"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 27 septembre 2019

MORT D'UN GROS LEGUME : le masque séduisant de la bourgeoisie française affaiblie


Algérie 1956, un sous-lieutenant exécutant les "pouvoirs spéciaux"

Depuis combien de temps, par suite à ses AVC successifs, Chirac était-il à l'état de légume ? Peu importe, la fin d'un malade sert à justifier la comédie commémoratrice de l'ensemble des pleureuses pourries de la République (à commencer par Ferrand)1 jusqu'à (soi-disant) 80% des français et un NPA qui fait preuve de « retenue » et LO qui se tait. Mon père est mort à peu près dans le même état, sauf que le plus grand magnat patronal ne lui avait pas refilé un de ses luxueux appartements, qu'il n'avait pu bénéficier non plus de l'énorme salaire de retraité présidentiel (non soumis à révision macronesque), ni de la sollicitude des plus hautes sommités médicales (il était maltraité sadiquement par son infirmière).
La bourgeoisie aime bien nous servir la messe, surtout à un de ses meilleurs porte-voix, pourtant plus proche par sa popularité et son physique d'un chanteur de variétés que d'un politique efficace. Elle attendait d'ailleurs le terme de vie du malade pour nous resservir les éloges funèbres de la démocratie éternelle. Par son physique de carnassier, de baiseur impénitent et fort en gueule, bien que mauvais orateur, Chirac a incarné pourtant plus la fin du gaullisme que la victoire du libéralisme marie-couche-toi-là. Il a même pesé dans mon blog. Chirac est présent dans cent de mes articles (près de 1200 depuis le début de ce blog). Je n'ai jamais eu ni admiration ni aucune envie de voter pour Caméléon Bonaparte. Il ne fut pas simplement une girouette, que dénigraient les tabloïds serviles britanniques, mais un pompier politique bien utile au milieu des tempêtes de la bourgeoisie française, comme d'ailleurs ses alter egos, avec le même curriculum vitae de base comme je le notais en mars 2017 : « Je me permets cette remarque complémentaire, en France n'ont été élus en général que des filous (y compris De Gaulle, filou de guerre) regardez la cohorte des Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande... On dirait que les électeurs font plus confiance aux meilleurs filous pour les gouverner. Vous imaginez un président honnête vous ? » (Bienvenue chez les pourris, mars 2017).

L'unanimité des pleureuses hypocrites met en avant le Chirac « antifasciste » en référence à l'élection de 2002 où « il nous a sauvé du fascisme » en éliminant au deuxième tour Le Pen. Or, avec
la complicité du couard Le Pen, qui ne fît nul foin du refus de l'autre de débattre avec lui, un Chirac élu avec un score brejnévien s'avéra être un sauveur de meubles bien advenu face à la débâche de la gauche bourgeoise, en même temps, il faut le dire, en évitant au système politique français non pas la mise en selle d'un nouvel Hitler mais l'installation d'une faction bourgeoise totalement incapable de gouverner, sans cadres et sans soutiens internationaux. Chirac se fit ainsi pardonner son comportement éléphantesque dans un magasin de porcelaines lorsqu'il avait fait perdre la droite en refusant de soutenir le valet américain Giscard en 1981 ; on assista alors à la plus grande esbrouffe de l'histoire moderne de la France, une soi-disant victoire de la gauche (bourgeoise) alors qu'il ne s'agissait que d'une victoire de la division de la faction de droite ! La gauche étant incapable de « réformer » (entendez : faire vraiment payer la crise à la classe ouvrière, tout en la lui faisant payer en planquant des milliers de militants dans la fonction publique). Signe des temps, malgré les efforts de Chirac (la dissolution foireuse dite « pari fou »), la droite et surtout sa faction gaulliste n'ont jamais pu retrouver l'hégémonie politique et leur domination sans partage qui avait été de règle avant 1968.

Le caméléon, devenu « roi fainéant » après s'être brûlé les ailes en 1995 en croyant faire avancer l'éternel écueil des retraites, ne laissera comme acquis politique, pour la catégorie « jeunes » ressortie par les truqueurs journalistes, que l'instrumentalisation (abracandesque) de Le Pen (cf. mon article UN ANARCHISTE DE DROITE DEVENU SPARRING-PARTNER). L'admiration dont Chirac fût l'objet même chez des observateurs proches de notre esprit critique confirmait le surnom donné par un journaliste anglais Caméléon Bonaparte (A PROPOS DU BLOG ANARCHO-MONARCHISTE DE LA SECTION PS DE RODEZ, mai 2010).

La personnalisation de la vie politique étant évidemment à son comble en nos temps de l'individu-roi, il ne fallait pas s'attendre à de fines analyses pour le temps des funérailles, or Chirac ne fût donc que l'expression des derniers soubresauts de la faction gaulliste de la bourgeoisie française, un mélange d'opportunisme bonapartiste et de politique sociale en étroite collaboration avec les bureaucraties syndicales pour le temps nécessaire à assurer une reconstruction pacifiée socialement après la grande boucherie anti-fasciste ; mais qui ne pouvait pas se prolonger éternellement sauf à miser sur l'impuissance politique de la classe ouvrière. Cette faction gaulliste, outre qu'elle permit d'effacer la misérable collaboration pétainiste au camp impérialiste teuton, rétablit une certaine fierté nationale chauvine en tenant tête à plusieurs reprises au nouvel impérialisme sorti victorieux de la boucherie capitaliste. La bourgeoisie française ne lâcha nullement ses colonies africaines et d'Outre mer; les amitiés africaines éternelles des Chirac-Pasqua en ont fait foi, n'en déplaise à la dénonciation américanophile de nos trotskiens. Dans la longue bataille pour ralentir la décolonisation obligée sous égide US, la carte gaulliste joua sur l'opposition des deux blocs russo-américain pour négocier le maintien de sa part du gâteau, et elle y réussit relativement bien (alors que l'Allemagne perdit toute prétention à conserver des colonies), sous la façade de fictives « libérations nationales ».
La bourgeoisie US n'a jamais pardonné cette arrogance de petit coq gaulliste (malgré l'intermède du cire-pompe Sarkozy), et c'est pourquoi toute la propagande de morale anti-raciste et les prêches multiculturalistes est assumée par les intellectuels collabos souvent ex-gauchistes ; volens nolens la faction de Chirac a d'ailleurs jugé urgent de reprendre cette musique – n'en déplaise à Zemmour - trahissant De Gaulle, mais se couchant derrière la mitterrandôlatrie (f.ASSUMER LA DIMENSION ARABO-ORIENTALE DE LA France, Etc .(février 2013). Les groupes maximalistes n'ont jamais fait dans la nuance au niveau inter-impérialiste et jamais analysé finement le multilatéralisme et l'unilatéralisme (cf. et aussi l'histoire pantelante des non-alignés); sur l'importance du gaullisme et le génie de De Gaulle en politique étrangère, ils auraient eu matière à méditer avec les révélations de l'excellent "De Gaulle, mon père" du fils Philippe (Plon 2003).

