"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 10 avril 2013

LA DEUXIEME MORT DE LA DAME DE FER



Une fille d'épicier bigot

L’ex Premier ministre britannique Margaret Thatcher, qui vient de s’éteindre à l’âge de 87 ans, mérite plus qu’aucun autre chef d’Etat le titre de commis de la grande bourgeoisie. Gaga depuis plusieurs années, ce n’était plus la fringante arriviste fille d’un- prédicateur bénévole de l’Eglise méthodiste qui avait fini maire de sa petite commune, apôtre pieux et rigide du mérite individuel bourgeois. La haute bourgeoisie britannique, qui méprisait tant en catimini cette roturière, peut lui être reconnaissante d’avoir relancé et sauvé l’économie britannique peu après le choc historique de la crise mondiale de 1974-75. Si elle s’apprête à commémorer, sobrement, sa disparition physique après une longue et cruelle Alzheimer, cette même bourgeoisie feint d’oublier comment elle avait déjà «  liquidé » en 1990 sa « dame de service ». C’est d’ailleurs par là que j’ai envie de commencer concernant ce commis d’Etat, qui est tant haï encore aujourd’hui par l’aristocratie syndicale mondiale et ses croupiers gauchistes, au point d’en gommer la mémoire des faits réels et de faire oublier d’étranges sanctifications syndicales, voire une héroïsation mythique du syndicalisme face à la « méchante » au service du sauvetage de l’Etat bourgeois.
Il avait suffi de trois jours, en novembre 1990, pour renverser Margaret Thatcher de son poste de premier ministre britannique, trois jours d'un jeu politique habile et impitoyable. D'autant que l'effondrement de la Dame de fer n'est pas précipité par ses adversaires politiques mais par ses propres alliés, tous membres de son parti. Complot, trahison, coup de théâtre, duel, assassinat politique… tous les ingrédients du film d'aventures auraient été réunis dans cette sombre et pathétique comédie du pouvoir. Contrairement au documentaire de la chaîne boche Arte – « L’enfance d’un chef » (hier soir 9 avril)- le film de William Karel – « Mais qui a tué Maggie ? », sorti en 2009 – est autrement édifiant sur le rôle passager des commis bourgeois et éclairant sur l’habileté de la plus vieille bourgeoisie du monde à jeter à la poubelle ceux ou celles qui veulent s’accrocher au pouvoir quitte à mettre en danger l’Etat. Pas besoin de coup d’Etat au pays de Maggie !

Un auteur commentant le film restait dans l’infra-politique, le sirupeux psycho ou le mensonge comme Arte (cf. la méchante dame de fer antisyndicale et dictatoriale….) : « Au-delà de l'enchaînement des causes et des effets, le film montre l'erreur la plus profonde de cette femme : ne pas avoir su ménager l'amour-propre de ses ministres. Aveuglée par le sentiment de sa toute-puissance, elle leur a imposé son intransigeance et son inflexibilité sans jamais les épargner. Une erreur fatale qui n'est pas sans rappeler la faute tragique du tyran dans le théâtre grec ou shakespearien ». Archi faux ! Habileté politique britannique ne s’oppose pas à pur pragmatisme politique et n’a rien à voir avec les sentiments ou Shakespeare. Les esthètes cultivés mentent autant que les politiques. La vraie raison de l’éviction de « Maggie », Marc Roche la souligne fort bien : « ses succès sur la scène internationale, au fil des ans, l'ont menée à se désintéresser de la politique intérieure et ce désintérêt causera sa chute »[1]. Il ne s’agit plus d’énerver la classe ouvrière en cette année de guerres graves au Moyen Orient et de basculement du bloc russe ; le nouvel impôt la poll tax déclenche des émeutes. En outre, une classe ouvrière – à la différence de 1979-84 - non dominée par une aristocratie syndicale, redevient dangereuse et nécessite non une dame de fer mais un gouvernement caoutchouc.
Comme Mitterrand, Maggie est dépassée par les événements. Son conservatisme rigide la dessert désormais sur tous les plans, elle regrette déjà le rôle faire valoir du bloc stalinien et ne veut pas envisager la réunification allemande. Et depuis 1987 elle était marquée à la culotte par le lobby britannique pro-européen, et c’est celui-ci qui la fait chuter. Elle avait fait son temps après tout de même onze années au pouvoir central.

