"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 11 août 2015

LES ILLUSIONS DU NEO-SYNDICALISME


ARCHIVE MAXIMALISTE:


par MARC CHIRIK (1907-1990) publié au Venezuela dans la revue Internacionalismo (1965?)

Le texte historique suivant n’a pas pris une ride, excepté cette obsession de Marc en la venue d’une 3ème guerre mondiale (mais cette crainte n’a pas non plus disparue de nos jours, 50 ans après...). Il est terriblement actuel! Au niveau de l’argumentation concise et allant à l’essentiel, aucun texte n’a égalé celui-ci; ni Munis ni la plupart des articles de RI et du CCI qui s’en sont inspirés ne frappent aussi clairement et justement pour dénuder l’obsolescence du syndicalisme; cet article est évidemment fraternellement agité sous le nez des camarades du PCint et de Robin Goodfellow qui sont encore en gros sur les positions de Alerta face au «syndicalisme émergent» au Brésil ou en Irak. Ce texte est extrait du tome 11 de la compilation de l'oeuvre de Marc, sous son principal pseudo (Marc Laverne) que j'ai réalisée sous le nom du mien (Pierre Hempel/JLR), plus par modestie et sans avoir besoin réellement de me cacher contrairement à Marc, souvent contraint lui à la clandestinité dans son combat de toute une vie.
PS: la critique du Pcint c’est ici: http://www.pcint.org/04_PC/97/97_laverne.htm

"ALERTA" ET LES ILLUSIONS DU NEO-SYNDICALISME
Une nouvelle revue vient de sortir, son nom est "Alerta". Le premier numéro est sorti en octobre et ils ont jusqu'à présent publié 4 numéros. Ce seul fait témoigne de la combativité qui anime ce groupe de militants pour se lancer dans la lutte publique. "Alerta" interrompt agréablement le choeur patriotard et de collaboration de classes constitué par les publications des partis gouvernementaux ou de l'opposition légale ou illégale, depuis AD jusqu'à FALN, en passant par le MIR et le PCV, et leurs multiples succursales que sont les différents syndicats et confédérations générales du travail.

"Alerta" se situe catégoriquement sur le terrain ferme de la lutte de classes, dénonce implacablement les agissements de ces agents du capitalisme en général que sont les dirigeants actuels des syndicats, et appelle les ouvriers à prendre eux-mêmes la direction de la lutte pour défendre leurs intérêts contre l'exploitation et l'oppression capitaliste. Telle est la grande valeur de la jeune revue "Alerta" et tout son mérite.

Nous saluons chaleureusement la parution de "Alerta", nous saluons ce nouveau bataillon de militants qui viennent prendre leur place dans le combat révolutionnaire du prolétariat vers son émancipation. Nous la saluons avec d'autant plus d'enthousiasme que nous voyons en "Alerta" une nouvelle manifestation, une confirmation du réveil de la classe ouvrière au Venezuela; un réveil lent, certain, indéniable et croissant, que nous "annonçons" depuis 2 ans et dans lequel, depuis 1963, nous tentons de participer et d'accélérer le processus.
Le "réveil" qui n'est pas une exclusivité du Venezuela, ne s'est pas manifesté d'une manière ouverte, directe et positive; c'est pourquoi on ne manque pas de myopes qui ne le perçoivent pas, et même au sein des groupes révolutionnaires, on ne manque pas de militants sceptiques, particulièrement au sein de la vieille génération, qui se lamentent et désespèrent. Il était inévitable que les premiers symptômes du réveil se manifestent d'une manière plutôt "négative": la perte des illusions et une inquiétude croissante. La décomposition du mouvement stalinien international, la crise ininterrompue qui secoue les partis "communistes" dans tous les pays, la perte de leur influence au sein des masses, la désapprobation croissante des ouvriers envers la politique de ces partis, autant de symptômes très importants d'un nouveau processus de réorientation qui s'opère au sein des masses ouvrières.
Plus encore, ceux qui savent observer, constatent une inquiétude croissante, particulièrement au sein de la jeune génération. Cette inquiétude se traduit par une plus grande participation dans les réunions publiques des groupes de l'extrême gauche, par le nombre croissant de publications révolutionnaires et leur plus large diffusion, les discussions et recherche de réponses aux problèmes fondamentaux de notre époque: l'évolution du capitalisme, les perspectives, le capitalisme d'état, la guerre, etc... Tout ceci dénote le début d'un réveil encore limité, mais indéniable et profond en relation avec une situation internationale qui va se dégradant, dont l'instabilité économique et politique devient plus évidente, avec l'apparition d'un chômage chaque jour plus massif, avec la continuelle détérioration des conditions de vie des travailleurs, avec les guerres locales qui surgissent et s'installent, avec la menace plus précise chaque jour de la guerre mondiale qui approche.
S'il est vrai que le délire nationaliste du PCV et du MIR n'ont jamais conduit les masses ouvrières du Venezuela à la triste aventure de la guérilla, ils ont cependant réussi à freiner les luttes ouvrières et les faire sortir du terrain de classe, de la défense des intérêts économiques et politiques de la classe ouvrière et de ses revendications immédiates, satisfaisant ainsi, bien sûr, le patronat et l'état.
C'est pour cette raison que quand les ouvriers arrivent à se libérer de la fumée patriotarde du stalinisme et du faux "révolutionnarisme" du Castrisme, leurs premières réactions consistent à se tourner vers les préoccupations économiques immédiates du salaire et des conditions de travail. Ces réactions, tout en représentant un grand pas en avant, restent cependant sur un terrain assez limité et non dépourvu de nouvelles illusions non moins dangereuses.
"Alerta" est l'expression typique de ce double aspect, comme nous allons le voir en examinant de plus près son contenu. Tout en saluant la parution de cette publication, "Internacionalismo" faillirait à son devoir révolutionnaire en ne soumettant pas les positions et solutions préconisées par "Alerta" à l'épreuve d'une critique fraternelle, certes, mais sévère.
Le Prolétaire n°55 Juin 1968
"Le syndicat est l'organe spécifique de la classe ouvrière pour ses luttes économiques". C'est avec ces mots en majuscules que commence la première page du premier numéro de "Alerta". Mais d'où sort donc "Alerta" cette affirmation? Du fait qu'il en était ainsi il y a plus de 50 ans, avant la première guerre mondiale. La référence au passé, à ce qui "était" pour expliquer ce qui "est", est un argument très superficiel.
Il suffit de lancer un regard exempt de l'impuissante nostalgie de ce qui "était", pour constater immédiatement que dans toutes les parties du monde, dans tous les pays, le mouvement syndical a justement cessé d'être l'organe de lutte de la classe ouvrière, pour devenir l'organe spécifique de la collaboration de classes et de l'intégration du prolétariat dans l'état capitaliste.
"Alerta" regarde en arrière et ne voit pas la réalité présente. Il ne voit pas qu'aujourd'hui il n'existe pas un seul syndicat au monde où nous, ouvriers, "apprenons à nous unir, apprenons à lutter, apprenons à reconnaître nos ennemis et à les affronter" (Alerta n°1). C'est tout le contraire, le syndicat aujourd'hui est le lieu où les ouvriers oublient ce qu'ils ont appris, ils oublient comment se réunir, ils oublient comment discuter, ils oublient comment lutter. Il peut subsister ici ou là des vestiges du vieux syndicalisme, mais ceci ne doit pas nous tromper et nous faire oublier qu'il est devenu une institution bureaucratique, de contrôle des ouvriers, une institution qui peut avoir des variantes en fonction du pays et des circonstances particulières, mais qui suit une évolution irréversible d'intégration à l'état capitaliste.
Les syndicats aujourd'hui sont constitués et enfermés dans une structure juridique, un code juridique avec une procédure légale. Ce code est tellement compliqué avec ses conventions collectives, ses commissions paritaires, les commissions d'arbitrage sous la surveillance du ministre du travail, avec ses préavis, ses clauses douteuses, ses compromis et ses charlataneries, qu'il rend absolument nécessaire la formation d'une caste spécialisée, de tout un appareil de fonctionnaires, avocats et autres bureaucrates. Pour cette même raison, les assemblées syndicales cessent d'être les réunions des ouvriers où ils discutent de leurs revendications et se préparent à la lutte pour les obtenir, pour devenir des assemblées purement informatives dans lesquelles les bureaucrates spécialistes viennent expliquer aux ouvriers leurs "droits et devoirs". Le syndicat a cessé d'être "l'école de la lutte" pour devenir l'école de l'abrutissement des ouvriers. "Alerta" ne voit pas la transformation radicale qualitative de l'organisation syndicale, et, ce faisant, il lui est absolument impossible de comprendre les raisons profondes de cette transformation: il ne se pose même pas la question. Il ne voit pas la différence entre les syndicats d'autrefois, organisations spontanées des ouvriers contre la volonté des patrons et contre l'état capitaliste, et les syndicats d'aujourd'hui directement ou indirectement organisés par les partis anti-ouvriers, mais toujours sous la tutelle de l'état, et avec la bénédiction de l'Eglise et le soutien actif du patronat et de ses agents. Au lieu d'être une création interne, spontanée de la classe ouvrière en vue de la défense de ses intérêts, les syndicats actuels sont une création externe par le biais de laquelle toute les forces du capitalisme moderne se consacrent à enfermer les ouvriers, pour mieux les contrôler et les dominer.
Un des actes premiers de chaque nouveau type de gouvernement consiste à organiser ses syndicats. Sous Hitler nous avons eu les syndicats fascistes, en Espagne nous avons les syndicats franquistes, en Russie les syndicats staliniens, dans l'Argentine de Péron les syndicats péronistes, dans les pays "démocratiques" comme le Venezuela nous avons eu les syndicats "pérezjiménistes" et avec le triomphe de AD, les syndicats Adecos, la CTV et les syndicats des partis de l'opposition, la CUTV. Tous sont organisés pour l'accomplissement d'une même fonction historique: soumettre la masse ouvrière au contrôle le plus rapproché possible pour la lier à la "production nationale". Le droit syndical, tout comme le droit au suffrage universel pour lesquels la classe ouvrière a lutté durant des décennies, ne constituent plus aujourd'hui une dure conquête, mais une obligation à laquelle les ouvriers doivent se soumettre.
De la même façon qu'aucun état capitaliste moderne ne peut subsister sans son organisation militaire, l'armée et la police, il ne peut non plus subsister sans son organisation du travail, c'est-à-dire sans les syndicats. Les syndicats sont à la force de travail ce que les casernes sont à l'armée.
La transformation des syndicats d'un organe de lutte en un organe de collaboration de classe appelé à assurer la paix sociale et l'augmentation de la productivité, n'est pas la conséquence, comme le croient certains, de "mauvais" dirigeants, de chefs "traîtres" et "opportunistes". C'est là une explication superficielle et infantile. Cette transformation correspond à une nouvelle étape historique: l'époque du capitalisme décadent. Tant que le capitalisme représentait une époque de progrès dans l'histoire, menant à bien la tâche de développement des forces productives de la société, la transformation de celle-ci n'était pas à l'ordre-du-jour de l'histoire en tant que tâche politique immédiate. Le prolétariat pouvait alors et devait donner naissance à une organisation permanente ayant pour objectif la défense de ses intérêts immédiats, et cette organisation en même temps servait d'école pour la classe: celle-ci y apprenait à se préparer en vue des futurs combats décisifs et révolutionnaires (quand les conditions historiques seraient réunies) pour prendre elle-même la direction de la société. Ce fut l'époque d'un "programme minimum" et d'un "programme maximum" dans l'activité du mouvement ouvrier. Les syndicats étaient le type d'organisation le plus approprié pour la réalisation de ce "programme minimum" sur le plan économique, de même que les campagnes électorales et l'activité parlementaire des partis ouvriers l'étaient sur le plan politique.
Avec 1914 s'ouvre une nouvelle période historique. Le capitalisme impérialiste entre dans sa phase décadente: époque de guerres impérialistes et de révolutions prolétariennes. Rosa Luxembourg caractérisait cette époque, avec une grande certitude et une vision aigue de la réalité, comme étant celle de la disparition définitive de la division entre "programme minimum" et "programme maximum", pour ne laisser qu'un seul programme unitaire, total, de lutte révolutionnaire permanente du prolétariat, pour la transformation révolutionnaire de la société; une lutte menée à tous les niveaux, économique, politique et social.
L'ancien type d'organisation corporatiste strictement économique et, qui plus est, de structure verticale, le syndicat, s'est avéré absolument inadapté et inopérant pour mener à bien la lutte unitaire et totale qui est celle qui correspond à la classe ouvrière dans l'époque moderne du capitalisme décadent. Pour réaliser efficacement ses nouvelles tâches historiques, dans l'immédiat, la classe ouvrière a apporté spontanément sa réponse en créant un nouveau type d'organisation: les conseils ouvriers d'usine.
Ce type d'organisation horizontale, non verticale, est basé directement sur le lieu de travail, aux sources même de la production, englobant tous les ouvriers (sans discrimination aucune, sans vérifier si l'ouvrier a sa carte d'identification syndicale), elle fait participer tous les ouvriers d'une manière effective et constante aux délibérations, discussions et décisions; les délégués sont des ouvriers de l'usine elle-même, élus et révocables à tout moment, selon le souhait des ouvriers. Seule une organisation ainsi structurée, sur le lieu-même de l'exploitation -l'usine- et qui lie étroitement les ouvriers entre eux, non pas sur le plan professionnel, mais sur le plan territorial -le quartier, la ville, la région, le pays et le monde-, seul ce type d'organisation peut mener la lutte du prolétariat à terme et assurer son triomphe.
Tel sont les enseignements et acquisitions les plus profonds tirés de l'expérience de la lutte du prolétariat au XXe siècle. Et les syndicats alors, direz-vous ? Ils ne correspondent plus aux nécessités ni aux tâches de la lutte du prolétariat au XXe siècle, leur objectif limité qui était leur raison d'être, s'est évanoui; ils ne peuvent donc plus servir en tant qu'organisation de la classe. En continuant d’exister en tant qu'organisation (vide de contenu prolétarien) le syndicat se transforme en son contraire, il devient le terrain de prédilection des manoeuvres de toutes les forces politiques du capital contre la classe ouvrière.
Il semble que les militants de "Alerta" n'ont pas compris la signification du caractère actuel des syndicats. A en juger par les critiques véhémentes contre les mauvais dirigeants (les "Mandrakes" comme ils les appellent) sur qui ils rejettent la faute de la collaboration de classe des syndicats actuels, les militants démontrent qu'ils n'ont pas compris la signification profonde de la nécessaire et inévitable transformation subie par les syndicats; et tel un nouvel Hercule, "Alerta" se lance héroïquement dans l'oeuvre surhumaine de nettoyer les étables modernes du capitalisme d'Augias que sont les syndicats.Vouloir faire revivre un syndicalisme révolutionnaire dans une  époque ou les syndicats sont morts en tant qu'organisations ouvrières depuis fort longtemps, relève d'un désir naïf.
Dans une époque de décadence, de déséquilibre permanent et d'instabilité sociale, la classe ouvrière ne peut maintenir une organisation révolutionnaire de masse stable et permanente au sein de l'ancienne société. C'est une époque de virages soudains et de violentes explosions qui mènent à court terme soit au triomphe final, soit à la défaite. Quand le moment sera venu où le prolétariat pourra implanter et développer une organisation de masse, l'heure de la révolution sera proche et ne tardera pas beaucoup à sonner. En attendant, les luttes ouvrières ne se préparent ni se mènent à travers ou dans les syndicats, mais en dehors d'eux et contre eux, avec l'explosion de grèves sauvages dirigées par des comités ouvriers "improvisés" spontanément.
"Alerta" semble ignorer la vague de grèves sauvages qui s'est développée durant toute l'année dernière en Angleterre. Il ignore les cris de terreur que ces grèves sauvages ont produit dans la presse capitaliste "sérieuse", laquelle se demande avec anxiété jusqu'où cela irait si les syndicats ne parvenaient pas à prendre le contrôle de ces mouvements "irresponsables". Si "Alerta" connaissait mieux le mouvement ouvrier européen et son évolution, il réfléchirait deux fois avant de lancer ces appels:  "Camarades travailleurs, ta participation dans le syndicat doit être une réalité, que tu sois d'accord ou pas avec ses dirigeants actuels, que tu sois d'accord ou pas avec ses caractéristiques actuelles".
Pour éviter de se mouiller quand il pleut, "Alerta" appelle à se jeter à l'eau. Le fait aujourd'hui d'appeler les ouvriers à entrer dans les syndicats est un service gratuit que l'on rend à l'Etat, aux partis politiques ennemis de la classe et à la bureaucratie syndicale. Déjà le capitalisme exerce toutes sortes de pressions pour obliger les ouvriers à se soumettre au contrôle des syndicats. Il n'est pas rare que l'ouvrier ou l'employé ne trouve pas d'emploi s'il n'a pas de carte syndicale, et c'est chose courante que les patrons se chargent d'encaisser les cotisations syndicales, en les déduisant directement du montant du salaire. Sous l'appellation de cotisation syndicale se cache un impôt direct imposé aux ouvriers afin que ce soit eux-mêmes qui nourrissent une caste bureaucratique spécialisée dans leur surveillance.
Il est d'autant plus surprenant de voir Alerta tentant de faire revivre un syndicalisme révolutionnaire anachronique, que n'a jamais existé de véritable mouvement syndical de classe au Venezuela. En effet les syndicats furent crées à la veille de la IIe guerre mondiale, oeuvre directe du stalinisme ou du parti A.D. (aujourd'hui parti gouvernemental), autant dire qu'ils ne furent jamais rien d'autre que des annexes de ces partis de la jeune bourgeoisie nationaliste du pays. Au Venezuela, comme dans beaucoup de pays arriérés, les syndicats n'ont pas eu à se transformer: dès leur naissance ils apparaissent comme des organisations corrompues et de collaboration de classe.
Tout comme dans les pays hautement industrialisés d'Europe, la jeune classe ouvrière du Venezuela n'a rien à faire dans les syndicats. De même que ses frères aînés d'Angleterre et d'ailleurs, les ouvriers du Venezuela engageront leur lutte de classe en dehors et contre les syndicats. Déjà les grèves sauvages des ouvriers de Puerto La Cruz et d'autres parties du pays, il y a 2 ans , sont la manifestation du fait qu'au Venezuela également, la classe ouvrière s'oriente dans la direction de l'auto-organisation de sa lutte, et contre la tutelle des syndicats.

