"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 12 février 2011

LA JOIE, LE COUP D’ETAT DE L’ARMEE ET LES FRANGINS DE DIEU

ET COURAGE A NOS FRERES DE CLASSE QUI TENTENT DE GENERALISER LA LUTTE AUJOURD’HUI EN ALGERIE


«Compte tenu des conditions difficiles que traverse le pays, le président Mohammed Hosni Moubarak a décidé d'abandonner le poste de président de la République et chargé le Conseil suprême des forces armées de gérer les affaires du pays», déclare hier vendredi soir le caniche de Moubarak, Omar Souleiman, permettant aux manifestants du centre du monde, la place Tahrir, de laisser éclater une joie dont ils avaient été frustrés la veille. Moubarak qui, après un volte-face certainement très calculé avec les suggestions US, s’en est allé dans sa résidence secondaire de Cham el-Cheikh car il veut mourir au pays. À l'instant où le Conseil suprême des forces armées s'est substitué au président, l'Égypte a donc basculé dans un régime d'exception. Les militaires maintenant assument directement le pouvoir et la responsabilité du balayage des rues. Les entrevues avec les dits représentants de l’opposition ont révélé aux militaires que les frangins sont toujours aussi taré, ce dont le monde entier ne doute pas et qu’il n’y a aucun parti crédible chez les libéraux ni avec le free-lance ElBaradei.
On continue à nager en plein délire sur une soit disante fraternisation de l’armée avec le peuple ; laquelle armée aurait refusé de tirer, ce qui est faux puisqu’elle tira aussi au début des événements, puis fut rappelée à l’ordre par les commanditaires et DRH américains pour limiter les dégâts de la police. Cette armée est restée on s’en souvient faussement neutre au début des attaques des flics en civils et des féodaux contre les premières occupations de la place Tahrir, laissant tuer plus de 300 personnes et assistant impassible à la souffrance de milliers de blessés.
La jeunesse révoltée est en train de se faire voler sa révolte par la même vieille camarilla militaire qui soutenait le régime Moubarak. Cette camarilla va jouer bien sûr de la mystification démocratique comme n’importe quelle bourgeoisie occidentale, mettons la France. Soit elle va mettre sur pied un clan d’officiers genre capitaines portugais pour ficeler un parti laïque porteur de valeurs « républicaines » face à de petites formation dites de gauche mais faiblassses, et surtout face au « parti islamiste » des frangins désintégristes de la société moderne. Les frangins néo-fascistes peuvent ainsi être appelés à jouer le rôle de bouc-émissaire façon FN en France. En politique la désignation, même fictive, et exagérée du pire, sert toujours à maintenir les horreurs du temps présent.
Dans ce cadre classique, le Conseil suprême des forces armées s'est lui-même engagé vendredi matin à mener les réformes promises par le régime, dont la tenue d'élections «libres et transparentes». Rien ne garantit pourtant qu'el-geish («l'armée»), qui a fourni tous ses présidents au pays depuis le renversement de la monarchie par les «officiers libres» en 1952, acceptera de rendre aussi facilement le pouvoir aux civils. Surtout parce que ceux-ci ont été les premiers à lui demander de s'en emparer. Tragique ironie, alors que s’il s’était agi vraiment d’une révolution, et non d’un simple soulèvement populaire parasité secondairement par les musulmaniaques capitalistes, le prolétariat égyptien aurait pu nommer ses propres « Conseils » pas ouvriers qui fait démodés mais disons « prolétaires » qui caractérise assez bien l’ensemble de la population majoritairement salariée et au chômage.
La rupture avec le régime sortant n'est donc pas totalement consommée, le Conseil suprême des forces armées étant jusqu'à nouvel ordre présidé par le ministre de la Défense, le maréchal Mohammed Hussein Tantawi, un autre caniche de Moubarak, qui a salué la foule réunie vendredi soir devant le palais présidentiel. Un autre mensonge sur le soit disant changement pour masquer la fébrile continuation de l’ordre bourgeoise est évidemment cette histoire de poursuive en justice le dictateur retraité de force. Les masses, emplies de bonheur et de feu d’artifices le vendredi soir, vont être réduites à nouveau à l’état de spectatrices des enquêtes longue durée à la recherche des fortunes de Moubarak et Ben Ali.
Les militaires sont restés évasifs, concernant la plus important, la façon dont ils vont gérer les affaires publiques. Dans son premier communiqué (numéroté comme un avis des brigades rouges) diffusé jeudi en fin d'après-midi, l'instance suprême de l'armée a annoncé sa décision de «rester réunie en session permanente pour (…) protéger la nation, les acquis et les ambitions du grand peuple d'Égypte». Le vice-président Omar Souleiman et le premier ministre Ahmed Chafiq n'ont «aucune autorité sur le Conseil suprême des forces armées», a précisé un officier supérieur auprès du journal progouvernemental Al-Ahram.
L'Égypte se démarquerait ainsi de la Tunisie, qui n'est pas sortie du cadre constitutionnel après la chute de Ben Ali et qui a toutes les difficultés aujourd'hui à «se débarrasser du premier ministre Mohammed Ghannouchi». Au Caire, l'urgence est au contraire de recomposer un échiquier politique gangrené par trente dans d'immobilisme. Le secrétaire général du Parti national démocrate (PND) au pouvoir, Hossam Badraoui, un réformateur nommé quelques jours plus tôt, l'a d'ailleurs bien compris en annonçant sa démission hier soir. Le parlement n’est comme en France qu’une assemblée de putes avocats et larbins du régime qui devrait être dissous immédiatement pour sa capacité à frauder systématiquement.
Quel que soit le futur gouvernement, il sera confronté à d'importants défis sociaux et économiques dans un pays sclérosé par 30 années d'un pouvoir autoritaire et corrompu. La presse et le web bourgeois se gardent bien de nous informer des grèves qui continuent en Egypte et en Algérie.
Le chef du « conseil » militaire était le 3ème caniche de Moubarak de l'ancien régime, ce ministre de la Défense Mohamed Hussein Tantaoui vieux cacique de 75 ans risque d’être contesté au sein de la camarilla militaire. Tout reste à faire pour la bourgeoisie égyptienne. Pour les manifestants hétérogènes, ils se doutent eux aussi, avec la gueule de bois de ce samedi, que la chute de Moubarak ne marque pas le début du processus de transition. Tout reste opaque, sauf une certitude, l’armée doit tenter de rétablir l’ordre bafoué pacifiquement et courageusement par les masses de prolétaires et de jeunes.
Il faut dire ici notre mépris total pour la lâcheté de nos gouvernants complices des dictatures arabes et israëlienne. Jeudi, à l’annonce du maintien de Moubarak au pouvoir, Sarko en direct se contente de dire « c’était inéluctable » avec un bla-bla tout ce qu’il y a de plus puant concernant le trucage financier et élitaire du parlementarisme français donné en exemple. Le lendemain, le VRP de l’armement français et de ses trusts pétroliers salue le « courage » de Moubarak.Lâche et complice jusqu'au bout! Notez bien qu'aucun média n'a mis en évidence cette lâcheté de Sarkozy... nouvelle preuve de la servilité et pluralité suiviste des médias!
Toute la bourgeoisie du nord au sud est liguée pour calmer la colère de nos frères de classe arabe, et nous, nous restons encore divisés et isolés ! Elle est pas belle la vie ?

PS: la manif à Alger a fait plof et c'est bien vu que ce n'étaient que les partis bourgeois oppositionnels qui voulaient phagocyter la protestation sociale contre le régime.

mercredi 9 février 2011

TEMPETE AU MAGHREB ET AU MOYEN ORIENT

Tract de Controverses

NOTA BENE: La situation est extrêmement tendue aujourd'hui mercredi 9 février. La police et l'armée égyptienne ont tué en plusieurs endroits du pays, des vidéos témoignent de ces nouveaux crimes (un jeune homme seul dans une ruelle tué froidement par balle par un flic et un camion qui écrase des manifestants dans une ville de province) Plusieurs commissariats et édifices publics ont été détruit en représailles. On ne peut que partager l'angoisse du rédacteur du blog "cris d'Egypte" accessible par Libé.A la contestation politique se sont ajoutés plusieurs mouvements sociaux portant sur les salaires ou les conditions de travail, dans les arsenaux de Port-Saïd (nord-est), dans plusieurs sociétés privées travaillant sur le canal de Suez (est) ou encore à l'aéroport du Caire.

Nos braves syndicats ont appelé hier à aller manifester partout devant les ambassades d'Egypte, mais cet appel un mois après le début du soulèvement populaire est passé dans un entrefilet si mince et si peu visible que seuls les historiens véreux de l'avenir extrairont cet entrefilet pour faire croire à une mobilisation immédiate des aristos syndicaux, malheureusement pas suivis...
Je réitère, vu la situation dangereuse, le risque d'une répression plus inouïe, la nécessité de descendre dans la rue ici partout sur les places publiques, pas devant des ambassades de merde, mais pour faire pression contre notre gouvernement complice non pas parce qu'il y a peu nos ministres allaient passer de somptueuses vacances auprès des tueurs actuels mais parce que comme me le souffle un commentateur anonyme du message précédent: LES DICTATEURS NE DICTENT PAS MAIS OBEISSENT à leurs commanditaires occidentaux. Ce qui veut dire qu'il faut laisser le côté la fable d'une dictature qui s'accrocherait au pouvoir (sans porte de sortie... alors que l'Allemagne est prête à héberger Moubarak) mais que nous tiendrons pour DIRECTEMENT RESPONSABLE D'UN EVENTUEL CARNAGE NOTRE ETAT BOURGEOIS!

SOLIDARITE AVEC NOS FRERES DE CLASSE EGYPTIENS!
TENONS NOUS PRET A RIPOSTER AUX FUSILLADES DES MERCENAIRES D'ETAT - d'un Etat dont le nôtre est complice (il lui a fourni des armes jusqu'à vendredi dernier) CONTRE UNE POPULATION SANS ARMES!




Que se passe-t-il en Afrique du Nord et au Moyen Orient ? L’onde de choc qui a pris naissance en Tuni­sie (déc.2010) et semble s’étendre à l’ensemble de cette région, a son épicentre actuellement en Égypte (février 2011). Qu’est-ce que ces pays ont en commun pour qu’un mouvement populaire chez l’un d’eux pro­duise des protestations et révoltes semblables chez les autres ?

Ils présentent d’abord une caractéristique identique : que ce soit des monarchies ou des républiques, tous sont des régimes autoritaires ou dictatoriaux, corrom­pus, où règnent le népotisme et le clanisme. Malgré cela, ils ne sont pas isolés du reste du monde et en su­bissent les influences dominantes. La généralisation du mode de production capitaliste ainsi que de ses rapports sociaux joue en faveur de la dissolution des liens archaïques dans lesquels ces régimes ont jusqu’à aujourd’hui puisé leur raison d’être. Il s’agit aussi de tenir compte du rôle joué par les grandes puissances dans la permanence de ces dictatures, ainsi que dans les tensions qui gèrent leur existence politico-écono­mique.
La crise économique et les mutations sociologiques :

Les populations de ces pays vivent des mutations culturelles et sociologique. Ce sont autant de facteurs nouveaux dans les causes qui mettent en mouvement les masses populaires s’opposant aux modes de fonc­tionnement sociaux et politiques en vigueur. Ces mu­tations touchent en premier lieu la jeunesse qui a pro­fité d’une instruction ayant atteint un niveau presque comparable à celui des pays occidentaux, facteur im­portant d’une ouverture au monde, à ses réalités (cf. le rôle d’internet dans les manifestations) mais aussi à ses mirages. La plupart de ces pays, à part les monar­chies pétrolières, n’ont d’autres alternatives que d’es­sayer de gagner une place « d’atelier » des pays riches dans la concurrence économique. Cela qui leur a per­mis, alors que l’Europe et les États-Unis entraient en récession, de maintenir. Un certain niveau de dévelop­pement (4,5% pour la Tunisie). Mais cela est insuffi­sant pour assurer l’intégration souhaitable sur le mar­ché du travail de ces milliers de diplômés tunisiens et autres. Pire, la plupart d’entre eux n’ont d’autre choix que l’exil ou la vente à la sauvette, elle aussi soumise au bakchich du policier. De plus, une des consé­quences de la crise, le renchérissement des denrées de subsistances est un facteur récurrent et aggravant pour les révoltes des populations en colère. Les mutations sociales sont aussi de nouveaux facteurs de contradic­tions. Les populations de ces pays sont de plus en plus urbanisées, et de fait les rapports traditionnels tendent à se dissoudre au profit d’une prolétarisation marquée par l’extension de bidonvilles. L’essentiel de la classe laborieuse y vit de petits métiers de subsistance, petits commerces, petits artisanats, etc., ouvriers de petites entreprises, d’ « ateliers » d’investisseurs étrangers, ainsi que du travail intermittent dû au tourisme. Ces conditions sont données par la structure économique et sociale de ces pays.

