"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 28 septembre 2013

Abbeville (reportage) Monument élevé par le prolétariat à l'émancipation intégrale



En juillet 1766, le Chevalier de La Barre, accusé d'avoir, un an plus tôt, manqué au respect dû à une procession religieuse en refusant d'ôter son chapeau et d'avoir chanté des chansons impies, fut exécuté sur la place du Grand-Marché pour blasphème. Soumis à la question, ses jambes furent broyées. La main droite et la langue tranchée, son corps décapité fut finalement livré aux flammes, avec le Dictionnaire philosophique de Voltaire, sur ce même lieu. Aujourd'hui, un pavé, gravé de son nom et de la date de son exécution, est visible sur la place de l'exécution (place Max-Lejeune), près de l'hôtel de ville et près du canal de la Somme un monument a été érigé en son souvenir « au nom du prolétariat ». La formulation n’est pas commune et vous paraîtra bizarre, démodée ou fantasmatique. Pourtant c’étaient de vrais socialistes au début du siècle dernier qui formulaient les choses comme cela. Le martyre du chevalier de la Barre qui devint la bannière du combat de Voltaire contre le fanatisme religieux, était ainsi repris des mains de Voltaire comme flambeau du prolétariat.
L’érection de ce monument fût l’objet d’un long combat. En 1902, deux professeurs et deux élèves du lycée d'Abbeville fondent le Groupe La Barre et décident de faire revivre la mémoire du chevalier. Ils déposent le 14 juillet un bouquet à l'endroit du supplice. La municipalité le fait enlever aussitôt. Cette initiative sera poursuivie les années suivantes et culminera le 7 juillet 1907 avec l'inauguration du Monument La Barre, par 15 000 manifestants venus à Abbeville par trains entiers, monument financé par une souscription volontaire de 100 000 billets de tombola à 25 centimes. Le monument a la forme d'une colonne biseautée, sur laquelle est gravée l'inscription suivante : "Monument élevé par le Prolétariat à l'Emancipation intégrale de la Pensée humaine". Une plaque de bronze y est insérée et représente les tortures infligées au chevalier. Sous cette plaque, on peut lire "En commémoration du Martyre du Chevalier de La Barre supplicié à Abbeville le 1er Juillet 1766 à l'âge de 19 ans pour avoir omis de saluer une procession." À la base est inscrite la date de l'inauguration : « 7 Juillet 1907 ». Pendant la Première Guerre mondiale, la plaque de bronze fut enlevée, chargée dans un train pour être fondue. Mais un cheminot la cacha dans un ruisseau, où elle fut récupérée après la guerre.
Mon appareil photo ne peut s’empêcher de photographier les restes de l’usine Saint Frères juste à côté du monument, bombardée pendant la Première Guerre mondiale et où une stèle affiche les noms des ouvrières et ouvriers tués sous les bombes en février 1943.
L’entreprise Saint Frères furent le principal empire industriel en Val de Nièvre. Les usines textiles des Saint-Frères furent la source d'inspiration de l'écrivain Hector Malot pour son roman « En famille ». Ces fabriques étaient spécialement consacrées à la fabrication de fils et de tissus grossiers en quantité considérable ; la production par jour de la maison atteignait quatre-vingt-quinze mille mètres de tissus, la confection journalière des sacs à trente mille et le personnel ouvrier à six mille quatre cent. La maison de Paris fondée en 1838, prit vite de l’extension avec les Jean-baptiste et de Charles Saint, qui sont venus rejoindre leur frère Victor en 1839 et 1841.  A la toile d’emballage, les Saint Frères joignirent, vers 1845, la fabrication de toile à sacs, puis un peu plus tard, la confection de sacs.
En 1856, ils firent à Paris, un essai pratique au moyen de machines et de métiers spéciaux du tissage mécanique des toiles communes de jute pour sac qui se tissaient jusque là à la main en raison du peu de solidité de la matière employée.
Les aménagements du paysage avaient jadis été d’abord liés à la présence de l’abbaye de Berteaucourt-les-Dames et du prieuré de Moreaucourt, puis, aux XVIIe et XVIIIe siècles, à celle des nombreux châteaux de plaisance. Les grandes mutations de la vallée résulteront de son industrialisation progressive par la famille Saint : à partir de 1857, l’ancien peignage de laine de Flixecourt devient la première manufacture française de tissage mécanique du jute. Cette innovation assure le succès immédiat de l’entreprise, et marque à la fois le début d’un véritable empire industriel et l’expansion de la vallée de la Nièvre, dont la population ouvrière double en trente ans. L’entreprise Saint Frères ne se contente pas de développer ses sites de production : routes et voie ferrée relient les usines entre elles, et de nombreuses cités ouvrières se déploient au sein des villages et bourgs désormais marqués par l’industrie.
Durant plus d’un siècle, l’activité industrielle du premier employeur de la Somme a contribué à façonner et à enrichir ce territoire rural. C’est pourquoi cet ouvrage fait également une large part aux châteaux, aux églises et à leur mobilier ou encore à l’habitat et aux édifices publics des villages qui témoignent de la richesse de l’histoire du Val de Nièvre depuis l’Antiquité.
A la fin de la Première Guerre Mondiale, la Picardie fût une région particulièrement dévastée. Il fallu pratiquement tout reconstruire, remettre les terres en culture, refaire fonctionner les usines...
La filature de jute avait été construite pour la société Saint frères entre 1896 et 1903. Après les bombardements de la Seconde guerre mondiale, un tissage (bâcherie et emballages plastiques) y a été installé. Le 20 mai 1940, Tout comme au début de la Première Guerre mondiale c’est la rivière Somme qui, en 1940, est le point de mire des troupes allemandes. Cette modeste rivière redevient une ligne critique pour la France, une nouvelle étape à franchir pour ses ennemis. En bombardant Abbeville et Amiens, Hitler avait espéré avec succès y attirer le maximum de troupes françaises. Ainsi il put détacher plus facilement des éléments entre ces deux villes, à tous les ponts de la Somme, puis prendre les troupes françaises à revers, notamment sur Abbeville, et disposer ainsi d’un accès vers la mer. Comme des milliers d'autres pioupious, après la débandade des officiers, mon père est fait prisonnier non loin de là, à Peronne, et déporté en Allemagne (à pied...).
En février 1943 les ouvriers de l’usine près du monument au souvenir du Chevalier de la Barre sont massacrés sous les bombardements nazis, autrement dit l’intolérance moderne du capitalisme décadent…


