"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 21 octobre 2016

L'hystérie anti-flic et ses avatars gauchistes


l'image qui a fait jouir toute la racaille des bobos parisiens et leurs confrères de la banlieue islamisée.
Lorsque la gauche bourgeoise est au pouvoir le cervelet du militant gauchiste se rétrécit à la grosseur d'une tête d'épingle. Les valeurs et voleurs de gauche au pouvoir se disputent à n'en plus finir dans la confusion mentale. Le pouvoir reste celui de l'argent et des patrons. Le flic devient le principal défenseur de l'ordre social avant sa hiérarchie gauche caviar et les syndicats professionnels de la traîtrise et du mensonge.La droite en opposition n'est plus qu'à la traîne d'une extrême droite fâchiste, raciste et anti-démocratique. Trotskiste un jour, trotskiste toujours! Etudiant ou ministre, le gauchiste parvenu demeure un bipolaire orwellien, accroc à l'interprétation binaire d'un monde anti-fâchiste. Face aux syndicats bourgeois qui freinent, isolent ou détruisent les grèves et leur extension, nos têtes d'épingle ruent bien dans les brancards, mais sans outrepasser la remontrance verbale contre les ex-camarades devenus ministres, quoique restés intrinsèquement et pathologiquement anti-fâchistes; un Cambadélis, porte parole du parti d'Etat, même pas ministre, posant intrinsèquement la pensée trotskienne rayonnante depuis l'estrade étatique, en décrétant que les flics sont tous des fachos avérés ou potentiels. Le fascisme supposé des protestataires (quoique débarrassés de leur uniforme et obligés de manifester de nuit... comme Nuit debout) voici LE MAL, pas le gouvernement capitaliste qui laisse le chaos financier et la voyoucratie islamingante (presque flamingante comme aurait dit Brel) prospérer! L'injure la plus radicale que les gauchistes de base adressent à leurs ex-chefaillons transfuges parvenus reste : « la gauche fait comme la droite ».

Le gouvernement Hollande-Valls aura eu le mérite de faire passer une des plus violentes attaques contre la classe ouvrière depuis la guerre (la grande) avec sa loi travail ; il aura su venir à bout d'une colère réelle, profonde et qui n'est pourtant pas éteinte chez la plupart des exploités conscients. Un aspect étonnant de cette attaque étatique, au long cours et au grand détriment de la classe ouvrière, aura été que les appareils syndicaux n'auront jamais été vraiment mis en cause, alors qu'il en eût été (peut-être) autrement sous une législature de droite bourgeoise. Ce paradoxe des alternances bourgeoises ne doit pas étonner, car le « peuple de gauche » est sans mémoire (le sabotage des luttes ouvrières est facilement oublié comme l'égorgement dans leur domicile privé d'un couple d'employés de la police), et se nourrit des billevesées et des chants syndicaux chaque fois que les lourds appareils bureaucratiques organisent des promenades où les flics robocops font gicler le sang des manifestants.
Le manifestant tête d'épingle n'en veut pas à la tête qui commande aux cognes mais à la main gantée du cogneur fonctionnaire et demande l'interdiction de ces flash-balls qui éborgnent. La plupart de la dizaine de manifestations enterrements n'ont été animées que par la haine du flic, pas du gouvernement. Même les merdeux lycéens, appâtés par la saveur des grenades lacrymogènes et la désignation du CRS comme ennemi suprême, accoururent avec les habituels barricadiers du spectacle d'insurrection d'opérette - d'ailleurs plus souvent vieux cons has been avec catogan chauve et barbichette chenue ou semi-clochard que jeunes déterminés - pour « se faire un flic ».

Comme l'essentiel de la confrontation programmée en feuilletons est resté dans l'ombre des cabinets ministériels et les fumées des pétards syndicaux, le sentiment d'échec est resté fixé sur les flics et les bagarres avec eux, où l'image de l'immolation d'un CRS place de la république - heureusement ratée car il était protégé par son uniforme ignifugé de robocop – servit d'exutoire à la « haine de classe »
des bobos parisiens. Est-ce cette parodie d'immolation au cocktail Molotov qui a inspiré nos paumés des banlieues qui, depuis quelques semaines, multiplient les jets de ces cocktails contre les voitures de police ? Possible, la révolte sans imagination et no future des laissés pour compte peut aussi s'emparer des formes les plus débiles de la guerre syndicale de rue, et avec le même fantasme (pour parodier les sociologues) : « brûler un flic pour devenir adulte ».

Or le gauchisme décomposé, à la suite du gauchisme incandescent des sixties qui applaudissait à tout ce qui bougeait, se félicite désormais des tentatives de meurtre de policiers qu'impliquent ces jets de cocktails Molotov, qui peuvent tuer ou handicaper à vie. Et il s'en félicite d'autant plus qu'il met en parallèle les brutalités policières, indéniables, lors des manifestations contre la loi travail. Si tout le chaos social était si simple, pourquoi pas en effet se gêner de renvoyer les policiers à leur sinistre job d'exécutants des sales besognes pour les riches et les bourgeois ! Crève salope de l'Etat exploiteur !Mais quel infantilisme et quelle disproportion hystérique! Les flics ont-il égorgé des couples de manifestants? Les ont-il arrosé au lance-flamme d'un cocktail Molotov?

Outre que chez les plus tarés on a affaire à une apologie du meurtre, cette tentative de comparaison est hors sujet face à une chaotisation sociale où n'importe qui peut être victime de cette violence débile et au sens propre islamo-fasciste. L a voyoucratie et les bandes de dealers ne sont pas des manifestants ni des colistiers de la classe ouvrière, mais un lumpen qui méprise au moins autant la classe ouvrière que les bourgeois eux-mêmes. La théorie gauchiste déglinguée englobe quiconque lance un cocktail Molotov comme un ennemi de l'Etat, et donc soutient en fait, plus souvent en catimini, les actions terroristes (cf. leur héros Rouillan) pourvu que des hommes en uniforme en soient la cible car l'habit ferait le moine. C'est la vieille théorie de la guérilla stalinienne toujours pas digérée par les variétés de trotskysmes et d'ultra-gauche ; dans leurs rêves, et nos cauchemars, une fois au pouvoir ces « révolutionnaires » viscéralement anti-flics exerceront la « terreur rouge » et extermineront tous les anciens uniformes. Vive la révolution qui fera table rase de tous ces salauds de flics. Quand d'autres en prendront la place. Pire certainement.

Le plus extraordinaire face à la « grogne » de flics qui manifestent en civil, à la nuit tombée, avec véhicules de fonction, le brassard professionnel et hors syndicat, c'est que, comme un seul homme, gouvernement, médias et gauchistes leur tombèrent dessus : ILS SONT manipulés par le FN !
Voilà ce que l'on entend depuis trois jours sur TF1, BFM, Arté, l'OBS, France infaux, les blogs et sites de déblatération des gauchistes. Le gouvernement veut botter en touche une situation "compliquée", comme disent souvent les commentateurs sportifs. Pour un peu ils vont finir par essayer de nous faire avaler qu'on est à la veille d'un nouveau février 1934 !

TROTSKIEN UN JOUR, TROTSKIEN TOUJOURS ! BON A RIEN SANS FIN

Deux anciens militants trotskystes, devenus apparatchiks d'Etat, Cambadélis et Dray (ex-inculpés tous deux pour malversations financières, et un Juju Mitterrandolâtre revanchard de ne jamais avoir obtenu le poste de premier flic de France malgré tant d'apéritifs avec les hauts flics) ont donné le la. Cambadélis a expliqué que le mouvement était manipulé par le FN, faisant éclater de rire à juste titre le finaud bras droit de Marine. Dray a assuré, comme tout gauchiste de base que les flics votent de toute façon FN, donc c'est des méchants à fusiller quoiqu'il arrive. Il est plus troublant que ces petits personnages secondaires de la mafia PS conchient les flics, qui assurent leur protection dans leurs régaliennes fonctions, que le rejet primaire du trotskien ou anar lambda ; ils dévoilent le mépris des élites gouvernementales pour leurs simples exécutants ! Un sondage nous est servi aux 20 heures, assurant, selon le chef du service politique de BFM, que 57 % des flics vont voter FN ; on a compris les flics ne sont qu'un repaire de fachos racistes et ils doivent la fermer et rentrer dans le rang. Et continuer à prendre dans la gueule les cocktails Molotov de la racaille introuvable et toujours en fuite, mais victime justement impunie de la société injuste.

La technique du pouvoir dominant, et de ses brebis gauchistes sur le web, est simple et le mensonge royal : l'amalgame. Comme au beau temps du stalinisme, tout mouvement de protestation sociale est forcément louche, œuvre de « houligans », d'hitléro-trotskystes voire de complices des Poutine-Trump. En l'occurrence simple complot facho !

Or, la protestation des flics est très légitime fa ce à ce gouvernement d'incapables discoureurs de la fatalité. Les flics ont historiquement mauvaise réputation dans le mouvement ouvrier, ils arrivent toujours en retard quand un forfait est commis par la pègre aguerrie, ils sont chargés de violenter les grévistes et de jeter au trou les pauvres rétifs. Mais les voici ravalés soudain d'une certaine manière au rang de prolétaires infantilisés et méprisés, comme ces couches moyennes ravagées par la crise capitaliste! Après avoir été portés aux nues comme héros dans la parade anti-terroriste, alors qu'ils sont ciblés par les bébés daesch de banlieue, prêts à les écraser, les cramer, les zigouiller au nom de la loi du quartier ou de la bienheureuse expansion islamique et folklorique des frères et sœurs à la mode (traduisez : laissez-nous dealer tranquille et terroriser les mécréants non consommateurs) : il faut que les pandores écrasent et sachent que s'ils sont contraints d'utiliser leur flingue c'est eux qu'on foutra derrière les barreaux. Qu'ils ne comptent pas plus sur les politiques que sur les juges ou syndicalistes pour les défendre. Sarkozy a supprimé une dizaine de milliers d'emplois dans leur fonction et Taubira a institué la relaxe généralisée pour les petits délinquants, que le flic frappé retrouve aussitôt en train de le narguer dans la rue... Bien fait, vite libéré.

Pour une fois que les flics vont plus loin que les ouvriers qui se sont laissés parquer par leurs bergers syndicaux, agissant indépendamment de leur bureaucratie corporative et pas pour des objectifs étroits ; nos lâches marioles gauchistes auraient pu user de la comparaison. Il est évident que, contrairement au bla-bla du sinistre de tutelle ou leurs syndicats minables, ou le zozo Sarko ou cette pauvre Le Pen, ils ne réclament pas spécialement toujours plus d'effectifs, des filtres à glace incassables, ni plus de répression : ils réclament que la société prenne sa responsabilité, que la haute hiérarchie de la magistrature bourgeoise cesse de se ficher du monde, enfermée dans son autisme et son confort hors des lieux de cassage de gueule.

