"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 26 novembre 2016

CASTRO : MORT DU DERNIER DINOSAURE LATINO-STALINIEN

Raul Modesto n'est qu'un brontosaure
La longévité politique du « charismatique » Castro, ce grand pote aux Staline et Kadhafi 1, pourrait forcer l'admiration, comme lorsque vous allez promener vos gosses au jardin des plantes et que vous leur pointez du doigt la reconstitution d'un dinosaure. Cela prête à réfléchir, mais c'est du domaine d'un lointain passé. Pour le musée et les vrais dinosaures, pas pour le dictateur admiré des gauchistes et de la gauche anti-ouvrière. Le dinosaure Castro aura pourtant continué jusqu'à nos jours à écraser la véritable référence à la révolution prolétarienne par subterfuge avec son passé de « lutte armée », minimisant son occupation de dictateur d'Etat, puis ses accointances avec tant de « collègues » des dictatures homologues et la complaisance des démocraties bourgeoises envers le mythe du seul adversaire prétendu aux régimes odieux de Haïti, d'Argentine et du Chili, mais comment oublier la torture des opposants, les milliers en fuite en Floride, les milliers qui ont servi de chair à canon pour l'impérialisme russe en Angola, etc. Héritage si purulent de honte quand les divers avortons et résidus des PC staliniens ou néos avec les gauchistes parvenus vont verser tant de larmes de crocodiles sur le « bilan Castro », « Cuba si », « spasibo Cuba »2. Le pape et toute la "communauté internationale" s'inclinent sur la dépouille de cet imbécile qui souhaitait que Krouchtchev utilise la bombe atomique!
UN SELFIE AVEC CASTRO VITE!

Le dernier hommage rendu perso par Hollande, avant celui d'Obama, au chef cubain – il devrait se rendre aussi à l'enterrement spectaculaire à Cuba en mondiovision – sera-t-il un élément positif de son carnet électoral ? Sans conteste, pour les enterrements le président de la gauche en faillite idéologique et sociale3
L'usure du pouvoir, Castro mesurait 1M90
 a fait fort. Il aura été un excellent croque-mort que même le révérend Fillon ne pourra jamais l' égaler, pas pour empêcher la « droite brutale » de revenir aux rênes de l'exploitation, car il y faudrait au moins un curé castro-guévariste

On ne peut pas nier cependant le rôle central du caméléon Castro qui, comme Johnny Hallyday dans sa catégorie, a su s'adapter à toutes les modes du XX ème au XXI ème siècles, mais dans la variété sanguinaire, celle du despotisme capitaliste sous couleur de communisme de caserne, réussissant même à transformer une grande partie du peuple cubain en propagandistes sectaires et staliniens latinos propres à exalter leur propre misère politique et sociale, surtout à chaque voyage féminin pour ramener un époux friqué au bercail du grand barbu. Plus que les épisodes sanglants et délirants des libérations nationales, « l'expérience de Cuba » servit longtemps de vitrine et de caution aux anti-impérialistes néo-staliniens, et à la floraison expansive et successive d'une noria de groupes trotskystes et maoïstes ultra-sectaires et apôtres inconscients des « guerres révolutionnaires », sans savoir ce qu'est une guerre ni ce qu'est la révolution4.

Castro ne fût ni un marxiste héritier de Lénine ni un sincère révolutionnaire mais un produit opportuniste (au sens politicien militaro-politique) de l'avortement de l'idéologie alliée de la deuxième boucherie mondiale- l'antifascisme relayé par l'anti-stalinisme:

«Le renversement par Fidel Castro, en 1959, du dictateur soutenu par les Américains a posé un sérieux dilemme
dans la confrontation bipolaire de la Guerre froide et a amené les superpuissances au bord de la guerre nucléaire pendant la crise des missiles cubains, en octobre 1962. Au départ, le caractère de la révolution castriste n’était pas clair. Drapé dans une idéologie de populisme démocratique, à la sauce romantique des guérillas, Castro n’était pas membre du parti stalinien et ses liens avec ce dernier étaient très ténus. Cependant, sa politique de nationalisation des biens américains dès le début de sa prise du pouvoir lui aliénèrent rapidement Washington. L’animosité de Washington ne fit que pousser Castro, à la recherche d’une aide étrangère et d’une assistance militaire, dans les bras de Moscou. L’invasion de la Baie des Cochons en avril 1961, soutenue par la CIA – prévue par Eisenhower au départ et mise en œuvre par Kennedy – a montré que Washington était prêt à renverser le régime soutenu par les Russes. Pour les Etats-Unis, l’existence de ce régime lié à Moscou dans son pré carré était intolérable. Depuis la Doctrine Monroe formulée en 1823, les Etats-Unis avaient toujours maintenu la position selon laquelle les pays d’Amérique étaient hors de portée des impérialismes européens. Voir l’impérialisme adverse de la Guerre froide établir une tête de pont à 150 km du territoire américain de Floride, était totalement inacceptable pour Washington »5.

Sur mon premier blog « Archives maximalistes » vous pouvez lire encore « un texte rare sur mai 68 » où est écrit ceci, qui reflétait assez bien notre pensée d'époque au lycée Buffon avec Jean-Pierre Hébert : « ces 'gauchistes' mettaient en avant la lutte anti-impérialiste contre la guerre du Vietnam menée par les américains, alors que les libertaires avaient été pour la plupart guéris du tiers-mondisme, échaudés par l'évolution de l'Algérie après son indépendance, et n'entretenaient aucune illusion sur les régimes dictatoriaux  africains, nés de la décolonisation, ni sur le castro-guévarisme, caricature stalinienne d'une révolution, ayant éliminé de la même manière ses participants libertaires qui l'avaient aidée à triompher » (…) « les "gauchistes" en étaient encore à glorifier les dinosaures marxistes-léninistes et à se pâmer devant leurs disciples vietnamiens ou castro-guévaristes ».

PELERINAGES DANS LA CASERNE CUBAINE
 
Cuba, même sous un Castro rabougri, resta lieu de pèlerinage trotskien, Besancenot n'a pas failli à la fausse tradition, allant rendre visite sans son vélo à la veuve et la fille du petit Vichinsky cubain le Che6 - qui signait ses lettres à sa mère « Staline II » - ne sachant pas, jeune ignorant de l'histoire réelle du mouvement révolutionnaire que le despote Castro, converti au stalinisme par Krouchtchev, prit pour conseiller politique au début des années 1960 l'assassin de Trotsky, Ramon Mercader (cf. in mon livre sur la guerre d'Espagne). Le spécialiste Löwy le lui avait caché pour ne pas affadir son émotion.

Castro n'a jamais été un héros révolutionnaire marxiste pour le mouvement maximaliste prolétarien, quoiqu'il se soit fait appeler "leader Maximo". Putschiste nationaliste reconverti en stalinien d'Etat, faut-il dire hélas ? Avec cet uniforme vert-olive qui signifiait désormais que la révolution ne pouvait être que militariste avec des militants-militaires bardés de médailles d'assassins, il n'aura été qu'un petit Staline latino-américain qui fût finalement si utile comme repoussoir diabolique pendant plus d'un demi-siècle à l'impérialisme, ce qui fît dire à certains que si Cuba castriste n'avait pas existé, un think tank américain aurait bien pu l'inventer. Cumulant les fonctions de chef du parti et de président de l'Etat national, Castro aura maintenu incarcéré son île à socialisme en peau de canne à sucre dans une misère relative pendant toutes ces années pour aboutir à se coucher devant les friandises avariées du capitalisme décadent.

La résistance carcérale cubaine après la chute de la maison mère du bloc de l'Est ne fut plus qu'un long intermède de misère et d'avilissement politique et social continuel. La chute du mur de Berlin ouvrit cependant une crise pour le cordon ombilical jusqu'à Cuba, mais le régime castriste ne s’effondre pas et tient jusqu’à l’arrivée du faux troc avec le Venezuela.
Evidemment le dit échange commercial anti-impérialiste entre les deux Etats d’Amérique du Sud, est présenté partout comme nouveau, révolutionnaire, consommable et un défi face à l’impérialisme US. Or ce genre d’accords commerciaux directs entre Etats secondaires avait déjà été mis en place, par exemple entre le Mexique et le Venezuela (accords de San José).

Le troc, comme les coopératives, est une mesure obsolète et ringarde que nous laissons aux anarchistes et à leurs amis de la petite bourgeoisie politique, mais l’échange « Pétrole contre médecins » de ce pauvre Chavez était plus vicelard. Car, révélant l’impossibilité du troc comme au demeurant de tout échange communiste (quoiqu’on ne sache pas trop ce que pourraient être encore des échanges communistes), le bricolage de Chavez visait à faire croire à une « solidarité internationaliste » l’accouplement de deux bébés stalinoïdes ! Chavez avait même réussi un coup de maître en osant la « solidarité sud/nord » lors de l’accord avec la municipalité de Londres en 2006 – un rabais de 20% sur le pétrole pour les transports en commun – afin de diminuer par deux le billet des « pauvres londoniens ». Facétie absolument pas généralisable par les autres pays du sud sans pétrole et sans mégalomanie.
 Curieuse cette notion de solidarité de riches (en or noir) vis-à-vis de pauvres (en sucre) qui ne supprime ni l’exploitation ni les classes ! Et plutôt « solidarité de convenance mercantile » qui, en fin de compte, a éclaté partout avec la crise mondiale où les pays du sud se sont divisés entre « largués » un peu plus et « émergents ». L’idéologie « d’autonomie collective » drainée peu ou prou depuis les conférences des non-alignés de Bandoeng s’est dissoute au profit de la très capitaliste « solidarité conditionnée ».
Clap de fin. Des fresques et des panneaux célébraient la fraternité entre les deux peuples: «Cuba-Venezuela: Deux pays, un seul peuple». La tentation de comparer le soutien vénézuélien à celui de l'URSS d'avant 1990 était logique, avec cette terrible nuance qu’apporte un ancien fonctionnaire cubain : « lorsque le frangin impérialiste russe était là, l'essence coûtait 10 centimes le litre et des cubains détournaient des camions citernes entiers de pétrole pour le revendre».
Le 4 oct 2011 j'écrivais sur ce blog : « Avatar de la « guerre révolutionnaire » disparue des gauchistes tiersmondistes et des marxistes orthodoxes, les cubains accèdent au droit de propriété. Le socialisme de caserne tant admiré par les trotskystes et leurs demi-frères altermondialistes ploie sous l’avancée du capitalisme qui a corrompu même pépé Castro, une figure de légende guérillériste qui a tant ridiculisé le communisme sous une dictature sous-développée d’un demi-siècle, adoubée par tout ce que la terre compte de staliniens indécrottables et de trotskiens indélébiles, qu’on se demande si ces vieux coucous niais ne vont pas entrer en dissidence avec la notion de capitalisme d’Etat dégénéré… ». Enfin Obama était venu porter les premiers chrysanthèmes du vivant de Castro. Le moins drôle, Fidel Castro gardera beaucoup de fidèles. Comme Staline.



NOTES

1Lire l'article de la section mexicaine du CCI : https://fr.internationalism.org/ri422/soutien_de_castro_chavez_et_ortega_a_kadhafi_quand_les_capos_se_donnent_la_main.html
2La pamoison ridicule a déjà commencé avec la tonalité chauvine de ce pauvre rejeton de bureaucrate à la triste figure, Laurent fils : « "Ca a été dans le XXe siècle, l'un des dirigeants du mouvement d'émancipation humaine. La révolution qu'il a menée a eu lieu à l'époque de la décolonisation et s'inscrivait dans ce mouvement de restauration de la souveraineté des peuples. C'est ça qui restera dans l'Histoire" », mais impasse sur le mensonge cubain hystérique, où les journalistes gauchistes de l'Immonde excellent dans la cuistrerie  : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/11/26/comment-fidel-est-devenu-revolutionnaire_5038496_3222.html. Le Figaro en rajoute deux couches: "disparition du père de la révolution cubaine", "le dernier révolutionnaire"; quand le gauchiste ministériel Mélenchon appelle à un rassemblement parisien de condoléance pour ceux à qu'il veut faire fantasmer sur "une prise de pouvoir" imaginaire mais pacifiste.
3Lire sur slate « L'hommage embarrassant de Hollande au Che » : http://www.slate.fr/story/101591/che-guevara-hollande. Et une toute autre version : http://www.revolution-socialiste.info/RS26Guevara.htm
4Lire l'excellent article sur cette genèse : Le PCF contre la reprise de la lutte de classe : https://fr.internationalism.org/brochures/pcf-lc68
5Cf . Notes sur la politique étrangère des Etats-unis : https://fr.internationalism.org/french/rint/113_pol_imp_US.html
6Il n'aurait fait exécuter que 216 personnes, quoique des anciens flics du régime Batista, selon ses fans en tee-shirt de Médiapart. Il est vrai qu'il y a une hystérie à sens unique contre Castro et Guevara par nombre de journalistes lâches qui ont toujours sucés les boules des dictatures européennes ou sud-américaines. Ne pas choisir un camp nationaliste contre un autre, ne veut pas dire nier le courage et le culot politique des Castro et Guevara. Mais c'est une autre question.


vendredi 25 novembre 2016

POURQUOI DROPPY SERA LE PROCHAIN ?