Le principal fait d'armes (sic) de l'ancien sous-lieutenant en Algérie, aux ordres du « socialiste » Guy Mollet, qui est exalté de tout bord, au bord de sa tombe à Montparnasse2, serait d'avoir tenu tête au va-t-en guerre Bush lors du début des massacres en Syrie et d'avoir ainsi « économisé des milliers de vie » de prolétaires sous l'uniforme. Or ce refus n'était nullement dicté par un souci humanitaire du plus grand ami du haut patronat, mais tout simplement pour conserver le pré-carré néo-colonial de la France ainsi que ses nombreux marchés, matières premières et réservoir de main d'œuvre (bon marché…et futur melting potes) dans les pays arabes et en Afrique. Ce refus ne démonétisait pas pour autant la bourgeoisie française de ses habituelles complicités et manigances souterraines dans tous les conflits qui ensanglantent la planète, et défendent mordicus le juteux commerce d'armes made in France (en particulier pendant la guerre Iran/Irak au profit du dictateur Saddam Hussein), sans hésiter à jouer sur les deux tableaux dans les deux camps (multilatéralisme impérialiste?) et où la faction de droite gaulliste tripatouille directement avec l'Etat terroriste iranien dans la "guerre sale" des otages (libérant le tueur en chef Gordji) et où du même coup Chirac se ridiculisant en ne parvenant pas  à empêcher la réélection de Mitterrand, ce dernier avec les mains aussi pleines de sang. Dans toutes les situations de guerres locales, jusqu'à aujourd'hui il faut bien constater, hélas pour les prolétaires des pays "périphériques" que les diverses grandes puissances et leurs clowns présidents n'ont pu étendre les guerres locales par peur des réactions immédiates du prolétariat des pays développés, peur qui reste tangible et un souci constant des principaux dirigeants les plus "éclairés" de nos jours mais pas pour leurs généraux docteurs Folamour...

A l'occasion des funérailles, d'aucuns entendent bien enterrer définitivement le gaullisme, quoique les vestes en jaunes résiduelles et les retraités CGT pourraient bien rêver le voir ressortir de sa tombe à Monparnasse-les-deux-églises (de gauche et de droite).


1Comme elle servit à éviter la concrétisation des poursuites judiciaires.
2Où ses fans et les touristes tiers-mondistes pourront venir s'incliner et fleurir contrairement à l'autre gloire nationale, ce pauvre Hallyday. Le pouvoir macronesque s'apprête par contre à lui donner, place des Invalides (sic) des funérailles nationales dignes de celles de Hallyday, on s'attendrait à l'arrivée d'une cohorte de Harley Davidson… Espérons que Laeticia sera présente. Pas de flonflons à Notre Dame because la connerie des travaux tous azimuts d'Hidalgo a entraîné sa destruction.

PS: le film pour FR3 "Bio" de Giesbert rappelle bien tous les épisodes de la longue carrière de Chirac, et notamment la succession des trahisons devenues proverbiales entre factions de la droite bourgeoise; on peut évoquer la même chose pour la gauche bourgeoise, chez les particules gauchistes mais aussi, hélas, chez nos maximalistes. Giesbert fait la cocote avec son chapeau ridicule, en fait des tonnes pour faire passer son amour pour Chichi, mais n'a jamais été qu'un cire-pompe des coqs successifs de la République bourgeoise. L'article le plus synthétique et qui prend de la distance est celui de l'OBS: https://www.nouvelobs.com/politique/20191001.OBS19162/chirac-la-grande-recup.html

dimanche 22 septembre 2019

Giletjaunisme : Rebel without a cause



et le CCI cause without rebel....

CONVERGENCES DIVERGENCES ALLEGEANCES...


Je m'apprêtais à écrire un article sur les ravages de l'infantilisme climatique, cette orchestration ridicule « pour sauver le climat » autour d'une gamine suédoise autiste (certes de la catégorie ultra intelligente), Greta Thunberg qui serait l'égérie du siècle pour une jeunesse universelle sans cervelle et sans autre conscience pour meubler la vacuité politique bourgeoise que la tambouille écolo-bobo. Campagne dans l'urgence qui, à mon humble avis, n'est qu'une farce pour conjurer le tout prochain chaos économique, voire une guimauve pacifiste généralisée pour conditionner à une possible troisième boucherie mondiale... Nuançons que pour l'heure j'exagère...
Je m'apprêtais seulement à recenser les appels des jeunes bobos cadres (inquiets de la situation climatique) jusqu'aux vestes jaunes les plus repenties (inquiets de la situation sociale) prêtes à converger derrière l'idéologie bourgeoise la plus martelée quotidiennement pour nous convaincre que la préservation de la terre prime sur les luttes des classes1. Ce samedi 21 septembre s'annonçait comme un possible front unique des bobos écolos et des dernières vestes jaunes à la dérive ; le pirate Rodrigues, troisième larron du trio aventurier avec Drouet et Nicolle casquette à l'envers l'assurait: «Il faut que le mouvement mute. Je suis pour converger vers la lutte contre le mal-être, pour la justice environnementale et pour intégrer des cortèges différents». Une « nuit des barricades » était prévue. Les agités en veste jaunes, apparemment surtout quelques vieux et retraités avec l'aide de leurs potes black blocks, ont en vérité rendu service au pouvoir, qui s'est permis de les ridiculiser sans coup férir par un quadrillage policier très loin du laisser-faire qui avait marqué certains samedis troubles. Sous couvert de convivialité et de tolérance, le pouvoir n'a jamais lésiné sur les moyens terroristes. Comme dès le début de la révolte il avait donné ordre à ses flics de crever les yeux des manifestants, il rétabli sans fard les voltigeurs qui avaient été dissous après la mort de Malik Oussekine en 1986. Ces unités nommées BRAV (Brigade de Répression de l’Action Violente) ou unité anticasseur, précisément BRAV-M, mériteraient plutôt le nom de LACH-M. Cette nouvelle violence très redoutable dans des poursuites ciblées a d'ailleurs parfaitement réussi à défaire les velléités barricadières des obstinés en veste ou sans veste jaune. Cette efficacité, et la manière dont les télés aux ordres ont filmé la prise de contrôle militaire des rues, est venue combler une opinion qui en a marre des agitations stériles et dégonflées des résidus d'une protestation devenue depuis longtemps caduque.
Certaines minuscules sectes pensent pouvoir récupérer ou annexer cette campagne « climatique » bourgeoise en assurant avec un marxisme simpliste et ridicule « seule la classe ouvrière peut sauver la planète » ! Or, comme pour la circulation automobile ou le partage des richesses la classe ouvrière n'a pas plus à dire son avis sur l'écologie ou le réchauffement climatique réel ou exagéré. Même et surtout après la révolution ce n'est pas en tant que classe ouvrière qu'elle pourra ou pourrait être chargée de « sauver le monde des pollutions diverses engendrées par le capitalisme » !
Après le renversement du capitalisme il n'y a plus de place pour les classes, le prolétariat devient lui-même classe universelle donc non classe, cette humanité libérée de l'aliénation bourgeoise peut en effet s'attaquer aux diverses questions dramatiques, satisfaire tous les besoins humains, faire disparaître les engins de mort, s'occuper bien sûr de sauver la planète des exactions du capitalisme, etc2. L'idéologie écologiste est un bla-bla apolitique qui tente de faire croire que si les classes restent cloisonnées par les règles du profit et du foutage de gueule, elles auraient « dans l'urgence » (mais laquelle et si confusément définie par le ramdam médiatique?) un intérêt commun, suivant cet OVNI « grève générale pour le climat » prêtée aux jeunes du monde entier indistincts avec ou sans dents. A moins qu'il ne s'agisse d'exorciser d'éventuelles grèves générales renaissantes d'un monde (ouvrier) qui est susceptible d'avoir disparu. Ce qui n'est pas pour déparer avec les multiples récupérations idéologiques bourgeoises : les grèves syndicales sclérosées systématiquement en réactions corporatives impuissantes, l'internationalisme détourné en immigrationnisme charitable chrétien, l'antifascisme remplacé par l'antiracisme3, etc.

