"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 5 juin 2017

LCP : UNE HISTOIRE enjolivée et mensongère de l'anarchisme


La pensée libérale et la télévision d'Etat du Parlement et du Sénat forment un couple fusionnel à l'égard de l'anarchisme. Dans le cadre bcbg de la chaîne à 0,04% d'auditeurs, on n'allait tout de même pas laisser libre cours à une analyse subversive de l'anarchisme, cette antique théorie de la petite bourgeoisie flouée par l'histoire. Le cinéaste libéral-libertaire s'en donne à cœur joie pour nous livrer une ode à la pompe aspirante de toutes les révoltes petits bourgeoises, un prétendu anarchisme pur de toute tâche étatique au-delà du temps et de ses époques. L'anarchisme est ainsi repeint en mère généreuse de toutes les contestations et inspiratrice de toutes les idées fantaisistes de libération universelle en tous genres, sans principe ni cadre politique. En fait une sorte de romantisme bien intentionné comme le conclura l'animatrice du court débat avec le réalisateur Tancrède Ramonet et l'invité poli Besancenot.

La première partie était intéressante, bien que déjà trafiquée. Comment ne pas rendre hommage à l'exceptionnel et intègre Malatesta, au courage des Vaillant et Caserio ? Une grande part de l'anarchisme est aussi un courant du mouvement ouvrier révolutionnaire en constitution. Mais pourquoi avoir menti sur Ravachol, le faisant passer pour un bon précurseur de la « propagande par le fait », alors qu'il ne fût qu'un petit assassin minable qui tenta de se recycler en victime des assassins bourgeois  ? La voix off se contente après une présentation héroïsante de signaler qu'il a « été rattrapé par une affaire de droit commun », oui pas grand chose, il avait assassiné une petite vielle pour lui piquer ses économies, avant de jouer à la « propagande par le fait ». Pas très honorable pour l'anarchisme historique, du moins sa version économiste qui ne cautionna pas le terrorisme de petites frappes.

D'anarchisme historique parlons-en. Oui l'anarchisme a longtemps fait partie de la tradition révolutionnaire du peuple révolté, et ouvrier et paysan. Oui il a précédé le marxisme dans la théorie révolutionnaire, mais il l'a précédé comme expression de couches populaires et à une époque où la classe ouvrière n'occupait pas une place majeure dans la société. Cet anarchisme a un aspect théorique limité, artisanal et idéaliste, il procède plutôt de l'esprit de secte. Il croit que l'éveil révolutionnaire est possible comme enseignement idéaliste, puis il hésite et se fourvoie pour partie dans le terrorisme individuel, puis il rejette la ridicule « propagande par la bombe ». Les deux films successifs tout au dithyrambe d'une idéologie qui convient au milieu artistique et intermittent moderniste et saltimbanque d'Etat, ne pose pas l'anarchisme dans ses périodes d'expression légitime de la colère du peuple ou d'une classe ouvrière artisanale, ni dans ses contradictions.

L'anarchisme est encore révolutionnaire à la fin du XIXe siècle, et même très révolutionnaire quand, après le massacre de Fourmies – 1500 mineurs enterrés au fonds du puits pour sauver le charbon – la réponse qu'il oppose, avec les socialistes (pourquoi cet autre courant du mouvement ouvrier est-il systématiquement squeezé?), n'est pas celle des bombes mais de la lutte d'envergure pour les 8 heures, quand ses meilleurs théoriciens, les Malatesta et Kropotkine se démarquent et du terrorisme et du sabotage (qui vient du mot sabot, lequel servait à gripper les machines lors de la grève). Sans s'en rendre compte, le réalisateur nous livre en première partie un historique de l'anarchisme qui est plus une compilation de personnalités rétives. Le handicapé Libertad est épatant comme discoureur et pamphlétaire. Le cambrioleur pour les pauvres Marius Jacob est admirable.
Beaucoup de raccourcis et un constat de faillite, tous les cadors de l'anarchisme se couchent dans l'Union sacrée. La guerre de 14 décrédibilise donc un anarchisme qui s'était toujours défini comme un mouvement contre la guerre.
Cette première partie est un peu étrange, et révélatrice de l'ignorance de l'auteur du scénario. L'anarchisme est présenté comme seul au monde révolutionnaire, pas de blanquistes ni de socialistes ni de socialistes marxistes à l'horizon. Public Sénat raffole donc des méthodes staliniennes de racontage de l'histoire passée ? Le générique de fin nous bombarde de photos modernes qui défilent avec le contenu confusionniste et révoltes en tout genre de la noria anar moderne, le tout étranger à un réel mouvement révolutionnaire bien qu'éclectique déjà au XIXe.

Le deuxième film – Ni dieu ni maître (alors que le slogan est de Blanqui! Tout sauf anarchiste) - sera plus affligeant, procédant à la manière stalinienne de l'effacement. On commence par violer le tempo du film précédent sans respecter la chronologie, mais avec la même tonalité outrageusement dithyrambiquée : « Les anarchistes vont conduire certaines des plus grandes révolutions du XX e siècle » ! Et bla-bla-bla. Les courageux et incorruptibles IWW américains sont annexés comme principale force anarchiste, alors qu'on peut plutôt les caractériser comme un véritable mouvement syndicaliste révolutionnaire de la classe ouvrière, plutôt éloigné des conceptions paysannes de l'anarchisme traditionnel, qui lui croyait à la révolution du peuple, voire prioritairement de la paysannerie. C'est la perle que Ramonet va tenter de nous refiler avec l'épisode mexicain.

Ce n'est pas l'oppression de l'Etat néo-colonial mexicain qui inspire la révolution de 1911 mais... l'anarchisme, d'autant que la révolution mexicaine des Villa et Zapata est la première grande révolution du XXe siècle ! Quoique sa conduite se fasse sous l'égide d'un parti qui se dit libéral, mais nous assure un des successifs petits profs commentateurs et aux mémères spé de l'ultra-gauche comme Steiner, qui ergotent entre les images :  « … plutôt anarchiste dans son programme... qui insistait sur le rôle moteur de la paysannerie révolutionnaire « terre et liberté », et qui précisait curieusement : « n'attendez pas que la classe ouvrière vous la donne (la terre) ». On assiste ensuite à une curieuse interprétation de la lutte fratricide entre factions mexicaines comme dûe au refus de la classe ouvrière de Mexico de soutenir les paysans : « ...Voyant arriver les troupes zapatistes avec la vierge en tête de cortège, les ouvriers de la « Casa del obrero mundial », les bataillons rouges, ayant perdu tout repère servent la bourgeoisie. Cette guerre fratricide détruit la révolution ». Sommaire l'explication sans aucune précision sur les diverses factions ni sur les confusions des chefs paysans ni sur l'état de cette classe ouvrière. L'essentiel reste de faire passer les paysans comme seuls vrais révolutionnaires comme on nous le resservira lors de la guerre d'Espagne un peu plus tard.

UN BON LENINE ANARCHISTE...

La mouvance anarchiste, diaspora toujours hyper dispersée, « n'a pas le temps de tirer les leçons de la guerre mondiale » nous dit la voix off ! Tiens tiens ! En plus ils ne réfléchissent pas. Ah mais voilà la révolution russe de 1917 (on a oublié en passant celle de 1905 parce que les anars n'y ont qu'un rôle quasi nul). Les anarchistes trouvent les Conseils ouvriers super. Il y a un certain Lénine, pas très connu, mais qui leur apparaît comme un stratège : « ...directement inspiré par les anarchistes avec son application de la théorie de l'insurrection » !
Et puis, et puis il y a la mythologie de la Makhnovitchina ! Intermède avec le faussaire Frank Mintz, spécialiste des mensonges et fadaises sur la guerre d'Espagne. Il pose en langue ibérique à la suite des petits profs amerloques, anglais et espagnols – tous nanars en chaire – il raconte comme s'il avait été à cheval à côté de l'aventurier Makhno qui « sauve » la révolution avec ses armées de paysans échevelés. Tancrède a même trouvé un quidam russe pour nous informer (en russe) que les anars sont les premiers opposants à l'Etat bolchevique. Ah les braves, mais on oublie de nous dire aussi les premiers auteurs d'attentats terroristes, et ne sont-ils pas toujours naïfs ces braves anars ?: « … ils se rendent compte que les bolcheviques ne sont pas des révolutionnaires ». Aaaaah que les directeurs de Public Sénat savourent !
Le principal salaud le voilà : Trotsky. (Besancenot va-t-il le défendre dans le débat promis à la fin?) : « Trotsky décide de débarrasser la Russie des bandits anarchistes ». Que c'est résumé simplement et sans argumenter inutilement... Quel plaisir jouissif pervers pour les pachydermiques électeurs staliniens en retraite devant l'enchaînement... parlementaire ! Il est vrai que les films de propagande du nouvel Etat prolétarien, contre les « adversaires les plus dangereux »1, n'y vont pas de main morte avec leurs navets de propagande simpliste dans leur chasse à l'anarchisme bouc-émissaire dans l'enfermement national et la situation de pays assiégé par les armées capitalistes. On se choisit l'ennemi qu'on peut à l'arrière...

On nous ressert une louche de la saga Makhno, assez superficielle pour passer sur les enjeux gravissimes d'une nouvelle gestion prolétarienne de la société après le capitalisme, où la révolution est réduite à une cavalcade de guérilleros plutôt ploucs et pillards. Et enfin la grande récup de Kronstadt présenté comme LE bastion anarchiste anti-bolchevique garanti. Un faussaire stalinien n'eût pas fait mieux. Ce mensonge supplémentaire vient au contraire justifier l'ignoble répression de « l'Etat ouvrier » car c'est assimiler les prolétaires de Kronstadt et les ouvriers en grève réprimés à Pétrograde à de simples anarchistes du même tonneau que les terroristes de 1918 qui avaient tiré sur les ministres bolcheviques. Oui Kronstadt est le premier coup d'arrêt à la révolution parce que l'Etat « bolchevique » se retourne contre les prolétaires mais pas contre les anarchistes qui ne représentent ni une force alternative ni le prolétariat.
Et hop on saute dans le règne de Staline, ce qui évite de renseigner sur les oppositions de gauche à l'intérieur du parti bolchevique – des combattants du renforcement du capitalisme d'Etat (que Lénine était le premier à avoir caractérisé ainsi depuis son siège de Chef d'Etat... n'en déplaise aux petits producteurs libertaires de la rive gauche qui tourne la mayonnaise pour la vanité nanar). Il suffit à la voix off de décliner le faux pour qu'il paraisse vrai : « Les anarchistes ont été les premiers à dénoncer le capitalisme d'Etat ». C'est dit donc c'est vrai et les bolcheviques étaient tous des salauds.

