"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 8 mars 2019

L'ALGERIE EN JAUNE OU EN ROUGE SANG ?



« Non, s'écrie Clémenceau interpellant Ferry, il n'y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures [...] n'essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation [...] ne parlons pas de droits et de devoirs [...] la conquête ce n'est pas le droit c'en est la négation [...] parler à ce propos de civilisation, c'est joindre à la violence l'hypocrisie ».

« Le mensonge est une trop bonne chose pour qu'il soit permis d'en abuser ». Talleyrand


«Pouvoir assassin!», «Le peuple veut la chute du régime», scande une foule impressionnante, difficile à évaluer précisément, de dizaines de milliers de manifestants brandissant des drapeaux algériens. La foule, composée d'hommes et de femmes de tous âges, n'a cessé de grossir, rejointe par des cortèges venus de divers quartiers de la capitale la Casbah, Bab el-Oued ou la Place du 1er-Mai, qui ont forcé plusieurs cordons de police, vite débordés le long du chemin. Sur les balcons des immeubles, de nombreux riverains agitaient des drapeaux algériens, verts et blancs frappés du croissant et de l'étoile rouge, en soutien aux protestataires. Tous les yeux sont désormais braqués vers l'Algérie. Nouveaux gilets... verts ? Certains se sont demandés naïvement si le mouvement branquignole de nos gilets jaunes avce son ric...dicule pourrait déboucher sur un mouvement de classe... prolétarienne, alors qu'il semble plutôt avoir servi d'exemple international à des protestations pacifiques pour « réformer » la plate hypocrisie du capitalisme démocratique. Est-on encore dans le schéma marxisne classique où l'exemple révolutionnaire devait venir des pays développés pour aller imprimer le modèle had hoc dans les pays « arriérés ». Quoique que le schéma marxiste du premier exemple « développé » ait été mis à mal par l'éclatement de la révolution prolétarienne d'abord en Russie et pas en Allemagne... quoique l'exemple des gilets jaunes français soit assez limité et faiblard politiquement pour servir d'exemple dans les pays à dictature grabataire.

L'angoisse grimaçante en gilets jaunes de Macron serait devenue verte à la supposition d'une nouvelle grande répression sanglante de la part de ses homologues étatiques d'outre Mediterranée. Le mensonge du socialisme algérien n'est plus déconcertant depuis belle lurette, mais Macron sait combien le pouvoir d'Etat exige de mentir et de mentir constamment surtout pour abuser le prolétariat. Son ministricule Castaner n'a-t-il pas été jusqu'à inventer avoir déjoué une opération terroriste le 17 novembre dernier jour d'intronisation du mouvement des gilets jaunes ?1 Pour mieux l'amenuiser et assurer que l'Etat bourgeois nous protège en toute circonstance... Le Macron lui-même joue à l'effaceur en reniant tout qualificatif de « répression » et de « violences policières » concernant la terrifiante répression du mouvement moyenniste gilets jaunes  ? Ces préceptes orwelliens nous feront toujours sourire2. L'objectif ultime des petites phrases « gouvernementeuses » étant d'aller jusqu'à empêcher l'« idée » même de critique : exemple, « la répression c'est un mythe », « la liberté c'est l'esclavage »3.

UN DISCRET SOUTIEN A L'ETAT ALGERIEN GRABATAIRE

Comme d'autres membres du gang mafieux présidentiel, Ahmed Ouyahia a agité le spectre de la sanglante «décennie noire» de guerre civile (1992-2002) en Algérie et du chaos syrien. Les manifestants lui ont répondu aujourd'hui en scandant massivement «Ouyahia, l'Algérie c'est pas la Syrie!». En effet, il existe en Algérie une classe ouvrière autrement plus constituée et imposante qu'en Syrie. L'Algérie, même si je dois choquer les indigents nationalistes, reste le plus grand « département » français, ancienne colonie aux liens économiques et sociaux demeurés privilégiés, principal réservoir de main d'oeuvre du capital français depuis au moins un siècle ; et, en retour, un pays qui reste un des plus occidentalisés et des plus « syndiqués » du monde arabe ; un pays où la lutte contre la menace intégriste pourrait même nous être très utile en France si les événements devaient s'aggraver, contrairement aux menaces alarmistes des gouvernements français et algérien qui agitent la menace d'une remontée du terrorisme téléguidé par les pétromonarchies et de la possible fuite de milliers de personnes vers la France.
Pour l'heure, tout en nous assurant qu'il n'y a aucune ingérence de la bourgeoisie française, on ne peut oublier les aventures de la ministre Alliot-Marie sous commandement sarkozien. En octobre 2006 elle avait rendu visite à ce pauvre Kadhafi pour lui proposer nos munitions nationales, tout comme elle avait proposé au gouvernement tunisien de Ben Ali une « aide au maintien de l'ordre », proposition d'hymen répressif qui avait indigné les larbins de l'Etat algérien4. Macron a logiquemnt dû proposer aux garde-malades de Bouteflika de les fournir en LBD 40... Dès 2001, le gouvernement français avait déjà ainsi autorisé la reprise des contacts commerciaux pour Thalès, Eurocopter ou Dassault avec l'Etat libyen. L'Etat français n'était pas seul : en 2003, les Américains, avec les Britanniques, entamaient une démarche de normalisation avec l'ex-Etat voyou, tout en lui faisant renoncer à une arme nucléaire.
DE L'INFLUENCE POLITIQUE DEPUIS LA FRANCE VERS L'ALGERIE
Le parti communiste algérien (PCA) naît en 1920 comme extension du PCF. Ses cellules sont composées initialement d'ouvriers européens expatriés et de nombreux français indésirables en métropole, en particulier depuis la répression de 1871 d'ouvriers révolutionnaires. La constitution de ce parti reste lente et ardue, la population est encore massivement rurale et individualiste. Il se développe « grâce » à la répression, sous le code de l'indigénat. Avec la montée de la contre révolution de la fin des années 1920, le PCA ne sera plus qu'un vague appendice stalinien peu à peu inféodé à la lutte d'indépendance nationale. Pendant la guerre d'Algérie il est pratiquement détruit par la répression colonialiste française qui lui préfère comme interlocuteur privilégié le FLN qui ne se gêne pas pour interdire le PCA immédiatement après l'indépendance. L'histoire et la place jouée par le PCA reste un exemple peu usité de machiavélisme et de double jeu en politique. Le soutien russe au parti algérien était purement « diplomatique » et le mouvement national algérien était décrit comme fruit direct de la révolution bolchevique ; pour la CIA il s'agissait d'un « plan dont le communisme international est le principal instigateur et le principal bénéficiaire » ; en France les élites de l'ombre considéraient le nationalisme algérien comme une construction artificielle servant
les intérêts de Moscou. Aux fins fond de la droite réac, un capitaine Mercier estimait que le FLN évoluait de manière chaotique sans grands principes avec l'illusion de mener une guerre révolutionnaire... qu'il perdit. Les principaux maître de cette guerre n'étaient pourtant pas en France comme il le crut, mais à Washington.
Ce n'est donc pas tant au plan politique que par l'influence du mouvement ouvrier et de ses formes syndicales que l'on peut évaluer disons l'internationalisation du projet socialiste.
Traditionnellement, les anciennes colonies ont toujours été plus ou moins modelées politiquement et socialement par la métropole colonisatrice. Jusqu'à la fin du premier holocauste mondial l'Algérie était soumise au code de l'indigénat où paysans comme prolétaires algériens ne disposaient d'aucun droit civil. Après 1918, l'émigration, donc une importante prolétarisation des pauvres paysans algériens, a changé la donne. Les premiers syndicats d'ouvriers algériens sont constitués en France (au sein de la CGT et CGTU) et deviennent naturellement « exportables ». A l'époque de la vague révolutionnaire, en 1919 et 1920, se produisent les premiers cortèges syndicaux avec drapeaux rouges et verts le premier Mai dans les grandes villes d'Algérie. Le mouvement syndical se confond assez vite avec le mouvement d'émancipation nationale. La conscience sociale des prolétaires algériens ne peut pas être encore internationaliste et se confond avec la « conscience nationale ». Le premier parti national algérien – L'Etoile Nord Africaine – naît d'ailleurs du syndicat en 1926 ; 8 des 26 membres du MNA étaient membres de la CGT. Le syndicalisme algérien reste faible. Paradoxalement c'est à la fin de la Seconde Guerre mondiale qu'il prend son essor avec la réunification des syndicats CGT et CGTU après la lutte commune dans la résistance anti-fasciste qui faisait prédominer la libération de la France avant la décolonisation de l'Algérie. Le prolétariat algérien restait « chair à immigration » en restant concentré sur le secteur agricole, les mines et les ports. La masse des chômeurs est visée par le mouvement nationaliste le PPA-MTLD (on oublie que ceux-ci sont souvent la première cible des mouvemenst nationalistes et terroristes). Le jeune mouvement nationaliste, un peu comme nos leaders gilets jaunes, s'implante surtout chez les petits commerçants, les coiffeurs, les marchands de légumes. Il y a des frictions avec la CGT aussi le mouvement nationaliste crée sa propre commission syndicale.
Au cours de ces années 1950, l'UGTA s'oriente vers un syndicalisme de collaboration étatique, au prétexte que l'industralisation du nouveau jeune pays était une justice sociale. L'Etat « populiste » algérien avec la rente pétrolière5 pacifie la situation sociale, le taux de chômage est passé de 37% en 1966 à 16% en 1983. Le régime néo-stalinien toléra toujours des contestations à l'intérieur du pouvoir mais pas à l'extérieur et contre lui. Les grèves restèrent très limitées et corporatives jusqu'aux années 1980. Le seul syndicat officiel se chargeait d'empêcher les grèves plutôt que de les canaliser comme le font toujours les syndicatx occidentaux. Le syndicat grossièrement « étatisé » allait se trouver complètement inapte face aux émeutes de la fin des années 1980. Dans le contexte de l'effondrement du bloc de l'Est, la chute du prix du pétrole algérien, les péuries de logement, éclatent les émeutes d'octobre 19886. Sous la pression des organismes économico-politiques occidentaux le régime fût obligé alors de libéraliser son mode de domination trop stalinien. C'est la petite bourgeoisie qui ébranlait le système en place (comme toujours au début des révolutions ou avec nos gilets jaunes...). Avant les émeutes d'octobre 1988, les travailleurs des entreprises publiques s'étaient déjà mobilisés, mais en Algérie c'est plutôt une sorte d'aristocratie ouvrière marginale qui réagit après ces émeutes salement réprimées dans le sang, en 1989 les grèves atteignent un niveau inégalé de toute l'histoire du mouvement ouvrier en Algérie. Le mouvement réclamait le départ de tous les grands patrons des services publics, donc il n'était porteur d'aucun réel projet social alternatif (comme nos gilets jaunes...). Cette lacune s'expliquait pa l'absence d'un réel parti politique opposant, même s'il y a toujours eu en Algérie une clique trotskienne aux basques du pouvoir néo-stalinien. De ce mouvement d'aristocratie ouvrière naîtra ce bâtard de syndicalisme autonome, la première intersyndicale, la COSYFOP, comprenant le syndicat national de l'administration publique et le syndicat islamique du travil (SIT contrôlé par le FIS) qui lui demeurera le principal adversaire de l'UGTA (il est dissout en 1991).
La « main d'oeuvre » de ces syndicats autonomes, plus ou moins illégaux, est fort particulière. Elle concerne les personnels des secteurs publics à hauts niveaux d'instruction et de formation professionnelle : médecins, pilotes, enseignant du supérieur et du secondaire, cadres et agents de l'administration, officiers de la marine marchande, techniciens de la santé, psychologues, magistrats, etc. Cette petite bourgeoisie est souvent convoquée devant les tribunaux mais pour se défendre est incapable de s'unifier et crée de nombreux appareils syndicaux concurrents. Ce sont donc bien des « couches moyennes » attaquées ces dernières années par l'Etat en crise. A un niveau supérieur à celui de nos artisans gilets jaunes « anti-fiscalité », ces couches d' « intellectuels-techniciens » ne sortent du domaine strictement corporatif que pour réclamer une meilleure place dans la hiérarchie sociale. Touraine fît remarquer qu'il s'agissait d'une démarche de syndicats voulant remplacer les partis politiques ; on notera ici que c'est aussi la démarche, quoique bordélique, des « figures » des gilets jaunes. La démarche des syndicalistes petits bourgeois algériens a été depuis la période où Bouteflika était encore en bonne santé une sérieuse épine dans le pied de la camarilla étatique « familiale » (tiens nos gilets jaunes affectionnent aussi de se nommer « la famille », sic!). Le pouvoir algérien a toujours joué sur le fait que ce syndicalisme de bobos est resté « secteur public » et indifférent (comme en France) à la masse des prolétaires du privé !