L’INOUBLIABLE « BON BOULOT » DE LA « DAME DE FER »
L’ancienne demoiselle de boutiquier facho n’a jamais rien inventé de 20 à 87 ans. Elle était née à la vie politique dans l’immédiat après guerre mondiale dans un milieu de boutiquier, du même genre néo-nazi péquenot qu’Outre Rhin, qui pestera de plus en plus contre les « faveurs » accordées aux ouvriers dans la deuxième phase de la reconstruction (nommée trente glorieuses par les antimarxistes). Son mentor, Friedrich von Hayek – futur prix Nobel de la paix 1974 (promo pour sa solution libérale au choc de 1974) -  passe alors pour un gugusse dangereux auprès des tenants de la « cogestion sociale » tempérée de l’immédiat après-guerre. Cet antisocialiste primaire avait publié en 1944 une apologie d’un néo-libéralisme… prématuré - « La route de la servitude » - dont les préceptes appliqués dès 1945 eussent immédiatement entraînés l’insurrection prolétarienne
Lorsqu’elle accède au pouvoir, le monde vient d’entrer dans sa plus grave crise depuis 1929. La crise de 1974-75 poursuit ses effets délétères : sous le choc pétrolier, désindustrialisation, flambée du chômage, obsolescence du charbon, etc. On ne le répétera jamais assez, cette crise, plus que le 68 ouvrier, signe la fin de l’ère de la reconstruction. Le Capital ne va pas mourir, mais son remède miracle temporaire, l’Etat d’assistance ou providence, le Welfare State, est devenu inutile, voire catastrophique. On a eu tendance à oublier que le côté social du libéralisme occidental servait jusque là de pendant au socialo-stalinisme pour panser longuement les blessures (meurtres de masse, privations et bobards politiques) de la guerre mondiale au sein du prolétariat et lui faire croire que la démocratie recelait autant de « garantie sociale ». Hayek connait enfin son heure de gloire.
Dans « La route de la servitude » il accusait les gouvernements britannique et américain de verser dans le socialisme : au prétexte de gagner la guerre, il leur reprochait de concentrer tous les moyens économiques dans les mains de l'État. Cette étatisation n'est pas nécessaire, déplorait Hayek, et elle est perverse, car elle rapproche le régime politique des Alliés du modèle nazi qu'ils combattent (ce qui n’était pas faux, le régime nazi maintint aussi un « programme social » tout au long de la guerre pour éviter tout « retournement intérieur ». Fervent admirateur du vieil Adam Smith Hayek priait pour le retour de la « main invisible » du marché, le culte de l’entrepreneur libre comme au temps du Capital jouvenceau. Le socialisme « dirigiste », comprenez le régime stalinien, centralisant tout dans l’Etat ne mène qu’à l’étouffement ; sur ce point Hayek avait intégralement raison. Politiquement c’était un con, anar intemporel et irresponsable.
Mais la restauration d’un libéralisme sans frein, globalisé, surnommé « mondialisation, s’il a permis de faramineux profits et un jeu de chaises musicales dans la compétition avec les pays émergés, n’a nullement guéri le capitalisme de sa crise de surproduction ni écarté la baisse tendancielle du taux de profit ; sans oublier qu’il a décuplé la misère dans les anciens pays riches à un niveau plus dramatique que dans la décennie 1970 (cf. les suicides croissant en Italie et ailleurs).
Lorsque Thatcher prend les rênes du pouvoir, suivie peu après par son homologue néo-libéral Reagan, la théorie de Hayek a le vent en poupe. Comme d’autres suivistes de Hayek à la même époque, un Raymond Barre par exemple, Thatcher veut engraisser les couches moyennes. La question n’est pas d’être méchant avec la classe ouvrière – qui fût quelque peu remuante de 1968 à 1973, puis ré-endormie – mais de mettre fin à la cogestion de l’Etat avec les syndicats, situation qui, au demeurant, bloque les classes : deux entités classiques immobiles, une haute bourgeoisie minoritaire, et une classe ouvrière envahie par des masses de bureaucrates sans imagination juste bons au surplace ; cette paralysie bloquant par ailleurs tout esprit d’entreprise. Le profit est mal vu, on croit encore que le socialisme vrai va tomber du ciel ; enfin la petite bourgeoisie étouffe et se refuse toujours à « tomber dans le prolétariat », surtout s’il s’agit, comme promo sociale, de « tomber dans les rênes des mafias syndicales ».
Depuis 1945, comme rétribution pour ses bons et loyaux services antirévolutionnaires, la syndicratie britannique faisait un peu trop la pluie et le beau temps, pas pour le prolétariat en général mais pour une série de corporations et une masse d’aristos permanents de la « négo » de base ou du sommet, qui faisaient quotidiennement la révolution dans les bars à bière, sauf après 14 heures. Marc Roche découvre lui que Thatcher a mis fin au pouvoir exorbitant des syndicats (sans dire que les syndicats sont des salauds), sans analyser qu’il s’agit de casser la fameuse cogestion qui devait permettre un partage du gâteau plus ou moins éternel, mais qui se traduisait, comme en France par un « Mammouth » étatique où se répandait une pléthore de fonctions bureaucratiques absolument parasitaires du point de vue de la rentabilité capitaliste ; on pourrait aussi en déduire que le syndicalisme bureaucratique contribuait involontairement à la baisse du taux de profit…
Evidemment les appareils syndicaux n’allaient pas se laisser dépouiller par le centre de l’Etat sans combattre. Mais leur façon de combattre – avant tout pour eux-mêmes (ce que nous n’avons pas vu à l’époque dans le CCI) – était en même temps une trahison de la classe ouvrière. Sous prétexte d’unité face à la « dame de fer », les gauchistes mondiaux et la vedette Scargill entraînèrent tout le monde dans l’impasse au pied de Maggie. Thatcher a d’autres méfaits à son actif pour nous (pas pour les intérêts sacrés de l’impérialisme britannique), la guerre des Malouines, la mort de Bobby Sand et ses camarades, la paupérisation du prolétariat, etc.)
Rares sont les articles qui ne se focalisent pas que sur « les méfaits » de la « dame de fer ». Analysons un article de Pawel du CCI qui revient sur la défaite des mineurs anglais en janvier 2008, en partie méritoire pour son rappel du rôle réel de « l’héroïsme » syndical. Il prétendait revenir sur les leçons de l’échec des mineurs britanniques, avec les éternels radotages sur l’extension qui ne vient jamais, mais hélas se révèle bourré de contradictions, croyant glorifier toute la classe ouvrière.
