"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 15 septembre 2017

LE REDOUTABLE : PASTICHE D'UN CINEASTE BOBO EN REVOLUTIONNAIRE IMAGINAIRE


« Le plagiat est nécessaire, le progrès l'implique ». Lautréamont

« Althusser à rien » Graffiti en mai 68

ELOGE CAUSTIQUE D'UN ENTREPRENEUR DE FILM PLUS DU TOUT "REDOUTABLE"

Jean-Luc Godard n'a pas de chance dans un sens. Le biopic qui est consacré à une partie de sa vie privée et publique est un foutage de gueule plutôt réussi. Le réalisateur Michel Hazanavicius est un maître du genre. On se souvient de ses superbes OSS117 avec Dujardin et The Artist. Il confirme ses capacités de pasticheur utilisant des acteurs au talent exceptionnel1.
Au plan technique, il s'agit bien d'une réappropriation des inventions de Godard, qui avait en commun avec Debord de se réapproprier les films des autres ; avec cette différence que Debord n'a pas produit grand chose comparé à l'oeuvre de Godard et a eu la prétention d'avoir été plagié2. Peu importe les querelles d'ego de ces deux personnages caractériels, comme nombre de grands auteurs et cinéastes3. Le spectateur peu branché sur la relation de la politique et de l'art s'ennuiera au déroulé des aventures picrocholines d'un Godard, marcheur parmi les marcheurs de 68 et criant comme eux les plus stupides slogans, exhibé comme très antipathique, colérique et toujours en décalage avec le public.
Or l'intérêt du film réside justement dans cette coupure entre l'oeuvre, en effet considérable et novatrice de Godard avant 68 – comme nombre de créateurs, chanteurs ou peintres, il annonce le bouleversement structurel de la domination sociale, d'un chambardement surprenant et en décalé par rapport à la réelle crise économique de 1975 – et un créateur qui perd son inspiration au moment de l'événement jusqu'à devenir une sorte de beauf manifestant, aussi naze que la plupart des manifestants. Je rappelle ici pour l'avoir vécu que l'antifascisme était autrement plus « vert » que de nos jours. La fin de la guerre d'Algérie n'était pas loin et la période de décolonisation au niveau mondial était loin d'être terminée. Chacun, chacune voyait venir à tout bout de champ un fascisme aussi imaginaire qu'aujourd'hui, alors que, comme il le dit lui-même, De Gaulle était trop vieux pour devenir « fasciste ».
Peut-on dire que Godard y perd son latin ? Si son latin était d'avoir été un des meneurs de la « nouvelle vague », sans conteste car il se laisse happer dans un marxisme-léninisme des plus dogmatiques, le maoïste, qui reste le dernier avatar du stalinisme. On a eu trop tendance à dire que mai 68 signait l'enterrement du stalinisme. Ce n'est pas vrai, ce n'était que le début de son agonie. Ce qui signifie qu'il avait encore pignon sur rue. D'une part le terrorisme intellectuel des petits bourgeois estudiantins qui régentaient universités et lycées coulait de sa source stalinienne. La plupart avaient été éduqués et baladés par le PCF et ses satellites. La révolte de la rue d'Ulm avait donc produit ce bâtard de maoïsme et donné une nouvelle bonne conscience en effet à de véritables progénitures de bourgeois, aussi autoritaires que leurs paternels dans le gaullisme, mais sans cette autorité politique fraternelle et consciente des rares héritiers de la Gauche communiste et même du trotskisme d'avant-guerre.
Les bordiguistes eurent profondément raison de dénoncer l'aspect dominant petit bourgeois de l'événement. Le petit bourgeois lorsqu'il se pavane sur la voie publique à une fâcheuse tendance à être totalitaire. Mais il a toujours besoin d'un gourou lorsque les choses ne tournent pas à son avantage. Déboussolé Godard se jette dans les bras de Gorin, un stupide maoïste, comme Coluche se fiera au crétin Goupil.
Cela entraîne une autre réflexion. Comment de grands créateurs, qui souvent ont été capables de devancer des bouleversements sociaux et même des explosions de masse du prolétariat, sombrent-ils face à l'événement qu'ils avaient peu ou prou (inconsciemment) contribué à préparer ? Mais c'est justement parce que l'intellectuel bourgeois, aussi brillant soit-il, a fonctionné à l'instinct qu'il ne peut pas vraiment adhérer ni comprendre ce qu'il pressentait. On pourrait prendre plusieurs exemples à l'étranger. Tolstoï en Russie, qui a tant fait pour dénoncer la misère et l'injustice sous le tsarisme, et qui était aimé littéralement par les bolcheviques, conchie la révolution lorsqu'elle est là. Gorki aussi, etc.
L'intellectuel bourgeois ne peut pas passer de son rêve à la réalité. C'est pourquoi, plus imbibé de leurs études bourgeoises que d'une connaissance du mode de vie de la conscience de classe et des rapports de classes, nombre d'intellectuels brillants par ailleurs, tombent dans le dogmatisme le plus plat. C'est cela que montre le film, et pas simplement la mauvaise humeur de Godard ou sa méchanceté. Ses interventions en AG sidèrent les présents, très bien vu. Le réalisateur semble se contenter de nous faire rire avec des trucs qui alternent entre le séquençage, comme les lunettes sans cesse brisées du marcheur de manif Godard. Très bien vu, l'événement est si bouleversant que l'intellectuel y perd souvent ses chères lunettes et ne voit plus autour de lui que du flou. Son dogmatisme se retrouve jusque dans la chambre à coucher, où malgré de belles scènes du couple nu, tout est désérotisé. L'intellectuel décalé n'a ni affect ni empathie pour l'autre, même si elle est jeune et belle (comme la vie). S'il se retrouve avec des amis bourgeois dans un lieu paradisiaque, il ne se joint pas à leurs baignades mais lit des navets de la collection fleuve noir, tout en restant jaloux primaire en voyant sa jeune et jolie compagne se rapprocher d'autres hommes. Elle n'est pas militante dogmatique ni emballée par l'événement, mais elle veut vivre sa vie4. Cette vie libre qui était si présente dans les films antérieurs de son nouveau mari rassis.

La tranche de vie que Hazana étale devant nous fait suite au bide du film « La chinoise » que venait de sortir Godard en 1967. Conseillé par son crétin gourou mao, Godard a réalisé un film plat, sans originalité comme peuvent en réaliser tant de coréens du nord de nos jours. Jean-Pierre Léaud et Anne Wiazemski sont pourtant géniaux dans leur parodie de militants maoïstes dogmatiques qui passent leur temps à réciter le livre rouge. Il reste mon film comique préféré. Je le regarde les jours où je m'ennuie, il me donne des crises de fou-rire. Le plus comique est que Godard ne s'est pas aperçu qu'il avait fait un film comique (Hazana le montre d'ailleurs effondré sur le sofa après avoir été boulé par l'ambassade de Chine). C'est le sel de l'histoire, un monument d'incongruité. Godard est allé proposer ce film aux bureaucrates chinois de Paris en croyant que ceux-ci allaient le remercier comme exaltation du régime pékinois. Que nenni : mon pied au cul ! Ils ont parfaitement compris que le film les ridiculisaient, comme les chèvres des sectes maoistes françaises qui se mirent à huer Godard, lui reprochant de les montrer tels des enfants de bourgeois préparant la révolution dans de luxueux appartements.
Ainsi, inconsciemment, Godard participait aux préliminaires des funérailles du stalinisme et de son petit bâtard le gauchisme en général, mais pour l'heure surtout l'équipée maoïste qui, on l'oublie, était l'aspect le plus saillant à l'étranger de l'agitation en France, au point que certaines thèses d'universitaires en Allemagne n'y virent, outre la comédie féministe et les momeries estudiantines, ni le trotskisme ni le maximalisme conseilliste5, ni une réelle prise de conscience prolétarienne.

Godard dérape dans le dogmatisme néo-stalinien parce que celui-ci reste encore dominant à l'époque avec l'antifascisme (pas encore supplanté par l'antiracisme) et comme prébende étatique en milieu intellectuel rive gauche depuis la Libération. A revoir films ou mes propres souvenirs, la plupart des discours politiques des enfants du stalinisme reconvertis dans le gauchisme diversifié, le langage est très terroriste, se veut culpabilisant à la manière du recrutement stalinien des années 1950 et mêmes des 706. A leur suite Godard s'imagine qu'en parlant au nom de la classe ouvrière on peut par conséquent l'instrumentaliser. Le film montre bien comment on se branlait à l'époque avec le terme « pouvoir », sans savoir vraiment ce qu'il était ou pire, en croyant qu'il était ébranlé.