En Algérie, période à venir = dommages collatéraux de la crise des gilets jaunes ou crise politique internationale ?

Les événements révolutionnaires sont toujours le produit de la simultanéité d'événements dans le monde. Facteur d'exemplarité ou de même indignation sociale ? Subir un vieux président jeune ou un vieux président qui se croit jeune, des deux côtés ce n'est guère enviable. La simultanéité n'est pas en soi révolutionnaire. Le mouvement des gilets jaunes n'en a jamais référé à l'internationalisme avec ses minables fanions tricolores, débuté réac il finit réac. Pitoyable exemple pour l'Algérie acculée à la misère par un gang familial oligarchique. La protestation en Algérie est déjà encadrée par les couches moyennes mécontentes et le drapeau national. Le danger d'un retour de l'islamisme paraît exagéré au moment de l'élimination concomittente de Daesh. L'impotence du pouvoir laisse supposer que, comme Macron, il n'aura d'autre ressource que le recours à la répression qui, toutefois ne pourra pas prendre l'ampleur de 1988. Il y a au moins 200.000 algériens en France et des millions de prolétaires dont les réactions soudaines face à une répression disproprtionnée hantent les nuits des conseillers des Etats algérien et français.

NOTES


1 Le 01/03/2019 "Quelques jours avant le 17 novembre et le début du mouvement des gilets jaunes, un groupe s'était constitué et s'était intitulé "ça va saigner le 17" ", a annoncé le ministre de l'Intérieur. "C'était une attaque terroriste, nous l'avons neutralisée", a-t-il ajouté. Le ministre n'a pas précisé le lieu ni si les gilets jaunes étaient spécifiquement visés. Quatre hommes, projetant une attaque le 17 novembre, auraient été interpellés à Saint-Etienne en novembre, avait révélé Le Parisien. Ils auraient été mis en examen pour «association de malfaiteurs terroriste criminelle» et placés en détention. L'un des suspects avait expliqué vouloir commettre un braquage, mais les enquêteurs penchaient plutôt pour la piste d'une attaque terroriste. Il est évident qu'il s'agit d'une fable, d'un fake gouvernementeur classique. Castaner va t-il apporter au pouvoir algérien son expertise du LBD 40? Le maintien de l'ordre ça le connait!
Le sous-fifre Castaner n'a pas peur du ridicule : Les Gilets jaunes sont-ils à l’origine de la hausse de la mortalité sur les routes en France et en Algérie ? Le ministre de l’Intérieur a fait le lien. Interrogé sur France 2 sur le nombre de personnes tuées dans des accidents, qui a augmenté de 3,9 % en janvier (par rapport à janvier 2018), Christophe Castaner a répondu par ce chiffre : « A peu près 75 % du parc des radars a été soit détruit, soit détérioré, soit attaqué, soit neutralisé. Oui, il y a un lien direct », a-t-il affirmé.
2 Les énarques et ministres sont formés aux préceptes orwelliens par la CIA, cf. https://www.ojim.fr/david-petraeus-kkr-ex-chef-de-cia-nouveau-magnat-medias-europe-de-lest-quatrieme-derniere-partie/

