"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 5 août 2017

CASSE-TETE MIGRATOIRE : une charité policière antifasciste et antiraciste

« Qu’il est tout aussi naturel que les agents réels de la production se sentent parfaitement chez eux dans ces formes aliénées et irrationnelles….car ce sont là précisément les formes illusoires au milieu desquelles ils se meuvent tous les jours et auxquelles ils ont affaire. » Marx

J'ai eu l'occasion à plusieurs reprises de remarquer combien la politique bourgeoise devenait apparemment illisible, comment il m'apparaissait incongru que les diverses factions se tirent une balle dans le pied, judiciarisent leurs conflits de préséance, nous accablent de procès à répétition pour prévarication de l'argent public, tout en nous débitant l'incontournable morale antiraciste et antifasciste. Avec ce singulier affichage d'un volonté franchement simplement verbeuse, de mettre fin aux injustices, du chômage endémique à l'errance des migrants.

Ce satané Marx remarquait déjà en 1844 que le traitement politique de la pauvreté consistait dans le développement d’une administration dont la tâche « n’est plus de juguler le paupérisme mais de le discipliner, de le perpétuer. Cette administration a renoncé à tarir le paupérisme par des moyens positifs, elle se contente de lui creuser, avec une policière charité, une tombe chaque fois qu’il surgit à la surface du pays officiel».1

Ce pauvre Gramsci, qui sert désormais de réservoir d'idées aux divers extrêmes, nous fournissait une partie de l'explication. La bourgeoisie moderne ne pourrait gouverner par un simple mépris et un autoritarisme à sens unique. Gramsci remarqua que la « phase hégémonique » du capitalisme correspond à un moment historique où la bourgeoisie ne domine pas simplement grâce à ses moyens de répression mais maintient sa position dominante car elle est devenue la direction politique (d'une société de consommateurs passifs) où s’exprime par « une collaboration pure, c’est-à-dire un consentement actif et volontaire (libre) » de ceux qu’elle domine. Concernant ces millions de prolétaires (consommateurs consumés ou subsumés), Gramsci concédait que si, en temps « normal », la conscience des travailleurs est dominée, elle n'est jamais complètement acquise à la classe dominante car elle contient deux éléments : l’un négatif dominant et, l’autre, positif en dormance. Ceux-ci se synthétisent en une seule conscience, mais qui est « contradictoire ». Ni Marx, ni Lénine, ni Bordiga, ni Gramsci ne considéraient les prolétaires comme une masse de crétins, ce qui est par contre la pensée basique de la haute bourgeoisie, du « président des illettrés » (le nommé Macron) et de son émanation inférieure la petite bourgeoisie.

Le mépris des classes dominantes envers le prolétariat

« Il peut sembler au premier abord que les capitalistes, détenant tous les pouvoirs essentiels et
tirant en quelque sorte les principales ficelles du jeu politique et social à l’échelle mondiale, n’ont pas besoin d’exprimer leur haine des prolétaires ni même de l’éprouver tant leur position présente semble inébranlable et indépassable si on n’accorde pas une importance exagérée au lot inévitable des grèves sporadiques, des émeutes populaires et coups de colère en apparence sans lendemain. L’indifférence ou le mépris devrait suffire »2.
(…) L’hypothèse qu’il restera à vérifier en ce qui concerne notre époque est que la haine des
classes dominantes prend toujours, comme dans le passé, une expression directe, compulsive dès
que des gens des classes populaires ont la prétention inouïe d’occuper l’espace public avec leurs
propres désirs et revendications. Une rapide plongée dans le passé permettra d’apprécier le caractère répétitif de ce mécanisme tout à la fois psychologique, social et politique.(...) Le vent de la haine, de la xénophobie et de la barbarie s’est le plus souvent levé en premier lieu au sein des secteurs des milieux aisés les plus cultivés et les mieux informés de la marche du monde ».3
Dans l'opacité et l'incongruence du soit disant « rejet de la politique par les déshérités » on continue à tout faire pour dissoudre cette conscience lucide surgie en mai 68 que la politique est l'affaire de tout le monde. Avant ces étonnantes sixties la politique était une affaire trop compliquée pour le peuple ou un prolétariat gentiment électoral ; du reste de nos jours en milieu populaire on entend encore des « la politique c'est trop compliqué pour moi » ou « la politique je m'en fiche, tous pourris ». Les élites dirigeantes ont depuis quatre décennies institué une ribambelle de « spécialistes », journalistes accrédités au pouvoir, politologues pour expliquer les tendances dans le PS, éminent connaisseur du FN, etc., paysage empli de fétiches où la guerre des classes sociales a disparu4. Le lamentable cirque médiatique nous offre comme lieux de débat « démocratique » ces idiots de spés triés sur le volet pour causer entre eux de ces choses étranges qu'ils sont seuls aptes à décrypter : les soubresauts des politiques de domination. Certains ont découvert tardivement que le fonctionnement de la représentation politique « reste une dépossession des profanes au profit des professionnels »5.

Le mépris bourgeois s'affiche royalement via l'angélisme médiatique antiraciste et antifasciste, et dans la façon même dont ils se débarrassent cyniquement de leurs propres turpitudes :
« Comment continuer de jouer le jeu lorsque la corruption des élites est régulièrement illustrée et démontrée à l'occasion des scandales qui se succèdent ? Comment respecter les corrompus qui persistent dans leur condescendance de caste ou leur arrogance de classe ?
L'ingénuité des élites, qui s'étonnent d'être mises en cause, n'a d'égale que leur cynisme devenu seconde nature, en quoi il reste inaperçu. Ces élites qui s'attribuent le monopole de toutes les compétences, réagissent elles-mêmes en s'indignant, prenant la pose du mépris : « populistes » lancent-elles aux citoyens désenchantés qui les rejettent, avec la force du ressentiment »6.
Contrairement à ce qu'elle fait hurler par tous ses supplétifs la bourgeoisie n'a pas « éliminé » le stalinisme, elle l'a « digéré », il est à la source de sa guimauve idéologique moraliste pour justifier sa pourriture financière et morale :
« Le néo-antifascisme, aujourd'hui surtout parlé par la gauche et l'extrême gauche, est un jargon idéologique constitué de clichés et de poncifs, fonctionnant avant tout par répétition des mêmes formules creuses. L'antilepénisme est devenu sa principale figure. Il a pris sa forme définitive à travers les rites de dénonciations visant le Front national, entre 1984 (mais déjà en 1983) et 1995. Dans ce jargon de bois d'une grande pauvreté lexicale et syntaxique, exprimant une pensée rigide, intégralement sloganisée, on retrouve non seulement l'héritage du langage stalinien – de son «antifascisme » instrumental – mais encore, paradoxe tragique, les traits du discours tenu par Adolf Eichmann relevés par Hannah Arendt au cours du procès du criminel nazi à Jérusalem »7.

Le fonctionnement basique de la domination idéologique bourgeoise fonctionne sur un passé simplifié, chimérique et déformé interprétant dans une actualisation de faussaires les tristes années 1930 et 1940. Taguieff convoque à la barre des penseurs dérangeants, qui eux non plus ne citent pas la source de leur « radicalité », les Michéa et Guilluy, mais aussi le sulfureux Buisson, notamment sur la question centrale, qui est, comme je l'expliquerai plus loin, la meilleure manière de liquider l'internationalisme : « L'immigré est perçu comme le symbole de la paupérisation qui guette. L'antifascisme pavlovien consiste à ne voir dans l'immigration qu'un problème de xénophobie et de racisme, alors qu'elle est au cœur de la question sociale »8.
Taguieff a des carences dans son info personnelle. L'intronisation de la smala Le Pen c'est Mitterrand et la gauche en difficulté au pouvoir qui l'ont mis en selle avec le soutien de tous leurs électeurs gauchistes et trotskiens. Si le FN n'avait pas existé la bourgeoisie l'aurait inventé, mais c'est bien le cas. Le FN était inexistant avant 1981 ! Depuis le lepénisme, ce fétichisme, a servi, même aux factions de droite, de bouc-émissaire de toutes leurs souillures « républicaines ».
Tous les fétiches idéologiques sont des créations de politiciens bourgeois, des créations humaines dit Tom Thomas. Ils sont fétiches non parce qu’ils n’existent pas, mais parce qu’on leur attribue un rôle qu’il n’ont pas, parce qu’on en fait des causes là où ils ne sont que conséquences. Ce sont tout particulièrement ces intellectuels « spécialisés », journalistes et sociologues exhibés par l'Etat et leurs sponsors privés. Il forgent cette idéologie angélique dominante sur la base des fétichismes d'un fascisme inexistant et d'un racisme inventé9, une pensée qui ne permet pas d’avoir prise sur la réalité, de la transformer ; une pensée qui conserve, reproduit, aggrave. Car en réalité, le marché n’est pas rationnel, l’argent ne produit pas de l’argent, le salaire n’est pas le prix du travail, les prix ne sont pas la valeur des marchandises, les machines ne produisent pas de profit, le coût « trop élevé » du travail n’est pas la cause de la crise, ni la concurrence celle du chômage, et encore moins n’est-elle la liberté10. Et ainsi de suite, le FN n'est pas en charge... de la rétention et de l'expulsion des migrants !