COMMENT SURGIT UNE TELLE POSITION ?

Ce n'est pas un hasard si ce néo-syndicalisme proclamé par Alerta s'est manifesté précisément parmi les militants du syndicat de la chaussure. Les industries de production de biens de consommation peu durables, comme le textile, l'habillement, la chaussure etc..., ne présentent pas ce degré élevé de concentration et de centralisation capitaliste comme c'est le cas pour les grandes industries de base. Elles ont encore beaucoup des caractéristiques des manufactures. La division n'est pas encore très accentuée, l'ouvrier s'affronte encore directement au capitalisme personnalisé, et pas encore au capitalisme anonyme. Ce sont des industries qui très souvent travaillent par périodes; les ouvriers exécutant certains des travaux à la tâche, ce qui signifie qu'une importante couche  ouvrière travaille à domicile et possède en partie ses moyens de production. Une couche ouvrière encore très liée à l'artisanat; il est donc très naturel qu'au sein de cette couche ouvrière survive l'esprit corporatiste et professionnaliste qui constitua la base de l'organisation syndicale d'autrefois. Ce serait une grave erreur que de partir de cette image et vouloir appliquer cet esprit au mouvement ouvrier moderne. Ce serait une grave erreur que de vouloir poser et résoudre les problèmes brûlants de la lutte du prolétariat et de son organisation dans l'époque actuelle en regardant à travers les lorgnons de nos chers grands parents.
Quand on lit "Alerta" pour la première fois, on croit voir une saine réaction des ouvriers du syndicat de la chaussure, qui protestent et dénoncent l'ignominieuse attitude de leurs dirigeants qui vendent sans scrupules les intérêts des ouvriers. On ne peut donc pas ne pas applaudir et appuyer cette réaction élémentaire ouvrière. Mais au fil de la lecture on ressent un malaise croissant dans la mesure où "Alerta" prétend justement se présenter en tant qu'une orientation, une plateforme générale pour le mouvement ouvrier. Ainsi dans son dernier numéro (le N°4), "Alerta" (bien que son contenu soit encore étroitement lié aux problèmes de la Chaussure et de la signature de la convention collective), se présente comme le "porte-voix des comités en vue du sauvetage du mouvement syndical". Toute la plateforme s'exprime à travers cet appel: "camarades, récupérons les syndicats des mains des agents patronaux! Faisons-en de véritables organes de classe!".
Nombreux sont les groupes et partis révolutionnaires qui depuis 1920 se sont fixés la tâche de "transformer les syndicats en véritables organes de classe" avec pour unique résultat un cinglant échec. "Alerta" ne voit pas, ne comprend pas, ni se demande la raison de cet échec. Il répète encore la même erreur qui consiste à ne pas voir la fonction capitaliste que remplissent nécessairement les syndicats à l'époque actuelle.
Un organe de classe ne se "fait" pas selon notre bonne volonté. Toute organisation EST un organe déterminé de telle ou telle classe.
La nature de classe d'une organisation n'est pas seulement déterminée par son origine historique. Nombre d'exemples dans l'histoire nous montrent le contraire. Il suffit de citer l'Etat russe, les partis socialistes, les partis communistes et aussi les syndicats, tous d'origine ouvrière, qui sont devenus autant d'institutions contre la classe ouvrière.
L'argument se référant à la composition sociale n'est pas plus valable. Il est évident qu'une organisation générale des ouvriers est inconcevable si elle n'est pas composée,socialement d'ouvriers. Mais ceci n'entraîne en aucune façon que toute organisation composée d'ouvriers soit une organisation ouvrière. S'il en était ainsi, il faudrait considérer les organisations de travail de Hitler, de Mussolini, de Franco, de Staline, de Perez Jimenez, des socio-chrétiens, de l'Eglise,toutes constituées d'ouvriers, comme autant d'organes du prolétariat !
Ni l'origine, ni la composition sociale ne suffisent pour caractériser une organisation de classe. C'est seulement la fonction sociale qu'elle est nécessairement appelée à assumer et qui est déterminée par son époque, qui permet de définir la nature de classe d'une organisation.
Comme nous l'avons déjà vu, le mouvement syndical en maintenant et perpétuant un "programme minimum", séparé et limité, ne peut pas représenter le "programme total" de lutte de classe du prolétariat tel que l'exige l'époque actuelle. Par ailleurs il ne peut pas non plus réaliser un "programme minimum" car celui-ci est historiquement caduc. En aucune façon cette organisation ne peut servir dorénavant le mouvement prolétarien. Elle doit disparaître ou bien, se réclamant formellement du vieux programme, elle doit se convertir en réalité, en une institution de paralysation et de frein de la lutte, au service de la classe ennemie.
Cela ne sert à rien d'invoquer et de s'abriter derrière le prestige de Lénine, ni de se réclamer du léninisme. Pour aussi grande que fut l'autorité d'un Lénine, elle n'est pas en soi une garantie infaillible de la justesse d'une position, et encore moins valable en tout temps.Il ne faut pas oublier que Lénine est mort au début de notre époque, ce qui explique en partie que sur beaucoup de questions il soit resté attaché à des positions classiques passées. L'expérience des 50 dernières années a invalider nombre de positions de ce qu'on appelle le "léninisme". Pour n'en citer que quelques unes: la question parlementaire, le problème national et colonial, l'auto-détermination des peuples, la question du front unique et la conception du parti. La question syndicale fait partie de cette ligne politique générale. Une position fausse, même si elle est enveloppée de "léninisme", reste fausse.
Les propositions de Alerta pour sauver les syndicats ne sont que voeux pieux, et leurs propositions pour la réforme des statuts syndicaux ont la valeur d'un pansement sur une jambe de bois; il n'y a aucune possibilité de sauver les syndicats pour qu'ils puissent redevenir l'organisation de la luttte de classe.
Les grèves sauvages ont montré dans la pratique cette impossibilité. Elles ont montré la nécessité impérieuse pour la classe ouvrière de mener  ses luttes hors des syndicats.
Appeler à la constitution de comités d'usines pour sauver les syndicats c'est les amener à une impasse. Les comités d'usine en se constituant sont là pour organiser et diriger directement les luttes de la classe ouvrière.
Quand arrivera le moment où la classe ouvrière aura retrouvé sa  combativité, elle ne se limitera pas à jeter hors des syndicats les mauvais dirigeants comme le conseille Alerta, elle ne perdra pas son temps ni son énergie à nettoyer cette maison pourrie de fond en comble, au contraire, elle la détruira au même titre que toutes les autres institutions propres à la société capitaliste.
Nous ne doutons pas de la sincérité  ni de la volonté révolutionnaire des militants de Alerta. C'est pourquoi nous sommes convaincus que tôt ou tard ils prendront conscience de leur position fausse et la corrigeront.
Le plus tôt sera le mieux.

J. BLASCO

Encart du journal Libération en décembre 1998:

Les syndicats profitent de l’argent des retraites

"Le parquet de Nanterre a été saisi, à la fin décembre, d’un rapport de l’Igas sur la Caisse de retraite interprofessionnelle (CRI). Une enquête préliminaire a été ouverte. Ce rapport de l’Igas détaille comment patronat et syndicats s’entendent à merveille pour assurer leur train de vie sur le dos des assurés sociaux, à travers la CRI. Le rapport a été révélé dans une longue enquête publiée par l’hebdomadaire Marianne dans son édition du 27 décembre, et a été repris hier par Le Monde.
La CRI l’un des multiples organismes de retraite complémentaire, surtout actif dans la métallurgie, aurait financé les principales organisations syndicales (CGT, CFDT, FO, CGC et CFTC) à hauteur de 34 millions de francs au cours des quatre dernières années. Avec la bénédiction du Medef, représenté par Yves Espieu, président en titre de la CRI. L’essentiel de ce financement passe par la rémunération de permanents syndicaux. Marianne soulignait l’une des conclusions de l’inspection générale des affaires sociales: «La gestion de la retraite n’apparait plus que comme une préoccupation secondaire de l’encadrement supérieur» de la CRI.
Dès octobre, Le Canard Enchaîné avait déjà révélé qu’une filiale de cette caisse de retraite, spécialisée dans les concierges, avait versé des pensions à Georges Marchais, ancien secrétaire général du PCF et à Georges Séguy, son homologue de la CGT. Selon l’Igas, la CRI a également investi dans les chevaux de course, sous prétexte de relations publiques.»


