"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 18 mai 2017

LE RAJEUNISSEMENT DE LA BOURGEOISIE FRANCAISE


« On m'a souvent laissé pour mort ».
Johnny Hallyday (Flash Back tour 2006)

« Si les élites ne font que se parler à elles-mêmes, une des raisons en est qu'il n'existe pas d'institutions qui promeuvent une conversation générale, transcendant les frontières de classe ».
Christopher Lasch (La révolte des élites et la trahison de la démocratie, p.125)


Pour que le fin et élégant sondologue Brice Teinturier, fils du célèbre chirurgien Pierre du même nom1, pionnier dans la prothèse de la hanche, prédicateur infaillible du dernier résultat électoral, adresse sur une radio quelconque une supplique au gamin élu à l'Elysée en se basant sur les analyses de Christopher Lasch, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au royaume du Danemark et de la francophonie.

Electeur lambda tu es le roi des cons. Electrice lambda tu es la reine des connes. Bien sûr vous avez empêché une gourde incapable d'accéder aux ors de la République, et, croyez-vous, avoir repoussé un fâchisme imaginaire et récurrent dans la manip de gauche bourgeoise et néo-stalinienne, dès lors que vous avez bêtement adoubé un condensé d'exploiteur bourgeois de première classe pourrie. Mais en élisant sur un plateau de milliardaires – Macron est un vulgaire produit de l'élite financière 2- le candidat de la mondialisation heureuse et de la finance perverse, vous lui avez donné blanc seing pour décider à sa guise au profit de l'élite « diplômée ». C'est ce que regrette l'aimable Brice Teinturier, que les élites bourgeoises classiques aient été remplacées par les élites du diplôme, sans changer d'un iota leur mépris pour les dites masses (multitude en version moderniste), le peuple au demeurant, selon cet observateur de la comptabilité orwellienne d'un électorat figé et millimétré aux besoins du pouvoir.
Le fils Teinturier3, promu grand prêtre de l'électologie, n'en reste pas moins un lecteur superficiel de Lasch, et un énième courtisan de Macron, qu'il appelle à plus de considérations pour les « exclus du système »4, sans supputer un réel chambardement à la révolution encravatée (costard à 600 euros).

Lasch, mieux que les Debord et Bourdieu ou les minorités de la « gauche communiste », avait très bien vu le processus pathologique sous-jacent « à la base », au plan « local » – qui reste obscur pour les perroquets d'un marxisme rigide et bègue - qui conditionne la soumission électorale, initié par la démocratie américaine : « Les institutions municipales rattachent les communautés de quartiers, qui sont fondées sur des liens ethniques et familiaux et qui ont par conséquent un très fort esprit de clocher, à la culture impersonnelle du monde extérieur »5. Comme Hollande en 2012, la bande à Macron a joué largement sur le clientélisme communautariste, patriotique et islamophile.

Les meetings bourgeois ne sont pas ringards ; ils irradient grâce aux diverses assocs collaboratrices. Ils gonflent le bouche à oreille jusqu'aux cours d'école. Les prestations télévisées ne suffiraient pas à cet entregent pas si vieillot que ne le croient les résidus d'un militantisme erratique et errant du milieu maximaliste marxiste pur comme la meilleure lessive bio. C'est sur « le terrain » que la bourgeoisie répand son idéologie simpliste : votez et nous nous occupons de vous gouverner ! On s'en souviendra, nous les révolutionnaires galeux et solitaires, c'est dans la rue et dans des réunions publiques dans des locaux institutionnels qu'on établira et discutera de la destruction de cette société bourgeoise plus si jeune qu'elle ose le prétendre avec ses vieilles barbes et ses jeunes perroquets.

LA FUITE DES CERVEAUX DE DROITE...

Tout était cuit d'avance et filtrait via les médias à la botte, comme pour mieux se foutre de notre gueule et de nos désirs d'en finir avec ce monde de nullités mondaines et d'apaches chansonniers. Si tous les ânes s'appellent Martin... C'est à un Martin élitaire et hyper-individualiste qu'échoit la noble fonction de premier commis d'Etat. Le type il déclare d'emblée : « je suis un homme de droite » aux ordres d'un « banquier technocrate », promoteurs des autocars de merde. Et merde à toi électeur de gôche qui croyait avoir voté contre le fâchisme et filou Fillon ! Le mec, 1M94, adepte des sports de combat, ex-rocardien est typique du rajeunissement bourgeois, barbe en plus pour limiter la calvitie : je retourne ma veste et je vous emmerde !
Brillant n'est-ce pas ? Un énarque lui aussi, dans les quinze premiers de sa promo. Un qui avait failli en venir aux mains avec le petit Sarko. Il a tout de suite séduit Macron et sa maman. Il a renâclé lorsqu'il lui a fallu rendre compte de son patrimoine. Bourgeois atypique mais typique quand même le nouveau premier commis d'Etat. Mais il est capable d'amabilités, comme le soulignait l'iconoclaste amerloque Lasch : « Le culte (…) de l'amabilité cache sans la supprimer une compétition meurtrière pour l'acquisition de biens ou de postes ; au contraire, cette compétition est devenue plus sauvage à notre époque de désenchantement »6. Un coup de latte par ci ou par là comme toute racaille dans son club de kick boxing. La politique est un sport de combat ; Bourdieu l'avait constaté mais il ne cassait pas des briques.

Le renouvellement, la « révolution » macronienne, c'est le carburant de la mondialisation heureuse, des banksters aux dents longues, des maquereaux de Taïwan et de Vierzon, de la pourriture municipale de base hollandaise aux personnalités hiérarchiques de la « société civile ». La nomination des nouveaux promus gouvernementaux a été l'objet d'un tel marchandage (classique!) qu'il a fallu remettre au lendemain la liste des ministres intérimaires jusqu'aux fatidiques élections parlementaires de la mi-juin, de peur que les policiers de médiapart et du Canard ne révèlent des fortunes cachées des édiles « renouvelés » de la République bourgeoise (complexe Cahuzac)7.

TRANSGRESSION EN MARCHE VERS... LA DROITE COLLABO MONDIALISTE

Moyenne d'âge des « djeuns » du « nouveau » gouvernement en transition vers la « révolution » macronienne : 55 ans ! Colomb et Le Drian 70 piges. Bayrou est plus jeunôt de cinq ans . La bourgeoise gauche convenable et antifachote dira que l'expérience a été jointe à des énergies « neuves ». Mais foin du bla-bla gauche-droite à la manière du pitre égocentrique Mélenchon, le cœur du « changement révolutionnaire » reste de bien faire appliquer la « loi travaille » et « ferme ta gueule », voire par ordonnances du gamin de l'Elysée. Ah pour une surprise, c'en est une. La bobologie enthousiaste a un écran illuminé pour y croire encore, comme le souligne l'attaché es écologie gogole, D. Cohn Bendit, la nomination (provisoire) du « pape » de l'écologie, le journaliste aérien et pingouinphile Nicolas Hulot.
Néanmoins, la Bourse, qui ne ment jamais elle, a fait chuter la valeur EDF et Areva. Ce n'est pas pour rien que la bourgeoisie classique (Neuilly-Passy) appuyait Fillon, Areva et EDF sont LE POUVOIR industriel, « patriotique », dirai-je. L'écologie c'est la fraction bourgeoise pro-allemande et pro-US. La petite bourgeoisie électorale exprime le mieux la décomposition des ambitions nationales en se mettant au service du bloc dominant. Elle va aller de déception en déception, et il faut souhaiter que la bourgeoisie ne puisse plus gouverner comme avant car il ne suffit pas que ceux d'en bas ne veuillent plus.

Le mot patriotique, si désuet, est devenu un des faux nez de l'ordre bourgeois. Le gagneur Macron, comme cette pauvre Le Pen et la buse Mélenchon l'ont accordé à leurs violons électoraux mais chacun y met des épices différents. Le fait que les dites « classes moyennes » s'enthousiasment pour la fable du lutin Macron, sans épaisseur ni consistance, n'est pas tant une explication de la décomposition qu'une nouvelle volonté, médiatisée par les contrôleurs élitaires de la haute caste élitaire bourgeoise (oligarchie incontrôlable) de ridiculiser toute prétention du prolétariat à proposer un avenir à la société et à proposer une société sans compétition destructrice ni encouragement au suicide personnel.
Le petit fils d'un cinéaste lunatique et barbant risque bien de nous faire rire. Pendant l'entracte.



NOTES:

1Coucou Dr Hélène !
2Je ne cède aucunement à la démagogie dite populiste, car le soubassement de la « réussite » macronesque est indiscutable ; dans l'éloge médiatique perpétré sur TF1, le petit Macron à New York lors de la rencontre avec des « français de New York » est bien présenté comme venant recueillir des millions de dollars, convertibles en euros, pour assurer des meetings répétés et très coûteux, et très médiatisés. La preuve que le pognon pour vous faire voter ça marche à plein régime. Peuple vénal, tu as assisté à des meetings certes gratuits, mais tu t'es laissé corrompre par de belles promesses d'estrade. Un certain Lénine a écrit un jour qu'il n'était pas contre des élections démocratiques « pures », mais programme contre programme des divers candidats, sans aucun apport financier aux candidats ni ...temps d'antenne, que j'ajoute. C'est dans les OC mais je n'ai jamais réussi à retrouver ce texte d'un Lénine génial, certes encore en opposition, et qui n'eût jamais des pouvoirs régaliens comparables à ceux d'un Macron président élu par les moutons civils et totalement contrôlés dans le système monarchique des pays « développés ».
3 Teinturier peut faire référence à :
  • un métier : teinturier-dégraisseur, personne qui se charge de faire disparaître les taches des étoffes, des vêtements ; personne qui assure la coloration (teinture) des textiles, cuirs et peaux.
  • à celui qui élabore, corrige, refond les œuvres littéraires auxquelles un autre met son nom (cf. nègre littéraire).
  • au raisin teinturier, raisin dont le jus est coloré ; à une famille de cépages, dont le nom provient du fait que les baies contiennent beaucoup de tannins de couleur rouge, p.ex.