J'ouvre une parenthèse sur le passé cynique des classes dominantes, car on se dit « en a-t-il toujours été ainsi ? ». Oui il en a toujours été ainsi pour l'Etat des classes dominantes de jadis et naguère. Sorciers, prêtres, conteurs se sont succédé pour mystifier les peuples, et ce n'est pas le moins paradoxal que la dominance bourgeoise moderne se servent encore de ces trois catégories de personnages louches en même temps en une même époque de décadence.
Sous la féodalité, c'est la religion qui servait d'abrutisseur public. Dans le cas de l'abbaye de Cluny les abbés étaient recrutés dans la haute aristocratie. Pour favoriser la conversion (= soumission) des populations païennes, le culte des saints, et donc des reliques (=fétiches), a été vivement encouragé dès le VIe siècle.
Les invasions du IXe siècle entraînent leur lot de malheurs. On prend l'habitude, à cette époque, de sortir les reliques de leur sanctuaire, en particulier pour des processions lors des calamités publiques, et pour réclamer la justice contre les ennemis ou les usurpateurs d'une église. Cet usage s'applique bien entendu aussi aux déprédations dues aux seigneurs locaux : c'est d'un de ces rassemblements expiatoires que démarre le mouvement de la Paix de Dieu 11. Si la contestation paysanne a un caractère antiseigneurial, l'Église ne cherche pas à se substituer au pouvoir central, mais plutôt à moraliser la conduite de la noblesse en mettant fin à ses pillages et incessants combats meurtriers. Les serments établissent un compromis juridique et foncier entre laïcs armés et ecclésiastiques : ils institutionnalisent la seigneurie. La lutte de l'Église contre les violences seigneuriales assoit aussi, par les décisions de ses conciles, le nouvel ordre social organisant la société en trois ordres. Ce mouvement est renforcé dans un deuxième temps par la Trêve de Dieu qui est tout autant soutenue par Cluny.


Le rejet par le prolétariat de l'hypocrisie des classes dominantes


Pour cette partie je ne me suis pas gêné pour réaliser un copier-coller de réflexions intelligentes glanées sur le web.
L’Idéologie est un concept central chez Marx. En effet, il est dérivé de la notion de “superstructure”. Marx distingue deux niveaux de réalité pour la conscience de l’individu (on parle d’ailleurs d’ontologie dualiste à propos de la philosophie)
– l’infrastructure, qui désigne le vrai monde, celui de la matière, des moyens de production,
– la superstructure, qui renvoie au monde des Idées, au monde des illusions, dominé par les idées de la classe dominante, les capitalistes.
Selon Marx, la société bourgeoise est ainsi idéologique car elle repose sur les idées de la classe bourgeoise. Le monde vu par une conscience vivant dans une telle société est un monde fantastique, irréel, loin de la vraie vie. Chez Marx, ce sont les idées bourgeoises qui guident le monde et oppriment la classe prolétaire.
L’idéologie signifie donc domination d’une classe sur une autre :
Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants, elles sont ces rapports matériels dominants saisis sous forme d’idées, donc l’expression des rapports qui font d’une classe la classe dominante; autrement dit, ce sont les idées de sa domination
Le communisme vise donc à rétablir l’adéquation entre la conscience et la réalité. Le communisme réinsère la conscience dans la vraie vie, selon Marx.
Un parallèle peut être fait avec la théorie des Idées de Platon dans la mesure où il y a chez Marx deux niveaux de réalités, deux formes de conscience, l’une dans l’illusion, l’autre dans la vérité, comme chez Platon c’est le philosophe qui accède aux vérités. Le prolétaire joue en quelque sorte le rôle du philosophe chez Marx.
Tom Thomas, qui n'est pas très clair sur la mystification antifasciste, nous fournit cependant dans le même ordre d'idées une éloquente démonstration des fétichismes bourgeois.
«  L’idéologie bourgeoise n’est pas un produit purement imaginaire, purement inventée pour tromper. Elle a une base réelle dans les fétichismes qui sont l’apparence des phénomènes, une manifestation concrète mais superficielle des rapports sociaux capitalistes. Les idéologues bourgeois sont simplement une couche d’intellectuels stipendiés chargés spécialement d’observer cette apparence, de la décrire, et, et c’est là leur rôle actif, de développer ces observations en philosophie, histoire, économie, droit, « esprit des lois » et autres théories supposées l’expliquer, la présenter comme la vérité toute entière, de sorte à fournir ainsi une justification et une cohérence à la société telle qu’elle est. Or au mieux ils savent dire, plus ou moins exactement, et en occultant bien des faits dérangeants pour leurs théories, comment ça se passe. Mais ils ne savent pas expliquer pourquoi ça se passe ainsi. Pourtant ils sont chargés d’expliquer ce pourquoi, et de façon à ce que leurs explications justifient le comment. C’est quand ainsi ils tentent d’expliquer qu’ils sont pleinement idéologues, falsificateurs. (Les fétichismes bases de l'idéologie bourgeoise)
(…) Mais quand se développe une division du travail dans la société, une hiérarchie des fonctions, tous ceux qui y vivent le mieux sont aussi ceux qui sont le plus attachés à sa reproduction, et à la présenter comme la meilleure société possible, celle qui satisfait au mieux à la vie de ses membres. Cette distinction d’intérêt pour la sauvegarde et la reproduction d’une société advient dès que les progrès de l’efficacité du travail ont permis l’entretien d’individus plus ou moins déchargés des tâches matérielles les plus pénibles. Parmi ceux là sont les premiers idéologues, sorciers, prêtres, conteurs, chargés d’expliquer la société et son monde. Intéressés à la conserver intangible puisqu’ils y avaient les meilleures places. Mais qu’une société soit ainsi expliquée par les mythes, les dieux, la Raison, les « lois » économiques, la nature humaine, la race, cela reste de l’idéologie »12.

Susan Georges (« Leur crise, nos solutions ») explique le rapport économique et social entre une petite minorité prédatrice au sommet des Etats et des sociétés au détriment du reste du peuple . La finance – banques et assurances – et au-delà la classe dominante et les politiques depuis plus de vingt ans sont les principaux responsables de a crise systémique qui a éclaté en 2008. La solution a cette crise ne peut donc venir ni de la finance ni des politiques, du moins du même « personnel politique » au commande depuis deux décennies. Ces derniers montrent qu’ils savent trouver des sommes d’argent impressionnantes pour »sauver les banques » et dans le même temps mettre les couches modestes et moyennes sous politiques d’austérité. Comme l’avait montré Gramsci, la domination de la classe dominante s’est étendue à d’autres formes que l’économique notamment dans l’idéologie et le culturel. La classe dominante détient via le droit et surtout les médias le pouvoir de création du sens qui est surtout d’après Alain Bihr une « foire de sens » du fait de la multitude des significations offertes sur fond de disparition des autorités traditionnelles qui fournissait du sens pour la société13.

