"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 21 janvier 2019

Appel de « Gilets Jaunes » de l’Est Parisien

Port d'Etaples novembre 2018

Appel de « Gilets Jaunes » de l’Est Parisien

Publié le 18 janvier 2019

Je publie également cet appel ici parce qu'il est de bonne facture, dit des choses essentielles sur les naïvetés du mouvement et le chiméRIC ; sa fixation sur l'extrême droite comme un viol des consciences sur le web depuis dix ans est une fabulation de type gauchiste, l'extrême droite à la ramasse ne fait que récupérer les conséquences du mépris des élites de gauche et de droite pour la classe ouvrière considérée comme « périphérique » à l'open society antiraciste et antifa, et montre que les auteurs sont passablement exaltés de plus s'ils misent sur une mythique « grève générale », dans les conditions actuelles où une grande partie de la classe ouvrière est encore « achetée » avec garantie d'emplois et que les revendications petites bourgeoises des clans GJ se retournent contre la classe ouvrière en faisant passer au second plan la continuité des attaques du gouvernement Macron contre les chômeurs et sur les retraites. On ne pose pas la question d'abord en termes de "comment on organise la grève" (ce qui est typique des organisateurs professionnels syndicaux) mais des CONDITIONS POSSIBLES OU IMPOSSIBLES D'UNE EXTENSION DE GREVES DEJA SIGNIFICATIVES PAS DE CETTE ECULEE AGITATION DE LA "GREVE GENERALE", et des potentialités réelles ou supposées que le mouvement mette le feu réellement SUR UN TERRAIN DE CLASSE ET QUITTE CELUI DES BOBOS EN JAUNE sinon cela ne reste qu'un appel phraseur d'intellectuels meneurs. On peut et on doit discuter avec ces gilets jaunes qui se présentent comme révolutionnaires et non pas collaborateurs ouverts aux « discussions » avec le gouvernement comme les Priscilla et Cie. Encore faudrait-il qu'ils organisent des réunions où on puisse se rencontrer.

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Nos gilets ne sont plus des tenues de sécurité routière ; ils sont devenus le signal du ralliement de la contestation globale de l’ordre en place. S’ils scintillent, ce n’est pas pour alerter les autorités sur une quelconque urgence ou détresse sociale. Nous ne les avons pas mis en réclamation de quelque chose au Pouvoir. Le jaune de nos gilets n’est pas celui coutumièrement accolé à la traîtrise par le mouvement ouvrier. La couleur de cet habit, c’est celle de la lave de colère que le volcan de la révolution sociale, en sommeil depuis trop longtemps, commence à recracher. Il n’est jaune que parce qu’il embrasse le rouge.
Sous cette appellation « gilets jaunes », un titan se réveille à peine, encore groggy par le coma dans lequel il fut plongé durant plus de quarante ans. Ce colosse ne sait plus comment il s’appelle, ne se souvient plus de son histoire glorieuse, ne connaît pas le monde où il ouvre les yeux. Pourtant, il découvre, à mesure qu’elle se réactive, l’ampleur de sa propre puissance. Des mots lui sont soufflés par de faux amis, geôliers de ses songes. Il les répète : « français », « peuple », « citoyen » ! Mais en les prononçant, les images qui reviennent confusément du fond de sa mémoire jettent un trouble. Ces mots se sont usés dans les caniveaux de la misère, sur les barricades, les champs de bataille, lors des grèves, au sein des prisons. C’est qu’ils sont du langage d’un adversaire redoutable, l’ennemi de l’humanité qui, depuis deux siècles, manie magistralement la peur, la force et la propagande. Ce parasite mortel, ce vampire social, c’est le capitalisme !
Nous ne sommes pas cette « communauté de destin », fière de son « identité », pleine de mythes nationaux, qui n’a pas su résister à l’histoire sociale. Nous ne sommes pas français.
Nous ne sommes pas cette masse faite de « petites gens » prête à s’allier avec ses maîtres pourvu qu’elle soit « bien gouvernée ». Nous ne sommes pas le peuple.
Nous ne sommes pas cet agrégat d’individus qui ne doivent leur existence que par la reconnaissance de l’État et pour sa perpétuation. Nous ne sommes pas des citoyens.
Nous sommes ceux qui sont obligés de vendre leur force de travail pour survivre, ceux dont la bourgeoisie tire ses profits en les dominant et en les exploitant. Nous sommes ceux que le capital, dans sa stratégie de survie, piétine, sacrifie, condamne. Nous sommes cette force collective qui va abolir toutes les classes sociales. Nous sommes le prolétariat.
Conscients de nos intérêts historiques, nous avertissons que :
• Le mouvement des gilets jaunes sera vaincu s’il s’obstine à croire que les intérêts des travailleurs sont conciliables avec ceux des patrons. Cette illusion produit d’ores et déjà des dégâts car Macron se sert d’elle afin de retourner la contestation contre les exploités. Les pauvres capitalistes – dépeints opportunément sous les traits des capitalistes pauvres : les petits entrepreneurs, artisans et autres autoentrepreneurs – victimes des « charges » sociales, partageraient le même sort que leurs employés. Il faudrait donc globalement les épargner et se borner à demander l’aumône aux plus gros d’entre eux. Cela permet au Pouvoir de nous injurier tout en feignant de répondre aux revendications. La prétendue hausse du SMIC ne sera payée que par les salariés. L’annulation de la hausse de la CSG masque le maintien de la réduction des pensions de retraites des plus pauvres.
• À partir de cette approche biaisée, une fraction des gilets jaunes affirme qu’un État moins dispendieux permettrait d’alléger la charge fiscale qui écrase les entreprises ; l’activité serait ainsi relancée et chacun y trouverait son compte... Cela est un mauvais conte de fée. Car ce n’est pas l’État qui étouffe les petits capitalistes mais d’abord la loi de la concurrence qui les fait exister et grâce à laquelle ils peuvent prendre des parts de marché, c’est-à-dire se développer. Le problème social étant ainsi mal posé par le mouvement de sorte que « l’État mal gouverné » est ciblé en lieu et place du système capitaliste, le programme gouvernemental de démantèlement de « l’État social », au nom de « l’optimisation de l’action publique », s’en trouve consolidé. Les politiques de prédation sociale qui consistent à supprimer la redistribution des riches aux pauvres, jusque là effectuée par le biais de la sécurité sociale et des services publics, sont ironiquement confortées. De même, les mesures de réduction du salaire global, en comprimant le salaire différé (retraite, allocations chômage...) sont dès lors justifiées. On donne le bâton pour se faire battre.
• Dans cette optique, qui fait la part belle à l’équilibre économique pourvu qu’il soit bien géré, ce qu’il y a de mauvais dans l’économie ne peut être apporté que de l’extérieur : l’État fiscal, l’Union européenne, la « Finance » « cosmopolite » (et derrière sont parfois désignés les « juifs » et les « illuminatis »), les immigrés. La mécompréhension ou le refus d’admettre cette criante vérité que c’est le capitalisme – comme système de production de la richesse à partir de l’exploitation du travail humain – qui est en crise, ouvre grand la porte aux formes réactionnaires de sauvegarde de l’ordre en place. Dix ans d’activisme d’extrême droite sur internet pèsent lourdement sur ce suicidaire état de confusion dans lequel nombre de gilets jaunes croient discerner une solution à leurs maux.
• Parmi ces « solutions », le Référendum d’Initiative Citoyenne, promu depuis longtemps par la fachosphère et qui a fini par rallier les suivistes mélenchoniste, est une fumisterie permettant d’étouffer la question sociale sous une tambouille institutionnelle. Cet aménagement démocratique ne réglerait rien, quand bien même il serait adopté. Il étirerait juste l’élastique électoral tout en maintenant le rapport entre les classes sociales – ses conditions ainsi que ses enjeux – avec en sus la fortification du réformisme juridique, ce parent pauvre du déjà illusoire réformisme économique. Cela reviendrait à cautionner un peu plus directement l’asservissement ordinaire.
Conscients de nos tâches, nous constatons que :
• Le mouvement des gilets jaunes s’arrête aux portes des entreprises, c’est-à-dire là où commence le règne totalitaire du patronat. Ce phénomène résulte de différents facteurs. Retenons-en trois : 1) L’atomisation de la production, qui voit un grand nombre de salariés travailler dans des (très) petites entreprises où la proximité avec l’employeur rend très difficile la possibilité de faire grève. 2) La précarité d’une grande partie des salariés, qui détériore gravement leur capacité à assumer une conflictualité dans les boîtes. 3) L’exclusion et le chômage, qui placent en dehors de la production bon nombre de prolétaires. Une grande partie des gilets jaunes est directement concernée par au moins l’une de ces trois déterminations.
• L’autre composante du salariat, celle qui bosse dans les grandes sociétés et qui dispose d’une meilleure sécurité de l’emploi (CDI et statut) paraît être sous cloche, sur laquelle la puissante force du mouvement se rompt comme la vague sur le rocher. Un traitement particulier, composé d’efficience managériale et de honteuse collaboration syndicale, est réservée à cette frange de la population travailleuse. La bourgeoisie a bien compris que cette catégorie des travailleurs a le pouvoir de frapper la production capitaliste en son cœur, par la grève générale illimitée. C’est pour cela qu’elle consolide la pacification en donnant des sussucres en formes de « primes de fin d’année exceptionnelles ».
Conscients de notre but, nous affirmons :
• Nous reconnaître dans les appels des gilets jaunes de Alès, de Commercy et de Saint Nazaire, dont le souci de refuser toute organisation hiérarchique, toute représentation, et de cibler les capitalistes, est pour nous le signe de la voie à emprunter.
• Vouloir briser les verrous idéologiques, managériaux et syndicaux, qui maintiennent le mouvement des gilets jaunes en dehors de la production. Nous devons employer l’extraordinaire force doublée de détermination que ce mouvement développe pour réaliser ce que des millions d’exploités souhaitent
depuis tant d’années, sans jamais y être parvenus : paralyser la production de l’intérieur, décider des grèves et de leur coordination en assemblées générales, unir toutes les catégories de salariés, dans une même optique de renversement du système capitaliste et de réappropriation de l’appareil de production. Mettons fin à l’oppression hiérarchique, capitaliste et étatique.

