"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 24 mars 2020

LA LUTTE DE CLASSE AU TEMPS DE LA PANDEMIE


« INCRIMINER. C'est un mot qui donne la plaisante idée de l'inoculation du crime. Elle ne serait pas difficile, soit au physique, soit au moral : mais l'opérateur mériterait l'anathème. Il vaudrait mieux penser à une inoculation propre à innocenter le pauvre genre humain, qui n'est désormais devenu que trop coupable ».
Giacomo Casanova (Ma voisine la postérité, p.58)
« SANS-JUPON. Ce mot aussi ne manque pas de charme, et il est moins malhonnête que sans-culotte, car au bout du compte le jupon n'exclut pas les juges. Je ne savais pas qu'il y eût des insurgentes appelées ainsi. Heureuse révolution ! ».
Le même (page 100)

« Dans la guerre qui s'engage, la France aura pour elle le droit, dont les peuples, non plus que les individus, ne sauraient impunément méconnaître l'éternelle puissance morale. Elle sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l'ennemi l'union sacrée et qui sont aujourd'hui fraternellement assemblés dans une même indignation contre l'agresseur et dans une même foi patriotique. »
Raymond Poincaré, Président de la République, message aux assemblées du 4 août 1914


LES INCRIMINATIONS GOUVERNEMENTALES...

« Mobilisation nationale », « Union nationale », « Solidarité nationale »... quasiment les mêmes mots utilisés par tous les gouvernements chauvins du monde en 1914 pour incriminer et envoyer « au front » les « enfants de la patrie »... au profit des marchands de canon. C'est une guerre a dit Macron sans képi doré, et l'ordonnancement des opérations « sanitaires » fonctionne en effet aussi stupidement et injustement qu'une mobilisation militaire par toute une série d'incriminations1. On doit obéir aux ordres d'en haut. Pourquoi ? Parce qu'il le faut. Parce qu'il y va de l'intérêt de tous. Faux. Archi-faux. Comme en août 14 puis plus tard dans les tranchées, les classes sociales restent séparées et les privilèges maintenus, les mensonges arrogants2.
Le recours au confinement, qui passe pour le nec plus ultra de la réaction (tardive) gouvernementale, n'est hélas qu'un moyen datant du Moyen-âge, qui est certes relativement efficace mais qui aurait pu être remplacé par des méthodes plus modernes, par exemple le dépistage si bien utilisé en particulier en Corée. Pas de confinement total, a déclaré Macron ce soir. Bien sûr que le mieux serait pas de confinement du tout, et que, impulsivement, ce gouvernement peu intrépide et peu courageux s'est trop avancé à exiger un confinement croissant, alors qu'il lui faut rétropédaler face à la catastrophe économique que cela induit.
Si l'on excepte la mauvaise foi concernant l'impéritie pour les protections sanitaires, tout ce que ce gouvernement bourgeois a codifié et mis en place n'est pas criticable. Ce qui reste irrémédiablement honteux, c'est son comportement méprisant et son éloignement congénital de la réalité sociale. Cette propension des élites en cravates et en Louboutin à nous infantiliser avec ces recommandations radotées, qui ne se discutent pas, ces gestes barrières qui sont agités comme des mouchoirs à fleurs de lys, où chaque toubib se prend pour un politicien et chaque politicien pour un toubib. Toubib or not toublib ?

Evidemment, en ce qui concerne la fermeture des frontières, contrairement aux comiques de l'internationalisme idéaliste, en particulier les islamo-gauchistes béats, celle-ci était inévitable. Pour deux raisons, la première étant celle du contrôle policier de la population, chaque pays dépend de sa propre administration et l'encadrement sécuritaire et « sanitaire » de la population civile ne dispose pas d'une police internationaliste (c'est pourquoi l'Europe est apparue une nouvelle fois comme une coquille vide) ; la deuxième est que le flux de populations incontrôlées est porteur de la généralisation des virus comme l'histoire, sans parti pris idéologique, le démontre3. La grippe espagnole s'est répandue très vite du fait des mouvement de populations en tous sens après 1918. Cet aspect n'est pas spécialement nationaliste, même s'il a été utilisé comme tel jadis. Il a abouti aussi au confinement dans des camps isolés, par exemple au Canada à l'époque, de familles entières d’immigrants issus de pays ennemis, et un grand nombre de l’Empire austro-hongrois. Il est consternant que, là aussi enfermé dans la posture du déni, les commis d'Etat ne se soient pas plus souciés des taulards que des migrants et des pauvres à la rue ; on a évoqué la proposition des dizaines de lits dans des hôtels réquisitionnés ou tel hangar désaffecté à la périphérie... On n'a pas cessé de menacer des pires amendes la population en général lorsqu'elle s'avise de faire du jogging à plus d'un killomètre du chez soi, en prônant un confinement individuel pièce par pièce même dans une même famille, mais les concentrations de miséreux ne se sont pas vu offrir des logements quelconques pour s'isoler. Les pauvres peuvent donc crever, et on leur demandera s'ils sont trop nombreux, de se confiner « à domicile » dans leurs taudis pour ne pas embouteiller « nos » hôpitaux déjà débordés par des français qui meurent étouffés. Ils ne font pas partie des « personnes les plus fragiles », bien entendu « nos vieux », que l'on est déjà obligé de « trier » dans les couloirs de la mort assistée. Les islamo-gauchistes, avec leur écriture inclusive débile en ont parlé dans leurs sectes4, mais sans voir ni dénoncer vraiment la misère sociale et l'impossibilité de confinement dans des habitats infâmes et soumis à la promiscuité et à la saleté. Les bobos gauchistes de LO et du NPA ont été ardents dans les cohortes syndicales pour défendre les retraites avantageuses de la fonction publique, mais la condition misèreuse des couches sociales inférieures est étrangère au dramatique « pouvoir d'achat » des bons travailleurs syndiqués.

Mais voilà le confinement officiel n'est plus discutable, on peut le prolonger ou le durcir mais c'est tout. C'est la doxa officielle, et quiconque la conteste se met hors la loi et doit être condamné sur les plateaux de télévision. Or, depuis deux mois, ce confinement prend l'eau, c'est à dire qu'il n'existe pas, qu'il n'a pas existé pour la classe ouvrière, celle qui est « au front » en premier lieu – le personnel soignant du cadre à l'exécutant – mais aussi et surtout cette grande majorité de travailleurs des services, commerces, routiers, livreurs, boueux, etc. De même qu'en 2011 les gouvernants de l'époque n'ont pas jugé utile de se soucier de la mise à la poubelle de millions de masques de protection, de même les successeurs auront tout fait pour les « couvrir » et refuser de toutes les manières qu'ils soient incriminés, parce qu'ils magouillent toujours ensemble et qu'ils sont du même monde5. Deux mondes, deux classes inconciliables, mais c'est toujours la même qui est envoyée au casse-pipe et qui n'a même pas encore le même niveau de solidarité que les bourgeois entre eux6. Fait frappant, qu'on a déjà constaté dans les révoltes sociales récentes, d'autres victimes sont dans le bateau qui coule, appartenant communément aux couches moyennes, ce qui est le cas d'une partie de professions de santé qui ont en général un geste de répuslion si on leur dit qu'ils/elles sont aussi surtout des prolétaires. L'hôpital est d'ailleurs très hiérarchisé. L'aide-soignant est considéré comme pas grand chose. Le toubib est grand seigneur, quoique l'excuse de longues études ne le transforme plus automatiquement en docte bourgeois comme pendant les siècles passés. Mais voilà que pire qu'en 14, où le lieutenant lançait l'assaut en restant dans la tranchée, le capitaine de vaisseau médical est traité lui aussi comme un vulgaire aide-soignant. Qu'il peut tomber lui aussi au front du virus impitoyable.

Pourquoi le confinement « national » prend-il l'eau ? Pourquoi plus exacement n'est-il pas crédible ? D'abord parce qu'il est rigide comme seule peut l'être une « mobilisation nationale ». Une mobilisation nationale signifie toujours : cesser de penser et obéir. Que n'a-t-on cessé d'incriminer ces « salauds » qui continuaient à s'agglutiner dans la rue, sur les marchés, sans aucune mais aucune « distanciation sociale » - terme qui magnifie à merveille l'individualisme le plus « portable » - quand dans le même temps était fustigé l'individualisme dangereux de cette absence de garde à vous, de garde à fous allais-je dire7. Au point que les racailles de banlieue qui crachèrent sur les flics remontèrent dans mon estime. Ah quand même de vrais réfractaires, peut-être pas beaux et pas gentils, pas très citoyens, pas très sanitaires mais porteurs d'une révolte quand même justifiée contre les criminels au pouvoir qui jouent aux bons samaritains et aux sauveurs du peuple alcoolique et qui bat les femmes.

LE PAPIER WC NEC PLUS ULTRA DE LA VIE (lutte) SOCIALE DE PLUS EN PLUS INTROVERTIE

Il y a trois mois, vous m'auriez assuré que des gens étaient prêts à s'entretuer pour des rouleaux de papier WC, je vous aurais ri au nez. Si si, on a vu partout des gens se battre pour du papier PQ8. Vrai de vrai. Pas invraisemblable, non vrai de vrai. On était là au sommet de la pensée occidentale et de la mièvrerie consumériste. L'école autodidacte du socialisme, de l'anarchisme voire du communisme nous avait toujours enseigné que les révolutions avaient lieu parce que les pauvres ou les prolétaires avaient faim. L'estomac est donc révolutionnaire, ai-je toujours pensé. Que nenni l'hygiène du cul – qui ne l'est pas – fût un sévère sujet d'insurrection boutiquière. Encore une preuve d'individualisme, me direz-vous. On ne pense qu'à son c... pas assez à ses semblables !

Il y a affolement et affolement. L'affolement pour le papier WC est très moderne. Je ne crois pas qu'il existait au temps de la révolution de 1917 ni en l'an 40 en France. J'ai visité au cours de ma carrière des centaines d'habitations en démolition, et j'ai trouvé généralement sutout de vieux stocks de boite de sucres au fond ou dans les doubles fondes des placards.

Situation inédite où le futile côtoie le plus dramatique, où la mort est redevenue présente comme jamais dans l'ouate de la vie urbaine, mais où on n'est surtout pas tous ensemble. Tout le monde n'a pas un confinement confortable. Les cadres peuvent travailler chez eux. Les ouvriers faut aller au boulot. Les inquisiteurs du confinement civil et obligatoire n'ont pas cessé de moquer ceux qui prétendaient que le masque était nécessaire pour toute la population, au nom d'une seule exception le personnel médical. La pédagogie répétitive avec les arguments les plus cruches ne vint pourtant pas à bout des récalcitrants qui le portent de plus en plus dans la rue. Plus les docteurs soldats de Macron sur les plateaux de bourrage de crâne radotaient ce mensonge plus montait le prix du masque au marché noir, plus il était tentant pour petit ou grand voleur de briser la vitre de n'importe quel véhicule d'infirmière ; des stocks entiers continuent d'être dérobés ; l'Etat tchèque, lui, a carrément fauché les millions de masques destinés à l'Italie.

Tous ces routiers privés non pas de papier WC mais de WC et de douche, et aussi d'approvisionnement en nourriture, les nanarques qui nous gouvernent ils n'y avaient pas pensé, comme ils n'avaient pas pensé que des gilets jaunes s'insurgeraient contre des décisions bureaucratiques d'en haut. Des camions, pense le bébé narnarque avec son petit cul et sa petite chemise, ça roule jour et nuit. Tout à leur leçon pachydermique sur l'impératif du masque pour l'infirmière du coin, les nanarques avaient imaginé que la petite caissière, au ras des glaviots du consommateur indélicat ne pouvait prétendre être protégée par un masque dont les propriétés protectrices sont faites sur mesure pour protéger seulement entre les murs de l'hôpital ; elles tiendraient donc leur modeste rôle à douze cent balles ces marraines là, sans moufter. Sauf que, autre forme de la lutte de classe introvertie, elles se portent elles aussi de plus en plus pâles, et sont remplacée par des jeunes qu'on n'avait pas l'habitude de voir dans le quartier. Ou elles se fabriquent des masques en toile. Puisque les nanarques n'obéissent qu'aux financiers, il est naturel qu'ils se fichent de la vie de petites souris sans éducation et qui peuvent être remplacées par des machines plus intelligentes.