Par petites touches le film rétablit la vérité d'époque même si Hazana est trop jeune pour l'avoir vécu. Oui nous avions sifflé Godard comme tous les mandarins et autres Aragon qui ramenaient leur fraise. Nous avions senti que Godard flanchait. En 1967 au lycée Buffon, le prof de français nous lança comme pitance lors d'un heure de cours « Weekend » de Godard. Ce fût un déchaînement contre la nouvelle facétie de Godard par la plupart de nos congénères fils de bourgeois. Pourtant Weekend était plus debordien que La chinoise, se moquant avec brio et culot de la société de consumation7.

La phase prochinoise du cinéaste s'ouvrit juste après 1968 non pour accompagner le meilleur du mouvement, une restauration de l'idée de révolution et un référencement à Octobre 17 en Russie, mais pour chier une guimauve néo-stalinienne avec son gourou politique et le futur nabab Marin Karmitz. Décadence que note Morgan Sportès dans son admirable livre sur Pierre Overney qui nous fait mieux pénétrer au cœur de la débilité maoïste que Bourseiller : « On retrouvera ce même type de satire lourdingue, visant la complexité du langage syndical et accusant les syndicats « d'être vendus au patronat », dans les films militants de Jean-Luc Godard (Tout va bien) et de Marin Karmitz (Coup pour coup) sortis tous deux en 19728.

Godard n'a jamais retrouvé la qualité et subversivité de ses films antérieurs, même après avoir compris qu'il s'était fait rouler dans la farine prochinoise. Il restera un monument du cinéma, gentiment brocardé malgré son grand âge par un admirateur talentueux.


NOTES

1J'ai eu la chance l'an passé, à Denfert Rochereau, d'assister aux scènes extérieures du film de manifs et de bagarres avec les CRS (préparation de plusieurs jours, enlèvement de dizaines de voitures modernes puis arrivée de deuches et tractions avant destinées à être brûlées, scénographie gigantesque qui dure moins de dix minutes au final du film). Bluffant. Toutes les signalisations actuelles (panneaux et revêtements pour aveugles) avaient été enlevées ou dessoudées par un staff technique impressionnant comportant autant de femmes techniciennes que d'hommes. Réglé comme du papier à musique, cette foule de techniciens préparait avec application la reconversion des rues à la façon des années 60, costumiers et vigiles réglant le ballet. Dans une symbiose parfaite d'autant que, aux dires de ces prolétaires de l'industrie du ciné, « le patron est un mec bien »... pas un Clouzot ni un Godard.

2Il avait déclaré que le plus con des cinéastes suisses ne disait pas où il avait piqué sa radicalité.

3Ford, Kubrik, Clouzot étaient des monstres en la matière, abaissant et humiliant leurs acteurs au dernier degré. On oublie que tout metteur en scène est un patron pire que le patron industriel ou municipal puisqu'il trône dans la profession du paraître et de l'ego surdimentionné, tous prêts à se laisser abaisser pourvu que leur nom soit en haut de l'affiche. Ayant eu l'occasion de figurer dans deux films pour TF1 et Arte, j'ai pu constater qu'un ouvrier n'accepterait jamais qu'un contremaître de la façon dont les cinéastes traitent leur « bétail » sans leur mettre son poing dans la gueule. Mon ami et camarade Marc Chirik, pour gagner son pain comme nombre de réfugiés venus de l'Est, a ainsi été figirant dans les années 1930 aux studios de Boulogne Billancourt.

4Le roman d'Anne Wiasemski, sur un plan plus intime, moins moqueur, est un beau souvenir qui correspond plus à ce que nous les autres marcheurs de l'époque avons vécu.

5Une ravissante créature blonde teutonne, aussi grande que moi, est venue m'interviewer il y a quelques années porte d'Orléans pour sa thèse sur mai 68 (à la différence de l'universitaire américaine qui a repris la thèse de mon livre (Mai 68 et la question de la révolution) dans son Mai 68 et ses vies ultérieures). J'eus toutes les peines du monde pour lui expliquer que le maoïsme n'était que l'aspect le plus farceur de mai 68, vraiment secondaire en milieu ouvrier et dans les facs. Apparemment les July, BHL, Sollers et tutti quanti, de par leur pouvoir médiatique ultérieur avaient fait écran.

6 Les militants « du parti » venaient systématiquement frapper aux portes des appartements ouvriers le dimanche pour « conscientiser » en période électorale ; ce que LO a poursuivi dans les 70. Lorsque j'habitais à Fontenay aux Roses, on en vit défiler quelques-uns ; comme pour les Témoins de Jéhovah, je ne tardais pas à les ficher à la porte. Aux Témoins de Jéhovah je fichais la trouile en criant « je suis communiste » ; aux staliniens je criais : « je suis Témoin de Jéhovah ».

7Avec feu Jean-Pierre Hébert nous l'avions ardemment défendu. Hébert était un monstre de culture littéraire et marxiste qui fréquentait la bande des anciens de S ou B puis de Pouvoir ouvrier. D'une plume assassine et percutante je l'imaginais comme le futur successeur de notre idole Jean-Patrick Manchette. Hélas c'est un trotskien qui reprit le rôle, nommé Verdier à LO, pour des romans bcbg pas du tout subversifs mais convenables pour le lectorat gauchiste.


8Cf. « Ils ont tué Pierre Overney » de Morgan Sportès, ed Pluriel 2008 (10 euros seulement). Génial bouquin de plus de 350 pages que vous devriez tous avoir lu, non seulement parce qu'il fait soigneusement témoigner chaque camp, du flic au syndicaliste, du mao à l'ouvrier, mais parce qu'il donne une appréciation assez réaliste de comment cela se passait dans la vraie classe ouvrière et comment les maos se comportaient en véritables apaches, dirigés par des salauds comme le nommé Pierre Victor, qui en envoya tant au casse-pipe. Il permet de comprendre que, véritablement, à leur insu de leur plein gré, le pouvoir patron et syndicrates se sont servis surtout des frasques maoïstes pour saboter la réelle lutte de classe. Et quand la peur d'un nouveau mai 68 s'est éclipsée, il y avait assez d'infiltrés parmi eux pour que le maoïsme soit dégonflé comme baudruche bien avant les fins des 70.

mardi 12 septembre 2017

SIMULACRE SYNDICAL : UNE MANIF DE VIEUX

Le subliminal grossier du journalisme gouvernemental
                    LE COMPASSION POUR LES VICTIMES DU CYCLONE OU LE MEPRIS POUR  LA BERGERIE SYNDICALE et ses casseurs morpions? 

Gare votre journal TV du soir se dédouble. Il va vous parler de deux choses à la fois. C'est rare, en général les sujets se succèdent mêlant le fait divers, l'actu international et les chansons radotées des papies Mougeot du rock français, ex-Téléphone. Il n'y aura eu que le journal à bobo, Libération, pour oser titrer « forte mobilisation » sur son web. En province comme à Paris, le feuilleton hard craint tout l'été débouche sur des promenades minables, sans humour, avec cette sorte de vieux ringards traîne-savates de tant de manifs enterrement. A Paris, c'est si clairsemé que je passe mon temps à causer sur le trottoir avec un jeune sympathisant de LO sceptique et pertinent, il est l'un des rares du privé à avoir pris une journée de congé pour être là. J'observerai plus tard avec dérision, avec un camarade de Mouvement communiste, que les gens étaient tristes et comme résignés. Le privé n'est toujours pas là, ne peut pas être là. Allez donc faire grève dans la myriade de petites entreprises. Les défileurs, pour la plupart fonctionnaires syndicaux, vieux syndicalistes sectaires rangés du salariat et maigres rangées de travailleurs de secteurs protégés, marchent sans doute pour se donner bonne conscience, et rêvent à la fable du « tous ensemble » jamais oubliée, jamais réalisée et toujours farce d'utopistes ou de guignols syndicalistes de base pour orner du couplet leurs tristes poèmes corporatifs. Ils marchent comme des momies comme la plupart ont marché en votant Macron contre le fascisme qui était pourtant bourré.
Cortèges de vieux retraités, venus faire leur jogging sur le boulevard de l'hôpital. Incarcérés municipaux contraints de porter drapeau syndical et de traîner des ballons pâtissiers, derrière le roi des gitans et ses clowns. Petites escouades de permanents, prouvant que cette catégorie de fainéants peut tout de même bouger son cul hors des bureaux de négociations entrepreneuriales. Voilà le tableau, un brin épicé par une bande de lycéens connards masqués professionnels de la théorie primaire anti-flic. On applaudit quand même les rangs peu nombreux du syndicat CNT des travailleurs du secteur où il faut refaire le lit des chambres en une minute ; ils sont tous noirs et semblent heureux de porter le drapeau rouge et noir.

LE SAINT EN HELICO OU LES CYNIQUES CASSEURS?