Le pouvoir du non-sens qui dissout l'internationalisme

On peut le répéter, la chute du bloc de l'Est a pulvérisé les espérances collectives d'un avenir meilleur. Lui ont succédé, comme le dit Taguieff : « des prophètes à visage lepéniste comme à visage antilepéniste », c'est à dire rien et rien. On peut dire que l'antiracisme a pris la place du réformisme, mais sans les attraits économiques et politiques de ce que fût le réformisme au 19e siècle. Pire il signifie que toute révolution est désormais impossible puisque la classe hégémonique et vertueuse préposée historique au grand chambardement final « est raciste », ce haut mal aussi indéfini que le fascisme et la bête immonde.
Quant à la volonté de barrage à la catastrophe migratoire par le FN, c'est un autre réformisme qui s'est écroulé à la mi 2017 avec son refus stupide de l'Europe et la prestation alcoolisée de la fille Le Pen. Aucun des frères jumeaux de la diabolisation politique n'a de solutions à la principale maladie de ce début de XXI e siècle : la crise migratoire. Mais cela n'a aucune importance pour le pouvoir régnant. Cette crise migratoire doit rester le réceptacle de tous les fantasmes, fétiches antifascistes comme fétiches néo-fascistes. Or, sous des apparences chaotiques, le pouvoir sait très bien l'intérêt de la crise migratoire qui n'est plus du même ordre ni du niveau de l'immigration au cours des trente glorieuses. Au cours des années de reconstruction de l'après sinistre guerre mondiale, la bourgeoisie des pays développés allait carrément puiser dans le réservoir à main d'oeuvre des pays du « tiers-monde » (pas encore relookés en pays « du Sud »)14.

Or les vagues migratoires depuis les guerres en Syrie et Irak ne sont pas en soi nécessaires aux pays de l'Eldorado européen, excepté pour l'Allemagne qui avait un besoin urgent de repeupler sa partie orientale, même sans se soucier de la sexualité d'une masse d'hommes arrivés sans femmes15. Contrairement à l'immigration du passé il est clair qu'une grande partie ne vient pas pour « faire le boulot dont ne veulent plus les français » ni non plus diviser la classe ouvrière, vieux fétiche creux désormais pour les gauchistes charitables et leurs concurrents les perroquets rigides de la « gauche communiste ». C'est d'abord une échappatoire face à de sales guerres locales, et comme toujours, l'aspect économique n'est pas primordial, tout le monde s'en fiche, la classe ouvrière en premier, car la guerre et ses conséquences individuelles c'est chacun pour soi. L'expression d'une solidarité jadis avec les travailleurs immigrés était possible parce que basée dans le cadre de l'entreprise et de la lutte salariale. Pourquoi ne voit-on pas de mouvement de masse « prolétarien » pour soutenir les migrants et réfugiés, excepté assocs caritatives gauchistes et les chansons de Julien Clerc ? Le débat féroce (mais virtuel) qui prend la forme de croisades médiatiques, est une diabolisation permanente entre pros et antis fait fuir les prolétaires, ou ne leur donne pas envie de s'impliquer : « Toute croisade, toute guerre « sainte » ou tout combat « sacré » s'opèrent selon un tel imaginaire, emprunté originellement à la doctrine musulmane du djihad »16.
Parce que la misère des réfugiés se situe au plan d'une société individualisée à outrance et que ces migrants ne se réclament ni du prolétariat ni du même modèle culturel. Coup double pour l'ordre dominant : c'est la preuve que les ouvriers du cru, français ou européens, sont racistes, égoïstes et proies cuites pour « l'extrême droite ». Adieu internationalisme prolétarien, vive l'internationalisme humanitaire bourgeois !

Il ne s'agit pas d'aveuglement des élites comme le croient les Taguieff et Guilluy, mais de mépris à bon escient ; même si des auteurs comme Guilluy en voient bien les conséquences (paralysantes et non prises en compte ni par les militants donneurs de leçons ni par les divers secouristes17) :
« La mondialisation libérale, qui a contribué à diffuser largement l'insécurité sociale à l'ensemble des catégories populaires, est aussi à l'origine d'un instabilité démographique source « d'insécurité culturelle » dans ce même milieu ; une insécurité qui s'exprime derrière les débats controversés de l'intégration ou de l'identité nationale »18.

La fin de l'attribution de l'internationalisme à la classe ouvrière, porteuse classique jusque là de l'horizon messianique communiste (le véritable pas le stalinien) et son remplacement par le culte immigrationniste bourgeois, est un nouvel et très antidote barrage à toute révolution communiste (la vraie sans goulag et sans dictateur moustachu). Alliée au rejet du clivage gauche/droite, cet immigrationnisme à tous crins, qui défie même l'entendement19, rend complètement inintelligible à la réflexion cohérente une pensée de classe « anticapitaliste ». Nous prédicateurs maximalistes d'avenir sommes devenus inaudibles quand nos critères « sacrés » (internationalisme, solidarité de classe, abolition des frontières, etc.) sont récupérés, dévitalisés et caricaturés par l'ordre bourgeois.
Taguieff résume bien l'effet de paralysie :
« Les deux nouvelles France communient dans la peur et ne communiquent que dans l'accusation réciproque. Ceux qui sont accusés de « droitisation » accusent leurs accusateurs de dériver vers l'extrême gauche, c'est à dire, selon eux, vers « l'irresponsabilité » et la « violence ». Aux adeptes de la provocation permanente répondent ceux de l'indignation permanente, qu'elle soit naïve ou feinte, ou encore l'effet d'une vision idéologique. Indignés contre imprécateurs et provocateurs. Face à la « lepénisation des esprits » se dessine quelque chose comme « la hesselisation des esprits ». Les citoyens français sont ainsi sommés de choisir entre l'imprécation provocatrice qui ne mène nulle part et l'indignation vertueuse mais inutile qui laisse les choses en l'état, non sans engendrer de l'amertume. Ils sont pris dans la nasse. Comment pourraient-ils échapper à l'impression d'étouffer ? (…) A la peur du contradicteur, favorisant l'extension de la suspicion réciproque, se mêle du mépris et de la haine. Il s'ensuit que, dans la communication politique saisie par la montée aux extrêmes, l'on atteint le degré zéro de la discussion : les échanges d'insultes méprisantes ou d'injures raciales tendent à se substituer aux débats politiques, ou, pour le moins, orientent ces derniers et « les tiennent en laisse »20.

Les ambiguïtés de la politique migratoire révèlent aussi l'incapacité de la bourgeoisie à gérer humainement la planète

Le candidat Macron n'est pas immigrationniste, comme le montre son interview pré-électorale comme candidat, il est même très précautionneux. A l'approche du pouvoir personne ne peut plus jouer au gauchiste « ouvert à toute la misère du monde »21 ; c'est un policier charitable comme ses prédécesseurs.

Elles plus nombreuses les bonnes âmes chrétiennes gauchistes à promettre le gîte et le couvert à tous les déshérités du monde en guerre – nos bons réformistes radicaux – que les « racistes » du « stop à l'immigration de masse », mais les uns comme les autres ne sont que les bouffons d'un spectacle qui dépend, dans son organisation, sa planification ou sa temporisation, des désidératas impérialistes et industriels des grandes puissances. La vague de réfugiés hagards et déboussolés ne va pas cesser tant que durera ce capitalisme. Le prolétariat n 'a pas vocation à en être le secouriste, ce à quoi voudrait le ravaler l'idéologie dominante antiraciste, c'est à dire qu'il accepte d'être la mouche du coche impérialiste, qu'il panse les blessures de leurs guerres de rapine. Cela ne signifie pas qu'il serait indifférent mais il n'a pas encore les moyens politiques de renverser ce système cynique. Et son alternative ne réside pas dans « l'accueil » ou le « sauvetage » d'êtres humains en détresse, mais dans le projet de réorganisation de la société mondiale. Tâche immense qui n'est pas celle de la Croix rouge ni des assocs antiracistes du gauchisme institutionnel.