Comme on comprend toutes les agitations syndicalo-stalino-gauchistes cycliques contre les «attaques ignominieuses contre NOS retraites». En tout cas pour Marchais et Séguy (toujours en vie?) c’était pas la consécration cette révélation: pauvres apparatchiks rétribués comme vulgaires pipelets de la classe ouvrière; car on sait depuis la création des concierges par Napoléon qu’ils se devaient d’être surtout des auxiliaires de police!


lundi 10 août 2015

UN MONDE QUI N’EST PAS ANGELIQUE

(déclaration de Alain Juillet, ancien chef du SDECE)

Puisque mes vacances sont un désert et un enfer, au moins aurais-je complété mes connaissances historico-visuelles sur événements et personnages politiques de premier plan, ou de l’ombre. Ici je n’ai point pour habitude de saluer les chaînes de télévision du pouvoir, et du pouvoir de l’argent, ni les merdes de la TNT ni Arte (télé raide boche qui étouffe tout réel débat). Par contre, chapeau à LCP! Cela va vous étonner qu’un anti-parlementaire professionnel comme moi, soit épaté par la principale chaîne «parlementaire» et réservée en premier lieu à cette espèce régalienne de la démocratie oligarchique. Pourquoi s’étonner que les bourgeois aiment à être servi, comme dans leurs restaurants chics, par de la qualité? Au moins LCP n’est pas populaire ni de réalise de fortes audiences, donc elle n’est pas obligée de s’abaisser au niveau des besoins pervers et émollients de l’audimat.
On assiste donc, malgré les courbettes au mensonge représentatif, à de sérieuses émissions historiques documentées. L’émission sur l’amitié Hitler-Mussolini sortait des sentiers battus, montrait des images inconnues des complicités capitalistes, malgré une pétasse bardée de diplômes chargée de confirmer les mensonges dominants sur la guerre mondiale et d’inférioriser le réalisateur. Certains hommes politiques bourgeois en sortaient grandis, avec une mention incontestable pour De Gaulle, quoique un peu trop dépeint comme «Monsieur mains propres» (ce qui sera contredit par son organisation planifiée des crimes pour retarder la décolonisation, mais ses actions mafieuses de guerre restent sujet tabou). Mention très bien pour le procureur Eric de Montgolfier, seul magistrat à dénoncer clairement la trouble franc-maçonnerie au milieu de ses pairs. Mention pour Beate Klarsfed, quand la jeune femme va gifler l’ex-nazi Kissinger devenu chancelier «démocrate». Etonnant Eichmann, qui, tout salaud qu’il fût, refuse de prêter serment sur la bible lors de son procès à Jérusalem... (c’est la bible qui dût être contente). Mussolini, nabot difforme, piètre batteleur d’estrade, devenu petit toutou d’Hitler quand Hitler fait minable portier d’hôtel bourgeois au début de sa carrière face au Duce plastronnant: de telles images épargnent ou démystifient d’inutiles et pesantes lectures historiques ou de risibles ergotages antifa.

Finalement, toute cette année 2015, comme 2014, aura été l’occasion de nous bourrer le crâne sur l’idéologie des vainqueurs impérialistes de 44-45. Mais, pour avoir une énième fois vu et revu l’exploitation des «travailleurs forcés» par les nazis (juifs mais en général aussi européens et slaves), il m’est venu une idée assez... luxemburgiste, tout simplement par la comparaison avec la persistance de la volonté de colonisation après 1945, avec les images du Vietnam, de l’oppression en Algérie, et les écrits de Marguerite Duras («Un barrage contre le Pacifique» 1950, jugé si subversif qu’on lui refusa d’abord le Goncourt).

ET SI LE COLONIALISME contrarié ETAIT LE VRAI PERE DU NAZISME? Avec cette différence que, avec la raréfaction des marchés externes (comme aurait dit Rosa) il a fallu à l’Allemagne nazie faire suer le burnous à une main d’oeuvre sise dans la vieille Europe même, étrangère (juive, française, polonaise, etc.).... puisqu’elle ne pouvait non plus seulement exporter mais surtout posséder des colonies comme la France et l’Angleterre. Contrairement à la version des historiens nationalistes juifs, le nazisme ne provient pas de toute façon ni de la France ni de Knokke-le-zoute, mais de l’explosion de l’impérialisme mondial au mitan du XXe siècle, de la crise d’étouffement capitaliste. Le colonialisme était marqué par un mépris racial qui interdisait toute dignité aux populations dominées par les conquérants «civilisés-progressistes-baptisés» et... charitables même au régime du knout! Il fallait travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive dans des conditions ignobles. Ce qui a été reproché aux nazis pendant la boucherie mondiale, peut tout autant être reproché à la bourgeoisie française après 1945 (massacres par milliers à Madagascar, en Indochine, en Algérie, etc.). L’arrogance impérialiste française reprit ses aises sans façon après l’écrasement de son rival nazi, et ses services secrets allaient initier adéquatement les collègues encore morveux de la nouvelle grande puissance mondiale US aux us et coutumes des crimes politiques pour couvrir les menées coloniales ou impérialistes, qui restent synonymes (selon moi); les «chasses gardées» n’étant plus destinées à rester vierges... ou imprenables par le concurrent.

Chaque jour la presse mondiale unique vous dénonce les trafics de Daesch, la certitude que cette «organisation criminelle» non seulement vole du pétrole... pour le revendre, mais vit de «l’argent de la drogue", et en plus casse des statues antiques pour les revendre en petits morceaux sur le «marché de l’art». Mais depuis l’Irgoun, tous les services secrets du monde se sont spécialisés dans les complots, les montages bidons (on n’a pas encore abordé l’épisode du Rainbow Warrior), toutes choses que contestent nos gentils anarchistes conseillistes ou ultra-gauches (car ce serait une invention ou une lubie des fachos). Ha Ha Ha!

L’histoire des services secrets français, diffusée les 10 et 11 août sur LCP, fût passionnante. On apprend que c’est De Gaulle qui a créé nos SS, le SDECE, comme service directement rattaché au chef de l’Etat et non plus à la camarilla des hauts gradés de l’armée. En restaurant dès 1945 un contre-espionnage efficace, la bourgeoisie française manifeste sa volonté de reprendre voix dans le concert inter-impérialiste et ne pas se laisser bouffer par les grands vainqueurs arrogants de 1945.

Le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) est créé le 28 décembre 1945 et remplacé le 2 avril 1982 par la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE). Il ne prend pas pour autant la fonction du Deuxième Bureau qui reste alors consacré au renseignement militaire traditionnel. Sous la Quatrième République le SDECE est subordonné au président du Conseil. Avec l'instauration de la Cinquième République et jusqu'en 1962, il est utilisé par le Premier ministre Michel Debré et se montre particulièrement efficace dans la lutte contre la rébellion en Algérie. À la suite de l'affaire Mehdi Ben Barka, le général de Gaulle décide de subordonner le service au ministère des Armées dirigé par Pierre Messmer, fidèle compagnon du général.

De vielles crapules comme Aussaresses étaient venues témoigner de leur vivant, hyper abimés par les années, pour nous expliquer les dessous de la lutte nationale contre les libérations nationales (peu nationales elles aussi...). Vous allez voir que nos «SS» n’eurent rien à envier à Daesch ou à l’Irgoun nationaliste juive, en particulier avec la fabuleuse et sanglante histoire de «la main rouge» (http://www.wat.tv/video/services-secrets-main-rouge-3ivrp_2hpbt_.html).

En Indochine, avant la râclée de Dien Bien Phu les représentants secrets du colonialisme français mis à mal par Ho Chi Minh (finalement je regrette presque de ne pas avoir salué quand même Ho en son temps, quoiqu’il n’ait été qu’un pion de l’impérialisme russe) revendent la drogue aux mafiosos parce qu’ils sont mal payés (problème d’intendance comme aurait dit le Grand Charles aux «mains propres»...). Mais c’est avec la bagarre pour garder l’Algérie que l’Etat français a recours à tous les moyens les plus criminels. On recherche d’abord des tueurs à gages, comme le célèbre truand Jo Attia, pour tuer les militants du FLN; mais, malgré un épisode rocambolesque pour le récupérer, ce genre d’individu n’est pas fiable et peut se retourner comme girouette. Rien ne vaut de créer par conséquent son propre service de «tueurs à gages» de fonctionnaires d’Etat. Ce qui est effectif avec la fameuse «main rouge», bande de tueurs autorisés, qui sous l’autorité («aux mains propres») de Debré et De Gaulle, est chargée de l’assassinat, y compris en France, des avocats du FLN (Ould Aoudia est assassiné par les sbires du SDECE comme le reconnaissent sans honte les caïds des SS de l’époque, vieillis et chevrotants); les futures victimes de «la main rouge» (ancêtre de l’OAS) reçoivent cette simple phrase: «toi aussi tu n’es qu’un numéro», en l’occurence le n°3, etc. Défilent à la barre le «russe blanc» Melnik (les anti-bolcheviques primaires ont toujours été de bonnes recrues pour les SS occidentaux), encore Aussaresses, et le sémillant et souriant P.Juillet. «La main rouge», autrement dit le SDECE agit partout en Europe, les salons du monde entier bourgeois savent la qualité des SS français et que James Bond n’est qu’un rigolo à côté. En 1961, ce sont 103 personnes qui sont assassinées.
L’émission n’est pas exhaustive sur le passé de tous ces dévoués serviteurs du colonialisme français prolongé, mais une bonne partie de ces zélés exécuteurs devaient être d’ex-pétainistes; ces assassins patentés sont d’ailleurs outrés que 8 ans après l’Indochine, l’Algérie soit déclarée indépendante. N’est-ce pas «une trahison du pouvoir politique»? Et de vouloir occire le Général...

En Afrique, au Katanga, au Biafra, etc. ce sera moins frontal mais aussi meurtrier. Nos SS vont continuer avec le sinistre Foccard, premier homme de main du Général. Pour faire tomber un dictateur guinéen qui ne veut pas faire allégeance à la France, nos SS inondent le pays de faux billets: mais pas de pot c’est l’impérialisme russe qui récupèrera la mise. L’assassinat de divers chefs nationalistes africains ne sera qu’une promenade de santé, avec cet argument répété «le monde n’est pas angélique et nos concurrents faisaient pareil»!
L’implication souterraine de nos SS au Biafra «prolongera la guerre de plusieurs années» comme l’expliquent sans fard les ex-retraités du SDECE, avec des milliers et des milliers de morts. Alain Juillet n’a pas besoin de farder en quoi que ce soit la vérité, il la décrit en souriant, comme s’il s’agissait d’un scénario sans conséquences sanglantes: «c’était une guerre entre compagnies pétrolières françaises et anglaises»... Quid des présumées "libérations nationales", "révolutions avant-gardistes" tant prisées par nos jeunes estudiantins gauchistes des sixties, futurs ministres de Mitterrand ou conseillers du fruste et ignorant Besancenot...

Cela ne vous rappelle pas ce que j’expliquais récemment sur les insondables conflits au Moyen-Orient, ou même des bagarres «entre compagnies américaines» au moment du fameux 11 septembre? Nos SS modernes sont capables de tout pour préserver le Capital!

LA SECONDE PARTIE (1961-1981), couvrant une période de lutte interne des classes, est carrément elliptique, un survol superficiel qui tente de nou faire croire à une maladresse voire une inutilté de nos SS. Le haut fonctionnaire Georges Paques, qui travaillait allègrement pour le KGB, baisse rapidement culotte mais le gouvernement De Gaulle est la risée des journaux US qui voient des espions russes à tous les étages de l'administration française. C'est beaucoup plus grave avec l'assassinat de Ben Barka. Le docu se contente de nous dire que ce fût une bavure incontrôlée des bovins du SDECE... et de s'étendre sur la colère de De Gaulle. Rien donc sur une affaire complexe où il semble bien pourtant que c'est le roi du Maroc et son larbin le général Oufkir qui ait ordonné aux flics de l'ombre français de se charger su sale boulot.
On apprend peu sur l'affaire Markovitch, sale magouille pour faire tomber Pompidou, et où on prend soin de ne pas nous rappeler que De Gaulle avait ... laissé faire! On passe beaucoup de temps à glorifier le comte Alexandre de Marenches pour son job de femme de ménage dans les écuries du SDECE, mais le commentaire est peu loquace sur les successives opérations impérialistes et gangstéristes menées dans les "chasses gardées" par Giscard et son comte de l'ombre.
L'épisode se termine par l'arrivée  du petit Mitterrand, dont les 100 propositions électorales comportaient une suppression des services secrets (autre preuve qu'il ne se voyait pas arriver au pouvoir). On en saura peut-être un peu plus au prochain épisode, surtout avec Tonton, roi des écoutes téléphonique et l'affaire du Rainbow Warrior; en tout cas un gouvernement bourgeois sans "grandes oreilles" c'est comme le petit bourgeois Edwy Plenel sans copains dans la police, que dalle!

mercredi 29 juillet 2015

D’où qu’il en est le mouvement révolutionnaire pour le renversement de la société bourgeoise?