LA DESERTION REVOLUTIONNAIRE

Du jamais vu, les sous-fifres Salomon et Véran se ridiculisaient chaque soir en répétant les mêmes consignes de rejet de masques et de gants pour la population civile, et même pour les flics. Etaient oublié surtout les marraines principales du front, ces milliers de vendeuses des supermarchés où la désertion est aussi massive qu'à la Poste9. En Octobre 17 et sur le Front allemand les désertions massives ont signalé les débuts de la révolution internationale.

Constat inquiétant, la peur d'aller au travail s'est généralisée alors que le général Macron nous chantait qu'il faut « faire nation ». Avec la loi « urgence coronavius » l'Etat des financiers et des patrons a choisi de montrer les dents. La démocratie bourgeoise si fielleuse se dévoile comme terroriste avec ses aussweiss et sa situation d'alerte permanente qui traduit plus l'affolement des grands capitaux que la paranoïa de la population. La lutte de classe peut s'exprimer par procuration malgré le terrorisme sanitaire. Si les petites mains de ladistribution alimentaire ne se contentaient pas de râler mais bloquaient les caisses, nul doute qu'en quelques heures on irait mettre à feu et à sang l'Elysée et les sinistres institutions de menteurs professionnels.

Elles ne portent bien souvent pas de masques, croisent des centaines de personnes chaque jour,
manipulent des produits saisis par des centaines de clients, encaissent des pièces de monnaie qui ont été touchées des milliers de fois, sans avoir le temps de se laver les mains régulièrement : les 700 000 caissières et caissiers de la grande et petite distribution – dans leur grande majorité des femmes – sont en première ligne face au coronavirus.
Le 16 mars, lors de son deuxième discours sur le coronavirus, Emmanuel Macron n’a pas dit un mot à leur sujet. Il n’a fait aucune annonce sur d’éventuelles livraisons de masques de protection, ni demandé aux grandes enseignes de supermarchés de prendre leurs responsabilités. Il a simplement invité les gens à aller faire leurs courses « avec discipline et distance ». Les aides aux entreprises et aux employeurs ont, elles, été largement évoquées.
Les prolétaires du secteur médical, y inclus leur hiérarchie, n'ont pas cessé de protester face aux improvisations de l'Etat et à l'attitude bornée d'un de ses principaux chiens de garde, devenant une sorte de véritable contre pouvoir qui reléguait les nullités PCF, Mélenchon et NPA au rang de petits rats de l'Opéra. Je l'ai indiqué dans l'article précédent, excédés par l'absence de protections (gants, masques, gel hydro-alcoolique) de nombreux facteurs ont dénoncé des conditions de travail dangereuses et invoqué un retrait... collectif, voire massif. Marche arrière discrète de la hiérarchie apeurée. Bravo les postiers, c'est tout de suite plus efficace en direct comme ça que de suivre le enterrements syndicaux pour cette ridicule lutte pour la retraite alors que le Capital nous laisse aller à la mort, et solitaire dans le cimetière. Ce n'est même pas une retraite éloignée et injuste qui est en jeu cette fois-ci, c'est illico la mort au travail, même si on nous certifie qu'il ne faut pas se laisser prendre à « l'hystérie collective » car les malades « guérissent à 98% et sont souvent des très vieux avec importante comorbidité). Le Covid-19 n’est pourtant plus une « petite grippe » mais la « pire crise sanitaire depuis un siècle ». Mais les soldats doivent aller au combat mains nues.

Tout est fait pour justifier, re-justifier et noyer l'incurie de l'Etat à avoir conservé un nombre important de masques, son irresponsabilité, son "insoutenable légèreté" d'avoir laissé toutes les productions pharamaceutiques aux mains des industriels chinois. L'Etat a bazardé toute l'industrie, refusé de distribuer des masques à toute la population, refusé la généralisation de tests, comme il refuse d'homologuer ou de prendre au sérieux la chloroquine, because querelles de préséance picrocholine entre le professeur de Marseille et les hautes autorités désincarnées de la mafia médecine d'Etat et de sa consoeur l'industrie pharmaceutique.

Pour comprendre la rigidité de l'Etat « sanitaire » (porteur du virus du terrorisme bourgeois), il faut garder en tête sa contradiction principale, il doit veiller d'abord à la santé de l'économie capitaliste, l'humain cette machinerie avec robots nanarques c'est zéro. Lorsque le journaliste de TF1 ce soir termine sa liste de reportages sur la situation confinée face au ministre, on vient de voir des vendeuses qui se plaignent de ne pas disposer de gants ni de masques, souci de la plupart des travailleurs (certes pas intelligents et qui méritent une paye de merde) croit-on que le premier commis de Macron va répondre ou répéter les âneries de Salomon et Véran-véreux ? Il esquive sans gêne et conclut par son bla-bla pédagogique où il est dit qu'il faut sauver « les plus fragiles d'entre nous ». Qui, eux aussi, attendent toujours les centaines de millions de masques, promis tous les jours par le clown Salomon.

LA FIN DE LA PEUR DE MOURIR

Dans toutes les révolutions on a vu que les masses, dans tous les pays, sont si excédées et dans des conditions où la mort est partout, n'ont plus peur des balles ni de mourir. Il est étrange que le pouvoir bourgeois se permette de tenir des propos aussi chauvins et scandaleux à propos des médecins « morts au combat », comme s'ils avaient choisi librement de combattre et avec toutes les garanties minimum pour y être protégés. Dangereux argument qui leur reviendra dans la gueule un beu jour. C'est nouveau les circonstances que l'on vit, où l'on ne peut plus vivre dans le lit douillet de la consommation éternelle. Où je vais aller au boulot, la peur au ventre, pour douze cent balles par mois et pour un connard de patron. Qu'ai-je à perdre désormais ? Ma vie reste aléatoire, si je pouvais m'enfuir comme les bobos partis en quatre quatre, mais demain je dois m'entasser dans le métro, même pas à un mètre, même pas à vingt centimètres mais tout contre un possible malade no apparent et qui ne le sait pas lui-même probablement.

De petits rigolos, sous une nouvelle parure néo-trotskienne #COVID-ENTRAIDE FRANCE
nous inventent une possible lutte (après réussite du conditionnement-confinement), nous invite à la lutte fumeuse ci-dessous :

« Nous allons transformer l’isolement imposé en immense élan d’auto-organisation et de solidarité collective

Face à cette rhétorique militariste, nous affirmons une autre logique. À « l’union nationale » nous préférons l’entraide générale. À la guerre, nous opposons le soin, de nos proches jusqu’aux peuples du monde entier et au vivant. En France, comme dans les autres pays, nous allons tenir ensemble pour faire face à l’épidémie. Nous allons transformer l’isolement imposé en immense élan d’auto-organisation et de solidarité collective ».
Ils appelent à entrer en résistance associative :
« Nous appelons donc à renforcer la solidarité et l’auto-organisation pour faire face à la pandémie et la crise systémique, partout où c’est possible, sous toutes les formes imaginables, tout en respectant la nécessité absolue du confinement pour freiner la propagation. Plus particulièrement, nous appelons à rejoindre le réseau de solidarité auto-organisé #COVID-ENTRAIDE FRANCE qui se constitue dans des dizaines de lieux depuis une dizaine de jours. Nous invitons à créer des groupes d’entraides locaux en ligne et sur le terrain, de notre hameau à notre village, de notre immeuble à notre ville. Nous appelons à recenser les centaines d’initiatives qui se créent à travers une cartographie collaborative".
Lutte ouvrière de son côté prend la défense des petites mains et dénonce les riches. Le NPA reste une grenouille impuissante de la gauche bourgeoise décatie, mais n'a, pour s'opposer aux incriminations gouvernementales – Stop à l'union nationale- que des récriminations molles d'un autre temps parlementariste : « A l’Assemblée nationale, la France insoumise et le PCF ont enfin commencé à corriger le tir, s’opposant au texte. En effet, il aurait été suicidaire d’approuver un tel dispositif d’attaque contre les droits des salariés. Cela n’a pas empêché le PS de s’abstenir... et le RN d’approuver ce texte. Tous les travailleurs/ses doivent le savoir : le RN est d’accord avec Macron pour détruire le Code du travail et défendre les patrons !Nous avons besoin de l’unité du mouvement ouvrier contre le plan d’urgence du gouvernement. Pour cela, nous nous adressons à l’ensemble des organisations sociales et politiques du mouvement ouvrier, aux militant.e.s syndicaux, aux militant.e.s de la France insoumise, du PCF, etc. : opposons-nous ensemble au plan d’urgence du gouvernement. Ne laissons pas ce gouvernement piétiner nos droits et arroser le patronat ! ».
Ces bobos n'ont pas plus à parler au nom du « mouvement ouvrier » que les derniers pitres de la gauche bourgeoise. Pour l'heure ils restent comme tout le monde confinés dans leurs vieilleries historiques et leurs penchants infantiles à rivaliser avec les derniers vestiges de la gauche dégarnie et en fauteuil roulant.


Je veux terminer ici par une longue citation de Trotsky contre ce culte de l'auto-organisation qui m'énerve car c'est la chanson depuis des années des divers clans contestataires gauchistes et de certains qui, dans le milieu maximaliste ont les mots « conseils ouvriers » à la bouche comme une recette. Voici ce qu'explique très bien la plume de paon Trotsky contre LE FETICHISME CONSEILLISTE (Leçons d'Octobre) :