• Vouloir discuter dès maintenant de la grève, de son déclenchement, de son extension, de sa coordination. Contactez-nous, Rejoignez-nous !

gilets-jaunes-revolutionnaires@protonmail.com




ACTE X: Circulez il n'y a rien à débattre !


Avec l'acte X, la tâche semblait ardue, dans la bataille des images, pour atténuer le raffut organisé par le débat national autour d'une nouvelle exhibition publique de Macron, jouant à nouveau au pédagogue mais sans changer d'un iota son programme d'attaques planifiées contre la classe ouvrière et la population intermédiaire et au chômage. Le président provocateur ne prenait aucun risque devant une assemblée de ces maires croupions du pouvoir, peu après avoir bavardé avec quelques retraités mais sans trop traîner puisque même dans le plus petit village de France peut surgir un pauvre gilet jaune, pour lui tomber sur le râble et lui crier : « c'est toi qui déconne, pas nous ! ». Les gardes du corps étaient très nerveux, et malgré un filmage collé au corps du président, on les vit écarter sans ménagement un petit patron d'origine portugaise qui mordit bien aux mollets le président mais en se laissant ridiculiser1.

Les manifestations de gilets jaunes du lendemain allaient-elles ravir une nouvelle fois la primeur à la lourde présence gouvernementale dans les médias, l'affirmation par les médias que les leaders GJ s'étaient tous discrédités et qu'il y en avait marre de voir des policiers frappés au sol ou des policiers au sol et frappés ? Par leur côté spectaculaire, le regain de violence ou l'arrestation de meneurs ?
La manifestation à Paris m'est apparue troublante dans son déroulement, funèbre au propre comme au figuré. On savait plus ou moins le lieu de départ, place des Invalides. On savait qu'il était question de commémorer les morts et les nombreux blessés. Sa majesté Drouet, invisible, avait fait savoir qu'il était souhaitable d'apporter des fleurs et des bougies. Le cortège début par une rangée de porteurs de tombes noires sous formes de panneaux plats tenus au bout d'un tasseau, pas du meilleur goût. La moitié de la banderole était encore plus honteuse : « la police avec nous » ! Ces porteurs funèbres stoppaient parfois pour entonner la Marseillaise, puis ils ont entraîné la longue manifestation dans un pas de course insensé (quand nous étions plusieurs à crier « ralentissez !) étirant les marcheurs en accordéon sur au moins quatorze kilomètres, se faufilant à Montparnasse, pour descendre la rue de Rennes, accélérer boulevard Saint Germain sans raison, remonter le boul'Mich, virer à gauche au Palais royal (pour éviter de frôler le Sénat...), descendre vers les Gobelins, remonter vers la place d'Italie pour une minute de silence, remonter ensuite la rue d'Alésia, traverser la place d'Alésia pour retourner vers Montparnasse et s'échouer enfin sur la place des Invalides.
C'était le parcours sinueux de toute démonstration syndicale, ronronnant de slogans plus ou moins repris, au début : « Castaner va niquer ta mère », « Macron démission », « Libérez Christophe », le chant des partisans relooké : « Macron entends-tu tête de con... », enfin le hideux slogan des grèves syndicales perverses, lancé régulièrement par uen poignée de syndicaux de Solidaires, glissés à l'avant du cortège : « tous ensembleu, tous ensembleu », repris automatiquement par les moutons.
Parcours épuisant et donc avec fonction d'épuiser comme toutes les manifs interminables !
Le plus notable était la quasi absence des flics alors que Castaner avait annoncé que leur nombre aussi massif que lors des « actes » les plus violents. La moindre présence d'un cortège de CRS ou d'une rangée d'engins blindés en bleu suscite toujours un prurit immédiat de la foule, comme je me rappelle l'avoir vu à Montmartre je ne sais plus quel numéro d'acte.

Quel deal avait-il été négocié entre le clan Drouet et les chefs de la police parisienne pour avoir ainsi concocté une manif aussi nunuche, disons de type syndical ? Contrebalancer par une démonstration massive la réapparition de Lazare Macron ; il avait été envisagé, en toute modestie, un million de GJ à Paris ? Bernique, peut-être guère plus de 6000 vu la longueur du cortège (j'ai participé dans ma vie à des défilés interminables autrement plus impressionnants). Le chiffre total pour toute la France de 84.000 comme lors du tour précédent, fort exagéré. La fixation des mêmes caméras des 4 chaînes d'infaux sur quelques violences en cul de sac aux environs des Invalides, obligeait à de constants zooms pour grossir un faible nombre de personnes impliquées, plutôt avinées et insultantes. Tout le monde en conclut, journalistes, policiers et porte parole GJ, que la manifestation avait été pacifique, alors qu'en province avaient eu lieu de sérieuses bagarres mais là aussi limitées à une poignée d'individus « qui veulent toujours en découdre »2. Mais un nombre pas terrible de manifestants dans d'aussi grandes cités que Lyon et Marseille. Toulouse avait connu une plus grande affluence, mais pas aussi extraordinaire que l'avait souhaité l'équipe concurrente du clan Drouet, Priscilla/Fly rider.

N'était-ce pas un enterrement ou presque sans que soit annoncé un « acte 11 » sachant qu'une manif gaulliste revival est programmée le samedi suivant place de la République à la gloire de Jupiter et où les drouetistes n'ont pas envie d'aller car « c'est un piège » selon eux, avec risque de bagarres stériles face à l'opinion. Cette fois-ci, dans la bataille des images, les manifs GJ n'ont pas effacé l'image d'un président « démocratique » qui oppose le débat au baston ; il aurait engrangé (provisoirement) 4% supplémentaire de satisfaction d'opinion, restant plafonné tout de même à 27%.