(Vivement une droite « méchante » pour faire oublier les attaques anti-ouvrières de la gauche bourgeoise et redorer le blason des syndicats collabos !)

« La gauche gouvernementale leur a préparé le terrain »
 édito de LO

Dans mes fichiers de citations historiques pas moyen d'en retrouver une très pertinente de Machiavel ou de Tocqueville, qui dit à peu près ceci : « sous tes ordres je m'abaissai, je me laisserai même humilier jusqu'au dernier degré, sachant qu'un jour je te succéderai et que j'occuperai ta place avec autant de cynisme ». Tant pis pour la citation réelle, l'idée est là. Il y a du Pompidou chez Fillon, madré comme un paysan, filou comme un notable provincial, Rastignac a plus d'un tour dans son sac. Fillon a rejoint des « roués parisiens » que décrivit si bien Balzac. Mais, et cela devrait servir d'argument à nos trotskiens farouches du NPA qui a estimé qu'au concert des primates de droite c'est le plus réac qui l'a emporté1, Rastignac est le portrait réel d'un politicien d'avenir :
Thiers le massacreur de la Commune de Paris. Avec ce raisonnement simpliste à gauchiste, qui préfère la simple comparaison au raisonnement, on en déduira qu'avec sa purge glaciale des « acquis sociaux » et des (privilèges) corporatifs du secteur public, le sinistre sire – catho anti-transgenre et immigréphobe – aura au moins l'avantage de provoquer l'insurrection tant attendue par les lycéens parisiens et leurs parents bobos.

C'est se tromper du tout au tout sur le personnage. Droppy a fait son chemin avec une certaine cohérence : il a voté pour l'abolition de la peine de mort, refusé les compromissions avec le parti FN mais sans jamais mépriser son électorat. Alors qu'un Juppé ou un Sarkozy ont toujours eu du mal avec les syndicats, Fillon est un des hommes politiques qui a été certainement le plus efficace pour la bourgeoisie depuis une trentaine d'années, au gré certes d'alliances et de retournements, d'amitiés et d'inimitiés dans sa « famille politique », comme ils disent affectueusement dans la droite patronale. C'est tout de même lui qui réussit à faire passer deux « réformes » de retraite2 avec une parfaite entente avec les bonzes syndicaux. Ce n'est pas un excité à la Sarkozy et il a montré au cours de ses successives prestations télévisées qu'il sait se contrôler. La bourgeoisie française a d'ailleurs compris, derrière la « merveilleuse surprise » d'une spontanéité bling-bling du « peuple de droite » qu'il est désormais son « homme » providentiel-présidentiel.

Au crédit de sa réussite à « percer », il y a bien sûr une bonne dose de provocation. Venir sur les plateaux, la main sur le cœur, plaider pour une « purge thatchérienne » - en plus avec le chanteur Renaud qui avait tant couiné contre la dame de fer (d'ailleurs cruellement jetée aux orties en fin de sompte par sa classe) – il faut le faire. Le choc est rude pour tous les vieux gauchistes, retraités ou en fin de carrière. Imaginez que Mitterrand ait dit : « je m'inspire du Maréchal Pétain » !? Bien qu'il s'en soit inspiré aussi. Il y a une continuité de la fable familiale du fascisme à la démocratie. Evidemment qu'il s'agit d'une provoc car nous ne sommes plus à la même époque, et Fillon n'aura pas à démanteler un syndicalisme égoïste et rétrograde (comme celui des mineurs anglais), au contraire il aura tout intérêt à trouver une poudre de perlimpinpin pour revigorer des appareils corrompus. D'ailleurs, comment ne pas noter au passage qu'une droite « méchante », comme je vous l'ai révélé dans le sous-titre, est absolument nécessaire pour ranimer les « valeurs de gauche », et non pas cette guimauve « multicucuraliste » d'Ali Juppé ?
On prendra les mêmes et on recommencera. Assez pitoyable comment les rats sarkoziens ou centristes se sont précipités dans le navire de Droppy, avec les insignifiants Morin, Karoutchi, Lemaire, et tutti quanti. Ou plutôt on reprendra un sarkozisme moins débridé, en soufflant plus subtilement ce qui est nommé « les idées du FN », qui ne sont d'ailleurs pas en soi, à l'origine des idées du FN : le questionnement sur la crise migratoire et ses conséquences, l'infantilisme laxiste de la justice bourgeoise, composée de curés cyniques, qui laisse en prison Jacqueline Sauvage et laisse en liberté des aspirants criminels notoires, la fable de la déradicalisation pour les tueurs de daech lorsqu'ils reviennent en France, le développement d'un sous-prolétariat qui renie toute identité ouvrière sous le régime de l'assistanat, une école où des rigolos psychologiques perpétuent les inégalités en prônant le jeu à la place de l'étude, une expansion du culte du numérique ou les trois quarts des jeunes font des fautes à chaque terme qu'ils emploient, etc.
Toutes ces questions, s'il semble les prendre en compte d'un coup de menton de champion automobile, Droppy ne les résoudra pas, mais son succès sera dû au fait qu'il aura osé les poser, alors que le terrorisme intellectuel de la gauche caviar et de ses gauchistes suppose que si vous les posez c'est que vous êtes un fâchiste (néologisme qui vient du verbe fâcher).

Là où Droppy a tout faux c'est sur le culte de l'entreprise capitaliste, et j'y reviendrai. Avant il faut en finir avec la gauche bourgeoise au gouvernement. « Attaque brutale », « l'horreur nous attend avec ce qu'il y a maintenant en face », c'est la plainte des sec gen du PS ou des chefaillons gauchistes. Les gauchistes de France Inter, de Arte et de FR3 nous dépeignent un retour des affres des années 1930, pour un peu Trump est le nouvel Hitler, et pour beaucoup Fillon un nouveau Pétain. Bande de rigolos. Heureusement ils font partie des riches intermittents, surpayés et on espère qu'ils sont en CDD. Et l'attaque de leur loi El Khomri (on a nommé une ministre arabe du travail, et je n'ai pas dit une ministre du travail arabe car le travail est désormais ubérisé! Pour que ça passe mieux, plus convivial, plus antiraciste, plus « multicucuturel ») elle reste en travers de la gorge des ouvriers français et d'origine arabe ! La gauche et ses « valeurs » gauchistes nous prennent vraiment pour des cons sans mémoire.
« Que reste-t-il de nos amours ? »... de gauche, aurait chanté Trénet. Pas grand chose, de 1936 à 2016 la gauche intermittente au pouvoir aura toujours mené les pires attaques contre la classe ouvrière. « J'y pense et puis j'oublie », comme Claude François, mais le défaut de mémoire est impossible juste après un court laps de temps avec la violente loi travail. Ce n'est pas le Hollande Bashing, ni la bêtise costumière de Macron, ni la pléiade de rigolos candidats gauchistes du PS, les Montebourg, Hamon, Duflot plus à flot, Mélenchon, le petit Poutou ni le guide de LO Nathalie, qui vont inquiéter un parti de droite requinqué. Dimanche prochain la photo de « famille » est déjà prévue : ils seront tous là en rangs d'oignons pour adouber le révérend Fillon. Je me rappelle une réflxion de Marc Chirik disant que la droite en général, lorsqu'il faut se réunir le fait en général très rapidement et mieux que la gauche. La gauche son boulot bourgeois indispensable est dans l'opposition, sa participation au gouvernement est un pis aller (je ne l'ai pas fait exprès). Les choses sont ainsi faites que le principal parti de droite a été en morceaux le temps du mandat de Hollande, cette fraction bourgeoise peut dire merci à Sarko de l'avoir reconstruit même s'il n'en tire pas bénéfice pour son ego. Et voici venu le temps de l'effritement du bloc PS (Sabatier me comprendra).
C'est panique à bord dans le cargo Hollande. On a le pédalo Mélenchon, perdu en mer électorale, le pneumatique Macron dégonflé à peine mis sur le bon coin, l'insipide Hamon n'est même pas sur la même barque de marque française vermoulue que dadet Montebourg, Valls passe pour un Droppy de gauche. Seul Hollande peut désormais perdre honorablement en arguant que ce sera faute à l'absence de Sarko réduit en sarcophage.
Mais au moins Droppy aura siphonné le FN, redonné espoir à une gauche handicapée (qui comme tous les handicapés clame que c'est la faute à l'autre), et évité à la bourgeoisie française de perdre du temps.

LE COURAGE DU MENSONGE POLITICIEN

Rodé depuis 40 ans aux pires magouilles, renversements d'alliances et récompenses d'ambitions serviles, Fillon a au moins retenu de l'école sarkozienne le sens de la provocation. Monsieur Propre agit comme monsieur le curé où une bonne fessée vient compléter une leçon de morale. Si la fessée est déculottée c'est une garantie de volupté.
Rastignac Fillon en short de scout, saluant un Baden Powell dans le boucher de 14 -18 Clemenceau,
peut se réclamer de la tradition des pires tueurs du prolétariat. En soi l'application simple de son programme pourrait engendrer immédiatement les mêmes tristes barricades suicidaires de 1871, et le conduire à être un chef des mercenaires légaux tueurs des prolétaires. Ne soyons pas simplistes, la bourgeoisie ne veut pas nous servir la révolution sur un plat et avec ses gants.

Si Fillon a attiré l'attention majoritaire contre les clichés multiculturalistes de la gauche bourgeoise et de leurs amis gauchistes (bourgeois de base), il a creusé l'avance sur le peloton des idiots, sur l'immigration massive il n'a pas un raisonnement fasciste, ni sur le retour des tueurs islaminguants, ni sur le système des allocations familiales dispendieuses, ni sur l'assistanat (quoiqu'il ne dénonce pas l'assistanat généreux dont disposent retraités du patronat, intermittents du spectacle, apparatchiks divers et journalistes). Sauf qu'il n'y changera rien, trop d'intérêts étant en jeu pour la sauvegarde du parasitisme des couches supérieures. Venons-en à sa principale provocation électorale : suppression de 500.000 emplois de fonctionnaires !

Bravo l'artiste ! Le plouc, le plombier qui gagne deux fois plus qu'un toubib, le chômeur lambda, l'épicier, l'ouvrier rampant d'une petite boite privée, sont comme le milliardaire de Georges Orwell, qui aimerait bien que les lumières de l'avenue s'éteigne après le passage de sa limousine. Cibler sur les fonctionnaires « ces privilégiés », c'est comme cibler sur les immigrés comme cause du chômage. Fillon prendra-t-il de la cortisone comme Pompidou ?
Malheureusement c'est du pipeau, et Juppé a eu raison de lui rétorquer que c'est impossible. Un Etat moderne sans fonctionnaires est comme une bicyclette sans roues. Mais c'est plus vicelard d'autant que c'est inapplicable, mais que Droppy vise à faire passer le message nécessaire : ubérisation et flexibilité accrue de la condition ouvrière.
Doublé d'un autre gros mensonge, la fameuse suspension des 35 heures et le repoussoir à 65 ans de la retraite, pour redévelopper les emplois.

Or, supprimer le recrutement des fonctionnaires et monter à 39 heures sans compensation salariale (au nom du sacrifice pour la patrie patronale) pour créer des emplois c'est comme vider un vase d'eau en attendant qu'il pleuve. C'est bête et méchant, et aucun de ses colistiers n'a fait l'effort de vraiment ridiculiser cette idiotie économique. J'ai interpellé sur cette idiotie hier soir au métro Raspail une militante UMP qui diffusait un large prospectus fillionien glacé, fort bien fait (homme smart, provindentiel – pas provincial – reprise du navrant slogan mélenchonien : « prenez le pouvoir en votant pour moi »). La femme, chef d'entreprise entreprit de m'expliquer que « tout est lié », que cette libération de potentiels fonctionnaires viendrait abreuver les petites entreprises. Je lui répondis qu'à ma connaissance un jeune, encore aujourd'hui, souhaite un emploi en CDI et un travail dans les grandes sociétés de service public où, en nombre, nous les prolétaires on est plus en situation pour se faire respecter que face au despotisme des petits patrons. Ce qui a un pendant, ajouté-je, un esprit corporatif aigu qui fait que jamais ni les gens d'EDF, ni ceux de la RATP, de Renault ou de la SNCF ne se mobilisent pour défendre les salariés du privé mais ne pensent qu'à leur propre gueule ; la casse des retraites a commencé quand le gouvernement Fillon a attaqué le secteur privé et quand les syndicats du public se sont bien gardés d'apporter une quelconque solidarité, puis ont pleuré toutes les larmes de leur corporation quand leur tour et arrivé. Je crois avoir été le seul il y a quarante ans à m'être étonné, qu'au lieu de revendiquer le droit de vote (islamique) pour les immigrés, les syndicats antiracistes ne se sont jamais battu pour l'embauche « internationaliste » des ouvriers immigrés dans le secteur public ou à EDF, sauf accessoirement via l'entrepreunariat privé en maçonnerie pour creuser les tranchées des câbles.