4La manipulation du prolétariat est plus complexe, d'abord en le niant sous couvert de l'intérêt général du peuple, même illettré et sans dents, et il y a un évident mépris de la « colère », lire cette intéressante interview in Libération : http://www.liberation.fr/debats/2017/05/15/anne-dufourmantelle-la-perversion-du-langage-empeche-de-sortir-de-la-colere-sociale_1569669
5La révolte des élites, p.138.
6La culture du narcissisme, p.100. Lire, et se délecter du génial Christopher Lasch : « Le triomphe apparent du capitalisme américain laissait aux critiques de la société peu de sujets de préoccupations, sauf ceux concernant le déclin de l'individualisme et la montée du conformisme » (…) Dans les années 1970, période plus dure, il semble que ce soit la prostituée, plutôt que le VRP, qui incarne le mieux les qualités indispensables à la réussite dans la société américaine. Elle aussi se vend pour de l'argent, mais on ne saurait dire que sa séduction représente un désir d'être aimé (…) Elle exploite la morale du plaisir qui a remplacé celle de la réalisation de soi, mais sa carrière, plus que tout autre, nous rappelle que l'hédonisme contemporain, dont elle est le symbole suprême, ne prend pas naissance dans la poursuite du plaisir, mais dans la guerre de tous contre tous, dans laquelle même les rencontres les plus intimes deviennent une forme d'exploitation mutuelle » (…) La recherche d »un gain dans la compétition par la manipulation des émotions envahit aussi bien les relations personnelles que les relations de travail ; c'est pour cette raison que la sociabilité peut maintenant fonctionner comme une extension du travail, par d'autres moyens. La vie personnelle, qui n'est plus un refuge contre les frustrations et les chocs subis au travail, est devenue aussi anarchique, belliqueuse et éprouvante que la vie publique. Le cocktail réduit la sociabilité à un combat social. Certains experts écrivent des manuels tactiques sur l'art de survivre en société ; ils conseillent aux mondains, qui cherchent à imposer leur image de marque, de se placer dans une position dominante dans la pièce, de s'entourer d'un groupe loyal de fidèles et d'éviter de tourner le dos au champ de bataille » (…) « L'idée que le succès repose sur la manipulation psychologique et que chaque aspect de l'existence – y compris dans le domaine du travail – est centré sur la lutte pour avoir le dessus dans les relations interpersonnelles, jeu mortel qui consiste à intimider ses amis et à séduire autrui ». « mais cet hédonisme est une duperie ; la poursuite du plaisir masque la lutte pour le pouvoir. (…) Les verbes associés au plaisir sexuel sont plus suggestifs que de coutume lorsqu'ils ont trait à la violence et à l'exploitation psychique (…) C'est pourquoi les hommes, quel que soit leur âge, dépendent souvent des femmes, sur le plan tant matériel que psychologique (…) par certains aspects, la société bourgeoise américaine est devenue une pâle copie du ghetto noir, et l'appropriation de son langage peut paraître une illustration de cette mutation. IL n'est pas nécessaire de minimiser la pauvreté des ghettos, ni les souffrances que les Blancs ont infligées aux Noirs, pour voir que les conditions de plus en plus dangereuses et imprévisibles dans lesquelles vit la classe moyenne ont créé des stratégies de survie semblables à celles des Noirs. De fait, l'attirance que les Blancs aliénés éprouvent pour la culture noire, semble montrer que celle-ci s'applique à une situation générale, dont al composante principale est la perte de confiance en l'avenir, qui se rencontre aujourd'hui dans tous les milieux » (…) Un grand nombre de gens que l'on dit, par euphémisme, appartenir à la classe moyenne parce qu'ils vont au travail « bien habillés », sont maintenant réduits à des conditions d'existence prolétariennes » (p.104). Christopher Lasch ne fait ici que développer et actualiser le célèbre passage de Marx, que j'ai si souvent cité, du prolétaire dans sa maison de mort dont il lui faut payer le loyer.
7Jean Yanne, petit boutiquier râleur, n'avait pas que ce défaut, il voyait bien comment les élites s'auto-mystifient : « La manipulation des élites est encore plus facile que celles des masses » (cf . Les clefs de la manipulation ou comment faire de votre voisin de palier votre esclave dévoué, Larousse).

lundi 8 mai 2017

CHANGEMENT PRESIDENTIEL 2017: UN MARKETING POLITICIEN EN PARTIE REUSSI


« Ce qui est « nouveau », c'est – on le devine aisément – la programme électoral de la « démocratie véritable ». Ce qui est « jeune » parce que communiste, c'est – est-il nécessaire de le préciser ? - le régime politique de M. Khrouchtchev.
Un seul point noir dans le beau raisonnement. Toute la jeunesse n'est pas intoxiquée par le « yé-yé ». Toute la jeunesse n'est pas apte à se conquérir un job lucratif grâce à la « démocratisation » promise de l'enseignement. Il y a cette masse inquiétante de jeunes inadaptés, de « sauvages », dont les excès défraient la chronique. Pour nous, communistes internationalistes, l'existence de cet abcès social incurable qu'est la jeunesse semi-délinquante constitue une manifestation du caractère explosif de la société moderne, la preuve aussi que, des jeunes générations, on peut attendre tout autre chose que la servile imitation de leurs aînés que leur propose le PCF, la certitude enfin que la jeunesse, ce n'est pas seulement l'inconsistant engouement pour les modes bruyantes ou le froid carriérisme des « raisonnables », mais encore et toujours « la révolte » contre l'ordre constitué ».

Lucien Laugier (in Programme communiste n°10, 1964)1


EXTRAITS DES DISCOURS D'INVESTITURE DES PRESIDENTS DU "CHANGEMENT"

« AINSI C'EST MOI QUI CONDUIRAI LE CHANGEMENT, MAIS JE NE LE CONDUIRAI PAS SEUL » Giscard d'Estaing
« Président de tous les Français, je veux les rassembler pour les grandes causes qui nous attendent et créer en toutes circonstances les conditions d'une véritable communauté nationale ». Mitterrand 1
« Mes chers compatriotes, il m'incombe avant tout autre, au nom de la Nation tout entière, de faire prévaloir l'intérêt général sur les intérêts particuliers ou partisans ». Mitterrand 2
« Un nouveau septennat commence. Je voudrais qu'à l'issue de mon mandat, les Français constatent que le changement espéré a été réalisé ». Chirac 1
« Cela signifie pour moi une solidarité renforcée. Une solidarité concrètement attentive aux difficultés de chaque Français. Une solidarité qui fasse reculer la précarité et qui redonne l'espoir à ceux qui l'ont perdu ». Chirac 2
« Le peuple m'a confié un mandat. Je le remplirai. Je le remplirai scrupuleusement, avec la volonté d'être digne de la confiance que m'ont manifesté les Français ». Sarkozy
« Enfin la confiance, c'est à la jeunesse que la République doit l'accorder. Je lui rendrai la place qui doit être la sienne, la première ». Hollande
« Vous avez choisi l'audace, cette audace, chaque jour, nous la poursuivrons. Notre tâche est immense. Une majorité forte. Cette majorité de changement c'est ce à quoi notre pays aspire . La tâche est immense et imposera de continuer à être audacieux. Peuple de France rassemblé au Louvre, je vais moraliser la vie publique et renforcer l'économie ». Macron

LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITE : français vous avez encore voté comme des veaux après un si long, harassant et démoralisant cirque électoral !

Enfin un homme providentiel ce Macron golden boy et "Mozart de la finance" devenu "french Obama" puis (peut-être) Paganini de l'Elysée, qui a su capter l'intérêt de la jeunesse avec les violons de sa propre ferveur pour le pouvoir bourgeois ! Disait celui là l'autre jour. L'avenir ! C'est aux jeunes de décider, me disait une gourde à une terrasse boulevard Saint Germain. Purée... Que des jeunes sur le parterre du Louvre, avec distribution de fanions tricolores à l'entrée, sans oublier la pénétration des habituels drapeaux algériens (la double peine nationale), et
Attention ceci est un montage
des rappeurs pour chauffer la salle avant de hennir à l'arrivée de l'encravaté héros des bobos de l'entreprise nationale, du grand triomphateur devant l'éternel antifascisme de camelote du TSLP( tout sauf Le Pen). Ce "véritable renouvellement du personnel politique" que nous assène chaque heure le parti médiatique se double d'un éloge permanent à "son sens de la communication" de bébé béni par les astres. Piètre scénographie pourtant.
Le premier discours avec prompteur avait été saboté par le technicien ; caméra trop décalée de côté le pauvre Macron semblait s'adresser de côté aux français ou dans le vide du studio et pas franchement les yeux dans les yeux ; le défaut de casting dommageable était corrigé quelques minutes plus tard, mais le coup de la solennité était raté avec un candidat parvenu à ne rester qu'un tronc raide devant le pupitre, sans mains, débitant des banalités républicaines pour un costume institutionnel trop large à sa taille. L'aide de camp de Ruth Elkrieff se précipita pour nous expliquer que ce discours «était riche d'enseignements », et l'opposant républicain Coppé de se féliciter de la hauteur de vue qu'il exprimait.
Le second discours, promis comme émotionnel par les employés de TF1 et de BFM, ne fût que le débit guimauve d'une démagogie simpliste, flatteuse pour l'auditoire de « mes amis »2 ; un remake du « yes we can » attribuant aux jeunes puceaux ignares de la nasse politicienne opaque et archi-ringarde et chauvine ses propres désirs gouvernementaux et une prophétie de démocratie heureuse à faire rêver Martine et ses poupées, alternant promesses paternalistes, incongrues dans ce corps de minet, enfin accumulant les anaphores de ses prédécesseurs en investiture et en cuistreries. Là aussi, le technicien avait mal cadré la caméra, en plan incliné le triangle du Louvre découpait derrière la fragile silhouette de Macron... le bicorne de Napoléon. Fadasse le Napoléon en cravate, après la longue marche empruntée de ToutanMacron tout en costard (que peuvent pas s'offrir les ouvriers illettrés) le long de la pyramide de ToutanMitterrand. Pourtant les employés de BFM ne cessaient de corner en faveur du professionnalisme du spectacle, sans jamais dire d'où sont venus les fonds de nombreux et très coûteux meetings, au risque d'innocenter filou Fillon. Le final en famille fût moins enthousiaste que lors des victoires présidentielles précédentes, l'entourage familial et les potes sur l'estrade ça fait très clanique et népotiste en diable,  pas du tout cet intérêt général qu'on nous fait ouïr à chaque investiture de chef d'Etat bourgeois. La joie n'était pas manifeste vu que Macron l'avait anticipée bêtement en se la jouant une semaine trop tôt in petto, parodiant Chirac main à la portière et poursuivi par les motards  intra-muros. En gros, fade prestation avec impression de déjà vu. Les gogos du carrousel du Louvre n'étaient même pas mis en valeur face à l'ubérisation boy, avec un champ en profondeur du fait du plan fixe collé à la tribune familiale du jeune nouveau monarque.