Cette requête des flics de base, les plus exposés, et pas spécialement ceux chargés de réprimer les grèves ni des arrestations arbitraires - mais exécutants exposés aux pires lâches terroristes ou émeutiers et aux ordres de hiérarques hautains loin du front socialo-islamique, petits bureaucrates réduits au nombre de mille commissaires en bunker protégé -  qui devrait leur valoir bien sûr le soutien de la classe ouvrière, reste hélas utopique. Le système est foutu. La violence des paumés n'est qu'une des conséquences, avec les guerres impérialistes opaques, de la crise du cynique capital financier, des conditions drastiques et inhumaines que posent la plupart des patrons désormais à l'embauche, et de la malhonnêteté des organismes sociaux de l'Etat qui fait lanterner et humilie tant de jeunes pas encore prolétarisés dans des stages à la con, qui n'offre rien aux sans-diplômes même s'il sont intelligents, qui pousse une grande partie à se consoler dans un communautarisme stérile, et à fuir vers les paradis artificiels, pépère Allah et le shit.

L'élite gouvernementale intime aux policiers de ne pas répliquer par peur des émeutes, soit, mais lorsque les provocations se généralisent, que des pompiers, des toubibs, des infirmiers, des conducteurs de bus, des enseignants sont agressés, violentés, se voient exiger de se soumettre à un ordre infra-social, à Allah, comme au Mexique les cartels de la drogue imposent leur loi, il faudrait courber l'échine et se contenter d'aquoibonisme. Ce n'est pas un simple problème pour les policiers donc ! Nous sommes tous concernés par ce délitement social qui ne peut trouver sa solution dans les discours vaseux et victimaires des divers psys ou spécialistes de mes couilles. La pudeur et l'aveuglement de la gauche bourgeoise et de ses gauchistes pour soi-disant préserver les immigrés en général et la religion d'asservissement des pauvres, face aux exactions des progénitures des derniers arrivés dans l'identité française, sont certainement une stratégie électoraliste à courte vue, un bon moyen pour diviser et ridiculiser la classe ouvrière, mais elles jettent de l'huile sur le feu, un feu qui n'est pas l'éternelle menace de captation par l'extrême droite mais : autodestruction, suicides, désespoir de policiers, de postiers, d'acteurs de la vie sociale, etc.
En d'autres temps, où les principaux chefs gauchistes n'étaient pas au pouvoir, ils promettaient une « autodéfense ouvrière » contre la police gaulliste, mais aujourd'hui que la police de base est aussi agressée et humiliée que tant d'autres métiers, le gauchisme résiduel est du côté des racailles et des terroristes !

Face au chaos capitaliste, ce n'est pas plus de répression, plus de prison, des magistrats justes, des policiers avec le droit de tirer dans le tas, une droite revenant au pouvoir avec le même autisme et la même morgue que les élites de la gauche au pouvoir, qu'il faudrait, mais c'est l'Etat capitaliste qu'il faudrait renverser et qu'une majorité de policiers honnêtes marchent avec le prolétariat pour en finir avec l'exploitation et la violence contre les personnes. Cela aussi est utopique. Pour le moment. Mais cela ne doit pas empêcher le prolétaire fonctionnaire policier d'y réfléchir, ni de savoir qu'il lui faudra un jour choisir un camp. Sous le capitalisme décadent et brutal aucun fonctionnaire policier n'est protégé ni par un uniforme de robot, aussi fragile que la cotte de mailles des mercenaires du Moyen Age, ni par des lois iniques et au service de la minorité élitaire, l'arrogance bourgeoise dominante.

Post scriptum: deux notifications:

La radicalité ridicule des émeutiers vengeurs des bavures policières:


"Une manifestation interdite d'un collectif pour "le désarmement de la police et la démilitarisation des conflits" s'est soldée par de nombreuses dégradations ce samedi après-midi à Saint Etienne. Des abribus ont été brisés et des distributeurs de banque ainsi que des horodateurs ont été mis hors-service. Une vitrine d'une agence bancaire a été cassée et le local de la fédération départementale du PS saccagé, a indiqué le parquet. Devant la Bourse du travail, plusieurs prises de parole ont d'abord eu lieu pour "dénoncer les répressions policières sous toutes leurs formes et la guerre coloniale menée par la France au Moyen-Orient". Encadrés à distance par plusieurs centaines de policiers et de gendarmes mobiles, environ 200 manifestants -en majorité de la mouvance d'extrême gauche- ont ensuite battu bruyamment le pavé du centre-ville pendant plusieurs heures derrière une banderole visant le fabricant local de flash-balls et d'armes de chasse sur laquelle était écrit: "Verney-Carron dernière sommation !".
Après avoir contourné l'hyper-centre de la ville, où les forces de l'ordre étaient stationnées en nombre, des participants ont alors symboliquement mis le feu devant l'ancienne manufacture d'armes -aujourd'hui la Cité du design- à une reproduction géante en carton d'un flash-ball sur lequel était écrit: "Une balle pour rétablir la paix sociale".  D'autres manifestants, cagoulés cette fois, ont profité de l'absence des forces de l'ordre aux abords du défilé pour tagger murs et vitrines faisant référence notamment au militant écologiste Rémi Fraisse, décédé il y a deux ans sur le site du barrage de Sivens. Pour les participants à ce collectif venus des différentes régions, parmi lesquels figurent la soeur jumelle d'Adama Traoré, un jeune homme mort le 19 juillet dans le Val d'Oise après une interpellation musclée, la journée de dimanche doit notamment être consacrée à des ateliers d'auto-défense et à des conférences animées par des universitaires. Aucune information sur d'éventuelles interpellations n'a été communiquée". 
La publicité donnée par les médias à ces "vengeurs anarchistes" au slogan réformiste de "désarmer la police" (!?) et garder la paix sociale!, sert aussi à ridiculiser la protestation (certes aussi réformiste et impuissante) des flics qui en ont marre d'être pris pour cibles vivantes quand les magistrats sont au chaud dans leur bureau (Hollande et Juppé n'aiment pas non plus les magistrats, sic!).

Pendant la guerre d'Espagne les flics majoritairement aux côtés des républicains:

"Les troupes des Corps de sécurité et d'assaut restèrent dans leur ensemble fidèles au gouvernement de la république - environ 70 % d'entre eux. C'est dans les villes de Saragosse, Oviedo et Valladolid qu'on compta le plus de défection à la république. De tous les corps policiers, les gardes d'assaut jouissaient cependant d'une relative meilleure image auprès des populations civiles. Aussi un grand nombre des militaires restés fidèles au camp républicain en rejoignirent les rangs, afin d'éviter la suspicion qui entourait les militaires, au point que Francisco Largo Caballero, chef du gouvernement, dut se résoudre à les en empêcher.
Les Corps furent peu à peu transformés, afin de coller aux nouvelles missions qui leur étaient assignées. La Garde civile avait déjà été transformée en « Garde nationale républicaine » (Guardia Nacional Republicana ). Le 27 décembre 1936, par décret, les Corps de sécurité et d'assaut y furent intégrés dans le nouveau « Corps de sécurité intérieure » (Cuerpo de Seguridad Interior).
Finalement, après la guerre, les gardes d'assaut furent supprimés et, par la loi du 15 mars 1940, intégrés aux « gris » (los grises), c'est-à-dire le « Corps de police armée et de circulation » (Cuerpo de Policía Armada y de Tráfico)".




mardi 18 octobre 2016

COMMENT L'OPINION PUBLIQUE PESE SUR LA CLASSE OUVRIERE


Les lunettes anglaises

par Rosa Luxemburg

Leipziger Volkszeitung, 9 mai 1899


Voici probablement le premier et meilleur texte du mouvement maximaliste contre les syndicats modernes, contre la conception qu'en ont la gauche bourgeoise et ses valets gauchistes. Tout y est ou presque : l'ouvrier syndiqué embourgeoisé, les syndicalistes réformistes d'époque constituant de l'opinion publique, comme les gauchistes de base à la Besancenot et Poutou de notre époque, qui bénéficient d'un strapontin dans les médias pour enfumer sur une défense de classe... hyper corporatiste, comme leur soutien à l'émigration massive voulue par la bourgeoisie mondiale, surtout conséquence de la guerre et facteur de faux internationalisme sous charity business. Que cela choque qu'on puisse considérer nos modernes activistes gauchistes donneurs de leçon d'encadrement et cette catégorie protégée de l'aristocratie syndicale « ouvrière » comme des bourgeois, c'est tant mieux, et c'est une vérité déjà établie il y a bien longtemps par notre chère Rosa.