vendredi 27 septembre 2013

LA VOCATION D’UN BIEN PENSANT


«Nous avons mis l’argent sur la table. Il pourrait servir aux maires et je vois que cet argent n’est pas utilisé», a déploré Mme Viviane  Reding regrettant l’absence de «projet d’insertion».
 
"Les chômeurs, ils n'ont pas vocation à travailler !" Ce jugement tranchant, entendu au détour d'une rue parisienne, est d'autant plus éloquent que de prime abord, il ne semble pas avoir de sens : on a vocation (ou pas) à quelque chose. D'ordinaire, la vocation, c'est être appelé quelque part par quelqu'un. Or les chômeurs "n'ont pas vocation" ; autrement dit, ils n'ont vocation à rien, et personne ne les appelle. Bien entendu, ce n'est pas notre faute, ni même de notre fait : c'est ainsi. Ces gens-là sont comme ça. C'est, sinon dans leur nature (nous ne sommes pas racistes !), du moins dans leur culture.
Eric Fassin, sociologue de Paris 8, le déplorait déjà le 27 septembre dans Le Monde, le travail "ne peut concerner qu'une minorité car, hélas, les occupants des banlieues ne souhaitent pas s'intégrer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu'ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité ou la prostitution".
Si la flemme est leur vocation, comment les chômeurs pourraient-ils vivre au pays des droits de l'homme ? Ne les détournons pas de leur vocation ! La misère, c'est leur culture ; comprenons qu'ils y soient attachés, et ne les en détachons surtout pas. C'est d'ailleurs ce qui fait la différence entre "eux" et "nous" : pour notre part, nous n'aimerions pas vivre dans les ordures et les excréments, parmi les rats, au bord des routes ; ce n'est pas dans notre culture. Mais c'est la leur – la culture de la pauvreté. Ils y sont chez eux.