Malgré la présence d’oppositions de type islamiste qui rêvent, dans ces pays, de substituer des dictatures théocratiques aux républiques monarchiques, une grande part de la population et de la jeunesse ont d’autres aspirations qui se sont exprimées dans les mouvements et révoltes ces derniers mois. C’est évi­demment la nature sociale de la contestation qui déter­mine les expressions de ce à quoi aspirent les masses en mouvement. Ce prolétariat des pays dits émergents ne peut donc s’élever qu’à des revendications qui ne peuvent être qu’en opposition directes avec leur per­ception du tort qui leur est fait. Il veut : moins de cor­ruption, une justice équitable, moins de clientélisme, du travail, bref l’établissement des valeurs modernes qui assurent la liberté de l’individu dans un contexte de marché.

C’est aussi par l’usure au pouvoir des ces dictatures, pour la plupart trentenaires, outre les facteurs précé­dents, qu’il faut comprendre la simultanéité des mou­vement de protestation. Il ne faut pas chercher dans ce processus élémentaire de révolte des ferments révolu­tionnaires, anticapitalistes, processus sur lequel la classe ouvrière de ces pays s’élancerait pour avancer ses revendications anticapitalistes. De plus, on ne peut pas comparer ces pays avec les européens, tant du point de vue du prolétariat que de leur place dans l’économie mondiale, ni du point de vue de leur im­portance dans les relations sociales et politiques des grandes puissances. Il faut retenir que le prolétariat occidental subit les effets de la crise, sans réagir outre mesure à la lente dégradation des conditions de vie d’une partie de la population, ni aux mesures d’austé­rité qui commencent à s’appliquer en Europe. Les ex­plosions de colère en Grèce ou les huit semaines contre la réforme des retraites en France n’ont pas dé­bouché sur des perspectives claires du point de vue de la lutte des classes, même si une certaine critique des syndicats s’est manifestée à travers la tenue d’Assem­blées Générales Interprofessionnelles.

Les mouvements de protestations en Tunisie et en Égypte avec leurs moyens mis en œuvre, c’est-à-dire la manifestation d’abord massive et pacifique, à part quelques moments de colère face à la provocation, puis l’attaque et la mise à feu des symboles politiques des régimes, les sièges des partis au pouvoir, té­moignent de la détermination et du puissant rejet des profiteurs étatiques. La formation de comités de vigi­lance en vue de protéger certains quartiers des incur­sions de pilleurs (Égypte autant que Tunisie) sont des manifestations de protection émanant d’un mouve­ment populaire, une forme de solidarité sociale, de re­fus d’un désordre destructeur. Ces comités ont été des réponses immédiates, pas davantage, contre les cas­seurs de Ben Ali ou ceux de Moubarak visant à susci­ter le désordre et justifier la répression des dictateurs corrompus. Cependant, ces comités, contrairement aux illusions des gauchistes n’ont rien à voir avec des embryons de Conseils Ouvriers. En l’absence de lutte de classe, d’autres expressions de solidarité et de cla­rification par rapport aux manifestations de jeunes et de chômeurs ne se sont pas formées, ni donc expri­mées..
Les puissances impérialistes et les pays de la région

Compte tenu des rapports entre les grandes puissances et les pays d’Afrique du Nord comme du Moyen-O­rient (par exemple leurs accords économiques, poli­tiques et stratégiques), les bouleversements qui peuvent survenir dans cette région inquiètent l’Europe et les États-Unis. L’Europe a des intérêts importants au Maghreb où elle se fournit en énergie. De plus, elle veut stopper ou du moins contrôler l’afflux d’immi­grants du Maghreb et surtout d’Afrique noire dont les principales voies d’accès passent par le Maroc (détroit de Gibraltar) et les côtes tunisiennes vers l’Italie. Des accords douaniers et policiers sont en vigueur avec ces pays qui semblent les respecter, d’où l’entassement et les mauvais traitements que subissent ces immigrants dans les camps de filtration que recèlent le Maroc et la Tunisie. Ces autres zones de non-droit ne sont pas l’objet d’un quelconque intérêt d’où qu’il vienne. Les USA ,de leur côté, ont étendu leur influence géopoli­tique sur l’ensemble du Maghreb comme auparavant au Moyen-Orient, pendant que la France gardait ses intérêts économiques, cependant notablement écornés avec l’affaire tunisienne, dans ses anciennes colonies. Mais la contagion tunisienne qui touche l’Égypte, risque d’ébranler cette véritable place stratégique du dispositif américain qu’est le Moyen-Orient (canal de Suez, relations Israël…). Obama se montre plus cir­conspect avec Moubarak qu’il ne l’a été envers Ben Ali. Il hésite sur la solution dite « démocratique » à mettre en place tout en se déclarant favorable aux manifestations pacifiques et à la liberté d’internet.
Où va-t-on

A qui vont profiter ces mouvements populaires ? A part ceux qui aspirent à la chute de toutes les dicta­tures, c’est-à-dire leurs propres victimes, il est remar­quable de constater que ces mouvements se sont dé­ployés en Tunisie et en Égypte, sans leader ni partis politiques à leur tête. Il s’est même exprimé en leur sein le refus de voir quiconque s’en faire le porte pa­role ou le représentant. Il faut approfondir cet aspect afin d’avoir une appréciation plus proche de la réalité pour appréhender la nature de ces évènements qui semblent ne correspondre à aucun schéma préétabli. Les aspirations de ces populations en révolte ne sont certes pas anticapitalistes, et il est improbable que le futur y apporte une quelconque satisfaction, La seule perspective serait que la lutte des classes dans les pays développés fasse la jonction avec la lutte des classes dans les pays émergents (ou l’inverse) lorsque la crise globale du capitalisme fera sentir toutes ses consé­quences destructrices sur l’ensemble de la planète.

4 février 2011, Controverses

Publié par Controverses
Forum pour la Gauche communiste internationaliste
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dimanche 6 février 2011

TUNISIE: UNE REVOLUTION POUR LES ASSASSINS?

Le jasmin est une fleur empoisonnée en Tunisie en ce moment. La bourgeoisie occidentale et ses bobos gauchistes n'ont pas cessé de nous bêler, en nous coupant la parole, qu'il fallait se féliciter de la "révolution pacifique" tunisienne. Envers du décor: après tous les chants de sirènes des divers démocrates gauchistes nationaux et gauchistes arabes, avec drapeau au cul, la police continue à tuer dans les commissariats. Voilà ce qui attend les prolétaires qui se laissent bercer par les chants démocratiques bourgeois "nationaux", toujours plus de misère et de mitraille comme disait vous savez qui. Meilleure preuve hélas qu'il ne s'agit aucunement d'une révolution mais d'un jeu de chaises musicales dans l'appareil de domination de la bourgeoisie qui s'assoit avec le soutien de l'occident bourgeois sur un soulèvement de la misère. Preuve aussi que rien ne peut être changé sans une dissolution préliminaire des forces de police criminelles avec armement automatique du prolétariat, seule force honnête et auto-contrôlée pour empêcher le chaos, c'est à dire la continuité pour les massacreurs aux ordres de la bourgeoisie.
Et de la Tunisie à l'Egypte et ailleurs, c'est à dire même en Occident où les "frangins" de l'Etat - les syndicats - ces équivalents aux frères islamo-nationalistes, sont ultra silencieux par les temps qui courent. Mais cela pourrait-il étonner mes chers lecteurs internationalistes ici?

(Extrait du Figaro ce dimanche)

Quatre personnes ont été tuées samedi dans des affrontements entre des manifestants et des policiers dans la ville de Kef, dans le nord-ouest de la Tunisie, a-t-on appris de source syndicale et d'un habitant de Kef joints par téléphone.

Un précédent bilan, communiqué à l'AFP en début de soirée par une source syndicale et une source au ministère de l'Intérieur, faisait état de deux morts de trois blessés graves.

Deux des blessés graves, touchés par balles, ont succombé à leurs blessures, ont précisé à l'AFP selon ces sources.

D'après l'agence gouvernementale TAP, les manifestants voulaient le limogeage du chef de la police de la ville du Kef pour "abus de pouvoir dans l'exercice de ses fonctions".

Selon des sources syndicales jointes par l'AFP à Kef, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant la préfecture de Kef pour réclamer le départ du commissaire Khaled Ghazouani.

La manifestation a dégénéré en affrontements lorsque ce dernier a giflé une manifestante, provoquant la colère de la foule qui a tenté de s'introduire dans le poste de police avant d'y mettre le feu.

La police a répliqué en tirant et deux manifestants, âgés de 19 ans et 49 ans, ont été tués sur le champ, selon ces sources. Trois autres manifestants avaient été grièvement blessés avant que deux d'entre-eux ne meurent.

Samedi soir, le calme était revenu à Kef et le chef de la police locale, Khaled Ghazouni, a été "placé en état d'arrestation", selon une source syndicale.
La veille, plusieurs centaines de personnes avaient manifesté devant un poste de police de Sidi Bouzid, berceau de la révolution tunisienne dans le centre du pays, après la mort de deux personnes qui y étaient détenues.

Le ministre de l'Intérieur, Farhat Rajhi, a confirmé leur mort, affirmant qu'il s'agissait d'un crime qui pourrait être l'oeuvre de partisans de l'ancien régime du président Ben Ali, qui a fui le pays le 14 janvier.

vendredi 4 février 2011

INFO BRUT....

Une sorte de «république autonome» a vu le jour, retranchée derrière les barricades, au centre du Caire.

(repiqué sur le Figaro cet apm à 15 heures, intéressant non? Et explique pourquoi la bourgeoisie US veut aller vite en besogne en sponsorisant la démocratie conciliatrice comme en Tunisie...)

"Une petite entité autonome défie le gouvernement égyptien depuis le centre du Caire. Entourés par les chars de l'armée, assiégés par des contre-manifestants, les protestataires anti-Moubarak se sont installés sur la place de la Libération dans une atmosphère de camp retranché qui tourne parfois à la fête foraine. Cette minuscule république autonome n'a ni chefs reconnus ni réelle structure mais n'en est pas moins étonnamment bien organisée.
La défense notamment. Après les batailles rangées de la veille, où ils ont repoussé à coups de pierres jusqu'à la nuit les assauts des partisans de Moubarak, les protestataires ont fortifié les neuf accès de la place. Des barricades ont été édifiées avec tout ce qui leur tombait sous la main, carcasses de voitures, barrières de chantier d'un hôtel en construction et toutes sortes de matériaux. En avant de ces remparts, des tas d'ordures ont été alignés en travers de la chaussée et aspergés d'essence, prêts à être enflammés. Plusieurs lignes de défense ont été aménagées. Derrière ces remparts, des jeunes gens montent la garde, prêts à repousser de nou¬velles attaques, avec des empilements de pierres comme réserves de munitions. À la moindre alerte, on tape furieusement sur les barrières métalliques et des panneaux pour battre le rappel des renforts. Des femmes ont confectionné de curieux casques en carton et les terre-pleins de la place ont été transformés en carrières d'où l'on extrait des gravats qui serviront de projectiles.
Un service médical d'urgence s'est mis en place. Une petite mosquée coincée dans une allée qui mène à la place sert d'hôpital principal. Des antennes médicales avancées sont installées près des lignes de défense, quelques chaises et des bâches sur lesquels on allonge les blessés. Les médecins et les infirmiers sont des bénévoles, souvent des étudiants en médecine, en même temps que des militants.
Dans le petit poste de secours improvisé du côté du Musée égyptien, où ont eu lieu les affrontements les plus violents, le Dr Sherif Omar a les yeux cernés, mais les jeunes infirmières le couvent du regard. Sa blouse est maculée de sang et de teinture d'iode, après qu'il a traité des centaines de blessés pendant les combats de la veille, qui se sont poursuivis tard dans la nuit. «Nous occupons cette place pacifiquement depuis maintenant six jours. Et soudain, nous avons été attaqués par des hooligans prétendant manifester pour la stabilité», explique le jeune médecin. «Si Moubarak ne s'en va pas, il y aura de nouveaux heurts. Les médias d'État nous décrivent comme de dangereux émeutiers qui menacent la stabilité du pays. Alors que les casseurs et les fauteurs de troubles sont ceux qui nous ont attaqués avec des cocktails Molotov. La plupart sont des policiers en civil qui se font passer pour des manifestants», dit le Dr Omar.
Chasse aux policiers en civil
La chasse aux policiers en civil infiltrés est générale. Des groupes passent en entraînant avec eux des agents provocateurs démasqués. On les interroge dans une agence de voyages de la place. La veille, trop nombreux, ils ont été regroupés dans une des entrées de la station de métro Sadate, transformée en centre de détention improvisé. Une petite exposition a été installée sur le trottoir, montrant les cartes d'identité des policiers, un cocktail Molotov, des couteaux, des coups-depoing américains et des étuis de car¬touches de tous calibres saisis un peu partout, avec une pancarte au stylo indiquant qu'ils avaient été saisis sur des policiers.
Loin d'avoir découragé les protesta¬taires, l'attaque des partisans de Moubarak semble avoir plutôt développé leur détermination. «Le dernier discours de Moubarak m'avait convaincue, dit Hanna Mohammed, une toute petite dame au visage entouré d'un foulard rouge. Je me disais qu'après tout, on pouvait bien attendre six mois avant qu'il ne s'en aille, au bout de trente ans ce n'est pas grand-chose. Mais en envoyant hier des Égyptiens contre d'autres Égyptiens, il a commis quelque chose de terrible. Ce qui s'est passé ici mercredi m'a fait revenir sur la place de la Libération, et je vais y rester.»
Les haut-parleurs hurlent jour et nuit. D'un côté, les Frères musulmans scandent des «Allah est grand» toutes les trois phrases. De l'autre, le guitariste Romi Essam fait cracher à ses amplis un rock humoristique sur Moubarak, guitare à la hanche, un bandage sous sa cas¬quette.
Sur le terre-plein central, des gens dorment pêle-mêle à même le sol, enroulés dans des couvertures. Un groupe de jeunes filles a monté une tente baptisée «Hôtel de la Liberté». «Moubarak en a fait hésiter certains en annonçant qu'il ne se représenterait pas, mais l'attaque de ses supporteurs les a remobilisés», dit Noura al-Gazzar, une jeune étudiante de 24 ans. Elle et ses amis appartiennent à la génération Twitter, ils ont été les premiers à déclencher la fronde, prenant tout le monde de court, le régime comme les partis d'opposition. «Cette génération est meilleure que la nôtre, nous avions peur, et eux pas», dit Yasser Ghanim, un biochimiste égyptien revenu en hâte du Qatar pour participer à cet «événement historique». «Ils nous ont rendu notre dignité, nous ne sommes plus du bétail mais de nouveau des êtres humains.»
«Ils sont formidables, les plus vieux ont à peine 28 ans et je me mets à leur ser¬vice !», dit le Dr Mahmoud Hamza, un ¬riche industriel. «J'avais participé à des manifestations dans les années 1968, mais ça n'a rien à voir. Aujourd'hui nous avons une révolution, comme vous en France!»
Les barbus sont aussi présents sur la place. Longtemps réprimés, les Frères musulmans ont parfaitement saisi l'occasion qui se présentait et participent activement à la défense de la place de la Libération, sans pour autant diriger l'ensemble d'un mouvement sans tête. «Nous sommes ici jusqu'au départ de Moubarak», dit le Dr Mohammed al-Beltagy, ancien parlementaire et porte-parole des Frères musulmans. «Nous croyons en la démocratie et dans le droit de chacun d'exercer sa religion. Le régime n'a pas encore compris qu'il s'agissait d'une révolution.»

