"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 13 juillet 2015

ZORBA A FAIT DES SIENNES

                                                Après un armistice de dupes à Bruxelles et le «tonneau des Danaïdes» grec : début d’effritement de la mystification européenne et de l’impéritie de la finance capitaliste
"Les dirigeants européens et occidentaux critiquent la Grèce pour son incapacité à collecter l'impôt. Dans le même temps, les Occidentaux ont créé un système d'évasion fiscale mondial... et les pays avancés essayent de contrer l'effort global pour stopper l'évasion fiscale. On ne peut pas être plus hypocrite". Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie.

La légende antique du «tonneau des Danaïdes», les filles de Danaos, s’applique doublement au cas grec, ce Zorba ambigu et pervers (qui ne pense qu’à boire et danser) à la fois expression de «panier percé» d’un système étatique grec particulier et loufoque (on ne termine jamais les maisons pour ne pas payer d’impôts, manière héritée de la contestation de l’occupation ottomane un siècle auparavant), mais surtout «punition» bouc-émissaire d’un système mondial lui-même surendetté et
surtout démystification d’une Europe bâtarde, essentiellement création de l’impérialisme américain après 1945 pour faire pièce idéologique universaliste à la prétention communiste fabulatrice du stalinisme.


L’orchestration de cet exotique «Zorba le grec» aura remisé la démagogie référendaire du comédien gauchiste Tsipras au rang d’un fait divers, tant la «Prusse» aura tambouriné que son «opinion publique» en avait «marre» de tenir «à bout de bras ce grec dépensier», au point que la bourgeoisie française du Figaro à papy Giscard s’accommodait déjà d’un Zorbaxit punitif. Le boucan démagogique allemand aux cris de «remboursez ou crevez-le!», et de ses vassaux du nord et de l’est, finit par être contre-productif politiquement. Finalement, partout en Europe, la «Prusse» ne fît que réveiller les vieilles aigreurs nationalistes de chacun; en France de la part des Mélenchon, Le Pen et du falot secrétaire du PCF dégarni. Les prolongations à Bruxelles, comme un mauvais match de foot avec l’injuste «tir aux buts», mirent mal à l’aise toute le monde, de Paris à Salonique en passant par Berlin. Evidemment que ce qui a tranché était du domaine géopolitique - on le l’a pas crié sur les toits - l’intermittent Tsipras a obtenu que son pays ne soit pas éjecté de la manne européenne en refilant le port de Thessalonique à la bourgeoisie allemande; l’Allemagne aura donc accès à la Méditerranée, ce qu’elle n’avait pu réussir depuis la guerre du Kosovo. Le 5 juillet dernier, un entrefilet du Figaro l’avait laissé filtrer: «Athènes doit accélérer le programme de privatisations, lancer des offres pour les ports du Pirée et de Thessalonique avant octobre 2015». Le port du Pirée est déjà réservé aux chinois, il ne manquait plus qu’à rétrocéder celui de Salonique (ou Thessalonique pour les anti-turcs). L’aéroport d’Athènes, à l’abandon depuis 2004, a été vendu à une riche famille grecque, société écran de l’Etat chinois et une autre partie à Abou Dhabi. Sont en cours la privatisation les chemins de fer et plusieurs ports de plaisance. Le tout pour moins de 10 milliards d’euros alors que les requins mesquins de Bruxelles en réclamaient 50! Zorba a fini la soirée ivre mort.

Le couple franco-allemand a été sauvé, chantent chancelleries et journalistes! Mais il s’en est fallu d’un cheveu de Zorba que le divorce ne se profile. Mais n’est-ce pas partie remise quand Hollande a joué le rôle de la femme conciliatrice et Merkel celui du viril macho? Pourtant l’homme Merkel aura son pied à terre en Méditerranée quand la femme Hollande aura été le dindon (le coq gaulois) de la farce, cajolant son enfant Zorba humilié et bourré! Inversion des genres quand tu nous tiens. Les délégués officiels de la bourgeoisie française n’auront été payés en retour de leurs efforts conjugaux que par leur propre gloriole quand le rival en opposition, le pompier incendiaire Sarkozy et son laquais Woerth ont été l’objet de tant de moqueries réitérées sur le web (c’est un bienfait d’internet que tous les obligés du système dominant - qui avaient pour rôle jadis d’occuper le terrain de la fausse liberté de s’exprimer - soient désormais immédiatement étrillés à chacune de leurs prestations de mauvaise foi, voire pour péché de bêtise politique incommensurable).

Sisyphe et les danaïdes peuvent y perdre leur latin et leur grec, les banksters financiers ont pour «mission», sous conditions drastiques et humiliantes, de continuer à prêter à Zorba des fonds public Européens pour rembourser en urgence des Fonds privés (ce nirvana du capitalisme filou) qui se sont sucrés avant terme! 
En attendant de s’effondrer l’Europe stagne. Elle s’effrite, pour reprendre les termes du cercle PIC, Pour une Intervention Communiste, qui avait prévu en vrai la chute de la maison stalinienne quand le barnum Révo Internationale le voyait se renforcer comme Chaulieu-Castoriadis. Son PIB est cette année au même niveau qu’en 2007 alors que celui des Etats Unis a progressé en moyenne de 2% par an depuis cinq ans. Depuis la naissance de l’euro la production industrielle de la France a régressé de 12%, celle de l’Italie de 20%, celle de la Grèce de 20% alors que celle de l’Allemagne a bondi de 34% ?
L’Europe reste le principal marché du monde, ancien lieu des batailles de deux guerres mondiales, elle demeure le terrain central d’une guerre (psychologique et terroriste) à mort entre champions du capitalisme, mais d’un capitalisme en crise qui crie désormais partout «c’est la faute à l’autre»! Oublié les trucages de Goldman&Sachs (dérisoirement les amis de Zorba du gouvernement grec vont porter plainte), oublié le fait que tous les requins capitalistes «européistes» savaient que la Grèce était un cas particulier tordu, oubliée la complicité des politiciens grecs et de leurs homogues du Parlement européen (mais je ne vais pas tomber dans l’anaphore hollandaise).
L’Europe s’est révélée, au cours des nuits chaudes bruxelloises, un panier de crabes, de faux-culs, de menteurs en goguette, de puent-la-finance-corrompue. Le but des «négociations» livré au public était effrontément cynique: mise sous tutelle, accentuation de l’austérité, nouvel accroissement de la dette, terrorisme, comme le dit fort bien le musclé Vafourakis. L’inverse de ce que ce dernier et ses potes les réformateurs radicaux de Syriza avaient fait imaginer comme lendemain électoral radieux aux électeurs grecs.

Prise en otage bancaire de la population grecque par les faucons, vrais cons de Bruxelles, chantage au Grexit, partiel ou total, arrogance allemande, terrorisme à la misère, pitié française, les divers épisodes du feuilleton bruxellois ont mis en lumière qu’il ne s’agit pas d’un simple défaussement de la débilité de la marche de la crise capitaliste comme en 2008, mais d’une complexe crise géopolitique où le mot solidarité sonne comme charité, et où l’incapacité des divers gangs capitalistes en lice à constituer de nouveaux blocs débouche à nouveau sur la théorie du bouc-émissaire, ce Zorba «mauvais payeur» comme hier les «salauds de pauvres». En toile de fond, l’inflation de migrants, dont personne ne veut, signe comme les démonstrations de Daesch effaçant la ligne Sykes-Picot, la fin d’un monde hérissé de frontières capitalistes et colonialistes, mais pas dans un sens humain ni communiste. Les crimes de guerre, attribués aux seuls djihadistes, n’ont jamais été aussi odieux et exhibés à tous, civils innocents comme politiciens et militaires coupables. Autant les oligarchies capitalistes (américaine, européenne, russe, chinoise, arabes) se fichent de toute véritable consultation des prolétariats, autant les conditions d’une nouvelle guerre mondiale n’ont jamais été autant handicapées. On dirait que tous les impérialismes se tiennent par la barbichette. Poutine masse ses troupes aux abords de l’Ukraine mais elles doivent rester l’arme au pied. Les négociations pour accueillir à nouveau l’Iran chez les nations BCBG patinent en longueur, et les contradictions sont permamentes; l’Iran soutient Bachar El Assad; certains arguent que Daesch est une création de la bourgeoisie israélienne; les cartels de la drogue en Amérique du Sud égorgent certainement plus que Daesch... Les complots sont partout et jamais élucidés... Il y en a autant de vrais que de faux...

Le terme armistice pour les soit disant heureuses conclusions du banquet bruxellois, dans ce cadre mondial très belliciste sous hydre terroriste, est tout à fait approprié. On n’est plus simplement en guerre économique mais psychologique. Zorba «parasite et profiteur» demeure tenu en laisse comme la corde tient le pendu; c’est le seul constat indubitable. Rien ne nous dit que Zorba ne va pas ôter la corde au dernier moment. Les bourreaux de Bruxelles (Prusse et affidés, plus Gaule hypocrite) restent méfiants quant à la réussite de la pendaison. Zorba  doit vider ses poches de grec voleur avant d’être sacrifié et régler ses frais d’avocat avant de mourir.

La reine Angela Merkel, avant même le début de la montée à l’échafaud, avait rappelé qu’il n’était pas question «d’un pendaison à n’importe quel prix» et que dans les relations avec  ce salaud de Zorba «la valeur la plus importante, à savoir la finance et la convertibilité a été perdue». La vache allemande avait proposé de transférer l’échafaud au pays des honnêtes fraudeurs, un duché au nom d’un jardin parisien. Mise sous tutelle affreuse, protestèrent les amis de Zorba et de la Grèce antique et immémoriale. A ce compte il ne restait plus aux Grecs que le Sirtaki et l’Ouzo (vendu sous le règne du troc).
L’ogre américain (FMI, fond monétaire intercontinental), pas plus sympa que la vache allemande - ses intérêts sont plus élevés que ceux des créanciers européens - n’a pas bougé le petit doigt pour arbitrer entre ses progénitures allemande et anglaise (le contrôle de Mare nostrum) parce qu’il ne peut pas faire jouer prioritairement ses visées sur Chypre (la base militaire tenue par la bourgeoisie britannique) et trop occupé par les palabres avec l’Iran.
Les plaintes contre la scandaleuse mise sous tutelle par les innocents politiciens grecs (des gauchises de Syriza aux partis mafieux débarqués du pouvoir) font sourire. La Grèce a toujours été sous tutelle, ottomane, puis anglaise, occidentale, bancaire et européenne...

En attendant, les amis parlementaires de Zorba vont pouvoir déblatérer, s’engueuler, pleurnicher et se rabibocher dans une union nationale d’où les radicaux réformistes de Syriza se tiendront à l’écart, voire manifesteront violemment dans la rue en dénonçant la «trahison» de leur ancienne égérie Aléxis Tsípras. Pourtant il n’y aura pas eu le choix, c’était ou plier sous la double peine prussienne ou manger des cailloux, car comme l’a déclaré super Vafourakis avant d’aller bronzer sur l’île Lesbos, il n’y a même pas les machines pour réimprimer des drachmes au pays de Zorba.

La campagne idéologique mondiale va prendre le pas sur les exactions criminelles de Daesch et le tour de France, via les agitations verbales des différentes enclaves parlementaires des bourgeoisies européennes.

Il n'est pas question de moratoire d’une dette faramineuse, ce qui serait humain. Un cynisme de type capitaliste-nazi prédomine. Même si la pendaison «solidaire» de Zorba signifie que la dette est insoutenable, Zorba doit régler ce qu'il doit au FMI depuis la fin juin. Même pendu, Zorba devra emprunter à nouveau sur les marchés financiers. Sa dette restera à 180% du PIB et on va la lui faire grimper encore, pour le plaisir que confère l’argent. Pour la première fois dans l’histoire des Etats nationaux, une mise sous tutelle par un impérialisme gigogne (la Prusse masquée sous la bannière étoilée européenne) va régenter la fiscalité d’un pays moderne comme les anciennes colonies, et exiger que les vieux travailleurs crachent au bassinet. On pourrait penser parfois qu’il ne s’agit que d’un cauchemar irréel, d’un mauvais scénario imaginé par un cinéaste stupide.
Pour la première fois dans l’histoire, un impérialisme gigogne exige d’un condamné à la pendaison qu’il présente sa défense sous trois jours. Rien n’est joué au pays de Zorba qui peut souhaiter faire danser l’ours prussien comme dans la Strada, avec un Zorba jouant le rôle d’Anthony Quinn. Le comédien Alexis Tsipras pourrait aussi convoquer des élections anticipées. Ou se contenter de "faire le ménage" dans Syriza, les députés de la gauche «réformiste radicale» (c’est à dire contre-révolutionnaire et co-gérente du Capital en crise) en désaccord avec la politique du gouvernement, devant théoriquement, selon le règlement, "rendre" leur siège au parti et laisser leur place au second sur la liste.

Le gentil ministre grec de l'économie à la signature en forme de bite, George Stathakis, a déclaré que les députés "rebelles" de Syriza, incluant des ministres, devaient démissionner. Seuls deux députés de Syriza ont voté "non" au plan de Tsipras et huit se sont abstenus. Mais sept étaient "absents" au moment du vote. L'ex-ministre des Finances, Yanis Varoufakis, étant parti se reposer sur une île que j’ai évoquée et en famille.

Quinze députés de Syriza, qui assurent avoir voté "oui" pour ne pas gêner, pour le moment, le gouvernement, ont prévenu qu'il ne fallait pas compter sur eux pour entériner les futures réformes exigées par les créanciers (postulant au rôle de pleureuse professionnelle à la Mélenchon). Le scénariste de pacotille Alexis Tsipras, qui avait, avec un culot indicible, promis la fin de l'austérité et le maintien de Zorba dans un euro aux règles financières sévères, pour se faire élire, peut sauter sous peu; ce que souhaitait la bourgeoisie grecque, filiale de l’européenne, avant le référendum. Ce référendum bidon, instruentalisation du peuple et du prolétariat (comme la reine Merkel et sa prosaïque opinion pubique) visait la dénonciation des mesures d’austérité prussiennes et voilà que ce bateleur de Syntagma s’y est plié. Rien n’indique que la perspective du Grexit ne soit pas finalement la porte de sortie inévitable, lamentable et miséreuse, ouvrant la voie au véritable effritement d’une Europe de bric et de broc, de fric et de troc.