« … Très instructive à ce point de vue est la lutte que Lénine engagea après les journées de juillet contre le fétichisme soviétiste. Les soviets s.-r. mencheviks étant devenus en juillet des organisations poussant ouvertement les soldats à l'offensive et persécutant les bolcheviks, le mouvement révolutionnaire des masses ouvrières pouvait et devait se chercher d'autres voies. Lénine indiquait les comités d'usines comme organisation de la lutte pour le pouvoir. Très probablement, le mouvement aurait suivi cette ligne sans l'insurrection de Kornilov qui obligea les soviets conciliateurs à se défendre eux-mêmes et permit aux bolcheviks de leur insuffler à nouveau l'esprit révolutionnaire en les liant étroitement aux masses par l'intermédiaire de leur gauche, c'est-à-dire des bolcheviks.
Cette question, comme l'a montré la récente expérience de l'Allemagne, a une immense importance internationale. Dans ce pays, les soviets furent plusieurs fois construits comme organes de l'insurrection, comme organes du pouvoir sans pouvoir. Le résultat fut qu'en 1923 le mouvement des masses prolétariennes et semi-prolétariennes commença à se grouper autour des comités d'usines, qui au fond remplissaient les mêmes fonctions que celles qui incombaient chez nous aux soviets dans la période précédant la lutte directe pour le pouvoir. Cependant, en août et en septembre, quelques camarades proposèrent de procéder immédiatement en Allemagne à la création de soviets. Après de longs et ardents débats leur proposition fut repoussée, et avec raison. Comme les comités d'usines étaient déjà devenus effectivement les points de concentration des masses révolutionnaires, les soviets auraient, dans la période préparatoire, joué un rôle parallèle à ces comités d'usines et n'auraient été qu'une forme sans contenu. Ils n'auraient fait que détourner la pensée des tâches matérielles de l'insurrection (armée, police, centuries, chemins de fer, etc.) pour la reporter sur une forme d'organisation autonome. D'autre part, la création des soviets comme tels, avant l'insurrection, aurait été comme une proclamation de guerre non suivie d'effet. Le gouvernement qui était obligé de tolérer les comités d'usines, parce qu'ils réunissaient autour d'eux des masses considérables, aurait frappé les premiers soviets comme organe officiel cherchant à s'emparer du pouvoir. Les communistes auraient été obligés de prendre la défense des soviets en tant qu'organisation. La lutte décisive n'aurait pas eu pour but la prise ou la défense de positions matérielles et ne se serait pas déroulée au moment choisi par nous au moment où l'insurrection aurait découlé nécessairement du mouvement des masses; elle aurait éclaté à cause d'une forme d'organisation, à cause des soviets, au moment choisi par l'ennemi. Or, il est évident que tout le travail préparatoire de l'insurrection pouvait avec un plein succès être subordonné à la forme d'organisation des comités d'usines qui avaient déjà eu le temps de devenir des organisations de masses qui continuaient à augmenter et à se fortifier et laissaient au Parti les coudées franches sous le rapport de la fixation de la date de l'insurrection. Evidemment, à une certaine étape, les soviets auraient dû surgir. Il est douteux que, dans les conditions que nous venons d'indiquer, ils eussent surgi au fort de la lutte comme organes directs de l'insurrection, car il eût pu en résulter au moment critique une dualité de direction révolutionnaire. Il ne faut pas, dit un proverbe anglais, changer de cheval quand on traverse un torrent. Il est possible que, après la victoire dans les principales villes, les soviets eussent commencé à apparaître sur tous les points du pays. En tout cas, l'insurrection victorieuse aurait nécessairement provoqué la création des soviets comme organes du pouvoir.
Il ne faut pas oublier que, chez nous, les soviets avaient déjà surgi à l'étape "démocratique" de la révolution, qu'ils avaient été alors légalisés en quelque sorte, que nous en avions ensuite hérité et que nous les avions utilisés. Il n'en sera pas de même dans les révolutions prolétariennes d'Occident. Là, dans la majorité des cas, les soviets se créeront sur l'appel des communistes et seront par suite des organes directs de l'insurrection prolétarienne. Il n'est pas impossible, évidemment, que la désorganisation de' l'appareil étatique bourgeois devienne très forte avant que le prolétariat puisse s'emparer du pouvoir, ce qui permettrait de créer des soviets comme organes déclarés de la préparation de l'insurrection. Mais il y a bien peu de chance pour que cela soit la règle générale. Dans le cas le plus fréquent, on ne parviendra à créer les soviets qu'aux derniers jours, comme organes directs de la masse prête à s'insurger. Enfin, il est très possible également que les soviets surgissent après le moment critique de l'insurrection et même après sa victoire comme organes du nouveau pouvoir. Il faut avoir constamment devant les yeux toutes ces éventualités pour ne pas tomber dans le fétichisme d'organisation et ne pas transformer les soviets, de forme souple, vitale de lutte, en "principe " d'organisation, introduit de l'extérieur dans le mouvement et entravant son développement régulier ».



« Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir, cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. » Thucydide


NOTES


1En voici la définition précise et qui va tout à fait à la politique d'incrimination du gouvernement Macron : «Une incrimination est une mesure de politique criminelle consistant, pour l’autorité compétente, à ériger un comportement déterminé en infraction, en déterminant les éléments constitutifs de celle-ci et la peine applicable. »
2Pour ceux qui sont sortis de l'enseignement nunuche et falsifié du lycée, il n'y a aucune union nationale au front, comme il n'y en a aucune sous le général Macron. Le monde des tranchées  reste complètement inégalitaire. Les moments de solidarité et de camaraderie c'est pour la galerie et la mystification chauvine. Demeurent de fantastiques disparités de ressources, notamment à travers les colis reçus. Les officiers reçoivent de leur famille des homards et de la bouillabaisse, avec des vêtements et des montres de prix, et sont assez souvent embarrassés du caractère luxueux des envois familiaux. Les hiérarchies sociales civiles se trouvent en quelque sorte intensifiées par le fonctionnement propre de la hiérarchie militaire (notez que les bobos gauchistes ni l'ultra-gauche gauchistes ne prononcent jamais le mot hiérarchie, parce qu'ils y tiennent à LEUR propre hiérarchie). Certains parviennent à pratiquer l’escrime et le tennis. La guerre est ici la continuation de la vie civile par d’autres moyens, qui supposent l’existence d’un personnel de service nombreux et obéissant. Les différences de classe sont aussi marquées dans la perception aiguë des spécificités négatives des classes populaires : alcoolisme, addiction au jeu de cartes, goût pour les plaisanteries grasses, grégarisme. Tout cela est absent évidemment de la superproduction américano-britannique « 1917 ».
3La plus grosse propagation du virus en France est partie de Mulhouse où un rassemblement évangélique (et angélique) international de 3000 personnes a permis, lorsque tous ces bedeaux sont repartis en avion ou en voiture, d'exporter les germes néfastes un peu partout ailleurs. Idem pour le centre de confinement de Compiègne, qu'on a déjà oublié, où des arrivants avaient été confiné, cela soulevant d'ailleurs des protestations, mais on avait oublié de protéger les militaires, aussi méprisés que les flics, résultat ils ont été contaminés à leur tour...
4«  Pendant que les « déjà confiné.e.s », les migrant.e.s enfermé.e.s en centres de rétentions et les prisonnier-e-s voient leur situation encore aggravée. Pendant que les habitant.e.s des quartiers populaires et les personnes racisé.e.s sont parmi les premier.e.s visé.e.s par la répression liée au confinement ».
5Avec peu de mansuétude, je note que nombre de politiciens sénateurs et députés sont « vérolés » à leur tour, mais ils n'en cessent pas pour autant d'incrimner tous ceux qui ne vont pas à la messe du « masque inutile pour la population ». Ces gens-là serrent la main tous les jours à 200 ou 300 personnes, ce qui leur confère un statut de personnages importants. Manque de pot là, les balles atteignent aussi les planqués de l'arrière !
6Dans un premier temps, Olivier Véran a affirmé que “le masque dans la population en général n’est pas utile”. Selon le ministre de la Santé, sa distribution à grande échelle ne commencerait à montrer son efficacité contre la propagation du virus uniquement si “au moins 60% de la population portait un masque en permanence”, comme il l’a encore répété ce dimanche 22 mars sur RTL et LCI. Mais face au mécontentement grandissant, notamment du personnel soignant, Olivier Véran a feint une marche arrière :  « L’heure n’est pas à la moindre polémique ou la volonté de rejeter la faute sur tel ou tel, il y a 7, 8 ou 10 ans. Sincèrement, ce n’est pas le sujet” . Ses prédécesseurs dans le viseur? “Quels que soient les processus de décision ayant conduit à ce que les stocks ne soient pas renouvelés dans la durée, toujours est-il que ces stocks se sont réduits année après année, de sorte que lorsque le Covid-19 est apparu, il ne restait un stock d’État que de
117 millions de masques chirurgicaux pour adultes et un stock stratégique d’État en masques FFP2”, a-t-il déclaré lors d’une allocution télévisée samedi. En 2011, Xavier Bertrand était alors ministre de la Santé. “Toutes les réponses devront être apportées, mais pour le moment, c’est zéro polémique”, a-t-il lui aussi lancé ce dimanche 22 mars sur BFMTV. Trois jours auparavant, il prenait pourtant les devants. “S’il y a une commission d’enquête, je répondrai de ce que j’ai dû faire pendant mes fonctions. Et on devra aussi comprendre pourquoi on est passé de 1,4 milliard de masques, quand j’ai quitté mes fonctions, à 140 millions au moment où Olivier Véran prend les siennes”, déclarait-il vendredi 20 mars sur France 5. Et d’esquisser ce qui pourrait ressembler à la ligne de défense des ministres qui lui ont succédé: ” En 2013, il y a un avis, qui ne vient pas du ministère de la Santé mais du Secrétariat de la défense nationale, qui dit qu’à partir de cette date, c’est chaque employeur qui devra fournir les masques à ses salariés. C’est à partir de ce moment qu’on doit avoir toutes les questions” a pointé l’ancien ministre de la Santé. En 2013, c’est Marisol Touraine qui occupait le poste. “Il n’y a pas eu de renouvellement de stock de masques depuis 2011. C’est une erreur ?”, lui a demandé la chaîne internationale TV5, le 7 mars dernier. Visiblement surprise par la question, elle a préféré botter en touche. Mise en cause indirectement pour sa gestion de stocks de masques, la ministre de la Santé de 2012 à 2017 regrette que “certains veuillent alimenter des polémiques inutiles”. Elle affirme que “les stocks de masques chirurgicaux ont régulièrement augmenté” entre 2012 et 2017. Tout en rendant hommage à la façon dont Olivier Véran gère la crise sanitaire du coronavirus, Marisol Touraine assure avoir “fait ce qu’il fallait”. Lire dans l'OBS l'article de Eva Illouz : "L'insoutenable légèreté du capitalisme vis à vis de notre santé".

7Celle qui va faire pisser le chien deux fois devient ainsi une vraie terroriste, et ne parlons pas de ceux qui courent sur des plages désertes, ce sont sans doute de futures recrues de daech !
8Un site a été créé pour vous permettre de caculer combien de temps vous pourrez tenir avec votre réserve de papier toilette : How Much Toilet Paper ?
9Comme je l'ai déjà signalé, la fermeture de plusieurs bureaux de Poste n'a pas été dûe à des décisions « humanitaires » de la hiérarchie mais à la pression des ouvriers, menaçant non de grève mais de retrait. Parmi la police nombreux aussi sont ceux qui se sont fait porter pâle. 


La marraine de guerre: l'infirmière et la putain

samedi 21 mars 2020

La déconfiture politique et sociale du discours patelin sur le confinement


Merde à Salomon
« Il s’avança vers Léon, et, avec ce sourire de bénignité pateline que prennent les ecclésiastiques ».
Gustave Flaubert (Madame Bovary)

« La vague arrive (…) La France n'est pas prête (…) la propagation du virus « par l'absence de maîtrise des gestes basiques d'hygiène : mouchoirs en papier jetables, lavage des mains, solutions hydroalcooliques, port du masque par les malades généralisé en Asie et quasi inconnu en France ! »
Jérôme Salomon (2016, avertissement à Macron)1

« L’aventure du Potemkine n’a été qu’une fausse alerte ; mais, si les gouvernements d’Europe s’obstinaient à ignorer les transformations profondes qui renouvellent la face du monde, et se refusaient à tenir compte des éléments jeunes qui bouleversent les fondements de la vieille politique ; si la diplomatie continuait à s’enliser dans les anciens errements et à ressasser les mêmes problèmes sans les résoudre jamais, peut-être, la patience des peuples venant à se lasser, assisterons-nous un jour à l’avènement d’une politique toute nouvelle, révolutionnaire dans ses procédés et ses solutions. Ce ne sont là sans doute que des hypothèses, des craintes chimériques, mais ne serait-il pas opportun d’y prendre garde…? »
René Pinon (avril 1905, Revue des deux mondes)

« ... il est temps de s'apercevoir que la santé ne se gère pas comme "une entreprise commerciale (...) car la santé n'a pas de prix". 
André Grimaldi ( Professeur émérite d’endocrinologie-diabétologie à la Pitié-Salpêtrière)

« Il y a plus de rébellion contre l'ordre social dans le fait d'observer un insecte que dans l'idiot utile qui va brûler un rond-point ou tenir une pancarte ». Sylvain Tesson

"Cette crise sanitaire va imposer un coup d'arrêt puissant, massif, brutal à notre économie".
Edouard Philippe (Premier ministre)



PROSPECTIVES...

Yannick Blanc, président de l’association Futuribles International et membre de la revue « Futuribles » (interview de l'OBS).

Dans les différentes études de « prospectives » établies par « Futuribles », l’hypothèse d’un confinement généralisé pour cause d’épidémie avait-elle été envisagée ?
Comme toujours, rien ne se passe comme prévu. Bien sûr, ces dernières années, nous avions bâti des scénarios dont certains portaient sur l’apparition de nouvelles maladies infectieuses. Mais ces scénarios reposaient sur l’impact massif de la morbidité et de la mortalité. L’épidémie du Covid-19 n’a pas du tout les caractéristiques prévues. Elle commence à peine à être perceptible et le nombre de morts reste modeste, mais les projections sont très élevées. Du coup, les gouvernements réagissent par l’immobilisation de l’économie, afin d’étaler la contagion. L’étude de l’Imperial College, celle qui a convaincu Macron de fermer les écoles jeudi, estime que le nombre de morts pourrait monter jusqu’à 500 000 en France si l’on ne fait rien. Même les gouvernements américains et anglais, réticents à prendre de mesures qui pourraient nuire à l’économie, ont déjà commencé par céder peu à peu aux scientifiques.