Avant de jeter un coup d’œil rétrospectif sur la discussion qui s’est déroulée dans la presse du Parti au sujet du livre de Bernstein, nous nous proposons d’examiner en détail un certain nombre de questions secondaires qui, au cours de cette discussion, ont été soulignées d’une façon particulière. Cette fois, nous nous occuperons du mouvement syndical anglais. Chez les partisans de Bernstein, le mot d’ordre de la « puissance économique », de l’ « organisation économique » de la classe ouvrière, joue un rôle considérable. Le devoir de la classe ouvrière est de créer une puissance économique, écrit le Dr. Woltmann dans le n° 93 de la Presse libre d’Elberfeld. De même, E. David clôt sa sérié d’articles sur le livre de Bernstein par le mot d’ordre suivant : « Emancipation par l’organisation économique » (Gazette populaire de Mayence, n° 99). D’après cette conception, conforme à la théorie de Bernstein, le mouvement syndical, lié aux coopératives de consommation, doit transformer peu à peu le mode de production capitaliste en mode de production socialiste. Nous avons déjà montré (voir Réforme ou révolution ?) qu’une telle conception repose sur une méconnaissance complète de la nature et des fonctions économiques, tant des syndicats que des coopératives. On peut le prouver sous une forme moins abstraite, au moyen d’un exemple concret.
Chaque fois que l’on parle du rôle considérable qui est réservé aux syndicats dans l’avenir du mouvement ouvrier, il est de règle que l’on cite immédiatement l’exemple des syndicats anglais, tant comme preuve de la « puissance économique » que l’on peut conquérir, que comme un modèle auquel doit s’efforcer de se conformer la classe ouvrière allemande. Mais s’il est dans l’histoire du mouvement ouvrier un chapitre propre à détruire complètement la foi en l’action socialisante et dans l’essor général des syndicats dans l’avenir, c’est précisément l’histoire du trade-unionisme anglais.
Bernstein a établi sa théorie sur les conditions anglaises. Il voit le monde à travers les « lunettes anglaises ». C’est déjà devenu une expression courante dans le Parti. Si l’on veut dire simplement par là que le changement d’orientation théorique de Bernstein est dû à la vie qu’il a menée en exil et à ses impressions personnelles sur l’Angleterre, cette explication d’ordre psychologique peut être très juste, mais elle n’a que très peu d’intérêt pour le Parti et pour la discussion actuelle. Mais si l’on veut dire par les « lunettes anglaises » que la théorie de Bernstein convient à l’Angleterre et est juste pour l’Angleterre, c’est faux et cela est en contradiction tant avec l’histoire passée qu’avec l’état actuel du mouvement ouvrier anglais.
En quoi consistent donc les particularités si souvent soulignées de la vie sociale anglaise, et comment s’expliquent-elles ? On dit ordinairement que la caractéristique de l’Angleterre consiste en ce qu’elle est un Etat capitaliste sans militarisme, sans bureaucratie, sans paysannerie, qu’elle emploie la majeure partie de son capital à exploiter les autres pays, et que tout cela permet tant la liberté politique, dans laquelle s’est développée le mouvement ouvrier, que la bienveillance que manifeste l’opinion publique en faveur de ce mouvement ouvrier.
Si cela était exact, le mouvement ouvrier anglais aurait dû jouir dès sa naissance, c’est-à-dire dès le début du XIX° siècle, de la liberté politique et de la faveur de l’opinion publique dont il jouit aujourd’hui, car toutes les particularités susmentionnées de la vie sociale anglaise datent de plus d’un siècle. Mais l’histoire du trade-unionisme nous montre précisément le contraire.
Toute la première période de ce mouvement, du début du siècle jusque vers 1840-45, nous montre notamment une lutte des coalitions ouvrières pour obtenir leur droit à l’existence tout aussi acharnée que celle qu’a menée et que mène encore, partiellement, le prolétariat du continent. Le « pays des réformes sociales » a refusé pendant plusieurs décades d’accorder aux ouvriers la moindre loi en leur faveur. Au « pays des réformes sociales », les ouvriers durent avoir recours dans leur lutte pour l’existence, aux moyens de violence les plus extrêmes, aux démonstrations, aux grèves tumultueuses, aux meurtres, à quoi le gouvernement répondit par tous les moyens éprouvés, jusqu’ici en usage sur le continent. Arrestations, procès se terminant par des condamnations draconiennes, déportations, mobilisation en masse d’espions, de forces de police et de troupes lors de manifestations ouvrières, justice de classe, arbitraire policier, en un mot, les cinquante premières années du mouvement ouvrier anglais nous montrent toutes les formes de répression brutale de la classe ouvrière montante et de ses revendications les plus modestes en faveur des réformes sociales [1]. Ce même Etat qui, déjà à cette époque, tout comme aujourd’hui, n’avait aucun militarisme, aucune bureaucratie, aucune paysannerie, trouva cependant les moyens nécessaires pour réprimer violemment le mouvement ouvrier. Si donc nous constatons, en Angleterre, à partir du milieu du XIX° siècle, d’autres méthodes de traiter la classe ouvrière, cela n’est pas dû à ces particularités de sa vie politique, mais à d’autres circonstances, qui, vers ce moment, on fait leur apparition.
En fait, vers le milieu du siècle, des modifications importantes se sont produites dans la situation de l’Angleterre, et cela de deux côtés. Avant tout, c’est à cette époque que l’industrie anglaise acquit la domination incontestée du marché mondial. Jusque vers 1850, la production anglaise avait eu à subir des crises très fréquentes et très violentes. A partir de 1856, nous assistons, par contre, à un essor considérable et continu. Cet essor de l’industrie anglaise mit l’ensemble de la classe anglaise dans la situation où se trouve un capitalisme individuel lorsque les affaires vont bien : les conflits avec la classe ouvrière, la guerre industrielle permanente, telle qu’elle s’était poursuivie jusqu’alors, lui devinrent extrêmement désagréables et elle ressentit un besoin pressant d’ordre, de stabilité et de « paix sociale ».
C’est pourquoi nous constations, du côté du patronat, un changement dans les méthodes de guerre employées : de questions de force, les conflits avec la classe ouvrière se transforment en objets de négociations, d’entente, de concessions. L’âge d’or de l’industrie rend les concessions aux ouvriers aussi nécessaires dans l’intérêt de la bonne marche des affaires que matériellement aisées. Si, au cours de la première période, la bourgeoisie anglaise était représentée par les partisans de la politique de violence à la Stumm, partisans des mesures de rigueur les plus brutales, son véritable porte-parole, au cours de cette nouvelle période, est cet entrepreneur, qui déclara en 1860 : « Je considère les grèves comme étant à la fois le moyen d’action et le résultat inévitable des négociations commerciales sur l’achat du travail  » [2].
D’autre part, et, sans aucun doute, en rapport étroit avec ce qui précède, nous assistons à des modifications importantes dans le mouvement ouvrier lui-même. De 1820 à 1840, et au début de la période de 1840 à 1850, nous le voyons s’enthousiasmer pour les réformes politiques et sociales, pour de vastes projets, pour le socialisme. « Au conseil, ce sont [les ouvriers] des idéalistes qui rêvent d’un nouveau ciel et d’une nouvelle terre, des humanitaires, des partisans de l’instruction du peuple, des socialistes, des moralistes » [3]. « Sous l’influence des théories d’Owen, écrit Francis Place, les trade-unionistes en vinrent à croire qu’il est possible, au moyen d’une association générale apolitique de tous les salariés, d’élever les salaires et de réduire la durée du travail, dans de telles proportions qu’au bout d’un temps assez court, ils pourraient acquérir la propriété complète des produits de leur travail » [4]. Le mouvement de classe de cette époque en Angleterre trouva une expression concrète dans l’organisation de l’Union ouvrière générale (Grand National Consolidated Trades Unions), qui s’avéra complètement inapte à la lutte syndicale, et s’effondra d’ailleurs bientôt, mais exprima néanmoins nettement l’idée de la classe et de son groupement général en vue du but commun à atteindre. Dans le mouvement chartiste, nous voyons, de même, le prolétariat anglais se poser – ici, au moyen de l’action politique – des buts socialistes.
Tout cela change vers 1850. Après l’échec du chartisme et du mouvement oweniste, la classe ouvrière se détourne du socialisme et se tourne vers les revendications exclusivement quotidiennes. La classe ouvrière groupée, quoique d’une façon très imparfaite, dans la Grand Trade-Union d’Owen, s’éparpille complètement en différents syndicats travaillant chacun pour son propre compte. L’émancipation de la classe ouvrière fut remplacée par la confection la plus favorable possible du « contrat de louage », la lutte contre l’ordre existant, par l’effort en vue de s’installer le plus confortablement possible dans ce régime, en un mot, la lutte de classe pour le socialisme fut remplacée par la lutte bourgeoise pour l’existence bourgeoise.
Les trade-unions ont obtenu leurs résultats par deux moyens : par une lutte directe contre le patronat ; par la pression exercée sur le Parlement. Mais, dans un cas comme dans l’autre, elles doivent leurs succès précisément au terrain bourgeois sur lequel elles se sont placées. En ce qui concerne le patronat la conférence générale des syndicats proclama dès 1845 « une nouvelle méthode d’action syndicale, à savoir la politique de l’arbitrage et des sentences arbitrales » [5]. Mais  l’arbitrage et les sentences arbitrales ne sont possibles que s'il existe un terrain commun sur lequel on puisse s’entendre. Et ce terrain fut bientôt fourni par le système très répandu de l’échelle mobile des salaires, qui, de son côté, repose, économiquement, sur l’harmonie des intérêts du patronat et de la classe ouvrière. Ce n’est que parce que le patronat comme la classe ouvrière étaient placés sur ce terrain commun que fut possible l’extension considérable du système des contrats collectifs, des institutions d’entente, des tribunaux d’arbitrage, tels que nous les voyons fonctionner jusque vers 1880. Mais, par là, les conflits et les heurts entre le Travail et le Capital se transformèrent, de luttes de classe en conflits entre acheteurs et vendeurs, comme il s’en produit ordinairement à l’occasion de l’achat et de la vente de toute marchandise. Si, d’une part, le patronat était arrivé à cette conception que les grèves étaient « inévitables lors des négociations commerciales sur l’achat du travail », le travail se résigna, d’autre part, à ne les considérer que comme simple objet de « négociations commerciales ».
Comme base de toute la lutte syndicale, les trade-unions acceptèrent la théorie de l’économie bourgeoise de l’offre et de la demande comme constituant le seul régulateur des salaires, et « il en résulta tout naturellement que le seul moyen en leur pouvoir d’assurer ou d’améliorer leur situation était de réduire l’offre » [6].
En conséquence, nous voyons employer en tant que moyens de lutte syndicale, à cette époque, la suppression des heures supplémentaires, la réduction du nombre des apprentis et l’émigration (dans certaines branches jusque vers 1880), c’est-à-dire, excepté le premier point, des méthodes purement corporatives.
C’est également le caractère que revêtit le côté politique de la lutte syndicale. Deux points de vue sont caractéristiques dans ce sens. Tout d’abord l’attitude politique propre des trade-unionistes anglais : jusque vers 1885, ils furent – et ils sont encore aujourd’hui dans la majorité des cas – de purs bourgeois, libéraux ou conservateurs. Puis les méthodes et les moyens qu’ils employèrent dans la lutte pour les lois de protection du travail ne furent pas le moins du monde l’agitation populaire, comme en Allemagne et dans les autres pays du continent, mais un système complexe tout particulier en vue d’influencer les parlementaires bourgeois, sans distinction de partis, un marchandage, une politique de couloirs et d’escaliers de service, sans aucun caractère de principe ni de classe, telle qu’elle fut tout particulièrement appliquée par les fileurs et les tisserands [7]. C’est précisément à l’emploi de ces méthodes que les syndicats durent leurs plus grands succès d’ordre législatif. A quel point, au contraire, une attitude ayant un caractère de classe plus prononcé était un obstacle pour l’obtention de résultats pratiques, c’est ce que montrent les difficultés qu’eut à surmonter la Fédération des mineurs.
En rapport avec cette activité orientée dans ce sens, nous voyons toute la structure et tout le caractère des syndicats anglais se modifier au cours de la seconde moitié de ce siècle. La direction du mouvement passe des mains des « enthousiastes et agitateurs irresponsables » aux mains d’ « une classe de fonctionnaires permanents », qui sont même parfois engagés après un examen en règle [8]. D’une école de solidarité de classe et de morale socialiste, le mouvement syndical se transforme en une œuvre d’art extrêmement compliquée, une maison d’habitation confortablement installée en vue d’une existence durable, et, dans tout le monde ouvrier de cette époque, règne « un esprit de diplomatie prudente, quoique un peu étroite ».