A voir....

jeudi 3 février 2011

UNE GUERRE CIVILE EN DIRECT



« Cela signifie-t-il qu'à l'avenir le combat de rue ne jouera plus aucun rôle ? Pas du tout. Cela vaut dire seulement que les conditions depuis 1848 sont, devenues beaucoup moins favorables pour les combattants civils, et beaucoup plus favorables pour l'armée. À l'avenir un combat de rues ne peut donc être victorieux que si cet état d'infériorité est compensé par d'autres facteurs. Aussi, l'entreprendra-t-on plus rarement au début d'une grande révolution qu'au cours du développement de celle-ci, et il faudra le soutenir avec des forces plus grandes. Mais alors celles-ci, comme dans toute la grande révolution française, le 4 septembre et le 31 octobre 1870 à Paris, préfèreront « sans doute l'attaque ouverte à la tactique passive de la barricade. » [Cf. ibid. p. 34].
Engels (1895)


Du jamais vu en histoire des médias. Toute la journée du mercredi 2 février, Al Jazeera et France 24 nous ont permis d’assister aux premières loges, sans craindre de balles perduEs ni un cocktail Molotov dans la gueule, d’en prendre quand même… plein la gueule. Pour la première fois un manifestation pacifique était attaquée non par les troupes régulières en uniforme de l’Etat bourgeois mais par un ramassis de flics en civils qui avaient été rameuter et rétribuer pour un pécule une masse de lumpen de banlieue et auxquels s’étaient joint des larbins de féodaux égyptiens à dos de chameaux ou de cheval. Cette lie bourgeoise était armée de couteaux de cuisine, de barres de fer, de fouets et même des armes de service des soudards. Quelle ne fut pas notre angoisse de voir cette troupe de tueurs d’occasion se lancer à l’attaque des manifestants qui semblaient refluer… puis notre joie de voir ces chameliers d’opérette jetés ou sol et récompensés de quelques gnons bien appliqués. La bourgeoisie Us a fait l’étonnée devant les exactions des voyous et flics de Moubarak, prétextant qu’elle avait négocié en catimini une autre « transition pacifique ». Avec l’armée oui, pourtant adepte hypocrite du laisser faire et toujours garante du pouvoir honni, mais pas avec cette masse de lumpen vénale et quelque peu poltrone ; ils fuyaient sans cesse pour revenir si un camion fonçait devant. Les soudards du régime étaient monté sur les toits du musée national et s’étaient mis à jeter des moellons de bétons et des cocktails Molotov sur les manifestants dix mètres plus bas, en tuant sûrement quelques uns.
La foule des protestataires semblait s’être organisée. On apercevait un partage des tâches bien ordonné et naturel, comme nous l’avons vécu en mai 68 à Paris : rangée qui faisait passer les pavés et les pierres pour qu’elles soient entassées près du « front » où des escouades tournaient à tour de rôle pour venir s’approvisionner en munitions. Les barricades sont disposées en concertation des groupes ; les cartes d’identité contrôlées par les manifestants qui redoutent l’infiltration de flics provocateurs, etc. Il faut savoir que certains n’avaient ni dormi ni mangé depuis deux jours, mais cela ne sembla pas atténuer leur vaillance jusqu’à la fin du jour. Des volutes de fumée autour des camions barricades semblaient indiquer un possible embrasement, ce qui ne fut pas le cas.
L’objectif du régime haï apparut au monde entier comme ridicule, mal ficelé, relou ! Après avoir voulu jouer les jours précédents sur la peur face à de louches pillages, le régime tentait le coup de la « majorité silencieuse » en lâchant ses chiens. Une fois ça va mais deux fois bonjour les dégâts. Les malfrats et les pachas qui s’engraissent grâce aux banques sur le peuple ne pourront pas recommencer de sitôt une telle magouille. Parce que le comportement criminel du régime s’est dévoilé face au monde entier, parce que l’armée ne peut pas, dans une telle SITUATION de crise sociale extrêmement inflammable pour tout le Maghreb, se permettre un massacre qui serait forcément disproportionné. Il l’est déjà pourtant, depuis le 25 janvier l’ONU soi-même estime qu’il y a eu 300 tués et 3000 blessés ; d’hier à aujourd’hui on compterait 6 morts et à nouveau des centaines de blessés. « Des médecins volontaires recousent des oreilles déchirées, des crânes ouverts, des cuisses déchiquetées. Ils sont sur place, par terre ou dans les quelques rares ambulances dépêchées sur place. Ils opèrent sous les pierres, les cocktails Molotov et les tirs à balles réelles du gouvernement Moubarak. Pendant toute la journée du 2, et dans la nuit du 2 au 3, les manifestants se relaient de l'arrière au front. Les figures sont épuisées, insensibles aux bruits des balles. Par centaines, des gueules cassées, des têtes gazées, des éclopés, des visages tordus de douleur. Un homme dans un mégaphone maintient sans relâche le moral des troupes. "Troupes", parce qu'il est maintenant clair que nous sommes en guerre, une guerre incivile. Des hommes de main du gouvernement sont continuellement arrêtés par les manifestants qui les remettent aux militaires. Ceux-ci portent sur eux des cartes professionnelles qui indiquent qu'ils appartiennent à la police d'Etat. Les cartes sont aussitôt saisies, photographiées et diffusées au monde entier.(cf. Blog Cris d’Egypte). Observons encore la détermination irréversible des manifestants : « la détermination de ces manifestants est au-delà de ce qu'il peut imaginer et pour une raison très simple. Ils préfèrent mourir, maintenant, sous les balles que, plus tard, sous la torture. Il est évident pour chacun des manifestants que, si nous perdons la bataille, chacun de nous sera arrêté, harcelé, torturé. Moubarak ne semble pas comprendre qui, au juste, mène le combat. Il pense encore que ce sont quelques milliers de pauvres gens, ceux qu'il a humilié dans ses prisons ou ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Moubarak pense qu'il sera facile, comme les fois précédentes, de les réduire au silence sans que quiconque ne s'en aperçoive. Mais Moubarak n'a pas mesuré la diversité sociale de ces manifestants unis et déterminés à le faire tomber. Il ne comprend pas que ses mensonges et ses manipulations n'ont, aujourd'hui, aucun effet sur l'opinion internationale ou sur les manifestants sur place. Des étudiants éclairés de familles modestes, des bourgeois, des égyptiens de l'étranger sont là, main dans la main. Certains parlent deux ou trois langues, s'adressent aux presses du monde entier et décryptent, minute par minute, ce qui se passe. Ils déjouent, un à un, les pièges de Moubarak susceptibles de tromper ceux qui nous regardent… ».

TOUS LES PRONOSTICS DEJOUés dans une situation plus propice au prolétariat qu’en Tunisie :

Le weekend dernier, tous les médias nous assuraient que les jours du « nouveau gouvernement » (avec les mêmes larbins des pachas) à la tête de l’Egypte étaient sans doute comptés. Selon des spécialistes, le départ d’Hosni Moubarak n’est qu’une question de temps. «Aujourd’hui, Moubarak ne peut plus tirer sur la foule, ce serait trop coûteux», estimait Antoine Basbous, politologue à l’Observatoire des pays arabes. L’hypothèse d’une reprise en main par l’armée dans la violence et le sang ne semblait donc pas crédible. «Etant donnée la détermination de la population, ce serait une situation difficilement tenable», observait Dominique Thomas, « spécialiste du monde arabe » et des mouvements islamistes. Il avait fallu six semaines aux Tunisiens pour se calmer (sic !), et ajoutait le « spécialiste » A. Basbous : « je ne suis pas sûr que l’économie égyptienne puisse tenir ce temps-là». A peu près au même moment je m’en prenais sur les forums de Libé aux bébés gauchistes : « cessez de croire à des révolutions fleuries pacifistes et démocratiques! La manoeuvre est grossière en Egypte mais efficace: l'ouverture un peu trop facile des prisons permet:
- de terrifier la population devant les pillages attribués aux seuls prisonniers,
- fait courir la menace que des islamo-fascistes en armes vont "lancer la guerre civile".
TOTAL: l'armée doit apparaître comme un recours au rétablissement de l'ordre et sera légitimée ainsi à ne pas faire de détail entre les prolétaires justement révoltés et les truands en liberté. Ce sont les mêmes arguments qui furent utilisés pour violer et massacrer les communards en 1871. Mais l'Etat égyptien, soutenu par toute la bourgeoisie occidentale, a besoin de gonfler les rangs des tueurs musulmaniaques pour justifier sa répression hyper-capitaliste, donc il faut s'attendre malheureusement à des prolongements barbares pour contrer ce soulèvement populaire courageux qui a valeur d'exemple inquiétant pour tous les Etats. Pour arrêter la main des divers criminels en lice, la solution dépend d'ICI! ».
Jusqu’à ce jeudi tout s’est déroulé comme on pouvait le prévoir. Un porte-parole du ministère de la Défense a appelé la population à protéger leurs biens, assurant que les militaires allaient bientôt s'occuper des pillards. En attendant, les vols avaient amené des habitants (bourgeois) à former des comités de vigiles, armés de pistolets, de bâtons ou de barres de fer. Dans certains quartiers, des barrages ont été improvisés à l'aide de briques et de barrières. Les Frères musulmans, première force d'opposition et de collaboration des couches moyennes en Égypte, avaient annoncé de leur côté le recrutement de volontaires pour former des comités de quartier et protéger les établissements publics et privés. En attendant, le frère jumeau du premier ministre, le chef d’Ennahda islamiste Rached Ghannouchi atterrissait à Tunis sous les bravos de ses partisans calculés comme des milliers par les médias. Dans un coin de l’aéroport un peu de soleil brillait encore, une jeune femme s'est peint au feutre une moustache et une barbe sur le visage, parce qu'"avec les islamistes, il faut être un homme pour exister". Une autre, cheveux dénoués et jupe au dessus du genou, dit: "oui à l'islam, non à l'islamisme". Le mardi 1er février, j’étais dépité de voir une manif pantoufle à la française, avec en prime des rangées de croyants qui s’étaient agenouillés pour prier. L’image était repercutée largement par les médias ; les thuriféraires de l’ordre bourgeois pouvaient ainsi laisser déduire : Voyez dès qu’on lâche un peu du lest les barbus reviennent ! Bernique le lendemain mercredi 3, face à l’agression inouïe et lâche du troupeau des mercenaires du pouvoir il n’y avait plus ni frères ni cousins musulmans mais des hommes debout qui se battaient avec les moyens du bord. Certains vagues opposants ont évoqué l’hydre grève générale comme le plus bête de nos anarchistes, l’idée n’a plus de prise que de réalité politique, peu importe car les répercussions des agressions réactionnaires de la place centrale du Caire, dans le monde entier, sont bien plus importantes que ne l’eût été une journée d’action syndicale.