Dessin de Christian Lagant, estimé et estimable animateur de NOIR ET ROUGE et qui, désespéré de la non venue de la révolution s'est suicidé à la fin des années 1970.

(copie du courrier envoyé à Table rase: http://tablerase.org/fil-rouge-n1-les-luttes-sociales/

Bonjour,

«Que nous importe un «parti», c’est à dire une bande d’ânes qui ne jurent que par nous parce qu’ils nous considèrent comme leurs égaux? (...) Ce n’est qu’en restant indépendant, en étant objectivement plus révolutionnaire que les autres, qu’on peut, au moins pour un temps, préserver son indépendance vis à vis de ce tourbillon (...) n’assumer aucune responsabilité pour des ânes, critiquer impitoyablement tout le monde, conserver par-dessus le marché cette sérénité que toutes les conspirations de ces imbéciles ne nous feront pas perdre».
Lettre d’Engels à Marx (1851)


UNE INVITATION A LA RENCONTRE ET AU DEBAT ENTRE REVOLUTIONNAIRES PAR votre «association marxiste d’échanges et de débats» nommée «Table rase», mais aussi «Fil rouge», mais aussi «union pour le communisme» voire «l’étincelle».

UNE SAINE VOLONTE DE DEPASSER LE CHACUN POUR SOI?

On s’y perdrait tant pointe le désir de «mettre le feu à la plaine» capitaliste. Je découvre seulement presqu’une année après votre site (preuve que l'information ne passe plus dans l'ex-milieu révolu maximaliste) boite aux lettres de plusieurs contributions sur ce «fil rouge»; connaissant la plupart des protagonistes, sauf «table rase» je trouve l’intention louable et à encourager. Quoique je tique sur les termes «union pour le communisme», la tradition du marxisme version maximaliste étant plutôt «scission-fraction-dénonciation», «sélection des cadres», etc. Le mot «union» n’étant réservé qu’à destination de l’armée des prolétaires du rang... de la future «armée rouge» et du «parti de masse compact et puissant de demain»?
Quoique je tique aussi sur l’armée de PN (pervers narcissiques) à l’affût dans tous les groupes politiques, les assocs charitables ou gauchistes, ou ultra-gauchistes, cette ribambelle de mécréants toujours volontaires pour prendre le pouvoir sur les autres, les encadrer et les diriger...
Examinant d’abord la proposition d’encadrement «démocratique» et «désintéressée» de Table rase, je suis assez consterné par l’atterrissage sans façon et sans passé de ces nouveaux camarades oecuméniques, voire estomaqué de leur ignorance de l’histoire révolutionnaire, mais je veux bien les aider à combler leurs lacunes:

- «l’absence de parti révolutionnaire empêche l’intervention autonome de la classe ouvrière»: l’absence d’électricité empêche mon café de se réchauffer mais n’ai-je pas encore le goût du café à la bouche? Jamais un vrai parti révolutionnaire n’a existé avant les révolutions historiques qui ont compté: pas de parti jacobin avant 1789, pas de parti Bolchevique avant 1917, pas de parti influent avant 1936, 1968, etc. Les véritables partis révolutionnaires aux différentes époques de la lutte des classes (pas des nationalismes sous-développés) apparaissent comme produits des vagues révolutionnaires; avant 1917 le parti SD russe votait les crédits de guerre... ce qu’il en reste après l’insurrection (dûe à la petite fraction Lénine-Trotsky et pas au comité central lourdingue avec Staline) a mué et ne prend le nom de parti bolchevique qu’en 1918! En réalité l’autonomie ouvrière, notion très spécieuse et passoire à idéologie anar, n’est pas l’indépendance de classe, celle-ci est une recherche permanente pour échapper aux dirigeants PN de tout acabit (organisateurs professionnels bobos) et à leurs divers syndicats et assocs.
- «le manque d’implantation des militants dispersés dans le prolétariat en général et d’abord dans les entreprises»: on a là en résumé toute la fable du recrutement syndicaliste gauchiste mao-trotsko-anar, dialectique d’étudiants post-soixantuitards mal dégrossis d’une bolchévisation (stalinisation des partis par le concept des «cellules d’usine» dans les thirties!); cette obsession dogmatique est une maladie incurable du gauchisme sénile, elle consiste à imaginer que le pouvoir du prolétariat devrait être encore demain cette fiction des «conseils ouvriers», qui n’ont jamais été foutus de prendre le pouvoir ni en Russie ni en Allemagne pas parce qu’ils se seraient fait avoir par le parti, mais parce que telle n’est pas leur fonction: le communisme ou du moins la transition vers le renversement complet du capitalisme, ce n’est pas les ouvriers (certifiés en bleu, sans diplômes, + quota de grèves effectives) qui supplanteraient les bourgeois + leurs flics et + leurs syndicats... Laissons aux anars cette vision ouvriériste renversée en faveur de leur rêverie de l’autocongestion villageoise et leurs pâles coopératives. Cette histoire de «présence physique» des professionnels du militantisme pour être mieux sponsorisé ensuite par la base ouvrière, est démagogique (nous l’avons combattue dans les années 1970 avec le CCI). De véritables révolutionnaires n’ont pas besoin de la reconnaissance de futurs «cadres du parti au pouvoir» ni de bobos syndicalistes qui veulent décider à leur place. Mais cette question ridicule de «l’implantation» renvoie à deux autres questions que je ne peux développer ici - mais qui peut vous être matière à débat plutôt que cette autre ficelle éculée «très léniniste foireuse» d’ «interventions communes», comme si ces «militants dispersés» avaient au moins une science infuse de la préparation révolutionnaire adéquate (et donc un parfait mépris du niveau de la conscience de classe); ces deux questions sont: comment se fait et par qui la réorganisation de la société après la mise à bas de l’Etat? Et, alors que la plupart des grandes usines ont disparu et que les patrons sont à l’étranger, et qu’une pièce est produire dans un pays et une autre dans un autre, qui va croire que la remise en marche peut se faire au niveau : national? international? et que l’union des ouvriers d’une corporation serait peut-être plus justifiée avec les ouvriers de la branche concernée dans les autres pays plutôt qu’avec les entreprises différentes du coin? Mais nullement révolutionnaire ni apte à réguler les besoins de l’ensemble de la population (cf. mon livre «Dans quel «Etat» est la révolution?».
- le cercle assoc «table rase» ou «fil rouge», serait plus table rase... du passé, sa seule filiation historique revendiquée est étrange et limitée: le mouvement de 1991 au Kurdistan! Qui en a entendu parler? Pourquoi rien sur des événements autrement importants: Octobre 1917, 1919 et 1923 Allemagne, Chine 1927, Espagne 1937, mai 68, Pologne 1980, etc. Cette histoire du Kurdistan est un vieux serpent de mer; un groupe intitulé je crois «Mouvement communiste» (devenu farouchement anti-léniniste après avoir ét léniniste dogmatique) avait raconté qu’il y avait eu des conseils ouvriers... jamais vérifié. Cela sent la préférence... tiersmondiste pour hausser le rôle de la classe ouvrière à celle des populations flouées et impuissantes de la périphérie...
- «à travers un important travail de formations, d’organisations (...) de cours de langues des camarades étrangers (...) d’un camp d’été... partager nos expériences... des interviews... se trouve l’embryon d’un mouvement communiste puissant»!? On peut se demander comment un tel travail d’assoc caritative, bourré d’intentions léninistes éculées pourrait ouvrir la voie à un réel débat entre fractions et individus dispersés toujours favorables mordicus au chambardement de la société bourgeoise.

Cela commence plutôt mal. Il nous est fourni des contributions de faux groupes, à la queue leu leu, mais pas de confrontation ni discussion. Les différents intervenants ne sont pas ou plus des groupes, mais une poignée d’individus voire se simples couples de réchappés des implosions militantes diverses et successives. S’il vous plaît, n’abusez pas le prolétariat!
A ma connaissance un cercle a joué ce rôle de creuset de rencontres positives entre révolutionnaires de diverses tendances, ICO d’Henri Simon dans la période après 68; mais ce dernier avait hérité d’une méthode critique autrement plus ouverte et créatrice que la bouillie de chat néoléniniste dont vous semblez hériter, mais combien j’aimerais que vous puissiez favoriser pourtant des débats dont notre époque a un intense besoin (car vous avez tout de même posé une série de bonnes questions), quitte à vous remettre en cause... et à mûrir ensemble, mais pas mourir. Il faut de réelles confrontations sans concessions, sans miévreries démocratoques, sinon vous aboutirez au même genre d’assoc de bonne volonté que «Matière et Révolution» - site intéressant de celui qui se fait appeler Robert Paris - des rencontres qui ronronnent, qui tournent en rond et dont rien ne sort.

Deux cercles (disons) dominent par leur sérieux et lucidité les autres contributions: Robin Goodfelow and ce qu’il reste du PCint, ils ne sont ni dogmatiques ni invariants, contrairement à ce qu’un certain milieu disparu a pu leur reprocher.
Robin Good présente une cohérence programmatique héritée de la Gauche révolutionnaire italienne, mais contient des singularités comme sa vision de 90 ans de contre-révolution «ininterrompue»! C’est une ânerie d’enfants du bordiguisme. La notion de contre révolution est assez obsolète si on considère - du point de vue maximaliste étroit - qu’il ne s’est rien passé depuis 1917 et que Staline est toujours vivant! Nous ne sommes pas en période de contre-révolution pour la bonne raison qu’aucune révolution ou explosion de lutte de la classe ouvrière n’a pas eu lieu depuis belle lurette! Notion surannée! Au début de 1917, Lénine ne déclare jamais «nous sortons de la contre-révolution», mais «nous allons renverser l’Etat bourgeois». A chaque fois que j’entends cette notion caduque et étriquée j’ai envie de crier «mais la révolution n’a pas encore eu lieu!».
Mais RG a de très belles qualités d’analyse, proches du PCint, notamment sur le poids sidérant de la petite bourgeoisie à l’époque moderne, qui explique bien des affaiblissements du prolétariat; même par rapport à la filiation Gauche italienne, ils font montre d’un étonnant esprit d’autocritique en évoquant les années 1970 et «de nombreuses limites dues notamment à un léninisme non critique». On trouve un effort pour comprendre les signes encourageant de la lutte de (la) classe, marqué toutefois par un aveuglement sur le rôle des syndicats «émergents». Ils sont enfin ambigus concernant votre proposition de matériel commun: «Ceci pourrait passer par la réalisation de matériel en commun, tracts par exemple, dont le risque est qu’ils soient trop généraux...».

Le PCint fournit une analyse plus historique, de la Russie 1917 aux trente glorieuses et à l’effondrement du bloc impérialiste russe, en relevant ce qui a pu acheter» le prolétariat et dissoudre temporairement son désir de révolution. Il passe sur ses longues erreurs théoriques sur les libérations nationales et sa préférence immigrée, mais l’analyse des impérialisme actuels est impeccable. Il ne s’embarrasse pas avec la fable de la contre révolution ininterrompue mais s’attache à démontrer la dynamique actuelle du prolétariat et nous assure que çà pètera avant 30 ans. Comme RG ils analysent justement le poids des révoltes petites bourgeoises comme frein à la lutte du prolétariat, ou même handicap. Contrairement au CCI qui a toujours ignoré la petite bourgeoisie puisqu’il est assis dessus (la plupart de ses caïds étaient profs d’université, aimaient s’écouter parler en public congressiste et se sont réfugiés en Belgique chez Controverses, retrouvailles entre bobos indifférentistes...).
Concernant le rôle des révolutionnaires, leur insistance répétée pour la constitution du parti révolutionnaire sur la base des principes de classe peut apparaître rébarbative mais - ôtez tout fantasme de parti invariant et d’acier léniniste garanti - cette insistance n’est pas formelle, elle est une insistance politique parce que les résidus du gauchisme et de l’ultra-gauchisme, et même du maximalisme restent marqués par un ouvriérisme et un léninisme mités, qui consiste à voir le lieu de travail comme le stade suprême du début de la prise du pouvoir par les ouvriers... eux-mêmes. La formule a pris un coup de vieux. Il n’est pas vrai que les ouvriers de l’usine Dutruc sont aptes à définir les besoins de la société ni à remplacer le conseil des ministres bourgeois. Il n’est pas vrai que la révolution se produit au sommet de la grève générale. Aucune révolution n’est sortie d’une grève générale. Les révolutions sont plutôt sorties de cataclysmes militaires, de la conjonction de la misère et de l’impuissance des gouvernants. En 36 et 68, pour ne prendre que le cas français, les ouvriers n’ont pas été foutu que de jouer aux cartes... Le processus révolutionnaire est toujours passé en dehors et au-dessus de usines, c’est pourquoi s’implanter au travail est bon pour les bobos intellectuels. La dynamique passera, comme hier, par les quartiers, les territoires contrôlés par les prolétaires de partout, pas par des comités d’usine quand il n’y a plus d’usines ni parce que les prolétaires fabricants de boite de conserve seraient plus conscients ou «équipés» que ceux des services! Une réflexion est à mener sur cette carence d’analyse des pâles héritiers révolutionnaires modernes dont la réflexion reste souvent au ras des pâquerettes syndicalistes (qui n’est pas antagoniste avec la théorie débile de l’émeutier, Pouget es-tu toujours là?).