« … A cette époque, le prolétariat le plus vieux du monde est aussi l’un des plus combatifs. Il détient chaque année, et de loin, le record du nombre de jours de grève ! Par deux fois, l’Etat doit même retirer ses attaques. En 1969 et 1972, les mineurs parviennent en effet à créer un rapport de force favorable à la classe ouvrière en imprimant à la grève une dynamique d’extension sortant de la logique sectorielle ou corporatiste. Par dizaines ou par centaines, ils se rendent en véhicules dans les ports, les aciéries, les dépôts de charbon, les centrales, pour les bloquer et convaincre les ouvriers sur place de les rejoindre dans la lutte. Cette méthode deviendra célèbre sous le nom de flying pickets (« piquets volants ») et symbolisera la force de la solidarité et de l’unité ouvrières. Les mineurs paralysent ainsi toute l’économie en interrompant presque totalement la production, la distribution et la combustion du charbon, source d’énergie alors indispensable aux usines.
En arrivant au pouvoir en 1979, Thatcher compte bien briser les reins de cette classe ouvrière pas assez docile à son goût. Pour cela, son plan est simple : il s’agit d’isoler les éléments les plus combatifs, les mineurs, dans une grève longue et dure. Durant des mois, la bourgeoisie anglaise se prépare au bras de fer. Des stocks de charbon sont constitués pour faire face au risque de pénurie. Dans ses Mémoires, Thatcher rapporte : « Il incomba principalement à Nigel Lawson, qui était devenu ministre de l’Energie en septembre 1981, d’amasser - régulièrement et sans provocation - les stocks de charbon qui permettraient au pays de tenir. On devait beaucoup entendre le mot « tenir » au cours des mois suivants. » Quand tout est fin prêt, en mars 1984, 20 000 suppressions d’emplois sont brutalement annoncées dans le secteur du charbonnage. Comme attendu, la réaction des mineurs est fulgurante : dès le premier jour de grève, 100 puits sur 184 sont fermés. Un corset de fer syndical entoure alors immédiatement les grévistes. Tout est fait pour annihiler tout « risque » de « contamination ». Les syndicats de cheminots et de marins soutiennent platoniquement le mouvement, autrement dit, ils laissent les mineurs se débrouiller tout seuls. Le puissant syndicat des dockers se contente de deux appels à la grève tardifs, l’un en juillet quand nombre de puits sont fermés pour cause de vacances et l’autre à l’automne pour le retirer quelques jours plus tard ! Le TUC (la centrale syndicale nationale) refuse de soutenir la grève. Les syndicats des électriciens et des sidérurgistes s’y opposent. Bref, les syndicats sabotent activement toute possibilité de lutte commune. Mais surtout, le syndicat des mineurs, le NUM (National Union of Mineworkers), parachève ce sale boulot en enfermant les mineurs dans des occupations stériles et interminables (plus d’un an !) des puits de charbon. Compte-tenu des stocks amassés, la paralysie de la production de charbon ne fait cette fois-ci pas peur à la bourgeoisie, seule la possibilité d’une extension de la lutte aux différents secteurs de la classe ouvrière l’inquiète. (…) De mars 1984 à mars 1985, pendant un an, la vie de milliers d’ouvriers et de leur famille va tourner autour de cette seule question d’occuper les mines et de bloquer les quelques puits encore en activité. Bloquer la production du charbon devient, sous la houlette syndicale, l’objectif central et unique, une question en soi. Les flying pickets ont du plomb dans l’aile ; au lieu de « voler » d’usine en usine, ils restent là, au même endroit, devant les mêmes puits, jour après jour, semaine après semaine, puis mois après mois. Le seul résultat est l’exacerbation des tensions entre grévistes et non-grévistes ; parfois même, des affrontements entre mineurs éclatent ».
« Cette fois isolés de leur classe, divisés en leur propre sein, les mineurs deviennent une proie facile. Grâce à ce sabotage syndical, à ces occupations stériles et interminables, à ces flying pickets qui n’ont plus de volants que le nom, la répression policière peut s’abattre avec d’autant plus de violence. Le bilan de la grève des mineurs de 1984 sera de 7000 blessés, 11 291 arrestations et 8392 personnes traduites en justice. Bien plus grave, cette défaite sera la défaite de toute la classe ouvrière, le gouvernement Thatcher passera alors en force toute une série d’attaques dans tous les secteurs ».
L’article est un des rares à rappeler que Thatcher n’a pas agi « seule », qu’elle n’aurait rien pu sans la collaboration perverse des syndicats et de leurs alliés idéologiques de la gauche bourgeoise partout dans le monde. Il relève l’inévitable « austérité sans précédent » (l’austérité est toujours et partout sans précédent…) et le plus important mais sans y réfléchir : le démantèlement de l’Etat-providence.
Deux erreurs d’emblée cependant: Thatcher ne veut pas briser les reins de la classe ouvrière – qu’elle a toute raison de ne pas craindre - mais la mafia syndicale co-gestionnaire (à moins que les syndicats collabos soient les « reins » du prolétariat lorsqu’il avance avec son cul). Ensuite le charbon est obsolète, donc n’est plus un critère de rentabilité à l’époque du moins. Enfin il faut noter que, pour préserver la paix sociale, les mineurs ont été très tôt assimilés aux fonctionnaires, avec des garanties supérieures à n’importe quelle autre couche de la classe ouvrière. Les histoires de stocks de charbon cachés relevaient déjà du bruitage syndicaliste gauchiste. La vraie question aurait été de mettre en évidence que les syndicats anglais organisaient la défaite d’emblée, non pas leur seule propre défaite (une simple relégation dans la hiérarchie étatique) mais une défaite perverse, en quelque sorte « dans l’honneur d’une pute ». Ils renchérissaient d’autant leur nature indispensable à l’ordre bourgeois post-Etat providence et néo-libéral : ils n’avaient plus qu’à présenter la défaite comme « celle de la classe ouvrière », mais pas des appareils lourdingues du temps béni du Welfare State![2] (= l’union nationale pour une reconstruction dans la paix sociale).
La deuxième mort de Mme Thatcher, outre qu’elle vient rappeler que ses incartades néo-libérales la suivent dans sa tombe, ne doit pas nous faire oublier les râles successifs d’agonie du système dont elle a été la servante et non pas la maîtresse.