DES AFFIRMATIONS PLATES COMME UNE LIMANDE

Les raccourcis peuvent ensuite se succéder sans démonstrations comme autant de preuves de la belle continuité du purisme sacrificiel nanarchiste. En Allemagne ils sont les premiers à lutter contre le nazisme naissant. Puis massacrés en Bavière. Là le scénariste avait bu trop de bières. En Italie, les anarchistes sont « réprimés » ; plat comme une limande ! Rien sur le mouvement des Conseils à Turin en 1920 qui ne doit rien aux anars ! Rien sur la formidable constitution du parti communiste italien avec Bordiga, Gramsci et tous les autres, dont l'histoire et les apports théoriques sont à des coudées au-dessus de la saga romantique et neuneu de l'anarchisme de télévision.
Ah enfin un pays où l'anarchiste est considéré comme plus dangereux que le communiste en 1921 : les USA ! Et re-version des IWW comme filière anarchiste quand ils restent une expression de la classe ouvrière américaine plus proche des analyses d'un socialiste révolutionnaire comme DE Leon que des élucubrations de la gentille Emma Goldman.
Et Sacco et Vanzetti hein ? C'est pas des vrais de vrais anars ? Ignoblement condamnés à mort par la justice bourgeoise malgré un immense mouvement de protestation dans le monde entier, sans compter le mouvement communiste qui « se permet d'instrumentaliser l'affaire »... hein hein ouais les staliniens pour criminaliser le seul capitalisme à l'Ouest...
Hélas, l'exécution féroce des pauvres prolétaires Sacco et Vanzetti signe l'extinction d'un mouvement anarchiste d'ampleur, selon la voix off. C'est si bête comme conclusion... quand on sait que c'est surtout la féroce répression contre l'ardent courant syndicaliste révolutionnaire des ouvriers non qualifiés des IWW qui affaiblit le mouvement ouvrier américain à la veille de la terrible crise de 1929, dont il ne pourra pas tirer partie pour se redresser.
Voulez-vous un autre raccourci plus oiseux ? Le voici : en France où l'affaire des deux martyrs américains aurait eu le plus d'impact, est créé un cercle Proudhon avec pour but de la part des amis de Charles Maurras de récupérer l'anarchisme et d'attirer ses éléments. Bof...
Un autre ? Oui : « Les anarchistes sont les premiers à attaquer le fascisme ». Un gros mensonge peut en cacher un autre : « Van der Lubbe, qui était anarchiste, met le feu au Reichstag ». C'est faux Van der Lubbe était un communiste révolutionnaire et ce n'est pas lui qui a mis intégralement le feu au Reichstag ; les nazis l'ont exécuté à la hache avec les applaudissements des staliniens et des démocrates occidentaux2.

LA REVOLUTION A CHEVAL ET DANS LES CHAMPS

Un bémol ? 1926 : la plateforme d'Archinov, néo-bolchevique, vient troubler le magma anarchiste dans ses fondements divers néo-économistes, néo-terroristes, néo-éleveurs de chèvres. Heureusement le père Noël Mintz est là pour recadrer : « l'exemple reste la mackhnovitchina, c'était vraiment la lutte de classe menée par des groupes armées » ! Il y eu même une conférence de la crème anarchiste mondiale à L'hay-Les-Roses, juste à côté de chez moi.
Voilou maintenant la grande saga espagnole où « le socialisme naît anarchiste » ; que la formule est belle mais fausse dans son exclusivité. C'est pratiquement partout que le socialisme des origines a été issu de l'anarchisme, comme aujourd'hui la plupart des militants « organisés » ont été au moins un jour anarchistes au lycée.
Le mythe de la « révolution espagnole » permet tous les petits trafics théoriques. Foin d'une description approfondie de l'Espagne dans la situation internationale, ce qui évitera de mentionner la complicité anarchiste gouvernementale, leur complicité avec le parti staliniste puis leurs vaines jérémiades quant il a poignardé les espoirs prolétariens en Espagne au profit de Moscou la gâteuse.
Allons-zy ! « 1936 : grâce au soutien de la CNT, la gauche gagne les élections ». « les anarchistes avaient négocié leur participation au gouvernement dans des postes secondaires en échange de l'engagement des partis à leur fournir des armes », dit un des petits profs en gros plan ; « mais d'armes point » ajoute-t-il, dépité.
On nous ressert la formule débile du guerrier Durruti : « Durruti et sa colonne font la guerre et la révolution ». Slogan qui peut plaire à un vieux sénateur au passé gauchiste mais qui ne passe pas dans la théorie marxiste : c'est l'une ou l'autre !
« Ils font reculer le fascisme ». Peine perdue du scénariste rigolo avec sa boucle d'oreille et sa tenue punk : le franquisme ne recula jamais, Durruti et sa bande firent le planton sans bouger pendant des mois face à Saragosse, sans batailler autrement que par des insultes partant des deux camps.
On passe rapidement sur les massacres du camp républicain avec l'argutie stalinienne classique : « c'est les franquistes qui massacraient les premiers ».
Sur la socialisation des terres, le menteur professionnel Mintz vient en rajouter une louche – je l'avais d'ailleurs remis en place lorsqu'il était venu faire le malin à la médiathèque d'Arcueil – il blablate sur les « expériences de communisme libertaire »3 - il blablate sur la suppression de l'argent et le salaire familial. Toutes sortes de fadaises, très limitées et locales, avec lesquelles le gouvernement bourgeois-républicain-stalinien laissait les anarchistes jouer – pourvu qu'ils continuent à envoyer des hommes au front – en attendant de leur mettre un coup de pied au cul à partir de 1937.
Pic du mensonge du produit bobo acheté par la chaîne Sénat, un des profs a le culot de nous dire que l'excellent « Catalogne libertaire » de Orwell montre bien le positif de cette « révolution » ; culotté vraiment car Orwell démontre juste le contraire, une collection de supercheries et de saloperies de toutes les factions y compris les anars. Oui lisez Orwell, et là c'est pas glorieux la « révolution espagnole » !
Autre sommet inégalé de la mystification antifasciste pérenne, et chez tous les scénaristes de la rive gauche : la saga des brigades internationales. « Bataillons internationalistes » nous dit l'off, créatures de Staline oui, et poignard de la révolte espagnole, qui sont dissous, sur ordre de Staline. Tancrède aime mentir au service des recruteurs de chair à canon !

OU LA TRAHISON N'EST QU'ERREUR

D'autres relaient le faussaire Mintz dans le désordre du piquetage de tel ou tel épisode de la terrible guerre4 – mais pas révolution enfin – d'Espagne. Alternant avec un défilé d'images, qui, en langage cinématographique, donnent du sens même faussé, avec l'affirmation que finalement les anars, au niveau local, auraient régné et prouvé qu'une société « peut vivre sans gouvernement »... quoique en laissant régner dans les deux moitiés de l'Espagne meurtrie DEUX GOUVERNEMENTS avec des armée soumises à LEURS objectifs, et donc sans véritable transformation possible de la société.
Une affabulation assez honteuse amenuise les crimes staliniens : « c'est parce que le mouvement anarchiste s'est délité que le PCE minoritaire a profité de cette dérive ». Or, si on veut bien prendre le terme de délitement c'est dès le début que le courant anarchiste se soumet à la bourgeoisie républicaine, ou plutôt collabore parce qu'ils sont à des kilomètres de la conscience politique des bolcheviques quant à la gestion de la société en transition vers la transformation du monde et pas de la seule Catalogne.

Face à la répression (des inventeurs de la « guerre révolutionnaire » - dixit impérialiste – des staliniens, notre voix off anarchisante réconcilie Kronstadt et Barcelone : « cette fois les anarchistes sont aux côtés des trotskystes du Poum ». M. Off Tancrède ne fait pas dans la nuance ! Comment peut-il assimiler les prolétaires anarchistes et leurs ministres traîtres, et faire passer le Poum pour trotskyste alors que ce petit parti à idéologie nationale était renié par Trotsky, et combattu par le petit groupe de Munis ? Une chose est sûre : un parti structuré, même minoritaire, sera toujours plus fort qu'une vaste chose molle.
On ne comprend pas finalement le déroulé macabre de la guerre en Espagne, maquillée par tous les historiens officiels en révolution, mais tombe pourtant une remarque si juste hélas : « la contre-révolution ce n'est pas d'abord le franquisme mais les staliniens ». Alors pourquoi continuer à mentir sur la création, la fonction et le lâchage des lamentables « brigades internationalistes » ? Dites.
1939 : « les libertaires sont les principales cibles de la répression ». L'anarchisme comme nombril victimaire du monde cela finit par friser le ridicule et copier le « mensonge déconcertant » des oublis successifs de l'historiographie stalinienne.
Le film de Tancrède le frauduleux et ignorantin metteur en images se clôt par la belle citation de Durruti : « nous vaincrons ».

OU LA REVOLUTION C'EST POSSEDER DES ARMES...

Non ce n'était pas tout à fait fini. Bien que chassés au-delà des Pyrénées : « les anarchistes reprennent le combat », « ils continuent de porter des armes »... « sur les chars du Maréchal Leclerc, ils libèrent Paris ». Les vrais antifascistes révolutionnaires c'était donc eux !
Et 68 ? Puff... n'a fait que reprendre leurs symboles.

UN BREF ECHANGE DE SALON

On se doutait bien que Besancenot n'allait pas faire le mariole. Il tient trop à sa posture médiatique. On l'invite sur toutes les chaînes, et là enchaîner sur une chaîne matée chaque jour par les pépères en pantoufles sénatoriales, était une forme de consécration supplémentaire. Il n'allait pas prendre la défense d'une théorie trotskienne qui s'était plantée royalement en 1936 et qui a constamment entretenue pieusement le mensonge d'une révolution espagnole, ni dénoncer anarchistes et staliniens car on est en veillée électorale. Ce fût affligeant quand même, même pas un minimum de respect pour ce que fut, il y a fort longtemps, le courant trotskyste.
« Chez les libertaires ce qui est en question c'est l'angle mort du marxisme. Il y a toujours eu dans l'histoire des fils noir et rouge. Il faut établir des passerelles car il y a toujours autant de formes d'anarchismes et de marxismes ».
Le zozo écolo, petit savant de service, est venu vendre son book anar-écolo avec coups de chapeau à Murray Bookchin, ancien stalinien et ancien trotskien, pape de l'écolo-bobologie, idole des anars à peu près intellos et à John Zerzan.
Tancrède porte beau avec son jean déchiré et sa coupe punk, il répond aimablement aux sourires de Besancenot. Besancenot ne veut « blesser » ni le front de gauche ni le front anarchiste, on ne sait jamais, des fois qu'au premier tour il y en ait qui préfèrent les candidats du NPA à ceux de l'égocentrique Mélenchon... On est entre soi rive gauche et contremaître à la Poste. Olive va bien sûr nous sortir sous peu sa version – tissée de fils noir et rouge – de la révolution d'Octobre. Tancrède objecte à l'objection rigolarde de la journaliste raide de LCP (« l'anarchisme est romantique ») : « l'anarchisme a combattu le pouvoir, l'argent et la religion ». Il a bien fait de rappeler qu'il y en a qui ont combattu la religion parce qu'un certain marxisme est devenu à son tour une religion et incapable de critiquer encore la religion...

La starlette Besancenot a le mot de la fin : « il faut prendre le pouvoir sans se laisser prendre par lui ». Belle blague pour un type disposé à rester toute sa vie un figurant.

NOTES

1Du point de vue du Cahier bleu et du génial « L'Etat et la Révolution », écrits de « l'anarchiste Lénine » pas encore en poste, donc la nécessité de la destruction de l'Etat, les anars étaient en effet « dangereux » pour la théorie marxiste bolchevique reniée de fait, sauf que les braves anars (les théoriciens pas les agités du bonnet) croyaient qu'on pouvait mettre la charrue avant les bœufs. Pas si vite camarade anarchiste ! Et puis au fond vous n'avez jamais voulu supprimer l'Etat comme l'ont confirmé vos représentants deux décennies plus tard en Espagne ; et de nos jours cruels, vos diverses crèches libérales-libertaires se moquent du pouvoir, lui laissent pleine latitude et ne servent qu'au bal des rues manifestatoires et à la contestation bobo-écolo.
2J'entends cependant, à ma grande joie, une bonne formule, bien tournée et qui justifie pleinement finalement Van der Lubbe face à ses divers lâches détracteurs : « Van der Lubbe incendie un Reichstag qui était devenu l'antichambre du fascisme ».
3On apprendra par un petit savant à la fin de l'émission que le mot libertaire a été inventé par Dejacques, pour contrer le mot anarchisme qui ne prenait pas en compte la libération sexuelle et la libération des femmes.
4Mintz est honnête au moins une fois. Sur la mort de Durruti il explique très bien comment ce fut un accident, un coup de fusil maladroit par un de ses gardes du corps. Et il ajoute : « en pleine guerre civile, apprendre que le principal héros n'avait pas été abattu par l'ennemi mais avait été victime d'un stupide accident, aurait fait mauvais effet, c'est pourquoi on a laissé croire à la thèse de l'attentat ».

dimanche 4 juin 2017

Hé kamikaze-bestiau ! C'EST POUR ALLAH... OU POUR LA PROCHAINE GUERRE MONDIALE OU POUR LA PAIX SOCIALE ?