Mais le vrai malheur n'est-il pas dans une (ex) île paradisiaque ? Décidément le capitalisme et ses eaux tempétueuses n'épargnent même pas le paradis ! Flash-back dirait un cinéaste. Retour en studio. Le scénario est macronesque. Il fallait le faire suite au pitch exigé par le réalisateur et producteur de l'Elysée. On pensait qu'ils n'oseraient pas. Ils ont osé. Carrément sur l'écran géant du studio, coupé en
Les casseurs sont aussi hélas limités en orthographe
deux : mise en parallèle des images de leur noble chef humanitaire descendant d'hélico en bras de chemise immaculée (conception?) et de l'épisodique et brève échauffourée de la traditionnelle poignée de casseurs parisiens encagoulés pour animer les mortelles randos syndicales. On voit clairement à gauche de l'écran Saint Emmanuel saisir l'enfant noir dans ses bras et toucher l'épaule de la mère. Sur la droite la racaille manifestatoire révèle ce dont sont capables les cyniques humains : jeter des pierres sur les CRS. Voilà ! Et vous, quel côté de l'écran choisissez-vous ?
Bricolage grossier, direz-vous. Oui, sinon qu'auraient eu les larbins de BFM à émettre sous la dent ? Clémentine Autain, mais pas vraiment, seule invitée « subversive mélenchonienne», au milieu de l'aéropage des perroquets de gouvernement, fait aussi profil bas dès qu'on la menace de polémique sur la disproportion cynique (ou cinoque?) de la manif pépère mais avec ignobles casseurs de mobilier national face à la généreuse opération de charité de Bobo 1er venu du ciel jusqu'en l'île Saint Martin dévastée. Nouveau zoom sur Saint François d'Assise télévisé.

Par pudeur et pour ne pas ternir la pitoyable revue des miséreux des Caraïbes pour riches par le cadre en cravate et chemise blanche retroussée, le son est coupé. On nous ressert l'enfant noir dans les bras de Saint Macron. Le saint se fait serrer la paluche comme une vedette de ciné par plusieurs noirs, apparemment contents de serrer la louche d'un très riche. J'ai comme une envie de gerber en revoyant les mêmes démonstrations filmées de la charitable empathie des crapules de colons des actus d'antan.

On ne nous montre pas de selfies ce coup-là, cela ferait trop parade pour la galerie des grenouilles de bénitier et Ducon Kouchner avec sac de riz sur l'épaule. L'image reste floue. Paris-Match nous servira-t-il du plus net : Macron en train de laver les pieds à un galeux d'immigré haïtien d'une des 180 communautés que contient l'île? 50% d'immigrés au-delà de 50 ans, un tiers viennent d'Haïti, une grande majorité ne possède aucun diplôme mais vivotait dans une baraque en tôle sans que la CGT s'en indigne avant que l'ouragan ne fasse table rase de toutes ces cabanes bambous qu'ignorait le roi de l'Elysée jusqu'à la semaine dernière. Un sur cinq touche le RSA. 40% des ménages ont l'eau chaude1. L'île et aussi un carrefour pour le trafic de stupéfiants et un paradis pour le blanchiment d'argent sale. 95% de l'île est semble-t-il détruite. Que et qui va-t-on reconstruire en premier lieu selon vous ?
Une fois passée l'émotion journalistique pour les dégâts des cyclones, les habitants les plus démunis de ce type d'îles sont tout simplement oubliés. Le bla-bla indigné sur le réchauffement climatique sert de toile de fond pour la causette télévisuelle entre ânes spécialisés pour éviter les causes structurelles du capitalisme humanitaire, mais n'explique rien : le capital tient aux énergies fossiles plus que jamais, et pas seulement l'américain et le chinois. Trop d'intérêts financiers sont en jeu pour que soient pris au sérieux les propos fumigènes de monseigneur Hulot, qui laisse entendre déjà qu'il ne fera pas long feu sur le cirque des illusionnistes.Voici le moment venu: casse-toi arsouille!

On nous mène en bateau sur l'île lointaine où un habitant sur cinq touche le RSA, où la jeunesse est irrémédiablement au chômage et où l'appel aux immigrés est fondé sur les besoins de la mono-industrie touristique, celle qui paye au lance-pierre. Les bateaux détruits des riches blancs leur seront remboursés, et leurs futures villas rebâties en matériaux paracycloniques. Les pauvres pourront toujours récupérer leurs toits de tôles éparpillés et les repeindre en blanc, paraît que cela protège de la chaleur. Mais pas du vent dévergondé.Il n'y pas pas que les journalistes pour se moquer des pauvres des îles, les syndicats (heureusement divisés en chapelles ardentes pour ne rien faire) se chargent eux de ridiculiser les prolétaires métropolitains, ces chanceux qui ont encore droit à un salaire.

Revenons en métropole.

La CGT, confrérie secondaire, mène en bateau ses retraités qui s'ennuient (vrai de vrai, il y avait un bateau roulant qui jetait des confettis avec son canon de carnaval) , ses agents de la SNCF, de la RATP, de l'ex-toujours EDF, bref tous ceux qui ne sont pas concernés par la loi travail et
les bidonvilles de Saint Martin. Et il y aura des perturbations dans les transports comme d'habitude, pas tellement pour limiter le nombre de manifestants "en colère" ce coup-ci parce que la foule des prolétaires n'avait pas oublié les balades inutiles orchestrées par la CGT sous Hollande-El Khomri, et que le dégoût a pris le dessus sur la colère. La stratégie, j'allais dire le complot syndical (et j'emmerde les complices anticomplotistes des appareils syndicaux) est le même: en prétendant défendre le privé (qui ne peut pas se joindre aux défilés des "salariés protégés" - et oui par leur nombre et leur force corporative), on organise des débrayages n'importe comment dans les transports publics à terre et en l'air. Résultat: les principales victimes de la robuste lutte contre les versions continuelles de l'immonde "loi travail" sont, non pas les patrons et les ministres, mais les millions de prolétaires du privé pris en otage, et qui, s'ils râlent se font traiter de jaunes ou de connards qui font jamais grève. Assurément ils ne sont pas du côté de seigneur Macron, mais l'inaction syndicale en promenade assistée avec paralysie des transports vient conforter leur sentiment d'impuissance et leur haine (légitime) des avatars de l'Etat bourgeois en milieu métropolitain. Il paraît que c'est le premier épisode du feuilleton sans suspense où il faudrait espérer que Bobo 1er "recule", mais recule sur quoi? Les lois sont votées "par ordonnances" (du verbe ordonner). Les divers syndicats du public se fichent du privé, comme les syndicats de la RATP se fichent de ceux de la Poste, d'ex-EDF, etc. Le si décrié point de la nouvelle loi travail qui promet d'officialiser les négociations non par branche mais par entreprise, est en réalité pratiqué depuis des lustres par les chapelles syndicales d'une même branche industrielle (je peux confirmer par ma propre expérience). J'aurais donc pu titrer "simulacres de luttes et mensonges sur la réalité de la collaboration des classes"). Et quand le grand chef de la CFDT vient assurer à Ruth Elkief que les travailleurs de toutes les entreprises sont très attachés au rôle de leurs "représentants" en entreprise, afin qu'ils fassent "vivre le dialogue social", il se fout le doigt dans l'oeil. Et les ouvriers du privé sont des milliers à se gausser de telles vantardises, tellement ils perçoivent le monde syndical comme un monde de... fainéants manipulateurs. Autrement dit de bons à rien. Ce qui revient à vexer le fainéant!

J'aime beaucoup ce commentaire d'un certain Ignace-de-la-Fraissange : « La CGT reçoit des subventions publiques. Avec cet argent elle achète des pneus et les fait brûler en mangeant des merguez...La CGT, un des plus intéressants repaires de paresseux. Nos voisins nous l'envie... ». Il paraît que Méluchon se faisait interviewer le matin même à Marseille. Qu'est-ce qu'on s'en branle.