Ce fût incontestablement une victoire programmée de longue date, une manipulation carrément religieuse, planifiée et coordonnée par le gouvernement précédent, ses élites, ses commerciaux et de jeunots bateleurs de banquets républicains à la Bayrou et Collomb, et des chanteurs intermittents. Cette élection confortable fût un boulevard élyséen pour Macron pour une raison simple: c'est la première fois qu'un président sortant ne pouvant pas sérieusement briguer un second mandat, restant au-dessus du lot, laissant aller au casse-pipe le candidat frondeur utopiste de son vieux parti et porter seul le bilan négatif, la mise en scène avec l'épouvantail soi-disant "fâchiste" était courue d'avance.  Ceci dit en passant, une belle vengeance de Hollande finalement contre cinq ans de bashing par la droite, il se paye le luxe de leur refiler son principal héritier (la droite fumace lui attribuant le qualificatif de plus grand pervers de tous les temps). L'un des principaux chantre cire-pompe de la dictature démocratique perverse, Olivier Duhamel, a été jusqu'à assurer que la victoire macronesque était le premier coup d'arrêt "au populisme qui menace le monde entier".
Victoire en trompe l'oeil au plan politique d'avenir pourtant comme la fable du jeune Bonaparte sur le pont d'Arcole3, malgré des odes démagogiques et cyniques fausses à la jeunesse (le mouvement est cornaqué par les vieux coucous du PS et quelques traîtres à droite) c'est un nouveau gouvernement d'attaque contre la classe ouvrière et de défense de l'Europe capitaliste au nom des plus vieux clichés élimés du jacobinisme et dont la potiche "jeune" n'est même pas sûre de vieillir longtemps sous les ors et les biftons de la République financière. Pour l'heure, l'instrumentalisation des électeurs-veaux se poursuit, les sondeurs leur font déjà dire (par précaution?), qu'ils sont une majorité à "souhaiter une cohabitation". Formidable instituts "scientifiques" de la sondologie officielle! Je ne cesse de dire depuis des années que les élections "en vrai" sont inutiles, les sondages les formatant à leur guise et fournissant le résultat calculé d'avance au poil près et défini par les puissants, mais simplement ratifié par ce bon peuple sans costard et sans cravate. Et sans cervelle politique.

LES TROMPETTES DU CHANGEMENT « REVOLUTIONNAIRE »... républicain


On se souvient vaguement d'avoir vu, il y a plusieurs mois, à l'entrée des supermarchés des piles de la compilation du futur nouveau président « Révolution ». Les membres de ce large et foisonnant parti révolutionnaire « en marche », section TF1, section C.News, section BFM, section Le Monde-Huff Washington nous ont expliqué qu'il y avait – en France – un besoin de faire la politique autrement. La camarade Royale, ex-compagne de l'ancien monarque, membre d'honneur d'En marche a surenchéri que le nouvel élu suprême, au stade suprême de la promotion politicienne, « par sa jeunesse incarne la transformation ». L'employée du trust BFM, Elkrief célébrait à chaque fois qu'elle avait la parole le miracle Macron : « Macron en triomphant a transformé le vote par défaut en vote d'adhésion ». Les transfuges du PS décati se succédaient sur le plateau avec une morgue toute moderniste, pour ne pas dire macrorévolutionnaire. L'ancien édile socialo Castaner faisait jouer ses muscles rénovateurs : « le vieux système est derrière nous », « le choix des français c'est une nouvelle façon de faire de la politique », « Macron a redonné goût à la politique » ; Le Neumann de service (sous-chef du service pol de BFM) en rajoutait dans le lyrisme en prenant sa respiration : « On est devant quelque chose de totalement nouveau » ; ses yeux brillaient comme devant l'arbre de Noël quand il était petit (il risque de ne pas être promu chef du service pol de BFM s'il n'en fait pas assez). Le plus méprisable des transfuges, passé de SOS racisme à la bureaucratie PS, c'est le minus Malek Boutih qui vomit les abstentionnistes et les votes blancs : « c'est des rigolos, ils comptent pas... un mouvement immense s'est levé contre les vieux appareils... Macron va largement gagner sa majorité à l'assemblée... le mouvement est magnifique... porté par la jeunesse...» ; Boutih compte bien lui « être pris en compte » et décrocher au moins un sous-ministère aux ordres du « révolutionnaire » Macron.

MACRON AU POUVOIR, LE PROLETARIAT AU DESESPOIR

Le principal but de cette période électorale, outre assurer la pérennité des potiches de l'Etat bourgeois, aura été de dégoûter et de paralyser encore et toujours la classe ouvrière, qui ne peut s'exprimer comme telle dans ce cadre, qui n'a aucun écho à espérer du projet révolutionnaire de renversement du capitalisme – qui constitue son être – sur le terrain de son ennemi. Même le fort taux d'abstentionnistes ce coup-ci ne signifie pas une prise en compte de son existence ni une manifestation de son esprit de lutte, une grande partie des abstentions venant de la droite bourgeoise de Fillon et des sectateurs bobos du pitre Mélenchon. Les chiffres eux-mêmes, que les sondeurs connaissaient depuis deux jours et qu'on pouvait consulter sur les sites de la presse belge – quand tous les JT jouèrent au suspense infantile jusqu'au 20 heures – ne sont pourtant pas triomphalistes pour le système. Un président de la République n'est élu en France en général que avec un quart des voix. Sarkozy avait été élu par 53 % (= 19 millions d'électeurs) face à Royal 47% (= 17 millions), sur 47 millions au total et sans compter comme toujours, avec jemenfichisme, les abstentions et les nuls. En 2012, Hollande avec 51,64% (= 18 millions) battait Sarkozy à 48,36% (= 16 millions). Ce coup-ci Macron fait 20 millions ( 66% des voteurs) contre 12 à Marine Le Pen, mais abstentionnistes,votes blancs et nuls représentent un chiffre supérieur à celui du FN. Le président de la République est une nouvelle fois élu par une minorité. Il se confirme contrairement aux mensonges médiatiques que la classe ouvrière est majoritairement abstentionniste, même si une couche plus pauvre, délaissée et méprisée par les intellectuels de gouvernement succombe au vote protestataire. Le FN a bien été utilisé de bout en bout comme épouvantail et cette bêtise de retour au franc. Avec un score très inférieur à celui de Royal, la mère Le Pen peut faire une croix (gammée...) sur sa carrière politique, à moins que le système la tienne encore à bout de bras pour faire croire aux veaux électoraux qu'ils luttent (passivement) contre pire que le capitalisme.

Quoiqu'il en soit, cette abstention et le souvenir de 2002 et du félon traité de Lisbonne ont empêché une nouvelle mise en scène de front républicain, et cela ne peut masquer là encore que Macron a été élu par défaut et que plein de ses électeurs, avec pince à linge au nez, ne font aucune confiance à son programme d'exploitation « nouvelle », d'ubérisation de la « jeunesse » dans une mondialisation heureuse et sans fin. Mais il y a une autre victoire de cette vaste manip électorale avec candidat technocrate fabriqué et mis en selle avec cette invention d'une « autre façon de faire la politique » - de la même manière pourtant en votant pour qui on leur dit de voter et pour des élus ensuite incontrôlables - Macron pourrait revoir la question oubliée voire apocryphe de la cagnotte des députés... Cette victoire aura été d'avoir totalement ficelé extrême droite et extrême gauche.


LE GRAND ECART DE LA GAUCHE A L'ENCAN

Qu'il est loin le temps de « bonnet blanc et blanc bonnet », quoiqu'on avait pas vraiment affaire à un nouveau Pompidou-Poher. Mais qu'il est confirmé le rôle de rabatteur du PCF, Mélenchon le confus et les gauchistes envers la principale mystification bourgeoise. Les affiches parlent d'elle-même. Le PCF espèce en voie de disparition appelle à : « Virer Le Pen le 7 mai et à combattre Macron le 8 », c'est à dire à voter pour la continuation du gouvernement d'exploiteurs de Hollande et de fermer sa gueule le lendemain de l'élection. Pitoyable ce rabatteur-là.
Le NPA fait la roue, mais rabat indirectement sur Macron, en promettant la « revanche sociale » qui ne vient jamais depuis 40 ans au moins :

« Nous comprenons ceux et celles qui, dimanche prochain, mettront un bulletin Macron dans l’urne pour faire bar­rage à Le Pen. Mais pour faire vraiment reculer l’extrême droite et défendre nos droits sociaux avec plus de force, il va falloir reprendre l’offensive, le chemin de la grève et des manifestations, comme nous avons su le faire l’année dernière. Cet objectif, le NPA le propose à toutes celles et ceux qui se sont retrouvés dans les luttes contre la loi El Khomri, à Notre-
humour NPA collabo de la démocratie bourgeoise
Dame-des-Landes, lors de la COP21, dans les combats féministes et antiracistes, qu’ils se soient abstenus ou ait voté Hamon, Mélenchon, Arthaud ou bien entendu pour notre candidat Philippe Poutou.
Il va falloir nous doter de nos propres outils politiques, démocratiques, unitaires, en se rassemblant autour d’un programme anticapitaliste pour défendre nos intérêts, pour s’attaquer au pouvoir des capitalistes et des banquiers. Nous voulons construire un parti de combat, ancré dans les luttes quotidiennes, une force qui n’a pas peur de s’en prendre à la propriété capitaliste, qui défende la rupture avec les institutions nationales et européennes... ».
Lutte Ouvrière avec sa triste Arthaud proposent de voter quand même : « Au second, on voudrait que les travailleurs choisissent entre deux maux. Il faut refuser ce chantage. C’est pourquoi Nathalie
Attention dessin trotskiste simpliste néo-stalinien et moche
Arthaud et les militants de Lutte ouvrière voteront blanc ».Blanc? Enfin pas tellement car cette  blancheur là est plutôt salement compromise à la mystification et au chantage électoral dit démocratique.