Après six mois d’une vraie guerre géopolitique en plein cœur de la zone euro, un «armistice» extrêmement honteux est proposé à Zorba. Que le Parlement grec l’accepte ou non, que les Parlements nationaux le ratifient ou non, comme on le disait lors de l’éclatement de l’URSS, la boite de Pandore est ouverte. Et, espérons-le, une réflexion du prolétariat international sur l’absence de solution nationale, électorale ou gréviste locale, mais un combat simultané contre tous les Etats et leurs financiers, pour bâtir un autre monde débarrassé de l’injustice de la domination de l’argent dans les rapports humains.

«l'homme doit avoir un brin de folie ou alors il n'ose jamais couper la corde et être libre" "apprends moi à danser" "ensemble"». (Zorba le Grec)


vendredi 10 juillet 2015

LA GRECE VA-T-ELLE VERS LA REVOLUTION?

 « Alexis Tsipras et son parti Syriza ont montré leur vrai visage : celui d’un groupe de rupture, antisystème, anticapitaliste, et pour finir anti-européen, dont le modèle, s’il existe, doit être recherché du côté du Venezuela de feu Hugo Chavez. Un national-populisme avec comme moteur en lieu et place de la dénonciation du diable américain, une intense propagande anti-allemande faisant de la seule Angela Merkel la responsable de tous les maux de la Grèce. » Jean-Marie Colombani (Slate, 29 juin 2015)

Les fantasmes du franc-mac Colombani sont dérisoires pour ne pas dire ridicules. Le parti Syriza n’est pas du tout un groupe anticapitaliste, et le petit Tsipras ne sera pas un nouveau Kérensky. L’Eurogroupe et Tsipras veulent la même chose: continuer à gouverner ensemble et plus encore. Il n’est nullement question de changer de système ni en Grèce ni ailleurs comme le résume bien l’éditorialiste de l’Huma, vieux journal au passé stalinien indéniable tenu à bout de bras par le grand capital:
« Oxi. C’est un coup de tonnerre dans l’Europe de l’austérité. Le non lucide, courageux et puissant d’un peuple debout. Un non à l’austérité, pour de nouvelles négociations, pas un non à l’Europe. C’est un résultat sans appel, venant après une semaine de tous les dangers, où les peurs ont été exacerbées par cette partie de la presse grecque aux mains des puissances d’argent, où le chantage au Grexit de nombre de dirigeants européens refusait au peuple grec le droit de se prononcer en toute liberté, en un véritable déni de démocratie. Eh bien, c’est une magnifique leçon de démocratie que la Grèce et ses dirigeants ont donnée à l’Europe et peut-être au-delà, où la situation est suivie de près, comme aux États-Unis même...».

Tous les amis de cet ancien directeur du Monde font de quotidiens et louables efforts pour noyer le poisson de la complexité grecque notamment avec ce «tour des idées reçues sur les grecs malhonnêtes»:
 - les grecs dépensent l’argent des européens
- le gouvernement grec n’a fait aucun effort
- la Grèce n’aurait jamais dû rentrer dans la zone euro
- en Grèce l’extrême gauche et l’extrême droite sont au pouvoir
- les grecs sont fainéants
- La Grèce n’a qu’à ne rien rembourser du tout et tant pis pour les « banksters »


[Je ne résiste pas à coller ici un commentaire anonyme pertinent: «"Pour ma part, j'aurais aimé qu'on m'explique en quoi Syriza serait un parti de gauche "radicale" : Quelle nationalisation des vastes domaines de la théocratie, quelle réduction drastique des dépenses militaires, quelle justice fiscale s'attaquant aux plus riches, aux exilés fiscaux ou autres grands propriétaires ? Suffit-il de psalmodier les éternelles antiennes antiKapitalistes et de dénoncer l'UE libérale, toujours trop libérale ?
La démonstration est plus que faible . Il y a bel et bien une alliance objective FDG et FN . Même tonalité populiste , Europe et Euro coupables de tout ! Je suis également persuadé que leurs électorats sont poreux et compatibles».]



Idées reçues auxquelles on peut tranquillement continuer à répondre oui, en particulier à la dernière, concernant les banksters!


CONTRADICTIONS DES UNS ET DES AUTRES

Le Grexit serait une énorme connerie pour tous, donc rétropédalage de tous les témoins. L’économinologue J.Sapir, pote de Mélanchon et de Besancenot, se félicite lui de «l’honneur du Parlement européen" et cite élogieusement les amis d’Albion: « Nigel Farage, le député britannique de UKIP et représentant du groupe ELD2, a quant à lui critiqué l’introduction de l’euro : «Si vous essayez de rassembler de force des personnes différentes ou des économies différentes sans d’abord demander à ces personnes leur consentement, il est peu probable que cela fonctionne. Le projet a échoué ». Sapir glorifie enfin ce héros du compromis (...radical et cultivé): «Alexis Tsipras a également rappelé à ceux qui l’auraient oublié que l’Allemagne avait vu en 1953, 60 % de sa dette effacée. Il aurait pu dire que l’Allemagne avait fait 6 fois défaut sur sa dette depuis 1848. Le mot de la fin est revenu à Alexis Tsipras qui a conclu sur une citation de Sophocle : «Il y a des moments où la plus grande loi de toutes les lois humaines est la justice pour les êtres humains ». Lire aussi sur le site de la tendance Claire du NPA, les délires d’un des particules gauchistes de Syriza , le DEA (Gauche ouvrière internationaliste) qui imagine déjà une nationalisation des banques et un «contrôle des capitaux» (http://tendanceclaire.npa.free.fr/breve.php?id=13751)
Le philosophe gauchiste Sotiris proposait lui carrément le Grexit pour aller vers cette truie «l’Europe des solidarités» avec autarcies de marginaux et fédérations des écolos inconnus.

J’ai eu beau chercher à retrouver les analyses classiques trotskiennes (revival poussiéreux) du schéma de la révolution russe (le libéral faible Kérensky finalement supplanté par les bolchéviks), pas trace chez la plupart. Seul un illuminé isolé se prenant pour Lénine; JJ Karman, rien moins que «membre de la gauche communiste au Conseil national du PCF" roucoulait en 2011 (je n’ai pas cherché s’il avait récidivé en 2015): «Nous devons avancer le mot d’ordre « d’annulation de la dette » et le payement de celle-ci par ceux qui en profitent. Parallèlement la nationalisation des banques avec protection des épargnants, mais sans indemnisation des capitalistes doit aussi être un de nos mots d’ordre.Personne ne peut prévoir l’effet d’un mot d’ordre juste, parfois il suffit de peu pour qu’une situation devienne pré-révolutionnaire».

Le NPA, plus modeste, flirte avec un réchauffé de la fumeuse «révolution permanente» (derrière les nationalisations la prise du pouvoir?):
«Le NPA salue la volonté du peuple grec d'en finir avec l'austérité permanente, qui ne sert qu'à remplir les coffres forts des banques et de la finance mondiale. En votant « NON » au référendum le peuple grec a confirmé son vote du 25 janvier 2015. Pour le NPA ce vote met à l'ordre du jour la mise en œuvre d'une politique anticapitaliste par l’annulation de la dette, l’expropriation des banques, la renationalisation des services publics privatisés, l’augmentation des salaires et des pensions de retraite en s'appuyant sur les mobilisations du monde du travail pour imposer la rupture des négociations biaisées avec la Troika et faire cesser la dictature de la BCE.»
Lutte Ouvrière est plus nuancé mais dans le vague des formulations, cette secte trotskienne suppute quand même un arrière-planplan «Kérensky puis Lénine», mais avec ces notions liophylisées d’électorat, de peuple grec, de «population», de «classes populaires grecques», de «classe des exploités»:
«En votant non, l’électorat populaire grec a rejeté le énième plan d’austérité que les institutions internationales de la bourgeoisie veulent lui imposer. Malgré le concert de menaces des chefs d’État d’Europe, relayés par les médias à genoux devant le grand capital, malgré les nantis grecs, les classes populaires ont exprimé leur refus de continuer à subir les baisses de salaires, les licenciements, les coupes dans les retraites, le plongeon dans la pauvreté. Elles ne veulent plus payer pour une dette qu’elles n’ont pas faite et dont elles n’ont en rien profité. En votant comme il l’a fait, l’électorat populaire s’est exprimé courageusement mais n’a pas changé le rapport de force avec le grand capital qui, au nom des intérêts à payer, démolit les conditions d’existence de la majorité de la population. C’est là la limite de l’expression électorale dans une société dominée par l’argent, par la grande bourgeoisie. Le gouvernement Tsipras ne demandait pas autre chose que de reprendre les négociations avec les institutions internationales pour trouver un compromis avec les étrangleurs des classes populaires. Et pour montrer sa bonne volonté, il vient d’offrir à ses interlocuteurs la tête de Varoufakis, le ministre des Finances, qui a eu un langage un peu trop dru pour ces messieurs de la haute finance et leurs serviteurs politiques.(...) Qu’est-ce que cela changerait pour les exploités grecs soumis au racket de la finance d’avoir à payer en drachmes plutôt qu’en euros ?
La société crève de la dictature de la grande bourgeoisie, de la course au profit d’une minorité. Par-delà tous les affrontements partiels, aujourd’hui en Grèce, demain ici, peut-être, l’avenir dépend de la capacité de la classe des exploités à s’attaquer aux racines du mal, à se donner pour objectif l’expropriation de la grande bourgeoisie, la mise de l’économie sous le contrôle de la population. Et à se donner les moyens d’y parvenir.»


Les partis oligarchiques officiels ont été divisés au départ tous sur les solutions pour la Grèce, tentant d’abord de dévier vers l’amalgame des «extrêmes». Le ministre des finances Macron avait osé comparer FN et Syriza, pour ensuite rectifier lui-même le tir, sur Twitter : assimiler Syriza et le FN n’a pas grand sens». Pendant une semaine, le fin et médiatisé  Florian Philippot envisageait une sortie rapide de la Grèce de la zone euro. Ce vice-président du Front national, qui avait exprimé à plusieurs reprises son soutien au premier ministre de la gauche bobo, Alexis Tsipras, imaginait les Grecs revenir à la drachme dans la foulée du référendum du 5 juillet, organisé pour répondre sur le plan d’aide proposé par les créanciers du pays. « Il faut que les Grecs mettent fin à l’euro. Il y aura un temps d’adaptation, mais le redressement ira assez vite, dès le mois d’août », expliquait, le 29 juin, le bras droit de Marine Le Pen. Pourtant, au lendemain du non, réflexion faite ou alignement sur des conseils obscurs:   Le scénario qu’il faut éviter, c’est que les Grecs soient jetés en dehors de l’euro », déclara Philippot, à l’inverse de ses précédentes déclarations.
Le plus comique caméléon aura été Sarkozy qui a effectué un revirement complet sur ce dossier, en se disant favorable à la recherche d’un accord avec Athènes pour lui permettre de rester dans la zone euro, après s’être résolu à sa sortie de la monnaie unique.

« Tout doit être fait pour trouver un compromis » entre la Grèce et ses créanciers, a déclaré le président des Républicains (LR), mercredi 8 juillet, sur TF1, à condition que les termes de cet accord ne menacent pas la « crédibilité » des 18 autres pays de la zone euro. Une position contraire à celle qu’il avait exprimé pendant une semaine. Le 2 juillet, il défendait une ligne très dure, en décrétant de manière prématurée que le gouvernement grec avait « suspendu de fait, de lui-même, l’appartenance de la Grèce à la zone euro ». Appelant à « ne pas céder » face au premier ministre grec, Alexis Tsipras, « qui refuse toute attitude raisonnable ». L’inspecteur des travaux finis roulait donc pour le  « Grexit ». Pour lui, la poursuite des négociations n’était pas une priorité : « Aujourd’hui, la question est davantage de savoir comment protéger la zone euro du désastre grec que de simplement protéger la Grèce. »
Contacté par un sous-fifre du Monde, le PN répondit qu’il n’avait pas changé de position mais que c’était «le contexte qui avait changé»!

LE CONTEXTE QUI N’A PAS CHANGE

« Citoyens d’Athènes, peuple grec, Aujourd’hui, nous ne protestons pas, nous ne manifestons pas ; aujourd’hui est un jour de fête. Ce jour est une fête de la démocratie.La démocratie est une fête et une joie, la démocratie est une libération, la démocratie est une issue». (Tsipras le 3 juillet)
Depuis le début Tsipras demande d’alléger la dette d’un tiers dans un contexte kafkaïen où l’aide européenne fournie par les banques sert à payer les rentes aux banques étrangères! Le Grexit n’a jamais été dans les intentions de Syriza, tout au plus un des aspects du chantage. Avec le référendum Tsipras a réussi un joli coup politique, en faisant comprendre que si la Grèce était jetée dehors les créanciers seraient gros Jean comme devant. Mais aussi la Grèce suspendue dans le vide, car, personne à part quelque infimes sectes («Solidarité communiste», «Initiative communiste»,  Karman du PCF etc.)  n’imagine tenable une «annulation de la dette» avec une «nationalisation des banques»! On n’est pas en 1917 avec une situation de guerre mondiale, en présence d’une classe ouvrière forte appuyée par un parti déterminé dans un pays-continent! En 2015, la classe ouvrière en Grèce est au niveau zéro, encadrée par la petite bourgeoisie bobo, divisée entre autochtones et immigrés albanais, bulgares, asiatiques, etc., considérés avec mépris, sans oublier le facteur déstabilisant des arrivées massives de migrants. La droite mettait les migrants dans des camps, et se faisait tancer par la «troïka humanitaire", quand Tsipras, plus malin, les dirige vers le bureau d’Athènes où leur est délivré un asile provisoire et fourni des papiers de circulation qui leur permettent de gagner la clanestinité et de filer ensuite vers l’Allemagne... Moins hypocrite que la bourgeoisie française, la bourgeoisie grecque autorise la prostitution car elle sait que ces migrants en transit n’ont pas seulement besoin de manger; une île est devenue un bordel pour migrants, où la passe est à 5 euros, et le personnel des filles qui viennent des Balkans et d’Europe de l’Est.

