"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 12 février 2015

CHOMAGE: 14.000 MORTS PAR AN IN FRANCE

L'étude est passée presque inaperçue. Il est vrai qu'elle est tombée au moment de la vague d'attentats sur Paris. Publiée dans la grande revue d'épidémiologie, International Archives of Occupational and Environmental Health (1), elle révèle que le chômage tue chaque année en France 14 000 personnes. Soit presque deux fois plus que les accidents de la route. Un chiffre effrayant et totalement inédit.
Pendant douze ans, les chercheurs de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ont suivi 6 000 Français âgés de 35 à 64 ans dans huit régions. Après avoir écarté tous les facteurs de risque et autres biais possibles, leurs conclusions sont sans appel : perdre son emploi fait chuter l'espérance de vie ! La mortalité des chômeurs est en effet trois fois supérieure à celle des travailleurs. Non seulement les scientifiques ont découvert que les personnes sans emploi affichaient un taux de mortalité par suicide plus élevé que les actifs, mais aussi que la perte de travail favorisait l'apparition de pathologies cardiovasculaires. Les chômeurs ont ainsi un risque d'AVC et d'infarctus augmenté de 80 % par rapport aux actifs. Ils sont aussi plus nombreux à mourir de cancer. Le constat est identique chez les femmes ou les hommes.

"La condition de chômeur induit des conduites à risque"

Une hécatombe qui touche également de plein fouet les personnes socialement privilégiées, dont le profil socio-économique et le niveau d'études sont supérieurs à la moyenne, et ce, alors qu'elles prêtent naturellement plus attention à leur santé. "La condition de chômeur induit des conduites à risque, on fume plus, on boit plus, on mange plus déséquilibré, on voit donc apparaître hypertension, diabète et obésité, qui impactent la santé ; mais il existe un effet spécifique associé au chômage indépendant des autres facteurs de risque, souligne Pierre Meneton, chercheur en santé publique à l'Inserm. Une surmortalité que l'on n'explique pas bien, sans doute liée à la dimension psychologique du chômage, avec des phénomènes tels que la dépression ou le manque de sommeil." Comme l'écrivent les épidémiologistes, en conclusion de leur étude, "tuer des emplois signifie tuer des gens, au sens figuré comme au sens propre".

D'après Le Point.

(1) " Unenmployment is associated with high cardiovascular event rate and increased all-cause mortality inmiddle-aged socially privileged individuals ", Pierre Meneton, Serge Hercberg, Joël Ménard, Int Arch Occup Environ Health, janvier 2014.

vendredi 6 février 2015

DEUX BOMBARDIERS RUSSES ONT SURVOLE LA MANCHE


On en parle très très peu dans les médias des massacres quotidiens en Ukraine, on s'intéresse vaguement à la visite du nouveau couple Chamberlain/Daladier, Merkel/Hollande qui rendent visite ce jour à "l'autiste"(dixit Obama) Poutine. Mais avez-vous entendu parler des provocations aériennes russes?


L'incursion de ces deux bombardierslourds TU-95, tout droit venus de l'ère soviétique, a affolé la défense aérienne du Royaume-Uni, ainsi que celles de la Norvège et de la France. Surtout, ainsi que l'a révélé une source militaire britannique, lorsque les écoutes des échanges radio ont démontré que l'un des deux bombardiers transportait une arme nucléaire (certes très probablement inerte).
Les deux TU-95 ont d'abord été repérés au large de la Norvège, flanqués de deux avions de ravitaillement en vol IL-78 et de deux chasseurs Mig-31. De quoi provoquer le décollage de F-16 norvégiens qui ont filé les Russes et vérifié qu'ils ne violaient pas l'espace aérien.

Déroutement d'avions civils

Les deux bombardiers russes, âgés (le TU-95 date de 1956) mais gaillards puisqu'ils ont volé pendant dix-neuf heures, ont poursuivi leur route vers le sud, doublant l'Irlande par l'ouest avant de rentrer en Manche et de longer les côtes britanniques à une distance de 40 km.
L'intrusion des Russes, qui n'avaient pas déposé de plans de vol et dont les transpondeurs avaient étéTyphoon qui ont escorté les deux Bear imperturbables.
débranchés, a provoqué le déroutement d'avions civils et l'intervention de chasseurs britanniques
Un Rafale français de la base aérienne de Creil a également décollé pour intercepter les Russes, alors que la permanence opérationnelle de la base morbihannaise de Lann-Bihoué (deux Mirage 2 000) était mise en état d'alerte.
Londres n'a guère goûté la plaisanterie ; l'ambassadeur russe au Royaume-Uni, sommé de fournir des explications, a jugé l'émotion bien futile. Paris, en dépit du bang du Rafale qui a passé le mur du son, vers 15 h, au-dessus du Havre, fait la sourde oreille et ne fait aucun commentaire sur cette incursion russe.

mercredi 4 février 2015

LES INTELLOS VAGABONDS TAISEUX ET PETEUX


Au mitan des années 1970, lors d'une discussion avec un camarade de R.I. dans la cour de l'Eglise de la Porte de Choisy où se tinrent tant de réunions politiques des groupes maximalistes, je me souviens de cette réflexion: "Quand la lutte de classe refait surface ou au moment d'un grand événement, on n'entend jamais les modernistes petits bourgeois". Sage réflexion historique par exemple lors des tristes attentats autour de Charlie Hebdo. Les modernistes et divers négateurs ou fossoyeurs du prolétariat, comme les chauve-souris, ne volent que la nuit. Vous avez eu la prise de position rapide et franche des bordiguistes, de l'ex-fraction du CCI, de Robin Goodfellow, du CCI, etc., des divers lutteurs du prolétariat pour, malgré les divergences, l'affirmation d'une politique de classe et la nécessité du parti internationaliste, et surtout une démarcation politique communiste franche d'avec la commisérable union nationale. Nous sommes là dans le domaine de la politique du domaine du mouvement ouvrier, qu'on l'approuve ou la déprouve, qu'on l'aime ou pas. Dès le jour des attentats le GIGC (ex fraction du CCI) avait pris position brièvement contre le terrorisme mais comme simple produit des rivalités impérialistes. Le PCI dénonçait à son tour la guerre sous-jacente et les guerres de religion. Le CCI faisait référence à la décomposition capitaliste comme explication centrale mais en pointant la pointe émergée d'une étrange mouvance en banlieue et pour dénoncer une odieuse récupération démocratique. La prise de position la plus intéressante, la plus fouillée était celle de Robin Goodfellow qui se haussait à la taille d'une responsabilité de parti: regret de l'absence d'une prise de positions communes des minorités marxistes ou approchant, refus de l'identification simpliste du djihadisme au fascisme, dénonciation de ce courant religieux qui divise le prolétariat, dénonciation de cette "contre-culture islamiste" et son "folklore guerrier", dénonciation d'une religion qui a vocation à soumettre le prolétariat, refus d'identifier prolétaires arabes à croyance musulmane, dénonciation de la fausse démocratie, de ses forces sécuritaires qui pourront servir pareil demain mais contre le prolétariat, fustigation de l'hypocrite unité nationale de circonstance.

Par contre, silence radio, silence gêné, silence bizarre de toute la ribambelle des donneurs de leçon de
morale antiraciste et antifasciste, dont les boutiques s'affichent sur mondialisme.org: Cercle social/Echanges et mouvement/Ni patrie ni frontières/Temps critiques/Vagabondages (sic). Ce cartel de conseillistes chenus et d'ex-mao-trotsko-anars, transfuges ergoteurs de la morale multiculturaliste bcbg, rangés d'un terrorisme romantique carbonisé et cramés pour la politique ne prend pas position sur le drame du 7 janvier, pas plus que les provinciaux Vosstanie et La Mouette Enragée. Ils sont avant tout spectateurs nanarchistes. Un spectateur n'a pas d'avis à donner et on ne le lui demande pas non plus. De plus tous ces floués d'un militantisme doctrinaire, déclassés d'une croyance religieuse en une "multitude" prolétarienne qui s'est moquée de leurs "conseils", croient encore pouvoir jouer une fonction similaire à celle de l'instituteur de la IVème République: donner des cours de morale mais ne jamais se découvrir politiquement pour ce qu'ils sont: des porte-paroles complexés de l'idéologie dominante. Les spectateurs courageusement éloignés discutaillent de l'événement mais APRES-COUP.

Coleman, le plus pontifiant du cartel, lorsqu'il était petit regardait la télévision raciste – elle était en effet en noir et blanc – et se disait: "quand je serai grand, je serai Malcom X ou Malcom Z". Il est devenu Malcom zéro au service du barnum démocratique amerloque. Ses débuts en militantisme en 1970 consistèrent à dénigrer la RATP tous les dimanches matin à L'Hay les Roses comme démarcheur de la secte de Mlle Laguiller en faisant croire aux locataires qu'ils méritaient des transports gratuits. Il fût ensuite payé par la CIA pour introduire le ver dans LO: "la Russie est un capitalisme d'Etat"; cette perfidie rhétorique de l'impérialisme US, relayée par l'ultra-gauche négationniste, fût heureusement expulsée par les vaillants défenseurs de l'Etat ouvrier dégénéré. Coleman, dépité de ne pas être coopté au CC de la secte peu soucieuse du partage d'opinions, essaya de reconstruire un LO bis, bombardé Combat communiste qui ne dura que ce que durent les coquelicots. L'arriviste était dégoûté par la politique. Après une traversée du désert où il se fît barman et apprit à mener des conversations de bistrot, il décide, avec l'appui de maman, de monter sa petite affaire, une revue "sans patrie ni frontières" de classe. Il est l'homme qui va réconcilier marxisme et anarchisme. Mais sous le hautain concepteur de la synthèse perce l'anamnèse: mieux que son admiration pour la liberté de circuler des femmes voilées en pays anglo-saxon est sa propension à épauler l'Oncle Samuel dans son combat contre le mal "dictatorial" baasiste!

S'imaginant gourou fondateur d'une nouvelle secte, il va arpenter les manifs pour répercuter une bonne parole qui n'a pourtant pas besoin de lui. Au début des années 2000 il diffuse un tract intitulé "Saddam, tortionnaire du peuple irakien", soufflant comme tant d'autres trotskiens bâtards dans les cornes de brume de l'armada ricaine. De gabarit moyen (1M83) il est pris à partie par des grands frères de banlieue (on dit "sauvageons" à l'époque) et insulté de façon grossière par ces lumpen de banlieue secondés par des dames patronnesses de la gauche caviar et verte. Encore terrorisé, après coup sans coups, il geint: "cela m'a rappelé les manifs entre les deux tours de l'élection présidentielle pour la "démocratie chiraquienne". Echaudé et déçu notre gourou raté conclut: "il y a encore du pain sur la planche si l'on veut ranimer la flamme de l'internationalisme prolétarien". ( Il pleurniche pour cette "vieillerie", bientôt jetée aux orties, dans "A propos d'un petit bain de foule et de haine chauvine")

Quand l'impérialisme US révolutionne la liberté d'expression avec internet: chacun peut désormais tenir son propre journal et dire merde à la terre entière. Depuis les hauteurs de "mondialisme.org", il se prend pour le Napoléon de l'antiracisme et distribue bons et mauvais points en décomptant chaque jour le taux de connections. C'est d'ailleurs l'aspect pitoyable des blogs, pour celui qui s'abuse sur leur répercussion, on peut se croire le centre du monde alors qu'on ne reste que poussière (et caution) de l'illusion démocratique.