En vérité il y a une part de vérité dans la citation du NPA ci-dessus, si ces élections ont remis sur la table, quoiqu'en pensent les filous sociologues et journalistes, l'existence de conflits entre les classes et donc le souci d'une classe en particulier, dans les discussions entre prolétaires il apparaît une préoccupation étrange, très précise, historique : « seul, isolés on ne peut rien contre leurs machineries électorales... il nous faudrait un vrai parti si on veut un jour faire la révolution ». Pas celle, capitaliste, de Macron et « ses amis ». On ne l'aura toujours pas ce parti en juin ni de lieux publics pour débattre de la seule vraie politique de classe hors des institutions bourgeoises, moment où ils vont en remettre une couche avec leur souci de cohabitation marchandée entre eux.

NOTES

1article complet sur ce blog : https://proletariatuniversel.blogspot.fr/search?q=jeunesse

2Quand le vaincu d'Alésia Mélenchonix s'était adressé peu avant aux « gens ». Nouvelle formule électorale pour remplacer le scandaleux qualificatif de camarade, de même celui de concitoyen qui va si bien aux électeurs du FN. Il a dit : « les gens lâchaient rien », j'espère qu'ils ne se sont pas vexés « les gens ».
3Le tableau du peintre Gros montrant un Bonaparte, drapeau en main, s'engageant sur le pont sous la mitraille où il aurait ainsi entraîné ses troupes pour vaincre les autrichiens, est une légende. Le petit général a dû rebrousser chemin.

lundi 1 mai 2017

LES FEMMES VOTERONT-ELLES ?


Par André Tardieu1 (28 mai 1937)

Voici un texte détonant par un homme de droite alors que l'on aurait pu espérer que la « gauche » des années 1930 aurait pu exiger l'institution immédiate du droit de vote aux femmes. Il n'en fût rien, la gauche au gouvernement Blum (mais sans une gauche stalinienne qui lui apportait un soutien très critique) promit mais ne tint pas. Tardieu oublie de mentionner que les bolcheviques ont immédiatement intronisé le vote féminin – quasi au même moment qu'aux Etats-Unis -, et celui-ci existait déjà dans plusieurs pays capitalistes. Tardieu, un peu désillusionné de la politique officielle, invoque la « carence française » par la tradition catholique et la lâcheté des partisans du vote féminin. Le problème est plus complexe, et Tardieu, même si son libelle est intéressant en particulier contre le « mensonge démocratique », oublie que les femmes n'ont pas encore investi massivement le monde du travail industriel et que, pour la plupart des ouvriers leurs femmes sont des gibiers à curé et ne peuvent que « voter réactionnaire ». La conscience de classe ne naît-elle pas sur le terrain du travail, de l'exploitation quand la femme au foyer, individualisée se rend à la messe et gobe le discours de morale politique du curé qui ne souffre aucune contestation. Les femmes qui votent depuis longtemps dans les autres pays évoqués par Tardieu ne sont pas non plus de dangereuses électrices prolétariennes. George Sand comme Louise Michel estimaient que le temps du vote des femmes n'était pas advenu, et que viendrai le temps où elles auraient à prendre leurs responsabilités. Se syndiquer et voter restaient un attribut des prolétaires hommes. En 1937, la gauche bourgeoise au pouvoir se conforme à cette mentalité dominante dans la classe ouvrière, ce qui n'est ni une gloire de la part de cette dernière ni complètement dénué de fondement car, comme le rappelle pourtant le célèbre Renan, la religion s'est maintenue partout dans le monde par les femmes (et c'est-ti pas encore vrai?); sans développer plus ce fait que la femme, dans sa condition inférieure par rapport à l'homme (qui apportait la paye au logis) n'existant pas socialement, trouvait dans le cadre religieux sa consolation ; comme d'ailleurs les femmes musulmanes voilées de nos jours qui vont se faire expliquer leur accouchement par de vieux imams qui n'ont jamais vu un clitoris. Religion compensation comme disait Marx, mais religion expression de la situation d'aliénation de la liberté pour les femmes et vérification de l'emprise des curés divers sur leur monde privé et solitaire devant le fourneau et le poids de l'élevage de la marmaille.
Le Front populiste n'a pas donné le droit de vote aux femmes, ricane Tardieu. Il y a la guerre à préparer et il faut leurrer les ouvriers avec les congés payés. Après il y eût la guerre et le droit de vote des femmes tomba dans l'oubli et les culs de basse fosse. Quelle plume ce Tardieu pour rappeler la fausseté de la légende fumiste de cette gauche bourgeoise et féministe, exaltée jusqu'au bout de l'échec électoral par les divers Hamon et autres Mélanchon!




Il y a eu, la semaine dernière, une « Journée internationale des femmes ». M. Blum y a parlé. Il a d'abord proclamé que son gouvernement avait réalisé, sous les espèces ministérielles de Mmes Brunschwig et Lacorre, l'égalité des sexes. Il a ensuite reconnu que, pourtant, les femmes ne votent pas.
Mais il a ajouté que, d'ici peu, il allait supprimer ce paradoxe. Si c'était vrai, ce serait, pour une fois, une bonne nouvelle.

La femme française infériorisée

Un homme de gauche, mille fois plus puissant que M. Blum et qui s'appelait Maximilien Robespierre, avait annoncé, dès 1789, le suffrage des femmes en proclamant que « la souveraineté réside dans le peuple, dans tous les individus du peuple ». Cent quarante-huit ans ont passé. Et les femmes françaises ne votent pas.
La Cour de Cassation, par un arrêt célèbre du 6 mars 1885, a prononcé : « Aucune disposition constitutionnelle ou légale n'ayant conféré aux femmes la jouissance des droits politiques, elles ne peuvent pas être inscrites sur les listes électorales ».
Sans doute, en 1919, la Chambre a voté que « les lois et règlements sur l'électorat à toutes les assemblées élues seront applicables à tous les citoyens français, sans distinction de sexe ». Mais le Sénat s'est mis en travers. Et les femmes continuent à ne pas voter.
Ce n'est pas la seule infériorité qui leur soit infligée. En vertu du Code civil, qui date de 1810, « l'incapacité de la femme mariée » porte toujours, malgré de légers amendements, ses iniques conséquences.
La femme mariée ne peut ni hériter de titres nominatifs, ni se faire ouvrir un compte en banque. Si le mari est un escroc, elle risque sous le régime de la communauté, de connaître des préjudices, que l'amant escroc ne pourrait pas faire subir à sa maîtresse.
Croit-on que, si les femmes avaient disposé du vote politique, le maintien de ces absurdités aurait été possible ?

Une tare française

Cette situation outrage le bon sens, l'égalité, la justice et ce qu'on appelle, à tort d'ailleurs, la
démocratie.
Le bon sens ? Qui ne voit qu'aucun des arguments utilisés contre le vote des femmes n'est admissible, dès lors que, sans autre restriction que celle d'être fou, emprisonné ou failli, tous les hommes de vingt et un ans peuvent voter ? Condorcet l'avait reconnu en 1790.
L'égalité ? Pourquoi les femmes, payant des impôts comme les hommes, seraient-elles moins intéressées qu'eux à en surveiller le vote et l'emploi ? Fermière ou laboureur, boulangère ou menuisier, c'est tout un.
La justice ? Puisqu'il est entendu que le suffrage est universel et que la nation s'y exprime, de quel droit en priver ces grandes ouvrières de vie, dont parlait M. Renan, en les réduisant à la condition de l'idiot, de l'enfant ou du fou ?
La démocratie ? Avant d'invoquer la démocratie, il conviendrait de la réaliser et il n'y a pas de démocratie là où la moitié de la nation, exclue des bureaux de vote aussi bien que des assemblées, n'a aucun moyen d'être représentée.
Cette situation, qui pèse sur la vie privée comme sur la vie publique, est un défi aux principes du régime, sous lequel les français croient vivre.

L'exemple des autres

Et, d'ailleurs, pourquoi parler du vote des femmes au futur, comme d'une aventure ou d'une expérience ? L'expérience est faite.
Cette expérience a été faite par plus de trente pays, dont les plus notoires sont la Grande-Bretagne, les Dominions, les Etats-Unis, l'Allemagne, l'Autriche, la Tchécoslovaquie, la Hollande, la Suède, le Danemark, la Norvège. Et elle a donné le suffrage à plus de cent cinquante millions de femmes.
Dans aucun de ces pays, le vote des femmes n'a troublé ni la vie publique, ni la vie familiale. Il n'a ni bouleversé les partis, ni altéré les vertus féminines. Quand, d'un seul coup, le 26 avril 1920, les Etats-Unis ont accordé le suffrage à vingt millions de femmes, aucune des catastrophes annoncées ne s'est produite.
Mieux encore : les pays, où les femmes votent, sont ceux où il y a le moins de femmes travaillant hors de chez elles. Dans aucun de ces pays, personne, depuis qu'existe le vote féminin, n'a proposé de le supprimer.
Un premier ministre anglais, M. Asquith, qui avait autrefois combattu la réforme, disait en 1917 : « Un nouvel ordre de choses est né de la guerre. ET contester aux femmes le droit, qu'elles ont acquis, de se faire entendre directement serait peu conforme à l'esprit de justice, qui doit nous animer ».