La bourgeoisie grecque se ferait couic si elle laissait de quelconques aventuriers gauchistes couper les ponts avec la finance mondiale (en s’imaginant nous refaire le coup des emprunts russes), et le pays sombrerait dans la famine dans les trois semaines; un coup d’Etat de nouveaux colonels serait vite mis sur pied. Contrairement aux analyses alambiquées et hors de la réalité de «Mouvement communiste», secte néo-bolcheviste sur le blog de Coleman, la Grèce n’est plus un pays industriel; depuis de l’entrée dans l’Europe, l’industrie a filé dans le nord et dans les Balkans; en Roumanie les salaires sont de l’ordre de 250 euros/mois et en Bulgarie 150 euros/mois. La crise de la construction immobilière n’arrange rien, d’autant que la plupart des grecs sont propriétaires de leur habitation.

Nulle inquiétude à avoir côté Syriza, qui s’est donné les moyens de refaire des «propositions constructives» aux commanditaires de la méchante «troïka» en s’appuyant sur dix experts de Bercy french fisk (en réalité de la banque Lazard, banque d’affaire franco-US, conseil des gouvernements!) . Tsipras négocie aussi a minima avec les curés orthodoxes pour qu’ils cédent des terrains. Quant aux armateurs, il n’y peut que pouic; ceux-ci ne sont pas prêts ni enclins à payer des impôts vu qu’ils sont domiciliés au Luxembourg et... en Grande Bretagne!
Le vrai problème reste d’être capable d’en finir avec l’Etat rentier grec, et de structurer sa gestion économique, pas seulement avec pour argument «l’austérité» (chanson sentimentale de Tsipras dans tous ses discours, en partie ridiculisés par l'ex-Premier ministre belge Guy Verhofstadt, président de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (« La classe politique grecque n'a pas fait assez d'efforts »; « Vous avez le choix : celui d'être un accident électoral qui a appauvri son peuple ou un vrai révolutionnaire qui n'a pas peur de réformer»), se moquant du «faux prophète»... démagogique en effet.

Contexte géopolitique de fond, comme il faut le redire ici: la bagarre oppose toujours l’Allemagne à la Grande Bretagne. Parce qu’on empêche l’Allemagne d’avoir accès à la Méditerranée. Obama a même dû téléphoner à Merckel pour lui dire d’écraser ou de payer les 50 milliards de dollars à la Grèce. Poutine aimerait bien financer les Grecs pour disposer d’une base militaire en mer Egée (quoique la marine russe soit minable) , où la bourgeoisie turque refile migrants à la Grèce; cet argument est certainement utilisé en coulisses, mais une telle velléité se verrait aussi flanquer d’un coup de colonels!

(à suivre dimanche soir)



Post scriptum ergo sum


   
        BONNES FEUILLES DU PASSE

Dans toute l’histoire du mouvement révolutionnaire prolétarien, contre les guerres, contre les crises, a toujours été défendu le mot d’ordre de moratoire des dettes, encore faut-il, fallait-il que le prolétariat fût au commandes - et dans une dynamique de révolution internationale -  et pas un cartel de petits bourgeois soumis au système dominant comme en Grèce actuellement. Très peu diplomates nos chers bolchéviques, ils avaient aussi dévoilé les accords Sykes-Picot, ne se gênent pas avec les fameux emprunts russes. Lénine restait dubitatif concernant les nationalisations. Dans l’interview complaisante que Lucien (cf. La Bataille socialiste) fait du petit chef Nicolas Dessaux d’un vague groupe dit «Initiative communiste et Solidarité Irak», celui-ci définit le caractère «nationaliste de gauche» des nationalisations (= l’Etat réponse à tous les problèmes, état d’assistance, état de sidération idéologique pour la planète bobo, fonctionnaires et enseignants inclus). C’est très insuffisant. Les nationalisations, accolées à l’idéologie stalinienne, sont une des mesures de capitalisme d’Etat pour les reconstructions d’après-guerre. Ce petit chef ne connait rien des analyses des pères de la Gauche maximaliste (Bilan, Internationalisme, etc.) et vient nous dire qu’on n’a pas besoin des banques (une hérésie anti-marxiste: le capital a révolutionné le mode d’échange sur la planète grâce au système bancaire); il nous propose ensuite de sauter directement dans le communisme. Comme tout anar lambda. Au fou!
(Merci à Robin Goodfellow de nous avoir communiqué le texte suivant)
    

Par Joseph Noulens (1864-1964), député puis sénateur du Gers de 1902 à 1924, président d’un parti dit du centre droit qui prit, entre autres, les noms d’Alliance républicaine démocratique puis de Parti républicain démocratique, ministre de la Guerre puis des Finances en 1913-1914, fut ambassadeur de France à Petrograd, de mai 1917 à avril 1918, après la signature du traité de Brest-Litovsk - que le gouvernent français refuse de reconnaître -, puis à Vologda jusqu'en juillet 1918, date à laquelle il part pour Arkhangelsk retrouver le « gouvernement du nord» antibolchevik placé, écrit-il dans ses Mémoires « sous la protection de nos canons » (tome 2, page 198).

En 1933, il publie deux tomes de Mémoires très instructifs. Nous en extrayons les pages où il dénonce l'annulation de la dette et les nationalisations avec une indignation très éloquente... et qui n'a rien perdu de son actualité !


LA SOLUTION: ANNULER LA DETTE, NATIONALISER LES BANQUES

L'annulation de la dette

Vers le milieu de no­vembre, le bruit courait déjà que les commis­saires du peuple avaient l’intention de renier l  renier les engagements fi­nanciers contractés par l’État russe sous le tsarisme. Une très vive émotion était signalée, comme conséquence de cette nouvelle, sur les places de Paris, de Londres et d'Amsterdam, dont la clien­tèle si nombreuse de souscripteurs aux emprunts russes se voyait menacée de spoliation.

Dès le 23 novembre paraissait dans la Novaia Jizn, sous la signature d'un bol­chevik de marque nommé Larine, un projet dont les dispositions essentielles étaient celles que devait reproduire, quelques semaines plus tard, le décret prononçant l'annulation de tous les em­prunts conclus ou placés à l'étranger.

Le texte de Larine était accompagné d'un commentaire que je reproduis ci­-dessous, comme spécimen de l'effronte­rie candide qui est dans la manière propre aux bolcheviks.

« Les emprunts russes sont placés principalement en Angleterre, en Alle­magne et en France, et, actuellement, c’'est le moment le plus favorable pour les supprimer. Les capitalistes de ces pays sont tellement affaiblis par cette longue guerre et par le mécontentement populaire qui en est la conséquence, qu 'ils ne seront pas capables de faire la guerre à la Russie uniquement parce que nous aurons annulé les emprunts étran­gers.

La statistique montre que ces em­prunts sont placés principalement entre les mains des capitalistes. Quant à la partie de nos emprunts qui, surtout en France, est placée entre les mains de pe­tits propriétaires, les capitalistes fran­çais n'auront qu'à ouvrir leur bourse et prendre à leur compte le remboursement des petits porteurs. Ce sera pour les ca­pitalistes français un châtiment parfaite­ment mérité pour    leur guerre, et, s'ils es­saient de s'y soustraire, les petits pro­priétaires les chasseront de leurs places et se payeront eux-mêmes sur leur dos.

L'annulation des emprunts étrangers de la Russie est une des conditions les plus naturelles et les plus obligatoires de la paix. »

Quelques jours après, la Pravda reprenait le même thème, dont il était aisé de deviner les inspirateurs.

La question ainsi posée devant l'opi­nion russe était déjà tranchée en principe dans l'esprit des commissaires du peuple. Mais ils voulaient donner à leur décision une solennité particulière, en la faisant prononcer par le comité exécutif central panrusse des soviets, qui devait se réunir au début de l'année nouvelle. C'est ainsi que le décret annulant les em­prunts de l’État russe ne fut approuvé par cette assemblée que le 21 janvier (3 février) 1918.

Un sentiment de stupeur et de répro­bation.. .

Cette mesure scandaleuse, édictée au mépris d'engagements qui, jusqu'alors, avaient été considérés comme sacrés par tous les grands États, fut accueillie avec un sentiment de stupeur et de réprobation par les membres du corps diplomatique.

La France, nul ne l'ignore, avait, plus que tout autre pays, en souscrivant aux emprunts russes, fait les frais de mise en valeur du territoire de l'empire, notam­ment par la construction de chemins de fer. Ces émissions approuvées et encou­ragées par l’État français avaient eu un succès populaire qui aurait dû entrer en considération auprès d'un gouvernement socialiste. La créance française, évaluée alors à une douzaine de milliards, était répartie entre des millions de petits épar­gnants. Aussi étais-je bouleversé à l'idée des misères que les bolcheviks, ces pré­tendus amis du peuple, allaient provo­quer parmi les moins fortunés de nos compatriotes.

On sait que les premiers coupons de rente russe qui vinrent à échéance au dé­but de l'année 1918 furent acquittés par le Trésor français. En annonçant cette prise en charge provisoire, M. Klotz, mi­nistre des Finances, fit, le 19 janvier, de­vant la Chambre, des déclarations qui étaient empreintes de sympathie et de confiance envers la Russie.

Certains journaux bolcheviques l'in­terprétèrent comme une acceptation du fait accompli: acceptation qui leur pa­raissait facile, car, disaient-ils, « le chiffre des emprunts russes est faible par rapport aux dettes de guerre de la Fran­ce. Celle-ci peut se substituer à la Russie sans sans s'imposer un fardeau excessif. »

Quant à la Pravda, dont les attaches avec les commissaires du peuple étaient étroites, voici en quels termes elle s'ex­primait dans son numéro du 17 février 1918 : « L'annulation des emprunts exté­rieurs porte aux puissances de l'Entente un coup dont l'importance n'est pas moins grande que celle des victoires al­lemandes sur le front occidental. L'heu­re du châtiment sonne pour les Clemen­ceau et Poincaré. Le petit-bourgeois français pardonnera les millions de vic­times sur le champ de bataille, mais il ne pardonnera pas la ruine matérielle. Le gouvernement français cherche à ajour­ner l'échéance de sa chute, en prenant à son compte le paiement des intérêts des coupons des emprunts russes. »

Après la France, la nation la plus gravement atteinte par la décision des com­missaires du peuple était la Hollande, dont la population était créancière de l’État russe pour plus de trois milliards. Les États scandinaves, Suède, Norvège et Danemark, représentaient aussi des montants élevés de souscriptions, de mê­me que l'Angleterre, la Belgique et la Suisse.

A la première nouvelle de la répudiation des dettes, les chefs des missions devenu doyen du corps diplomatique depuis le départ de Sir George Buchanan. Ils avaient rédigé une protestation dont le texte devait être définitivement adopté le lendemain.

Nous nous étions séparés assez tard dans la soirée. Chacun regagnait sa de­meure à travers une ville mal éclairée, obligé à tout instant, par des ouvriers ar­més ou des gardes rouges, d'exciper de ses qualités et de présenter son proputsk ou permis de circuler. Le marquis de la Torretta, ministre d'Italie, allant souper chez des amis, fut arrêté par de soi-di­sant malandrins, qui lui dérobèrent sa pelisse et le laissèrent dans la rue, sans autre vêtement que sa jaquette, par un froid de 15 à 18 degrés au-dessous de zé­ro. Le soir même, les ambassadeurs ap­prenaient le fait. Ils eurent l'impression que le ministre d'Italie avait été dé­pouillé par des agents du gouvernement soviétique, qui pensait, par ce moyen, s'emparer du projet de note diploma­tique relatif à la répudiation des dettes.

En réponse à la plainte du marquis de la Torretta, Trotski répliqua, sur le mode ironique, que la mésaventure du ministre d'Italie était analogue à celle qui, dans la capitale de l'Europe la mieux policée, aurait pu se produire au détriment de bourgeois victimes d'attaques nocturnes.

Le marquis de la Torretta semblait par­ticulièrement visé par les bolcheviks. Une douzaine de jours avant l'incident que nous venons de relater, un détachement de soldats était entré de vive force à l'am­bassade d'Italie, avait pillé la cave et pé­nétré dans les appariements du ministre. Le corps diplomatique s'était empressé de protester avec vigueur contre cette viola­tion de l'exterritorialité diplomatique. Le commissari « Tous les ambassadeurs et ministres alliés ou neutres, présents à Petrograd, font savoir au commissariat des Affaires étrangères qu'ils tiennent les décrets du gouvernement ouvrier et paysan relatifs à l'annulation des emprunts, à la confis­cation des biens, etc. pour autant qu'ils concernent les intérêts des sujets étran­gers, comme non existants. En consé­quence, les ambassadeurs et ministres soussignés déclarent que leurs gouver­nements se réservent le droit, au moment voulu, d'exiger instamment satisfaction et réparation du préjudice et des pertes occasionnés par l'application de ces dé­crets aux États étrangers en général et à leurs sujets habitant la Russie en parti­culier. »

Nous n'avions aucune illusion sur l'efficacité de notre protestation. Les bolcheviks étaient incapables d'un retour sur eux-mêmes, provoqué par un senti­ment d'équité ou d'honneur.

A propos des nationalisations

Une autre opération financière, qui dénotait, peut-être, encore moins de scrupules que l'annulation des emprunts, avait été réalisée par le gouvernement soviétique dès le milieu de décembre. C'était la nationalisation des banques et la réquisition de leurs coffres-forts. La décision avait été prise sans étude préa­lable ni hésitation, avec un mépris de l'opinion publique attesté par Lénine lui­-même dans son discours du 13-26 jan­vier 1918 :

« Le fond de la tactique du pouvoir des soviets est qu'il place les masses de­vant le fait accompli.