Avatar de la mondialisation paternaliste: après le Welfare State, le facteur nounou!
NOTES

1p.405-406 des O.C.
2José Chatroussat : « La haine du prolétariat par les classes dominantes » (cf. Variations 2011)
3Ibid. L'auteur prend pour exemple le Rwanda, n'y en a-t-il pas eu en France et en Allemagne ? Quand on voit ce qu'on sert au bon prolétariat le samedi soir, les émissions d'avilissement public des Ruquier et Hanouna !
4 C'est Stendhal avec « Le rouge et le noir » qui met le mieux en évidence le « mépris de classe ». Il dénonce le conformisme et cléricalisme de l’après Révolution; la société est responsable de l’échec du héros, intelligent mais coupable d’avoir de modestes origines; le roman met en scène le mépris des classes dominantes à l'égard des classes émergentes, leurs tentatives de suffoquer leur esprit critique et d'en empêcher l'ascension sociale dans la crainte d'une nouvelle révolution.
5Le sociologue Pascal Duret : Les larmes de Marianne. Le mépris des élus frontistes n'est pas différents de celui de leurs concurrents lorsqu'ils sont dans la place. Les élus locaux sont de véritables féodaux, PDG de PME, cumulards invétérés, qui s'offrent des « missions d'études » aux Caraïbes ou à Cuba (cf. René Dosière : le métier d'élu local).
6Pierre-André Taguieff (ed CNRS, p.156) : « Du diable en politique, réflexions sur l'antilepenisme primaire », 2014. Livre très dérangeant pour la bien pensance antifa, qui est probablement le meilleur pamphlet de ces dernières années à mettre à nu la mystification. Taguieff est un chercheur plutôt bon démocrate utopiste, et malgré l'excellence des deux tiers de l'ouvrage je lui reproche de cacher la radicalité de son propos. La démystification de la vaste comédie antifasciste post 1945 c'est le milieu maximaliste prolétarien avec la Gauche italienne et Bordiga qui a été capable de la mener à bien. Dans l'histoire des idées on tombe toujours sur la vérité et les courageux véritables fondateurs de la critique de la bourgeoisie moderne ; c'est donc malhonnêteté intellectuelle d'oublier de mentionner leurs apports... parce que monsieur le chercheur craint la théorie marxiste et « la violence révolutionnaire » qu'il met sur le même plan que celle du fascisme d'avant. Mais je reviendrai et me servirai sans gêne des pépites de son raisonnement lesquelles coulent littéralement toute la ridicule mystification antifa des nombreux enfants politiciens primaires de la bourgeoisie.
7Ibid Taguieff, p.160.
8Ibid, p.236.
9Ainsi de l'extrême-gauche à l'ultra-gauche on parle volontiers d'ouvriers « racistes », faisant écho à la doxa dominante selon laquelle les basses classes sont … « demeurées ». Or le racisme attribué n'est pas en général le rejet de l'étranger en soi – l'ouvrier de souche locale se sent lui aussi de plus en plus étranger dans le monde sinistre du multiculturalisme de bazar et ses fétiches « voilés » - mais un sentiment de dégoût complexe où se mêlent peur du lendemain et désespérance politique, éléments constitutifs de la conscience de classe historique. Finkielkraut ressent cela mais comme il a du mal à s'exprimer oralement ou par écrit, c'est un peu bancal et cela prête à confusion, mais il a raison sur le fond : « Beaucoup voient aujourd'hui dans l'idée même de « chez soi » une première manifestation de fascisme et de racisme, alors que c'est une condition de l'existence humaine » (cité par Taguieff p.36). Allez donc traiter telle tribu africaine de défendre son « chez soi » parce qu'elle serait fasciste ! Jacques Semelin montre que cette mise en cause mène non à la guerre civile (que nous prédisent invariablement les Zemmour et Cie, notion fétiche et vague elle aussi cette dite « guerre civile ») mais à l'ethnocide (cf. Purifier et détruire (Poche Points).
10Développement repris à Tom Thomas.
11On est autour de l'an mille, la Paix de dieu se déroule de pair avec le développement de la motte castrale qui va permettre le développement du commerce et formater les trois principales classes qui existeront jusqu'à nos jours. Etant spécialiste (sic, et un passionné) de la motte castrale et de l'histoire des gargouilles, je ne vais pas développer ici mais cet aparté vise à rappeler la dimension du symbolique en politique. On voit que l'Eglise joue déjà la même fonction que nos intellos antifas. Par exemple, si la contestation paysanne a un caractère antiseigneurial, l'Église ne cherche pas à se substituer au pouvoir central, mais plutôt à moraliser la conduite de la noblesse en mettant fin à ses pillages et incessants combats meurtriers. Les serments établissent un compromis juridique et foncier entre laïcs armés et ecclésiastiques : ils institutionnalisent la seigneurie (mode domination de la caste féodale évoluée). La lutte de l'Église contre les violences seigneuriales assoit aussi, par les décisions de ses conciles, le nouvel ordre social organisant la société en trois ordres (déjà trois classes!). Ce mouvement est renforcé dans un deuxième temps par la Trêve de Dieu qui est tout autant soutenue par Cluny. Par cette Paix de Dieu, l'Église ne cherche pas à interdire la guerre et à promouvoir la paix : elle moralise la paix et la guerre en fonction de leurs objectifs et de ses intérêts. Sur le modèle des relations d'homme à homme, des liens se créèrent entre la classe guerrière et la classe des paysans. Dans le système tel que présenté par les élites médiévales, pour l'essentiel cléricales, le chevalier assurait la protection aux paysans, qui en échange lui fournissaient subsistance et moyens de s'équiper. La protection revêtait plusieurs formes :
  • guerrière : combat personnel du chevalier contre des attaques ;
  • défensive : abri procuré par le château pour les personnes, le bétail et les récoltes ;
  • chasse : autant qu'un entraînement à la guerre, la chasse avait une utilité pour la communauté paysanne, qui se voyait ainsi débarrassée des animaux sauvages destructeurs des cultures (cerfs, daims, chevreuils, sangliers) ou menaçants pour le bétail (loups, renards, ours).
12On peut tirer plus loin le propos sur les fétiches idéologiques décatis de la gauche et de ses gauchistes comme les nationalisations présentées depuis toujours à tort comme un pas socialiste. Le dernier avatar de la fable de la « nationalisation socialiste » est la « nationalisation provisoire » et macronesque des chantiers navals pour contrer les ambitions du patronat et de l'Etat italien et par crainte d'un « transfert de technologie » à l'étranger. En vérité cet aspect « provisoire » signifie bien que les nationalisations sont caduques au pays de la mondialisation ubérisée. Il s'agit plutôt d'une manœuvre stratégique provisoire pour obtenir une union angélique nationale de gauche à droite, du NPA au FN, ensuite d'un simple marchandage où l'Etat français veut associer l'Etat italien à une structuration militaire européenne. Les syndicats se fichant eux complètement de cette simili nationalisation, dans l'attente d'un vrai repreneur financier.
13http://mouvements.info/qui-sommes-nous/ Ce site est cependant une marmelade d'intellos de gauche bien pensants comme Bihr, et assoiffés de renommée.
14Par exemple elle faisait venir des villages entiers du Portugal avec le curé et le mac du coin. L'ignominie bourgeoise ne se gênait pas pour le rapt d'enfants. C'est la chaîne parlementaire qui nous exhiba la semaine dernière la honteuse rafle de Michel Debré, exécutant gaulliste parachuté à la Réunion. Résumé du docu : Entre 1963 et 1981, plus de 2000 enfants réunionnais ont été transférés en métropole, dans des départements dépeuplés. Une migration forcée qui a brisé des familles, déracinant des fratries de leur pays natal, leur volant au passage leur identité. Le 18 février 2016, le ministère de l'Outre-Mer a crée une Commission de recherche sur ce scandale d'Etat, longtemps passé sous silence. Un signe d'espoir pour tous ces déracinés, comme Jean-Charles, Marlène, Marie-Jeanne ou Valérie, des enfants arrachés à leur île, adultes aujourd'hui, qui cherchent à comprendre leur histoire et à renouer avec leurs origines. A chialer de rage.