Traité de LA TERREUR « AMBIANTE »1

« L'enfer est vide, tous les démons sont sur terre." Shakespeare
« Taisez-vous ! Méfiez-vous ! Les oreilles ennemies vous écoutent. ». d'Affiches Alexandre Millerand, ministre « socialiste » de la Guerre (1914)


« Effroi » mais « solidarité », « affection et soutien aux familles », compassion réitérée entre chefs d'Etats, concerts de musique, dépôts de bougies, lamentations : « on continuera de s'amuser », « ils ne nous auront pas », « l'amour est plus fort que la terreur ». La pleurnicherie pacifiste est de mise face au firmanent, d'où n'est pourtant redescendu qu'un astronaute français. Les oriflammes nationaux seront en berne et la Tour Eiffel encore disjonctée. Les caïds d'Etat se substituent immédiatement aux journalistes et, en Angleterre comme en France, bien que baignant dans leurs scandales à répétition, en profitent pour faire pattes blanches et réclamer la communion des cimetières. On est aussitôt assujetti dans la putride ambiance « la patrie en danger », « tous au front », « paix aux âmes de bonne volonté ».
Il faudra s'y habituer avait dit un ancien premier ministre français. Et, en effet, les somnambules qui gouvernent les empotés que nous sommes, semblent vouloir nous y habituer : Nice paraît loin, on a oublié l'attentat qui avait précédé celui de Manchester en passe2 d'être effacé par celui de Londres... Après Manchester voici le London Bridge objet d'un massacre-commando de kamikazes ni glorieux ni héroïques : le véhicule fonce sur la foule et trois tarés en surgissent pour poignarder au hasard les passants. Maryse Emel écrivait en 2016 : « La situation actuelle est telle que nos assistons à des actes de pure violence dirigés contre des individus, sans finalité rationnelle évidente. Et que si nos Etats sont habitués à penser la guerre entre « puissances » au point d’y voir le modèle de toute guerre, les violences présentes échappent manifestement aussi bien aux catégories de la « guerre extérieure » qu’à celle de la « guerre civile »3.

COMBATTRE «L'ennemi intérieur » ?

Oublions toujours Kaboul, après Paris, Stockholm, Berlin, Londres, Manchester, Londres encore une fois, une violence sans nom, sauf celui d'Allah, mais pas de pot pour les lâches tueurs, pendant le ramadan le meurtre est interdit4. L'attentat kamikaze a encore réussi plusieurs meurtres sans qu'une police bourgeoise si armée et si vigilante ne puisse l'empêcher, comme le prétend la doxa officielle franco-anglaise pour justifier son quadrillage des populations depuis des mois et des années. Effet garanti immédiatement sur toute la planète occidentale : « effroi » et climat d'insécurité renouvelé. On remarque à chaque fois que les congratulations ont lieu surtout entre chefs de guerre occidentaux. Les flics anglais seraient tout de même arrivés huit minutes après, donc plus rapides que les flics français au Bataclan.

UNE GUERRE PAR MORCEAUX ...HUMAINS ?

« Il y a un mot que l'on répète beaucoup en ce moment c'est “insécurité” mais le véritable mot est “guerre”. » Répondant aux questions des journalistes dans l'avion pour la Pologne, au lendemain de l'assassinat du père Jacques Hamel en France, le pape avait une nouvelle fois martelé sa conception de la « guerre » dans laquelle le monde est aujourd'hui engagée.

« Nous n'avons pas peur de dire cette vérité : le monde est en guerre ! Pourquoi ? Parce qu'il a perdu la paix. (…) Quand je parle de guerre, je parle sérieusement : il y a une guerre des intérêts, pour l'argent, pour les ressources de la nature, il y a des guerres pour la domination des peuples, voilà la guerre ! Certains pourraient penser que je suis en train de parler de guerre de religions, mais non : toutes les religions veulent la paix»5. Au lendemain des attentats du 13 novembre, le pape, répondant répondait à un journaliste de la télévision des évêques italiens TG2000 qui l'interroge à propos de la justification religieuse des attentats, emploie déjà cette expression : « C'est un morceau [de troisième guerre mondiale]. Il n'y a pas de justification pour ces choses, ni religieuse, ni humaine. Cela n'est pas humain. C'est pourquoi je suis proche de tous ceux qui souffrent, de toute la France, que j'aime tant. »


Gérard Chaliand explique dans son Histoire du terrorisme (Fayard), que l’humanité a vécu l’essentiel de son histoire dans un monde de terreur, c’est-à-dire la crainte inspirée. Toutes les sociétés despotiques ont été inspirées par la peur, comme le furent les régimes totalitaires. C’est pourtant le règne de la soumission à l’ordre établi et de la force qui serait, pour l’essentiel, des dictatures modernes à la démocratie généraliste, le seul espace de sécurité et de liberté ...d'opprimer consensuellement. L’usage de la terreur s’impose comme méthode de gouvernement dès le début des sociétés organisées comme facteur de dissuasion et de châtiment, mais l'ex-mao n'est capable que de généralités inoffensives et conservatrices. L'ennemi intérieur a varié au cours des siècles, mais sa fonction n'a pas changé.

CYCLES D'UTILISATION DE LA TERREUR « AMBIANTE » PAR LES ETATS BOURGEOIS
(Terrere en latin signifie « faire trembler »)

La terreur de l'Etat bourgeois s'exprime de multiples façons que nous ne listerons pas toutes ici. La nécessité du règne sans partage du pouvoir d'Etat est nécessaire d'abord évidemment à la paix sociale entre les classes, une terreur officielle, disons soft et dosée, qui est exercée par la magistrature et la subordination policière aux ordres « d'en haut ». Orwell disait : « le premier ennemi que confronte l'ouvrier est le policier », ce n'est plus vrai, c'est le flic syndicaliste avec son déguisement corporatif et son emprise localiste. Le syndicaliste patenté utilise l'argument terroriste lui aussi : « si vous agissez hors du syndicat, nous ne vous couvrons plus, vous aurez en face de vous le juge et le policier »6. Les élections cycliques terminées sont le principal instrument légitimant la terreur d'Etat « élu par le peuple », ses mercenaires en uniforme peuvent tirer avec une loi « légitime » pour eux. La terreur de la faim par le chantage au licenciement est à la base de toute transaction dans l'hypocrite « droit au travail » et ses « contrats de travail » subséquents.

Il y a les grands cycles qui se succèdent. Le temps des guerres mondiales condense la terreur à son plus haut niveau, et lorsque leur succède après 1918 la menace de révolution on fabrique le fascisme, et après 1948 on dispose du passé de la terreur nazie, agitée comme épouvantail, et de la terreur stalinienne, concrète et pérenne.

Avec la fin de la guerre froide, la terreur nazie restant la référence incontournable, même si elle n'existe plus, et le stalinisme complètement dégonflé avec son allié trotskien en état critique, l'ère du terrorisme obscur, jamais réellement identifié, est venu renouveler la terreur diffuse dont la société bourgeoise a besoin pour se perpétuer, pas seulement pour aller vers une nouvelle guerre mondiale. Contrairement aux simplismes et naïvetés du blog « Guerre ou Révolution ? », la bourgeoisie ne cherche pas volontairement à aller à nouveau à la guerre mondiale, comme l'ont montré l'affaire des missiles de Cuba en 1962, la victoire de Eltsine en 1991, et la guerre limitée après l'attentat contre les twins en 2001. La bourgeoisie est une classe de somnambules qui peut se laisser entraîner à la catastrophe mondiale si elle « perd les pédales » du fait de la marche chaotique de son système de compétition sans frein, ni militaires, ni écologiques7.

En temps de paix, en pays riches, la guerre reste une violence lointaine et la corrélation des attentats avec cette guerre lointaine reste une cogitation perverse de la part des pacifistes soutiens au militarisme financier. Les islamo-gauchistes, en justifiant plus ou moins les tueries de civils innocents comme une vengeance d'éternels colonisés du tiers-monde, jouent le même jeu que les anarchistes pacifistes en 1914 : ils servent de contrefort au militarisme, celui-ci est plus efficace que celui-là, l'un est plutôt un « agent de l'étranger » quand l'autre « défend la patrie »8. Quant aux motivations des tueurs, tous plus ou moins kamikazes, chacun à son interprétation mais il suffit de les zigouiller pour mettre fin aux débats ; nos gens en uniforme le font très bien longtemps après s'être fait prier9.
Plus singulier, et personne ne semble le remarquer, lors de chaque attentat la principale terreur est exercée par l'armada policière qui débarque mitraillettes au poing et sirènes hurlantes pour "sécuriser", mais pas vraiment. Alors que les tueurs fous et drogués ont été "neutralisés", c'est au tour de la population environnante d'être terrorisée, enfermée dans tel restaurant, telle Eglise, mains sur la tête, fouille au corps, aboiement de chiens policiers... Histoire de faire croire que d'autres terroristes sont parmi nous. Et de montrer quel est le vrai terrorisme.

BICHON IL FAUT QUE TU VOTES CONTRE LE TERRORISME !

En temps de paix européenne et occidentale, quoique la Libye et la Syrie ne soient qu'à une heure d'avion de l'Italie, le théâtre lointain de la guerre au « Sud » ne recevrait que des éclairs de terreur terroriste contre les Etats démocratiques. Or, le masque tombe, avec le moment présent des deux campagnes de mystification électorales des deux côtés de la Manche et le bichonnage de l'électeur, si chaque Etat feint la surprise et l'indignation, l'attentat criminel et honteux sert de justification à toute la pourriture politique démocratique. Si les vœux vont aux victimes (qui s'en fichent) et aux familles (qui n'ont que leurs yeux pour pleurer), c'est l'Etat bourgeois qui caracole comme principale victime : « C'est l'Europe, berceau de la civilisation (sic) qui est attaquée », « une attaque contre la démocratie », « nous sommes en guerre et il faut gagner cette guerre10. Abstentionnistes vous êtes donc complices des tueurs ! Rejoignez les rangs aux queues des bureaux de vote, la patrie vous sera reconnaissante !
Sus à la nouvelle « cinquième colonne » : « l'ennemi islamiste s'infiltre partout sur les réseaux sociaux ». La guerre est là sous le clavier de ton ordi et l'Etat pense à toi pour te protéger, collabore et rejoint nos meilleurs délateurs !