UNE RUMEUR MÉDIATICO-POLITIQUE QUI ENFLE 

Eric Fassin en tirait les conséquences le 24 septembre sur Médiapart : "Ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres, et qui sont évidemment en confrontation." C'est donc pour leur bien que nous les harcelons et les licencions – mieux, par respect pour eux et pour leur culture.
De fait, qu'entend-on, presque chaque jour, comme une rumeur médiatico-politique qui enfle à l'approche des élections municipales ? Les professeurs de sociologie ne cessent de marteler, depuis des mois, que les chômeurs ont vocation à demeurer dans le cocon de l’assistanat. Ils disent mieux : "Nous partageons les propos de l’ancien président Sarkozy quand ce dernier disait 'Les chômeurs ont vocation à rester en Assistanie, ou à y retourner'."
C'est donc que le chef du gouvernement parle à Florange comme le ministre de l'intérieur à Paris, qui lui-même emprunte l'expression à l'ancien président de la République française, Nicolas Sarkozy, et à ses ministres successivement en charge de la répression et de la défense du Medef – Brice Hortefeux, Éric Besson, Claude Guéant. Et c'est le mot, venu d'en haut, qui descend désormais dans la rue.

QUELLE EST LA VOCATION DE LA GAUCHE AU POUVOIR ?

Toutefois, à l'époque, on distinguait encore, parmi les chômeurs, ceux qui avaient vocation à rester chez eux, et ceux qui avaient vocation à s’en sortir. Rappelons-nous aussi la distinction, qui choquait tant sous Nicolas Sarkozy, entre "chômage choisi" et "chômage subi", héréditaire et (pour l'essentiel) familial. Sous Arnaud Montebourg, les chômeurs basculent entièrement du côté du chômage subi – d'ailleurs, on les empêche de travailler, pour mieux le leur reprocher ensuite. Aujourd'hui, 25 septembre, sur BFM TV, Arnaud Montebourg est clair : l'insertion est "illusoire" ; "c'est une minorité", cela concerne seulement "quelques familles". Bref, "les chômeurs ont vocation à rester dans leur merde, et à rester – dans leur trou."
En parlant ainsi, Arnaud Montebourg ne désigne pas seulement la vocation des "autres" (les chômeurs), mais aussi la "nôtre" (sociologues et journalistes) : "Nous ne sommes pas là pour recueillir ces populations." Mais pourquoi sommes-nous là – et qui est ce "nous", dès lors que c'est le ministre d'un gouvernement élu par la gauche qui s'exprime ? Quelle est la vocation de la gauche au pouvoir ? "Etre de gauche, c'est refuser la misère. Etre de gauche, c'est refuser les HLM où s'entassent des familles. [...] être de gauche, c'est refuser l'exploitation de la misère et de gamins [...] par des mafias patronales."  La gauche française refuse donc la misère, les bidonvilles, l'exploitation – en France ; elle les renvoie "dans leur trou".
Et l'Europe ? Car ne l'oublions pas, nous aurons au printemps 2014, après les élections municipales, les européennes. En 2010, dans le sillage du discours de Grenoble, Viviane Reding, commissaire européenne à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté humanitaire avait fait scandale en se déclarant outrée par une directive française visant spécifiquement les chômeurs, soit un groupe qui n'est pas défini par la nationalité, mais (fût-ce implicitement) par la classe : "j'ai été personnellement interpellée par des circonstances qui donnent l'impression que des personnes sont licenciées des entreprises juste parce qu'elles appartiennent à une certaine minorité prolétarienne de fainéants. Je pensais que l'Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après nos Trente glorieuses."