15La prude antiraciste Allemagne qui fait la loi en Europe n'en garde pas moins les plus diplômés pour refouler les sans-grades, les vrais prolétaires. La propagande étatique française sait très bien faire monter le thermomètre pro-FN en exhibant la partie bobo des migrants, ces ados qui prétendent « aller faire des études à Londres pour être ingénieur », où qui rejettent une nourriture de charité infecte pour leur statut social. L'appel à un grand nombre de « travailleurs forcés » est d'ailleurs un point commun et traditionnel entre les gouvernements Hitler et Merkel ; tous les moyens sont bons pour recruter pour la grosse industrie capitaliste !
16Taguieff p.90.
17Les ONG pullulent, ce sont la plupart des organisme para-gouvernentaux, les « militants » de la « cause » y ont leur métier. Ce secourisme transcontinental a bien sûr ses naïfs, mais toute la structure comme le business écologique est un secteur à part entière du marché capitaliste comme l'armement, et souvent aussi publicité pour l'armement « démocratique ». Ces « militants » sont des innocents … les mains pleines. Le fonds de commerce de la Cimade, assoc aussi rétribuée par l'Etat fait grise mine: http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2017/03/30/la-politique-migratoire-s-affiche-dans-70-villes_5102942_1654200.html. De même pleurnichent les assocs anticolonialistes et antiracistes à idéologie de type fasciste revanchard, comme cette folle d'Houria, Meklat et Boumama (https://fr.sott.net/article/23998-France-quartiers-populaires-mepris-de-classe-et-humiliation-de-race) prisé par les gauchos canadiens et Trudeau qui trouve inconvenant de qualifier de barbare l'excision des femmes ; on recrute comme on peut au Canada même avec des concessions aux pires arriérations, normal personne ne veut aller bosser dans cette contrée congelée ! Sans oublier les 7 idiots du Québec : http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-invites/le-discours-colonial-des-civilisations-hierarchisees-2/.
18Cité par Taguieff p. 36.
19Plus de 20.000 personnes seraient à la rue en France et les médias focalisent journellement sur la nécesité de loger des centaines de migrants, quand les bobos de l'extrême gauche méprisent ceux qui « opposent chômeurs français à la rue et migrants » dans la même rue (?). http://www.liberation.fr/france/2017/07/31/cet-ete-la-moitie-des-sans-abri-restes-a-la-rue_1587418
20Taguieff pp. 52-53. Internet démultiplie l'aliénation : « C'est Internet qui a donné à la libéralisation politique et culturelle les outils technologiques de son extension, voire de sa radicalisation, laquelle engendre un « inconfort mental » ou une insécurité cognitive qui pousse les individus soucieux d'y échapper à se contenter d'idées reçues, douteuses ou fausses mais « utiles » en ce qu'elles servent des intérêts ou répondent à une demande sociale, donc commodes et rassurantes. La transparence promise produit de l'incertitude et du désarroi, et plonge les adeptes de la démocratie virtuelle dans une nouvelle forme d'obscurité , due à trop de « lumières » contradictoires ». Ibid p.104.
21https://www.reforme.net/actualite/politique/migrants-politiques-migratoires-et-integration-le-constat-demmanuel-macron/

vendredi 21 juillet 2017

LE GRAND CIRQUE A DUNKIRK


(un navet patriotique)

BATTLER BRITTON : An epic hero who does his part. A true brave of the skies with the nuts to finish with the dogs of the Reich !!!



« DUNKERQUE »... CONTRE L'HISTOIRE. A grand renfort de réclame, tous les supports publicitaires de la médiacratie nous ont convié à aller nous immerger dans un film du troisième type capable de vous abasourdir mieux qu'un casque wifi branché sur votre console de jeu, où vos deux portugaises ne sont plus qu'un espace sensoriel où pètent sans cesse les pétards de studio et giclent les rifles imitant le bruit des balles, où les dialogues sont quasiment aussi absents que la réflexion critique sur ce bizarre épisode du début de la guerre mondiale number two sur la crête d'une France nordique considérée comme vulgaire champ de bataille préliminaire.
Le théâtre du film se déroule sur trois plans de vision aussi étroits qu'un piège à rats : air, terre, mer. Et même en technicolor cela ne vaut pas mieux que n'importe quel navet de guerre hollywoodien.
Ceux qui étaient gosses dans les fifties y verront bien une resucée de Battler Britton (le petit soldat britannique illustré) 1. Ode aux galonnés churchilliens ! Ode au spitfires!Ode aux littles ships, ces taxis de la Marne flottant qui ont contribués à ramener une partie des boys, bien qu'un grand nombre (250) ait été coulé par la féroce chasse allemande des « fritz »2. Comme un jeu vidéo avec casque intégral et immersion virtuelle du spectateur dans un univers létal sans affect, le réalisateur bébé Nolan (né en 1970), conditionné enfant à la lecture des vieilles BD chauvines Battler Britton, veut nous épater avec un scénario à suspense au ras des flots de la mer polluée du Nord, instiller la peur qui s'empara de milliers d'hommes en uniforme cernés comme des rats en cage, bombardés, mitraillés sans cesse par ces salauds de « schleus » qu'on ne voit jamais à l'écran, comme la menace fasciste de toute éternité, si virtuelle, si romancée et si intangible dans la réalité politique perverse et illisible du capitalisme belliciste actuel.
L'antifascisme au cinéma accouplé avec le plus lourdingue chauvinisme britannique est aussi transparent que le discours d'un politicien qui plaide sa totale bonne foi alors qu'il est mis en examen pour prévarication, les mains pleines d'argent liquide pompé dans les caisses publiques.
Car il s'agit bien d'un brouet qui se veut antifasciste de salle de cinéma, ce qui n'est pas un bien grand risque. Les effets audios spéciaux de studio peuvent bien faire sursauter le spectateur, la violence des explosions et les dégâts humains sur les pontons et les navires laisser deviner (sans tomber dans le gore) l'ampleur de la tragédie, mais surtout il s'agit d'éviter toute réflexion contre la guerre capitaliste entre camps résolument ennemis et dont les soudards sont sans pitié pour leurs vis-à-vis comme pour les populations civiles. Il s'agit encore d'un remake pour toujours canoniser la Seconde Guerre mondiale « antifasciste », où chaque larron de la salle est mis dans la confidence de la guerre au fascisme sous la croix de Saint André et au milieu de ces pauvres troupes avec pour toute misérable protection cette ridicule assiette en ferraille sur le crâne. Mais cette complicité espérée plus que réaliste se retourne contre le fonds de commerce du cinéaste : mais oui le fascisme c'était bien cela : la guerre à outrance, et des deux côtés, et une guerre terrible dont l'abus de bruitages sensoriels ne peut gommer le conséquences ni laisser le spectateur étranger à un déroulement autrement plus ample que des décors cinématographiques limités (au rabais... mauvais casting... il a filmé des rues de Dunkerque avec une architecture et des lampadaires des années ...1960).
En juin 1940, on dénombrera 96.000 soldats français morts au combat et 200.000 blessés, et bien
et bien qu'en nombre inférieur des milliers de soldats belges, anglais et allemands zigouillés au début de la nouvelle « grande guerre ». L'exode de centaines de milliers de civils avait été cruel et kafkaïen. Dès la mi-mai les troupes allemandes avaient traversé la France après la bataille des Ardennes, un temps stoppée le 17 mai par la 4e division du colonel De Gaulle3

Le 20 mai la 2e panzerdivision de Gudérian était aux portes de Boulogne sur mer, à une encablure de Dunkerque.

Evènement sujet à exégèse, l'armée allemande stoppe le 24 mai, laissant ainsi un répit à ce qui s'appelle l'opération DYNAMO, et qui sert de référence au film. Les exégèses, disons les supputations historiennes, sont multiples. La première étant que Hitler aurait voulu conclure un accord de paix avec la bourgeoisie britannique. Une deuxième qu'il ne voulait pas s'encombrer de prisonniers anglais. Côté bourgeois anglais on tente d'effacer hypothèses et probabillités manoeuvrières, sous l'encens antifasciste, en assurant que la résistance aérienne, navale et terrestre – le bla-bla du film – auraient réussi à bloquer l'armada d'Hitler, permettant le retour aux pénates du gros de l'armée britannique, faute de quoi l'Angleterre n'aurait pas eu les moyens de tenir tête à Hitler.

Une fraction de la bourgeoisie britannique et pas seulement le facho Mosley était pour fusionner avec l'impérialisme allemand, c'est ce que décrit de façon alambiquée Le Point de cette semaine : « Winston Churchill a déployé les plus grands efforts pour garder secret un plan élaboré par le régime nazi en 1940, alors que l'armée allemande venait de prendre le dessus sur l'armée française. C'est ce que montrent des documents d'archives du gouvernement britannique dévoilés jeudi 20 juillet par les Archives nationales et relayés par le quotidien The Guardian. Des télégrammes allemands interceptés par les services de renseignements de Sa Majesté révèlent en effet que l'Allemagne, certaine de sa victoire en Europe, avait pour objectif de kidnapper le duc de Windsor, ancien roi Edward VIII, et de lui rendre sa couronne pour s'assurer de son soutien dans le cadre d'une invasion par ses troupes du Royaume-Uni. »4

L'opération Dynamo est donc sacrément bizarre, d'un côté elle s'apparente carrément à une fuite à
plate couture, et de l'autre on veut nous enchanter avec l'épopée machiavélienne d'un simple repli pour permettre la finale, l'apothéose, la grandissime et stalinienne « victoire de Stalingrad » (grâce au prêt bail US et aux tanks US repeints aux couleurs de l'armée rouge). Le repli n'est aucunement glorieux du 21 mai au 4 juin. L'armée française n'est pas entièrement démantelée ni lâche, comme l'ont assuré tant d'historiens nationalistes israéliens : 16.000 de ses soldats sont tués pendant l'opération de repli, 5000 soldats français et britanniques meurent noyés, 1000 civils dunkerquois sont aussi zigouillés par la Luftwaffe et la werhmacht.