Cette étude est effrayante, non ?
Oui, mais il est bien précisé : « si l’on ne fait rien ». Or, tous les pays ont agi. La question est de savoir quand et comment. En Chine, le confinement a duré deux mois, parce que le régime dispose d’un appareil de surveillance qui lui a permis de le faire respecter de façon radicale, assorti d’un isolement hermétique des régions où se développait le virus. Si l’on avait voulu faire l’équivalent en France, il aurait fallu boucler l’agglomération de Mulhouse dès que l’on avait eu connaissance du cluster, et tester massivement la population. Mais nous n’avons ni la culture, ni le dimensionnement des services publics nécessaires pour cela. Aurait-on pu surveiller toutes les routes ? Même en faisant appel à l’armée, je n’en suis pas sûr. Je rappelle, pour donner un ordre de grandeur, que les moyens médicaux de l’armée se limitent à un hôpital de campagne de 70 lits – en tout et pour tout.

Si notre confinement est moins strict, va-t-il durer plus longtemps ?
Personne n’en sait rien, mais il ne faut pas exclure qu’il dure tout le printemps. L’enjeu, c’est de repousser le pic de l’épidémie, pour l’atténuer. Mais lorsqu’on allégera les mesures, y aura-t-il des reprises de feux ?

Comment voyez-vous la suite des événements ?
Il y a une crise systémique, passablement inquiétante, mais aussi des évolutions de mode de vie, dont certaines peuvent constituer des facteurs d’optimisme. Pour la dimension systémique, l’épidémie nous permet de mesurer notre dépendance à la Chine, par exemple sur le paracétamol, dont elle assure 90 % de notre approvisionnement. Emmanuel Macron l’a pointé dès jeudi soir, lors de son premier discours sur le coronavirus : « Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. »
Et sur le plan économique ?
Une autre conséquence est la mise à l’arrêt brutale de 15 % de l’activité économique, celle correspond aux activités de service. Du jour au lendemain, le tourisme, la restauration, les transports, la culture n’ont plus de clients. Nous n’avions jamais modélisé cela. L’économie de service est une économie de flux. Si le flux s’arrête, tout s’arrête, il n’y a plus de revenus et le capital ne vaut plus rien. On le voit dans le secteur aérien : un avion qui ne vole pas, ça ne vaut rien. C’est pourquoi, à mon sens, le choc le plus violent sera pour les Etats-Unis : leur économie est très dépendante des flux, et ils ne disposent pas d’amortisseurs sociaux comme en France.


A contrario, les pays d’Asie, qui, pour le moment, ont mieux géré la crise que nous, s’en trouveront renforcés. Le rééquilibrage de l’économie mondiale en leur faveur, déjà en cours, va s’accélérer et les Etats-Unis pourraient encore s’affaiblir. L’enquête parue lundi dans « New York Times » sur la gestion du dossier coronavirus par l’administration Trump est à cet égard édifiante : c’est un foutoir absolu et il n’y a eu aucune anticipation.

Il y a aussi, disiez-vous, une dimension « mode de vie »…
Oui, à commencer par le télétravail. Le phénomène était en train de mûrir doucement, mais l’épidémie lui donne un énorme coup d’accélérateur, qui va laisser des traces irréversibles. Mais quid de l’infrastructure numérique ? Est-elle assez solide pour résister à l’augmentation brutale du trafic lié au télétravail et à l’enseignement en ligne ? Eric Vidalencq, un expert de l’Ademe, a récemment expliqué que le système était surdimensionné, pour garantir une qualité optimale aux activités de loisirs, notamment le visionnage de films et les jeux vidéo. Va-t-on tout de même devoir réguler l’usage du streaming, par exemple en la réduisant aux heures de bureau, pour laisser le trafic au télétravail ?
A « Futuribles », vous avez regardé de près les théories de « l’effondrement », qui annonce l’écroulement des sociétés techno-industrielles à partir d’un déclencheur particulier, comme un krach, la disparation du pétrole ou… une épidémie. Sommes-nous en train de vivre le début de l’effondrement ?

Les théories de l’effondrement estiment que nos systèmes sont par nature instables et qu’une pichenette suffira à les déstabiliser. Ce n’est pas faux, mais ce sont des raisonnements mécanistes, qui calculent les réactions en chaîne « si l’on ne fait rien » – un peu comme les projections de l’Imperial College dont je parlais tout à l’heure. C’est utile, mais un véritable scénario de prospective doit intégrer les réactions et les contre-mesures prises dès le début de la crise.
Si la crise dure, l’ensemble des acteurs va se mettre à réagir et à anticiper différemment. L’opinion publique peut évoluer et les pouvoirs politiques peuvent prendre des virages radicaux, sous la pression des événements. Emmanuel Macron en a d’ailleurs l’intuition. Jeudi dernier, à propos de notre capacité à soigner, à nous protéger, à nous alimenter, il avait poursuivi par ces termes : « Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai. »


Mais n’avait-il pas déjà dit cela au moment de la crise des « gilets jaunes » ? Et Sarkozy aussi au moment du krach de 2008 ? Il y a de quoi douter de la sincérité de nos dirigeants.
Ce n’est pas une question de sincérité, mais de rapport de forces et d’anticipation sur l’élection présidentielle de 2022. Si la crise se termine avec 15 000 morts, c’est-à-dire autant que la canicule de l’été 2003, ça sera déjà un bilan dramatique. Si les hôpitaux sont en état de saturation aiguë pendant trois mois, on ne pourra pas dire ensuite aux personnels soignants qu’on aura célébrés comme des soldats de première ligne qu’ils vont continuer à supporter des réductions d’effectifs, de lits, de moyens. Le retour au « business as usual » est inenvisageable pour lui.
Et pour la société dans son ensemble ?
En prospective, plutôt que de chercher à prophétiser l’avenir, il est plus intéressant d’observer les évolutions irréversibles qui sont à l’œuvre sous nos yeux et qui s’accélèrent. Ces « ruptures par accélération » ouvrent des espaces pour une réaction de la société. Par exemple, avec l’épidémie du Covid-19, une nouvelle perception des risques environnementaux et donc des nouveaux comportements.

Est-ce une première marche vers la décroissance ?
Nous allons vivre une expérience de décroissance, dont nous pourrons mesurer les impacts. Seront-ils positifs ? En Chine, les émissions de gaz à effet de serre ont brusquement chuté, épargnant des vies. Une chose est sûre : le discours écologiste est désormais au centre du jeu politique – comme on l’a vu lors du premier tour des municipales.
Et peut-on espérer voir émerger de nouvelles solidarités interpersonnelles à la faveur du confinement ?
Oui, dans un scénario optimiste. Depuis des années, on assiste à une hausse significative de l’engagement dans les associations d’entraide. Face à un monde plus difficile, la réaction la plus répandue est le désir de prendre soin des autres. En période de confinement, c’est moins facile, mais on va trouver. Et, après la crise, cela peut déboucher sur le désir de reconstruire sur de nouvelles bases.
On peut voir la fragmentation de la société s’accentuer. On applaudit les soignants le soir aux balcons, mais d’autres professionnels, les policiers, les caissières, les chauffeurs routiers, s’estiment eux aussi exposés mais en mal de reconnaissance. La fameuse « distanciation sociale » n’est pas faite pour recréer de la confiance dont la société manque déjà beaucoup. Espérons enfin que le confinement ne fasse pas disparaître trop de lieux de sociabilité, comme les espaces publics, les bars et restaurants, les institutions culturelles. Pour certains, il sera peut-être difficile de s’en remettre.
(Propos recueillis par Eric Aeschimann)

Après le discours patelin de confinement, le terrorisme patronal revient au galop, voici la virevolte de la loi « urgence coronavirus »

Les attaques contre le prolétariat ne cessent jamais en période de paix sociale, comme en période « d'union nationale » sanitaire à condition d'une bonne « distanciation sociale ». Le prétexte de « sauver des vies » enfante même un type de loi dictatoriale comparable aux pires régimes capitalistes autoritaires. Dans l'affolement l'Etat français pointe soudain le revolver. Avec la bouche en cœur, le chef de l'Etat bourgeois et financier nous avait expliqué il y a quelques jours à peine que, bon samaritain, disciple de Saint François d'Assise, l'Etat nounou serait réinstauré, que l'on pouvait rester chez soi, négocier gentiment des arrangements aimables avec son employeur, que « toutes les PME et même les très petites entreprises » seraient solidement et pécuniairement épaulées par l'Etat dans ce « moment terrible pour la nation ». Face aux milliards virtuels agités par Micron on s'était un peu partout étonné : qui va payer ? Avec la loi « urgence coronavirus », on a la réponse : LA CLASSE OUVRIERE !

Adonc, comme on gouverne à vue, avec pour seul souci les cotations en Bourse, il fallut bien convenir qu'avec 10 millions de salariés (90% de cadres) mobilisés dans le gentil télétravail il ne fallait plus laisser croire aux 20 autres millions qu'ils pourraient continuer longtemps à se tourner les pouces, voire à batifoler dans les parcs et sur les plages, hauts lieux de contamination du mépris du travail salarié. Il est vrai que les patrons des TPE et PME téléphonaient par milliers en haut lieu pour crier leur indignation : « Macron casse-cou ! »2.
La clique étatique qui ne semblait pas vouloir céder à la panique au tout début, a pris peur et décrète qu'il faut désormais « retrousser ses manches » (Maurice (Thorez) Darmanin). Au même moment, le ministre de l’Économie a rappelé aux entreprises qu’elles pouvaient verser à ceux qui «ont eu le courage de se rendre sur leur lieu de travail» une prime défiscalisée. Il s’agit en réalité de la prime Macron. Après l'appel pressant à se confiner chez soi et la réduction drastique du nombre de wagons dans le métro et la SNCF et la certitude d'être payé, c'est la bourse ou la vie qui reprend le dessus. Les commis du capital ne sont pas fous ni adeptes de Saint François, si le Capital ne produit plus, il meurt (comme je l'ai déjà dit dans ma colonne de droite). Agiter le hochet de la prime de récompense aux « salariés courageux » ne concerne plus donc pour l'essentiel nos braves pioupious du secteur médical, mais toutes ces entreprises « non nécessaires à la vie de tous les jours » ! Virage à 180° car, pour reprendre les termes mêmes d'un journaliste lambda, depuis la prise de parole du président de la République qui a annoncé le confinement, le message à destination des salariés n'était pas clair car le chef de l'Etat avait demandé aux Français de rester chez eux !
On commença d'abord par déciller les travailleurs naïfs qui croyaient pouvoir profiter de leurs congés payés après la crise, c'est à dire après les congés forcés en confinement... Ce que fit savoir Sibeth Ndiaye concernant l'article 7 du projet de loi d'urgence sanitaire où les patrons ne se prêteront plus aux petits arrangements à l'amiable : « tu prends tes vacances maintenant au moment du confinement ! Tu crois pas que je vais doubler tes congés cette année. Si ça te plaît pas, la porte est ouverte ! ». Les sous-fifres de Muriel Pénicaud ont présenté cette mesure mercredi comme «un effort raisonnable» demandé au salarié alors que l'État «met en place un plan exceptionnel pour sauver l'emploi et éviter les licenciements»3. La bonne excuse pour conjurer la big catastrophe qui se moque des banquiers et de leurs exécutants politiciens !
D'un coté ils ont obligé au confinement strict mais d'un autre ils incitent maintenant toutes les entreprises à rouvrir et à produire. Puis quand l’épidémie sera passée, et elle passera, s'il arrive un drame aux ou a l'un de ses salariés c'est à lui que l'on demandera des comptes « pour incivilité » et non aux irresponsables gouvernementeurs qui disent tout et son contraire.