Les marxistes bègues et les nombreux perroquets du Trotsky déchu devraient être rangés au musée des vieilleries politiques face à un idéologie bourgeoise capable de se renouveler et d'abuser sans vergogne, et avec encore plus de force que ses dénonciateurs sont naïfs et dépassés. Excepté le CCI, même décadent et les diverses versions du bordiguisme et du damenisme, il n'y a aucun groupe politique qui soit capable d'approcher et de saisir le machiavélisme de la bourgeoisie. L'utilisation du terrorisme est probablement depuis plus de cent ans une de ses plus grandes capacités pour continuer à abuser et à gouverner. Il y a beaucoup de références, certes plus ou moins claires ou confuses sur les menées de l'ombre depuis des décennies11. Mais depuis sa confrontation aux attaques du « terrorisme » (téléguidé par Moscou ou Pékin) des fausses libérations nationales, et en particulier des échanges fructueux entre services secrets français et américains, puis à l'époque du « terrorisme d'Etat voyou » (Pétromonarchies, Kadhafi et Cie), la bourgeoisie a curieusement su anticiper le « terrorisme islamiste », au point qu'on peut se demander légitimement si elle n'en a pas organisé elle-même comme Poutine en Russie, voire inventer et fournir les scénarios (lire: http://www.nonfiction.fr/article-8688-le__cinema__de_daech.htm), ou plus vraisemblablement « laissé faire » :

« Il y a quelques années, à Washington, au cours d’une conférence sur le contre-terrorisme organisée par le renseignement du Pentagone, The Defense Intelligence Agency (DIA), s’étaient rassemblés des travailleurs de l’ombre reconvertis après la guerre froide dans un secteur nouveau appartenant à la catégorie plus large des « nouvelles menaces » (prolifération nucléaire, armes de destruction massive, crime organisé. Une véritable congrégation qui écoutait sagement les propos à la tribune. Le dernier intervenant arrive en fin de journée, fatigué mais avançant à grandes enjambées vers l’estrade, valise à la main, cheveux longs coiffés d’un chapeau noir, barbe fournie, lunettes foncées, pantalon déchiré, veste de cuir, rien de commun avec les clergymen du renseignement. Il ouvre, d’un geste sec, sa valise et balance deux grenades sur la foule, pointe un fusil M 16 sur l’audience tétanisée.
Pas d’explosion ni de coup de feu. L’homme s’installe tranquillement au micro et commence son discours. Et une part de l’assistance reconnaît cette voix familière : il s’agissait du directeur de la DIA, un général donc, qui s’était déguisé en « terroriste », et avait voulu montrer à ses ouailles combien il était facile de s’introduire dans un bâtiment (dans les universités américaines, il n’y a pas de contrôle à cette époque) et éliminer la fine fleur du contre-terrorisme américain. En récupérant son uniforme, le général eut ces mots prophétiques : « un jour des terroristes s’attaqueront à un bâtiment comme celui-ci à Washington ou à New York. Ils provoqueront la mort de centaines de victimes et un choc psychologique sans précédent. La question n’est pas de savoir si un tel acte aura lieu sur le territoire américain, mais quand et où. C’est à vous, Messieurs, de vous préparer. C’est entre vos mains que repose la sécurité de notre territoire ».
C’était en 1998. Trois ans plus tard, 19 hommes terroristes décidés provoquent la mort de 3000 personnes dans l’attentat terroriste le plus « spectaculaire » de ce début de XXIe siècle à New York, frappant même la DIA à Washington.
Dire que la bourgeoisie laisserait faire les attentats terroristes tombe aussitôt sous le coup de l'auto-censure de tout sergent de base gauchiste ; cette bonnasse morale anti-politique des gauchistes pacifistes et anti-racistes de tout poil - « hé, tu sacrifies à la théorie du complot ! » - dénégation et solide paravent qui fait partie intégrante de la structure mentale de tout aficionado de la novlangue officielle, des divers « je suis Charlie », « je suis Bataclan » et autres versions de « je suis con ». Peu importe, et il est évident que prédominent deux interprétations journalistiques curieuses qui justifient en cascade le système de pérennisation de la terreur « ambiante » :
  • daech étant défait, sur son terrain local, organiserait le retour et l'action de ses tueurs avec des moyens réduits : camion de location contre la foule et finition au couteau ;
  • les nouveaux tueurs seraient une génération spontanément musulmaniaque surgie du sol occidental pervers et mécréant.
L'utilisation de moyens réduits, voire d'ustensiles de cuisine, prouverait l'affaiblissement de daech mais surtout l'efficacité de la protection policière occidentale, dont on apprend épisodiquement qu'elle a déjoué un certain nombre d'attentats, sans preuve aucune certes. Cet argument sert surtout de justificatif à l'impuissance du blindage policier à protéger la population ; le meilleur renforcement policier n'empêchera jamais de se produire l'acte puant de drogués au captagon.
La société capitaliste actuelle éjecte suffisamment d'individus en les paupérisant et en les humiliant qu'il serait benêt de croire qu'elle veuille faire disparaître les relents de jalousie et de vengeance. Une société qui exalte partout la mort, mort de toute relation humaine, mort de tout dialogue, mort de tout respect pour les exclus, ne peut pas s'attendre à enfanter des enfants de... cœur, quelles que soient les invocations religieuses d'hommes rendus à l'état de bestiaux sauvages. Il y a en effet un rejet de « cette » civilisation moderne, une volonté de détruire tout ce qu'elle recèle d'hypocrites conventions, mais un rejet plus nihiliste que musulman ; et c'est là la force des deux menteurs du système : celui qui crie contre le terrorisme « islamiste » qui veut annihiler « notre civilisation » et celui qui plaide en faveur d'une « civilisation islamique » 12; l'alternative était jusqu'à une date très récente dans le parcours des siècles, le communisme, faut-il en changer le nom pour qu'il redevienne le seul crédible pour l'avenir et sortir les désespérés de l'ornière où le système machiavélique les piège ? L'histoire de l'humanité regorge de période de recrutement de tueurs sans foi ni lois, ce qui n'est pas propre au seul capitalisme, mais une preuve de plus qu'il joue les prolongations.
Seul ou télécommandé le tueur dit islamiste se vit comme un soldat, ce qui est une promotion comme je l'ai déjà souligné face à la catégorie d'ouvriers ; il se vit comme héros, plus ou moins chanceux, d'une guerre contre l'ennemi dominant mais sans jamais l'atteindre au cœur, il s'en prend aux sans-défense pas aux rois ni aux palais. C'est pourquoi le concept de kamikaze convient à peu près pour le caractériser, sauf que le kamikaze japonais s'en prenait aux militaires et pas aux civils. C'est le progrès dans sa continuité ! Mais à peu près, car nous ne sommes pas en guerre mondiale, en dépit des approximations du pape et de certains plumitifs, c'est la population civile en Occident comme en Orient qui est visée mais en même temps les divers symboles et institutions de la société capitaliste occidentale, certes décadente mais pas pour les raisons délirantes des embrigadés de dieu.
Seul (avec mister dieu) ou télécommandé (par réseau d'internet dans sa solitude de branleur) le semi-kamikaze – kamikaze-bestiau - rend complètement service au système bourgeois, ce monstre inhumain qui pose alors à la victime sur le corps encore chaud des humains massacrés pour une guerre sans cause apparente, pleine de bruit et de fureur. La menace de l'attentat, aux causes toujours opaques, sert l'ordre dominant et à paralyser les populations, surtout le prolétariat, pas encore à aller à la guerre mondiale. Mais un bon conditionnement pour le long terme.


PETIT RAPPEL DE LA MODE KAMIKAZE DE JADIS

KAMIKAZE : À l'été 1944, le quartier général impérial, afin de freiner la poussée ennemie, décide de constituer une unité spéciale d'attaque (Tokkōtai) chargée par son sacrifice d'invoquer les Kami pour réitérer le miracle de 1274 (voir la section Étymologie).
Cette unité était composée en majorité d'étudiants volontaires fraîchement appelés sous les drapeaux (ils avaient été épargnés jusque là, devant constituer l'élite du futur empire). Ces cadets décollaient sans parachute et ne revenaient à leur base qu'en l'absence de navires ennemis. L'appel dans cette unité était à la fois un honneur important et une sentence de mort. Vers la fin de la guerre, l'entraînement était réduit à sept jours (deux jours pour apprendre le décollage, deux pour le pilotage et trois pour les tactiques d'attaque)13.
Au cérémonial de départ d'une attaque, les militaires vouaient allégeance à Hirohito, l'Empereur du Japon, récitaient un tanka comme poème d'adieu en référence au devoir de sacrifice puis buvaient l'ultime saké en se tournant dans la direction de leur région de naissance. Ils nouaient autour de leur front, par-dessus le casque de vol, un bandeau Hachimaki aux couleurs du drapeau du Japon (Hinomaru) (drapeau au disque solaire), blanc orné d'un disque rouge. La variante Kyokujitsuki, drapeau de la marine impériale japonaise avec seize rayons entourant le disque rouge, existait aussi.
Cet acte de sacrifice s'accompagnait souvent d'un cri de guerre (comme au temps des samouraïs) pour se donner du courage - le fameux « Tennō heika banzai » (天皇陛下万歳!?, signifiant littéralement « Longue vie à Sa Majesté impériale ! ») ou plus communément banzai, terme emprunté à la culture chinoise, tant utilisé ensuite au cinéma.
Si certains kamikazes étaient volontaires pour se sacrifier pour leur empereur, d'autres étaient contraints à cet acte par l'état-major militaire et la pression sociale15
ACTION SUICIDE A COURT TERME...
Quel que soit le pays auquel appartient le pilote qui se jette sur sa victime, les attaques-suicides sont le plus souvent menées dans une atmosphère de catastrophe et d'action de la dernière chance devant un ennemi toujours plus nombreux et en apparence invincible.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon ne fut pas le seul pays à prendre ce genre d'initiatives. En octobre 1944, sous le régime nazi, Goering fit appel en dernier recours à des unités aériennes qui devaient s'écraser sur des objectifs alliés lors de l'invasion du Reich. Toutefois, cette action ne fut mise en pratique que de manière très minoritaire par rapport aux frappes massives de l'armée japonaise. De plus, certains pilotes désobéirent à ces ordres, la notion d'honneur n'étant pas comparable avec la vision japonaise17. Néanmoins, plus d'une centaine de jeunes pilotes de la Luftwaffe se sont portés volontaires ; seuls six d'entre eux ont survécu.
Quelques initiatives similaires eurent lieu pendant la Première Guerre mondiale et surtout la Seconde Guerre mondiale :
  • des pilotes russes et allemands sectionnaient les ailes des avions ennemis avec leurs propres ailes ou entraient volontairement en collision avec l'appareil adverse ; pour ces actions sur le front de l'Est, on parle d'attaque taran ;
  • certains pilotes de la Royal Air Force projetèrent leur avion contre les V1 allemands pour les empêcher de s'écraser sur la Grande-Bretagne, ou les tirèrent à bout portant et furent détruits par l'explosion de la bombe. C'est ainsi que Jean Maridor, des Forces aériennes françaises libres, perdit la vie18.
NOTES