Nous n'avons pas résolu la nationalisation des banques de façon théorique, par voie de longue préparation ; nous avons dit : nous disposons d'ouvriers et de paysans armés, profitons-en pour occuper, dès ce matin, les banques privées, et ensuite nous examinerons les mesures à prendre. Le matin les banques furent occupées, et, le soir, le comité exécutif discutait la situation et donnait un fondement théorique au fait accom­pli. »

C'était sous le prétexte ironique de servir l'économie populaire que les com­missaires du peuple s'appropriaient les avoirs des banques: « Nous tâcherons de confisquer, au profit du peuple russe, une quantité de capitaux suffisante pour créer une forte et riche banque populaire de la République russe » disait, le 14 décembre, devant le comité exécutif des soviets, Sokolnikov, qui préludait ainsi, comme apo­logiste de cette mesure, aux fonctions de commissaire aux Finances et ensuite d'ambassadeur en Grande-Bretagne. C'est encore lui qui déclarait, devant la même assemblée: « L'or en monnaie et en lingots des coffres-forts sera immédia­tement et indiscutablement confisqué et déclaré propriété nationale. »

Le décret décidait que toutes les banques privées étaient rattachées à la Banque d’État, qui se chargeait de l'actif et du passif de chacune d'elles. En vertu de ce texte, toutes les sommes en garde, soit dans les caisses des banques, soit dans les coffres-forts particuliers, de­vaient être versées à la Banque d’État et inscrites au compte-courant des clients, qui naturellement ne revirent jamais un centime des avoirs confisqués.

La plus touchée des nations étran­gères fut, de beaucoup, la France, dont les nombreux nationaux, établis ou non en Russie, avaient dans ce pays des inté­rêts financiers considérables. Certains établissements français possédaient éga­lement en Russie d'importantes succur­sales, dont les dépôts se trouvèrent dé­tournés au profit du Trésor soviétique.

Les chefs de missions ne purent se dispenser de protester contre la révoltan­te spoliation dont leurs nationaux étaient victimes: leur démarche ne fut pas mieux accueillie que ne devait l'être, plus tard, celle qu'ils firent concernant la répudiation des dettes.
 La plus touchée des nations étran­gères fut, de beaucoup, la France, dont les nombreux nationaux, établis ou non en Russie, avaient dans ce pays des inté­rêts financiers considérables. Certains établissements français possédaient éga­lement en Russie d'importantes succur­sales, dont les dépôts se trouvèrent dé­tournés au profit du Trésor soviétique.

Les chefs de missions ne purent se dispenser de protester contre la révoltan­te spoliation dont leurs nationaux étaient victimes: leur démarche ne fut pas mieux accueillie que ne devait l'être, plus tard, celle qu'ils firent concernant la répudiation des dettes.

Les espoirs en la Constituante

Tous les espoirs des partis d' opposi­tion allaient vers la Constituante. La pé­riode électorale était ouverte depuis le 25 novembre. Une agitation fébrile se manifestait dans les groupes politiques. Quant au gouvernement, il prenait toutes les mesures propres à peser sur la volonté des électeurs. Il comptait aussi sur la proposition d'armistice, malheu­reusement conforme au vœu des popu­lations, pour les amener à se prononcer en faveur de sa politique.

Les adversaires des maximalistes comptaient trouver dans la Constituante, même dénuée de toute force maté­rielle, l'appui moral qui leur permettrait de rallier une partie des ouvriers d'usi­ne et des soldats fourvoyés dans l'aventure bolchevique».



lundi 6 juillet 2015

VRAIS ET FAUX ENJEUX DE L'ORCHESTRATION POLITIQUE DEMAGOGIQUE EN GRECE

Démagogique est un terme très grec: "La démagogie (du grec demos « le peuple » et ago : « conduire ») est une notion politique et rhétorique désignant l'état politique dans lequel les dirigeants mènent le peuple en le manipulant pour s'attirer ses faveurs, notamment en utilisant un discours flatteur ou appelant aux passions.Le discours du démagogue sort du champ du rationnel pour s'adresser aux pulsions, aux frustrations du peuple. Il recourt en outre à la satisfaction immédiate des souhaits ou des attentes du public ciblé, sans recherche de l'intérêt général mais dans le but de s'attirer la sympathie et de gagner le soutien. L'argumentation démagogique peut être simple afin de pouvoir être comprise et reprise par le public auquel elle est adressée. Elle fait fréquemment appel à la facilité voire à la paresse intellectuelle en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes" (sic! Wikipédia).

« Je ne m'habitue pas ni au cynisme des dirigeants grecs qui ont posé une question biaisée » parce que portant sur des propositions périmées des créanciers, ni aux « propos populistes d'aucuns qui, parce que leur opinion publique le leur demande, considèrent que la solution à tous nos problèmes serait de sortir la Grèce de la zone euro » (ministre Macron)

Le feuilleton grec entretient un suspense complexe largement dominé par les mensonges des dominants et le cinéma de rue des "réformateurs radicaux" (Lire l’article du CCI: Grèce: les gauchistes cachent la nature bourgeoise de Syriza); et de vaines émeutes de rue. Résumé du suspense référendaire ambigu par le site du barnum TF1 dimanche matin, révélateur de l'incroyable aveuglement et cynisme de la bourgeoisie européenne chic, imaginant 60% de oui alors que cela vient de produire le contraire (qui est pour honorer les yeux fermés des dettes faramineuses? Levez le doigt?):

"De quel côté penchera la majorité des Grecs? Des indications existent. Deux sondages, menés sur les propositions européennes en fin de semaine dernière, c'est-à-dire avant l'annonce surprise du référendum, publiés dans la presse grecque, donnent 60 % de oui. Les créanciers comptent sur la peur du Grexit, la sortie de l'euro, pour pousser les électeurs à désavouer leur premier ministre. La fermeture des banques et le contrôle des capitaux mis en place lundi donnent aux Grecs un avant-goût de la paralysie et du chaos qui pourraient conduire à un abandon forcé de la monnaie commune. Ces mesures d'exception empêchent pour l'heure un phénomène de panique bancaire qui constituerait le premier rouage de l'engrenage incontrôlable menant à l'effondrement des banques, puis au Grexit. Le dispositif va empoisonner la vie quotidienne des Grecs pendant toute une semaine et entretenir l'angoisse sur l'après. Mais, dans l'immédiat, il suspend le temps en attendant la consultation populaire de dimanche. Si le "oui" obtient la majorité : On imagine mal Alexis Tsipras ne pas démissionner à la suite de ce qui serait un désaveu cinglant de sa politique.
Si le "non" obtient la majorité :

Dans ce cas, la balle sera dans le camp des créanciers. Ces derniers pourraient retourner à la table des négociations et revoir leur copie mais cela semble peu probable. Ils devraient plutôt considérer que le texte retoqué par le référendum est le seul envisageable. La République hellénique se retrouverait alors isolée pour s'acquitter de ses dettes. Un recours au marché est exclu, le risque d'un défaut est si grand que ces derniers lui imposeraient des taux d'intérêt insoutenables. La seule solution pour le gouvernement Tsipras serait donc de refuser d'honorer sa dette. Dans sa très large majorité, cette dernière est due à des institutions ou à des Etats (42,4 milliards d'euros pour la France et 56,5 pour l'Allemagne). Les risques de contagion sont donc très faibles. Ce défaut ne devrait pas impacter le secteur financier international. Par ailleurs, sans accord, la Banque centrale européenne ne pourra plus continuer à soutenir les besoins en liquidités de la Grèce. Sans cette aide, les banques grecques feront faillites précipitant le pays dans une crise encore plus grave.
 Face à ce scénario noir, il ne restera plus qu'une solution à la Grèce, sortir de la zone euro et gérer elle-même sa politique monétaire, seule solution pour espérer sortir de la crise à moyen terme".
Tout était dit en l'espèce.

UNE VICTOIRE DE LA CLASSE MOYENNE

La semaine de tous les dangers s'ouvre après la victoire du non. Du point de vue du prolétariat grec, très faible et très encadré par démagogues syndicaux et anarchistes, ce référendum n'est que pipi de chat, il n'exprime nullement une prise en main de son sort, et la bourgeoisie, même si elle est restée muette de stupeur à l'annonce du résultat (silence radio des Hollande, Merkel et Juncker) s'en moque comme de la première dette grecque. Ce référendum gauchiste sert momentanément à sauver la peau du parti Syriza et de son cador Tsipras, et a pour but, cyniquement, de servir à mieux faire passer un plan d'austérité arrangé, rééchelonné, un tonneau de danaïdes en guenilles sans fin autre que l'attente de l'explosion d'autres contradictions capitalistes qui pourraient bien provenir rapidement. Comme l'a dit sans fard une pétasse anonyme sur la "chaîne info": c'est une victoire de la classe moyenne. Oui cette petite bourgeoisie qui ne pense qu'à son nombril, veut maintenir ses privilèges, ne pense qu'en termes de riches et de pauvres, qui veut le beurre et l'argent du beurre. Les représentants français de la petite bourgeoisie, Mélenchon et NPA, ont eu beau danser place de la République avec chants patriotiques comme sur la place Syntagma, ils n'ont amusé personne tellement la situation est grave, entre cynisme des financiers européens et démagogie gauchiste. Le clivage gauche/droite se résume un peu partout à ce schéma: une gauche bobo qui la joue victimaire pour le cas grec, et une droite qui veut qu'on fasse payer "les grecs" en général. Les partisans de l'extrême droite se répartissent dans ces deux camps, voire se veulent une synthèse des deux mystifications!
On pouvait imaginer que Tsipras, le fringant ministre du cartel gauchiste Syriza, avait choisi la seule
porte de sortie honorable pour mettre fin aux promesses électorales de raser gratis en vue d'un moratoire des dettes du demi-Etat grec (Etat sans cadastre et sans sérieuse perception d'impôts): se faire adouber électoralement (pas sûr) ou se laisser remplacer pour s'échapper d'un pouvoir bancal la tête haute du héros "résistant"même en ouvrant une crise politique dans le pays mythique de la démocratie éternelle ou du mythe éternel de la démocratie. La seule chose que sa manoeuvre dilatoire aura permis aura été de toute façon d'ouvrir la crise politique à l'échelle européenne, à contenter Poutine et à inquiéter Obama.
Très symbolique du cynisme des dirigeants financiers du Conseil européen est le fait qu'ils auront milité pour le oui en compagnie des curés orthodoxes et des patrons grecs, pour une soit disant décision démocratique électorale quand il s'étaient assis sur le nom des peuples au traité de Lisbonne: la démocratie ne s'use que selon qu'elle sert ou pas les intérêts financiers des grands groupes capitalistes, mais peau de balle au bout du compte. Le système du référendum peut être dangereux et reste plus incontrôlable que le système truqué d'élections des partis politiques. De plus, grâce à une élection réalisée à grande vitesse en une semaine, les médias conservateurs n'ont pas eu le temps de renverser la tendance à l'indignation face aux remboursements de plus en plus exorbitants, preuves de la démesure atteinte par le capitalisme en crise dont la crise grecque n'est qu'une pustule. Le manoeuvrier boutiquier Tsipras a réussi à piéger les méchants créanciers en les prenant de vitesse, mais ces élections restent aussi frauduleuses que les autres organisées en régime bourgeois; et quand toute la planète gauchiste a le culot de clamer qu'on a donné la parole au peuple, elle ment effrontément. D'abord: forte abstention face à une question à la con de manipulateur politique, près de 40%, ce qui atténue la "forte" victoire de 60 contre 48, et prouve que la manoeuvre politique de Syriza et de ses potes d'extrême droite, n'est pas si écrasante qu'on nous le hurle aux oreilles et divise bel et bien le peupel grec, et en plus le prolétariat en général, en particulier en France où ceux qui réfléchissent ne donnent aucun "crédit" à la démagogie misérabiliste suiviste des PCF, FdG et NPA. Les commentateurs ont glissé que dans certains quartiers ouvriers d'Athènes le vote avait atteint plus de 80% en faveur du non; évidemment les ouvriers les plus frappés par la crise capitaliste n'allaient pas voter oui à la baisse des retraites et des salaires (quoique si l'on lit bien les dernières conditions, ce n'est pas ce secteur qui est plus menacé -la bourgeoisie européenne craint l'explosion prolétarienne - mais les revenus déguisés des couches moyennes plus les taxes genre TVA, etc.).
La bourgeoisie grecque n'envisage nul nouveau coup d'Etat de colonels, car cette place dominante prise par la "classe moyenne" indignée est bien utile pourtant à la domination bourgeoise, avec ses ramifications mondiales d'Espagne au Brésil, de Podemos à Die Linke. Cette marge intermédiaire de la société affiche une prétention "radicale" à réformer le capitalisme, en abolissant certaines dettes, mais sans toucher aux privilèges des fonctionnaires, sans toucher aux privilèges des curés des partis politiques, des rentiers d'Etat et des curés tout court (Syriza caresse dans le sens de la barbe les parasites de l'Eglise orthodoxe et la mafia des bateaux de luxe). Cette excroissance sociale parasitaire sert de barrage à toute expression indépendante du prolétariat et valide l'absence de perspective véritablement révolutionnaire. Ce n'est pas d'abattre l'Etat bourgeois qu'il est question mais de nous chanter: "Vive le gouvernement Syriza" qui "résiste" (pour l'intérêt national) aux méchants créanciers carnivores, comprenez: "créons partout, un, deux, trois gouvernement Syriza"; au point que le petit démagogue creux Mélanchon se voit déjà président en 2017!
Or il nous faut ici resituer les enjeux sous les cris contre les salauds de la "troïka", la dénonciation de "l'humiliation du peuple grec", face aux gardiens financiers d'une Europe faussement démocratique. Ces enjeux dépassent les courtes festivités électorales.
Nous allons examiner les deux principaux aspects occultés de la "crise grecque", qui n'est pas en soi une crise économique de la seule Grèce, mais surtout une histoire politique et... militaire, géopolitiquement s'entend.