[1] Marc Roche, correspondant du "Monde" au Royaume-Uni, mardi 9 avril 2013

[2] RI n°387 de 2008 donnait un résumé plus clair : « La bourgeoisie anglaise a confié à madame Thatcher la sinistre besogne de casser les reins d'un des prolétariats les plus combatifs du monde. La "Dame de fer", comme l'avait surnommée la bourgeoisie, s'y est employée avec zèle, notamment en provoquant et en entraînant les mineurs britanniques dans une lutte extrêmement longue et dure. Cette lutte sera finalement défaite par la capacité de la bourgeoisie à l'enfermer dans un complet isolement corporatiste avec une contribution de premier ordre des syndicats. La défaite infligée à ce secteur très important de la classe ouvrière dans ce pays, accompagnée d'autres défaites majeures dans d'autres secteurs comme celui de l'imprimerie, a permis à la bourgeoisie britannique d'avoir les mains libres pour lui imposer une austérité sans précédent et de démanteler "l'État providence".

samedi 6 avril 2013

VERS UNE NOUVELLE GUERRE MONDIALE ?


Alors que notre bourgeoisie nationale nous amuse avec ses affaires financières à la noix qui font pouffer la City de Londres, il se passe des choses plus graves à l’international. Il faut délaisser la servile et unanime presse de chiottes française pour examiner le problème militariste ou les menaces récurrentes du petit gros de Corée du Nord, Kim Jong II, fils à papa peu sûr de son avenir dans un pays en quasi autarcie, autrement dit en voie d’étouffement.
Radio Canada fournissait début avril les infos suivantes :
Les États-Unis ont positionné une plateforme-radar semi-submersible pouvant détecter les missiles balistiques et un contre-torpilleur capable d'envoyer des missiles près des côtes nord-coréennes, a affirmé lundi un responsable du Pentagone. Selon la source du Pentagone qui a voulu conserver l'anonymat, ce déploiement est une initiative « de prudence » pour que Washington puisse avoir « plus d'options en matière de missiles de défense si cela devenait nécessaire ». La chaîne américaine CNN ajoute que cette initiative pourrait s'inscrire dans le cadre d'un déploiement naval plus important. Plus tôt lundi, les États-Unis ont annoncé avoir déployé des avions de chasse furtifs F-22 en Corée du Sud, son allié. Arrivés dimanche, les avions doivent participer à des manoeuvres américano-sud-coréennes jusqu'au 30 avril. Ces déploiements se font sur fond de tensions avec la Corée du Nord. Pyongyang a déclaré il y a trois jours être en état de guerre avec la Corée du Sud après s'être irrité des manoeuvres militaires américaines chez son voisin. Au cours des dernières semaines, le régime de Kim Jong-un a multiplié les menaces, se déclarant prêt à mener d'éventuelles frappes contre des cibles militaires américaines avec ses missiles et ses unités d'artillerie à longue portée. Pyongyang a évoqué comme cibles l'île de Guam, Hawaï et le continent américain. La Corée du Nord a déjà menacé de lancer une attaque nucléaire contre les États-Unis et la Corée du Sud. Mais malgré le tir réussi, le 12 décembre dernier, d'une fusée considérée par la Corée du Sud et ses alliés comme un missile balistique, les experts ne pensent pas que la Corée du Nord dispose de missiles équipés de charges atomiques capables de frapper le continent américain, ni l'île de Guam ou Hawaï.
Washington a tout de même déclaré prendre au sérieux les menaces de la Corée du Nord, mais la Maison-Blanche a noté lundi que la rhétorique belliqueuse de Pyongyang n'était accompagnée d'aucune action militaire, « que ce soit par une mobilisation à grande échelle ou dans le positionnement de ses forces ». De son côté, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye a promis lundi une réponse militaire forte et rapide en cas d'attaque de la Corée du Nord ».
Toute cette agitation relève plutôt de l’exhibition de biceps plutôt que d’une option prioritaire, comparée au battage régulier contre l’Iran ou les divers terrorismes à la mode.
Les escarmouches entre les deux Corées sont récurrentes. Déjà en 2010, les corps de deux civils avaient été découverts sur une île sud-coréenne bombardée la veille par l'armée nord-coréenne, plus deux soldats et 18 blessés. Les deux civils tués, qui étaient portés disparus, étaient âgés d'une soixantaine d'années et appartenaient à un groupe de 12 maçons qui construisaient des logements pour les soldats stationnés sur l'île, selon l'agence Yonhap.
Séoul (capitale du sud) avait aussitôt riposté et promis des représailles. Ces affrontements étaient déjà présentés comme parmi les plus graves depuis la guerre de Corée (1950-1953) dans une zone de la dite mer Jaune que se disputent les deux Corée et qui a été le théâtre d'autres incidents meurtriers par le passé. L'agression nord-coréene avait provoqué un tollé dans les principales capitales capitalistes. Les Etats-Unis plaidant pour une réaction internationale «mesurée et unie» y compris avec la Chine, principal allié du régime de Pyongyang (capitale du nord). Déjà était supposé exister un nouveau programme d'enrichissement d'uranium mené par le régime « totalitaire » de Pyongyang (ou voyou si vous voulez). La bourgeoisie US, qui disposait déjà de  28000 soldats déployés en Corée du Sud, jugeait «prématuré» d'envisager une quelconque action militaire (il vaut mieux faire figure d’agressé dans la guerre moderne). «Barack Obama devait s'entretenir incessamment par téléphone avec son homologue et allié sud-coréen Lee-Myung-Bak » (toujours en 2010).