Campagne mondiale avec la môme suédoise, manifestations massives de bobos écolos en Allemagne, ratées en France, l'écologisme comme le giletjaunisme est sans programme de changement de société. La bobologie universelle ne se sent plus pisser mais reste terriblement transparente et médiocre, servant encore de dentelle à n'importe quel politicien. Sur ce sujet qui veut nous mener en bateau, l'article du CCI de 2013 sur l'idéologie verte reste une référence et d'actualité4.
Je m'apprêtais à démontrer une nouvelle fois que l'idéologie verte est contre révolutionnaire dans le sens où Marx pose la problématique dès 1844 : « La Nature, prise abstraitement, pour elle-même, fixée dans la séparation d'avec l'homme, est pour l'homme néant », quand l'aliénation écolo est venue se glisser dans le processus de satisfaction des besoins humains pour huiler la tentative de ressourcement industriel du capitalisme à l'agonie (bla-bla sur la taxe carbone, réchauffement climatique)... lorsque le CCI est venu atterrir dans ma boite mail donnant de ses nouvelles mensuelles, avec un supplément fort intéressant au premier bord et qui semble tout dire de manière définitive : Bilan du mouvement des “gilets jaunes”: Un mouvement interclassiste, une entrave à la lutte de class5e.
Par une lecture rapide, et sur le fond il n'y aurait rien à redire du point de vue marxiste et révolutionnaire. Sauf qu'il accorde bien trop d'importance à ce mouvement en effet mélangeant les classes sans permettre à la classe ouvrière d'en détenir contrôle et direction politique et sociale. Sauf que le CCI, comme la plupart des sectes, couples et individus maximalistes est toujours en décalage par rapport à la réalité du conflit permanent des classes.

COMMENT UN PETIT GROUPE POLITIQUE COURT DERRIERE LA REALITE ?

En prétendant faire le bilan d'un mouvement de révolte, pourtant déjà out depuis au moins janvier de cette année, on tente de nous faire croire non à une simple science infuse mais à une sorte d'omniscience et lucidité du groupe du début à la fin de la révolte des vestes jaunes qui ont ramassé une veste définitive (je croyais même qu'il pourraient égaler en durée les poujadistes).

C'est dans la seule note du « supplément » qu'on trouve le pire mensonge et la pure félonie pour masquer l'incapacité de ce groupe, pourtant vintage, à saisir le sens initial de la révolte ; malgré mes objurgations répétées, il est resté sans voix durant les deux premiers mois de la « jacquerie », pour finalement passer son temps ) l'accabler de son mépris comme la plupart des groupes gauchistes d'ailleurs. Voici une aberration condensée :

"1) C’est cette nature interclassiste du mouvement des “gilets jaunes” qui explique pourquoi Marine Le Pen a salué dès la première heure un “mouvement légitime” du “peuple français” ; pourquoi Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a soutenu ce mouvement : “Il faut bloquer toute la France…), il faut que la population française dise à ce gouvernement : maintenant ça suffit !” ; pourquoi Laurent Wauquiez, alors président de Les Républicains a qualifié les “gilets jaunes” de “personnes dignes, déterminées, et qui demandent juste qu’on entende les difficultés de la France qui travaille” ; pourquoi le député Jean Lassalle, à la tête de Résistons, a été l’une des figures du mouvement et arboré son gilet jaune à l’Assemblée nationale comme dans la rue. Tout mouvement prolétarien, à contrario, est toujours soumis à un puissant réflexe de rejet et aux calomnies de la part de la classe dominante ».

Laissons de côté la dialectique marxiste, mais plaçons-nous au plan du simple raisonnement déductif logique face à la technique du raccourci propagandiste. Traduction : Marine Le Pen aurait saisi « dès la première heure » la nature « interclassiste » du « mouvement légitime du peuple français », passons sur les autres diablotins évoqués. Donc, malgré eux, ou leurs premiers supporteurs, les gilets jaunes n'auraient fait qu'exprimer les désirs (nationalistes) de la fille Le Pen ! A charge de revanche de deux mois de silence radio du principal messager mondial du prolétariat (en bonne et pure forme) c'est plutôt minable. Un tantinet élitaire de la part d'une orga de profs à la retraite qui rêvent d'un prolétariat qui se batte dans un remake bolchevique et conchient les gens de peu... D'accord il ne s'est pas enclenché un processus d'avenir révolutionnaire, et très vite les petits leaders autoproclamés se sont révélés aussi cons et limités que ceux des « Nuit debout ». Mais franchement reprendre le principal argument du gouvernement Macron comme bilan du mouvement... à ses débuts, c'est du brejnévisme poussif... Pas si interclassiste que cela si on lit le supplément au cœur :

« Ce mouvement des “gilets jaunes” n’est, au mieux, rien de plus que la manifestation la plus visible et spectaculaire de l’énorme colère qui gronde au sein de la population et particulièrement dans toute la classe exploitée face à la vie chère et aux mesures d’austérité du gouvernement Macron. Il n’est, au mieux, rien d’autre qu’un signe annonciateur des futurs combats de classe du prolétariat. De nombreux ouvriers se sont mobilisés contre la pauvreté, les attaques économiques incessantes, le chômage, la précarité de l’emploi… Mais en rejoignant les “gilets jaunes”, ces ouvriers se sont momentanément égarés, ils se sont mis à la remorque d’un mouvement menant dans une impasse. C’est cette impasse qui permet aujourd’hui au gouvernement Macron de redoubler d’arrogance en continuant de plus belle à porter de nouvelles attaques ».

Comment, si vous n'avez point oublié l'entame du titre « entrave à la lutte de classe », un mouvement « salué par Marine Le Pen », peut-il soudain être devenu « au mieux … manifestation la plus visible d'une énorme colère... particulièrement dans toute la classe exploitée »... Mieux mieux « au mieux, rien d'autre qu'un signe annonciateur des futurs combats de classe du prolétariat »... Mieux mieux... avec des ouvriers égarés et « à la remorque d'un mouvement menant dans une impasse ». Alors qu'on a pu constater, même dans la presse bourgeoise, que les ouvriers avaient été aussi muselés qu'avec les « nuit debout », que cette même presse voit plus clair que la faction CCI maximaliste puriste : la queue du giletjaunisme a été absorbée par le gauchisme et n'en est plus qu'une variante plus ou moins allégeante et alléchante à l'écologisme bourgeois. Le problème n'est pourtant pas de conférer une paternité à cette jacquerie comme moment annonciateur d'un futur mouvement vraiment « de classe avec AG et grève généralisée et tout et tout », mais d'analyser la signification de ce qui s'est passé dans le rapport des classes et à l'Etat de type monarchique et même pas démocratique !
L'entrave est devenue une impasse, (qui n'avait pas la prétention d'empêcher la lutte de classe la vraie) tout en agitant la venue de la révolution « véritablement prolétarienne » qui ne vient jamais et cela dépasse notre entendement. Tout ce gourbi pour continuer à masquer l'inaction pendant deux mois des spectateurs maximalistes derrière leurs écrans de salonards face à un mouvement d'emblée coiffé par la mère Le Pen (même Macron n'avait pas osé dire cela). Dans le cas de nos révolutions référentielles où est la classe ouvrière ? Le début de la révolution de 1905 est la pétition d'un pope...que Marine Le Pen aurait évidemment salué ! En février 1917 c'est au cours de la journée internationale des femmes pour le pain que le mouvement va se cristalliser... et que Marine Le Pen aurait salué... ceci prouvant son inanité. De janvier à Octobre 1917, ce n'est pas spécialement la classe ouvrière qui est la vedette de l'actualité, mais certainement que Marine Le Pen eût salué le putsch de Kornilov... La groupe CCI n'aurait pas pu suivre pendant tout ce temps le déroulé des événements car l'industrie informatique voyeuse n'avait pas encore été inventée ni la TV.