ABOLITION DES 35 HEURES

Devant le Sénat, le gouvernement a réaffirmé sa volonté de revenir dans sa loi "urgence coronavirus" sur certains acquis sociaux, comme les congés payés ou les 35 heures. Des mesures qu'il annonce "provisoires"... tout en refusant d'inscrire une date limite dans le texte. A la guerre comme à la guerre, répète le gouvernement. D'où l'idée d'introduire dans la loi "urgence coronavirus", qui doit être votée définitivement ce vendredi 20 mars, une réforme importante du droit de travail. Et surprise, le texte adopté par le Sénat ce jeudi dans la nuit ne prévoit aucun caractère "provisoire" ou "exceptionnel" pour la nouvelle loi. En clair, les mesures prises prendront un caractère définitif. Plusieurs acquis sociaux pourraient être rognés, comme le droit aux congés payés ou la durée hebdomadaire de travail. Le tout sous la pression du patronat.
Marianne l'écrivait dés ce mercredi : le projet de loi dit d'adaptation à la crise du coronavirus prévoit, parmi diverses mesures comme le contrôle des licenciements ou un plan massif d'aide aux entreprises, de revenir sur certains acquis sociaux. La réforme va en effet habiliter le gouvernement à prendre des ordonnances ayant valeur de loi dans le domaine du droit du travail, sous trois mois. Leur objet ? Imposer une nouvelle limite au droit aux congés payés, d'une part. Il s'agit de "modifier les conditions d’acquisition de congés payés et permettre à tout employeur d’imposer ou de modifier unilatéralement les dates de prise d’une partie des congés payés dans la limite de six jours ouvrables, des jours de réduction du temps de travail". A priori, il sera possible de revoir à la baisse le nombre de congés payés acquis par mois, aujourd'hui de 2,5.

La question est d'autant plus prégnante que dans le Figaro, un "haut représentant patronal" propose... de ramener les congés payés à deux ou trois semaines, du moins cette année : "Si c’est nécessaire pour limiter les conséquences économiques de la crise sans précédent que nous traversons en ce moment, les Français pourraient renoncer à deux à trois semaines de vacances en juillet et août. En tout cas, cela ne me choquerait pas". D'après LCI, il s'agit d'une suggestion... du Medef, le principal syndicat patronal. Interrogé sur la chaîne d'info, le ministre Bruno Le Maire n'a pas confirmé, sans pour autant écarter clairement cette hypothèse : "Arrêtons de parler d'efforts et parlons déjà plutôt de solidarité", a dit ce pitre qui se rêve déjà Premier ministre. Le ministre économe a en plus proposé une prime aux « braves » travailleurs, la prime Macron bis4. Le brave commis d'Etat concède que les travailleurs puissent aller au turbin « la peur au ventre »... surtout quand le métro sera à nouveau plein et sans la distance d'un mètre serinée par les trois mousquetaires Macron-Philippe-Salomon. Et sans ces masques « oxymore » inutiles pour ouvriers et flics !
Or, ces hâbleurs cachent la vérité des crimes « sanitaires » en Italie. Pourquoi tant de morts ? Parce que c'est la principale région industrielle et ouvrière d'Italie, autour de Milan, qui est touchée !5 Cherchez l'erreur !6


Fin des 35 heures dans certains secteurs...

Devant les sénateurs, Muriel Pénicaud a également abordé le sujet de la durée hebdomadaire du travail : "Sur la durée du travail, il faut aider les 99 secteurs qui en ont besoin". La future loi prévoit en effet... de permettre à un certain nombre d'entreprises de déroger aux 35 heures. L'article 7 de la réforme dispose en effet que le gouvernement pourra, par ordonnance, "permettre aux entreprises de secteurs particulièrement nécessaires à la sécurité de la Nation ou à la continuité de la vie économique et sociale de déroger aux règles d’ordre public et aux stipulations conventionnelles relatives à la durée du travail, au repos hebdomadaire et au repos dominical". Quels seront ces secteurs dans lesquels les 35 heures pourront bientôt disparaître ? La ministre a donné de très faibles précisions : "Il peut s'agir de l'alimentation, de la production de matériel médical par exemple". Pour le reste, un "décret" listera les métiers concernés. On constate par ailleurs que la remise en cause des droits aux congés payés concerne, elle, toutes les entreprises du pays.
Dans le Figaro, un représentant du ministère du Travail confirme que les salariés seront sollicités pour permettre à l'activité économique du pays de repartir : "On demandera un effort raisonnable à chacun dans ce moment qui restera dans les livres d’histoire"7. Soit, mais jusqu'à quand ? Un élément en particulier interroge : entre l'avant-projet de réforme, diffusé officieusement auprès de certains médias en début de semaine, et que Marianne avait pu consulter, et le projet de loi qui entrera bientôt en vigueur, ces mesures graves ont perdu leur caractère "provisoire". Cela signifie concrètement que la nouvelle loi s'appliquera... jusqu'à nouvel ordre, et non pas jusqu'à une date limite.
Tiens, tiens, entre l'avant-projet de loi et le projet de loi dit "urgence coronavirus" déposé devant le Parlement, le mot "provisoire" a été retiré de l'article qui permet de revenir sur des acquis sociaux comme les congés payés
Les sénateurs socialistes ont bien tenté d'amender ce dispositif. Ils ont proposé que les ordonnances permettant notamment ces remises en cause d'acquis sociaux cessent d'être valides au 1er avril 2021. "On nous assure que les mesures qui seront prises sont exceptionnelles. Très bien, mais à condition qu'elles ne puissent rester en vigueur une fois la crise finie (...) Il y a beaucoup d'exemples de dispositions exceptionnelles devenues pérennes. Il faut fixer des limites", a exposé l'ex-ministre Jean-Pierre Sueur. Il lui a été adressé une fin de non-recevoir. "Par nature, les mesures à l'article 7 sont limitées à la durée de la crise sanitaire. Avis défavorable", a rétorqué Muriel Pénicaud. Le sénateur LREM Alain Richard a abondé, en expliquant qu'on ne pouvait prévoir à l'avance quand ces réformes auront perdu leur justification : "Il y aura forcément une transition. Bien malin qui pourrait dire quand l'utilité de chaque modification prendra fin".

Le fait que le gouvernement procède par ordonnances n'aura pas ailleurs aucun impact. En théorie, une ordonnance qui n'a pas été ratifiée par le Parlement est caduque. On aurait pu imaginer que le gouvernement renonce à demander la ratification des mesures "anti-acquis sociaux", mais il n'en sera probablement rien, pour une question de délai. Ces ordonnances, qui devront être prêtes d'ici au mois de juin au plus tard, mais sans doute beaucoup plus tôt vu l'urgence invoquée par le gouvernement, doivent ensuite être ratifiées par le Parlement sous deux mois. A cette date, il y a peu de chances que le gouvernement considère le pays comme définitivement sorti de la crise...
Si le gouvernement a expliqué oralement qu'aucune des dispositions de l'article 7 "n'a vocation à être pérenne", ce sera donc bien le cas, jusqu'au vote éventuel d'une nouvelle loi. D'ailleurs, Emmanuel Macron a fait savoir, dans son allocution de ce lundi, que la crise allait imposer un grand virage politique : "Beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées (..) Je saurai aussi avec vous en tirer toutes conséquences, toutes les conséquences". Formule énigmatique qui laisse ouverts plusieurs scénarios. En commission des Finances à l'Assemblée nationale, ce jeudi 19 mars le rapporteur général Laurent Saint-Martin (LREM), a expliqué, en réponse à un amendement du député Alexis Corbière (France Insoumise) qu'un grand débat économique devra avoir lieu prochainement : "Ce sera un vrai débat intéressant de savoir les conséquences à tirer des modèles économiques et sociaux, au moment du plan de relance. (..) Là-dessus, je vous rejoins et j'espère qu'on aura des débats fructueux". En même temps, le rapporteur a écarté toutes les propositions d'instituer une fiscalité plus redistributive. Comme un symbole de la ligne ambiguë qui sert de guide aux macronistes depuis le début de la crise8.

LA PEUR DE RALLUMER LA LUTTE DE CLASSE, malgré le terrorisme « sanitaire »

Si l'Etat bourgeois connaît bien une peur « principale », un «virus » intraitable, c'est bien la résurgence de la lutte de classe. Le « on est tous concerné », certes embaumé par le récent « tous ensemble corporatif », qui a finalement bien endormi les masses pour l'union nationale sanitaire, ne va pas durer aussi longtemps que l'Union sacrée de 14-18. D'abord parce qu'il ne s'agit quand même pas d'une guerre mondiale classique, qui paralysa quatre années le prolétariat mondial, et ensuite parce que tout le monde est concerné par la contagion qui va entraîner 80 millions de morts comme je le montre plus loin, bourgeois comme prolétaires, riches comme pauvres ; c'est pourquoi cela n'a aucun sens de croire ou faire croire comme la plupart de nos stupides économistes (aussi nuls que les divers docteurs de plateaux TV et autres spécialistes suivistes) que l'économie capitaliste va redémarrer comme avant.
La réaction des prolétaires ne s'est pas fait attendre. Dans le secteur médical, mobilisé et contraint, le manque de moyens de protection a déjà fait de nombreuses victimes parmi ces premiers de tranchées, et qui continuent à être au front. Ils ne cessent de protester face aux improvisations de l'Etat et à l'attitude bornée d'un de ses principaux chiens de garde, le nomme Salomon, pigiste tous les soirs dans les lucarnes funèbres9. (J'ai signé évidemment a pétition massive qui appelle à distribuer des masques à toute la population).
Plus intéressante a été la réaction des postiers, avant-gardiste... En effet, les dominants de l'élite cynique peuvent toujours cirer les pompes aux diktats affolés des patrons, concernant la foultitude de TPE où les ouvriers ne peuvent pas se défendre, contrairement à ce que prônaient les pédagogues maximalistes au temps de la foutaise « lutte pour la retraite »10. La décision en catimini, et selon le taux de protestations ouvrières locales, de fermer les bureaux de poste, et bien que personne ni le NPA ne nous en ait informé, coule de source. Excédés par l'absence de protections (gants, masques, produits antiseptiques) de nombreux facteurs ont commencé à gueuler dans les lieux de tri, au point que les syndicats, craignant des grèves sauvages plus qu'un simple « droit de retrait » trop gentil, ont supplié la hiérarchie de calmer le jeu en fermant « provisoirement » mais sans dire que Salomon aille se faire enculer. Après tout des centaines de soignants, toubibs ou bas de gamme aides soignants, continuent à bosser virus au corps, en quoi la menace d'extension du virus empêcherait-elle l'extension de la révolte de classe ? C'est pourquoi les nouvelles lois d'exception répressives mises en place à la hâte ont pour but de conforter le terrorisme sanitaire en interdisant « au nom de la santé publique » de manifester ou de se regrouper (par « individualisme gaulois ») ; alors que si les flics
Seattle 1918
avaient des couilles ils montreraient que l'insubordination est possible malgré tout. Bravo encore à toutes celles et tous ceux qui ont obéi quand le gouvernement leur a dit qu'ils pouvaient faire leur jogging !

Si l'on en croit le CCI qui assure, sans le démontrer, que le « prolétariat à le potentiel », je me suis posé une question qui vous permettra étrange – mais n'a-t-on pas le droit de se poser toutes les questions en ce moment – et qui n'a jamais été posée ni réfléchie à mon sens par les historiens :

LA GRIPPE ESPAGNOLE A-T-ELLE JOUE UN ROLE DANS L'EXTENSION DE LA VAGUE REVOLUTIONNAIRE EUROPENNE (immédiatement après sa fin en 1918-1920) ?

