doté donc de ce maillage d'initiatives d'entraide : «  par des citoyens qui ont grandi avec l’amère conviction qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, puisque l’Etat et ses services publics ont déserté14. Depuis des années, associations, citoyens, et élus, nous nous battons pour obtenir de l’Etat un plan d’urgence à la mesure des inégalités territoriales que nous éprouvons chaque jour ».
On mesure chaque jour la souffrance des députés mélenchoniens quand il paradent au parlement. Ce département est en tout cas « exemplaire » pour la future reconstruction (Thorez es-tu là?) : « Il faut conjurer le pire. Et pour cela, commencer à changer de regard pour basculer, tout de suite, dans le monde d’après, celui qui sera soucieux d’égalité et de justice sociale. Nous avons la conviction que pour penser les normes nouvelles d’une société refondée post-Covid-19, la Seine-Saint-Denis est un point de repères universels et un atout dans la reconstruction »15.
Vous avez bien lu, pour le jour d'après le coronavirus éradiqué, Mesdames Autain, Buffet et Cie promettent « un monde soucieux d'égalité et de justice sociale », ce qui ne va pas manquer de séduire un grand nombre d'électeurs musulmans si, comme on l'espère, la comédie électorale reprend forme avant l'automne.

CLASSE TOUS RISQUES

Un homme de 57 ans est décédé, dans la matinée du vendredi 3 avril 2020 des suites du coronavirus à l’hôpital de Créteil. Il était conducteur de bus des Transports du Bassin Chellois, de la société Transdev. Ses collègues ont fait valoir leur droit de retrait. Ce week-end aucune ligne du bassin chellois, Apolo 7, ne circulera. Le réseau dessert, entre autres, les villes de Courtry, Le Pin, Champs, etc. Des réunions  auront lieu au cours du week-end pour décider de la suite ou non du retrait des conducteurs de bus pour la semaine prochaine. Un autre conducteur travaillant sur le bassin chellois est toujours dans un service en réanimation.  Le conducteur décédé était quant à lui en réanimation depuis 15 jours, alors que sa charge virale semblait basse, une crise cardiaque l’a soudainement emporté. Cela va faire des semaines que les conducteurs de bus du bassin chellois dénoncent les faibles mesures de sécurité sanitaires mises en place à leur égard.
« Nous utilisons une seule paire de gants par personne pour toute la journée, nous n’avons aucun masque et les mesures de sécurité, faire monter les passagers par l’arrière, distance de sécurité ont été prises très tardivement. Le conducteur décédé a d’ailleurs attrapé le coronavirus avant la mise en place de ces mesures. Nous sommes très exposés et sans protection ».
Parmi les demandes des conducteurs avant de reprendre le travail : avoir deux masques et deux paires de gants par jour et par personne. Le départ immédiat en RTT, chômage technique des conducteurs de plus de 55 ans, la désinfection des locaux de l’entreprise. Les bus sont déjà désinfectés deux fois par jour.

L'Espagne montre l'exemple d'une première parade de pacification sociale, l'instauration du revenu universel, envisagée aux Etats-Unis et en France bientôt… D'autres réclament d'urgence un "plan Marschall" pour l'hôpital, trop ambitieux pour Macron déjà très en retard...

À suivre...