 LA VÉRITÉ ASSUMÉE D'UNE EUROPE DES MARCHÉS

Ironie des choses : c'est elle qu'on accusait alors de "déraper" (le président français n'hésitait d'ailleurs pas à renvoyer cette commissaire européenne à sa nationalité luxembourgeoise...). On n'entend plus guère l'Union européenne sur ce sujet, qui concerne pourtant sa définition bourgeoise même. La même Viviane Reding l'a pourtant répété sur France Info – même si c'est avec davantage de prudence : "Nous avons des règles européennes qui ont été signées par la France, des règles sur la libre circulation des exploités européens. Et ce ne sont pas des chômeurs, mais des individus. C'est sur décision d'un juge qu'ils peuvent être incarcérés, s'ils ont fait quelque chose qui va contre les lois de leur entreprise."
En France, au moment même où la majorité veut effacer le mot classe du droit, voire de la Constitution, le gouvernement mène donc une politique de classe à l'encontre des populations au chômage. La preuve ? Ces déclarations de Arnaud Montebourg, le 24 septembre sur France Inter, qui se veut rassurant à propos de l'ouverture imminente du travail pour tous, au 1er janvier 2014, aux chômeurs et aux assistés : "Ce qui est actuellement en discussion, et pas décidé, c'est seulement une ouverture partielle limitée aux seuls services. C'est une mesure qui faciliterait la vie des hommes d'affaires, sans autres conséquences."
Le plus remarquable est que de tels propos passent inaperçus, ou presque. À l'approche des élections municipales, l'émulation avec l'UMP de Jean-François Copé et le FN de Marine Le Pen joue à plein. Le résultat, c'est la fin de l'Europe de la gentry de Mme Duflot – ou plutôt, la fin d'une Europe construite après la seconde guerre mondiale contre la "classe", et la vérité assumée d'une Europe des marchés. Oui aux hommes d'affaires agioteurs, non aux prolétaires. Et c'est la gauche gouvernementale qui porte actuellement cette responsabilité historique. Telle est la vocation de Arnaud Montebourg : liberté pour les Roms et chômage pour tous !
Tous les chemins ne mènent pas aux Roms. Si ce n'est du cynisme, drapé dans un langage de "vérité", c'est une faute lourde. Politique autant que morale. Depuis des semaines, sans même que l'extrême droite ait besoin de s'y employer, la droite a délibérément choisi de faire de la "menace" que constitueraient les chômeurs un thème explosif des prochaines élections municipales et, au-delà, européennes. En apportant de l'eau à son moulin, M. Montebourg donne crédit à cette campagne qui joue, sans vergogne, sur la peur du prolétaire et fait des chômeurs des boucs émissaires parfaits.

Éric Taquin (plombier zingueur, Plomberie & Co, Argenteuil)

samedi 21 septembre 2013

Pourquoi l’extrême droite est impuissante ?