SUR LES MENTEURS DE L'HISTOIRE : Le mensonge est devenu l’ordinaire du scandale médiatique. Pourtant, il surprend encore. Comme si nous étions convaincus que la vérité était le cœur de la politique pure. Or, déjà dans la Grèce ancienne, Platon dans son œuvre centrale, la République, écrite vers 372 avant notre ère, jugeait que le mensonge devait être banni de la cité et réservé aux seuls dirigeants : eux avaient le droit de faire croire aux citoyens qu’ils étaient vraiment nés de la terre de leur cité.
Disciples inconscients de Platon, tous les tyrans ont menti tyranniquement. Staline en la matière a battu des records. Il fait récrire complètement l’histoire, effaçant les personnages qui le dérangent et les remplaçant par d’autres imaginaires. Le suicide de sa femme, il le camoufle. Il faut relire les actes d’accusation des victimes des procès de Moscou, entre 1936 et 1938. Le procureur Vychinski, qui agissait directement sous ses ordres, accusait par exemple deux dirigeants bolcheviks qui s’opposaient à Staline, Zinoviev puis Boukharine, d’espionner au profit des nazis. Vychinski mentit même aux condamnés sur leur sentence de mort, pourtant immédiatement exécutée.
Menteur, Hitler ne le fut pas moins, qui clamait à son peuple ne pas avoir voulu la guerre, alors qu’il montait sans cesse des agressions contre les nations voisines. A-t-on oublié qu’il fut le commanditaire de la fausse attaque d’un poste radio frontalier allemand par de misérables détenus, tout droit tirés d’un camp de concentration, vêtus d’uniformes polonais et exécutés sur place, pour servir de pseudo-agresseurs étrangers et fournir ainsi un prétexte à l’invasion de la Pologne ?
Le Premier ministre de la tsarine Catherine de Russie lui faisait visiter de faux villages, les dirigeants soviétiques, eux, faisaient concocter de fausses statistiques. Ce qui explique que, d’un coup, l’Union soviétique, puissance dominante, apparut nue, dans les années 70-80, quand les vrais chiffres de la production industrielle furent révélés.
Comment s’étonner, alors, que les mensonges du ministre de la Guerre et de l’Armée pendant l’affaire Dreyfus, en 1894 puis en 1899, aient été considérés comme légitimes par une large fraction de la population française ? Maurras, le chantre des nationalistes monarchistes, allait jusqu’à exalter la nécessité du «faux patriotique» établi par le colonel Henry pour faire accuser le capitaine Dreyfus. L’occasion était trop grave pour tolérer la vérité, devait-on conclure.
Disciple du cardinal de Retz, le général de Gaulle devait fonder la Ve République sur une remarquable volte-face. N’avait-il pas donné tous les gages aux Français d’Algérie dans son discours d’Alger le 4 juin 1958 : « Je vous ai compris » ? Pourtant, il pensait déjà devoir abandonner l’Algérie à moyenne échéance. De Gaulle était-il pour autant un strict menteur ?
D’autres figures sont plus tentantes. Laissons de côté François Mitterrand avec la trouble affaire de l’Observatoire, les fausses déclarations sur le nombre d’adhérents à la Convention des institutions républicaines, ses dénégations sur son passage à Vichy, ses trous de mémoire sur la francisque, son silence sur les indélicatesses financières de son entourage, le mensonge par omission (légitime ?) sur l’existence de sa fille, les écoutes pour la protéger, les activités douteuses de sa garde élyséenne…
Arrêtons-nous un instant sur son ami, Charles Hernu, oubliant de signaler sa participation active au régime de Vichy, ses liens avec des officiers traitants soviétiques, et regardons ses dénégations sur l’affaire du Rainbow Warrior, le sabotage du navire de l’organisation écologiste Greenpeace, en 1985. Puis la reconnaissance de sa responsabilité et sa démission. Le menteur avait été mis à nu. Avait-il agi sur ordre ?
Et si les menteurs allaient en bande, les plus puissants traînant les autres ? Le scandale du Watergate illustre la logique de mensonge en bande organisée. Le président Nixon était un grand menteur. Un de ceux qui regardent droit dans les yeux les téléspectateurs et leur déclare tranquillement qu’il n’est pour rien dans les cadeaux qui lui sont offerts et que les pots-de-vin dont on l’abreuve n’exercent aucune influence sur ses décisions. Il trouve même l’anecdote qui attire la sympathie quand il s’adresse aux électeurs américains, lors d’une émission télévisée le 23 septembre 1952, en pleine révélation sur ses louches donateurs.
Très détendu, il raconte : « Un Texan avait entendu ma femme dire à la radio que nos deux enfants voulaient un chien. Et, croyez-le ou pas, la veille du départ de notre voyage de campagne, nous avons reçu un message de la gare de Baltimore disant qu’un paquet nous attendait. Nous sommes allés le chercher. Et vous devinez ce que c’était. C’était un petit cocker. Et notre petite fille de 6 ans, Tricia, l’a appelé Checkers. Et vous savez, les enfants, comme tous les enfants, aiment le chien, et je veux juste ajouter cela maintenant : quoi qu’on en dise, nous allons le garder. » Richard Nixon émeut l’Amérique, sauve ainsi son ticket présidentiel avec Eisenhower et parvient à être élu vice-président.
4En Algérie, le quotidien Liberté s'insurgeait et soulignait que Michèle Alliot-Marie "n'a apparemment pas peur de réveiller des souvenirs des peuples, historiquement victimes du 'savoir-faire' policier de la France. Ces souvenirs sont faits, en ce qui concerne l'Algérie, du 11 décembre 1960 à Alger, au quartier Belcourt, et du 17 octobre 1961 à Paris, par exemple.
5Evaporée en 2019... d'où aussi la crise avant même l'histoire d'un cinquième supplice avec le Bouteflika paralytique.
6J'ai déjà raconté ici l'anecdote au palais de Chaillot où une foule était venue spontanément apporter son soutien aux émeutiers. Prenant le micro je m'étais opposé à ce que l'on suive les étudiants nationalistes qui exigeaint qu'on chante l'hymne national, et j'avais eu gain de cause en proposant plutôt une minute de silence, à tel point que la police me prit pour un personnage important car je fis suivi au long de plusieurs lignes de métro, par après.

mercredi 27 février 2019

MACRON QUI RIT JAUNE et un mouvement qui pleure



Petit à petit, de façon insidieuse et sans que vous vous en rendiez compte, le pervers narcissique développe son emprise morale sur vous.
Il se valorise en même temps qu’il vous rabaisse :
☞ Il a toujours raison en public, surtout dans un « grand débat national »
☞ Il a le pouvoir de tout expliquer en long, en large et en travers
☞ Il vous critique systématiquement vous le Jojo sans importance avec un gilet jaune
☞ Il vous dénigre comme fumeur de clopes et fana du diesel
☞ Il vous humilie comme trucmuche
☞ Il vous culpabilise comme violent et antisémite
Il vous insulte, vous menace en faisant morale, fait du chantage et parfois a recours à la violence physique (flash ball, LBD)

Finalement la campagne hystérique de dénonciation de l'antisémitisme supposé de tous les gilets jaunes n'aura duré que ce que durent les fleurs. L'acte 15 s'est déroulé sans scandale majeur au point que le président laisse pointer son exaspération en vue de l'acte 16. Napoléon IV menace une nouvelle fois : "Il faut maintenant dire que lorsqu'on va dans des manifestations violentes, on est complice du pire" (26 février). Ce menteur invoque la "clarté" sur les manifestations qui dégénèrent dans le cadre de la mobilisation en gilet jaune "C'est un miracle qu'après autant de samedis avec cette violence, il n'y ait eu aucun mort à déplorer de la part des forces de l'ordre"(...)
"Nous ne pouvons, de manière raisonnable, pas interdire les manifestations" (on est pas en Algérie, sic!) "Par contre, il faut un message clair de tout le monde" pour dénoncer la violence, a-t-il
Fiorina
ajouté, en déplorant qu'
"il n'y ait pas toujours eu cette clarté". C'est un appel au meurtre par les policiers assurés d'être couvert légalement comme de pouvoir continuer à crever des yeux en toute impunité; derrière le gentil "débat national" demeure la cynique "répression nationale".

Tautologie ? Forfanterie ? De quelle violence parle-t-il ? De celle de sa police, indéniable, cruelle et terroriste. Non car dans sa bouche clarté égale confusion et yeux crevés. Et dans sa répression inouïe il n'y a pas eu de miracle pour les estropiés dont les blessures ne sont pas une échelle de valeur humaine ou de douceur comparées à la mort.