1http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/09/12/saint-martin-un-concentre-d-inegalites-bien-avant-le-passage-de-l-ouragan-irma_5184488_4355770.html

samedi 9 septembre 2017

La fainéantise SYNDICALE : UNE TRADITION DU CAPITALISME


elle est-ti pas belle la cigiti?
« Si la classe dirigeante est avisée, elle reconnaîtra l’utilité d’un simulacre de combat si elle veut que les dirigeants syndicaux conservent une certaine influence sur leurs membres (…) Le syndicalisme a horreur de la révolution qui bouleverse les rapports entre patrons et ouvriers. (…) Bien qu’il ait été construit par et pour les ouvriers, le syndicalisme domine les travailleurs, de la même façon que le gouvernement domine le peuple.  ». Anton Pannekoek (1936)
  "Pas de quartier pour ces ennemis du peuple, ces ennemis du socialisme, ces ennemis des travailleurs. Guerre à mort aux riches et à leurs pique-assiette, les intellectuels bourgeois ; guerre aux filous, aux fainéants et aux voyous." "Comment organiser l'émulation ?" Lénine (décembre 1917)
« Tiens tes comptes avec soin et conscience, règle sagement tes dépenses, ne te laisse pas aller à la fainéantise, ne vole pas, observe la plus stricte discipline dans le travail, ces mots d'ordre raillés avec raison par les prolétaires révolutionnaires alors que la bourgeoisie tentait par ces propos de camoufler sa domination de classe d'exploiteurs, deviennent aujourd'hui, après le renversement de la bourgeoisie, les principaux mots d'ordre de l'heure. D'une part, l'application pratique de ces mots d'ordre par la masse des travailleurs est l’unique condition du salut de ce pays effroyablement martyrisé par la guerre impérialiste et les rapaces de l'impérialisme (Kérenski en tête) ; d'autre part, l'application pratique de ces mots d'ordre par le pouvoir soviétique, par ses méthodes et sur la base de ses lois, est la condition nécessaire et suffisante de la victoire définitive du socialisme. C'est ce que ne peuvent comprendre ceux qui se détournent avec mépris quand on leur parle de mettre au premier plan des mots d'ordre aussi « rebattus » et aussi, « triviaux ».
Lénine (Les tâches immédiates du pouvoir des soviets, 1918)

En 2016, le journal de la santé psychologique américaine concluait qu'être fainéant serait un signe d'intelligence1, La fainéantise ne serait pas le seul marqueur d'un QI plus élevé. D'après d'autres études, les personnes intelligentes utilisent plus d'insultes, se couchent tard et sont très désordonnées. Voilà de quoi faire plaisir aux assistés heureux (patrons et chômeurs professionnels du lumpen) !
Lénine, qualifié de fainéant réfugié en Suisse par toutes les télévisions macronesques pour couler un peu plus le souvenir de la trouille bourgeoise en 1917, était en plus un insulteur de première, donc très intelligent si l'on en croit ces billevesées de la psycho US. Le « fainéant » bolchevique, réfugié en France, aimait se rendre aux concerts de Montéhus, et l'inviter à ses réunions porte de Choisy où en première partie il lui demandait de chanter « L'impôt sur les fainéants » afin d'attirer un public important. Les gens venus pour écouter le « chanteur humanitaire » étaient invités en deuxième partie à participer à la réunion publique des révolutionnaires social-démocrates russes.

Je ne me suis pas étonné que, un journée à peine après mon article précédent, Bobo 1er ait repris mon argument sur la fainéantise syndicale (je suis immédiatement lu par la police et un millier de
personnes chaque jour), celle-ci est notoire pour les travailleurs des services publics, quand dans le privé elle est moins évidente dans les petites boites, un petit patron ne pouvant se permettre d'employer un bonze se promener dans l'atelier les mains dans les poches... Ti Macron, toujours conseillé par Attali, Cohn-Bendit et Bayrou, oublie que la qualification de fainéant dans le mouvement ouvrier a toujours visé les patrons, les actionnaires, les rentiers et surtout les petites merdes de la maîtrise (contremaîtres et mouchards), voire les flics et les petits commerçants, et naturellement les « élus », députaille et racaille syndicale. Ce qui n'est plus tout à fait vrai, de grands patrons et de plus petits bossent beaucoup plus et plus longtemps que leurs subordonnés, mais leur « travail » a une fonction autrement valorisante ; les députés et maires sont aussi des hommes d'affaire en réalité très occupés, ce qui ne veut pas dire qu'ils « travaillent ». Se faire traiter de fainéant est traditionnellement une insulte, mais aussi une caractéristique parfaitement indifférente à toute une portion de parasites sociaux qui n'appartiennent pas spécialement à la bourgeoisie : dans le secteur public il n'y a pas les 3 jours de carence du privé, et les arrêts maladie sont monnaie courante pour les « malades professionnels » alors que dans les petites boites c'est rapidement la porte. Le culte de la fainéantise exalté par les esthètes bobos situationnistes n'est en aucune façon subversif mais la preuve du manque de courage et de la pusillanimité d'une frange de la petite bourgeoisie intellectuelle et de toutes celles et ceux qu'ont l'araignée au plafond. Nos nouveaux fainéants auraient pris un coup de pied au cul par Lénine  qui déclara vouloir nettoyer « nos rangs de tous ceux qui « gardent l'héritage du capitalisme » ou qui « observent les traditions du capitalisme », c'est-à-dire des fainéants, des parasites, des dilapidateurs du Trésor »2. Le phénomène du parasitisme et de la fainéantise petite bourgeoise n'est pas vraiment pris en compte par notre militant en chambre de La Haye, contrairement à un Lénine plus terrien.