Le petit-bourgeois investi d'une mission se sent immédiatement supérieur. Sûr de sa valeur, il est hautain et grave les interdits. Puisqu'il a saisi le ridicule du terme islamophobie il en invente un autre plus ridicule encore: la paranoïa anti6musulmane actuelle. On apprécie l'adjectif "actuelle" car elle s'inscrit dans la durée actuelle. Certes les médias usent et abusent de la religion islam, mais il y a de très réelles guerres, de très réels massacres, l'égorgement est très à la mode bientôt relayé par l'immolation. La terreur est distillée à l'écran quand la confusion invraisemblable sert de credo à l'Etat bourgeois. Les dix sept personnes assassinées étaient toutes françaises, bien qu'avec des caractéristiques sociologiques représentatives de la société française: dessinateurs, flics, arabes, juifs, clients, passants... Le gouvernement d'union nationale ne trouve pas mieux que de commencer par de grandes déclarations pour dénoncer les agressions contre la population musulmane! C'est du Orwell et du Kafka à la fois! Alors que trois petits voyous bien français, indépendamment de leur origine raciale, ont assassiné "sans discrimination" un échantillon de civils, au nom de la nébuleuse guerre islamique! Que le pouvoir, comme avec les radars automobile, prétende évacuer l'amalgame avec le croyant lambda de l'islamie est une chose louable, mais pas tant que cela puisqu'elle se heurte à une "compréhension" du massacre assez islamique et assez répandue, pas seulement chez les potaches inconscients. La prétendue identité de remplacement islamique détruit toute "solidarité nationale", ce qui nous importe peu en soi, mais surtout toute solidarité de classe et toute répulsion de classe face au terrorisme cruel, et des concessions extravagantes à la soit disant innocuité de l'islam. Le silence ou l'approbation silencieuse d'une partie de la population prolétaire sous la coupe idéologique de l'islam manifeste un état d'arriération et de soumission qui n'a plus rien à voir avec le colonialisme et certainement avec la ghettoïsation, vieux constat à perception aléatoire depuis près de trente années. Constat peu rassurant et qui ne tient pas de la paranoïa mais de l'interrogation anxieuse. A une époque où la conception momentanée d'un Marx de la religion comme consolation a pris un coup de vieux (surtout depuis que les bourgeois ont fait leur cette conception pacifique et consensuelle) et qu'il faudrait plutôt convenir avec Voltaire de l'utilité de la religion "pour restreindre les mauvais penchants des classes inférieures"!1

Mais pourquoi un tel silence assourdissant des intellos vagabonds face aux attentats de janvier?

Parce que ces attentats ont fait sauter en même temps tout le pacifisme antiraciste et l'oecuménisme professoral de ces messieurs. Ce n'est tout de même pas le beauf français qui a tué (ces "prolétaires « franco-français » qui votent pour le Front national ou ont des sympathies encore plus clairement fascistes") , ni le fasciste ultra-gauche rompu à l'analyse sémantique ("ravages exercés par les théories du post-colonialisme et de l’antiracisme purement compassionnel (débarrassé de toute problématique de classe)" (op cit) ni "des fascistes européens tuent des travailleurs arabes, kabyles, africains ou pakistanais".
Après-coup, Coleman liste les textes lénifiants où il a répandu ses analyses sociologiques, mais au lieu de se situer sur le terrain politique et de revenir à la réalité – où en sommes-nous aujourd'hui, quel type de guerre subissons-nous? Quel rapport de force entre les classes? - il prétend faire la part des choses en défendant l'ancien terrorisme gauchiste et antifasciste comme "marxisant et à peu près rationnel" contre les glorificateurs de la mort et de la destruction (il ne les nomme pas djihadistes ni musulmaniaques) mais ne rate jamais de dénoncer la "paranoïa anti-musulmane actuelle" en invoquant les exactions terroristes passées des "européens" eux-mêmes. C'est ce qui s'appelle amenuiser la saloperie des terroristes actuels, voire cacher une secrète et complaisante complicité revancharde contre la "société blanche", comme ses amis de Temps critiques, ex-fans de la bande à Baader2. Mais Coleman, comme tout collabo argue immédiatement de sa soumission aux pires banalités en vogue contre le fameux et unique "islam radical"3.


C'est seulement début février que les amis de Coleman, la paire de profs retraités de Temps critiques exprime son "intervention" avec un titre d'une nunucherie extrême autant que le contenu est confondant de platitudes: "L'être humain est la véritable communauté des hommes, sous-titre: "Pourquoi notre intervention?". Nulle intervention pourtant que celle de la frappe sur le clavier d'ordi d'un texte navrant qui se garde de prendre position sur tous les sujets qu'il évoque. Le pic vert Coleman le juge pourtant intéressant et s'en sert de bouclier pour son attentisme dégonflé comme Sarkozy sommé de choisir entre FN et PS et qui foire au final. On pouvait s'attendre au pire de la part de ces deux fervents négateurs de la classe ouvrière, et c'est en effet le pire qui surgit dès l'entrée. Pleurant face à l'horreur de l'événement il leur faut marquer leur "absolue séparation d'avec la majorité des tracts ou textes de type gauchiste qui font porter l'essentiel de leurs attaques ... contre l'Etat français sans tenir compte des transformations récentes de cet Etat". Badaboum! En d'autres temps et si ces deux individus avaient été des représentants du mouvement ouvrier, on eût gerbé sur un simple ralliement à l'Union nationale. Mais tant d'intellos méprisant du prolétariat se couchent devant l'Etat de nos jours qu'on ne s'étonne plus guère. On ne traitera de ces deux pauvres zèbres ici que pour infos de qui entoure le juge antiraciste YC fier scrutateur d'une paranoïa anti-musulmane pourtant largement dominée par la paranoïa anti-raciste officielle!
Le texte est ensuite une ode à la "respiration collective" du "moment Charlie"4, glorifiant un slogan "exprimé par des millions d'individus en France et même dans le monde". Il contient cependant des scories propres à heurter islamo-gauchistes et un islamo-démocrate comme compère Coleman, en décrivant la place envahissante de l'islam dans une analyse limite anti-gouvernementale : "... l'islam tend à devenir l'opérateur de contrôle social et mental qui, pour les pouvoirs politiques, serait le plus approprié à l'encadrement des milieux "sensibles" et des populations en déshérence"5. L'archaïsme idéologique de Charlie est bien vu, les nouveaux beaufs sont en effet les bobos.
On nage encore et encore dans l'idyllisme de la "tension des individus vers la communauté humaine, ces millions "d'individus-démocratiques" - cf. cette bande d'idiots qui défilaient moutons parmi les moutons derrière des chefs d'Etat criminels de guerre - ... une délivrance... une thérapeuthique... débarrassée de "la référence de classe" qui "n'est plus centrale". Le bonheur de l'union nationale dans la rue définie poétiquement par les bouffons de Temps critiques!
Le final est très jospinien: "le pouvoir ne peut pas tout. Il n'y a pas de "plan du capital". Certes le pouvoir bourgeois ne peut pas parer à tous les attentats, mais inévitablement le crime profite toujours à quelqu'un, ou aux deux. Et tout le blabla de deux petits profs ne peut masquer tout l'intense travail politique auquel s'est livré l'Etat pour valider, corroborer ses deux guerres, interne et externe face au prolétariat, démuni, terrorisé et dans l'expectative6. Aucun des boutiquiers de "mondialisme.org" n'a vu le remplacement du stalinisme par l'islam7.


LES TROTSKIENS AU SECOURS DE L'ISLAM

Le courant trotskien, bien plus formé et connaisseur de l'histoire du mouvement ouvrier et de ses interprétations que les ignorantins anars et maos, reste le plus révisionniste et le plus destructeur de la méthode du marxisme, avili de multiples façons, soit aux sauces électorales, parcellaires et sexuelles, soit à la soupe syndicale, mais c'est encore au niveau des réinterprétations historiques que ces chameaux sont les plus liquidateurs. J'ai évoqué dans mon livre "L'immigré fataliste et sa religion policière" et décrit l'incompatibilité du bolchevisme et de l'islam, et l'opportunisme auquel le parti de Lénine a été conduit par les étroites conditions de l'époque (p.173 et suiv.). On va voir ici brièvement comment les trotskiens falsifient l'histoire pour justifier leur alignement sur le multicultiralisme et l'antiracisme des beaufs dominant...
Relisons d'abord Lénine qui dit de bonnes choses mais aussi quelques bêtises:
"Pourquoi la religion se maintient elle dans les couches arriérées du prolétariat des villes, dans les vastes couches du semi-prolétariat, ainsi que dans la masse des paysans ? Par suite de l'ignorance du peuple, répond le progressiste bourgeois, le radical ou le matérialiste bourgeois. Et donc, à bas la religion, vive l'athéisme, la diffusion des idées athées est notre tâche principale. Les marxistes disent : c'est faux. Ce point de vue traduit l'idée superficielle, étroitement bourgeoise d'une action de la culture par elle-même. Un tel point de vue n'explique pas assez complètement, n'explique pas dans un sens matérialiste, mais dans un sens idéaliste, les racines de la religion. Dans les pays capitalistes actuels, ces racines sont surtout sociales. La situation sociale défavorisée des masses travailleuses, leur apparente impuissance totale devant les forces aveugles du capitalisme, qui causent, chaque jour et à toute heure, mille fois plus de souffrances horribles, de plus sauvages tourments aux humbles travailleurs, que les événements exceptionnels tels que guerres, tremblements de terre, etc., c'est là qu'il faut rechercher aujourd'hui les racines les plus profondes de la religion. « La peur a créé les dieux. » La peur devant la force aveugle du capital, aveugle parce que ne pouvant être prévue des masses populaires, qui, à chaque instant de la vie du prolétaire et du petit patron, menace de lui apporter et lui apporte la ruine « subite », « inattendue », « accidentelle », qui cause sa perte, qui en fait un mendiant, un déclassé, une prostituée, le réduit à mourir de faim, voilà les racines de la religion moderne que le matérialiste doit avoir en vue, avant tout et par dessus tout, s'il ne veut pas demeurer un matérialiste primaire. Aucun livre de vulgarisation n'expurgera la religion des masses abruties par le bagne capitaliste, assujetties aux forces destructrices aveugles du capitalisme, aussi longtemps que ces masses n'auront pas appris à lutter de façon cohérente, organisée, systématique et consciente contre ces racines de la religion, contre le règne du capital sous toutes ses formes". (De l'attitude du parti ouvrier envers la religion, 1909)

(...) "Le marxiste doit savoir tenir compte de l'ensemble de la situation concrète ; il doit savoir toujours trouver le point d'équilibre entre l'anarchisme et l'opportunisme (cet équilibre est relatif, souple, variable, mais il existe), ne tomber ni dans le « révolutionnarisme » abstrait, verbal et pratiquement vide de l'anarchiste, ni dans le philistinisme et l'opportunisme du petit bourgeois ou de l'intellectuel libéral, qui redoute la lutte contre la religion, oublie la mission qui lui incombe dans ce domaine, s'accommode de la foi en Dieu, s'inspire non pas des intérêts de la lutte de classe, mais d'un mesquin et misérable petit calcul : ne pas heurter, ne pas repousser, ne pas effaroucher, d'une maxime sage entre toutes : « Vivre et laisser vivre les autres », etc."