Le sourire de Droppy lorsqu'il apparaît montre les profonds sillons du Medef et les cernes de l'austérité mais pas pour tous. Ce culte de l'entreprise, blanchie sous le harnais salarial, qui va sauver la France, on l'a entendu mille fois sous tous les gouvernements précédents et particulièrement sous celui de Hollande, qui n'a ni empêché la fermeture des grosses boites ni empêché les continuelles « destructions d'emploi ». La tambouille à Fillon pour la suppression de l'ISF, une diminution de la torture des charges patronales et son allocation sociale unique, pour restaurer les profits et revenir au magique et disparu plein emploi, est un breuvage imbuvable.
Après un capitaine de pédalo on aura un général d'armée mexicaine avec des avirons sans barreur.

LA GROSSE MYSTIFICATION DE L'EGALITE

Je l'ai déjà dit dans un de mes livres, après la révolution prolétarienne, la première chose à effacer du fronton des édifices publics est le premier terme de la trilogie mystifiante « liberté, égalité, fraternité » et à remplacer par « altérité, égalité, fraternité » ; le système dominant l'a déjà fait, mais c'est un mot d'ordre vraiment pervers qui existe virtuellement, la « diversité » qui concerne les races et non les besoins humains.

Là aussi Fillon sait le bon filon : mentir avec ce mythe de l'égalité. Le monde entier est un monde sans avenir où la majorité de la population va se trouver de plus en plus sans emploi, rejetée du monde du travail, c'est pourquoi ces histoires d'égalisation ne sont même pas une péréquation des richesses. C'est frappant avec sa proposition d'unification des régimes de retraites, Mr Retraitable intraitable, alors qu'on a déjà fondu plusieurs régimes des couches petits bourgeoise dans le régime général, veut supprimer les régimes spéciaux corporatifs (concédé par le gaullisme pour reconstruire le pays, preuve qu'il ne peut plus être gaulliste sic!) pour égaliser les « privilégiés » du public sur les « malheureux » du privé, certes plus productifs, pourquoi pas ? Mais alors faut égaliser vraiment et revoir à la baisse les ignobles retraites chapeaux des patrons, des big chefs des administrations publiques qui grèvent les caisses, et surtout celle de l'impotent Chirac qui défie tout entendement).
L'idée d'allocation sociale unique, sœur du revenu universel, n'est qu'une acceptation de la pauvreté généralisée et une officialisation de l'exclusion sociale. En attendant Godot « revenu universel » (cela peu prendre des décennies) la réduction des allocations chômage et le chantage à la rue, sont en continuité des gouvernements précédents ! Vous croyez que les braves employés de Pôle emploi ont été moins cyniques sous Hollande ? Fillon si apte à mentir sur les attaques similaires de la bourgeoise dans les autres pays nous prend pour des caves qui croient que le capitalisme en crise, en compétions impérialistes sans fin, pourrait se résoudre par une intensification de l'exploitation des prolétaires au niveau national. N'est-ce pas une fillionie ?

Une fois qu'on a passé en revue les blagues (réformes simples et efficaces, hi hi) des 15 « mesures phares » (pour renouer avec la réussite, ah ah) de Fillon, et qu'on survole les trois préoccupations qui les guideraient – libérer l'économie (?) Rétablir l'autorité de l'Etat (lequel?) Affirmer nos valeurs (lesquelles?) - on est fondé d'en conclure que l'an prochain nous aurons à choisir entre le sida ou le cancer, face à une droite droit dans ses bottes (nazies) et une gauche avec le salut militaire que fût le poing levé, pour empêcher un nouvel incendie du Reichstag. Mortal combat ou pitoyable combat ?

PS: à lire aussi cet excellent papier sur les origines politiques broussailleuses de notre sourcilleux Droppy: http://www.centpapiers.com/quand-le-tapis-diznogoud-reve-de-devenir-calife-a-la-place-du-calife/

NOTES

1Ce qui reste à démontrer si on aligne ce pauvre Sarko, le minable Copé et le patibulaire Poisson.
2« Réformes » comme ils disent à droite comme à gauche, que je qualifierai plutôt d'attaques contre la classe ouvrière. Cela dit, et personne ne s'en est aperçu (sous les chants syndicaux) mais la retraite est devenue une relégation, une honte. Nos sociologues et les politiciens nous assurent que c'est pour gagner plus d'argents que des retraités retravaillent. Stupidité, sans oublier le nombre de volontaires bénévoles pour des activités caritatives ou associatives très hiérarchisées, la retraite est une mort sociale, comme je ne cesse de le répéter. Et un vieillissement avec une meilleure santé ne donne pas forcément une envie de rentier touristique (quel ennui ou quelle impossibilité financière!) . Je connais désormais trop de gens d'en haut ou d'en bas, humiliés ou en désarroi après départ en retraite, pour douter que cette perspective soit envisagée désormais comme une joie, une libération, alors qu'elle se rapproche de plus en plus de la condition d'isolement du chômeur ! Moi-même j'ai honte d'être parti à 55 ans. Lors de manifs je me suis d'ailleurs engueulé avec des syndicalistes sur ce sujet. L'allongement de la durée de travail dans la vie peut être aussi un allongement de l'espérance de vie... sociale, excepté pour les boulots de merde. Le communisme abolira la retraite, sans glorifier le travail puisque le travail sera intégré comme une activité ludique dans la vie quotidienne, comme diraient Lefebvre et Debord... et non plus cet imbécile cloisonnement dit activité/inactivité.

lundi 21 novembre 2016

Pourquoi Droppy a gagné?


Notre principal Poulidor français, l'homme qui ne souriait jamais1, a endossé le maillot jaune, cette couleur traditionnelle des cocus ou des fous2. Revanche éclatante d'un prétendu éternel loser selon les commentateurs à la petite semaine. Le chanteur Renaud, dégrisé, aura eu du flair d'en faire son champion. Un président a toujours besoin d'un ménestrel pour l'accompagner. Qu'aurait donc été Sarkozy sans Doc Gynéco, et Hollande sans Benjamin Biolay ?

Le petit chose, simple collaborateur d'un ex-président colérique, a grillé la politesse aux trémolos des uns et des autres de la « famille de droite ». On nous explique la réaction du « corps électoral » comme une sorte de prurit cathartique, une soudaine folie, mais surtout voilà la surprise relativisée comme un « magnifique sursaut démocratique », car, l'air de rien, le petit chose qui ne riait jamais affiche soudain tant de qualités consensuelles que la haute se baisse pour lui tendre la main. C'est tout bénef pour une classe bourgeoise avec un personnel politique en déshérence, une gauche bourgeois plombée - non par ses rivalités de personnes « grillées », comme ce benêt de Macron automatiquement effacé du tableau par plus thatchérien que lui, mais par sa « politique de droite » (comme diraient les trotskiens) – mais surtout par le passage en force grâce aux « élus de la gauche éternelle, tolérante et antiraciste » d'une loi travail qui n'est toujours pas digérée par la classe ouvrière, même si celle-ci pèse peu dans la mystification électorale ; mystification signifiant imposture et tromperie vénale comme vous êtes sensés le savoir. Le dictateur Sarkozy n'en voulait pas de cette "primaire" qui ne pouvait que le rabaisser.... comme ce sera le cas pour Hollande s'il passe sous les mêmes fourches caudines si peu sportives.

Même les intellos de Libération, avec leur empathie pour le multiculturaliste heureux Juppé, n'ont
rien vu venir, traitant avec mépris « l'austère pédagogue » Droppy. Ne s'acheminait-on pas soit vers un duel couru d'avance Hollande/Sarko, soit, quoique plus improbable Hollande/Juppé. Plus personne ne causait de la monstrueuse Le Pen dans une équation qui laissait des chances à François II.

Passons d'abord par les explications psychologiques. La soirée spectacle électoral sur BFM, animée par le groupe de potes qui se bombardent chacun « directeur politique » de la rédaction ou de la réaction, fût relativement clean, avec le VRP sondeur habituel, honnête et précis. Le seul couac n'aura été que cette grosse bête de Ruth Elkrief qui négligea l'ancien duel Copé/Fillon en laissant croire que Fillon était aussi pourri que Copé. Erreur majeure, l'imposteur pour la course à la prise de tête du parti de droite bourgeoise, était resté dans « l'opinion » l'arrogant Copé ; sinon comment expliquer son score lamentable de bon dernier ? Bref, les « gens » avaient voté finalement pour un homme au parler franc, pas pour son programme (Hein ? Ils l'ont même pas lu (les cons, en off) susurrait Ruth) 3. Bonne remarque, lors des trois débats préliminaires, Fillon est le seul à ne pas tenir le discours électoral classique et à se passer des trémolos habituels : « vous verrez on rasera gratis, l'ascenseur social sera réparé par un ministre qui aura ôté sa cravate, etc. ». Mais les journalistes restent superficiels ou orientés. Ils n'ont pas vu vraiment en quoi Fillon séduisait. Premièrement, mais cela tout le monde l'a vu, il ne s'énerve jamais, ou si c'est le cas c'est avec un parfait contrôle de soi et sans grossièreté comme vous savez qui. Les « gens » se branlent de l'avenir des communautés locales, du nombre des députés (quoique Fillon propose de diminuer de moitié ces parasites sociaux), des histoires de référendum, du nombre de prisons à construire, de la situation des fonctionnaires, etc. Ce qu'ils veulent c'est un état des lieux économique, mais sans illusions (et secondaire en fait) et surtout « civilisationnel », et un Etat qui ne raconte plus de blagues. Or, comme lors de l'épisode bonapartiste du filou Copé, on n'a pas oublié que, même sous la férule de maître SM Sarkozy, le petit chose avait osé dire la vérité, il n'y a pas si longtemps que cela : « les caisses de l'Etat sont vides ». Bon, la plupart, comme on ne connaît rien à l'économie, se sont dits : « pas vrai, y a plus de pognon, le problème est qu'ils le dilapident en se succédant au pouvoir ! ». Faux, la dette publique ils se la refilent les uns aux autres, c'est ainsi qu'on a si souvent entendu Hollande dire, par exemple : « Sarkozy » nous a laissé une ardoise de 50 milliards de déficit », comme ce dernier criait déjà dans sa campagne foireuse version Buisson démodé «l'ardoise nouvelle c'est 50 milliards de déficit laissés par Monsieur Hollande ».

Les journalistes qui n'ont toujours rien compris et qui n'analysent les tendances ou renversement de tendances que comme le résultat de vengeances entre ces divers compétiteurs arrivistes, ont essayé de nous faire le coup de l'intérêt prioritaire des « gens » (comprenez : ces cons d'électeurs qui en plus ont payé deux balles pour enrichir un parti bourgeois) était l'économie !
Singulière interprétation quand on parcourt un peu l'austère programme économique de M. Fillon. La soupe à la grimace, du sang et des larmes, aucun cadeau fiscal (éventuellement aux très riches comme toujours). Le programme de Fillon est cependant plus subtil qu'il n'en a l'air, ou que l'interprétation qui en est faite par ceux qui le lisent un peu trop vite par esprit partisan. Prenons la suppression des 35H, ce n'est pas ce que dit Fillon, il laisse la porte ouverte aux arrangements, il ment car la moyenne horaire est déjà revenue à 39 H chez les ouvriers made in France ; c'est vrai que les 35 heures ont pu dégager un peu moins de 300.000 emplois, mais Fillon ment quand il dit que passer à 39 H permettrait une grande création d'emplois ; le reproche qui est lui est fait immédiatement après sa victoire par le clan Juppé – que le passage à 39 H augmenterait la masse salariale – ne pèse donc pas lourd, vu le tour de passe-passe4, et le fait qu'un gouvernement Fillon sera bien obligé, comme l'anti-syndical Sarko, de négocier au cas par cas, avec précaution en particulier pour la suppression rêvée des statuts, suivant la puissance de telle ou telle corporation égotiste. Idem pour l'annonce de la suppression de 500.000 fonctionnaires. Ah ! supprimer les fonctionnaires, ces parangons de paperasserie et d'arrogance bureaucratique, cela vous fait rêver tout l'électorat plouc et artisanplouc ! Dans la réalité je ne connais pas le moindre Etat moderne qui pourrait se passer d'une masse de fonctionnaires. Depuis longtemps, les gouvernements successifs annoncent cette mesure de « réduction du budget de l'Etat », comme le miracle attendu, mais qu'on n'atteint jamais. Chaque année des milliers de fonctionnaires ne sont pas remplacés, le chiffre est aussi inconnaissable que celui des reconduites de migrants à la frontière, et Fillon fera comme les autres, il ne diminuera pas autant qu'il ne le souhaite peut-être pas pour la marche de l'Etat, mais on aura déjà oublié. L'argument est un argument électoral ordinaire en direction de la petite bourgeoisie des PME. Avec l'amère cerise sur le gâteau, contre l'idéologie du mariage pour tous (le mariage cette institution des plus réacs revalorisé par tout ce que la gauche et le gauchisme contiennent de transcourants, transgenres et transgresseurs de la bêtise des divers réformistes radicaux, miroir aux alouettes pour cristalliser une prétendue différence entre gauche et droite, mais au niveau sentimental seulement, lorsqu'elles sont en poste gouvernemental).