Pourtant dans le bilan on passe sur l'essentiel, l'attaque frontale sur les lieux du pouvoir le premier décembre 20186, où en effet le pouvoir a été surpris et apeuré. Moment remarquable et rare qu'il ne faut pas oublier comme la fuite à Baden-Baden de De Gaulle en mai 1968. Le groupe essaie de faire passer ce moment pour une feinte du pouvoir croyant l'Etat impavide et imprenable, preuve de son aveuglement de secte hors de la réalité. C'est rare, c'est bref, mais il y a eu quelques moment d'instabilité étatique au XXe siècle qui même s'ils n'ont pas abouti à leur renversement, montre que les Etats sont périssables. Ce moment, qui avait ému la « communauté bienséante internationale » ne doit pas être oublié. Il révèle que si l'ensemble de la population même composée d'une petite partie de la classe ouvrière, est décidée à forcer les portes du pouvoir, si plus aucun parti et syndicat ni porte-parole n'est pas présent comme pute intermédiaire7.
Et, désireux de décrédibiliser complètement tout apport de la jacquerie à la confrontation des classes – qui a pourtant beaucoup inquiété l'Etat pour avoir repoussé les offres de récup syndicale – le supplément, toujours dans une maïeutique tordue, plus perverse que logique, est tout d'abord contrarié de cet échappement à l'emprise syndicale, zigzague sur « une difficulté de la classe ouvrière à exprimer sa combativité » du fait du sabotage syndical (c'est nouveau?) pour nous assurer que ces maudits gilets jaunes ont piqué l'idée aux ouvriers !

« Le mouvement des “gilets jaunes” ne s’est pas développé seulement en dehors des structures syndicales, il s’est aussi positionné en grande partie contre. L’ampleur de ce mouvement interclassiste s’explique par la difficulté de la classe ouvrière à exprimer sa combativité du fait de toutes les manœuvres syndicales de sabotage des luttes (comme on l’a encore vu récemment avec la longue grève perlée à la SNCF). Ce mécontentement contre les syndicats qui existe au sein de la classe ouvrière a été récupéré par ceux qui ont lancé le mouvement ».

Encore une bonne vieille vision ouvriériste me direz-vous ? Oui, certes mais surtout une vision d'étanchéité doctrinale qui réserverait à la seule classe ouvrière la conscience du rôle de saboteurs des encadreurs professionnels intermédiaires. Comme si les artisans, les paysans et même les fonctionnaires flics n'éprouvaient pas le même dégoût des corps intermédiaires de l'Etat bourgeois ! Alors qu'il faut se féliciter au contraire de cette capacité, même de la part de leaders petits bourgeois à refuser de composer avec le syndicalisme, attitude qui leur valait mépris d'ailleurs de la part des instances gauchistes !

Etre hors de la réalité, comme on vient de le voir pour le groupuscule minuscule CCI, c'est gommer deux moments clés et inoubliables de la jacquerie dans sa période initiale : attaque sans gants du lieu de l'Etat et rejet de ses principaux larbins syndicaux. Mais courir derrière la réalité est encore pire avec l'usage du raccourci propagandiste. Il s'agit maintenant de faire la leçon du mouvement ouvrier vintage et, au passage, avec le même style de raccourci, d'accuser les vilains canards comme moi et plusieurs de mes correspondants éjectés de la secte, pour des supporters … des patrons :

« Ce que beaucoup de supporters du mouvement des “gilets jaunes” veulent faire passer, c’est que les méthodes de lutte des salariés (grève, assemblées générales souveraines et manifestations massives, comités de grève…) ne mènent à rien. Il faut donc faire confiance maintenant aux petits patrons (qui protestent contre les taxes et l’augmentation des impôts) pour trouver “d’autres méthodes de lutte” contre la vie chère, pour améliorer les institutions démocratiques et la représentati­vité, et rassembler tout le “peuple de France” ».

Là aussi, il y a une maille (raccourci) qui ne passe pas dans le discours pervers, on ne sait pas qui dit réellement que les « méthodes grévistes » ne servent plus à rien, ce qui est pourtant globalement le cas dans ce monde de l'urgence et de la décomposition sociale et politique ; on passe d'une négation vague à une affirmation que les mêmes critiques du ronron gréviste corporatif « font confiance aux petits patrons » ! Beaucoup de leaders auto-proclamés n'étaient pas petits patrons. Mais cet amalgame insensé fait passer sous la table l'aspect insurrectionnaliste dans la bagarre des classes (car il s'agit bien d'une bagarre de classes même avec connotation petite bourgeoise dominante) : le rejet des syndicats était une violence. Le désir de ne pas lambiner en pourparlers inutiles était d'esprit plus révolutionnaire que nos pleureuses du CCI, loin des bagarres aux ronds-points ou sur les Champs, devant l'écran plasma... Puis au lieu de souligner et souligner encore cet épisode notoire et à marquer d'une pierre blanche, plus que la grève corporative à Trifouillis-les-oies, le supplément nous invite à surtout noter que « les syndicats en ont profité pour tenter de limiter leur discrédit », ce dont on se branle royalement. Au lieu de dénigrer tout mouvement de révolte qui n'est pas purement prolétarien, avec le terme de la langue de bois maximaliste, incompréhensible pour le citoyen lambda, "interclassisme", il eût été plus intelligent de réfléchir au fait que de larges couches de la population, ni vraiment profiteuse ni complètement salariée, sont devenues hostiles aux attaques économiques et morales de l'Etat bourgeois, et de cesser de les mettre en demeure de se mettre à genoux dans l'attente du prolétariat messianique qui ne viendra jamais puisqu'il sera ce qu'il a toujours été et demeure, un aiguillon central dans la lutte pour changer la société mais pas le seul acteur de ce bouleversement.

COURIR APRES LA REALITE POUR LA REFABRIQUER avec le passé

La jacquerie en jaune (sic) n'a été qu'une occasion pour le pouvoir de se pérenniser, reste une tâche ardue : « Le prolétariat doit recouvrer son identité de classe ». Psychologie de comptoir ou nouvel arrangement avec la réalité ?

« La classe ouvrière traverse une période difficile. Depuis 1989, avec les campagnes sur l’effondrement du stalinisme identifié à la prétendue faillite du communisme, le prolétariat n’a pas été en mesure de retrouver son identité de classe et de se reconnaître en tant que classe et sujet révolutionnaire. Incapable d’esquisser les contours d’une société sans exploitation, la classe exploitée, manquant de confiance en ses forces, demeure très vulnérable et se sent impuissante sur le terrain de la lutte ».