LA REVENDICATION RIDICULE DE PLUS DE JUSTICE SOCIALE ET FISCALE

Un avenir pas très lointain devrait répondre à l'aboutissement de cette compétition des images. On semble s'orienter vers un perdant-perdant. Macron peut tenter de faire traîner en longueur, il est mal partir pour réussir aux élections européennes. Le mouvement des GJ s'essouffle non seulement à cause de la terrible répression d'ont il a été l'objet mais parce qu'il se bute et but sur cette rêverie de « justice sociale et fiscale » sous le capitalisme et « plus de démocratie directe » mais étrangement combinée avec la conservation d'un système parlementaire complètement pourri. Tout le long du parcours je n'arrêtais pas de me dire en voyant les pannonceaux RIC : ont-ils quelque chose dans le crâne ? J'ai remonté toute la manif avec pourtant, devant et derrière : chiméRIC et RIC... dicule, sans jamais me faire emmerder. Vu que chacun peut écrire ce qu'il veut, qu'il y avait encore des drapeaux royalistes, à un autre endroit un drapeau CGT et un drapeau noir firent timidement leur apparition, fugace. On peut défiler aussi bien défiler tranquillement dans leur manif avec un gilet où peut être marqué : « merde à celui qui le lira ». On pouvait trouver un résumé de la bêtise même pas réformiste, même pas subversive, même pas réaliste des petits commerciaux du RIC, car ces crétins, ils s'identifient au régime des oppresseurs du prolétariat et des couches exclues du travail et de l'antiracisme ; ils disent « nous », « nos lois » au nom d'une « Etat honnête » et au final, ce produit des « fachos » leur permet de nous refiler la liste des désidératas bobos

« Il y a un problème de représentativité dans notre démocratie. On est mûrs pour voter nos lois et non pour un élu. Un élu, comme un parti, c’est un package d’opinions avec lequel on est jamais à 100% d’accord. Bien sûr, il faudra définir des modalités, notamment sur la temporalité et l’obligation faite aux médias de représenter tous les points de vue. Si on impose un temps Je suis pour beaucoup plus de progressivité de l’impôt, avec un taux marginal beaucoup plus fort pour les plus riches. La TVA est aussi injuste, car elle n’est pas progressive.» Surtout, il souhaite que l’Etat s’engage vraiment contre l’évasion fiscale : «Si on recrutait 2 000 inspecteurs des impôts, ça nous rapporterait beaucoup plus que ce que ça coûterait». Avec le RIC, on pourrait parler de pouvoir d’achat, de réforme de la justice, d’écologie. La manière dont il va être mis en place est décisive. Pour que tout le monde participe, on pourrait utiliser le numérique, il faut vivre avec son temps ! Les gens veulent davantage débattre. D’ailleurs, ils le font déjà. Dans le peuple, on trouvera assez de compétence et d’intelligence collective pour traiter les différents sujets».(interview par le journal Libération d'un « riciste »).
J'aurais bien voulu voir et me mêler d'un grand débat dans la rue sur ce fumeux RIC, mais je crois que nos « leaders » GJ n'en ont pas trop envie. On vote de ci de là sur quelques ronds-points avec quelques gentils retraités mais ce n'est ni crédible ni sérieux comme mise en cause des attaques sans fard du gouvernement Macron ; leur fixation sur ce RIC a fait passer à la trappe l'attaque sur le chômage début janvier, plus qu'une chance lors de refus d'emploi, plus licenciement si vous n'acceptez pas une baisse des salaires ; comme les trusts allemands qui ont demandé au gouvernement polonais d'obliger les prolétaires polonais à faire des heures supplémentaires.
Ces petits rigolos quémandent un « Etat honnête », un « scrutin honnête », une « fiscalité honnête », une « justice honnête » quand des centaines d'entre nous sont encore en prison dont Christophe Dettinger quand l'Etat bastonne « honnêtement » pour l'ordre public « ripoublicain », quand les élections « démocratiques » sont truquées, quand la fiscalité reste la pute invariante de la finance, quand l'injustice de classe condamne sans vergogne, quand on place en garde à vue tant de gens dans la pisse des commissariats.
Le RIC c'est la demande de reconnaissance du petit bourgeois floué et qui veut se servir de nous, pauvres GJ de la masse, pour son ascension sociale au-dessus des autres après nous avoir joué de la cornemuse de l'anti-chef, de l'anti-politique désintéressé, tel ce porte parole à longue barbe comme Landru, invité souvent des médias, qui se tenait debout sur un ancienne cabine téléphonique pour se faire saluer au passage des manifestants, quand certains couraient benoitement lui serrer la paluche.
Une manifestation c'est aussi, même quand elle est pépère, une occasion de se rencontrer et de recueillir des témoignages, j'aime bien cela, comme les coucous depuis les fenêtres. L'aspect très positif du mouvement est qu'il a fait éclater les barrières, entre les individus comme entre les classes. Ce qui fait que comme en 68 vous pouvez fort bien discuter avec quelqu'un qui vous aurait hérissé si vous ne l'aviez jugé qu'avec vos propres clichés politiques ou sociaux.

DISCUSSION AVEC UN « FACHO »
Celui-là il est conducteur de bus la nuit pour la RATP. Il se sent gilet jaune à part entière, pourtant il se sent proche du RN, il préférait même le père à la fille. Ce qu'il me raconte peut aider à comprendre pourquoi il se sent d'extrême droite alors qu'il est issu d'une vieille famille de mineurs.
Une anecdote parmi d'autres. Un groupe de noirs montent dans son bus, puis, après un moment l'un d'eux vient lui taper sur l'épaule : « tu arrêtes ton bus là ». Il répond que son métier l'oblige à s'arrêter à des lieux définis. L'autre insiste lourdement puis finit par le bourrer de coups de poings (= trois semaines d'arrêt maladie) pendant que les autres, crient aux occupants du bus : « c'est un raciste, c'est un raciste, il a ce qu'il mérite ». Et l'employé de la RATP m'en a raconté d'autres que je ne dirai pas ici.
  • as-tu été soutenu par ta hiérarchie au moins ?
  • Pas du tout, ils m'ont demandé si je n'avais pas eu un mot de trop.
A un autre moment il me fait par de ses conceptions de marche de la société: "de toute façon il faut des patrons, moi j'ai besoin d'un patron".
- moi, je pense qu'on peut se passer des patrons dans la société communiste où chacun sera responsable devant tous.
Il rit:
- t'es un vrai bolcho! mais ça fait rien on marche ensemble.
- t'es marrant toi, que je lui réponds, t'es employé dans un service public et tu défends les petits patrons, tu sais ce que c'est supporter un petit patron? Et tu sais pourquoi les chômeurs "nous coûtent un pognon de dingue"?
- non.
- parce que la bourgeoisie est antiraciste! Tu as pas écouté les petits maires de province.
- si mais c'est un complot de Macron pour récupérer la protestation venue de province!
- pas que! Les petits maires se sont fait l'écho des petits patrons qui ne trouvent personne à embaucher, alors tu comprends qu'ils veuillent des migrants, eux au moins ils bossent pour des cacahuètes et l'ouvrent pas. C'est d'ailleurs le grand paradoxe du problème de l'immigration, d'un côté c'est quand même réac de barrer la route aux migrants, de l'autre ceux qui souhaitent qu'on leur barre la route ne veulent pas travailler pour des clopinettes. Le refus du travail de merde au lieu d'être subversif comme disons dans les années 1970, est dissous dans la fixation sur le concurrent immigrant plus ciblé et fragile. J'ajoute que le chômeur professionnel se comporte en parasite et est aussi l'aboutissant de la société de consommation, même si les bobos syndicalistes le défendent verbalement dans leur déni simpliste habituel.
- mais là dessus je suis d'accord avec toi, me dit l'autre.
  • DISCUSSION AVEC UN « GAUCHO »
Celui-ci s'est énervé lorsque je lui ai dit que nos principaux ennemis c'était à côté du gouvernement, les syndicats. Ce devait être un trotskiste infiltré, sans doute du NPA qui s'est ridiculisé au début du mouvement et vient jouer les infirmières à présent. J'apercevais au loin les vendeurs du « Bolchévik », la secte qui produit des générations de tarés irrécupérables.
  • quoi ? N'y a-t -il y a pas un mot à dire sur la politique des courants fascistes ? Les travailleurs n'auraient que deux ennemis : gouvernement et syndicats ?
    Au moins celui-là au contraire des ricistes rincés, il argumentait.
  • « Le mot d'ordre des fachos est d'attiser une compréhension des syndicats dans des termes tout à fait simplistes consistant à dire : syndicats = corrompus, vendus. Car ils sont conscients de leurs intérêts de classe et que dans le contexte actuel, l'affaiblissement des syndicats se fera au compte de la bourgeoisie et pas de l'autonomie ouvrière. La hantise des fachos c'est que le fait syndical, c'est à dire l'organisation permanente en période et hors période de mouvement, se répande dans de nouvelles fractions de la classe ouvrière, dans les petites et moyennes boîtes. Ce qui impliquerait de renouer avec la forme territoriale de l'organisation qui était celle des bourses du travail historiques. Ce que font en partie les GJ ».