Non ce n'est pas sur le plan de son projet thatchérien (et risqué socialement) que Fillon a pu séduire, mais, sous ses airs placides, il a marqué le coup contre l'idéologie moderniste américaine, qui vise à culpabiliser l'Europe avec la théorie anti-colonialiste réchauffée – et qui, lorsqu'elle est contestée fait de vous un adepte de la « fasciste » Le Pen – lors de la confrontation avec un syndicaliste gauchiste antillais hystérique qui réclamait le remboursement de l'esclavage. Fillon l'a laissé délirer et a clos l'algarade par un « la repentance ça suffit » ! Bref mais excellent. Du coup les départements d'Outre mer ont voté Sarkozy, mais c'est secondaire. Nul doute que avec son « identité heureuse » Juppé aurait palabré des excuses, exprimé son souci des canaques et des malheurs de nos chères populations d'Outre-mer. Le calme et la franchise de Fillon détonnent d'abord au milieu des autres excités du peloton. Puis, lors du dernier débat, il ridiculise deux générations de journalistes habitués à faire les beaux, Pujadas et Elkabach, en déniaisant leur politique spectacle. Tout est dans l'apparence, Fillon ne va rien révolutionner du tout comme les autres, mais un geste, un soupir, une répartie cinglante peuvent faire gagner des centaines de milliers de voix ; on se rappelle l'embellie de Bayrou qui avait flanqué quoique légèrement une baffe à un marmot qui essayait de lui faire les poches.
Autre argument, il est indéniable que, à droite comme à gauche de l'électorat (ce trou à rats) et en général était depuis le début TSS : tout sauf Sarkozy. Juppé sembla immédiatement un moindre mal, mais il mettait mal à l'aise ce vieux cheval de retour avec sa « politique jeune », car qui pouvait oublier ce bureaucrate « droit dans ses bottes » chassé du pouvoir en 1995 ? Lemaire trop réac, Copé coulé depuis longtemps, NKM follasse... il ne restait comme buvable que Fillon. A une époque où se décompose l'idéologie du multiculturalisme nunuche de l'idéologie américaine, et surtout un repli sur soi identitaire national, les clés de la politique bourgeoise doivent être refondues et un autre modèle fabriqué hors du moule flasque européen. Après le Brexit et « l'anti-système » trumpetiste, ou trumposeur (trompe et imposteur), l'alignement idéologique sur le principal ogre impérialiste est caduque, justement grâce au repli intra-muros America. Comme l'a dit Fillon, à l'heure où la nouvelle diplomatie américaine veut relâcher la tension avec Poutine, il serait idiot que l'Etat français refuse aussi l'ouverture à la Russie ; ce renversement de tendance face au boycott un peu longuet et bizarre des russes, est aussi, l'air de rien, un argument électoral de poids pour l'électorat des vieux grigous staliniens et des mélanchoniens qui ont la nostalgie de la soviétique Russie.

L'argument journaleux et pipolaire de la vengeance pour expliquer les rivalités entre les polichinelles de droite ne tient pas vraiment la route. C'est le mode de fonctionnement de base de la politique bourgeoise certes. Ils s'éliminent les uns les autres sans ménagement. Chirac avait cassé Chaban, Noir et Cie. Mitterrand avait cassé Rocard. Hollande a laissé DSK se casser tout seul. Copé a voulu casser Fillon mais a raté son coup. Sarkozy croyait casser tout le monde. Blessé que Chirac ne le prenne pas à nouveau comme ministre d'Etat, Fillon s'était mis au service de Sarkozy, pour « se venger », mais n'avait-il pas peu avant choisi et autre traître de trente ans Balladur ? Mais ces querelles tombent sous l'obligation de résultat en fonction d'une politique donnée. Je me rappelle d'un très ancien article de RI, fin des 70, qui expliquait que depuis la guerre la bourgeoisie française a toujours été divisée entre une fraction gaulliste et centriste, la centriste représentant plutôt la haute bourgeoisie la plus soumise à l'idéologie américaine. Il existe toujours des clivages dans les grandes familles politiques bourgeoises, plus tout à fait les mêmes qu'il y a trente ou quarante ans; le gaullisme n'est plus qu'une vieillerie de la reconstruction, une vague référence qui sert de cache-sexe à la gauche souverainiste et à Zemmour. Disons qu'il y a toujours un clientélisme électoral qui vise en particulier les couches petites bourgeoises des PME, les professions libérales et ce qui reste de la paysannerie, l'UMP gardant cette clientèle (quand PS et résidu du PCF chouchoutent fonctionnaires  et corps enseignant), mais avec le centre décentré et rabougri, il n'y a plus vraiment séparation avec les intérêts de la haute bourgeoisie industrielle (affamée à son niveau et en danger). La fluidité , ou l'inconstance de l'électorat en général est le produit de la chute des  classes intermédiaires, ou leur dévalorisation.
Le paysage politique français reste marqué en partie pourtant fictivement par ce clivage comique - il y aurait une droite progressiste et une droite conservatrice -, et c'est pourquoi la plupart des médias roulaient pour une alliance Juppé/Bayrou ; comme outre Atlantique pour une Hillary Clinton... Le clan Sarkozy est venu, involontairement, servir les plats à Fillon, en coulant Juppé pour son alliance avec le traître Bayrou (qui a fait gagner Hollande en 2012), symbole de mollesse et d'accommodement politicien. Quand le vrai traître n'était autre que Fillon lui-même, commis revanchard de tant d'humiliations du PN sacré roi de l'Elysée, pour ceux qui se souviennent de l'affaire Jouyet, un énarque de la gauche caviar, vulgaire employé de l'Elysée, pote avec Fillon depuis la maternelle, et qui, lors d'un dîner s'entend dire, confidence de Hollande à ses deux journalistes chargés à leur façon de faire sa promo présidentielle bis : « Allez, allez-y, vous n'imaginez pas tout ce qu'ils ont fait. Avec Bygmalion, les comptes de campagne, les financements... ». Traduction : putain mettez-le au tribunal ce vénal Sarko ! Ce PN ! Cet abruti qui m'a pompé l'air pendant quatre années !5 Comme les journalistes remarquent que le clan Sarkozy n'a pas été dupe de l'innocence proclamée de Fillon, Hollande répond que l'intérêt pour Fillon, pas fou, était de faire passer cela pour un complot de la gauche contre lui6. Mais tout le monde se fichait de l'aigreur du petit chose à Sarkozy, pas par indifférence comme disent les deux échotiers de Hollande mais par... compréhension ; après tant d'humiliations contre, au sens propre, un premier commis d'Etat qui n'aurait pas réagi comme Fillon ? Quelque part je pense que les TSS n'avaient pas oublié cet épisode, nullement en défaveur de Fillon finalement, humainement parlant. C'est de là que provient à mon avis la première chute du clan Sarkozy. Lé référence à cette affaire est posée dès le premier débat ; à la question du journaliste, Fillon avait blémi et sans être loquace avait renvoyé à la décision du tribunal. Fillon avait débuté son sillon à l'estoc contre Juppé et le pauvre Sarkozy : « moi si j'avais été inculpé, je ne me serai pas présenté » ! Et toc ! L'effet ne s'est pas fait ressentir tout de suite chez « l'électorat » mais avec le rebond des autres débats, bien profond (grâce aussi à la dernière estocade du pouvoir relançant les rumeurs sur la valise de billets. Pauvre Sarko au poteau !
Tout à sa dénonciation du « traître Bayrou » Sarkozy n'aurait jamais pu dénoncer l'autre sans paraître diviser « sa famille politique » ; Fillon était sauf. Par contre, patatras pour Sarkozy, questionné lors du dernier débat sur les valises de billets de Kadhafi : « honte au service public ». Les médias de la gauche au pouvoir en avaient trop fait au dernier moment, savonnant involontairement la planche pour Fillon.

Le petit chose Fillon n'est pourtant pas n'importe qui, au niveau de son déroulé de carrière politicienne, constant et brillant avec son mentor décédé Seguin. Plus fort encore que Juppé, lui il a fait passer sans mal les réformes successives de retraite. C'était pas sympa pour les prolétaires, mais c'est pas rien pour la bourgeoisie. Loin d'être seul, il a toujours été un « homme de relations », apprécié pour sa pondération dans les rapports personnels, et une froideur qui n'est pas du mépris ; je suis le seul à avoir remarqué que à la fin du troisième débat, juste au final, le caméraman l'a saisi en train de faire un clin d'oeil sympa et souriant à son public. A ce moment là, lui savait qu'il avait surpassé les autres.

Il peut endosser tranquillement la tunique d'un Trump propre sur lui, promettre que le muticulturalisme de l'idéologie US c'est fini, qu'il y aura une répression suffisante – remercions-le encore d'avoir été le premier homme politique de l'histoire de France à reconnaître que les flics sont non producteurs et qu'on les paye par des emprunts bancaires – que les migrants ne nous feront plus chier, que les petits tueurs de daech retourneront chez Allah, que les fonctionnaires feront moins les malins. Au moins ne nous dit-il pas « moi président vous connaitrez le bonheur » !
Juppé aurait mieux fait de se désister comme les autres parce qu'il va à la cata, un deuxième tour ne s'imposait pas sauf à vouloir faire en ses chances à Hollande, car le programme « pas crédible et pas réalisable » ainsi qu'il qualifie celui de Fillon, c'est son programme à lui aussi. Fillon a l'avantage désormais d'être la synthèse d'un néo-gaullisme, pas orgueilleusement thatchérien (sinon explosion sociale garantie après les vaches maigres de la gauche bourgeoise au pouvoir), d'un libéralisme identitaire, plutôt catho que musulmanophile, bref la bourgeoisie française respire. C'est mon homme, comme disait Edith Piaf. Même les crabes du panier de la gauche peuvent se sentir plus à l'aise, ils n'auront pas besoin de se coaliser en se griffant les pattes. Leur défaite est assuré. C'est un vrai gringalet qui débarque, mais ils l'aiment aussi.
Finalement les électeurs font bien de ne pas lire les programmes des compétiteurs bourgeois, cela serait d'abord indigeste, puis rédhibitoire, alors ils choisissent le "plus mieux" dans la pourriture ambiante, et en plus un mec de la trempe d'Edith Piaf: "malgré le mal que l'on m'a fait...". Il faut bien en choisir un en attendant Godot, ou votre révolution prolétarienne qui ne vient jamais, quand les ouvriers continuent à se faire entuber par partis et syndicats de la gauche gouvernementeuse. Et celui-là c'est un bon, il dit tout de go: "je ne vous garantis rien". Un type qui ne peut pas être par conséquent tout à fait mauvais ni complètement pourri.