Les principaux défis posés à l’intérieur de la société moderne, dans à peu près tous les pays, reposent sur une culture bourgeoise de la négation du prolétariat international. Les défis au lendemain assuré sont le chômage de masse permanent l’insécurité sociale et civile (agressions des voyous et des policiers), et l’incapacité du capitalisme à intégrer dans les pays dominants une masse toujours croissante de migrants poussés à fuir la misère de leur pays d’origine.
Cette réalité sociale est quotidiennement occultée par les médias en général et surtout par un irénisme de la gauche bourgeoise et de ses succédanés gauchistes et anarchistes. Pour cette faction de la bourgeoisie, au pouvoir en France en ce moment, il n’y a pas de problème d’immigration ni d’allocations familiales indûment versées ni de criminalité excessive venant de l’immigration, le seul problème se résume au « racisme » et à la « montée de l’extrême droite ». Il y a une sorte d’aveuglement volontaire et de déni crétin de l’éclatement de la société en intérêts de clocher, en injustices notoires et mensonges réitérés des organismes de la justice bourgeoise et de ses corps mercenaires. Ce n’est pas un hasard si l’antiracisme ordinaire et l’antifascisme de salon exigent le « respect des institutions », de la « légalité » et de la « justice » ; c’est le cache-sexe de leur hypocrisie. Quand les uniformes « institutionnels » opèrent aux expulsions en général, les groupes gauchistes sont absents. Et si certains de leurs mandants sont présents ils font un raffut ponctuel sans lendemain, sachant eux aussi que de toute façon « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » mais le taisant dans leur confortable posture de protestataires ! En même temps que de véritables expulsions honteuses de travailleurs honnêtes, ont lieu des reconduites à la frontière des Roms qui, eux, reviennent systématiquement et font de plus en plus masse dans les métropoles comme Lille et Paris ou aux portes de nombreux villages ; et sont responsables de nombreux cambriolages, pourquoi le cacher ?
Pendant des années la presse bourgeoise nous a seriné le danger d’un afflux massif d’immigrants aux frontières de l’Europe sans plus s’en soucier d’ailleurs que la montée du chômage ou l’arrogance des divers politiciens. On y est. Et ça pousse aux frontières de l’Espagne et de la Grèce… On focalise sur les méchants néo-nazis de « Aube dorée » - qui ont en effet tué ou brutalisé salement de pauvres prolétaires immigrés – mais jamais on n’attribue la responsabilité de cet afflux, ou plutôt d’une situation excédentaire d’immigrés africains en particulier… invités par la bourgeoisie grecque à venir bâtir les installations pour les jeux olympiques de prestige… sans se soucier de leur sort une fois la festivité sportive terminée ; il se produit le même phénomène en Angleterre bourgeoise, qui se met à son tour à imaginer un barrage filtrant plus étroit.
Au lieu de considérer ce phénomène et de réfléchir à ce qu’il signifie sur l’état actuel du capitalisme et de sa crise, la gauchocratie dénonce les conséquences politiques premières de cet afflux, veut culpabiliser ceux qui s’en inquiètent en les traitant courtoisement de racistes ou de fascistes, en considérant toujours qu’ils sont des proies pour le FN ou des électeurs confirmés de ce parti minable d’extrême droite légaliste et peureuse. La pauvreté théorique et politique des discours gauchistes et anarchistes vaut bien le discours simpliste des populistes ! La complicité des médias avec les clans « antifas » des gosses de riches est patente avec la façon dont ils tentent de relancer un intérêt pour l’épisode Méric. Ce parti français de fille Le Pen, comme ses confrères dits « extrêmes » en Europe, se classe chez les observateurs les moins sectaires (voire les plus honnêtes)  dans la catégorie « populiste », que la même propagande de gauche bourgeoise présente comme « facho light ». Les leaders de ces partis populistes, soucieux de légitimité et de bienséance, comme en Scandinavie ou en France, condamnent les propos publics racistes et xénophobes de certains de leurs militants ou sympathisants, et cela ne signifie pas bien sûr que les concepts de base racistes et xénophobes ont disparu, dedans ou en dehors de ce type de parti qui compte finalement peu de monde comparés aux partis d’extrême droite des années 1930 ; et une majorité de vieux.
Contre l’hypocrite appel européen à « l’ouverture des frontières », les populistes accusent leurs confrères « européistes » de « brader » les valeurs nationales, de « fragiliser » l’identité nationale, voire même d’ « abandonner » la nation aux étrangers, c'est-à-dire à l’immigration musulmane, qui était déjà stigmatisée bien avant les attentats du 11 septembre à New York. Cette façon de tout faire reposer sur le bricolage propagandiste du FN est typique de la façon qu’ont les élites bourgeoises de prendre les gens pour ces cons. On peut constater qu’il y a des immigrés qui foutent la merde sans écouter spécialement les propos de Mme Le Pen, et sans être raciste ! L’élite bourgeoise encadre ainsi « l’opinion », pour ne pas dire qu’elle la met en boîte, afin de tuer non pas la xénophobie (qui serait naturelle en bas chez les petits sans cervelle autre que la blondasse « facho light »), mais d’empêcher toute réelle réflexion sur les limites du pouvoir bourgeois. Celui-ci joue les grands seigneurs moralistes en mentant ouvertement : la même chance pour tous, ouverture des frontières, fraternité entre les religions. Quand, en réalité les prolétaires de souche ou immigrés font face : aux perpétuelles inégalités de classe, au flicage généralisé pas seulement aux frontières, et à la principale religion policière l’islam qui a le mérite pour l’Etat bourgeois de générer tous les fantasmes mais aussi d’imposer des accoutrements sordides. C’est l’Etat bourgeois, les gauchistes et le FN qui plaquent sur le dos des gens une « peur de perdre son identité nationale » : bande de menteurs ! Ce n’est pas de perte d’identité nationale que la majorité des prolétaires ont peur mais surtout d’une peur de perte de la modernité libertaire (je ne trouve pas d’autres mots) où la vie de tous les jours ne soit pas un défilé de gens ghettoïsés dans leur tête et dans leur habillement avec des accoutrements d’arriérés en tout cas où, à la misère, ne s’ajoute pas un sentiment d’étrangeté, non à son propre pays mais à la communauté humaine !
Le déguisement folklorique musulman est un voile utile à l’Etat actuel, et même indispensable pour détruire l’identité de classe à un niveau plus nocif que le catholicisme des migrants polonais si utile à l’ordre étatique en milieu ouvrier avant guerre. Ce n’est pas un hasard si l’islam est lié au terrorisme et aux guerres incessantes. Il est une arme à double face, autorité constituée admise par l’Etat démocratique pour diviser les prolétaires, il renvoie en même temps à une guerre civile interne opaque où ce même Etat bourgeois serait le rempart contre les abus. L’islam est une Hydre de Lerne à deux têtes, l’une respectable nommée Religion et l’autre à stigmatiser comme nouvel axe du mal substitutif aux horreurs du capitalisme[1].
Ce n’est ni un scoop ni une invention des « fachos », l’immigration a toujours posé problème, en premier lieu dans la classe ouvrière, pour la concurrence qu’elle introduit et la compétition patronale des salaires à la baisse. Cela s’est aggravé avec le chômage de masse depuis une trentaine d’années et ce constat les moralistes « antiracistes » ne peuvent pas le gommer de l’histoire réelle sans affects et sans déni de la réalité.