POURQUOI les leçons gouvernementales de mai 68 ne servaient à rien ?
"À côté de ça, la vitalité, la force, le caractère incontestable de la demande légitime de millions de Français qui ont pu participer ou être sympathisants de ce mouvement est pleinement reconnu.
Je l'ai reconnu moi-même le 10 décembre et il est reconnu par l'implication qui est la nôtre. Jamais l'État ne s'est autant collectivement mobilisé face à un mouvement de ce type". 
Faux, archi faux ! Il n'a fait que mépriser et prendre pour de la petite bière un mouvement qui l'a définitivement ridiculisé au niveau national et international (preuve que la détestation du Macron ne faiblit pas, le RN fait désormais jeu égal dans les pronostics pour les "européennes"). Le 10 décembre il croyait encore que seule sa répression indigne suffirait à éteindre ceux qui clopent et roulent diesel. Conseillé par Cohn Bendit et Sarkozy, Macron n'a pas réussi à trouver la bonne parade. Si l'on suit l'Obs, il eût fallu accepter la proposition d'un nouveau Grenelle syndical par le bonze bien nommé Berger de la CFDT, preuve qu'une partie de l'appareil d'Etat voyait un danger prolétarien se dessiner. Mais c'est Philippe, contrairement à ce que suppose l'Obs, qui a eu le nez creux : inutile de rejouer un grand barnum syndical pour des gens qui ne veulent plus entendre parler de ces collaborateurs professionnels. Le conseiller Cohn Bendit s'arrache ses derniers cheveux : « Mais c'est pas possible ! Pourquoi ça a
Carnaval de Cologne
merdé ? ».
Parce que ce n'était pas la classe ouvrière traditionnelle bien encadrée par les collaborateurs syndicaux de l'Etat bourgeois. Parce que ça devait « merder » de toute manière. Même la proposition d'une descente le 26 novembre de Macron sur un rond-point était loufoque, et il l'exclut sachant qu'il aurait été insulté à ce moment crescendo du mouvement. Début décembre il y a en effet une nouvelle vacance du pouvoir, peut-être plus profonde que lors de l'épisode de Baden-Baden en 68, la plupart des ministres font dans leur culotte (c'est l'Obs qui décrit cela). L'assaut sur l'arc de triomphe émeut d'autant qu'il n'y a tout au plus que 1200 personnes ! On a deux mondes qui se font face, quand Maxime Nicolle déclare ne toucher que 487 euros, la ministre Wargon (transition écologique) peine à avouer ses 7500 euros mensuels...
La transparence revendiquée comme fondamentale ridiculise parti bolchevique et parlotes soixantehuitardes, tétanisant le personnel d'Etat : « On va pas faire des conseils de défense en Facebook live. Le pouvoir doit garder une part de secret. Il faut résister ! » (op.cit.)1. Ce sont les mêmes qui accusent les manifestants de voir des complots partout... Jamais ni en Octobre 17 ni en mais 68 il n'a été autant demandé des comptes aux journalistes ou même aux représentants provisoires sur les plateaux TV. Sans oublier la crise de la représentativité qui induit que désormais représentativité parlementaire, syndicale et même prolétarienne ne seront plus considérées comme divines, acquises ou incontestables ; il me semble que pendant la Commune de Paris l'idée de représentativité était déjà mise en cause... D'ailleurs au nom de quoi sont-ils élus ces députés sponsorisés par le maître de céans Macron ? Et les figures des gilets jaunes ont-elles été élues par quiconque ? Et peut-on leur reprocher d'avoir porté un temps les exigences économiques du mouvement avant de s'être fait ficeler par la trouvaille stupide et réactionnaire du ric ? La revendication économique et/ou politique ne dépend pas d'une élection ni de la concertation d'un syndicat ou d'un parti politique. Elle n'est d'ailleurs pas démocratique car s'il fallait attendre que le peuple – vague composé de classes, confus, manipulable par sondages asbtraits - se décide, l'eau continuerait à couler sous les ponts, imperturbable. Le mouvement ne fût donc pas populaire au sens propre avec ses figures émergentes, mais en effet subversif à court terme. Son affaiblissement date de son incapacité à se poser en termes de classe politique en se laissant enfermer dans l'impasse glauque et utopique du ric, cette fable d'extrême droite qui veut faire croire à l'existence d'une vie politique permanente et à un contrôle d'apothicaire par les masses face au pouvoir. La politique en permanence, quelle horreur ! Parole de militant non sectaire et d'amant de la nature. Le communisme abouti a toujours misé sur la fin de la politique.


Où aboutiront les leçons de ce mouvement inédit ?

Les derniers soubresauts du mouvement des gilets jaunes, qui s'imaginent éternels parce que rien n'a été obtenu ni hausses de salaire ni garanties que les voitures (polluantes) pourront continuer à nous amener au travail en province, persistent à en confirmer le caractère inédit, bâtard. Le mouvement se qualifia lui-même de « couche moyenne » (terme générique imposé par les médias), alors que ce sont plutôt les couches basses de la classe ouvrière qui étaient concernées, mais parce que les petits bourgeois qui menaient la danse ont honte d'être considérés comme prolétaires. Or, tout ce qui est moyen ne tient pas dans le capitalisme en crise qui écartèle aux extrêmes et n'oppose que le vide au vide. Vide politiquement le mouvement des gilets jaunes ne fît face qu'au propre vide politique de Macron.

Sarkozy a enseigné à Macron l'exhibitionnisme du pouvoir creux. Paul Bismuth nous avait déjà habitué à l'overdose de sa présence publique. Nous voilà à nouveau en pleine saturation macronesque. Cette surexposition de Grand Bourgtheroulde à Pétaouchnok correspond au show permanent rêvé par tout PN, mais une fois éteintes les lumières, c'est le grand vide de la mascarade du « grand débat », un bide d'audience masqué par les médias, une minable sortie de maraudeur de la misère. Macron ne change pas d'arrogance, et pourquoi donc en changerait-il ? C'est sa seule réponse au seul slogan lucide (« Macron démission ») : j'y suis donc j'y reste !
Il n'y a pas de dialogue possible avec l'Etat bourgeois. C'est aussi pourquoi les GJ opiniâtres sont coincés. Les petits bourgeois épiciers qui tractent encore le mouvement, dans la cacophonie de leurs clans, n'ont aucune idée de la complexité du pouvoir, un peu comme les gauchistes qui n'imaginent le pouvoir que dans les cordons de CRS. Notre dinosaure Henri Simon fait cette juste remarque : « le pouvoir politique (est) personnalisé par le seul président Macron (…) Pourtant Macron, en tant que président n'a guère de pouvoir. En matière de salaires ce sont les entreprises qui fixent les conditions de travail et les salaires, et éventuellement dans des accords contractuels ».
Ce n'est cependant pas tout à fait vrai, en 36 et en 68 l'Etat a su forcer la main aux patrons pour éviter la révolution sociale. Le problème avec les conseillistes comme Simon et ses amis est qu'ils restent toujours enfermés dans la mentalité syndicaliste où tout est supposer se passer dans l'entreprise et où la grève est le seul moyen universel de chanter ensemble. Avec son esprit syndicaliste, Simon peut noter que des travailleurs se sont associés « individuellement » au mouvement GJ. Et alors, fallait-il rester chez soi quand il ne se passe plus rien avec les grèves syndicales ?
Sous le syndicaliste perce le légaliste : « … les tentatives d'assaut contre les sièges du pouvoir à Paris et dans certaines villes de province, sont une des marques de la faiblesse d'un mouvement qui reste très minoritaire ». J'ai trouvé au contraire que cela nou faisait passer, nous les soixantehuitards pour de petits rigolos tout juste bons à s'enfermer avec des barricades rue Gay Lussac sans s'attaquer ni au parlement ni aux quartiers bourgeois ! Mais la frayeur légaliste de Simon est patente et assez honteuse trois pages plus loin : « Cibler les sièges du pouvoir est la vieille stratégie en France, essentiellement des mouvements d'extrême droite » (cf. 6 février 1934). Réflexion de syndicaliste moderniste vingtiémiste à vue faiblissante ! 1789, 1830, 1832, 1848, 1871... une vielle stratégie de l'extrême droite ?

La machine productive capitaliste n'a pas été empêchée de ronronner. C'est resté limité aux ronds points. Le bobo parisien s'offusque qu'on n'ait rien trouvé sur le « réchauffement climatique ou le nucléaire » (la morale de l'Etat exploiteur). Certes : « On peut penser que l'affaiblissement du mouvement et son échec programmé (?) est dû essentiellement à ces espoirs déçus d'une extension au monde du travail qui en fait n'avait guère de chances, vu le contexte golbal, de se produire » (cf. Echanges n°165).

Espoirs déçus qui sont les miens et ceux de Michel Olivier qui, avec le langage révolutionnaire trop traditionnel (et éculé) misait sur cette extension : « Maintenant, face au cul de sac dans lequel est le mouvement des gilets jaunes, la parole est à la lutte des prolétaires qui seuls peuvent réellement apporter une issue à l'ensemble de l'humanité et à l'impasse du monde actuel et de sa crise économique généralisée. Eh oui ! La seule perspective, c'est que la classe ouvrière s'organise en comités de travailleurs et en comités de grève élus et révocables à tout moment, que les travailleurs s'assemblent dans les entreprises, discutent et décident de leurs revendications et de leur programme d'action (…) Les gilets jaunes sont le signe de la faiblesse actuelle de la classe ouvrière ».