«Nous allons travailler à une réponse avec la Chine, avec tous nos partenaires du dialogue à six (les deux Corées, la Chine, le Japon, les Etats-Unis et la Russie, ndlr) » avait déclaré Mark Toner, un porte-parole du département d'Etat américain. «Cela sera une réponse mesurée et unie». Washington espère une collaboration fructueuse avec l'empire du Milieu. La Chine a déjà fait part de sa «préoccupation» et jugé «impératif» de relancer le processus de négociations sur le nucléaire nord-coréen. Moscou avait condamné les tirs nord-coréens et mis en garde contre une «escalade». La Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et d'autres pays européens ont eux aussi condamné l'attaque nord-coréenne, ainsi que l'Otan. Le Premier ministre japonais Naoto Kan avait ordonné à ses ministres de se préparer «à toute éventualité».
Avril 2013, L’Express, seul hebdo à y consacrer sa une sur le web, ne veut pas être dupe : «  Roulez tambours, sonnez trompettes : la Corée du Nord a placé son armée en ordre de combat, le 26 mars, et demandé à son artillerie de se tenir prête pour frapper les bases militaires des Etats-Unis. Venant de tout autre pays, des appels aussi virils provoqueraient l'effroi. Mais les menaces de Pyongyang ont été accueillies dans une indifférence totale ou presque, car son armée est incapable de lancer un missile intercontinental. Si la Corée du Nord doit faire peur, c'est peut-être pour cela : le régime de Kim Jong-Un en est réduit à agiter des armes qu'il ne possède pas. Comme un athlète qui prétendrait vanter la taille de ses biceps en montrant du doigt des ballons gonflés à l'hélium...  A quoi joue la dictature dynastique de Kim Jong-Un? La Corée du Nord semble décidée à maintenir la tension au maximum sur la péninsule. Son essai nucléaire, le 12 février dernier, a entraîné de nouvelles sanctions de l'Organisation des Nations-Unies (Onu). Le 11 mars, la dénonciation unilatérale par Pyongyang de l'armistice signé en 1953 avec Séoul, à la fin de la guerre de Corée, semblait destinée à attirer l'attention, fût-elle hostile. De fait, dix jours plus tard, les 47 Etats membres du Conseil des droits de l'Homme de l'Onu, à Genève, ont accepté la création d'une commission d'enquête - la première du genre - sur les innombrables violations des droits de l'homme en Corée du Nord.  Pourquoi le régime de Pyongyang cherche-t-il à attirer sur lui les feux des projecteurs, à la manière de ceux qui affirment que la mauvaise publicité, c'est malgré tout de la publicité ?...  Pour tenter de comprendre, il faut sans doute se projeter à la place de Kim Jong-Un. Arrivé au pouvoir après la mort de son père, Kim Jong-Il, en décembre 2011, le leader de la Corée du Nord est très jeune: il aurait entre 29 et 30 ans, selon ses biographes. En d'autres termes, il est au début d'un mandat qui s'annonce long et qu'il pourrait garder "à vie", s'il parvient à ne pas commettre d'erreur. Sa survie politique se confond avec sa survie tout court. Comment, dès lors, prolonger le plus longtemps possible son règne autocratique ?  
A tort ou à raison, Kim Jong-Un peut estimer que le moindre signe d'ouverture lui serait fatal. En Libye, Mouammar Kadhafi a accepté d'abandonner son programme nucléaire sous la pression des pays occidentaux avant d'être renversé par des rebelles appuyés par ces mêmes pays occidentaux. Du point de vue de Kim Jong-Un, le précédent n'est guère rassurant: mieux vaut prendre exemple sur le cynisme de Bachar el-Assad, le leader syrien, et tenter par tous les moyens de conserver une "dictature à l'ancienne".  
Ce ne sera pas simple, car le régime est vulnérable. Les menaces sont internes, d'abord : alors que 28% des enfants nord-coréens souffrent de malnutrition chronique, comme le souligne un récent rapport de l'Onu, les habitants sont de mieux en mieux informés sur l'extraordinaire prospérité de l'ennemi historique sud-coréen, capitaliste et démocratique. Mais l'essentiel du danger est ailleurs. Pour sa survie, Pyongyang dépend des approvisionnements énergétiques, de l'appui financier et du soutien diplomatique de Pékin. Or certains intellectuels, en Chine, s'interrogent ouvertement sur la sagesse qu'il y a à maintenir à flot un allié aussi imprévisible : les bonnes relations avec les Etats-Unis ne devraient-elles pas l'emporter sur le reste, dans l'intérêt des Chinois eux-mêmes?  Nul doute que de telles questions sèment la panique, à Pyongyang, dans les hautes sphères du régime. Ce qui explique, peut-être, l'agitation et les déclarations martiales de ces derniers mois... ».

Dans son enquête, publiée le mois dernier, le journaliste citait un membre anonyme des services de renseignement de la Corée du sud: "Pyongyang recommandera aux missions diplomatiques étrangères d'évacuer leurs ressortissants étrangers", annonçait-il. Ce serait, selon ses dires, la deuxième phase d'un plan en trois étapes, destiné à tout faire pour que la péninsule coréenne semble se rapprocher de l'état de guerre... sans pour autant verser dans un conflit armé. Auparavant, prédisait la même source, "Pyongyang multipliera les déclarations menaçantes en direction du Sud afin de faire croire que la guerre est imminente". De fait, c'est ce qui s'est produit... 
Un agent sud-coréen aurait correctement prédit l'enchaînement des événements jusqu'à présent, qu'annonçait-il pour la suite? Rien de bon. Selon lui, la troisième étape -celle qui reste à venir, si on le considère comme une source crédible- prendra la forme d'un "attentat terroriste contre un édifice public dans le Sud, tel qu'un aéroport, ou une attaque armée comme celle menée contre le Cheonan". 
Le Cheonan est une corvette de la marine sud-coréenne, dont le naufrage, en 2006, a provoqué la mort de 46 marins. Séoul accuse Pyongyang, de manière convaincante, d'avoir torpillé le bâtiment depuis un sous-marin. 
Faut-il craindre que la prophétie se réalisera? Difficile à dire. Nos confrères de Séoul ont parfois tendance à dramatiser les très rares informations fiables venues du Nord. Selon l'auteur de l'article déjà cité, Kim Jong-un aurait échappé, l'an dernier, à une tentative d'assassinat - une information capitale, si elle est exacte, mais qui n'est pas corroborée. 
Pour autant, l'action terroriste est un modus operandi largement éprouvé par le régime nord-coréen, l'un des plus isolés de la planète. Outre des dizaines de kidnappings menés au Japon et ailleurs, Pyongyang est parvenu à décapiter, en 1983, le cortège présidentiel sud-coréen, lors d'une visite officielle en Birmanie. Quatre ans plus tard, peu avant les Jeux olympiques de Séoul, un Boeing sud-coréen explose en vol avec 115 personnes à bord... Pyongyang nie, sans convaincre, toute participation à ces actions. 
Si le leadership nord-coréen était un animal, il serait un loup affamé, errant dans la forêt. Le loup est traqué. Il a faim. Et il sait que sa survie est en jeu... Une guerre ouverte serait suicidaire de la part de Pyongyang. Mais personne ne peut exclure une action terroriste ou, a minima, un tir symbolique de missile. De la part du jeune leader nord-coréen, ce serait sans doute la manière la moins risquée d'imposer son autorité au sein du régime ».