1Ambiant : Se dit du contexte intellectuel, moral, etc. : Être influencé par la neutralité ambiante. (Larousse)
2Au mois de mars, sur le pont Westminster au pied du Parlement britannique. Et celui de Berlin en septembre 2016 où le tueur avait réussi à s'enfuir en Italie (preuve que les assassins islamistes ne sont pas si suicidaires qu'on le dit) mais finalement rattrapé et abattu par la police (ce que personne ne reproche à la police, ni la mouvance islamiste « radicale » ni leurs soutiens pacifistes islamo-gauchistes). Heureusement qu'on a internet, dans la mémoire commune tout tend à se mélanger, or il serait peut-être intéressant de se penche sur la fréquence et la période des crimes de masse ou de musulmanie létale individuelle :
13 juin 2016 : un couple de policiers égorgés à Magnanville
14 juillet 2016 : crime de masse à Nice
26 juillet : égorgement du prêtre de Saint-Etienne du Rouvray.
20 avril: meutre du policier homosexuel sur les Champs Elysées.
3http://www.nonfiction.fr/article-8475-le_jt_de_socrate__rousseau_et_la__guerre_mondiale__contre_le_terrorisme.htm
4« Une fois passés les mois sacrés, tuez les incroyants où que vous les trouviez. Prenez-les, assiégez-les, dressez-leur des embuscades. S’ils se repentent, font la prière, acquittent l’aumône, laissez-leur le champ libre, car Dieu pardonne, il a pitié. »
5Ce qui est un pieux mensonge !
6Vrai de vrai, combien de fois n'ai-je pas ouï cette menace lors de nos grèves « sauvages ».
7Comme vient de le démontrer le revirement de Trump contre l'hypocrite conférence sur le climat, et Trump ne s'est pas fait que des ennemis, il y a des soutiens des cartels pétroliers dans tous les pays ; et ce n'est pas le petit rigolo Hulot ni ses comparses bobos du magma écolo qui y changeront quoique ce soit, de même que les gentils pacifistes anarchistes n'ont jamais empêché ni arrêté les guerres capitalistes fomentées par les grandes puissances.
8Le même type d'ambiguïté se perpétue sur la causalité de base du crime sous couvert d'Allah : la perfide Albion est culpabilisée pour sa tolérance à l'islamisme (c'est un fait mais pas une cause) et la France pour son « racisme » face aux boat-people syriens. Soit tolérant mais pour ne pas être intolérant comme moi, mais de quel point de vue ? La mère May fait mine contrite mais elle est directement responsable du laxisme à l'égard du londonistan et de la fossilisation des ghettos planques à prêcheurs de haine.  Le scénario "hollywoodien"des fachos daechiens est lui à tolérance variable dans le meurtre - la mise en scène des égorgements en plein désert fait partie du vintage s' horror - les connards de Paris avaient déclaré ne pas tuer les femmes, mais dans la version lower price  leurs confrères à Londres les ont égorgées... Tout est faux et fourbe dans leurs communiqués (d'où? et validés par quelle autorité? Le roi Fahd puis Abdallah? la CIA? le Qatar siège de l'agence Aamaq de daechiotte?) comme dans le coran, condensé d'idioties antiques qu'ils n'ont d'ailleurs jamais lu, compil défendue comme sacrée et intouchable par une masse de bigots encore pacifistes. Un docte "spé" de France infaux nous expliquait dimanche que daechiotte tardait à revendiquer tel ou tel attentat pour ne pas se ridiculiser en couvrant un fait divers. C'est fait! On apprenait ce même jour que le scénariste de daechiotte avait revendiqué le massacre aux Philippines (37 personnes tuées dans un incendie criminel), l'assassin n'était qu'un pauvre type endetté qui avait voulu simplement "se venger".
le Qatar Saint Germain...
9On a appris ces jours-ci que les services secrets des forces armées secrètes occidentales se rendent service mutuellement pour « neutraliser » (= zigouiller) hors-la-loi démocratique les petits tueurs qui veulent « revenir au pays » ; personne ne s'en plaint, les familles religieuses apprennent qu'ils sont « morts au combat ». Mais ici, après-coup la police parade, dérisoirement et fouille méthodiquement et cyniquement la foule, preuve du fond de l'antiterrorisme : terrorise le prolétariat ! Plusieurs londoniens se sont battus avec les bestiaux assassins pour limiter leurs crimes, bravo ! Il viendra le temps où toute la population exigera d ' être armée... Je suis sûr que beaucoup se baladent désormais avec des armes blanches ou des matraques et que le petit terroriste lambda risque plus de tomber sous les coups d'un anonyme que de l'arrivée une heure plus tard de la soldatesque, au train où vont les assassinats ...spontanés. C'est d'ailleurs ce que craint l'Etat bourgeois puisqu'il ne cesse de radoter qu'il « renforce le dispositif anti-terroriste » qui ne sert à rien à chaque fois !
10Dimanche sur la radio d'Etat, le petit chauve de l'UMP chargé des questions policières, et futur ministre de ce milieu.
11histoire-de-la-corruption-sous-la-5e-republique sous la direction de Yvonnic Lenoël et Jean Garrigues.
12Un version de civilisation vachement pacifique selon son propre programme politico-religieux ou religieux-politico : Sourate IV-38. « Les hommes sont supérieurs aux femmes en raison des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci, et parce que les hommes emploient leurs biens pour doter les femmes. Les femmes vertueuses sont obéissantes et soumises ; elles conservent soigneusement pendant l'absence de leurs maris ce que Dieu a ordonné de conserver intact. Vous réprimanderez celles dont vous aurez à craindre l'inobéissance ; vous les reléguerez dans des lits à part, vous les battrez ; mais aussitôt qu'elles vous obéissent, ne leur cherchez point querelle. Dieu est élevé et grand. »
Sourate IV verset 56 ou 59 « Ceux qui ne croient pas à nos versets (ou à nos signes), nous les pousserons au feu. Chaque fois que leur peau sera brûlée, nous leur donnerons une autre peau pour qu'ils goûtent le tourment.»

lundi 29 mai 2017

LE PROLETARIAT PEUT-IL GERER LA SOCIETE (2) A Albi des ouvriers propriétaires de leur exploitation?

« Ma patronne m'a demandé de voter pour Macron, je lui ai dit merde ». Une caissière de supermarché
« Ce ne sont pas les ministres qui gouvernent, c'est le capitalisme ». Jean Jaurès


L'historique de la Verrerie ouvrière d'Albi se termine par un curieux constat de triomphe de l'union rêvée, pacifiste et béate du capital et du travail ; son raisonnement tient plus du délire que d'une argumentation rationnelle ; c'est la logique réformiste électorale du parti socialiste (d'époque) appliquée au système financier : en devenant actionnaires les ouvriers étaient en route pour subsumer le capital ! Or, le rédacteur, un peu inconscient de ce très vieil article a passé souvent plus de temps, par devers lui, à nous montrer ce qui clochait tellement et contrastait avec le collage du terme socialiste, déjà depuis 1848 une large partie du prolétariat avait compris que la coopération c'était du bidon, et une belle arnaque, pour ne pas dire la misère pour les ouvriers qui adhérèrent à cette idéologie plus propre au passé anarchiste anti-centralisateur et villageois. L'expérience coopérative, dans sa mise en route, lors de ses premiers pas s'avère une grosse arnaque intégrable par le capitalisme et dissolution lamentable du projet socialiste/communiste. Sauf si l'on prend pour imitation quelques expériences autogestionnaires dans la Russie de 1917 et dans l'Espagne de 1936, qui ont toutes révélées l'inanité de la théorie étroite et mercantile de l'autogestion anarchiste localiste, aussi apolitique – mais finalement récupérées comme à Albi, par l'Etat, qu'il nationalise ou favorise un partenariat d'actionnaires ouvriers. Notre rédacteur enthousiaste se base enfin sur Waldeck-Rousseau, un libéral intelligent qui a oeuvré intelligemment pour la bourgeoisie en légalisant les syndicats... c'est comme si moi je comptais sur Macron pour favoriser la dictature du prolétariat. S'ils rechignent au début, les syndicats, encore vraiment plutôt partie intégrante du mouvement ouvrier, il n'est guère étonnant déjà qu'ils succombent au charme vénéneux de la coopération... des classes. Les coopératives n'ont servi qu'à subsumer les supermarchés modernes et les syndicats actuels à subsumer la paix sociale et le maintien de la misère. Jaurès fait pitié lorsqu'il présente les syndicalistes comme l'élite ouvrière, ce sont déjà de fieffés arrivistes, et des fainéants, qui finissent souvent patrons de café ou directeur d'usine « autogérée » comme la verrerie d'Albi - mais par des administrateurs syndicaux, et encore « prolétaires » » comme le dit si bien le juge cité en cours de route, mais pour mieux les faire passer pour des amis du prolétariat. Cette histoire de gestion par les ouvriers eux-mêmes est un long mensonge déconcertant qui peut aligner sur la même place d'infamie bonimenteurs anarchistes, staliniens et trotskistes, qui tous à leurs époques nous ont enfumé avec pour projet le "contrôle ouvrier"  des entreprises par... les syndicalistes. Drôle de socialisme que celui qui imagine la vie économique gérée par des militants syndicaux gauchistes ou pas, heureusement la description des licenciements opérés dès la construction de la coopérative verrière cathare, nous prémunit contre toute illusion sur la confiance en des délégués « élus » du syndicat ou même «élus » des AG ; la notion d'élu devra d'ailleurs sauter tôt ou tard.
La coopérative d'Albi on s'en fiche complètement avec les drames du début du XX e siècle, l'affaire Dreyfus qui va préparer l'Union sacrée, la guerre mondiale et les bouleversements révolutionnaires en Russie rendent dérisoire le souvenir d'une micro arnaque socialiste locale et réformiste. La petite entreprise a subsisté jusqu'aux années 1980 sous l'aile du très capitaliste trust Saint Gobain, et passe en ce moment sous le derrière d'un fonds de pension américain.
Relire l'expérience malheureuse des ouvriers albigeois à la fin du 19e siècle, pris dans l'étau de l'impossibilité de recommencer une expérience aussi sanglante que celle de la Commune et laisser la bourgeoisie gouverner, nous intéresse cependant toujours par contre, parce qu'elle confirme la pourriture du mythe de la coopération capital-travail. Les ouvriers propriétaires de leur exploitation, quelle fable grimaçante, mais moins drôle que celle d'ouvriers actionnaires d'un syndicat-patron, pré-stalinien ! Un dicton prolétarien disait depuis toujours:"les patrons ont besoin des ouvriers mais les ouvriers n'ont pas besoin des patrons". Oui mais à condition de ne pas se placer sur le terrain économico-capitaliste des managers, mais à condition de poser la transformation de la société par une révolution politique et sociale. Cette dernière alternative avait été le choix général et dominant après la Première Guerre mondiale. Aujourd'hui, les prolétaires de telle entreprise en faillite ou lâchement abandonnée ne prétendent plus ni autogérer ni espérer une nationalisation, ils attendent un "repreneur"...

C'est en Italie vingt ans plus tard que, non seulement les syndicats confirment comme partout ailleurs qu'ils sont devenus des instruments du capital, mais que même s'ils se déguisent sous le nom de « conseil d'usine » - dans la théorie de Gramsci – et qu'ils confirment leur vocation localiste à « avoir du pouvoir dans l'usine », c'est qu'ils n'ont pas vocation à renverser l'Etat bourgeois. A une échelle plus large et plus violente que l'expérience d'Albi, l'occupation des usines dans le Nord de l'Italie en 1920 a brièvement fait croire à nouveau que c'était le but que devaient se fixer les prolétaires : gérer leur usine et non pas se battre au plan politique pour à terme renverser l'Etat. Philippe Bourrinet nous résume bien l'enjeu à travers la polémique Gramsci/Bordiga.