DETACHER L’EXTREME DROITE DES PROBLEMES AUXQUELS ELLE N’A AUCUNE SOLUTION

Mais comment l’extrême droite – ou son expression hétérogène dite populiste - « résout-elle » (ou résoudrait-elle) ce qui est d’abord une question de crise du capital mondial et fabrique de la misère généralisée ? A-t-elle une solution au chômage, en limitant drastiquement l’arrivée des migrants, en les expulsant en masse si elle parvenait au pouvoir ? Hélas pour ses tenanciers, cette fraction bourgeoise n’a pas plus de solution que les autres face au marasme économique, face à des populations que se débandent partout face aux guerres impérialistes locales, face à la misère noire. Le capitalisme pisse le sang partout, déverse les hommes comme des ordures ou les laisse se noyer en mer. Le chômage lui-même n’est pas dû aux migrants qui occupent généralement plutôt les emplois de service ou du bâtiment, les sales boulots mal payés. Leur expulsion ou freinage massif ne permettrait pas de rouvrir usines ou entreprises qui ferment ou vont fermer à cause de la compétition mondiale acharnée.
Ces partis populistes essaient d’agrémenter leurs promesses électorales de bistrot par des actions caritatives ridicules ; ainsi a-t-on vu en France une année un « resto du cœur »… facho, ou ailleurs des soupes anti-hallal. En Grèce le parti « Aube dorée », diable numéro 1 en Europe pour toute l’intelligentsia gauchiste qui a besoin de défendre la démocratie bourgeoise comme hier elle défendait le stalinisme, a ouvert un bureau pôle emploi qui n’a rien à proposer aux chômeurs qui viennent à hanter les lieux. Voilà une fois que vous avez détaché ladite extrême droite de ses mirages politiques, elle pend comme les autres factions bourgeoises, dans le vide.