Un journaliste, à l'époque, veut que les lecteurs se rassurent, les Français ont une constitution qui résiste bien au virus de la grippe. Ainsi, dans Le Matin du 6 juillet 1918, on peut lire qu’en France, la grippe est bénigne, ce qui n’est pas le cas outre-Rhin : « Nos troupes, en particulier, y résistent merveilleusement. Mais de l’autre côté du front, les Boches semblent très touchés. Est-ce un symptôme de lassitude, de défaillance d’organismes dont la résistance s’épuise ? Quoi qu’il en soit, la grippe sévit en Allemagne avec intensité. »Les journaux tentent de trouver les responsables. Plusieurs d’entre eux accusent l’Allemagne. « Il est à noter que cette prétendue grippe espagnole a éclaté il y a plusieurs mois en Allemagne où elle a trouvé un terrain tout préparé par l’insuffisance de la nourriture. Elle a causé dans ce pays de grands ravages qui ont été soigneusement cachés », peut-on lire dans Le Petit Parisien du 7 juillet.
On sait, enfin surtout nous les maximalistes intransigeants, héritiers de Lénine et de Pannekoek, que c'est la guerre qui a entraîné la révolution. C'est, affolés par les débuts de révolution en Russie et en Allemagne, que les bourgeois alliés ou pas se précipitent pour signer un simple Armistice, provisoire évidemment, comme les promesses de raser gratis par Macron l'ont été. La lutte contre la guerre en Russie comprenait la lutte contre « tous les affres (nom féminin) de la guerre », c'est à dire évidemment cette maladie qui se répandait encore plus vite dans les tranchées.
En France, la grippe se propage à la faveur du déplacement des troupes. « Il est incontestable », indique un rapport daté du 27 septembre, que “le contact intime de la population civile avec les éléments militaires, et la circulation intensive dans les trains bondés, favorise la diffusion de l’épidémie et rend impossible toute prophylaxie générale”. » (Archives du Service de santé des Armées du Val-de-Grâce)… Comme les hôpitaux de la zone des armées sont embouteillés, car il faut libérer des lits pour les blessés, on évacue les grippés sur les hôpitaux de l’Intérieur. Et au total, on ne fait qu’étendre les ravages. Parmi ces articles, il y a celui du Journal du 19 octobre, en page 1, qui accuse le gouvernement de se contenter de donner des conseils comme éviter les rassemblements, prendre des grogs au rhum, de l’aspirine et de la quinine, et appeler le médecin au premier malaise. Au mois de mai 1919, la mortalité a considérablement diminué. Mais l’épidémie a marqué les mémoires comme en témoigne cet article publié dans Le Matin du 18 mars 1919 :

« Cette maladie opportuniste profite des brassages ethniques importants, nés de la guerre, pour se répandre rapidement dans toutes les régions du globe et parmi toutes les couches sociales. Quelle que soit la nature du virus, on s’accorde donc à dire que l’épidémie est une création de l’ennemi, ce dernier visant à répandre la mort à peu de frais derrière la ligne de front  Les rumeurs les plus folles circulent : « Des bruits couraient dans le public que la maladie avait été provoquée par des conserves venues d’Espagne et dans lesquelles des agents allemands auraient introduit des bacilles pathogènes.  À Paris, la mortalité s’aggravant, de semaine en semaine, fait que la population affiche une anxiété grandissante puisque alimentée par d’innombrables ragots. Le 20 septembre, un rapport adressé par un inspecteur de la brigade spéciale au préfet de police de Paris tente d’y voir clair : « D’après les médecins militaires, l’épidémie de grippe dite « espagnole » aurait pour origine la consommation de conserves alimentaires de provenance espagnole et dans lesquelles auraient été introduit des bacilles. On a dit aussi que de nombreuses fabriques de conserves sont entre les mains des Allemands. On prétend que les oranges ont aussi subi des injections de même nature. » Une lettre, postée par un soldat à Toulon, est bloquée par la censure : il avance que si la pandémie se répand, c’est à cause d’ « un vaccin empoisonné, fourni par les Boches. Il y avait beaucoup de théories du complot: on pensait que la grippe était due aux miasmes s’élevant des champs de bataille des Flandres, ou aux États-Unis, que c’était les sous-marins allemands qui l’avaient déposés sur les plages américaines. Les «fake news» ne datent pas d’aujourd’hui! Ni les fake news gouvernementales !11

Partout en Europe et jusqu'aux Etats-Unis (la source originelle du microbe) la grippe espagnole participe de l'accumulation des souffrances (même si j'ai cherché en vain des textes socialistes ou bolcheviques sur le sujet). Les infirmières américaines sont en majorité parties sur le front en Europe, tandis que les médecins sont souvent incapables de contrer le virus. On appelle des volontaires à prêter main-forte aux professionnels, mais les malades sont de plus en plus nombreux…

Pour la journaliste scientifique Laura Spinney, les mesures d’urgence adoptées pour enrayer la
propagation de la grippe espagnole en 1919 ressemblent beaucoup à celles décidées face au coronavirus. Nos systèmes de santé sont largement les produits de cette pandémie historique.
Entre mars 1918 et juillet 1921, la grippe espagnole s’est déployée en trois vagues: une première, modérée, qui ressemblait à une grippe saisonnière, une deuxième très virulente où ont eu lieu la plupart des décès, de mi-septembre à mi décembre 1918, et une troisième vague moins virulente. La plupart des morts ont eu lieu en trois mois. À l’époque il existait déjà une forme de mondialisation, même si elle était beaucoup plus lente. La guerre a été un des facteurs déterminants de la gravité de la pandémie. En effet il y avait beaucoup de déplacements: les militaires qui rentraient chez eux, mais aussi les déplacés, les réfugiés qui étaient nombreux. Les scènes de liesse de l’Armistice et de la démobilisation ont accéléré la diffusion du virus. Les systèmes immunitaires étaient fragilisés par les privations. Certains scientifiques estiment que les conditions de la guerre ont puissamment contribué à la virulence du virus.
Laura Spinney n'a pas beaucoup de jugeote pourtant. Elle se contente d'un constat platement sociologique : « Les conséquences économiques de la grippe espagnole sont incalculables, d’autant qu’elles se mêlent étroitement à celles de la guerre. Elle a probablement ralenti le progrès des sociétés touchées pendant plusieurs années, sinon des décennies »12.

Or oui il y a des conséquences économiques, et surtout politiques, incalculables c'est l'extension de la révolution mondiale depuis le génial Octobre 17 en Russie. Ce n'est pas rien et, précisons-le, ce vaste mouvement révolutionnaire qui enthousiasme le prolétariat du monde entier n'est aucunement handicapé par la présence de cette maudite grippe espagnole.
On nous assure que des historiens ou des sociologues ou l'inverse, considérant que les pandémies modernes ont été de courte durée, fondent nos économistes à la noix pour compter sur un effet de rattrapage au deuxième semestre 2020. Pour autant que les entreprises se maintiennent à flot (hi hi!). La vague de grippe mortelle en 1918 on ne peut pas dire qu'elle a engendrée la crise de 1929 ni qu'elle a servi de leçons aux dominants !
Pendant la fin d’année 1918, la Réserve fédérale américaine (Fed) mentionne la grippe à de nombreuses reprises dans ses bulletins mensuels, selon des données compilées par Reuters. Elle indique que les théâtres, les écoles, les églises – lieux de réunion – ont été fermés dans de nombreuses régions. Dans l’Alabama, 30 mines de charbon ont été mises à l’arrêt. En 1919, pourtant, le nombre de références à la grippe espagnole dans les bulletins mensuels de la Fed chute brusquement, comme si la menace avait disparu. Les interdictions imposées aux entreprises pour combattre l’épidémie ont été levées dans la plupart des cas. «Les grands magasins, les théâtres, etc. fonctionnent désormais comme d’habitude et les écoles, les églises, les pavillons, etc. sont à nouveau ouverts», écrit la Fed, qui fait état d’un rétablissement des mines de charbon et de l’économie. «Une pandémie qui a tué 50 millions de personnes dans le monde n’a laissé pratiquement aucune trace économique», souligne John Kemp, chroniqueur chez Reuters. Nos prévisionnistes actuels n'anticipent rien de crédible même en se fiant à une hypothèse de durée courte13 : «Les marchés sont aujourd’hui beaucoup plus interconnectés qu’il y a une trentaine d’années. Le nouveau coronavirus, s’il avait été confiné à la Chine, aurait quand même eu des conséquences économiques et financières à travers le monde, tant ce dernier dépend de la Chine», ajoute Fabrizio Quirighetti. Cette dépendance et celle plus globale aux marchés extérieurs sont les principales fragilités de notre économie, que la crise actuelle ne fait que mettre en lumière. Une fois le choc passé, le système et sa structure nécessiteront sans doute d’être repensés, à plus long terme ».
La crise du coronavirus est désormais historique, non pas par l'ampleur de la menace, mais par les conséquences qu'elle engendre. Jamais une crise sanitaire n'a eu un impact financier et économique aussi important. Deux précédents existent (la peste noire de 1347-1352 et la grippe espagnole de 1918), mais, dans les deux cas, le système financier n'était pas mondialisé. Aujourd'hui, le monde économique est dans un équilibre précaire. Et c'est une double crise qui débute : d'une part, la panique boursière va avoir des conséquences directes sur l'économie réelle ; d'autre part, les mesures sanitaires prises par les gouvernements (à commencer par un confinement à géométrie variable des populations) va mettre à l'arrêt de très nombreuses activités économiques. La crise financière va détruire des emplois et provoque déjà un grand nombre de faillites d'entreprises. Mais en parallèle, la prise de mesures exceptionnelles pour lutter contre la propagation du virus va aussi entraîner des conséquences sociales et politiques inattendues qui dépassent les probabilités ou perspectives nationales bienheureuses, lénifiantes et au fond patelines.