AUX ORIGINES DE L'ADHESION DOUTEUSE DE LA GRECE A L'EUROPE

C'est l'émission consacrée à la Grèce sur Public-Sénat, la veille du jour électoral, qui vaut d'être citée pour référence et pour l'excellence du documentaire présenté, historique de l'adhésion alambiquée du pays de Platon au conglomérat européen. Sans négliger l'intérêt du débat, certes tardif, entre économistes et géopolitiques intelligents. 
L'adhésion de la Grèce, pays non industriel, paraissait anormale et donc peu souhaitable. Le documentaire rappelle que, contre l'avis de la plupart des caïds européens, la bourgeoisie française (de Giscard à Chirac) a, pendant une dizaine d'années fait le forcing pour faire admettre la Grèce. Avec des arguments démagogiques en premier lieu: cela aurait fait mauvais genre de ne pas inclure dans l'Europe moderne financière et commerciale le pays "fondateur de la démocratie". La Grèce se voyait affublée de la fonction de vitrine civilisatrice... La plupart des ex-ministres ou ex-commissaires européens se récrient d'avoir été au courant ensuite des trucages financiers invraisemblables qui ont servi à maquiller les résultats misérables des gouvernements grecs. A l'évidence ils étaient au courant, mais leur profession comporte la qualification de menteur et ils ne veulent pas être inquiétés pendant leurs confortables retraites, une hache perdue de Daesch est si vite arrivée. La bourgeoisie grecque et ses bobos mènent ensuite grand train de vie; la dolce vita: achat de Porsches et de résidences luxueuses, dîners fastueux et... doublement des salaires, du jamais vu dans toute l'histoire du mouvement ouvrier (mais les ouvriers grecs n'étant pas très nombreux... et laissant le sale boulot à de nombreux migrants...avant l'heure de leur exposition médiatique). Puis, toujours avec la manne financière européenne, le demi-Etat grec (Etat rentier) va dépenser sans compter pour de fastueux jeux olympiques, dont la facture pèse encore.
Lorsque les premières inquiétudes commencent à poindre sur la réalité de la santé économique grecque, les politiciens font appel à la banque juive Goldman&Sachs, qui va les rouler dans la farine avec des intérêts exorbitants.
Tout cela c'est l'écume des vagues. Un économiste a beau nous dire que le forcing de la France pour l'admission de la Grèce était de ne pas rester seule face à la Deutschebank, on reste dubitatif. La vérité (partielle aussi) va venir de l'excellent prof géopolitique Philippe Dessertine (à ne pas confondre avec Jean-Paul) et par un prof grec présent à l'émission.
L'association de la Grèce "berceau de la civilisation" c'était pour les gogos. En vérité, la Grèce est d'abord une frontière européenne face à la Turquie et, surtout aujourd'hui, face à la Syrie. Double enjeu, comme il n'existe pas d'armée européenne, chaque pays porte une responsabilité. Ainsi, coup double, en échange de sa prise de responsabilité défensive, la Grèce doit être arrosée financièrement pour acheter un armement sophistiqué à l'Allemagne et à la France. L'Europe finance donc avant tout l'armée grecque, alors qu'il n'existe pas vraiment de menace de la part de la Turquie membre de l'OTAN. (Mais elle finance une armée d'incapables, dixit JLR)
Si menace il y a , comme on le verra, elle provient de la Perfide Albion. Ce petit pays d'à peine 11 millions d'habitants se situe entre la troisième et la cinquième place des pays importateurs d'armement. C'est en outre la plus grande marine du monde.
Les debaters rappellent que lorsque l'armée turque envahit Chypre, la Grèce se serait retrouvée seule pour la contrer. Ils omettent de préciser que c'est l'impérialisme anglais qui était derrière, qui a toujours monté les turcs contre les grecs afin de mieux sauvegarder son importante base militaire de Chypre.
Donc, comme on le voit, la Grèce nécessite des égards financiers (même empoisonnants) comme l'Ukraine, parce que ces deux pays sont "au front". Il se pose le problème d'éponger plus ou moins la spirale infernale des dettes d'un Etat rentier incapable, mais qui ne fait que servir de bouc-émissaire à la crise capitaliste générale qui se poursuit et dont le cas grec n'est qu'un soubresaut et pas un cas particulier. La finance européenne a créé des bulles en cascade et quand elles éclatent elle crie: c'est pas moi! La comparaison avec l'Argentine n'est pas flatteuse pour les prétendues "faculté de récupération économique du système capitaliste"; l'Argentine, quand même plus industrielle que la Grèce , n'est toujours pas sortie du bourbier, après son "défaut de paiement" datant de 15 années; et certains ont même le culot de nous assurer que la Grèce est mieux protégée parce qu'elle n'est pas elle, sous la coupe des "fonds vautours" US!

DERRIERE LE CINEMA DU REFERENDUM GREC LA BAGARRE POUR LE CONTROLE DE CHYPRE

Syrisa n'a jamais constitué une alternative politique au capitalisme et n'est, comme le chantent nombre de plumitifs, qu'un exemple de fierté nationale de bobos réunis, de fierté d'un vague peuple baladés par une poignée de démagogues. Non seulement ce cartel de partis gauchistes allié à un parti d'extrême droite n'a quasiment rien fait pour bouleverser l'ordre des choses, mais, étant composé d'anciens étudiants en économie formés dans la Perfide Albion, il roule pour les intérêts de l'impérialisme britannique, quitte à contrarier le grand frère US, et ne croit pas à la fiabilité des impérialismes chinois et russe.
D'abord en menaçant in fine, sous l'affirmation de vouloir réouvrir les négociations, pouvoir séparer la Grèce du conglomérat européen (projet qui concerne la bourgeoisie anglaise elle même désireuse de faire sécession) mais cela aboutirait au  renforcement de la base militaire britannique à Chypre, que la bourgeoisie américaine tente de récupérer. Grexit ne rime-t-il pas avec Brexit? La bourgeoise anglaise a toujours surveillé et contrôlé la politique en Grèce comme l'huile sur le feu. La bagarre met aux prises en réalité Allemagne contre Angleterre, avec comme arbitre la bourgeoisie américaine (qui prônait le oui sado-maso à l'Europe); la grande base américaine à Francfort n'est plus suffisante et correspondait à la ligne de partage de la guerre froide, et le théâtre des opérations (impérialistes) se situe plus au sud évidemment face aux guerres arabes... qui se rapprochent

[La plus grande base restant la mystérieuse Diego Garcia, d'où l'armada US a probablement abattu le Boeing 777 de Malaysia Airlines et ses 239 passagers le 8 mars dernier, cf. http://www.parismatch.com/Actu/International/Le-mystere-du-vol-MH370-2-2-675084]

Ensuite, par le chantage au lâcher de migrants si les "gérants" de la finance européenne éjectent la Grèce endettée (cf. lire la déclaration du ministre facho du gouvernement Tsipras en début d'année, sur la colonne de gauche (sic) de ce blog.
Le jeu électoral qui vient de se dérouler au premier plan aura donc été une comédie, ponctuel épisode des tragédies à venir - cachant les véritables enjeux - mais on voit par en dessous la complexité du jeu géopolitique, un jeu politique très déstabilisant voire décrédibilisant pour les partis en lice. Partout en Europe les extrêmes gauches se retrouvent à faire des cantiques communs avec l'extrême droite pour bénir Syrisa et son ministre sans cravate. De Mélenchon à Marine Le Pen, de Podemos à Philippot (si bien mis en selle par les médias en France) tous ces politicards font les yeux doux au petit Tsipras, pourtant sur siège éjectable comme il le sait depuis le début. La victoire électorale de la gauche bobo aura aussi permis à la bourgeoisie grecque de gagner du temps, pendant que les syndicats et partis anars auront épuisés les ouvriers dans des processions avec drapeau national et émeutes inutiles. Tsipras, auréolé de son expérience de héros (en carton pâte) pourra tôt ou tard retourner défiler en tête des manifs "contre l'austérité" en tant qu'ancien lutteur émérite (à la saint Mendès France) contre les "géants de la finance".

Pour l'heure, la situation va devenir de plus en plus tendue. Le gouvernement de la bourgeoisie grecque, dirigé par les cadors de la classe moyenne, doit honorer un remboursement de 3,5 milliards à la BCE le 20 juillet. Et, face aux pleureuses d'un impossible moratoire, les caïds de la finance allemande ne sont pas restés muets contrairement à leurs délégués politiques, ils ne rigolent pas eux.
La crise en court peut avoir pour conséquence à court terme de nouvelles élections en Grèce pour éviter une explosion sociale, dont seront encore victimes les prolétaires (répression, piège des émeutes anars, etc.) dans un tourbillon insensé initié par la petite bourgeoisie. Le mauvais payeur grec n'est pas renforcé par la victoire électorale de Syriza (un fraudeur qui nie sa fraude ne peut être crédible auprès du public) car ce sont bien les exigences (terme signifiant originellement: percevoir l'impôt) des créanciers capitalistes qui ressortent plus exigeantes encore face à la manoeuvre électorale démagogique.


à suivre

PS: Cet article était déjà écrit lorsque je suis tombé sur l'article du Monde du 4 juin antérieur à la journée électorale:"Les risques géopolitiques d'un Grexit" http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/07/04/les-risques-geopolitiques-d-un-grexit_4670193_3214.html
lequel confirme ce que j'analysais comme véritable arrière-plan de la crise grecque.

"Ce n’est pas par amour de Platon et Aristote que le président américain Barack Obama, dès le début de la crise grecque, s’est inquiété d’un éventuel « Grexit », jugé dangereux non seulement pour la stabilité financière mondiale ou la cohésion de l’Union européenne, mais aussi – surtout ? – pour la sécurité du commandement militaire de l’OTAN en Méditerranée orientale.
(...) Pas question pour le président américain de voir ce site stratégique menacé. Or, le premier ministre grec, Alexis Tsipras, l’affirme : dans son intransigeance économique, l’Europe sous-estimerait le risque de déstabilisation régionale qu’entraînerait une sortie de la Grèce de la zone euro. « Le facteur géopolitique est en effet totalement absent du débat depuis le début de la crise », estime Georges Prévélakis, auteur du livre Géopolitique de la Grèce (Editions Complexe, 2005). « Garantir une Grèce stable politiquement et performante économiquement aide à stabiliser la région et à européaniser les Balkans. Aujourd’hui, c’est la Grèce qui se balkanise », déplore ce professeur à l’université Paris-I.

Si des années 1970 aux années 1990, la Grèce s’est retrouvée dans une phase de rattrapage économique accélérée par rapport aux pays du nord de l’Europe, depuis vingt ans cependant, elle était devenue un acteur commercial important dans les Balkans, où ses banques, notamment, étaient très actives. L’évolution régionale est suivie avec inquiétude par la chancelière allemande Angela Merkel. Dans ces Etats souvent faibles, Moscou essaie d’avancer des pions en Serbie et dans la partie serbe de Bosnie-Herzégovine, tandis que les djihadistes recrutent dans les Balkans."(...)


Bonne lecture et vous pouvez me dire merci.


Lire aussi l'autre article du CCI "Des Etats en faillite", bien qu'il ne dispose pas de nos infos cruciales pour comprendre les enjeux de fond et ignore les questions géopolitiques:

 «Maintenant ce sont donc les Etats eux-mêmes qui se retrouvent endettés jusqu’au cou, incapables de faire face à leurs propres dettes (sans d’ailleurs que le secteur privé ne soit sauvé pour autant) et en situation potentielle de faillite. Certes, un Etat n’est pas une entreprise, lorsqu’il est en cessation de paiement, il ne met pas la clef sous la porte. Il peut encore espérer s’endetter en payant toujours plus d’intérêts, ponctionner toutes nos économies, imprimer encore plus de papier monnaie. Mais vient un temps où les dettes (ou du moins les intérêts) doivent être remboursées, même par un Etat. Pour comprendre cela, il suffit de regarder ce qui se passe actuellement pour les Etats grec, portugais et même espagnol. En Grèce, l’Etat a tenté de se financer par l’emprunt sur les marchés internationaux. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Tout le monde, sachant que celui-ci est maintenant insolvable, lui a proposé des emprunts à très court terme et à des taux de plus de 8 %. Inutile de dire qu’une telle situation financière est impossible à supporter».

Et aussi les analyses du GIGC:
" La bourgeoisie européenne sait bien que la dette grecque ne sera jamais remboursée. Elle peut donc se payer le "luxe" de laisser Syriza venir au pouvoir en Grèce, puissance capitaliste relativement périphérique et secondaire, si elle réussit à rendre crédible au niveau européen les autres partis "radicaux" de gauche. D’autant que Syriza n’aura d’autre choix que de mener la même politique anti-ouvrière que les gouvernements grecs précédents. Par contre, Syriza et la médiatisation internationale de Podemos permettent de faire miroiter une alternative politique "radicale" de gauche, mais non moins bourgeoise, derrière l’État démocratique capitaliste au niveau européen au moment même où les grandes masses de prolétaires votent de moins en moins, s’éloignent du terrain démocratique bourgeois, et luttent de plus en plus, s’ancrent sur leur terrain de classe".(janvier 2015)
http://igcl.org/Charlie-Hebdo-la-manifestation-de



PS:  Sur le plan des répercussions sociales, dont aucun média ne se soucie excepté pour les images répétitives des queue aux dabs, toujours avec l’enjeu géopolitique majeur seul Le Point fait des remarques lucides sur un risque de révolte sociale: «... depuis la victoire accablante du non, les responsables français, soucieux de ménager l’électorat socialiste, séduit par le romantisme du populisme grec, et désireux de ne pas affoler l’opinion, tiennent un discours tellement apaisant qu’il devient émollient : sur le « respect dû à la décision du peuple grec », « la porte ouverte aux discussions », « les bases d’un accord qui existent », les répercussions quasi inexistantes – à les en croire – du défaut de paiement d’Athènes. Comme le dit en substance l’économiste Philippe Dessertine, les autorités françaises nous refont le coup du nuage de Tchernobyl, dont on se souvient encore qu’il pouvait avoir des retombées sur le reste de l’Europe, mais pas sur la France. On a vu la suite, notamment dans les Alpes-de-Haute-Provence.
(...) D’abord, parce qu’il ne faut pas mésestimer la dimension historique de la victoire du Premier ministre Tsipras au référendum. Plus qu’au moment du succès remporté par le parti Syriza aux élections législatives, le vote de dimanche, par son ampleur, est perçu par la gauche de la gauche en Grèce comme une revanche sur l’échec de la tentative de soulèvement communiste de 1944. Lorsque le gouvernement légitime, avec l’aide des Britanniques, avait empêché les maquis communistes de prendre le pouvoir. Certes, Tsipras a rompu autrefois avec le parti communiste, le KKE, et serait, s’il était en France, plus proche de Mélenchon que de Pierre Laurent. Mais la Grèce est en train de glisser, jour après jour, dans une situation de pénurie : les commerçants ne peuvent plus s’approvisionner faute de liquidité, l’essence devient rare dans les stations-service, les voitures sont laissées chez le garagiste parce qu’on n’a pas les moyens de payer la facture, les salaires sont payés irrégulièrement, les pharmacies sont dépourvues de médicaments, etc. Après l’euphorie populaire de la victoire du non, les lendemains peuvent rapidement déchanter et la situation peut se tendre dans la rue, voire devenir incontrôlable. Pour Tsipras aussi.
Même si la Grèce évite cette dérive extrême, l’instabilité qui découle de la situation dans laquelle elle se trouve en a fait, depuis quelques mois, le maillon faible de la sécurité en Europe. Or, comme le dit son ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotsias, « notre pays est au centre d’un triangle de crises et de déstabilisation ». Ukraine, Libye, Irak, Syrie, la Grèce est géographiquement au coeur des tensions. Un désastre économique, la désorganisation de l’État pourrait, si on ose l’écrire, en faire le talon d’Achille de l’Europe. À la fois pour la pénétration de commandos islamiques dans l’espace Schengen, mais aussi pour l’afflux sans contrôle de réfugiés venant des zones de guerre du Proche-Orient. Déjà le nombre de migrants entrés en Grèce – officiellement 68 000 – est supérieur depuis le début de l’année à ce qu’il avait été pour la totalité de 2014. Faute de ressources, Tsipras a décidé de fermer les camps destinés aux arrivants, qui sont maintenant livrés à eux-mêmes quand ils débarquent.