NOTRE VIOLENCE DE CLASSE


Indépendamment de la suite des événements, des leçons sont à tirer de l’oubli au profit de la classe ouvrière mondiale :
- La violence n’est jamais le fait du prolétariat lorsqu’il commence à manifester ou à faire grève, lorsqu’il recourt à la violence c’est EN DEFENSE non par nature ni par sadisme ;
Cette capacité de tenir la rue en dépit de tant d’assassinats, au nez de l’armée et avec ce courage indomptable de faire face aux tueurs armés de l’Etat ne doit jamais être oubliée par toutes les autres parties de la classe ouvrière ; un exemple du contrôle exercé immédiatement est fourni par une journaliste du Parisien (les journalistes sur place ont fait preuve d’un courage et d’une probité à saluer pour une fois, ceux de France 24 en particulier) : « C'est une scène étonnante que découvre notre envoyée spéciale à l'entrée de la bouche de Métro Saddat «des manifestants anti-Moubarak ont entassé des cartes du ministère de l'Intérieur, mais aussi des armes qu'ils ont saisi sur leurs adversaires, démontrant qu'il s'agit bien de policiers. Il y a là, pêle-mêle des machettes, couteaux, cutters, poignards...» ».

- La bourgeoisie égyptienne craignant d’être étranglée économiquement a lâché du lest, en particulier en rétablissant internet, non par démocratisme, mais parce que la coupure d'internet pendant cinq jours par le gouvernement égyptien devrait avoir coûté à l'Egypte 90 millions de dollars (65 millions d'euros), et son impact pourrait être encore plus important sur le long terme, selon une première estimation publiée jeudi par l'OCDE.
- Malgré la marée des drapeaux nationaux souvent exhibés, désuète et inutile, des manifestations de soutien aux prolétaires égyptiens ont eu lieu en Jordanie, peut-être en Algérie (en Tunisie c’est calme ?) et même à Gaza où des femmes courageuses ont assuré la protestation avant d’être arrêtées et battues par le Hamas ; (il est lamentable que le prolétariat français ne bouge toujours pas son cul) ;
- Malgré tout le bla-bla sur le risque du retour des frangins musulmans et les urticaires diplomatiques du camp US dans la région, la propaganda n’a pas pu oblitérer la force et la détermination de la jeunesse prolétarienne, avec ou sans internet;

AFFRES DE LA DIPLOMATIE OU TROUILLE DU PROLETARIAT?

Sans l’allié égyptien, les Etats-Unis pourraient continuer à s’appuyer sur les pays du Golfe ou sur la Jordanie, autre appui privilégié dans la région. Cependant, tous les régimes de la région souffrent des mêmes maux que l’Egypte: ce sont des régimes autoritaires, qui voient en ce moment la population prolétarienne se rebeller. Il en va ainsi de la Jordanie comme du Yémen (en Algérie et au Maroc, oligarques et roi serrent les fesses). Les Etats-Unis cherchent une solution rapide. Il faut qu'ils trouvent un équilibre subtil entre la stabilité du gouvernement et calmer l'aspiration populaire». Car si la bourgeoisie US perd ses valets dans la région face au mécontentement populaire, ils risquent de ne plus avoir aucun appui pour assurer le contrôle du principal puits de pétrole du monde. Il n’est pourtant pas sûr que ce soit l’enjeu contrairement aux pronostiqueurs alarmistes et impulsifs.

La bourgeoisie mondiale tremble pour d'autres raisons non avouées (liées à une vieille perversion nommée propriété privée) et sa peur fait plaisir à voir.
La plus grande incertitude règne au Caire, au lendemain de la mobilisation de plus de 1 million de personnes réclamant le départ immédiat du président égyptien. L'armée, puis hier soir le vice-président Omar Souleimane ont appelé les manifestants à rentrer chez eux dès lors que leurs « revendications ont été entendues », en allusion à l'engagement, mardi soir, d'Hosni Moubarak à ne pas se représenter à l'élection présidentielle de septembre. Les prolétaires dans la rue ne sont pas dupes hier et continuer le combat avec le projet de pic vendredi. Le délai de sept mois offrant largement le temps au régime militaire d'organiser un scrutin rodé en matière de fraudes et d'intimidations n'est qu'un souci pour les opposants bourgeois démocrates et frangins; les prolétaires ont plus sûrement envie de "changer une vie de merde". L'opposition dispersée et mi-alliée avec les frangins veut continuer à surfer sur la colère de la jeunesse prolétarienne (mais il y a aussi beaucoup de moins jeunes) par le maintien de la manifestation (sans doute géante vendredi), jour de prière, mais pas des vêpres de la colère sociale.
Même si les prétendus organisateurs (qui enfoncent une porte ouverte puisque les manifs spontanées continuent nuit et jour sans consignes d'aucune mafia politique) ne semblent pas envisager de prendre d'assaut les bâtiments officiels, la possibilité d'une insurrection de la rue avec une partie de l'armée n'est plus exclue, au nez des démocrates et à la barbe des intégristes, suite aux actes de barbarie des supplétifs et clochards de la dictature hier et ce matin contre les manifestants sur la place Tahrir (les salauds de flics ont tiré avec leurs armes de service).

L'immense majorité arabo-musulmane souhaite certainement plus une alliance franche et stable avec les Etats-Unis qui, même avec le départ de Moubarak, couperait l'herbe sous les pieds des bellicistes islamistes. Car les enjeux ne sont pas multiples :
- Soit une démocratie aussi hypocrite que l‘occidentale se met en place en remettant en selle pour partie les frangins islamistes (qui disent vouloir copier le bon Erdogan turc) ;
- Soit les frangins bigots (avocats, médecins, ingénieurs, étudiants floués par la crise) prennent le pouvoir et comme ils n’ont aucune solution économique solvable ils seront fauteurs de guerre comme leurs homologues iraniens.
Le vrai danger pour les Etats-Unis, ça ne sera pas de manquer d'alliés ou une mise en danger d’Israël, s'ils laissent se formaliser un mouvement démocratique dans les pays arabes ou musulmans, mais que le prolétariat se serve de ce souffle de liberté pour affirmer son combat qui n’est pas de « dégager Moubarak » comme Ben Ali mais de dégager le capitalisme (cf. le communiqué du PCI). Mais pour cela il ne faut pas laisser isolé le prolétariat de ces pays et c’est pourquoi j’ai proposé sur le web que nous allions tous manifester à 19 heures sur les Champs Elysées à Paris notre soutien à la lutte de classe en Egypte, en Tunisie et alentours.

mardi 1 février 2011

EGYPTE: Communiqué du Parti Communiste International

L’Egypte en flammes

Une puissante vague de colère des masses arabes misérables et sans travail ébranle le jeune, vorace et brutal capitalisme des pays d’Afrique du Nord et du Moyen Orient soutenu par le vieux et sanguinaire capitalisme d’Europe et d’Amérique. Anticipation d’une vague sociale qui ne peut se conclure en faveur de la grande majorité de la population que par l’entrée en scène de la classe ouvrière.


Depuis 5 jours les rues du Caire, d’Alexandrie de Suez et de beaucoup d’autres villes égyptiennes sont le théâtre d’une formidable vague de colère des masses qui ne supportent plus de vivre dans le chômage, la misère et la faim: après la Tunisie et l’Algérie c’est maintenant le tour de l’Egypte.

Les médias de l’opulent monde occidental, qui ne peuvent plus maintenant cacher la sauvage répression policière, centrent toutes leurs informations sur le «manque de réformes» et l’absence d’une «véritable démocratie»! Il a fallu attendre que les masses, bravant la répression, fassent éclater leur colère en attaquant des édifices publics, brûlant ce qu’ils pouvaient, jetant des pierres, renversant des blindés, s’affrontant au corps à corps avec la police, défiant le couvre-feu et les tirs des forces de répression, pour que ces médias reconnaissent que ces régimes soudoyés, protégés et armés par les démocraties occidentales et en premier lieu les Etats-Unis, ont maintenu l’ordre et le contrôle social par une violence policière systématique et généralisée; qu’ils ont arrêté, torturé et fait taire toute opposition par tous les moyens, pour avoir les mains libres et accumuler en quelques années d’énormes richesses pour leurs clans – et leurs parrains étrangers.
Les timides demandes faites par les Obama, Merkel, Sarkozy et cie au régime de Moubarak (et auparavant à celui de Ben Ali) pour qu’il fasse de façon urgente des concessions afin de répondre aux demandes les plus urgentes des masses (pain et travail, en définitive) démontrent à quel point les impérialistes ont été surpris par la vague d’émeutes qui s’étendent dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient.

Les Démocraties occidentales se soucieraient-elles soudainement de la misère que connaissent depuis des années les prolétaires et les masses paysannes de ces pays?

Pas le moins du monde!
Dans des pays où le capitalisme se développe de la seule manière possible, étant donné la concurrence impérialiste sans pitié qui impose aux populations du monde entier une oppression économique, sociale et militaire, c’est-à-dire de la manière la plus sauvage et brutale que l’histoire ait connu; dans des pays où le mode de production capitaliste prétendait amener le bien-être et la civilisation, il n’y a pas d’autre perspective pour les masses laborieuses que l’exploitation, la répression, la misère et la faim. Ces régimes qui depuis des décennies comme en Egypte ou en Tunisie écrasent leur peuple et qui aujourd’hui reçoivent en retour une très petite fraction de la violence autrefois infligées aux masses, ont été pendant tout ce temps des points d’appui des puissances impérialistes «démocratiques» qui dominent le monde.

Face à l’irrésistible explosion de colère des masses arabes déshéritées Washington, Berlin, Paris, Rome, Londres et Bruxelles, adressent au Caire, comme hier à Tunis et à Alger, le conseil de permettre la liberté d’expression, de réaliser des réformes, d’arrêter la répression.... Paroles vides qui ne servent qu’à faire croire qu’avec plus de «démocratie», moins de corruption et moins de brutalité des autorités, la situation des masses s’améliorerait. Les dirigeants occidentaux savent par expérience que les mille cartes de la «démocratie» peuvent être jouées dans différents scenarios pour dévier les luttes des masses vers des objectifs qui ne remettent pas en cause le capitalisme, mais se limitent à des changements de gouvernement. Ce n’est pas par hasard que dans les manifestations les divers partis d’opposition mettent en avant la revendication: «Ben Ali, dégage!», «Moubarak, dégage!» ; ils veulent seulement profiter des émeutes pour remplacer les clans des Ben Ali et des Moubarak dans les gouvernements de ces pays.
Qu’est-ce que cela changera fondamentalement pour les masses? Rien.

Avec seulement un peu plus de liberté d’expression et d’élections libres, ce sera la continuation de l’exploitation brutale des masses prolétarisées que le capitalisme inflige sous tous les cieux, mais avec l’aggravante que s’y ajoute l’oppression impérialiste qui remplit les coffre-forts des bourgeoisies américaine et européenne et leur permet d’acheter la complicité des organisations réformistes contrôlant leurs propres prolétaires!

Les émeutes qui secouent le monde arabe aujourd’hui annoncent des tensions et des émeutes en Europe: la Méditerranée, le mare nostrum des anciens romains, pourrait se transformer en lac de feu incendiant le Vieux Continent parce que la crise économique qui a fait vaciller les économies occidentales et dont les conséquences, retardées mais inexorables, s’abattent sur les pays de leur périphérie, ne pourra être surmontée par la capitalisme qu’en opprimant encore davantage les masses prolétariennes du monde.

Les prolétaires nord-africains, moyen-orientaux et albanais crient au monde par leurs émeutes de ces dernières semaines, que le capitalisme n’est pas en mesure de satisfaire les exigences élémentaires des masses et que cette situation intolérable doit changer. Les prolétaires d’Europe et d’Amérique les regardent avec stupéfaction, inquiets mais également contents de révoltes qui mettent en fuite des gouvernants sanguinaires. Les prolétaires des pays les plus riches de la planète, qui ont connu eux aussi une détérioration constante de leurs conditions de vie et de travail, n’ont pas la force de se révolter de la même façon. Ils ont été éduqués dans le respect de la «légalité démocratique», ils sont intoxiqués depuis des décennies par le mythe d’une démocratie dont ils constatent chaque jour l’impuissance à résoudre leurs problèmes de vie quotidienne, mais dont ils n’arrivent cependant pas à se libérer pour laisser s’exprimer la révolte que tout esclave ressent inévitablement.