Lénine fait des suppositions hasardeuses, le meilleur moyen de lutter contre la religion c'est la grève, puis si un prêtre veut devenir membre du parti c'est possible! On ne l'a jamais vu! (cf. Le combat contre "le socialisme constructeur de dieu" des Lounatcharski). Une phrase totalement ubique: "Le parti du prolétariat exige que l'Etat proclame la religion affaire privée, sans pour cela le moins du monde considérer comme une « affaire privée » la lutte contre l'opium du peuple, la lutte contre les superstitions religieuses, etc. Les opportunistes déforment les choses de façon à faire croire que le parti social démocrate tenait la religion pour une affaire privée ! "
Lénine ensuite dégage en touche: "En premier lieu, la lutte contre la religion est la tâche historique de la bourgeoisie révolutionnaire ; et, en Occident, la démocratie bourgeoise, à l'époque de ses révolutions ou de ses attaques contre le féodalisme et les pratiques moyenâgeuses, a pour une bonne part rempli (ou tente de remplir) cette tâche. En France comme en Allemagne il y a une tradition de guerre bourgeoise contre la religion, engagée bien avant le socialisme (encyclopédistes, Feuerbach). En Russie, conformément aux conditions de notre révolution démocratique bourgeoise, cette tâche échoit presque entièrement elle aussi à la classe ouvrière." !!!! La classe ouvrière est la bonne à tout faire sauf qu'elle a fainéantisé une fois l'oxymore Etat prolétarien au pouvoir qui a dûment assuré la chasse aux curés, en flinguant quelques uns, chose peu conforme à l'ancienne tolérance marxiste.

Quelle priorité à la lutte? : "L'anticléricalisme bourgeois, comme moyen de détourner l'attention des masses ouvrières du socialisme, voilà ce qui, en Occident, a précédé la diffusion, parmi les social démocrates, de leur actuelle « indifférence » envers la lutte contre la religion. Là encore cela se conçoit et c'est légitime, car à l'anticléricalisme bourgeois et bismarckien, les social démocrates devaient opposer précisément la subordination de la lutte contre la religion à la lutte pour le socialisme." Lénine continue à renvoyer la patate chaude vers la classe, la lutte contre les religions arriérées incombe tout de même au premier chef, au prolétariat:
"En Russie, les conditions sont tout autres. Le prolétariat est le chef de notre révolution démocratique bourgeoise. Son parti doit être le chef idéologique de la lutte contre toutes les pratiques moyenâgeuses, y compris la vieille religion officielle et toutes les tentatives de la rénover ou de lui donner une assise nouvelle, différente, etc ". Mais en réalité c'est le parti qui est devenu le chef et qui a zigouillé les curés et plus ou moins laissé rêver les imams tant qu'ils ne s'alliaient pas avec leurs alliés naturels, les armées blanches.

La religion est-elle une affaire privée? Sur son site Matière et Révolution, R.Paris n'éclaire pas plus sur les subtilités de la religion affaire privée. On lira avec profit l'article: Le radicalisme se couvrant de l'islam; en particulier le paragraphe "débat au sein de l'extrême gauche" où R.Paris décrypte très bien la collusion des diverses ailes du trotskysme avec un islamisme "populaire", toujours la tactique de l'entrisme... même chez le diable et sa grand-mère.

La référence de la plupart des trotskiens à l'international est un article d'un "arrangeur" certain Dave Crouch,
Les bolcheviks, l’Islam et la liberté religieuse paru dans le numéro de décembre 2003 de la Socialist Review, mensuel du Socialist Workers Party britannique, traduit comme par hasard par un autre faussaire, Y.Coleman8.
La description, tout en rappelant le plantage opportuniste des envoyés de Moscou, est tellement irénique et fausse qu'on ne va pas épiloguer dessus: "Les révolutionnaires peuvent tirer des leçons de la politique des bolcheviks vis-à-vis des citoyens musulmans de l’ex-empire russe. La révolution russe de 1917 a éclaté dans un empire qui abritait seize millions de musulmans — soit dix pour cent de la population. La chute du tsarisme radicalisa les musulmans qui exigeaient la liberté religieuse et les droits nationaux que leur refusaient les tsars.
Le 1er mai 1917, le premier Congrès panrusse des musulmans se tint à Moscou. Après des débats très vifs cette assemblée vota en faveur de la reconnaissance des droits des femmes, faisant des musulmans russes les premiers au monde à libérer les femmes (sic!) des restrictions qui caractérisaient les sociétés islamiques de l’époque. En même temps, les dirigeants conservateurs musulmans étaient hostiles à tout changement révolutionnaire. (...) Lors du premier Congrès des peuples de l’Orient, qui se tint à Bakou en septembre 1920, les dirigeants bolcheviks russes lancèrent un appel à la « guerre sainte » contre l’impérialisme occidental. Deux années plus tard, le quatrième congrès de l’Internationale communiste approuva la politique d’alliances avec les panislamistes contre l’impérialisme".
En réalité l'Etat "prolétarien" comptait rouler dans la farine les peuples musulmans comme chair à canon:
"Moscou employa délibérément des troupes non russes pour combattre en Asie centrale — ils envoyèrent des détachements de Tatars, de Bashkirs, de Kazakhs, d’Ouzbeks et de Turkmènes se battre contre les envahisseurs antibolcheviks. Les soldats tatars constituaient plus de 50 % des troupes sur le front de l’Est et dans le Turkestan pendant la guerre civile.
La politique des bolcheviks dans l’Armée Rouge ne constituait qu’un des aspects d’une politique globale : ils voulaient en effet s’assurer que les peuples non russes contrôlent eux-mêmes les nouvelles républiques autonomes dans les anciennes colonies de l’empire tsariste. Cela impliquait le départ des colons russes et cosaques — dans le Caucase et en Asie centrale les colons furent encouragés à revenir en Russie et dans certains cas chassés de force. La langue russe cessa d’être la langue dominante et les langues autochtones furent employées dans les écoles, les administrations, les journaux et l’édition.
On créa un programme massif de « discrimination positive » (comme on l’appellerait aujourd’hui) (sic). Les représentants des nationalités allogènes furent promus à des positions dirigeantes dans l’État et dans les partis communistes et on leur donna la préférence en matière d’emploi sur les Russes. On créa des universités pour former une nouvelle génération de dirigeants nationaux non russes. Cependant les efforts pour garantir la liberté religieuse et les droits nationaux étaient constamment minés par la faiblesse de l’économie. L’isolement de la révolution russe signifiait qu’une pauvreté terrifiante faisait peser une menace mortelle sur le régime soviétique. Déjà en 1922, les subventions de Moscou à l’Asie centrale durent être diminuées et de nombreuses écoles publiques fermées. Les professeurs abandonnaient leurs postes faute de toucher un salaire. Cela signifiait que les écoles musulmanes en vinrent à représenter la seule solution pour la population. « Quand vous ne pouvez fournir du pain, vous n’osez enlever aux gens son substitut », déclara Lounatcharsky, commissaire du peuple  à l’Éducation.
On supprima les subventions aux tribunaux islamiques entre la fin de 1923 et le début de 1924 (ouf). Mais des facteurs économiques empêchaient déjà les musulmans de porter plainte au tribunal. Si, par exemple, une jeune femme refusait d’accepter un mariage arrangé par sa famille ou de se marier à un mari déjà polygame, elle avait peu de chances de survivre parce qu’elle ne pouvait trouver ni travail ni logement indépendant".
Toujours désireux d'apparaître anti-staliniens démocrates, les trotskiens nouveaux n'hésitent pas à charger le vilain Staline, qui, sur le plan de l'attaque contre l'islam avait plutôt tout bon à mon sens:
"Enfin, la bureaucratie stalinienne accrut sa mainmise sur la révolution. De plus en plus elle s’attaqua à ce qu’elle appelait les  « déviations nationalistes » dans les Républiques non russes et encouragea la renaissance du chauvinisme grand-russe. A partir de la seconde moitié des  années 20, les staliniens commencèrent à planifier une attaque frontale contre l’Islam au nom du droit des femmes. Le slogan principal de leur campagne était « khudzhum », c’est-à-dire attaque, agression, offensive".
Avant Besancenot, les bolchéviks auraient fait voiler leurs femmes pour les envoyer dans les mosquées prêcher le léninisme absolu:
"Le khudzhum entra en action massivement le 8 mars 1927, à l’occasion de la journée internationale des femmes. Au cours de meetings de masse on appela les femmes à enlever leur voile. De petits groupes de musulmanes autochtones montèrent sur des podiums et se dévoilèrent en public, après quoi on brûla leurs voiles. Cette opération grotesque renversait complètement les priorités du marxisme. Nous étions bien loin de l’époque où les militantes bolcheviques se voilaient pour mener un travail politique dans les mosquées. Cette politique était à des années-lumière des instructions de Lénine qui déclarait : « Nous sommes absolument opposés à toute offense contre les convictions religieuses ». Tu parles Charles du Lénine en opposition, au pouvoir les églises servirent d'auge à cochons!
Aucune référence ni source pour ce qui suit, mais il aurait fallu respecter l'islam trotskyste:
"Inévitablement le « khudzhum » provoqua une réaction en retour. Des milliers d’enfants musulmans, spécialement des filles, furent retirés des écoles soviétiques  par leur famille et démissionnèrent des jeunesses communistes. Des femmes non voilées furent agressées dans les rues, parfois violées et des milliers d’entre elles furent tuées".
La contre-révolution ce n'est pas l'Etat "prolétarien" qui militarise la société après avoir fusillé en masse à Kronstadt, c'est la fin de la "liberté religieuse":
"L’offensive contre l’Islam marqua le commencement d’une rupture brutale avec la politique révolutionnaire inaugurée en octobre 1917.  Tandis que l’Union soviétique lançait un programme d’industrialisation forcée, les dirigeants nationaux et religieux musulmans furent physiquement éliminés et l’Islam plongea dans la clandestinité. Le rêve de la liberté religieuse fut enterré lors de la Grande Terreur des années trente".
Crouch en fait des tonnes, qu'il nous suffise de répercuter la critique de ses frères en trotskysme, le parti socialiste de lutte (secte trotskienne belge), avec laquelle je suis évidemment OK:

"Cela ne signifie aucunement qu’il n’y a pas de leçons à tirer du travail de pionniers des bolcheviks. Mais l’article de Crouch ne dévoile que la moitié de l’histoire. Il se concentre presque exclusivement sur des points tels que l’union entre les dirigeants musulmans et les bolcheviks sans expliquer les divergences politiques, les conflits et les complications qui ont existé ou encore comment les bolcheviks ont essayé de gagner les masses musulmanes au programme marxiste. Sans toutefois le dire explicitement, l’article donne aussi l’impression complètement incorrecte selon laquelle l’islam était intrinsèquement plus progressiste que les autres religions parce que c’était la religion des peuples opprimés et colonisés et encore que les bolcheviks avaient traité les populations musulmanes d’une façon fondamentalement différente des autres religions.
En fait, Vladimir Lénine et Léon Trotsky ont correctement traité les droits religieux de toutes les minorités opprimées avec une attention et une sensibilité extrême, consécutive de leur approche sur la question nationale. Leur objectif était de minimiser systématiquement les divisions et les différences entre les sections de la classe ouvrière. Ils avaient compris que, pour la réalisation de cet objectif, il était nécessaire de démontrer encore et encore que le pouvoir des Soviets était la seule voie vers la libération nationale pour les nationalités opprimées par ce qui avait été l’empire russe des Tsars (que Lénine appelait la «prison des peuples»). Mais jamais ils n’ont cependant baissé la bannière de l’unité internationale de la classe ouvrière. Quand des concessions étaient faites à des forces nationalistes, il était ouvertement et honnêtement expliqué pourquoi de telles concessions étaient nécessaires, et en même temps les bolcheviks continuaient à argumenter clairement en faveur d’un programme marxiste parmi les masses des territoires opprimés."