Un appel d’air pour les candidats au voyage qui ne s’améliorera pas. Et peut-être pour le coup une bonne raison pour l’Europe – même si c’est là un réflexe égoïste – d’aider la Grèce à sortir de sa mauvaise passe économique et financière afin qu’elle ne devienne pas la porte d’entrée d’une marée de migrants, venus de Syrie ou d’ailleurs, attendant une occasion favorable pour se répandre dans les pays du Nord. Il faut toujours avoir en tête que la géographie a fait qu’Athènes est plus proche de Damas que de Bruxelles».

lundi 29 juin 2015

DES FAILLES ET DEFAILLANCE DANS LA THEORIE DE LA «GUERRE DE CIVILISATION»


"Nous sommes confrontés à une guerre contre le djihadiste, le terrorisme et l’islamisme radical. Nous ne pouvons pas perdre cette guerre de civilisation". Manuels Valls (Premier ministre sur Europe 1)

«Les musulmans sont chez eux en France» (le même)

«Il faut toujours avoir en tête le mot d'ordre de l'État islamique diffusé il y a un an quand notre armée s'est engagée dans la coalition: tuer les Français par n'importe quel moyen: couteau, pierre, fusil, automobile…» Pascal Bruckner

«Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait». VOLTAIRE

«...la première leçon apprise sur le champ de bataille est que, plus on se rapproche de l’ennemi moins on le hait». Jesse Glenn Gray (The warriors, 1959, intro d’Hannah Arendt)

«Même aux plus stables, le futur n’est jamais assuré». Michel Verret



Immédiatement après «l’attentat terroriste» de la région lyonnaise à Saint-Quentin-Fallavier, dans une usine classée Seveso, le gouvernement appela à «resserrer les rangs de la nation», à ne pas se laisser aller aux «divisions», quand les rumeurs les plus folles batifolaient déjà: Daesch aurait mis un pied à terre in France! Vigipirate partout! Tous aux abris!
On apprenait qu’un type (un individu selon les uns, un jeune homme pour la presse bien pensante) avait foncé dans l’usine avec un véhicule pour faire exploser des bouteilles de gaz puis qu’on avait trouvé une tête tranchée accrochée aux grilles entourée de deux drapeaux «islamiques» ou quelque chose dans le genre. Un média titrait peu après: «Il a égorgé son patron»; pourquoi pas puisque tant de patrons poussent leurs employés au suicide, mais même un patron n’a-t-il pas le droit de vivre et de partir en vacances, d’être aimé par sa femme et ses enfants? Mais hélas même sur les plages on n’est plus tranquille, à preuve dans cette pauvre Tunisie démocratique commerciale, entourée de féroces dictatures mortifères, où un autre «individu» psychopathe aussi imprévisible a tiré dans le tas des bronzés de la plage, commettant une trentaine de morts innocents puis a été suicidé par la police.
En temps réel, Radio propaganda France autorisait un de ses porte-voix à déclarer que l’attentat à une encablure de Lyon était lui en fait une attaque contre les travailleurs, qui étaient 43 dans l’usine en question au moment où le premier psychopathe a tenté de tout faire sauter. Donc l’émotion était grande parmi «les travailleurs». Des spécialistes étaient convoqués sur toutes les chaînes de propagande pour discerner une attaque concertée de Daesch dans trois endroits: France, Tunisie et Koweit, pour fêter un autre anniversaire funeste des fous d’Allah. On soupesait, on dramatisait, on épiloguait sur le «complot» islamiste qui, on en est certain à chaque fois, régente la planète. La campagne antiterroriste allait réconcilier, comme à chaque fois, toutes les classes sociales, redorer le blason du pâle ministre de l’Intérieur, voire donner des chances de réélection à l’actuelle occupant de l’Elysée sans qu’il change quoi que ce soit à son quotidien d’inaugurateur de chrysanthèmes.
Et puis plouf, en tout cas pour l’attentat en France. Il n’aurait été qu’une variété, certes atroce, de fait divers. Le type en question devait se venger de son patron (qui l’avait rabroué pour avec laisser chuter une palette contenant du matériel électronique) et de sa femme (on ne connait pas encore la teneur des bisbilles familiales); mythomane lâche, il confiait aux flics avoir voulu se suicider. Pas brillant comme argumentation (dégonflée) d’un présumé envoyé de Daesch (qui aurait si bien su abuser tous nos espions informatiques policiers)! Maquiller un crime sordide en opération au nom d’Allah; il aurait crié ‘Allaou Akbar’ au moment ou les flics lui ont mis le pied dessus avec les pompiers, à moins que ce soit aïe ouille! Minable maquillage de taré: décorer la tête de son patron assassiné de deux drapeaux daechiens et poster un selfie pour inquiéter la communauté internationale, après avoir laissé traîner un coran dans le véhicule et un pistolet en plastique... Echéc hélas, la cabine du camion lui a évité d’exploser à son tour et les autres bonbonnes de gaz n’ont pas explosé non plus.
Mais ce qui devrait être un échec pour la propaganda gouvernementale ne le sera pas vraiment, celle-ci démultipliant communiqués et révélations à vous donner le tournis et à radoter «qu’on est en guerre», même si on ne sait pas exactement contre qui. Et le plus subliminal sous les analyses musulmaniaques ou géopoliticiennes des experts, n’est-ce pas le retour de «l’ennemi intérieur», la hache d’une «cinquième colonne arabe» qui plane au-dessus de vous, votre collègue musulman, si gentil apparemment, qui un jour, sans crier gare, peut vous couper le kiki? Et tous ces réfugiés affamés, sans femmes, qui débarquent de Lampedusa à Malte, ne vont-ils pas venir vous piquer femme et travail? La propaganda si antiraciste et si généreuse en paroles pour l’immigration du monde entier vous renvoie un message bien différent sous ses orgueilleux appels à la tolérance et à la convivialité dans l’atroce informationnel, informe et dégoulinant. Et le débat franco-français de rejaillir abstraitement entre les «padamalgame» Todd et le trotskien moustachu de Médiapart face aux effarés de la «capitulation des élites face à l’islam radical» les Finkielkraut et Laignel-Lavastine.
Tous les attentats ne sont pas à mettre sur le même plan ni le produit d’une coordination machiavélique, ils sont surtout tous re-traités, interprétés et utilisés par tous les clans intellectuels en lice des obligés du pouvoir bourgeois, qui se démènent pour occuper la scène ronde du cirque, et tournoyer ensemble pour opacifier les vraies questions que pose le capitalisme décadent.

Dans ce capharnaum, relevons les propos intelligents du juge Trévidic, qui explique, concernant le crime de la région lyonnaise, qu en somme il y a pas mal de psychopathes de nos jours (voire de plus en plus) qui n’ont même pas besoin du coran pour délirer et passe à l’acte: «Le nombre de personnes atteintes de délire djihadiste est exponentiel!» Deux jours après les attaques djihadistes en Isère et en Tunisie, le juge antiterroriste Marc Trévidic dans une interview au Télégramme, estime que: «La population concernée est plus jeune, plus diverse et aussi plus imprévisible, avec des personnes qui sont à la limite de la psychopathie... mais qui auraient été dangereuses dans tous les cas, avec ou sans djihad».  « Ceux qui partent faire le djihad agissent ainsi à 90 % pour des motifs personnels: pour en découdre, pour l'aventure, pour se venger, parce qu'ils ne trouvent pas leur place dans la société... Et à 10 % seulement pour des convictions religieuses: l'islam radical. La religion n'est pas le moteur de ce mouvement et c'est ce qui en fait sa force».

Ce fait divers est pourtant diablement révélateur de l’utilisation par de plus en plus d’individus paumés de la religion musulmane comme couverture à leurs délires suicidaires.
Certains appellent culture ce qui est bourrage de crâne des peuples depuis l’enfance au lieu de s’interroger sur la perte du sens de la vie humaine, sur pourquoi des hommes encore infantiles en viennent à tuer leurs semblables le sourire aux lèvres. Au lieu de se pencher sur la société actuelle capitaliste qui produit de tels suicidaires, on préfère radoter sur la théorie du complot et de la manipulation terroriste.


[Toute la presse finit par reproduire l’info suivante: «Motivations terroristes ou personnelles ?
D'abord mutique pendant les premières heures de sa garde à vue, Yassin Salhi a commencé « à s'expliquer sur le déroulé des faits » samedi soir, avant d'avouer l'assassinat de son patron, Hervé Cornara, 54 ans, selon des sources proches du dossier. D'après iTélé et Le Parisien, il aurait agi en raison de tensions avec son épouse et son patron et aurait voulu se suicider en réalisant un coup médiatique sous couvert de terrorisme. Les deux hommes se seraient disputés il y a quelques jours. Yassin Salhi avait fait tomber lors d'une manœuvre une palette de matériel informatique. Il s'en serait pris à son employeur sur un parking entre son entreprise et le site de l'usine d'Air Products. Le selfie, évoqué ensuite et qui prouve que l’individu est bien un enfant d’internet (de la gloriole virtuelle du web planétaire) - qui convient parfaitement au délit de confirmation de délit de terrorisme en copains organisés - est très vite identifié comme ayant  «été envoyé à un numéro canadien via la messagerie WhatsApp, est finalement parvenu à Sébastien-Younès V., originaire de Vesoul (Haute-Saône) et parti en Syrie en 2014. Connu des services de renseignement et localisé à Raqqa, il combat dans les rangs de l'Etat islamique». ]

La palme de la cuistrerie revient à M.Valls avec l’expression "guerre de civilisation", redite de celle utilisée par Nicolas Sarkozy en janvier 2015, qui avait pourtant été critiquée par le Manuel Valls de l'époque, déclarant alors : « Nous sommes dans une guerre contre le terrorisme. Nous ne sommes pas dans une guerre contre une religion, contre une civilisation», soucieux de ménager en permanence l’électorat musulman et de tordre le cou à «lamalgame».

LA DITE GUERRE DE CIVILISATION (démocratique bourgeoise) CONTRE UNE BARBARIE (islamiste et féodale) EST UN LEURRE

Leurre des divers rapaces impérialistes en lice quand on cantonne peuple et prolétariat au niveau du fait divers confondu avec un complotisme de pacotille et borné par l'hypocrite diversion anti-terroriste, qui évite de penser l'impérialisme, et de fustiger la responsabilité de notre propre impérialisme, vendeur d'armes triomphant doublement puisque l'acte «terroriste" du psychopathe vient à point justifier les affaires militaristes (et créatrices d'emploi pour un prolétariat soumis) de «notre» Etat VRP.
Le grand jeu du capital décadent est un jeu de cons. Les forces capitalistes sont inconscientes et comme le dit très justement cet auteur anonyme de blog, le pompier pyromane se brûle les doigts:

«A chaque fois, une conjonction d’intérêts américano-saoudienne qui favorise l’islamisme, le djihadisme et le chaos. Et ce qui devait arriver finit par arriver : le pompier-pyromane se brûle les doigts et ne peut plus éteindre le feu. La créature s’échappe et se retourne contre le docteur Frankenstein, l’exemple le plus fameux étant bien sûr Al Qaeda.

En ce qui concerne l’Etat Islamique, autre créature sortie du chapeau magique, l’Amérique n’est pas directement coupable en ce sens qu’elle ne l’a pas créé. Mais sa responsabilité indirecte est énorme. Ce sont les usual suspects saoudiens et qataris qui ont développé l’EI et Washington était parfaitement au courant, comme l’a reconnu le général Wesley Clark : « Ce sont nos amis et alliés qui ont financé l’EI » : https://www.youtube.com/watch?v=QHLqaSZPe98

Le but était, pour les pétromonarchies fondamentalistes sunnites, de casser l’arc chiite (Iran-Irak-Syrie-Liban) en créant un "sunnistan" à cheval sur la frontière syro-irakienne. Ca collait parfaitement avec les intérêts US - et israéliens ! - donc tout le monde a fermé les yeux. Le Qatar jouait aussi une carte plus personnelle, désirant ardemment faire passer son gazoduc par le territoire syrien pour relier le marché de consommation européen, ce qu'Assad refusait sur les "conseils" russes. Il fallait donc le faire partir du pouvoir et financer la ribambelle de rebelles. Washington savait également dès 2012 que la Syrie était en train de devenir une terre de Djihad où pullulaient les groupes fondamentalistes et que l’opposition "démocratique" si vantée par notre volaille médiatique n’existait à peu près que sur le papier. Pire ! un document récemment déclassifié, rédigé lui aussi en 2012 par le DIA (l’intelligence militaire), montre que le Pentagone connaissait pertinemment le danger de création d’une "principauté salafiste", mais poursuivit néanmoins sa stratégie anti-Assad en soutenant des mouvements flirtant dangereusement avec la ligne rouge : http://www.politis.fr/IMG/pdf/Pg--291-Pgs--287-293-JW-v-DOD-and-State-14-812-DOD-Release-2015-04-10-final-version11_1_.pdf
(cf. http://chroniquesdugrandjeu.over-blog.com/).