« L'ambiguïté dans la confrontation Gramsci/Bordiga tenait dans la définition même du terme de «conseil d'usine». Il pouvait être autant défini comme un organe de gestion que comme un comité de lutte spontané et illégal. Et Gramsci de souligner la supériorité de ce qu'il appelle « conseil d'usine », à la différence des syndicats toujours liés à la légalité bourgeoise : « Du fait de sa spontanéité révolutionnaire, le conseil tend à déchaîner à tout moment la guerre de classe (…) Le syndicat, en tant que responsable solidaire de la légalité, tend à universaliser et à perpétuer cette légalité ». Dans sa confrontation avec Gramsci, Bordiga soulignait l'impuissance d'un conseil d'usine, directement lié à l'entreprise : « Quand le conseil sort de la légalité, le patron, au moyen des gardes royaux le fait (…) sortir de l'usine et alors les ouvriers viennent au syndicat, à la Bourse du travail ». Au cours de l'occupation des usines du Piémont à la Lombardie, en septembre 1920, les conseils constitués, surtout à Turin, ne quittent jamais les postes de travail pour gagner la rue. Avec l'aide des quelques ouvriers restés « à leur poste », ils organisent la production de manière autonome. Ce qu'ils font avec une grande fierté. Pendant un bref laps de temps, l'idéal gramscien productiviste semble se réaliser. Le syndicat qui « organise les ouvriers non comme producteurs, mais comme salariés », sort de la scène. L'objection faite par Gramsci à Tasca, à savoir que le conseil « tend, dans ses formes supérieures, à traduire la configuration prolétarienne de l'appareil de production et d'échange créé par le capitalisme aux fins du profit », semble « validée ». Les ouvriers prouvent qu'ils peuvent produire dans les « règles de l'art », poussés par l'amour du « travail bien fait », sans surveillance des contremaîtres et poussés par une discipline « librement consentie ». Bons soldats de la production, les ouvriers ne s'approprient même pas la survaleur (plus-value) puisque, au terme des occupations, après avoir vainement tenté de vendre leur production, ils la remettent au patron. L'occupation des usines en Italie du Nord fut l'acmé du mouvement prolétarien en Italie, son sommet et le début de son déclin (…) Lorsque, au cours de l'été 1920, les demandes répétées d'augmentations salariales sont rejetées par les industriels, le syndicat des métallos (et non le conseil d'usine!) décida, en représailles, de saboter la production et d'occuper l'usine en réponse à un violent lock-out patronal  (…) Avec l'évacuation des usines par les ouvriers, l'enthousiasme « spontanéiste » de Gramsci se dégonfla comme une baudruche. Comme n'avait cessé de le répéter Bordiga, l'heure était venue non d'occuper les usines et de se laisser occuper par leur gestion, mais de former des partis communistes, en vue de mettre fin à l'exploitation capitaliste » 1.


SUITE ...

Les députés socialistes font leur entrée au milieu d'un vacarme effroyable. Applaudissements, sifflets et cornets à bouquin font une terrible cacophonie ; des rixes s'engagent.
M.Pelletan préside, assisté de M.Millerand.
  • « Citoyens..., » commence M.Jaurès, mais le tumulte l'empêche de continuer.
    On crie « Conspuez Jaurès ! » et « Démission ! ».
M.Millerand s'adresse au commissaire de police M.Orsini : « Le bureau vous fait l'honneur de vous demander, lui dit-il ». - « Monsieur, répond le commissaire, je vous fais l'honneur de vous dire que je connais mon devoir ».
M.Pelletan s'écrie à son tour : « Faites donc expulser les dix siffleurs qui sont là ».
  • « De quel droit me parlez-vous ainsi ? Répond M.Orsini. »
    La bagarre devient générale.
    « Puisque vous êtes impuissants, reprend le commissaire, à maintenir l'ordre dans la salle, je déclare la réunion dissoute ».
    Les gendarmes envahissent la salle. Un gendarme y pénètre même à cheval. Un député, M.Chauvin, est arrêté.

* * *
Le soir M.Jaurès prit la parole à l'hôtel Boyer :

« Nos adversaires, s'écrie-t-il, prétendent que j'ai perdu votre confiance. Pourquoi donc s'opiniâtrent-ils à empêcher une réunion où pourrait se vérifier leur calomnie ? Si je vous ai trahis, si je n'ai annoncé que des ruines, moi qui ai fait tout ce que j'ai pu pour vous, ils avaient beau jeu pour m'accabler. Ils pouvaient venir se dresser devant moi, et m'accuser ! Ils n'ont point osé, parce qu'ils savaient qu'il sortirait alors de ma bouche une parole vengeresse, et de la vôtre une parole de confiance.
« Mais je n'avais pas besoin de cette parole. Elle était écrite d'avance dans ma conscience, dans la conscience de ce que j'ai fait pour la mériter. Depuis trois années, vous le savez, je n'ai pas réservé un jour, pas une heure pour ma satisfaction personnelle. Je vous ai donné tout mon temps, tout mon cœur, et ma vie tout entière.
« Aussi, je n'avais pas besoin d'une formule de confiance de votre part. Votre confiance, je l'ai sentie dans vos serrements de main, je l'ai lue dans vos regards, je l'ai entendue dans vos acclamations. Et nos ennemis auront beau disperser nos réunions, ils auront beau lâcher contre nous une poignée de pauvres ouvriers domestiqués, corrompus ou égarés, ils ne dissoudront pas du moins la communion des sentiments qui nous lie ensemble : nous n'avons qu'une pensée, qu'un cœur, qu'une volonté, et il n'y a pas de police qui puisse dissoudre cette réunion-là ! »

      M.Jaurès explique ensuite le plan « conçu visiblement par l'opportunisme capitaliste ». S'il s'acharne sur Carmaux, c'est parce que sa population limitée à trois ou quatre mille hommes, lui offre plus de facilités que les grands centres socialistes. C'est aussi parce qu'il est représenté à Carmaux par deux complices puissants, le grand mineur Reille et le grand verrier Rességuier. Le premier, qui s'avouait monarchiste, et le second, qui se prétend républicain, se sont dit qu'il leur fallait s'unir contre le péril commun ; l'un s'est rapproché de la République, l'autre s'est rapproché encore de la réaction. A la même heure, partout le même rapprochement s'est opéré, partout les deux éléments autrefois distincts se sont confondus pour livrer la même bataille.

« Et vous le voyez ici, poursuit l'orateur, chercher à multiplier les procès, les renvois. Ils voudraient vous effrayer, briser vos courages, par la crainte du chômage, de la misère, de la faim. Mais ils ne réussiront pas, car toute la France ouvrière vous soutiendra, et puis, vous serez aussi avisés qu'ils seront violents. Quel enseignement ! Ces hommes si riches et si puissants, qui peuvent faire manquer de pain vos femmes et vos enfants, ne peuvent contraindre ces mêmes prolétaires dont ils disposent, à partager leurs opinions. Et voilà bien pour eux la pire défaite !
« J'y pensais tout à l'heure en voyant une poignée d'ouvriers injurier d'autres ouvriers comme eux, leurs camarades et leurs frères. Il y avait, sans doute, parmi ces insulteurs des hommes qui, jadis, avant d'être vaincus par la misère, s'avouaient des nôtres. Quel mérite a le patronat dans ce recrutement apparent et mensonger, et combien de temps pourra-t-il compter sur de telles adhésions ? Où les trouvera-t-il demain ? Mais toi,, Rességuier, qui as brisé ton syndicat pour ne rencontre aucune volonté en obstacle à la tienne, toi qui a demandé à tes renégats de nous siffler pour toi, c'est toi, maintenant, qui es leur débiter, c'est toi qui as besoin d'eux !
« Et quand tu voudras désormais les commander, qui te dit que ton ouvrier ne relèvera pas la tête pour te répondre : « J'ai sifflé pour toi, il faut maintenant que tu paies pour moi ! »
« Oui, la classe capitaliste est condamnée à disparaître ou à succomber. Car, de deux choses l'une : ou elle laissera au peuple toute liberté, et il s'en servira pour instituer pacifiquement un ordre social nouveau ; ou elle essaiera de grouper autour d'elle, par la menace, par la peur, par la famine, quelques légions d'esclaves, et les légions d'esclaves se transforment fatalement en des légions de révoltés !
« C'est par elle-même que le peuple apprend tous les jours quel est le problème à résoudre. Jusqu'ici, il a cru qu'il suffisait de changer le nom de son gouvernement, de découronner des rois, et voici qu'il s'est aperçu qu'en changeant les titres, il n'a pas changé la réalité du gouvernement.
« En effet, ce ne sont pas les ministres qui gouvernent, c'est le capitalisme. Ici, c'est Reille, c'est Rességuier ; ailleurs, c'est Schneider ; ailleurs, un autre. Les gouvernements qui passent ne font qu'exécuter la volonté des véritables maîtres qui demeurent, de ceux qui possèdent la propriété et le capital. ».

    1. - Les dissidents.

Pour les fêtes d'inauguration de la verrerie, des anarchistes albigeois avaient prié M. Fernand Pelloutier, secrétaire général de la Fédération des Bourses du Travail, de parler au meeting.
Grand émoi au syndicat des Verriers : une réunion spéciale fut tenue par les administrateurs de la Verrerie et la commission de la fête. M.Pelloutier était anarchiste ! Devait-on aussi inviter Jean Grave, qui avait envoyé des subsides pendant la grève ? Devait-on laisser parler Pelloutier, qui faisait partie du comité d'organisation de Paris ? Voilà des questions bien embarrassantes pour des révolutionnaires devenus organisateurs, pour des grévistes devenus administrateurs ! La première réunion n'eut pas de résultats ; une seconde réunion tenue le lendemain, donna gain de cause aux « partisans de l'ordre ».
Ce qui n'empêcha pas les anarchistes de venir à Albi et de se renseigner auprès des mécontents. Et ceux-ci leur dirent que le « citoyen Baudot gouvernait » à sa guise le chantier de la verrerie et y édictait les règlements les plus tyranniques 2. Pour y travailler, on était obligé d'être membre du Syndicat et de faire de la « politique socialiste » ; c'est à dire d'accepter les contributions pécuniaires que pouvait voter le Syndicat, pour les campagnes électorales.
Les administrateurs du syndicat se seraient laissé imposer, pour le logement du personnel administratif, une contribution qui coûterait 65.000 francs3 et sur laquelle il fallait verser des avances, alors qu'ils ignoraient si le Comité pouvait recueillir assez d'argent, pour que la fabrication pût commencer en novembre. Le règlement du chantier, élaboré M.Baudot était applicable à tous, disait-on, sauf à lui. Enfin les verriers auraient ignoré complètement les statuts de la société et les actes du Comité d'action, et à toute demande d'explication il leur était répondu : « L'intérêt de la verrerie exige le silence ! ».
De retour à Paris, M.Pelloutier saisit le Comité de la question. Le Comité trouva excessif le règlement du chantier, et vota les deux résolutions suivantes, la première pour être ajoutée aux statuts, la seconde pour être notifiée aux administrateurs : « 1e Aucun employé ou ouvrier de la verrerie ne pourra être congédié à raison de ses opinions politiques ; 2e le Comité émet le vœu que les fonctionnaires et le personnel de la verrerie ouvrières n'oublient jamais les principes de communauté, de solidarité et de liberté politique, qui doivent animer des socialistes. »
M.Pelloutier devenait gênant ; certains ouvriers anarchistes de la verrerie, encouragés par lui, se montraient arrogants vis à vis du Conseil d'administration. M. Hamelin, membre du Comité d'action de Paris et en même temps administrateur de la verrerie, écrivait au syndicat des verriers d'Albi : « Surveillez les anarchistes de la verrerie ouvrière ; nous nous chargeons du Comité d'action... ».
Le Conseil d'administration réunit aussitôt le syndicat (8 et 9 décembre) et fit voter par 40 voix contre 264 la mise à pied de quatre ouvriers (article 6 du règlement) : MM.Léon Valette, Etienne Guegnot, Guéritat et Victor Sirven. Cette mise à pied était limitée à une période de huit jours.
Le lendemain les ouvriers sommés de quitter le chantier refusèrent de s'incliner devant cette injonction et firent signer par quarante neuf de leurs camarades une protestation.
Le syndicat se réunit de nouveau le 12 décembre. Le renvoi des récalcitrants fut voté par appel nominal, et non au bulletin secret, ainsi que le voulait le règlement.
« Réfléchissez bien, dit M.Baudot avant le vote, car nous reconnaîtrons ceux qui, en votant le renvoi, veulent la prospérité de la verrerie, et ceux qui, en votant contre, veulent sa chute ».
Il y eût 117 voix pour le renvoi, 21 contre et 16 abstentions. 60 ouvriers quittèrent la salle au moment du vote et refusèrent d'y prendre part.
Les renvoyés adressèrent alors la lettre suivante au Libertaire.