A l'origine, la tâche des syndicats ne se limitait pas à une fonction de défense des intérêts économiques immédiats des travailleurs. Les « délégués » n'étaient pas « fonctionnaires » ni déchargés de toute tâche productive. Marx et Engels y voyaient une "école de guerre" – un lieu où l’expérience des luttes conduirait naturellement au développement de la conscience de la classe. Ils citaient comme exemple la campagne des syndicats anglais pour la réduction de temps de travail – une campagne qui les amena logiquement à participer à l’agitation pour l’extension du droit de vote. Des dirigeants des syndicats anglais siègaient au Conseil Central de l’Association Internationale des Travailleurs. Cependant, Marx dut admettre que la réalité du mouvement syndical était loin de confirmer un mûrissement progressif d'une conscience de classe révolutionnaire. En 1866 il fit adopter par le Conseil Central de l’Internationale une résolution qui critiquait les syndicats :
"Les syndicats s’occupent trop exclusivement des luttes immédiates. Ils n’ont pas assez compris leur pouvoir d ‘action contre le système capitaliste lui-même... A part leur œuvre immédiate de réaction contre les manœuvres tracassières du capital, ils doivent maintenant agir sciemment comme foyers organisateurs de la classe ouvrière dans le grand but de son émancipation radicale. Ils doivent aider tout mouvement social et politique tendant dans cette direction".
Marx développa une vérification du conservatisme des appareils syndicaux, y voyant surtout un exemple d’une tendance typiquement britannique à l’embourgeoisement. Lénine reprendra la même idée mais en supprimant la spécificité britannique. Le mouvement syndical anglais, qui représentait essentiellement une partie des ouvriers les plus qualifiés, s’était du temps de Marx et d’Engels, engagé sur la voie de la "modération" . Pour certains syndicalistes déjà, la grève était un moyen de lutte "dépassé", non pour leur tendance croissante à une collaboration avec l'Etat mais pour éviter les risques de faillite de leurs organisations. Les luttes mettaient en péril les fonds des syndicats, dont la plus grande partie était consacrée aux caisses de prévoyance.
Engels, dans les années 1870-80, put mesurer l’importance de ce conservatisme borné de la bureaucratie. II voyait dans ce phénomène la manifestation de la corruption personnelle des notables syndicaux. Ces dirigeants s’appuyaient, selon lui, sur une "aristocratie ouvrière" composée des ouvriers qualifiés les mieux protégés contre la misère et le chômage. Engels s'enthousiasma pour la révolte des ouvriers inorganisés qui allait mener, à partir des années 1880, à la formation des "syndicats nouveaux". II prédit que cette révolte balayerait définitivement la bureaucratie. Pendant quelques années, ces syndicats seront effectivement proches des minorités politiques révolutionnaires. Mais la même tendance au conservatisme fut bientôt constatée « à la base » du nouveau syndicalisme prétendu révolutionnaire. L'opportunisme de la Seconde Internationale appuya paradoxalement ce conservatisme syndical récurrent, comme Proudhon elle en vint à nier ou à relativiser l'intérêt des grèves. Toute agitation pour des réformes – même des grèves pour les salaires – n'était-elle pas une sorte de « palliatif » qui faisait oublier aux travailleurs la nécessité d’une révolution politique. Pannekoek avait été influencé par cette dérive. Lénine fût par contre plus tôt très critique du syndicalisme, de la « lutte économiste » et de « l'aristocratie syndicale ». Il fit I’analogie entre les dirigeants syndicaux occidentaux et l’agent tsariste Zoubatov qui avait organisé des "syndicats" sous le contrôle de la police. Il décrivit les dirigeants syndicaux de l’époque comme des "agents de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier". L‘influence de la bureaucratie, pour Lénine, se maintient grâce à l’existence d’une "aristocratie ouvrière" qu’il catégorise comme "corporative, étroite, égoïste, sans entrailles, cupide, philistine, d’esprit impérialiste, soudoyée et corrompue par l’impérialisme". L'ensemble des adjectifs peut être résumé comme « tas de fainéants », ce que notre brave astronome depuis son bureau n'a jamais vraiment perçu. Lénine, en revanche, devenu chef d'Etat « prolétarien » (définition qu'il fût amené à récuser rapidement), en intégrant les syndicats à l'Etat avec l'extinction des Conseils ouvriers, ne tarda pas à le regretter3, en particulier dans un de ses derniers textes « Mieux vaut moins mais mieux » où sa critique à tous les étages, y compris syndicaux, des fonctionnaires anciens ouvriers, est impitoyable. Cette masse d'ouvriers occupant des places d'Etat, sans compétence, souvent anciens syndicalistes et anciens mencheviques, est caractérisée par Trotsky de bureaucratie, terme confus qui n'explique rien, qui n'explique même pas le stalinisme mais qui évite de qualifier la dégénérescence capitaliste d'Etat et de mettre en cause l'invraisemblable soutien « critique » de l'opportunisme trotskien aux mensonges et crimes du « socialisme minimum », le stalinisme4.
Trotsky quand il écrivit, à propos du mouvement de juin 1936 en France (et également de la grande vague de grèves avec occupation à la même époque aux Etats Unis ) - que "Les grèves de juin démontrent à quel point sont fausses les théories gauchistes et sectaires suivant lesquelles les syndicats auraient "fait leur temps" et devraient être remplacés par d’autres organisations. . . " - n'avait vraiment pas peur de se ridiculiser. Un coup les syndicats sont utiles aux ouvriers, et le coup suivant (en 1938) Trotsky déplore que la « bureaucratie syndicale » neutralise le mouvement des « masses » :
"Cela se produit déjà lors de simples grèves, surtout lors des grèves de masse avec occupation des usines, qui ébranlent les principes de la propriété bourgeoise5. En temps de guerre et de révolution, quand la situation de la bourgeoisie devient particulièrement difficile, les dirigeants syndicaux deviennent ordinairement des ministres bourgeois."
Sur le plan de 1’organisation, les syndicats doivent rester ouverts à " tout ouvrier honnête, non taré. . . quelles que soient ses opinions politiques, religieuses et autres" sont libres de toute emprise d’un parti politique, quel qu’il soit. Les révolutionnaires, insista Trotsky, luttent non pas pour le contrôle bureaucratique, administratif des syndicats mais pour gagner la direction politique de la masse des syndiqués. Ambigu et peu clair.
Il y a des vérités indéniables, et pas très pro-syndicales dans Le Programme de Transition concernant le caractère de masse des syndicats officiels et contre les "tentatives sectaires d’édifier ou de maintenir de petits syndicats "révolutionnaires" comme une seconde édition du parti" - la prétention des mini-syndicats radicaux et le conservatisme des syndicats officiel sont dus au fait qu’ils ne représentent que les "20 à 25 %" des travailleurs "les plus qualifiés et les mieux payés"(sic ! À l'époque ! Maintenant c'est trois fois moins!) ; mais Trotsky défendit la thèse stupide de l'entrisme dans les syndicats « de masse » (= massifs pas prolétariens) et le retour dans le giron de la social-démocratie bourgeoise.
Cependant, vers la fin de sa vie, il estimait qu'il n’y avait plus de place pour des syndicats réformistes "indépendants", c’est-à-dire non intégrés entièrement à l’Etat, ce qui est vrai. Il restait incorrigible, dans le genre « tu rêves papa», Trotsky invitait ses adeptes à militer même au sein des syndicats officiels tels ceux de l’Allemagne nazie et de I ‘URSS stalinienne. Trotsky resta sur la même position opportuniste, de l'organisation sociale « courroie du parti » mais finalement caduque (et courroie de l'Etat bourgeois finalement) des « gauchistes bordiguistes » et autres Robin Goodfellow, nos conservateurs modernes (voir Laugier).
Lénine fût un piètre philosophe, mais relativement bon polémiste contre les charlatans « empioriocriticistes », mais se servir de ses notions de base « scientiste » du marxisme pour combattre la force politique indéniable qui fût la sienne méritait une déculottée, ce que fît la GCF dans l'après-guerre6. Lénine s'est inspiré du mouvement des masses oubliant autant les Mach et Avenarius que ses approximations sur la conscience de classe « apportée de l'extérieur » de la classe ouvrière. La critique de Pannekoek est donc confusionniste et sert à tous les coquins de la démocratie améliorée des Castoriadis, Cahiers Spartacus et transfuges trotskiens passés au conseillisme petit-bourgeois, pour qualifier la révolution russe de bourgeoise et le parti bolchevique de simple rouage de l'intelligentsia7.
Pannekoek considéré comme idéaliste et gauchiste par les trotskiens (ce qui n'est pas entièrement faux) pour son rejet des syndicats est régulièrement pompé par tous les transfuges du trotskisme, comme ce fût le cas du défunt groupe « Socialisme ou Barbarie » qui n'a diffusé qu'une marmelade néo-léniniste et confusionniste avec une couche de « l'idéaliste » astronome. Pour Pannekoek dans son texte de 1936 les syndicats auront été une forme primitive du mouvement ouvrier. Il écrit : « Tout ceci concorde fort bien avec le véritable caractère du syndicalisme, dont les revendications ne vont jamais au-delà du capitalisme. Le but du syndicalisme n’est pas de remplacer le système capitaliste par un autre mode de production, mais d’améliorer les conditions de vie à l’intérieur même du capitalisme. L’essence du syndicalisme n’est pas révolutionnaire mais conservatrice ».
En réalité notre universitaire n'est pas si clair, estimant que « l'action syndicaliste fait partie de la lutte des classes » et que « La tâche et le rôle des syndicats est de continuer la lutte ». Le syndicalisme resterait une part infime de la lutte des classes, élément destiné à entrer en conflit avec la classe ouvrière !
Il décrit les fonctionnaires syndicaux comme des « spécialistes », et cette caste vit par elle-même (donc comment pourrait-on la considérer comme partie de la lutte des classes, sans repréciser qu'ils ne sont que les larbins de la classe bourgeoise?). Alors il ajoute la précision suivante : « Ils ne travaillent pas en usine, ils ne sont pas exploités par les capitalistes, ils ne sont pas menacés par le chômage. Ils siègent dans des bureaux, à des postes relativement stables. Ils discutent des questions syndicales, prennent la parole aux assemblées d’ouvriers et négocient avec les patrons. Certes, ils doivent être du côté des ouvriers dont il leur faut défendre les intérêts et les revendications contre les capitalistes. Mais en cela, leur rôle n’est guère différent de celui de l’avocat d’une organisation quelconque ». Tout cela est encore vrai mais Pannekoek n'a pas connu l'invention moderne de l'auto-représentation syndicale gouvernementale chargée de chapeauter toute l'industrie et de représenter n'importe quel secteur du paysage industriel national sans l'avis de celui-ci ! C'est comme l'Etat israélien qui prétend parler au nom de tous les juifs croyants ou incroyants !
Sur le plan économique les bonzes syndicaux ne peuvent plus être considérés comme des prolétaires. D'accord !
Le « syndicalisme industriel » (cf. les IWW) « Il combat le capitalisme sous sa forme patronale, dans le secteur économique de la production, mais il ne peut s’attaquer à son bastion politique, le pouvoir étatique ». Alors pourquoi M. Pannekoek a-t-il persisté à considérer que le parti ne pouvait que prendre le pouvoir et se retourner contre les ouvriers ? Une réapparition miraculeuse des fameux si brefs Conseils ouvriers permettra donc seule de renverser le capitalisme, à moins que le réchauffement climatique ne prenne le dessus sur la compétition des classes ?