II

En Angleterre, ainsi que nous l’avons vu plus haut, les ouvriers et la bourgeoisie se plaçaient, tant au point de vue économique qu’au point de vue politique et moral, sur le même terrain.
« Ils [les leaders des trade-unions] acceptèrent avec une entière bonne foi l’individualisme économique de leurs adversaires bourgeois, et ne réclamèrent que la liberté de coalition, que les membres éclairés de la classe bourgeoise étaient tout disposés à leur accorder ... La compréhension dont ils firent preuve pour le mode de penser de la bourgeoisie et leur appréciation des difficultés réelles de la situation les préservèrent d’être de simples démagogues ... La possession des bonnes manières n’était pas, quoique cela puisse paraître une mesquinerie triviale, la moindre de leurs qualifiés. A un respect complet d’eux-mêmes et à une intégrité absolue, ils alliaient la correction du langage, une attitude absolument irréprochable dans la vie privé et une absence remarquable de tout ce qui rappelle le cabaret » [9].
Le fait que tant la lutte purement économique des trade-unions que leur lutte en faveur de la législation ouvrière ne furent pas menées d’une façon unie par l’ensemble des syndicats et en faveur de l’ensemble de la classe ouvrière, comme ce fut le cas en Allemagne, en France et partout ailleurs, mais en groupes dispersés, chaque syndicat agissant pour son propre compte et par ses propres moyens (voir la résistance opposée par les représentants des provinces de Durham et de Northumberland au Parlement aux efforts de la Fédération des mineurs) [10], n’est qu’une conséquence logique de cette politique individualiste diplomatique. L’absence d’un terrain économique et politique commun, d’un point de vue général de classe, les antagonismes entre grands et petits syndicats, entre syndicats d’ouvriers qualifiés et syndicats d’ouvriers non-qualifiés, entre vieux et jeunes syndicats, condamnèrent à la stérilité et à la ruine leurs actions communes, leurs congrès communs et leur commission parlementaire [11]. «  Le congrès, où sont représentés un grand nombre d’intérêts divergentes et même contradictoires, ne peut jamais être qu’une union très lâche ... » [12].
A ces deux facteurs susmentionnés, à savoir le développement croissant de l’industrie et le terrain bourgeois sur lequel se plaça le mouvement ouvrier, vient s’ajouter logiquement la troisième particularité des conditions anglaises : la bienveillance manifestée par l’opinion publique à l’égard du mouvement ouvrier. Ce n’est pas « la pitié innée à l’homme », ni l’investissement à l’étranger de grandes quantités de capitaux anglais qui, comme on le prétend souvent, expliquent la bienveillance manifestée par l’opinion publique anglaise à l’égard du mouvement syndical.
Ceux qui le prétendent ne voient qu’un côté de l’influence exercée par l’opinion publique sur la classe ouvrière, à savoir l’aide matérielle accordée par elle. Mais ils ne voient pas l’autre côté : la pression morale exercée par elle sur les ouvriers. Ce n’est pas pour le mouvement ouvrier, en général, que l’opinion publique anglaise manifeste cette bienveillance, mais pour le mouvement ouvrier bien déterminé qui s’est constitué sur le sol de l’Angleterre : le mouvement qui, tant au point de vue économique qu’au point de vue politique, se place sur le terrain de la société bourgeoise. Elle ne soutient pas la lutte de classe, au contraire, elle le prévient. Lors des grèves, des mouvements de salaires, l’opinion publique impose, comme l’on sait, l’arbitrage, les procédures d’entente, elle empêche la lutte de se transformer en une épreuve de force, même quand cela serait précisément avantageux pour la classe ouvrière, et malheur aux ouvriers s’ils refusaient de se soumettre à la voix de l’opinion publique ! L’ouvrier anglais qui, dans sa lutte contre son entrepreneur, est soutenu par la société bourgeoise anglaise, l’est en sa qualité de membre de cette société, en qualité de citoyen, d’électeur bourgeois, et ce soutien contribue encore à en faire un membre fidèle de cette société.
L’entrepreneur raisonnable et l’ouvrier syndiqué tout aussi raisonnable, le capitaliste correct et l’ouvrier correct, le bourgeois au cœur large, ami des ouvriers, et le prolétaire à l’esprit mesquin étroitement bourgeois, se conditionnent l’un l’autre, ne sont que des corollaires (phénomènes qui se complètent l’un l’autre) d’un seul et même rapport, dont la base commune était fournie par la situation économique qui a été celle de l’Angleterre à partir du milieu du XIX° siècle : la stabilité et la domination incontestée de l’industrie anglaise sur le marché mondial.
Cette situation se maintint en Angleterre jusque vers 1880. Mais, à partir de cette époque, on assiste, sous tous les rapports, à une modification profonde, avant tout dans la base du développement syndical, tel qu’il s’était poursuivi jusqu’alors. La position de l’Angleterre sur le marché mondial est fortement ébranlée par le développement capitaliste de la Russie, de l’Allemagne et des Etats-Unis. Le déclin rapide de l’Angleterre se manifeste non seulement dans la perte, l’un après l’autre, de ses débouchés, mais encore dans un symptôme toujours très grave et très caractéristique : la décadence de ses méthodes de production et de commerce. Ces dernières, notamment, indiquent toujours le développement ou le déclin d’une industrie capitaliste avant et plus sûrement que les statistiques d’exportation ou d’importation elles-mêmes. De même que la classe capitaliste d’un pays en voie de développement se distingue avant tout par l’habileté et la souplesse de ses méthodes techniques de production et de commerce (voir l’Angleterre jusque vers 1870-80 et l’Allemagne actuelle) ; de même dans un pays dont le développement industriel est en retard se manifestent comme un premier symptôme infaillible le caractère rétrograde et la lourdeur des méthodes de production et de commerce. C’est actuellement le cas en Angleterre, et, depuis quelque temps, les plaintes sur l’apathie et la raideur des marchands anglais constituent une rubrique spéciale dans les rapports consulaires anglais. En ce qui concerne les méthodes de production, l’Angleterre est actuellement – c’est là un fait tout à fait sans précédent – contrainte par la concurrence étrangère, et pour protéger son propre marché indigène, d’importer de l’étranger de l’outillage technique moderne de production. Voir, par exemple, les transformations auxquelles nous assistons actuellement dans l’industrie du fer-blanc, sous la pression de la concurrence des Etats-Unis [13].
L’insécurité et l’instabilité de la situation commerciale et industrielle entraînent comme conséquence un changement profond dans l’attitude des entrepreneurs comme des ouvriers anglais. La dépression générale dans l’industrie anglaise est momentanément encore contre-balancée par la demande de constructions navales créée par le militarisme et le commerce, demandes qui favorisent, à leur tour, toute une série de branches d’industrie importantes, telles que l’industrie métallurgique. Mais, dans ce domaine également, l’Angleterre sera bientôt menacée par la concurrence de l’Allemagne.
Si, dans les périodes de prospérité, les concessions aux ouvriers étaient insensibles pour le Capital, ce dernier devient actuellement de plus en plus sensible et excitable. Les procédures d’entente lui deviennent de plus en plus désagréables et il utilise les sentences des Chambres d’arbitrage pour « repousser les revendications excessives des ouvriers », tandis qu’à d’autres moments, il « se sert de sa position stratégique pour obliger les ouvriers à accepter des conditions plus défavorables que celles proposées par les sentences des Chambres d’arbitrage » [14]. D’autre part, le système de l’échelle mobile qui garantit aux ouvriers leur part à la prospérité industrielle, leur apporte, avec le déclin des affaires, des revers de plus en plus fréquents. C’est pourquoi les syndicats abandonnent résolument ce système. Mais, avec l’abandon par les ouvriers du système de l’échelle mobile et la violation systématique par les entrepreneurs des sentences arbitrales, disparaissent les conditions favorables aux procédures d’arbitrage et d’entente, qui avaient accompagné la période de prospérité du trade-unionisme anglais, et, avec elles, la paix sociale. Cette transformation fut, il y a quelques années, reconnue officiellement par la suppression des lois de 1867 et de 1872, aux termes desquelles tous les conflits entre le Capital et le Travail devaient être obligatoirement tranchés au moyen de l’arbitrage. En même temps, avec la bonne marche constante des affaires et la stabilité apportée dans la situation de l’ouvrier, a disparu également la possibilité de développer si savamment les syndicats et de faire fonctionner leur mécanisme compliqué d’une façon aussi simple qu’autrefois. Ce mécanisme savant et la bureaucratie spécialisée des syndicats deviennent également en grande partie inutiles, par suite de la suppression de l’échelle mobile des salaires, et de la procédure d’arbitrage. Tous les syndicats fondés au cours des quinze dernières années se distinguent des vieux syndicats par la grande simplicité de leur organisation et de leur fonctionnement, et se rapprochent en cela des syndicats du continent. Mais, dans la mesure, où la procédure d’entente à l’amiable devient de plus en plus inefficace, les conflits entre le Capital et le Travail deviennent de plus en plus de simples questions de force, comme nous l’avons vu à propos de la grève des métallurgistes et de celle des mineurs gallois. En Angleterre, également, la « paix sociale » fait place à la guerre sociale, à la lutte de classe. Les syndicats se transforment peu à peu, d’organisations ayant pour but d’assurer la paix industrielle en organisations de lutte de classe, sur le modèle des syndicats allemands, français, autrichiens.
Deux symptômes importants de ces tout derniers temps montrent que, tant dans la bourgeoisie anglaise que dans le prolétariat anglais, on se rend compte de la transformation réalisée, et qu’on se prépare à une lutte de classe sérieuse. C’est, pour le patronat, l’Union pour la lutte contre l’action parlementaire des syndicats, pour la classe ouvrière, la réapparition de l’idée d’une Alliance ouvrière générale, autant haïe des capitalistes que des trade-unionistes de la vieille école et des partisans de la « paix sociale », mais qui exprime nettement, pour la masse du prolétariat anglais, le besoin d’un groupement, le réveil de la conscience de classe, au sens véritable du terme.
De cette histoire du trade-unionisme anglais esquissée par nous en traits généraux, on peut tirer trois sortes de conclusions différentes pour notre controverse avec Bernstein et ses partisans.
Tout d’abord, l’idée selon laquelle les syndicats ont une importance directe pour le socialisme est complètement fausse. Précisément, le mouvement syndical anglais, sur lequel on s’appuie, doit, en grande partie, ses résultats obtenus dans le passé à son caractère purement bourgeois, à son hostilité à l’égard de l’ « utopisme » socialiste. Les historiens du trade-unionisme, S. et B. Webb constatent eux-mêmes, à différentes reprises, et expressément, que le mouvement syndical en Angleterre a chaque fois échoué, dans la mesure où il était imprégné d’idées socialistes, et, au contraire, obtenu des résultats dans la mesure où il se rétrécit, s’aplatit, se libère du socialisme [15].
Précisément, le trade-unionisme anglais, dont le représentant classique est l’ouvrier-gentleman rassasié, correct, étroit, borné, pensant et sentant bourgeoisement, prouve, par conséquent, que le mouvement syndical en soi n’a encore rien de socialiste et que, même, dans certaines circonstances, il peut constituer une entrave directe au développement de la conscience socialiste, de même qu’au contraire, la conscience socialiste peut être, dans certaines conditions, un obstacle à l’obtention de résultats purement syndicaux.
En Allemagne, comme dans l’ensemble du continent, les syndicats se sont constitués dès le début sur la base de la lutte de classe, souvent même directement, comme une création de la social-démocratie (voir la Belgique et l’Autriche). Ils sont ici subordonnés d’avance au mouvement socialiste, et ne peuvent compter sur des succès – tout au contraire de l’Angleterre – que dans la mesure où ils s’appuient sur la lutte de classe socialiste et sont soutenus par elle (voir l’action social-démocrate actuelle, en Allemagne, pour la défense du droit de coalition). Les syndicats allemands (comme ceux du continent en général) sont, de ce point de vue, du point de vue des efforts d’émancipation du prolétariat, malgré leur faiblesse, et en partie même, à cause de cette faiblesse, plus avancés que les syndicats anglais. Le renvoi à l’exemple de l’Angleterre, ne signifie pas autre chose, en réalité, que conseiller aux syndicats allemands de quitter le terrain de la lutte de classe socialiste et se placer sur le terrain bourgeois. Mais, pour servir la cause du socialisme, ce ne sont pas les syndicats allemands qui doivent s’engager sur les traces des syndicats anglais ; mais, au contraire, les syndicats anglais sur celles des syndicats allemands. Les « lunettes anglaises » ne conviennent par conséquent pas à l’Allemagne, non pas parce que les conditions anglaises sont plus avancées, mais parce que, du point de vue de la lutte de classe, elles sont plus arriérées que les conditions allemandes.
En outre, si nous passons de la signification subjective des syndicats pour le socialisme, de l’influence qu’ils exercent sur la conscience de classe du prolétariat, à leur signification objective, à la « puissance économique » que, d’après la théorie opportuniste, ils donnent à la classe ouvrière, et à l’aide de laquelle elle sera en mesure de briser la puissance du Capital, elle apparaît également comme une légende, et même « une légende des anciens temps ». En Angleterre même, la puissance économique inébranlable des syndicats, même sans tenir compte de tout ce par quoi elle a été achevée, appartient déjà en grande partie au passé. Elle est liée, comme nous l’avons vu, à une période tout à fait déterminée, exceptionnelle, du développement du capitalisme anglais, à sa domination incontestée sur le marché mondial. Mais cette période qui, seule, par sa stabilité et sa prospérité, constituait le terrain du trade-unionisme anglais dans sa période de prospérité, dans sa prospérité véritable, ne se répètera plus ni en Angleterre, ni en aucun autre pays.
Si même le mouvement ouvrier allemand pouvait et voulait, conformément aux conseils opportunistes, abandonner, pour la « puissance économique » la fameuse légende du prolétariat qui « veut tout avaler », c’est-à-dire son caractère socialiste, et s’engager sur la trace du trade-unionisme anglais, il ne pourrait jamais conquérir la puissance économique que possédait autrefois ce dernier. Et cela, pour une raison bien simple : parce qu’aucun opportunisme ne peut créer artificiellement le terrain économique du vieux trade-unionisme.
En résumé, les « lunettes anglaises » de Bernstein ne sont, en réalité, qu’un miroir concave dans lequel tous les phénomènes se reflètent à l’envers. Ce qu’il représente comme le moyen le plus puissant de la lutte socialiste n’était, en réalité, qu’un obstacle à la réalisation du socialisme, et ce qu’il considère comme l’avenir de la social-démocratie allemande n’est que le passé, qui disparaît de plus en plus, du mouvement ouvrier anglais dans son évolution vers la social-démocratie.