Comme illustration de la chute dans le localisme et l’infinitésimal, voici malheureusement un des derniers mohicans du CCI de sa période glorieuse, Michel Olivier. Vous posiez des questions sur l’analyse de la période mondiale et une prise de position historique, mais le pauvre homme s’enferre dans un listage des récentes grèves syndicales en France dont on n’a que foutre et qui ne permettent pas de comprendre la situation mondiale du prolétariat, ni «ni les questions majeures au niveau impérialiste et politique.
Franchement en référer pour juin 2014 aux grèves des péquins suivants - intermittents du spectacle, inspecteurs du permis de conduire, agents de sécurité de la Tour Eiffel, agents de Pôle emploi, et divers «services publics» - ce n’est pas saluer la fine fleur du prolétariat. La plupart de ces professions sont honnies ou méprisées par les autres prolétaires dans leur majorité; les intermittents du spectacle sont des OVNI du salariat, héritiers des petits privilèges de la culture franchouillarde contrôlée par le PCF depuis la guerre, ce milieu interlope d’artistes a toujours été piloté par la CGT et en redemande comme «garantie» (Olivier ne se rend pas compte de ce qu’il dit mais il le dit plus loin, l’AG des intermittents du spectacle pour soit disant l’unification des luttes n’était qu’un cirque hyper contrôlé par l’appareil CGT!)..
Plus affligeant pour un ancien haut commissaire du CCI - qui dénonce l’attaque de l’Etat français contre les acquis de la classe ouvrière (quels acquis? il suppose les services publics et la sécurité sociale, il rigole?) - pire donc la situation française devient l’étalon de mesure du contexte mondial: «Le contexte politique général décrit ci-dessus est celui du contexte général dans l’ensemble du monde». Ha Ha Ha, et dans le CCI on l’appelait déjà «snob tête en l’air».

Gardant les simplismes du CCI du genre «tous les travailleurs sont attaqués de la même façon», M.Olivier en déduit que le gouvernement n’apporte «aucune solution immédiate aux travailleurs», ce n’est pas vrai pour tout le monde; le gouvernement est plus intelligent que cela, et donne à Paul ce qu’il ne donne pas à Pierre ou Jacques. Ne l’aurait-on pas déjà renversé sinon? Est évoqué comme radicale contestation syndicale les sifflets contre Séguy en 68, mais on s’en fout, tout est dispersé et décousu dans cette contribution, rien n’est placé à l’échelle de l’histoire et des enjeux de sociétés, et on se fout des grèves syndicales intermittentes ou cycliques. On se fout de la privatisation de la SNCF comme de la trahison éternelle des syndicats. C’est creux comme le slogan élimé additions des corpos modèle 1995: «Cheminots, postiers, intermittents, précaires, du public comme du privé, avec ou sans emploi, avec ou sans papiers...», avec ou sans parti!

L’écrivain Tom Thomas se contente lui de brèves remarques. Je ne suis pas fan, mais celles-ci sont fort pertinentes. Il faut en effet partir d’une analyse de l’état du capitalisme comme préalable à «tout «Bulletin de liaison» sur les luttes (qui, sinon, ne serait que l’accumulation «d’informations» invertébrée, sans réelle signification». Il aurait pu ajouter comme Echanges de Simon ou feu le GLAT (groupe de liaisons et d’action des travailleurs des 70). Il demande aussi d’en finir avec le fétichisme de l’Etat, concernant le réformisme radical (gauchos et Mélencho), mais ceux-là se ridiculisent d’eux-mêmes, il aurait mieux fait de poser la question autrement plus importante historiquement de quelle centralisation aura besoin la révolution pour aller vers le communisme.

Accessoirement une secte sans intérêt avait été conviée à s’ouvrir aux autres, un CCI (T) fusionné avec les délirants du «Groupe Bolchevik», devenu GMR d’un COREP international. Ha Ha Ha. Elle affirme la nécessité du parti bolchevique et envoie chier «Table rase» qui , et ce sera sa seule réponse à un groupe, répond qu’elle est pour un parti bolchevique modèle démocratique, veille prise du pouvoir en Russie, mais consent à admettre dans le consensus envisagé cette bande d’idiots cryptos trotskiens.

Encore une appellation nunuche pour le groupe suivant «Tant qu’il y aura de l’argent» qui fait quelques justes remarques pillées aux analyses de classes sur le comportement des oligarchies et des cire-pompes de la gauche caviar, mais pour le reste révèle un cercle de marginaux autogérés qui, telles des assistantes sociales, veulent gérer leur misère dans leur coin. En plus de vouloir organiser les sans-emplois autour de leurs «liens» et dans la «vie quotidienne», ces bobos se vantent d’être généralement syndiqués. Ha Ha Ha! Encore des intermittents du spectacle des révolutionnaires déconfits.

Il faut de tout pour faire un monde. Je ne prône pas l’éradication des chasseurs d’images, des assocs de locataires, du NPA et des assocs caritatives gauchistes. Ils ont le droit d’exister et de faire leur tambouille, mais il ne faut pas oublier que les organisations révolutionnaires, même à l’état de secte, ont toujours plus ou moins attiré des tarés ou demi-tarés, et qu’il faut faire une sélection. Mais avec un état d’esprit qui ne soit pas du type «patriotisme de parti». J’appuie cette idée sur un écrit de Marc Chiric, fondateur du CCI et qui a échoué dans sa postérité même s’il n’est pas tout à fit responsable de celle-ci:

«La conviction juste que nos positions sont authentiquement révolutionnaire, poussée à outrance, donne cette aberration qui veut que tout ce qui est en dehors de nous ne peut être que contre-révolutionnaire. On perd ainsi de vue que le mouvement révolutionnaire de la classe est un mouvement incessant de maturation de la conscience se manifestant nécessairement dans l’apparition et l’existence simultanée de plusieurs organisations plus ou moins formées, plus ou moins avancées, et dont nous-mêmes, ne sommes qu’une expression, même si nous sommes la plus avancée et la plus cohérente» («Groupes confus et notre propre confusion 1977, texte interne du CCI publié dans mon livre «Marc Laverne et le CCI»; le PCint est le seul groupe à m’avoir fait l’honneur de référencer ce travail et avec une critique positive et fructueuse pour moi, vous pouvez le lire encore sur la toile).

En conclusion, je considère l’initiative de «table rase» comme positive, bien que rien n’ai encore débuté. Chaque individu ou couple ou cercle n’a fait que présenter son analyse, sera-t-il possible de passer maintenant à la discussion (le mot confrontation était trop fort)?
Sera-t-il possible de prendre en compte ces aspects de la réalité actuelle que vous semblez tous ignorer:
- la bourgeoisie mondiale a encore des ressources économiques et idéologiques immenses;
- la diabolisation de l’islam a supplanté le stalinisme;
- l’occupation du pouvoir par Syriza en Grèce démontre la réalité du gauchisme enfin au pouvoir, ce «réformisme radical» se dégonfle comme baudruche;
- volontarisme et activisme sont inutiles à la formation du parti communiste mondial de demain.

Cordiales salutations,

Jean-Louis Roche (alias Pierre Hempel)

lundi 27 juillet 2015

MEETIC C’EST DE LA DAUBE



«George est un homme qui n'a pas grandi. Physiquement, il a l'air vieux, mais il a le cerveau d'un gamin de 10 ans" Matt Damon à propos de George Clooney

«Le temps passe et Mick Jagger prend chaque 26 juillet une année de plus. Mais contrairement à ce que pourraient penser les mauvaises langues, le rockeur est loin d'avoir dit son dernier mot. Le chanteur a beau souffler sa 72ème bougie, il a lui aussi Instagram comme tout le monde" (magazine pipole)


ETONNANT NON? "Les sites de rencontres sont dans le collimateur du gendarme d'Internet. Huit entreprises propriétaires de 13 sites, dont «Meetic» ou «Attractive World» ont été mises en demeure mardi par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) de modifier leur pratique concernant notamment le recueil d'informations sensibles sur leurs clients. Un sujet particulièrement sensible depuis que le site de rencontres adultères nord-américain Ashley Madison a subi un piratage qui a conduit à la révélation de l'identité et des fantasmes de ses 37 millions d'abonnés
Parmi les autres sites épinglés par la Commission figurent «Adopte un mec», «Easyflirt», «Rencontre obèse», «Destidyll», «Forcegay», «Mektoube» «Jdream», «Feujworld», «Marmite love», «Gauche rencontre» et «Celibest»". Mais quelle cuistrerie, on est tous à poil avec leurs systèmes sophistiqués d'espionnage régalien et paranoïaque de notre trouduc! Pourquoi la CNIL ne s'indigne-t-elle pas de l'extrême détresse et solitude que révèle l'utilisation de ces sites, et surtout leur racket financier?



Pardonnez-moi d’aborder le sujet des rencontres dans ce blog, qui passera pour peu politique, mais je peux me permettre car la période vacancière est propice à la mort politique pour ne pas dire à l’asthénie ou même à la neurasthénie. J’ai choisi de vous poster cet article plein de bon sens, malgré des naïvetés de jeunesse, qui n’est pas si misogyne que le lui reprochent nombre de ses commentateurs, au contraire il corrige utilement une goujaterie masculine assez répandue dans la tentative de conquête des femmes, voire une grivoiserie débile et désuète (j’ai ôté cet aspect et supprimé les pubs pour les sites de rencontre, qui sont tous inutiles et frustrants, l'apologie de meetic par Kamikaze se ridiculise d'elle-même). Il fournit cependant des précautions utiles, à ceux qui n’y ont pas encore réfléchi à se garder de toute illusion romantique ou naïveté superflue à l’égard des femmes modernes; elles sont devenues aussi arrogantes, perverses et menteuses que les hommes - avec la victimologie féministe en sus -, et même pires en vieillissant, alors qu’elles n’ont plus les moyens de leur séduction-ambition (l’avatar le plus misérable étant la cougar, avec ses fesses creuses et ses seins tombant) et que la plupart sont devenues des pots à tabac (dans les boites échangistes les hommes se précipitent tous sur la femme mince), en n’ayant pas fait l’effort de faire du sport à la trentaine, ou par mauvaise alimentation dans les milieux déshérités. Passées les fatidiques 50 balais, du balai! Sur meetic la plupart sont affreuses, mal apprêtées, vulgaires, à tête hommasse comme l'a dit François Hardy, le cheveu coupé court comme les mecs parce que long ça fait sorcière à ces âges-là (certaines à 70 ans sont mieux foutes que les quinquas qui se la pètent avec des tutus d'adolescentes ; du côté des mecs c'est aussi affligeant, un autre défilé des horreurs, sans compter un langage primaire en mauvais français avec des fautes d'orthographes à chier...
L’article reste limité et superficiel, avec cette propension à des recettes hors classes sociales - qui impliquerait d’analyser le triomphe de la vénalité pour les classes riches et l'échec définitif d'une partie du genre humain défavorisée (par la nature et l'exclusion, sociale) - s’adresse aux jeunes en général, laissant soupçonner l’ostracisme très moderne contre les vieux (de 30 à 70 ans...). Même si Marx n’en parle pas (contrairement à Fourier et Daniel Guérin, même s'il reste un génial premier défenseur de la condition féminine) les rapports sociaux sont aussi marqués par la recherche de la séduction. Devenir vieux c’est devenir transparent. Les vieux militants par exemple sont ridicules après 60 ans - c’est la preuve qu’ils n’ont pas pris le pouvoir ou jamais possédé réellement l’emprise du pouvoir - c’est pourquoi notre M.Chiric refusait de prendre la parole en public (hormis dans le cercle privé de la doxa militante où il se flattait de "faire l'histoire", un vieux est toujours persuadé d'être investi d'une mission).
Quand en plus il ou elle est seul(e)... il faudrait parler de la solitude des SDF (pauvreté et exclusion sociale), de l'universel et inégalé chômedu (privé de travail, d'amis et de femmes alors qu'au moins Henri IV se souciait d'une poule au pot pour chaque français), des réfugiés politiques pas très clairs, des handicapés, des vieux et des jeunes, des gros, des laids, des croyants, de la surprenante solitude des marxistes, des coureurs de fond, des champions, des enseignants, du gardien de nuit (un noir sans papiers)... on est forcément coupable de sa solitude, on n’est plus qu’un déchet dans la société capitaliste qui voue un culte démagogique imbécile à la «réussite», à la jeunesse et à une beauté artificielle, arbitraire autant qu’éphémère. La classe ouvrière est surreprésentée chez les veufs et les veuves, où il n’y a plus que peu de rencontres familiales et sociales, un rétrécissement de l’univers social après fin d’activité professionnelle qui se traduit par un appauvrissement des échanges; comme je l’ai déjà plusieurs fois noté, cette classe sociale n’a plus que peu de relations sociales et pas de loisirs (sauf si vous considérez la télévision comme un loisir); et par conséquent une plus grande exposition aux maladies incurables et donc aussi une surmortalité  .Appartenir à une association dépend du niveau social, c’est d’ailleurs pourquoi la plupart des partis bourgeois sont des partis gériatriques; le vieux bourgeois se la joue jeunesse éternelle comme son concurrent le bobo qui se croit toujours vert.