Il faut certainement rester dans ses charentaises dans le fauteuil du salon pour geindre pareillement. Le CCI n'est-il plus qu'un pauvre vieillard cacochyme ? Que signifie ce terme « identité de classe » ? Une concession aux diverses identités communautaristes ? Le terme n'existe pas chez Marx ni dans le marxisme. Pour les économistes classiques, les critères d'identité d'une classe résident dans l'origine des revenus : aux trois types de revenus, la rente foncière, le profit, et les salaires, correspondent les trois grands groupes de la nation les propriétaires fonciers, les entrepreneurs et les travailleurs. Existence de classe ? Conscience de classe était le terme habituel jusqu'à l'invention du CCI. Hors de la réalité (révisionnisme Kafka?) le CCI identifie les prolétaires en général à des crétins congénitaux, confondus certainement avec les pauvres hères qu'on exhibe dans les jeux télévisés :

« La classe ouvrière n’est même pas consciente de son existence en tant que classe antagonique à la classe bourgeoise et distincte des couches sociales intermédiaires (notamment la petite bourgeoisie). Elle a perdu la mémoire de son propre passé, et ne parvient même pas se référer à son immense expérience historique, dont elle a même honte puisque sans cesse la bourgeoisie assimile le mot ouvrier à une espèce disparue et le mot communisme à la barbarie du stalinisme ».

C'était le propre du stalinisme de « penser à la place » du prolétariat, et même en général chez la plupart des marxistes orthodoxes. On nuance ensuite que le prolétariat est toujours là « bien vivant » ; quelle concession à ce que l'OBS bourgeois ne met même pas en cause, et même de solides organes bourgeois comme le Figaro, qui se fiche d'une quelconque identité du prolétariat mais qui sait mieux que Libération qu'il reste la principale classe dangereuse, indépendamment des aléas des convulsions politiques et géostratégiques de la bourgeoisie mondiale depuis trente ans.

Le groupe kafkaïen se réfugie dans un passé mythifié qui comporte toujours les mêmes dates comme les radars que bousillaient les vestes jaunes, dates devenues mystiques qui :

« ...n’ont rien de commun avec le mouvement populaire interclassiste, faussement radical et jusqu’au-boutiste des “gilets jaunes”. Quand le prolétariat développera sa lutte, ce seront les assemblées générales massives, souveraines et ouvertes à tout le monde qui seront au cœur du mouvement, des lieux où les prolétaires pourront ensemble s’organiser, réfléchir aux mots d’ordre unitaires, à l’avenir. Il n’y aura alors pas de place pour le nationalisme mais, au contraire, les cœurs vibreront pour la solidarité internationale et unitaire propres à la grève de masse car “les prolétaires n’ont pas de patrie”. Les ouvriers doivent refuser de chanter La Marseillaise et d’agiter le drapeau tricolore, ce drapeau des Versaillais qui ont assassiné 30 000 prolétaires lors de la Commune de Paris en 1871 !
Pour préparer cet avenir, tous ceux qui ont conscience de la nécessité de la lutte prolétarienne doivent essayer de se regrouper, discuter, tirer les leçons des derniers mouvements sociaux, se pencher à nouveau sur l’histoire du mouvement ouvrier et ne pas céder aux sirènes, en apparence radicales, des mobilisations citoyen­nes, populaires et interclassistes de la petite bourgeoisie ! ».

C'est presque aussi beau que le camion du jusqu'auboutiste sans cause Eric Drouet ! Le prolétariat en chair et en os, en osmose et périphrase apportera la solution par la bonne parole des AG « ouvertes à tout le monde » (même aux gilets jaunes et aux bourgeois?). « Il n'y aura pas de place pour le nationalisme »... parce que celui-ci aura disparu comme par enchantement ? « Les cœurs vibreront » comme à la messe ? Interdiction de chanter la Marseillaise et de se pointer avec un drapeau tricolore... il faudra des flics prolétariens pour filtrer les entrées des rigolos qui se pointeront avec leur drapeau national versaillais, pourtant très 14-18, mais peut-être par un internationalisme surrané et naïf tolérer l'oriflamme algérien. Aucune analyse du phénomène de repli national frileux, de ras-le-bol du multiculturalisme, de l'hypocrisie de l'antiracisme, de la redondance écologique, de l'invasion de la « culture » musulmane, de l'inabordable sujet de l'immigration... tous ces sujets sont impurs face à la pure lutte de classe (svp). Comment expliquer qu'une partie de la classe ouvrière ne veuille plus en être, succombant à l'idéologie du petit entrepreneur, refusant le statut de salarié comme les viles tâches quand les patrons sont bienheureux de recourir au travail des migrants lesquels ne veulent pas plus se considérer comme classe ni renier leur religion d'origine...un monde qui ne fonctionne donc plus comme avant où les classes, les sexes et races se chevauchent, se mêlent, s'entremêlent et s'en mêlent au nom de l'individu roi. Apologie du multiculturalisme et mépris des cultures nationales renforcent le pouvoir d'aliénation de la classe toujours plus dominante.
La révolution la vraie la pure, "aculturelle" (x), obéira aux schémas du passé même si ceux-ci sont caducs ou notoirement irréels dans la confusion régnante, où ce n'est plus la classe ouvrière qui est la seule victime de l'aliénation et de l'exploitation capitaliste ni une espèce de corridor qui permettrait seul de s'indigner et de lutter contre l'Etat. Une classe pure face au reste constitué de fachos et d'affreux gilets jaunes, voilà tout.

Il faut discuter « de la nécessité de la lutte prolétarienne », mais il n'est pas dit où et comment, ni pourquoi et avec quel programme, parce que le CCI n'a pas plus de programme contre la déréliction du monde actuel que nos derniers mohicans en veste jaune. On rejette, on dénonce mais c'est du domaine de l'invention du passé restauré, de la mièvrerie utopique qui se sert des maillons du passé comme de recettes révolutionnaires d'avenir. La bourgeoise a pillé et dévitalisé la plupart des concepts qui faisaient honneur à la vieille « gauche communiste » maximaliste, et elle ne s'en rend même pas compte. Le supplément invraisemblable n'a été lu que par soixante personnes, dont acte.

On ne se trempe jamais deux fois dans le même fleuve disait un philosophe chinois. N'est-ce pas ?




NOTES

1La formation idéologique de base pour jeunes patrons et cadres est une unité en plein essor. « Le Parisien » présentait comme un écolo lambda un des pires bureaucrates de l'idéologie écologiste, polytechnicien, qui a le culot de prétendre que « le salaire n'est pas la priorité », (le sien bien sûr comme ingénieur...) : "Ce qui est sûr, c'est que je vais travailler pour la transition écologique", affirme le jeune homme qui a déjà une idée très précise de la manière dont il va sélectionner son futur employeur : « Quand je serai en entretien d'embauche pour une entreprise, je poserai des questions sur leur stratégie environnementale, et ce sera à moi de juger si je la trouve assez ambitieuse ou pas". Preuve supplémentaire de son engagement, Benoît Halgand fait partie d'un groupe d'étudiants qui alerte les chefs d'entreprises en prenant la parole dans des séminaires de grands groupes. L'objectif est de rappeler aux cadres l'urgence climatique, mais également leur dire qu'ils auront du mal à les recruter sans donner de vrais gages sur leur politique environnementale ».
"Là où autrefois, 60 à 70 % des jeunes sortis des grandes écoles allaient dans l'économie conventionnelle, c’est-à-dire des grandes groupes, des grandes entreprises, des grands secteurs industriels ou la finance, ils sont aujourd'hui environ 30%", affirme la directrice du groupe SOS Transition Ecologique. Quant aux 70% restants, ils se répartissent "entre économie sociale, entreprise familiale, ou création d'entreprise". Au vu de la situation climatique, ces jeunes ne regarderont pas le salaire en premier ».
2Lire mon Manuel de préparation à l'insurrection du prolétariat, The end (2009).
3Cette dernière filouterie est dénoncée par un type que j'aime bien finalement, Alain Finkielkraut, dans son intéressante interview par l'OBS. Contre l'épouvantail climatique, il est aussi très subtil ! « Je plaide donc pour une écologie générale. Le principe de sauvegarde ne peut pas se limiter à la terre. Il doit englober la culture, la langue, le silence et la douceur de vivre ». J'ai rencontré deux fois Finkielkraut, en 1972 et en 2014, il peut venir boire un verre chez moi quand il veut.
4 https://fr.internationalism.org/internationalisme/201305/7096/ecologie-piege-mystification-et-alternatives