Albi, le 14 décembre 1896.

Camarades,

On vient de nous frapper quatre de renvoi pour avoir, prétend-on, violé le règlement intérieur de l'usine. Nous vous rappelons, en passant, camarades, que c'est également au sujet de règlement intéreur de la verrerie Rességuier qu'a éclaté la fameuse grève de Carmaux. En effet, Baudot fut frappé par Rességuier pour avoir manqué plusieurs jours sans autorisation. Ce fut le prétexte dont on se servit contre lui. Eh bien ! Aujourd'hui, ce même Baudot et ses collègues, administrateurs de la verrerie ouvrière, se servent du même motif pour nous frapper, quatre d'abord ; d'autres suivront sans doute.
Nous allons maintenant vous dire pourquoi et comment nous tombons sous le coup du règlement intérieur de l'usine.
Pour avoir demandé des comptes sur la gestion de l'usine, le camarade Guegnot (Etienne) s'est vu frappé d'une mise à pied de huit jours.
Pour avoir dit que le conseil d'administration coûtait trop cher (soixante-cinq mille francs), et que l'on aurait pu dépenser moins pour cela, et d'ajouter l'argent pour mettre les fours en activité, le camarade Valette (Léon) : huit jours de mise à pied.
Pour avoir déclaré que le règlement était applicable à tous et que, quand Baudot arrivait en retard, on ne lui faisait pas d'observation, tandis qu'à d'autres, pour dix minutes de retard, on leur mettait une heure en bas, le camarade Sirven (Victor) : huit jours de mise à pied.
Pour avoir exprimé l'opinion qu'on voulait inféoder la verrerie ouvrière à un parti politique et que le syndicat, en tant que syndicat, s'ingérait trop dans la direction de l'usine, le camarade Guéritat (père de cinq enfants) : mise à pied de 8 jours.
Guéritat et Guegnot, n'ayant pas tenu compte de cette décision et ayant continué leur travail (quel crime!), cette circonstance a amené le renvoi immédiat de ces deux ouvriers.
Quant à Sirven et Valette qui, indisposés, ne s'étaient pas présentés sur le chantier, il fut, en même temps, décidé que s'ils ne se conformaient pas à la mesure prise contre eux, ils subiraient le même sort ; or, ce matin, s'étant présentés pour travailler, on leur signifia leur renvoi et qu'ils ne faisaient plus partie de l'usine.

VALETTE (Léon), avenue de Carmaux à Albi, GUEGNOT (Etienne), rue Castelnaux à Albi, GUERITAT, rue de Carmaux, 84, à Albi, SIRVEN (Victor)

Les dissidents réussirent à intéresser à leur cause les bureaux de la plupart des syndicats ouvriers d'Albi : les chapeliers, les diverses sections du bâtiment ainsi que le cercle socialiste. Une démarche fut faite, mais inutilement, auprès de l'administration de la verrerie, et voici l'ordre du jour voté par les syndicats, dont quelques considérants valent d'être cités :

Considérant que la décision du Conseil d'administration de la Verrerie ouvrière, frappant quatre travailleurs de cette verrerie, est une vraie condamnation à mort pour les citoyens Guérita,Guégnot, Valette et Sirven ; que cette condamnation a été demandée et appliquée par celui et ceux pour lesquels, à l'ombre d'un principe, ces camarades ont tant souffert ;

Considérant qu'il ne serait pas humain de ne tenir aucun compte des souffrances endurées par tous les verriers d'Albi ; que, de plus, parmi ces quatre camarades, il s'en trouve un, père de cinq enfants en bas âge ;
Il est indispensable, au point de vue socialiste, comme au point de vue humanitaire, de savoir quelquefois s'agiter au sein des groupements ;
L'assemblée demande à l'administration de la verrerie de bien vouloir réintégrer purement et simplement les quatre ouvriers Guéritat, Guegnot, Valette et Sirven.

* * *
L'assemblée générale des actionnaires de la Verrerie votait elle-même un ordre du jour de clémence en faveur des quatre expulsés.
« L'Assemblée générale des actionnaires de la Verrerie ouvrière, dans sa séance du 16 janvier 1897, délibère :
« A l'occasion de la reprise du travail des anciens affamés de Rességuier, dans une usine construite par le Prolétariat tout entier, il ne doit plus y avoir aucune trace des divisions passées, et tous ceux qui ont lutté contre cet exploiteur doivent trouver place à l'atelier social.
Néanmoins, l'assemblée reconnaît qu'on ne peut arriver à aucun résultat s'il n'y a pas d'organisation et de discipline dans une œuvre commune.
En conséquence, elle déclare que les citoyens Guéritat, Guegnot, Sirven et Léon Valette reprendront leur place au travail au milieu de leurs camarades, aussitôt qu'ils auront pris l'engagement, en assemblée générale, du personnel de l'usine :
1° De faire leur devoir comme tous les autres travailleurs de la Verrerie ouvrière ;
2° De reconnaître le Conseil d'administration régulièrement nominé d'après les statuts ;
3° De se soumettre aux règlements qui seront élaborés et votés en assemblée générale du personnel de l'usine.

* * *
Enfin, contre leurs anciens camarades, les quatre renvoyés faisaient appel aux tribunaux. Et le juge de paix d'Albi leur donna raison, par un jugement très discuté, condamnant le président du Conseil d'administration de la verrerie à payer à chacun des intéressés la somme de cinq cent francs, à titre de dommages-intérêts.
Notons les étranges considérants de ce jugement :

« Attendu que nous ne devons pas perdre de vue la position des parties les unes vis à vis des autres ;
Attendu que nous ne devons pas oublier qu'avant d'être choisis comme administrateurs, les administrateurs étaient ouvriers comme les autres ; qu'aujourd'hui administrateurs, ils redeviendront ouvriers demain, et qu'ils partagent, en tout et pour tout, les sentiments de leurs camarades ;
Attendu que, dans la situation particulière dans laquelle on se trouve, nous ne devons pas oublier que l'administrateur n'est pas autre chose qu'un ouvrier, qui n'est, comme on veut bien l'appeler, que le « copain » des autres ouvriers ; qu'il a partagé les mêmes illusions que ces derniers pouvaient avoir ; qu'ils se sont bercés du même espoir, en un mot qu'ils ont été pendant tout le temps de la grève ouvriers grévistes ensemble, exigeant les mêmes revendications ; que, par voie de suite, et malgré les changements survenus, ils croient à tort ou à raison avoir conservé les mêmes relations ;
Attendu, en conséquence, que l'administrateur ne peut pas exiger de son camarade et de son copain plus de déférence, puisqu'ils sont censés se trouver sur le même pied, que l'un et l'autre sont toujours ouvriers ;
Attendu que si nous étions en présence d'un patron ordinaire, nous nous trouverions dans une assez grande perplexité ; j'aurais à réfléchir et j'hésiterais grandement ; a priori, je ne crains pas de le dire, mon avis serait même qu'il faut pencher la balance du côté de l'administrateur et rejeter purement et simplement cette demande de dommages comme n'étant nullement justifiée ; mais aujourd'hui il ne saurait en être ainsi... ».

    1. - Période de crise : 1896-1897-1898

Le 11 juillet 1896, avait lieu l'assemblée des actionnaires de la Verrerie ouvrière.
Afin de réunir la somme nécessaire à l'entreprise, il avait été émis, pour une somme de 500.000 francs, des tickets de souscription à 20 centimes, donnant droit à l'entrée gratuite aux conférences organisées par les orateurs du parti socialiste et au tirage d'une tombola d'ailleurs non autorisée.
(…) A la fin de l'année 1896, les difficultés étaient toujours pressantes, l'argent rentrait lentement et se trouvait dépensé d'avance. En décembre, l'usine était achevée, et l'on pût commencer la fabrication, si le manque de fonds n'avait encore paralysé les efforts des verriers.
Le Conseil d'administration décida alors de négocier un emprunt auprès du Sous-Comptoir des entrepreneurs. Le notaire de la verrerie, M. Frézouls, se rendit à Paris pour toucher les fonds de l'emprunt consenti par le Sous-Comptoir ; mais on lui objecta que le Conseil d'administration n'était nommé d'après les statuts que pour six mois, et que, personne n'étant plus responsable, l'établissement financier refusait de réaliser l'emprunt. (…) L'assemblée à lieu : elle réunit quatre mille membres, presque tous hostiles. Plus de cinq cent femmes sont venues pour voter contre l'emprunt. Les orateurs hostiles à l'emprunt sont acclamés et ceux qui sont favorables sont obligés de quitter la tribune sous les huées.
Cependant M. Hamelin affronte la tempête. Il fait le récit de la lutte entreprise par les verriers et par le prolétariat entier. (…) La partie était gagnée et la verrerie sauvée du désastre immédiat. (…) Les verriers se réjouissaient trop tôt. Leur dur temps d'épreuve n'avait pas encore pris fin. (…)
Le 13 mai 1897, M.Jaurès disait, dans une conférence à Toulouse :
« Où en est donc la Verrerie ?
La situation est bonne au point de vue industriel et commercial ; d'abord parce que le capital étant presque en entier la propriété du prolétariat, pas n'est besoin de fournir des dividendes, qui pèsent sur les industries concurrentes. En second lieu, Rességuier, en chassant les militants, a chassé l'élite de ses producteurs. Au point de vue de la vente, la situation est bonne également : la clientèle d'un établissement nouveau ne se crée pas en un jour, et la Verrerie a débuté à l'époque où les marchés sont connus. Pourtant voici déjà pour la vente, des chiffres exacts, accusant les progrès accomplis (…)
Mais où est la cause des difficultés, où se trouve la cause des souffrances subies par ces braves verriers ? Au début, la verrerie n'avait pas de capital de roulement : le prolétariat avait versé 250.000 francs pendant la grève, il lui était difficile de faire de nouveaux sacrifices immédiats (…) Eh bien, le moment est venu de mettre un terme à cette situation difficile. Les organisations ouvrières de Paris ont décidé, pour le capital de roulement, d'émettre 100.000 francs d'obligations, par 20.000 obligations de 5 francs chacune. Dès maintenant, il est certain que plus de la moitié des obligations vont être prises par les organisations ouvrières de Paris, et que les autres le seront dans la région. La Verrerie sera ainsi munie de son outillage complet ».