Une perle du Le Monde: "rien de bien méchant" (à propos du type qui a blessé trois militaires à coup de couteau)

"Moussa Coulibaly est connu depuis plus de dix ans des services de police pour des faits de petite délinquance : vol, usage de stupéfiants, outrage à agents… Rien de bien méchant. Il a été condamné à six reprises entre 2003 et 2012 à des peines d'amende ou de prison avec sursis, la plupart du temps à Mulhouse, où il a vécu quelques années, selon une source judiciaire".



1A mon sens ces "mauvais penchants" des classes inférieures peuvent être doubles: le penchant à l'insurrection pour le renversement de l'Etat pour un prolétariat toutes races confondues évidemment le nec plus ultra...gauche, mais malheureusement aussi le penchant à la décomposition, reflet de la corruption bourgeoise, la jalousie sans foi ni loi qui mène à la barbarie terroriste, toujours sponsorisée par tel ou tel Etat contrairement à la théorie des naïfs anti-complotistes. Sans tomber dans les généralités navrantes du géo-complotiste Hillard, sommité du FN hilare.
2On trouve une confraternité étrange avec les pires sous-marins de l'Etat comme Filiu, franc-mac et membre de l'assoc louche des amis de la Syrie avec Hollande, que j'avais publiquement dénoncé lors de sa conférence à l'université d'Arcueil: "Dans une récente tribune parue dans « Le Monde » Olivier Roy compare les révoltés d’extrême gauche qui pratiquaient la lutte armée dans les années 70 aux djihadistes-internationalistes européens au XXIe siècle. Si cette comparaison a un objectif purement pédagogique (J.P. Filiu les a, lui, comparés aux combattants antifascistes des Brigades internationales lors d’une émission de radio), pourquoi pas... mais à condition de souligner immédiatement les limites de cette comparaison". Tu parles Charles!
3"Les différences importantes entre ces idéologies réactionnaires et totalitaires ne doivent pas nous aveugler sur leur parenté. Les partisans de l’islam politique, du moins dans sa version djihadiste-internationaliste ou nationale-tiers-mondiste, qui prennent les Juifs pour cibles sont clairement les zélés continuateurs des fascismes européens. Ils ne sont pas des « victimes du capitalisme et de la République », ou alors ils le sont autant que n’importe quel prolétaire fasciste d’Aube Dorée, de Casa Pound ou du Front national quand il met ses idées en pratique et tue des travailleurs immigrés ou des militants de gauche". (op cit Y.C.) L'équivalence entre extrêmement fascistes, post massacre Charlie Hebdo, vise à justifier son plein soutien à l'équivalence d'Etat! Or les djihadistes ne sont pas des fascistes mais des mercenaires tueurs d'une guerre de l'ombre intercapitaliste qui couve une guerre mondiale.

4Le "sens de la communauté humaine" qui bavait des manifs suivistes et creuses a heureusement empêché de chanter l'Internationale, nous dit-on, quoique la Marseillaise c'était pas le top, mais enfin "la perspective n'est plus le mouvement socialiste:communiste", et "la force de l'événement" avait "une dimension universaliste de la politique", plus mieux: "une réaction à titre humain". Ces idiots apolitiques passent évidemment à côté de la question de la guerre, et du bourrage de crâne contre toutes les fractions du prolétariat. Le prolétariat était bien présent mais en tant que victime du chantage terroriste et du chantage sécuritaire de l'Etat bourgeois. Entre ces deux mâchoires, nos petits profs défilaient jooyeusement "à titre humain"!
5Bien ciblé aussi sur les islamo-gauchistes "s'indignant davantage pour des tags sur des mosquées ... que des assassinats de juifs parce que juifs dans l'hypercasher" et contre leur fable de l'islam "religion des pauvres". Plusieurs remarques de nos sociologues d'édition tiers-mondiste ne sont pas fausses: "l'islam radical ne fabrique pas des révoltés mais des soldats". Preuve qu'ils lisent aussi PU. Guigou est le plus sympathique.
6Je ne résiste pas à raviver les souvenirs de la politique girouette de la gauche caviar face à l'islam, un rappel de Robert Paris: "Le socialiste Mauroy, au début des années 1980, avait prétendu que les grèves dont les participants étaient majoritairement des immigrés, à Chausson, Citroën ou Renault, étaient manipulées par les Ayatollahs. C’est sous la présidence de Mitterrand que l’Etat français, alors gouverné par Chirac, soutint activement la politique de répression violente menée à partir de 1992 par l’Etat algérien contre la population algérienne au nom de « l’éradication du terrorisme islamisque".(site Matière et révolution)
7Robert Paris l'avait vu avant moi: ""Tout est fait aujourd’hui pour faire croire que l’Islam menacerait le « monde libre », comme autrefois on prétendait que le stalinisme le menaçait alors que le stalinisme était d’abord un sous-produit d’un monde capitaliste (dont les nations impérialistes dominantes s’intitulent elles-mêmes monde libre), comme l’est l’Islam politique actuel, qu’il soit radical ou pas". Seule erreur de R. Paris, il assimile l'intégrisme djihadiste au fascisme...

8Qui se déchaînait haineusement le 14 juin 2013 contre Bourrinet, cible actuelle du CCI, C.Bitot et moi-même in : A propos d’un ultragauche xénophobe, de ses écrits et de ses charmants amis (cf. Mondialisme.org). Il s'essaie à l'humour lycéen là: « Les 10 commandements du petit xénophobe "radical" » http://www.mondialisme.org/spip.php?article1935


jeudi 29 janvier 2015

BIG BROTHER ISLAM (II)


    Extraordinaires sondages qui viennent de révéler que l'Union nationale après le massacre de la rédaction de Charlie et des prolétaires du magasin Casher, a porté ses fruits. Pour l'essentiel (tant que la guerre est maintenue le plus loin possible), les "français":

- sont d'accord pour amplifier l’engagement militaire de la France à l’étranger:
Les attentats commis en région parisienne ont manifestement conduit les Français à approuver l’engagement militaire de leur pays contre le djihadisme. « Là où la France est déjà présente (Mali, Sahel, Irak…) », 50 % des personnes interrogées considèrent qu’elle doit « augmenter » son engagement, 40 % le maintenir à son niveau actuel ; seuls 9 % souhaiteraient le voir diminuer. S’agissant spécifiquement de la Syrie, 65 % des personnes interrogées seraient favorables à ce que la France y « intervienne plus directement, dans le cadre d’une coalition internationale contre le djihadisme islamique » (...)
- sont d'accord pour un durcissement de la politique sécuritaire:
Une écrasante majorité des Français est favorable à la mise en œuvre de différentes mesures qui leur sont suggérées « pour lutter contre l’extrémisme religieux ». Y compris celles qui empiéteraient nettement sur les libertés individuelles. « Généraliser les écoutes téléphoniques sans accord préalable d’un magistrat » ? 71 % des personnes interrogées y sont favorables. « Pouvoir perquisitionner des domiciles sans accord préalable d’un magistrat » ? 67 % approuvent. « Pouvoir mener des interrogatoires de suspects sans l’assistance d’un avocat » ? D’accord à 61 %.
Troublant sondage qui sent le trucage concernant l'acceptation de l'islam supposé chant d'amour1 comme religieusement correct, d'un côté il est constaté que "La tolérance des femmes vis-à-vis de l’islam (50,3 %) est supérieure à celle des hommes (43,5 %)", et plus bas: "
66 % des personnes interrogées (81 % des sympathisants de gauche, 53 % des proches de l’UMP, 39 % des sympathisants du FN) jugent que l’islam est « une religion aussi pacifiste que les autres », et que « le djihadisme est une perversion de cette religion ». A contrario, 33 % considèrent que « même s’il ne s’agit pas de son message principal, l’islam porte malgré tout en lui des germes de violence et d’intolérance ». Les femmes sont plus nombreuses que les hommes (70,5 % contre 61,5 %) à être bien disposées à l’égard de cette religion".

Bizarre comme la fabrique à sondages sait admirablement faire écho aux trois premières préoccupations gouvernementales: dédouaner de toute culpabilité ses investissements impérialistes, renforcer la répression intérieure en mettant en garde à vue un gamin de huit ans et faire passer l'islam principal bréviaire des divers ennemis djihadistes pour une religion de paix.

Mieux encore – la bourgeoisie a des capacités d'interprétation inouïe – derrière les recrutements des soldats du terrorisme se profilerait de nouveau la question sociale, il suffirait de mettre fin aux ghettos et d'embaucher au moins un quart de la jeunesse des banlieues pour que cela cesse. Outre que cela révèle une analyse impulsive et à courte vue – se refusant à voir pourquoi le religieux supplante le politique - la bourgeoisie se fiche du monde: les ghettos c'est elle qui les a favorisés depuis trente ans et les promesses restent toujours des promesses qui n'entament jamais les avantages des castes privilégiées. Le notable PS Boutih, ex-démagogue en chef de SOS racisme, reconnaît à quoi a abouti "la politique de la ville" sous Mitterrand et les concessions à la religion sous Jospin: "On a vu une culture de la violence se développer dans les banlieues. On n'a pas su y apporter de réponses et les islamistes se sont engouffrés dans ce vide".2
"On n'a pas réussi à combattre l'intégrisme religieux, parce que d'aucuns disaient qu'on combattait alors la religion. C'est ce problème qui nous pète aujourd'hui à la figure"3. L'islamisation démocratique a ses contreparties électorales4 comme la religion a plus à voir avec la mort qu'avec la vie.

DU BONHEUR D'ETRE FRANCAIS, DE LA DERADICALISATION
OU COMMENT DEPASSER LA JALOUSIE SOCIALE?