Solutions de M. Pannekoek, des généralités et quelques vérités, comme un couteau sans manche auquel il manque le parti:

« Quant à l’ensemble de la classe ouvrière, elle ne se sent pas concernée par la lutte d’un groupe de grévistes. Certes, la masse des travailleurs n’est jamais hostile à une action de grève ; elle peut même aller jusqu’à entreprendre des collectes pour soutenir les grévistes – à condition que celles-ci ne soient pas interdites sur ordre d’un tribunal. Mais cette sympathie ne va guère plus loin : les grévistes restent seuls, tandis que des millions de travailleurs les observent passivement. Et la lutte ne peut être gagnée (sauf dans des cas particuliers lorsque le patronat décide, pour des raisons économiques, de satisfaire certaines revendications) tant que l’ensemble de la classe ouvrière n’est pas unie dans ce combat.
La situation est différente lorsque les travailleurs se sentent directement impliqués dans la lutte ; lorsqu’ils réalisent que leur avenir est en jeu. A partir du moment où la grève se généralise à l’ensemble de l’industrie, le pouvoir capitaliste doit affronter le pouvoir collectif de la classe ouvrière. On a souvent dit que l’extension de la grève, et sa généralisation à l’ensemble des activités d’un pays, était le plus sûr moyen de s’assurer la victoire. Mais il faut se garder de voir dans cette tactique un schéma pratique dont on peut faire usage à tout instant avec succès. S’il en était ainsi, le syndicalisme n’aurait pas manqué de l’employer constamment. La grève générale ne peut être décrétée, selon l’humeur des dirigeants syndicaux, comme une simple tactique. Elle ne peut naître que des entrailles de la classe ouvrière, comme l’expression de sa spontanéité ; et elle ne peut se produire que lorsque l’enjeu du combat dépasse largement les simples revendications d’un seul groupe. Alors, les travailleurs mettront véritablement toutes leurs forces, leur enthousiasme, leur solidarité et leur capacité d’endurance dans la lutte ». Et dieu soit loué !
En 1972 un article du Monde Diplo expliquait comment les fainéants des syndicats étatiques russes comptaient mener la lutte contre les fainéants au travail....8
La saillie de Macron sur les fainéants n'est ni brutale ni irréfléchie. La bronca de la presse américaine lui rend autant service que la résurrection de Marine, la veille de la manif de la bande à Méluchon. Je le répète la loi terroriste « travaille » ne concernant pour l'essentiel que le secteur privé – qu'il faut isoler plus encore dans ses non-avantages - il faut en permanence stigmatiser  les "planqués" du secteur public en tant que plus privilégiés que les embusqués milliardaires de la classe dominante et assimiler les travailleurs de ces secteurs à leurs feignasses syndicales et autres plantons des CE ; c'est ce que toutes les chaînes macronesques de débats honteux entre spés formatés ont répercuté9.
Roi du simulacre et de la mascarade, un des représentants patentés des feignasses politiques et syndicales, le pape de l'insoumission bouffonne Méluchon a levé haut le drapeau des manifs fainéantes et pépères : «abrutis, cyniques et fainéants, venez défiler dans la rue les 12 et et 23 septembre prochains ». Ils resteront entre eux !

NOTES


1http://www.huffingtonpost.fr/2016/08/12/signe-intelligence-faineant-etude_n_11474034.html
2Les tâches immédiates... Ou encore : « La presse doit servir d'instrument à l'édification socialiste ; elle doit faire connaître dans tous leurs détails les succès des communes modèles, étudier les causes de leur réussite, leurs méthodes de travail et de gestion ; d'un autre côté, elle portera au « tableau noir » les communes qui s'obstinent à conserver les « traditions du capitalisme », c'est-à-dire celles de l'anarchie, de la fainéantise, du désordre, de la spéculation ».
3En 1921 : « « Au 5 mai 1918, le bureaucratisme ne figurait pas dans notre champ visuel. Six mois après la révolution d’Octobre, alors que nous avions détruit de fond en comble l’ancien appareil bureaucratique, nous ne ressentions pas encore les effets de ce mal. Une année encore se passe. Le 8ème congrès du P.C.R. (bolchevik), qui se tient du 18 au 23 mars 1919, adopte un nouveau programme où nous parlons franchement, sans crainte de reconnaître le mal, mais désireux au contraire de le démasquer… - où nous parlons d’une « reconnaissance partielle du bureaucratisme au sein du régime soviétique ». cf. https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2934
4Dont le plus tout jeunot Besancenot ne vous révèlera rien d'autre que la vénération pour Léon Davidovitch dans son livre de rentrée, contenant une défense limite cocasse de 1917 : « 1917 ? une contre histoire de la révolution russe », 17 euros à la brèche.
5Pauvre Trotsky qui voyait poindre la révolution avec la farce des Fronts popus ! Quand Blum en plus confia plus tard à Riom pour sa défense patriotique : « l'usine occupait les ouvriers » !
6Lire dans la Rint du CCI : https://fr.internationalism.org/rinte25/lenine.htm, avec une excellente introduction de Marc Chirik aux articles de Mousso et Philippe (un mathématicien et un scientifique), et le recueil de l'ensemble de la revue Internationalisme sur le site : Guerre ou Révolution.
7Un certain nombre d'individus qui cachent sous des sigles divers qui un seul « secrétaire général du futur parti mondial », qui un couple pervers, qui trois ivrognes, se définissent comme en plein accord avec l'héritage de la « Gauche communiste », ce qui ne coûte pas cher. Mais l'accord avec les meilleures idées révolutionnaires n'en fait pas des composantes fiables d'un virtuel parti futur. Le CCI a montré naguère, comme d'autres groupuscules fermés et rigoureux que l'accord général ne signifie rien s'il s'accompagne d'un comportement manipulateur et louche ; il a montré que le comportement est une question politique à part entière. La plupart de ceux qui se revendiquent à l'heure actuelle de la « gécé », n'auraient jamais pu être admis dans les partis intègres de naguère. Du moins au début.
8https://www.monde-diplomatique.fr/1972/05/FAY/30914: Les syndicats soviétiques restent au service de l'Etat patron.
9En particulier LCI avec Pujadas, recyclé, et qui pour remonter dans l'estime de ses employeurs, fait du zèle macronesque. Vendredi soir, 3 larbins en faveur de l'attaque sur les retraites (dont le lâche pithécanthrope De Closet) et face à eux, avec peu de temps de parole, un jeune syndicaliste de Sud Rail, incapable de les contrer sur le fond. Même si là encore un peu de vrai se mêle au faux, c'est vrai les retraités nous sommes bien plus privilégiés que les jeunes actifs, et qu'il y a une masse de retraites cadres, journalistes, intermittents du spectacle, syndicalistes et politiciens qui ont vraiment une big pension !

ANNEXES


- Lire le texte du kapédisme français « L'ouvrier communiste » (1929) ici : http://www.non-fides.fr/?Faut-il-conque-rir-les-syndicats