Notes
[1] S. et B. Webb : Histoire du trade-unionisme.
[2] Ibid.
[3] S. et B. Webb : La théorie et la pratique des syndicats anglais.
[4] S. et B. Webb : Histoire du trade-unionisme.
[5] Ibid.
[6] Ibid.
[7] S. et B. Webb : La théorie et la pratique des syndicats anglais.
[8] S. et B. Webb : Histoire du trade-unionisme.
[9] Ibid.
[10] S. et B. Webb : La théorie et la pratique des syndicats anglais.
[11] Une nouvelle preuve en est le mode de scrutin introduit au congrès syndical de Cardiff, qui « tend manifestement à remettre tout le pouvoir aux mains des fonctionnaires et notamment des fonctionnaires d’un petit nombre de vieux et grands syndicats » (Webb : Théorie et pratique des syndicats anglais).
[12] S. et B. Webb : La théorie et la pratique des syndicats anglais.
[13] Gazette industrielle allemande, décembre 1898.
[14] S. et B. Webb : La théorie et la pratique des syndicats anglais.
[15] S. et B. Webb : op. cit.


vendredi 14 octobre 2016

LES PRIMATES DE LA DROITE BOURGEOISE


Ce fût un régal. Niveau « Questions pour un champion », le jeu pré-électoral fut captivant de bout en bout. Les journalistes furent excellents, pugnaces et serviles comme seule la chaîne des beaufs sait en produire : toutes les questions pipoles ayant trait aux ennuis judiciaires de ces mannequins en cravate Macron furent posées laissant croire à une totale liberté de la parole journalistique, sauf que l'envers du décor, les menées impérialistes de la bourgeoisie française – par exemple : est-ce que vous allez continuer à bombarder comme l'incorrigible Hollande – ne vint pas à la lumière des sunlights audiovisuels.
Je m'apprêtais cette nuit à user de la métaphore journalistique, hélas tout la presse s'est jetée dessus ce matin. Je peignais déjà un Hollande en Raymond Domenech lors de la malédiction de Knysna, ancienne EDF en voie de remplacement par l'entraîneur Deschamps-Juppé, l'avant-centre Benzéma-Sarkozy, l'ailier d'extrême droite Aurier-Poisson, la charnière centrale Pogba-Lemaire, l'arrière droit Koscieny-Fillon, l'arrière gauche Kurzawa-Copé, et une préraphaélite (jeu de mot imprévu) entrée par mégarde sur le terrain électoral pipé.
Il ne me restait que l'anaphore, trop usée, dont je décidai de me passer, sans doute par admiration pour les dérapages heureux du président François. J'aime finalement ce petit bonhomme rond qui se moque de la fonction présidentielle contrairement à son prédécesseur qui la ridiculisait ; sa sortie sur les magistrats, même liée à l'épisode de la défense clanique de Taubira, est un régal, oui les magistrats sont des lâches et des salauds1, pas seulement Mornet mais les actuels juges cyniques qui s'acharnent contre les faibles et les femmes ; sa sortie sur le cerveau d'huitres des footeux, excellent quoiqu'il ait oublié les fans. Et les sans dents, superbe image du mépris de l'élite rose. Ce président est exemplaire lorsqu' il faut montrer comment se tirer une balle dans le pied, il y a du Macron et du Sacher-Masoch chez lui, sans oublier les rebondissements de la Vénus à la fou-rire Trivamachine.

Reprenons depuis le début du jeu télévisé. D'emblée ils se tirent tous eux aussi une balle dans le pied. Alors que la presse nous jurait que cela allait être un carnage, les champions n'ayant guère de différence de programme (moins d'impôts, moins de fonctionnaires, moins de 35 heures, plus de réduction des salaires, recul éternel de la retraite, plus de flics, plus de menées impérialistes, plus de justice de classe, plus de prisons), patatras : la main sur le cœur ils ont aussitôt déclaré se désister les uns pour les autres. Complices toujours, pourris aussi.
Au fur et à mesure du questionnement précis et limité en thème franchouillard des fonctionnaires de TF1, on comprit aisément l'unité autour du programme futur des challengers de la droite Neuilly-Passif-Bygmalion :
vider les poches de la classe ouvrière pour diminuer le chômage en embauchant plus de flics, de militaires et de parasites des fonctions régaliennes de l'Etat bourgeois !

Le match fut nul dans l'ensemble. Dans ce « au théâtre ce soir », théâtre de marionnettes, ils avaient tous cette allure de cadres compassés dans séminaire d'entreprise ronronnant, où les tics de Paul Bismuth n'enrayèrent pas les rebuffades de Copé et de son meilleur ennemi Fillon. Libé a apprécié le multiculturalisme heureux de papy Juppé comme Le Figaro l'a crédité de meilleur homme de main,

pardon de demain. Lemaire s'est fait tâcler comme un gosse qui ne peut pas répondre aux questions qu'on lui pose, pourtant il n'y avait rien du voyou chez lui, les voilées devront faire gaffe à leurs fesses. Le Poisson joua sur son physique de rugbyman pour gagner la sympathie du public avec cet alliage de l'eau et du feu : l'opposition au mariage pour tous et la liberté de s'accoutrer en Belphégor dans nos rues (les centristes bourgeois sont des caméléons comiques). La préraphaélite NKM réussirait sans nul doute une meilleure carrière dans les films d'épouvante érotique que dans son imitation politique faiblasse et snob d'une femme politique qui se prendrait pour Ségolène ou Hillary.
Tous nous ont promis non pas moins de terrorisme mais plus de surveillance, plus de répression, plus de freinage à l'expansion musulmane, (plus de guerre in fine) et, fin du fin, les comptes d'Etat apurés en fin de mandat. Le Graal européen. L'ancien président des riches faisait pitié en reprenant un concept soixante-huitard gaulliste, se pavanant comme plus sûr porte-parole de la majorité silencieuse sans dents (des dentistes seront-ils promus ministres?). L'ancien repris de justesse n'eût pas de mots assez durs pour fustiger un paltoquet (qui déshonore la fonction suprême en haut de l'élite bourgeoise) en prenant la défense des corbeaux noirs de la république qu'il a où mes poules ont l'oeuf. Difficile pour son colistier Copé de faire plus décomplexé, quoique qu'il ne soit pas loin de proposer le coran comme papier pq. Je me suis dit que Hollande l'incorrigible gardait toutes ses chances, avec lui au moins on rigole bien.

Se sont-ils vraiment jeanmarisés ou déshollandisés ? L'avenir nous le dira.

Tout à fait Thierry.


PS: les notes de Pascal Praud: Lemaire: 3, Juppé: 6, NKM: 0, Sarkozy: 4, Copé: 3, Poisson: 2,
Fillon: 5.

1 Qui ne se souvient de la lâcheté de la justice dans le spectacle qu'elle a donné lors du procès de Pétain : le Procureur André Mornet avait prêté serment à Pétain et participé à l'élaboration du "statut des juifs" en France. C'est le même salaud qui est en poste à la Libération. Et son passif est exemplaire. Entre 1914 et 1918, il a envoyé devant le peloton d’exécution nombre de rebelles, de déserteurs, soldats fusillés pour l’exemple. En 1917, il est le substitut du procureur qui expédiera en trois jours l'espionne Mata-Hari vers le peloton d'exécution. Retraité, il est néanmoins président honoraire de la Cour de cassation en 1940. Il est nommé directeur de la Justice militaire en mai de la même année. En septembre 1940, il devient vice-président de la commission pour la révision des naturalisations, qui est chargée de priver en particulier les juifs de la nationalité française3 et élabore le statut des juifs4 « voté » le 3 octobre 1940. En novembre 1944, il est appelé comme procureur général près la Haute Cour de justice. À ce titre, il est partie prenante des procès de Philippe Pétain et Pierre Laval, pour lesquels il réclame et obtient la peine de mort. Pendant le procès de Pétain, durant lequel il sera pris à partie par l'un des avocats de l'accusé, Jacques Isorni, sur son attitude durant l'occupation, il déclare, afin de faire cesser la clameur de la foule, « J'invite la cinquième colonne à cesser ses manifestations ». Le procès Laval terminé, il insiste pour que le condamné soit réanimé après sa tentative de suicide, le matin de son exécution.
En janvier 1948, il est admis définitivement à la retraite et est nommé en 1952 procureur général honoraire près la Haute Cour de Justice et procureur général honoraire de la Cour de Cassation. Lors de l'insurrection de juillet 36 en Espagne on l'aurait fusillé avec plaisir.