Oscar Wilde comme Trotsky expriment à leur façon la terrible contradiction qui n’est pas que capitaliste. Wilde: «Le plus terrible quand on est vieux, c’est qu’on reste jeune». Trotsky: «Dans la société communiste, on vivra plus longtemps et pas si abîmé par les années» (Questions du mode de vie).
Sans femme (ou sans homme) tu n’existes pas. T’as rien à échanger ni amabilité de voisinage ni apéritif de convivialité. T’es louche ou un(e) insupportable mauvais(e) coucheur(se) dont aucun homme, aucune femme ne veut.
Comme tous les vieux retraité(e)s tu es certainement retombé dans l’individualisme vindicatif et crasseux. Tes amis t’oublient. Les anciens, du lointain passé, ne veulent plus te voir non plus.
T’as l’air vieux. T’as l’air vieille. T’es inutile socialement.
Désormais la majorité des populations urbaines est composée de gens seuls (c’est un non sens d’user du pluriel avec ce mot); le nombre de crottes de chiens sur les trottoirs à Paris en témoigne. Les rencontres deviennent de plus en plus difficiles voire impossibles. Il n’y a pas de solutions autres que ; soit l’autarcie familiale (garantie de stabilité sociale), soit la déréliction (pouvant aboutir au suicide), soit la propension aux désirs primaires graveleux (cf. les annonces de Vivastreet). Il est stupide d’en attribuer la faute aux sites de rencontre, ce ne sont que des machines commerciales sans affect.; c'est le progrès dans la misère sexuelle capitaliste, Landru draguait déjà par petites annonces au début du siècle dernier.  Le problème est d’abord dans le «matériel humain" qui s’est détraqué et pompé financièrement par le truchement de la CB et de la complicité des banques. La rencontre entre les hommes et les femmes est désormais complètement aliénée, bourrée de pièges, désespérante, toute confiance réciproque a disparu et il y en a tant qui imaginent qu’elle pourrait renaître dans ce monde du fric et de la laideur.

Vous pouvez relire mon article sur ce blog «La solitude marché capitaliste juteux», mais aussi voir sur You Tube le sketch de Muriel Robin, ou bien lire l’article suivant en croyant qu’il pourra vous être utile malgré votre âge, votre condition, votre chance ou malchance dans les divers moments de votre vie. La solution, je vous le dis et le redis c'est qu'on se retrouve toutes et tous le dimanche matin dans les parcs publics pour enfin se rencontrer et niquer les sites capitalistes de rencontre!

Meetic : une technique de kamikaze, article du 9 décembre 2006 par Thibaut
Le titre original de cet article était « Je nique sur Meetic« , allusion parodique à un blog très en vogue il y a quelques années (qui l’avait très mal pris d’ailleurs) et à un livre du même nom. Mais aujourd’hui plus personne ne comprendrait la référence alors voici un titre moins polémique, mais tout de même plus parlant que d’écrire bêtement comment draguer sur meetic. (...)

Ca y est, c’est fait… Pourtant, je m’y refusais, à la drague sur Meetic (beurk, rien que prononcer le nom me faisait frissonner d’horreur). Pourquoi ? Simple : pratique anti-sportive, trop facile (à voir), tuant le métier et poussant à la paresse, pour peu que le seul dessein soit le sexe.

Et malgré tout, une fois l’été terminé, quelques-uns de mes amis se sont laissé tenter par ce supermarché charnel. Et curieux, poussé par l’envie de performer dans cette arène pour débutants, frustrés et autres Cotorep, j’ai souhaité -tel Muhammed Ali montant sur un ring pour anéantir une armée de manchots- tester mes super-pouvoirs dans cet espace inexploré. Planquez vos poules, le Coq est lâché dans la basse-cour: Kamikaze déboule sur Meetic et compte bien y faire des rencontres.

Après seulement 2 semaines de pratique, je vous livre mes premières impressions, ainsi que de précieux conseils qui -accessoirement- vous permettront de mettre au lit votre première conquête très rapidement (3 jours pour ma part, essayez de faire mieux!)
Meetic, une réponse à la pénurie de filles?

Mais d’abord, si toi qui lis cet article vis dans une grande ville, et que de surcroit si cette grande ville c’est Paris tu serais soit un sacré feignant, soit un véritable sex-addict pour t’inscrire sur Meetic. En effet, non content de disposer d’un vivier colossal, tu voudrais ajouter cette corde à ton arc? non, ce n’est pas sérieux… Cet article s’adresse principalement aux provinciaux ou habitants de stations balnéaires, où sévit l’hiver la pénurie de poule et la pharyngite (même avec une cagoule).
Vos premiers pas sur Meetic

Tout d’abord, si ce n’était pas déjà fait, commencez par vous inscrire au bon endroit, c’est à dire en cliquant ici. Le plein accès est payant pour les hommes (et désormais aussi pour les femmes), mais vous pouvez tout de même tester gratuitement quelques fonctions. Et vous désinscrire par la suite au besoin.

Alors vous n’êtes pas sans savoir qu’il existe aujourd’hui bien des concurrents à Meetic. Notre conseil pour choisir :

    Meetic a la plus grosse base de membres (réels), alors plus votre ville est de taille moyenne-petite, plus vous avez intérêt à vous orienter vers un gros site de cette taille. J’insiste sur cette notion de membres réels, c’est vraiment un élément clé : vous ne voulez pas tomber sur les mêmes profils, encore et encore, à longueur de semaine, c’est très déprimant croyez-moi de se rendre compte que le choix est « fini » et qu’on l’a entièrement exploré. Prenez la plus grosse base de membres réels, c’est à dire ceux qui répondent vraiment. Exemple : si un site revendique 500.000 membres payants mais que sa notoriété est nulle (personne ne le connait), alors c’est une arnaque monumentale)
    Meetic, à défaut d’avoir l’image de la nouveauté, est du moins celui qui continue de faire le plus « sérieux », c’est donc vers lui que se tournent les femmes « normales ». Pour parler clair, c’est là que vous avez le moins de risque de croiser de l’escort girl déguisée, et autres profiteuses.

C’est fait ? Que le fun commence!
Quelques pièges à éviter pour débutant Meeticien

    Flasher: ils auraient pu remplacer par « lui avouer que je suis un timide frustré » au moins il n’y aurait pas eu d’équivoque! Au cas où cela ne serait pas clair à la lecture de la phrase précédente : ne flashez pas plus sur Meetic que vous ne « pokeriez » sur Facebook, ces boutons ne servent qu’à identifier les loosers fiers de l’être. Laissez-les se ridiculiser tout seuls et en aucun cas ne les imitez, foi de Kamikaze !
    Les profils sans photo : ça pue. Même si je reste persuadé qu’une partie des vraies bombes qui fréquentent ce site – car il y en a plus qu’on ne croi t- ne publient pas leur photo, évitez. C’est une perte de temps inutile, et si par bonheur vous obtenez la photo après de longues tractations, attention les yeux, il y aura presque systématiquement un énorme problème! Vous ne me croyez pas? On parie combien?
    « Elles veulent être votre amie » : pourrait être perçu comme une insulte par tous ceux qui ne se revendiquent pas « ami des dames ». Vous pouvez vous-même utiliser cette option pour punir une jolie fille qui vous aurait pris de haut
    Les filles qui entrent trop vite dans l’intimité : après quelques heures à peine elles concluent leurs messages par du « sweet kisses my love » (en anglais bien sûr, parce qu’en Français on démasquerait plus vite le ridicule) et après quelques jours elles vous parlent déjà de partir en week-end, loin du monde, rien que tous les deux. Vous imaginez le niveau de désespoir et de ras-le-bol global de la vie qu’il faut, pour envisager 48h entières avec un parfait inconnu ? Moi oui, et j’ai de la peine pour tous les deux : celle qui ose proposer, et l’idiot qui ose se prendre au jeu… Mais bref.
    Les filles dont vous avez l’impression qu’elles parlent à 6 ou 7 mecs en même temps : c’est probablement vrai, et il est aussi possible qu’elles soient simplement des animatrices payées par le site, pratique dénoncée par les journaux mais pourtant toujours en vigueur sur nombre sites de rencontre où vous croyez discuter avec des pauvres petites esseulées quand vous parlez en réalité à… des professionnelles du tchat sans lendemain.


Les clefs de votre succès sur Meetic
Lisez les annonces des autres!

Si vous ne deviez retenir qu’un seul de nos conseils (ce serait bête, mais bon), alors retenez celui-ci : lisez les annonces des autres afin de comprendre la psychologie des hommes sur Meetic, car ils sont vos rivaux

Vous n’aurez pas la certitude d’agir bien et de dire les mots justes tant que vous ignorerez la niaiserie des approches des « concurrents ». Il y a encore des hommes qui pensent sincèrement avoir une réelle chance en commençant par « Salut, tu vas bien? » ou encore « Tu veux discuter, faire connaissance » ? Dites-vous que si ça ne marche pas dans la rue, ça ne marche pas sur Meetic non plus !
« Slt, cava » => non, non et non!

Remarque au passage : ce n’est pas une raison pour la faire dans la rue non plus d’ailleurs, c’est toujours aussi lourd d’aborder quelqu’un en laissant justement à cette personne l’effort de faire toute la conversation. C’est une preuve de lâcheté, de faiblesse et d’inintelligence sociale que d’espérer voir découler quoi que ce soit d’un bête « ça va », sauf à avoir reçu auparavant d’énormes, énormes signes d’intérêt.

Bref, vous n’avez aucune excuse, vous devez impérativement vous frotter à la médiocrité des concurrents sur Meetic pour vous en différencier, c’est la première étape vers votre succès, et elle n’est même pas difficile : elle ne requiert que la création d’un faux profil féminin, parmi une base qui en compte de toutes façons déjà des millions (des faux profils féminins). Par souci de « propreté », effacez votre faux profil féminin quand vous n’en aurez plus besoin.
Lisez ma propre annonce Meetic

    La photo est un élément primordial. Là, pas moyen de tricher. Si vous êtes beau gosse, c’est pas gentil pour les autres mais votre belle gueule engendrera beaucoup plus de visites. Dans tous les cas, choisissez vos meilleures photos, triez, prenez en des centaines et gardez les 2 meilleures. Inutile d’en mettre plus. Mieux vaut 2 très bonnes photos toutes seules que tout un tas de photos moyennes risquant de décevoir et ainsi, briser le niveau d’intérêt qui commençait à peine à grimper. La photo doit vous montrer en situation favorable, cool et sociable, mais certainement pas dans la peau d’un idiot posant devant une Ferrari ou une Audi qui ne lui appartient même pas, ok ? Et pourtant, qu’est-ce qu’on en voit, des photos de blaireaux de ce genre, c’est juste hallucinant… Idem pour les motos : si vous en avez une, tant mieux pour vous, mais vous ne gagnez rien à laisser entendre qu’elle est la chose la plus importante de votre vie, surtout en pré-phase de séduction
    L’annonce est votre deuxième atout majeur. Un petit texte bien écrit, rigolo, sympa. Inutile de donner dans la sensiblerie sauf si vous traquez la dinde romantique qui aime faire l’amour dans le noir. De l’humour, un côté sexué, rien de tel pour une bonne entrée en matière. A titre d’exemple, regardez celle que j’ai utilisé et qui a remporté un franc succès en vous inscrivant à Meetic et en cherchant mon profil (même pseudo). Vous pourrez vous désinscrire par la suite. Vous l’avez trouvée ? Cherchez à comprendre pourquoi elle fonctionne : elle est impertinente, audacieuse, amusante, au minimum ça les fait sourire et donne envie de visiter votre profil.
    Votre description & Style de vie. Bah c’est un genre de QCM en fait… les seules libertés que vous avez sont les cases « Ce qu’il a de plus attirant » et les choses qui vous intéressent le plus. Là aussi, tachez d’être fun. Dîtes que vous regardez des films d’auteur et des westerns, que vous pratiquez la boxe et le ping pong… Bref, un peu d’imagination, merde!