Assiégée et prisonnière d’elle-même, la camarilla bourgeoise nord-coréenne, qui n’a plus feu Chavez pour la soutenir moralement, exprime à son petit niveau l’affolement de la bourgeoisie mondiale face à la crise sans solution, exprime donc qu’une « bonne » (façon de parler) nouvelle guerre extensive donc mondiale est la seule solution pour relancer l’économie capitaliste moribonde. Pas vraiment du goût des mastodontes chinois et américain pour l’heure qui estiment encore avoir besoin de préparation, et ne sont pas sûrs de leurs alliances diverses et aléatoires. Sans compter que le prolétariat des pays riches est prêt à réserver des surprises planétaires non seulement à la haute bourgeoisie mais aussi à ses intellectuels vagabonds, seconds violons..

vendredi 5 avril 2013

THé DANSANT





Ah vieillesse ennemie ! « La vieillesse est un naufrage » disait le grand Charles qui resta un homme sans âge, mais lucide, plus porté sur le pouvoir que sur la sexualité,  jusqu’au bout en jouant sa destinée aux cartes plus que sur les films pornos. Passé quarante ans on est déjà considéré comme vieux en entreprise. Et hors entreprise. Ce qui n’empêche pas les « vieux » quadras de juger comme très vieux les quinquas, les sexagénaires et au-delà. Out les vieux quoi ! Comme le dicte le dicton : « les jeunes avec les jeunes, les vieux avec les vieux ». Les jeunes ne pouvant s’amuser qu’entre eux et les vieux croupir dans les maisons gériatriques ou dans les aléas de leur mariage fané convivial, admis communément et légal à souhait.
La vieillesse un naufrage pour qui ? Pour ceux qui sont aigris et qui ne tolèrent pas les outrages du temps ? Pour ceux qui, en bonne santé, imaginent qu’ils peuvent disposer de la même considération des autres sexes du genre humain plus tard nés sur cette terre, des mêmes capacités intellectuelles, des mêmes capacités sexuelles, voire plus si éternité ? Etre vieux est-ce limité au physique ?
Trotsky postulait que, dans le communisme enfin réalisé, avec le concours d’une science améliorée et d’une humanité humaine, on vieillirait moins laid. Fourier avait été bien plus loin dans les possibilités infinies pour les sexes de tout âge avec le matériel donné, handicap ou ridé. C’est pas demain la veille qu’on sera comestible avec l’âge avec l’inévitable hérédité génétique et les habitudes alimentaires imposées aux classes. Et que vaudrait une humanité où tout le monde serait beau (selon quels critères ? Grec, fasciste ou publicitaire ?), svelte, musclé, avec des hommes sans bide et dotés d’une chevelure abondante, des femmes sans mamelles pendantes et sans bourrelets disgracieux. Un monde où une masse de clones humains, ultra modélisés depuis la naissance par un savant dosage génétique des meilleures espèces afin qu’aucun homme ne soit chauve et bedonnant et toute femme avec un éternel ventre plat et une foufoune non dégarnie après la quarantaine. Une telle vision s’apparente à la génétique fasciste, voire à une conception adolescente attardée. On y reviendra en conclusion abrupte.
Le problème n’est pas dans l’apparence ni dans les affres de l’âge, mais dans le culte démagogique de la jeunesse, catégorie fuyante et éphémère, dans le capitalisme. Le capitalisme, dirigé par des vieux croutons inamovibles, se rêve éternellement jeune. Le capitalisme préfère embaucher des « jeunes ». Le jeune n’est-il pas plus malléable ? Plus âpre à la reconnaissance et à l’obéissance ? La ou le jeune prolétaire n’est-il pas plus baisable ? Plus présentable pour l’entreprise ? Hors turbin, ne vaut-il pas mieux avoir autour de soi des copines et des copains jeunes, gage d’évolution, de séduction et de rires sans fin ? Les vieux il faut les supporter dans les réunions familiales obligatoires, en attendant qu’ils refilent l’héritage.

LES VIEUX RESPONSABLES DE LA CRISE DU CAPITALISME

Le capitalisme est très préoccupé par le vieillissement de la population. Pensez au surcoût pour l’entretien de la santé flageolante des vieillissants et à l’endettement que cela représente pour l’Etat. Statistiquement, contrairement à une croyance répandue, ce ne sont pas les mineurs silicosés ni les ouvriers de l’amiante qui sont la charge la plus lourde pour le système de « protection de la santé ». Les surcoûts « sociaux » sont surtout le fait des classes bourgeoises et petites bourgeoises qui grèvent le budget de la sécurité sociale par leurs systématiques bilans de santé et leurs corrections esthétiques maquillées ; source toutefois d’enrichissement pour la corporation bourgeois médicale. Je connais de grosses pouffes qui se font offrir chaque année des « cures » tous frais payés en thalasso ou à la montagne, alors qu’elles n’en ont nul besoin et que cela n’a aucun effet pour diminuer la graisse. Mais, m’objecterez-vous, il faut bien que le personnel des stations thermales, les masseurs et les moniteurs de haute montagne disposent d’un emploi garanti toute l’année. Ne parlons même pas de l’industrie touristique française et tunisienne qui, sans les vieux retraités, serait en faillite. Il est vrai que le PNB national souffre des restrictions de ces salauds de retraités qui, indifférents à la crise – la France sarkozo-hollandaise pâtit du bas de laine égoïste – n’achètent plus de bagnoles neuves ; les anciennes immatriculations sont légions et heureusement que le lobby écologique rame pour la suppression des vieux tacots. La France pour ne prendre qu’elle, dans la généralité évidente, est endettée à 90%, autant dire qu’elle a consommé tout son revenu de l’année à venir. Situation fantastique qui oblige l’Etat à se comporter en pillard effronté pour « sauver le pays ».
Alors les « jeunes » agneaux  (prolétaires) et leurs jeunes loups (chefs arrivistes) doivent contribuer en acceptant la flexibilité, gage d’obéissance véritable, de soumission contrite. Alors les « vieux » (prolétaires) doivent être jetés de la production avant terme pour assurer la « rotation des générations », car les vieillissants ne marchent plus dans la combine et n’espèrent plus rien des promesses entrepreneuriales, sans compter que tout est fait pour qu’ils doutent de leurs capacités (adaptation aux nouveautés). Quoique le gouvernement hollandais, dans sa course opaque à supprimer lui aussi la retraite viagère et privilégiée, les encourage à débloquer leurs « actions » pour relancer l’industrie automobile ; cela avait en partie marché en 2008 sous Sarkozy l’arrogant, mais pas trop. Les vieux n’ont pourtant pas un capital immense dans leur bas de laine.