COMMENT LES MEDIAS GONFLENT ET DETOURNENT DES VRAIS PROBLEMES ? (la gestion impuissante d’un système à la dérive)

Le journaliste gauchiste Pierre Haski exploite la mort accidentelle d’un activiste anarchiste sur Rue 89: « Difficile de ne pas y penser. L’agression mortelle contre Clément Méric en plein cœur de Paris évoque aussitôt les images disparates venues d’ailleurs en Europe, des nervis d’Aube dorée en Grèce faisant la chasse aux migrants, à la nébuleuse néonazie de l’est de l’Allemagne, ou au délire criminel d’Anders Breivik en Norvège. A travers l’Europe, on assiste depuis quelques années, dans un climat de crise économique, sociale, et souvent identitaire, à l’inquiétante montée en puissance d’une frange d’extrême droite radicalisée, qui prospère à côté de partis populistes ou à l’ancrage d’extrême droite plus ancien, comme le Front national de la famille Le Pen. Nous racontions, il y a seulement quelques jours, ces histoires insupportables de migrants agressés en Grèce : 154 « incidents de violence raciste contre des réfugiés et des migrants » en 2012, selon un réseau de recensement de la violence raciste ».
Ce pitre imbus de son importance annonce une « Dérive vers le nazisme » et informe de son animation (sic) d’un débat dans une salle parisienne (au moment du pic de l’affaire Méric) autour du film « Guerrières » du cinéaste allemand David Wnendt, qui met en scène le quotidien de Marisa, une jeune néonazie de l’est de l’Allemagne. Le même jour, coïncidence troublante (hé hé), s’ouvrait à Munich le procès de Beate Zschäpe, 38 ans, accusée de neuf meurtres xénophobes entre 2000 et 2006, et de l’assassinat d’une policière en 2007. « Guerrières » est un film dérangeant, qui montre la dérive vers le nazisme d’un groupe de jeunes désœuvrés, marginalisés dans l’Allemagne réunifiée, et pour qui l’étranger devient le bouc émissaire idéal. Le film commence par un tabassage d’un couple vietnamien dans un train allemand ; il aurait pu s’agir d’un Afghan en Grèce ». Suit un Résumé du débat simpliste entre gauchistes : Les divers groupes « fachos » sont unis par l’islamophobie, la haine de l’immigration, le racisme, la xénophobie, un nationalisme radical etc.
La réponse extraite par le journaliste gauchiste nous fit pisser de rire : « La réponse à cette crise multiple ne peut être ni le repli national, qui ferait le lit de ces nationalismes renaissants, ni la poursuite de ces politiques de rigueur extrême, qui font des peuples les premières victimes d’une crise systémique ». Et une réponse « européenne crédible ». Toujours aussi creux les journalistes même en plein exercice de la « voix de son maître » !
Le FN a pris de l’embonpoint électoral en France face aux attaques anti-ouvrières des premiers gouvernements Mitterrand, on veut nous le faire oublier, et a connu un essor relatif avec la précarisation généralisée et la fin du bloc stalinien, pas à cause d’un « racisme » anti-immigré ! A sa manière chauvine Marchais, dans les années 80 résolvait le problème au niveau des « femmes et hommes de ce pays » en vantant une classe ouvrière « française » contre la concurrence déloyale étrangère et sans honte de considérer que les difficultés sociales étaient engendrées par l'immigration de peuplement (cf. leur défense des nationalisations aux côtés des gauchistes, ne précise jamais pourquoi l’embauche y est strictement française !). Le moralisme bourgeois qui a succédé aux années « produisons français » ne vaut pas mieux : le droit de vote aux étrangers par le parti gouvernemental « hollandais » (cf sa déclaration provocatrice « l’immigration est une chance pour la France ») veut faire croire que la mystification électorale étendue aux derniers arrivés mettra de la soupe dans l’assiette !
Il n'y a pas de montée « inquiétante » de l'extrême droite – comprenez dans la cervelle de piaf des gauchistes : du « fascisme » -  en Europe. Ce qui a pu le plus ressembler à une "vague" a été la troisième vague néo-populiste, dans les années 1980. On a pu constater une hausse conjointe de différentes cliques : FN en France, Vlaams Belang en Belgique, la Ligue du Nord en Italie ou le FPÖ en Autriche. Or, elles n’ont aucun vrai programme crédible. Les électeurs ne sont des militants ni des soldats comme l’étaient les membres du parti nazi ; et comme tous les autres partis truands démocratiques, les appareils élisent les (futurs) élus ! Leur simili programme tourne autour de l’obsession contre l’immigration, le mariage à la con des homos, la bonne famille cocue traditionnelle et les faits divers qui permettent d’oblitérer toute sérieuse réflexion politique sur la façon de gouverner de la bourgeoisie et sa façon de rendre la justice arbitrairement toujours contre les victimes (car si la vocation des assassins de base et voleurs d’occasion n’était pas encouragée qui payerait les juges et magistrats ; et n’y aurait-il pas le risque de dévoiler plus vite que les principaux criminels sont membres du sommet de l’appareil d’Etat ?