Comment expliquer la carence française,

Pour expliquer le retard de la France, sinon pour l'excuser, il y a plusieurs motifs. Les uns sont secondaires. Un seul est décisif.
Une tradition catholique, qui vient de saint Paul et d'Ulpien : « Femmes, soyez soumises à vos maris ». Le droit canon s'est bâti là-dessus.
Une tradition romaine et montagnarde, que Napoléon a résumée dans ses codes : « La seule chose, qui ne soit pas française, c'est qu'une femme puisse faire ce qu'elle veut ».
Une tradition littéraire, dont nous sommes imprégnés et qui, partant de Molière, s »en vient, par Boileau et Rousseau, rejoindre Proudhon.
A côté de la tradition, il y a des fautes de tactique commises par les défenseurs du vote féminin.
Intimidés par tant d'obstacles, ces défenseurs ont cru, comme beaucoup d'autres, à l'efficacité des transactions, qui sont toujours des capitulations. Ils ont décomposé leur revendication et accepté des solutions mutilées : électorat réduit, éligibilité indéfiniment ajournée.
Ils ont ainsi méconnu deux grandes vérités. L'une c'est que le suffrage féminin est un tout. L'autre, c'est que ses adversaires ne sont pas moins hostiles aux éléments du tout qu'au tout lui-même. M. Ferdinand Buisson disait avec raison, qu début du siècle, qu'il faut, en une telle manière, prendre parti pour ou contre la doctrine générale.
Il y a enfin, dominant tous les autres, un motif politique, qui s'est constamment exprimé par la résistance du Sénat. Ce motif a été avoué par tous les rapporteurs du Luxembourg, qu'ils s'appelassent Alexandre Bérard ou Pierre Marraud. Tous ont dit : « Objection politique ».
Seulement, dans cette objection, il faut distinguer la forme et le fond, l'apparence et la réalité.
L'apparence est anticléricale. « La religion, disait M. Renan, n'est maintenue dans le monde que par les femmes ». On craint donc que le vote féminin ne donne une arme à la propagande de la chaire et du confessionnal. C'est ce que les sénateurs appellent un saut dans l'inconnu et la république en danger.
Mais cela, qui est ce qu'on dit, n'est pas vrai et personne n'y croit. Ce qui est vrai, on n'en parle pas.

La cause première

Le refus obstiné du vote féminin a la même origine que le maintien de tous les abus, dont est empoisonné notre régime politique.
A la base ? Un peuple dessaisi de toute souveraineté effective ; dont ni la liberté, ni l'égalité ne sont, faute de constitution, garanties d'aucune façon ; un peuple qui, privé du droit de voter sur les idées, vote, à raison de 25% de son effectif total, pour élire des majorités parlementaires, par qui sont représentés 2 millions et demi de français sur 42 millions.
Au sommet ? Des assemblées, dont les membres ont obtenu, tous ensemble, moins de voix que les candidats battus ; des élus qui, par la rééligibilité indéfinie et le cumul des mandats, sont condamnés à être éternellement des candidats et à transformer leur mandat en métier ; des élus qui, asservis dans ce métier aux deux objectifs de la réélection et de l'accession au pouvoir, sont d'une part les maîtres despotiques de l'exécutif, de l'administration et des citoyens, d'autre part les esclaves tremblants des « tireurs de ficelles », que manient trop souvent les puissances d'argent.
Dans ce système, tout se tient et c'est pourquoi les bénéficiaires sont si résolument hostiles à toutes les véritables réformes de structure, sur quelque point qu'elles portent.
Ils sont hostiles au vote des femmes. Mais ils ne sont pas moins hostiles au vote obligatoire, au vote familial, à l'égalisation des circonscriptions, à la proportionnelle, à la suppression du second tour.
Ils sont pareillement hostiles au référendum, à la dissolution, au recours judiciaire contre les lois inconstitutionnelles, à la réforme de l'exécutif et de la responsabilité ministérielle, à la suppression de l'initiative financière des députés (sic... Penelopegate 2017), au statut des fonctionnaires et à celui des travailleurs, à la rénovation sociale, intellectuelle et morale.
A tout cela, les prébendiers du régime n'ont jamais touché. A tout cela, ils ne toucheront pas. Il n'y a pas que les élus qui soient inviolables. Il y a aussi les abus.

Le Front populaire ne donnera pas le vote aux femmes

Dira-t-on que la France possède présentement, à la tête de son gouvernement, un révolutionnaire et que, dès lors, tout va changer ? Je n'en crois rien.
On a tort de prendre le gouvernement de Front populaire comme un accident révolutionnaire. Ce gouvernement n'est pas – c'est son chef qui l'a dit – composé d'aventuriers égarés au pouvoir. Il est le continuateur logique et le conservateur attentif du système, vieux d'un demi-siècle, que j'ai appelé le mensonge démocratique.
Les affreuses malfaçons, que j'ai rappelées plus haut et qui datent de M. Grévy, le ministère socialiste les a précieusement sauvegardées. Jamais la « machine » n'a joué plus à plein que sous son règne.
Les « réformes », qu'il a opérées, sont toutes dans la ligne de l'étatisme, à la fois despote et servile , qui, depuis cinquante ans, réconcilie des programmes anémiés. Jamais, depuis un an qu'il est tout-puissant, on n'a vu M. Blum s'occuper des refontes profondes, qu'il recommandait naguère, dans des livres, dont les uns traitaient du mariage et les autres de l'Etat.
Ces changements en profondeur, M. Blum, chef du gouvernement, les néglige – comme les négligent les réformateurs de tout poils, qui lui font face. Que dis-je? M. Blum les cultive, parce qu'il vit, plus que personne, de ces abus bourgeois.
C'est pourquoi, ayant retenu le discours où il promet le suffrage aux femmes, je crois que, soucieux de ne rien déranger de l'ordre existant, il ne leur donnera pas.

Un conseil pratique

S'il m'était permis de donner un conseil aux partisans du suffrage féminin, je dirais ceci :
1° Au lieu de minimiser la réforme en la décomposant (électorat municipal, éligibilité), il faut lui donner sa forme maxima. Tout ou rien. Car, sans le tout, il n'y aura rien.
2° Au lieu d'isoler la réforme en s'imaginant que cet isolement la protège, il faut la lier étroitement à la reconstruction totale de l'édifice français. Car, sans cette reconstruction, le vote des femmes sera, ou non réalisé, ou inopérant.
Ou bien, par un large mouvement d'opinion, on gagnera la bataille sur tout le front. Ou bien on la perdra, en détail, dans chaque secteur.
La Révolution, qui est à refaire, est un bloc, comme l'autre. C'est en bloc qu'il faut la concevoir, l'entreprendre et l'accomplir.

COMMENTAIRES ADDITIFS : LA FUMISTERIE DU VOTE TARDIF CONCEDE AUX FEMMES et les ambiguïtés du « centriste » Macron « patriote » pro-européen, pro-Allemagne, pro-ceci, pro-cela

Lorsque la bourgeoise française consent à refiler le droit de vote aux femmes, ce n'est déjà plus un cadeau mais une esbroufe. C'est la droite recyclée gaulliste – et pour faire oublier son rôle sous Pétain – qui produit cette réforme « tardive », laquelle sert au parti gaulliste à empêcher le PC stalinien de prendre le pouvoir, grâce au vote massif des femmes (libérées) pour le grand Charles.
Cela, cette condition filandreuse pour la concession du droit de vote aux femmes enfin obtenu, les gauches gouvernementales et frondeuses se gardent bien de le rappeler de nos jours. On nous gave avec quotas et parités. Macron promet moitié de femmes ministres, mais son problème est son couple fusionnel. Il devrait proposer l'élection familiale ou par couples pour justifier son injustifiable couple où il prétend réserver un fauteuil à sa maman, qu'il appelle toutes les heures. Le problème des couples au pouvoir ou de pouvoir présente un vrai danger de népotisme autoritaire qui suscite des remous jusque dans la mouvance « en marche » de cet homme fabriqué par la finance, certains s'indignant : « je vote pour un candidat, pas pour sa femme ». Au terme de cette lamentable campagne où aucun candidat n'a promis de remettre en cause le statut privilégié et la cagnotte des députés – qui fût le sujet central pour éliminer filou Fillon – vous allez, électrices et électeurs français faire triompher un népotisme qui ne se cache presque pas, cerise sur le gâteau du mensonge démocratique bourgeois2.
De Gaulle avec son aura et son autorité avait su imposer la prééminence du président de la république dans l'immédiat après-guerre, dans l'ambiance union nationale pour la reconstruction. Or il était déjà en contradiction avec la loi de gouvernance de 1901 qui indiquait que si les fonctions de présidence étaient assumées par une même personne ou par un couple, on tomberait sous le risque de l'illégalité, avec absence de contrôle des chambres et une omnipotence du président. Macron qui se vante de n'être contrôlé par aucun parti, pourrait avec son couple, instituer un régime plus autoritaire et moins contrôlable que celui (peu probable) de la mère Le Pen et ses pieds nickelés. J'ai expliqué par le passé à plusieurs reprises les dangers de sectarisation ou même de paranoïa qu'induit un couple fusionnel3. Un couple au pouvoir en politique est toujours réducteur et dictatorial ; comme je l'ai rappelé par exemple dans les grandes entreprises il n'est pas convenable de confier les rênes de direction à un couple, ce qui génère assez logiquement corruption et terrorisme. Et n'anticipons pas sur la pagaille législative.
Macron a des qualités pompidoliennes – il est un produit financier sans légitimité electorale - mais sans cette roublardise du sourcilieux auvergnat - ni un réel pouvoir personnel. Pompidou est mis en selle par De Gaulle en 1962, sentit venir une grande crise sociale. Macron en réfère à De Gaulle ponctuellement mais il n'est qu'une puce. Le remplacement de Debré par Pompidou sous décision du général : « ...constituait un scandale aux yeux des parlementaires chevronnés : non seulement parce que Pompidou qui venait de passer six ans à la banque Rothschild n'avait jamais reçu la consécration du suffrage universel et que les huit mois (juin 1958-janvier 1959) durant lesquels il avait été le directeur de cabinet de De Gaulle ne suffisaient pas à faire de lui un « professionnel » de la politique ; mais aussi et surtout parce qu'en renvoyant Debré, le général avait affirmé avec éclat son droit de révoquer n'importe quel premier ministre en n'importe quelle occasion »4.
Tous les présidents qui ont succédé au général ont su jouer de ce pouvoir régalien de faire sauter selon leur bon vouloir tout premier ministre lequel n'est plus qu'un faire-valoir, un fusible, comme l'a prouvé, à son tour, Valls vis à vis de Hollande ; et c'est pourquoi Le Pen a choisi Dupont-Aignan, insulté et traîné dans la boue par les artisses de la gôche hollandaise (et reconnaissante) comme s'il était Goebbels. Etrange dramatisation mais aussi curieux obstacle au futur couple présidentiel si, contrairement à l'expérience Chirac-Mitterrand, la cohabitation tourne mal avec un premier ministre résistant et membre d'un parti autrement consistant et implanté que la mouvance « en marche ». Plus que Pompidou, chevauchant encore un gaullisme arrogant, Macron ne sera que le jouet des financiers, et il assume totalement son 49-3 anti-ouvrier comme il l'a répliqué au perdant mécontent Mélanchon.
Le centre a toujours été un mythe en France comme le constatait le fin Gilles Martinet en 1973 :
« Il n'y a pas aujourd'hui dans le vocabulaire politique français de mot plus ambigu que celui de « centre ». De quoi s'agit-il en effet ? D'un courant qui se trouverait entre l'UDR et la gauche ? Mais s'il est bien vrai que Giscard d'Estaing est à la droite de la gauche, personne ne peut soutenir qu'il est à la gauche de l'UDR. (…) … c'est en définitive à la même source technocratique moderne que viennent puiser Lecanuet et Edgar Faure, Giscard et Pompidou (…) La base du centrisme est très hétérogène (mais en vérité toutes les bases politiques le sont). Elle comporte trois éléments essentiels :
1° une partie de la petite bourgeoisie provinciale que heurte le centralisme parisien et qu'expriment assez bien les notables « indépendants »
2° une fraction du patronat traditionnel qui accepte difficilement les changements en cours ;
3° un certain nombre de jeunes cadres qui ne se sentent pas solidaires de l'establishment technocratique et qui placeraient sans doute leur confiance dans la gauche si celle-ci ne leur apparaissait pas à la fois trop radicale dans ses objectifs et trop archaïque dans ses méthodes et ses structures ».(...) un nouvel élargissement de la majorité en direction des « centristes » signifierait la continuation du système... Ce serait la V ème moins la stabilité »5.