Mais les prolétaires d’Europe ont cependant une histoire de luttes de classe, de luttes révolutionnaires non seulement contre les anciens régimes féodaux, mais aussi contre le capitalisme. C’est cette histoire qu’ils peuvent et qu’ils doivent se réapproprier s’ils ne veulent pas rester éternellement soumis à leurs bourgeoisies impérialistes; il leur faut redécouvrir les enseignements des glorieuses luttes de classe du passé et des véritables révolutions sociales qui ont fait trembler toutes les puissances impérialistes!

Si les prolétaires du Maghreb et du Moyen-Orient qui se sont dressés contre leurs régimes, se laissent canaliser dans la voie de la démocratie et des élections prétendument non truquées vers où les orientent les partis d’opposition, ils ne réussiront pas à trouver une perspective pour leur classe , ils ne réussiront pas à s’émanciper de l’exploitation et de l’oppression qui les condamne à la misère et demain les transformera en chair à canon, comme cela a déjà été le cas lors des guerres innombrables qui ont ensanglanté la région. Les nationalismes dont les divers Etats arabes ont abreuvé les masses pour défendre les intérêts de castes et de fractions bourgeoises alliées à tel ou tel impérialisme sont l’autre face de la médaille, qui concorde parfaitement, si le besoin se fait sentir d’un lien social supplémentaire, avec le fondamentalisme religieux, comme l’ont démontré les Ayatollahs en Iran et le sionisme en Israël.
Les prolétaires qui expriment aujourd’hui leur colère en dehors de toute instrumentalisation religieuse, ne pourront rester à la longue dans cette situation. Même lorsque les régimes bourgeois traversent une grave crise politique comme c’est le cas en Egypte et en Tunisie (et demain peut-être au Maroc, en Jordanie, en Libye ou ailleurs), l’absence du parti de classe, armé du programme communiste révolutionnaire et déterminé à préparer les prolétaires à la future révolution anticapitaliste, les masses peuvent être «neutralisées» grâce à l’action toujours efficace de la démocratie, et si nécessaire en recourant à une alternative de type islamique..

Les prolétaires ont devant eux en effet trois possibilités: retomber dans le silence comme avant la révolte, avec une certaine liberté d’expression et d’organisation permises par une nouvelle légalité imposée par de nouvelles fractions bourgeoises avec l’accord de l’impérialisme; se faire représenter par des partis de type islamique qui, par leur dénonciation de la corruption et des mauvaises moeurs, réussiraient à capter le dégoût des masses envers les dirigeants actuels; ou alors prendre la voie de l’organisation de classe, pour la défense sans compromis de leurs intérêts immédiats, avec la perspective de renverser la société bourgeoise plongée dans la mercantilisation de tous les rapports sociaux et humains existants.

Cette voie de la lutte de classe est sans aucun doute la plus difficile; elle semble la plus lointaine parce que dans la société bourgeoise la concurrence de tous contre tous pousse chaque individu à ne voir que soi, à ne penser qu’à ses besoins personnels (ou à ceux de sa famille) au détriment de ceux du voisin. Mais les prolétaires constituent une classe fondée sur des rapports de production et sociaux particuliers: ils sont la classe que les capitalistes doivent exploiter pour obtenir leurs profits; c’est la condition matérielle de force de travail salariée qui fait des prolétaires une classe où les individus ont les mêmes intérêts et ressentent le besoin de s’unir pour les défendre; c’est dans cette poussée matérielle, dans ce mouvement de défense que naît la solidarité et la conscience de posséder une force qui ne se limite pas à exprimer la colère, mais qui peut être organisée pour obtenir un avenir qui ne soit plus celui de l’exploitation éternelle par le capitalisme!

Les prolétaires européens, de leur côté, ont tout à perdre à se contenter de regarder passivement ce qui se passe sur l’autre rive de la Méditerranée; la révolte des prolétaires et des masses déshéritées du Maghreb et du Moyen-Orient les intéresse au premier chef: ce sont leurs frères de classe qui se révoltent, poussés par la faim et la misère, et si la répression triomphe une partie d’entre eux viendront chercher en Europe les possibilités de vie qu’ils n’ont plus chez eux, comme cela se passe depuis des décennies - nouvelle démonstration que la condition prolétarienne est la même partout. Le capitalisme ne pourra pas ne pas utiliser ces nouveaux arrivants pour accroître la concurrence entre travailleurs; voilà pourquoi la révolte des masses d’outre Méditerranée intéresse directement les prolétaires européens. Les prolétaires sont les seuls qui n’ont rien à craindre de ces révoltes, qui n’ont aucune raison de redouter que l’incendie social ne touche les métropoles européennes. Ce sont les seuls parce qu’ils font partie de la même classe des travailleurs salariés, exploités par des capitaux appartenant au réseaux d’intérêts qui lient les bourgeoisies les unes aux autres, et qui doit être combattu partout.

Mais pour qu’elle soit efficace, cette lutte doit s’affranchir des mythes d’une «démocratie» et d’un «légalisme» que tout bourgeois, tout capitaliste, sous la pression de la rue, est prêt à revendiquer contre d’autres bourgeois haïs et discrédités, quitte ensuite, le calme revenu, à les piétiner sans scrupule!

Les révoltes qui se succèdent dans les pays arabes donnent une leçon de lutte prolétarienne:
la voie à suivre pour les prolétaires des deux rives de la Méditerranée comme de tous les pays du monde, est la voie de la lutte de classe, de la lutte où les prolétaires se lèvent non en défense d’une mensongère démocratie bourgeoise, mais de leurs propres intérêts de classe, qui représentent aussi l’avenir de la société humaine car ils impliquent la fin du mode de production capitaliste et donc de toutes les oppressions sociales politiques économiques et militaires qui caractérisent la société bourgeoise.

Parti Communiste International, 30/1/2011
www.pcint.org

samedi 29 janvier 2011

THERMIDOR CACTUS EN TUNISIE



Il faut expliquer encore ici que nous avions raison de ne pas croire à une révolution tunisienne, avec ou sans jasmin au bout des fusils. Tous les réactionnaires gauchistes du NPA aux maoïstes de La Forge sont tombés dans le puisard. Les dernières virevoltes du fantoche Ghannouchi démontrent une fois de plus l’arriération politique des anciennes colonies. Ghannouchi comme Moubarak doivent à chaque étape des révoltes populaires prendre longuement conseil auprès de la bourgeoisie américaine. La sainte alliance des Etats bourgeois locaux et des grands frères occidentaux n’hésite pas à utiliser toutes les cartes mystificatrices EN MEME TEMPS. La révolution de palais tunisien a limité les dégâts en invoquant une peur fictive des islamistes mais pour laisser le pouvoir à de vieux caciques ; voyez ces vieux machins bourgeois sur la photo de la « réconciliation nationale » (ce « piège à cons ») ! Les révolutions, les vraies, mettent toujours au premier plan les JEUNES et pas spécifiquement dans la rue mais AU POUVOIR!
En Egypte les médias ont tenté de zoomer sur les seuls agenouillements des « frères musulmaniaques » alors que la majorité de la population se ruait de façon exemplaire contre les symboles pitoyables du pouvoir policier, tenancier de la misère. Dans les deux pays, mais aussi en Jordanie, en Algérie et au Yémen, l’Etat bourgeois arabe n’a pas cessé de psalmodier avec le chantage au loup islamiste pour juguler la colère dans la voie de la légalité bourgeoise ; il faut reconnaître que cela lui réussit très bien jusqu’à présent.
La bourgeoisie égyptienne comme sa consoeur tunisienne se servira encore de l’islamisme capitaliste pour justifier la pluralité démocratique de ses élections de prétendue jouvencelle, tout comme elle se résoudrait à laisser gagner d’aventure une dictature islamo-fasciste de sauvetage capitaliste si le prolétariat avait l’heurt de se constituer et de devenir une alternative menaçante dans ces pays en commençant par déchirer les drapeaux nationaux. Les bourgeoisies américaine, française, tunisienne et égyptienne ont montré qu’elles sont si lâches que même le courage d’être lâche leur manque. Or, par chance en l’absence d’un prolétariat organisé en Tunisie et en Egypte, la défaite politique des soulèvements est assurée. On n’aura pas pu prendre au moins à ces peuples une révolution qui n’aura pas eu lieu. La révolution de palais tunisien se dégonfle comme baudruche conservatrice, avec l’aide des principaux flics spirituels, qui ont prouvé leur efficacité en Occident (et chez ce pauvre prolétariat français retraité avant l’heure) : les aristocraties syndicales. L’UGTT qui n’a pas cessé de chanter les vertus de la collaboration des classes, qui militait pour la « réconciliation nationale » alors que Ben Ali n’était pas encore parti en vacances, a manipulé le peuple tunisien en trois étapes :
- UN MENSONGE qui a consisté à se désolidariser du régime benaliste et à courir derrière les manifestants en faisant prétendre à ses émissaires en Europe qu’il avait contribué à lancer le soulèvement ;
- LE DEGUISMENT. Le syndicat d’Etat a joué le caméléon en se fondant dans la contestation des masses et en la chapeautant par son refus de participer au 2ème remaniement ;
- L’APPROBATION du 3ème remaniement ministériels pour favoriser la « transition nationale » jusqu’aux élections bidons.
MALGRE TOUT, même si le jasmin s’est vite fané, des leçons de ces soulèvements populaires peuvent être déjà surlignées :
- La peur des gouvernants de toute la planète faisait plaisir à voir ; même non organisés les prolétaires se sont affirmés comme une puissance en devenir : « Ce n’est qu’en opposant une fière résistance que nous avons imposé à tous le respect, et sommes devenus une puissance. On ne respecte que la puissance, et tant que nous en serons une, les philistins nous respecteront. Quiconque leur fait des concessions se fait mépriser par eux, et n’est déjà plus une puissance. On peut faire sentir une main de fer dans un gant de velours, mais il faut la faire sentir » (Engels).
- Ce n’est qu’un début marqué par d’inévitables temporisations et trahisons politiques, mais un début de soulèvement contre la misère capitaliste qui interpelle le prolétariat mondial ;
- Enroulés dans les drapeaux nationaux et non soutenus par la classe ouvrière des pays riches, les prolétaires maghrébins n’ont pas été en mesure de poser la généralisation internationaliste ;
- Les nouveaux « réseaux sociaux », malgré la vantardise des bobos apolitiques et anarcho-libéraux, n’ont pas été les principaux vecteurs de l’extension, mais c’est bien, classiquement, la misère et la répression qui ont jeté les peuples dans la rue ; on peut noter cependant, dans le cas de l’Egypte, que la coupure du web et de twitter a tout de même plus encore desservi le pouvoir ;
- Les prolétaires n’ont rien à attendre des élections programmées assez loin pour que la fureur retombe, et afin que les bourgeois émigrés reviennent prendre leur place dans le concert national unanimiste et frauduleux pour les prolétaires.
Je dois déplorer encore une fois l’absence de tout groupe maximaliste révolutionnaire, absence assez significative de la torpeur du prolétariat occidental pourtant aussi attaqué par sa bourgeoisie, face à ces événements. Heureusement que le petit groupe bordiguiste sauve l’honneur du prolétariat universel dans son deuxième tract (sur la Tunisie et l’Algérie) en indiquant les bonnes orientations « de classe » :
« Une organisation de défense prolétarienne authentiquement de classe, en rupture avec les impératifs de la conservation sociale et de la soumission au capital, non seulement organisera la lutte contre les mesures anti-prolétariennes avec des méthodes de classe – appel à la grève de toutes les catégories de travailleurs, formation de piquets et de comités pour diriger la lutte, organisation de la défense contre la répression policière ; elle se lierait aux luttes des prolétaires du pays voisin pour unifier les grèves, pour renforcer la lutte de défense des conditions de vie et de travail prolétariens sur le terrain même que la bourgeoisie a choisi : le terrain de l’affrontement ouvert et violent.
POUR LA REPRISE DE LA LUTTE DE CLASSE ET LA SOLIDARITE PROLETARIENNE INTERNATIONALE !
A BAS LA PATRIE BOURGEOISE, PATRIE DE L’EXPLOITATION, DE L’ASSASSINAT LEGAL, DU MASSACRE DES PROLETAIRES !
POUR L’EMANCIPATION DES PROLETAIRES DU CAPITALISME ! POUR LA REVOLUTION COMMUNISTE DANS TOUS LES PAYS ! ».