Je compris rapidement n'avait pour instrument de mesure que les clichés antifascistes concernant une minorité d'activistes sans danger pour l'ordre bourgeois, mais plus grave qu'il considérait les appareils syndicaux comme encore membres du mouvement ouvrier qui, sous la pression de travailleurs non organisés mais s'organisant avec des conseillers trotskistes pourraient désinfecter les orgas « traditionnelles ». Mais il attaqua sur un autre plan : la grève générale. Comme je lui avais objecté qu'il n'y avait jamais eu de grève générale appelée par les syndicats et que ce concept était incongru et irréaliste, il dit :
  • 1936 et 1968 étaient des grèves générales !
  • Jamais de la vie, dis-je à mon tour, 36 c'est trois vagues successives qui ne touchent que le privé, des usines cessent le travail quand d'autres entrent en lutte, et l'on sait quelle victoire a été au bout de ces grèves pacifiques : la guerre. En 68 grève généralisée par les prolétaires eux-mêmes, excuse-moi, c'est pas pareil, et d'ailleurs Séguy nous a donné raison lorsqu'il a déclaré : « je n'ai jamais appelé, ni la CGT, à une grève générale ».

Un autre interlocuteur, autrement chaleureux, un prolétaire rugbyman, qui ressemblait à Pédoncule, me déclara tout de go :
  • moi je suis là parce que je suis antifasciste !
  • Je ne vois pas le rapport, le fascisme n'existe plus comme courant « alternatif » (sic!), et le fascisme est un peu trop mis à toutes les sauces par Macron et les gauchistes pour ne pas nous faire tiquer. ..
Ce camarade se disait surtout apolitique et nous nous aperçûmes que nous étions à peu près d'accord sur toutes les faiblesses du mouvement GJ, et qu'il voyait clairement la question sociale au premier plan, quand de grandes confrontations devraient avoir lieu, plus loin, moins juvénilement et sans ce réformisme nunuche des ricistes.
Epuisé par au moins vingt kilomètres de marche depuis le matin je le quittai fraternellement au niveau d'Alésia, oubliant Vercingétorix et les rixes de fin de manifs.

AUX DERNIERES NOUVELLES

Je n'allume pratiquement plus la télé, mais j'ai pu entr'apercevoir que le débat national attirait des poignées de petits vieux, que des gilets jaunes pouvaient venir y secouer le cocotier mais sans grand risque subversif avec leur guimauve de RIC. Pendant que maires croupions du pouvoir, retraités plus ou moins bobos font la causette du président, les attaques gouvernementales reprennent de plus belle, mais en dosant. Même avec un PN au pouvoir, la bourgeoisie n'est pas suicidaire. Elle distribue du pognon à certaines couches de prolétaires, comme elle l'a fait pour ses flics. La CGT va concourir pour une distribution corporative des bienfaits de la « justice socialo-patronale », sans que les GJ aient envie d'aller défiler derrière ces faux-amis de prolétaires. La plupart des services publics où est garanti l'emploi n'ont pas les mêmes besoins que les GJ du privé, une masse de travailleurs est ficelée à des crédits à vie pour garder bagnole et logement décent. Pourquoi iraient-ils se mettre en « grève générale » ou surtout « généraliser la lutte » alors qu'ils ont encore espoir de conserver « leurs » avantages acquis ?

Le groupe Auchan Retail France annonce ce vendredi que 74.000 de ses salariés vont bénéficier d’une prime exceptionnelle de 200 euros. Cet avantage, dit « prime Macron », était l’une des premières mesures annoncées par le gouvernement au début de la crise des gilets jaunes.

"Cette décision a fait l’objet d’échanges et de partages avec les partenaires sociaux lors d’une réunion le 9 janvier dernier. (…) 200 euros seront versés, sur les fiches de paie de février, à l’ensemble des salariés présents au 31 décembre 2018 dans l’entreprise", annonce Auchan. Elle sera, comme le veut le dispositif, exonérée de cotisations sociales et d’impôts. Cette prime s’établit sur une base d’au moins 28 heures par semaine à condition que les salariés aient travaillé au moins 120 jours sur l’année 2018 (consécutifs ou non, en CDI ou CDD ou en alternance).


Seul hic, les décrets ne sont pas signés ? Faudra-t-il attendre que les travailleurs de Auchan soient
Avec l'inusable Voltuan
baisés à leur tour ? Et laisser le mouvement GJ se diluer dans l'insondable RIC qui sert avant tout à éliminer le prolétariat de l' équation sociale : ce n'est pas sur le terrain électoral vicié (ou ricié) que les prolétaires vont pouvoir contrer les attaques de Macron. SI ?


Bilan de la manif et de la guerre des images, je n'en sais rien.
UNE CHOSE EST SURE, On n'a rien à discuter avec un pouvoir capitaliste qui nous matraque, mutile et continue à attaquer le niveau de vie de l'ensemble du prolétariat. On discutera, mais entre nous.




NOTES

1Il affirma : « cela fait 33 ans que je ne vote pas », réplique immédiate et facile de Macron : « ah c'est pas bien, alors venez pas vous plaindre, il y en a qui sont tombés pour le droit de vote (il ne dit pas, le cliché qui me fait tordre de rire « qui sont morts pour vous faire voter »); à la place du petit bonhomme teigneux mais maladroit j'aurais répondu : « je voterai quand on vous aura tous écarté bande de pourris et quand les élus seront contrôlables » ! Malgré l'interdiction manifester, des dizaines de personnes se sont rassemblées à Souillac vendredi matin, en amont de la venue du chef de l'État. Des "gilets jaunes", retraités et individus masqués se sont opposés aux policiers et gendarmes sur place.  Deux personnes ont été interpellées et les forces de l'ordre ont distribué des coups de matraque, ont indiqué des journalistes de l'AFP. La tension est ensuite retombée. Luc Ferry en a remis une couche : « Un sursaut de fermeté républicaine est nécessaire face aux casseurs qui déshonorent notre pays sur le plan humain, moral et politique ».


2J'ai été témoin de quelques accrochages où le SO gilet jaune a calmé quelques brutes, un avait cassé le rtéro d'une voiture, et au bas de la rue de Rennes un début de confrontation entre « extrêmes » a été assez vite calmé ; d'une façon générale les manifestants dont moi veillions à ce qu'il n'y ait pas de casse ; plusieurs petits groupes tentèrent aussi de faire dévier la manif dans des rues adjacentes mais échouèrent.

samedi 19 janvier 2019

LE MOUVEMENT DES GILETS JAUNES... UTOPIQUE ET REACTIONNAIRE?



PROUDHON – LA SUISSE – LE POUJADISME

« Je suis un homme de méditation non de révolution » Proudhon

« Leur résolution était aussi ferme que celle des ouvriers. Non seulement ils ne craignaient pas la guerre civile, mais certains d'entre eux cherchaient directement à la provoquer ». (sur le Comité d'Olten et la grève massive en 1918 en Suisse)

Dans le seul texte de Marx, écrit directement en français – Misère de la philosophie – texte véritablement fondateur du marxisme, où Marx est très dur et met en pièces le « petit-bourgeois » Proudhon, il est peu question de philosophie mais beaucoup d'économie. Il est frappant de constater cent cinquante ans plus tard que le marxisme, comme arme politique, naît de la délimitation avec la petite bourgeoisie. Le « petit bourgeois » Proudhon est sérieusement malmené et ne s'en relèvera pas historiquement. Voici un pape de l'anarchisme qui est « balloté constamment entre le Capital et le Travail » :
« Même tiraillement opposé dans ses intérêts matériels et par conséquent ses vues religieuses, scientifiques et artistiques, sa morale, enfin son être tout entier. Il est la contradiction faite homme ».
Pourtant la petite bourgeoisie a survécu au démontage du penseur anarchiste anti-révolutionnaire.