- (repiqué de l'Express) Dans "Syndicats Corruption, dérives, trahisons", Roger Lenglet et Jean-Luc Touly dressent un tableau noir des petites et grandes turpitudes syndicales. Ils ont répondu vendredi aux questions des internautes. Compte-rendu.
Le livre du journaliste Roger Lenglet et du juge prud'homal Jean-Luc Touly, Syndicats Corruption, dérives, trahisons, aux éditions First, dresse un tableau noir des petites et grandes turpitudes syndicales. Des dérives qui n'épargnent aucune organisation, souvent sous le regard complice du patronat. Au risque, avertissent les auteurs, de porter un coup fatal au syndicalisme. Ils ont répondu vendredi aux questions des internautes de L'Express et de L'Expansion. 
olivo : Bonjour, Enfin un livre qui dénonce les turpitudes des syndicats! Pourquoi à, votre avis, la presse en général n'a t'elle jamais fait d'enquêtes sérieuses sur ce sujet d'une extrême importance?
Roger Lenglet et Jean-Luc Touly: Parce que c'est un sujet particulièrement tabou, avec des enjeux politiques et la crainte de mettre à jour des pratiques qui concernent tous les partenaires sociaux, y compris le patronat et les formations politiques. Donc un sujet qui dérange vraiment.  
Pi007 : Quel est le nombre d'employés syndiqués en France?
Si vous voulez dire "salariés", c'est en moyenne 7 à 8 % de la population active. C'est le taux le plus bas d'Europe. La France est même en dessous des USA qui sont à 13%. C'est 4 fois plus bas qu'il y a 25 ans.  
Ancien_DSC : A combien estimez vous reellement le nombre de syndiqués dans le privé ? Avez vous connaissance des astuces pour fabriquer des adhérents virtuels?
Autour de 4% dans le privé, et autour de 15 % dans le public. Surévaluation des achats de timbres, notamment, etc.  
Fenasse : Pourquoi si peu de Français sont ils syndiqués??? L'importance des syndicats devrait par conséquent être toute relative...
Selon notre enquête de trois ans et plus auprès des ex-syndiqués et de ceux qui hésitent à se syndiquer, la passivité des syndicats et les complaisances inavouables mais "visibles" les désespèrent. Le soupçon de corruption et même les illustrations éloquentes des dérives que les salariés constatent souvent dans les entreprises les éloignent, les discours des leaders leur paraissent cacher les positionnements réels... A cela s'ajoute la distance des responsables syndicaux du terrain, y compris vis à vis de leur base. On est loin de l'argument des confédérations qui accusent les salariés d'individualisme.  
bluesmartini : Le patron de l'Express propose de rendre obligatoire le vote aux élections syndicales. Pour autant, si on veut que les choses changent il faut de la concurrence entre les syndicats. Au vu de la situation actuelle pensez vous qu'il existe un espace pour de nouveaux courants syndicaux?
Ce n'est pas contradictoire : ce qui serait rendu obligatoire, c'est de voter. Chacun resterait bien sûr libre de choisir son syndicat librement. 
Tipich : Un ami m'avait raconté qu'un délégué syndical de son entreprise, pourtant de même rémunération que lui vivait dans une certaine l'opulence malgré des revenus sensés être modestes! Comment cela reste possible et pourquoi le fisc ne se pose-t-il pas plus de questions?
Il faut en effet se pencher sur les avantages en nature offerts par les directions d'entreprise et sur les comptes personnels des élus, ce que nous avons fait.  
raslebol : quels sont les salaires et avantages divers des patrons des syndicats francais?
Attention, l'ensemble des avantages et rémunérations restent objectivement opaques du fait de leur diversité et de leur accumulation. Pour ne citer que le cas des responsables syndicaux de grandes entreprises, certains triplent leur salaire et profitent d'innombrables avantages en nature (mobiles, logistique informatique, véhicules de fonction, villégiatures, frais de bouche, embauche de proches, pour ne pas parler de ceux qui montent des sociétés privées pour détourner les fonds des CE, etc.) Et le fait que les patrons syndicaux trouvent ensuite des fonctions ou des missions fort lucratives  
zen-fiatlux: Les centrales syndicales ne sont-elles que des préposées à encaisser les millions de subventions publiques? Dans cette sphère bien protégée, des milliers de permanents se partagent le gâteau, les administrateurs et des caisses de retraites, de la sécu et de la Caf, de la formation professionnelle, du Conseil économique et social, de l'OIT, de l'Europe de Bruxelles, etc...?
Nous sommes en grande partie d'accord mais c'est précisément pour redonner de l'indépendance au syndicalisme que nous expliquons la nécessité d'encadrer les choses, d'imposer une transparence complète (celle du patrimoine des élus syndicaux en début puis en fin de mandat, par exemple) et de replacer les syndiqués au centre du système.  
nadiaaouassi : Le fonctionnement des syndicats n'est-il pas à l'image de la plupart de nos institutions qui semblent jouir d'une impunité totale quand elles commettent des pratiques pas toujours très catholiques?
Nous pouvons dire que, d'une façon générale, les institutions qui sont gérées par des représentants des syndicats patronaux et de salariés, ou par des élus, jouissent en effet d'une certaine impunité liée au fait que ces gestionnaires sont à la fois juges et parties, et font profiter leurs structures des dérives.  
camora : Le système syndical ne profite qu'aux élus syndicaux , pas même aux adhérents , le déclin des syndicats le confirme, les récents événements le confirme ( goodyear etc.. ) ; de plus il semble que les syndicats causent plus de tort aux salariés en gênant les entreprises que s'ils n'existaient pas , qui aura le courage de remettre à plat ce système mafieux ?
Ce courage est en effet nécessaire et le PS au gouvernement aurait tout intéret à s'en occuper sinon le bébé syndical sera entre les mains des successeurs, et l'on ignore ce qu'ils en feront... N'oublions pas que la corruption des syndicats ne profite pas qu'aux élus syndicaux mais d'abord à ceux qui sont les corrupteurs...  
Pierrot : Vous évoquez beaucoup de dérives des syndicats, notamment dans les comités d'entreprise. Mais les directions n'ont-elles pas aussi une part de responsabilité?
Une très grande part !!! Notamment du fait que le président du CE est toujours l'employeur, sans oublier que les représentants des organisations patronales se partagent les dérives à la tête des organismes sociaux.  
Carola1 : Tous les syndicats sont-ils égaux devant les turpitudes que vous dénoncez? Y en a-t-il un qui accumule particulièrement les casseroles?
Non, pas plus un qu'un autre. Sud y échappe, pour l'instant, en plus grande partie du fait de sa structure plus horizontale visant justement à les éviter. Cela dit, c'est aussi une organisation plus récente que les autres et créée par des militants CGT et CFDT déçus par leurs fédérations et confédérations. Mais attention, les propositions de corruption grandiront à proportion de son développement.  
gigi47 : Les syndicats fonctionnent-ils mieux à l'étranger? Y-a-t-il un ou des pays modèles de ce point de vue selon vous?
La réponse serait longue. Il faudrait sans doute se rapprocher du modèle des pays nordiques où les prestations des syndicats permettent aux salariés de résoudre de plus nombreux problèmes.  
AKrun : Est-ce que vous avez étudié les dérives syndicales dans les DOM?
Justement, nous y travaillons actuellement et les témoignages à ce sujet nous intéressent beaucoup. Pour l'heure, nous commençons à avoir ds choses sur la Martinique et la Réunion. N'hésitez pas à nous envoyer par courrier ou courriel (à l'éditeur First qui nous transmettra) vos informations ou vous demandes de contacts.  
Tipich : N'avez vous pas eu de problèmes avec le syndicat de l'édition pour publier votre livre?
Aucun, pour l'instant.  
Serge : Faut-il de nouvelles règles ou lois pour "freiner" (ne rêvons pas ) les élus qui se sentent délivrés de toute éthique?
Bien sûr, nous détaillons les lois que le législateur devrait prendre pour remettre la gestion financière des syndicats sur les bons rails, dans un chapitre entièrement consacré au sujet. Il en va de l'avenir même du syndicalisme.  
Fenasse : Que peuvent faire les travailleurs pour faire changer les choses?
Beaucoup de choses : à commencer par prendre modèle sur l'exemple très positif des syndicalistes les plus actifs. Mais encore une fois, nous sommes obligés de vous renvoyer à notre livre...  
Choupi : La France se portrait-elle mieux sans syndicats?
Non, tout au contraire. Il faut se mobiliser pour qu'ils devienent indépendants financièrement des directions d'entreprise et des gouvernements, et du carriérisme syndical. Leur rôle est fondamental pour défendre les intérêts de TOUS les salariés face au détricotage de leurs droits qui n'aura sinon aucune limite.  




jeudi 7 septembre 2017

IRMA, UN OURAGAN COMPLICE DE LA BOURGEOISIE ?


QUELLE BONNE 
INSTRUMENTALISATION POLITIQUE!

 "Les conditions climatiques ne permettent pas un déplacement présidentiel"
Jupiter président (ce jour, AFP 17:48)

Les conditions sociales permettront à Jupiter Bobo 1er de s'envoler - en compagnie de son philosophe de l'apocalypse écologique, le comique Hulot - au-dessus des îles meurtries par l'ouragan féminin le mardi 12 afin de survoler la vedette à la journée d'inaction syndicale.

« Sous le Capital, toute chose est transformée en son contraire » (Marx, de mémoire)

Jamais une tempête naturelle aussi dévastatrice n'aura été aussi bien accueillie par les « hautes autorités de l'Etat »1. Quand bien même ils ne se sont pas vantés de l'incroyable impéritie étatique et de la débandade des secours, grâce en particulier à la mise hors fonction du célèbre dieu portable et de la fée électricité. Pensez, toute la gauche dévastée dès avant les orages d'été par le tsunami électoral macronesque, avec son Méluchon de foire et son moustachu ringard CGT, laissait planer la menace mille fois éculée d'une féroce rentrée sociale, fantôme qui ne troublait la nuit que de quelques climatologues bien lotis de Neuilly hors réalité  (cf. les bourgeois de l'Obs complètement plantés avec leur une macronesque croyant que cela allait "cogner"socialement). Dès les premiers vents à trois cent à l'heure sur les terres lointaines néo-coloniales... Adieu veaux, vaches, cochons, grèves, manifs ! tout ce pétrin s'était également envolé sous la baveuse dramatisation cocardière.
Place à la « so-li-da-ri-té na-tio-na-le » ! Nos trois Dalton de la cupidité de caste sont apparus dans leur ordre de grandeur : Fifi le grand dadais qui sait pas répondre à toutes les questions, Titi Macron le petit chef du milieu (centriste vermifuge) qui sait pas trouver les bons mots pour qualifier le déboulé d'Irma2, et enfin Gégé de Lyon, le sinistre papy de l'Intérieur (au si doux nom d'oiseau) qui effarouche même pas un flic de base lorsqu'il mate le pli du futal. Jadis, pour les photos de familles nombreuses on plaçait les enfants par ordre de taille, le plus grand n'était pas forcément le plus intelligent ni le plus petit le moins3.