Aucun souci à se faire. En France on n'élit plus depuis belle Lucette sur programme, parce que de toute façon, aucun des politiciens vainqueurs n'est fichu de le « tenir ». On élit un poussin ou un vieux cacique qui est cornaqué par les mêmes équipes d'énarques depuis plus d'un demi-siècle, qu'on les nommasse banksters et financiers. Triste premier mai. En 2002 les masses de bobos et de jeunes lycéens naïfs avaient braillé sur les boulevards contre le borgne paternel. Ce jour il ne s'est rien passé. Peut-on manifester contre l'ennui ? Trois manifs éparpillées et encore un flic cramé pour le bonheur des derniers résidus indécrottables du trotskysme et du nanarchisme insurrectionnaliste de comptoir. Dernier feu d'artifice minable d'une campagne minable.

NOTES:

1Homme politique français du début du XX e siècle, proche collaborateur de Clémenceau pendant la Première Guerre mondiale, il fût trois fois premier ministre. Personnage brillant, de droite, il est affecté par le mépris que lui oppose son ex-guru Clemenceau (auquel il continuera de faire de petits signes comme cette allusion à la « révolution comme un bloc », vieille formule du « père la victoire » comme à l'égard de sa femme (lui qui fréquentait les bordels du chat noir), comme le révèle la fin de l'article. Tardieu rejoindra un temps l'extrême droite avant de finir à l'asile.
2Il y a une certaine morgue creuse d'énarque à s'arroger « de réconcilier les français » de la part d'une girouette qui, pilotée par un staff opaque fait du clientélisme à tout va : drague un coup l'électorat immigré (sa comparaison débile entre colonisation et nazisme), drague l'électorat juif via sa visite à Oradour sur Glane (on lui a soufflé que c'était sur le terrain de l'antifascisme réchauffé qu'il allait limiter les dégâts face à Marine Le Pen). Sans oublier la blague ahistorique, que j'ai dénoncée dans l'article précédent, sur la gauche stalinienne et le parti socialiste massacreur des ouvriers qui n'auraient pas su s'unir en 1932 en Allemagne... pour quoi faire ? Pour massacrer à la place de Hitler ?
Macron a affiché son total soutien à l'accueillante Angélique Merkel, qui a eu le « courage, elle » de
recevoir un million de migrants ! Il n'a pas été précisé de quel courage il s'agissait ni de quelle guerre. L'Allemagne bourgeoise ne lésine pas sur les moyens quand son industrie s'affole. Entre juin 1942 et l'été 1944, c'est 650.000 migrants français que Hitler fait venir au Vaterland : « en intégrant les 900.000 prisonniers de guerre « transformés » donc mis au travail » (cf. Vichy 1940-1944 de JP Azéma et O.Wieviorka, p.99).
3Cf. La folie à deux ou folie communiquée de Lasègue. Voir aussi les analyses de Lacan et de Anna Maria Nivolo. Voir mon livre « L'organisation eggregore » où j'explique l'implosion du CCI par l'action d'un couple pervers. En sous-main une partie de la droite dépitée dénonce la perversion du couple à trois Hollande-Royal et celle qui a succédé à « merci pour ce moment » qui en pince désormais pour Macron comme ces pauvres saltimbanques Torreton, et autres excités figurants de cinéma qui craignent pour leur abreuvoir à pognon de la culture.
4Gilles Martinet : Le système Pompidou (Seuil 1973).
5Gilles Martinet p. 160 à 165.

vendredi 28 avril 2017

TOUTE LA NORIA DES LARBINS DE PLUMES ET DES SALTIMBANQUES AU SECOURS DU MACRON DE L'ELITE


COMMENT UN VIEUX CLICHE DE 1933 SERT AUX SERGENTS RECRUTEURS DE MACRON

« Sur toutes choses, ce qui fait le plus haïr comme j’ai dit, c’est de piller les biens et prendre par force les femmes de ses sujets : de quoi le prince doit s’abstenir. Car quand on n’ôte point aux hommes ni les biens ni l’honneur, ils vivent contents et on n’a plus qu’à combattre l’ambition de peu de gens, laquelle facilement, et de plusieurs manières, peut être refrénée ».

Machiavel

Emmanuel Macron a tout de l'évêque Pierre Cauchon qui, aux ordres déjà des anglo-saxons, fît brûler Jeanne d'Arc ; mais Marine Le Pen n'est pas Jeanne d'Arc, elle n'est ni pucelle ni une option sérieuse pour la bourgeoisie souverainiste comme mondialiste. Dans la curée qui agite un second tour fébrile où la grande majorité des « rédactions » montent au front des pétitions contre le « danger Le Pen »1, on relèvera quelques commandements à la jeunesse à voter bcbg, et on en détruira la cuistrerie ; mais surtout on démontera à nouveau cette fable historique colportée des millions de fois que c'est la désunion de la gauche qui aurait porté Hitler au pouvoir. « En marche » voudrait nous faire marcher !
Notons en préliminaires que si la bourgeoisie a réussi son coup – la présence épouvantail de Le Pen au second tour – elle l'a manigancé en toute modestie ; à preuve ses sondages qui n'osent envisager guère plus de 60% à l'encravaté de service ; les sondeurs (qui se vantent de ne plus se tromper depuis le premier tour réussi à merveille) savent que la mémoire de l'opinion n'est jamais totalement lobotomisée : si en 2002 « l'antifasciste » « bandit Chirac » avait obtenu un 82% brejnévien c'est parce que toute la gauche bourgeoise avait crié en faveur du « front républicain ». La quasi-totalité des candidats éliminés au premier tour, de la société civile et des médias de masse avait appelé à voter Jacques Chirac, explicitement ou non. Les lycéens de l'époque avaient manifesté en masse pour dire non au fascisme, et puis une fois l'agitation électorale terminée, tout était revenu comme avant et le loup fasciste dans sa niche. Et, comble de malheur il y eût en 2005 le viol des foules électorales françaises qui avaient dit non au Traité de Lisbonne2. Ces deux entourloupes électorales ont mieux décrédibilisé le système démocratique bourgeois que nos meilleurs libelles maximalistes.

Qu'à cela ne tienne, « pas une voix ne doit manquer » à ce « meilleur des mondes à défaut d'un autre », pire sans doute...


Macron est un pur produit de l'élite financière qui n'a ni couleur politique ni parti d'allégeance, sauf l'intérêt du capital et la surexploitation des ouvriers. Cette invention d'un candidat « au-dessus des partis » - qui oscille entre un sort à la Badinguet ou à la Boulanger – a correspondu à la prétention à renouveler les élites de hâbleurs professionnels avec cette farce de représentants de la société civile.

Dans ce cadre l'élimination systématique par sa diabolisation, du candidat de la droite, Droopy Fillon, ainsi que la division programmée des partis de gauche, eurent pour but d'éviter une crise du régime d'alternance aléatoire, et même de plus en plus aléatoire, ce qui ne signifie pas que le système n'ira pas dans le mur. Dans ce cadre, nous sommes nombreux, de tous bords, à avoir remarqué combien une Marine Le Pen a été tant choyée par les médias aux ordres3, jusqu'au seuil du deuxième tour où de chérie, un peu malodorante sous les aisselles, elle est devenue une furie hyper dangereuse. Franchement cela fait 2002 réchauffé ! Ce qui fait honneur aux lycéens parisiens qui ont défilé derrière la pancarte « Ni Macron, ni Le Pen » ; c'est moins brillant de la part des ouvriers de Whirlpool qui se sont crus malins de faire des selfies avec la mère Le Pen à Amiens4.

Une lettre ouverte à la jeunesse par un des nombreux affolés sergents recruteurs pour les obliger à ne pas s'abstenir et à voter pour le pire candidat de la mondialisation bourgeoise (lettre à la jeunesse insoumise par un géographe de Libé) va nous permettre de décrypter que le pouvoir bourgeois repose sur un maquillage permanent de l'histoire avec les ficelles les plus grossières, comme l'émission sur l'anniversaire de 1917 l'a lamentablement révélé5.


HITLER PRODUIT D'UNE GAUCHE DESUNIE ?