Marx a plus de respect par contre pour les « utopistes »1. Ne pourrait-on pas trouver une plus grande proximité du mouvement des gilets jaunes avec les utopistes. Tel ce Cabet, ancien député, qui considérait que l’inégalité est la cause de tous les maux qui frappent le corps social : « Plus de pauvres, ni de riches, ni de domestiques ; plus d’exploiteurs ni d’exploités » ; son programme : représentation du peuple souverain, élections renouvelables, révocabilité des fonctionnaires, concentration de l’industrie, droit au divorce, etc. Cela pour le bien de ce qu’il nommait « la masse du Juste-milieu qui désire sincèrement le bien général », celle qui s’interroge avant tout sur le pain à acheter et le loyer à honorer. Si vous vous laissez abuser par le matraquage du pouvoir et de ses nombreux serviteurs, vous pouvez croire que les gilets jaunes sont violents, parce qu'il y a des violences de rue. Ces violences de rue sont essentiellemet provoquées par la police et la présence de la police. Il faut laisser de côté le circonstanciel des manifestations pour bien voir que cette jacquerie moderne ne vise ni à renverser le capitalisme ni imposer des améliorations par la violence. Le mouvement, pour partie avec Priscilla Ludosky, malgré qu'il charrie, surtout via le Web, des tonnes de haine, laisse à croire qu'avec un système référendaire et la bonne volonté du Conseil économique et social, une réforme pacifique devrait finir par triompher. C'est une douce rêverie de potaches sans réflexion politique, non pas non plus apolitique mais dans l'impensable. Sous son aspect utopique et réactionnaire cette jacquerie restera un événement de référence et, bien que ce soit paradoxal pour l'observateur superficiel, riche en leçons politiques pour le prolétariat.

Cabet était un gilet jaune à sa façon, il récusait la violence et promettait l’instauration d’un régime communiste « par la puissance de l’Opinion publique » : si un parti minoritaire se targuait de l’imposer aux masses cela conduirait à la dictature. En 1845, avec son périodique « La Fraternité » il assurait que cet avenir est l’espoir politique de « tout ce qui travaille et souffre », l’horizon des manœuvriers, des terrassiers, des agriculteurs, des couturières et des petits commerçants qui peinent tandis que les banquiers et les agioteurs réalisent « des gains énormes ». Ce communisme était « la voix du peuple revendiquant pour tous des droits et des devoirs égaux », pour « un juste salaire », la négation d’un « ordre social mauvais » pour retrouver la liberté, l’égalité et la fraternité. Ce communisme à l'eau de rose, naïve et impossible refonte du capitalisme nous fait penser à la « mentalité gilets jaunes ». Il y manque une case, comme on dit. Mais la noton de peuple est bien la même chez nos gilets jaunes d'aujourd'hui, on pense travailler pour le bien indistinct de toutes les classes sociales, excepté évidemment les banquiers et les riches. Il y avait en effet une grande fraternité parmi les utopistes, comme j'ai pu constater cette même farternité sur les ronds-points et dans les manifestations. Tout nouveau participant était accueilli à bras ouverts, on ne lui demandait aucun cursus politique ; c'est d'ailleurs le même comportement des prolétaires lorsqu'ils sont en grève : « je me fiche des idées politiques que tu peux avoir, l'essentiel est que tu luttes conjointement avec nous ». C'est ce que ne peuvent pas comprendre les bobos gauchistes, ces perpétuels apprentis khmers rouges qui se sont tenus à l'écart d'un mouvement qui les rebutait pour son refus des professionnels (dont eux) de l'encadrement et des défilés simiesques. Jusqu'à aujourd'hui ils ont persisté à proclamer qu'il fallait en expulser les « fachos ». Or des « fachos », aussi bien dans ma carrière professionnelle, que sur le tas en ce moment j'en ai cotoyé et ce sont des êtres humains comme les autres, et bien plus humains souvent que ce qu'en disent les élites bourgeoises – qui sont elles les vrais totalitaires – et leurs petits gauchistes. Il n'y a plus de fascisme depuis 1945 mais l'ombre du fascisme sert encore de justification au pouvoir bourgeois. S'il y a eu des dérapages racistes cela est resté infinitésimal par rapport à la conduite de l'ensemble. Un vaste mouvement social comme celui-ci est un fleuve qui peut charrier des impuretés mais cela n'altère ni sa force ni sa poussée vers l'avant.
Mais voilà qu'il bute désormais non sur la simple et brutale répression mais sur cette impasse politique « utopique » du RIC, cette fable qui est bien plutôt venue des milieux de l'extrême droite, que je qualifie pas de fasciste ni non plus le RN. Dans son contenu et comme projet ce référendum populaire est tout sauf révolutionnaire, tout sauf crédible. Faute de se plier à une perspective de classe vraiment anticapitaliste, ce mouvement en oscillation permanente a cru pouvoir combler son vide politique par ce gadget. Insaisissable le mouvement est devenu une sorte de syndicalisme sans tête politique parce que ce même RIC finit par être ridicule pour une lutte centrée fondamentalement contre le paupérisme d'une large partie de la population, et, paradoxalement d'une classe ouvrière qu'on pensait ne plus pouvoir classer parmi les pauvres grâce "au fruit de son travail".
Nos gauchistes frileux attendaient une prise du pouvoir par les fachos, les soit disant « fachos » ont bien plutôt réussi à cadenasser les mouvement derrière un objectif politique, nul et non avenu, qu'il est même injurieux de qualifier d'utopique.

C'est en réaction à l'apolitisme des Cabet et Cie, et comme expression du prolétariat naissant que d'autres communistes, s'affichant clairement comme politiques et au nom d'une classe précise, la classe ouvrière, vont ranger au musée des illusions perdues le mouvement utopiste.
Un parti, la Ligue des communistes charge Karl Marx et Friedrich Engels — deux Allemands n’ont pas 30 ans — de rédiger un programme communiste qui est nommé non pas manifeste tout court mais « Manifeste du parti communiste », écrit en 1847 juste avant l'année 1848, année des révolutions en Europe. On sent comme une irritation contre les fabulations utopistes « Il est grand temps que les communistes exposent à la face du monde entier leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances » . Ce projet n'a déjà au départ pas cette mentalité d'exclusive qui caratérisera le stalinisme et le trotskisme, ni aucune prétention à l'invariance, les communistes politiques existent en « plusieurs tendances ».

Résumé d'un Manifeste destiné bien plus tard à devenir un des principaux bréviaires de l'humanité et un sérieux concurrent à la Bible du fait de sa concision (et dont je conseille la lecture aux gilets jaunes):

L’histoire des sociétés est celle de la lutte des classes ; la bourgeoisie a créé le prolétariat ; elle a ainsi façonné l’arme qui la détruira un jour de manière « inévitable » ; les ouvriers les plus résolus doivent se constituer en parti et renverser la bourgeoise afin de conquérir le pouvoir politique puis d’instaurer la société sans classes. « Les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette formule unique : abolition de la propriété privée. » Ce communisme entend en finir avec « l’exploitation de l’homme par l’homme » non par une simple consultation populaire, un RIC made in 19 ème siècle, mais par une révolution violente. Il ne s'agit pas là d'un petit arrangement référendaire avec la Constitution bourgeoise mais de mesure à rendre fou Luc Ferry et son pote Castaner l’expropriation de la propriété foncière à l’abolition du droit d’héritage, en passant par la centralisation du crédit dans les mains d''un État « transitoire » à l’abolition du travail des enfants. Cette société future permettra « le développement de chacun », condition « du libre développement de tous ». Le réformisme pacifique de Cabet se voyait donc supplanté, en moins de 10 ans, par une théorie pratique, qui ne se nommait pas encore marxisme (Marx a toujours rejeté avec horreur ce terme) et qui ne plaisantait pas avec le seul moyen pour en finir véritablement avec la société d'exploitation et de misère : une révolution violente « l’acte par lequel une fraction de la population impose sa volonté à l’autre au moyen de fusils, de baïonnettes, et des canons. ».