On court chercher partout des ambassadeurs de la déradicalisation, de la gauche laïque, pour sauver le gouvernement au milieu d'une marmaille inconsciemment djihadiste, tel footeux, tel rappeur. Le célèbre intello du ballon rond Thuram: "... Je leur ai donc expliqué que nous sommes dans un Etat laïc où chacun est libre de sa pensée religieuse, mais où chacun est libre de critiquer toutes les pensées religieuses, ce qui est une vraie chance pour nous tous" (??) (...) "Je leur rappelle qu'ils sont français et qu'être français veut dire aussi que la religion ne prime pas sur les lois de la République. J'essaie de leur faire comprendre que la religion ne peut pas être vécue en France comme elle peut l'être en Arabie saoudite, en Syrie, ou au Sénégal (...) Quand quelqu'un tue au nom de dieu, c'est qu'il s'est laissé emmuré dans des dogmes, qu'il a perdu la chose la plus essentielle: la liberté de pensée".
Le rappeur Hamé explique: "L'idée c'est de s'affirmer: si vous me refusez le fait de penser que je suis français à part entière, tant pis pour vous, mais moi, je sais que je suis français et si cela vous dérange, c'est votre problème, pas le mien". Sur ce point je suis complètement d'accord avec ces deux ambassadeurs qui ne font nullement preuve de chauvinisme en l'occurence mais d'un constat: pourquoi devrait-on avoir honte d'être français? Parce que les islamo-gauchistes et les ultras radotent que les gens n'ont pas de patrie? Parce que cela ne se voit pas sur la figure? Parce que ce n'est plus à la mode et que la novlangue ne distingue plus que des européens, des africains, des blancs, des noirs, des musulmans, etc.
Ils apportent honnêtement deux précisions importantes: depuis dix ans la France s'est engagée dans dix guerres pour le pétrole, et les Merah et Coulibay étaient des enfants de l'Assistance publique!

Nos deux ambassadeurs de la déradicalisation soft ne vont pas au fond des choses pour expliquer une réaction de déni de nationalité chez les enfants d'immigrés, bien français puisque nés sur le sol français. Ce rejet de ce qui est leur carte d'identé (nationale) est dû à la jalousie sociale des français dits de souche. On est souvent plus ou moins jaloux que l'autre possède la même chose que soi. Cela vous paraîtra original que je fasse état d'un sentiment psychologique pour analyser une des raisons de l'ostracisme anti-français (vice-versa) mais la jalousie est un sentiment bien réel et immémorial, quoique honni dans tous les pays5. La jalousie sociale, elle, peut être entretenue à dessein par un tiers. Traduisons-le en politique. Prenons un ouvrier de souche qui s’aperçoit, à tort ou à raison, que pour l'Etat d'assistance, il n’est plus l’unique, l’exclusif pour les allocs. Que l’Etat a une préférence pour les familles nombreuses immigrées, musulmanes ou pas. Que ce concurrent pourtant aussi "naturalisé" que lui peut tout aussi bien être embauché à sa place. Ou bien que l’autre est plus beau, plus jeune, plus intelligent. Il se sent alors transparent, même plus français lui non plus, mais, en réaction il va assurer qu'il est plus "français" que l'autre. Il avait cru que le vieux slogan "liberté, égalité, fraternité" lui donnait tous les droits, comme celui d'avoir un travail d'office, comme celui d'une garantie pour ses enfants de poursuivre de meilleures études. Cette jalousie n'est que le produit de la concurrence entre les ouvriers, mais là où jadis la question de l'identité nationale était secondaire – chacun finissant par être intégré à la production – celle-ci nous revient à la figure comme un double miroir mais sous forme de rejet. Selon nos ambassadeurs de la société pipole il suffirait de chanter à tous: "on est tous français et contents de l'être"; aux fils de français de vieille souche: "c'est bon t'es français mais pas au point d'en faire une montagne" et aux fils d'immigrés: "t'es français c'est super".

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer cette jalousie mal placée, qu'on trouve un peu partout dans la concurrence en milieu prolétaire, mais elle est aussi une explication aux dérives terroristes et même à l'idéologie terroriste qui, un peu partout, s'appuie sur l'islam. Merah avait été refusé par l'armée française. Tous ceux qui sont refusés dans des emplois réservés en priorité pourtant aux français ne deviennent pas de petits tueurs sans remords. Tous ceux qui sont rejetés pour une raison ou une autre tombent cependant dans le sentiment de jalousie (psychologie) après avoir été dans l'état d'envie, situation morbide qui renvoie à la réalité sociale d'une société qui promet le pompon à quelques-uns et nargue l'immense majorité des autres6. Le terrorisme planétaire a parfaitement compris de façon sectaire cette "condition" à laquelle le système réduit les individus puisqu'il leur propose de "dépasser l'envie" en s'opposant violemment à ce qui la produit, de façon nihiliste et sans rémission. De cette façon le terrorisme est bien un produit intra-muros du capitalisme décadent: no future, kill yourself! Comme dans la guerre, locale ou mondiale, la victoire n'est même plus envisageable, seule la mort est l'échappatoire rédemptrice non des péchés de l'individu (méprisé) mais d'un système excluant qu'il faut punir en assassinant le plus possible d'innocents ou d'individus-symboles. Et à ce point de vue le coran sert pas mal de versets... sataniques.

ON N'EN A PAS FINI AVEC LA QUESTION DE LA NATION ET DE LA NATIONALITE

"Tant que la bourgeoisie détient le pouvoir et peut déclencher cet appareil formidable qui s'appelle la mobilisation et la guerre, elle possède la faculté de mettre le prolétariat entre deux feux, entre deux dangers, entre deux pièges: s'unir à l'ennemi intérieur contre celui du dehors, et abdiquer ainsi son indépendance de classe et aliéner sa liberté d'action, ou refuser de marcher à la guerre, et devenir ainsi le complice indirect de l'ennemi extérieur". C. Rakovsky


Dans une discussion en mai 1915 entre le député socialiste français Charles Dumas et le socialiste roumain Christian Rakovsky (qui deviendra un des plus courageux bolchevique) ce dernier, luxemburgiste, refusait de faire figurer le "principe des nationalités" dans un programme socialiste, inapplicable ni en Europe "dans les cadres de l'Etat national" d'aujourd'hui, ni :"en Orient surtout, où les éléments sont excessivement mêlés, où les frontières ethnographiques n'existent même pas, le principe des nationalités ne sert qu'à masquer une politique de conquête territoriale"7.
Considération très pertinente à la charnière de notre époque où à la comédie des libérations nationales dans des découpages artificiels du colonialisme succède la volonté de conquête islamique du monde arabe d'abord et du reste éventuellement ensuite; prêcheurs dits radicaux depuis longtemps et agents terroristes actuels ne se gênent pas pour déclarer mener les deux simultanément, d'autant qu'ils peuvent s'inspirer du stalinisme qui envisageait de faire effondrer les vieux pays centraux du capitalisme afin de... libérer vraiment les nations (artificielles) asservies par le colonialisme, pour en faire des zones de production et de pillage au profit de la maison mère détentrice du socialisme en un seul pays pour tout le continent.
Définissant le référendum proposé par le député patriote C.Dumas (sur la question de l'Alsace Lorraine) comme nationaliste et néfaste, Rakovsky remarque la spécifité des vieilles nations: "La France, comme l'Allemagne, comme l'Italie, est un Etat national, homogène, et ne peut pas, de ce fait, tolérer des éléments d'autre nationalité. Je n'oublierai jamais que sous le ministère Combes on avait dénoncé comme un véritable crime contre l'unité nationale française le fait qu'en Bretagne le catéchisme était lu en langue bretonne. Combes s'empressa même de l'interdire d'une façon expresse. Ce fait, extraordinaire si on le considère au point de vue de la liberté individuelle, apparaît naturel si l'on prend en considération le caractère profondément unitaire et centraliste de l'Etat français".
Intéressant ce rappel face à tous ceux qui se moquent un peu facilement des vieilleries nationales, mais pour se mettre au service de l'Europe islamisée (je veux bien conchier le vieux patriotisme mais pas au profit d'un patriotisme ou internationalisme islamique!). Il y a une culture et une histoire française comme il y a une culture et une histoire russe, africaine, juive, chinoise, etc. L'internationalisme prolétarien abouti (la lutte finale) dont on n'a jamais su à quoi il aboutirait – sauf dans la version stalinienne, surtout au pillage des peuples – envisageait-il de dissoudre ces aspects culturels (langue, traditions culinaires et vestimentaires esprit des lumières, etc.) dans une uniformité universelle de l'espèce humaine voire une catéchisation islamique généralisée? Lénine n'aide en rien à la compréhension du problème en décrétant la culture de chaque pays comme bourgeoise. Donc la liberté d'expression (vieille "tradition" depuis 1789) serait simplement "bourgeoise"? La laïcité forcément "bourgeoise"? Tout roman, film ou poème, forcément bourgeois?
Personne ne pourra me répondre mais nous savons que nous pouvons régresser en supprimant le capitalisme si ce n'est pas pour le remplacer par le communisme, avec ce qu'écrivait Rosa en 1915: "... ou bien triomphe de l'impérialisme et décadence de toute civilisation, avec pour conséquences, comme dans le Rome antique, le dépeuplement, la désolation, la dégénérescence, un grand cimetière; ou bien la victoire du socialisme...". A cette différence que l'impérialisme a triomphé du prolétariat et est en train de perdre face à la décadence islamique, et que les bouffons du socialisme officiel savonnent la planche à l'islam "de paix et d'amour". Dans la pensée de Rosa l'avenir du communisme n'était certainement pas le col mao pour tous et le voile pour toutes.
Toutes les objections des vilains canards Régis Debray, Finkielkraut, Onfray8 et d'autres ne sont pas toutes débiles. En 1976, Régis Debray, indépendamment de l'avis que l'on peut avoir de son parcours de caméléon, polémiquait contre l'internationalisme frelaté de la LCR:

"La conception de l’unité du processus historique chez Marx demeure encore un parti idéaliste ; c’est-à-dire qu’elle devrait liquider conceptuellement la présence de la nation. Autrement dit, la conception d’une unification croissante non seulement des conditions de production mais des conditions de vie, la conception d’une évolution linéaire, uniformisante de l’histoire, avec les cinq modes de production, etc. Cette conception de l’universalité comme réduction des différences, comme réduction progressive des différences ethniques, nationales, culturelles, etc., est vraiment la conception de la raison analytique bourgeoise. Que d’ailleurs Marx et plus encore Engels ont repris directement de l’Aufklärung, de Condorcet, etc. Conception selon laquelle les chemins de fer vont supprimer les frontières et la classe universelle va prendre le pouvoir, parce que le prolétariat, enfin, tu connais les phrases célèbres, « on ne lui a pas fait un tort particulier, on lui a fait un tort universel, donc c’est la classe universelle ; le prolétariat ne revendique aucun droit particulier », etc. Donc les frontières vont s’écrouler et la République internationale des soviets est là – traduction léniniste du fantasme marxien".
"On trouve parfois chez Marx une opposition de l’universel et du particulier qui fait que pour lui l’universalisation de l’humanité, c’est la liquidation de ses particularités. Alors qu’en fait il y a une dialectique : ce à quoi on assiste maintenant c’est l’interdépendance croissante des conditions de production et d’échange économique, donc en un sens uniformisation, mais, dialectiquement, cela est accompagné d’une multiplication des diversifications culturelles. Le retour en force des revendications nationales ou régionales est concomitant, nécessairement, de l’uniformisation économique ; autrement dit, l’égalité n’est jamais l’identité ; une conception dialectique de l’identité inclut la différence et on assiste maintenant à un processus de différenciation croissante des identités culturelles, une recherche de la spécificité qui va de pair avec le constat de la globalité. Je pense à la limite que la réalité historique est encore plus matérialiste que Marx et encore plus dialectique que lui ! En un sens, tous les démentis de la réalité historique depuis un siècle au marxisme, sont des démentis matérialistes, c’est-à-dire qu’ils liquident tout l’héritage, tout l’énorme héritage idéaliste qu’il y a chez Marx"9.
On n'assiste pas à l'époque au processus d'éclatement du bloc de l'Est et à la montée des micro-nationalismes, ni non plus à la fragmentation politico-religieuse actuelle. Debray reste fidèle à sa formation marxiste-léniniste dans sa jeunesse au parti stalinien et de plus en plus distant avec le guévarisme dont il avait été un des sponsors, et à la veille de devenir conseiller de Mitterrand, la référence est la nation. Il se découvre peu après admirateur de De Gaulle.
Debray n'est pas totalement idiot révisionniste (mais au fond fidèle génétiquement au stalinisme gaullo-national). Il anticipe le mouvement souverainiste avec les Chevènement, Max Gallo et Marianne. Mais la nation à l'agonie selon Hanna Arendt n'agonise pas complètement, durant les années 1990 il s'en crée plein de nouvelles. Un processus semble se développer mais sans s'achever encore. L'achèvement c'est maintenant: constitution bancale d'aires géographiques: Europe, zone d'influence américaine, russe, chinoise, volonté de faire éclater les découpages coloniaux en Afrique. Partout les anciennes frontières nationales des nations les plus récentes, de la Yougoslavie à la Syrie, ont éclaté ou vont éclater. Première conséquence: la bourgeoisie, partout, ne peut plus mobiliser au nom du sentiment national. La bourgeoisie développée avait déjà inventé depuis longtemps l'antifascisme, qui sert encore, et elle rame avec l'anti-terrorisme. Les diverses variétés de terroristes sans Etat national (sauf le Desh en gestation) disposent d'un anti-capitalisme religieux.
Yolène Dilas-Rocherieux a bien résumé l'adaptation d'un Carlos au communisme islamique, non plus nation islamique mais monde islamique:
"En fait, l’islam, « la révolution des révolutions », lui aurait permis de fusionner l’hier et l’aujourd’hui, le rationalisme des théories et pratiques marxistes-léninistes avec la foi religieuse, dans laquelle il désigne la nouvelle dynamique d’une révolution de masse et le fondement d’un monde nouveau. Nul transfert de foi dans cette mutation assure Carlos, mais le terme d’une expérience avec le constat d’une résurgence de la passion révolutionnaire en islam, après l’échec de l’expérimentation communiste: « J’accuse l’Occident d’avoir failli à sa mission révolutionnaire ». S’il rejette le déterminisme de Marx, l’une des raisons, selon lui, de l’embourgeoisement de la gauche occidentale, Carlos en retient le matérialisme dialectique – le capitalisme sera victime de ses propres contradictions – qu’il propose de réinterpréter à la lumière de la loi islamique afin de renouer avec les grandes luttes du passé. L’islam spirituel et doctrinal, porteur d’un dessein divin, serait ainsi devenu l’unique tremplin de la révolte des masses: « Seuls des hommes et des femmes armés d’une foi totale dans les valeurs fondatrices de Vérité, de Justice et de Fraternité, seront aptes à conduire le combat et à délivrer l’humanité de l’empire du mensonge ». Cette alliance entre le politique et le sacré aurait l’avantage de donner sens à une vision binaire du monde, deux blocs opposés: l’Occident dégénéré et son envers positif, une contre-société islamique, dont les règles de vie seraient compatibles avec l’esprit communiste d’un Lénine ou d’un Mao:  » … en mettant des freins au libre exercice du marché. La charia interdit le prêt à intérêt, les pratiques et les règles financières islamiques sont solidaristes, contraires au travail de l’argent, immoral et créateur d’injustice »10.
J'ai parlé d'une première conséquence, le fait que la bourgeoisie ne peut plus mobiliser au nom de la nation (désormais multiethnique, multiculturelle, etc.), mais la deuxième est un fractionnement interne de la nation, des vieilles nations qui n'augure en rien une évolution positive vers une sorte d'irénisme internationaliste dépassant les "arriérations nationales". La génération de 68 avait ridiculisé le fait de se vanter d'appartenir à une nationalité: on était d'abord un internationaliste, ou un citoyen du monde, ou un être humain. Désormais on est d'abord musulman, juif, corse, écologiste, européen, voire joueur de tennis ou DJ!
Se définir comme français, anglais, allemand, etc., est ringard. On ne peut souscrire au caméléon Debray de 1976 qui sortait que la révolution en France n'aurait lieu qu'en "reprenant son héritage national": jacobin? Patriotique? Gaulliste? Debray zigzaguait comme toujours, comme son ami Finkielkraut. Un ivrogne peut, une fois sur deux, indiquer la bonne direction mais il va finir par tomber et s'endormir. Les tenants intellectuels d'une culture française, zemmouriens ou pas, constatent une islamisation rampante, et on les accable d'observer ce phénomène, on les insulte ou on les ignore. Ils ont partiellement raison. La tolérance du religieux ne faisait plus partie de l'esprit français depuis 1905, même s'il a toujours existé des fractions bourgeoises pieuses ou suffisamment hypocrites pour justifier le maintien du carcan idéologique des religions.
Ils sont qualifiés d'islamophobes, une définition qui ne tient pas debout malgré la maïeutique d'un journaliste du Monde11. Il est question que la loi punisse l'islamophobie au même titre que l'antisémitisme. Un Conseil contre l'islamophobie en France (rapport 2014), établit qu'  « il s'agit de l'ensemble des actes de discrimination ou de violence contre des institutions ou des individus en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à l'islam. Ces actes sont également légitimés par des idéologies et des discours incitant à l'hostilité et au rejet des musulmans. » Et le Conseil de l'Europe surenchérit: "« Qu'elle se traduise par des actes quotidiens de racisme et de discrimination ou des manifestations plus violentes, I'islamophobie est une violation des droits de I'homme et une menace pour la cohésion sociale. » C'est déjà acquis, labellisé, officialisé, avant d'avoir été discuté, confronté ou soupesé. Depuis le traité de cocu de Lisbonne, la bureaucratie européenne pue. Salman Rushdie ) cette aune devrait être livré aux égorgeurs puisqu'il a osé déclarer: "Je suis aux côtés de «Charlie Hebdo», comme nous devons tous l’être, pour défendre l’art de la satire, qui a toujours été une arme pour la liberté et contre la tyrannie, la malhonnêteté et la stupidité. Le "respect de la religion" est devenue une formule signifiant "peur de la religion". Les religions, comme toutes les autres idées, méritent la critique, la satire et, oui, notre irrespect courageux.» 
Devrons-nous crier un jour: "libérez Debray et Finkielkraut"? Et "sauvez la France de l'islam"!
Il y a de la lucidité chez Finkielkraut dans son constat de la "francophobie"12 et sa défense de la vieille France, bien qu'il soit ambigu lui-même – il est en même temps nationaliste israélien: "Il est évidemment très difficile de répondre à la question : qu’est-ce qu’être français aujourd’hui ? L’identité n’est pas une propriété, c’est une question ; quelque chose d’ouvert et d’évolutif. Mais comme l’a dit Régis Debray, ce sont ceux qui maîtrisent le mieux un legs culturel qui sont capables de le dépasser. Plutôt que de parler de roman national je dirais donc que nous sommes, nous autres Français – Français de souche, car cela existe, ou Français de fraîche date, comme moi – dépositaires d’un grand héritage culturel. La France est une civilisation, ce qui est une chance. Certains peuples, au XIXe siècle, ont dû aller chercher leur identité dans leur folklore mais la France n’en a pas eu besoin : elle a une culture, une littérature, une langue… Je voudrais qu’on ait un peu plus conscience de la richesse de cette civilisation, qu’on ait un peu plus de gratitude pour la beauté de cet héritage".13
Finkielkraut donne des verges pour se faire battre comme chauviniste ringard, mais comme il fût le grand inquisiteur du révisionisme des chambres à gaz en France tout finit par lui être pardonné. La question de fond dépasse ces divers littérateurs du paf: comment passe-t-on de la nation à la fin des nations du point de vue communiste? La décomposition multiculturelle et islamophile va-t-elle rendre impossible toute union du prolétariat au-dessus des diverses divisions et claustrophobies religieuses?
LES CONCEPTIONS OBSOLETES DU MARXISME TROTSKIEN
Sur le site de R.Paris "Matière et Révolution", on peut lire un condensé de la vision simpliste léniniste de l'assimilation et de la question nationale:
"La nationalité et la question nationale en général sont, au fond, une question de classe. Les idées dominantes de toutes les nations sont les idées de leur classe dirigeante. On entend beaucoup parler de la « culture française », de la « culture américaine », etc., comme si ces cultures existaient indépendamment du caractère de classe de la société en question. La classe dirigeante a intérêt à dissimuler l’existence de classes distinctes et mutuellement antagoniques. Mais la culture dominante de toutes les nations n’est autre que la culture de la classe dominante, c’est-à-dire de la classe capitaliste :
« Chaque culture nationale comporte des éléments, même non développés, d’une culture démocratique et socialiste, car dans chaque nation, il existe une masse laborieuse et exploitée, dont les conditions de vie engendrent forcément une idéologie démocratique et socialiste. Mais, dans chaque nation, il existe également une culture bourgeoise (et qui est aussi, la plupart du temps, ultra ?réactionnaire et cléricale), pas seulement à l’état d’" éléments", mais sous forme de culture dominante. » (Lénine, Notes critiques sur la question nationale, 1913.)
Lénine et Trotsky, suivant Marx et Engels, étaient des internationalistes intransigeants. Dans la question nationale comme dans toutes les autres questions, il est totalement inadmissible, pour un marxiste, de faire la moindre concession aux sentiments et préjugés nationalistes. On doit constamment souligner et expliquer les intérêts communs de tous les travailleurs, indépendamment de leur nationalité, de leur langue, de la couleur de leur peau, etc. Le but des marxistes, c’est de promouvoir et de faciliter par tous les moyens possibles l’unité des travailleurs de tous les pays dans leur lutte contre les capitalistes. C’est de ce point de vue que le marxisme défend le droit des nations à l’autodétermination. Le droit à l’autodétermination n’a d’intérêt que dans la mesure où il renforce la lutte contre le capitalisme et contre le nationalisme. Il est entièrement subordonné à la lutte pour le socialisme. Il faut traiter chaque cas selon les circonstances concrètes. Soutenir ou ne pas soutenir ce droit dépend de la situation concrète" (cf. La Riposte).
Pauvre Lénine, il faudrait qu'il nous explique de quoi se compose la culture aujourd'hui, et surtou cette culture bourgeoise qui ne se veut même plus nationale mais multiculturelle et souffreteuse à l'égard des religions et surtout de la principale de plus en plus chez les populations déshéritées. Et ces pauvres trotskiens auront été jusqu'au bout les défenseurs de cette variété de nationalisme obsolète nommé autodétermination, une des pires supercheries du XXème siècle quand la branche du NPA a tenté de glisser la concession de la candidate trotsko-voilée... créant les mêmes émois en son sein que dans le barnum PS lors de l'affaire des mioches voilées de Creil.
Que peuvent faire aujourd'hui les "marxistes intransigeants" contre les diverses manifestations de l'islam, hard, soft et moitié les deux? Le capitalisme étant à l'agonie comme même des économistes bourgeois et l'exhibitionniste Jorion l'assurent, va-t-on directement sauter pacifiquement dans le communisme comme le déclare un fan de Claude Bitot14?
Allons voir du côté du "Fil du temps" et de notre cher Dangeville (Facteurs de race et de nation dans le marxisme):
"Comme nous ne sommes ni des métaphysiciens ni des mystiques, nous acceptons, sans nous couvrir la tête de cendres et sans considérer que le genre humain a à expier ces souillures, qu'apparaissent et se développent de mille façons le mélange des sangs, la division du travail, la répartition de la société en classes, l'Etat, la guerre civile. Mais ce qu'il y a au bout du cycle, avec un mélange des races devenu général et inextricable, avec une technique productive capable d'agir de façon puissante et complexe sur le milieu environnant au point d'envisager de planifier les phénomènes à l'échelle planétaire, c'est la fin de toute discrimination raciale et sociale; c'est une économie à nouveau communiste; c'est la fin, à l'échelle mondiale, de la propriété individuelle qui avait engendré les cultes transitoires de ces fétiches monstrueux que sont la personne, la famille, la patrie."
Tout est simple à l'extrême là aussi avec ces écrits des sixties, finalement avec les mélanges généralisés, indépendamment des clivages religieux, la nouvelle société de paix et d'amour "communiste" mettrait fin naturellement aux horreurs de l'individualisme, de la famille missionnaire et de la patrie coïncée!
Plus radical que les trotskiens, Dangeville oppose à la monoculture bourgeoise une "culture prolétarienne", après l'insurrection bien sûr (conjointe contre nouveaux versaillais et jeunes mercenaires islamistes coalisés15):
"Ce que disent Marx et Lénine, c'est ceci: la bourgeoisie n'admettra jamais que sa culture est une culture de classe. Elle affirme au contraire que c'est une culture nationale propre à un peuple donné, et elle se sert de la surestimation de la langue nationale comme d'un frein puissant pour entraver la formation d'une culture, ou mieux, d'une théorie de classe, prolétarienne et révolutionnaire. Mais il est clair aussi que tout change et s'inverse quand s'effondrent le capitalisme, le mercantilisme et la division de la société en classes. Avec ces institutions sociales périront aussi les langues nationales. Pour la révolution qui tend à les détruire, la revendication de la langue nationale appartient au camp ennemi dès que le plein capitalisme s'est imposé". Dangeville s'appuie sur les travaux d'Engels pour montrer que l'étape de formation des nations n'a pas été facile:
«Nous étions précédemment au berceau de l'antique civilisation grecque et romaine. Nous voici maintenant auprès de son cercueil. Sur tous les pays du bassin méditerranéen, le rabot niveleur de l'hégémonie mondiale romaine avait passé, et cela pendant des siècles. Partout où le grec n'opposait point de résistance, toutes les langues nationales avaient dû céder la place à un latin corrompu; il n'y avait plus de différences nationales [...] tous [étaient] devenus Romains. L'administration romaine et le droit romain avaient partout détruit les anciens liens consanguins et, du même coup, les derniers vestiges d'activité locale et nationale autonome [...]. Mais nulle part n'existait la force capable de forger, avec ces éléments, de nouvelles nations...»(Engels)
Engels rappelait qu'on avait déjà réussi à empêcher que les arabes (maures ou sarrasins à l'époque) et les normands n'envahissent l'empire réservé à Charlemagne:
"La naissance, en quatre ou cinq siècles, des Etats germaniques, dont le pouvoir s'étendit sur les anciennes provinces de l'empire romain et sur l'Italie elle-même. Le plus remarquable était celui des Francs, qui servit à l'Europe de rempart contre l'invasion des Maures et qui, tout en cédant à la pression des Normands à l'autre extrémité, permit aux populations de résister sur les territoires où elles s'étaient établies, fût-ce en donnant lieu à des mélanges ethniques complexes avec des Germains, des Romains et, dans le royaume des Francs, des Celtes aborigènes. Ces Etats germaniques ne pouvaient constituer des nations du fait même de cet enchevêtrement récent de souches ethniques, de traditions, de langues, d'institutions hétérogènes; mais il s'agissait bien d'Etats car ils avaient enfin des frontières solides et une force militaire unifiée".
«Si improductives que paraissent ces quatre cents années [V°, VI°, VII° et VIII° siècles après J.C.], elles léguaient au moins un grand résultat: les nationalités modernes, l'organisation nouvelle et la structure de l'humanité de l'Europe occidentale pour l'histoire à venir [c'est-à-dire pour les XVII°, XVIII° et XIX° siècles]. Les Germains avaient effectivement revivifié l'Europe, et c'est pourquoi la dissolution des Etats de la période germanique n'aboutit pas à l'assujettissement aux Normands et aux Sarrasins, mais à l'évolution [progressive] vers la féodalité (Engels)».
Comment va-t-on passer de la révolution nationale à la révolution internationale alors?
"La révolution nationale n'est pas notre révolution, la revendication nationale n'est pas notre revendication, et elles ne représentent pas pour l'homme la conquête d'un avantage irréversible et éternel. Mais le marxisme les considère avec intérêt, voire avec admiration et passion, et lorsque le cours de l'histoire les remet en cause il est prêt, en temps et lieu décisifs, à se lancer dans la lutte pour elles. Ce qu'il faut étudier, c'est le degré de développement des cycles historiques, en délimitant correctement les aires et les phases. Si mille ans se sont écoulés entre le développement des peuples primitifs du bassin méditerranéen et celui de l'Europe continentale, il est parfaitement possible que le cycle national moderne de l'Occident soit clos alors que celui des peuples d'une autre race, d'un autre cycle et d'un autre continent reste encore ouvert avec son potentiel révolutionnaire pour une longue période.
«On a en outre reproché aux communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité. Les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut leur prendre ce qu'ils n'ont pas».
Après une affirmation de principe aussi radicale, il n'était pas question d'ajouter: les ouvriers n'ont pas de nationalité. C'est un fait que les ouvriers sont français, italiens, allemands, etc., non seulement par leur race et par leur langue (nous savons combien il y aurait à redire sur ces deux facteurs), mais par leur appartenance physique à un des territoires gouvernés par l'Etat national des bourgeois, qui influe considérablement sur les vicissitudes de leur lutte de classe, et même sur la lutte internationale. Cela est bien clair."
Non c'est pas clair!