L'exégèse officielle ne nous renseigne pas plus à fond sur le fait que l'armée britannique ait lâché unilatéralement les armées belge et française, au point que ce lâchage a été stigmatisé sciemment par radio Vichy qui ne faisait pas vraiment sourire lorsqu'elle gidouillait : « les anglais mourront jusqu'au dernier français ». 45.000 soldats anglais ont été sauvés, 35.000 soldats français arrêtés et déportés ; oublions les 21.000 zigouillés et noyés ! Vous saisissez la différence ? Et pourquoi les pioupious français sont absents du film patriotique britannique.
Sensationnel avec la vérité à sens unique ce film ! Une sorte de Brexit dans la guerre « antifasciste », ce qu'on peut qualifier de remake de mémoire confisquée d'une immense tragédie dont le capitalisme veut toujours s'exonérer de sa responsabilité sanglante et cynique.

  • NOTES

    1 Exploits de guerre du pilote de la RAF, le commandant Robert Hereward Britton, dit “Battler” Britton. Ce personnage fut créé en 1956 par Mike Butterworth. Battler Britton était une revue de l'éditeur Imperia. 471 numéros de juillet 1958 à juin 1986. Format 13 x 18 cm. BD de guerre. 81 recueils. Les recueils suivant sont des reprises de numéros déjà réunis en recueils. Elle comporte 68 pages jusqu'au 300e numéro où elle passe à 132 pages. Sa publication s'arrête au n° 471 de juin 1986. Hugo Pratt en a fait son fond de commerce plus tard. En 1957 à Albi mon ami d'enfance Alain me montrait comme un trésor sa collection de « Battler Britton », alors que je ne lisais que les aventures du cow-boy « Kit Carson » ou celles de David Crockett, l'homme qui n'avait jamais peur.



2 J'ai reconstitué l'itinéraire familial dans cette phase de la guerre : à la mi-mai mon père est fait prisonnier à Péronne dans la Somme (ne pas confondre avec Vercesi) et commence sa déportation avec des centaines de milliers d'autres troufions par une longue marche forcée jusqu'en Prusse orientale. Le 4 juin, son frère, mon oncle Marcel est monté à bord d'un des little ships pour rejoindre la Perfide Albion.
3Qui, comme je l'ai rappelé dans ce blog, il y gagna son galon de général de brigade (objet de la promo : 1200 soldats français occis à Abbeville et un billet pour Londres).
4http://www.lepoint.fr/monde/seconde-guerre-mondiale-le-complot-nazi-etouffe-par-churchill-20-07-2017-2144674_24.php Edward VIII a monté en réalité de bric et de broc son histoire de mariage avec une roturière pour cacher son homosexualité, incompatible avec l'exposition sur le trône, mais il aurait pu être placé à la tête d'une fraction britannique bourgeoise collaboratrice, pour ne pas dire « pétainiste » si le plan d'Hitler avait fonctionné. Versant bourgeoisie américaine l'option pro-allemande était défendue par le clan Kennedy. En décembre 1937, papa Kennedy fut nommé ambassadeur à Londres où il se rendit plein d’ambitions. On a plus d’une fois fait le récit de son épopée londonienne : brève lune de miel avec la presse et le grand public britanniques, rapidement suivie d’une impitoyable descente aux enfers : il fut vilipendé pour son défaitisme (il était convaincu que l’Angleterre n’avait ni la volonté ni les moyens militaires de vaincre l’Allemagne nazie). Les documents du ministère allemand des Affaires étrangères, publiés après la guerre, montrent que Kennedy, chercha longtemps à obtenir une entrevue avec Hitler, et ce à la veille du Blitzkrieg nazi, pour parvenir à une meilleure compréhension entre les États–Unis et l’Allemagne. Son objectif était de tenir l’Amérique à l’écart d’une guerre dont il était convaincu qu’elle provoquerait l’effondrement du capitalisme. Rien ne montre que Kennedy ait compris, avant la guerre, qu’arrêter Hitler était un impératif moral… - Source : La face cachée du clan Kennedy de Seymour Hersh.

lundi 10 juillet 2017

UNE SI BREVE « LONGUE MALADIE »


LETTRES INTIMES DE MARTINE A ANOUKE

N'entre pas qui veut dans le monde des cancéreux avérés, aseptisés, encadrés, surveillés et dosés. C'est un monde à part, celui des « déjà morts » face aux « vivants ». Je me rappelle de ce grand homme noir qui allait et venait à la salle fumeur avec son cathéter où il aimait à causer avec elle. Lorsqu'il s'aperçut qu'elle était mariée et qu' il venait la voir, il cessa de lui parler. Même dans cet autre monde on peut encore être jaloux. Monde à part dans l'espoir ou le désespoir, j'ai le souvenir de ce colloque sur le cancer au Palais des Congrès à la mi-1998, où une sorte de syndicat des cancéreux s'était affiché, marquant délibérément une sorte d'affirmation corporative pour ne pas dire corporelle des malades d'une des plus innommables maladies, qu'on dit depuis des siècles incurable. Et de ce genre de maladie qui vous tombe dessus sans crier gare et à laquelle vous ne vous sentiez pas particulièrement prédisposé. Mais c'est ainsi, alea jacta est !
Par effraction involontaire si. Au fond du grenier, dans mes dossiers où j'avais empilé radios, examens, ordonnances et tutti médecinis, je suis tombé sur des lettres qui étaient restées cachées par ma malade à l'époque. Je savais la solidarité intime qui avait très vite rapprochée les deux femmes, de tempérament très différent. Martine, compagne d'un militant, de dix ans plus jeune, belle grande brune à la quarantaine, devenue plantureuse comme on les aime à la veille de la retraite, était infirmière psy, lymphatique et guère angoissée par la vie. Au contraire Anouke, hypocondriaque, était sans cesse dans l'introspection tout en étant très à l'écoute des autres et bourrée d'humour ; parmi ses nombreux écrits retrouvés je tombai sur ce poème à la façon des chansonnettes pour enfants lorsqu'elle était mono dans les colos de vacances en 1969 :

Je gribouille pour oublier
Oublier ma tristesse
Vivre pour souffrir
Souffrir pour survivre
Survivre pour mourir
Mourir pour en finir
Finir cette vie enchaînée
Enchaînée par l'amour
Amour fait de luttes
Luttes pour sa survie
Survie pour son fruit
Fruit mauvais ou bon
Bon je le souhaite
Souhaite pour revivre
Revivre pour l'enfant
L'enfant. Notre enfant
Enfant, j'entends tout
Tout bonheur, équilibre
Equilibre car raison
Raison de vivre
Vivre pour lui.

Ce que l'on ne sait pas nous les « vivants » c'est que le malade (que drôle de terme ? Le vivant n'est-il pas lui aussi un malade qui s'ignore?) souffre de la peur de la solitude, chose que je n'avais pas bien vue lorsque j'avais rédigé « Le cahier de la douleur » - qui sert d'approche au déroulement de la maladie et à l'indignation des proches pour de futurs médecins. C'est pourquoi la proximité ou le contact permanent avec d'autres « victimes » de l'irréparable, de l'impensable, de l'impensé cancer multiple et protéiforme, est ardemment recherchée. Elle n'est pas simple proximité mais complicité. Cette complicité existait déjà entre nos deux couples. Complicité de classe ? Plutôt une complicité de pauvres déclassés. Dans le CCI, au niveau convivial privé cela se passait comme au PCF ou dans tout parti bourgeois, on (les intellos dirigeants) ne recevait pas chez soi ceusses des milieux inférieurs, pas forcément ouvriers (un qualificatif déjà périmé pour la plupart des prolétaires en ces années-là) mais ni bobos ni ingénieurs. Au moins nous avions la fierté d'être autant méprisés que les profs ; le CCI n'était pas une secte de profs comme LO, car, même s'il y avait quelques profs, ils n'étaient jamais pris très au sérieux, cette catégorie de complexés aspirant toujours à devenir maître du monde quand elle ne reste que très partiellement maîtresse de sa classe de bambins. Les ingénieurs, docteurs et cadres se recevaient entre eux pour des soirées haschichin et l'ignoble « jeu de la vérité » ; nous, on était peut-être des prolos déclassés mais on se recevait entre nous en banlieue avec cannettes de bière et kir vinasse, et Martine se moquait allègrement de nos pruderies et morales de militants « de base ».