jeudi 13 octobre 2016

LES GAUCHISTES ONT DES SOLUTIONS NATIONALES ET HUMANITAIRES A LA GUERRE EN COURS

 Sur face book l'absence de débats fait rage sur la question politique subsidiaire des migrants. J'y suis traité de bon gros nationaliste de gauche (mélanchonien?), voire victime des idées nauséabondes de Marine Le Pen (même si la diablesse honteuse pose des questions qui fâchent quoique avec des réponses nationales étriquées sur le même plan que l'extrême gauche, elle, généreuse pour peau de balle). Les insultes gauchistes et leurs multiples tentatives de déstabilisation psychologique sont de la vieille bière stalinienne, chantage à la pétition (comme le Nouvel Obs avec son dessin: les migrants vous concernent tous), appel au recrutement pour prier dans la passivité sentimentale. La question des migrants est subsidiaire - sauf à entraîner à des enculages de fourmis - car la principale question: la guerre et le cynisme de ses différents "animateurs" n'est ni sérieusement analysée ni engagé un réel combat de classe contre sa persistance et son extension. Franchement ce n'est pas la lutte en quenouille contre la loi travail qui en aurait été un début, contrairement à ce qu'un groupe d'un seul maximaliste nous a seriné. La lutte contre la guerre ce n'est pas à partir de l'esprit corporatif ou de la préservation des acquis des ouvriers français qu'elle pourrait être menée.
La focalisation sur la question des réfugiés, à Calais ou en Grèce, et l'appel gauchiste à tous les accueillir (par qui? par les autorités bourgeoises qui les trient et en rejette les plus démunis? en les accueillant chez soi comme le souhaite Mme Hidalgo?), est un bobard du même ordre que l'appel stalinien à envoyer des armes en Espagne en 1936, en adoptant humanitairement les enfants espagnols orphelins: soumettre les prolétaires à un camp de la guerre. Il suffirait que le gouvernement Hollande soit plus accueillant pour recevoir le soutien trotskiste? quand ce délégué politique de la bourgeoisie française participe au massacre!
La situation des réfugiés n'est pas à mettre sur le plan classique de l'immigration, ils sont surtout comparables à des prisonniers de guerre, lesquels ont toujours posé problème à gérer par leur amplitude et l'impréparation des territoires encore épargnés par la guerre à les recevoir provisoirement ou les intégrer (des milliers de prisonniers de guerre allemands ont été en fermés dans des camps de travail pendant les années d'après guerre en France et en Allemagne et esclavagisés dans des travaux pénibles et dangereux). Quand les gauchistes humanitaires marchent derrière Angélique Merkel et se prétendent internationalistes, ils sont en réalité les porte-voix de la supercherie qui vise à dévier des véritables questions politiques posées par la guerre et la paralysie de la classe ouvrière mondiale. Ils prétendent la mobiliser avec les arguments de l'abbé Pierre, ce qui est idéaliste, ce qui est méprisable quand le terrorisme, qui est un aspect de la guerre (un pied de la guerre en Europe) sert à ramener les masses dans le giron "protecteur" de l'Etat bourgeois. Le terrorisme c'est la grosse Bertha qui vient justifier le foyer impérialiste en Syrie. Les gauchistes jouent aux infirmiers, et dans l'ensemble, n'en sont pas, et laissent aux organismes ad hoc le boulot.


Un prof géopoliticien plus clair... que le NPA qui veut que la France accueille tous les réfugiés - ce qu'ils appellent "solidarité internationaliste solide" de la sale guerre mondiale limitée et laissent croire à une lutte "démocratique" là-bas: "Malgré le tableau très noir de la situation en Syrie, on voit l’émergence de nouvelles perspectives de résistance populaire et démocratique contre toutes les forces impérialistes et contre-révolutionnaires. Elles ont besoin d’une solidarité internationaliste solide, ce qui lui a manqué jusqu’à aujourd’hui. Les autorités françaises, qui elles-mêmes ont du sang sur les mains, ont peut-être fait les gros yeux mais restent prêtes à recevoir Poutine, un des plus sanguinaires bouchers des peuples" (https://npa2009.org/…/internat…/syrie-poutine-de-grozny-alep). En restant sur la simple dénonciation "humanitaire" du génocide en cours (Obama n'intervenant pas copie ses collègues de 39-45 qui ont laissé les juifs crever) le NPA joue du violon en renvoyant la balle protestataire aux bombardés et ne fait qu'égratigner la gauche 100% au gouvernement. En des temps lointains les véritables partis du prolétariat appelaient à une grève générale contre la guerre dans les pays développés, quoique projet trahi au dernier moment. Tendez bien l'oreille nos gauchistes appellent à la grève générale pour la moindre grève corporative mais pour la guerre génocidaire qui fait fuir des milliers de réfugiés, on reste pieusement sur le terrain humanitaire secouriste!
Exemples de slogans réformistes radicaux débiles: aucun licenciement (en régime capitaliste), un salaire minimum pour tous (en régime capitaliste), régularisation de tous les sans papiers (en régime capitaliste en guerre), ouverture des frontières (c'est pourtant le cas...mais pas pour un quelconque internationalisme mais un accueil au compte-goutte d'otages de guerre en fuite).

http://www.lefigaro.fr/…/31002-20160929ARTFIG00111-alep-pou…

mardi 11 octobre 2016

L'Ancienne hégémonie du Socialisme Allemand (I)


par Roberto Michels (1911, in Revue du Mouvement socialiste en France)

Robert Michels fut un élève de Max Weber. Il s'installa en Italie, à Turin, où il continua de militer au sein du parti socialiste. Il fut proche des idées du syndicalisme révolutionnaire et fut en contact avec Georges Sorel et Hubert Lagardelle ; il publiait des article sen leur compagnie dans la revue française Mouvement socialiste.. Dans les années 1910, il évolua vers la droite et finit par adhérer au fascisme. . Le parlementarisme participe au processus d'oligarchisation (spécialisation des tâches, commissions, etc.), rend le leader indispensable, est routinier (le leader peut faire usage de ses capacités techniques acquises). Le parlementarisme donne plus d'opportunités au leader pour s'automatiser. La caste des leaders (oligarchie) se clôt sur elle-même afin d'éviter l'apparition de nouveaux leaders issus de la masse (trust oligarchique).
La seule chose que peuvent faire les masses c'est de remplacer un leader par un autre. C'est pourquoi les leaders maintiennent un lien avec les masses. Les vieux leaders font appel à la discipline, ce qui réduit la liberté d'expression des masses.
« L'organisation est ce qui donne lieu à la domination des élus sur les électeurs, des mandataires sur les mandants, des délégués sur les délégants. Qui dit organisation, dit oligarchie. »
La démocratie serait un meilleur système que le système héréditaire pour la sélection d'oligarchies. En 1911, Michels parle encore de la démocratie comme d'un moindre mal.
Si ce prof sociologue ultra-médaillé (voir sa photo) pour services rendus à l'Etat borgeois, nous intéresse c'est pour mieux comprendre comment à partir de prémisses justes, mais hors classes, il est tombé dans l'idéologie fasciste.C'est certainement après cette critique psychologique et très anarchiste de la Iième Internationale et du soi-disant autoritarisme de Marx qu'il a ...glissé par dépit, mais la critique de l'auguste SD allemande est impitoyable, elle sera aussi un modèle pour le nazisme et le stalinisme.


« Le témoignage le plus irréfutable de la vitalité inépuisable du parti socialiste allemand a été précisément ce fqit qu'il sut prendre, malgré toutes les lois contre les socialistes, la direction du mouvement ouvrier international ». C'est ainsi que s'exprime, non sans raison, Franz Mehring, dans son histoire du parti socialiste allemand. C'est la social-démocratie allemande qui, presqu'exclusivement, pendant de longues années, a eu la direction du socialisme international.
Déjà, l'ancienne Internationale fut, dans un certain sens, dirigée par les socialistes allemands. Il est vrai qu'à ce moment, le mouvement socialiste en Allemagne n'était pas plus unitaire, plus ordonné, plus clair au point de vue théorique, et n'en imposait pas plus que le mouvement ouvrie de la plupart des autres pays. Il jouait, au contraire, sous tous les rapports, un rôle beaucoup moins important que les sections françaises, italiennes, suisses et belges ; mais les grandes personnalités allemandes de Marx et Engels, non seulement par leur science et par leur action, mais aussi par leur énergie et leur autoritarisme, surent s'élever au-dessus de toutes les autres personnalités socialistes allemandes et imposer dans le Conseil Général la prépondérance de l' « influence allemande », dont ils étaient si fiers. Ils doivent être considérés comme les pères du patriotisme social-démocrate allemand, c'est à dire de l'amour passionné, même agressif, de la forme allemande du socialisme. Cette prépondérance de l' influence allemande » - appelée par l'indomptable amour-propre de Karl Marx « science allemande » - devint bientôt l'objet des critiques et des attaques de presque tous les partis socialistes non-allemands, qui voyaient dans cette influence un orgueil anti-socialiste, une intolérance et un despotisme dangereux ; et cela d'autant plus que, par la concentration de tous les pouvoirs de l'Internationale dans le Conseil général de Londres, qui n'était que Marx lui-même, l'hégémonie prenait une forme légale. Le socialisme allemand réussit finalement à mettre un terme à toute opposition contre lui. On fit la vie amère aux Jurassiens, à Bakounine et à sa faction italo-espagnole, si bien que les uns durent partir et les autres furent expulsés. Peu de temps après, les disputes avec les blanquistes français et les chefs du mouvement ouvrier anglais prirent un caractère tellement violent, que le « socialisme allemand » resta isolé : c'est alors qu'il se réfugia en Amérique. Le Conseil général fut transféré à New York, et ainsi disparût de la scène cette branche de l'Internationale. L'autre branche, qui s'était constituée autour de Bakounine, végéta encore quelque temps, pour mourir elle aussi, quelques années après.
Quatre lustres durant, le socialisme international resta internationalement inorganisé. Ce n'est que vers la fin de 1880, qu'on commença à faire de timides essais pour établir des rapports plus intimes entre les partis socialistes de tous les pays. Mais la Nouvelle Internationale n'imita pas sa devancière dans l'organisation qu'elle se donna. Adoptant le principe d'Engels, que « les masses ne peuvent être mises en branle que dans la voie qui correspond à chaque pays et à des circonstances particulières » - une vois qui est assez souvent un détour -, elle n'était plus une organisation qui ne tient pas compte des frontières, des races et des traditions : elle ne constituait plus une masse soumise à un salut unique et disciplinée par un programme unitaire. Elle ressuscita sous forme de partis nationaux, complètement autonomes, tant au point de vue de la théorie qu'au point de vue de la tactique, et dont la vie commune se réduisait principalement à l'organisation de congrès internationaux. Bien que, par cette nouvelle forme d'organisation, la dictature d'un Conseil général fut devenue impossible, et qu'au congrès on ne votât plus par tête, mais par nation – d'où l'impossibilité de la prépondérance d'une nation sur les autres – toutefois, dans la Nouvelle Internationale aussi, le triomphe du socialisme allemand, quoique sous une autre forme, était assuré. Il est hors de doute que le parti socialiste allemand, grâce surtout à sa forme d'organisation et d'esprit, servit de modèle à la plupart des autres partis socialistes. Domela Nuiwenhuis n'hésite pas à considérer, non sans reproche, les autres partis socialistes, dont l'arme de lutte est le parlementarisme, comme les ramifications de la social-démocratie allemande, comme des partis qui prennent pour modèle le parti socialiste allemand, dont ils sont les succursales qu'on ouvre et ferme à volonté. Oui, il est vrai que les partis socialistes étrangers ont imité servilement le parti allemand. Oui, il est vrai que le parti allemand a été considéré et adoré comme une idole, dont la moindre critique constituait un crime de lèse socialisme. En Autriche, en Italie, en Espagne, en Hongrie, la plante allemande fut souvent greffée sur les arbres indigènes, avec lesquels elle n'avait aucune parenté.
En Hollande, c'est grâce à l'argent allemand que fut implantée la forma allemande du parti (le parti social-démocrate actuel) et cela contre la forme nationale (sociaal-demokratische Bond). Le respect déjà grand pour la social-démocratie allemande s'accrut encore, lorsque les lois d'exception furent abolies. Cette abolition des lois d'exception fut représentée, dans l'exagération diplomatique, comme une victoire éclatante dûe exclusivement à la puissance extraordinaire du parti, qui avait vaincu la bête sauvage qu'était Bismark. Au premier congrès qui eut lieu après l'abolition de ces lois, du 12 au 18 octobre 1890, à Halle, les députés socialistes des partis des autres pays avaient l'air de petits écoliers qui présentaient leurs hommages au maître qui venait de créer une œuvre immortelle. Le parti socialiste allemand l'emporta sur les autres partis socialistes de l'Europe. Sa force morale était tellement grande qu'il était sûr de la victoire, dans les Congrès, même quand il s'agissait d'erreurs de tactique. Le social-démocrate allemand joua partout, même dans les pays étrangers, le rôle de professeur né du prolétariat. En Amérique, les allemands fondèrent un parti propre, dont la tactique, selon un écrivain anarchiste, était une imitation servile et ridicule de la social-démocratie allemande, et dont la décadence, survenue, selon an autre écrivain social-démocrate, à cause de son ridicule confusionnisme théorique, de son arrogance et de son fanatisme pour Lassalle, a été un vrai bonheur. C'étaient des caricatures involontaires, qui prouvaient combien était grande la nécessité de reconnaître le parti socialiste allemand comme maître et de l'égaler par tous les moyens. La social-démocratie allemande a eu le sort de toutes institutions allemandes après la guerre, de l'organisme militaire comme de la structure étatique, de la législation comme de l'enseignement, c'est à dire de servir de modèle aux institutions analogues des autres pays.