PETIT COURS DE NOVLANGUE

La Novlangue est une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l'expression des idées potentiellement subversives et à éviter toute formulation de critique de l’État, l'objectif ultime étant d'aller jusqu'à empêcher l'« idée » même de cette critique1.
Langue officielle d’Oceania, le novlangue a été créé pour satisfaire les besoins idéologiques de l’Angsoc (pour English Socialism) : il doit favoriser la parole officielle et empêcher l'expression de pensées critiques, donc hétérodoxes (comme le navet de Houellebecq qui esquive le présent)
De plus, si la langue possède le mot « bon », il est inutile qu’elle ait aussi le mot « mauvais », car cela suppose l'existence de nuances entre ces deux termes. Le concept « mauvais » est donc détruit pour être remplacé par le « non bon », fabriqué en ajoutant un préfixe marquant la négation (cela donnera « inbon »). En « oldspeak anglais » cela donne : « good », « ungood » et « plusgood » et même « doubleplusgood ».

Outre la suppression des nuances, le novlangue est une incarnation de la double-pensée.
La double signification des mots possède le mérite (pour ses créateurs) de dispenser de toute pensée spéculative, et donc de tout germe de contestation future. Puisque les mots changent de sens selon qu’on désigne un ami du parti ou un ennemi de celui-ci, il devient évidemment impossible de critiquer un ami du parti, mais aussi de louer un de ses ennemis.
Prenons pour exemple le mot « noirblanc ». Quand il qualifie un ennemi, il exprime son esprit de contradiction avec les faits, de dire que le noir est blanc. Mais lorsqu’il qualifie un membre du Parti, il exprime la soumission loyale au Parti, l’aptitude à croire que le noir est blanc, et plus encore, d’être « conscient » que le noir est blanc, et d’oublier que cela n’a jamais été le cas (grâce au principe de « doublepensée »).
L'islam est le culte de l'ignorance systématisée comme le prévoit 1984 (qui visait le stalinisme de 1948): Dans 1984, Syme, un fonctionnaire mettant au point le novlangue, explique précisément la notion de novlangue :
« "Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées [...]. Le processus continuera encore longtemps après que vous et moi nous serons morts. Chaque année, de moins en moins de mots, et le champ de la conscience de plus en plus restreint. Il n’y a plus, dès maintenant, c’est certain, d’excuse ou de raison au crime par la pensée. C’est simplement une question de discipline personnelle, de maîtrise de soi-même. Mais même cette discipline sera inutile en fin de compte. La Révolution sera complète quand le langage sera parfait. [...] Vers 2050, plus tôt probablement, toute connaissance de l’ancienne langue aura disparu. Toute la littérature du passé aura été détruite. Chaucer, Shakespeare, Milton, Byron n’existeront plus qu’en versions novlangue. Ils ne seront pas changés simplement en quelque chose de différent, ils seront changés en quelque chose qui sera le contraire de ce qu’ils étaient jusque-là. Même la littérature du Parti changera. Même les slogans changeront. Comment pourrait-il y avoir une devise comme « La liberté c’est l’esclavage » alors que le concept même de la liberté aura été aboli ? [...] En fait, il n’y aura pas de pensée telle que nous la comprenons maintenant. Orthodoxie signifie non-pensant, qui n’a pas besoin de pensée, l’orthodoxie, c’est l’inconscience." » (1984, Chapitre V)

EBAUCHE DU PETIT DICO DE LA NOVLANGUE CUCULTUELLE FRANCAISE

Cette novlangue tout à fait conforme aux préceptes orwelliens permet tous les raccourcis et clichés bourgeois que vous pouvez subir quotidiennement à la télé, en réunion syndicale ou avec un gauchiste qui essaie de vous refiler son canard au coin du marché.