DISTRAIRE DES IMPERATIFS ECONOMIQUES BOURGEOIS

La bourgeoisie ne règne pas simplement pour le culte du profit mais diffuse l’idéologie d’un bonheur « partagé » convivialement démocratique et sexuellement tolérant dans un cadre strict. Comment distraire jeunes et vieux prolétaires ? Car si le pain est garanti (pas totalement, une directive européenne vient de criminaliser la restauration  du « cœur »), le rêve ou un monde heureux doit être « organisé » ou mythifié : du sport et du sexe comme il faut. Succédant aux jeux antiques et aux contes près de la cheminée des anciens, la télévision a joué et continue de jouer un rôle plus considérable que la religion et le cinéma pour la « détente sociale ». Pour le système « travail, famille, patrie » le mariage (hétéro et homo) reste  un gage de stabilité des mœurs et de la tranquillité politique. Il repose sur une distraction pépère, fidélisante chaque soir. Combattre l’ennui quotidien d’une vie répétitive a toujours été déterminé par l’exposition de faits anormaux (hors du commun légalement consenti et de cette ancestrale peur d’être « hors la loi »). Au dix-neuvième siècle, pour ne pas allonger avec les nombreuses autres distractions des siècles antérieurs  (pendaisons et mutilations publiques), les faits divers servaient déjà à alimenter l’effroi populaire intéressé à apprécier et commenter ce qui sortait de « l’ordinaire ». Dans les chaumières et les châteaux on était ravi de ne pas avoir été directement concerné tout en étant perclus de pitié pour les victimes. On était satisfait de retourner aux champs ou à l’usine où ce n’est pas tous les jours qu’on risque la mort ou la torture.
Les journaux télévisés et la presse, obligée d’être désormais gratuite sur le web, n’auraient aucun intérêt s’ils n’étaient consacrés qu’aux déclarations des divers politiciens, sauf lorsqu’ils sont compromis dans des affaires financières ou sexuelles. Les faits divers permettent un pic de l’audimat. Les pantins journalistes comme les spectateurs en raffolent.
« L’indépendance » de l’information au bon prolétariat suppose une multiplicité de centres d’intérêt, outre les décisions de l’Etat et les réglementions ordinaires pour les automobilistes, les locataires, les conditions de travail, les dates de vacances scolaires, le changement d’horaire et la météo hexagonale (cette obsédante subliminale délimitation idéologique de la température de la vie quotidienne). Les résultats sportifs sont incontestablement la meilleure illustration de l’idéologie de compétition capitaliste. Supérieurs à l’intérêt de classes d’âge, au-dessus des concerts des saltimbanques du milieu des pop stars sirupeuses, la compétition footbalistique ou cycliste, génère un engouement frénétique devant l’écran à cristaux liquide (il vaut mieux l’observer depuis son clic-clac que dans les parages hurlants du stade). Toutes générations confondues chacun est fasciné par les as milliardaires du ballon rond, le club adulé, la marque du maillot (à 150 EUROS pièce), les champions nationaux (le foot féminin, plus cool, plus brillant, est carrément méprisé). Du flic moyen au prolétaire malgré lui, le sujet est de rigueur au lendemain du match. Avec les habituelles histoires de cul qui distraient de la morosité quotidienne. Et, dans la solitude du soir, les milliards de masturbations grâce au web.