Revenons à la pandémie de 1918. Elle est en quelque sorte aussi l'alliée des bolcheviques. L’Europe affronte la pandémie dans les pires conditions. Le conflit bat alors son plein et la grippe se répand avec les mouvements des troupes alliées. Ensemble, l’épidémie et la guerre forment un cocktail explosif. Les espaces confinés des bateaux qui traversent l’océan forment le terrain idéal pour la propagation. Alfred Crosby estime que 40 % du corps des Marines est touché en 1918, et que, durant les deux derniers mois de guerre (octobre et novembre), environ 4 000 soldats décèdent pendant la traversée vers l’Europe. Le 17 octobre, un navire en provenance des Etats-Unis débarque au Havre avec à son bord 78 passagers, dont 74 atteints de fièvre. Si ces faits ne sont pas de prime abord favorable à l'indignation révolutionnaire, ils circulent et démoralisent les troupes et la population, or la démoralisation est le premier ennemi de la guerre impérialiste et fratricide.
Quant aux tranchées, elles favorisent aussi la maladie. Même si, en cette fin 1918, les conditions de vie s’y sont relativement améliorées, l’eau souillée, la saleté, les parasites, les cadavres, offrent un terrain favorable à la prolifération du virus. Du côté français comme du côté allemand, les soldats sont faibles et mal nourris. La grippe fait des ravages dans leurs rangs… Raisons de plus pour favoriser les crosses en l'air puisqu'on meurt plus du fait d'un ennemi intérieur (invisible) que du fait des balles ennemies !
Beaucoup des soldats grippés restèrent à proximité des soldats blessés dans les hôpitaux situés pour la plupart en zone urbaine, aux conséquences désastreuses en terme de contagion sur les populations civiles. Du côté des civils ce fut l’inertie totale des autorités dans la prise en charge lors de la deuxième vague de la grippe (comme nous le démontre tristement la clique à Macron), le contexte de la guerre a joué dans la difficulté pour gérer la crise de l’épidémie. En France il faut attendre le 18 septembre 1918 avec la circulaire qui invite les médecins à considérer la grippe comme une maladie à déclaration obligatoire. Dans les autres pays exceptés l’Allemagne, le Royaume Uni, les Etats-Unis, beaucoup ne purent faire appliquer des mesures d’hygiènes strictes, faute de moyens. La seule forme la plus aboutie de contrôle frontalier est la quarantaine depuis le XIXe siècle, selon les règles internationales, comme moyen de contrôle des épidémies comme le choléra, la peste, le typhus qui sont sévèrement surveillées. Quant à l’épidémie de grippe, cela n’a pas été perçu comme une priorité à l’échelle internationale.
De cette hécatombe, on ne sait alors presque rien. En France, où la Première Guerre mondiale vit ses derniers mois décisifs, ce n’est pas le moment de démoraliser les troupes, même si, dès le 4 octobre, le sous-secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Albert Fabre, envoie des instructions aux préfets : désinfection et fermeture éventuelle des lieux publics, limitation des activités et des déplacements. Ainsi, le 10 octobre, Caen ferme toutes ses salles de spectacle et interdit les réunions. Le 25, c’est au tour des lycées parisiens de rester portes closes. Il devient alors impossible de taire les dégâts causés par la grippe. Mi-octobre déjà, le ton est devenu plus alarmiste dans les journaux. Le Matin écrit : «Une seule personne malade est capable, en parlant et en toussant, d’en contaminer des dizaines.» Pourtant, dans un pays en guerre, les transports fonctionnent toujours, même si des trains spéciaux sont aménagés pour séparer militaires et civils, et que les wagons sont désinfectés.
LE « MAL BOLCHEVIQUE »
La menace du typhus qui sévit en Europe orientale et dans les Balkans pendant la première moitié du XXe siècle fut exploitée pour dénoncer le « péril bolchevique », puis utilisée par les nazis pour séquestrer les populations juives. La situation de guerre favorise l'extension de tous les virus, et il y en avait d'autres que la grippe dite espagnole14. Le traité de Brest-Litovsk a prévu la libération des prisonniers de guerre des deux camps soit plus de 2 millions d'Austro-Hongrois en Russie, moins d'un million de Russes en Autriche-Hongrie et environ 2 millions de Russes en Allemagne. Le retour s'effectue à partir de mars 1918 . C'est probablement par ceux-ci que la grippe espagnole se propagea en Russie à partir de mai 1918. La concentration de mouvements de population dans les régions d’Europe orientale, où le typhus est endémique, fait que la situation se dégrade rapidement après la révolution bolchevique en 1917, puis le retrait des armées germaniques de Pologne en 1918. Les mouvements de populations civiles — sans parler des troupes démobilisées — qui suivent la révolution et la reconstitution de plusieurs États du Centre Est européen sont sans précédent dans l’histoire. De surcroît, les populations sont fatiguées par 5ans de guerre et la famine sévit. Tout cela ne fait que favoriser l’extension de l’épidémie. Il est impossible d’estimer l’incidence exacte du typhus au sortir de la guerre. La Russie et la Pologne orientale sont certainement les pays les plus concernés, mais l’Allemagne, l’Autriche, la Roumaine, la Hongrie, la Tchécoslovaquie et la Lituanie sont aussi durement touchées. L ’armistice de novembre 1918 n’est pas signé que déjà la peur d’une conflagration de la situation sanitaire remplace celle des combats. « Il s’agit d’une calamité qui, arrivant peu après la guerre, semble presque pire que la guerre elle-même» déclare le ministre des Affaires étrangères, Lord Balfour; alors qu’à Moscou Lénine prophétise: «ou bien le pou vaincra le socialisme ou bien le socialisme vaincra le pou. » En effet, on estime qu’en 1919-1921, la Russie devra faire face à 25 à 30millions de cas de typhus, engendrant peut-être 4millions de morts15. La Pologne met en place plusieurs cordons sanitaires à l’est du pays et des stations de quarantaine pour les réfugiés russes et polonais revenant chez eux. Ces mesures contribuent à juguler l’épidémie, et la Pologne retrouve rapidement sa place de «rempart de l’Occident», protégeant l’Europe de l’Orient « menaçant ». Cela est d’autant plus vrai que les Polonais réussissent dans le même temps à repousser l’Armée rouge, arrivée jusqu’aux portes de Varsovie, et qui voulait propager le communisme jusqu’en Allemagne. La Russie est vue comme porteuse de malheur dans tous les sens du terme: «Une Russie empoisonnée» écrira Winston Churchill à la fin des années 1920, «une Russie infectée, une Russie porteuse de peste, une Russie de hordes armées non seulement brandissant baïonnettes et canons, mais accompagnées et précédées de vermine typhique pullulante»16.
L'intervention de l'Armée rouge en Pologne, est énorme erreur politique des bolcheviques (la guerre n'est plus révolutionnaire et les impérialistes en profitent pour reconnaître la nation polonaise)17. Ce n'est pas la grippe espagnole qui est l'ennemi au même moment mais le typhus qui fait dire cette fake news nationaliste polonaise : « c'est un mal bolchevique ». Le typhus fait toujours des ravages sur le front de l'Est (en Russie, mais surtout en Pologne et en Roumanie) et sur le front des Balkans (plus de 150 000 morts lors de la campagne de Serbie en 1915 dans la seule armée serbe). La mortalité atteignait généralement de dix à quarante pour cent des malades infectés. La maladie exposait à un risque de décès important chez ceux qui s'occupaient des malades : médecins, infirmière et autres23. En Russie, après la Première Guerre mondiale, entre 1918 et 1922, pendant la guerre civile entre les Armées blanches et l'Armée rouge, le typhus a tué trois millions de personnes (en grande partie des civils) parmi 20 à 30 millions de malades.
La création de la Commission de épidémies de la SDN, dans sa faconde humanitaire, mais ans vraiment aider la Pologne, vise avant tout à combattre l'alternative bolchevique (Lénine a promis que le socialisme éliminerait les poux)18.
En juin 1920, à l’occasion de la cinquième session du Conseil de la SDN, Balfour lit la réponse de Henderson à sa lettre de février. La LSCR se déclare prête à développer ses activités en Pologne à condition que la SDN fournisse des vêtements, de la nourriture et des moyens de transport. Pendant cette même session du Conseil, Drummond prie la LSCR de lancer un appel aux sociétés nationales de la Croix-Rouge afin de collecter de nouveaux fonds. Le 23 juin 1920, Drummond adresse directement une deuxième lettre à toutes les nations du monde pour les inciter à aider la Pologne et les pays d’Europe centrale en raison de leur proximité géographique, en considération de leurs relations commerciales ou pour des motifs humanitaires. Selon l’estimation faite par Drummond, 2 millions de livres sterling auraient pu résoudre l’urgence humanitaire en Pologne. Il rappelle que la Grande-Bretagne était prête à verser 50 000 livres à condition que quatre autres pays. Au moment où la Commission doit commencer son travail, les bolcheviques sont sur le point d’occuper Varsovie, de sorte que la peur d’une propagation incontrôlée de l’épidémie de typhus, semblable à ce qui se passait en Europe méridionale avec la grippe espagnole. A cela vient s’ajouter à la peur de l’ « épidémie bolchevique ». Malgré l’urgence politique et sanitaire, les gouvernements font la sourde oreille aux appels de Balfour et de Drummond. Le 21 août 1920, Balfour demande aux gouvernements de fournir au moins la somme de 250 000 livres, c’est-à-dire le strict nécessaire pour faire face aux besoins. Au total, la grippe dite espagnole et l'attitude impérialiste de l'armée bolchevique vont augmenter la détresse de larges parties du prolétariat mondial. Le ministre de Lénine Sverdlov qui parcourt la Russie de part en part pour recruter la population contre les armées blanches, meurt lui-même de cette grippe « espagnole », mais en réalité « américaine ».


SUR LE PRETEXTE IDEOLOGIQUE SANITAIRE


Nous les maximalistes on a tant répété le fameux mot révolutionnaire de cet épatant Lénine : « il ne suffit pas que ceux d'en bas ne veuillent plus, il faut aussi que ceux d'en haut ne puissent plus ». Advienne cet heureux moment ! Marx a dit lui aussi, quelque part, que les classes dominantes finissent toujours par commettre une connerie énorme qui les vouent à leur perte. Voyez la fuite à Varennes, ou l'égorgement lâche des peuples en 1914 ; oui j'ai vu « 1917 », très bon film et nous n'avons pas attrapé le connarovirus au cours de la séance. Je suis persuadé que maintenant les financiers gangsters et leurs exécutants comme Macron creusent leur propre tombe comme les flics, réduits au rôle de minables vigiles sans protection sous les balles du virus – qui sinon auraient été voyous dans la vie courante – qui vont se débander avec la propagation du virus dans leur propre famille. Larbins de l'élite méprisante ils sont aussi lâches que les bobos écolos qui ont fuit la capitale pour se faire crever les pneus par les provinciaux encore indemnes. Que l'on songe à la situation intenable des pauvres prisonniers entassés pour délits mineurs! Et la négligence honteuse des conditions pour les transporteurs routiers! Fumiers de l'élite bourgeoise!
Ce que nous vivons confinés, abrutis et désespérés, d'autres l'ont prévu et c'est autrement dramatique que les pantins de télévision et de radio ne nous le chantent au seul niveau des pâquerettes « nationales » ou « régionales ».
Il y a fort longtemps l'ONU, ce repaire de cireurs de pompe des impérialismes dominants, écrivait (concernant la grippe aviaire) :
"Si la pandémie est sévère, les retombées économiques seront probablement importantes, bien que les prévisions impliquent un degré élevé d'incertitude.La gravité d'une pandémie dépend de la maladie, des taux de mortalité, de sa durée, du comportement et de la préparation des foyers et entreprises, ainsi que de la capacité et préparation des systèmes de soins de santé. Une pandémie comme celle de la grippe espagnole de 1918 pourrait entraîner des taux élevés de maladie et de décès, ainsi qu'une baisse prononcée mais temporaire de l'activité économique mondiale ».

En septembre 2019 le rédacteur scientifique de Futura, Julian Hernandez, écrivait que si les conditions suivantes étaient réunies : 

  • une souche virale extrêmement contagieuse, variable et virulente ;
  • des déplacements de masse dans le monde entier comme suite à la première guerre mondiale
  • un contexte hygiénique, nutritionnel et médical médiocre favorisant la mort par complications induites par l'infection.
Si une souche semblable à celle de 1918 venait à faire son apparition, avec nos modes de vies actuels (déplacements et échanges à l'autre bout du monde), le virus pourrait se propager à une vitesse folle. Avec les virus grippaux, il y a aussi les épidémies telles que Ebola, et les coronavirus responsables des syndromes respiratoires aigus sévères (SRAS) qui inquiètent les autorités sanitaires. Évidemment, le contexte hygiénique, nutritionnel et médical est maintenant meilleur dans les pays riches. Malheureusement, les habitants des pays pauvres se retrouveraient une fois de plus en grand danger. 
Dans son rapport, l'OMS prévient que le risque de pandémie est élevé en se basant sur les récurrences statistiques de l'apparition de souche virale virulente, les autres affections virales et bactériennes nouvelles (ou qui ressurgissent fréquemment), nos modes de vies modernes -- où, à cause de nos déplacements et de nos échanges internationaux, un virus peut faire le tour du monde en seulement 36 heures -- les manipulations de plus en plus fréquentes des agents pathogènes au sein de laboratoires multipliant le risque d'accident.
L'OMS résume donc en 7 points fondamentaux les actions à entreprendre car le monde n'est, selon elle, clairement pas préparé pour lutter contre une pandémie de grande ampleur : 
  • l'engagement et l'investissement total et sans faille des gouvernements de tous les pays ;
  • les pays les plus développés doivent montrer l'exemple ;
  • chaque pays doit construire des systèmes de santé plus effectifs, à même d'envisager et de prévenir la majorité des risques de contaminations ;
  • tous les acteurs doivent être préparés au pire et développer des stratégies efficaces (vaccins, thérapeutiques, etc.) en cas de pandémie ;
  • le monde de la finance doit préparer des plans de crises en guise de prévention d'une telle catastrophe ;
  • créer des incitations à agir et obtenir des financements pour soutenir les actions ;
  • un renforcement des mécanismes de coordination des différentes pays par les Nations unies.
Si ces mesures ne sont pas prises au sérieux, les pays pauvres seraient les premiers à subir de lourdes pertes de vies humaines (50 à 80 millions de morts, selon le rapport) et de lourdes conséquences économiques, le tout occasionnant un chaos social généralisé19.
Comment ne pas penser à ce qui va se passer en Afrique, en Russie où Poutine, par démagogie électorale, laisse se dérouler les matchs de foot massifs, et où, en Iran la stupidité bigote islamique va entraîner à la mort des milliers ce weekend.