6https://www.franceinter.fr/societe/gilets-jaunes-chronologie-de-deux-mois-de-mobilisation
7On n'oubliera pas le génie de Drouet se rendant à la réunion ministérielle, face à un ministre déjà corrompu, refusant de discuter et filmant toute la discussion à l'insu des serviteurs étatiques. Même si par la suite il s'est gonflé les chevilles et n'est plus qu'un vulgaire anar.

(x) Sur l'aculture: http://gestion-des-risques-interculturels.com/risques/lillusion-aculturelle/

Tableau de mes dernières stats preuve que je ne vous raconte pas des bobards ni que je ne serais  lu que par 60 pékins.

jeudi 12 septembre 2019

LA CULTURE DE L 'IGNORANCE EN GILET JAUNE



« On ne gouverne pas, au sens propre du terme, des hommes et des femmes alphabétisés depuis quatre générations ». Françoise Giroud (La comédie du pouvoir)
« Le plus sot orgueil est celui qui naît de l'ignorance ». Johann Georg Zimmermann (Les réflexions sur la solitude,1756)
« L'ignorance n'a jamais sauvé personne » (Marx à Weitling)


Récemment, la prima donna de la rentrée littéraire Piketty remarquait que la plupart des partis politiques sont constitués de diplômés, il aurait pu ajouter en particulier surtout d'enseignants, avec les traditionnels défauts de la profession : ils savent tout sur tout et ont toujours raison. Ce n'est sûrement pas la principale raison du discrédit des partis fondé surtout sur leur absence d'un programme social et révolutionnaire et sur leur corruption coutumière une fois qu'ils sont au pouvoir à tour de rôle. Même un parti par exemple qui ne serait composé que d'ouvriers serait aussi pourri avec la même absence de programme véritable pour « changer la société ». Le ou les partis en veste jaune sont du même acabit réactionnaire, fondés sur les desiderata de quelques personnages sans mémoire et sans consistance, qu'ils prétendent s'adresser à la population indistincte en général ou aux « pauvres » en particulier, leurs propositions alternatives n'en sont pas et sont même carrément creuses. On les flatterait plutôt si on tentait de leur expliquer qu'elles sont utopiques, car l'utopie socialiste a, elle, encore un passé respectable.

« L'appel aux armées » d'un certain Sylvain Baron est venu ridiculiser complètement le putschisme d'opérette des résidus en vestes jaunes ; putschisme du niveau des crétins black blocs, qui se confond désormais avec, (certes occupation de retraités gauchistes chaque samedi) mais qui sert désormais de viatique au pouvoir. Traditionnellement le putschisme est l'action de fractions de droite ou de factions d'extrême droite pour empêcher ou suppléer l'action de masse. Il se confirme bien que le corpus politique dans lequel la queue du mouvement de protestation s'est enferré provient bien de l'idéologie d'extrême droite. Cette idéologie ne vise pas à renverser le capitalisme mais à le pérenniser de manière autoritaire et en flattant l'impossible et fumeux égalitarisme, même à l'état de promesse électorale. La « lutte contre Macron » se résume sommairement en deux slogans imbéciles : la justice fiscale et le RIC. La « justice fiscale » dans un monde dominé par la finance corrompue est aussi saugrenue que loufoque. Le RIC, produit des marges de l'extrême droite, est un gadget hyper-démocratique grotesque qui ignore la vraie critique du parlementarisme par le communisme historique et vante un totalitarisme politique permanent alors que justement le prolétariat peut se passer de politique au quotidien, et que la délégation sert à cela... mais pas dans une permanente paranoïa du contrôle des délégués...1

« L'appel aux armées »2 est une vieille ficelle des factions de droite militariste comme lors de la fin de la colonisation de l'Algérie ; on se souvient que ce pauvre Luc Ferry, pauvre bourge affolé, avait appelé les policiers à se servir de leurs armes et à faire intervenir l'armée ; et depuis écoule peu ses pensums en librairie. L'an passé une autre louche veste jaune, Chalençon, avait exprimé son souhait que l'armée prenne le pouvoir pour permettre l'installation d'un « gouvernement de transition » (…) « seul moyen d'éviter la guerre civile ».

A rigolo, rigolo à demi, la semaine dernière dans un bled de l'Indre, le clan en veste jaune de Sylvain Baron avait convoqué les journaleux pour une exhibition fanfaronne avec une « lettre » à un vulgaire colonel « pour réclamer l’intervention de l'armée dans le but de « neutraliser ou mettre en fuite » Emmanuel Macron et son gouvernement »3. Le recours à l'armée est toujours le fait de la classe bourgeoise dans des circonstances où ce n'est pas des agités, en jaune en vert ou en rouge, qui cassent dans la rue sans objectif cohérent, mais quand la classe ouvrière menace de renverser l'Etat. Aucune révolution digne de ce nom ne peut avoir lieu sans désintégration des armées et polices bourgeoises et encore moins leur ralliement en tant que corps constitué. Baron est un con.

Le délire des grandeurs a beau s'emparer d'une foule de Narcisse – entre radicalisation putschiste et aventure électoraliste - on en rigole dans les chaumières prolétariennes ou en s'en fiche tellement ils sont cons ces agitateurs de bistrot « jaune » (la couleur des traîtres en général ou des cocus). Flatter un mouvement moribond depuis des mois ne réussit pas plus aux prêcheurs en eau trouble. On n'a pas oublié non plus les Jean-Luc Mélenchon et Olivier Besancenot, membre du nouveau parti anticapitaliste (NPA, tendance fémino-écolo), qui avaient eu beau faire savoir qu'ils soutenaient l'appel à une «grève générale illimitée» lancé par le brave Eric Drouet... personne n'a envie de suivre un ignare et deux de ses admirateurs béats... de jalousie4.

SON COURRIER EST REMPLI DE MEPRIS SOCIAL...