Dans le camp des adversaires du socialsme allemand, dans le socialisme international, surtout parmi les anarchistes, ces « bêtes noires » des historiens socialistes et les premières victimes des « procédés » du parti dans les Congrès internationaux, on expliqua cette prépondérance évidente par le fait que la social-démocratie terrorisait les congrès internationaux. Elle a été accusée d'avoir donné des mandats à quelques éléments dociles de petites et très petites nations, et de s'assurer ainsi les votes de ces pseudo-nations, qui, ne disant toujours que oui, aidèrent ainsi la social-démocratie allemande à remporter une victoire facile. On a dit qu'elle s'est emparée, brutalement et par des intrigues, d'accord avec quelques amis de France et de Russie, qui formaient « la famille Marx », de la présidence et des places de traducteurs, en en tirant profit, d'une manière honteuse, pour leurs buts particuliers. Dans toutes ces accusations, il y a un grain de vérité. Ce n'est pas en vain qu'au Congrès de Londres, des hommes comme Edouard Vaillant et Marcel Sembat, Keir Hardie et Bernard Shaw et E. Vandervelde, qui au fond étaient de leur côté, s'élevèrent énergiquement contre la prépondérance des allemands. Qui lit attentivement les lettres d'Engels adressées à Sorge, ne peut pas ne pas remarquer la finesse et la solidité des fils tissés pour maintenir au pouvoir la « famille Marx », et la manière inouïe et arrogante dont ils prétendaient avoir le droit moral à la direction de l'Internationale. Cependant, malgré l'unanimité des critiques socialistes sur la manière éhontée de la social-démocratie allemande, et malgré la jsutesse de ces critiques, on ne peut pas admettre que cela soit une explication suffisante de cette hégémonie même. Au contraire, le fait que la social-démocratie allemande ait réussi, même par des intrigues et des habiletés diplomatiques, à s'empare de la direction réelle des Congrès internationaux, nous détermine plus que jamais à en rechercher les véritables causes. Par des intrigues seules, on ne peut pas dominer, pendant vingt-cinq ans, un mouvement gigantesque. Donc, encore une fois : Quelles sont les causes de l'hégémonie allemande dans le socialisme international ?
Si nous faisons abstraction de la littérature, inspirée par la haine justifiée des anarchistes, qui, grâce à la social-démocratie, ont été définitivement exclus de l'Internationale – et nous ne parlons pas des individualistes, mais des autres, des socialistes antiparlementaires – nous ne trouvons, dans toute la littérature socialiste non allemande, que des hymnes de louange et d'admiration pour le socialisme allemand. Même des hommes doués d'esprit critique en parlent avec la plus grande considération. Bertrand Russel en admirait son organisation magnifique et « master piece of ingenuity and efficiency », Antonio Labriola son enthousiasme conscient, Guglielmo Ferrero sa forte critique des conditions présentes de l'Allemagne, Filippo Turati son énergie et sa fermeté. Il n'y a pas une qualité qui contribue à la gloire d'un parti politique, qui n'ait pas été attribuée à la social-démocratie allemande par les hommes les plus autorisés. Même l'hypercritique Arturo Labriola admirait sa tactique sincère dans la question de la monarchie et déplorait que le parti socialiste italien ne prit pas pour modèle le parti allemand. Presque jamais la moindre critique dans ce choeur dithyrambique d'admirations ! Ainsi, par exemple, un critique italien, parlant du programme agraire, qu'une fameuse commission avait présenté au parti socialiste allemand à Breslau, et le considérant comme dépassé et tout à fait réactionnaire, le justifiait pourtant en disant qu'un grand parti a le droit, en face d'un adversaire résolu, de passer sous silence la moitié de ses vues et de faire du vieux jeu diplomatique. Même ces critiques bénignes ne sont que des exceptions ; en général, l'admiration est sans réserve. IL ya des ouvrages, qui nous charment comme le cantique des cantiques. Le jaurésiste Edgard Milhaud, professeur d'économie politique à l'université de Genève, a écrit presque 600 pages de louanges en l'honneur du socialisme allemand, sans qu'il y ait la moindre critique sérieuse. Cet ouvrage d'ailleurs de talent et de persévérance, conclut par une apothéose, où il exprime la conviction que, quels que soient les obstacles que le socialisme allemand va rencontrer sur sa route, il saura toujours les surmonter facilement !
Toutes ces manifestations font preuve d'une absence absolue d'esprit critique. Mais cela est de grande importance comme témoignage de l'énorme considération que les socialistes étrangers avaient pour la social-démocratie allemande.

À suivre...

lundi 10 octobre 2016

NOTES SUR LE MOUVEMENT DES COOPERATIVES (2e partie)

En Allemagne comme en France, à la veille de la guerre le débat n'est pas vraiment concluant, même si la fraction maximaliste du socialisme international semble faire des concessions sur l'utilité des coopératives, elle reste très critique quand les tenants de cette soi-disant préparation des ouvriers à la gestion socialiste tentent l'alliance avec l'aile réformiste des syndicats... L'expérience des coopératives n'aura été que le premier pas du supermarché moderne récupéré par le commerçant Leclerc et les trotskiens qui avaient fondé la FNAC, nullement un apprentissage du socialisme ni du communisme. Donc.


Enquête : la coopération et le socialisme par Louis Bertrand, député au Parlement belge (1911)

En 1881, Edouard Bernstein considérait la coopération avec mépris. Louis Bertrand pensait que la ccopération réduirait « la puissance du commerce privé », « par la suppression des intermédiaires ».
Von Elm déporait le manque d'intérêt du parti :
« Le parti est neutre vis à vis de la création des coopératives, supposant existantes des conditions préalables nécessaires, comme propres à apporter quelques améliorations dans la situation économique de leurs membres ; il voit encore dans la création de coopératives, comme dans toutes les organisations des ouvriers destinées à la défense de leurs intérêts, un moyen efficace à l'éducation de la classe ouvrière pour diriger elle-même ses affaires ; mais il n'accorde à ces coopératives aucune valeur décisive pour l'affranchissement du prolétariat du joug du salariat. »

La résolution du congrès socialiste de Berlin stipulait contre divers congrès syndicaux que les coopératives ne sont pas à même « d'influer sur les conditions de production capitaliste ou d'améliorer la situation de la classe ouvrière ». Pour Von Elm : « le secret du succès réside dans la ssuppression du bénéfice du commerçant » ; en Angleterre et en Allemagne : « le grand nombre de consommateurs est intéressé dans une proportion beaucoup plus grande à la prospérité des entreprises coopératives, que les clients d'une affaire capitaliste privée, à celle-ci ».
Une pression croissante de la municipalisation et de la socialisation pourrait seule « amener à la coopération les grandes industries capitalisées ».
Ernst Lenz appuie la même conception : « Le mouvement coopératif est devenu une partie du mouvement social si important et si fertile pour la classe ouvrière que le parti ne peut plus se borner longtemps à le regarder favorablement ou à le laisser aller où il va (…) Il faudrait se rappeler la parole de Lassalle sur le lamentable manque de besoins des ouvriers. Est-il possible que le prolétariat regarde indifféremment comment ses organisations vont dans des mains étrangères et ne sont pas dirigées dans son esprit et qu'il tolère qu'on lui dise que le mouvement coopératif a ses lois particulières de développement et n'a rien de commun avec le mouvement social ».

En juin 1910 au septième congrès des coopératives allemandes sont énumérés les devoirs coopératifs des syndiqués par rapport aux sociétés d'achats en gros :
« Le congrès syndical....... recommande aux ouvriers et ouvrières organisés dans les syndicats, la décision prise au congrès syndical de Cologne (1905) de soutenir le mouvement coopératif, par leur entrée dans les coopératives et par la propagande des idées coopératives ».

J.Barth croit bon de conclure : « Il est indéniable que les décisions du congrès de Munich exerceront une profonde influence sur le mouvement ouvrier allemand, dans sa double forme coopérative et syndicale. Cette union des coopératives et des syndicats, effectuée malgré des divergences de nature, de terrain et d'activité, et malgré aussi une ancienne rivalité entre coopérateurs et synicaux, marque un pas énorme dans la voie de l'organisation de la classe ouvrière allemande. Le prochain congrès syndical l'affirmera, à son tour, en confirmant les décisions du Congrès coopératif ».