Antifascisme: tout lycéen en âge de faire de la mobylette et de porter un casque peut devenir un antifasciste confirmé à condition de crier au réveil "Le Pen salaud le peuple aura ta peau".
Complotisme : l'interprétation type des pauvres cons, plus complexe et plus pertinente que la version officielle ou les faits eux-mêmes. Duduche apporte la vérité cachée à Ahmed ou l'inverse. La théorie du complot va dévoiler la vérité. Ils sont les initiés par rapport à la masse qui n’arrive pas à voir qu’on lui ment. Adhérer à une théorie du complot, c’est adhérer à une vision critique du monde qui nous entoure, que ce soit au niveau politique ou médiatique. Sous-entendu, les gens qui nous gouvernent et nous informent sont des menteurs. Ce qui signifie surtout qu'il n'y a jamais de complot en politique car les élections, leur organisation et déroulement sont le fait de gens honnêtes, choisis pour défendre le peuple, rien que le peuple.
Devoir (de citoyen): des gens sont morts pour que tu puisses voter.
Identité : Il y a un problème d'identité avant un problème de religion. La première génération d'immigrés musulmans, souvent maghrébins, n'avait pas de difficultés liées à la religion. Le problème arrive avec la deuxième, troisième et maintenant quatrième génération. Pour elles, en attaquant l'islam, vous attaquez plus leur identité que leur foi. Poil au foie.
Haine : un seul parti diffuse la haine le FN c'est pourquoi on prononce Fhaine.
Islam : religion de paix et d'amour
Islamophobie : Le terme « islamophobie » suggère à l'origine une peur collective de la religion musulmane. Mais il s'impose depuis quelques années comme l'ensemble des réactions de rejet vis-à-vis des personnes musulmanes (ou supposées telles). En effet, si le suffixe « phobie » désigne étymologiquement une peur, son sens a dévié et peut désigner communément une notion d'« hostilité sociale », comme dans les mots xénophobes, homophobes, etc.". (définition de l'immonde, je ne la valide pas du tout, elle se ridiculise d'elle-même).
Race: il n'existe plus de races il n'y a qu'une race humaine. Ceux qui parlent de races au pluriel sont des racistes. L'espèce humaine n'existe plus non plus car les animaux en font partie, il est prouvé qu'ils sont sensibles.

Racisme : Tous ceux qui ne pensent pas comme moi, ne couchent pas avec moi et n'enlèvent pas leur béret quand je les croise.







1Deux sourates sur les 200 hyper violentes:  « Exterminez les incrédules jusqu’au dernier »« Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le »...
2Nouvel Obs fin janvier 2015.
3Sincère retournement de veste de l'élu du parti bourgeois, à l'époque de l'affaire du collège de Creil – trois gamines qui refusaient d'ôter le voile - cet ex chefaillon de SOS racisme avait hurlé avec les anges gauchistes qu'il était "scandaleux que l'on puisse au nom de la laïcité malmener les convictions personnelles"; quand, maintenant il déclare tout de go: "Creil c'est l'erreur historique de SOS. On n'avait pas compris les valeurs en jeu. Il fallait demander d'emblée que les filles soient renvoyées". Les islamo-gauchistes blâmeront ce retournement comme tactique électorale pour chasser "sur le terrain du FN"!
4Le député socialiste Razzy Hammadi est revenu sur la lâcheté et les petits arrangements des élus locaux de la gauche plurielle, qui font construire sur leurs territoires des mosquées en échange du vote des communautés musulmanes. Invité à s’exprimer aux micros d’Olivier Galzi, sur I-Télé, le député de Seine-Saint-Denis et ancien président du Mouvement des jeunes socialistes a donc dénoncé les « lâchetés » des élus locaux face à la montée du communautarisme, avant d’avouer que « certains (élus locaux) ont négocié les mosquées contre des voix »


5En Afrique francophone, et plus particulièrement en Côte d'Ivoire, l'expression « Les jaloux vont maigrir » symbolise la force de la jalousie, travaillant le jaloux jusque dans ses chairs. Cette expression a été popularisée par le chanteur Mokobe du groupe 113 dans sa chanson au titre éponyme.
6Myriam Benraad préfère les concepts d'humiliation et de revanche, comme elle l'écrit dans Libération: "Humiliation et revanche se sont longtemps trouvées liées au terrorisme, le facteur psychologique fondant bien souvent le recours à la terreur en précédant la lutte politique en tant que telle. Le jihad, très tôt justifié au nom d’une revanche des musulmans contre les interférences et l’oppression d’un Occident judéo-chrétien impérialiste et diabolisé, est donc aussi la manifestation d’émotions, au-delà de ses soubassements plus politiques et des préjugés culturalistes usuels concernant une supposée «prédisposition» de l’islam ou encore de la culture arabe à la violence". Drôle de revanche!
7Cf. L'opposition à la guerre impérialiste, ed lbc).
8 Dans l'émission de L.Ruquier, l'anar camusien mandarin de l’Université populaire de Caen s’est lamenté que la gauche jette l’anathème sur un Alain Finkielkraut, au prétexte que sa dénonciation d’une école qui fabrique des crétins, et maintenant des barbares, fait le jeu du fascisme (AF le voit partout) alors que cette même gauche "ne cesse d’abandonner la patrie, la nation et l’éducation à l’extrême droite". Michel Onfray a conclu en souhaitant que l’on puisse, à gauche, aborder la question de l’islam sans verser « dans une vision islamophile irénique en laissant dire qu’elle est une religion de paix, de tolérance et d’amour ». Onfray fait partie des adeptes de la déradicalisation par l'institution d'un islam de France doux et tolérant.

9Pour ceux qui veulent se colleter avec l'argumentaire de l'ex-moustachu, extraits: "Bon, autrement dit, ce n’est pas pour rien qu’il n’y a chez Marx ni une théorie de la politique, ni une théorie de la culture, parce que la politique et la culture c’est actuellement dans l’Etat ou la nation, dans l’Etat national que ça se passe. C’est évident que la politique ça n’existe pas chez Marx, c’est tout de même gênant ! Il n’y a pas de théorie de l’organisation, il n’y a même pas de théorie qui rendre nécessaire une organisation. Je veux dire qu’il y a des lacune immenses chez Marx et je crois que toutes ces lacunes, qui sont plus que des lacunes, qui sont des contradictions logées au corps du système, elles ont lieu dans la nation. C’est dans cette petite lacune que se cristallise, que se concentre tout le non-dit du marxisme. Mais ce non-dit, quand tu le dis, ça fait exploser le reste. En ce sens, je pense que la nation c’est vraiment le noyau atomique dans la déflagration du marxisme en tant que théorie et du socialisme en tant que pratique. Exemple : ce qui s’est passé depuis cent ans. Alors que s’est-il passé depuis cent ans ? Nous pouvons maintenant en parler. Je t’ai livré quelques présupposés qui sont nécessaires… Maintenant, on peut localiser des questions de détail, on peut si tu veux les fonder.
"moi je dis parce que toutes les fois qu’on veut imposer le régime socialiste contre l’affirmation d’une identité nationale, c’est le régime socialiste qui perd. Parce que, ce que l’histoire montre, c’est que le prolétariat contre la nation, c’est le pot de terre contre le pot de fer. Toute l’histoire contemporaine montre que les dictatures du prolétariat ne se sont implantées que lorsqu’elles se sont assimilées à une lutte de libération nationale ou à la sauvegarde de l’identité nationale. Il y a une chose très frappante, c’est la façon dont Marx rend compte de la Commune. Car quand on étudie la Commune tant soit peu, il y a une dimension qui éclate à la gueule du premier venu, c’est la dimension patriotique. Et même chauvine ! Et Marx qui a imposé sa mythologie de la Commune, puisque c’est à travers sa grille qu’on la déchiffre, a complètement liquidé cet aspect de sursaut patriotique contre l’envahisseur. Pourquoi on fout Trochu et Jules Favre à la porte ? Parce qu’ils n’ont pas su lever le siège de Paris, parce que les percées qu’ils ont essayé d’opérer ont été des percées faibles, bref parce qu’on les accuse de complicité avec l’ennemi ! Il y a une dimension patriotique extrême dans la Commune, qui naît d’un sursaut patriotique. Chez Marx, on n’en parle pas".
"Du côté des pays capitalistes, dans toutes les périodes de crise, on a constaté que l’identification à la nation était toujours plus forte, même dans le prolétariat, que l’identification à la classe. Je veux dire dans les grandes masses. La crise de la social-démocratie en 1914, ce n’est pas seulement la trahison d’une poignée de chefs – idée contre laquelle Lénine s’est insurgé. Ce n’est pas seulement la conséquence historique de toute une période sociale avec la formation des pays impérialistes et par là même d’une aristocratie ouvrière.
C’est je crois quelque chose de plus profond (on a d’ailleurs retrouvé des choix analogues dans des alternatives du même genre dans d’autres circonstances) : je veux dire que la division horizontale en classes est apparue dans l’histoire des sociétés beaucoup plus tard que la division culturelle segmentaire : ethnie, nation, peuple, et qu’il y a une loi anthropologique, aussi bien dans l’organisation psychique que dans l’organisation sociale, aussi bien de l’ontogénèse que de la philogénèse, et qui est que les couches les plus profondes d’une formation nationale ou d’une personnalité sont celles qui résistent le mieux. Autrement dit, que l’archaïque, c’est le noyau dur. C’est ce qui est le plus ancien et le plus actif. Donnée psychanalytique et historique de base."

10A lire sur le site Mezetulle. J'avais déjà relevé cette conversion bizarre de Carlos dans mon livre Immigration et religion.
11Le terme « islamophobie » suggère à l'origine une peur collective de la religion musulmane. Mais il s'impose depuis quelques années comme l'ensemble des réactions de rejet vis-à-vis des personnes musulmanes (ou supposées telles). En effet, si le suffixe « phobie » désigne étymologiquement une peur, son sens a dévié et peut désigner communément une notion d'« hostilité sociale », comme dans les mots xénophobes, homophobes, etc.". Belle déviation grammairienne en effet, les procureurs de la novlangue sont débiles.


12Devra-t-on créer aussi un Conseil contre la francophobie, notoire et répétitive: "les françaises sont des salopes", "une arabe qui sort avec un gaulois est une salope", etc.
13On peut surtout supputer qu'il fait montre d'un chauvinisme français de bon aloi pour justifier un nationalisme juif car il semble choqué par la déclaration de Tony Judt, essayiste autrement pertinent. Dans un article publié en 2004 dans la revue Le Débat, l'historien anglais Tony Judt écrivait que «dans un monde où les nations et les hommes se mêlent de plus en plus et où les mariages mixtes se multiplient, où les obstacles culturels et nationaux à la communication se sont presque effondrés, où nous sommes toujours plus nombreux à avoir des identités électives multiples, et où nous nous sentirions affreusement gênés s'il nous fallait répondre à une seule d'entre elles ; dans ce monde, Israël est véritablement un anachronisme.»
14"Quant à ceux qui assimilent les offensives djihadistes à une expression des rivalités "inter-impérialistes", ils se révèlent pour le moins frappés de cécité ou plutôt se mettent à eux-mêmes des œillères pour tenter conforter leurs schémas habituels et éculés. Les piliers fondateurs et incontournables du capitalisme ne sont pas les religions mais : le productivisme, l'industrialisme, le consumérisme et la réification du vivant. Comme l'indiquait Claude Bitot récemment, parler de "barbarie capitaliste" est un non-sens : nous tous, vivons depuis 1945 dans un monde relativement stable, qui nous a apporté confort, sécurité (même si elle est toujours restée relative), consommation et loisirs. Les barbares islamistes se sont développés en opposition justement à la modernité capitaliste.
    Par ailleurs, le monde actuel avance tranquillement mais sûrement vers sa crise définitive : définitive, au sens où la forme sociale capitaliste se sera effondrée, au sens où l'alternative de l'humanité sera barbarie ou cours vers le communisme". (JL O)
15J'actualise car Dangeville a écrit tout cela il y a quatre décennies et n'a jamais connu Daesch et consorts.