LE TRISTE TEMPS DE REPOS ET DE LA PAIX SOCIALE PORNO

Voici le weekend. Les mariés vont amener les gosses au cirque ou en promenade ou en conclave familial. Les célibataires vont surfer sur les sites de rencontre ou aller en boite dansante ou échangiste. Ou promener le chien dans l’espoir d’une rencontre. En réalité il ne se passe rien. Le type marié fantasme sur une autre vie ou d’une promotion dans l’entreprise ratée à cause d’un concurrent injustement choisi, ou rêve d’une autre nana moins grosse (et se branle sur le net pendant qu’elle dort), et elle d’un type qui la prenne à la levrette et pas en chien couché (et peste si elle le surprend sur Gonzo movies). Le ou la célibataire ronge son frein. Les enfants s’emmerdent avec les projets des parents pour leur faire plaisir alors qu’ils voudraient avoir passé le weekend à « s’éclater » avec leurs copains du même âge infantile (et en matant avec eux le porno sur l’ordi de papa parti dans sa résidence secondaire).
La distraction sous le règne du capitalisme est compensation illusoire, or la compensation ne remplace pas la vraie vie.
Dans les villes de province, la « boîte » est le fantasme le plus répandu. Là est envisagée la possibilité de sortir de « l’ordinaire », la possible rencontre de l’homme ou de la femme de sa vie, du mec ou, plus extra de la nana qui va permettre « l’aventure », la transgression pour le VRP ou la bourgeoise en manque. Culan, le bourg (masculin de bourre)  auvergnat bien nommé est le nec plus ultra de la rencontre sans lendemain pour femmes esseulées ou mal mariées et contremaîtres EDF en vadrouille, sous prétexte de stage.
Le quotidien est si nul qu’il faut espérer que la musique et la danse vont transcender l’ennui. Peau de balle. Aucune rencontre n’est réelle dans l’absence de communication verbale sous le bruit tonitruant orchestré par le DJ tombeur de toutes les pétasses du coin. Il ne faut pas boire outre mesure. Les commerçants des boites veillent à ce que le whisky ne soit composé que d’un quart de ce breuvage anglo-saxon (existe aussi en canadien et français) et aux trois quart de coca inoffensif, pour préserver les points des danseurs automobilistes. A  décharge des croyants aux seuls méfaits de l’alcool nombre de régions de province du sud sont bordées de panneaux sinistres indiquant le fantomatique nombre des jeunes tués dans les virages ou bouquets de fleurs en plastiques déposés par les parents éplorés pour l’éternité de la révolution automobile du fils qui se prenait pour Fangio.
La libido est si prégnante dans le capitalisme agonisant qu’il faut à la fois la masquer, la judiciariser, tout en lui laissant libre cours comme les carnavals licencieux d’antan. Le gouvernement de gauche hollandaise a fort heureusement décidé d’abroger le dit délit de racolage passif – pénalisant les prostituées et les clients  paumés pénalisés pour renflouer les caisses de l’Etat – quand les saunas bcbg prospèrent comme toujours sous les Chirac et Sarkozy. Le sauna, équivalent de la cure remboursée par la SS, est un lieu où tous les solitaires et les vielles obèses, ou abîmées par la nature (et les vieux hommes) peuvent jouir par procuration. Il faut exclure les clubs échangistes de cette hypocrisie car ils sont plus honnêtes permettant au mari de jouir à la vue de sa « grosse » sautée par des étrangers, sans que nul sentiment ne soit bafoué. Un car de retraités est garé près de la station thermale, déjà utilisée par les Romains, ces cochons antiques.
 Nous sommes tous là avec nos bourrelets, nos excroissances adipeuses à barboter sous les jets d’eau glacée et froide, à végéter dans l’espace sensoriel ou à suer dans le hammam sous l’œil torride du voisin ou de la voisine. Puis il y a la piscine avec jets puissants à différents niveaux.
Personne ne semble se voir. Les regards sont absents, comme on dit. Les jets souterrains de la piscine sont destinés officiellement à remuscler, à raffermir les peaux avachies. Un premier jet puissant (bonjour la facture d’ERDF) me masse efficacement les dorsaux mais aussi le bide. En face de moi, il me semblait bizarre que des femmes âgées, opulentes, restent depuis aussi longtemps positionnées au-dessus d’autres jets souterrains. Je me rends au même endroit une fois celles-ci parties. Quelle n’est pas ma surprise de constater que le jet, non seulement éjecte le slip, mais masse violemment le trouduc et, par con-séquent le deuxième orifice féminin. Ainsi les grosses et moches – ou même de jolies cougars -  en public, et sans rien y laisser paraître (regard absent), peuvent bénéficier d’un orgasme pour le prix de l’entrée au sauna. Le capitalisme peut être jouissif à condition d’acquitter son billet d’entrée au sauna. Très bien mais triste comme la véranda du sauna.
J’aperçois une grosse mémère qui sort, rouge comme pivoine d’une salle de massage, accompagnée par un homme noir musclé et bien bâti. J’apprécie la révolution sexuelle cachée d’une contrée arriérée, dont je tairai l’endroit. J’en deviens persuadé que la télé, internet, la musique pop et le football ne sont pas suffisants.
M’étant encore égaré de l’institutionnel, je reviens donc au sujet initial de cet article, le thé dansant, ce ghetto social et excluant. Pour les vieillissants ignares de l’informatique non initiés à l’arnaque des sites de rencontres à prélèvement obligatoire et incontrôlable, trop fauchés pour recourir aux dernières agences matrimoniales obsolètes et ringardes, sans relation amicale ni professionnelle, il reste donc le « thé dansant » de la deuxième Guerre mondiale. Il se tient d’ordinaire l’après-midi, les retraités disposant d’un temps libre étranger aux 35 heures qui offusquent la droite caviar. Du temps de mon activité salariale j’ai vu souventes fois rencontré tel pauvre retraité se bichonnant, se pomponnant, se parfumant, s’épilant, se noircissant les maigres poils du caillou dégarni pour se préparer au bal des anciens pour séduire l’éventuelle Dulcinée blanchie sous le harnais, laquelle exigeant dûment une salle de bains ou des chiottes doubles avant de convoler aux agapes tardives pour ne pas dire terminales.

Il faut subir l’accordéon. Cet instrument, qui fût un opium prolétaire mais vous flanque désormais un chagrin nostalgique de la misère de nos parents et de leur musique ringarde assommante, qui  aurait dû disparaître depuis la révolution de la guitare électrique vers 1960 avec Elvis et l’ado Hallyday, mais non, il sévit encore dans nos campagnes. Quiconque d’un peu connaisseur de l’histoire des générations eût pu supputer qu’avec la disparition des générations de l’époque renversante de la révolution russe (1917-1923), et quelques tolérances pour les accrocs d’Yvette Horner des fifties, que cet infâme instrument  dépressif n’animerait plus que quelques maisons de retraite. Et que non, il sert à faire chavirer quelques couples bouseux, fidèles à en mourir depuis le mariage de la dinde et de l’écurie. Aucun mépris de ma part, j’ai toujours envié le jeu de jambes des septuagénaires au son d’une valse accordéonique, ou d’un tremblant passo doble – avec toutefois un total dédain  raciste des connards ascètes du tango argentin. Dans le « thé dansant » il faut « savoir danser ». Danser c’est mimer l’amour platonique. Le slow c’est pour les ignares. La génération du twist et autres fariboles pour merdeux qu’on pas connu la guerre et Charles Trenet, caca boudin. Les soixante-huitards sans éduc et sans capacité à virevolter classique, puff… des marginaux dégarnis !
S’il n’existe aucun endroit pour se rencontrer passé cinquante piges – les boites à danser sont réservées aux merdeux de 18 à 29 ans – il reste les boites à accordéon. Veuf, célibataire, divorcé , ne vous plaignez pas, ayez recours à la branlette. Le plaisir solitaire voilà bien la plus grande conquête du capitalisme.
La leçon de cette analyse pornographique  et hors norme ne dépend pas des envies, fantasmes, faux besoins secrétés par le capitalisme, mais d’un avenir communiste où la femme et l’homme ne seront plus considérés à l’aune de critères esthétiques de forme et d’allure basés sur la compétition, la concurrence, la supériorité sur l’autre, mais sur l’humain et les besoins véritables, et un besoin naturel fondamental qui est INTERIEUR et rétif à toute comparaison ou jalousie possessive.
Je suis parti en courant du « thé dansant », j’ai encore de bonnes jambes musclées et un appareil encore apte à bien fonctionner..
Mais je suis probablement au rang des utopistes maximalistes et rêveurs d’avenir.