ANNEXE (éléments de réflexion : une interview de 20 minutes de Karim Bitar, le financement de l’armée égyptienne et une info du NPA)

« Quel est le profil du mouvement de protestation?
Il est moins «bourgeois» que le mouvement tunisien. «Il est un peu plus populaire car le pays est aussi plus pauvre», précise Karim Bitar. Mais la classe moyenne et les intellectuels sont également bien présents. Quant aux islamistes, ils ne sont pas à l’origine des manifestations, mais «il faudra compter avec eux» même si le régime a tendance à agiter le spectre islamiste afin conserver un minimum de soutien de la part des Egyptiens laïques et de la communauté internationale.
Que réclament les jeunes égyptiens?
«Au-delà de la colère, il y a une volonté d’en finir avec le régime lui-même», explique Karim Bitar. La population égyptienne n’a pas pu s’exprimer lors des dernières élections législatives de novembre dernier où les fraudes ont été légion afin de maintenir le parti présidentiel en place. D’après le chercheur, les aspirations du peuple vont vers un Etat de droit, soit la fin de «la confiscation du pouvoir politique et économique par de petits groupes de personnes». L’économie égyptienne est ainsi mal gérée, avec un potentiel inexploité. Même constat pour la politique de l’emploi, peu ouverte aux nouvelles générations, tandis que le chômage des jeunes augmente.
Le régime peut-il vraiment tomber?
«On ne sait pas encore si le domino politique va tomber, mais le domino psychologique a lui été atteint», affirme Karim Bitar. Les choses seront tout de même plus difficiles à bouger qu’en Tunisie. En Egypte, les militaires soutiennent Hosni Moubarak et sont très présents dans la structure économique du pays. «A ce stade, l’armée est fidèle, mais elle vient du peuple et peut s’inspirer du cas tunisien», tempère Karim Bitar. Le comportement des Etats-Unis pèse également dans la balance car l’Egypte a une «importance stratégique» pour les Américains. «C’est le cœur battant du monde arabe, doté du Canal de Suez et impliqué dans le conflit israélo-palestinien et le dossier nucléaire iranien», rappelle le chercheur qui ajoute que le régime d’Hosni Moubarak a également «survécu ces 10-15 dernières années» grâce à la lutte contre le terrorisme. «Il ne peut pas survivre sans le soutien des Etats-Unis», tranche Karim Bitar.
Existe-t-il une opposition crédible en Egypte?
Oui, même si, comme en Tunisie, le régime a fait en sorte de marginaliser les opposants. «Ils peuvent très vite reprendre pied grâce au soutien des jeunes et des intellectuels», indique Karim Bitar. Outre les Frères musulmans, le chercheur voit émerger «une troisième force», notamment avec le retour de Mohamed El Baradeï au pays. L’ancien directeur de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), respecté en Occident, est «l’homme politique arabe le plus populaire», selon Karim Bitar. Autre leader de l’opposition influent et historique, Ayman Nour, chef de file du «parti de demain», apparaitrait également comme un futur dirigeant potentiel.
Corentin Chauvel
La situation dans le pays représente un dilemme pour les Etats-Unis, enclins à soutenir la démocratie, mais dont M. Moubarak est le plus proche allié arabe. La secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, avait estimé, mardi, que le gouvernement au Caire était "stable", avant que l'administration Obama ne mette très vite l'accent sur la nécessité de respecter le droit à manifester. L'armée égyptienne a bénéficié l'an dernier de subventions américaines à hauteur de 1,3 milliard de dollars. Les Etats-Unis ont toutefois financé à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars des organisations de promotion de la démocratie en Egypte, au grand dam du président Moubarak, selon des notes obtenues par WikiLeaks et publiées vendredi par le journal norvégien Aftenposten.

Sur le site du NPA, les trotskiens caméléons se racontent des histoires d’apparition de « Conseils » locaux, très responsables certes mais si conciliateurs dans le fond qu’ils ne peuvent être que des succursales de l’infâme UGTT, et qu’ils ne constitueront jamais un double pouvoir mais ne sont qu’une cogestion de la pénurie. En voici une description :

Déclaration constitutive du conseil local provisoire pour gérer les affaires de la ville de Sidi Bou Ali
Suite à la décision de confier à Mohamed Ghannouchi, la mission de former un nouveau gouvernement chargé d’organiser les nouvelles élections présidentielles dans le pays ;
Après le vide administratif et de gestion dans les villes de Sidi Bou Ali, wilaya de Sousse ;
Nous, citoyens de la ville de Sidi Bou Ali rassemblés à la « Place du Peuple » en ville déclarons :
- nous rejetons cette décision qui se base sur une Constitution antidémocratique et impopulaire, et qui ne garantit pas les droits de toutes les sensibilités nationales dans le pays ;
- nous refusons la domination du parti au pouvoir et à sa continuation à contrôler la vie politique dans le pays, à travers ses symboles et ses valets dans le gouvernement;
- nous élisons, d’une façon publique, un Conseil local temporaire pour qu’il gère les affaires de la cité et pour travailler dans le cadre de la coordination régionale et nationale pour retrouver le fonctionnement normal de la vie civile, économique, culturelle et politique dans le pays jusqu’à ce qu’une nouvelle Constitution d’une société démocratique et populaire ouvre la voie à des élections pour assurer la dévolution pacifique du pouvoir et sans aucun monopole. Et veille à ce qu’il représente l’ensemble des parties nationales.
Les fonctions de ce Conseil sont :
- La formation de comités de sécurité pour protéger les quartiers,
- Aider à reprendre la vie économique quotidienne et à assurer les nécessités de la vie quotidienne des citoyens,
- Assurer la réouverture des institutions civiles (banques, hôpitaux, municipalités, écoles, instituts, ...)
- Assurer la propreté de la ville,
- Coordonner avec les conseils locaux et régionaux formés,
- Communiquer et assurer la liaison avec l’armée nationale tant qu’elle est la seule institution qui veille, aujourd’hui, sur le pays.
Nous décidons de nous répartir sur les comités suivants :
- Comité de la propagande et des médias ;
- Comité de la communication avec l’Armée nationale ;
- Comité de la protection des quartiers ;
- Comité de la propreté de la ville ;
- Comité de la logistique ;
- Comité de sensibilisation, d’orientation et de culture.

vendredi 28 janvier 2011

L’impérialisme français en Algérie

par Rosa Luxemburg (1913)


Extrait de l’Accumulation du capital, par Rosa Luxemburg. C’est probablement cet extrait qui avait été publié dans La Flamme (N°5, novembre 1945) (repiqué sur le site La Bataille Socialiste)