« Les prolétaires seuls peuvent réellement apporter une issue à l'humanité » ? Qu'on me permette d'en douter ! La plupart des prolétaires sont aussi ignorants de l'histoire des révolutions que nos leaders gilets jaunes illettrés, et je ne les considère pas comme doués de science infuse ni d'une conscience surnaturelle. L'auteur prend soin de préciser finalement qu'il faut que la société s'organise « autour d'un parti politique internationaliste, communiste et révolutionnaire »2. Brrrrr… On ne va certainement pas vers la réincarnation du parti mondial universaliste communiste dans l'immédiat; contrairement à l'après mai 68 qui avait vu floraison de tant de petits partis.

Si la société de l'avenir doit être organisée « autour d'un parti politique », je file sur la planète Mars ou Vénus. Enfin les gilets jaunes ne sont pas signe de la faiblesse de la classe ouvrière mais confirment son impuissance et l'innocuité du mythe de la grève générale et que tout se passerait dans le rapport étroit ouvriers/patrons.

Sur sa page facebook, Xavier Dupont se penche plutôt sur les recompositions dans cette même classe ouvrière, qui expliquent plus les difficultés que les carences et oublis du passé politique : « Parallèlement à l’explosion de ces nouvelles couches moyennes que l’on retrouve plutôt dans les grandes métropoles, très mobiles et solidaires de la mondialisation de la marchandise, il faut constater la recomposition dans l’espace national de la répartition d’une une classe ouvrière plus disséminée et des couches moyennes traditionnelles encore largement présentes, étranglées par la concurrence mondiale, des employés ou ouvriers pour certains ayant des conditions de travail souvent plus dures que la classe ouvrière traditionnelle des grandes concentrations industrielles, comme les secteurs du nettoyage, des centres d’appels, du bâtiment, des transport, nel ». Il cite à l'appui un extrait du numéro 6 Première série d’Invariance : « Là οù Bernstein a tort c'est quand il déclare que Marx n'avait pas prévu le phénomène. Or celui-ci affirme que la tendance du capitalisme était de diminuer le nombre des hommes produisant la plus-value et d'augmenter le nombre de ceux qui en vivaient. De façon plus explicite, il écrivait : " Son plus grand espoir (de Malthus, n.d.r.), où il voit du reste lui-même un peu d'utopie, c'est que la classe moyenne grandisse sans cesse et que le prolétariat, malgré son accroissement absolu, constitue une fraction de plus en plus faible de la population total. C'est en effet la marche de la société bourgeoise." « des secteurs ubérisés », etc…. La répartition plutôt à dominante bobos des grosses métropoles a éloigné aussi une partie de la classe ouvrière vers les périphéries de ces métropoles et en même temps les petites villes loin des métropoles, se paupérisent autour d’un tissu économique traditionnel ».

Robert Paris (site : Matière et Révolution) a créé son « Le gilet jaune insurgé » où il assure, avec des textes bien écrits, qu'il s'agit d'une « lutte de classe essentiellement prolétarienne », est volontiers dithyrambique :
« Les Gilets jaunes, tout le monde l’a remarqué, se caractérisaient par l’action directe, le refus de négocier les actions avec le pouvoir, le refus de « demander l’autorisation », le refus de prévenir par avance des actions envisagées, le refus de s’en tenir aux promenades dans les rues, la volonté non seulement de bloquer des entreprises, des sites, des routes, des institutions, mais aussi le refus de respecter tout ce qui représente les exploiteurs et les oppresseurs, ainsi que leur pouvoir.
Eh bien, oui, en agissant ainsi, les Gilets jaunes ont d’abord contribué à déstabiliser les appareils réformistes, les partis politiques de gauche, de gauche de la gauche, de l’extrême gauche, les syndicats et pas seulement ceux « de droite » qui soutiennent directement Macron, mais aussi les syndicats comme la CGT, FO ou même SUD, qui n’ont pas voulu soutenir les Gilets jaunes à leurs débuts. LO, NPA, POI et CNT, pour ne citer que ceux-là se sont aussi démarqués des Gilets jaunes.
Tout du long, depuis le début, il n’y a eu à la direction des Gilets jaunes ni d’une fraction d’eux, un quelconque état major clandestin, dirigeant, ni manipulant le mouvement. Que cet état-major soit attribué aux blacks blocks, qu’il soit attribué aux fascistes, qu’il soit attribué aux ultra gauche, qu’il soit attribué à Le Pen ou Mélenchon. Tous ceux qui comportent cela sont des ennemis du mouvement, ennemis ouverts ou cachés.
Par contre, jamais aucun syndicat n’a honnêtement organisé une discussion démocratique dans les entreprises sur les objectifs et les méthodes des Gilets jaunes. Même pas un débat sur ce thème ! Pas un tract non plus pour en discuter ! Et surtout pas des assemblées dans les entreprises pour discuter des journées d’action avant qu’elles aient lieu ! Et aucune critique de ces méthodes bureaucratiques des « journées d’action syndicales » de la part des groupes politiques ou associatives qui s’activent dans ces syndicats, notamment de la part de la gauche de la gauche ou de l’extrême gauche, qui a fini par admettre qu’il fallait admettre l’existence de ce mouvement !!!
Alors que ces appareils sont sclérosés, figés, liés par mille liens à nos adversaires de classe et à leurs institutions, aux élections, aux bureaucraties, à l’ordre, le mouvement, lui, s’est révélé, dynamique, vivant, essayant d’apprendre, d’avancer pas à pas, prêt à faire des efforts pour comprendre, pour s’organiser.
Le mouvement des gilets jaunes a été assez fort pour que gouvernants et patrons craignent une extension aux entreprises au point de payer des « primes Macron » aux salariés des entreprises du privé mais aussi aux cheminots, à tous ceux dont ils craignaient qu’ils se joignent aux Gilets jaunes. En empêchant cette jonction, les forces militantes des entreprises ont rendu un grand service à l’ordre capitaliste, aux gouvernants, aux patrons et à eux seuls !
En se joignant aux calomnies sur les Gilets fascistes, les Gilets casseurs, les Gilets antisémites, les Gilets racistes, les Gilets violents, les Gilets d’ultra gauche, etc., les forces militantes politiques, syndicales, associatives au sein des entreprises, y compris la gauche de la gauche, les insoumis, l’extrême gauche officielle (LO, NPA, POI, CNT, etc.), ont démontré qu’ils sont incapables d’offrir aux travailleurs des perspectives sociales face à l’écroulement du capitalisme qui s’annonce.
Se réunir à l’extérieur des entreprises a nécessité bien des efforts pour les Gilets jaunes car le pouvoir a tout fait pour les empêcher , en interdisant les rassemblements des ronds points, en refusant des salles de réunions, etc. »

Tout ce que dit ici Robert Paris est indéniable, mais c'est lui qui le dit, pas le mouvement confus et branquignole politiquement. Pour l'heure, même si je pense que les exigences de transparence et de non représentativité automatique resteront les deux données majeures pour les futures luttes sociales, l'impact du mouvement gilets jaunes, dans son aspect citoyen, a imprimé une nouvelle situation au Vénézuela et en Algérie, où les luttes citoyennes, qui pourront être sanglantes, ne seront pas nécessairement révolutionnaires.


NOTES:

1De fait le mouvement, avec ses aspects incultes et archaïques, explore une autre façon de faire la la politique en temps réel. Les réponses de Fly rider avec des explications un peu simplistes, révèlent une façon de fonctionner pourtant comme un corps intermédiaire – typiquement d’un leader syndical – en canalisant la colère populaire, en répondant aux inquiétudes des éléments les plus extrêmes de ses interlocuteurs. Dans les groupes de gilets jaunes, il y a une vraie différence entre le ton posé de ces Facebook lives, fascinants moments de débat public, et la violence parfois affligeante des commentaires.