NOTES



1Lorsque l'on cherche son portrait sur google images, dans la majorité des photos il fait grise mine ou semble sourire contraint et forcé.
2Naguère les internés d'asiles psychiatriques étaient revêtus d'une blouse jaune, pour qu'on les reconnaisse de loin s'ils s'enfuyaient. Derrière son aspect joyeux de couleur (présumée) du soleil, le jaune est très négatif. Associé aux traîtres, à l'adultère et au mensonge, le jaune est une couleur qui mêle les contrastes. Le jaune pâle contrairement au jaune vif s'écarte de ce chemin régénérateur pour plutôt pointer la maladie, la morosité et la tristesse. Le jaune est également associé à la puissance, au pouvoir et à l'ego (c'était la couleur de l'Empereur de Chine). Or, Fillon, comme tous les hommes politiques accédant au pouvoir est de l'étoffe des traîtres, comme on le rappellera, même s'il apparaît finalement comme le vengeur masqué, anti-Sarkozy inattendu.
3Si vous désirez consulter rapidos le panel des programmes des polichinelles de droite, qui ne sont vraiment pas très différents les uns des autres en fait, le comparateur du Figaro est excellent : http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/comparateur/primaires-droite/#
4L'excellent bouquin des fouille-merde Davet et Lhomme livre bien des confessions bien plus intéressantes que celles qui ont été jetées en place publique pour la galerie. Ainsi Hollande explique que cela a coûté cher de passer au 35 heures, comme cela coûtera pour passer aux 39 H. Ce qui n'empêche pas cette vérité à tuer un syndicaliste collabo : « la loi sur les 35 H a permis beaucoup de flexibilité » et « l'annualisation du temps de travail qui n'était pas possible avant les 35 H ». (page 364)
5Page 448 et suivantes de « un président ne devrait pas dire ça... ».
6Le jugement du tribunal déboutant Fillon est un modèle de duplicité : « la base factuelle était suffisante pour diffuser cette information », et « l'information découlant des propos prêtés à François Fillon présente à l'évidence un caractère d'intérêt général ».(p 454 du Davet et Lhomme).

vendredi 18 novembre 2016

DERNIER TOUR DE PISTE DES PRIMATES DE DROITE : PREPARER LA SOCIETE A LA GUERRE ET REFORMATER UNE CLASSE OUVRIERE ...d'apprentis soldats

Des plaidoiries militaristes pour une reformation morale et statistique de la classe ouvrière

Contrairement à la gauche bourgeoise au pouvoir qui promet chaque jour une fin de la crise et de loger tous les migrants et tous les SDF de souche, qui mène la guerre au Moyen Orient aux frais de l'Etat français pour les voisins européens et pour combler le désengagement US, dans un but soi-disant humanitaire, la droite bourgeoise tient plus un langage de vérité : défendre les intérêts de la France, habituer les tout petits dès la maternelle à chanter la Marseillaise et à porter un uniforme (peu après la gauche reprendra les devants avec le soutien de Le Pen: http://www.lejdd.fr/Politique/Le-service-militaire-fera-t-il-son-retour-828850), supprimer les garanties sociales, allonger sans cesse le départ en retraite, généraliser l'ubérisation du travail, supprimer des milliers de fonctionnaires (ces privilégiés aux avantages éternels, quoique moindres comparés aux privilèges des députés, des patrons et du personnel répressif), pour enfin retrouver une sorte de vivre ensemble, jovial et patriotique. Quoiqu'ils en disent, l'élection imprévue du « populiste » Trump – mais ne sont-ils pas au fond tous aussi populistes ? - a conditionné leurs prestations à tous, chacun voulant apparaître comme le Monsieur plus anti-système ! Une notion qui fait des ravages dans les rêves les plus stupides de ce tas d'arrivistes.
Aucune question gênante ne fut posée. On resta dans les généralités malgré les ronds de jambe de NKM, trop théâtrale, plus Sarah Bernard relookée pré-raphaélite que Nathalie Artaud1.

N'ayant pas jugé utile de vous fournir un résumé du deuxième débat, vu les radotages inconsistants des polichinelles de la droite caviar, pain au chocolat et Prisunic, je peux par contre porter mon appréciation sur leur troisième prestation consensuelle et si bien mise en scène par leurs partenaires journalistes, qui comportait des redites pesantes des deux confrontations précédentes..
D'emblée ce qui frappe venant de la mise en scène d'une telle émission de propagande néo-stalinienne – à la fin de l'émission on entend le petit ¨Pujadas crier « vive la politique et vive le débat » - c'est que les questions visaient à provoquer ou rallumer les conflits de personnes, ce que les vedettes politiciennes de la droite classique surent globalement et subtilement esquiver. Au-dessus du lot, Droppy Fillon réussissant le tour de force de ridiculiser la lamentable mode journalistique - ânounisation ou ardisonnation – qui consiste à favoriser le spectaculaire au lieu du sérieux, et à préférer la franche rigolade aux sujets de fond. Les journalistes ne faisant d'ailleurs que leur boulot – tenter de rendre moins insipide la tricherie et le mensonge politique permanent du discours bourgeois. Fillon était le seul à avoir eu le courage de désapprouver la conclusion de son émission précédente par une comique de variétés, conférant non pas légèreté à l'interview politique mais ridiculisant un peu plus la prestation politique de tout politicien. Peu de choses en vérité au vu de son programme sinistre comme sa tronche de Droppy aux gros sourcils de sévère maître d'école. Celui qui est présumé avoir « le plus travaillé » son programme sort des âneries économiques invraisemblables telle que la suppression des 35 heures pour redémarrer la France, et en passant à 39 heures... créer des emplois ! D'abord la moyenne horaire des prolétaires en France est déjà à 39 heures en France (comme le lui a rétorqué Poisson je crois) et ensuite si, en effet les 35 heures, gadget d'Aubry et de Jospin ont peut-être créé 300.000 emplois – et mesure destinée à séduire l'électorat bobo – on ne voit pas comment en supprimant 500.000 fonctionnaires (il a retaillé les 600.000 qu'il visait la semaine dernière) et en obligeant ceux qui restent à travailler 39 heures cela créerait des emplois !!! Au contraire cela augmentera le chômage ! Le candidat le plus sérieux se retrouve en tête de la loterie parce qu'il fait preuve de sérieux, qu'il a « la carrure », mais parce que sondés et spectateurs ne lisent jamais les programmes. L'aliénation électorale est telle que la pose, le coup d'éclat, ou une répartie saillante, constituent le meilleur moyen de gagner ces moutons d'électeurs qui font mieux ce devoir électoral minable que leur devoir conjugal. Comme Juppé, Sarkozy a un peu mouché au passage Fillon le tristounet en précisant que : oui passer à 39 heures mais pas payé 35 ! et de nous resservir ce fabuleux « travailler plus pour gagner plus » ; objection que les journaleux de la chaîne publique, archi-rétribués, n'ont pas jugé utile de relever tout à leur passion pour « l'épaisseur » retrouvée du petit Droppy.

Les questions de fond de ce troisième épisode devaient porter sur la guerre, l'éducation et la coercition. Questions traitées « en soi » jamais en comparaison ou en parallèle avec les actuels gestionnaires du capital. Ni Pujadas, ni papy Elkabach, l'indétrônable, ne se seraient risqués à par exemple mettre en situation nos probables prochains exploiteurs : « est-ce que vous auriez attaqué la classe ouvrière pour la loi travail avec la même violence que le gouvernement Holande ? ». Ni : « est-ce que les flics ont bien été utilisés par Cazeneuve et n'auraient pas dû tirer sur les grévistes pour en finir au plus vite au lieu de les bombarder de gaz lacrymogènes  et de blablater pendant des mois avec ces salauds des syndicats? »

Pourtant l'essentiel de la prochaine soupe à la grimace ne se cache pas plus que les chaussettes Kindy : guerre, répression et fossilisation/reformation de la classe ouvrière.

Le discours est immédiatement très belliciste boyscout, transsubtantation franchouillarde de l'esprit de lord Baden-Powell. Le grand dadet immature Lemaire, sans son béret, est en pointe pour mettre la baïonnette au fusil, virtuellement de sa part (à d'autres de se faire embrocher). Copé en culotte courte et NKM en jupe plissée sont pas mal aussi, avec un léger désaccord : Boy Copé veut faire écoper tous les jeunes de 6 mois de service « national » quand soeurette NKM pencherait pour trois mois seulement. A peu près toute la rangée d'oignons bourgeois est pour le retour de Monseigneur Dupanloup : uniforme scolaire avec blason, salut au drapeau tous les matins avant d'aller pisser, Marseillaise à la tombée de la nuit.

Là où ils sont tous inquiétants c'est sur la question de la guerre, soldats au sol, pas au sol, leurs mic-macs même entre eux laissent accroire les pires suppositions... si au bout de leur réforme de l'Eduque naze ils parviennent à rétablir le service « national », bien dans l'air du temps. Bien sûr que Pujadas s'est gardé de poser la question gênante (si évidente) : est-ce que vous continuerez sur la lancée belliciste de Hollande ? Bien sûr qu'ils continueront, pour amplifier même : déduire les 25% que la France sort de sa poche pour protéger militairement l'Europe des 3% européen. Bombarder daech d'abaord, Assad ensuite. Juppé se fait rectifier par Fillon ou Poisson lorsqu'il dit que l'Iran est le principal ennemi, non répond l'autre : l'Arabie Saoudite. Enfin je résume parce que cette histoire de guerre contre le monstre islamiste commence à bien faire, cachant si bien les contrastes inter-impérialistes des grandes puissances et de leurs petits intermédiaires, que le djihadisme comme personnification d'un nouveau nazisme n'est pas très crédible. Il ne faut attendre aucune vérité sur les causes, implications et conditions de la guerre anti-terroriste en cours, de la part de ces fieffés menteurs professionnels.

LA TRILOGIE PRODIGIEUSE : ECOLE- ARMEE- POLICE

Deux écoles ; mais aussi emplois à deux vitesses. On eût droit à moult jongleries sur les allocs (Sarko en veine lepéniste veut les supprimer pour les migrants), le smic au rabais, la promesse de rajouter quelques centimes aux retraités pauvres et de faire rouler sur l'or les handicapés, sans oublier les emplois-rebonds misérables du plus lamentable « jeune » politicien nullard des encravatés en scène.

Mais, soit dit en passant, pour faire de bons militaires et de bons ouvriers manuels, faut d'abord une solide culture de l'obéissance à l'école, et surtout en finir avec cette fredaine (des autres boyscouts de la gauche caviar) « l'égalité des chances ». Et la rangée des cabochards de la diaspora républicaine-caine de s'étriper sur la formation à deux vitesses des esprits rapides et des « esprits lents », identifiables dès la maternelle. Lemaire est le plus réac, dès la sixième (onze ans) un enfant doit savoir s'il veut être pâtissier, mécano ou docteur...), ou dit plus artistiquement : « chaque enfant doit savoir découvrir le talent qu'il a en lui »2. Tous ces braves bateleurs de foirails d'insister sur les « fondamentaux » : l'apprentissage de la lecture, de la langue française... mais jusqu'à onze ans ou quatorze ans, âge de l'apprentissage ré-inventé ou re-généralisé. Cela me rappelle le sermon de nos profs racistes des fifties : « si tu es pas fichu de faire tes devoirs tu finiras balayeur comme l'arabe du coin » !3 La pré-raphaélite NKM s'indigne tout de même que grand dadet classieux imagine qu'un enfant de onze ans puisse trouver en lui si jeune quel métier il va faire plus tard !4

LA LECON DE MORALE INDUSTRIELLE

Le problème réel, sous couvert de lutte pour le retour à la fable du plein emploi (et pour en finir avec la dette publique, hé hé!) on peut en résumer ainsi l'imaginaire des candidats au mensonge suprême :

  • il faut des universités indépendantes, gérées comme des PME, avec un proviseur-patron ;
  • il faut pas faire du mot sélection un mot tabou : dès ses onze ans le fils d'ouvrier, à l'esprit lent, ne doit pas emmerder les esprits rapides, donc fissa vers l'apprentissage ;
  • les petits patrons (avec leurs gros bides et leur cynisme) doivent pouvoir venir enchanter dans la cour de récré les mêmes défavorisés aux métiers manuels (car tous les métiers sont nobles, etc. etc.)
  • il doit y avoir une plus grande proximité entre policiers, enseignants et chefs d'établissement (cf. le sergent chef Copé, qui insiste aussi comme les autres sur un redéploiement des « maisons de correction ») ; il n'est pas dit si les policiers vont pouvoir  recruter à leur tour dans les cours d'école5, ou si leur épopée ne vise qu'à transmettre aux chères têtes blondes et crépues le prestige de l'uniforme, pas celui de pandore bien sûr, mais le kaki.

Ces marionnettes de l'ordre dominant se sont bien expédiées de petits flèches assassines comme lors des deux précédents feuilletons, mais ils apparaissaient si complices au fond, celui-là aspirant, malgré son faible sondage, à un poste élevé si son voisin de droite l'emporte, celle-ci un ministère de l'écologie si son voisin de gauche surmonte le tiercé gagnant. Juppé ressemble de plus en plus au plus mauvais d'entre tous, clone d'un Chirac vieilli, mêmes intonations oratoires. Sarkozy fait de plus en plus la cancre de la classe, pour ses saillies et son indiscipline. Droppy, les chevilles gonflées parce qu'il creuse son sillon, sort des âneries plus drôles que ses épais sourcils de bilieux avec sa défense de cet OVNI incongru : "la liberté de réussir" ! Nous les prolétaires on se contentait jusqu'à cette auguste phrase, de la « liberté de perdre » son emploi, sa femme et sa vie à la gagner.
S'ils appliquent leur programme, ils nous donnent toutes nos chances en faveur de la révolution. Ils sont si vides au niveau des perspectives qu'on pourrait même penser que Hollande garde toutes ses chances de renverser la vapeur.
Finalement c'est le néo-facho Poisson qui a eu le bon mot de la fin au milieu de tous ces cyniques. Il a mis un bémol à leurs dithyrambes tout en jambes sur la révolution robotique; pré-raphaélite NKM s'était gargarisée avec le mot, comme Lemaire avec ses emplois rebonds sous-payés ; sus aux ringards avait pronostiqué celle qui se prend pour une star de Bollywood et se croit plus belle que Rachida Dati : « révolution car émergence du travail in-dé-pen-dant... nouvelles technologies...nouvelles valeurs ! ».

Crac boum, Poisson mettait tout ce pathos par terre : « L'essor du numérique remet en cause la protection sociale. Les robots ne paieront pas les cotisations sociales. On va vers une marchandisation des relations sociales. Deux voisins seront obligés pour dialoguer de passer par une plate-forme contrôlée par des robots ». Poisson serait-il la réincarnation de Guy Debord ?

Allez, rendez-vous dimanche soir pour le dépouillage de la société du spectacle présidentiel.