L’ALTERNATIVE RESTE BIEN: OU CAPITALISME CATASTROPHIQUE OU REVOLUTION COMMUNISTE UNIVERSELLE

Quand le prolétariat se réveillera...

Si le système dominant ne se souciait pas tant de nous enfumer par ses tonnes de mensonges ou ses simplismes politiques, on pourrait penser qu’il est serein dans la conservation des injustices séculaires et des inégalités tutélaires. En réalité, la bourgeoisie, les bourgeoisies sont inquiètes. Inquiètes non d’une conscience de classe aléatoire, qui retombe régulièrement dans une politique d’autruche, qui craint même d’invoquer le marxisme, mais des conséquences de ses compétitions économiques, militaires et terroristes - et de tous les camps terroristes car il n’y a pas que Daesch qui est terroriste mais toutes les armées et polices des grandes puissances, qui laissent Daesch parader dans le rôle du méchant.
Les conséquences de l’avanie capitaliste sont, principalement: des centaines de meurtres de civils tous les jours de Syrie en Ukraine, des milliers et des milliers de fuyards des guerres, des conditions financières inadmissibles pour de petits pays comme la Grèce (plus flouée par les requins de Goldman & Sachs que par l’impéritie locale, l’absence d’impôts et le règne du black travail), des millions de chômeurs maquillés en assistés, en réfugiés, en migrants, etc. ; il faut noter enfin ce paradoxe d’une Grèce endettée jusqu’au cou, mais obligée d’accueillir sous injonction des anonymes bureaucrates de Bruxelles les milliers et milliers de réfugiés des guerres du Capital.

Avec la domination de l’idéologie binaire spectaculaire et fallacieuse - démocratie contre islam radical - la bourgeoisie a la prétention d’avoir mis fin à tout internationalisme, à toute possibilité de réveil de la conscience de classe du prolétariat mondial.  Le fer de lance de son attaque est la tolérance démagogique en même temps que la perpétuation de la «nationalisation» de la classe ouvrière. L’idéologie de la tolérance se décompose en antiracisme de la phrase officielle et en promesse d’accueillir tous les immigrants sauf réserves de dernière minute; du Nouvel Obs à Libération, l’élite à bobos prône la simple ouverture des frontières comme si le capitalisme était devenu communiste. L’idéologie bourgeoise mise en réalité toujours plus perversement sur la division du prolétariat. Comme le prolétariat n’est plus en soi les prolétaires du cru + l’immigration, car l’immigration n’est plus simplement une immigration de travail - au temps où les immigrés pouvaient s’apparenter aux ouvriers-paysans ou aux catégories récemment prolétarisées - mais de façon croissante fuite des guerres ou une volonté d’ascension sociale de couches petites bourgeoises (intelligentsia flouée des lib nationales), la bourgeoise peut encourager la confusion par un discours humaniste et une fallacieuse promesse de large accueil, franchement irréaliste dans la crise de la misère, mais empoisonnante.

L’immigration a toujours été traitée comme un phénomène ambigu, et de nos jours plus encore avec l’inflation médiatique de l’islam parasitaire de la pauvreté. L’immigration ne constitue pas en soi la classe ouvrière qui a été créée dans les cadres nationaux par migrations internes dans les plus anciens pays capitalistes. Il n’empêche que l’industrie allemande s’est développée surtout avec des immigrés polonais et le Luxembourg avec des italiens; mais cela c’était avant, au temps du jeune capitalisme florissant, alors qu’à présent il s’agit de tuer les concurrents, de détruire des emplois industriels... et où la guerre économique se fiche de la nationalité tout comme elle dépend de la guerre tout court.  Aux Etats Unis, où la classe ouvrière a été exclusivement créée à partir de l’immigration, c’est dans ce pays que la politique discriminatoire a été le plus précocement appliquée pour les nouveaux arrivants (contre les «jaunes», etc.), comme par hasard en période de crise mondiale ou de guerre. L’imigration a toujours été plus un problème pour la classe ouvrière que pour la capricieuse classe exploiteuse...

C’est la guerre de 1914 qui a arrêté le processus naturel d’immigration, généralisant la suspicion de l’étranger comme un ennemi. Pour la CGT chauvine qui fait corps avec le gouvernement, réglementer l’immigration sert l’intérêt national. C’est à partir d’avril 1917 - inquiétante époque des débuts de la révolution russe - que sont exigés en France des papiers d’identité pour les étrangers, bien avant que ne soit créée la carte d’identité nationale. Dans la guerre l’immigré doit rester un étranger, mais travailler pour l’industrie de guerre sans relever la tête; le ministre socialiste de l’armement Albert Thomas fait venir (sans papiers) 180 000 «travailleurs coloniaux». Après l’armistice de 1918, le gouvernement français donne comme instruction «de licencier les étrangers en premier et de les réembaucher en dernier», mais vu l’immense destruction d’hommes le patronat crée en 1924 une Société générale d’immigration à sa main. Seule la CGTU combat paternalisme colonial et xénophobie. Mais à la suite de la crise de 1929, la CGT (pas encore réunifiée avec la CGTU) ,fixe à 10% la proportion des étrangers dans les travaux publics. En 1936, la CGT réunifiée se fiche de la main d’oeuvre étrangère. En 1946 la fédération CGT du bâtiment demande le refoulement des immigrants. Pour toutes les courroies du parti stalinien «l’internationalisme prolétarien se confond avec les intérêts supérieurs de la nation». Les historiens gauchistes ne cessent de rappeler le massacre à Paris du 17 octobre 1961 où la provoc du FLN est minorée, mais ils oublient le 14 juillet 1953 où les flics chargent une manif CGT composée d’ouvriers algériens (7 morts et une centaine de blessés à Paris); trop «classiste»!

La conscience d’être membre d’une même classe mondiale, internationaliste, n’a jamais été aussi dominante ou répandue que le laisse croire nombre de rêveurs marxistes, ou qui se croient tels. C’est dans les luttes plus souvent ponctuellement que la fraternité entre prolétaires autochtones, d’origine étrangère ou étrangers (mais pas dans le carcan statutaire du secteur public chauvin) s’est révélée ou affirmée. Ce que l’on taxe de xénophobie de petit blanc de nos jours, était qualifié de rigidité hier, rigidité assumée d’ailleurs prioritairement par les bureaucraties syndicales officielles (qualifiées de «mouvement ouvrier» par les auteurs de l’intéressant ouvrage «Ces migrants qui font le prolétariat» édité en 1993):

«La rigidité des attitudes du mouvement ouvrier face à l’immigration, vient déjà du retard à tenir compte des transformations du monde du travail, mais plus encore d’un effet de réaction, de déstabilisation voire de déperdition (crise du syndicalisme) par décentrement même de la classe ouvrière; celle-ci éclate en segments salariés différenciés, se trouve débordée par la généralisation du salariat et par l’amplification du travail précaire» (p.72).

Or ces sociologues sous la direction de René Gallissot n’ont pas une vraie connaissance des «transformations du monde du travail» - qui ne se transforment pas beaucoup d’ailleurs - oubliant de comparer ce qui est comparable et ce qui est incomparable ou prometteur d’avenir de classe. La fragmentation en salariés différenciés ne date ni des années 1990 ni des années 2000. A ma connaissance, aucun syndicaliste ni aucun gauchiste n’a réclamé l’embauche de travailleur immigré à EDF, à la Poste ou dans la Fonction publique en général depuis la guerre de 45! Un Etat sans classe ouvrière divisée en CDI et CDD, chômeurs et immigrés, femmes et transgenres, en retraités privilégiés et retraités pauvres ne vivrait pas deux semaines. La précarité, même si elle a été atténuée voire presque éradiquée pour les secteurs qui font fonctionner l’Etat néo-bismarckien, reste un état général et invariant de la condition ouvrière en général. Il n’est donc pas question de rigidité mais de concurrence pour le sinistre droit au travail, et, tant que le Capital existe, il n’est pas de solution satisfaisante ni comptable ni réformiste radicale, encore moins dans les situations de guerres incessantes dans notre monde actuel.

Le combat des prolétaires immigrés, dans les années suivant mai 68 en France en particulier, n’a pas été un combat d’immigrés, qui aurait été un prélude au combat antiraciste sponsorisé par l’élite rose et gauchiste bourgeoise par après, mais un combat du même type que les fameux IWW américains du début du siècle dernier; ces derniers étaient méprisés par les syndicats officiels car ils organisaient un même type de prolétariat que les immigrés, sorte de prolétariat urbain précaire, sans qualifications ni diplômes, sans feu ni lieu, à la limite de l’exclusion sociale (les auteurs font référence à ces catégories tenues à distance par la syndicratie d’Etat p.225 et p.227 à leur remise en question de toutes les hiérarchies, tabou qui horrifie les marxistes coincés).
C’est toujours des fractions les moins qualifiées, les moins boboïsées de la classe ouvrière, que naissent les luttes les plus radicales: exigence de la représentativité directe, souveraineté des AG, rejet des syndicats officiels, création de comités élus et contrôlés par les grévistes. Les ouvriers du privé, et avec parmi eux, les jeunes paysans des colonies récemment prolétarisés, ont un autre avantage dans ces années là, une conscience supérieure à la défense de l’entreprise, borne syndicale qui limite la conscience des employés du secteur public, ils refusent de trouver au travail leur seule source identitaire. Et contrairement aux interprétations sociologiques (y inclus dans le recueil «Ces migrants qui font le prolétariat») ce n’est pas en référence à l’islam dont on leur a bourré le crâne enfant que ces prolétaires s’engagent mais pour une autre société, pas la présente à laquelle ils ne sont même pas conviés électoralement. Dans les années 1970, étrangers ou français, nombre de prolétaires croient encore à une alternative au capitalisme, même s’ils oscillent entre stalinisme et véritable communisme. Les luttes à dominante immigrés de ces années-là sont donc plus communes/communistes au sens noble du terme; elles sont longues et appellent clairement à la solidarité; elles tendent au dépassement du cadre de l’entreprise, certes du fait que la plupart des immigrés célibataires sont dans des logements de merde mais aussi victimes de stigmatisation sociale pour ne pas dire raciste. Mais la jonction ne se fera pas entre ceux qui restent enfermés dans le carcan du sacro-saint «service public», lieu de villégiature des familles syndicales et les travailleurs sans patrie et sans entreprise de la noria de petites boites ou usines dispersées.
L’allégeance à l’islam, au cours des années 80 ne vient pas d’une soit disant quête identitaire du milieu ouvrier immigré, c’est une fabrication de l’élite bourgeoise du PS avec les sous-marins gouvernementaux des pays arabes. Les directions des grandes usines y voient un facteur d’apaisement social; c’est pourquoi Jospin aura le feu vert pour vanter l’installation de salle de prière sur les lieux de travail.
La popularisation de l’antiracisme, qui succède aux grèves des 70 plus ou plus chapeautées politiquement par les faux espoirs de «luniondelagauche», n’est pas une faiblesse - parce qu’il serait un humanisme «pris au piège de l’identité nationale» (p. 122), mais une nouvelle arme de la bourgeoisie pour dissoudre la question des classes et la nécessité de renverser l’Etat bourgeois, quand les migrations en soi font sauter, dans le pays d’origine comme en métropole, les frontières territoriales et identitaires. L’immigré type d’où qu’il vienne ne vient pas pour prier à genoux mais pour trouver femme et travail, et vivre convenablement. On va donc lui refiler l’antiracisme et l’islam dans la salle d’attente.

LA CLASSE OUVRIERE (nationale) A EU LE MOINS D’INTERET A L’IMMIGRATION...
Ce n’est pas moi qui oserai l’affirmer, mais dans la compil de Gallissot et ses amis il est clairement établi que ce fût le discours pervers de la CGT:
«... un fondement de la prise en charge par les syndicats «d’une partie des intérêts socio-professionnels des migrants» est l’objecif implicite de leur imposer une valeur marchande équivalente à celle des nationaux, pour susciter des réticences patronales à recruter à l’extérieur des frontières une main d’oeuvre concurrente. Cette optique de la «valorisation de la force de travail immigrée», est celle de la CGT, qui montre de cette façon une attitude compréhensive vis à vis du racisme populaire, dans la mesure où les ouvriers sont la classe sociale qui a eu le moins d’intérêt à l’immigration».

Deux objections, les rédacteurs doivent avoir mal digérés de vieux résidus du gauchisme apolitique, l’hostilité ou la jalousie face à l’arrivée d’immigrés n’est pas forcément un «racisme» populaire ou fasciste; d’autre part, la classe ouvrière n’ayant pas de patrie, ne se situe pas pour ou contre l’immigration; cette question n’est pas de son ressort mais des Etats et des patrons qui pratiquent sans vergogne le stop and go. La classe ouvrière dans ses diverses composantes se divise dans la concurrence qui lui est imposée, de plus la remarque est absurde comme si on voulait séparer à tout prix l’oxygène de l’hydrogène pour arrêter la circulation de l’air.

L’idéalisme gauchiste (réformiste radical) pointe le bout de son nez une nouvelle fois quand, pour le coup, les syndicats n’ont pas tout à fait tort du point de vue de la responsabilité des Etats qui se débarrassent de la main d’oeuvre en excédent; dans leur formulation pour dénoncer l’absence d’internationalisme (certes) des syndicats, les auteurs se ridiculisent en squizzant le problème posé qui est fondamental, et qui est de type socialiste (quelle répartition du travail dans le monde? Comment mieux organiser la marche de la société?):
«Sous couvert «d’internationalisme», ces organisations justifient leur politique protectionniste en tendant à renvoyer la question de la solidarité avec les populations du tiers monde vers celle des responsabilités en matière de développement économique des pays exportateurs de main d’oeuvre» (p.145). Est-ce faux?

Ils écrivent (en 1993): «Ce qui se joue, au travers des restructurations actuelles, c’est bien le devenir de la classe ouvrière dans son ensemble et non celui de l’immigration: recomposition de son unité ou bien atomisation dans la concurrence pour le poste de travail (plus ou moins stable ou «garanti»), et dans les divisions raciales, comme d’autres divisions de toutes sortes.
Ces remises en question vont plus loin que la simple revendication d’une «prise en compte» (le plus souvent hétéroclite et désarticulée) des problèmes spécifiques à l’immigration. En ce sens l’intégration telle qu’on l’entend généralement est sans doute un faux problème. Le problème n’est pas pour les immigrés de s’intégrer au mouvement ouvrier tel qu’il est (ouf!) (ou à la société française telle qu’elle est), sans y rien changer, mais de contribuer à, sa transformation, voire à la construction d’un nouveau mouvement ouvrier, véritablement internationaliste» (p.146).