2Bilan&Perspectives n°18, février 2019.

jeudi 21 février 2019

ALAIN FINKIELKRAUT CET ASSASSIN DE LA MEMOIRE


Benalla et Macron aux obsèques de Mme Knoll, victime d'un crime crapuleux et pas antisémite.
Dans cette même livraison, lire à la suite le texte de Claude Bitot: "notes sur les gilets jaunes"
(la photo ci-contre est de JLR)

Alain Finkielkraut n'a jamais tant souhaité que de rester une diva des médias. Le philosophe moderne est avant tout une starlette qui n'aime tant qu'être cité dans la presse pipole. Comment se fesse-t-il que l'ancien étudiant maoïste ait tant réussi à occuper régulièrement le vedettariat ? Comment a-t-il réussi au cours des si longues années écoulées à occuper le devant de l'actualité ? C'est ce que je vais vous révéler. Notons qu'il est curieux que la presse ne relève pas qu'il n'en est pas à ses premiers états de service. L'académicien qui sait si bien clamer juste une partie de la vérité dans tous les domaines pour faire surnager ses propres confusions, ses aigreurs contre la réelle invasion culturelle musulmaniaque sont toujours contrebalancées par son nationalisme israélien (il sera interdit désormais de dire sioniste). Plus que tout il aime la célébrité, il aime « se montrer » comme ce 16 avril 2016 où son éviction d'une place publique ne donna pourtant pas lieu à une immense protestation contre l'antisémitisme :

« Venu écouter les débats de la Nuit debout, Alain Finkielkraut a été invité à "se casser" de la place de la place de la République, samedi 16 avril 2016. Le philosophe est parti sous les insultes et les huées, mais pas avant d'avoir perdu son sang froid. Traité de "fachiste", Alain Finkielkraut a répliqué en traitant les militants de "fachos". "Gnagnagnagna, pauvre conne ! a-t-il ensuite hurlé à une femme. Des coups de latte, qu'il te faut !" Le philosophe, dont la colère a été filmée par une militante, s'est ensuite défendu : "Ça va, je me fais insulter, je peux répondre aussi. Je suis quand même un être humain, non ?"(cf. France info).

Venu tâter du gilet jaune, il se fait une fois de plus jeter. L'agression et les insultes sont certes minables, et ne relèvent pas forcément de l'antisémitisme mais de la guerre idéologique entre islamo-maniaques et sionistes. Pourquoi cette propension à venir s'exposer quitte à provoquer noise ? Le bonhomme est intéressant, séduisant, il gagne à être écouté même s'il dit une connerie sur deux. Le problème est qu'il est double, il peut dire une vérité mais noyée dans un discours faux. Son compère Ascolovitch, beaucoup plus faux et ambigu, quoique clairement méprisant du peuple, a bien vu cette dimension contradictoire de Finkielkraut :

« Si Finkielkraut montre «ce que la République permet à chacun», que prouvent alors ses agresseurs? Ils montrent, ces brutes, que la République a failli en éduquant son peuple et n’a empêché ni la haine, ni la bêtise. Son échec s’incarne quand illettrés, complotistes et braves gens fâchés manifestent, crient, cassent pour certains, agressent pour d'autres, et si laidement injurient.
(…) À cette aune, Finkielkraut et Macron se ressemblent, petits-bourgeois ayant caressé les livres et s’en étant construits, et que des populaces exècrent, qui reconnaissent l’ennemi. Ce cri connaît sa limite; les plus violents savent leur infériorité et en deviennent démunis, émouvants ».

Finkielkraut a l'air de contester tous les clichés les plus lamentables de l'islamo-gauchisme (et pour cause, en tant qu'ancien maoïste il sait la bêtise de la « cause du peuple »), tout en servant le pouvoir depuis sa chaire médiatique il se permet d'en montrer les limites idéologiques, ainsi le prétendue résurgence du fascisme des années 1930, il fait mouche :

« Cette analogie historique prétend nous éclairer: elle nous aveugle. Au lieu de lire le présent à la lumière du passé, elle en occulte la nouveauté inquiétante. Il n'y avait pas dans les années 1930 d'équivalent juif des brigades de la charia qui patrouillent aujourd'hui dans les rues de Wuppertal, la ville de Pina Bausch et du métro suspendu. Il n'y avait pas d'équivalent du noyautage islamiste de plusieurs écoles publiques à Birmingham. Il n'y avait pas d'équivalent de la contestation des cours d'histoire, de littérature ou de philosophie dans les lycées ou les collèges dits sensibles. Aucun élève alors n'aurait songé à opposer au professeur, qui faisait cours sur Flaubert, cette fin de non-recevoir: «Madame Bovary est contraire à ma religion.» (…) Il n'y avait pas, d'autre part, de charte de la diversité. On ne pratiquait pas la discrimination positive. Ne régnait pas non plus à l'université, dans les médias, dans les prétoires, cet antiracisme vigilant qui traque les mauvaises pensées des grands auteurs du patrimoine et qui sanctionne sous le nom de «dérapage» le moindre manquement au dogme du jour: l'égalité de tout avec tout ».

DE L'AFFAIRE DREYFUS A L'AFFAIRE BENALLA...

La surdétermination du rôle des juifs dans les affaires du monde est une mode cyclique de l'idéologie bourgeoise, et Finki est bien placé pour le savoir puisqu'il a été un des initiateurs d'une des plus grosses mystifications anti-marxistes de la fin du XX ème siècle autour de la dramatique question des chambres à gaz. Le grand Bordiga a dit un jour que le pire produit du fascisme c'est l'antifascisme, et cela reste vrai, profond et incontestable comme poison contre toute pensée rationnelle. L'affaire Dreyfus fût un complot ourdi par une camarilla de militaires qui, quoique l'affaire ait été finalement dénoncée, sans réhabilitation du capitaine, a servi à préparer l'union patriotique pour mener la classe ouvrière au casse-pipe mondial. Il est peu probable que l'affaire Benalla permette au général Macron de nous mener à une nouvelle guerre, tant il s'y est compromis et n'a même pas la respectabilité du capitaine Dreyfus.
Au lendemain de la quatorzième démonstration en gilet jaune, où un épisode secondaire - où Finki ne s'est pas fait cracher dessus comme lors d'une nuit debout - avait été immédiatement exhibé à la loupe - l'ensemble des médias, comme un seul homme, s'indigna : « «Juden», croix gammées, profanation: les actes antisémites se multiplient en France ».
Bousculade et insultes crypto-islamistes plus que fachos, sont méprisables certes, mais c'est l'extension à toute une autre série de même type d'insultes antisémites qui est immédiatement ajoutée à l'agression contre Finki, et cela révèle la duplicité du pouvoir, et qu'il n'a rien à foutre des juifs en général pas plus que de la classe ouvrière. J'ai travaillé pendant des années à Bagneux, banlieue à ghetto arabe, et je n'ai jamais vu effacé au plafond de certaines entrées de HLM l'inscription « mort aux juifs », que la municipalité « communiste » de cette ville ne s'est jamais soucié de faire immédiatement gommer ; et dieu sait s'il doit y en avoir un paquet des inscriptions aussi débiles sur les murs lézardés de tant de cités hors zone, dont aucun édile local ne se soucie. On nous promet d'effacer immédiatement sur le web, mais parce qu'il n'est pas nécessaire de bouger son cul de sa chaise.
Le pire produit des insultes antisémites c'est le gouvernement qui en fait la pub en long, en large et en travers. Plus il en fait état, plus des gamins ou des adultes pas finis vont s'ingénier à profaner tel cimetière, telle vitrine, telle salle de classe1. Je peux reprendre ici un commentaire anonyme largement partagé : « Macron promet des actes : “ décimer les dangereux Gilets Jaunes et réhabiliter Benalla “ ; Le résultat inévitable, c'est que l'antisémitisme va augmenter. BINGO! ». Les mille personnes qui ont trinqué avec Macron au CRIF n'auront été qu'une réunion d'hypocrites, concours d'indignation saoulant. Macron a fait un discours creux, il ne mettra pas plus fin à l'antisémitisme larvé et permanent sous le capitalisme qu'il ne permettra aux millions de prolétaires de vivre décemment. Durcir la lutte contre l'antisémitisme en y mêlant l'antisionisme, alors qu'il s'agit d'un simple nouvel éteignoir du mouvement gilets jaunes, dont on ne se souviendra dans quelques années que comme d'un mouvement finalement « entaché d'antisémitisme », comme tout le monde croit se souvenir que la profanation de Carpentras avait été organisée par Le Pen, alors qu'il s'est agi d'une duperie perverse du roi des politiciens Mitterrand. Macron n'a pas le choix, il est constitutionnellement impossible d'empêcher l'expression de la libre critique de la politique d'Israël, de la même manière que les français ou les étrangers peuvent critiquer la France, le comportement des français et la politique française. En revanche, la repression des injures et l'incitation à la haine sont déjà prévues par la loi. Il donne des arguments aux antisémites même si on est dans la politique de l'instant et le double langage sans effet, comme souvent avec lui. L'anti-sionisme complotiste est une idéologie de base des terroristes islamiques qui ont dépassé, en compétence si je puis dire, les vieux fachos dans ce domaine. Le patron du renseignement intérieur a énuméré un certain nombre de sectes de tarés « identitaires » et « néonazis » et enfin, de "petits groupes de type brigadiste et violent qui peuvent se constituer autour d'une personnalité charismatique". S'agissant de l'ultragauche, le patron du renseignement intérieur a affirmé que "sa capacité à faire dégénérer des manifestations, mais aussi à conduire des actions de nature plus clandestines n'est plus à démontrer" ; or cette ultra-gauche, généralement activistes écervelés qualifiés de black blocs, n'ont plus rien à voir avec cette notion que Finki a contribué il y a trente années à renvoyer aux oubliettes (j'y viens, j'y viens).
Intéressant ce patron policier. Les flics sont souvent au plus près de la question sociale. Il a reconnu lui que le danger vient beaucoup plus de l'islamisme (radical ou pas) que des vieilles chemises fachos. Les nouveaux antisémites sont plus souvent parmi les indigestes de la république et des musulmans pro-palestiniens et donc anti-israéliens. Comme le nombre de musulmans ne cesse d'augmenter en France, il est vraisemblable que le nombre d'actes antisémites n'ira pas en diminuant.