NOTES

1Il y a un point commun entre la nouvelle égérie de LO et cette dame distinguée, comme avec toutes les polichinelles du plateau TV, c'est leur commune passion (récente dans la secte LO) pour les élus locaux (ah... les signatures de base pour être candidat, comme se moque le PCI) ! Or, je le répète les élus des porte manteaux du Capital français sont autant des pourritures que leurs chefs parlementaires et autant des ennemis « populistes » de la classe ouvrière, la plupart étant toubibs, avocats, bouseux, profs en retraite, etc. (sic ! z'avez compris mon joke sur les élus départementaux?)
2C'est la paradigme de la pensée Auteuil-Neuilly-Passy pour supprimer le collège unique et perpétuer les « proles », les enfants de la classe ouvrière autrement dit : reproduire indéfiniment les inégalités sociales.
3Il est vrai que la gauche bourgeoise et ses psychos débiles, chargés des programmations new wave, avec la théorie égalitariste, la diminution des « fondamentaux » (lecture, écriture, histoire de France) , bac et masters à l'encan, avec facs de psycho ou de philo qui servent à rien, s'ingénie à perpétuer échec, non intégration et exclusion, avec pour souci principal d'occuper les jeunes en attendant qu'ils aillent pointer à pôle emploi. L'égalité fumeuse des chances scolaires remplace le temps passé à l'armée, et la droite offre comme « progrès » : de restaurer le service militaire !
4Pour autant que je me souvienne, je n'en savais rien, ne voulais pas savoir, boulanger ? Aviateur ? Chanteur ? Peut-être pas une vie de merde comme grouillot salarié...
5Un bon point pour l'ultra- réaliste Fillon, qui creuse son sillon une nouvelle fois face à l'arrogant Copé, qui veut 50.000 flics de plus, et qui ajoute à la fulgurante montée de Droppy ; lors des trois débats Fillon n'a pas varié, c'est vrai, non seulement il faut payer les policiers, ces non-productifs, par des emprunts bancaires mais en plus en augmenter le nombre ne peut résoudre ni la crise sociale ni les violences ni le chômage ! Couché Copé !

samedi 12 novembre 2016

UN RENEGAT REDACTEUR EN CHEF DE L'ITALIA DI DOMANI

VERCESI PROMU REDACTEUR EN CHEF DE L'ITALIA DI DOMANI 1 (L'Italie de demain)


Nous allons nous pencher sur la trajectoire sinueuse du grand théoricien de la Fraction italienne réfugiée en Belgique pendant la guerre, Ottorino Perrone (dit Vercesi) qui fût présenté par Bordiga (qui était resté muet pendant toute la guerre) au moment de sa mort en 1957, comme le grand continuateur de la Gauche de Livourne. Sans l'action et le témoignage de la GCF, les frasques théoriques et charitables du « grand continuateur » mais en zig zags, auraient été gommées du passé des traditions bordiguistes linéaires et falsificatrices.
En 1993, dans le premier tome que j'ai consacré à l'oeuvre de Marc Chirik (Marc Laverne), j'introduisais ainsi la première polémique contre l'opportuniste Vercesi (Ottorino Perrone), le qualifiant de renégat : « Le texte (de MC) est la première grande réponse aux positions opportunistes du grand animateur de la Fraction Italienne avant-guerre, Vercesi. Il est écrit en mai 1944 pour le Bulletin international de discussion de la Fraction italienne de la Gauche Communiste (N°5, 8 numéros furent publiés en français pour favoriser la discussion). Ce texte occupe quasiment tout le bulletin et montre la gravité de la situation de lâchage théorique de la part de Vercesi. Il faut du cran et de la bouteille pour se permettre de contrer la dérive de quelqu'un qui n'est pas n'importe qui; comme nous le disons dans la présentation au deuxième long texte de réfutation de l'opportunisme, Vercesi avait une influence comparable à celle d'un Kautsky au début du siècle dans les rangs de la minorité révolutionnaire. Ce faisant, Marc sauve et la continuité marxiste et la Fraction italienne d'un effondrement complet. Cette dernière oubliera cette dette envers la Fraction française en excluant Marc peu après au moment de l'illusoire et aventureuse reconstitution du parti en Italie autour de Bordiga, montrant par là que l'opportunisme en matière organisationnelle concernait tout autant une grande partie de la Fraction que Vercesi, tout comme Kautsky n'avait été que l'expression de la gangrène opportuniste étendue dans le parti social-démocrate allemand ».

Deux très longs articles devaient être consacrés à réfuter à la fois la théorie de Vercesi sur la disparition du prolétariat pendant la guerre, mais aussi son comportement de ralliement à un comité de soutien antifasciste aux italiens en Belgique à la veille de la fin de la guerre, avec deux titres neutres : « notre réponse » (à la crise de la Fraction) et « Le cas Ver. » (Quand l'opportunisme divague ).

On verra dans cet article que Marc Chirik n'avait pas répondu à toutes les divagations de Vercesi2. On s'efforcera aussi de comprendre ce qui dans la tête de ce grand théoricien a pu le conduire à plonger dans l'opportunisme. Il est important de bien se rendre compte que la guerre n'est pas finie - le Comité de coalition antifasciste est créé bien avant l'élimination de Mussolini -  l'involution de Vercesi n'est pas une simple action caritative « après la guerre », qui eût pu être considérée comme anecdotique; peu importe qu'un communiste révolutionnaire participe par exemple à la Croix rouge s'il a du temps pour cela; mais en période de guerre des tâches politiques sont prioritaires non? Sa participation a une signification plus grave qu'un simple opportunisme secouriste puisqu'il agit aux côtés des forces alliées toujours en guerre contre le fascisme en Italie et le nazisme en Allemagne. Il ne le fait pas en étant le principal responsable de la trésorerie des quêtes  mais par des articles dans le journal antifasciste, au titre si démocrate "Italie de demain", certes humaniste, mais pas du tout prolétarien, cette 'Italia di domani', où ses articles voisinent avec des appels au partisanat, vantent des victoires soldatesques. Avec son bagage théorique hérité de la grande Gauche italienne il couvre d'un vernis radical une entreprise de type union nationale aux côtés du camp de la dictature démocratique en convalescence soutenue par l'infirmerie de l'armada US. Essayons de comprendre ce qui se passe dans la tête de ce théoricien un peu fantasque (il adorait la fête et se déguiser). 
     J'ai éliminé l'hypothèse que Vercesi veuille sauver sa peau à la veille de la fin de l'hégémonie nazie en Europe. Pour éviter de connaître le sort funeste des collabos, ou surtout de présumés collabos (pour ceux qui n'avaient pas adhéré à l'hystérie guerrière antifasciste), certains grands révolutionnaires rejoignirent, la veille du triomphe américano-russe, les groupes de partisans, comme le hollandais Appel, ancien président des Conseils ouvriers d'Allemagne (comme il l'avoue à la fin de sa bio que j'ai traduite en français dans mes premières archives maximalistes). 
L'idée de disparition du prolétariat pendant la guerre est une idée consolatrice assez simple pour excuser la minorité italienne de Bilan d'avoir eu tort à la veille de la guerre. Quelques mois avant le déclenchement de la deuxième boucherie mondiale, la revue Bilan change de titre pour Octobre, c'est à dire que l'analyse s'aligne sur celle de Trotsky : on est à la veille d'une nouvelle révolution ! Pas de pot, nouvelle guerre mondiale, et même pas de conférence de Zimmerwald ou de Kienthal ni nouveau Lénine ni nouveau parti bolchevik, et les prolétaires n'ont même pas le temps de voter avec leurs pieds qu'ils sont tous encasernés ou massacrés. Donc, puisque la minorité politique de Bilan ne pouvait avoir tort, c'est la faute au prolétariat qui... a disparu de la scène. Comme disait Brecht « puisque le peuple vote contre le gouvernement il faut dissoudre le peuple ». Cette disparition pourra permettre au bout du compte à notre ami opportuniste de justifier sa collusion finale avec l'antifascisme, mais aussi, comme je vous le révélerai plus loin, suite à ma relecture de L'Italia di domani, par d'ahurissantes analyses pro-staliniennes et autres concessions au chauvinisme italien. Il est fort possible que les camarades de la GCF n'aient pas eu en main à l'époque les éditions successives du journal antifasciste tout dévoué à la « libération de l'Italie ».
Deuxième explication clé, à mon sens, ce prurit secouriste qui s'empare d'un théoricien considéré comme froid (cf. biographies de Ph.Bourrinet) au moment de la guerre d'Espagne. En effet, la Fraction à Bruxelles, en dénonçant une fausse révolution, en réalité guerre impérialiste d'époque à la syrienne – analyse totalement juste – fût longtemps la cible des railleries ou des insultes même des individus les plus proches, de Hennaut à Chazé. Bilan, culpabilisé aussi par un futur engagé, Mario de Leone, avait fini par faire une concession, lançant à son tour une caisse de secours aux millions d'ouvriers espagnols, réponse mégalomaniaque et inappropriée, comme si aujourd'hui par exemple les groupes Révolution Internationale et Battaglia Comunista lançaient une caisse de collecte d'argent pour les ouvriers syriens ! Cette initiative d'un petit groupe d'une dizaine de personnes, la plupart sans papiers, avait fait plouf. Vercesi la reprend en 1944, et ça marche, les dons affluent... miracle, mais pas vraiment car c'est au service d'un camp bourgeois en guerre que la volonté secouriste (en plus en exclusivité pour ses « compatriotes » que le grand continuateur de la Fraction se démène, au siège de la « Casa d'Italia », 38 rue de Livourne à Bruxelles! Ça ne s'invente pas3.

On compte encore de nos jours plusieurs transfuges d'un ancien militantisme doctrinaire qui pensent que « c'était ce qu'il fallait faire », comme vous l'assurera également tout syndicaliste de base gauchiste. Marc Chirik, pour le groupe de la Gauche Communiste de France, véritable héritier de la Fraction répond sur cette supercherie de l'assistance, d'autant que le Comité de coalition antifasciste de Bruxelles a été créé sur la base suivante : 1°) assistance, 2°) activité culturelle, 3°) contre les menées fascistes. Et il dit ensuite bien des choses essentielles en 1945 comme en 2016 :

« Nous ne nous arrêterons pas sur l'assistance. L'assistance sociale, le prolétariat ne peut l'organiser en collaboration avec la bourgeoisie. Cette assistance, il l'exige et l'impose à la bourgeoisie par sa lutte de classe. Il dénonce la bourgeoisie comme seule responsable de la misère des masses. Ce n'est qu'après le renversement par la révolution de l'Etat capitaliste que le prolétariat pourra efficacement organiser l'assistance sociale. L'Entraide, la Solidarité envers les victimes du capitalisme, envers les combattants pour la cause du prolétariat, les ouvriers ne peuvent l'organiser qu'indépendamment des groupements capitalistes. C'est là un problème de classe qui ne peut être résolu que sur le terrain de classe, les syndicats, le parti et une organisation comme le Secours rouge ».

En 2016, et depuis longtemps ni syndicats ni Secours rouge, ou Croix rouge ou Croissant rouge ne font plus partie d'une assistance de classe, tous ils ne servent que les groupements bourgeois du pouvoir. Et notre attitude, du point de vue de classe n'est pas de passer notre temps à dénoncer leurs collusions ou ces organismes « humanitaires » cache-sexe et avant-garde des menées impérialistes – le jeune Trotsky disait en 1914 que la Croix rouge servait à soigner au plus vite les blessés pour qu'ils retournent se faire zigouiller au front. Les organisations d'assistanat, de secourisme, d'aide aux réfugiés existent tant mieux, et certainement que beaucoup font leur travail. Point à la ligne. Ce n'est pas fondamentalement du ressort des minorités politiques révolutionnaires, et cela ne justifie pas du tout le dérapage de Vercesi qui, certainement a fini par succomber à l'accusation de cynisme face à la cruelle guerre d'Espagne, et il y a toujours, hélas un certain cynisme en politique (comme je le souligne dans mon livre sur l'Espagne), pour ceux qui ont une conscience politique abstraite ou, comme chez Vercesi, des relents de culpabilité judéo-chrétienne. Mais plus qu'une simple mièvrerie de Vercesi, dans l'ordre de la glissade si je puis dire, il y a d'abord dans son esprit : 1) l'abandon de la vision du prolétariat (il prétendra même que le fascisme l'a détruit en Italie), 2) l'accusation de dogmatisme figé du binôme fascisme/antifascisme pour la découverte de la théorie nouvelle de l'assistanat prolétarien aux côtés des organismes charitables de la bourgeoisie. (Marc Chirik explique très bien au début de sa deuxième polémique contre Vercesi – que vous pouvez lire sur le site Révolution ou Guerre, Internationalisme n°4 – comment on devient opportuniste et révisionniste.