* * *
En réalité la situation des verriers était des plus misérables. (…) Un pasteur d'Albi, M.Jolibois, écrivait à son tour qu'après avoir longtemps hésité, il était de son devoir de « crier famine et de demander du secours » pour les verriers. Il signalait des « hommes jeunes, ne demandant qu'à travailler, réduits à toutes sortes d'expédients pour se procurer quelque menue monnaie, destinée à faire vivre, ou plutôt à empêcher de mourir de faim leurs nombreuses familles ». (…)
M.Jaurès était lui-même forcé de reconnaître que la situation n'était pas réjouissante. Il paraissait même désespérer dans un article intitulé « Cloche d'alarme », publié par la Dépêche de Toulouse. « J'ai hâte, disait-il, de sonner de nouveau la cloche d'alarme pour la Verrerie ouvrière. Je l'ai déjà dit ici. Elle traverse une crise redoutable, la plus redoutable qu'elle ait encore traversée. C'est péniblement que le prolétariat, épuisé par les grèves, par les dépenses électorales, a pu réunir les capitaux nécessaires à la construction de la Verrerie. Il lui a manqué , dès la première heure, un fonds de roulement. Et ainsi, en attendant que les bouteilles fabriquées soient vendues et payées, les ouvriers verriers sont condamnés à traverser une période terrible. Ils travaillent sans salaire, et je ne sais s'ils pourront supporter longtemps la situation qu'ils soutiennent avec héroïsme. Le prolétariat laissera-t-il ainsi sombrer cette grande œuvre ? Permettra-t-il au capital qui lui la guette de s'en emparer et de triompher isolément d'un désastre ouvrier ?
(…) A la suite de l'assemblée générale du 18 décembre 1897, quarante-cinq ouvriers verriers avaient abandonné la verrerie, et lui avaient intenté un procès réclamant leur part contributive dans les 44.000 francs du fonds de grève, qui avait été versé à la caisse de l'usine.
Cet exode laissa un peu plus de travail aux ouvriers, trop nombreux pour les deux fours en fonctionnement.
Les quarante-cinq ouvriers qui faisaient ce procès à la verrerie ouvrière, s'employèrent dans les verreries de Carmaux, Montluçon, Rive-de-Gier, Masnières et Frais-Marais (Nord), Bordeaux, Vals-la-Bégude (Ardèche) et Saint-Etienne. Ils basèrent leur réclamation sur les considérants suivants :
« Attendu que les assignés (Charpentier, trésorier de la grève et directeur de l'usine, Bruyas, trésorier-adjoint de la grève et Bernard, président du Conseil d'administration de la Verrerie) de concert entre eux, et sans l'assentiment des grévistes intéressés, ont détourné de leur véritable destination la majeure partie des fonds reçus et l'ont employée notamment à la constitution de la société anonyme de la Verrerie ouvrière d'Albi, au capital de 500.000 francs, divisé en 5000 actions de 100 francs. (…)

    1. - La réussite (1899) – Conclusion.

Cependant la situation s'améliorait de jour en jour et l'année 1899 ouvrait la liste des années heureuses. (…)
Les salaires étaient portés simplement pour mémoire, chaque ouvrier ayant fait don à la verrerie d'une partie de ses salaires abandonnés, dans les moments de crise, et n'ayant conservé aucun recours contre l'administration de l'usine, pour éviter à celle-ci de ruineux procès. Il était cependant convenu que les premiers bénéfices réalisés devaient servir à solder cette dette d'honneur. Au 31 décembre 1899, il était dû de ce chef 43.124 francs aux ouvriers. (…)
Nous avons longuement insisté sur cet essai nouveau de coopération, parce que l'exemple ainsi indiqué n'a pas tardé à être imité. Les syndicats, qui s'étaient montrés jusqu'ici le plus rebelles à l'idée de la coopération, se sont lancés avec entrain dans la voie qui leur était indiquée par cete exemple.
C'est la Bourse du Travail de Paris, qui fonde une société à capital variable sous le nom de Société des ouvrier, dont le but est d'arriver pratiquement à la socialisation des moyens de production. Des ouvriers capitalistes ! Allons donc ? C'est ainsi cependant. Leur Société, organisée conformément à la loi, est constituée au capital de 1000 francs, divisé en cinquante parts de 20 francs, libérables par quart. D'ailleurs le nombre des associés et l'importance du capital sont extensibles à l'infini.
« A l'heure actuelle, disait M. Baumé, secrétaire de l'Union de syndicats de la Seine, l'ouvrier n'a pour se défendre contre le capitaliste qu'une arme : la grève, qui est un moyen d'action insuffisant. Nous avons résolu d'en employer un autre qui consiste à porter la lutte contre le capitalisme, chez le capitaliste lui-même.
« Nous invitons les travailleurs à placer dans notre société leurs économies, au lieu de les déposer à la Caisse d'Epargne. Ces fonds, accumulés, seront employés à l'achat d'actions de vastes entreprises industrielles (mines, établissements métallurgiques, industries diverses) dont les ouvriers font la prospérité. La Société des ouvriers deviendra aisni copropriétaire des ces entreprises ; ce qui lui permettra de concourir sûrement à l'amélioration du sort des ouvriers, dont elle sera mandataire.

* * *

C'est chez les employés des omnibus que la coopération exerce également son influence. Le syndicat s'efforce de créer une société coopérative pour l'exploitation des ligne sde pénétration. Déjà les capitaux sont trouvés. Il ne s'agit plus que d'obtenir les concessions.
En 1919, expire le monopole de la Compagnie des omnibus, et depuis quatre ans pas une concession ne lui a été accordée, pendant que plus de trente lignes de pénétration ont été concédées à son exclusion. Les employés espèrent pouvoir obtenir quelques-unes des nouvelles concessions, montrer par leur exploitation ce dont ils sont capables, et recueillir, en 1910, la succession de la Compagnie des omnibus elle-même. (…) Après trente ans, la Société financière serait dépossédée de tous ses droits de propriété, qui reviendraient alors à la coopérative. Mais même au cas impossible où, les intérêts n'ayant pas été versés, la Société financière se substituerait à elle, cette société devrait continuer les conditions de salaires fixées par les ouvriers et verser l'excédent de ses bénéfices dans la caisse du syndicat ouvrier.
Et le représentant de la Société financière disait à une assemblée des employés d'omnibus : « On verra l'application de cette heureuse formule de M. Waldeck-Rousseau : « Il faut que le capital travaille et que le travail possède ! »
* * *
Enfin les ouvriers du gaz songent, eux aussi, à devenir propriétaires de leur exploitation par la coopération. Il leur faut deux millions d'abord, dot le dixième à verser est de deux cent mille francs. ( …) A la réunion où fut discuté le sujet, M. Claverie, secrétaire du Syndicat, terminait l'exposé de son projet par ces mots : « Voulez-vous, oui ou non, de votre émancipation pour 25 fr. ? ».
Et il essayait de calmer les appréhensions de ses camarades épouvantés en songeant à la lourde responsabilité qu'ils allaient assumer :
Que risque—t-on ? Rien.
Si la combinaison n'est pas agréée par la ville, on aura fait 25b francs d'économie, puisque les fonds seront intégralement remboursés, et voilà tout !

* * *
Ainsi le succès de la vaste entreprise de la verrerie d'Albi donnait aux ouvriers syndiqués l'idée de se lancer dans la coopération. D'ailleurs le projet de M. Waldeck-Rousseau, qui amende la loi de 1884, est orienté dans cette nouvelle direction.
Après la destinée malheureuse des sociétés coopératives de 1848, la masse ouvrière s'était écartée de la coopération, dont elle n'avait vu que les dangers, sans s'apercevoir que la coopération n'est dangereuse que si elle n'est pas établie sur la discipline de l'atelier et sur la force du capital. Le succès d'Albi modifia ces opinions des ouvriers, et les voilà devenus des apôtres de la coopération, dont ils avaient tant médit. Les chefs socialistes eux-mêmes sont devenus de fervents coopérateurs !
La construction de la verrerie d'Albi marque donc une étape dans la tactique de ceux qui cherchent à s'émanciper. Révolutionnaires jusqu'ici, la plupart d'entre eux semblent devoir délaisser les moyens violents dont ils ont reconnu l'inanité, pour la voie coopérative où ils voient la possibilité du succès.
Et c'est pourquoi nous avons analysé longuement la création et le fonctionnement de la verrerie ouvrière, qui, selon nous, indique une voie nouvelle dans les destinées de ce que l'on est convenu d'appeler « le prolétariat ».

Le Directeur-Gérant : LEOPOLD MABILLEAU





NOTES

1http://www.left-dis.nl/f/GramscismeEtBordigisme.pdf
2Le Conseil d'administration de la Verrerie ouvrière rappelle à tout le personnel employé à la construction de l'usine que, pour assurer la réussite de l'oeuvre que le prolétariat édifie pour les victimes de Rességuier, il est urgent que toutes les bonnes volontés se manifestent dans l'exécution du travail. Devant la lourde responsabilité qui incombe au Conseil d'administration pour mener à bien la construction définitive de la Verrerie ouvrière, il ne saurait trop engager les « camarades » à faire tous leurs efforts pour entretenir la bonne harmonie dans le travail. Le Conseil recommande en outre le respect entre tout le personnel, et croit de son devoir de lui rappeler qu'il se doit mutuellement appui et solidarité et que, travaillant à une œuvre commune qui doit lui donner l'abri et l'indépendance, les efforts doivent être communs et continus pour la réussite. Le Conseil espère que chacun, comprenant l'importance de cette entreprise sociale, lui facilitera sa tâche et qu'il n'aura à sévir contre aucun camarade dans les cas prévus par ledit règlement ; mais néanmoins, il prévient tous les intéressés qu'il n'hésitera pas à intervenir avec toute l'énergie nécessaire pour réprimer tous les abus qui porteraient atteinte et entraveraient le bon fonctionnement de l'oeuvre.

REGLEMENT

ART 1er . - Tous les ouvriers doivent prendre leur travail et ne le quitter qu'aux heures indiquées.
ART 2. - Tous les ouvriers doivent tenir compte des observations qui leur sont faites par les syndics et les membres du Conseil d'administration et exécuter les ordres qui leur seront donnés par MM les conducteurs de travaux. Tout refus et toute insulte de leur part les rendraient passibles pour la première fois d'une mise à pied de un à huit jours ; en cas de récidive, renvoi.
ART3. - Tout ouvrier pris en état d'ivresse sur le chantier sera remplacé dans son travail. En cas de récidive, il sera mis à pied pour une période de un à huit jours.
ART 4. - Tous ceux qui provoqueraient des querelles sur le chantier seront mis à pied de un à huit jours ; en cas de récidive, renvoyés.
ART 5 . - Tout ouvrier qui se rendra coupable de vol dans l'usine, soit d'outils, de bois ou d'autres matériaux de quelque nature que ce soit, sera immédiatement renvoyé.
ART 6. - Tout ouvrier qui, par indiscipline, mauvaise volonté ou par toute autre manœuvre, cherchera à entraver le bon fonctionnement de l'usine sera une première fois mis à pied de un à huit jours ; en cas de récidive, renvoyé.

Lu et approuvé en assemblée générale du syndicat des anciens ouvriers verriers et similaires de Carmaux à Albi, séance du 2 avril 1896.
ARTICLE ADDITIONNE. - Tout ouvrier, qui quittera le travail pour un motif quelconque, ne pourra le reprendre que le lendemain. Tous ceux qui arriveront en retard de plus de cinq minutes perdront une demi-heure.
« Et voilà, disait l'ouvrier, qui a transcrit ces articles, le règlement établi par des socialistes qui préconisaient des idées d'émancipation ! ». Et il ajoutait avec ironie : « Ce règlement ne concerne pas Baudot ».

3Ce chifrre, fort exagéré, n'était en réalité que de 30.000 francs.
4Le syndicat se composait de 230 membres.