Non l’immigré ne remplaça pas l’ouvrier révolutionnaire disparu ou imaginaire; un intertitre de l’ouvrage n’est pas développé, contenant autant de faux que de vrai. «Phase V: La mort progressive du mouvement ouvrier comme mouvement social et la territorialisation des rapports interethniques». Sauf si on assimile le mouvement ouvrier au syndicalisme, mais que le syndicalisme chauvin soit mort n’est pas une grosse perte ni ne signifie que les ouvriers sont incapables de s’organiser eux-mêmes. Par contre les divisions ethniques ont été savamment amplifiées, sans reparler de la principale religion qui fait problème pas seulement dans les cantines mais en milieu ouvrier. Il faut maintenant comprendre pourquoi et comment on en est venu là, et subséquemment aux «loups solitaires» et autres brebis manipulées...

LES RESPONSABILITES DU STALINISME

Au chapitre 4 curieusement titré «La municipalisation des rapports entre mouvement ouvrier et immigrations», on nous rappelle le sale boulot municipal du PCF (que nous n’avons jamais ignoré). On trouve nombre de concepts bizarres dans ce texte sur lequel on ne va pas s’appesantir ici. Une certaine tendance à s’enferrer dans la fadaise de la légitimité «culturelle» originelle - ou même à manier un concept nunuche de «culture ouvrière» (propre à la pensée stalinienne) comme cette histoire de «nationalisation des classes ouvrières» - n’éclaire pas d’abord le futur triomphe de l’idéologie cosmopolite de diversité/ethnicité (complètement anti-internationaliste):
«L’émancipation des immigrés résidait dans leur accès à la culture ouvrière laïque et révolutionnaire. L’islam a été, quant à lui, du fait de la prégnance des rapports coloniaux, des positions du léninisme spécifié (?) et ainsi toléré quoique véhiculant des attitudes et une conscience gênantes pour le combat de classe» (p. 184).

Depuis que 20 ans se sont écoulés - 20 ans de décadence avérée du capitalisme, de croupissement dans des guerres ininterrompues, de crises financières qui ne le font pas s’effondrer, d’échecs successifs de mouvements larges ou étroits du prolétariat - la bourgeoisie a permis le remplacement du chauvinisme stalinien par l’islam oecuménique et ses variations soft ou hard, qui viennent renforcer méfiance et désunion entre travailleurs de multiples origines (on se fiche ici de la population en général et de l’opinion en particulier).

Il est incontestable que la politique de la gauche au pouvoir au début des années 1980, s’est inscrite dans le droit fil idéologique d’un monde débarrassé du stalinisme et soumis à l’ethnicisation à l’américaine, où le dernier dinosaure stalinien en France a perdu la plupart de ses plumes avec l’affaire de Vitry et avec son obstination à maintenir des discours chauvins imbitables, relayés de nos jours pauvrement dans l’univers politicien bobo par le bouffon Mélenchon.

Gallissot et ses collaborateurs ont raison par après de signaler la segmentation de l’habitat comme une des passerelles de l’ethnicisation (= ré-islamisation, faurait-il préciser), mais ils ont tort de parler d’abandon par l’Etat de toute gestion de la demande d’islam, car, comme je  l’ai rappelé à plusieurs reprises l’élite rose s’est rapidement couchée devant l’exigence de salles de prière des syndicalistes sous-marins des Etats arabes post-coloniaux et avait accepté le port du voile intégral, avant que cela ne fasse scandale in France et ne favorise la réémergence de la droite bourgeoise.
Dans la partie «crise du mouvement ouvrier», il est question de la «faiblesse de l’antiracisme», c’est à dire de son côté humaniste bourgeois, et après avoir constaté les multiples manipulations dont ont été l’objet les mouvements des fils de prolétaires immigrés dits de la «seconde génération» sous le règne de Mitterrand, et avoir souligné le rejet dont ils furent l’objet par syndicalistes et ouvriéristes («c’est hors des lieux de production»), Gallissot et Cie rectifient justement le tir: «Or, non seulement les jeunes d’origine immigrée, sont en majorité ouvriers, comme l’étaient leurs parents, ou bien prolétaires des nouveaux services, mais encore ils le sont dans des conditions de précarité témoignant de politiques d’exclusion mises en oeuvre au niveau de la grande industrie, problème qui devrait au contraire interpeller les organisations du «mouvement ouvrier» traditionnel». Cédant à la conséquence de la manipulation socialo-gaucho des djeuns beurs, les auteurs en concluent que ces jeunes issus de l’immigration «ne sont pas porteurs d’une finalité anticapitaliste mais davantage d’enjeux culturels» (p.206). Lesquels? Le Rap?
Gallissot s’ company s’efforce pourtant de démontrer ensuite que, hors de tous les clichés sur la culture d’origine ou l’ethnie, ce sont bien les mêmes intérêts sociaux et politiques qui motivent les jeunes issus des immigrations antérieures et leurs copains de souche ou de classe.
Ce n’est pas de crise du «mouvement ouvrier» que nous parle, par devers eux les gallissotiens ensuite, mais du mouvement des saloperies de la gauche bourgeoise au pouvoir, en particulier lors de la honteuse campagne des municipales de 1983: «Cette campagne tendait en effet à catalyser au sein même des populations ouvrières ou des couches moyennes, l’expression des courants les plus xénophobes (...) Le gouvernement de gauche a aussi eu des responsabilités directes dans le développement des campagnes xénophobes: sur les thèmes sécuritaires (Gaston Defferre à Marseille), ou en accusant les grévistes immigrés de saboter l’économie française (Pierre Mauroy, Jean Auroux), un certain nombre de ministres ont cédé à la pression de la droite» (p.208). On amalgamait la lutte contre le racisme à la lutte contre le fascisme: «... le remède proposé étant l’explication et la sensibilisation sur les thèmes démocratiques et humanitaires, plutôt qu’une action de lutte concernant l’ensemble de la classe ouvrière».
Des réflexions par après ne sont que du bonheur pour tout militant maximaliste racorni par les années: «...l’antiracisme est actuellement pris au piège de «l’identité nationale» car il se fonde sur une défense des valeurs nationales, similaire à l’antifascisme des années 30, qui mena par exemple le PCF en pleine période de Font populair, à reprendre le mot d’ordre «La France aux français». L’analyse dominante du racisme est enfermée dans une problématique manichéenne (...) le racisme n’est pas le fait de quelques excités, mais un produit du fonctionnement des institutions, pensent les jeunes issus de l’imigration» (p.209)
«La stratégie des classes détentrices des capitaux (est) la perpétuation des divisions raciales».
La proposition de droit de vote aux immigrés fait pitié: «Dans un contexte de crise de la représentation, la polarisation des revendications sur le droit de vote n’est guère de nature à résoudre le problème de la marginalisation de populations vis à vis de la vie politique» (TB!).

Les mouvements migratoires étaient appréhendés en 1993 comme facteur d’angoisse et de bouleversements futurs: «Constitutive de la transformation de l’environnement socio-économique, la cosmopolitisation des populations est ainsi une des données majeures du futur qui tend à déplacer le champ des affrontements sociaux» (p.215)
Déjà était mise en place une «discrimination spaciospaciale» de populations «ségréguées» dans un nouveau mode d’encadrement. La mise en concurrence au sein du prolétariat est bien mis en évidence par Colette Petonnet (1929-2012) si intelligente observatrice de la «condition urbaine»: «L’infériorisation dont tous sont l’objet, atteint non pas un groupe qui pourrait alors s’unir et se défendre mais chaque individu, personnellement par dévalorisation de l’image de soi...». Elle assigne l’étranger à un statut inférieur en le faisant cotoyer les prolétaires français dans une situation de concurrence qui ne laisse que «la nationalité comme supériorité» dans les conflits interpersonnels et les tensions urbaines qui ne sont pas des affrontements ethniques. le second aspect constitué par «l’expression violente du langage», «expression ordinaire des prolétaires français», est prdoducteur de «blessures d’amour-propre» des étrangers en même temps que la défense et d’agressivité chez les étrangers. Réfutant le discours «médiatique» sur l’existence d’un réel racisme, elle appelle à une mobilisation sur «les aspects positifs des relations interethniques». (p.218)

Il n’y a pas crise du mouvement ouvrier, qui continue d’exister dans ses diverses composantes, mais crise du politique puisque l’on assiste aux «déplacements d’un militantisme classique vers un militantisme de type associatif»; c’est à dire à un abandon de la politique pour des activités au ras des pâquerettes, champ d’éclosion et de ramification de la bobologie. La domination bourgeoise de l’extrême gauche à l’extrême droite a tout intérêt à pérenniser les différences raciales ou culturelles, à exalter les spécificités afin de toujours continuer à diviser le prolétariat.
La lutte «immigrée» s’est, elle, au même moment, laissée enfermer dans le spécifique: «De par la ségrégation et la concentration sur les lieux de travail et d’habitat, les mouvements sociaux sur le terrain de l’immigration ont tendu à revêtir un caractère spécifique, et à être présentés comme tels aux yeux de l’opinion, alors que leurs enjeux intéressaient souvent par de nombreux aspects l’ensemble de la classe ouvrière». Ils ont été l’objet de soutiens pourris à caractère démocratique et humanitaire: «Ces formes de soutien entraînaient plus facilement l’adhésion de couches intellectuelles et petites bourgeoises» (p.222). «Ce faisant, se constituait un encadrement social de l’immigration, qui jouait en faveur d’un certain type  de «passage au politique»... voire au repli communautaire».

ON NE PEUT JAMAIS DESESPERER DU PROLETARIAT

Dans cette remise en cause des encadrements politiques, les jeunes de l’immigration de ces années 80 ne sont pas marginaux mais bien en phase avec ce qui était apparu le plus clairement dans la conscience de classe en 68, l’insensibilité au discours des organisations: «Les mouvements de la «seconde génération» ont ainsi présenté des caractéristiques très proches de celles des mouvements de la jeunesse prolétaire de l’après-68 de façon générale» (p.224)

L’ouvrage livre tant de perles lumineuses qu’on ne peut tout citer: «... il n’y a pas de modèle unique d’un «nouveau sujet révolutionnaire» à trouver du côté du prolétariat précaire ou de l’immigration (...) La menace d’instabilisation reste inhérente à la condition du salariat quelle que soit l’importance des privilèges obtenus» (p. 227)

L’immigration a toujours été un sujet complexe, qui ne se solutionne pas par des simplismes oecuméniques ni de tonitruantes déclarations d’intention. Elle est l’objet de tant d’attentions philanthropiques - qui débouchent si souvent sur des organisations interclassistes qui favorisent toutes les manipulations, les flicages et les malversations - qu’elle ne peut pas être en tant que telle la figure de proue ni du réveil de la classe ouvrière ni seule à même de garantir l’homogénéité de classe. Le mouvement social immigré a abouti à un échec, comme bien avant le mouvement noir aux Etats Unis. L’unité immigrés-français est restée une imagerie pour militant excité. C’est dans la lutte commune contre les avanies du capitalisme que le prolétariat sera conduit à retrouver son unité et à dépasser les divisions raciales et d’entreprises.
Enfin cet ouvrage a le mérite de déceler avant tout le monde un changement sociologique dans l’immigration, la part grandissante d’une intelligentsia qui - on le mesure aujourd’hui - n’est pas simplement venue avec ses diplômes mais comme marchands d’ethnicité et de coranisme «... dans la dépendance des Etats d’origine qui jouent aux propriétaires de l’émigration en soutenant un associationnisme national ou religieux, dans la mouvance ou la rivalité des forces religieuses ou politiques indigènes» (p.242).

L’insistance de l’ouvrage de Gallissot mérite d’être saluée en ce qu’elle indique que la conscience de classe et la mémoire ouvrière, qui se forment sur plusieurs générations, ne disparaissent jamais, mais qu’elles ne se restreignent jamais à l’entreprise, concernent l’habita, le mode de vie, qu’en fait malgré la disparition des «forteresses ouvrières», la condition prolétarienne existe toujours, toujours plus ambitieuse politiquement, dans la cité que la bourgeoisie croit dominer éternellement. Le mouvement migratoire figure en plus accentué l’instabilité, la peur du lendemain qui fonde la conscience de classe dans la maturation politique pour la quête de lendemains plus harmonieux pour l’humanité où la règle ne sera plus le meurtre du voisin, la jouissance capitaliste de tuer. Mais l’immigration reste cantonnée «aux franges ouvrières «à la limite» du sous-prolétariat, ou bien les plus exposées à y tomber» (cf. p.225). Or ce sous-prolétariat n’est-ce pas le terrorisme islamiste désespéré de nos jours?
La perpétuation de la «nationalisation» syndicalisée de la classe ouvrière autochtone refuse les conditions élémentaires d’existence et de respect aux laissés pour compte immigrés, même avec allocs et soins gratuits:
«Rien d’étonnant donc à ce que ces catégories tendent à produire des contre-normes, refusant non le travail en tant que tel, mais plutôt le climat de concurrence et de servilité conditionnant l’accès aux postes de travail, ou la mobilité forcée qui détruit les liens sociaux. Il est commode de renvoyer ces catégories aux images d’assistance ou de délinquance.
Il est plus difficile d’examiner les conséquences de leur renvoi à la marge du système social, - ainsi que de la répression à leur égard - susceptible d’étouffer les éléments les plus conscients. Car si certains continuent de refuser de «jouer le jeu», la misère a néanmoins pour but de leur faire à nouveau intérioriser - à un niveau sans précédent - des normes de compétition pour la survie» (p.226)



- Ces migrants qui font le prolétariat de René Gallissot, Nadir Boumaza, Ghislaine Clément (Meridiens klincksieck, déc 1993).
- L’emploi des immigrés, intégration et différenciation sociale, institut de sociologie de l’université de Bruxelles, 1993.