Je ne vais pas revenir sur l'historique de la théorie du front unique, théorie opportuniste qui a conduit les trotskistes à leur perte et qui a été si bien déshabillée comme position bourgeoise par les Bordiga, Damen, Vercesi et l'ensemble de la gauche communiste italienne. D'ailleurs, aux sources de l'inutilité d'un front unique entre bourgeois et prolétaires, on a l'exemple de la révolution russe, face au putsch Kornilov, où il n'est pas besoin pour les ouvriers de s'allier avec la bourgeoisie libérale (ou plutôt parce qu'elle est derrière et pas devant les ouvriers) pour défaire l'apprenti dictateur, eux-mêmes, en armes font fuir les bandes armées de la réaction. Il n'y a plus d'union possible au XX e siècle entre ouvriers et bourgeois alors que cela fût une étape inévitable dans la lutte contre le féodalisme. Lénine avait cru un temps à un front commun avec les mencheviques puis s'était rendu compte de son inutilité : malgré cet échec Trotski lui reprend l'idée à la pire des périodes de réaction des années 1930 et pire, sera donc l'un des générateurs de ce maquillage historique : la gauche en Allemagne n'a pas su s'allier pour empêcher les nazis d'accéder au pouvoir ! Un non-sens complet ! C'était quoi la gauche en Allemagne en 1932 ? Un parti socialiste qui avait fait massacrer les ouvriers en révolution dix ans avant et un parti stalinisé depuis pratiquement Kronstadt et encore plus avec la mort de Lénine ; les vilenies de la contre-révolution stalinienne s'étaient accumulées : proclamation du socialisme dans un seul pays, insurrections bâclées en Allemagne, coup de poignard dans le dos des communistes chinois, déportation massives des opposants au régime, premiers goulags, etc. Et c'est ce parti « communiste allemand » courroie de transmission de l'impérialisme russe qui n'aurait pas fait l'alliance nécessaire avec le parti socialiste qui avait envoyé les ouvriers à la guerre mondiale puis avait fait tirer dessus pendant les tentatives révolutionnaires de 1919 et 1923 ? Etrange « parti de gauche », si l'on veut suivre les ânes professeurs pour lycéens ignorants, qui s'allie selon les circonstances avec le parti nazi contre la social-démocratie... vertueusement démocratique (sauf quand il s'agit d'envoyer les corps francs contre les ouvriers berlinois, entre autres). On voit donc déjà comment la médiacratie utilise une période passée qui n'a rien à voir avec la nôtre : Mitterrand n'a pas été Noske ni Mélenchon Scheidemann, et le parti de Marchais n'est plus que l'ombre de la secte qu'il a été. C'est pourquoi en introduction je parlais de Jeanne d'Arc et de l'évêque Cauchon, il y a des comparaisons historiques vachement nulle. Orwell avait piqué cette citation à je ne sais plus qui : « qui maîtrise le passé, maîtrise le présent » ; c'est à peu près çà mais encore faut-il préciser : qui maquille le passé pose au dictateur du présent. Dans les coulisses rédactionnelles, les hommes du pouvoir les Plenel, Patrick Cohen, le pitre Hanoun s'activent férocement pour interdire l'abstention6. Les articulets angoissés se succèdent en une de Libération : « Lettre aux électeurs de gauche qui ne veulent pas voter Le Pen » (lettre qui n'engage pas la rédaction, sic), « Lettre aux lycéens insoumis », « Pas une voix ne doit manquer au candidat de la démocratie », etc.

Voyons l'actualisation du mensonge par un vague géographe :

« En Allemagne dans les années 30, la victoire de Hitler fut possible à cause de la faillite de la gauche. Le mouvement ouvrier pourtant le plus puissant d’Europe ne fut jamais réellement mobilisé. De cet aveuglement face au péril nazi, il en ressort un refus absolu à vouloir s’unir avec les sociaux-démocrates pour organiser la résistance. A l’époque le Parti communiste allemand ne voyait alors le SPD que comme «un frère jumeau» du parti nazi, sous prétexte que tous les deux ne «défendaient que les intérêts de la classe capitaliste». La gauche allemande n’avait pas analysé le péril réel que faisaient courir les nazis et lors du vote au parlement le 23 mars 1933 de la loi instituant les pleins pouvoirs à Hitler, les députés présents dans l’assemblée ne firent pratiquement aucune contestation. Nous ne devrions jamais banaliser le Front national, c’est pourtant ce qu’il se produit aujourd'hui ». Et il termine cette fabrique mensongère de la situation d'époque en Allemagne par cette étourderie méprisable :

« Chaque voix pour la défense de nos valeurs républicaines comptera car c’est uniquement sur ces bases que de profonds changements démocratiques pourront s’engager. C’est de notre avenir en commun qu'il est question et il se jouera grâce à vous ».

C'est exactement le discours des puissants. C'est quoi leurs valeurs républicaines ? S'en mettre plein les poches en persécutant le couple Fillon pour ne rien changer au système d'enrichissement personnel parlementaire. C'est uniquement sur « ces bases » – vous ne pourrez jamais rien changer au système hi hi... « Notre avenir en commun », lequel celui des planqués élus, des patrons voleurs, des flics et magistrats ripoux ? Et cet andouille de géographe qui veut « se jouer » de la jeunesse...électorale car ce mot ne signifie rien, il est aussi vague que le mot peuple. Il y a deux classes fondamentales qui font référence pour la partie consciente de la jeunesse : la bourgeoisie et le prolétariat. Vous pouvez vous acharner journaputes, Hanouna, Pulvar, Patrick Cohen, et autres saltimbanques, vous l'aurez dans le cul : on n'ira pas soutenir votre futur chef de service ! Faudra que votre girouette de la finance heureuse se contente de 51 ou 59 %.


RETOUR SUR UNE HISTOIRE BACLEE

La période du début des années 1930 est une période difficile, contradictoire. Les années 1920 ont été celles d'une vague révolutionnaire mondiale. Les PC sont devenus des partis de masse mais sans la consistance des premiers petits groupes de communistes. Dans notre langage à nous maximalistes on ne dit pas d'abord victoire du stalinisme, à la façon ambiguë des trotskistes, mais échec de la révolution en Allemagne en 1923, et cela est autrement plus important que la mort de Lénine ou le bannissement de Trotski. L'Allemagne restait le pays phare de la révolution mondiale ; en décidant d'arrêter la guerre mondiale, secrètement et avant la peur du bolchevisme, la bourgeoisie savait qu'elle diminuait d'autant la propagation révolutionnaire au pays de Marx. Ce n'est pas Brest Litovsk qui est le coup d'arrêt – la révolution ne peut pas non plus s'étendre par la guerre – c'est la reprise en main de l'ordre public en Allemagne par les ministres socialistes au prix du massacre des ouvriers et du soutien d'une grande partie de la population qui en avait marre des violences après celles monstrueuses de 14-18. Dans cette situation il n'y a ni parti de gauche ni parti de droite mais des groupements qui se réclament d'une classe sociale ou d'un système. Les socialistes qui ont trahis en 14 se réclament de l'Etat démocratique (qui fusille les ouvriers en armes). Les partis communistes sont divisés – ils existent comme parties du prolétariat pas comme une vague population hétérogène d'électeurs de gauche gouvernementeuse – mais le principal d'entre eux est devenu inféodé à Moscou. Pour ne pas parler des gens en général, mais des membres des partis sincèrement communistes et qui ont rompu avec le principal pro-Moscou, la dictature qui sévit en Russie n'est plus un exemple ; même si leurs homologues des autres partis – on ne dit pas « frères » encore – ne s'en rendront compte que bien plus tard. Et il y a le mouvement fasciste qui surfe sur la fausse défaite de 1918, dont les membres participent aux grèves contre les ministres « socialistes » de Weimar. Le principal parti communiste allemand n'est pas non plus entièrement stalinisé, problème des époques charnières où tout n'est ni blanc ni noir. Ce ne sont pas les équivalents de nos braves antifascistes de salon qui combattent les premiers les nazis. Ont lieu des combats de rue sans concession entre militants nazis et militants communistes. En 1931, 103 militants communistes sont tués et 79 militants nazis. Une partie des couches ouvrières et petites bourgeoises oscille entre les partis communistes et le parti nazi. Peu d'historiens prennent en compte que si le parti communiste pro-Moscou fait des appels du pied aux militants du NSDAP, c'est parce qu'il y a bien une « gauche nazie », anticapitaliste et dont les figures de proue seront immédiatement éliminées par Hitler une fois au pouvoir.

En plus la plupart des menteurs modernes sur les conditions de l'accession au pouvoir d'Hitler oublient une précision – ce ne fût pas la victoire électorale en soi d'une présumée droite7 face à une gauche virginale8 mais ils radotent ce simplisme de Jacques Droz :
« De cette évolution qui aboutissait à l’effondrement des deux grands partis de la gauche allemande, c’est incontestablement le Parti communiste qui porte la plus lourde responsabilité. En dénonçant la social-démocratie, et non le nazisme, comme l’ennemi à abattre, il avait certes contribué à assouvir les haines personnelles de Staline, mais il avait fait preuve d’une servilité et d’une cécité dont l’histoire doit lui demander compte ».

On ne peut refaire l'histoire, tous les fronts populaires unis ou en partie unis n'ont jamais empêché la catastrophe principale : la guerre mondiale. Imaginer l'union de Noske et de Thalheimer pour contrer Hitler c'est comme imaginer l'union de Pétain et l'Abbé Pierre pour empêcher l'accession de De Gaulle au pouvoir ! Ou l'Union de Léon Blum et Maurice Thorez pour empêcher la débâcle de 1940 !
Gilbert Badia, malgré ses accointances avec le PCF, fût un historien autrement plus honnête ; j'ai eu l'occasion de le consulter à deux reprises et sur le fond il faisait les mêmes analyses que notre gauche communiste maximaliste. Il n'y avait pas une division de la classe ouvrière par des partis de gauche concurrents, raisonnement pingre des sondeurs limités de nos jours, mais des partis qui représentaient des camps différents. Badia, que Jean Barrot n'a fait que recopier, disait que les masses allemandes ne pouvaient avoir oublié la répression sanglante des Spartakistes en janvier 1919, l'assassinat de Rosa et Liebknecht par les corps francs du gouvernement constitué de ministres sociaux-démocrates. Par ailleurs, en réprimant les Républiques de conseils, en faisant la promotion d'un nationalisme qui préservait la figure d'Hindenburg, des dirigeants sociaux-démocrates tels qu'Ebert ou Noske ont favorisé l'émergence du mouvement national-socialiste. Selon Gilbert Badia, comme pour la gauche italienne et les révolutionnaires allemands et hollandais, c'est « l'écrasement de la Révolution (qui) a rendu possible le développement ultérieur du national-socialisme ».