DANS LES COLONNES de L'Organo della Coalizione Antifascista


La contribution de Vercesi, qui signe de son vrai nom, preuve qu'il est sorti de la clandestinité : Ottorino Perrone, puis O.P. Depuis qu'il est « reconnu ». Les titres de ses articles sont apparemment très radicaux, avec la pose de l'intello sachant et savant, quoique plutôt rabatteur vers la spécificité italienne et toujours en première page  :
  • La signification théorique de l'expérience italienne (n°2, le 13 janvier 1945)
  • Le substrat historique et économique du phénomène fasciste (n°4) ; en macaron au bas de la première page on lit : « Dimanche 11 février 1945, à 15 heures, à la « Casa d'Italia », 38, rue de Livourne : GRANDE FETE DE BIENFAISANCE, au profit des Oeuvres d'Assistance de la Colonie Italienne. Suivi d'une Soirée de DANSE – Grande TOMBOLA ».
  • L'Italie, terre d'expérience où agonise la société capitaliste (n°5)
  • Le soldat italien n'a pas « marché » pour la victoire du fascisme (n°8) (sic!)
  • L'inéluctabilité de l'avènement du socialisme
  • Pourquoi le fascisme ne pouvait pas être renversé dans le cadre national (n°12, mars 1945) ou une caution aux libérateurs... internationalement antifascistes !
  • Pourquoi le fascisme DEVAIT AVORTER dans les pays « démocratiques » (n°31)
  • La cohésion de l'antifascisme en Belgique (n°14)


Le n°18 du 12 mai 1945, comporte un encart : MONS, Souscriptions pour la Croix-rouge du 13 février au 15 avril, suivent des centaines de noms en majorité italiens, au bas de la colonne, on lit : Per ricevuta Il Segretario Provviserio O.PERRONE.

Lors de la première parution en traduction française de « L'ITALIA DI DOMANI », c'est Vercesi qui fait la synthèse de la première réunion avec le sénateur belge L.De Broukère à la Casa d'Italia, le dimanche 22 octobre 1944. Le titre est alléchant et faux : « FASCISME OU REVOLUTION », alors qu'en réalité c'est « antifascisme et pas de révolution ». Sous-titre : La Conférence de De Brouckère à la Casa d'Italia, « Le Fascisme italien vu par un Socialiste belge ». Il commence par des ronds de jambe :
« … la renommée du citoyen De Brouckère a attiré non seulement la grande majorité de la Colonie italienne, mais aussi de nombreux belges, parmi lesquels nous avons remarqué la citoyenne Vanderveken et les citoyens Vanderveken, du Fonds Matteotti, Bruafaut député de Bruxelles, l'avocat Beelmans et d'autres personnalités. Le camarade Roncoroni, du Comité de Coalition Anfifasciste, dit quelques mots pour rappeler aux italiens les services rendus par De Brouckère et Vanderveken aux exilés politiques et aux émigrés italiens en général, puis l'orateur commence sa conférence avec cette simplicité qui captive d'un coup l'attention soutenue de l'auditoire.(...) Mon grand ami Emile Vandervelde devait, dans son livre « Le Socialisme contre l'Etat », préciser de façon magistrale que la marche vers le socialisme n'est concevable que comme une marche vers la destruction de l'Etat.
Enfin, Staline, en réponse à des questions que des camarades lui posaient, devait indiquer – ainsi que le publia la Revue de l'Internationale Communiste en 1939 – que seuls les dangers de la guerre avaient empêché la Russie Soviétique de procéder à la progressive démobilisation de l'appareil étatique » ! [no comment de Vercesi, il n'a pas un haut le cœur face à une telle vilenie?!]4
Aujourd'hui se dresse devant nous le dilemme : fascisme ou révolution. Nous avons connu les horreurs du fascisme et nous sommes d'accord avec Victor Adler pour réfuter cette conception policière de la révolution qui voudrait nous présenter celle-ci comme une débauche de violence. Nous souhaitons par contre une révolution pouvant éclore au travers des institutions démocratiques du peuple. ». Dans la suite du résumé Vercesi se met ensuite en scène :
« C'est le camarade Perrone qui, au nom du Comité de la Coalition Antifasciste, exprime à De Brouckère les remerciements émus des antifascistes. Dans la trouble situation actuelle où la cobélligérance pourrait ne pas sauver les italiens du danger d'être traités en ennemis, De Brouckère aura frayé la voie à un courant de sympathie parmi le peuple belge en faveur de ceux qui ont souffert plus de vingt ans de dictature fasciste. (…) Nous pouvons vous remercier, dit Perrone, non seulement parce que vous savez être ce que vous êtes mis aussi parce que vous savez être ce que vous n'êtes pas (sic) (…) Au nom des réfugiés politiques, Perrone assure De Brouckère et les travailleurs belges que ceux nés en Italie, les exilés italiens, feront leur devoir. (…) Enfin pour clore cette merveilleuse manifestation de culture et d'humanité, l'assistance tout entière entonna « L'Internationale » dont les accents firent valser nos cœurs tendus vers la société de demain ».

LE SOLDAT ITALIEN STADE SUPREME DE LA REVOLUTION MONDIALE

Il y a un retour du refoulé de la guerre d'Espagne chez Vercesi/Perrone. Le voilà chef d'une coalition bigarrée, mais nombreuse. Les pages de L'italia di domani sont constellées d'encarts sur les victoires militaires des partisans italiens, les communiqués nationalistes de Radio-Sardaigne. On croirait que Perrone s'est glissé dans la peau d'un Andrès Nin. Le ton est à la mobilisation nationale dans l'article très va-t-en-guerre « Ne pas fléchir » de son collègue J.Brandaglia, presque l'anagramme de « pas réfléchir » (n°4):

« Nous traversons une grande période historique où s'entremêlent les éléments rationnels et irrationnels. Personne peut-être ne l'a prévu, mais c'est une situation de fait que nous, antifascistes et hommes d'action, devons exploiter tout de suite sans nous égarer dans les petits détails attachés au commerce et à l'administration (sic mais gérer quand même les œuvres charitables de la bourgeoisie ! JLR). Comprendre et exploiter les circonstances (tiens le propre de l'opportunisme ! JLR) : voilà la grand secret d'un homme d'action. Lénine, le plus grand stratège révolutionnaire, sut choisir l'heure X. Voilà pourquoi il réussit à détruire la vieille société russe et à en fonder une nouvelle. Si les ouvriers russes, beaucoup moins mûrs que nos travailleurs (re-sic), ont accompli le miracle, pourquoi ne le pourrions-nous pas ?
Nous, antifascistes italiens, du libertaire au républicain, nous avons au moins un minimum commun à réaliser ensemble : une république basée sur des principes socialistes. Restons sur la brèche jusqu'à la dernière heure et continuons la bataille pour la réalisation de ce programme minimum. Les intérêts commerciaux, la propagande touristique, n'en souffriront guère ; et nous n'y perdrons rien, même si nous les laissons quelque temps en veilleuse ».

Dans l'article du n°5 – L'Italie, terre d'expérience où agonise la société capitaliste – Vercesi reprend la thèse stalinienne (le fascisme aurait exprimé l'agonie du capitalisme et non pas la marche vers la guerre), et il le décrit comme une spécialité arriérée de l'Italie, mais alors quid de l'Allemagne industrialisée ? Et avait-il oublié que le fascisme est avant tout un produit de la Première Guerre mondiale et un sous-produit du stalinisme ? Alors, de même que ce magicien morbide avait inventé une disparition du prolétariat pendant la guerre – quelle farce Mussolini et Hitler en avaient trop besoin pour faire tourner leurs usines de guerre ! - il donne un coup de baguette magique à la figurine du soldat italien éternel (c'est vrai en soi que les italiens n'ont jamais gagné une guerre moderne mais de là à faire du moindre pioupiou un révolutionnaire qui s'ignore, c'est de la farce comme en 37 en Espagne) : « L'artisan de ces défaites, c'est le soldat italien qui renaît (!?) et qui dans le monde entier bâtira, en opposition à la société capitaliste qui agonise dans la guerre actuelle (sic), la société socialiste qui ouvrira à l'humanité le règne de la paix ».

Il est indubitable que certaines soirées de la rédaction à la Casa d'Italia devaient être souvent arrosées de cette piquette de Chianti ; d'ailleurs, après l'AVC de Perrone, Bordiga était très mécontent de son aptitude à picoler immodérément, ce qui à notre avis explique des articles délitants pas seulement liés à l'opportunisme.

Vercesi n'aime pas, comme tous les dogmatiques marxistes néo-staliniens (de la fameuse guerre révolutionnaire en virtuel), le soldat qui déserte – les généraux anarchistes les fusillaient en Espagne – alors nouveau Déroulède, made in Italia, il engage le pioupiou italien à ne pas être lâche au feu et à ne pas voter avec ses pieds, quoique on ne sache pas bien où vont les pieds de Peronne dans son argumentation patriotarde « antifasciste » : « L'histoire, après avoir condamné la société actuelle, évoque la société socialiste (hips!). Le soldat qui fût lâche lorsqu'il s'agissait de se battre dans la guerre pour la société mourante, deviendra un héros lorsqu'il s'agira de bâtir la paix (!?) et la société socialiste naissante (!?). Lénine disait des paysans russes qui désertaient en 1917, qu'ils « votaient avec leurs pieds ». Les soldats italiens, en refusant de se battre pour le triomphe de la forme la plus hideuse de la société capitaliste – le fascisme – ont été les premiers à s'acheminer dans la voie qui sauvera l'humanité. Eux aussi « votèrent avec les pieds » et c'est du bas qu'il furent héroïques ; mais c'est du haut qu'ils le seront demain, du cœur et de la tête pour le socialisme ».5

Perrone devait être encore sacrément bourré pour reprendre ici encore la théorie stalinienne, en pleine guerre mondiale, du soldat de plus surtout « italien » qualifié de révolutionnaire. Quand pour autant que nous sachions, les soldats italiens de Mussolini n'ont pas été différents de ceux de la Wehrmacht, que ce ne sont pas des désertions de militaires qui font tomber une première fois Mussolini, mais la grève massive des ouvriers turinois, et que les « héros » pour la libération de l'Italie ont été les « soldats » de la bourgeoisie américaine !

Enfin au niveau de ses pauvres prédictions de petit sergent recruteur de l'armada occidentale et russophile, Perrone nous ressert sa fumeuse théorie de l'économie de guerre, la reconstruction sera courte (hips elle a pris 30 ans!) et la révolution surgira d'une troisième guerre mondiale :
« … l'on en peut déduire que la reconstruction se fera dans un laps de temps bien inférieur aux dix années qu'il y fallut après l'autre guerre et jusqu'à la crise de 1929. Par conséquent, il faudra s'attendre à voir la crise générale sévir beaucoup plus promptement et poser de nouveau la nécessité de l'économie de guerre en vue d'un troisième conflit mondial. Nous disons IL FAUDRAIT et non IL FAUT, car nous sommes convaincus que le prolétariat de tous les pays abattra cette fois le dieu de la guerre et passera à la construction de la société socialiste. C'est qu'en effet, pour sortir de la crise historique, une seule issue est possible dans le cadre de la société actuelle : une troisième guerre mondiale. Mais les masses à qui l'ont fit croire qu'elles se battaient pour le socialisme réclameront demain le socialisme ».

Suffit de le demander.

Voisinant sur les mêmes pages du n°10 du 10 mars 1945 – article « L'inéluctabilité de l'avènement du socialisme – on peut lire les encarts, pour ne pas dire les écarts, suivants, parodiant Churchill :
« La contribution de l'Italie à la lutte contre le fascisme et le nazisme » : « La cobelligérance est une formule juridique qui est encore vide de sens (pfuit ! C'est le bloc des puissances en guerre ! on dit de nos jours "communauté internationale" JLR). Mais l'Italie parsemée de morts et presque détruite – héritage du fascisme – demande encore du sang, des larmes et des douleurs avant de se retrouver définitivement et complètement libérée » (signé X.RONCORONI).
Un autre encart de Radio-Sardaigne, libérée par l'armée US, donne ses nouvelles d'Italie (rubrique l' « Italie combat » : « A l'occasion du vingt-septième anniversaire de l'Armée rouge, le premier ministre Bonomi a télégraphié au Maréchal Staline les félicitations du gouvernement italien, rendant hommage à l'Armée rouge pour ses grandes victoires qui délivreront le monde de la menace nazie ».

C'est tout naturellement que dans le n°12 suivant du 24 mars, que Perrone va maquiller encore sa soumission à l'antifascisme bourgeois, avec l'article : « Pourquoi le fascisme ne pouvait pas être renversé dans le cadre national ». Il explique la guerre encore une fois par la disparition du prolétariat... « italien ». Après un bla bla confusionniste où il glisse quand même une pique aux alliés du moment - « capitalistes français, anglais et américains participèrent enthousiastes à l'infâme curée dont la classe ouvrière fut la victime » (oui seulement la classe ouvrière italienne!) - tout cela n'est pas vraiment méchant car remonte à 1914, il nous apprend que le fascisme « est la personnification de l'ignorance », mais nulle part n'est développé l'idée contenue dans le titre de l'article ! Pourquoi ? Parce qu'elle était trop gênante à exprimer... Et il termine par la même blague italienne hors sol en plein ultime carnage, tel un bateleur de foire électorale face à sa clientèle : « Les ouvriers italiens, qui furent les premiers écrasés (toujours toujours victimes les italiens!), portent sur leurs épaules meurtries la responsabilité formidable mais sublime d'apporter à l'humanité le pain dont elle pourra vivre enfin : celui de la société socialiste ».