Sur Meetic aussi, soyez sélectif !

Fixez vous une tranche d’age qui corresponde à vos attentes. Si vous voulez de l’éphémère, tapez entre 30 et 40 ans, tout en sachant que de 20 à 30 on a parfois quelques belles surprises, mais plus rares. Entre 20 et 30 ans, elles ont l’impression (pas toujours fausse) d’avoir le monde entier à leur portée, tous les hommes de tous les continents soumis et réunis pour les désirer, leur faire des cadeaux, les amuser, les sortir, les distraire et les emmener en vacances. Alors si vous rajoutez en plus de cela le coefficient répétitif de se faire « aborder » tous les jours sur Internet, je vous laisse imaginer le volume de leur ego à la fin : on n’est même plus dans l’ordre de grandeur du melon là, c’est carrément de la citrouille transgénique gonflée aux OGM !
– 5 kgs, +3 cms!

Soyez exigeants sur le physique, n’oubliez pas qu’elles se sont enlevé 5 kilos et rajouté 3 cm sur la description. Sachez reconnaître la nana jolie mais pas photogénique et inversement. Aprenez à être physionomiste ! Dans le déroulement normal des choses, vous devriez avoir droit à une séance de webcam ou davantage de photos qui vous permettront d’y voir plus clair ! Sur l’annonce, ne croyez pas aux conneries qu’elles peuvent raconter, elles n’y croient pas vraiment elles-mêmes.
Décodez les attentes cachées

Décodez ce qu’elles n’oseront jamais écrire. Souvent, l’expression « et plus si affinités » signifie qu’elles aimeraient un bon pote de baise dans un premier temps, et éventuellement une relation longue si vous avez comblé leurs attentes.
Aborder une fille sur Meetic
Traquez les Meetic-girls online

C’est un gain de temps considérable. Mon premier baise grâce à Meetic s’est fait le soir même, deux heures après le premier contact chat. N’hésitez pas à ouvrir dix ou quinze fenêtres de chat, jusqu’à ce que vous ayez deux ou trois cibles réceptives – cad qui répondent à vos messages assez rapidement – et jaugez leur niveau d’intérêt. Si elles visitent et revisitent votre page, que leur débit de paroles s’accroit, que la conversation devient plus personnelle, c’est bon signe. Si elles tapent plus de lignes que vous, c’est très bon. Évitez d’être trop expansif, laissez le dialogue s’équilibrer et relancez la juste un peu quand vous sentez que la discussion retombe. Surtout! Évitez à tout prix la banalité, en ayant quelques accroches sympa du genre « tu préfères la pêche au lancer ou les chocolats belges? ». Si elle vous répond « le lancer de belge et la pêche au chocolat » c’est plutôt un bon début!De même, n’hésitez pas à user et abuser du push-pul.
Aucune concurrence décente des membres garçons sur Meetic

Tu vas me dire –fidèle lecteur de SpikeSeduction– et comment je fais pour attraper sexybabe75 qui se connecte dix minutes une fois par semaine?… Il ne reste que le MAIL. Pour utiliser ce moyen de communication à bon escient, sache ceci. sexybabe75 reçoit entre 50 et 100 mails de tocard chaque jour. Si tu veux avoir une seule chance qu’elle te réponde, tu dois être terriblement accrocheur. Pour t’introduire, sers toi de quelque chose sur sa fiche, un élément de la photo, du profil ou de son annonce sur lequel tu peux enchainer quelque chose de fun ou d’impertinent – mais pas trop – pour te présenter et l’inciter à reprendre contact avec toi. Sachant que 99% des mecs vont lui lécher les pieds en lui disant qu’elle est belle, une petite pique la remettant en question ne pourra que la faire s’interroger. Là ce n’est plus la photo qui va primer, mais la qualité créative dans le texte. A ce propos – évitez les abréviations et le langage SMS, elles détestent ça. Plusieurs m’ont avoué ne plus répondre aux messages commençant par «slt bébé» ou «kikou sa va», qui sont monnaie courante parmi les sulfureux «Meeticboys»… qui pour 95% d’entre eux, n’opposent aucune concurrence décente au modeste meeticien que je suis. Alors imagine pour toi, mon champion…

Sur le tchat, on ne s’éternise pas. Apâter, ferrer, lever. Si tu es très bon, à 99% des cas c’est ELLE qui va te proposer MSN, qui est la 2e marche du Grand Escalier de la séduction virtuelle. Ensuite, libre à toi de prendre son numéro ou rendez-vous avec elle, cash, si le courant passe. N’oublie pas de la garder toujours en position de demandeuse. Tu es le Prix, taches de t’en rappeler, lecteur.
Nouveau : les assistants drague

Certains petits malins d’école de commerce se sont penchés sur le problème de ceux qui se triturent l’esprit à la recherche de la meilleure façon d’aborder une fille sur Meetic et tentent d’en récupérer des ronds en proposants des assistants de drague, c’est à dire des étudiants fauchés qui utilisent leur temps libre et leur connection internet pour récupérer des numéros et organiser des rendez-vous à votre place.

Outre l’aspect industriel et déshumanisé que cela suppose, vérifiez-bien que les rendez-vous à la clé sont bien réels (simple précaution, mais un homme averti en vaut deux : sur Meetic comme ailleurs, les hommes proposent et les femmes disposent, attendez-vous donc à de nombreuses déprogrammations voire annulations de rendez-vous, c’est la loi des grands nombres)

Enfin, gros désavantage : si votre manière de parler est en total décalage avec celui qui a a fait le travail à votre place, vous risquez d’avoir l’air malin lors du premier rendez-vous…
Conclusion

Meetic est au séducteur ce que le sport d’hiver est à Brice de Nice: un palliatif au froid et aux rues désertes de nos modestes villes… La Cyber-drague ressemble vraiment à de la chope pour handicapés: le travail est pré-mâché. Cela dit ça octroie un peu de détente les soirs de semaine, et ça permet de coucher avec un paquet de filles. Alors que même en sortant avec la dernière montre Emporio, vos pompes Gucci et votre Cuir tout neuf, vous n’auriez attrapé qu’un bon rhume.

(...)

Une fraction d’entre vous (je le sais, inutile de s’en cacher), trouvent un peu longuet le « jeu de dupes » que constitue Meetic. Personnellement, et même si Stéphane ne serait pas content que j’écrive ça ici, je ne peux pas les blâmer ! Un bon nombre de sites vous proposent du sexe rapide, méfiez-vous. Des inconnues toutes chaudes qui n’attendent que vous, c’est bon pour les films (pornos !) et vous n’allez gagner que quelques faux contacts, qui s’avèreront peut-être même être des hommes…

(...)

Kamikaze

mardi 21 juillet 2015

Communiqué du PCint sur la Grèce

La Grèce démontre une fois de plus qu'il est impossible de luter contre les attaques capitalistes par la voie électorale et réformiste

A l'issue d'une énième séance marathon «historique» de négociations bruxelloises entre le gouvernement grec et ses créanciers, un accord «définitif» a été une nouvelle fois trouvé pour «résoudre» la crise grecque: le premier ministre grec Tsipras et son équipe ont fini par accepter, comme condition de nouveaux crédits à l'Etat grec virtuellement en faillite, un plan de mesures d'austérité sensiblement plus dur que celui qu'il avait refusé une semaine auparavant et contre lequel il avait, soi-disant, organisé un référendum! Le seul point apparemment où il a obtenu quelque chose de concret, c'est celui de la réduction des dépenses militaires: les créanciers ont accepté qu'elle soit moins forte que ce qu'ils demandaient...

Trahison de Tsipras?
   

Beaucoup, y compris parmi les courants dits d' «extrême gauche» qui affirmaient n'avoir aucune illusion sur Syriza et son gouvernement, crient à la trahison de Tsipras. Mais ne peuvent se sentir trahis, que ceux qui prenaient pour argent comptant les discours démagogiques de ce parti et de son chef.
Syriza, qui se qualifie de parti de la «gauche radicale», n'est en réalité pas différent d'un parti réformiste classique: il ne veut pas abattre le capitalisme, mais l'améliorer, le réformer: son rêve est celui de tous les réformistes, le rêve d'un capitalisme à visage humain, celui de tous les collaborationnistes, le rêve de la collaboration fraternelle entre tous les citoyens ou au moins l'écrasante majorité d'entre eux. Mais il y a le rêve et il y a la réalité; et dans la réalité, on ne peut changer le capitalisme – seules quelques réformes de détail étant possibles, et encore à condition qu'elles ne coûtent pas grand chose –, on le combat ou on s'y soumet!
N'ayant jamais eu l'intention de combattre le capitalisme, Syriza ne pouvait que se soumettre à lui et lui soumettre les travailleurs qui lui font confiance. Porté au pouvoir en prétendant qu'il allait mettre fin à l'austérité et à la crise économique qui frappe les prolétaires et certaines couches petite-bourgeoises, Syriza incarnait l'illusion qu'un simple changement de gouvernement, obtenu tranquillement et pacifiquement par la démocratique voie électorale, pouvait amener une amélioration significative de la situation des masses. La constitution de son gouvernement sur la base d'une alliance avec un parti d'extrême-droite, militariste et pro-religieux (Anel) aurait suffit à dissiper les éventuels doutes sur la nature «radicale» de Syriza. Cependant pendant de longs mois, le gouvernement a mené la comédie de la défense des travailleurs face aux créanciers du pays, qu'il prétendait pouvoir convaincre de renoncer à une partie de leurs exigences et d'accorder de nouvelles aides financières; alors que la situation des prolétaires et des masses travailleuses ne cessait de se dégrader, il y a eu alors une véritable trêve sociale en partie à cause des coups ininterrompus subis par les prolétaires depuis ces dernières années, mais aussi à cause des espoirs que beaucoup nourrissaient envers Syriza.
Mais, en réalité, les négociateurs grecs défendaient en premier lieu les intérêts du capitalisme national et pas ceux des prolétaires ou de la population; en témoigne le fait qu'ils ont finalement plus facilement accepté les mesures antisociales et antiprolétariennes que celles lésent des intérêts capitalistes particuliers (ils ont par exemple défendu bec et ongles le statut privilégié des armateurs au regard de l'impôt, les dépenses militaires ou un le maintien d'un taux de TVA bas sur les activités touristiques); les mesures d'austérité imposées pour rembourser les créanciers ont eu des conséquences terribles pour l'économie en général, entraînant la disparition de milliers d'entreprises: une politique de relance économique et non plus d'austérité est donc demandée par de nombreux capitalistes.
Mais les négociations et les accords entre bourgeois ou entre Etats bourgeois – y compris quand ces Etats sont des «partenaires» au sein d'une «union»! – ne se fondent que sur des rapports de force. Le chétif capitalisme grec n'avait guère la force de résister bien longtemps aux exigences des grands capitalismes européens, surtout lorsque son Etat est au bord de la faillite. Placé fin juin par les créanciers devant un quasi ultimatum d'accepter leur plan, le gouvernement Tsipras répliquait par l'organisation d'un référendum sur ce plan, en appelant à voter non. Alors que cette décision était saluée avec enthousiasme par toute une partie de la gauche et de l'extrême gauche européenne qui y voyait la possibilité qu'un «peuple» refuse démocratiquement l'Europe de l'austérité et de la finance, etc., voire sorte du «carcan de l'euro», Tsipras précisait clairement que ce référendum était organisé, non pour rompre avec les créanciers, mais pour continuer les négociations avec eux, dans une position qui serait renforcée par le suffrage universel. Dans la campagne pour le oui se sont retrouvés les partis bourgeois traditionnels (les socialistes du Pasok et la droite de la Nouvelle Démocratie) ou non (les centristes de To Potami), les organisations patronales mais aussi les directions syndicales du secteur privé, les grands médias, etc., appuyés par les gouvernements européens. Les partisans du non regroupaient, outre Syriza, les néo-fascistes d'Aube Dorée et les petites formations d'extrême gauche, y compris une partie des anarchistes. Le Parti Communiste Grec (KKE) refusait de participer à la campagne pour le non: en affirmant – avec raison– que les propositions du gouvernement ne valaient pas mieux que celles des créanciers; il appelait au vote nul (l'essentiel, c'est de voter!) moyen selon lui d'exprimer un «double non» à ces deux propositions et défendre sa propre perspective nationaliste de sortie de l'UE.
La suite est connue: les partisans du non ont obtenu une victoire retentissante (prés de 60% de non, 6 % de votes blancs ou nuls, le oui ne recueillant que 36% des suffrages; le nombre d'abstentions, en baisse, étant de 38%); la grande place Syntagma d'Athènes a vu des scènes de liesse d'électeurs persuadés d'avoir infligé un coup sévère aux partisans de l'austérité et notamment aux vieux partis qui se sont succédés au gouvernement tout au long de ces dernières années. Les formations de la gauche radicale européenne célébrèrent également cette victoire électorale; nous donnerons comme seul exemple les déclarations de Rifondazione Comunista en Italie, mais nous aurions pu citer celles identiques du Front de Gauche français, du Podemos espagnol, etc.: «La victoire du Non en Grèce représente la victoire de la démocratie et de la dignité du peuple grec contre le terrorisme financier de la troïka. Il s'agit d'un résultat historique pour la Grèce et les peuples européens» (1).
Quelques heures à peine après cette victoire historique de la démocratie, le premier ministre Tsipras, après avoir écarté son ministre de Finances, au ton trop revendicatif, réunissait tous les partis parlementaires, de droite comme de gauche, à l'exception d'Aube Dorée; tous, sauf le KKE, lui accordaient leur soutien total pour négocier avec les créanciers le maintien de la Grèce dans la zone euro... sur la base du plan proposé par ceux-ci! Battu à plate couture dans les urnes, le oui triomphait ainsi dans les faits! Il serait difficile d'imaginer une démonstration plus éclatante de l'inanité des illusions électorales et du rôle de désorientation du cirque électoral...
En recueillant l'assentiment des vieux partis bourgeois traditionnels, Syriza devenait le représentant d'une véritable union nationale, le défenseur des intérêts de toute la bourgeoisie grecque face aux Européens.
Les déclarations d'intention ne suffisant pas, les négociateurs grecs présentèrent à Bruxelles un plan précis et détaillé, rédigé sous la houlette de hauts fonctionnaires français, qui acceptait tous les points dénoncés une semaine auparavant comme étant un ultimatum. Mais lorsque commencèrent les séances de négociations, ce plan fut rejeté par les représentants allemands, qui en présentèrent un autre, fondé sur l'expulsion –pour 5 ans– de la Grèce de la zone euro, car, selon eux, la «confiance» dans le gouvernement grec n'existait plus: pour les capitalistes, la confiance se base sur la soumission.
Il fallut d'interminables et âpres négociations pour que les dirigeants allemands abandonnent cette perspective et acceptent le maintien de la Grèce dans la zone monétaire européenne, en lui infligeant en contrepartie des mesures drastiques et humiliantes pour les dirigeants grecs qui devaient payer pour avoir essayé de leur tenir tête.
En bons larbins réformistes, les représentants grecs acceptèrent finalement tout ce qu'on leur demandait; ce n'était pas une capitulation, car le gouvernement Tsipras avait déjà capitulé en réalité avant même le début des négociations, alors que, électoralement victorieux, il avait été adoubé par tous les partis, en particulier par ceux qui avaient appelé à voter oui; capitulation non pas par rapport à une défense des intérêts des prolétaires et des masses pauvres qui n'a jamais été l'objectif véritable de Syriza, mais par rapport au refus d'accepter toutes les exigences des créanciers et de renoncer à obtenir un allégement du fardeau de la dette.
Nous avions écrit que «le gouvernement Syriza-ANEL n'a pas d'alternative: il lui faudra se soumettre aux pressions des Etats bourgeois plus puissants s'il ne veut pas être éjecté de la zone euro, ou remplacé par un gouvernement plus compréhensif. (...) Syriza se trouve placé dans l'inconfortable situation d'avoir à choisir entre s'attaquer ouvertement aux intérêts des prolétaires et des masses travailleuses, ou à ceux du capitalisme; et comme tous les partis réformistes, qui sont indissolublement liés à la défense du mode de production capitaliste, elle ne pourra que s'attaquer aux travailleurs, en profitant de la confiance que ces derniers lui portent. C'est le rôle que lui assigne la bourgeoisie, grecque et internationale, qui ne tolérera son gouvernement qu'aussi longtemps qu'il le remplira.» (2).
Il n'a pas fallu attendre bien longtemps la démonstration de cette facile prévision. Il paraît d'ailleurs que lors des dernières négociations, certains Etats et certaines «institutions» ont menacé d'obliger à la formation d'un nouveau gouvernement, peut-être d'un «gouvernement technique», si les dirigeants grecs rechignaient à accepter les conditions demandées par les créanciers. Mais d'autres ont probablement fait valoir que Tsipras et ses partisans, renforcés par leur «victoire» électorale, étaient les mieux à même de faire avaler l'amère pilule aux masses prolétariennes: c'est précisément à cela que sert la démocratie.