Les ignorants professeurs d'ignorance pour lycéens – qui eux ruent pour une fois super bien dans les brancards de ramassage scolastique électoral – orchestrateurs de cette lamentable campagne taillée sur mesure pour un préfabriqué de l'ubérisation du travail, comme depuis des décennies les divers militants gauchistes ou les divers fans de la gauche gouvernementale, radotent ensemble que le nazisme c'était « la réaction ». Du tout, répondait à leurs semblables maquilleurs de l'époque, Trotski encore flamboyant : « le nazisme n'est même pas la réaction, il vient parachever le boulot que d'autres ont fait ». C'est tout dire. Il y avait eu un avant, avant le nazisme, des politiques se réclamant, non en soi de la gauche, mais de la classe ouvrière, qui s'étaient au service des besoins criminels de l'Etat bourgeois. Les menteurs à chaque époque veulent faire oublier les traîtrises d'hier pour que leurs employeurs en perpétuent l'héritage.

Il n'y a absolument aucune comparaison possible entre la France de 2017 et l'Allemagne de 1932. Et l'installation de Hitler au pouvoir n'est absolument pas le résultat de l'arithmétique électorale. Plus que les autres pays, l'Allemagne (dans le camp mal loti des vaincus)souffre de cette crise économique mondiale que la guerre n'a pas réglée. Les chômeurs se comptent par millions et les brouettes sont pleines de billets sans valeur. L'industrie allemande licencie à tour de bras et diminue les salaires de ceux qui restent. C'est sur cette vague que le parti nazi se développe dénonçant le Traité de Versailles, mais pas seulement, il s'affirme anticapitaliste et anticommuniste. Hitler a un discours simple : "L'état de l'Allemagne est la conséquence du traité de Versailles, ce diktat imposé aux Allemands par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale. Ni le communisme, ni le grand capital ne peuvent sauver. Les Allemands doivent se ressaisir, reprendre en main leur destin d'Allemand". Il faut exporter ou périr, donc recommencer la guerre. C'est ce que souhaite totalement la bourgeoisie allemande.

En juillet 1932, de violents affrontements opposent les communistes pro-Moscou et scissions et les nazis avec complicités de la police. L'incendie du Reichstag apprêté par les hommes de main nazi (qui ont fait porter le chapeau à Van der Lubbe mais curieusement excusé le serviteur de Staline, Dimitrov) n'est que l'allumette du tonneau. Les allemands en ont marre de ce désordre et votent massivement pour le parti nazi aux nouvelles élections législatives, mais pas majoritairement. Le 31 juillet 1932, le parti obtient 230 députés et Hitler devient le chef du premier parti politique du pays.

De 1932 à 1933 se déroule une succession d'élections législatives jusqu'à ce que, même minoritaire, et cela les faussaires d'une présumée absence d'union antifasciste de la gauche oublient de le mentionner (43% contre 12% aux staliniens) Hitler se voit nommer à la tête de l'Etat pas par les électeurs mais par l'appareil d'Etat allemand.


LE DICTATEUR est dicté (formule d'un camarade du PCint)


Une vraie comparaison celle-là cependant, comme de nos jours l'Etat bourgeois fait ce qu'il veut avec les stratégies électorales : il installe des dictateurs quand cela lui est nécessaire pour aller à la guerre, et il les désinstalle lorsqu'ils ne sont plus nécessaires. Là aussi nos menteurs professionnels en histoire actuelle effacent, quand, après avoir trituré toutes sortes d'arguments pour commander au vote obligatoire « antifasciste », un John Hufrangel nous assure, même fantasme hitlérien en tête » : « une fois au pouvoir il sera impossible d'en déloger Marine ». Ce qui est faux, si cela advenait avec le chaos promis il y a toutes sortes d'élections ou de référendums dans la boite à outils de l'Etat pour la faire dégager ; la France n'est pas la Turquie ni l'Iran. Enfin je le répète, la situation n'est pas du tout la même, pas de foules hystériques, pas de partis armés comme en Allemagne et en Espagne.

Mussolini a été viré par la bourgeoisie italienne dès qu'elle s'est aperçu qu'il entraînait le soulèvement des masses. Hitler a été l'objet de plusieurs attentats, certes raté, mais la bourgeoisie internationale y inclus le stalinisme a bien réussi à l'éliminer, et cela – même au prix de millions de morts – a été un bienfait depuis pour la pérennité de l'ensemble du capitalisme.

IL FAUDRAIT INTERDIRE L'ABSTENTION...


Longtemps, depuis des décennies, une des chansons des rabatteurs de la gauche et de ses gauchistes, fût « s'abstenir c'est favoriser le FN ». Bien que cela n'ait jamais été sérieusement démontré, il est sûr par contre que s'abstenir est la meilleure façon de conchier l'ordre bourgeoise des menteurs, des tricheurs et des voleurs. L'abstention ne veut pas dire qu'on ne se prononce pas, qu'on n'a pas envie de se prononcer, mais qu'il est impossible de s'exprimer dans un cadre puant, et que l'expression d'une volonté politique n'est que l'aboutissement d'une lutte, prioritairement de classe (du point de vue du prolétariat) quoique la classe ouvrière et nous on comprenne que la classe bourgeoise veuille garder ses prérogatives et conserver la soumission comme la noblesse avec ses serfs ; mais grand bien lui fasse si cela dure ! Il reste plus honorable de s'abstenir de participer au maintien de l'oppression en place que de s'abaisser à des votes « protestataires ». L'argument patriotard du « vous aidez le camp ennemi » est si usé que lorsqu'il nous est resservi plusieurs fois par jour sur la radio d'Etat ou BFMacron, car il se termine par l'insulte. Et nous fait pitié.

« Il est particulièrement pénible d’entendre insinuer que des gens de gauche pourraient tolérer une seule seconde l’idée de voir Marine Le Pen présidente. Il est vrai que des personnes se plaçant dans ce champ politique se complaisent dans une théorie du choc postulant qu’une élection de Le Pen«remettre les choses à plat», ou bien qu’au final, ça ne serait pas si grave car «elle n’aurait pas de majorité pour gouverner». Mais ce n’est même pas ces gens qu’un dessinateur de presse, Xavier Gorce, vise quand il estime que «qui ne vote pas Macron est un salaud. Point.» Dans son esprit comme dans celui d’Enthoven et d’autres, le simple fait de ne vouloir ni Macron ni Le Pen, «ni patrie ni patron», comme cela a été écrit dimanche soir sur la place de la République à Paris, le simple fait de se poser des questions en réalité, suffit à caractériser une complicité insupportable avec les idées d’extrême droite ». (citation d'un rabatteur qui appelle les électeurs de gauche à penser par eux-mêmes et non décompter la liste des soutiens élitaires au chouchou des médias, donc aussi à voter Macron ! Hin hin).
Toujours le même remake comme en 2002 et 2012?
permettrait de
Je termine par cette réflexion sagace d'Attali, pourtant malheureux avec son dérapage sur le « détail » de la fermeture d'usine d'Amiens : « les médias font inconsciemment comme s'ils voulaient que Marine gagne ».




NOTES:


1« Pas une voix ne doit manquer au démocrate européen Macron a dit Moscovici »... face au danger du FN.

2La relation de l'événement réel est difficile à retrouver sur wikipédia et google, il faut faire défiler moult éloges dudit traité avant de tomber sur une info, soulignée ponctuellement dans l'étroite presse révolutionnaire, et dont les héraults dénonciateurs ne sont pourtant pas nos référents (Le Pen et Mélenchon) : http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2015/05/29/25002-20150529ARTFIG00111-dix-ans-apres-le-non-au-traite-constitutionnel-hollande-et-sarkozy-renvoyes-dos-a-dos.php

3Certains médias en sont même gênés au point de questionner les lecteurs : « les médias ont-ils été trop sympas avec Marine Le Pen ? » Pose l'un d'entre eux.

4Images abondamment relayées par les médias pour « prouver » que les ouvriers « votent en majorité Le Pen » ; mais même si c'est vrai pour une partie d'entre eux, cela ne manifeste aucunement une adhésion fasciste mais leur désarroi et leur colère. D'où qu'il est le parti qui défend les intérêts historiques du prolétariat (je me fous du pouvoir d'achat) ? Certainement pas chez le « mouvement patriotique » de Mélenchon ni chez les vieux croûtons ringards du trotskysme.

5Il faut saluer l'excellent article du CCI critique de cette émission où Marc Ferro s'est révélé n'être au fond qu'un historien de gouvernement ; le rédacteur a bien souligné comme moi cette musique guillerette entre chaque séquence de l'événement en Russie, afin de ridiculiser Lénine comme un planqué en Suisse. Et lire ceci : front unique, front anti-prolétarien : http://fr.internationalism.org/book/export/html/1544  . Les références à la Seconde Guerre mondiale font toujours florès - pour simplifier la propagande et éviter qu'elle ramène aux réalités sociales - Macron va à Oradour (sic), Delanoë évoque lui aussi le parallèle miteux avec 1933, un édile du FN se fait virer illico du FN car risque de rediabolisation avec leur vieille contestation des chambres à gaz. L'histoire revisitée à des fins de réclame électorale, attention!

6Un rare humoriste est censuré parce qu'il comprend l'abstention. La plupart des autres hurlent de voter Macron, voire s'en prennent lâchement à ce « petit monsieur Mélenchon », contraint de se ranger du côté de l'abstention pour ne pas se ridiculiser comme les autres et garder quelque crédit à ses électeurs pas si insoumis qu'ils le disent.

7Bordiga a démontré que le fascisme n'est pas la droite mais la bourgeoisie unie dans la volonté d'aller à la guerre.

8En charge du pouvoir capitaliste au moment de la pire crise économique de l'histoire, non maîtrisée, plongeant les allemands dans une misère terrible propre à être exploitée par les pires démagogues.