Une des méthodes pitoyables de la gauche bourgeoise, et souvent néo-stalinienne dans ses
versions végans notamment, est l'exaltation de l'ignorance ou plutôt une sorte de compassion perverse pour les « exclus de la culture ». Un trouble journaleux, un incertain Vincent Glad, qui fait partie des snipers sadiques à la Moix et Caron, a pris la défense de l'orthographe désastreuse de Drouet, à défaut de son inculture politique crasse. Attention qu'on ne se méprenne pas sur le fond de mon propos ici, qu'un révolté crie sa révolte sans savoir écrire ou même qu'il l'écrive en langage sms, ne diminue en rien le respect que je lui porte ni mon écoute. Ici il s'agit d'autre chose : l'affirmation de fierté de son inculture et de son ignorance. Soutenu par un plumitif provocateur de Libération concernant le « choc culturel »:
« Mon courrier des lecteurs arrive chaque jour sur Twitter et il n’est pas toujours agréable à ouvrir. Mes tweets sont devenus un grand défouloir pour les anti-gilets jaunes, qui rivalisent de bons mots et de commentaires méprisants pour moquer l’inculture ou la bêtise des manifestants. Considérant que leur influence est majeure sur le mouvement, il m’arrive souvent de relayer les publications d’Eric Drouet et Maxime Nicolle sur leurs groupes Facebook respectifs. Ces prises de parole me paraissent une information au même titre que les communiqués de presse d’une centrale syndicale. Les réponses que je reçois sont d’une grande violence, tournant en général autour de leur QI supposément faible et de leurs fautes d’orthographe. La foule haineuse n’est pas toujours là où on le croit ».
Le défenseur de la mauvaise orthographe en gilet jaune explique ensuite :
« Renvoyer systématiquement les gilets jaunes à leurs fautes d’orthographe est une manière d’exclure les classes populaires de l’espace politique légitime. Les gilets jaunes n’écrivent pas sur Internet pour se faire bien voir mais simplement pour se faire comprendre. Eric Drouet répète sans cesse qu’il fait de nombreuses fautes d’orthographe et c’est d’ailleurs pour cela qu’il privilégie l’exercice du live en vidéo ».
On peut apprécier modérément que l'auto-désigné leader Drouet soit intronisé « représentant des classes populaires » (lesquelles?). Drouet ne répète pas qu'il sait qu'il fait sans arrêt des fautes d'orthographes, il s'en flatte et envoie chier ceux qui le lui font gentiment remarquer. Ce journaliste réac qui regrette « qu'on ne puisse pas vivre ensemble », dénonce cette « intolérance orthographique » d'une foule haineuse (contre une autre foule haineuse!?), et déplore deux mondes différents qui s'entrechoquent ! C'est à dire la fable où il n'y a plus, face à face, que les vestes jaunes et Jupiter Macron ! Mais plus du tout prolétariat versus bourgeoisie ! Ce Glad n'est même pas un joyeux membre de la confrérie éclatée des vestes jaunes mais un vulgaire pervers qui a fini par se faire jeter5.

L'IGNORANCE QUI CARACOLE EN VESTE JAUNE

L'ignorance politique (et orthographique) rime avec refus d'esprit collectif. Certainement qu'il y a nombre de petits bourgeois haineux qui se fixent sur la malheureuse orthographe de Drouet pour dénoncer aussi cette prétention à se la jouer « Jojo égal d'un ministre » (il prétend aussi se porter à la candidature présidentielle...). Mais le problème n'est pas là6. Cette indifférence à corriger sa propre insuffisance en orthographe est révélateur des deux tares majeures de ce mouvement finalement totalement poujadiste et inculte sur les vraies causes et remèdes à la misère sociale et politique :
  • l'individualisme borné : j'écris comme je veux, ce que je veux, qui m'aime me suive !
  • Le collectif n'existe pas : comment puis-je imaginer par exemple qu'une conne d'enseignante m'aide à corriger mes communiqués adoubés précieusement par mon parterre de journalistes !

Le pire n'est pourtant pas dans l'étalage sans complexe de cette nullité orthographique, qui dessert même tout propos sensé en se ridiculisant souvent, un mot sonore n'a pas forcément le même sens, mais dans l'ignorance politique TOTALE de l'histoire du mouvement social, socialiste et communiste. Ils prétendent rénover le parlementarisme ! S'ils en connaissaient vraiment l'histoire et les critiques de la gauche historique maximaliste ils ne secouraient pas autant leur balayette de carnaval ! Le blocage de la circulation automobile apparaît plus efficace que la grève classique mais ne génère aucune conscience de classe ni n'ouvre la voie à une réelle solution politique ou alternative au capitalisme. L'ultra-démocratisme de façade (et vraiment creux) que leur a refilé l'extrême droite signifie une atomisation encore pire que la farce démocratique actuelle (avec la possibilité qu'ils y ajoutent l'addendum de Caron : faire passer un examen aux électeurs pour voir s'ils sont capables de voter en connaissance de cause!). Le comble de leur utopie électorale est bien entendu l'invraisemblable « justice fiscale »7, mot d'ordre typique du petit boutiquier affolé prêt à prendre en otage un CRS. On va voir comment Piketty prend la défense du petit boutiquier.
Enfin le comble de l'ignorance politique et de l'incapacité à réfléchir reste l'ignorance des classes sociales. Il y aurait « l'élite avec Jupiter » et « la population ». Un conception simple mais, pour être gentil, néo-fasciste ! Cette vision bipolaire, plaquée d'ailleurs au quotidien par les médias (avec approbation gouvernementale bien sûr) vient là aussi effacer l'opposition fondamentale prolétariat/bourgeoisie, la seule qui peut poser la question révolutionnaire du renversement du système. Je sais qu'on nous assure que ce n'est plus qu'une vision de l'esprit de communistes ringards. M'en fous, regarder l'histoire, apprenez en connaissant l'histoire. Le prolétariat reste une classe sociale universelle, non pas cette confuse notion de peuple ou de population, mais fondamentalement apatride et qui n'a pour but et conscience, contrairement aux classes intermédiaires, que de renverser réellement le capital.
La grève du métro pour la défense des retraites est bien plus dangereuse et significative que les fumées jaunes des bandes d'agités décorés avec des slogans néo-fachos !
Continuez à rêver réformer l'ignominie capitaliste ! Mais tant que votre confusion pipole en jaune perdurera vous resterez impuissants face à l'Etat, car celui-ci, plus malin que vous sait que seule une opposition claire des classes peut être le seul vrai danger pour son règne prolongé. La révolte initiale a nettement disparu, laissant place aux agitations frénétiques de carriéristes qui ne valent pas plus que les politiciens que nous avons rejetés définitivement.

LES GILETS JAUNES « idiots utiles » de Macron ?

Franchement ils le sont devenus, comme les poujadistes jadis qui, au bout de sept ans de contestation, sont devenus gaullistes. Il exista probablement dès la préhistoire quelques idiots utiles qui s’ignoraient, leur avènement comme espèce à part entière, identifiée comme telle, est contemporain de celui des régimes totalitaires et de l'hyper-démocratisme aussi totalitaire. C’est en effet la noirceur de la cause qu’il sert par une confondante naïveté qui, par contraste, propulse l’idiot utile et lui donne tout son relief. Le prototype ? L’intellectuel de gauche occidental manipulé par le régime soviétique pour en vanter les mérites (ou a minima en taire les crimes) puis reconverti en islamo-gauchiste défenseur du mode de vie musulman. En raison sans doute de cet ancêtre commun, on attribue généralement la paternité de l’expression à Lénine. Mais nul ni moi n’en a trouvé trace dans ses écrits.
Un idiot utile sort du lot en ce moment dans l'espoir de toucher les prébendes d'un autre best-seller, surtout en milieu jaune. Avec «Capital et idéologie» pour Thomas Piketty: la propriété, c’est le mal. Hé hé on se souvient d'un certain Proudhon selon qui la propriété « c'est le vol ». Encore un millier de pages pour « dépasser le capitalisme ». Mais comment mettre en œuvre ces propositions radicales visant à redéfinir la notion même de propriété ? Et suffiraient-elles à détruire les piliers de l’hyper-capitalisme contemporain ?