Contradictions interimpérialistes

Les négociations de Bruxelles ont été particulièrement houleuses, voyant s'affronter deux groupes de pays à propos du sort réservé à la Grèce: d'un côté, l'Allemagne avec ses alliés des pays du Nord qui préconisaient la sortie du pays de la zone euro, de l'autre la France, soutenue par Chypre et l'Italie, qui y étaient opposés. Certains ont voulu y voir l'opposition de deux conceptions de l'Europe: d'un côté les partisans de l'orthodoxie financière et du respect des traités, de l'autre les partisans de la solidarité entre les peuples.
La réalité est bien différente; en «défendant la Grèce» contre les représentants allemands, Paris ne défendait pas le «peuple» grec et encore moins les prolétaires grecs: le projet présenté par le gouvernement grec et rédigé en collaboration avec des responsables français reprenait toutes les mesures anti-ouvrières et antisociales demandées par les créanciers européens. Au cours des négociations, le ministre français des Finances utilisa l'argument que si la Grèce quittait la zone euro, elle ne pourrait pas rembourser sa dette; mais le plus inquiétant pour Paris et Rome était qu'une sortie de l'euro aurait risqué d'entraîner des troubles économiques dans la zone, portant un coup sévère aux maigres espoirs de redémarrage de la croissance en France et en Italie. La prétendue «défense de la Grèce» n'était que la défense des intérêts capitalistes nationaux français et italiens!
La position des dirigeants allemands était différente parce que la bonne santé de leur économie lui aurait permis d'absorber sans trop de peine le choc d'un «Grexit» (sortie de la Grèce de l'euro); ce qui les préoccupait davantage, au delà de la perspective peu riante d'accorder à fonds perdus des crédits supplémentaires à la Grèce, c'était de créer un précédent qui pourrait demain être invoqué par des gouvernements d'autres pays beaucoup plus gros, par l'exemple l'Espagne; d'où leur volonté, si le Grexit n'avait pas lieu, d'infliger des conditions punitives à la Grèce afin que cela serve d'avertissement pour ceux qui seraient tentés de l'imiter...
 Enfin les Etats-Unis firent pression sur l'Allemagne pour que la Grèce ne soit pas éjectée de la zone euro et que sa dette soit réduite (3). Cela correspond à leur position traditionnelle consistant à pousser les Européens à abandonner les politiques d'austérité et à adopter des mesures de relance économique, afin qu'ils jouent un rôle de locomotive d'une croissance mondiale en ralentissement; mais dans ce cas précis, leur position s'explique principalement par le souci d'éviter qu'un membre de l'OTAN occupant une position stratégique-clé, soit plongé dans un marasme économique qui affaiblirait ses capacités militaires. Cependant les Etats-Unis ne voulurent pas s'immiscer directement dans les négociations, comme le leur demandait Tsipras, le prétendu représentant de la «gauche radicale», qui espérait trouver un appui solide dans l'impérialisme américain...
Aucun de ces Etats ne pouvait se soucier de la situation des prolétaires et des masses grecques parce que tous ont pour fonction de défendre le mode de production capitaliste contre leurs propres prolétaires et ceux des pays qu'ils dominent!

Tous les Etats bourgeois et toutes les classes possédantes sont les ennemis des prolétaires
Les prolétaires grecs ont reçu une dure leçon dont les enseignements, conformes au marxisme, sont valables pour les prolétaires du monde entier: il est impossible de se défendre contre les attaques capitalistes, qu'elles soient menées par leurs propres capitalistes ou, au nom des intérêts supérieurs du capitalisme, par des capitalistes étrangers, en se fiant aux mécanismes de la démocratie parlementaire; le bulletin de vote n'est qu'un chiffon de papier qui ne peut en aucune façon primer sur les intérêts bourgeois et résoudre les contradictions sociales. Un prétendu «vote de classe», comme celui en faveur du non salué par l'extrême gauche européenne, n'est qu'une triste illusion: la lutte de classe ne se déroule pas dans l'enceinte des parlements, mais dans les usines, dans les entreprises et dans la rue. On ne peut adoucir les exigences capitalistes en essayant d'émouvoir les bourgeois par la description des souffrances des populations, comme paraît-il le faisaient, en ne suscitant que des haussements d'épaules, les négociateurs grecs à Bruxelles – d'accord pour faire souffrir les prolétaires mais pas trop quand même! Les prolétaires ne doivent pas s'attendre à de la pitié ou de la commisération des capitalistes et de leurs valets, mais seulement à des coups; ces coups peuvent sans doute être plus ou moins brutaux, mais ce n'est là qu'une différence de degré due à une différence de méthode: la méthode réformiste est plus douce pour éviter dans la mesure du possible qu'éclatent des affrontements sociaux. Mais lorsque les intérêts bourgeois sont trop urgents la méthode réformiste emprunte aussitôt la voie des diktats et, lorsque les affrontements menacent, la voie de la violence et de la répression: Tsipras n'est que l'énième exemple.
Le «plan de sauvetage» finalement conclu à Bruxelles, avec tous les sacrifices qu'il impose aux prolétaires et aux masses (augmentation de l'âge de la retraite jusqu'à 67 ans pour certains et réduction des pensions des agents de l'Etat, nouvelles coupes dans les mesures sociales, augmentation des prix et des taxes etc.), mais également à  certaines couches de la petite et moyenne bourgeoisie, avec les restrictions de souveraineté imposées à l'Etat grec (au grand scandale des nationalistes d'«extrême gauche»), ne résoudra pas les problèmes qu'affronte le capitalisme grec; selon nombre d'économistes, il les aggravera au contraire en accentuant la dépression économique que celui-ci connaît depuis plusieurs années. C'est en tout cas l'avis du FMI, qui après avoir pesé de tout son poids pour le faire admettre par le gouvernement d'Athènes, estimait dans un rapport publié le 14 juillet, mais connu des responsables européens lors des négociations, que ce plan était non viable si les Etats européens n'acceptaient pas de réduire ou de supprimer la dette due par les Grecs – ce qu'ils ont obstinément refusé! De nouvelles crises grecques sont donc inévitables, avec leurs lots de mesures anti-ouvrières...
La crise grecque n'est que la manifestation extrême de la crise générale du capitalisme en Europe et dans le monde; c'est pourquoi l'alternative, tout aussi bourgeoise, d'une sortie de la zone euro et/où de l'Union européenne, ne peut pas être une solution pour les prolétaires. Ce qui est possible pour un puissant Etat impérialiste comme la Grande-Bretagne: fonder sa prospérité sur une monnaie indépendante et envisager de quitter l'UE, ne l'est pas pour le faible capitalisme grec; les lois impitoyables du marché capitaliste où, par temps de crise, ne surnagent que les plus forts, s'appliqueraient à elle avec peut-être encore plus de violence si la Grèce quittait l'alliance capitaliste qui s'appelle Union Européenne. Le capitalisme grec, privé ou d'Etat, devrait extorquer encore plus férocement de la plus-value à ses prolétaires au nom de la défense de la patrie, en réalité pour résister à ses concurrents sur le marché mondial.
Il n'existe pas de solution bourgeoise à la dégradation des conditions de vie et des prolétaires qui, d'une manière plus ou moins prononcée, se vérifie dans tous les pays. Les partisans de la collaboration entre les classes, qu'ils appartiennent à la dite «gauche radicale» ou au «réformisme» traditionnel, ne peuvent que collaborer à cette dégradation parce que la collaboration entre les classes signifie soumission à la classe dominante: ce n'est pas un hasard si Pablo Iglesias, le leader du Podemos espagnol, a approuvé la conduite de Tsipras...

Pour la reprise de la lutte de classe,
pour la constitution du parti de classe international!


Pour les prolétaires il n'y a pas d'autre solution que de rompre avec la collaboration de classe et tous les partis et syndicats qui la soutiennent, et de prendre la voie de la lutte de classe anticapitaliste. Il n'est possible d'affronter et de vaincre les capitalistes et leur Etat que par la lutte ouverte, en adoptant les méthodes, les moyens et les buts classistes:
défense intransigeante des seuls intérêts prolétariens, organisation indépendante de classe, tant sur le plan de la lutte de défense immédiate que de la lutte anticapitaliste plus générale, constitution du parti politique de classe, internationaliste et international, en liaison avec les prolétaires de tous les pays., pour diriger la lutte jusqu'à la victoire révolutionnaire.
Cette voie n'est pas facile, mais c'est la seule réaliste, alors que les faits ont démontré une nouvelle fois que la voie réformiste et électoraliste, collaborationniste et nationaliste, n'est qu'une mortelle utopie, qui ne sert que la bourgeoisie.

Parti Communiste International  18/7/2015
www.pcint.org


(1) http://www.rifondazione.it/primapagina/?p=18794
(2) Prise de position du 27/4/2015, www.pcint.org
(3) Le ministre de Finances allemand a répondu en faisant allusion à la situation de Porto-Rico: ce petit Etat, qui a le statut d'«Etat associé» aux Etats-Unis est, lui aussi, virtuellement en faillite, mais Washington refuse de le secourir.