MAIS NOS GILETS JAUNES NE SONT-ILS PAS AU FOND PROUDHONIENS SANS LE SAVOIR ?

« L’égalité des personnes est la première condition du nivellement des fortunes, laquelle ne résultera que de la mutualité, c'est-à-dire de la liberté même ». Proudhon

Le mouvement des gilets jaunes présente cet aspect d'oscillation permanente de l'anarchisme comme de la petite bourgeoisie sans pouvoir se définir comme anarchiste ni comme petit bourgeois du fait que la majorité de ses animateurs comme du soutien populaire vient de toutes les couches du prolétariat. Il voudrait bien dialoguer mais il ne peut pas dialoguer avec un pouvoir qui lui ne cesse pas de bluffer et de tabasser, qui pour soit disant apaiser la situation de misère et remiser encore plus cette classe ouvrière à la périphérie ne trouve pas mieux que de jouer au dialogue avec les bureaucrates municipaux qui, eux aussi, à leur manière et au service de leurs mafias politiques respectives, servent de tampon entre la misère sociale et l'autisme de l'Etat bourgeois; ce qui fait qu'une poignée peut parfois porter une juste protestation quand la majorité des autres ne sont que des suce-boules ridicules du pouvoir. J'imagine assez bien la prestation ambiguë de Proudhon en tant que maire, par exemple, de Rocamadour.
Ouvrier, philosophe et économiste, on dirait sans doute « petit entrepreneur » aujourd'hui, Pierre-Joseph Proudhon est le premier en France à en référer à l' « anarchisme ». En 1840, l'année où Cabet se déclare communiste, il déclare que l'anarchisme sera « le plus haut degré de liberté et d’ordre auquel l’humanité puisse parvenir ». Marx va taxer les idées dites libertaires de « rêveries d’idéologues », blâmer les « docteurs en science sociale » anarchistes et qualifiera le Proudhon russe Bakounine, deuxième pape de l'anarchisme, de « Mahomet sans Coran » et les propositions de son Alliance de « bavardages vides de sens ».
Lorsqu'on lit les propositions de Priscilla Ludosky on est complètement dans l'esprit mutuelliste proudhonien. Le mutuellisme prône des relations économiques devant être le plus égales possibles, les prix étant basés sur la quantité de travail nécessaire à la production. Les propositions de Priscilla comme la focalisation des gilest jaunes pour la plupart sur le RIC ne sont pas ridicules ni tombées du ciel, elles correspondent à un éclatement de la classe ouvrière,qui semble la ramener au début de sa constitution en classe. La population ouvrière à l'époque des Cabet, Marx et Proudhon est encore très hétérogène. Il est parfois difficile d’opérer une distinction entre le travailleur salarié et l’entrepreneur ou encore le capitaliste. Beaucoup d’ouvriers possèdent en effet leurs propres moyens de production. Leur rémunération n’est donc pas constituée du seul salaire mais aussi d’une partie des profits et intérêts perçus en tant que propriétaires des moyens de production. L’entrepreneur peut aussi être un maître ouvrier dans le secteur artisanal employant transitoirement pour satisfaire les commandes qui lui sont adressées d’autres ouvriers artisans ou non. Par conséquent, il n’existe pas de distinction nette entre l’ouvrier et l’entrepreneur ; l’ouvrier peut devenir entrepreneur ou bien exercer simultanément les deux types d’activité. Proudhon vise les entrepreneurs à la tête de grandes unités productives, quand nos gilets jaunes visent les financiers.

L'héritage de Proudhon est plus perpétré par une fraction de l'extrême droite que par les anarchistes eux-mêmes.
Cercle Proudhon (ainsi baptisé d'après Pierre-Joseph Proudhon) est un groupe de réflexion issu du mouvement nationaliste et monarchiste (l'Action française présidée par Charles Maurras). L'ambition était de « convertir des syndicalistes à la monarchie »1. La première réunion se tient le 17 novembre 1911. Cette expérience éphémère fut d'après l'historien Géraud Poumarède un « échec patent »..
À l'origine, « le Cercle a été fondé par des nationalistes, et ne s'est dans un premier temps adressé qu'à eux ». Ses réunions ne regroupaient qu'une vingtaine de personnes en moyenne, essentiellement des monarchistes, et quelques « brebis égarées »4, puisque « les semaines passent et les syndicalistes attendus ne s'annoncent pas »5. Dès janvier 1912, les travaux sont publiés dans les cahiers éponymes au rythme d’un cahier par trimestre. Leur parution cesse à l’été 1914. Les principaux intervenants étaient Édouard Berth, ami de Georges Sorel (cependant Sorel était hostile à ce Cercle et redoutait qu'il rende « les jeunes gens moins aptes à comprendre Proudhon ») ; le jeune Camelot du roi Henri Lagrange, Georges Valois et Gilbert Maire.
Dans son livre L’Action française et la religion catholique (1913), Maurras explique comment et sur quelles bases s'est fondé, à l'Action française, le Cercle Proudhon : « Les Français qui se sont réunis pour fonder le Cercle Proudhon sont tous nationalistes. Le patron qu'ils ont choisi pour leur assemblée leur a fait rencontrer d'autres Français, qui ne sont pas nationalistes, qui ne sont pas royalistes, et qui se joignent à eux pour participer à la vie du Cercle et à la rédaction des Cahiers. Le groupe initial comprend des hommes d'origines diverses, de conditions différentes, qui n'ont point d'aspirations politiques communes, et qui exposeront librement leurs vues dans les Cahiers. Mais, républicains fédéralistes, nationalistes intégraux et syndicalistes, ayant résolu le problème politique ou l'éloignant de leur pensée, tous sont également passionnés par l'organisation de la Cité française selon des principes empruntés à la tradition française, qu'ils retrouvent dans l'œuvre proudhonienne et dans les mouvements syndicalistes contemporains… ».
Les nationalistes sionistes BHL et Sternhell qui n'en sont jamais à une affabulation près considèrent que le cercle Proudhon est le père de l'idéologie nationale-socialiste.

Cette thèse de « préfascisme » est contestée par Alain de Benoist dans sa préface à la nouvelle édition des Cahiers du Cercle Proudhon et dans son texte Le Cercle Proudhon, entre Édouard Berth et Georges Valois qui souligne son dogmatisme notamment quand elle est appliquée à des personnes comme Édouard Berth qui ont toujours condamné le fascisme. Elle est également contestée par Stéphane Giocanti qui souligne que, comme l'Action française, le Cercle est décentralisateur et fédéraliste, et insiste sur le rôle de la raison et de l'empirisme ; il se trouve loin de l'irrationalisme, du jeunisme, du populisme, de l'intégration des masses dans la vie nationale qui caractériseront les ambitions du fascisme, gonflé par les conséquences sociales de la guerre.
Fervent maurrassien Soral croit la révolution nationale venue
En dépit de l'appui mesuré qu'il donne à ce cercle d'intellectuels divers et indépendants, Charles Maurras tient une position plus proche de celle de René de La Tour du Pin ; Maurras ne fait pas comme Georges Sorel et Édouard Berth le procès systématique de la bourgeoisie où il voit un appui possible. À la lutte des classes, Maurras préfère opposer comme en Angleterre, une forme de solidarité nationale dont le roi peut constituer la clef de voûte. À l'opposé d'une politique de masse, il aspire à l'épanouissement de corps intermédiaires librement organisés et non étatiques, l'égoïsme de chacun tournant au bénéfice de tous. Les thèmes sociaux que traite Maurras sont en concordance avec le catholicisme social et avec le magistère de l'Église tout en relevant également d'une stratégie politique pour arracher à la gauche son emprise sur la classe ouvrière.