Piketty soutient les vestes jaunes et la transition écolo

Deux objectifs incompatibles autant que sont ennemis croissance et décroissance : quand les riches parlent de décroissance le pauvre sort son revolver.
Lisons la complainte de la nouvelle femme de ménage du capitalisme, qui se prélasse dans la guimauve idéologique à la mode :
« Pour autant, est-on bien sûr que ces politiques ont produit les effets escomptés ? Depuis la crise de 2008, et surtout depuis Trump, le Brexit et l’explosion du vote xénophobe partout en Europe, on mesure mieux les dangers posés par la montée des inégalités et le sentiment d’abandon des classes populaires, et beaucoup comprennent le besoin d’une nouvelle régulation sociale du capitalisme. Dans ces conditions, en rajouter une couche en faveur des plus riches en 2018 n’était vraiment pas très malin. Si Macron veut être le président des années 2020 et non des années 1990, il va falloir qu’il s’adapte vite.
Le plus triste est l’effroyable gâchis sur le front climatique. Pour qu’une taxe carbone réussisse, il est impératif d’affecter la totalité de son produit à l’accompagnement social de la transition écologique. Le gouvernement a fait tout le contraire : sur les 4 milliards de hausse de taxes sur les carburants de 2018, et les 4 milliards supplémentaires prévus pour 2019, il n’envisageait de consacrer qu’à peine 10% aux mesures d’accompagnement, alors que le reste finançait de facto la suppression de l’ISF et la flat tax sur les revenus du capital.S’il veut sauver son quinquennat, Macron doit immédiatement rétablir l’ISF et consacrer ces recettes pour compenser ceux qui sont le plus durement touchés par les hausses de taxe carbone, qui doivent reprendre leur cours. Et s’il ne le fait pas, alors cela signifiera qu’il aura fait le choix d’une idéologie pro-riches dépassée au dépend de la lutte contre le réchauffement climatique ».
Pas d'inquiétude pour l'Etat bourgeois donc, le discours lénifiant de Piketty peut séduire le petit boutiquier en veste jaune, voire l'émouvoir, mais Piketty reste le roi des réacs en faisant semblant d'oublier la violence qui régit les rapports sociaux et en proposant de régler tout par l'impôt (justice fiscale quand tu nous tiens) et en évacuant toute utilité et pérennité à 200 ans de luttes de classes.
NOTES

1L'idée de référendum d'initiative populaire date des années 1980 et fit les beaux jours de Pasqua à Le Pen, les Bachaud et Chouard ont repris le filon qui s'est imposé sans objection dans la guimauve gilet jaune.
2En fait il y en a eu deux, l'autre, qui comportait un laïus destiné à culpabiliser les masses qui n'ont plus envie de suivre une bande de rigolos ou de se faire crever un oeil par les flics, puis une injonction au tous ensemble même avec les syndicats véreux, a disparu de la circulation. Elle était plus perverse que le lourdingue appel au « colonel ».
3Pantalonnade sans mémoire encore. L’annonce du recours à l'armée par Macron et sa mise en scène par le gouvernement, vieille habitude cyclique dans la lutte des classes en France, avait immédiatement enflammé l’opposition, de gauche comme de droite. Les réactions critiques s'étaient multipliées. La myriade des « gilets jaunes » s'était émue de l’annonce sur les réseaux sociaux, y voyant une nouvelle atteinte aux libertés. « Jamais de la vie un soldat français ira tirer sur un civil français sur le sol français [car] les militaires français sont pour la plupart des enfants de “gilets jaunes” » avait assuré casquette à l'envers. L’utilisation de l’armée lors d’un conflit social n’était pourtant pas une première. En 1992, Pierre Bérégovoy, alors premier ministre, avait fait appel aux militaires pour dégager des axes routiers bloqués par des camionneurs qui protestaient contre l’instauration du permis à points. Plus de cinq cents soldats, des blindés légers et un char AMX-30 avaient notamment été envoyés sur l’autoroute du Nord, près de Phalempin, afin de libérer l’axe Paris-Lille. L'ex-militaire Benjamin Cauchy lui a carrément rejoint de camp des souverainistes, adieu Berthe en jaune !
4Casquette à l'envers, Maxime Nicolle, a dénoncé à sa façon les factions du compromis électoraliste, aussi ignare que son pote Drouet : "La politique, c'est de la connerie, ça tue l'humain. Vous n'avez rien compris, et en plus vous prenez les gens pour des cons."
5La « Ligue du LOL », un groupe secret d’une trentaine de journalistes et communicants très influents, est accusée d’avoir harcelé une douzaine de victimes sur Twitter, surtout des femmes, à partir de 2009.
  • Une victime présumée, Florence Desruol, affirme à 20 Minutes que le créateur du groupe, Vincent Glad, et d’autres membres de la LdL, ont notamment eu recours à des comptes Twitter anonymes pour l’attaquer en ligne.
  • Mis à pied à titre conservatoire par Libération, Vincent Glad, qui a travaillé chez 20 Minutes puis à Slate, a d’abord nié avant de reconnaître qu’il était « effectivement une des six ou sept personnes à avoir le mot de passe du compte » @Foutlamer
6Il est aussi là, dans l'excuse de l'ignorance, qui reste inexcusable depuis la meilleure tradition antique. Après s'être enquis auprès de tous ceux qui passent pour savants (artisans, poètes et politiques), le Socrate de L'Apologie conclut qu'être compétent en un domaine n'exclut pas la forme la plus insidieuse de l'ignorance : croire savoir, donc se croire dispensé d'apprendre. N'est pas savant celui qui dispose d'une technique particulière, ou qui occupe une célébrité provisoire. Le sophiste l'a compris, qui prétend, grâce à sa maîtrise du discours, à un savoir total. Se laisser persuader par lui, c'est vivre dans la Caverne : c'est lui qui manipule les figurines dont les prisonniers, enchaînés par leur ignorance, voient défiler les reflets sur la paroi, en les tenant pour seuls réels. Son savoir ne trouve même pas sa mesure dans la conception d'un modèle à inscrire dans un matériau approprié, ou dans la production d'une totalité devant intégrer harmonieusement ses parties : ce n'est pas un savoir-faire, c'est, dit Gorgias, un art de la flatterie. Le sophiste vise l'agréable, non l'utile. Si près de nous Marx écrivait que l'ignorance se cumule avec la misère : « L’accumulation de richesse à un pôle signifie donc en même temps à l’autre pôle une accumulation de misère, de torture à la tâche, d’esclavage, d’ignorance, de brutalité et de dégradation morale pour la classe dont le produit propre est, d’emblée, capital”. « Ignorance never yet helped anybody » (Reminiscences of Marx and Engels, p.272, my emphasis, AW) contre Weitling. Marx dénonce Porudhon dans La misère de la philosophie, en 1845 ; il y dénonce l'ignorance de Proudhon concernant les questions économiques. Il lui reproche d'être un esprit "petit-bourgeois", et de propager un socialisme utopique, Proudon un ancêtre gilet jaune !
7Quand on sait que nombre de vestes jaunes de bas étage ne payent pas d'impôts...