Le mouvement copératif français avait début au début des années 1880, sociétés dispersées et non fédéralisées. Pendant de la Bourse du travail de Paris, une Bourse coopérative des Sociétés ouvrières de consommation avait été créée en 1895 et fixé ses statuts. En 1900, premier congrès de la Bourse des Coopératives ouvrières de consommation.
En France, à la même époque le mouvement coopératif semble fusionner avec le syndicalisme comme s'en félicite G.Boudios :
« Au Comité confédéral de mai, notre Comité refusait d'entrer en pourparlers avec l'Union Coopérative. Depuis, une controverse s'est établie dans le Bulletin entre adversaires et partisans de l'Unité. (…) Sous la poussée des difficultés de la vie, devant le cynisme de spéculateurs, la C.G.T. A été amenée à inviter ses membres à combattre en partie les influences néfastes de l'agiotage, en apportant leur puissance de consommation à la coopération.
Enfin, nous ne verrons donc plus dans nos syndicats, d'un côté les syndicalistes coopérateurs et, de l'autre, des syndicalistes anti-coopérateurs. Les efforts patients des syndiqués coopérateurs ont obligé la fraction la plus révolutionnaire du syndicalisme à convenir que ceux, que jadis, ils couvraient de quolibets, avaient raison puisque la Confédération Générale du Travail a officiellement invité tous ses membres à devenir coopérateurs.
Allons, vieux coopérateurs syndiqués, ayons la victoire modeste, réjouissons-nous de voir nos camarades de travail entièrement d'accord avec nous sur la question coopérative.
Nous constatons également que, d'une manière officielle, le Parti socialiste, après avoir reconnu l'autonomie de la Coopération à Paris dans son congrès national, et à Copenhague dans son congrès international, invite ses membres à venir grossir les rangs des coopérateurs déjà groupés. Sous la poussée des événements, les capitaliste sont travaillé pour nous, en spéculant sur les denrées nécessaires à la vie. (…) Nos adversaires voient d'un mauvais œil la force sans cesse accrue de notre mouvement coopératif, et surtout de notre service d'achats et de production en commun, le Magasin de Gros.

« A l'origine, l'épicerie coopérative est incomplète, mais elle devient peu à peu un magasin confortable muni de provisions de marchandises considérables et variées. Puis elle se ramifie. La Société ouvre des succursales dans les différents quartiers de la localité, le nombre des magasins qui viennent se grouper autour de son administration centrale et de son entrepôt principal augmente continuellement. Le petit commerce coopératif est devenu un grand établissement de distribution de denrées alimentaires.
Mais là ne se borne pas son extension. Aux denrées alimentaires viennent s'ajouter peu à peu d'autres objets de première nécessité, pour lesquels il faut créer bientôt des services spéciaux ayant leur administration et leurs établissements propres. Ce sont les services de combustibles, des chaussures, des eaux minérales, etc., auxquels viennent s'ajouter les boulangeries, les laiteries, les boucheries. Des magasins spéciaux fournissent aux sociétaires les ustensiles de ménage et de cuisine, et les vêtements. Cette extension grandissante conduit parfois à la création de grands magasins coopératifs, où le sociétaire peut aller s'approvisionner de toutes les marchandises dont il a besoin, y compris les meubles, les instruments de tous genres et les articles de maroquinerie. (…)
L'espérience a démontré que leur activité est capable d'embrasser toute le domaine de la civilisation, et qu'il n'existe pour ainsi dire plus aucun domaine d'intérêt général auquel la Société de consommation ne soit capable de collaborer ».

Les sociétés de consommation doivent-elles s'affilier à un parti politique.

« La Coopération de consommation n'est pas un mouvement de classe. L'intérêt économique que les Sociétés de consommation et leurs Fédérations défendent et cherchent à faire triompher dans l'économie sociale, c'est sans contredit l'intérêt des consommateurs.
Or, comme toutes les classes de la société se composent de consommateurs, l'intérêt des consommateurs est de fait l'intérêt général commun de tous les membres de la société. En d'autres termes : toutes les classes, tous les peuples sont solidaires en tant que consommateurs, comme tels, les hommes ne connaissent pas d'intérêts opposés et par conséquent, ils n'ont aucun motif à se livrer à des luttes de concurrence et de classe et à des guerres entre peuples. L'intérêt des consommateurs est une unité supérieure qui fait disparaître tous les intérêts opposés sociaux et nationaux. (…)
La Coopération de consommation aide à créer les fondements économiques d'une civilisation sociale de l'humanité exempte de l'exploitation indigne de l'homme par l'homme ».

LA POSITION DE GUESDE AU CONGRES DE PARIS : si l'atelier prépare l'ouvrier à la lutte collective, la coopérative peut préparer à ce même titre le paysan... mais d'autres orateurs contestent cette dernière idée.

Gaston Lévy fournit un excellent résumé de la dernière discusion au congrès :

« … Mais par contre, si on lit les deux discours de Guesde et de Héliès, on aperçoit distinctement les deux thèses. Guesde, se plaçant au point de vue théorique , déclare : « La Coopérative n'a de valeur que par l'usage qu'on en fait ; elle peut être socialiste, comme patronale ou chrétienne. Seul compte, pour le prolétariat, son parti de classe, qui l'affranchira par la conquête du Pouvoir. On jugera donc la valeur socialiste de la Coopérative à l'appui qu'elle apportera au Parti Socialiste. Les coopératives resteront autonomes, oui, mais elles ne seront pas socialistes pour cela et, en fait, le principe même de la Coopérative n'est qu'une forme d'association évoluant dans les cadres de la société bourgeoise, et par conséquent ne pouvant les dépasser. Des individus se rassemblent pour acheter en commun ou produire en commun, et pour répartir leurs produits ou leurs achats ; mais ils ne s'arrêtent pas là ; ils font du commerce et touchent des bénéfices. Et même si les ouvriers profitent du bon marché des produits, en se généralisant, est-ce que les coopératives, diminuant le prix de la vie, n'abaisseront pas le taux des salaires, et cela d'autant plus qu'elles peuvent contribuer à déposséder les 1.500.000 petits commerçants qui viendront grossir l'armée des sans travail ? La preuve, c'est que le pays où les salaires sont les plus bas et les coopératives sont les plus répandues : c'est la Belgique, dont les travailleurs émigrent en masse et viennent abaisser le taux des salaires dans nos provinces du Nord. Dans les campagnes, on peut dire que réellement, les coopératives font œuvre d'éducation, dans le fait qu'elles transforment la mentalité paysanne dans le sens collectif ; mais dans les villes, ce n'est pas la même chose et c'est l'atelier lui-même qui prépare et contient tous les germes d'une société socialiste ». Et en tout cas, termine-t-il, il est impossible à des socialistes de reprocher aux coopératives du Nord de verser des fonds au Parti, puisque ce sont les mêmes reproches qui nous sont adressés par M.Motte et ses amis.

Ce discours, dont la forme était parfaite, et la séduction qui se dégage toujours de la parole de Guesde, produisirent une grosse impression sur le Congrès : elle ne pouvait guère être renforcée par les arguments de ceux qui appuyaient ce point de vue, même quand c'était, soit Bracke avec son érudition, soit Sanson avec la compétence particulière que lui donne sa qualité de secrétaire de la Fédération des Coopératives du Nord.

Compère Morel, lui, se contenta d'insister encore sur les Coopératives agraires, tout en faisant remarquer que les paysans qui y viennent, y vont par intérêt plus que par idéal.
L'autre thèse, qui était représentée par la motion de la Seine, fut défendue vigoureusement par Héliès, qui répondit victorieusement aux arguments de Guesde et eut un gros succès. Sa situation de directeur du Magasin de gros des Coopératives de France lui permettait d'apporter une documentation précise à l'appui de sa théorie, et il n'y manqua point.
Il signala tout d'abord, l'importance du mouvement coopératif international et français, puis démontra que la coopération a par elle-même une valeur sociale, d'abord en ce sens que son développement permet la réglementation du marché des denrées et empêche l'augmentation de la cherté de la vi, puis au point de vue éducatif, en associant la feme et l'enfant au grand désir de revendication sociale, et en assurant plus de bien-être.
Héliès insista sur l'action de la Coopération pour l'apprentissage de l'administration. « Ce qui créera, dit-il, la société socialiste, c'est la capacité de la classe ouvrière dans l'organisation et la production et de la répartition des produits ; mais, pour cela, il nous faut une autonomie complète des Coopératives, qui sont des organismes de la classe ouvrière et qui d'ailleurs s'organisent et se fédèrent selon le principe même que ses délégués ont admis au Congrès de Monthermé. Et d'ailleurs, toute son action est empreinte d'un caractère socialiste . L'Humanité y a trouvé son appui, toutes les grèves sont soutenues par les coopératives. La production elle-même est en partie touchée, mais ce ne sont plus des petites coopératives autonomes devenant la propriété de quelques individus ; ce sont des organismes de production possédés par l'ensemble des consommateurs fédérés par le M.D.G. Le chiffre d'affaires des magasins de gros est déjà considérable, mais, malgré tout, les coopératives ne suffisent pas, et le rôle des socialistes qui y pénètrent est de le faire comprendre aux coopérateurs. Mais on ne peut pas non plus faire dépendre la révolution sociale seulement de la prise du pouvoir politique et la classe ouvrière, majeure dans ses organismes, prépare elle-même sa libération.
« Les coopératives réclament leur autonomie ; nous n'avons pas à faire peser sur elles cette suspicion, qui consiste à ne leur reconnaître une valeur socialiste que si elles subventionnent le parti politique qui est créé pour servir la classe ouvrière et non pour s'en servir ».
Vaillant insista, en termes heureux, sur le fait que, partout où la classe ouvrière se rassemble pour une action commune, elle répand un stimulant de la force socialiste et ce sont les actions de masse de la classe ouvrière qui sont les véritables actions socialistes.
Tarbouriech, défendant une motion similaire à celle de la Seine, rappela toute la valeur socialiste des coopératives du Jura, qui, comme celle de St-Claude, n'ont pourtant jamais admis les versements au parti politique.
Albert Thomas et Poisson étaient également intervenus chaleureusement en faveur de la motion de la Seine, qui fut adoptée par 202 voix contre 142.
De cette discussion, qui a terminé le congrès, on ne peut pas conclure que le Parti ait affirmé réellement qu'il devrait se passer des subsides des Coopératives. Les uns les réclament ouvertement, les autres les admettent possibles, soit sous une forme soit sous une autre ; et l'on paraît encore assez éloigné d'une forme de coopérative communiste, d'où tout bénéfice serait banni, et qui serait simplement la répartition des produits achetés ou fabriqués en commun. Peut-être aussi est-ce incompatible avec le développement des Coopératives ? ».

Et la guerre de 1914 arriva...

Les appelations de queqlues coopératives françaises :
L'économie sociale (Neufmanil, Ardennes) ; La Ruche (Monthermé-Laval-Dieu, Ardennes) ; La Laborieuse (Troyes, Aube) ; L'avenir du Prolétariat (Trélazé) ; Coopérative syndicale de consommation (Lure) ; L'Alliance des travailleurs (Montceau les mines) ; L'économie parisienne (Paris 3e) ; La nature pour tous (Paris, rue de Bretagne) : La famille nouvelle (Paris, 173 bd de la Villette) ; La ménagère (Paris, rue de la Jonquière) ; Restautant coopératif de Belleville (19 rue de Belleville) ; L'abeille ( 57 av des Batignolles) ; Chez nous (Puteaux) ; « L'émancipatrice » (Choisy le roi) ; L'Union d'Amiens.

PS : je n'ai pas retrouvé le chapitre sur le travail des coopératives dans les prisons. Et Rosa ne semble pas avoir goûté du débats sur les coopératives réformistes et anarchistes-réformistes...