Martine avait été hospitalisée la première au milieu de l'année 1997. Nous avions été à son chevet et j'en étais ressorti avec ce sentiment qui me faisait honte, comme après un accident qui ne concerne que « les autres » : « la mienne n'était pas touchée ». On irait voir Martine, lui porter des fleurs, espérer que ses cheveux repousseraient mais nous, n'étions-nous pas bien dans notre peau ? Pas malade du tout. Les cheveux blonds d'Anouke flottaient au vent. Quoique... Anouke toussait, elle fumait autant que Martine. Il fallut le tibia brisé de Reiser sur les Champs Elysées, les premières douleurs à Empuria Brava pour que le questionnement commence à nous tarauder, mais c'est une autre histoire, que j'ai déjà racontée.
En novembre c'était au tour d'Anouke. Le couperet était tombé dans le bureau de l'auguste docteur en chef de l'hôpital de Clamart : « vous avez un petit cancer ». Elle avait blémi comme celui à qui on annonce la guillotine pour sûre. Blémi et si seule à blémir. Un autre monde s'annonçait dont j'étais désormais exclu. Ce qui ne m'empêchait pas de combattre férocement et avec haine contre cette bureaucratie médicale française qui applaudit à la souffrance comme « marqueur ».
Je me démenais tant que je pouvais toujours au bord des larmes, comme fou d'impuissance. Les proches deviennent en général enragés. Tous les témoignages le plus souvent à compte d'auteur (silence... maladie incurable et personnel irréformable) témoignaient de la violence ressentie par « l'entourage » face à la bureaucratie médicale française. Une infirmière ayant été particulièrement odieuse, nous la recherchions avec mon fils pour la buter. Elle fût éloignée du service le temps de la « fin de vie » d'Anouke. Je fus convoqué au bureau de la psychologue pour les proches :
  • que se passe-t-il avec l'émotive de la chambre « fin de vie » ?
  • ah parce qu'en plus c'est la chambre « fin de vie » !

Le mépris que marquait cette qualification d'émotive de ma pauvre malade me laissait sans voix, comme me laissa aphone la bêtise des infirmières. Anouke, à quelques heures de sa mort demanda des nouvelles de Martine qui lui téléphonait régulièrement. Martine était tombée dans le coma. J'allai trouver les infirmières dans leur bureau pour leur demander de déclarer que Martine avait téléphoné et que tout allait bien. Ces grosses connes ouvrirent de grands yeux bêtes :
  • quoi ? Quelle horreur ! Nous, mentir, jamais.

Le hautain toubib qui avait gagné sa confiance et la maintenait sous sa coupe de « savant » fût le même qui décida derrière son dos de la « débrancher ». Anouke fût débranchée à trois heures du matin, trois jours avant son anniversaire en mars 1998. Elle est allongée depuis sans télé ni web au cimetière de l'église de Selles (62). Martine a été débranchée une semaine plus tard. Elle s'ennuie ferme dans son caveau à Savigny sur Orge. Elle aimait bien les Beatles et Mozart.
La durée de leur crabe s'était étalée sur environ 9 mois, jusqu'à ce qu'elles soient à la veille de mourir de faim, le corps est décharnée, et qu'on se résolve dans la plupart des cas, non officiellement, à l'euthanasie, pour abréger la souffrance qui n'est plus physique mais psychologique.
Et puis il y a eu toutes ces combattantes (je n'aime pas le mot militant), M. de Suède, Claude, Michèle, Bernadette, et Michel Pi. Mais je ne dirai pas « etc. ». Il paraît qu'il y a eu des progrès, qu'on s'achemine vers un blocage de la circulation des métastases, que le taux de guérison est épatant comparé au passé. Mais a-t-on résorbé la connerie du personnel soignant à l'égard des proches ?
Maintenant vous allez pouvoir entrer dans ce monde que vous ne connaissez pas avec les extraordinaires conseils de Martine à sa consoeur en malheur. Ames sensibles s'abstenir.

Annouk,

maintenant que j'ai la bonne adresse, je vais pouvoir essayer de te remonter le moral qui a l'air au ras des pâquerettes...
Excuse l'écriture tremblotante. C'est une des séquelles de ma métastase au cerveau. C'est très « chiant », je suis obligé de tenir une tasse à café à deux mains, mais je me dis que je m'en suis bien tirée. Mon cerveau aurait pu être atteint à un autre endroit et je risquais la cécité, la paralysie, voire la démence... IL FAUT TOUJOURS VOIR LE COTE POSITIF DES CHOSES.

Je change complètement de sujet mais je le fais pendant que j'y pense et afin d'éviter tout quiproquo. Gilbert a cru comprendre que Jean-Louis pensait qu'il était témoin à notre mariage. C'est en fait ce qui était convenu dès le départ, vous deviez tous les deux être les témoins. Or, c'est juste le soir où on allait vous le demander que Jean-Louis nous a annoncé la nouvelle de la maladie. Donc on ne lui a même pas parlé du mariage. Ce n'était pas le moment. De ce fait, ce seront les voisins qui seront les témoins, mais il est bien évident qu'on compte sur vous, que vous serez nos invités et que j'espère de tout cœur que tu seras présente. De toute façon, je te rassure de suite, c'est le mariage survêtement-baskets avec nous et les voisins seulement. Vraiment le petit comité.

BON, revenons-en à nos moutons.
D'abord, n'oublies pas :
  • ON NE SE NOIE PAS EN TOMBANT DANS L'EAU, ON SE NOIE EN Y RESTANT.
Mais aussi :
  • SI VOUS TREBUCHEZ, RELEVEZ-VOUS AUSSITOT SANS REFLECHIR. ET SI VOUS TOMBEZ 7 FOIS, RELEVEZ-VOUS 8.

Tu m'inquiètes, parce que tu as l'air de te laisser complètement aller et de sombrer. Il faut au contraire relever la tête et aller de l'avant. Ce n'est pas en pleurant sur son sort que ça ira mieux. Bien sûr il y a la douleur qui est insupportable à assumer, mais c'est pour cela que je conseille vivement d'accepter les dérivés morphiniques car avec la douleur en moins, crois-moi que déjà tu te porteras mieux et ton moral aussi. En plus tu me sembles terriblement angoissée et le lexomyl est bien léger pour calmer les grosses angoisses. Il serait bon que tu en parles aussi à ton médecin, car c'est un peu du « pipi de chat » et qu'il passe à la vitesse supérieure, style Tranxène, voire anti-dépresseur.

J'ai une chance inouïe c'est sûr, c'est que je prends les choses telles qu'elles viennent. Bon, certes on a un cancer du poumon, toi avec une métastase au genou, moi au cerveau ! C'est pas tombé sur ta voisine ni sur la mienne, mais sur nous. Mais la terre n'arrête pas de tourner pour autant et nous non plus. On va être dans la galère pendant quelques mois mais on sortira de là complètement différentes avec une autre vision de la vie, car, même moi qui étais déjà très ZEN et COOL de nature, je m'arrête encore moins que d'habitude à toutes les « conneries » qui nous empoisonnent l'existence qui en fait ne sont que des futilités.
Jean-Louis (et Gilbert) de mauvaise humeur, aucune importance, en plus il en a parfaitement le droit pour des raisons qui lui sont personnelles.

PAGE BLANCHE : Désolée VOIR PAGE 3

APRES TOUT JE PROFITE DE MA BETISE POUR RAJOUTER SUR CETTE FEUILLE DES ASTERIQUES A MA LETTRE.
Là j'ai l'air idiote. A la lecture de ma lecture, j'ai eu deux idées en m'y disant qu'il faut que je rajoute ça, ça et ça. Désolée une fois de plus, j'ai perdu le fil de mes pensées... je ne sais plus ce que je voulais rajouter !! ça me reviendra peut-être demain.