LE THERMIDOR DES GILETS JAUNES, UNE PERIODE DE REACTION INFAME?

Après l'échec d'une grève, voire plus largement d'une révolution, que se passe-t-il dans la tête des vaincus ? La joie de la solidarité, l'enthousiasme des lendemains qui chantent font place à la récrimination permanente, à la haine, donc à une claustration de la pensée. Le phénomène n'a jamais été étudié par historiens et sociologues, mais il mérite qu'on s'y arrête. L'échec rampant des gilets jaunes, avec leur longue présence hebdomadaire dans la rue, renvoie au moment de dépression lors des contre-révolutions : la classe vaincue ne reste pas indemne. Il est stupide de croire que le nazisme a vaincu en Allemagne en 1933 simplement à cause de la répression. Les avanies du bolchevisme y ont été pour une part responsables. Le massacre de Cronstadt et les premiers goulags n'ont pas rassuré la majorité des ouvriers allemands encore fortement syndiqués et électeurs d'une social-démocratie majoritaire encore à la veille de la prise du pouvoir par Hitler. Dans la lutte des classes le facteur économique devient par moments complètement secondaire : que vaut la revendication un peu nunuche du « pouvoir d'achat » mêlée à l'invraisemblable RIC quand le mouvement des GJ n'est plus que lamentation d'yeux crevés et nid de violence d'une poignée de tarés antisémites ? Dont beaucoup étaient d'ailleurs déjà présents au début (j'en avais viré un). Ils seront encore là demain, dans telle manifestation, telle grève, mais on ne doit pas leur accorder plus d'importance qu'ils n'en ont. Une autre starlette de médias, avocat de renom, tout en soutenant Macron, a fort bien expliqué que s'il fallait relever toutes les insultes sur les murs des chiottes publics - « Dupont est pédophile ou Durand cocu » – on n'en finirait pas, il vaut mieux effacer ou repeindre que perdre son temps à se fixer sur de lâches graffitis.
Les masses allemandes des années 1920-1930 n'ont pas été simplement effrayées par la répression de la soldatesque de l'Etat bourgeois, pas encore sous couleur nazie, mais aussi, de manière obsessionnelle, par les stupidités « communistes » : putschs répétés, embrigadement militaire, violences de rue autrement plus graves que celles de nos gilets jaunes2. De même le nazisme joue depuis 60 ans le rôle inverse. L'historien (réactionnaire) Furet soulignait que l’obsession du nazisme a dominé la tradition démocratique depuis un demi-siècle. Le sentiment d’effroi que procure cette expérience a formé le terreau de l’obsession antifasciste, en même temps que la meilleure de ses justifications. Mais il a été aussi, dès l’origine, instrumentalisé par un mouvement communiste en dégénérescence pris dans le carcan des replis nationaux en vue de la reprise de la guerre mondiale. L’antifascisme, définition purement négative, devenant la préparation d'un camp bourgeois dans la future guerre mondiale. L’obsession antifasciste depuis 1945 a ajouté à la gloriole de la victoire du « camp démocratique » un effet toujours néfaste pour toute révolte sociale d'ampleur: elle a rendu sinon impossible, du moins difficile, tout bilan sérieux de l'échec de la vague révolutionnaire des années 1920, effaçant des mémoires qu'elle n' était pas à mettre sur le même plan « totalitaire » que le fascisme.

Inculte politiquement et désireux de le rester le mouvement évanescent des gilets jaunes - qui aura été finalement l'envers anti-intellectualiste des Nuits debout, mais plus inquiétant socialement – se fiche de remettre à sa place la mystification de l'antifascisme. Moi pas. La querelle des historiens allemands sur l'histoire du nazisme a été assez intéressante, en marge des clichés des historiens bien pensants de la gauche caviar. En se repenchant dessus on peut voir que Nolte, étiqueté réactionnaire, disait de bien dérangeantes choses pour l'antifascisme au pouvoir partout dans le monde depuis des décennies. Nolte dit : le système libéral, par ce qu’il offre de contradictoire et d’indéfiniment ouvert sur l’avenir, a constitué la matrice des deux grandes idéologies de ce siècle (dernier). Comme le résume un commentateur : «Nolte avait pour thèse que le massacre racial des nazis était une réaction aux crimes des soviétiques. «L'archipel goulag n'était-il pas antérieur à Auschwitz?», demandait-il. Et il supposait qu'un lien logique et factuel pouvait exister entre le “massacre de classes” des bolchéviques et le “massacre racial” qu'ont commis ensuite les nazi ». En vérité, derrière le juif bouc-émissaire, Hitler privilégie la haine du bolchevisme, mais c’est en tant que produit final du monde bourgeois démocratique. L'historien français Furet pensait avec raison que Nolte insistait trop sur le caractère réactif du fascisme au communisme. Tout est toujours double en politique, et trouble. On oublie généralement que la montée du fascisme est une préparation à la guerre mondiale. Pas de guerre mondiale possible si le prolétariat persiste à vouloir en finir avec le capitalisme, il faut donc éliminer le prolétariat de la scène historique mais en s'en prenant de façon vicieuse à son représentant politique le plus visible, bien que déjà flageolant, le mouvement bolchevique, non pas en tant que porte-parole du prolétariat mais comme mouvement de juifs manipulant le prolétariat. C'est d'ailleurs à peu près le même schéma adopté par les énarques qui nous gouvernent : ne plus attaquer de front les gilets jaunes dans leur aspect forcément respectable et subversif de mouvement social contre la misère, mais en l'assimilant aux comploteurs juifs, pardon aux comploteurs fachos antisémites, islamistes et compagnie! Le tour est joué !
On n'ira ni vers le fascisme, ni une nouvelle bande à Baader comme je le présumais intérieurement, mais vers le dégoût plus grand encore de la « politique politicienne » et une abstention encore plus marquée aux « européennes », ce qui est aussi le but recherché par l'Etat macronien, car la mascarade antiraciste affaiblit à chaque tour le parti des incapables lepénistes. L'Etat laisse cependant comme os à ronger aux masses déconfites et désemparées des diverses familles gilets jaunes, l'antisémitisme, lequel peut en effet prospérer sous la rancoeur. Est-ce un hasard si celui-ci s'est développé après l'écrasement de la Commune de Paris ? Et si Mélenchon nous fait plus penser au général émotif Boulanger qu'à Chavez ? Les passions mauvaises ne surgissent-elles pas après un amour déçu ? Quoiqu'elles ne durent qu'un temps... Les causes de la défiance qui caractérise désormais la société française et en son sein la classe ouvrière toujours existante (et bien présente en nombre parmi les gilets jaunes) contrairement à ceux qui ont encore voulu la faire disparaître dans une improbable couche moyenne – sont destinées à durer, plus simplement produite par les attaques économiques du gouvernement, mais haussées par les questionnements « politiques » bien réels posés pour le mouvement des gilets jaunes ; lesquels ne disparaîtront pas tant qu'une amorce de réponse « de classe » ne pointera pas le bout de son nez.

UNE VIEILLE CONTRIBUTION PERMANENTE AU REVISIONNISME HISTORIQUE
effaceur du prolétariat

Nous y voilà, je vous l'avais promis, au moment qui permit au simple professeur Finkielkraut de se faire un nom et une place dans la place du pouvoir. Je recopie ici simplement ce que j'ai écrit en 1999 dans mon premier livre sur le fascisme (La réaction fasciste en Europe, sous le nom de Pierre Hempel).