NOTES



2 Dans le Manifeste, Marx et Engels écrivent : « L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes. » Cette proposition précisée : elle ne signifie pas que les luttes de classes ont été le principal phénomène qu'on puisse observer dans l'histoire ; ni même que les luttes de classes sont la cause profonde, plus ou moins directe, de tous les phénomènes historiques ; une pandémie n'est pas une conséquence de la lutte des classes... son aggravation oui.
3La gauche bobo – trotskienne et stalinienne - qui tient toujours les rênes de FR3 – nous a concocté ce soir un film à la gloire des « gueules noires ». Images saisissantes des mineurs sacrifiés... pour la patrie et la reconstruction, peut-être notre avenir sous peu... noir et dramatique. Pourtant la catégorie des mineurs n'est pas la plus consciente de la classe ouvrière (j'ai travaillé avec d'anciens mineurs pas fufus), très moutons derrière leurs chefs staliniens, enfermés dans leurs avantages corporatifs, infoutus de soutenir leurs camarades polonais expulsés avant-guerre et avec les marocains maltraités jusque dans les années 1970. Des corporations du prolétariat sont souvent héroïsées plus qu'il n'y faudrait. Adieu Zola et tes images pieuses.
4Tout cela est amplement rappelé et dénoncé dans la presse trotskienne du NPA à LO, avec de bonnes remarques contre l'impéritie capitaliste, mais ils sont tous incrédibles car on sait qu'ils postulent déjà à nous refiler le capitalisme d'Etat. Dans la même veine « Matière et révolution » nous inonde d'un jargon hystérique, d'une loghorrée imbuvable, la bave aux lèvres contre ce maudit capitalisme, pas très convaincant ; on a justement besoin à la fois de sérénité et d'humour dans notre situation « carcérale ». Et ça ne fait pas avancer le schmilblic de dire qu'on est en situation où « le fascisme est au pouvoir ». Le ton des articles du CCI et de Battaglia Comunista est plus proche des nécessités de l'analyse couplée avec une dénonciation qui ne part pas tout azimut.
5Cf. Battaglia Comunista en Italie : « Sinon, la solution des solutions serait une "belle" guerre qui détruit tout pour reconstruire, donnant au système capitaliste l'espace économique pour un nouveau cycle d'accumulation. Si telles sont les perspectives réelles que la crise du capitalisme nous réserve, face aux "solutions" financières des "gourous", seule la reprise de la lutte de classe à l'échelle internationale, sous la conduite de son parti révolutionnaire, pourra nous sauver du énième carnage que l'impérialisme prépare criminellement ». https://www.leftcom.org/fr/articles/2020-04-05/réflexions-sur-le-coronavirus-et-la-crise-économique
6Hillary Clinton, New York, 10 septembre 2016. Citée par Fourquet page 44.
7En 1914 elles n'étaient pas n'importe qui, mais des dames dont la plupart étaient des filles de la bourgeoisie. Une centaine furent tuées lors des bombardements, 246 moururent de maladies contractées durant leur service. Dans la hiérarchie de l'hôpital aujourd'hui elles ne sont plus sous l'autorité des toubibs ; il y a d'un autre côté le personnel paramédical avec des cadres infirmiers. Cependant, comme on le voit dans les nombreux reportages, pour les interventions lourdes un travail d'équipe est nécessaire, et chacun y met du cœur car tous sont complémentaires. Cependant même avec à peine 1500 euros par mois, elles ne se considèrent pas comme prolétaires.
8Lire les articles de CCI et de Battaglia sur ces grèves. C'est marrant de voir comment nos syndicrates se servent de « l'exemple italien », vu leur chauvinisme intrinsèque.
9« La majorité des ouvriers résident aujourd'hui en milieu rural ou dans des villes petites ou moyennes », cf.Le nouveau clivage de Jérôme Fourquet (2020).
10Je vais me mettre à dos – et tant mieux -les féministes. Heureusement que Véran l'a remplacée ! Dans une guerre il vaut mieux un homme au front qu'une femme molle et incertaine. Marc Chirik aurait été d'accord avec moi, lui qui avait tant choqué en réunion de section lors de la préparation des interventions à Longwy : « il faut un homme pour parler aux ouvriers, pas une femme ». Hi Hi. Non franchement Veran a plus la carrure.
11 Covid-19: Soit le prolétariat mondial met fin au capitalisme, soit le capitalisme met fin à l’humanité ! Article italo-espagnol du CCI
12Quoique l'on fera une exception pour le voile islamique qui, en ce moment, peut être généralisé partout vu le manque de masques. Mes contradicteurs islamistes sur les réseaux ne m'ont pas encore balancé que le voile pourrait désormais être vanté comme une géniale intuition divine, anticipant la pandémie, et surtout « scientifique », comme le coran. Les partisans de la religion de l'amour du meurtre des mécréants ont soudain cessé de me harceler sur les réseaux après les meurtres ignobles de Romans-sur-Isère, dont le gouvernement a dit qu'il « n'en connaissait pas les raisons » sauf à considérer le débile tueur comme relevant de la psychiatrie, ou nos serviles médias qui ont dit honteusement « il avait été dérangé par le confinement ». Sous la dictature du prolétariat, ce serait « au mur tout de suite ! ».
13L'anglicisme à la mode est clusters. Il fait « spécialiste ».
14Ces cuistres ne protestent jamais quand les flics tombent dans les guet-apens avec tirs de mortier et, à mon avis, font bien de déserter. Plutôt que de tirer dans le tas. CE qui arrivera un jour si l'armée les remplace.

15Covid-19, miroir des inégalités territoriales et sociales dans le 93