NOTES

1 Conseiller d'Emmanuel Macron, Quentin Lafay lui aurait répondu : « Parlons-en demain soir discrètement, je trouve cela très intéressant. » Une réponse qui détonne avec les autres avis de l'époque sur Jérôme Salomon. L'Opinion rapporte que ses propositions ont souvent été jugées « iconoclastes » ou même « alarmistes » par certains proches du président Macron, comme Alexis Kohler.

2 Entendu tout à l'heure sur France info , un dirigeant d’entreprise de plus de 500 salariés qui fustigeait le gouvernement sur la gestion de cette crise sanitaire.
3L'article 7 du projet de loi d'urgence sanitaire présenté par le gouvernement habilite celui-ci à «permettre à tout employeur d'imposer ou de modifier unilatéralement les dates de prise d'une partie des congés payés, des jours de réduction du temps de travail et des jours de repos affectés sur le compte épargne temps du salarié» en dérogeant «aux délais de prévenance et modalités d'utilisation» définis dans le Code du travail, les conventions et accords collectifs ainsi que le statut général de la fonction publique.Le gouvernement pourrait donc, par ordonnance, permettre aux entreprises de fixer une partie des congés payés pendant la période de confinement.
"Supprimer le délai de prévenance". Devant le Sénat, ce jeudi 19 mars, le gouvernement a expliqué qu'il s'agissait surtout, dans son esprit, de permettre aux entreprises d'imposer aux salariés la prise de congés payés pendant le confinement, dans la limite de six jours. "Il ne s'agit pas de supprimer les congés payés, mais d'utiliser une prérogative de l'employeur dans le code du travail en supprimant le délai de prévenance, normalement de quatre semaines, pour six jours ouvrés seulement", a fait savoir Muriel Pénicaud. Cette disposition a d'ailleurs été intégrée très explicitement dans la réforme. Mais quid d'une limitation de ces congés payés, pour toutes les entreprises ? (cf. Le Figaro)

4Cette prime reposerait en fait sur la « prime Macron » mise en place en 2019 pendant la crise des gilets jaunes pour redonner du pouvoir d'achat à tous les salariés. Elle a été reconduite en 2020 mais uniquement pour les entreprises ayant un accord d'intéressement pour leurs salariés «J'invite toutes les fédérations, toutes les entreprises qui ont un accord d'intéressement, notamment dans les secteurs vitaux, comme l'agroalimentaire ou la grande distribution, à verser une prime de 1000 euros qui est totalement défiscalisée» a plaidé Bruno Le Maire. La prime serait en effet exonérée de toute charge et ne coûterait que 1000 € à l'entreprise. Pour les salariés elle ne serait pas imposable. Les entreprises auraient jusqu'au 30 juin pour verser cette prime. Le ministre de l'Economie s'est même dit ouvert à une extension de cette prime pour le personnel hospitalier « à qui nous devons la vie» . Reste à en définir les contours (les bénéficiaires) et les modalités (le montant).
5Un décret gouvernemental italien a servi d'exemple à notre loi « urgence coronavirus ». La vraie raison de l'extension extraordinaire de l'épidémie n'est pas que c'est un « pays de vieux, mais dans le non confinement des activités productives ; plus d'école, de cinéma, de jeux sportifs mais : «Il faut souligner cependant que les activités de production et l'administration publique continueront à fonctionner normalement», a dit le ministère italien du travail. Ce qui signifie que bus et métros sont astreints à fonctionner normalement. Avec leur foule compacte Les jours de congés à rattraper sont interdits et dans les usines où on ne peut faire appel au télétravail il est obligatoire de se rendre au boulot. Rien n'est interdit aux travailleurs étrangers surtout pas de ne pas aller au travail.

6 Les trois régions les plus riches et les plus dynamiques d'Italie sont également les plus touchées par le coronavirus: la Lombardie, la Vénétie et l'Emilie-Romagne. Selon des chiffres datant de 2017 de l'Institut national des statistiques (Istat) ces trois régions, sur les 20 que compte l'Italie, représentaient 40,1% du Produit intérieur brut (PIB) mais seulement 31,5% de la population, et sont donc les plus productives de la péninsule.Le gouvernement avait pris dimanche des mesures inédites pour endiguer l'épidémie qui a déjà contaminé 9.172 personnes et causé 463 morts dans le pays, mais ne veut pas toucher à la « production ».
7Ah le beau souvenir de la reconstruction sur les ruines de la guerre mondiale ! Où l'on retroussait ses manches en chantant la Marseillaise stalinienne !
8Localement les sous-fifres obtempèrent. Dans un courrier adressé aux habitants du département, le préfet du Morbihan a appelé les entreprises « à rouvrir » en cette période de lutte contre le coronavirus. Dans sa lettre, Patrice Faure s’adresse à toutes les forces vives du département, les invitant à «  poursuivre leur activité, même partiellement ». La raison ? « Eviter la pire récession du siècle », selon le préfet. Classé comme « zone de circulation active » du virus, le territoire du sud Bretagne a vraisemblablement appliqué les consignes du président Macron à la lettre. Un peu trop ? C’est le sentiment du préfet qui estime que « les consignes ont été surinterprétées » et évoque la fermeture de « nombreuses entreprises qui n’étaient ni visées par des interdictions, ni par les dispositifs de soutien de pouvoirs publics ».
Le préfet appelle donc ces entreprises à rouvrir dans le respect du droit et des gestes barrière. Pour justifier son injonction, le préfet évoque la nécessité « d’assurer la continuité économique du pays ». « Notre économie ne doit pas s’arrêter », estime le représentant de l’État. Question : Les gens doivent faire quoi exactement ? Rester chez eux confinés comme le dit le Président de la République si leur activité n'est pas essentielle à la vie du pays pendant cette crise ou aller bosser ? Et quels sont les activités essentielles dans ce pays qui ne doivent pas fermés ? On n'y comprend rien avec toutes ces injonctions contradictoires.
Commentaires....Clarinette77 Ce préfet n'a pas du visiter beaucoup d'usines, où dans des ateliers les ouvriers travaillent à 50 centimètres les uns des autres. C'est vraiment les envoyer au casse-pipe. par contre, si un salarié contracte le virus au boulot, est-ce que ce sera considéré comme maladie professionnelle voire accident mortel s'il y a décès ? Par ailleurs, s'il y a un seul malade dans un atelier, l'atelier devra être fermé en attendant les conclusions de l'enquête sanitaire. Et retour à la case départ. Un certain nombre d'entreprises ont profité , voire abusé de cette aubaine de payement du chômage technique par l'Etat ! Lundi 16 mars: Micron nous dit que la santé et la vie sont plus importantes que l'économie. Il a trouvé miraculeusement des milliards pour payer ceux qui n'iront pas travailler pour cause de coronavirus Jeudi: Micron exhorte les français à travailler si les conditions sanitaires sont respectées, mais où sont les masques? Vendredi un Préfet demande aux entreprises de rouvrir. Lundi 23 mars: fin du confinement parce que ça coûte cher???
Quel pataquès ! La bourse ou la vie?
9 Je m'aperçois que je ne suis pas le seul à dénoncer ce menteur professionnel, menteur parce qu'il rêvait d'être ministre et compense avec sa promotion médiatique honteuse. Libé sous le titre « Masques : la folle impréparation » est éloquent. Dès 2016, l’actuel directeur général de la santé s’inquiétait pourtant des insuffisances du système de santé français. Confronté aujourd’hui à la pandémie causée par le coronavirus, il se voit obligé de les justifier.
Depuis des semaines, Jérôme Salomon a deux visages. Celui, rond et rassurant, du directeur général de la santé, énonçant derrière un pupitre, chaque soir depuis le 21 janvier, aux alentours de 18 h 30, une sinistre litanie de contaminés et de morts du Covid-19. « Un croque-mort avec une pointe de sourire au coin des lèvres », ont longtemps plaisanté les journalistes présents à son « point de situation » rituel au ministère.
10Dans son article confus « Le capitalisme responsable de la catastrophe financière », le CCI devenu écologiste croit que dans la situation actuelle « les travailleurs ne peuvent même pas se rassembler (…) qu'il faut « aiguiser avec rage l'arme de la solidarité ouvrière » (en tapant dans les mains au balcon le soir?) « comme nous l'avons vu récemment dans les luttes en France contre la réforme des retraites ». Or cette comédie syndicale a été équivalente aux manifs pacifistes de ces mêmes bonzes syndicaux qui en 1913 criaient « A bas le capitalisme », avant de se coucher dans l'Union nationale. Ces « luttes en France » n'ont en aucun cas été exemplaires d'autre chose que du corporatisme étroit des « services publics ».
13«En général, le creux d’activité est suivi d’un pic parce que les gens dépensent ce qu’ils avaient épargné pour faire face au pire», analyse Charles Wyplosz, professeur d’économie à l’IHEID de Genève. «Nous anticipons effectivement une reprise au second semestre après le choc provoqué par l’épidémie», poursuit Samy Chaar, chef économiste chez Lombard Odier: «c’est ce que l’on appelle une reprise en V». Ou en U, comme décrit par les stratèges de la banque J. Safra Sarasin, si la période de creux est un peu plus longue. Et c’est ce scénario que privilégient les prévisionnistes pour l’actuelle crise provoquée par l’épidémie de coronavirus. Ce scénario positif n’est possible qu’à une condition: «l’épisode d’épidémie doit être suffisamment court, pour éviter de causer des dégâts irrémédiables à l’économie», avertit Samy Chaar. Si elle se prolonge, «des choses se casseront, des entreprises feront faillite», et le redémarrage serait beaucoup plus lent, renchérit Charles Wyplosz. Un cycle de faillites affecterait inévitablement l’emploi et donc la consommation, moteur indispensable à toute reprise, insiste Samy Chaar.
D’autres doutent un peu plus de la capacité des autorités à redresser rapidement la situation. «Ce virus s’est propagé dans le monde, affecte la demande, avec des répercussions financières et économiques qui seront difficiles à circonscrire, vu les faibles marges de manœuvre des banques centrales et des gouvernements», estime Fabrizio Quirighetti, responsable des investissements chez Decalia Asset Management.
14Le typhus est l’exemple type d’une maladie qui fut idéologisée dans les années 1930: endémique dans les pays de l’Est, il fut associé à la Pologne et à la Russie; cette dernière étant devenue communiste, il fut attribué aux bolcheviques. Face aussi au prototype du bolchevique juif, le typhus devint une maladie juive — croyance extraordinaire que le régime nazi s’empressera d’exploiter… Depuis les temps anciens, on sait que le typhus et les fièvres typhoïdes ont été les fidèles compagnons des guerres, faisant la plupart du temps plus de morts que les combats eux-mêmes. C’est le typhus qui dévaste les armées napoléoniennes lors de la campagne russe
15L'histoire est muette sur cette dramatique situation et si quelqu'un a des lumières sur la manière dont « l'Etat prolétarien » a jugulé l'épidémie ou s'il a fait appel à des docteurs « capitalistes » d'outre « bastion prolétarien », je suis preneur.
16 Marta Aleksandra Balinska : Le typhus une maladie idéologiése, http://www.msf-ureph.ch/sites/default/files/fichiers/RDP_2005_14_1619.pdf
17Lire le célèbre ouvrage de Jean-Louis Roche : La guerre révolutionnaire de Robespierre à Lénine.
18La création en 1922, dans le cadre de la Société des Nations (SDN), du Comité de la santé et de l'Organisation d'hygiène, ancêtres de l'actuelle Organisation mondiale de la santé (OMS), servit ultérieurement de vade-mecum à la prétention du capitalisme de mieux combattre ce type de fléaux.19https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/medecine-pandemie-mondiale-tuerait-jusqua-80-millions-personnes-si-elle-survenait-demain-77674/