LA SEDUCTION SUISSE POUR LES GILETS JAUNES

5 millions de suisses, et moi et moi ? Nous sommes tous un peu ignorants. J'ai eu tendance à me moquer tout d'abord du RIC dans la référence au régime politique de la Suisse ! Quoi ce pays des coffre-forts et des cantons qui exploitent à bas prix les ouvriers immigrés ? Au lieu de me demander d'où vient cette originalité référendaire de ce petit pays ? Mais d'une très ancienne tentative de révolution. La Suisse un bâtard de la vague révolutionnaire du début du XX ème siècle, il fallait y penser ! Un historien suisse écrit ceci ! « Si l'analyse des retombées de la grève massive a varié au cours des décennies écoulées, les historiens s'accordent en général pour reconnaître que c'est l'un des événements majeurs que la Suisse moderne ait connu et son importance, tant sur la société que sur le développement des assurances sociales et les rapports entre partenaires sociaux, a été massive ».

A l'époque de la Première Guerre mondiale, et comme conséquence de celle-ci la Suisse connut plusieurs tentatives d'insurrection parallèlement à celles qui se produisaient en Allemagne et en Russie. Les révolutionnaires socialistes, appuyés par la présence de 30 000 déserteurs et réfractaires à la guerre de 14-18 et ayant trouvé refuge en Suisse, s'engagèrent dans de nombreux coups de force, dont la tentative de s'emparer des arsenaux de Zurich et Berne de bâtiments publics, d'usines électriques et de banques les 6-7 novembre 1918. Le 6 novembre, les troupes militaires furent mises en état d'alerte et repoussèrent les actions révolutionnaires. Le 10 novembre, le Comité d'Olten, gouvernement révolutionnaire parallèle en marge des institutions, organisait plusieurs grèves qui se généralisent sans qu'il ait à proclamer la grève générale, exigeant la démission du Conseil fédéral et la dissolution du parlement, le droit de vote des femmes, le travail obligatoire et la socialisation de l'armée. Le 11 novembre, le Conseil fédéral donna mission à l'armée de rétablir l'ordre intérieur. Dans les jours qui suivirent, l'armée dut faire face aux émeutes, sièges décrétés dans les principales villes et aux combats de rue. Le 13 novembre, le Conseil fédéral ordonna l'expulsion vers l'Allemagne de la légation des Soviets. Le Comité d'Olten capitula le 14 novembre et le lendemain la révolution fut stoppée, permettant au travail de reprendre à travers le pays.
Malgré l'échec de la grève en masse, celle-ci conduisit au renouvellement anticipé du Conseil national en 1919 sur la base du système proportionnel qui venait ainsi remplacer le système majoritaire prévalant jusqu'alors.
Toutefois, les meneurs de la grève générale, 3 500 personnes, en particulier les dirigeants du comité d'Olten, seront jugés et 147 d'entre eux seront condamnés. Robert Grimm verra son immunité parlementaire levée et sera condamné à 6 mois de prison, période pendant laquelle il écrira son ouvrage Histoire de la Suisse en termes de lutte des classes.

En 1920, à la suite de l'échec de la révolution suisse, le Parti socialiste refusa d'adhérer à la IIIe Internationale, ce qui entraîna la scission du parti avec son aile gauche qui alla former le parti communiste en 1921. Le Parti socialiste abandonna l'idée de la révolution violente et se prononça pour la voie légale pour poursuivre ses buts marxistes, c'est-à-dire la substitution de la propriété privée par la propriété collective, la nationalisation des grandes entreprises et des banques et la socialisation de tous les moyens de production.
Des décennies plus tard, et après avoir échappé à deux guerres mondiales, mais avoir servi de no man's land aux échanges entre impérialismes, la Suisse reste un pays pour le moins conservateur et bourgeois, une société de repus repliée sur elle-même. Le pays du secret bancaire, des montres de luxe, de Davos et des référendums interdisant les minarets (bravo) n'est pas celui implique le plus ses citoyens dans les processus de décision étatique, Leurs référendums ont souvent accouché de votes catastrophiques. Des lobbies viennent ternir l'étendard de la démocratie suisse. Le puissant lobby ÉconomieSuisse s'implique énergiquement pour faire barrage aux lois et votations qui pourraient aller contre les intérêts patronaux. La participation aux votations est faible. Le système est lourd et lent, et dupliqué dans les grands pays serait catastrophique.
Le système référendaire suisse est donc disons grossièrement un bout de cette révolution suisse de 1918 car toute révolution laisse des traces. Nous vivons encore en France sous le Code Napoléon tout comme en Russie demeure une bureaucratie stalinienne et en Chine un « parti communiste » tout à fait capitaliste. Chacun est libre d'emprunter où il le veut ses réfernces mais la révolution est un tout, et ce n'est surtout pas en prenant un élément du corpus révolutionnaire du passé qu'on peut prétendre réformer le présent. Il faut rendre cependant à Martin ce qui est à Martin. Les gilets jaunes ont encore un effort à faire pour être révolutionnaires, et ce n'est pas parce qu'ils ont piqué à la révolution de 1871 à Paris les critères d'éligibilité révocable qu'ils sont devenus communistes !


Poujadisme « sortez les sortants »

Loin d'en référer aux leçons politiques fondamentales du mouvement ouvrier – hélas pour elles et eux - la plupart des figures en vue du mouvement des gilets jaunes ont montré une conscience politique comparable au poujadisme des fifties. Je livre brut de décoffrage un résumé repiqué sur le web et illustratif de ce que pourrait devenir le mouvement s'il aboutissait à un « parti jaune », non pas le fascisme comme le radotent les stupides gauchistes mais un énième parti bâtard de la république bourgeoise.