Enfin ce que médias et gauchistes évitent de signaler : cette mouvante « populiste » n’est pas fasciste. Le fascisme fût une idéologie de montée vers la guerre, sponsorisé par la bourgeoisie pour détruire le peu qu’il restait de la théorie communiste. La guerre mondiale va en effet « créer des emplois » de toute sorte et relancer l’économie. Même si les plus tarés de leurs activistes veulent ressusciter un antisémitisme puant et débile, ce ne sont que petits clans dispersés et partis platement électoralistes sans réel projet alternatif ; aucun ne se risquerait à s’aliéner la sympathie de l’opinion « nationale » en exaltant une nouvelle guerre mondiale ! Et, enfin le plus important, il n’y a même plus à combattre le danger du « communisme », raison d’être principale du nazisme, puisque les résidus restants des partis staliniens sont en dessous de tout, au niveau des sectes gauchistes aussi impuissantes à offrir une alternative autre que « parlementaire » et « légaliste » que leurs frères ennemis.
La gauche et les gauchistes sont ridicules de croire qu’ils vont pouvoir faire fructifier éternellement leur fonds de commerce en stigmatisant systématiquement le FN. Chaque fois qu’il parvient à engranger des auto-élus aux municipales le FN trempe dans les mêmes malversations que toutes les cliques des partis officiels auto-promus auto-désignés qui se la pètent sur leurs estrades de foire ou dans les studios de TV. Comme les divers clowns de la mystification dite démocratique, ils sont tous impuissants à réguler un système en faillite. Au nom des horreurs maquillées  du passé, ce sont bien eux les nouveaux charlots qui pensent régner encore mille ans en se foutant de la gueule de prolétariat mondial.









[1] Lors de sa naissance l’Hydre de Lerne, créature de la mythologie antique grecque, ne possédait qu’une tête, l'immortelle qui se dédoubla ensuite pour en former plusieurs qui si elles étaient coupées lors des combats d’Héraclès repoussaient toujours. L’immigration comme l’antifascisme ou l’antiracisme, est une Hydre moderne.