A côté de l’Inde britannique et de son martyre, de l’Algérie sous la domination politique française tient une place d’honneur dans les annales de l’économie coloniale capitaliste. Lorsque les Français conquirent l’Algérie, la masse de la population kabyle était dominée par des institutions sociales et économiques très anciennes qui, à travers l’histoire mouvementée du pays, se sont maintenues jusqu’au XIXe siècle et en partie jusqu’à aujourd’hui. Sans doute la propriété privée existait-elle dans les villes parmi les Maures et les Juifs, chez les marchands, les artisans et les usuriers. Sans doute la suzeraineté turque avait-elle confisqué dans la campagne de grandes éten¬dues de terre comme domaines d’État. Cependant presque la moitié de la terre cultivée était restée propriété collective des tribus arabes kabyles, qui gardaient des mœurs patriarcales très anciennes. Beaucoup de tribus arabes menaient au XIXe siècle la même vie nomade qu’elles avaient toujours menée, et qui ne semble instable et désordonnée qu’à un regard superficiel, mais qui en réalité est réglée de manière stricte et souvent monotone ; chaque été, avec les femmes et les enfants, emmenant les troupeaux et les tentes, elles émigraient vers la région côtière de Tell, au climat rafraîchi par le vent, et chaque hiver les ramenait à la chaleur protectrice du désert. Chaque tribu et chaque famille avaient leurs itinéraires déterminés, et les stations d’hiver ou d’été où elles plantaient leurs tentes étaient fixes. De même, chez les Arabes agriculteurs, la terre était la plupart du temps propriété collective des tribus. La grande famille kabyle avait également des mœurs patriarcales et vivait selon des règles traditionnelles sous la direction de ses chefs élus.
Dans ce large cercle familial, la direction commune des affaires domestiques était confiée à la femme la plus âgée, qui pouvait également être élue par les autres membres de la famille, ou encore à chacune des femmes successivement. L’organisa¬tion de la grande famille kabyle au bord du désert africain ressemblait assez curieuse¬ment à la « zadruga » des pays slaves du Sud ; la famille possédait en commun non seulement le sol, mais tous les outils, les armes et l’argent nécessaires à l’activité professionnelle de ses membres et acquis par eux. Chaque homme possédait en propre un seul costume, et chaque femme simplement les vêtements et les bijoux qu’elle avait reçus en cadeau de noces. Mais tous les vêtements plus précieux et les joyaux étaient considérés comme propriété indivise de la famille et ne pouvaient être portés par chacun des membres qu’avec la permission de tous. Si la famille était peu nombreuse, elle prenait ses repas à une table commune, les femmes faisaient la cuisine à tour de rôle, et les femmes âgées étaient chargées de servir les plats. Si le cercle familial était trop large, le chef de la tribu distribuait une ration mensuelle de vivres non préparés, les répartissant avec une stricte égalité entre les diverses familles, qui se chargeaient de les préparer. Ces communautés étaient réunies par des liens étroits d’égalité, de solidarité et d’assistance mutuelle, et les patriarches avaient coutume en mourant de recommander à leurs fils de demeurer fidèles à la communauté [1].
La domination turque qui s’était établie en Algérie au XVIe siècle avait déjà fait de sérieuses entailles dans cette organisation sociale. Cependant ce sont les Français qui inventèrent la légende selon laquelle les Turcs auraient confisqué toute la terre au bénéfice du fisc. Seuls des Européens pouvaient imaginer une idée aussi absurde, qui est en contradiction avec tous les fondements économiques de l’Islam et des croyants. Au contraire les Turcs respectèrent généralement la propriété collective des villages et des grandes familles. Es reprirent seulement aux familles une grande partie des terres non cultivées pour les transformer en domaines d’État (beyliks) qui, sous la direction d’administrateurs locaux turcs, furent soit gérés directement par l’État avec l’aide d’une main-d’œuvre indigène, soit affermés en échange d’un bail ou de redevances en nature. En outre les Turcs profitèrent de chaque rébellion des tribus soumises et de chaque trouble dans le pays pour agrandir les domaines fiscaux par des confiscations de terrains, y fondant des colonies militaires ou bien vendant aux enchères publiques les biens confisqués, qui tombaient généralement entre les mains d’usuriers turcs ou autres. Pour échapper aux confiscations ou à la pression fiscale. beaucoup de paysans se plaçaient, comme au Moyen Âge en Allemagne, sous la protection de l’Église, qui devint ainsi propriétaire d’immenses domaines. Enfin, la répartition des propriétés en Algérie se présentait, après ces nombreuses vicissitudes, de la manière suivante : les domaines d’État comprenaient 1 500 000 hectares de terrain ; 3 000 000 d’hectares de terres non cultivées appartenaient également à l’État comme « propriété commune de tous les croyants » (bled el Islam) ; 3 000 000 d’hectares étaient la propriété privée des Berbères, depuis l’époque romaine ; en outre, sous la domination turque, 1 500 000 hectares étaient devenus propriété privée. Les tribus arabes gardaient en indivision 5 000 000 d’hectares. Quant au Sahara, il comprenait environ 3 000 000 d’hectares de terres cultivables dans le domaine des oasis, qui appartenaient soit à des domaines gérés collectivement par les grandes familles, soit à des domaines privés. Les 23 000 000 d’hectares restants étaient pratiquement déserts.
Après la conquête de l’Algérie les Français firent grand bruit autour de leur œuvre de civilisation. On sait que l’Algérie, qui s’était délivrée au début du XVIIIe siècle du joug turc, était devenue un repaire de pirates infestant la Méditerranée et se livrant au trafic d’esclaves chrétiens. L’Espagne et l’Union Nord-Américaine, qui elles-mêmes à l’époque pouvaient se glorifier de hauts faits dans le domaine du trafic d’esclaves, déclarèrent une guerre sans merci aux infamies des Musulmans. La Révolution française prêcha également une croisade contre l’anarchie algérienne. La France avait donc entrepris la conquête de l’Algérie en proclamant les mots d’ordre de la lutte contre l’esclavage et de l’instauration de la civilisation. La pratique allait bientôt montrer ce qui se cachait derrière ces phrases. On sait qu’au cours des quarante années écoulées depuis la conquête de l’Algérie, aucun État européen n’a changé aussi souvent de régime politique que la France. A la Restauration avait succédé la révolution de Juillet et la royauté bourgeoise, celle-ci fut chassée par la révolution de Février qui fut suivie de la seconde République, du second Empire, enfin de la débâcle de 1870 et de la troisième République. La noblesse, la haute finance, la petite bourgeoisie, les larges couches de la moyenne bourgeoisie se cédaient successive¬ment le pouvoir politique. Mais la politique française en Algérie demeura immuable à travers ces vicissitudes, elle resta orientée du début à la fin vers le même but : au bord du désert africain elle découvrait le centre d’intérêt de tous les bouleversements politiques en France au XIXe siècle : la domination de la bourgeoisie capitaliste et de sa forme de propriété.
Le 30 juin 1873, le député Humbert, rapporteur de la Commission pour le règle¬ment de la situation agricole en Algérie, déclara à une séance de la Chambre : « Le projet de loi que nous proposons à votre étude n’est rien d’autre que le couronnement de l’édifice dont le fondement a été posé par une série d’ordonnances, de décrets, de lois et de senatus-consultes, qui tous ensemble et chacun en particulier poursuivent le même but : l’établissement de la propriété privée chez les Arabes. »
La destruction et le partage systématiques et conscients de la propriété collective, voilà le but et le pôle d’orientation de la politique coloniale française pendant un demi-siècle, quels que fussent les orages qui secouèrent la vie politique intérieure. On servait en ceci un double intérêt clairement reconnu.
Il fallait détruire la propriété collective surtout pour abattre la puissance des familles arabes comme organisations sociales, et briser ainsi la résistance opiniâtre contre la domination française ; cette résistance se manifestait, malgré la supériorité de la puissance militaire française, par de constantes insurrections de tribus, ce qui entraînait un état de guerre permanent dans la colonie [2].
En outre la ruine de la propriété collective était la condition préalable à la domination économique du pays conquis; il fallait en effet arracher aux Arabes les terres qu’ils possédaient depuis un millénaire pour les confier aux mains des capitalistes français. A cet effet on jouait de cette même fiction, que nous connaissons déjà, selon laquelle toute la terre appartiendrait, conformément à la loi musulmane, aux détenteurs du pouvoir politique. Comme les Anglais en Inde, les gouverneurs de Louis-Philippe en Algérie déclaraient « impossible » l’existence de la propriété collective des grandes familles. Sur la base de cette fiction, la plupart des terres cultivées, notam¬ment les terrains communaux, les forêts et les prairies furent déclarées propriété de l’État et utilisées à des buts de colonisation. On construisit tout un système de cantonnements par lequel les colons français s’installèrent au milieu des territoires indigènes, tandis que les tribus elles-mêmes se trouvèrent parquées dans un territoire réduit au minimum. Les décrets de 1830, 1831, 1840, 1844, 1845 et 1846, « légalisèrent » ces vols de terrains appartenant aux tribus arabes. Mais ce système de cantonnements ne favorisa aucunement la colonisation. Il donna simplement libre cours à la spéculation et à l’usure. La plupart du temps, les Arabes s’arrangèrent pour racheter les terrains qui leur avaient été volés, ce qui les obligea naturellement à s’endetter. La pression fiscale française accentua cette tendance. En particulier la loi du 16 juin 1851, qui proclamait les forêts domaines d’État, vola ainsi 2 400 000 hectares de pâturages et de taillis privant les tribus éleveuses de bétail de leurs moyens d’existence. Cette avalanche de lois, d’ordonnances et de décrets donna lieu à une confusion indescriptible dans les réglementations de la propriété. Pour exploiter la fièvre de spéculation foncière et dans l’espoir de récupérer bientôt leurs terres, beaucoup d’indigènes vendirent leurs domaines à des Français, mais ils vendaient souvent le même terrain à deux ou trois acheteurs à la fois ; parfois il s’agissait d’un domaine qui ne leur appartenait pas en propre, mais était la propriété commune et inaliénable de leur tribu. Ainsi une société de spéculation de Rouen crut avoir acheté 20 000 hectares de terre, tandis qu’en réalité elle n’avait un titre – contestable – de propriété que pour un lot de 1 370 hectares. Une autre fois, un terrain de 1 230 hectares se réduisit après la vente et le partage à 2 hectares. Il s’ensuivit une série infinie de procès, où les tribunaux faisaient droit par principe à toutes les réclamations des acheteurs et respectaient tous les partages. L’insécurité de la situation, la spéculation, l’usure et l’anarchie se répandaient universellement. Mais le plan du gouvernement français, qui voulait s’assurer le soutien puissant d’une masse de colons français au milieu de la population arabe, échoua misérablement. C’est pourquoi la politique française sous le Second Empire changea de tactique : le gouvernement, après avoir pendant trente ans nié la propriété collective des tribus, fut obligé, sous la pression des faits, d’en reconnaître officiellement l’existence, mais d’un même trait de plume il proclamait la nécessité de la partager de force. Le senatus-consulte du 22 avril 1863 a cette double signification : « Le gouvernement, déclarait le général Allard au Sénat, ne perd pas de vue que le but commun de la politique est d’affaiblir l’influence des chefs de tribus et dissoudre ces tribus. De cette manière les derniers restes de féodalisme (!) seront supprimés, les adversaires du projet gouvernemental sont les défenseurs de ce féodalisme… L’établissement de la propriété privée, l’installation de colons français au milieu des tribus arabes… seront les moyens les plus sûrs pour accélérer le processus de dissolution des tribus [3]. »
Pour procéder au partage des terres, la loi de 1863 instaura des commissions particulières composées de la manière suivante : un général de brigade ou un capi¬taine comme président, puis un sous-préfet, un employé des autorités militaires arabes et un fonctionnaire de l’Administration des Domaines. Ces experts tout désignés des questions économiques et sociales africaines avaient une triple tâche : il fallait d’abord délimiter les frontières des territoires des tribus, puis répartir le domaine de chaque tribu entre les branches diverses des grandes familles, enfin diviser ces terrains familiaux eux-mêmes en petites parcelles individuelles. Cette expédition des généraux de brigade fut ponctuellement exécutée à l’intérieur de l’Algérie. Les commissions se rendirent sur place. Elles jouaient à la fois le rôle d’arpenteurs, de distributeurs de parcelles, et en outre, de juges dans tous les litiges qui s’élevaient à propos des terres. C’était au gouverneur général de l’Algérie de confirmer en dernière instance les plans de répartition. Dix ans de travaux difficiles des commissions aboutirent au résultat suivant : de 1863 à 1873, sur 700 propriétés des tribus arabes, 400 furent réparties entre les grandes familles. Ici déjà se trouvait en germe l’inégalité future entre la grande propriété foncière et le petit lotissement, car selon la grandeur des terrains et le nombre des membres de la tribu, chaque membre se vit attribuer tantôt des parcelles de 1 à 4 hectares, tantôt des terrains de 100 et parfois même de 180 hectares. Le partage des terres n’alla cependant pas plus loin. Malgré les généraux de brigade, les mœurs des Arabes offraient des résistances insurmontables au partage ultérieur des terres familiales. Le but de la politique française : l’établissement de la propriété privée et la transmission de cette propriété aux Français, avait donc encore une fois échoué dans l’ensemble.
Seule la Troisième République, régime officiel de la bourgeoisie, a trouvé le courage et le cynisme d’aller droit au but et d’attaquer le problème de front, sans s’embarrasser de démarches préliminaires. En 1873, l’Assemblée élabora une loi, dont le but avoué était le partage immédiat des terres des 700 tribus arabes en parcelles individuelles, l’introduction de la propriété privée par la force. Le prétexte de cette loi était la situation désespérée qui régnait dans la colonie. Il avait fallu autrefois la grande famine indienne de 1866 pour éclairer l’opinion publique en Angleterre sur les beaux résultats de la politique coloniale anglaise et provoquer l’institution d’une commission parlementaire chargée d’enquêter sur la situation désastreuse de l’Inde. De même, à la fin des années 1860, l’Europe fut alarmée par les cris de détresse de l’Algérie, où quarante ans de domination française se traduisaient par la famine collective et par un taux de mortalité extraordinairement élevé parmi les Arabes. On réunit une commission chargée d’étudier les causes et l’effet des lois nouvelles sur la population arabe ; l’enquête aboutit à la conclusion unanime que la seule mesure susceptible de sauver les Arabes était l’instauration de la propriété privée. En effet, la propriété privée seule permettrait à chaque Arabe de vendre et d’hypothéquer son terrain et le sauverait ainsi de la ruine. On déclara ainsi que le seul moyen de soulager la misère des Arabes qui s’étaient endettés parce que les Français leur avaient volé leurs terres et les avaient soumis à un lourd système d’impôts, était de les livrer aux mains des usuriers. Cette farce fut exposée à la Chambre avec le plus grand sérieux et les dignes membres de l’Assemblée l’accueillirent avec non moins de gravité. Les vainqueurs de la Commune de Paris triomphaient sans pudeur.
La Chambre invoquait surtout deux arguments pour appuyer la nouvelle loi. Les avocats du projet de loi gouvernementale répétaient sans relâche que les Arabes eux-mêmes souhaitaient ardemment l’introduction de la propriété privée. En effet ils la souhaitaient, surtout les spéculateurs de terrains et les usuriers algériens, qui avaient le plus grand intérêt à « libérer » leurs victimes des liens protecteurs des tribus et de leur solidarité. Tant que le droit musulman était en vigueur en Algérie, les propriétés des tribus et des familles restaient inaliénables, ce qui opposait des difficultés insurmontables à l’hypothèque des terres. Il fallait à présent abolir complètement l’obstacle pour laisser libre champ à l’usure. Le deuxième argument était d’ordre « scientifique ». Il faisait partie du même arsenal intellectuel où puisait l’honorable James Mill lorsqu’il étalait les preuves de sa méconnaissance du système de propriété indien : l’économie politique classique anglaise. Les disciples de Smith et de Ricardo proclamaient avec emphase que la propriété privée est la condition nécessaire de toute culture du sol intensive en Algérie, qui seule parviendrait à supprimer la famine; il est évident en effet que personne ne veut investir ses capitaux ou faire une dépense intensive de travail dans une terre qui ne lui appartient pas et dont il ne peut goûter seul les produits. Mais les faits parlaient un autre langage. Ils démontraient que les spéculateurs français se servaient de la propriété privée, instaurée par eux en Algérie, à de tout autres fins qu’à une culture plus intensive et à une meilleure exploitation du sol. En 1873, sur les 400 000 hectares de terres appartenant aux Français, 120 000 hectares étaient aux mains de compagnies capitalistes, la Compagnie Algérienne et la Compagnie de Sétif ; celles-ci, loin de cultiver elles-mêmes les terres, les affermaient aux indigènes, qui les cultivaient selon les méthodes traditionnelles. Un quart des propriétaires français restants se désintéressaient égale¬ment de l’agriculture. Il était impossible de susciter artificiellement des investissements de capitaux et des méthodes intensives de culture, comme il est impossible de créer des conditions capitalistes à partir de rien. C’étaient là des rêves nés de l’imagination avide des spéculateurs français et de la confusion doctrinale de leurs idéologues, les économistes classiques. Abstraction faite des prétextes et des ornements par lesquels on voulait justifier la loi de 1873, il s’agissait simplement du désir non dissimulé de dépouiller les Arabes de leur terre, qui était la base de leur existence. Malgré toute la pauvreté de l’argumentation et l’hypocrisie manifeste de sa justification, la loi qui devait ruiner la population algérienne et anéantir sa prospérité matérielle fut votée à la quasi-unanimité le 26 juillet 1873.
Cependant cette politique de brigandage devait échouer avant longtemps. La Troisième République ne sut pas mener à bien la difficile politique qui consistait à substituer d’un coup aux liens familiaux communistes ancestraux la propriété bourgeoise privée. Le Second Empire y avait également échoué. En 1890, la loi de 1873, complétée par celle du 28 avril 1887, ayant été appliquée pendant dix-sept ans, on avait le résultat suivant : on avait dépensé 14 millions de francs pour aménager 1 600 000 hectares de terres. On calculait que cette méthode aurait dû être poursuivie jusqu’en 1950 et qu’elle aurait coûté 60 millions de francs supplémentaires. Cependant, le but, qui était de supprimer le communisme tribal, n’aurait pas encore été atteint. Le seul résultat que l’on atteignit incontestablement fut la spéculation foncière effrénée, l’usure florissante et la ruine des indigènes.
Puisqu’on avait échoué à l’établissement par la force de la propriété privée, on tenta une nouvelle expérience. Bien que dès 1890, les lois de 1873 et de 1887 aient été étudiées et condamnées par une commission instituée par le gouvernement général d’Algérie, sept ans s’écoulèrent avant que les législateurs des bords de la Seine eussent le courage d’entreprendre une réforme dans l’intérêt du pays ruiné. La nouvelle politique abandonnait le principe de l’instauration forcée de la propriété privée à l’aide de méthodes administratives. La loi du 27 février 1897 ainsi que l’instruction du gouvernement général d’Algérie du 7 mars 1898 prévoient que l’instauration de la propriété privée se fera surtout à la demande des propriétaires ou des acquéreurs [4].
Cependant certaines clauses permettaient à un seul propriétaire l’accession à la propriété privée sans qu’il ait besoin du consentement des copropriétaires du sol ; en outre, à tous moments, la pression de l’usurier pouvait s’exercer sur les propriétaires endettés pour les pousser à l’accession « volontaire » à la propriété ; ainsi la nouvelle loi offrait des armes aux capitalistes français et indigènes pour poursuivre la désintégration et le pillage des territoires des tribus et des grandes familles.
La mutilation de l’Algérie dure depuis quatre-vingts ans; les Arabes y opposent aujourd’hui d’autant moins de résistance qu’ils sont, depuis la soumission de la Tunisie en 1881 et plus récemment du Maroc, de plus en plus encerclés par le capital français et lui sont livrés pieds et poings liés. La dernière conséquence de la politique française en Algérie est l’émigration massive des Arabes en Turquie d’Asie [5].
Notes:
[1] « Presque toujours le père de famille en mourant recommande à ses descendants de vivre dans l’indivision, suivant l’exemple de leurs aïeux : c’est là sa dernière exhortation et son vœu le plus cher. » (A. Hanotaux et A. Letourneux, La Kabylie et les coutumes kabyles, 1873, tome 2, Droit civil, pp. 468-473.) Les auteurs ont le front de faire précéder cette description du commentaire suivant : « Dans la ruche laborieuse de la famille associée tous sont réunis dans un but commun, tous travaillent dans un intérêt général mais nul n’abdique sa liberté et ne renonce à ses droits héréditaires. Chez aucune nation on ne trouve de combinaison qui soit plus près de l’égalité et plus loin du communisme ! »
[2] « Nous devons nous hâter – déclara le député Didier, rapporteur de la Commission à une séance de la Chambre en 1851 – de dissoudre les associations familiales, car elles sont le levier de toute opposition contre noire domination. »
[3] Cité par Kowalesky, op. cit., p. 217. Comme on le sait, il est d’usage en France, depuis la Révolution de stigmatiser toute opposition au gouvernement comme une apologie ouverte ou indirecte du « féodalisme ».
[4] Cf. G. K. Anton, Neuere Agrarpolitik in Algerien und Tunesien, Jahrbuch für Gesetzgebung, Verwaltung und Volkswirtschaft, 1900, p. 1341 et suiv.
[5] Dans son discours du 20 juillet 1912 devant la Chambre des Députés, le rapporteur de la commission pour la réforme de l’indigénat (c’est-à-dire de la justice administrative) en Algérie, Albin Rozet, lit état de l’émigration de milliers d’Algériens dans le district de Sétif. Il rapporta que l’année précédente, en un mois, 1 200 indigènes avaient émigré de Tlemcen. Le but de l’émigration est la Syrie. Un émigrant écrivait de sa nouvelle patrie : « Je me suis établi maintenant à Damas et je suis parfaitement heureux. Nous sommes ici, en Syrie, de nombreux Algériens, émigrants comme moi ; le gouvernement nous donne une terre ainsi que les moyens de la cultiver. » Le gouvernement d’Algérie lutte contre l’émigration de la manière suivante : il refuse les passeports (voir le Journal Officiel du 21 mai 1912, p. 1594 et suiv.).