Le feuilleton dûment chapitré sur la perpétuelle décoction de la loi « travaille » (et ferme ta gueule) avait plus au moins titillé l'oreille des prolétaires en vacances. Pourquoi les journaleux en parlaient-ils d'ailleurs ? Puisqu'ils se foutent de notre avis et des guignols élus députés savates à coups d'ordonnances du cadre supérieur! Et on n'y comprenait plus rien en plus sauf qu'il s'agit toujours de glisser le tapis rouge aux patrons et de mépriser toujours plus les prolétaires. Pour les gauchistes sanglants (en paroles) avec le PDG de la République, « on est tous attaqués »... Pas vrai ! La loi ne concerne pour l'instant que le privé, et elle est une réplique féroce à ce que tout maniaque syndicaliste feint d'ignorer : le rejet du travail par toute une partie de ceux qui sont destinés au salariat, le dégoût des faux-culs de Pôle emploi, l'impossibilité de les discipliner comme naguère4 . Le secteur public est attaqué lui en dessous de la ceinture sur ses « privilèges »; je te salue vieil océan de privilèges! Et paf pour le jour de carence de ces fainéants, une mesure qui contente... les prolos du privé !Hein oui oui et ces salauds de cheminots qu'ont la retraite sitôt alors que la loco à vapeur puante et chuintante a disparu. Faudra voir à ce qu'ils s'alignent sur le commun des mortels cotisants. La pompe aspirante a bien fait basculer la petite bourgeoisie artisanale dans le régime général, pourquoi qu'ils n'y seraient pas alignés eux aussi ces « fainéants », y a pas qu'eux qu'ont droit de mourir à 90 piges ! So-li-da-ri-té na-tio-na-le ! Suppression des emplois aidés, euphémisme bureaucratique, qui succède à tant d'autres bricolages pour déguiser le chômage massif ; ils n'avaient pas osé le nommer « travail pour assistés ».
Vous allez me dire que le gouvernement ne fait que ressortir de la naphtaline la recette « divise pour régner », avec l'éternelle complicité des bazars syndicaux, de base et du sommet. OK mais désormais c'est SE-CON-DAI-REU avec la charité primordiale et baveuse pour « nos îles » (dramatisation circonstancielle et opportunisme garanti). Un cyclone « qui nous touche tous » c'est comme un attentat terroriste, soit vous mettez les mains sur la tête, soit vous êtes cyniques et complices ! « Il faudra, a ajouté le président climatologue, lutter, toutes et tous, contre le réchauffement climatique ». Quand la station météorologique locale l'aura informé qu'il peut venir parader sans risque, notre climatologue à l'international (dixit ses larbins de BFM) pourra venir avec mémère faire la distribution de dames patronnesses aux sans abris face à une catastrophe naturellement capitaliste (que nous devons tous combattre si dieu le veut), à l'égal de son pote Trump et sa mémère en talons aiguilles.

Pas très maligne quand même cette équipée gouvernementale égogologique. Ti Macron ne sait pas jouer au bonneteau. L'astuce fît rire tous les auditeurs prolétariens sauf les journaleux qui continuent à causer entre eux de présupposés macronesques pour rattraper Angélique Merkel via un nouveau généreux appel à la so-li-da-rité nationale, d'où il ressort cette vieillerie : je te donne d'une main ce que je reprends de l'autre. 5 euros étaient piqués aux APL pour les étudiants en juillet et voici que Ti Macron, meurtri dans son intelligence (hors pairs débileux) par les indignations, proposa aux propriétaires de baisser de 5 euros leurs loyers... Quelle finesse de comptable ! Et quel appel brillant à la solidarité nationale ! De l'Etat d'assistance on passe à l'Etat magicien. Macron pourra bientôt passer au plus grand cirque du monde du brave Patrick Sébastien. Bon le tour de passe-passe est moins grave pourtant que les attaques sur les allocs chômage et les retraites, mais il participe au brouillage. Tous pour un, tous pour rien.
Levez le doigt: qui a envie de défiler pour une cacophonie de revendications ou de défense parcellaire de telle ou telle corporation, et derrière les traîtres d'hier, CGT et consorts gauchistes, et le comique troupier Méluchon, flanqué du roi déchu des bobos, Hamon ?

Ti Macron peut dormir du sommeil des Dalton, lequel a été fort court. Oh combien de nouvelles Louisiane et Irma la douce pour noyer toute théorie des classes antagonistes? Un avenir plein d'aussi beaux tourbillons nucléaires, face auxquels toute lutte de classes est ridicule, quand seuls dieu ou not'gouvernement peuvent éventuellement nous sauver en attendant l'apocalypse finale entre le fou coréen et le fol amerloque .



NOTES

1Objectons que pour une fois le CCI sera d'accord avec la bourgeoisie, en fin de journée Jupiter a déclaré la guerre au réchauffement de la planète, et mieux encore, au nom du monde entier. Mégalo? Non! Bobo premier. Dans le communisme il n'y aura jamais de catastrophe naturelle, si l'on en croit le CCI épaulé involontairement par Bobo 1er. C'est le capitalisme de nos jours qui est responsable de toutes les nuisances. D'ailleurs c'est un sujet lancé en off par les médias officiels ; le Figaro osant même : « pensez-vous que le réchauffement climatique soit responsable d'Irma ? ». C'est dans l'air, et vous serez servis en débats transcendantaux sur la philosophie écologique, élevés culturellement par le petit-fils de Monsieur Hulot au niveau supérieur (la vie de la planète) pour ne pas rester confinés au ras de vos grèves franco-françaises, et en vue d'un communisme qui n'était que stalinisme ; car, en effet, le stalinisme était le communisme, ainsi que l'assure un primitif du Figaro. Et non pas l'inverse.
2Son lapsus sur le cyclone, « il a attaqué... », non un cyclone n'attaque pas, il dévaste, détruit, sème la désolation. Le lapsus révèle surtout que le ti mitron de l'Elysée sait bien qu'il lui faut continuer à porter « l'attaque » contre la classe ouvrière, certes surtout en métropole car dans «nos îles » la charité sera un devoir, et la reconstruction devrait fournir des emplois aux entreprises métropolitaines et aux diverses assocs de scouristes patentés, sans oublier les cellules de soutien psychologique et les inénarrables ONG. Sur ces dernières lire : https://blogs.mediapart.fr/revue-frustration/blog/100215/pourquoi-faut-il-detester-les-humanitaires, de la revue Frustration, malgré leurs limites politiques et une conclusion débile à la LO « faut reprendre aux riches!). Sur le soutien politique aux terroristes en bonne santé mentale, lire l'article islamo-gauchiste pur suivant : https://www.npa2009.org/actualite/sante/le-djihadisme-une-maladie-mentale
3Goscinny s'est d'ailleurs outrageusement moqué de la saga des frères Dalton qui n'étaient ni idiots ni de simples crapules. Deux d'entre eux étaient d'ailleurs d'anciens flics démissionnaires révoltés par la corruption de la jeune bourgeoisie US, et leurs premières escapades bancaires auraient été plutôt à mettre dans la lignée de la bande à Bonnot. Il y avait trois frères et un autre qui ne l'était pas, et qui n'était pas toujours le même individu. Mais sur le perron élyséen, la figuration contrite de nos trois lascars, même sans chapeaux, nous fournissait le même air d'imbécilité que les Dalton dans la version imaginée par Goscinny. Leur compassion cyclonesque noyait toute tornade...sociale présumée septembrissime !
4J'aurai l'occasion ultérieurement de développer sur cette sorte de déshérence vis à vis du travail – que le bobo Hamon essaie de récupérer – qui est une sorte de réaction « en creux », très individualiste, de nombreux jeunes prolétaires. « Ils ne sont plus fiables », m'ont dit des patrons de PME, « des apaches » m'a dit un autre, « on ne peut plus compter sur eux, un jour ils n'ont pas envie de venir, ils ne viennent pas et ne cherchent même pas à s'excuser ». Pauvres patrons, comme je les plains. Il y a là bien sûr une forme d'insubordination sociale qui ne mène pas forcément à la conscience de classe, mais à cette mentalité d'assistés qui donnent de bons électeurs du FN ou des variétés de psychopathes, terroristes réels ou en carton pâte. Les excités du gauchisme comme les partisans du moindre effort, comme les fainéants syndicaux et les divers salariés des ONG défendent évidemment les porteurs de cette mentalité, qui est assez proche de la leur, et qu'ils font passer pour une motivation révolutionnaire. J'ai fait partie de cette génération où on conseillait aux jeunes ouvriers de d'abord bien faire leur travail pour avoir ensuite toute autorité pour gueuler et faire grève. Depuis longtemps c'est chacun pour soi, et le héros reste celui qui glande le mieux. L'Etat des patrons a parfaitement saisi cette situation « antisociale » (les chefs syndicaux aussi) et c'est pourquoi, pas par méchanceté ou simple appât du gain, il met en place une loi de type terroriste, parce qu'il sait que le prolétariat n'en peut plus d'un système qui ne produit que du travail de merde, et surtout pour la majorité des boulots de merde. Mais ce n'est ni le refus du travail ni le repli sur soi qui permettront la révolution.