Factures impayées, on verra ça plus tard, ETC.Tu n'as pas le souci majeur que j'ai eu au début. Si le pire arrive, car c'est vrai qu'on se l'imagine tout de suite au début dès que la nouvelle tombe pour l'oublier rapidement : que vont devenir les enfants ? On rame comme des galériens avec nos problèmes de fric. Sébastien serait obligé à coup sûr d'arrêter son BTS et Marie-Adeline est bien jeune. Tu n'as donc aucune excuse pour ne pas t'occuper QUE DE TOI . Tes enfants sont grands, élevés, capables de voler de leurs propres ailes...
Seulement il ne faut pas oublier que si tu t'angoisses toi-même, tu angoisses toute ta famille. Alors, demain, ALLEZ HOP ! Une petite toilette de chat s'il le faut, un jean, un joil pull, un bon coup de peigne (pendant qu'il te reste des cheveux (*) excuse-moi pour mon humour un peu déplacé), un bon coup de blush sur les joues et du rouge à lèvres. Un petit gâteau à faire au four ou une quiche lorraine et le tour est joué. Déjà toi tu te sentiras mieux et Jean-Louis aussi même pour une soirée.
NE RESTES PAS AU FOND DU LIT
(*) sauf une fois par semaine comme moi hier dimanche, journée pyjama, debout à midi devant mon café, tartines, jusqu'à deux heures de l'après-midi et à rien faire de la journée. Tu verras c'est appréciable beaucoup plus une fois dans la semaine que si ça se fait tous les jours.

Bouges ! Même pour ne rien faire. Prépares de bons petits plats, change les bibelots de place. Allez adopter un petit chien à la SPA. Et, à l'aide de la morphine et des béquilles, tu as un ascenseur, tu n'as aucune excuse pour ne pas sortir ton chien 2 fois par jour au pied de l'immeuble. Tu vas te montrer mémère à chien, quelle importance, tu discuteras ¼ d'heure, ça t'évitera de penser à toi-même. Sinon, tu regarderas les feuilles des arbres qui ont gardé encore pour un petit temps les couleurs d'automne puis la neige et les premières pousses du printemps. IL Y A PLEIN DE CHOSES A VOIR DEHORS. VAS-Y.

Si vraiment tu ne sais pas quoi faire, écris-moi aussi pour me raconter tes états d'âme, ça te fera le plus grand bien et te passeras également le temps.
Désolée pour les fautes. Je n'ai plus le courage de me relire. Je te renvoie, en espérant qu'elle va me revenir rapidement la première lettre égarée où j'expliquais surtout le processus de la radiothérapie et de chimiothérapie mais je te réexpliquerai tout cela dans une prochaine lettre si tu veux. Je t'embrasse très fort,

Martine

RELEVES LA TETE

CITATIONS

  • quand on ne sait où l'on va, on risque d'arriver n'importe où. Ou pire : nulle part. Choisissez VOTRE direction.
  • Ayez un seul but en tête. Marchez droit devant lui. Sans vous détourner. Les étapes s'enchaîneront toutes seules.
  • 80% de la réussite est dans le premier pas (Woody Allen). Un seul suffit. AVANCEZ.
  • Nettoyez. Rangez. Classez. Vous « nettoierez » et vous « rangerez » dans votre tête en même temps. Comme par magie.

Les prochaines pour une autre fois.

Bisous


ooooo

Anouk,

Rappelles-toi

  1. ON NE SE NOIE PAS EN TOMBANT DANS L'EAU, ON SE NOIE EN Y RESTANT ;

Mais aussi :

  1. SI TU TREBUCHES 7 FOIS, RELEVES -TOI 8 FOIS.

Cette lettre pour te redire le protocole des radiothérapies et des chimios, car je sais qu'il n'est pas facile d'ingérer plein d'informations par téléphone comme ça d'emblée.

LA RADIOTHERAPIE

La première séance : ils vont faire des marquages sur ton genou au feutre afin de délimiter la zone à traiter. C'est ce qui va prendre le plus de temps. Environ ½ heure, ¾ d'heure !
Ensuite, lors des autres séances, tu n'as pas de souci à te faire, c'est rapide, 10 minutes au maximum et en aucun cas douloureux puisqu'il s'agit en fait d'un vulgaire appareil radio qui envoie du cobalt. Renseignes-toi auprès du médecin radiothérapeute à savoir si tu dois perdre tes cheveux pendant tes séances de radiothérapie. Ce n'est peut-être pas évident de suite ; moi, ce n'est qu'à la fin des séances (cerveau) que j'ai perdu les miens, mais je ne suis pas sûre que le cobalt sur le genou puisse avoir une incidence sur tes cheveux. Ceci dit, occupes-toi quand même dès maintenant de ta prothèse capillaire, car malheureusement avec la chimiothérapie, plus tard, tu les perdras.

LA CHIMIOTHERAPIE

C'est visiblement plus complexe. Depuis le début de ma maladie, tout le monde s'accordait à me dire que c'était un traitement lourd et qu'il fallait en supporter les inconvénients, à savoir : nausées, voire vomissements et maux de tête. Quand je dis tout le monde, ce sont les médecins qui font leur boulot, à savoir : ne vous inquiétez pas, ça fait partie du processus... mais aussi deux de mes collègues, qui ont été atteint respectivement d'un cancer il y a 5 et 3 ans qui se portent tous les deux comme un charme. Un d'un cancer du poumon opéré après notre même parcours (métastase, radiothérapie, chimio). L'autre d'un cancer du sang. Celui du cancer du poumon a repris le travail depuis longtemps. L'autre a repris en mi-temps thérapeutique et en a profité pour ouvrir un cabinet de psychanalyste...

Et c'est vrai que mes deux collègues, qui se sont « mobilisés » de suite par téléphone et par solidarité, m'ont annoncé le pire à venir au niveau des chimiothérapies, donc je m'attendais au pire... qui n'est pas venu. S'il n'est pas venu pour moi il n'y a pas de raison qu'il vienne pour toi.

Un petit exemple : je viens de partager trois jours lors de ma dernière chimio avec une voisine de chambre, lorsque son mari, ou un autre membre de la famille, arrivait en visite. En dehors des visites, elle était sereine, m'a même empêché de dormir tellement elle ronflait la nuit, lisait et regardait son petit journal et hop au moindre petit coup de téléphone, alors qu'elle avait à peine décroché, elle se remettait à être malade.
Elle devait sortir le samedi comme moi, elle ne voulait pas, tu me croiras ou pas, mais ils l'ont poussé « un peu » même beaucoup dehors ; du style : vous seriez aussi bien à être « nauséeuse » et vomir chez vous qu'ici.
CONCLUSION : Ne te laisses pas influence dans ton statut de malade. Il y a une grande part de psychologie qui intervient puisque, en discutant de cela avec le médecin, pas plus tard que samedi dernier avant de sortir, il me disait que certains malades étaient malades avant même de commencer la chimio ! Normal dans un sens, si on leur dit que cela doit se passer comme ça, le malade un peu fragile va suivre le protocole jusqu'au bout...

Je te souhaite de tout cœur de prendre sur toi et, comme notre parcours est vraiment le même, en dehors de la métastase qui s'est installée ailleurs (là-dessus, excuse-moi, mais tu as plus de chances que moi, j'aurais préféré un genou ou une épaule que mon cerveau qui est plus complexe et qui m'a laissé de bonnes séquelles que tu n'auras pas). Il ne me reste qu'à te dire BON COURAGE, MAIS DE TOUTE FACON RASSURES-TOI. C'EST PAS SI DRAMATIQUE QUE CA. ET ON S'EN SORTIRA TOUTE LES DEUX..

gros bisous

Martine

Anouk, excuses-moi, la lettre est un peu désordonnée

Désolée j'ai sauté une page

PS : Vous deviez être tous les deux témoins de notre mariage qui s'est décidé il y a trois semaines voire un mois, juste quand j'ai eu Jean-Louis au téléphone qui m'a annoncé la nouvelle de ta maladie. (…) ET ANOUK SERA PRESENTE, J'EN SUIS CERTAINE. Rassures-toi, je ne peux pas me déplacer plus que toi, car je m'essouffle vite au bout d'un temps, alors nos hommes nous feront monter les escaliers de la mairie dans leurs bras !!!