jeudi 27 janvier 2011

Au 40ème jour de la révolution tunisienne

26 janvier par Fathi Chamkhi

Présentation (JLR) : Fathi Chamkhi a eu la gentillesse de me communiquer ces informations que vous pouvez retrouver sur son site (j'ai validé son commentaire qui reproduit ce texte, mais de crainte que vous ne le lisiez point, je vous le mets sous le nez). J’ai ajouté des prises de position saluant le peuple tunisien. Je ne suis pas d’accord avec le qualificatif de révolution bien évidemment puisque révolution signifie mise à bas de l’Etat bourgeois, désarmement des forces armées de la bourgeoisie, élection de conseils de travailleurs et armement du prolétariat. Le camarade Fathi qui milite apparemment dans les rangs d’Attac semble avoir des illusions sur la capacité de restauration bourgeoise soft du syndicat collabo UGTT. Mais rien ne nous empêche de confronter nos infos et opinions. Je persiste, quitte à passer pour mauvais coucheur, à réaffirmer avec Rosa Luxemburg et Paul Mattick, que la solution n’est pas en Tunisie, mais dans ce vent chaud qui se lève d’Egypte au Yémen, et je l’espère profondément de l’Algérie à la France. Nous avons des solutions internationalistes en dehors des ornières nationales. J’espère que partira de Tunisie un appel au prolétariat international pour affirmer que :
- Les prolétaires n’ont pas de patrie ni de religion,
- Ni modèle oligarchique occidental, ni modèle islamo-fasciste, VIVE LES CONSEILS DE PROLETAIRES ! BRISONS LES FRONTIERES !



Chers ami-e-s,
Voici la situation politique en Tunisie le mercredi 26 janvier 2011 à 17h30
Coté contre révolution
1. Des milices du RCD ont attaqué hier les sièges de l’UGTT de Gafsa et de Sousse.
Aujourd’hui, ce fut le tour de celui du Kef, notamment.
2. Des pro gouvernementaux ont organisé des petits rassemblements, pour réclamer le retour au travail, contre, je cite ‘la paresse’ et pour dire non au ‘désordre’…
3. Le GUN hésite à annoncer le remaniement qu’il a annoncé pour hier, puis pour aujourd’hui… Il semblerait que le bâtonnier de l’ordre des avocats Kilani ait demandé au GUN de patienter afin de voir ce que vont donner les pourparlers qui se déroulent sous l’égide de l’UGTT.
Coté révolution
1. Poursuite des grèves pour exiger la dissolution du ‘Gouvernement d’unité nationale’ (GUN) et le RCD et pour la constitution d’un ‘gouvernement provisoire’ représentatif de la révolution :
Grève générale régionale dans 5 gouvernorats (départements) dont Sfax, deuxième ville de Tunisie.
Demain, Sidi Bouzid sera en grève générale
Demain aussi, grève générale nationale dans l’enseignement secondaire.
2. Manifs :
Les manifs continuent un peu partout. A Tunis, le palais du 1er ministre est toujours en état de siège. Des tentes, représentant diverses villes révolutionnaires, sont plantées par les participants, des ‘caravanes de la liberté’ dans la place d’El Kasba, siège du 1er ministre. En outre, l’approvisionnement, de ces milliers de manifestants, qui ont déjà passé 3 nuits à la belle étoile avec une température minimale de 8°, est assuré par une multitude de citoyens qui n’ont pas cessé de faire le va-et-vient pour pourvoir aux besoins vitaux de ce campement en eau et en nourriture. Il constitue, tout le monde l’a bien compris, la garde révolutionnaire des acquis de la révolution. Certains citoyens font même des dizaines de km pour leur apporter des provisions sous forme de packs de laits ou/et de packs d’eau, de sandwichs, de plats cuisinés bien chauds, de jus, de café…
3. Sur le plan du gouvernement de la révolution :
La réunion d’aujourd’hui, des différentes composantes politiques et civiles et professionnelles, hors patronat et RCD, ont abouti à deux positions :
ü Celle de l’ordre des avocats, avec semble-t-il une recomposition du GUN avec maintien de Ghannouchi. Il semble aussi que le GUN, est prêt à de nouvelles concessions et souhaiterait, selon des bruits ‘des sources bien informées’ en plus de Ghannouchi les deux ministres actuel de l’industrie (Jouini) et Chelbi (ministre ?)
ü Une deuxième proposition, a été formulée, à propos de laquelle j’ai beaucoup plus de détails parce que j’en fais partie, et qui émane du ‘Front du 14 janvier’ qui est constitué des diverses constituantes de la gauche radicale et des nationalistes, en résumé cette proposition propose :
La convocation d’un ‘congrès national pour la défense de la révolution’, qui sera composé de toutes les sensibilités politiques, les associations, les corps professionnels (avocats, juges, médecins, journalistes, artistes…), des représentants des comités locaux et régionaux de défense de la révolution, des personnalités indépendantes, sans le patronat ni le RCD et les ex membres du gvt Ben Ali.
La reconnaissance du président par intérim en tant que ‘garant de la continuité de l’Etat’ mais aussi ‘source de légitimité pour le gouvernement de transition’ !!!!
Dissolution du GUN
Constitution d’un Gvt provisoire
Principe de souveraineté populaire
Assemblée constituante…
La Commission administrative de l’UGTT va se réunir demain pour étudier les deux propositions, et afin de réagir par rapport à la campagne anti-UGTT, notamment, les agressions des milices RCD contre certains de ses locaux régionaux.
Toutes les composantes se sont donné de nouveau un rendez-vous pour jeudi 28 janvier afin de tenter de sortir avec une position unitaire.
Fathi Chamkhi

http://www.cadtm.org/Au-40eme-jour-de-la-revolution


Peuple tunisien : merci !!
23 janvier par Jawad Moustakbal


Le soir du 14 janvier, au moment où je regardais les informations sur la télé et la reprise du discours de l’ex-président tunisien où il empruntait le fameux “je vous ai compris” du Général de Gaulle, je me suis dit que c’est, encore une fois, une sale manœuvre pour faire calmer les protestataires et étouffer cette révolution extraordinaire du peuple tunisien. Ma méconnaissance de l’état des lieux en Tunisie, la force de sa jeunesse et sa détermination était certainement à l’origine de mes craintes, puisque avant même la fin de ce journal d’information, on nous informe que le “grand” dictateur, qui faisait trembler presque tout le monde en Tunisie, a pris la fuite comme un petit lâche voyou.
Un mouvement principalement contre la “HOGRA”
“HOGRA” politique
Si le jeune tunisien devenu martyr et héros national, Mohamed ELBOUAZIZI, a pris cette décision suicidaire de s’immoler c’est surtout contre la HOGRA qu’il a senti des représentants de ce régime répressif. Habitant à Sidi Bouzid, ville de 40 000 habitants située dans le centre-ouest de la Tunisie, Mohamed Bouazizi a dû arrêter ses études secondaires après la mort anticipée de son père qui était ouvrier agricole. En vendeur ambulant de fruits et de légumes, il a pris la lourde responsabilité d’une famille de 7 enfants. À l’image de ses confrères dans toute la région maghrébine, Mohamed se fait régulièrement confisquer sa marchandise par les policiers, insulter et humilier à chaque fois qu’il essaye de la restituer. Ce jour-là, il en avait assez !
Si les contestations, qui ont débutées par des dizaines de manifestants dans cette petite localité, se sont élargies à des milliers de protestants un peu partout dans le pays, c’est que tout le peuple tunisien, avec ses femmes et ses hommes, jeunes et moins jeunes, s’est identifié à Mohamed ELBOUAZIZI et avait envie de dire « BASTA » : ça suffit !
23 ans de dictature : ça suffit !, 23 ans d’humiliation : ça suffit !, 23 ans d’état d’exception où une simple réunion, un sit-in, une manifestation sont réprimés dans le sang et l’exemple du bassin minier de Rdayef et plus qu’éloquent !

“HOGRA” économique
Si les IFI, et à leur tête la BM et le FMI, ne manquent pas l’occasion pour présenter la Tunisie comme un modèle à suivre pour les pays de la région, le peuple tunisien a souffert longtemps de cette mafia économique autour du président déchu et sa femme. Au moment où la bourgeoisie tunisienne accumulaient les richesses, les jeunes avaient de plus en plus de difficultés à trouver un emploi stable et digne.
Une révolution au bon moment
Cette révolution vient pour rappeler que l’histoire de cette région maghrébine n’est pas encore finie et qu’elle sera écrite et inventée par ces militantes et militants, ces femmes et ces hommes humbles, appauvris, réprimés mais toujours fiers. La révolution n’est plus aujourd’hui un mythe ou un vœux pieux, avec le nouveau modèle tunisien, elle est redevenue possible, voire nécessaire pour l’émancipation de tous les peuples de la région.
Avec la lutte du peuple tunisien le mot “Révolution” redevient d’actualité, retrouve toute sa force, ce n’est plus un tabou réservé, comme on essayait de le présenter, à une poignée de nostalgiques rêveurs dont nous faisons partie… le mot a été démocratisé et réapproprié par le peuple…
Avec votre lutte, chères sœurs et chers frères tunisiens, la jeunesse a retrouvé sa vraie place au devant de la scène politique, la vraie politique, une politique qui s’exerce sur le terrain chaque jour et partout, dans la rue comme dans les institutions, et non pas les caricatures des élections auxquelles on nous invite chaque 5 ans !!
Avec votre révolution, chers sœurs et frères tunisiens nous avons retrouvé une boussole dont nous avions tant besoin pour guider nos lutte vers notre émancipation totale politique, économique et culturelle en tant que peuples.
Avec votre révolution, nos espoirs renaissent, nous renouons avec nos rêves, et nous rechargeons nos batteries pour continuer notre lutte.
Chers frères et sœurs tunisiens : merci !
En espérant que vous meniez votre révolution jusqu’au bout et que nous commencions la nôtre !
Jawad – 18-01-2011