Ce lundi 2 janvier 1956, l'irruption de ces trouble-fête au verbe haut plus à l'aise derrière un comptoir que derrière un pupitre (à l'exception de Le Pen lui-même qui, deviendra, sous l'étiquette du CNI, le plus jeune rapporteur du budget de la Défense nationale, en 1958), n'est pas seulement un traumatisme pour une Assemblée où règnent en maîtres hauts fonctionnaires, avocats ou médecins, et parmi eux, combien d'anciens et futurs ministres ! C'est aussi un désaveu pour les deux mouvements qui, depuis la naissance de la IV° République, dix ans plus tôt, se partagent le pouvoir et les postes : les socialistes de la SFIO et les démocrates chrétiens du MRP. Et quelle humiliation pour les communistes qui, depuis l'échec du RPF du général de Gaulle, aux élections législatives de 1951, se croyaient redevenus les seuls dépositaires du vote populaire et de la protestation !
Grève de l'impôt
Poujade et le jeune Le Pen
Tout a commencé deux ans et demi plus tôt quand,le 22 juillet 1953, un papetier-libraire de trente-trois ans, conseiller municipal de Saint Céré (Lot) organise la première - et dernière - grève de l'impôt de toute l'histoire républicaine.
L'enfer étant pavé de bonnes intentions c'est, paradoxalement, une amnistie fiscale - celle décrétée par Antoine Pinay en 1952 - qui a provoqué la jacquerie. Subitement désoeuvrés, les «polyvalents», comme on les appelle alors, ont en effet concentré leur zèle sur une proie facile : le petit commerce confronté à l'éclosion des premiers drugstores et autres Prisunic.
Les contrôles pleuvent, les redressements et les faillites aussi. On se plaint, on paye, on se suicide. Jusqu'à ce jour d'été de 1953 où, dénonçant la «Gestapo fiscale», Pierre Poujade, dit «Pierrot», prend la tête de 23 commerçants de Saint Céré menacés d'un contrôle fiscal. Un pour tous, tous pour un : chacun fait de son corps un rempart pour empêcher les agents dufisc d'accéder au magasin de l'autre. Le soir, les fonctionnaires des impôts repartent bredouilles, sous les quolibets.
L'échauffourée de Saint Céré met le feu à la plaine : en quelques semaines, soixante départements connaissent des incidents similaires. On envoie les CRS ; rien n'y fait. La population s'interpose pour protéger ses commerçants ! De Lille à Marseille et de Strasbourg à Bordeaux, le nom de Poujade devient synonyme de résistance au fisc. On le consulte comme un oracle, on requiert sa présence, on se masse pour l'écouter.
Et l'on découvre que l'orateur est exceptionnel, même si son art n'a rien de spontané : avant d'entrer dans la Résistance, en 1943, Poujade a abandonné ses études d'architecte pour militer au Parti Populaire Français de Jacques Doriot, l'un des meilleurs tribuns de sa génération, du Parti communiste jusque dans lesrangs de la collaboration.
De Doriot, Poujade a gardé le style d'imprécateur, parlant volontiers en chemise, sans cravate - une curiosité, à l'époque ! -, les deux mains agrippées à la tribune. Mais aussi un mépris sans fond pour le système parlementaire.
Avec l'accent rocailleux de son Lot natal, il dénonce de meetings en meetings l'exploitation des «petits» et des «bonnes gens» par les «soupiers» de l'«État vampire», la mise en coupe réglée de la «maison France» par des «éminences apatrides» qu'il faut «pendre haut et court».
Défense des petits contre les gros au nom de la liberté d'entreprendre mais aussi de la lutte contre les «monopoles» ;antiparlementarisme forcené ; dénonciation du «totalitarisme fiscal» : voici le bréviaire du poujadisme qui n'a rien inventé mais tout concentré, au moment «t», en un cocktail explosif !
C'est alors que Poujade commet sa première erreur, qui décidera de tout : il n'est pas lui-même candidat. Un homme va en profiter au-delà de toute espérance : Jean-Marie Le Pen, qui vient d'adhérer au mouvement et a d'emblée prévenu son chef que l'aventure ferait long feu s'il ne le transformait pas en un véritable parti politique.
Le trouble-fête Jean-Marie Le Pen
A vingt sept ans,le Pen qui préside la Corpo de droit des étudiants et s'est déjà taillé une célébrité au Quartier latin, s'impose, en quelques semaines comme le seul politique du mouvement Poujade. lu, le 2 janvier 1956 député de Paris, il prend rapidement l'ascendant sur le groupe parlementaire.
Poujade, d'abord fasciné par l'allant de son jeune disciple, ne met pas six mois à se rendre compte que les absents ont toujours tort. Pour garder la main sur ses députés, il organise l'exclusion de Le Pen. C'est sa dernière victoire, et pour l'exclu, le début de la célébrité.
Poujade ne veut plus de lui ? Il se met en congé de l'Assemblée et rejoint son régiment pour aller se battre en Algérie, puis regagne son siège de député (désormais non-inscrit)pour animer, courant 1957, une campagne en faveur de l'Algérie française sous l'égide de son premier mouvement: le Front national des combattants. C'est au cours de ces mois agités qu'il perd un oeil au cours d'une rixe avec les communistes, en portant secours à son collègue Ahmed Djebbour, français musulman, en grand danger d'être lynché.
Pendant qu'à l'Assemblée, le mouvement Poujade tombe dans l'anonymat, Le Pen, le fils de pêcheur, devient, pour la droite d'alors, une sorte de Minou Drouet de la politique. Car contrairement à Poujade,cet activiste qui aime la poudre et sentira bientôt le soufre est aussi un mondain. Ses bagarres pour un oui ou pour un non le rendent pittoresque, tout comme son sens de la formule, qui fait mouche dans les dîners en ville. Pendant que Poujade se morfond à Saint Céré, on voit Le Pen chez l'ex-empereur d'Annam, Bao Dai, comme chez le marquis de Cuevas; ces dames s'encanaillent en reprenant avec lui des refrains de marins, quand ce n'est pas l'intégralité de l'Internationale, et leurs maris apprécient l'étrange allant de cet enfant de nulle part dont les parents ne figurent pas plus dans le Bottin mondain que dans l'annuaire du téléphone et qui, entre un débat de nuit à l'Assemblée et un engagement dans le Djebel, se fait photographier à Alger avec Brigitte Bardot...
Survient le 13 mai 1958, le retour de De Gaulle et, dans la foulée de la proclamation de la V° République, la dissolution de l'Assemblée élue en 1956. Seul député issu du mouvement Poujade réélu en octobre 1958, Le Pen sera à son tour battu en 1962 et commencera une traversée du désert de vingt-deux ans. Mais de Pierre Poujade, on ne parlera plus qu'épisodiquement. Tout juste se souvient-on qu'il soutint Jean Lecanuet à l'élection présidentielle de 1965, François Mitterrand en 1981 et 1988. Et Jacques Chirac en 1995. Non sans avoir milité, jusqu'à sa mort, en 2003, pour un biocarburant alternatif à base de topinambours. Sa dernière machine de guerre pour casser le monopole des «gros
Mais c'était justement la nature du fascisme que de brouiller les contradictions de classe et de faire « disparaître » la bourgeoisie derrière « le peuple ». Quand on parle de poujadisme, la question du fascisme est justement tout de suite liée.
Il est intéressant ici de voir qu'une partie de l'extrême-gauche a soutenu les « bonnets rouges » en raison de la proximité des zadistes.... mais est restée muette face au mouvement des gilets jaunes.



1Entre 1830 et 1848, la prise de conscience de la dureté de la condition ouvrière entraîne un foisonnement de doctrines socialistes. Celles-ci sont imprégnées aussi bien des traditions républicaines et démocratiques que des idéaux de charité, religieuse ou non. Le socialisme français accompagne le courant républicaniste, mais ne se confond pas avec lui et s'inscrit au contraire dans une tendance plus globale d'aspiration à des réformes sociales, au droit au travail et au suffrage universel. Étienne Cabet, essayiste chrétien, apparaît comme le chef de la principale école de pensée « communiste » en France, la communauté des biens matériels étant à ses yeux la seule application possible de l'enseignement de Jésus-Christ : dans son livre Voyage en Icarie, il décrit, dans la lignée de More et de Campanella, une société idéale, fondée sur l'égalité et l'absence de propriété privée. À la fin des années 1840, Cabet et ses disciples passent de la théorie à la pratique en se lançant, aux États-Unis, dans l'aventure de diverses communautés « icariennes ». D'autres théoriciens comme Richard Lahautière, Théodore Dézamy, Jean-Jacques Pillot ou Albert Laponneraye, qui se distinguent du communisme chrétien de Cabet par une filiation plus marquée envers les traditions révolutionnaires et la pensée de Babeuf, prônent également la communauté des biens matériels. Lahautière anime en 1840 à Belleville un « banquet communiste » qui contribue à populariser le terme en France75. Les héritages intellectuels de Saint-Simon et de Fourier influencent la plupart des théoriciens socialistes français, dont Victor Considerant, qui s'emploie à synthétiser la doctrine de Fourier, Pierre Leroux qui, influencé tout à la fois par Saint-Simon et Fourier, développe une critique sociale mêlée d'utopisme et de mysticisme, ou l'économiste Constantin Pecqueur, dissident du saint-simonisme dont la pensée s'imprègne par la suite de proudhonisme et de christianisme. Lamennais associe des idées socialistes à un paternalisme évangélique et à la vision messianique d'une société régénérée. Philippe Buchez, autre représentant du courant du socialisme chrétien, envisage de résoudre le problème de la misère des travailleurs par l'association ouvrière : fondateur avec Bazard de la charbonnerie française, il entend faire une synthèse entre le socialisme, le christianisme et la Révolution française, qu'il considère comme découlant directement des principes chrétiens. Louis Blanc, journaliste et écrivain très actif, s'inspire des pensées socialistes qui l'ont précédé pour envisager des solutions à la misère ouvrière. Dans son livre Organisation du travail (1839), il prône une réorganisation du monde du travail au sein d'« ateliers sociaux » annonçant les principes de l'autogestion, ainsi que l'évolution progressive de la société vers l'égalitarisme : dans sa conception, les aspirations sociales ne peuvent être satisfaites que par le biais d'une intervention rationnelle de l'État, qui seule garantirait le passage à une société plus fraternelle. Le socialisme de Buchez ou de Blanc s'inscrit en partie dans la lignée de Saint-Simon en ces auteurs admettent la révolution industrielle, mais à condition qu'elle s'opère sous le contrôle de l'État et au service du peuple.