… On trouve une autre interprétation, vicieuse et anticommuniste chez le dreyfusard Finkielkraut qui est chargé en 1982 par une maison d'édition proche du nouveau pouvoir « socialiste » de couler le milieu révolutionnaire en le faisant naître de la seule librairie de Pierre Guillaume et en ridiculisant les grands noms de la lutte contre le léninisme stalinisé : Pannekoek, Korsch, et Bordiga. Et qu'aucun groupe de ce milieu dit « ultra-gauche » n'a eue le réflexe de dénoncer, seule dénonciation visible et percutante celle de Louis Janover, 25 ans plus tard mais sans évoquer les dégâts de Finkielkraut. Janover montre bien qu'il s'est agi d'une campagne sournoise du sommet de l'Etat contre les « antiparlementaires » et ceux qui n'oublient pas le passé de massacreurs des partis de gauche, contrairement à leurs alliés électoraux gauchistes. En 1984, l'israélien, chef du mouvement sioniste en France, Simon Epstein, mettait en avant une idée que je partage complètement, à savoir la subtilité de la manipulation adaptée aux « marxistes » :
« La secte révisionniste en question, c'est l'école de gauche qui autour de Serge Thion nie la réalité des chambres à gaz et du génocide nazi, en des termes adaptés aux exigences du public intellectuel marxiste ou libertaire , et qui a pris la défense de Faurisson dont elle diffuse les thèses » (cf. L'antisémitisme français », ed. Belfond).

Dans « L'avenir d'une négation » (Seuil 1982), Finkielkraut écrit :

« Dès 1953, les abonnés de Socialisme ou Barbarie pouvaient lire dans les thèses du parti communiste international d'Italie (la secte de Bordiga) : « L'antifascisme a été le plus récent mensonge idéologique et politique derrière lequel le capitalisme a joué la carte de sa propre conservation de classe pendant la Seconde Guerre mondiale ». Pour ce discours de pierre que la Vieille Taupe cultive, le génocide est un événement en trop, une épine dans ma rose de la Raison prolétarienne, puisqu'il creuse entre le fasciste et le démocrate un abîmes infranchissable. Or, voici qu'un professeur lyonnais (Faurisson), obscur et solitaire, est en train de retirer cette épine (…) Il prouve que la monstruosité impossible n'a effectivement pas eu lieu (…) Ils 'savent' que les chambres à gaz sont un mythe, exactement comme Wilhem Liebknecht savait que Dreyfus était coupable.3 Auschwitz sert les desseins de l'ennemi : d'où leur ardeur à contester par tous les moyens, y compris les plus déshonnêtes, les preuves de sa réalité ».

Finkielkraut ne fait que recopier son maître Sternhell qui pourfend les extrêmes en les faisant équivaloir par le procédé du collage littéraire. L'épine de la coresponsabilité du capitalisme démocratique dans le massacre des juifs ce ne sont pas les négationnistes ni les petits intellectuels au service du parti socialiste qui l'ont retirée, car la plaie s'est encore infectée depuis au Kosovo par exemple, n'est-ce pas ?
Finkielkraut s'inspire de Sternhell en reprenant l'interprétation universaliste de l'Affaire Dreyfus pour tourner en dérision les leaders de la II ème Internationale W.Liebknecht et Guesde (en ignorant que le dreyfusard Jaurès avait initialement approuvé la condamnation) ; c'est la millième tentative de tourner en dérision « l'égoïste » lutte de classe et de lui opposer ce que j'appelle le judéocentrisme juif à prétention universaliste (qui caractérise les partisans de l'Etat français ou le soutien de celui d'Israël car, comme le reste de la population, les juifs en général ne sont pas tous des imbéciles (et les imbéciles ne sont pas tous juifs) ni inféodés à tel ou tel camp intégriste). Finkielkraut a beau jongler avec son habituelle rhétorique obscure , il ne peut cacher quel camp il aurait choisi pages 39-40 (sic!). Il dénonce la critique de l'antifascisme pour les révolutionnaires de l'époque, comme composante de « l'esprit munichois » (c'est à dire défaitiste et refusant la guerre à Hitler), tout en défendant toujours à sa manière ambiguë le stalinisme qui « a repoussé l'envahisseur nazi et contribué à la défaite d'Hitler »4 ; cette fable de la victoire décisive de l'ancien allié des nazis est la constante de tous les antifascistes (ignares...). Souvarine a expliqué comment à Stalingrad, les chars d'assaut fournis par l'armée américaine avaient été repeints aux couleurs soviétiques. Les médias de 1945, comme ceux de 1999, sont étrangement discrets sur les conditions de la « Victoire de Stalingrad ». mais en cherchant un peu la vérité, on la trouve :
« L'argent et les armes américaines soutenaient et la Grande Bretagne et l'Union soviétique. Chaque année, après 1942, les américain fournirent au Royaume Uni, en armements non payés, la valeur de 4,75 % du revenu national des Etats-Unis. En 1943-1944, le même système américain de prêt bail ajouta environ un sixième à la valeur du produit national de l'Union soviétique. Au moment le plus crucial de la guerre, la Grande Bretagne et l'Union soviétique étaient donc bien toutes deux bien plus dépendantes des Etats Unis qu'elles ne l'ont jamais admis ». (cf. Alan S.Milward in dictionnaire critique de Azéma et Bédarida). Il ne faut pas oublier d'ajouter cependant que la bourgeoisie américaine a laissé la Russie supporter seule le poids de la guerre sur le continent européen pendant trois ans, faisant sacrifier plus de 11 millions de prolétaires (manière versaillaise de se venger également de la peur d'Octobre 1917). Les pertes américaines sont de l'ordre de 300.000 victimes, nombre considérablement inférieur à la plupart des belligérants et moins inquiétant pour la paix sociale de l'autre côté de l'Atlantique ».

Voilà pour aujourd'hui, et on est bien loin de la petite diva Finkielkraut qui ne laissera dans l'histoire de la philo qu'un codicille « starlette histrionne ».

Qu'on me permette de citer enfin un extrait du beau texte de Janover, que je reproduisais in extenso.

« En 1981, avec l'élection de Mitterrand il fallait maintenir la référence en milieu intellectuel de gauche : l'antifascisme. En 1989, il faudra aussi compenser la perte du danger « communiste » par un retour au « danger fasciste » en conjonction avec l'historiographie américaine, la référence diabolique d'un « passé à ne pas revoir ». La querelle du révisionnisme, montée en mayonnaise vers la même époque, a trop bien servi à combattre la contradiction dénudante de la victoire des partisans du programme commun pour raser gratis. Le cercle des intellectuels de la gauche disparue autour du gourou Mitterrand se saisit de l'occasion pour liquider la mouvance ultra-gauche soixantehuitarde qui rappelle trop bien le rôle va-t-en guerre des socialistes et les saloperies des staliniens ».
Janover montre ensuite dans son pamphlet comment au milieu des années 1990, les ex-staliniens, les inquisiteurs Daeninckx et Gilles Perrault, tout en réglant des comptes entre eux : « s'affaireront à ridiculiser un milieu politique qui n'a cessé de rappeler le rôle accablant de la gauche. Avec les mêmes méthodes dénonciatrices d'un Vichinsky (plus c'est gros, mieux ça passe) ; tous les militants ou les ouvriers qui sont guéris de l'idéologie antifasciste « sont sommés de se soumettre et de se démettre de leurs idées s'ils veulent continuer d'exister » (cf. « Nuit et brouillard du révisionnisme, ed Paris-Méditerranée, 1996).






NOTES

1Sollicité par un collègue juif qui était muté à Drancy vers 2003, j'avais découvert sur le tableau de la salle des réunions, un long chapelet antisémite particulièrement bien écrit, sans fautes et vicelard. Le collègue était en larmes et impuissant. C'est moi qui avait effacé le message ordurier.
2Produit également de la classe ouvrière allemande désemparée , les « nationaux-bolcheviques » admiraient Staline... quand les ouvriers n'avaient plus que le choix de s'abstenir ou de voter NSDAP... vu que la contre-révolution c'était le parti socialiste au pouvoir qui avait fait mitrailler les ouvriers et assassiner Rosa Luxemburg (« la juive rouge ») et Karl Liebnecht).
3Les premières réactions des grands leaders de la II ème Internationale, de Liebcknecht comme de Jaurès, furent de douter, mais ils ont ensuite corrigé ce point de vue, et Finki est malhonnête d'omettre de le préciser.
4Sous l'ancien maoïste perce toujours le stalinien non repentant !