Il est indubitable que, tôt ou tard, le petit garçon italien devenu bordiguiste à l'âge mûr, trempé
dans 20 siècles de christianisme, vous ressortira au cours d'un discours de fin d'année scolaire ou lors d'une promo d'entreprise ou au Consulat d'Italie à Bruxelles, la fable de la multiplication des pains, miracle du Christ,  pain azyme et vin étant corps et sang de Jésus!

L'ANTIFASCISME FACTEUR D'ORDRE MORAL

Enfin pour clore notre décryptage de la trajectoire du renégat Vercesi, nous pouvons te livrer lecteur attentif, l'apologie de la cohésion de l'antifascisme en Belgique. On est encore en avril 19456. Ottorino Perrone nous explique que l'antifascisme est « d'essence morale » car « l'antifascisme ne signifie nullement une tentative d'accaparer l'Etat pour le faire servir aux besoins d'une cliqiue opposée » (mon eil!). Allez je ne résiste pas à vous offrir toute le reste et à vous laisser juge des arguties du Déroulède italien :

« Le contraste profond entre fascisme et antifascisme se situe ailleurs : l'antifascisme est le reflet des intérêts des grandes masses de travailleurs, celles-ci étant d'ailleurs la personnification des besoins profonds de l'humanité tout entière. Après sept mois d'efforts de l'antifascisme en Belgique, nous pouvons affirmer que des résultats importants ont été atteints dans la voie de la consolidation de ce facteur essentiel d'ordre moral qui doit être commun à tous les antifascistes, quel que soit le parti ou le courant duquel ils se réclament.
Il n'a pas été facile d'en arriver là, car le passé avait opposé d'une façon qui semblait irrémédiable le membre d'un parti au membre d'un autre parti ou d'une autre tendance. Aujourd'hui nous en sommes arrivés à cette situation qu'il est possible de faire valoir une opposition sans encourir automatiquement le risque d'être traité de fasciste. Cette tolérance réciproque est un des succès décisifs remportés dans l'activité des Comites Antifascistes. Ces derniers comprennent des représentants de partis qui, jusqu'avant la guerre, s'étaient opposés dans une lutte violente et qui actuellement se serrent fraternellement la main. Chacun garde ses anciennes opinions mais aucun n'exclut le droit des autres à avoir une opinion différente, ce qui signifie aussi qu'aucun n'exclut de façon violente que l'opinion d'un autre soit aussi valable que la sienne propre.
Toutefois, si dans le domaine des opinions, cette tolérance devait et a pu triompher, dans un autre domaine, une fermeté devait et a pu s'établir. Il s'agit du domaine moral : ici, tous les antifascistes sont absolument décidés à n'admettre aucune concession. Dans les rangs de l'antifascisme, aucune entreprise à caractère personnel ne peut être tolérée. L'antifascisme est au service total et unique des intérêts profonds de tous ceux qui ont souffert et de la colonie dans son ensemble, à l'exclusion toutefois des puissants qui ont profité du fascisme et qui ne parviendront pas à profiter de l'antifascisme.
Cette cohésion, dans le sens de la tolérance pour ce qui est des opinions politiques et de l'intransigeance la plus ferme pour ce qui est des positions politiques et de l'intransigeance la plus ferme pour ce qui est du désintéressement personnel, cette double cohésion est un résultat que rien ne pourra désormais entamer ». O.P.

Dans sa deuxième polémique de 1945, Marc Chirik n'avait pas oublié de répondre à cette ignominie argumentaire de Perrone :

« Mais pourquoi l'Etat capitaliste antifasciste (comme l'appelle Vercesi) qui a succédé ou succèdera dans les pays où il y avait le fascisme, ne pourrait-il pas se servir de l'antifascisme pour immobiliser encore une fois le prolétariat ? Vercesi/Perrone répond : « parce que les ouvriers exigent aujourd'hui l'écrasement du fascisme ». Mais, cette exigence-là, les ouvriers la proclamaient aussi hier, cela n'a pas empêché l'Etat capitaliste et les forces politiques du capitalisme, ses divers partis, de fourvoyer le prolétariat et de l'immobiliser. Pourquoi cela ? Mais justement parce qu'ils se sont placés ou on les a placés sur le terrain d'exigences antifascistes, et non pas sur leur terrain de classe anticapitaliste. La réponse de Vercesi n'en est pas une, et sa justification de l'antifascisme d'aujourd'hui rejoint les justifications des menées antifascistes de toujours ».7


Cet épisode d'histoire, peu connu même en Italie, pose de nombreuses questions, en particulier le fait que la refondation d'un parti communiste internationaliste, au début des années 1950, hors et contre le stalinisme, intègre un tel personnage, un peu comme si le PCF lors de sa fondation avait réintégré le social-traître Marcel Sembat8. La création précipitée en Italie d'un parti, croyant violer le moment de la pire contre révolution, avec un espace occupé par les partis, staliniens, avec un volontarisme de recrutement fut finalement un triste échec, même en ayant récupéré un résidu dans la poubelle de la glorieuse tradition révolutionnaire, resté le meilleur pote de Bordiga, lequel ferma les yeux sur l'escapade national-bruxelloise de l'ex-plume de paon de Bilan. Entre italiens on se comprend mieux.


NOTES


1Vous pouvez toujours pianoter sur les moteurs de recherche, il n'y a rien sur cette presse L'Italia di domani, comme si la gauche et le maximalisme italien avait quelque chose de honteux à cacher. Cette histoire n'est consignée que dans de vieux articles du CCI ou chez des auteurs comme Bourrinet ou Michel Olivier. Personne pour nous renseigner sur les tractations qui ont abouti à la création de cet organe, la fourniture des fonds, l'organisation de la diffusion, la raison pour laquelle il est aussitôt traduit en français (pour que les politiciens belges donateurs puissent le lire?).

2Voici le résumé de sa première réponse à Vercesi : « La thèse de Vercesi confond le militarisme (champ économique accessoire) phénomène qui accompagne le capitalisme dans toutes ses phases avec l'économie de guerre, phénomène économique spécifique de l'époque décadente.2) La thèse révise la notion marxiste de la fonction du militarisme, arme de lutte contre les classes opprimées et des luttes entre Etats antagonistes, en lui substituant une théorie confusionniste de de « transplantation de densité des contrastes sociaux, etc. », démentie dans la réalité. 3) La thèse révise en niant la thèse marxiste d'exacerbation des antagonismes interimpérialistes dans la phase décadente et se trouve dans l'impossibilité d'expliquer les conditions et les motifs déterminant l'instauration de l'économie de guerre.4) La thèse rompt avec la théorie marxiste qui considère que la société capitaliste est entrée dans sa phase décadente de décomposition et lui substitue la théorie d'un « cycle économique de pleine expansion des forces productives, de prospérité économique ».5) La thèse rompt avec les conceptions définitives des communistes, consignées dans la victoire de la révolution d'Octobre et dans les bases programmatiques de la Fraction et de la Gauche Italienne qui considère que les conditions objectives de la révolution prolétarienne sont données. Elle rejoint la thèse sociale-démocrate de l' « immaturité des conditions objectives pour la révolution ».


3Livourne est la cité où en 1921 a été fondé par les Bordiga, Gramsci et Perrone le premier vrai parti communiste d'Italie.

4Il est vrai que le bacille de l'antifascisme contient le microbe de l'anti-stalinisme. Dans son article du n°15, Vercesi en vient à trahir... Trotsky : « … Nous sommes de ceux qui, aujourd'hui, se refusent de la façon la plus ferme à prendre parti pour une personne contre l'autre, pour Trotsky contre Staline », mais il ment car dans la colonne suivante il prend le parti du « réformiste Staline » : « Et force nous est bien de constater que si Staline a été un réformiste conséquent en allant jusqu'au bout dans la réalisation de la réforme et en adoptant un rythme à la mesure formidable de sa participation à la guerre (sic), où l'Etat russe aura joué un rôle de premier plan, Trotskya été de son côté un réformiste inconséquent. Il a non seulement partagé l'erreur théorique (re-sic) de Staline, puisqu'il admettait que la « réforme » de la propriété étatique devait être défendue même par la guerre , mais il a commis l'autre erreur – et c'est là son inconséquence – de considérer que cette réforme était irréalisable. Or, les événements et notamment la guerre actuelle, ont nettement prouvé que, sur ce point, Staline avait raison contre Trotsky ». Dans un court article « L'Italie devant le fascisme » il explique que c'est l'existence des « l'Etat ouvrier » (du sieur Staline) qui a motivé les nombreuses grèves d'après guerre... Dans l'article précédent il expliquait que le transfert de la propriété individuelle à la propriété privée, et pendant la guerre : « … peut représenter un pas vers le socialisme si l'Etat ouvrier se met au service des intérêts des travailleurs dans les limites de ses frontières, créant par cela même la condition fondamentale pour se relier à la lutte du prolétariat international pour le triomphe international de la société socialiste ». Bla bla bla... si les camarades de la GCF avaient lu ces conneries, probable qu'ils auraient été directos rue de Livourne à Bruxelles étrangler l'impétrant.

5Article « Le soldat italien n'a pas « marché » pour la victoire du fascisme » (n°8, mars 1945).

6L'ntifascisme est à la veille de son triomphe, Mussolini est exécuté à la fin de ce même mois.

7Page 194 du Tome I « Marc Laverne et la Gauche Communiste de France » (1920-1970).


8Ministre de l'Union sacrée en 1914, le député socialiste Sembat était aussi brillant que cultivé. Contrairement à Perrone qui ne resta au fond qu'un journaliste, Sembat avait des ambitions littéraires, qui révèlent une même façon d'argumenter pour la guerre en promettant la paix. En 1913, il écrit : Faites un roi, sinon faites la paix, ce qui constituait une boutade… Sa thèse centrale, énorme et insupportable aux gauches chauvines jusqu’à nos jours, à savoir la conviction que la République française, telle qu’elle se présentait en 1913, ne saurait être capable de mener victorieusement une guerre contre le militarisme surdéterminé de l’Allemagne. Une critique se moquait ainsi de la lubie de Sembat, vous pouvez remplacer son nom par Vercesi, et cela reviendra au même constat de l'intellectuel primesautier : « … soudain il prit une position de franc-tireur. […] Ce qu’il y avait en Sembat d’esprit primesautier, un certain goût du paradoxe, s’y donnait libre cours […] pour prouver qu’on ne pourrait jamais tirer de la République les qualités qu’exige une politique de guerre, il étalait son « infirmité gouvernementale », soulignait l’instabilité et l’incurie du pouvoir […]. Ayant abouti au dilemme « la guerre, mais le Roi, ou […] la République, mais la paix », Sembat, choisissant la paix, en posait les conditions. Les événements devaient démentir cette thèse fragile. La guerre venue, la République la conduisit à la victoire [16][16] Jean Jolly (éd.) Dictionnaire des Parlementaires français,...… ». D'ailleurs le parallèle s'impose si on lit l'explication fournie par Philippe Bourrinet sur ladite « économie de guerre » dans son dictionnaire biographique :



« Sur un autre plan, celui des perspectives de guerre, les réflexions théoriques de Perrone eurent un effet dévastateur. Si en 1933, Perrone avait proclamé que le triomphe du nazisme se traduirait par une guerre inévitable, en 1937 il changeait totalement de position. Lors du congrès de la Fraction italienne et lors de la fondation du «Bureau international des fractions de gauche», il fit adopter une nouvelle orientation politique sur les perspectives de guerre. Selon lui, la mise en place d’une économie de guerre tendait à fournir une «solution économique» au capitalisme international.

Cette nouvelle forme de capitalisme rendait «les contrastes inter-impérialistes» secondaires, la bourgeoisie pouvant «reporter l’échéance de la guerre mondiale». Les guerres devenaient des «guerres localisées» dont la finalité était autant un débouché pour la production d’armements qu’une tentative de «destruction du prolétariat de chaque pays».

Il s’ensuivait une «solidarité inter-impérialiste» pour, comme lors de Munich, éviter la guerre et donc la révolution, comme en 1917. Cette position défendue par Vercesi et Jacobs était minoritaire mais tétanisa l’activité des ‘bordiguistes’ italiens et belges. Les thèses défendues par Perrone et Jacob Feingold sur une économie de guerre salvatrice du capitalisme dans des guerres restant locales, aboutissaient à la dénégation de la guerre mondiale. La position officielle défendue publiquement après les Accords de Munich (30 septembre 1938) était sidérante : la perspective d’une guerre mondiale était écartée d’un trait de plume ».